Voyages

Marie Gagarine, Blonds étaient les blés d’Ukraine

Initialement parue dans la fameuse collection Vécu de Robert Laffont juste avant la chute de l’empire soviétique, cette autobiographie d’une fille de propriétaire foncier issue de la vieille noblesse russo-ukrainienne qui remonterait au viking Riorik, est passionnante. Elle raconte la fin de la Russie tsariste aux frontières avec la Pologne et la Roumanie au bord du Dniestr, entre Podolie et Bessarabie.

Les Gagarine possèdent des domaines de part et d’autre de la frontière et vivent dans un « château » qui est plutôt un grand manoir de campagne mal chauffé, sans aucun sanitaire ni même l’eau courante. Un personnel nombreux pallie à tout cela, ce qui donne de l’emploi et élève un peu le niveau. Car celui du paysan russe est bien bas, jamais élevé depuis les Mongols qui ont tout rasé et tous rabaissés. Les routes sont des fondrières à l’automne mais tout le monde s’en fout. Le « collectif » n’est pas dans la mentalité, d’où la résistance obstinée jusqu’à nos jours au « communisme », au « parti » et autres diktats d’en haut (diktat est un mot russe). Il suffit de passer la frontière pour que le caractère germanique apparaisse : les routes sont stables et entretenues. Ce n’est pas l’armée de Poutine qui va démentir la comparaison avec les armées de l’Otan et si Staline a pu vaincre les nazis en 1942, c’est plus par le nombre des hommes sacrifiés que par un sens de l’organisation.

C’est pourquoi, après une enfance campagnarde idyllique avec son frère aîné de deux ans Emmanuel, ses deux sœurs jumelles Madeleine et Angeline, et sa petite sœur Ella, Marie voit avec effarement les premiers pas de la « révolution » bolchevique. Comme dans tous les bouleversements, ce sont initialement les voleurs, les incapables et les violeurs qui prennent le pouvoir, tout gonflé de leur nouvelle importance. Ils ne feront pas long feu mais, en attendant, beaucoup de dégâts. Marie raconte comment le « commissaire politique » Rienzi l’a enrôlée de force dans l’armée bolchevique avec son frère, parce qu’il voulait la violer et qu’il aimait d’amitié Emmanuel. Ils ne parviendront à s’échapper que grâce à la compréhension d’officiers rouges moins sociopathes et par la volonté de fuir la menace d’être exécutés pour leur naissance.

Il ne faut pas idéaliser « le peuple » : il est grossier, ignorant, cruel, vengeur. Les populistes le manipulent à leur profit politique, pour obtenir le pouvoir ; ils se moquent bien des gens eux-mêmes. Leur règne n’est pas différent de celui des élites précédentes, en moins raffiné et en moins indulgent. Seule la démocratie permet d’élever chacun en fonction de ses possibilités et de lui trouver une place dans la société qui ne dépende que peu de sa naissance et de son milieu. Mais elle est un idéal fragile que n’importe quel gros sabot peu blesser.

Marie Gagarine raconte avec simplicité et un brin d’ironie ses mésaventures avec l’armée bolchevique, son passage clandestin du Dniestr, son accueil par sa tante Anna, aristocrate égoïste et mondaine en Roumanie, son emprisonnement en attendant la décision du tribunal militaire sur son droit à l’asile. Son frère l’a rejointe, sa mère et ses sœurs suivront plus tard. Marie Gagarine a pu reprendre ses études, arrêtées à 16 ans par les octobristes et aller à l’université de Czernowich.

Elle aura trois filles dont une, Maria-Magdalena Vladimirovna Gagarine dite Macha Méril, qui joue Agnès la mère de Julien dans le film Tendres Cousines de David Hamilton, célèbre à sa sortie en 1980. Elle préface le livre et loue l’énergie et la curiosité de sa mère, son caractère combatif. « Elle n’a cessé d’observer les Russes et les juge avec la sévérité qu’autorise l’amour », écrit-elle. Un beau témoignage du passage de l’avant à l’après en Ukraine russe, avec l’imbécile guerre de 14 en point de rupture.

Marie Gagarine, Blonds étaient les blés d’Ukraine, 1989, préface de Macha Méril,J’ai lu 1999, 439 pages, €5,35 e-book Kindle7,99

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Tarquinia ville

Nous remontons dans l’atmosphère à 32° affichés par une pharmacie pour aller déjeuner dans un petit restaurant d’une ruelle en pente. Il s’appelle Le Due Orfanelle (les deux orphelines) s’ouvre sur une cour intérieure avec terrasse où nous sont servis un plat simple de charcuteries et des salades.

Dans une vitrine de la ville, un torse de femme à poil vendu pour 10 € à qui le veut.

Une statue en bronze d’une danseuse acrobate dont la contraposition audacieuse lui permet de présenter à la fois sa face et ses fesses !

Nous reprenons ensuite la route vers Rome, en passant par l’aéroport.

Ce voyage intéressant a été effectué avec l’agence Chemins du sud.

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Musée archéologique de Tarquinia

Nous poursuivons 1h30 de visite par une autre heure dans le musée archéologique sur la place principale de Tarquinia, piazza Cavour. Sur trois étages, nous pouvons voir une collection d’objets étrusques, des couvercles de sarcophages enlevés aux tombes parmi les plus beaux, des vases grecs ornés de scènes de banquet, de jeux, de chasse ou d’érotisme, des bijoux en or et en verre, des poteries, des objets en bronze et quelques armes. Il y a beaucoup d’objets et quelques explications, mais pas toujours dans une langue autre que l’italien.

Au second étage sont les fameux chevaux ailés de Tarquinia datés du IIIe siècle avant. Ils décoraient probablement le fronton d’un temple. Un groupe de marbre de Mithra tuant le taureau est daté de 138 à 161 de notre ère. Un scorpion lui bouffe curieusement les couilles. Au fond de l’étage, des peintures de tombes, des Biges, du Triclinium, montrant cette fébrilité de consumer sa vie due à l’angoisse d’être.

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Tombes étrusques Monterozzi de Tarquinia 2

Nous ne pouvons voir toutes les tombes car certaines sont fermées, notamment la tombe du Fouet, datée de 490 avant, qui montre une scène de punition d’une femme par deux hommes, l’un qui la sodomise avec une verge tandis qu’elle fait une fellation à l’autre qui la frappe. Sur le mur de droite, une scène érotique a lieu entre deux hommes nus. Ces mœurs paraissent indécentes à la croyance chrétienne d’aujourd’hui et sont donc « interdites aux enfants » (jusqu’à 14 ans révolus) dont les groupes scolaires commencent à envahir le site.

La plus belle tombe, la plus amusante, est celle des Demoni azzuri ou démons bleus, de 420 avant. Sur le mur de gauche, le défunt se dirige vers l’au-delà sur un char tiré par une paire de chevaux. Sur le mur du fond, le banquet funéraire. Sur le mur de droite, Charon emmène les âmes sur sa barque rouge tandis que suivent une femme et un jeune homme, tous deux défunts ainsi qu’un démon brun ailé qui agrippe une autre femme. Près de l’entrée, un démon bleu au visage grotesque avec une barbe en forme de serpent et un démon noir à la bouche sanglante, menacent les arrivants. Découverte en 1985, il s’agit de la plus ancienne représentation du monde des morts dans les peintures de Tarquinia. Les historiens interprètent cette œuvre comme le passage entre les représentations traditionnelles de banquet et les angoisses démoniaques suscitées par la crise politique précédant la conquête romaine. À chaque époque son angoisse, à chaque angoisse sa croyance.

Nous avons encore la tombe de la Pucelle, la tombe de la Chasse et de la pêche (sans parler de la nature et de la tradition) avec deux pièces, deux cavaliers à cheval et quatre pêcheurs sur une barque tandis qu’un homme avec une fronde, les bras levés, chasse les oiseaux.

La tombe Bettini, du nom d’un étruscologue historien d’art (1940-1997), est datée du cinquième siècle avant. Le couloir d’accès a été coupé par l’aqueduc creusé au XVIIe siècle ce qui est encore visible. Le mur du fond montre un banquet avec deux couples étendus sur des banquettes, entourés de serviteurs nus.

La tombe de la chasse au cerf, 450 avant, montre chasse et banquet.

La plus grande tombe du site est la tombe Bartoccini qui fut responsable du site dans les années 1950. Elle est datée de 530 avant et comprend plusieurs pièces dans le principe de la maison-tombe qui consiste à reproduire dans l’au-delà ce qui se fait ici-bas. Le plafond est à damier, ce qui la rend reconnaissable. La scène de banquet sur le mur en face est la peinture étrusque la plus ancienne connue, datant du sixième siècle avant notre ère. Des inscriptions érotiques à graffitis datées du XIIIe siècle après ont été retrouvées, probablement due aux templiers de Corneto, l’ancien nom de Tarquinia, qui venaient subir leurs rites de passage, souvent sexuels.

La tombe des léopards, 470 avant, présente des couleurs très vives dont le bleu. Deux léopards en fronton sur le mur du fond tandis qu’en dessous la traditionnelle scène de banquet avec trois couples et des esclaves nus qui rappellent les plaisirs de la vie. À droite, un joueur de flûte et de lyre ainsi que des danseurs ; à gauche sur le mur, un cortège de six jeunes qui avancent vers le banquet avec des offrandes. C’est la vie qui est célébrée là, la vie plus forte que la mort, la vitalité plus forte que la corruption de la chair. Une scène éternelle qui nous émeut encore si l’on est sensible à tout ce qui est humain.

La tombe des bacchantes, de 510 avant, montre une scène de liesse orgiaque liée à Dionysos. 80 % des 180 tombes peintes étrusques se situent ici à Tarquinia. Nous avons vu les plus belles.

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Tombes étrusques Monterozzi de Tarquinia 1

En ce dernier jour, nous attendent la nécropole de Monterozzi, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, ainsi que la ville médiévale de Tarquinia avec son musée Archéologique National pittoresque.

La nécropole, découverte en 1827, rassemble sur une ou deux centaines d’années, autour du Vie siècle avant, les tombes étrusques, et il y en a ! Elles sont de riches personnages car toutes décorées de fresques aux couleurs encore fraîches.

La tombe des joueurs est datée de 510 avant n.e. (on ne dit plus J-.C. pour ne pas « offenser » les musulmans et les juifs) et montre des jeux et des danses en l’honneur du défunt qui est assis à droite, sur le mur du fond. Un acrobate et une équilibriste avec un candélabre sur la tête l’amusent. Un lion rouge et une panthère bleue dominent la scène.

La tombe du guerrier, de 430 avant, montre une scène de banquet avec deux couples entourés de musiciens et de jeunes esclaves tandis que flûtiste et athlètes accompagnent la danse d’un guerrier armé en guise de jeu funèbre.

La tombe du chasseur, d’environ 510 avant, reproduit une tente de chasse en toile avec un paysage et un cervidé. La tombe de la fleur de lotus, du sixième siècle avant, doit son nom au lotus au centre de la poutre du mur du fond, entre un lion et une panthère au col bleu.

La tombe des lionnes a un plafond au motif d’échiquier supporté par six colonnes rouges. Trois danseurs sur la paroi du fond. Dans le couple à droite, la femme a les cheveux bruns et les vêtements transparents tandis que le jeune homme est nu, blond avec la peau brunie. Au centre du mur un cratère contient le vin des libations tandis qu’une frise en dessous montre les liens du ciel et de la terre par les sauts des dauphins.

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Nécropole étrusque de san Giuliano

Depuis le bourg, nous longeons à pied le cours d’eau Biedano et ses cascades pour rejoindre la nécropole de San Giuliano. Les pollens des peupliers font comme de la neige sur le sol au fond de la forêt. Le chemin depuis le village est sous les arbres et nous entendons constamment le bruit de l’eau. À certains endroits, des mola (môles) sont indiqués sur des panneaux. La cascade double qui termine la vallée est bucolique. L’atmosphère est moite et orageuse. Un homme rasé et barbu, en short et débardeur noir, tient un loup en laisse. Il laisse se baigner la bête.

