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Manuel Vasquez Montalbán, Histoires de fantômes

Il n’est pas sûr que l’auteur et son personnage de détective Pepe Carvalho, croient aux fantômes. Ce serait plutôt des fantasmes, l’imagination qui travaille, débridée, lorsque la raison ne lui dit rien. Ces trois histoires mettent en scène des fantômes différents et mythiques : une femme inconnue qui avertit d’un accident, un bateau fantôme, et deux cadavres qui ont l’air de ce qu’ils ne sont pas.

Ce sont trois courts romans plutôt que trois nouvelles, tant l’intrigue y est détaillée comme dans une enquête de détective. À chaque fois, Pepe Carvalho est mandaté par les proches d’une victime pour en savoir plus sur ce qui est arrivé. Personne ne croit vraiment aux fantômes, mais l’histoire étrange, à force de se répéter et de se déformer, prend des allures légendaires que l’on somme le détective de bien vouloir ramener sur terre.

Une nuit sur la route, une jeune femme blonde et bien faite tend le pouce pour faire du stop. Ceux qui la prenne la voix mal, elle ne parle pas, sauf pour dire à un moment : « freinez, le virage qui vient est dangereux ». Le virage, en effet, sinue assez pour que la vitesse engendre un accident. Et le chauffeur, tout à son affaire, ne regarde pas derrière lui. Lorsqu’il se retourne pour remercier du conseil, la femme a disparu. Elle n’est plus dans la voiture, la porte ne s’est pas ouverte, et lorsqu’on revient sur la route et explore les fossés, nulle trace ne subsiste d’elle. Ce ne sont pas une mais plusieurs personnes qui l’ont aperçue et la Garde civile se remplit de dépositions toutes aussi fantastiques qu’inutiles. Pepe Carvalho va trouver une explication plutôt bancale, mais pourquoi pas ?

Le bateau fantôme est un cargo de pêche aux Canaries. Le poisson est là-bas une valeur sûre, ancestrale, mais convoitée désormais par les flottes modernes des pays gros consommateurs de poissons. Aussi, la concurrence fait rage. C’est pourquoi, lorsque le cargo Maria Asunción disparaît sans laisser de traces, la communauté canarienne est en deuil. Sauf que l’on aperçoit de temps à autre, par des nuits de brume, le cargo passer tous feux éteints alors que l’océan bouillonne autour de lui et que les pêcheurs sur le pont ont des faces blafardes de fantômes. Pepe Carvalho va découvrir les dessous de cette mise en scène, et les soi-disant fantômes n’ont qu’à bien se tenir.

Pablo et Virginia sont deux jeunes Espagnols hippies attardés du début des années 80, créés sur le modèle un peu niais de Paul et Virginie. Ils sont venus sur l’île de Tenerife après de multiples voyages en Asie. Ils sont frais, beaux, cools. A rendre jalouse la société bourgeoise madrilène mûre qui vient respirer le bon air de l’été. Un matin, un chevrier fou les découvre tous deux nus, éventrés, attachés et bien morts. Qui a fait le coup et pourquoi ? Un slogan sur le mur laisse penser à une querelle de secte, mais Pepe Carvalho n’y croit guère. Il découvre, dans le gourou d’une bande de drogués qu’il ramène dans le droit chemin, un ancien copain de fac qui faisait la fête avec leur bande. Celui-ci le met sur la piste et l’invite à observer ce qui se passe sur l’île. L’habillage imaginaire du meurtre est-il le masque de trafics plus matériels ?

Ces trois courtes histoires sont rondement menées, assaisonnées comme il se doit de gastronomie et de conseils culinaires, ainsi que de baise torride de femmes mûres. Le détective s’y révèle tel qu’en lui-même.

Manuel Vasquez Montalbán, Histoires de fantômes (Historias de fantasmas) – nouvelles, 1986, 10-18 2000, 182 pages, occasion €3.45

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Manuel Vasquez Montalbán, La Rose d’Alexandrie

Le plus littéraire des romans policiers catalans, La Rose d’Alexandrie est aussi le nom d’un bateau ; c’est également le nom d’une fleur, blanche le jour, rouge la nuit, dit la chanson populaire. Tout comme la pute qui s’est fait zigouiller et couper en morceaux à Barcelone. La famille, effarée, demande à Pepe Carvalho, via la cousine Charo qui exerce le noble métier de call-girl au-dessus des Ramblas, de découvrir qui est l’assassin.

Le roman s’étage en marbré, les chapitres Carvalho à Barcelone alternant avec les chapitres Ginès dans les Caraïbes. Le lecteur comprend vite que le beau marin empli de saudade qui hésite à rembarquer, a vécu une histoire d’amour désespérée et qu’il est prenant de la partie carrée qui s’est déroulée autour de la pute dépecée.

