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Claudie Gallay, Les Déferlantes

Le roman populaire a ses lettres de noblesse, que l’on pense aux ‘Misérables’ du ViH ou aux ‘Mystères de Paris’ du père Eugène. ‘Les Déferlantes’ sont de cette veine : il s’agit d’un bon roman populaire d’aujourd’hui dans lignée de Bernard Clavel.

Les ingrédients d’un tel succès sont :

• la longueur du livre qui permet d’apprivoiser les personnages ;

• les chapitres courts qui apportent chacun quelque chose comme dans une intrigue policière ;

• un mystère qui peu à peu se dévoile (on comprend avant la fin mais ce n’est pas grave) ;

• un décor intemporel qui fait peur : au XIXè siècle « la ville », aujourd’hui « la campagne » – on n’a plus l’habitude de ce désert sentimental et relationnel ;

• les instincts, les passions et les idées qui surgissent comme toujours – mais se débattent dans les pauvres crânes limités des êtres.

‘Les Déferlantes’ commence un jour de tempête où une tôle frôle la narratrice, se contentant de lui écorcher la joue. La crise fait surgir un mystérieux Lambert venu d’ailleurs qui erre sur la digue et interroge les gens, est-il déjà venu ? La narratrice est appelée la Griffue parce qu’elle habite une masure au bord des déferlantes – pas normale, donc. Elle compte les oiseaux, vient de la ville mais s’est fondue dans le paysage, bien que couve en elle ce manque de Lui, amant aimé trop tôt disparu. Raphaël, le sculpteur possédé du manque, cherche à le combler pour en saisir la jouissance dans des œuvres torturées qui vous prennent à la gorge, il sera bientôt reconnu. Sa sœur Morgane, désormais trente ans, erre de garçon en garçon sans jamais se fixer, hébétée du manque parental lié à son enfance de fonctionnaires bobos. Lili la tenancière de bar a manqué de père, lui-même marié sans amour alors qu’une autre avait son cœur mais que la pression sociale a empêché d’épouser. Nan, son élue, a vu sa famille sombrer d’un coup lors d’un naufrage quand elle avait huit ans, elle a toujours manqué d’amour, vide d’enfants, esseulée.

Le Cotentin des villages est un monde d’entre-deux, terre/mer, passé/présent, réel/fantastique. Les personnages de ‘La Déferlante’ sont des gens du vide, accrochés à nulle part, un trou perpétuel en eux qui les fait se mouvoir, s’attirer et se haïr.

Durant la cicatrisation de l’écorchure de tôle, les événements vont bouleverser l’existence de tous avant de guérir eux aussi. L’auteur observe en éthologue la vie des bêtes, sa narratrice erre sur les falaises de la Hague en Cotentin pour compter les oiseaux. Cette position de base lui permet de voir la vie des sales bêtes que sont les humains, hommes, femmes et enfants. Car nous sommes loin de l’idéalisme bobo du tout le monde il est beau et gentil :

  • la campagne, c’est dur ; la mer, ça tue ;
  • la nature c’est baiser, se haïr, s’aimer;
  • les oiseaux, tous d’instinct, sont parfois plus humains que ces animaux que sont les hommes; les chats donnent plus d’affection que les femmes ; les vaches vêlent mieux que les travailleuses et s’occupent mieux de leurs petits que les hommes…

Heureusement, les humains interagissent les uns sur les autres dans l’engrenage du mal comme du bien. C’est toute la société superstitieuse des campagnes qui a isolé Nan dans le deuil perpétuel, regardant d’un sale œil ses velléités de se lier ou de se marier. La société des campagnes, païenne, bêtasse et accrochée au qu’en-dira-t-on, a forgé un destin… Un jour de grand vent jadis, le phare s’est éteint et un voilier à chaviré. Seuls deux corps ont été repêchés, le dernier enfant du couple de plaisanciers a disparu.

Tout le monde sait pourquoi le phare s’est éteint et personne ne dit rien. Pas plus au frère survivant qui n’était pas parti en mer. La société est un destin, donc un non-dit. Personne ne réfléchit sur les conséquences, préférant se garder du regard des autres. Dès lors, le drame devient tragédie, écrite depuis les premiers temps du monde. La bêtise, l’inconscience, créent des événements qui s’enchaînent jusqu’à ce qu’une « crise » – ici la tempête – ne viennent dénouer les fils tendus au paroxysme. Nan la folle qui cherche toujours ses disparus reconnaît quelqu’un. Est-ce vraiment folie ? Et de fil en aiguille, la tapisserie s’anime. Jusqu’à l’apothéose finale, lentement mais habilement amenée.

Il y aura un dénouement. Il sera moral, il apaisera les malades et élèvera les gens vers une certaine spiritualité. C’est cela aussi qui fait un roman populaire, cette leçon que le destin peut se renverser sur l’initiative de quelques plus curieux ou plus courageux, ceux qui n’acceptent pas les choses telles qu’elles sont.

Chapitres courts, très courts, langage direct et familier, très familier, sentiments au ras des tripes sans jamais s’étendre par peur de lasser ou par limitation intellectuelle des personnages – le roman est très bien fait. Réussi. Un bon roman populaire dont je me suis délecté !

Claudie Gallay, Les Déferlantes, 2008, poche J’ai lu mai 2010, 539 pages, 7.60€ – Grand prix des lectrices de ‘Elle’ !

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Mélenchon entre Péguy et Doriot

Article repris par Medium4You.

Il suffit d’écouter Jean-Luc Mélenchon, comme dans l’émission Répliques du 7 mai sur France Culture pour se dire que la régression de crise touche aussi la politique. Il était confronté au catho-provincial Tillinac sous la férule du maître d’école Finkielkraut.  Homme neuf et idées nouvelles Mélenchon ? Hélas non : il recycle l’itinéraire et le tempérament début de siècle (dernier) de Charles Péguy et de Jacques Doriot. Le premier a fini catho, le second facho. On craint de voir finir Mélenchon. Il recycle déjà le vieux communisme…

Charles Péguy n’est plus guère connu, tant ses litanies lassent l’œil et l’esprit. Mais le bonhomme était de son temps, celui de la IIIe République – méritocratie populaire et hussards noirs (expression qui est de lui dans ‘L’Argent’ en 1913). Né en 1873 d’un menuisier et d’une rempailleuse de chaises, il est mort lieutenant en septembre 1914. Il a inspiré le gaullisme de gauche. Jacques Doriot, né d’un forgeron et d’une couturière, aurait été lui aussi précurseur du général de Gaulle s’il n’y avait eu la guerre et la collaboration. Jean-Luc Mélenchon leur ressemble ; il ressource les mêmes origines et les mêmes idées issues du même terreau dixneuviémiste. Né d’un receveur des postes et d’une institutrice, il est lui aussi le produit de la méritocratie républicaine.

  • Comme Péguy, mal à l’aise à Normale Sup, Mélenchon se contente d’un CAPES de lettres modernes après une licence de philo et, comme Doriot, fait plusieurs boulots d’ouvrier.
  • Comme Péguy devenu anticlérical sur le tard, Mélenchon a une imprégnation catholique qu’il recycle dans le socialisme, idéal rêvé d’amour et d’égalité entre les hommes. Il rejoint Péguy et Doriot dans l’adhésion à la IIIe Internationale.
  • Comme Péguy et Doriot, Mélenchon méprise l’argent, la quête effrénée des richesses matérielles, la non reconnaissance des humbles vertus du travailleur, artisan et paysan.
  • Comme Péguy, Mélenchon est un patriote tendance Valmy 1792, et coupeur de têtes canal 93, jacobin et robespierriste au service du Peuple tout entier (entité mythique) et non pas au service de quelques-uns.
  • Comme Doriot, fondateur du parti Populaire Français, Mélenchon fonde le PDG, parti d’extrême gauche rival du parti communiste.

Ces trois là se veulent des héritiers. La France est femme et ils veulent lui faire des enfants rouges. Pour Péguy le socialiste et pour Doriot, adepte de la révolution nationale d’Action française, elle prend la figure de Jeanne d’Arc contre les mots d’ordre venus d’ailleurs, Londres ou Moscou. Pour Mélenchon, celle de Marianne, belle et fragile, en butte aux vieux lions anglo-saxons ou aux aigles prussien ou russe. Mélenchon comme Doriot milite pour la république populaire, nationale et sociale, incarnée par la patrie des citoyens en armes. La religion Mélenchon est le socialisme utopique, obédience trotskiste lambertiste plus que léniniste. Il est orienté défense syndicale des travailleurs plus que professionnel de parti. Mélenchon, comme Doriot, prône cependant un parti de rassemblement national et populaire contre le parti socialiste dominant.

Antilibéral parce que le libéralisme est d’âme aristocratique, il se veut populiste, fils du peuple et fier de l’être, à la fois contre le modèle soviétique géré par un parti unique de professionnels détenteurs de la vérité, et contre la social-démocratie du reste de l’Europe qui « se contente » d’accompagner les réformes d’adaptation à la mondialisation. Bien que tribun généreux, Mélenchon se cache derrière un peuple mythique à la Michelet pour refuser le mouvement du monde. D’où le parallèle avec Péguy : son socialisme de progrès sent furieusement la résistance à la modernité, réactionnaire à cette globalisation qui ne fait plus de l’Europe (et encore moins de la France, même révolutionnaire) le phare du monde. Mais qui est un fait à prendre en compte plutôt qu’à nier.

Ce pourquoi il fonde le PDG, parti de Gauche pour une « autre » Europe démocratique et sociale, contre les traités européens actuels mais pour un bonapartisme européen que les autres pays ne veulent pas.

  1. Première contradiction : comment exister désormais dans le monde sans l’Europe ? Anticapitaliste, il est fatalement pour la « décroissance » chère à une fraction des écolos.
  2. Deuxième contradiction : on ne peut produire efficacement sans capitalisme, cette technique inventée à la Renaissance justement pour rationaliser l’usage du capital, du travail et des matières premières. Si l’on produit moins efficacement, au nom de la désaliénation marxiste qui redonne à l’homme sa maîtrise complète des processus de production, il faut désindustrialiser pour redorer l’artisanat où chacun est maître de lui et de ses processus. Donc partager la pénurie (aller aux 30h hebdomadaires pour partager le travail en moins, engager toujours plus de fonctionnaires, produire moins pour polluer moins, ne plus acheter de fraises en hiver ni de concombres espagnols, accepter de gagner moins et de participer plus…)
  3. Or l’écologie, qui est le souci de la planète et de la survie soutenable des hommes, ne conduit pas inévitablement à la décroissance : troisième contradiction.