La nécropole de San Giuliano s’ouvre dans un sentier juste à côté du chemin qui conduit à la buvette touristique. Nous venons de marcher a découvert sous le cagnard entre les oliviers pendant plus d’un quart d’heure. Une horde de bambini en voyage scolaire surgit, polos rouges d’uniforme au col déboutonné au maximum. Garçons et filles de CM2 mélangés, ils piaillent devant leurs institutrices. Les petits garçons se tiennent souvent par les épaules deux par deux : ils sont très affectifs et plus tactiles que les nôtres. Toute une animation avec des acteurs déguisés en prince Tarquin étrusque, en Charon en Tanaquil, femme de Tarquin, permet aux enfants de se pénétrer de leur histoire pré-romaine. Ce sont en effet leurs origines. Une analyse du génome sur 82 individus sur 12 sites archéologiques, effectuée en 2021 par l’institut Max Planck d’Iéna, a permis d’établir qu’en 900 avant, l’âge du fer, les populations étrusques étaient homogènes et partageaient leur profil génétique avec les Latins de Rome. Les Étrusques ont évolué sur place et ne venaient pas du Proche-Orient, comme la mode biblique a trop longtemps voulu le laisser croire – tout devait venir du lieu élu de Dieu.

Nous visitons plusieurs tombes dont l’une avec une porte des morts en forme de T majuscule, la tombe de Rose. Nous voyons aussi la tomba del Cervo (le cerf) où sont sculptés un cerf et un loup affrontés à même la paroi rocheuse. Cette image a donné le symbole du site que l’on peut voir sur un coin de chaque panneau. La plus célèbre et la plus grande est la tombe Cima, datée de la seconde moitié du VIIe siècle avant. C’est un tumulus imposant de 25 m de diamètre en partie creusé et en partie bâti. La tombe est au centre de la structure et ouvre sur plusieurs chambres., de façon à constituer un mausolée pour toute une famille clanique. La partie gauche du dromos (la chambre funéraire) est décorée de deux paires de piliers cannelés. Le plafond du vestibule est décoré de raies parallèles imitant le toit de bois de la maison étrusque. La tombe Costa, plus petite, porte ce même genre de plafond fait pour imiter la vie domestique dans l’au-delà.

Les riches Étrusques étaient gros parce qu’ils ne banquetaient qu’au pieu. Ils mangeaient allongés comme les Grecs et, plus tard, les Romains, à deux sur le même triclinium, mari et femme, amant et compagne, alors que les Grecs préféraient éraste et éromène. Le repas principal de la journée se prenait en milieu d’après-midi et était appelé la Cène (cena). Il avait lieu après les thermes ou après les activités journalières et se terminait vers la tombée de la nuit, ce qui peut être très tard en été. Le service des ablutions de mains, de la boisson et des plats était effectué par de jeunes serviteurs nus, jolis à regarder ou à caresser, et surtout à la taille adaptée pour servir un convive allongé sans se pencher. Les mœurs ont bien changé, les esclaves n’étaient alors guère plus que des animaux domestiques.

Nous pique-niquons sur les tables touristiques derrière la petite église San Giuliano du XIIe restaurée au XIXe – elle est fermée. Après la tapenade sur tranches de baguette, une salade de lentilles aux tomates, artichauts, olives noires et morceaux de pomme, saucisson de sanglier, mortadelle tranchée très fin, et du melon.

Nous dînons au même restaurant qu’hier, le Terziere di Poggio. La carte est cette fois mieux achalandée mais nous sommes vendredi soir et le patron a l’assurance de six clients confirmés – nous. Nous avions commencé à nous installer dehors, comme hier soir, mais le vent s’est levé, l’orage a grondé et il est tombé un peu de pluie. Devant le parasol trop secoué et les pots de jasmin qui s’écroulait alentour, nous sommes rentrés à l’intérieur. Il y fait étouffant. C’est la sortie de la jeunesse, une douzaine de filles en bande, ventre et dos nus, et deux couples de copains dans la trentaine, chaîne au cou, boucle à l’oreille, tatouages sur les bras et les épaules, chemise translucide ou débardeur.

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Barbarano Romano

Nous nous transférons jusqu’à Barbarano Romano pour une randonnée dans le parc Archéologique de Marturanum.

Barbarano ne fait pas référence aux barbares mais à sainte-Barbe, une mégalomartyre fin IIIe siècle sous Dioclétien. Comme dans toutes les histoires édifiantes faites pour faire préférer le ciel à la terre, elle refuse le mariage, s’évade de la tour où l’a enfermée son père, a le corps savamment torturé, on lui brûle le sexe (après l’avoir probablement violée), lui tranche les seins, avant de la décapiter et de brûler ses restes, Évidemment le Ciel châtie les méchants, tue Dioclétien par la foudre, pétrifie le berger qui l’a dénoncée et change ses moutons (pauvres agneaux innocents) en sauterelles. La barbe ! Ne voulant pas prononcer son prénom païen, les chrétiens l’ont appelée jeune barbare – d’où Barbe.

Nous visitons la tour du roi Desiderio du XIIIe siècle et voyons reconstitués les murs écroulés en 1936. Une messe a lieu dans la petite église près de la porte d’entrée des remparts tandis qu’une séances de taï-chi a lieu dans l’église principale du village (!).

Au lavoir du village, nous rencontrons une française en retraite qui lave ses serviettes et les étend sur des fils. Elle habite juste au-dessus depuis trente ans car la vie est moins chère et elle aime le pays. « Mais il n’est pas facile de s’y intégrer », nous dit-elle.

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San Giusto

Au retour, nous nous arrêtons à l’abbaye cistercienne rénovée de San Giusto. Deux chiens nous accueillent, deux labradors femelles assez épaisses dont la noire s’appelle Pipi ; la brune est plus vieille et l’on ne connaît pas son nom. Nous accueille aussi le chat de l’endroit nommé Aurelio. C’est un chat noir et blanc assez mince mais qui ne s’en laisse pas compter. D’après son propriétaire il chasse même la nuit les renards qui voudraient manger les restes. Il ne tolère que les chattes de l’endroit et est copain avec les chiens. Ce chat me plaît, il suit partout son maître et aime à se faire caresser. Voyant l’intérêt que je lui porte par ma voix et ma main, il monte même sur mes genoux lors d’une pause pour écouter les descriptions d’une salle.

L’abbaye a été restaurée par un ingénieur civil du bâtiment de Bologne qui nous accueille et aime parler. Il est tombé par hasard amoureux de ces ruines alors qu’il cherchait une maison de campagne pas trop loin de Rome ni de la mer. Il a quatre enfants et désormais l’abbaye restaurée est possédée par une SCI formée des six personnes de sa famille. Il a mis trente ans pour restaurer l’endroit dans les règles de l’art en respectant les matériaux d’origine, autant qu’il ait pu les connaître. Il la loue désormais pour des mariages et des manifestations diverses.

Nous commençons par la bibliothèque des novices en sous-sol, puis remontons par l’ancien dortoir, désormais à ciel ouvert car le propriétaire ne sait pas comment la salle était recouverte. Nous passons ensuite à la salle des copistes puis à l’église bénédictine, agrandie par les Cisterciens, où un trou dans le sol permettait de fondre directement la cloche en faisant venir les artisans. L’abbaye était soumise à la règle de saint Bernard, plus stricte et sans images que celle de saint Benoît. La crypte est l’endroit qui plaît le plus à notre ingénieur avec ses remplois de colonnes romaines et de chapiteaux. L’endroit est frais et des mouches en ont fait leur repère. Nous remontons voir le cloître, la salle capitulaire, ainsi que les chiottes installées sur une fosse irriguée plusieurs mètres en dessous. Toute abbaye doit avoir de l’eau, plus pour la cuisine et la boisson que pour l’hygiène à cette époque, tant la pudeur chrétienne niait (et continue de nier) les besoins du corps.

Le papy parle français plutôt bien et aime expliquer sa restauration dans le style d’époque. Il est fier de sa réalisation et aime à ce que chacun le reconnaisse. Il a ainsi fait installer un parquet de châtaignier joint à clous dans le réfectoire après avoir découvert des fragments de ce bois sur le sol antique. Selon lui, l’abbaye abritait une quinzaine de moines plus une quarantaine de novices de 8 à 18 ans qui n’avaient pas encore choisi de se vouer à Dieu mais apprenaient à lire, écrire et compter, ce qui leur ouvrait de belles carrières dans le civil.

Nous dînons au restaurant au pied de la tour de Lavello en plein centre de Tuscana. Elle porte le nom d’un capitaine mercenaire, fils naturel du prince de Tarente. Le Terzziere di Poggo a un chef, Marco, réputé bon cuisinier et félicité dans TripAdvisor, la bible des anglo-saxons. Il manque cependant plus de la moitié de sa carte ce soir, notamment tout ce qui est fruit de mer et poissons. Il ne savait pas qu’il allait avoir des clients. Je prends de grosses pâtes ombricelli sauce amatriciana avec des lambeaux de guanciale (joue de porc salée) et pecorino romano (fromage de brebis) en plus du rajout moderne de la tomate, du poulet au four et ses patates.

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Tombes étrusques de Norchia

Il fait trop chaud pour vraiment marcher aujourd’hui et nous allons voir les tombes étrusques de la nécropole de Norchia perdues dans la campagne après un champ de coquelicots superbes. Lorsque nous repassons, deux heures plus tard, ils ont été fauchés par un tracteur.

Le site étrusque date du VIe siècle avant mais les plus belles tombes sont hellénistiques, en forme de temple grec sculpté à même la roche, en bas-relief comme les tombes lyciennes de Turquie. Elles dateraient entre le IVe et le IIe siècle (avant). Il y aurait eu paraît-il quelque influence, les Étrusques faisant commerce dans toute la Méditerranée. C’est toute une rangée de tombes accolées qui sont ainsi sculptées à même la falaise de tuf en cet endroit, situé non loin de la rivière et de la voie Claudia. La classe aristocratique guerrière aimait faire étalage de son pouvoir jusque dans l’au-delà. À la fin du VIIe siècle avant, les agglomérations s’entourent de remparts et deviennent des cités-États, les douze de la « dodécapole étrusque ». Cette alliance est économique et de valeurs, un peu comme l’Union européenne aujourd’hui. Leurs représentants se réunissent tous les ans dans le sanctuaire de Fanum Voltumnae situé à Orvieto. Les plus grandes divinités, hellénisées sous influence culturelle due au commerce, sont parfois vénérées dans le même temple. Zeus ou Jupiter était Tinia, Héra ou Minerve était Uni. Le dieu de la guerre Mars était Laran, Aphrodite Turan, Apollon Aplu, Dionysos Fufluns, Poséidon Nethuns, Pluton était Aita et Perséphone Phersipnai.

Bien que ravagé par le temps, nous pouvons encore distinguer en frise dorique des héros nus combattant sur les frontons de pierre. Au-dessus de la tombe double en forme de temples à colonnes, à laquelle on peut encore accéder par un escalier de pierre usée, le plateau permettait le banquet des vivants. Un Pi de pierre en bas-relief symbolise la porte de la mort, la porte de l’Hadès, que le défunt franchit de manière irréversible guidé par le démon Varun et le passeur Charon. L’aristocratie fermière du temps trouvait là son repos éternel pour l’édification des héritiers.