Mais l’histoire est compliquée, comme toute histoire d’amour, surtout vécue à ce moment précis où la société espagnole, après Franco, bascule dans la modernité accélérée. Les siècles de catholicisme doloriste et les décennies de franquisme conservateur ont fragilisé les êtres. Leur amour a des relents de tiers-monde et de vieillerie, une sorte d’impuissance à se vivre naturellement. L’homme adulte a des pudeurs et des asthénies d’adolescent puceau ; la femme adulte a des envies et des déchainements de jouvencelle hystérisée au couvent. De leurs relations ne pouvait rien sortir de bon.

C’est ce que met au jour progressivement notre détective, entre deux rencontres d’êtres pitoyables et deux plats de cuisine populaire. Le lecteur pourra obtenir la recette du très roboratif riz aux sardines, d’un gaspacho aux galettes non moins nourrissant, et d’épinards tombés à la béchamel de gambas servis avec une cuissette de chevreau aux prunes qui met l’eau à la bouche (p.324). Narcís est l’autodidacte catalan toujours content de lui qui observe les autres comme un entomologiste les insectes ; le Quêteur d’âme est l’ancêtre mafieux d’une lignée de pauvres qui veille jalousement sur les intérêts de sa descendance ; Contreras est le flic franquiste qui sévit sous les socialistes et applique la loi avec une jubilation de comptable ; le capitaine Tourón ne tourne pas rond, se déguisant volontiers en Môme du Cabaret dans sa cabine verrouillée…

Quant à la pute, son prénom commence comme encular et comme encarnatión, un mixte d’Incarnation mystique purement catholique et de chair impure inassouvie. Encarnatión est mariée mais insatisfaite ; son mari viveur fin de race se meurt d’une maladie des os. Lorsqu’elle retrouve par hasard son amourette d’adolescente sur une avenue de Barcelone où elle passe le temps (officiellement) à consulter « des docteurs », elle renoue volontiers. Ginès la fait rêver d’exotisme dans la grisaille espagnole d’Albacete (ou elle vit maritalement) et de Barcelone (où elle s’envoie des mecs).

Mais la fille ne fait plus bander le marin et les rôles sont inversés : c’est elle qui réclame du sexe torride et lui qui préfère le romantisme du rêve à deux. Un « docteur » de trop suscitera le crime, embrouillé par l’entremetteur de la maison et le dépeceur de cadavre. Comprenne qui devra mais le voile est levé à la fin, ne laissant guère de bonheur à la société socialiste de l’Espagne du temps.

Nous sommes, dans ce roman mi-littéraire mi-policier, en univers Almodovar version pessimiste et cynique où les vins de pays, la bonne bouffe mijotée et les câlins sexuels de l’experte Charo finissent par laisser Pepe de marbre et le lecteur doux-amer. Une réussite.

Manuel Vasquez Montalbán, La Rose d’Alexandrie (La rosa de Alejandria), 1984, Points policier Seuil 2016, 384 pages, €7.90

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Manuel Vasquez Montalbán, Les oiseaux de Bangkok

Au début des années 1980, l’Espagne s’ennuie. C’est que la démocratie est un régime qui minimise les contradictions et les résout par la négociation. On ne se sent plus vivre dangereusement comme sous une dictature. La bourgeoisie barcelonaise, chère à l’auteur, se consume en soirées arrosées et en discours vains. Lors d’une soirée, une lesbienne est assassinée à coups de bouteille de champagne sortie du congélateur. Pepe Carvalho, le détective gastronome et cynique créé par Montalbán, lit ce fait-divers dans la presse et, curieusement, s’y intéresse. C’est qu’il croit se souvenir avoir vu cette femme blonde au corps déjà mûr, déambuler devant lui vers le supermarché. Il l’avait remarquée, il ne sait plus pourquoi.

Malgré tous ses efforts pour convaincre ses amis de le mandater pour une enquête parallèle, les intellos vaniteux égoïstes qui composent l’entourage de Célia l’éconduisent ; ils ne sont pas prêts à payer pour savoir, ni pour se disculper, eux qui sont les derniers à l’avoir vue vivante. Carvalho termine une enquête sordide sur un gendre d’un patron  de société qui a piqué dans la caisse et que son beau-père veut mettre au pied du mur, mais il s’ennuie. C’est alors que lui parvient un coup de téléphone affolé d’une relation volage nommée Teresa, qui l’appelle de Bangkok. Elle est en danger, poursuivie, et demande du secours.