Ne faudrait-il pas plutôt calculer la croissance autrement ? Pas la focaliser sur le toujours plus, mais intégrer des facteurs humains ? Une production plus efficace – produire le mieux avec le moins – est souvent le cas de travailleurs bien dans leur peau, dans leur entreprise et dans leur collectivité, plus que les processus fordistes de la rationalité maximum. Ils ont fait largement leur temps. Ce fut, dans les années 1980, Toyota contre Ford. Il faut améliorer et approfondir le processus. Mais pourquoi l’abandonner au nom d’idéologies fusionnelles d’essence régressive et religieuse ?

Car Mélenchon a écrit volontiers dans l’hebdomadaire chrétien d’information ‘La Voix Jurassienne’. S’il est anticlérical, il n’en est pas moins croyant, remplaçant le Dieu au-delà par une Humanité vague ici-bas. « Lui-même semblait un maître d’école extraordinaire, un grand pédagogue, un prédicant de l’ancienne France. Sa cervelle madrée, obstinée, baroque, avait reçu de naissance le génie de deux maîtres de la rue du Fouarre, des moines populaires et des gazetiers révolutionnaires… Il a, dans une brève carrière d’homme de lettres, trouvé moyen d’épanouir des forces de paysan qui agrandit ses champs, du boutiquier qui compte et recompte ses sous, du typo qui fait de la belle ouvrage, du curé qui prêche aux ouailles et d’officier de ligne entraînant ses hommes au devoir. » Cette citation ne lui va-t-elle pas comme un gant ? Sauf que ce portrait taillé sur mesure pour Mélenchon… a été écrit par Maurice Barrès pour Péguy il y a bien un siècle.

Charles Péguy, socialiste chrétien, abandonnera le pacifisme et parlera de « faire fusiller Jaurès » comme traître à la patrie en 1914. Jacques Doriot, fils du peuple, dérivera vers le fascisme et terminera mitraillé à Sigmaringen par un avion allemand. Les références mélenchonistes sont aujourd’hui tout aussi belliqueuses : Evo Morales et surtout Hugo Chavez. Ce dernier est l’auteur d’un référendum sur l’opportunité de former une nouvelle assemblée constituante et pour l’inscription du socialisme dans la constitution du Venezuela.

On se dit alors que « l’intérêt général » est le paravent idéologique facile pour masquer une ambition à la Fidel Castro : prendre le pouvoir au nom du peuple… puis le garder parce que le peuple est sans cesse tenté de revenir aux pratiques capitalistes. Cachez ce sein que je ne saurais voir ! Le peuple est ignorant, dit Lénine, attardé : il vote contre les Bolcheviks ? Abolissez le peuple – pour son bien. Il y a de ça chez Mélenchon. Sa position sur le Tibet, qui reprend les thèses maoïstes pour« libérer » de l’aliénation cléricale, sont édifiantes à cet égard. Mélenchon mélange tout. C’est le danger des tribuns : séduisants utopistes avant de prendre le pouvoir, vieillards atrabilaires et paranoïaques une fois pris, incapables de le lâcher.

Émission d’Alain Finkielkraut Répliques sur France Culture, samedi 7 mai 2011, Mélenchon-Tillinac sur le thème de la laïcité et identité française

Jean-Luc Mélenchon, Qu’ils s’en aillent tous, octobre 2010, Flammarion, 142 pages, €9.50

Intéressante analyse du livre par Arion chez Actu

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Vers une démocratie écologique ?

Article repris par Medium4You.

L’écologie est à mon sens l’avenir de la pensée politique. Elle va remplacer un « socialisme » à bout de souffle faute d’avoir fait évoluer la doctrine XIXe dans un monde qui a fort changé. Il est donc intéressant de sonder les écrits qui tentent de « penser » la nouvelle politique qui tient compte de la globalisation du climat, des échanges et de la compétition pour les ressources. Dominique Bourg et Kerry Whiteside, respectivement géoscientifique suisse et politologue américain, ont cosigné ce livre paru au Seuil fin 2010. Touchant de près la politique, il a fait l’objet d’un colloque entre administratifs en octobre, auprès du ministre Nathalie Kosciusko-Morizet. La salle était trop étroite, j’y étais, pour accueillir tout ce monde avide de savoir à quelle sauce ils allaient être mangés…

Pour les auteurs, l’écologie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux mains des politiciens. Car ce sont des mains faibles, tourmentées par le seul court-terme en vue de leur réélection dans leur petite circonscription. Ce pourquoi la dégradation globale de l’environnement et son aspect invisible et cumulatif ne sont pas vendeurs. Le contrat social érige un gouvernement représentatif qui protège les droits des individus en se chargeant de leurs intérêts communs, mais tout ce qui sort de la perception ici et maintenant du commun y échappe. Les auteurs proposent donc de changer de contrat.

Exit l’élection comme fin en soi, place aux experts. Préserver la biosphère devrait pour eux être inscrit dans la Constitution, une Académie du futur être créée pour éclairer les ignares. Mais surtout le Sénat serait nommé « par tirage au sort » sur une liste de « scientifiques internationalement reconnus dans leur spécialité », liste agréée par des ONG environnement. Cette haute assemblée nationale pourrait opposer son veto à une loi contraire au long terme de la planète et examinerait toutes les décisions qui en ressortent. Des « jurys citoyens » seraient mis en place pour diffuser la bonne parole et convaincre la base du bien-fondé de tout ça.

Nous sommes bien conscients des difficultés à envisager un modèle économique « de décroissance », qui ne fasse pas du « toujours plus » l’alpha et l’oméga du bien-être humain. Rien que le découplage entre pays développés et pays en développement transformerait en quelques années nos pays en déserts industriels, étroitement dépendants de la bonne volonté exportatrice des pays producteurs. L’Europe serait réduite à un parc d’attractions touristiques où le seul emploi serait le service à la personne. Ce que Houellebecq a parfaitement décrit dans les derniers chapitres de son dernier livre, ‘La carte et le territoire’.

Mais il nous semble que la proposition du Suisse et de l’Américain cumulent les travers des systèmes politiques de chacun de leurs pays d’origine. Il s’agit d’instaurer un fascisme de consensus (à la Suisse) où la bonne parole est délivrée d’en haut par ceux qui savent (à l’américaine). La conviction serait entonnée par la propagande des jurys communautaires où chacun n’ose pas penser autrement que la foule. Son application serait du ressort d’une assemblée de spécialistes nommés (et non plus élus) par des organisations autoproclamées.

La démocratie n’est certainement pas le meilleur des régimes, mais il l’est par exception de tous les autres. Faut-il en revenir au vote censitaire sous prétexte que « les gens » sont ignorants du long terme et de l’invisible climatique ?

Le débat démocratique, bien loin des cercles fermés entre spécialistes – met tout sur la table. Les électeurs n’ont pas forcément le culte du court terme ni de leur seul intérêt personnel. Avant de casser le thermomètre, peut-être faudrait-il l’affiner ? Compter autrement « la croissance » ? La commission Stiglitz a testé quelques pistes en France, tandis que le Genuine Progress Indicator (progrès authentique) a été élaboré par un institut californien. Pourquoi ne pas explorer ces pistes ?

Si l’écologie ne convainc pas, surtout en France, c’est surtout parce que le personnel politique des partis écologistes est d’une indigence rare. Comment confier le pouvoir de diriger un État à un histrion de télé, à une diplômée en géographie qui place le Japon dans l’hémisphère sud ou à une juge rigoriste ? Tous ces gens ont leurs qualités, mais dans leur domaine particulier. Ils n’intègrent en rien l’intérêt général puisqu’ils ne parlent guère d’économie ou d’emploi, sinon par de grandes fresques vagues où l’on rasera gratis au paradis retrouvé. Mais qu’en est-il concrètement des grèves des cheminots qui obligent à prendre sa voiture ? De la hausse du prix de l’essence et du gaz ? De la production d’électricité si elle n’est plus nucléaire (Hulot vient d’y réfléchir, il parait…) ? De la vie quotidienne des vraies gens ?

L’idée même d’un parti politique exclusivement consacré à la défense de l’environnement est un non-sens politique. Les électeurs le savent bien, moins bêtes qu’ils ne paraissent aux élites universitaires. La politique prime, qui est la vie complète de la cité ; l’environnement est une cause seconde qui doit être dans tous les partis. Ne choisir « que » l’environnement est une régression pétainiste (la terre seule ne ment pas) et aboutit au retour du moyen-âge (panier bio local, vélo et trains quand ils ne sont pas en grève, emplois de proximité exclusivement dans les services à la personne, maisons en terre et chaume chauffées par la seule orientation et la circulation d’air entre sol et plafond…).

L’échec du raout écolo-mondial de Copenhague a montré l’illusion des bobos nantis. Les pays riches croient délivrer la bonne parole en même temps qu’affirmer le bon sens en enrôlant des scientifiques pour dire « le vrai ». Mais les ONG environnement ne sont pas le gouvernement mondial, personne ne les a élues. Ni la Chine, ni l’Inde, ni le Brésil, ni les autres, ne se sont privés pour le dire ! L’arrogance des riches à mettre le couvercle sur le développement des pauvres, sous prétexte de religion pour la Terre mère a quelque chose d’indécent. Cela ne veut pas dire que la question des ressources rares, des pollutions et du climat ne se posent pas. Mais qu’on ne décide pas entre spécialistes, mis en scène de façon tapageuse par les orchestres médiatiques, mais par la politique internationale. Or la politique arbitre entre les intérêts, elle n’est pas qu’un spectacle. Les gens se laissent amuser quand le sujet leur est indifférent (les promesses qui n’engagent pas, les amours du président ou le mariage princier), mais ils se saisissent de la décision quand ils jugent que l’équilibre des intérêts est nettement en leur défaveur.