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Tuscania 2

L’église suivante, plus bas vers la ville, est Santa Maria Maggiore, élevée au VIIIe mais reconstruite entièrement au XIIIe, déjà gothique. Trois portails et nombreuses fresques à l’intérieur, dont un Jugement dernier avec un démon terrifiant : une face de Neandertal et des crocs acérés pour mieux croquer, le sexe en brasier grillant les damnés. Un concentré des angoisses les plus fortes qui sont d’être dévoré, croqué, brûlé. Pour l’amadouer, une femelle nue se frotte de tout son ventre et ses seins sur l’épaule de Satan. La part du Bien est nettement plus ordonnée, plus habillée et plus sereine – jusqu’à l’ennui éternel malgré les jolis anges unisexe voués au seul désir platonique.

De retour à l’hôtel, le pique-nique a lieu sur la terrasse avec une bouteille de vin blanc Vermantino toscan en guise d’apéritif (8,90 €). Une assiette de toasts à la pâte truffée nous attend, une autre tartinée de brocciu au miel de citron, une troisième plus classique de tomate confite avec mozzarella et basilic, du fromage, du melon et une pêche ainsi que du jambon cru enroulé sur des gressins.

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Tuscania 1

En sortant de Sovana trône un étrange château d’eau en forme d’alien de la Guerre des mondes. Un peu plus loin, des éoliennes aux faces obtuses surveillent la campagne. Leurs pales brassent paresseusement l’air ambiant. Il fait chaud. Nous prenons la route pour Tuscania, cité médiévale ceinte de remparts. Notre nouvel hôtel s’appelle justement l’hôtel Tuscania. Il est moins pittoresque que la forteresse et assez bruyant car ouvert sur une rue passante, mais il offre une vaste salle au petit déjeuner et une grande terrasse avec vue sur les remparts de la ville. La patronne de l’hôtel, Filomena, est l’aînée de trois sœurs dont une prof et une artiste. Cette dernière a donné des peintures inspirées par la Renaissance italienne et des sculptures en plâtre imitées de l’art romain. Certaines sont assez réussies, dont un torse d’éphèbe juvénile dénudé à la palestre qui ne doit pas avoir plus de 13 ou 14 ans.

Nous visitons l’antique acropole de la cité étrusque et les deux basiliques de San Pietro et Santa Maria Maggiore, de style roman. Dans les jardins et au bord des routes, le jasmin est en fleur et embaume. Il y a cependant beaucoup trop de voitures dans les ruelles ; elles se sentent obligées de « passer » avec une seule personne à bord, en général un macho, et se garent n’importe où. Après les ruelles, le cagnard. Nous prenons un café allongé pour 1 € sur la place du théâtre dédié à un chanteur lyrique originaire de la ville, décédé en 2012. Après la « tour des miracles » en face de laquelle se cache un chat noir craintif au poil luisant, la via Claudia est découverte sur une centaine de mètres ; elle reliait Rome à la mer à Ansedonia, via Saturnia et nous pouvons voir les dalles qui la couvraient il y a deux mille ans. Les tympans de marbre et les fresques des églises sont reposants.

À San Pietro, sur l’acropole étrusque, un jeune chat est écrasé – mais seulement de sommeil. Commencée au VIIIe siècle en style roman lombard, probablement sur les restes d’un temple païen, la façade de;l’église est du XIIIe avec une rosace en marbre blanc portant les quatre évangélistes et une loggia délicatement sculptée. Nous pouvons voir un sacrifice d’Isaac dans l’une et des fresques byzantines de l’Annonciation où le Bambin est carrément lancé par l’ange Gabriel à la Vierge. Des hauts-reliefs représentent le royaume de Dieu avec les anges et les Pères de l’Église, face à celui du Mal où un démon à trois faces exhibe un serpent et des harpies dans une profusion végétale qui rappelle l’élan sexuel. A l’intérieur, plein de sarcos étrusques.

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Cité perdue de Vitozza

Nous randonnons en boucle à la journée dans une vallée verte aux nombreuses grottes creusées par les Étrusques, 17 km cette fois avec des dénivelées de 400 m !

Nous ne prenons pas le véhicule mais quittons l’endroit à pied pour un sentier de grande randonnée balisé rouge et blanc symbolisé par deux guerriers étrusques affrontés sur les panneaux. La descente en forêt est assez raide avant un plat dans un chemin creux tout en bas. Nous devons remonter sur le plateau où règne la vigne, l’olivier et les champs d’orge, d’avoine ou de lupin. Une ferme d’agrotourisme chic est fermée et, sur ses bords, un cerisier sans maître nous permet de grappiller quelques fruits déjà mûrs parmi les autres. Dans les champs poussent des coquelicots, quelques bleuets, des marguerites et des potentilles. Au loin, le piton volcanique de Radicofonte marque la ligne de partage des eaux entre l’est et l’ouest de l’Italie. La ville d’Aquapendente, au nom évocateur, est située à son pied.

Nous entrons dans la Citta del Tufo avec de multiples grottes creusées à même le tuf dans le parc archéologique de Vitozza. Nous pouvons voir une forteresse étrusco-médiévale et son plan reconstitué. Le site est en forêt, le long du sentier balisé. Il est agréable à marcher.

Nous pique-niquons dans l’aire réservée sur des tables et des bancs attenants. La tapenade sur tranche de pain précède le jambon, le fromage pecorino truffé à 17 € le kilo (pas cher), et la salade à base de tomates.

La vallée du tuf est une suite de trous aménagés dans la roche pour servir d’habitation, d’étable, de réserves de grains, de chapelle, ou de lieu fortifié. Il s’agit d’une véritable cité des morts récurée du moindre objet depuis les Romains. Le tout sous les chênes, érables et robiniers qui lâchent leurs touffes blanches et légères comme un duvet des anges. Les éphèbes éthérés semblent secouer leurs ailes dans une odeur suave, due aux pétales qui tapissent le sol. Nous descendons à la rivière, que nous passons à gué, puis remontons sur la route qui nous conduit au bourg. Curieusement, nous subissons une averse en plein soleil l’après-midi.

Nous longeons le torrent Lente puis nous passons par la Via Cava de San Rocco, impressionnante. Nous prenons les chemins de traverse pour entrer par la porte des Merles, peut-être les oiseaux qui chantent le matin à pleine gorge. La montée par les rampes débouche sur un café où nous nous arrêtons pour boire.

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Hélène Carrère d’Encausse que j’ai connue

Hélène Zourabichvili, épouse Carrère, dit d’Encausse, était une grande dame. Une immigrée géorgienne dont les parents avaient fui la révolution bolchévique. Apatride jusqu’à 21 ans, elle a donné à la France trois enfants devenus célèbres, Emmanuel l’écrivain, Nathalie l’avocate et Marina médecin médiatique ainsi qu’une œuvre de soviétologue. Elle est entrée à la Sorbonne, à Science Po et à l’Académie.

Elle est décédée paisiblement à 94 ans le 5 août 2023.

J’ai eu l’honneur et le bonheur de l’avoir comme professeur à la Sorbonne deux ans après le livre qui l’a rendue célèbre, L’empire éclaté, et d’effectuer sous sa direction mon mémoire de DEA de Science politique (diplôme d’études approfondies, l’ancêtre du master 2) en relations internationales. Le thème : l’URSS bien-sûr.

Sa thèse d’État portait déjà en 1976 sur Bolchevisme et Nations. On sait que ce sont les secondes qui l’ont emporté sur le premier, malgré l’idéalisme abstrait des intellos occidentaux. Grâce à elle, à son réalisme, à sa raison, à son goût d’aller voir et de lire le russe, j’ai pu prendre conscience que le communisme était une religion qui enfumait les esprits en France et notamment les étudiants shooté à l’opium du peuple. Presque tout le monde se disait marxiste, c’était la mode, le conformisme, tout comme la clope et la baise.

Il faut s’en souvenir, Sartre tonnait contre tous ceux qui ne pensaient pas comme Staline, osant affirmer que « tout anticommuniste est un chien ». Pauvre Sartre, pauvre génération intolérante et sectaire. Hélène le professeur, Hélène la chercheuse, a ouvert les yeux et donné la méthode pour se sortir des illusions : il suffit d’observer et d’analyser avec esprit critique, en recoupant les sources et les témoignages, pour se faire sa propre opinion.

L’empire éclaté analysait les fractures de l’URSS, union factice de républiques qui n’en avaient que le nom, socialistes à la manière de Lénine (on discute mais c’est moi qui décide), faussement soviétiques puisque les soviets n’avaient aucun pouvoir. La thèse était démographique : la population d’origine musulmane faisait plus d’enfants que la population chrétienne ; elle était appelée à devenir majoritaire en Union soviétique alors que la classe dirigeante du Parti, de l’armée et de l’industrie était d’origine russe de culture européenne. La légitimité du pouvoir politique pouvait donc être remise en cause dans le futur.

Si ce n’est pas ce qui a fait chuter l’URSS, minée par ses contradictions et notamment son économie bureaucratique et gaspilleuse, il reste que c’est bien cette crainte du « grand remplacement » qui anime Poutine et ses sbires aujourd’hui (tout comme les petits Blancs de Trump et les zemmouriens en France). Les musulmans et autres minorités sont envoyés en première ligne par l’armée de Poutine pour décimer leur population, tandis que les « blancs » sont mis en réserve. L’idéologie nationaliste poutinienne est clairement xénophobe. Quant à l’État, il est aux mains de mafias que le Kremlin arbitre, le but ultime étant de défendre la chose nôtre (Cosa nostra).

Hélène Carrère d’Encausse fut un grand professeur, même si elle fut une mère peu attentive et à éclipses, alternant de grands moments de fusion avec des plages de délaissements dues à ses nombreuses activités. Personne ne peut être parfait, surtout pas un parent.

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Parc archéologique de Pitigliano

Nous quittons ensuite le village à pied pour aller pique-niquer au bord d’une rivière dans le parc Archéologique de Sovana. Nous pouvons voir ensuite de belles tombes à dado ou demi-dado (cube) de l’art étrusque et notamment celle dite d’Hildebrand ou celle de Leoni. Ce sont deux Anglais qui, dès 1843, font connaître le site : Ainsley et Dennis. Après le pillage des « beaux objets », des fouilles plus sérieuses seront menées par un Italien en 1929, Bandinelli.

La tombe Hildebrand est célèbre non seulement parce qu’elle est belle mais aussi parce que le citoyen de Sovana Hildebrand fut le pape Grégoire VII. Elle est sculptée à même la roche en forme de temple avec deux escaliers latéraux. Des douze colonnes, une seule subsiste en forme de chicot. Les chapiteaux étaient décorés de visages et une frise en relief surmontait le tout avec des griffons, des nymphes et des motifs végétaux.

La tombe des Démons ailés est une découverte récente, en 2004. Sur le fronton écroulé, un grand démon marin avec une paire d’ailes porte une queue en forme de poisson ; il représente peut-être Scylla ou Triton. Le bras droit levé, il brandit une rame ou le gouvernail d’un bateau naufragé. Sur un autre bloc est Vanth, le démon féminin ailé messager de la mort.

Les Étrusques croient dans une vie après la mort. Il s’agit de survivre en tant qu’individu ayant vécu de son vivant et la mémoire doit se perpétuer par la tombe, reproduit l’habitation des vivants et est remplie de meubles et d’objets, y compris les bijoux précieux et des ornements honorifiques. Les traits du visage réel du défunt sont reproduits sur les vases canopes, sur les couvercles d’urnes ou sur les sarcophages. Les tombeaux à chambre à partir du VIe siècle avant sont issus de l’urbanisation et du souhait de créer pour le défunt une maison dans l’au-delà. Les tombes ne sont plus destinées à une seule personne mais à des familles entières, des clans aristocratiques.

Nous poursuivons notre promenade par haut et par bas, plus ou moins 300 m de dénivelé, dans la ville de tuf où sont creusées les tombes étrusques tout autour de Pitigliano. Nous suivons la via Cava, un chemin carrément creusé dans la roche par les millions de pas des hommes et des bêtes depuis des millénaires. Il y fait frais et il est agréable de marcher, tout en descente, malgré quelques passages difficiles aux genoux avec de hautes marches.