Le détective s’emploie alors à retrouver la famille et à la convaincre de se manifester. L’ambassade d’Espagne en Thaïlande ne peut pas grand-chose, la police locale est en charge de l’enquête et ce pays n’obéit pas aux mêmes règles qu’en Europe. La Thaïlande des années 1980 hésite entre corruption et façade légale à destination du tourisme, et mélange allègrement les deux dans la vie quotidienne.

Teresa est une foldingue qui ne voit pas plus loin que les poils de son con. Elle a divorcé après avoir pondu un fils qui, à 16 ans, a mis enceinte sa petite copine. Le garçon, chevelu et habitant un quartier marginal, travaillote dans la restauration comme serveur. Il n’a pas de moyens et son père, un playboy nomade qui vit de petits boulots à la petite semaine, ne peut rien non plus. Il faut convaincre le grand-père qui a les moyens, le père de Teresa, d’envoyer quelqu’un en Thaïlande pour faire tout son possible et sauver sa fille.

C’est le détective qui s’y colle. Montalbán aime la Thaïlande, où il a beaucoup séjourné et où il mourra en 2003. Il décrit celle du début des années 1980 avec gourmandise et impertinence. Ce sont surtout les touristes occidentaux qui encouragent sa verve. Ils viennent avec tous leurs préjugés, attirés par le sexe et le soleil, sans se préoccuper des humains locaux ni de la décence commune ; ils baisent comme on prend un cocktail et reluquent les danses lascives de filles comme les enculades de mecs comme autant de spectacles au programme. Les Thaïlandais apparaissent à Montalbán comme ces oiseaux qui piaillent en bande sur les fils de Bangkok et dont il cherche désespérément le nom.

De bordels de massage en sentiers de jungle, Pepe Carvalho va poursuivre une Teresa qui se cache avec son petit ami thaï de 20 ans plus jeune. Car la niaise est tombée amoureuse du joli corps fin de l’adolescent qui fait plus jeune que son âge, mais qui n’a rien de plus qu’elle dans le citron. Elle l’a convaincu de détourner à leur profit un convoyage de rubis que la mafia locale cherche désormais à récupérer. Pire, dans leur fuite, le jeune homme a tué le fils de Jungle Kid, le mafieux chinois le plus puissant du nord de la Thaïlande, issu d’une section réfugiée de l’armée de Tchang Kai-chek.

Le détective suit un voyage organisé pour minimiser les frais. Il laisse ses compagnons aller aux excursions tandis que lui enquête. Mais il est surveillé à la fois par l’inspecteur de police thaïlandais en charge, par les sbires de l’impitoyable Jungle Kid et par le gang de Madame Lafleur qui veut récupérer les rubis. Ce n’est pas simple de les semer et de découvrir par lui-même où peut bien se cacher le couple aux abois.

Il découvrira leur cachette, mais trop tard. Ils sont déjà partis pour l’Europe en passant clandestinement la frontière malaise. Un tantinet vexé et récriminant contre cette Teresa décidément non fiable, Pepe Carvalho rentre à Barcelone et découvre les tourtereaux se bronzant sur une plage de la Mare Menor. Tout se termine bien, mais… pas vraiment !

Pendant ce temps, les petites cellules grises dans sa tête ont reconstitué le puzzle du meurtre à la bouteille de champagne ; il sait qui a tué et pourquoi. Mais l’affaire se dénoue sans lui. Il aime bien que les affaires soient bouclées entièrement.

Ce roman un peu épais nous vaut quelque belles pages critique sur les bobos de Barcelone, le tourisme exotique des années 1980, les flics contraints à la démocratie, et quelques recettes savoureuses de la cuisine provinciale espagnole dont le détective, comme l’auteur, est friand. Vous avez (page 288 de l’édition 1993 en 10-18) la recette de la fideuá, une sorte de paella aux vermicelles au lieu de riz, inventée vers 1915 par les pêcheurs entre Valence et Alicante. Vous avez aussi (page 58) une description de la culture telle que la vivent les bourgeois barcelonais : « Dans les studios, des gamins et des musiciens fous avides de violoncelle, contemplant leur instrument comme pour le masturber ; quant aux papas des gamins, ils affichaient la désinvolture requise par leur condition de père de gamins chanteurs de la fin du XXe siècle, autrement dit rien à voir avec les pères émus, compétitifs ou infantiles d’antan ». Si la description du tourisme en Thaïlande a quelque peu vieilli plus de trente ans après, les mœurs des gens aisés qui n’ont pas de culture mais qui en affichent une à leur boutonnière pour faire bien reste éternelle.