Le pire de la dégradation de la terre, disait le commandant Cousteau, est le nombre des hommes. Que disent les écolos sur la démographie ? Restreindre la natalité dans les pays pauvre, est-ce un tabou religieux ? Dès lors, qu’a donc de « scientifique » cet oubli volontaire dans la politique des ressources et du climat ?

La politique, justement, ne se réduit pas à l’application rationnelle du savoir scientifique. Tout cela sent par trop son saint-simonisme XIXe, récupéré par Marx et ses épigones activistes au nom d’une prétendue Loi de l’histoire. La politique est l’art de convaincre en vue d’un projet commun. Or tout ce qui consiste à « défendre » et à proposer aux gens du « moins » n’a rien d’un projet mais tout d’une contrainte. Aménager notre planète commune peut être un projet, mais les savoirs très spécialisés des domaines climatiques et biologiques ne font pas une politique. Faire avancer sa cause sans jouer le jeu des urnes, c’est se défiler devant la responsabilité. C’est bien universitaire… Tellement persuadé de « sa » vérité, proclamée « scientifique », que seule une avant-garde éclairée pourrait gouverner le monde et corriger malgré eux ces « enfants » ignares que sont les électeurs. Lénine l’a tenté avec les inconvénients qu’on sait. La proposition Bourg & Whiteside, reste dans ce droit fil du savant politique, qui n’a rien à voir avec la politique mais tout avec l’illusion de tout savoir.

Ce néo-socialisme a tout pour séduire nos élites technocrates qui se croient déjà supérieures pour avoir subies le tamis des « grandes écoles », et délivrées de tout souci matériel comme d’avenir pour être fonctionnaires à statut garanti. Mais le peuple, lui, qui aura sans doute son mot à dire, pourra n’être pas d’accord avec cette main basse sur la décision au nom du despotisme éclairé !

Dominique Bourg et Kerry Whiteside, Vers une démocratie écologique, Seuil La République des idées, octobre 2010, 103 pages, €10.93

La présentation au Centre d’analyse stratégique sous le patronage de Nathalie Kosciusko-Morizet

A propos des auteurs

Dominique Bourg est membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot, professeur à la faculté des géosciences et de l’environnement de l’université de Lausanne. Il a publié « Parer aux risques de demain. Le principe de précaution » (Seuil, 2001), « Le Nouvel Âge de l’écologie » (Descartes & Cie/ECLM, 2003) et « Le Développement durable. Maintenant ou jamais » (Gallimard, 2006).

Kerry Whiteside est professeur de sciences politiques au Franklin and Marshall College, en Pennsylvanie. Il a publié « Divided Natures: French Contributions to Political Ecology » (MIT Press, 2002) et « Precautionary Politics: Principle and Practice in Confronting Environmental Risk » (MIT Press, 2006).

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Les écologistes contre le néolithique

Comme il parle bien Jean Guilaine, ce professeur au Collège de France spécialiste du néolithique ! Il a l’accent rocailleux du sud-ouest et les mots savoureux pour décrire sa passion : cette époque reculée où la révolution advint. Celle qui a fait passer les sociétés humaines du stade de chasseur-cueilleur au stade d’éleveur-cultivateur. Il a fallu quitter le nomadisme pour se sédentariser. Cesser les comportements simplistes de prédation pour acquérir d’autres comportements d’attention et de soins. C’était déjà le ‘care’, cette couverture thermolactyl chère à Dame Martine. 

Mais à écouter Jean Guilaine, on se demande bien pourquoi la Première secrétaire socialiste s’acoquine avec les zécologistes. En effet, le fondement de l’écologie est que l’homme est un traître qui s’est retourné contre sa terre-mère, au néolithique justement. Auparavant, il vivait comme les bêtes, ni mieux ni pire. La nature était son ventre amical et il prenait ce qu’elle voulait bien lui donner. C’était au temps où les bêtes parlaient et où les chasseurs (qui passaient leur vie à ça) écoutaient les bruits ténus, repéraient les traces infimes et s’orientaient aux odeurs évanescentes pour comprendre le gibier. L’homme était un animal armé et baignait nu dans le naturel.

Las ! Son orgueil (dit la Bible), sa soif de connaître (dit le mythe grec de Prométhée), lui ont fait quitter le vert paradis des amours enfantines et la prédation naturelle qui régulait son espèce en fonction de celle des autres. Il a « joué à Dieu », quelle horreur ! (c’est le titre récent de l’hebdo catho ‘La Vie’ sur Fukushima). Comme lui, il a bâti un monde à sa mesure, fait naître des animaux à sa disposition et des plantes à sa convenance pour son alimentation, a maîtrisé le feu. Il n’était plus seul et nu, mais rassemblé en villages voire en villes bâtis de ses mains, avec enclos à bétail, réserves de foin et de bois pour l’hiver, et des vêtements tissés des tiges des céréales qu’il conservait en jarre pour sa nourriture quotidienne et les semences du printemps suivant.

Là c’en est trop pour les zécologistes. Je parle de la sous-espèce récente qui a sauté sur le prétexte scientifique pour en faire une nouvelle mystique. Pour eux, la civilisation c’est mal, la technique c’est le diable, sortir de la « vie naturelle » nomade et nue c’est la perdition. Il y a de ça chez certaines sectes chrétiennes du retour à la terre, chez les païens ex-hippies qui adorent Gaïa en fumant de l’herbe (bio), et même chez les islamistes qui ne rêvent que de retourner aux lois ancestrales des nomades bédouins, eux qui n’ont jamais pu cultiver la terre dans le désert faute d’eau. Tous ont le rêve d’oasis du Paradis biblique.

A écouter Jean Guilaine, à lire son livre passionnant (et pas uniquement pour les archéologues), je me dis que l’écolo-mystique est un pessimiste ignorant qui a peur de son ombre. Le scientifique – Jean Guilaine en est un – est forcément optimiste, même sur le lointain passé. Le néolithique a été une « révolution » qui a duré jusque dans les années 1950, lorsque la population a basculé de la terre à la ville, grâce aux progrès de la technique. Cette fameuse technique honnie des mystiques qui y voient un crime de lèse-nature, un comportement de jeune mâle de banlieue en rut qui va jusqu’à gifler sa mère (parce qu’elle n’est qu’une femme) avec la volonté maléfique de s’égaler au Créateur. Tout, dans la « religion » écolo venue tout droit de celles du Livre, s’oppose à ce que l’homme est devenu : un fils désobéissant, un ingrat orgueilleux, quelqu’un qui méprise maman et veut supplanter papa.

Mais, si l’on y regarde bien, ce dont rêvent les zécolos sans le savoir est l’anti-civilisation. La guerre de tous contre tous selon les lois naturelles. La grande régulation qui mettrait au rebut la technique (après une catastrophe nucléaire et une gigantesque panne informatique due au climat réchauffé). Ce qui ramènerait l’espèce humaine au Paradis, vous savez, cette époque bénie où l’homme était un loup pour l’homme, ne cultivait rien, n’élevait rien, mais se contentait de prendre ce que « la nature » ou Papa-dieu voulait bien lui laisser…

C’est drôle et inquiétant l’écologie politique, quand on creuse…

Jean Guilaine, Caïn – Abel – Ötzi : l’héritage néolithique, Gallimard février 2011, 284 pages, €24.70 

Émission le Salon noir du mercredi 6 avril 2011, Vincent Charpentier sur France Culture, écoutable ou podcastable

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Réfléchir sur le nucléaire

Les glapissements millénaristes des prêcheurs d’Apocalypse empêchent de penser. Ils incitent à voter contre leur parti au niveau national, tant l’immaturité politique et la naïveté sociale y règnent. Le nucléaire est dangereux ? Certes – mais vivre aussi est dangereux. La cigarette fait plus de morts que les rayonnements chaque année, et bien plus de CO². Mais de cela, les zécolos-politiques ne disent rien.

Reste qu’il faut penser le nucléaire puisque le risque existe et qu’il se multiplie. Three Miles Island était un coup de semonce en 1979. Tchernobyl le désastre de tout un système, socialiste soviétique, comme quoi le « tout État » ne protège en rien des catastrophes industrielles, contrairement à ce qu’on entend ici ou là. Les ingénieurs ne sont pas meilleurs dans la fonction publique, on peut même soupçonner qu’étant moins payés, ne restent que ceux qui ne peuvent être appelés ailleurs pour leurs talents… Fukushima montre que, dans un pays très développé, nanti d’un État puissant, où l’énergie est décentralisée (au fond, tout le rêve des zécolos français), une catastrophe peut se produire et se développer. Ce n’est pas le tremblement de terre mais le tsunami par conséquence qui a submergé les sécurités. Un tel enchaînement de causes est exceptionnel, il n’arrive guère statistiquement qu’une fois par siècle. C’est ainsi que règnent les probabilités, à 99% de chances de ne pas courir le risque. Mais l’année où cela vous arrive, vous êtes à 100% dedans.

Alors faut-il « sortir » du nucléaire ? Bien sûr il le faudra, comme du charbon, du pétrole et des autres énergies fossiles. Pourquoi ? Parce que la planète est limitée et que ses réserves sont pour un siècle en minerai d’uranium, pas plus. La question est de sortir quand et comment.

Les naïfs réclament « tout, tout de suite ». Ils agissent en gamin de deux ans qui trépigne quand son désir n’est pas satisfait sur le champ. Mais est-ce socialement, économiquement, politiquement possible ? C’est là où divergent les  zécolos mystiques des zécolos qui pèsent et qui pensent. Les premiers sont hélas en France bien trop nombreux. Ils recyclent depuis un millénaire les utopies d’un autre monde hors du monde, celui des errants gyrovagues qui prêchent l’Apocalypse pour l’an prochain, les simplets de la croisade « des enfants » qui dit leur immaturité, croyant n’importe quel « berger » à grande gueule et gros bâton, chef de secte qui attire autour de lui les donzelles et les jouvenceaux pour mieux en jouir.

Sortir quand ? La société n’est pas révocable par décret. Les gens vivent, travaillent, consomment, élèvent des enfants. Que faire pour assurer la transition la meilleure pour tout le monde entre énergie nucléaire et énergies soutenables ?

1. Déjà, s’assurer que ce qui existe, et qui ne va pas disparaître dans les deux ans qui viennent, est sécurisé autant qu’on peut raisonnablement le prévoir. D’où audits, travaux éventuels, surveillance indépendante des intérêts économiques.