Après cette promenade, nous prenons une bière Peroni à Pitigliano, capitale d’un comté des Orsini. Le petit bourg médiéval perché aux rues étroites, aux ruelles plus étroites encore qui les traversent et donnent sur la vallée à flanc de falaise, attire quelques touristes dont une famille au jeune garçon de 7 ans entreprenant. Dans l’église, neuf blasons ornent le chœur. L’endroit est dédié à Saint-Roch, prié contre la peste, en vitrail au-dessus du portail d’entrée.

Nous revenons à notre hôtel, la forteresse Orsini, pour nous reposer et nous changer avant le dîner qui a lieu dehors dans la cour, à l’abri du vent, d’un menu au choix bien présenté. Mes tagliatelles sont présentées en tourbillon, le saltimbocca à plat avec sa pique pour le jambon et la sauge, les aubergines du contorno épluchées et cuites à la vapeur, mêlées ensuite d’huile d’olive et servies froides.

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Cathédrale de Sovana

Nous suivons ensuite la rue principale bordée de boutiques et de fleurs jusqu’à la cathédrale, sise dans un bosquet de pins. Un portail entouré de marbre sculpté montre les influences byzantines. La nef est claire avec des colonnes bicolores en pierre blanche et grise. Les chapiteaux sont parfois sculptés et l’on distingue Adam et Eve après la Faute, qui se tiennent la main devant le sexe par « honte » biblique. Dans la crypte en sous-sol, un reliquaire présente des os attribués à saint Mamiliano, deux fémurs, des côtes, un morceau de hanche…

Devant une école désertée en ce week-end, un panneau en italien : « no pipi, no popo, les enfants de l’école maternelle vous remercient ». C’est vrai qu’ils sont chiants, les touristes. Sur la vitrine de la boulangerie, une pancarte donne la recette de Sfratto, gourmandise juive : c’est un bâton de 28 cm fourré d’une pâte au miel, noix et écorce d’orange. Il a été élaboré au 17ème siècle quand le grand-duc de Toscane a obligé les Juifs à se concentrer dans une zone réservée autour de la synagogue, le ghetto. Le nom de sfratto vient de « l’expulsion », qui a eu lieu en tapant d’un bâton les portes juives. La douceur commémore ce souvenir… cuisant.

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Église San Mamiliano de Sovana

Le village classé de Sovana, entre 200 et 300 mètres d’altitude, était un centre étrusque sur un plateau entre deux gorges. Le village est en effet d’origine étrusque mais apparaît aujourd’hui surtout médiéval. Là est né le pape Grégoire VII Hildebrand vers 1020. Nous commençons par l’église Santa Maria du XIIe, fort illustrée de fresques. Saint-Roch y est à l’honneur. L’ours, symbole des Orsini, y est représenté.

La jouxtant est la petite église de San Mamiliano où a été retrouvé en 2004 un trésor de pièces d’or romaines, provenant principalement de Byzance sous les règnes de l’empereur Leo (457-474 de notre ère) et de son successeur Anthemius (467-472). La légende veut qu’elle ait inspiré Alexandre Dumas pour Le comte de Monte Cristo.

Cette église est ruinée jusqu’aux fondations mais elles ont été fouillées, et le long d’une paroi a été trouvé un pot de terre renfermant une centaine de monnaies mises à l’abri probablement contre le pillage des Longo Barbi, les longues barbes, dont nous avons fait les Lombards. Un petit musée est installé au-dessus des fondations, que nous fait visiter Nicoletta, italienne très en verve pour expliquer l’histoire et les découvertes. Nous passons une heure à écouter de l’italien torrentueux, plus ou moins traduit par le guide, mais néanmoins assez compréhensible au vu des panneaux écrits autour de nous.

Une tombe proche de celle des Hildebrand, fouillée en 1974, a livré un mobilier de banquet avec deux jarres à eau en bronze, deux amphores à vin, une œnochoé et un phanère ainsi qu’une passoire à vin et un candélabre, le tout daté de la seconde moitié du IVe siècle avant. Le vin était épais, non filtré ni vinifié, aromatisé d’épices et devait être passé avant de remplir les coupes et d’être coupé d’eau, deux mesures d’eau pour une de vin. Le rituel du banquet a été emprunté par les Étrusques aux Grecs d’Eubée, installés dès 775 avant à Pithécusses dans l’île d’Ishia face à Naples. Mais ils admettaient les femmes, contrairement aux Grecs – et plus tard aux Romains, qui considéraient cela comme de la « débauche ». Comme quoi la morale sociale n’a rien de naturel mais se construit sur les phobies et les phantasmes de chaque époque.

Outre le trésor de monnaies d’or avec même une pièce du dernier empereur romain de 14 ans, Romulus Augustule qui sera déposé par Odoacre après dix mois de règne, je retiens deux statuettes en plomb qui représentent un éphèbe et une jeune fille, mains ligotées dans le dos et chacun un pied tranché. Elles ont été retrouvées enfouies sous la terre dans une tombe du IIIe siècle avant et mise au jour par un agriculteur en 1908. C’était probablement pour opérer un maléfice volontaire, le plomb étant le métal des enfers. Les statuettes ont été placée dans la tombe trois siècles après le défunt et désignent nommément chacun : Zertus Cecnas le jeune mâle et Velia Saetna son ardente femelle. Ils sont ainsi livrés prisonniers aux dieux des enfers pour y être châtiés. Nicoletta nous raconte la légende de ces deux amants, empêchés par un jaloux de se rejoindre par l’amputation, et de s’embrasser à cause des liens, cela pour l’éternité. Les deux sont nus et désirables avec une joli contraposition du buste, mais ne peuvent assouvir leur désir mutuel. La musculature en devenir du garçon montre combien il est jeune, pas plus de 16 ans. Nicoletta se plaît à penser qu’une fois les statuettes mises au jour et regardées, leur histoire racontée à de multiples gens, la malédiction est levée.

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Hôtel de la forteresse à Sorano

Ce mardi, nous troquons la chambre d’hôtel pour une suite dans un château. C’est en effet à Sorano que nous longeons à l’hôtel della Fortezza, situé Piazza Cairoli. La rocca des Orsini avec sa tour centrale et trois forts détachés domine le bourg.

Un chemin en pente conduit du parking vers les douves, aujourd’hui comblées et plantées d’oliviers, que nous passons sur un pont de pierre. La voûte sombre recèle une redoute en Z percée d’ouvertures en V horizontales pour les arquebuses. Suit une première cour avec un bâtiment aujourd’hui public, puis une seconde passerelle vers l’ancien pont-levis qui donnait sur la forteresse elle-même. L’accueil se trouve dans le passage voûté avant la cour d’honneur.

Les chambres sont dans l’aile donnant sur la vallée, vision vertigineuse des maisons sur la pente et de la forêt jusqu’en bas et sur l’autre versant. En retrait sur la cour d’honneur de la forteresse, j’occuperai en effet une chambre sous les toits du bâtiment qui s’avance sur les falaises. Après de multiples marches s’ouvre une vaste pièce avec canapé et télévision nantie d’une petite salle de bain puis une seconde pièce, la chambre double avec une vaste salle de bain. L’endroit n’est pas donné mais représente une surprise dans ce voyage mi culture mi randonnée, tel que je l’apprécie.

J’ai vue sur les remparts et la plaine dans un angle des murailles depuis ma fenêtre. Ce qui est curieux est qu’il faut remplir une check-list de mets pour le petit-déjeuner la veille au soir, œuf, jambon, fromage, yaourt, café americano, tomates pour moi par exemple. Cette liste, qui comprend aussi du sucré comme du gâteau maison, du gâteau au chocolat, de la confiture d’abricot, un croissant, un « mini nutella », dure tout le séjour. C’est assez bureaucratique mais, nous explique-t-on, établi pour éviter le gaspillage. Pourquoi pas, mais alors pourquoi cette débauche de papier ?

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Vitorchiano

Le minibus nous conduit au petit bourg fortifié en bord de vallées encaissées. Un moai pascuan est curieusement sculpté sur le parking. Il s’agit d’un véritable monument de l’île de Pâques offert par ses habitants pour les avoir aidés à restaurer leurs propres statues. Il s’agit de la même pierre volcanique là-bas comme ici. Sur le parking du moai qui domine la ville, un petit vieux en débardeur tourne inlassablement, psychotique. Il nous salue et nous fait un sourire mais n’en continue pas moins ses tours de parking obsédants.

Nous allons prendre une bière à l’entrée du bourg, à l’ombre, une sicilienne salée Messina à 5 % d’alcool. Des ragazzi palabrent en VTT ou se lancent vaguement un ballon au pied devant la porte avant de se disperser. Ils sont presque tous habillés en noir, couleur qui semble être à la pointe de la mode en ce moment en Italie – peut-être un uniforme d’une équipe de foot. J’écoute le joli italien chantant d’une petite fille blonde qui parle à sa maman.

Nous effectuons un tour rapide du bourg médiéval car tout est fermé après 17 heures, même les églises. Il n’y a de remarquable qu’une fontaine « a fuso » du XIIIe siècle avec le symbole de chacun des quatre évangélistes.

Nous retournons à l’hôtel de Viterbe et nous dînons au même restaurant. Le menu est quasi identique à celui d’hier, un seul plat change parmi les pâtes et parmi les secundi piati. Je prends des tagliatelles aux champignons et crème de truffe, ils sont très bons, fins et goûteux. Vu nos efforts, contrairement à hier le plat de pâtes ce soir est le bienvenu. Suit pour moi une grillade mixte de porc avec travers, tranche de lard et saucisse, de la roquette en accompagnement. Nous buvons de l’eau frizzante et le vin rouge de la maison. Aux mêmes tables se trouvent les mêmes habitués du moment, que des hommes. Ils doivent travailler sur des chantiers alentour. Certains sont Napolitains, d’autres plutôt Albanais. Toute conversation est difficile dans le brouhaha ambiant car nous sommes à l’intérieur. Le sujet porte sur des films, évidemment ; les filles de province adorent.

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Rocher des haruspices étrusques

Nous nous rendons ensuite en forêt de noisetiers sous le Monte Cimino vers le rocher des haruspices étrusques, il sasso del Predicario. Il domine la vallée et s’ouvre sur le ciel, ce qui permettait aux augures étrusques d’observer le vol des oiseaux, la direction de la fumée des offrandes, la direction de la foudre et la giration des étoiles. Les haruspices étaient spécialisés dans l’observation des entrailles et surtout du foie des animaux.

Le foie de bronze de Plaisance, découvert en 1877 en Emilie-Romagne, montre comment il pouvait être lu en fonction de chaque divinité particulière. Ce siège de la pensée selon les anciens Sumériens, étaient divisé en quatre points cardinaux. Il s’agissait moins de prédire l’avenir que de savoir si le lieu était propice à l’agriculture et à l’installation des hommes. Il est vrai que l’observation d’un foie permet de connaître la santé de l’animal, donc l’abondance de la nourriture du coin et de la qualité de l’eau. Le foie gorgé de sang était symbole de vie, une sorte de microcosme matériel de l’élan vital du macrocosme.

L’empereur Claude, mort en 54 de notre ère, empoissonné par sa femme Agrippine qui lui préfère le jeune et beau Néron, a repris à Rome cette fonction étrusque et y a soutenu devant le Sénat le maintien du collège des soixante haruspices – qui durera jusqu’en 408. Claude a d’ailleurs écrit une Histoire des Tyrrhéniens (nom grec des Étrusques) aujourd’hui perdue et a été marié durant quinze ans avec Plautia Urgulanilla, d’une puissante famille toscane – qui sont les descendants biologiques des Étrusques selon les analyses génétiques récentes.