Manuel Vasquez Montalbán, Les oiseaux de Bangkok (Los pájaros de Bangkók), 1983, Points policier 2009, 416 pages, €7.80

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Manuel Vasquez Montalbán, Les mers du sud

Un riche homme d’affaires en rupture de ban est retrouvé mort lardé de coups de couteau à l’Hospitalet, quartier neuf des basses classes, le San Magin de Barcelone. Il avait disparu depuis un an et sa veuve veut savoir ce qu’il avait fait durant ce temps afin de sécuriser sa position personnelle et l’héritage de ses enfants. Elle mandate donc Pepe Carvalho comme détective privé, la police étant soucieuse de classer l’affaire.

Nous sommes à la fin des années soixante-dix dans la pleine Movida espagnole dont le cinéaste Almodovar a décrit la fantaisie niaise, toute en baise et psy. Le pays, avec dix ans de retard, se met au sexe, aux drogues et aux libertés dont Franco l’avait frustrée jusqu’à sa mort en 1976. Tout le monde se déchaîne et brutalement le monde change : « les putes ne sont plus des putes » mais des étudiantes bourgeoise qui veulent vivre des expériences ou des ménagères pressées de mettre plus d’huile d’olive dans la paella. Les anciens dirigeants font profil bas tandis que les nouveaux paradent comme des nouveaux riches politiciens – de gauche évidemment. Les riches, promoteurs, hommes d’affaires, avocats, se sentent plus ou moins coupables d’être riches ou deviennent cyniques.

C’est dans ce contexte social affairiste et désemparé que tout se passe. Carvalho passe plus de la moitié du livre à ne pas avancer d’un pouce, accumulant les rencontres dans des milieux différents pour offrir un panorama sociologique de la Catalogne de son temps. Et puis, de pute en ménagère, il découvre qui est l’assassin et pourquoi il a tué. Pour pas grand-chose, bien sûr, dans ce monde nouveau qui s’émerveille de toutes les possibilités offertes mais qui reste ancré dans la morale d’honneur traditionnelle aux machos méditerranéens et dans la morale bourgeoise catholique.

Carvalho bouffe et boit, Carvalho baise et adopte une petite chienne, bergère allemande comme on dit maintenant pour faire genre. Carvalho brûle encore des livres, même de la collection Pléiade (p.101), parce que les mots sont pour lui sans plus de signification : ils font croire au lieu de constater, ils font rêver au lieu de vivre. Pessimiste noir, Pepe Carvalho ne veut pas de femme mais use d’une pute ; il ne veut pas d’enfant car il ne saurait pas les élever ; il ne veut pas de livres et il brûle sa vie à l’alcool comme les pages dans la cheminée.

Le mort aussi rêvait d’aller dans les mers du sud, il avait même pris des billets d’avion pour Tahiti. Il voulait, comme Gauguin, retrouver la vie naturelle et baiser des jeunettes jusqu’à en crever. Sauf qu’il n’a jamais eu les couilles de son ambition et qu’il s’est contenté du quartier ouvrier de Barcelone tout en lisant et écrivant de la poésie. Une suite de vers disparates a d’ailleurs été retrouvée sur son cadavre pour brouiller les pistes et Carvalho passe des pages à se creuser la tête. En guise de bons sauvages, le grand bourgeois a été servi. Les vices sont les mêmes qu’ailleurs, accentués par l’égoïsme de la pauvreté. Le dirigeant qui s’encanaille ne sera jamais comme les vauriens qu’il côtoie et il se perdra.

Ce qui n’empêche pas le détective de se concocter de bons petits plats maison comme ces aubergines à la béchamel de crevettes p.110 ou cette paella authentique dont il livre la recette p.141. Un marquis, entre deux bouteilles, lui fera goûter de ce fameux pâté de chasse catalan, le morteruelo parfumé. Contrairement au cadavre, lui aime la vie par ses sens et ne rêve pas plus loin que l’horizon de sa maison (d’où il peut voir quand même tout Barcelone jusqu’à la mer).

Un brin bavard comme on n’en fait plus depuis les années soixante-dix, qui aime l’Espagne catalane, la cuisine et la critique des bourgeois bohèmes (la fille de vingt ans nommée Yes est tout un poème !), appréciera ce livre comme un vieux cru mûri quarante ans en cave et qui renaît, pas tellement différent somme toute de notre monde qui régresse au franquisme à peine fini.

Manuel Vasquez Montalbán, Les mers du sud (Los Mares del Sur), 1979, Points policier 2011, 320 pages, €7.50

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Manuel Vasquez Montalbán, La solitude du manager

Pepe est de retour avec la politesse du désespoir. Car l’Espagne post-franquiste se trouve vulnérable, en proie aux démons de la toute neuve démocratie qui a ouvert toutes grandes les vannes de la liberté, permettant aux prédateurs d’en user les premiers, aux dépends des autres. Lorsqu’il était encore instructeur pour la CIA, Pepe Carvalho le Galicien ayant élu domicile en Catalogne, a rencontré en avion pour Las Vegas un Espagnol et un Allemand, tous deux travaillant dans une multinationale.