2. Ensuite convaincre les États-nations sourcilleux sur leur souveraineté, qu’une « ingérence » neutre, internationale, transparente, est la meilleure des choses pour le monde entier. Parce qu’une catastrophe dans un pays n’arrête pas ses effets aux frontières (comme un fonctionnaire imbécile l’avait affirmé en France après Tchernobyl).

3. Enfin débattre démocratiquement non pas de l’Apocalypse (personne n’est pour) mais de la gestion de transition.

a. Abandonner le nucléaire veut dire accepter plus de CO² un long moment, le temps que les énergies alternatives soient techniquement au point et industriellement répandues.

b. Abandonner les centrales nucléaires veut dire accepter un prix de l’électricité plus fort et qui grimpera plus vite que le reste des prix pendant des décennies.

c. Abandonner la filière nucléaire veut dire promouvoir les recherches sur les énergies soutenables et réorienter la formation des ingénieurs en forçant la main et en tordant l’esprit des grandes écoles françaises, volontiers formées en castes.

Établir la vigilance interne, activer la diplomatie externe, discuter des changements de comportements sociaux : tout cela est politique.

Où sont donc les réponses politiques des zécolos sur ces sujets ? Que des « grands travaux » à la socialiste sur l’isolement des logements ? Certes il faut le faire, mais avant tout convaincre les gens de les payer. Et pour cela leur assurer un travail… qui dépend de l’énergie disponible à prix raisonnable pour produire. On ne crée pas des emplois par décret, sinon dans les régimes socialistes soviétiques. Tout changement du modèle de prix d’une denrée vitale comme l’énergie a des conséquences sur toute la société, pourquoi les zécolos n’en parlent-ils pas autrement qu’en laissant se profiler un austère retour au moyen-âge avec panier bio, troc et maison en terre battue ?

Cherchez « programme des écologistes » sur Google, vous obtiendrez 843 000 résultats avec en tête une petite avancée Cohn-Bendit sur la pêche au Parlement européen, un forum Yahoo sur « c’est quoi  un programme écologiste » (où les réponses sont édifiantes de néant), et des projets cantonaux pour les élections qui se gardent bien d’évoquer les problèmes généraux de société.

On aimerait les entendre les zécolos, par exemple sur les embouteillages générés périodiquement par les grèves imbéciles des cheminots dont l’emploi est garanti à vie, comme la retraite, et qui débrayent au moindre prétexte contre l’État-patron. Comme si l’État n’était ni vous, ni moi, ni les politiques élus, mais un vaste club d’exploiteurs qu’il s’agit de faire « plier » au mépris de la pollution générée, du CO² et autres désagréments sociaux. La grève est un outil : bien utilisée elle est une arme de combat efficace. Usée n’importe comment par n’importe quel chefaillon de nœud ferroviaire, elle n’est plus que réaction de gamin de deux ans qui veut tout, tout de suite, na ! Le mauvais ouvrier n’a jamais que de mauvais outils. Mais que disent les zécolos sur cette pollution générée par le syndicalisme mal organisé ? – RIEN.

Ce pourquoi, en France, les zécolos sonnent comme les zozos – qu’y puis-je ? Alors que l’écologie canal scientifique est un savoir qui devrait irriguer tous les partis. Il s’agit de vivre ensemble, non pas contre ni au-dessus, mais dans la nature dont nous sommes partie. Vaste programme qui demande d’autres gens que ces immatures qui ne sortent de leurs trous qu’à chaque catastrophe pour prêcher la fin du monde.

Fatih Birol, interview de l’économiste chef de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans Le Monde du 2 avril 2011, p.5

Exemple de « Programme » des écologistes pour les élections cantonales en Savoie 2011

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Randonner Retrouvance

Les Français aiment la randonnée. Sport pas cher et en plein air, il permet d’exercer une activité physique pas trop stressante, à son rythme, et en groupe. La famille s’y retrouve dans les pas et le gite partagés. Les groupes s’y soudent entre bonne bouffe et amitié. Cela dans des paysages naturel – s’il en reste !

Ce pourquoi l’Office national des forêts a quitté son confort bureaucrate, cette pente naturelle de toute administration, pour se bouger nature. La nouvelle génération tient à valoriser ses compétences pour les offrir autrement que dans la passive « conservation ». Les années 2000 sont écolos, au sens moins politique que natif. Il s’agit d’interaction entre l’humain et le milieu naturel – son milieu. La Bible, accentuée par la mathématisation des Lumières puis par le positivisme scientiste, avait laissé croire que l’Homme (à majuscule et masculin) était d’une autre essence que matérielle. Il devait donc dominer, exploiter, jouir de ce milieu qui lui était extérieur et « donné ». C’est bien fini. L’homme (sans majuscule) retrouve sa place humaine (des deux sexes) sur la planète et dans le naturel. Car l’humain fait partie intégrante de la nature.

Retrouvance (nom déposé) est une façon de marcher qui redonne du naturel à l’humain. Tout est compris dans le prix, tout est organisé par l’ONF : l’accompagnement, le gîte, la restauration, le transport des bagages. Vous allez d’un point à l’autre dans des paysages préservés, et sans souci d’organisation !

L’Office valorise ainsi son savoir-faire tout en présentant son œuvre de conservation et entretien des paysages. Voilà qui est intelligent et je vous recommande chaudement ce « concept ». Les maisons forestières ne servaient plus à rien, elles retrouvent un usage. Les bâtiments désaffectés des villages désertés de la ruralité se délitaient, ils retrouvent vie. Vous pourrez loger dans d’anciennes écoles sans élèves ou des cures séculaires sans curé.

Un autre avantage est que vous quittez les grands flux touristiques, les endroits où tout le monde va et se presse, dans le bruit, la frite et les parkings. Vous allez explorer des territoires méconnus comme le plateau de Millevaches (vous pourrez les compter pour dormir), la vallée de la Roanne en Drôme (vous saviez qu’elle existait ?), le haut Verdon hors des hordes dans les Alpes du sud, escarpé et grandiose, le mont Valier en Ariège, les monts oubliés d’Ardèche…

Beaucoup de forêts avec l’ONF, bien sûr. Il est agréable de marcher sous les arbres ou autour. Ils ne sont jamais loin, protecteurs, verdoyants, frissonnant aux brises. Ils parlent, ils murmurent, ils chantent. De vieilles légendes renaissent, qui vous seront contées à la veillée. Des histoires secrètes de forêt. Lorsque la pente se fait plus forte, comme dans le Valier qui culmine à 2838 m, vous pourrez voir planer les rapaces en silence, l’aigle, le gypaète barbu, et même le vautour ! Lorsque l’altitude est moindre, les rivières et les étangs se peuplent d’un petit monde de loutres et autres bestioles aquatiques. Les fleurs surgissent et les plantes sont bonnes à découvrir ou à manger.

Ces randonnées en général d’une semaine, sont à voir sur le site de Retrouvance. Elles sont accessibles via les agences de trek spécialisées comme Terres d’aventure, Chemins du sud ou La Balaguère, ou encore par les offices de tourisme. Ils vous trouvent un accompagnateur car certaines randonnées ne sont pas réalisables sans, par exemple dans le Limousin de Millevaches. D’autres sont en liberté, la logistique est assurée mais vous marchez seuls avec carte. Dans les randonnées accompagnées, dîners et pique-niques sont composés de produits locaux, le vin à table est compris !

Tous les circuits sont accessibles sans difficulté aux randonneurs moyens, mais un classement en carrés vous permet de voir quels sont les efforts. Deux carrés disent 3 à 5 heures de marche par jour sans dénivelé excessif. Trois carrés 5 à 6 heures de marche avec un dénivelé moyen de 400 à 1000 m en cumulé. Quatre carrés prévoient 5 à 8 heures de marche avec un dénivelé plus important, de l’ordre de 600 à 1200 m dans la journée.

L’ONF labellise les gîtes et ils sont exclusivement réservés à votre groupe. Vous pouvez lire leur description sur le site ONF. Ils ont tout le confort avec chambres à 2 ou 4 lits et sanitaires. Respect de l’environnement et isolement obligent, certains sont équipés en énergie renouvelable tels que panneau solaires ou micro-turbines. De quoi découvrir aussi la façon dont l’ingéniosité humaine permet de s’adapter au milieu sans l’épuiser.

Quelques conseils pour randonner à l’aise :

  1. Achetez de bonnes chaussures, plutôt légères mais hautes, qui tiennent bien le coup de pied.
  2. Prenez un sac à dos léger, sans armatures inutiles, vous ne serez pas dans l’Himalaya !
  3. Ne portez pas plus que nécessaire :
  • la gourde (1 litre au moins, donc 1 kilo),
  • lunettes et crème solaire
  • un pull polaire et un coupe-vent, une couverture de survie et un couteau,
  • une trousse de premier secours qui doit comprendre un désinfectant, des pansements, un bandage et de la ‘seconde peau’ contre les ampoules, pas plus pour la journée
  • votre appareil photo et carnet de notes
  • un téléphone mobile bien chargé au cas où.

Tout le reste est à mesurer avec votre capacité à porter sans effort (jumelles, compléments alimentaires, etc.), votre sac ne doit guère dépasser 3 ou 4 kg par adulte.

N’oubliez pas que vous devrez porter le matin votre pique-nique du jour !

L’UNESCO a décrété 2011 « Année internationale de la forêt », autant la découvrir avec des spécialistes !

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Fin du pétrole mais transition nucléaire

Si le nucléaire diffuse au Japon, le pétrole est en feu dans la plupart des pays arabes et le gaz est la cassette des pays dictateurs (Russie, Iran, Algérie). Les producteurs principaux font de la répression, de l’Arabie Saoudite à Bahreïn, à la Libye de Kadhafi et jusqu’à l’Algérie, tenue d’une main de fer par l’armée. Pas question de laisser une bande de révolutionnaires s’emparer du pouvoir ! La rente est trop confortable. Les pays occidentaux avancent à grands pas (en paroles) pour défendre la démocratie, tandis qu’ils piétinent martialement pour mettre en œuvre – depuis vendredi – une initiative armée pourtant demandée par les victimes. Au nom de l’anticolonialisme ou de l’anti-islam (arroseur arrosé, nous sommes toujours accusés ? Eh bien débrouillez-vous). Au nom aussi de la transition énergétique, qui mettra bien deux générations à s’effectuer (donc pas question de laisser le pétrole et le gaz au nom des grands principes). C’est particulièrement vrai des Etats-Unis, englués en Afghanistan et en Irak déjà.