Le sentier est peu tracé dans la forêt de Malano car il n’est fréquenté que par des initiés, dont nous sommes. Des paysans enfouis sous les arbres cueillent les noisettes à l’aide d’un engin qui ressemble à un ventilateur et qui absorbe feuilles et fruits en tournant avec le vrombissement d’une tondeuse. Je n’avais jamais vu de machines à cueillir les noisettes.

Nous grimpons le flanc de vallée par une sente très escarpée jusqu’au plateau où nous prendrons notre premier pique-nique. Il s’agit d’une salade de roquette aux petites tomates et aux olives vertes avec carottes râpées, jus de citron et huile d’olive. Nous avons aussi du jambon et du fromage pecorino. Le pain n’est pas salé au nord de Rome – donc meilleur pour la santé ! – à cause de l’impôt sur le sel exigé en son temps par le pape Paul III.

Nous suivons un sentier à plat en bord de falaise dans la forêt où poussent les chênes, les érables de Montpellier et les myrtes. Lorsque les rochers sont à découvert, le soleil tape fort. Il fait plus de 30°. Nous rencontrons parfois une nécropole étrusque creusée dans la roche, un simple trou avec des banquettes tout autour, ainsi que des sarcophages à même le sol dont les couvercles ont été pillés. Ils sont bien alignés, comme dans un cimetière. Un mur « étrusque » est réalisé en gros blocs cyclopéens. Il semble ne rester des Étrusques que les éléments intangibles du décor, grattés jusqu’à la roche mère. Les Romains ont tout pris et ont effacé du paysage le souvenir même de la culture qui a précédé la leur.

Le rire dit « sardonique » vient de l’île de Sardaigne où des stryges (les sorcières de l’époque) empoisonnaient les gens avec une plante à la strychnine (l’œnanthe safranée) qui leur donnait un rictus mortel. Les vieux étaient ainsi sacrifiés à Chronos avant les Romains. Selon le guide, les Italiens se caricaturent ainsi : le Milanais produit, le Romain mange et le Napolitain dort. Tout ce qui est fabriqué et vendu génère des impôts que les fonctionnaires de la capitale s’empressent d’utiliser tandis que les gens du sud attendent la manne. Peut-on le dire en France de respectivement Paris, Lyon et Marseille ?

La marche se poursuit sur des chemins de terre poussiéreux et de petites routes de campagne agricole. Il fait très chaud. Nous devons rejoindre la camionnette garée à l’ombre.

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Parc des monstres

Nous sortons de Viterbe vers Orte pour joindre le Parc des monstres ou Sacro bosco – le bois sacré – à Bomarzo. Il a été créé en 1552 par Vicino Orsini dont on voit la forteresse dominer le site, dans une grande propriété. Son architecte napolitain Pirro Ligorio a dessiné un labyrinthe de symboles où dames et paladins pouvaient flâner et suivre leurs rêves de troubadours.

Ce jardin empli d’arbres de divers essences est peuplé de sculptures directement sur la roche native : une sphinge, un Protée, des cerbères, une tortue, Pégase le cheval ailé, un temple, un obélisque, des nymphes, une Vénus endormie, seins nus et sexe à peine couvert, des dragons, et une statue d’Hercule gigantesque terrassant Cacus. Ses muscles de roc sont impressionnants.

Sous l’éléphant d’Hannibal, un père fait poser sa jeune fille : elle enveloppe de la main gauche les burnes rebondies du pachyderme mâle comme pour apprécier sa virilité et opérer ainsi une invocation à la fertilité de son futur époux. Quand on voit qu’elle n’a guère que 14 ou 15 ans, on ne peut s’empêcher de constater que le papa la prostitue déjà aux conventions machos.

Le lieu appelle l’érotisme d’ailleurs, outre l’Hercule musculeux, une tritonne les jambes écartées sur un sexe enfoui dans les replis de sa queue bifide serpentiforme s’offre au spectateur.

Un bain romain, une grande bouche de la vérité dans laquelle chacun peut entrer sans avoir peur de se faire croquer (sauf tous les menteurs, trumpistes, poutiniens et autres zemmouriens), un temple funéraire, un portique à colonnes et une tour penchée comme à Pise agrémentent le décor.

Entrer dans la tour donne une impression étrange, comme dans la maison des fantômes à Disneyland : l’illusion d’optique fait que le cerveau prend le mal de mer à force de tenter de corriger la désorientation des surfaces et des murs. C’est une expérience à tenter ! Nous sommes au-delà du miroir, ce qui a fasciné les Surréalistes. Il s’agit d’un exemple de l’art du maniérisme qui a été restauré après des siècles d’abandon par le propriétaire actuel, la famille Bettini.

Ce parc curieux a inspiré Claude Lorrain, Wolfgang Goethe, Salvador Dali et d’autres artistes. Nous y passons près de deux heures.

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Viterbe 2

Nous y visitons le palais des papes de 1267 avec la salle des enfermés du conclave (con clave – sous clé) contenant le parchemin ordonnant le premier conclave, la cathédrale du XIIe siècle avec une façade de 1570 mais quelques fresques des XIIIe et XIVe siècle à l’intérieur, la sacristie et le petit musée civique.

C’est un ancien couvent dont le cloître du XIIIe sert de musée lapidaire pour les couvercles de sarcophages étrusques, des bustes et une déesse médiévale de l’abondance avec force symboles au-dessus de ses multiples seins (taureau, gémeaux, mamelles ou burnes). La pinacothèque montre des peintures dérivées d’icônes venues de Byzance, un Christ à la colonne et une Pieta de Sebastiano del Piombo.

Dans la via Mazzioni s’élève l’église romane San Giovanni in Zoccoli à la façade ornée d’une rosace du XIIe. Dans la via Casa di san Rosa (maison de sainte Rose) l’église santa Rosa abrite le tombeau de la sainte de la ville. Sainte Rose de Viterbe était contre la peste et la ville ouvre une place de la Mort toute arborée, probable lieu d’exécution de l’époque, endroit ombreux où l’on a aujourd’hui plaisir à déguster du vin couleur de sang frais dans des verres embués. Une Maria carbonara n’est peut-être pas la patronne des spaghettis mais est ici fort connue, « protectrice des jeunes époux », dit une plaque de marbre.

Nous sommes dimanche et des familles se promènent avec bébés ou petits tandis que les gamins jouent au ballon ou déambulent en vélo, les ados frimant en scooter avec les filles. Une se promène ventre nu, son haut de laine vert pistache laissant a découvert la base de ces seins intégralement bronzés lorsqu’elle marche. Elle n’a pas plus de 15 ans. Sur une place dont j’ai oublié le nom, le jasmin fleurit au-dessus d’une fontaine d’eau courante rafraîchissante ; des hommes vont y boire de temps à autre.

En face, une maison à tour, seul moyen de densifier l’habitat dans une ville ceinte de remparts. C’était moins à but défensif (encore que…) que pour avoir de la place. Un jeune homme en uniforme mignote sa copine en ce samedi soir. Il est sans doute cadet des carabiniers.

Nous allons dîner au restaurant La Piccola trattoria de Patrizia au 50 via Della cava. Il est familial et rempli. Nous avons le choix du traditionnel plat de pâtes en entrée (qui me ferait deux repas à lui tout seul au quotidien) – je prends des lombrichelli alla viterbese – des tripes à la mode de Rome avec tomates, ail et oignon, une salade de roquette avec tomates, et du vin rouge de la maison un peu âpre mais fruité. Surtout de grandes bouteilles d’eau.

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Viterbe 1

Direction Viterbe par les autoroutes, où nous descendons à l’hôtel Tuscia au bord de la vieille ville, un trois-étoiles à l’italienne au 41 via Cairoli.

En trois heures, nous visitons à pied Viterbe, ville médiévale et Renaissance ceinte de remparts. Elle a abrité des papes car Mathilde de Toscane a donné la ville à la papauté en 1077. Les papes viennent s’installer ici en 1257 pour échapper aux désordres à Rome, avant de s’exiler à Avignon. D’où ces Terme dei Papi qui n’ont rien à voir avec les seniors mais avec les papes. La ville garde de grands noms comme les Chigi (le palais à Rome du président du conseil), les Farnese, les Piccolomini.

L’église de Santa Maria della Salute date du début XIIIe sur la volonté du maître Fardo d’Ugolino, de la congrégation des notaires. La façade rectangulaire est de pierre rose et blanche et le portail gothique. Deux ragazzi passent en copains, pieds nus en baskets, bermudas et tee-shirts moulant. Ils sont tout fringants de jeunesse.

La place San Lorenzo occupe le terrain de l’ancienne acropole étrusque. Un érudit qui a retiré ses chaussures lit un gros livre relié en plein air, les lunettes sur le nez. Un couple désassorti fait penser à une jeune Ukrainienne blonde accouplée à un vieux latin chauve. Mais cela empêche-t-il l’amour ?

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Voyage en Italie étrusque

L’Étrurie est le Latium au nord de Rome et l’extrême-sud de la Toscane, une partie de l’Ombrie, la plaine du Pô et le Golfe de Naples jusqu’aux rivages corses à Aléria. La civilisation étrusque se développe à partir du IXe siècle avant notre ère, connaît son apogée entre le VIIe et le Ve siècle, et finit par tomber progressivement sous la domination romaine entre le IVe et le Ier siècle avant. Les Étrusques ont depuis longtemps disparus en tant que culture distincte, absorbés démographiquement, économiquement, politiquement et culturellement par les Romains. Mais ceux-ci ont assimilé nombre de symboles et de techniques étrusques : la chaise curule symbole du pouvoir judiciaire ; le faisceau du licteur symbole du pouvoir des magistrats, ; la toge prétexte utilisée par les magistrats suprêmes et les grands prêtres ; la bulla, le pendentif destiné à contenir des amulettes qui protégeaient les enfants contre les forces malignes. Sans parler des remparts et de l’organisation des villes, de l’hydraulique, de la culture de la vigne et de l’olivier importée de Méditerranée, et de la médecine.

Ils étaient les successeurs des Villanoviens du 9ème siècle avant au moins, leur âge du bronze, peut-être issu d’une population néolithique indigène ou peut-être aussi venus de la mer. Ils étaient en effet une nation commerçante possédant des bateaux et important des produits de luxe et exportant du vin et des minerais sous le nom grec de Tyrrhéniens dans tout le bassin méditerranéen. Leur écriture a été empruntée aux Grecs dès le VIIIe siècle avant mais leur langue n’est pas indo-européenne. Ils ont donné durant un siècle trois rois romains, les deux Tarquin entre Servius Tullius, avant de disparaître après la prise par les Romains de leur ville de Véies en -396 et surtout de Velzna en -264. Comme Rome, leur empire a duré mille ans.

Le chauffeur de taxi pour Roissy est levantin et ne sait pas où est situé Rome, ni son intérêt. Il croit la ville est au bord de la mer et ne connaît pas l’empire romain, pas plus que le pape qui réside au Vatican. « À quoi il sert ? », me demande-t-il. Il conduit une grosse Nissan diesel Infinity, silencieuse, spacieuse et confortable. De couleur noire évidemment, c’est l’uniforme des G7.

L’avion d’Air France vers Rome transporte surtout des mamies, des jeunes, quelques familles seulement. Le vol s’effectue sans histoire, sauf quelques minutes de retard pour changer le pneu du train d’atterrissage avant. C’est curieux pour un premier vol du matin ; la maintenance est-elle vraiment réalisée à l’arrivée des avions ? Le commandant de bord de l’Airbus a 321 donne pour prétexte « du brouillard sur Rome » mais, lorsque nous arriverons près de deux heures plus tard, le brouillard sera depuis longtemps levé. Les hôtesses nous servent un café d’avion et une madeleine sous emballage.