Jauma est l’Espagnol, il a fondé la succursale à Barcelone. Rhomberg est l’Allemand, inspecteur pour la firme. Pepe ne les côtoie que trois jours, dînant de façon succulente avec eux avant de jouer vaguement sur les machines à sous. Puis les années passent…

Un jour, la police retrouve Jauma assassiné en Espagne, sans slip et une petite culotte de femme dans la poche. Sa veuve mandate Carvalho, devenu détective privé, pour en savoir plus sur les causes de la mort. La version officielle veut qu’un mac ait fait son affaire à l’homme d’affaires parce qu’il avait un peu trop abusé d’une fille. Mais la petite culotte est neuve et n’a jamais été portée – Carvalho conclut donc à un montage.

A qui le crime profite-t-il ? A la multinationale ? Pepe renoue avec ses anciens condisciples de fac, au temps où ils étaient de gauche avant de bourgeoisement se ranger. Un banquier l’aide à comprendre les ramifications de la firme et les Espagnols aux conseils d’administration des diverses filiales. Jauma, ayant gardé de solides habitudes de province, faisait contrôle sa comptabilité par un ami de son père ; il a découvert quelques trous dans les comptes, dont le dernier très élevé. Est-ce pour cela qu’il a été éliminé ?

La veuve, confortablement pensionnée par la firme et ayant quatre orphelins à charge, se rétracte et veut clore l’affaire, tout comme la police sur laquelle « on » fait pression – « d’en haut » ajoute un policier. De quoi allécher Carvalho qui n’aime pas le travail mal fini. Il n’aura de cesse de découvrir qui est derrière tout cela et pourquoi, n’hésitant pas à mettre en danger ses amis, sa pute favorite Charco dont on torture les seins et l’ex-taulard ancien de la division Azul Biscuter, rencontré en prison et à qui il a appris la bonne cuisine. Il livre d’ailleurs une recette sophistiquée de salmis de canard p.164 que chacun peut suivre, tout en allumant le feu avec Critique de la raison dialectique de Sartre p.76. Car il s’agit, comme tant de livres d’intellos, d’une fausse culture qui se glose mais ne se vit pas, « une orthopédie verbale ou écrite » p.247 –autrement dit un redressement de pensée dont chacun peut se passer s’il veut garder sa liberté.

Montalbán explique la politique à la faction cultivée qui lit ses livres à la fin des années soixante-dix : « Franco nous a donné une grande leçon. C’est à coup de pied au cul qu’on fait produire un pays. La démocratie ne peut pas employer de telles méthodes, mais elle a besoin d’une certaine terreur parallèle, sale, qui pousse les gens dans les bras des forces rééquilibrantes, propres » p.279. Le centre fait apparaître la violence des ultras comme un moindre mal ; la gauche s’en sert comme alibi car elle ne peut renverser les centristes sans que le vide du pouvoir ne soit occupé par les sauvages ; les ultras sont contents car ils peuvent casser et même tuer à l’occasion, ce qui maintient la gauche à distance et conforte les centristes. Au fond, cet équilibre machiavélien va à tout le monde sans qu’un quelconque « complot » soit utile. Il a été pratiqué dans l’Italie des années de plomb et renaît, de nos jours en France avec les black-bloc et les jaunes-gilets. En politique politicienne, rien ne change – et relire Montalbán permet de s’en rendre compte.

L’action est pimentée par ces considérations de stratégie civiques et par des observations sociologiques qui valent leur pesant de pâte humaine. Tel ce bar où « des cadres moyens de gauche puritains disposés à voir de près l’espace d’une nuit le spectacle décadent et sans doute scandaleux de la gauche noctambule » p.69. Ou la philosophie du bourgeois arrivé Argemi : « Lorsqu’on découvre qu’on ne vit qu’une fois, alors on a atteint la maturité. Et de deux choses l’une : soit on décide de vivre matériellement le mieux possible, soit on se drogue de transcendance et on devient mystique » p.141. Pas bête, si l’on y pense. Garder son idéal tout en vivant bien est cependant la balance précaire à laquelle se contraint Pepe Carvalho, ce pessimiste tendre.

Car il veut finir l’enquête par la vérité, pour l’avenir du fils encore enfant de Rhomberg qui a lui aussi été tué. Il y parviendra, renonçant à tout le fric qu’il pourrait se faire et à ce grand vin de France dont on lui propose un verre et qui finit sur le tapis.