C’est que le pétrolier industriel ne vire pas comme le vélo écolo. Les politiciens verts ont beau jeu de « dénoncer » la pollution et d’annoncer l’Apocalypse imminente, la seule chose de sensée qu’ils proposent est de revenir au moyen-âge : panier bio, maison en terre, chauffage au bois, marcher à pied, à la rigueur en vélo… La majeure partie de l’énergie consommée aujourd’hui dans le monde est fossile : pétrole, gaz, charbon, bois. La seule alternative crédible industriellement aujourd’hui pour remplacer l’énergie fossile est le nucléaire. Tout le reste est bel et bon, et à développer bien sûr, mais ne remplacera pas pour notre génération l’énergie abondante et bon marché du pétrole et du gaz. Dans 30 ans oui, mais ici et maintenant ?

Alors que faire ? Consommer moins ? C’est sûr ! Mais encore ? On ne fait pas rouler les trains au solaire, ni à l’éolien ou à la géothermie. Pour ces gros machins, il faut des centrales – donc de la centralisation. Or l’intérêt des énergies renouvelables réside justement dans la décentralisation, l’utilisation juste à temps de chacun pour ses propres besoins…

Il y a donc claire incompatibilité entre l’anarchisme vaguement hippie des zécolos et le technocratisme positivistes des ingénieurs EDF et du lobby nucléaire. L’énergie propre réclame moins d’État et de l’initiative à la base ; l’énergie industrielle pour faire tourner usines et TGV réclame au contraire du pouvoir central et une technocratie d’ingénieurs. Politiquement, c’est incompatible. Faire sauter le monopole EDF, c’est faire « reculer l’État », et déjà le Parti socialiste est contre, tout comme le grand méjean-luc et l’UMP comme Le Pen. Si l’on arrête le nucléaire, il faut le remplacer.

Par du gaz venu de pays non-démocratiques au détriment des « principes » ? Par du pétrole très cher, très taxé, donc réservé aux riches ? Qui parle de ces contradictions chez les zentils zécolos ? On ne peut que prendre le virage de civilisation que lentement, comme le font les pays voisins : Autriche, Danemark, Lettonie – tous pays qui n’ont pas d’électricité d’origine nucléaire et qui vivotent. Arrêter tout, tout de suite, est infantile. Et vouloir l’imposer comme une nouvelle religion est anti-démocratique. Débat oui, anathèmes, non.

Depuis toujours, les hommes savaient que le pétrole, comme toute matière présente sur la terre, aurait une fin. Ce qui vient de bouleverser les prévisions sont les essors de pays aussi gros que la Chine et l’Inde, un tiers de la population mondiale à eux deux. L’Asie sera à l’origine de la moitié de l’accroissement de la demande d’énergie mondiale d’ici 2020, pour monter à cette date à trois fois celle de l’Europe. Il y a donc compétition pour l’énergie et la meilleure façon de ne pas faire la guerre est de diversifier ses sources. Le nucléaire en fait partie.

Le pétrole n’est pas la seule forme d’énergie mais il concentre en lui tout le 20ème siècle dans ses modalités économiques, technologiques, géopolitiques et financières. « L’or noir » a établi la puissance américaine comme au siècle précédent le charbon en Angleterre et dans la Ruhr, étant présent en abondance sur son sol. Sa particularité géologique a fait se développer la prospection, l’extraction, le transport, la transformation, le stockage et la distribution de cette matière qui n’est pas uniforme et qui se décline en multiples produits, du bitume aux carburants jusqu’aux matières plastiques. Sa concentration dans certaines zones de la planète, notamment au Moyen-Orient, a engendré sa propre politique mondiale de présence, de ménagement et de puissance, probablement à l’origine de nombre de maux d’aujourd’hui (terrorisme, problème palestinien, guerre en Irak, capitalisme de prédation, néocolonialisme chinois en Afrique, révoltes arabes…). Le pétrole produit et brasse beaucoup d’argent, ce qui attire les innovateurs comme les escrocs, les entrepreneurs comme les partis politiques. L’American way of life passe aujourd’hui par la défense de la sécurité d’approvisionnement énergétique, allant jusqu’à la guerre si nécessaire. Les importations de pétrole et de gaz sont pour les États-Unis une faiblesse qui les oblige à une plus grande interdépendance alors que toute économie d’énergie reste comme « incompréhensible » à un peuple qui a pour culture celle du « toujours plus ». La situation change, « grâce » à la crise financière puis économique, mais lentement. Les gros pick-up General Motors laissent place à des cylindrées moins gourmandes et le fameux Hummer dévoreur de carburant est vendu… aux Chinois.

L’offre est limitée car la planète elle-même est limitée. Nous ne voyons pas encore venir des énergies de substitution aussi souples que celle du pétrole. Les énergies alternatives sont aujourd’hui à développer mais seul le nucléaire est au point. Il ne produit que de l’électricité et de l’eau chaude avec lesquelles il est difficile de faire rouler des autos sauf à revenir à la « Bête humaine » du vieux Zola. Et se pose toujours la question du retraitement ou de l’enfouissement des déchets, dangereux et à durée de vie très longue. Il est probable que le 21ème siècle économique se focalisera sur le trio énergie-environnement-développement. Conserver un bouquet d’énergies le plus diversifié possible et varier ses sources d’approvisionnement seront les stratégies économiques intelligentes à mettre en œuvre. Mais « diversifié » veut dire aucun oukase !

Le « pic » du pétrole, ce moment où l’augmentation des réserves ne permettra plus de compenser l’augmentation de la consommation, est prévu pour notre génération, soit entre 2007 et 2034. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura plus de pétrole à ces dates mais que nous puiserons désormais dans un stock qui ira en s’amenuisant. Notre génération ne verra pas la fin du pétrole, seulement son épuisement. Mais déterminer quelles sont les réserves de la planète n’est pas un exercice facile. Il faut distinguer entre les réserves prouvées, les probables et les possibles. Or ces chiffres sont à la fois géologiques, technologiques et politiques !

  • La prospection se poursuit et l’offshore profond offre encore des perspectives, tout comme la Sibérie des grands froids, pour découvrir de nouvelles poches d’hydrocarbures.
  • Sur les gisements connus, l’exploitation des schistes bitumineux devient possible et l’injection d’eau ou de gaz dans les poches géologiques permet une récupération plus importante du pétrole présent. C’est ainsi que le gisement texan de Means Fields n’avait pour réserves probables que 180 millions de barils en 1982 ; par injection de gaz, il en projette aujourd’hui près de 260 millions. La technologie permet d’augmenter la récupération.
  • Hors des États-Unis, et singulièrement dans les États arabes les mieux dotés, la politique de déclaration des réserves permet d’obtenir de l’OPEP des quotes-parts d’exportation. La sous-estimation à visée interne (Arabie Saoudite) ou la surestimation à visée externe (Algérie, Venezuela), deviennent donc des instruments de manipulation de la vérité.

La situation actuelle est donc la suivante : la production hors OPEP plafonne, la plupart des champs OPEP exploités sont déjà à maturité et peu de capacités moyen-orientales supplémentaires n’apparaissent possibles avant que l’Arabie Saoudite investisse et que l’Irak sorte de la guerre. Les réserves offshore du Brésil sont prometteuses mais loin des côtes et à grande profondeur, exigeant des investissements élevés, des mesures de sécurité lourdes pour les plateformes et bien des années avant de produire. Les capacités d’aujourd’hui tournent à plein et il suffit de quelques impondérables (l’arrêt de production de plateformes dans le golfe du Mexique pour cause d’ouragan ou d’accident, la guerre civile libyenne, l’arrêt de réacteurs nucléaires au Japon) pour déséquilibrer immédiatement offre et demande et pousser brutalement les prix vers le haut. Le seul moyen pour rendre plus stable cette variation de coûts est de disposer d’électricité hors pétrole : hydroélectrique, géothermique, éolienne, solaire – mais aussi nucléaire.

Le premier utilisateur de pétrole est aujourd’hui le transport (50% des usages), dont le transport routier compte pour 80%. Une écologie intelligente devrait se focaliser sur ce dernier sujet, crucial pour la planète comme sur notre mode de vie. Donc résoudre avant tout la contradiction de son discours axé sur le « ni CO², ni nucléaire ». Et ne pas laisser planer un silence assourdissant lors des grèves sporadiques des cheminots, dockers et autres « services publics » qui obligent les travailleurs à prendre leur bagnole !

Sur une génération, nous aurons ou le CO², ou le nucléaire, et probablement un mélange des deux. Amorcer un changement de conditions de vie, c’est privilégier les transports en commun, le chauffage collectif, l’énergie peu génératrice de CO². Sans faire l’apologie du seul nucléaire, considérée comme une énergie de transition avant que la technologie ne permette de s’en affranchir, je ne vois pas comment nous pourrons nous en passer. Cela ne signifie pas qu’il ne faut rien mettre en œuvre dans la construction, l’isolation, la moindre consommation et la réglementation. Mais, à dire « non » à tout, on se décrédibilise toujours.

Ce pourquoi les zécolos sont des zozos qui croient faire de la « politique » en agitant les peurs millénaristes. La politique, c’est tenir compte des réalités et du temps long. Tenir compte aussi des mouvements sociaux et de ce qu’ils peuvent avoir d’égoïstes pour la planète. Le dire, mettre à plat, négocier. Une social-écologie qui tienne la dialectique de la technique, des risques et de la démocratie, comme le dit le livre prometteur d’Eloi Laurent, à paraître bientôt sur le sujet. C’est bien plus intelligent que les discours de la Dufflot.   Vouloir tout, tout de suite est infantile et faire peur est fascisant (« sadique-anal » disait Freud de cet état autour de l’âge de deux ans). L’écologie politique aujourd’hui en France n’a rien à voir avec l’écologie scientifique : c’est une croyance, une nouvelle religion avec ses frères prêcheurs et ses prédicateurs de catastrophe, ses curés en mission et son inquisition. Écrasez l’infâme !