L’atterrissage à l’aéroport de Fiumicino Léonardo da Vinci s’effectue par grand soleil. Nous avons pu observer depuis les hublots le damier de la campagne romaine et la côte jusqu’au port de Rome, Civitavecchia. Les bagages sont à récupérer tout à fait à l’autre bout de l’aéroport et il faut traverser à pied les files d’attente pour les départs qui semblent très chargés. Il y a queue aussi pour les tickets de train vers Roma Termini aux guichets automatiques des Trenitalia.

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Henry Bogdan, Les chevaliers teutoniques

La chevalerie fait rêver depuis que l’athéisme s’est répandu en Occident ; la croisade teutonique fait rêver depuis que les nationalismes sont revenus en force dans une Europe en perte de vitesse dans le monde. Ce petit livre, écrit à la fin du siècle dernier, survole l’histoire de l’Ordre des chevaliers teutoniques depuis ses origines jusqu’à nos jours. Il est évidemment incomplet, donc frustrant pour ceux qui veulent des détails, mais remarquablement construit pour ce qui veulent connaître cet ordre chevaleresque.

L’Ordre de Sainte-Marie des Allemands, appelé des chevaliers teutoniques, est né des croisades. Un moment rattaché à l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean, il est devenu un ordre papal à part entière en 1191. Il avait pour mission la protection des chrétiens en Terre Sainte et le soin aux blessés des guerres incessantes contre les musulmans. Les chevaliers sont à la fois militaires et moines, ce qui allie la guerre à la spiritualité, tout comme le kibboutz, le communisme ou le scoutisme. Il ne faut pas négliger cette aspiration totale qui anime les humains à servir dans une communauté. Comme moines, les chevaliers et les frères soignent les blessés tout en accomplissant les rites chrétiens comme des prêtres ; comme guerriers, ils luttent contre les païens et les infidèles.

Beaucoup de livres ont été écrits sur les chicayas des chevaliers des nations occidentales en Terre Sainte, et surtout sur l’intransigeance orgueilleuse et inepte de la papauté en ces lieux qu’elle ne connaissait que de loin. C’est plutôt la diplomatie des Grands-maîtres qui a permis de conserver quelques dizaines d’années supplémentaires Jérusalem et la côte aux mains des chrétiens. Mais la poussée de l’islam était trop forte et toute présence occidentale a été éradiquée de Terre Sainte.

Les chevaliers teutoniques se sont alors repliés sur l’Europe, où il possédait des commanderies dans divers pays. C’est la Pologne qui leur a demandé d’aller évangéliser les confins de la mer Baltique et d’y établir des forteresses pour protéger les chrétiens. Ce sera dès lors une lutte constante entre les Vieux-Prussiens et les Lituaniens tous deux païens, les Russes et les Polonais tous deux chrétiens, aidés parfois par les Allemands. Les Grands-Maîtres teutoniques s’y useront et nombre de chevaliers de l’Ordre périront dans des guerres meurtrières. C’est cependant l’Ordre teutonique qui fondera l’État prussien et bâtira les villes de Königsberg, Dantzig et Marienburg.

« Le système hiérarchique de l’ordre reposait sur l’existence d’une élite, les frères–chevaliers, encadrant militairement les hommes levés dans les campagnes, renforcés par des croisés appelés à l’occasion. Ce système a bien fonctionné jusqu’à la fin du XIVe siècle. » p.174. Ensuite, ce fut le déclin. Le recrutement des frères-chevaliers s’est fait plus rare car l’esprit de croisade avait disparu du fait que les populations étaient désormais chrétiennes. L’activité consistait plus qu’à administrer les provinces et à faire de la politique avec les féodaux alentour qu’à évangéliser. Le recours à des mercenaires payés s’est fait plus nombreux, engendrant des tensions avec les chevaliers, jusqu’à leur humiliation dans la forteresse de Marienburg. Le recours à l’impôt pour lever ces mercenaires a suscité une opposition grandissante des sujets de l’Ordre tandis que les intérêts commerciaux des Polonais a entraîné de constantes querelles sur l’accès à la mer Baltique depuis l’intérieur du continent et a poussé aux guerres.

Le schisme protestant a affaibli le pape tandis que la guerre de Trente ans a affaibli l’empereur germanique au profit des nations qui commençaient à émerger dans les pays allemands. L’ordre s’est sécularisé en Prusse orientale devant l’annexion par la Pologne de la Prusse occidentale et le Grand-Maître s’est rallié à la réforme protestante. Au XVIIIe siècle tous les Grands-Maîtres appartiendront à la maison d’Autriche et l’empereur Napoléon Ier a dissout l’ordre en 1808. Il est né à nouveau en 1834 comme institution religieuse et militaire dans les États autrichiens, avant d’être une fois de plus dissous par les nazis en 1938. Il a été autorisé par les puissances occidentales d’occupation après 1945 comme organisation caritative. Aujourd’hui, l’Ordre effectue des actions sanitaires et hospitalières, et assiste les personnes âgées et handicapées.

L’Ordre des chevaliers teutoniques n’a pas été une institution ésotérique, même si certains Grands-Maîtres frayèrent avec la Franc-maçonnerie à l’époque des lumières. Il n’a pas été non plus la pointe avancée du nationalisme germanique comme certains nazis l’ont pensé pour servir leur idéologie, mais a été appelé par les Polonais contre les païens qui les menaçaient au bord de la Baltique.

Au total, l’Ordre teutonique a été original parmi les ordres nés des croisades siècle, bien que moins important que les Templiers et les Hospitaliers. Quiconque effectue un voyage dans les pays baltes se doit de connaître cette histoire qui a fondé l’Etat prussien contre la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie.

Henry Bogdan, Les chevaliers teutoniques, 1995, Tempus Perrin 2002, 227 pages, €8.50

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Russie, éternel colosse aux pieds d’argile

Poutine le génial dirigeant mongol a été défié par Prigogine son cantinier, chef de sa milice d’assaut comme le fut Röhm pour Hitler – avant la Nuit des longs couteaux. Chacun se réjouit de ce théâtre qui montre combien le tigre est de papier et le colosse aux pieds d’argile. Prigogine a renoncé, grande gueule et petits bras, comme trop souvent les extrémistes, qu’on songe à Saddam Hussein, à Donald Trump ou a Eric Zemmour.

Seule la droite conservatrice française, par biais d’ancrage dans ses certitudes « tradi » voit encore la Russie comme une « grande » puissance. Luc Ferry, sur Radio Classique, avoue même tous les lundis sa peur bleue de l’armée russe, aussi « formidable » qu’elle serait selon lui. Elle n’est surtout que nucléaire, pour le reste… Or le nucléaire n’est PAS du domaine des militaires mais de celui des diplomates. Ce sont les politiques qui décident de l’emploi, stratégique ou tactique, et où et quand – pas la défense sur le terrain. Pour le reste, bidasses brimés, méprisés, mal formés, mal équipés, corruption à tous les niveaux des officiers, centralisation absurde dans un pays si étendu, irresponsabilité bureaucratique, chacun attend les ordres de toujours plus haut, logistique déficiente, équipement de base insuffisant. Comment une grande armée aussi formidable a-t-elle pu se débander devant la petite armée du peuple « frère » ukrainien, pourtant accusé du pire crime de la tradition russo-soviétique : le nazisme ?

Le mensonge est consubstantiel au régime, comme il l’a été de tous temps, depuis Ivan dit le Terrible jusqu’à l’« opération spéciale » qu’est l’agression guerrière en Ukraine, en passant par les villages Potemkine, la « démocratie » bolchevique, la « nouvelle politique économique » de Lénine, le « patriotisme » (resté communiste) de Staline, l’avenir radieux de Khrouchtchev via la mise en valeur des terres vierges (en asséchant la mer d’Aral), le faux « libéralisme » d’Eltsine, et les promesses de Poutine. En Russie, ex-URSS, tout le monde ment. Tout le temps. Même « les gens » qui approuvent en apparence, sont en retrait et regardent ailleurs, en attendant de voir. Que les barines se battent entre eux, les moujiks récupéreront les carcasses laissées sur le terrain.

Rien de nouveau sous le soleil. La thèse sur le sujet à la fin des années 1980 reste d’actualité, il suffit de changer les noms.

Poutine est apparu fin 1999 comme Gorbatchev avant lui : en Héros de la décentralisation et de la détente, « Héraclès contre l’Hydre technocratique », un nouveau David qui va combattre le système anarchique. Mais le Dragon reste le dragon : « un crocodile n’apprendra jamais à voler » disait Zinoviev. Les « dinosaures » de l’appareil mafieux, les « proches de Poutine » qui le tiennent et le soutiennent, sont des reptiles désormais archaïques que Prigogine, vaillant Saint-Michel a tenté de combattre avec un certain succès, d’où sa popularité parmi une partie de l’armée – et la prise de Rostov. Il a, dans le mythe, la santé du Bon sauvage qui peut aider la Russie corrompue et avachie par vingt cinq ans de pouvoir poutinien, telle le Phénix, à renaître de ses cendres. Il est sanguin, bon vivant, une « force de la nature », incarnation d’une énergie proprement « russe ».

Poutine a joué trop longtemps l’Apprenti Sorcier, le Savant fou qui manipule les masses à son profit et à celui de son clan mafieux, sans savoir demain qu’elles en seront les conséquences. Il a manqué de faire sauter la cornue et d’incendier le bâtiment lors des événements de ces derniers jours. Le mythe du Savant Fou ouvre la voie à une certaine autonomie possible des particularismes de la société civile par rapport au dirigeant, et des nationalités par rapport à Moscou, comment sinon les « colonnes » Prigojine seraient-elles parvenues à moins de 300 km de Moscou ? Une partie – nationaliste – de la population tout comme une partie – va-t-en guerre – de l’armée et des services de sécurité voient dans Prigojine un héros russe. Cette division risque de transformer la Russie en Colosse aux pieds d’argile, en une nouvelle Babel où, chacun parlant une langue différente, on ne pourra plus construire la Cité idéale – ni affirmer la russité tout court. C’est le rêve des « progressistes » du monde occidental et le souhait de la propagande américaine, en même temps qu’une obscure angoisse des dirigeants monte devant la montée des nationalismes et de la désagrégation des empires…

Il faut se méfier des choses colossales, établies « pour mille ans ». Les lois universelles de la nature se chargent de châtier la démesure. Le colosse de Rhodes, œuvre de Charès de Lindos, n’a pas résisté au tremblement de terre. Pourtant en bronze, il dressait ses 32 mètres sur le port, face à la mer. Un demi-siècle après son achèvement, il était par terre : son socle d’argile n’avait pu résister aux mouvements telluriques. Aujourd’hui, le colosse russe montre ses pieds d’argile : derrière ses fusées et ses bombes, ses colossales réserves en matières premières, il faut voir ses éternelles pénuries ; derrière ses prétentions à la libération de l’homme russe de l’idéologie occidentale (et pas de la femme), ses actions totalitaires ; derrière sa colossale façade idéologique de la Russie tradi, ses divisions particulières et ethniques.

Le géant a faim, il est maladroit, brutal, sa main droite n’obéit pas à sa main gauche, sa tête est vieillie, ses réflexes émoussés, il ne faut pas le prendre pour plus puissant qu’il n’est. Son territoire est immense mais il n’est peuplé que de 145 millions d’habitants, concentrés principalement dans la péninsule européenne en-deça de l’Oural. Ses richesses sont immenses mais mal exploitées faute d’investissements, et ses investissements rendus instables par les oukases du pouvoir. Ses oligarques sont riches mais n’investissent pas dans le pays ni ses infrastructures, se contentant de jouir en Suisse ou sur la Riviera. La propriété n’est pas garantie, les mafias et le pouvoir central disposant de tout.

Prigogine a canné devant Poutine. On dit qu’il ne sera pas poursuivi, ni ses hommes.