Manuel Vasquez Montalbán, La solitude du manager (La Soledad del Manager), 1977, Points policier 2014, 320 pages, €7.50

Les pages indiquées dans le texte sont celles de l’édition 10-18 1996

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Manuel Vasquez Montalbán, Meurtre au Comité central

Franco est mort et la gauche est au pouvoir un peu partout en Europe au début des années 1980 ; le communisme se fait vieux, aussi vieux que les dinosaures en youpala de l’Union soviétique. L’austérité révolutionnaire sûre de détenir la Vérité de l’Histoire a fait place à la désillusion, à l’embourgeoisement et au réformisme. C’est alors que le secrétaire général du Parti communiste espagnol Fernando Garrido est assassiné d’un coup de poignard en plein cœur lors d’un Comité central à Madrid.

La police est sur les dents, les politiciens bien embêtés ; Franco est à peine mort que la guerre civile est prête à renaître avec l’extrême-droite qui se réjouit. Santos, membre du CC du PCE, a connu Pepe Carvalho lorsqu’ils étaient tous deux étudiants. Le détective était alors militant du syndicat communiste et un bref temps membre du parti. Il lui est alors demandé d’opérer une enquête parallèle à l’officielle pour savoir qui est derrière tout cela.

La CIA comme le KGB ont des raisons d’éliminer le vieux rigide du PC alors que la démocratie nait en Espagne sous l’égide monarchique. L’Europe se forme et l’Espagne aspire à y entrer, le communisme de jadis n’est-il pas un obstacle ? L’eurocommunisme italien et, d’une façon moindre, français, qui déteint sur l’Espagne n’est-il pas une façon pour l’URSS d’affaiblir l’OTAN ? Le syndicalisme de gauche a-t-il intérêt à conserver un parti communisme fossilisé dans la nostalgie ? Le parti socialiste en Espagne ne souhaite-t-il pas rallier à lui les éléments progressistes du parti de révolutionnaires professionnels qui n’ont plus leur raison d’être ?

Carvalho analyse, enquête, s’entretient, observe. Madrid n’est pas sa ville, même s’il y a habité quelque temps durant ses études. Mais la population a changé ; les enfants des nouveaux bourgeois lui apparaissent tous blonds, « européens ». Les restaurants ne sont plus populaires mais branchés, reniant la cuisine provinciale pour les standards internationaux. L’Espagne s’avachit sous le post-franquisme, elle s’amollit, elle se normalise.

Qui a tué, dans une pièce fermée aux protagonistes triés sur le volet, et dans l’obscurité ? Un proche ? Les lumières se sont éteintes trois minutes au moment du meurtre. Il est dit que le secrétaire fumait, or l’enregistrement en témoigne : il a plaisanté en ouvrant le comité sur le fait qu’il n’était pas dictateur puisqu’il obéissait au règlement non-fumeur.

Carvalho retrouve un vieil adversaire, le flic franquiste qui l’avait interrogé avant de l’envoyer en prison ; il est désormais au service de la démocratie mais reste un flic soucieux d’informations et de preuves. Le détective dérange ; on le lui fait comprendre plusieurs fois par des menaces crescendo, la dernière le photographiant nu avec une fille mineure après qu’il eut été drogué par un cocktail chilien appelé bajativo, servi par une fille aux beaux mollets mais vendue. « On » veut savoir où il en est dans son enquête, s’il connait le nom du coupable, ou au moins la liste restreinte des possibles. Il ne dit rien, il réserve la primeur de la nouvelle à son client Santos, au Comité central du Parti.

Car il va découvrir qui et pourquoi. Et ce n’est pas politique… dans un parti soumis tout entier à la politique, glosant sur les conditions objectives et les conditions subjectives, dans cette dialectique sans fin dans laquelle se complaisait l’époque, confite en marxisme verbeux qui prenait les mots pour de la radicalité et la radicalité pour la révolution. Montalbán n’est pas tendre avec sa génération étudiante dans les années 1970, tout enivrée de discours et appliquant la théorie à la pratique sans jamais faire l’inverse. Une maladie venue de France et que l’Italie a apprivoisée alors que l’Espagne est restée en retard, donc scolaire. Dans le restaurant branché Oliver de Madrid, la faune est typique de la mode du temps et Montalbán s’en moque avec jubilation : « Des héritiers de charcuteries industrielles à Ségovie, convertis à la négation de la négation de la négation du bakouninisme dodécaphonique paradigmatique abrasif radical à sept kilomètres de tout et à sept lieues de l’avant- et de l’après-découverte du fait que le progrès est fini… » p.141.