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L’homme et la technique

Oswald Spengler fut célèbre en son temps. Notamment parce qu’il a publié une vaste fresque du destin humain intitulée ‘Le déclin de l’Occident’ en 1918. Presqu’un siècle plus tard, il reste d’actualité ! En 2018 (dans 7 ans), la Chine sera le premier exportateur mondial, le premier prédateur mondial de matières premières, le premier néocolonialiste économique mondial. Elle défendra aussi âprement ses intérêts que l’Angleterre de la reine Victoria ou les États-Unis de George W. Bush. Car, analyse Oswald Spengler, ce sont l’essor de la technique et de la population qui ont bouleversé le monde.

‘L’homme et la technique’ est un opuscule qui devrait ravir les écolos et les économistes de la décroissance ; il devrait stimuler les souverainistes et les partisans d’une Europe puissance ; il décrit parfaitement le mental américain face aux défis chinois. Paru en 1931, après la crise financière de 1929 et avant les cataclysmes nationalistes, racistes et guerriers des années 1940, il en a le vocabulaire daté. Mais Spengler livre une intuition, pas un système dogmatique. Il ne prône aucune révolution qui passerait une quelconque catégorie sociale ou raciale par les armes, il analyse la longue histoire. Il dit une manière d’être, la nôtre, ce qu’il appelle « la culture faustienne ».

Pour Oswald Spengler, la culture est le devenir, le mouvement ; la civilisation est le devenu, l’aboutissement historique. Or, dit-il, notre culture faustienne, alimentée par le désir et l’incessante exploration curieuse des choses, se meurt. Elle est désormais ‘civilisation’ : matérielle, matérialiste, comptable. La vie quotidienne, la famille, la morale, les croyances, les espoirs – tout est façonné par la technique, dit Oswald Spengler (y compris la procréation). Qui lui donnerait tort ?

Or la technique est la meilleure et la pire des choses, comme la langue d’Ésope. Elle est tactique pour survivre dans la nature. Le singe nu a utilisé ses mains, libérées par la station debout, pour prendre les armes et se défendre ou faire levier. La première dialectique de la main et de l’outil a fait de l’homme un animal de proie pour son environnement qui le libère de ses déterminants génétiques. L’être humain n’est pas une fourmi, il devient intelligent. Tout ce qu’il crée est « artificiel », non naturel. Première tragédie : la nature sera toujours la plus forte, elle a les millions d’années pour elle, mais l’homme ne sait pas faire autrement que l’artifice. Jusqu’à lever la main contre sa mère, en rebelle, et peut-être détruire le climat, la faune ou la planète…

Vient la seconde dialectique entre le langage et l’entreprise. Car l’être humain n’est pas seul : il vit en famille, en horde, en clan, plus tard en village, en ville, en société. Animal politique, l’homme s’entend par le langage pour un projet commun : projet de la cité pour organiser les hommes, projet de l’entreprise pour utiliser la matière et produire des biens. Le langage ne sert pas à comprendre le monde, écrit Spengler, mais à la conversation pour agir. Seconde tragédie : toute organisation prend sur la liberté humaine. L’entreprise oblige à commander ou à exécuter, à laisser une part de son travail pour le bénéfice et l’investissement, en bref à être plus ou moins exploité ; la cité elle-même contraint par ses lois, sa morale, ses obligations physiques comme le service militaire. L’homme s’aliène en s’organisant en groupes humains.

L’Occident – ce qui est à la fois sa grandeur et sa tragédie – incarne au plus haut point l’insatiable curiosité de savoir, l’exploration ultime des secrets de la nature, la volonté de maîtrise et de création. De la culture technique est née la civilisation matérielle que nous connaissons. Cet « ensemble de modes de vie artificiels, personnels, autogènes, se transforme en une cage aux barreaux serrés pour les âmes rebelles à tout frein » (p.124). L’accroissement de la population, grâce à la technique (alimentation, confort, hygiène, médecine), noie l’individu et lui fait perdre toute importance. Les nations, organisées en États (« L’État est l’ordre intérieur d’un peuple en vue de ses objectifs extérieurs » p.120), instaurent des frontières pour se préserver (accès aux ressources, emplois, style de vie, croyances) et entrent en rivalité entre elles. « La frontière, de quelque nature qu’elle soit, ne serait-ce qu’intellectuelle, est l’ennemi mortel de la volonté de puissance », écrit l’auteur dans un cri libertaire.

Car Oswald Spengler est analyste, pas politicien ni philosophe. Il dit que l’Occident court à sa perte mais qu’il n’y peut rien. Toute civilisation est mortelle. Il prédit dès 1931 les rébellions : hippie contre la vie bourgeoise, révolutionnaire contre l’accaparement de la rente pétrolière, écologiste contre le mode de vie consumériste industriel. « Il n’est pas vrai que la technique humaine économise du travail », écrit Spengler. « Chaque découverte contient la virtualité et la nécessité de découvertes nouvelles, tout désir satisfait en éveille des milliers d’autres, chaque triomphe sur la nature en appelle d’autres encore » (p.125).

D’où « le dernier acte » qui fait l’objet du chapitre 5 : l’avènement et la dissolution de la culture machiniste.

  • Par le mouvement social : La technique appelle la société pour organiser son règne. Toute société crée des classes sociales pour la division nécessaire du travail. « Avec la croissance des agglomérations urbaines, la technique prit un caractère bourgeois » (p.148). Naît le luxe, « la culture dans sa forme la plus poussée » (p.134), donc l’envie sociale et la contestation.
  • Par le divorce de la vérité et des faits : Se séparent le prêtre, le savant et le philosophe qui vivent dans le monde des vérités – et le noble, le guerrier et l’aventurier (l’entrepreneur), qui vivent dans le monde des faits. « Le successeur de ces moines gothiques fut l’inventeur laïque cultivé, le prêtre-expert de la machine. Enfin, avec l’avènement du rationalisme, la croyance à la technique tend presque à devenir une religion matérialiste » (p.148). Éternelle, immortelle, elle apporte le salut à l’humanité. La découverte est jouissance pour soi, sans aucun souci des conséquences, parfois immenses pour le genre humain. Les découvertes se multiplient mais la peine de l’homme n’est pas réduite, il faut toujours plus de mains pour alimenter la machine. Pour quel but ?
  • Par la lutte des États : Seul l’État a un but qui est d’accroître sa puissance politique en accroissant sa richesse, donc son industrie. D’où les guerres pour l’accès aux ressources, qui exploitent ou achètent les pays miniers ou pétroliers dans une sorte de néocolonialisme, la guerre des monnaies qui déstabilise l’épargne, l’emploi et la redistribution sociale. Malgré la tendance européenne à se vouloir hors de l’histoire, jouissant bourgeoisement de ses richesses acquises, Spengler nous rappelle que vivre est lutter. La Chine nous le montre à l’envi, mais aussi le Brésil (qui va choisir le F18 plutôt que le Rafale) ou la Turquie (qui négocie avec l’Iran contre l’Occident) ou le Mexique (qui se fout des intellos médiatiques français). Or « au lieu de garder jalousement pour eux-mêmes le savoir technique qui constituait leur meilleur atout, les peuples ‘blancs’ l’offrirent avec complaisance au tout-venant dans le monde entier » (p.174). Ceux qui « grâce au bas niveau des salaires, vont nous mettre en face d’une concurrence mortelle » (p.175). C’est exactement ce qui se passe : notre fameux TGV est copié par les Chinois, ils préparent leur Airbus pour 2014, les Coréens ont des centrales nucléaires moins sophistiquées que nous (et moins chères) à exporter, les Iraniens usent d’un logiciel allemand Siemens pour leurs centrifugeuses destinées à la bombe nucléaire.
  • Par les menaces sur le climat et la planète : « La mécanisation du monde est entrée dans une phase d’hypertension périlleuse à l’extrême. La face même de la terre, avec ses plantes, ses animaux et ses hommes, n’est plus la même. (…) Un monde artificiel pénètre le monde naturel et l’empoisonne. La civilisation est elle-même devenue une machine faisant ou essayant de tout faire mécaniquement » (p161).
  • Par la perte de sens : L’âme se dilue dans le calcul, la computation et la mathématisation froide du monde : « notre propre culture faustienne représente pour sa part le triomphe de la pensée technique pure sur les grands problèmes » (p.135). On l’a vu avec le krach de la raison pure dans la finance, les échecs humains de la rationalisation du personnel chez France Télécom. A trop rationaliser l’humain perd son âme. « La culture faustienne, celle de l’ouest européen, n’est probablement pas la dernière mais elle est certainement la plus puissante, la plus véhémente et, conséquence du conflit intérieur entre son intellectualité compréhensive et son manque d’harmonie spirituelle, de toutes la plus tragique » (p.136). « Être donc soi-même Dieu, c’est bien cela le rêve du chercheur faustien » (p.146) – mais être Dieu, en ce monde-ci, est-ce possible ou même raisonnable ? « La pensée faustienne commence à ressentir la nausée des machines. Une lassitude se propage, une sorte de pacifisme dans la lutte contre la nature » (p.167).

Ce qui nous fait être, notre culture faustienne, est attaqué de toute part. Or, si les autres cultures usent de la technique comme d’un outil, nous seuls en faisons un but spirituel, la quête incessante pour savoir et pour explorer la nature. D’où notre condamnation à terme, de l’intérieur par l’écologie, de l’extérieur par l’émergence des pays tiers. Entre Montaigne et Nietzsche, un petit livre à méditer ! Il a inspiré Heidegger.

Oswald Spengler, l’Homme et la technique, 1931, Gallimard Idées, 1969, 181 pages. Difficile à trouver, mais occasion possible.

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Destinations nature, 27ème salon des nouvelles randonnées 2011

Dimanche 15h : ça y est, les trois places sont attribuées. Exclusif ! ce vendredi 18 mars : je dispose de trois entrées GRATUITES. Les trois premiers blogueurs intéressés qui me répondront (argoul2005@yahoo.fr) recevront un lien qui leur permettra de s’inscrire et de télécharger l’invitation gratuite, offerte par le salon Destinations nature pour les 25, 26 et 27 mars 2011.

Pour les autres, l’inscription directe sur le site ne coûte que 5€ au lieu de 8€.