S’agit-il d’une entente entre le chef et son milicien pour forcer les trop proches à sentir le vent du boulet après un quart de siècle de règne ? Les ministres et chefs d’état-major incapables sont secoués par le héros de terrain et c’est, vu de Poutine, une bonne chose. Garder deux fers au feu est l’éternelle stratégie des tyrans, habiles à manipuler l’opinion par l’opposition affichée des uns et les autres.

S’agit-il de canaliser la contrainte de la guerre qui exacerbe les forces qu’elle opprime ? Il y a une force terrifiante dans la digue, dans le barrage. L’eau endiguée acquiert une force qu’elle ne possède pas en liberté. Amassée, elle fait tourner les turbines, canalisée en conduites forcées, elle se précipite pour produire l’énergie. Prigogine a été cette force-là, porte-voix des nationalistes. Poutine peut se montrer alors en arbitre à l’intérieur comme à l’international, en modéré qui ne veut pas la mobilisation générale (très impopulaire) tout en poussant la Défense à se remuer l’arrière-train. Il peut reprendre la main pour éviter « la guerre » (qu’il a pourtant déclenchée).

Il sait qu’on ne peut aller indéfiniment contre la volonté des peuples – si tant est que « le peuple » russe ait une quelconque volonté autre que celle d’inertie. Pour le moment, il regarde passer les trains. L’être humain n’est pourtant pas pas un robot pensant ; un jour, dit le mythe, la nature sera plus forte, la tyrannie volera en éclat, le colosse vacillera sous la pression des libertés brimées. Et l’empire, comme tout empire, périra. Devant les aléas de la guerre qui dure et tue malgré les promesses, Prigogine, de mèche ou pas avec Poutine, a donné au régime encore un peu de temps.

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Eva Björg Aegisdottir, Les filles qui mentent

L’Islande est à la mode, peut-être parce qu’il y fait plus frais en été en notre période de réchauffement climatique et de canicules durables à répétition. Peut-être aussi à cause de la mode viking due à la série du même nom (excellente !) et au tropisme identitaire qui saisit les Européens face à la déferlante migratoire trop bronzée. Arnaldur Indridason reste l’auteur de polars inégalé (chroniqué sur ce blog), mais Eva Björg Aegisdottir (fille d’Aegis – le nom du bouclier d’Athéna) se lance. Elle est femme, ce qui devrait encore plus plaire à la mode d’époque… D’ailleurs ce polar a pour objet les filles – et leur principal défaut semble-t-il : le mensonge permanent. Tout le monde ment, tout le monde se veut autrement qu’il n’est, tout le monde réécrit ce qu’il a fait.

Son inspectrice est Elma, 33 ans, ex-enquêtrice de la brigade criminelle de Reykjavik qui revient dans la petite ville d’Akranes où elle a d’ailleurs passé son enfance (comme l’autrice). Tout est donc véridique dans les lieux et les gens. L’Islande est un pays étroit avec peu d’habitants et tout le monde se connaît dans les villages et les petites villes ; il n’y a guère qu’à la capitale que l’on peut retrouver un certain anonymat. Ce qui n’est pas anodin pour notre histoire.

Tout commence évidemment par un cadavre : celui d’une jeune femme découverte dans une faille de lave sur les pentes du volcan (éteint) Grabok, par deux gamins qui jouaient aux sauvages. Ils ont cru voir un gobelin mais ce n’était qu’un corps décomposé depuis quasi un an. On découvrira très vite qu’il s’agit de Marianna, mère célibataire un peu bizarre qui n’a guère aimé son enfant, une fille nommée Hekla qui a désormais 15 ans et qui préfère sa famille d’accueil à Akranes et ses copines de collège Dina et Tinna.

Qui en voulait donc à Marianna ? Les chapitres d’enquête, avec les inévitables problèmes de famille et de collègues pour faire humain, sont entrelacés avec de mystérieux chapitres qui relatent les relations d’une mère avec sa fille, depuis bébé jusqu’à ses 10 ans. Relations guère affectueuses et même carrément toxiques. Allez vous étonner après ça que… Mais aucun prénom n’est donné jusque fort tard dans le livre et le lecteur se sait pas de qui l’on parle. Il croit deviner, et puis pschitt !

Dans un pays aussi petit où la jeunesse n’a guère de loisirs autres que « faire la fête » en éclusant de l’alcool et en baisant à tout va dès la plus jeune adolescence, la rumeur peut enfler d’un coup et briser une vie. Unetelle est une pute trop facile ou Untel est un violeur. Ou briser plusieurs vies – jusque fort tard dans l’existence car il n’est nul lieu où vraiment se refaire une nouvelle vie.

Elma et son collègue Saevar ont pour patron un dénommé Hördur… Cocasse en français – mais ça se prononce oeurdur car le ö est un oeu. Ce n’est pas le seul exotisme, ce qui donne du sel à ces polars nordiques, plongés dans la nuit six mois par an, le frais et la brume tout le temps, avec les stations-services en guise de « dépanneurs » comme disent les Canadiens, les supermarchés locaux où l’on vend de tout, y compris du carburant, mais aussi de l’agneau séché à mettre dans un pain plat pour en faire un met à la Lord Sandwich. Entre autres.

Eva Björg Aegisdottir, Les filles qui mentent, 2019, Points policier 2023, 427 pages, €8,90 e-book Kindle €8,99

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Locmariaquer

Nous revenons à la jetée où nous pique-niquons juste après l’hôtel qui est au bord. Une bande d’ados de 15 ou 16 ans torse nu passe pour se baigner en plongeant directement de la jetée. BCBG en goguette, ils nous saluent et nous souhaitent une bonne route. Le menu n’est pris qu’après l’apéritif de kir au cidre et émietté de thon à la tomate et au basilic de marque Hénaff. Il y a ensuite deux salades, une nordique, saumon et pommes de terre Lidl, et une sucrine champignons, fêta et noix Les goélands sont intéressés mais C., qui fond devant tout animal, se fait rabrouer parce qu’elle attire leur gros bec. Il ne faut pas les encourager.

Le sentier côtier suit le bord de la plage, parfois sous la pinède, parfois dans les ajoncs. Nous marchons même une bonne heure sur le sable, tout au bord de l’eau, ce qui fatigue les mollets. Derrière les lunettes noires, nous pouvons observer les corps étalés des adultes, pas toujours plaisants, les jeux intéressants des petits, les peaux bronzées et le mouvement des muscles sur les poitrines. Un ado chahute avec son père. Il lui lance une balle en dansant devant lui, debout, tous muscles dehors, alors que son géniteur reste allongé sur sa serviette, sans bouger, comme recevant l’hommage de la jeunesse. Un bon tableau psychologique. Les femmes nous observent passer, comparent. Nous formons un groupe bizarre sur la plage, cheminant en sac à dos et grosses chaussures au lieu d’être pieds nus en slip ou en T-shirt comme tout le monde.

Le tumulus de Mané er Hroek (pierre de la vieille – ou de la fée) borde les maisons dans un bois. La fée aurait fait monter une mère qui guettait le retour de son fils unique dans la baie et elle aurait été exaucée. C’est un « tumulus géant » comme celui de Saint-Michel à Carnac. Il fait 100 m de long, 60 m de large et 10 m de haut. L’escalier qui s’enfonce dans le sol et permet de le visiter a été aménagé au XIXe. La chambre est basse de plafond et étroite mais contenait des haches polies en roches des Alpes ou des Pyrénées, des perles en variscite. Aucun os humain n’a été retrouvé, peut-être évacué dans les millénaires ou dissous par le sol acide. Il est classé Monument historique en 1889 après des fouilles de Galles ; il sera refouillé par Le Rouzic. Il a été restauré en 2015 et ouvert au public.

Une chambre funéraire en bord de plage, un dolmen près d’un village, le sentier nous conduit sur le site de Locmariaquer et son aménagement à la Disney habituel. Un petit film pour nous redire ce que l’on sait déjà et c’est directement le site, sans conférence. Le cairn d’Er Grah reconstitué était un parking dans les années 1970. Vers -4500, de très petits cairns ont été érigés, surmontant quelques fosses, et vers -4000, deux extensions au nord et au sud portent la longueur totale du monument à 140 m. Ce n’est qu’en 1991 qu’a débuté la restauration que nous voyons aujourd’hui ; elle reste un tas de cailloux pour les profanes.

Le dolmen dit de la Table des marchands a été construit en -3900 et utilisé jusque vers -2000. La dalle du fond est plus ancienne que le dolmen lui-même. Elle a été conservée à son emplacement d’origine lorsque l’alignement du grand menhir a été détruit. L’entrée de la chambre est basse et le plafond du couloir s’élève peu à peu, comme pour marquer la progression vers le sacré. Des symboles en forme de croissant seraient un rayonnement spirituel divin et les crosses sculptées représenteraient le pouvoir de la divinité. Même le plafond est gravé : une hache emmanchée, une crosse, la partie inférieure d’un bovidé. L’autre partie, nous l’avons approchée ce matin à 4 km de là ; elle recouvre le plafond du dolmen de Gavrinis.

Le grand menhir brisé atteignait 18,5 m au-dessus du sol lorsqu’il était dressé, 21 m au total ; il comprenait 2m50 dans le sol. Il a été taillé dans un granit venu d’ailleurs et pesait 280 tonnes. Il a dû être transporté sur plusieurs kilomètres sans que nous sachions quelle était la technique réelle, en raison de son poids. Une fois dressé, il a été entièrement poli. 18 autres emplacements de menhirs ont été relevés derrière lui, en un ensemble rectiligne détruit vers -4200. Il semble que le menhir n’ait pas été abattu par les hommes mais plus probablement par un séisme car les cassures sont nettes sans traces d’outils, les tremblements de terre étant courants sur ce massif ancien. Il va de soi qu’une telle prouesse architecturale n’a pu être effectuée que dans une société hiérarchique, un peu comme en Égypte antique. Il fallait un chef, des architectes, des maîtres d’œuvre et une main-d’œuvre servile ou volontaire – et probablement une croyance au sens de la construction.

L’archéologue Serge Classen, dans le film, suggère que le transport de ces énormes blocs s’effectuait pour la partie navigable sur des barges, sans pour l’instant que les calculs n’aient été effectués pour savoir si c’était possible sans couler, et par voie de terre sur des pistes graissées car les rondins n’auraient pas suffi à leur poids.

À la sortie, l’inévitable boutique à picole, bijoux celtes, livres pour enfants, chants bretons, T-shirts et casquettes estampillés. Quelques livres sérieux sur la préhistoire et le néolithique du site permettent à la culture de subsister.

Sur le parking, reviennent du tennis tout proche quatre ou cinq gamins accompagnés de grandes sœurs. Ils sont tous en débardeur bleu marine numérotés, sauf un qui l’a ôté. Il se la joue déjà viril à 11 ans, c’en est touchant. Une jeune fille autour de 18 ans androgyne, passe devant nous, ses petits seins à peine marqués sous le T-shirt porté sans soutien-gorge. Avec son short de jean coupé et ses cheveux coiffés garçon mais un peu long, elle a l’air d’un ado effarouché.

Nous retournons à l’hôtel juste après 18 h, ce qui est à peine suffisant pour une douche et se retourner. Nous avons en effet rendez-vous à la crêperie de la Pompe dans le bourg à 19 heures tapantes. Le menu est composé de trois crêpes au beurre salé, un menu plutôt lourd, bien que touristique et breton. La première est simple avec une salade verte, la seconde complète avec jambon, œuf et tomate, la dernière en dessert avec du caramel au beurre salé. Nous buvons du cidre, le brut de Carnac pour les hommes et le doux en bouteille pour les femmes (c’est leur choix).