Ce qui fait un roman original et critique, un peu long et souvent bavard, voire filandreux comme le voulait cette ère gauchiste dans le vent, mais rempli de mangeaille, de sexe et d’action. Même la recette fétiche qui agrémente tous les volumes est cette fois baroque comme l’époque, une sorte de thon lardé d’anchois au gras-double, agrémenté d’artichauts dans un roux de tomate et d’oignon… p.204. De quoi faire bien comprendre tout ce que l’intellectualisme marxiste 1981 avait d’indigeste et combien l’assassinat du secrétaire général du PC espagnol pouvait avoir de rapport avec une certaine façon de trancher le nœud gordien.

Manuel Vasquez Montalbán, Meurtre au Comité central (Asesinato en el Comité central), 1981, Points policier 2013, 352 pages, €7.308

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Manuel Vásquez Montalbán, Tatouage

Mort en 2003 d’une crise cardiaque à Bangkok, Montalbán est le père du détective catalan Pepe Carvalho. Comme lui il vient du peuple, comme lui il enquête – mais comme journaliste -, comme lui il a fait de la prison, comme lui il est fin gastronome. Mais Carvalho a été agent de sécurité avant de travailler pour la CIA, jusqu’à ce qu’il prenne son indépendance comme détective privé. Il n’est ni marié, ni n’a de fils comme son auteur.

Créé en 1972 par un père de 33 ans, Pepe a 30 ans et vit dans une villa modeste d’un quartier de Barcelone. Il a pour compagne une pute, Charo, qu’il a installée en appartement dans le centre-ville pour qu’elle puisse exercer son métier sans les inconvénients ; elle ne reçoit que sur rendez-vous. Il a pour ami Bromure, un vieux cireur de chaussures qui lui sert d’indic car il a les oreilles grandes ouvertes et connait tout le quartier. Il a pour passion la cuisine et donne volontiers ses recettes, pas souvent bien traduites d’ailleurs. Il aime les feux de cheminée et les alimente par toute une collection de livres qu’il brûle à mesure : la littérature lui paraît vaine, même Don Quichotte. Ces transgressions, dans les années 1970, plaisent à l’Espagne qui s’ouvre après la mort de Franco en 1975.

Le contraste entre une Espagne arriérée, restée très catholique, prude et conventionnelle, avec le reste de l’Europe, notamment les Pays-Bas permissifs et démocratiques, est un choc culturel. Pepe Carvalho aime s’y rendre pour visiter les canaux, les quartiers à putes en vitrines, l’église transformée en centre culturel pour hippies, la marmaille nue qui joue au soleil. Au cinéma à Amsterdam, « quelques couples jeunes, d’allure plus ou moins hippie, avaient amené leur progéniture au cinéma, en partie parce qu’ils ne savaient pas qu’en faire, en partie parce que Fritz the Cat était un dessin animé. Mais dès les premières scènes du film, Carvalho conclut que la présence des enfants était probablement due à quelque volonté cachée d’éducation sexuelle. Fritz le chat était un véritable maniaque, un marginal qui fomentait la révolution sexuelle chez les fumeurs de hasch de l’intelligentsia new-yorkaise, et la révolution sociale à Harlem ».

A Barcelone, un beau blond a été retrouvé noyé sur une plage, en slip, un étrange tatouage sur le dos où il est écrit : « Né pour révolutionner l’Enfer ». Un beau slogan pour un pays catho. Ramón, qui a établi sa maitresse coiffeuse dans un salon de Barcelone, mandate Pepe pour savoir qui est le noyé. Il veut son nom et si possible ce qu’il a fait. Une belle enquête pour un détective.

L’occasion pour l’auteur de plonger dans les strates sociales de l’Espagne qui se réveille, ses bourgeoises affranchies en tuniques indiennes qui vendent des fringues et baisent à droite et à gauche ; ses macs qui friment, en concurrence directe avec les macs étrangers qui importent des filles depuis la mort du dictateur ; ses trafics en tous genres, dont la drogue et les filles en premier ; ses commerçants en poisson frais et congelé du port de Barcelone ; ses petites gens des cafés, des bars et des commerces. Pepe Carvalho a une philosophie cynique et humaniste, ce qui est un peu contradictoire mais fait le charme de son caractère.

Il apprendra le nom du jeune homme mort, ce qu’il faisait en Espagne après un séjour en Hollande, qui il baisait et pourquoi il est mort. On ne lui en demandait pas tant, mais il aime les enquêtes bien faites et boucler complètement un dossier.