Les 25, 26 et 27 mars 2011, Porte de Versailles dans le nouveau Hall 4, souffle un nouvel esprit randonnée. Le printemps approche et incite à sortir. On ne peut plus aller en Égypte ni en Libye, pas encore en Tunisie, et il est immoral d’aller au Mexique (pour « déni de justice ») et dans certains autres pays. Il faut trouver de nouvelles idées d’échappées belles au style de vie 2011 qui est à la fois moral, sportif et niveau de vie en baisse. La randonnée y répond. 2011 est l’année internationale des forêts et l’année des Pyrénées. De nombreux circuits à pied sont proposés en France avec l’Office National des Forêts. De quoi abonder votre « capital santé » au rythme naturel des pas et comprendre que la beauté de la terre repose sur la biodiversité et un bon équilibre entre l’homme et la nature !

Lieu de toutes les évasions et de ressourcement, les espaces forestiers ont toujours été appréciés. N’était-ce pas Chateaubriand qui observait que les cathédrales de la foi avaient été bâties sur le modèle des frondaisons ? Les Gaulois déjà s’isolaient dans les forêts pour y trouver le gui et célébrer les astres. Découvrir la forêt et ses paysages magnifiques, l’insolite, la tranquillité, l’espace et le temps retrouvés, sont autant de missions de l’Office National des Forêts, partenaire du salon. Dans une société plus urbaine les forêts, particulièrement les forêts publiques, offrent des espaces de nature entretenus et aménagés pour différentes activités sportives et de loisir, ou tout simplement pour effectuer un « retour aux sources ». Les « Sentiers forestiers » sont imaginés en partenariat avec la Fédération française de randonnées, les cartes « Balades en forêt » sont écrites avec l’IGN, les circuits-randonnées en montagne sont inventés sous le nom de Retrouvance®. L’ONF a ouvert de nouveaux gîtes et cabanes en forêt et apporte sa caution au camping responsable.

Retrouvance®Valier est un nouveau circuit proposé par l’ONF, une découverte sans frontières entre la France et l’Espagne. Il commence par le refuge ONF d’Arréou, rénové en 2010 à 1888 mètres d’altitude, au bord du lac du même nom et à quelques enjambées de la crête frontière avec l’Espagne. Il finit au refuge ONF de Bethmale, rénové aussi et niché à sous les hêtres centenaires, véritables sculptures végétales en bordure du lac de Bethmale.

Car les Pyrénées offrent des émotions au confluent de la nature et de l’histoire. Ce massif regroupe 17,7 millions d’habitants, parle cinq langues et est partagé entre trois États, la France, l’Espagne et la principauté d’Andorre. Les montagnes sont traversées par trois grandes voies. Deux sentiers de grande randonnée, le GR10 côté français et son homologue versant espagnol, la Senda ou GR11. La Haute Route Pyrénéenne permet de tutoyer les sommets tandis que les chemins de Saint-Jacques conduisent les randonneurs à la méditation. Plus de la moitié de la forêt de Midi-Pyrénées, la troisième de France par la superficie, se trouve dans une zone de montagne. Une multitude d’espèces et d’essences se côtoient dans ce refuge d’une faune et d’une flore préservée. Les Pyrénées sont aussi le souvenir concret de l’habitat préhistorique et historique fait de grottes, de châteaux cathares, de cascades et de glaciers. Une nature sauvegardée avec le Parc National des Pyrénées, deux réserves naturelles, la future  » réserve de ciel étoilé  » du Pic du Midi et des espèces animales rares ou menacées telles que le grand tétras, le gypaète barbu, le desman…

Cette année, le salon Destination nature propose sport ou hédonisme, fantaisie ou citoyen, gourmand ou romantique, aventurier ou cocon. Le salon vous conte les « mille et une nuits » possibles en randonnée : la Corse en GR 20, les treks en Himalaya, l’étrange Paris du GR2, les sentiers des Pyrénées Atlantique à la Méditerranée, des voyages à pied, des périples à dos de chameau, avec chiens de traîneau ou en vélo en Chine… Il y a de la culture, de la gastronomie, de la faune à observer ou des petites fleurs à découvrir, des balades romantiques sous la lune ou dans les dunes, des explorations urbaines à pied, la rando écolo pour les fanas mili(tants), la marche pour bien être dans sa peau suivie de spas, la marche solidaire ou la rando luxe dans des lieux exceptionnels. Sans oublier l’effort à vélo, à cheval ou à chameau, ou l’aventure des coins oubliés de la planète. Un exemple : dans la Forêt du Parc des Cèdres (83), un animateur Forestour fait découvrir de façon ludique la flore et la faune, mais aussi l’adaptation au sol et au climat, les différentes stratégies des végétaux pour s’adapter à la sécheresse et la biodiversité du milieu forestier avec une balade basée sur le jeu, les sens, l’attention et la curiosité !

Au salon cette année, des ateliers et rencontres seront organisés pour faciliter le choix et mieux organiser vos voyages Randos. Les professionnels vous conseilleront le meilleur équipement ou la meilleure idée de découverte.

Vous trouverez plusieurs projets autour de la forêt : en Guyane, la forêt d’Amazonie sera à l’honneur, à la Réunion le Parc National est classé Patrimoine Mondial de l’Unesco, un vrai vivier de plantes rares et protégées dont cryptomerias, longoses et tamarins. La Guilde du Raid a, entre autres projets, plusieurs actions de reboisement dans le monde. Terres d’Aventure présentera sa Fondation créée au titre de la compensation CO2 qui finance des projets de reforestation au Sénégal, au Brésil… Terres d’Aventure verse à sa Fondation 1€ par passager (qui permettent de planter 10 arbres) sur un itinéraire aérien et terrestre en France, 2 € en Europe ou au Maroc et 7 € pour le reste du monde. Le voyagiste compense l’intégralité du coût environnemental des déplacements professionnels de ses salariés qui se forment à l’étranger. Ces fonds sont engagés dans des projets de reforestation et de cohésion sociale des villageois au Sénégal et au Brésil.

Outre ses 400 exposants et ses 52 000 visiteurs attendus, le site Internet du salon est devenu une véritable plate-forme d’informations pour tous les passionnés de randonnées internautes et les réseaux sociaux. Le salon propose désormais via son site une mine d’idées clés en main.

« L’aventure est au bout du chemin »

www.randonnee-nature.com

  • Destinations Nature ! Le salon des nouvelles randonnées
  • 25, 26, 27 mars 2011 au Pavillon 4 • Porte de Versailles • Paris 15e
  • Tarif normal : 8 Euros
  • Tarif réduit : 5 Euros pour les jeunes jusqu’à 18 ans et étudiants sur présentation de leur carte.
  • Billet sur internet : 5 euros. Inscription directe sur le site ici.
  • Entrée gratuite pour les enfants jusqu’à 12 ans.
  • e-mail : contact@randonnee-nature.com
  • tel : 01 46 21 11 10 – fax : 01 46 21 28 15
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Éolien, le psychodrame à la française

Article repris par Medium4You.

Le Président de la République vint de lancer le programme d’éolien offshore ; France Inter vient de diffuser son magazine de la rédaction sur les éoliennes et les réactions qu’elles suscitent dans ‘Interception’ du 30 janvier, « Et pourtant elles tournent… ». Comme pour beaucoup de projets collectifs, l’éolien rejoue l’éternel psychodrame à la française : d’accord pour l’intérêt général mais pas de ça chez moi, on me consulte mais je n’écoute pas, de toutes façons c’est la faute du gouvernement. Il y a une « bêtise » à la française qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Dans ce reportage fort bien fait, les journalistes ont équilibré les citoyens passifs avec les militants actifs, les élus locaux et les industriels, les travailleurs touchés et les entreprises qui créent des emplois. Manquaient seulement les zécolos mais, ceux là, tout le monde a compris qu’aujourd’hui c’est le Mal et que le Bien est toujours ailleurs, jamais ici et maintenant, même un tout petit peu.

Quels sont donc les inconvénients de l’éolien ? Un paisible citoyen de la Drôme : ça fait un bruit constant, des ombres dans le soleil couchant, des flashes pour avions dans la nuit. Le maire de Grignan : voyez les crêtes (à plusieurs kilomètres), il y a ces machins comme des pics qui détruisent la poésie du paysage, les touristes vont fuir, ceux qui voulaient acheter aller voir ailleurs. Un pêcheur du Tréport : on va nous obliger à déserter des zones de bonne pêche, de quoi dépenser du gasoil en plus, déjà qu’il n’arrête pas d’augmenter.

Une critique plus rationnelle est de dire que l’éolien (comme le solaire) ne produit pas en continu – mais s’il y a du vent (ou du soleil). Qu’on doit donc entretenir tout un parc de centrales d’appoint, en général thermiques – ce qui annule tout le bénéfice écolo. Mais, vous l’aurez compris, ce n’est pas le rationnel qui compte dans la critique des éoliennes !

Les objections tournent surtout autour du « c’était mieux avant » et de « ça change mes habitudes » : autrement dit du vent. Le bruit (enregistré à 420 m puis à 50 m) est un vrombissement ténu, comme le vent dans les voiles. Beaucoup moins fort que le TGV « qui passe à 12 km » (mais pas en continu) ou que la départementale « à 500 m » (où il passe pas mal de circulation). Une sorte de manie obsessionnelle fait se focaliser exclusivement sur le bruit éolien, faute d’être occupé à autre chose : les gens qui sont si critiques travaillent-ils dans la journée ? Quant aux ombres qui battent dans le soleil couchant, il s’agit d’un cas TRÈS particulier auquel l’intérêt général ne devrait pas s’arrêter. Et la poésie du paysage, hein, pourquoi ne pas mettre à bas les réverbères et les lignes à haute tension, éradiquer les routes et le TGV tant qu’on y est ? Grignan et son château n’est plus depuis deux siècles et demi le paysage de la Sévigné, alors une dizaine d’éoliennes sur l’horizon, est-ce si grave pour l’équilibre de la vue ?