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Gavrinis

Nous avons une demi-heure de taxi depuis l’hôtel pour joindre le bourg de Locmariaquer d’où nous prendrons une navette pour l’îlot de Gavrinis. Nous en n’aurons autant le soir au retour. Le bateau à moteur pour Gavrinis et son tumulus ne comprend pas seulement notre groupe mais aussi plusieurs autres touristes.

Nous accueille un jeune Clément, étudiant en Master d’anthropologie à Toulouse, venu faire ici de petits boulots. Son sujet était les rites funéraires bouddhistes au Vietnam mais le Covid et l’absence de bourse l’ont empêché de le poursuivre. Il s’est replié sur un sujet français, la comparaison des rites funéraires et des croyances en l’au-delà. Il est gentil, Clément, un peu timide et délicat d’expression.

Le tumulus de Gavrinis comprenait une chambre funéraire en forme de dolmen à couloir destinée à un personnage important, recouverte de pierres et de terre de façon à former un tertre visible de loin, marquant la puissance du personnage dans le paysage. Si la chambre fait environ 2m50 sur 2m50, le couloir de 13m10 est très long, supporté par 23 dalles support dont la plupart complètement ornées. Une hache pendeloque votive en jadéite a été découverte ici, désormais au musée de Carnac.

Le niveau de la mer était 8 m plus bas qu’aujourd’hui et le climat moins propice à l’éclosion d’arbres de grande hauteur. Ce genre de tumulus était donc visible à la ronde et marquait le pays et la société de son empreinte. L’îlot d’er Lanic, situé en face de Gavrinis, montre un hémicycle de monolithes dont une partie se trouve sous l’eau aujourd’hui. La mer, qui remontait lentement depuis -11000 ans aurait brutalement remonté lors de tempêtes, ce qui aurait cassé vers -4300 la civilisation prospère de Carnac fondée sur l’extraction et le commerce du sel.

Deux haches en jade trouvées dans la baie de Morlaix par un gamin et son père, plantées verticalement sur le rivage d’époque, montrent peut-être la fonction de limite symbolique opposées à la montée des eaux ; mais leur pouvoir sacré n’a pas agi. Les élites auraient dépéri et le système de signes qui formaient une pré-écriture comme dans l’Egypte antique, allant jusqu’à essaimer dans le massif de Fontainebleau selon Serge Cassens, n’aurait pas abouti. Peu à peu, les grands tertres tumulaires ont laissé la place à des allées couvertes, puis à de simples dolmens, montrant la moindre importance des rois mages et une certaine égalisation sociale faute de richesse échangeable.

Le principal attrait de Gavrinis est ses dalles gravées du couloir et de la chambre. L’archéologie expérimentale a montré que la gravure était un artisanat spécialisé. Il fallait préparer la surface du granit au percuteur de quartz avant de graver par percussion indirecte. Pour 1 cm de gravure, il faut à peu près 2 mn de travail, c’est dire le nombre d’heures qu’a nécessité la gravure sur les dalles de Gavrinis ! Nous pouvons voir la sinuosité des vagues et les tourbillons des courants, le serpentin des rivières, et sur la dalle L6 (6ème gauche) un arc, un carquois et des flèches, l’eau calme ondulée, les barges chargées d’homme accolées en miroir comme une porte vers l’autre monde. Il y avait les deux rivières d’aujourd’hui, celle venue d’Auray et celle venue de Vannes qui empêchaient les transports purement par la terre : le transport par grandes barges était donc probable. Mais sont gravées aussi des haches, un arc, des pointes de flèche. Tout est rempli comme par horreur du vide, ce trou noir inhumain qui caractérise la mort.

Des troncs de bois creusés en forme de pirogue monoxyles sont disposés le long du sentier menant à la jetée. Ils sont une reconstitution d’archéologie expérimentale des barques du néolithique.

La dalle la plus grosse qui couvre la chambre est un réemploi d’un menhir brisé de Locmariaquer. Sa face cachée, visible par un puits creusé depuis le sommet (réservé aux archéologues) comprend une partie d’une gravure qui subsiste à plusieurs kilomètres de là sur une stèle de couverture de la Table des marchands réemployée à Locmariaquer. Le style ne convenait pas aux nouveaux tombeaux. La stèle reconstituée montre un ovin et un bovin tournés vers la gauche, tout comme la hache emmanchée, et un cachalot tourné vers la droite, comme s’il fallait séparer symboliquement le monde terrestre des humains et celui infini de la mer.

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La Trinité-sur-Mer

Après avoir largué A. qui rentre en bus pour cause de grande fatigue, nous passons le pont de Kerisper sur la rivière de Crach, construit en 1956. Auparavant, seuls les passeurs permettaient d’aller d’une rive à l’autre des marais de Kerdual. Nous pouvons voir depuis le tablier du pont le port de plaisance de la Trinité-sur-Mer et ses innombrables bateaux, voiliers, multicoques et promène-couillons à moteur. Des navigateurs célèbres en font leur port d’attache comme aujourd’hui Thomas Coville ou Francis Joyon. Nous traversons le port et les stands montés pour les courses et distractions de l’été. Beaucoup de frime et de bronzage étalés.

Nous quittons ce fracas pour gagner le chemin aménagé dit « sentier des douaniers ». Sur 8 kilomètres, il mène de criques en plages jusqu’à la Pointe de Kerbihan et les plages de la baie de Quiberon. Nous sommes toujours sur le GR 34. Des baigneurs sont régulièrement rencontrés, échoués sur les bords sableux ou rocheux avec leur serviette, mais ils ne sont pas serrés.

La marée descend et un kid de 8 ans, pieds nus mais dûment shorté, T-shirté, casquetté et lunetté, court jouer ici ou là avec l’un ou l’autre de son âge, fouillant les rochers à la recherche de crabes ou grimpant aux échelles de corde installée en aire de jeu. Ses parents discutent, se posent un moment puis repartent, laissant le gamin se débrouiller à les rejoindre ou non. Il reste en face de nous un moment et commence à jouer aux agrès mais ses parents partent sur le sentier. Il doit les suivre, ce qu’il ne fait qu’avec retard et réticence. Dommage, son copain vigoureux dans les agrès du bord de plage venait d’ôter son T-shirt pour faire des exercices et l’inciter à l’imiter.

Nous pique-niquons sous les pins maritimes au bord d’une villa en reconstruction dont les camions et engins commencent à retravailler après la pause. Nous sommes en bord de plage mais à l’ombre, sur des tables et des bancs aménagés par la commune. Cette fois, apéritif de muscadet au cassis (pour ceux qui aiment) ou nature pour moi, avec des petits artichauts confit italiens et des chips bretonnes de sarrasin. Nous avons ensuite de la salade de chou Lidl aux dés de jambon cru et de fromage, du porc confit, du « camembert » breton (vraiment sans goût) et des pommes (très acides).

Nous poursuivons le sentier des plages. Quelques beaux corps de filles, d’adolescents et de gamins. Les petits sont toujours attendrissants à bâtir des châteaux de sable contre la mer, les fillettes étant les plus obstinées. Pour les garçons surtout, la sensation de la peau contre le soleil, l’eau, le sable, le vent, est une véritable sensualité présexuelle. Ils aiment à se frotter à la grève, à leurs copains, au papa. Ils sont libres à la plage, libres de leur corps et d’explorer toute la gamme de leurs sensations. Avant de monter rejoindre le sentier depuis le sable où nous marchions, juste avant la digue de Kerdual, un jeune Allemand blond d’or bruni de 13 ou 14 ans surgit, magnifique, un vrai prince Éric. Il est l’aîné d’une portée de petits blonds allemands dont le bronzage n’est pas encore égal au sien. Nous sommes plusieurs à envier son papa d’avoir créé cette merveille.

Nous passons devant les salines en face de la plage de Kervillen. Ces marais salants délaissés durant un demi-siècle ont été rénovés en 2010. Des tas de sel blancs font autant de pyramides sur le fond glauque. Des gravettes, avocettes, canards tadornes et autres bécasseaux s’ébattent dans l’eau stagnante et sur les rives herbues.

Suit une pinède de Monterey, pin californien à trois aiguilles au lieu de deux, qui mène à un parking d’où viennent régulièrement papys et mamies avec gamins. Sur un tronc abattu, la pause permet une discussion vive à l’ombre sur les chasseurs-cueilleurs en quête de bouffe et les néolithiques devenus propriétaires. C. cite même Rousseau dans le texte, le Discours sur l’inégalité concernant la propriété. Mais il y a l’éternelle confusion des faux savants entre l’espérance de vie et l’âge moyen au décès, le matriarcat et la matrilinéarité, le désir de croire plutôt que de vérifier. Je renonce, il suffit de regarder sur Wikipédia ou autres sites reconnus. Ce n’est pas parce que l’on désire y croire que c’est attesté dans les faits. Le pouvoir des femmes (matriarcat) qui reste un mythe, est différent de l’héritage par les femmes (système matrilinéaire) qui est attesté.

Double navette jusqu’à l’hôtel, l’une jusqu’à l’office du tourisme de la plage, l’autre jusqu’à l’office de tourisme du bourg. Quatre filles restent à la plage, quatre autres rentrent à l’hôtel, comme moi. Il est presque 18 h. Cette journée plage nous a flapis, par excès de chaleur plus que par la marche sans doute.

Au dîner à l’hôtel, le dernier du séjour, nous avons quatre huîtres en entrée (pas six !), un filet de bar beurre nantais avec ses petits choux-fleurs, champignons, et tomate en dés, et une crème brûlée. En général, les repas sont bons à l’hôtel, même si le cuisinier, le grand Noir que nous avons rencontré dans le hall, met souvent trop de sauce.

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Saint-Philibert

Nous prenons le taxi jusqu’à Saint Philibert après le petit déjeuner de huit heures et la répartition du pique-nique. Nous visitons la chapelle Saint Philibert qui se nomme en vrai Notre-Dame de la Nativité. Elle est construite au bord de l’eau en 1648 sur le modèle d’une maison de pêcheur, sur la rive du Ster.

Une petite fontaine aux bêtes la flanque dès 1649. Comme beaucoup de chapelles, le plafond de la nef est recouvert d’une boiserie en forme de coque de bateau, peinte en bleu de mer et ornée d’étoiles.

Est notable un retable. Il est du XVIIIe siècle, un tableau romantique dans la partie centrale représente Saint Philibert débarquant dans l’anse du Ster sur une auge de pierre, brandissant la croix d’une main et la crosse de l’autre – pas vraiment bienveillant. Les caraques venues d’Angleterre et d’Irlande étaient chargées de pierres comme lest mais elles différaient des pierres de Bretagne d’où l’assimilation du bateau à la roche étrangère. Les vitraux évoquent les activités agricoles et ostréicoles du village.

Dans la nef sont suspendus des ex-voto de navires à voiles, y compris un catamaran récent, pour implorer la protection su saint lieu. Une statue de Sainte-Anne et de la Vierge enfant est érigée à droite du cœur ; c’est assez rare.

Philibert le saint venait de Gascogne. Élevé à la cour de Dagobert 1er (celui qui mettait sa culotte à l’envers), il se fit moine à 20 ans puis devint abbé avant de fonder des monastères selon la règle de saint Benoît, sur le modèle de saint Colomban. Il a fondé l’abbaye de Jumièges puis celle de Noirmoutier. Il est mort en 684 à 76 ans.

La rivière de Saint Philibert mène jusqu’à Auray. Nous la suivons jusqu’à la pointe de Kerpenhir. Il s’agit d’une ria, ses rives ont été creusées par les marées. Les vasières se découvrent à marée basse. Le GR 34 suit la plage bordée de pins d’un côté et les villas chic en bordure de l’autre. Le libre passage a été âprement négocié, beaucoup de riches en résidences secondaires refusant la promiscuité. Ils représentent plus de la moitié de la population du lieu. Nous voyons en effet des familles se prélasser, les ados déjà grands marquant la réussite sociale du père qui a les moyens de louer la maison.

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