Malgré les mœurs des années 1970 très différentes de celles d’aujourd’hui (machisme, sexualité hippie, armes dans les avions, absence de téléphone), le lecteur passera un bon moment. Montalbán écrit direct, à l’américaine. Ce n’est pas du grand style mais ça percute. Et son personnage a quelque chose de sympathique malgré ses manies. Au chapitre 4, il réfléchit à la meilleure manière de commencer son enquête en préparant une recette pour lui tout seul : la chaudrée. « Il fit revenir ensemble une tomate, de l’oignon, un piment, puis, quand la préparation eut épaissi suffisamment, il ajouta les pommes de terre et laissa mijoter le tout à petit feu. Il jeta ensuite les langoustines dans la casserole [plus probablement ces grosses crevettes catalanes analogues aux scampis italiens !], la baudroie [qu’on appelle en français de cuisine la lotte], enfin le colin. (…) Carvalho mouilla alors avec un bol de court-bouillon. En dix minutes, la chaudrée galicienne était prête ». Régalez-vous !

Manuel Vásquez Montalbán, Tatouage (Tatuaje), 1976, Points policier 2012, 264 pages, €6.80

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Manuel Vasquez Montalbán

Manuel Vasquez Montalbán, Espagnol de Barcelone, compose des histoires avec le sel du crime pour stimuler l’imagination. Autour de ce squelette, il façonne de la chair sociologique, un brin de Simenon, un zeste de Balzac, avec des digressions catalanes.

La cuisine est pour lui une philosophie. Bien manger et grande santé vont de pair. Un estomac rempli par un palais de qualité équilibre le jugement et donne sens et regard critique, selon les principes antiques. L’époque rend ce regard critique nécessaire. La nouvelle société espagnole de l’après franquisme est socialiste, petite-bourgeoise, moderniste. Elle a surtout le snobisme quasi religieux des arrivistes. Montalbán décrit bien cette Espagne de González, on s’y croirait pour avoir connu à peu près la même chose à Paris dans les années Mitterrand. Cela fait le charme déjà un peu daté de ses histoires policières.

Il en est, lui l’auteur, de cette Movida démocratique. Il fut emprisonné sous Franco et il a la sagesse de l’âge. Du spectacle des excès « nouveaux riches », il retire une impression désabusée, critique, cynique.

Tout n’est pas bon dans sa production. Il lui manque le sens de l’humour, et même de l’ironie, façon bien peu espagnole. Il est sérieux désespérément, selon le dolorisme catholique, un Don Quichotte lucide, un Sancho ascète. Montalbán aime à inverser les valeurs de la tradition. Son détective, Pepe Carvalho, est un épargnant soigneux qui, dans chaque livre, recompte son livret d’épargne. Il ne boit pas le whisky au litre comme dans les romans américains, ni la bière au comptoir pour sentir l’atmosphère comme Maigret ; il débouche religieusement du vin, de préférence espagnol, qu’il accompagne d’un plat de sa composition cuisiné par lui-même ou commandé avec soin au restaurant sélectionné par ses intimes. Il n’est ni célibataire, ni marié, mais couche régulièrement avec une putain indépendante de Barcelone. Son assistant est un nabot ex-voleur de voitures ; son indic est un vieux cireur de chaussures presque clochard, ancien légionnaire fasciste. Les personnages se doivent d’être originaux à tout prix. Carvalho lui-même a travaillé – horresco referens ! – pour la CIA tant honnie de la bien-pensance de gauche. Grand lecteur, mais revenu de tout, le détective se sert des livres qu’il n’aime pas de sa bibliothèque pour allumer sa cheminée. Il a la nausée de l’imagination, qui fut la seule liberté sous le franquisme. Il hait « les idées » pour les avoir trop entendues s’étaler dans le vide par « la gauche » caquetante et peu active. Il préfère vivre plutôt que lire, dans le réel social économique plutôt que dans l’imagination ou l’idéologie.

Chacune de ces histoires aborde un univers nouveau : les amours arrivistes des très petits-bourgeois (La rose d’Alexandrie), la drogue et l’exotisme thaïlandais (Les oiseaux de Bangkok), la spéculation immobilière et l’industrie démagogique du foot (Hors-jeu), les cures de nouvelle santé des gros et riches (Les thermes), l’envie de fuir d’un PDG sensible et fatigué (Les mers du Sud), le pouvoir totalitaire des multinationales (La solitude du manager).

Seul J’ai tué Kennedy est franchement mauvais. Cette parodie sans humour se moque du lecteur. La vraisemblance s’outre tellement que l’on se demande si l’auteur n’a pas tenté ainsi de voir jusqu’où peut aller le snobisme des critiques littéraires et de ses lecteurs à la mode. Ce livre-là est un objet que je brûlerai, sur son exemple, avec le sentiment de faire œuvre utile. Pour les autres, la génération suivante dira s’ils forment une œuvre ou ne sont que le reflet commercial de l’air du temps. Pour moi, je les ai appréciés à la fin des années 1990.

Les romans de Manuel Vasquez Montalbán sont réédités en collection Points Seuil ; ils étaient initialement édités par 10-18

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