Probablement pas, mais c’est une occasion de « résister ». La résistance est un mot revenu à la mode grâce à la télé, mais c’est l’autre nom de « râler », manie bien française pour qui reste habituellement le cul sur sa chaise en attendant la pluie ou le soleil, c’est selon. On dit aujourd’hui « s’indigner », ça fait plus intello, surtout quand on a réussi à lire 30 pages écrites en gros à 3 euros. « Résister », c’est ne rien faire sinon appliquer son inertie à ce qui survient. Pas grand chose à voir avec ceux qui luttaient contre l’occupant dès 1943 (surtout pas avant de savoir où le vent allait tourner), ni même avec les petits Grecs en lutte contre la police, les Tunisiens contre leur gouvernement corrompu ou les Égyptiens contre leur pharaon momifié. Résister permet d’exister : c’est la faute aux autres, jamais à nous. « Le gouvernement », voire « Bruxelles » nous impose des normes standard, « les industriels » veulent faire de l’argent. Produire de l’énergie propre ? Ne plus dépendre du pétrole arabe ou de l’uranium musulman ? Créer des emplois non délocalisables pour alléger le chômage ? On s’en fout, hein… A ma porte ça me gêne, donc je « résiste ».

Pourtant, se dit le Français qui râle, « on m’a demandé mon avis. » Un promoteur d’éolien énumère les études techniques, les études d’impact et les enquêtes publiques longues et obligatoires qui précèdent toute installation d’un parc d’éoliennes en France… « Mais, dit le râleur, je n’ai pas donné mon avis parce que je m’en fous au fond, que ça ne changera rien aux pressions des lobbies et aux décisions des technocrates, et que je n’ai rien à dire faute de savoir penser.  » C’est qu’il faudrait se bouger, étudier les tendances du tourisme, les nuisances sanitaires, regarder ce qui se fait en Allemagne, en Scandinavie, ailleurs… Tout ça, bof, ça fatigue. Râler est plus facile, avec l’éminente bonne conscience d’être « résistant ». C’est bien français ça : ruminer en regardant les trains passer et, avec eux, le monde et la modernité. La mentalité de préretraité au travail (Bonjour paresse) et de fonctionnaire (Absolument dé-bor-dée !) prend la place traditionnelle du paysan. Les Français n’ont jamais accepté l’industrie, ni la technique. Ils n’ont jamais été modernes, sont restés champs et jardins, flemmards ancestraux qui attendent de la Nature, de Dieu ou de l’État que ça tombe tout cuit.

Nous voyons bien comment cet infantilisme est encouragé par l’histoire, la culture et les institutions en France. L’impuissance du citoyen est un mythe : il existe des élections, des partis et des associations, des réunions publiques et des médias, et tous savent se faire entendre quand c’est nécessaire.

Mais la culture française est celle de la raison pure : « tout le monde pareil c’est ça l’égalité, j’veux voir qu’une tête scrogneugneu, rien qui dépasse, l’État veille ! » Donc tout est centralisé à Paris, par une caste restreinte de hauts fonctionnaires passés par une seule Grande école, le cerveau sélectionné par le Mammouth sur la discipline des seules maths depuis le plus jeune âge. Tout ce qui ne se calcule pas n’existe pas. Tout ce qui a sélectionné a reconnu l’élite de la nation qui doit guider le peuple (seins nus dans la mythologie). Tout ce qui est fantaisie autour de la norme doit être impitoyablement ramené à la ligne droite. Ah mais ! Du boulevard Saint-Germain au fin fond de la Corrèze, les mêmes règles s’appliquent aux mêmes lois, surveillées et punies par les mêmes fonctionnaires formatés par le même logiciel dans le même moule après un concours cooptatoire.

Ce caporalisme napoléonien, issu de la Révolution française et de la préférence des Rousseau, Helvétius et autres Encyclopédistes pour Sparte et son égalité d’État plutôt que pour Athènes et son désordre social, les autres Européens n’en veulent pas. Ce pourquoi l’Europe-puissance (à la française) n’avance pas. Nous sommes le seul pays à avoir un Parlement aussi croupion. L’idéal européen est la fédération, la décentralisation, l’initiative locale chapeautée par des directives générales. Certainement pas la hiérarchie pyramidale autoritaire de ceux qui savent mieux que vous comment vous devez vivre. Ce pourquoi il y a des éoliennes.

La France, l’esprit français, les institutions françaises, sont aux antipodes de l’Europe. Le volontarisme d’État s’y heurte donc aux « résistances » locales. Ah, si « le courant était gratuit » pour les pêcheurs du Tréport empêchés de travailler ! Si les éoliennes partaient de besoins locaux qui susciteraient leur demande ! Si la région décidait pour elle-même, en pratiquant les taxes et les tarifs qui vont à son électorat et à ses besoins ! La politique en France reprendrait ses droits, chacun discuterait, s’opposerait, conviendrait de compromis, et tout se passerait comme il se doit entre adultes responsables. Comme partout ailleurs en Europe.

Mais ce serait remettre en cause le monopole d’EDF, le statut des ingénieurs électriciens, le pantouflage des hauts fonctionnaires à la tête du Machin, la filière nucléaire liée à l’armée, l’omnipotence d’un Président sans contrepouvoirs, et ainsi de suite. Autrement dit changer d’institutions, de sélection scolaire et de façon de voir le monde. Ce pourquoi on ne fait rien, on ne change rien, on laisse dire. Trop fatiguant pour un pays qui vieillit.

Et ça râle, au fond, parce que tous les Français sont contents des choses telles qu’elles sont !

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Cormac McCarthy, La route

Nous sommes quelque part (probablement aux États-Unis), dans notre siècle (sans doute dans une dizaine d’années), et après une catastrophe (peut-être nucléaire). Un père et son fils errent, avec pour seul objectif de rejoindre la mer et un lieu où il fasse chaud. Ils sont seuls, abandonnés de l’épouse et mère (qui a préféré la mort aux risques), laissés pour compte de la civilisation (qui a disparu dans l’apocalypse).

Quand rien de ce qui fait notre vie de tous les jours ne subsiste, qu’est-ce qui reste ?

– L’amour. Le plus primaire des sentiments, le plus brut, le plus profond. L’auteur aurait pu choisir l’amour maternel, qu’on croit le plus intime et le plus fort. Mais – est-ce l’époque qui veut ça, ou son pays, les États-Unis ? – Cormac McCarthy ne fait pas confiance à la femme. La variante femelle américaine est en effet égoïste, séductrice et volontiers mante religieuse. L’amour filial d’un père pour son fils lui paraît plus fort que l’amour maternel. Parce qu’il est un lien choisi plus que charnel, qu’il repose sur la raison plus que sur le ventre. Peut-être aussi parce qu’il est l’image biblique : le Père qui envoie son fils endurer l’humain sur la terre.

Il y a cette inspiration dans le calvaire du « petit ». Né au début de la grande catastrophe (c’est son père qui coupe le cordon), il est laissé par sa mère (qui se suicide pour échapper aux hantises de viol et d’esclavage qu’elle pressent venir). Seul le père veille sur son enfant. Il s’est promis de le tuer si lui-même ne parvient plus à vivre. Il est malade, il tousse, il crache le sang. Ses jours sont comptés, il le sait. Il a gardé une balle de revolver pour que son fils l’accompagne.

Car les mœurs, en cette fin du monde, sont celles de la barbarie. Des hordes de violents, sous l’égide d’un chef plus fort, écument la contrée en pillant, violant et tuant ceux qui résistent. Les autres sont réduits à les servir, femmes comme adolescents. Les enfants sont dévorés, rôtis à la broche en guise de viande car aucun oiseau ne vole plus, ni d’animaux ne courent dans les forêts. Le cataclysme a tout détruit.

Le gamin a sept ou huit ans, l’avenir est bouché, aucun rêve positif ne lui est offert. Son père ne veut même plus lui raconter le monde d’avant, tant il est impossible à imaginer pour qui ne l’a pas connu. Les deux vivent sur le pays, maraudant ici ou là dans les maisons abandonnées les vêtements et les conserves qui subsistent encore. Certains ont vu la catastrophe venir et ont bâti des abris bien remplis. Nous avons là une réminiscence de Y2K, cet an 2000 où « le bug » informatique devait mettre le chaos dans le monde. Des sites Internet listaient pour vous les armes et provisions à prendre, les nantis avaient acheté des chalets dans les montagnes Rocheuses et construit des bunkers pour résister, au cas où…

Le grand bug n’est pas venu, mais les attentats du 11-Septembre ont ravivé la crainte. C’est désormais la hantise des missiles qui domine, l’Iran et la Corée du nord sont au seuil du nucléaire, avec des fusées balistiques. Le repli sur soi et la peur du déclin hantent l’Amérique. ‘La route’ se situe dans ce courant d’opinion où tout peut arriver. Nous sommes bien loin de l’optimisme de ‘Sur la route’, le roman de Jack Kerouac publié juste 50 ans plus tôt que McCormac. Est-ce un hasard ? La Beat generation voyait « l’Est de mon enfance et l’Ouest de mon avenir » sur la route, chemin des pionniers, voie optimiste vers la vie… Tandis que les années 2000 voient dominer le no future.

Si vous aimez encore vous isoler pour lire, préférez nettement le livre au film. L’écriture minimale a une grande force émotionnelle. Elle laisse l’imagination prendre son essor et les personnages vivre sans vous imposer une image convenue par les acteurs. Pour moi, c’est celle du Gamin. J’imagine sans peine la vie que nous aurions eu tous les deux s’il était survenu un tel événement… « Il y avait des moments où il était pris d’irrépressibles sanglots quand il regardait l’enfant dormir, mais ce n’était pas à cause de la mort. Il n’était pas sûr de savoir à cause de quoi mais il pensait que c’était à cause de la beauté ou à cause de la bonté » p.118.

Quand vous lisez cela, l’émotion vous étreint. Elle est vôtre. Je ne vous dis pas la fin, mais elle est inévitable et, en même temps, ouvre sur la Providence. C’est très américain mais à ce moment-là, nous sommes tous Américains.

Cormac McCarthy, La route, 2006, Prix Pulitzer 2007, traduit en français par François Hirsch, Points Seuil 2009, 252 pages, €6.46

La route, CD mp3 texte intégral lu, Livraphone 2008, €12.28

La route, Film de John Hillcoat, Metropolitan video 2010, €18.99 blue-ray

Jack Kerouac, Sur la route, édition intégrale du rouleau manuscrit, Gallimard 2010

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