Les chariots de feu de Hugh Hudson

Un film engagé, à la gloire du sport olympique qui transcende les préjugés. Eric Liddell (Ian Charleson), croyant presbytérien écossais fervent court pour la gloire de Dieu, et Harold Abrahams (Ben Cross), juif anglais non pratiquant, court pour surmonter les préjugés. Le titre du film est inspiré d’un poème de William Blake, And Did Those feet in Ancient Time. Mis en musique par Charles Hubert Hastings Parry en 1916 dans son hymne Jerusalem, il est devenu chanson légendaire de la culture anglaise, un hymne patriotique utilisé pendant les guerres. L’histoire s’inspire librement de l’histoire de deux athlètes britanniques concourant aux Jeux olympiques d’été de Paris 1924, Harold Abrahams et Eric Liddell.

Tout commence dans la cour du collège de Cambridge, en 1919, lorsqu’Abrahams entre à l’université et se retrouve en butte à l’antisémitisme larvé du personnel. Il veut prouver qu’il est anglais comme les autres, et que les valeurs du collège sont les siennes. Même s’il ne chante pas à la chapelle, n’étant pas chrétien, il participe aux activités multiples : il joue du piano dans le groupe Gilbert & Sullivan, s’est inscrit au groupe d’athlétisme.

Il veut surtout réussir la course de la cour de la Trinité, épreuve que nul n’a réussi « depuis 700 ans », dit-on (faute d’avoir essayé ?). Il s’agit de courir autour de la cour de Trinity College dans le temps qu’il faut à l’horloge pour frapper les douze coups de midi. Départ au premier coup, arrivée obligatoire avant le dernier coup. Par esprit de solidarité, un élève, Lord Lindsay, se joint à lui, mais Abraham gagne haut la main. Il est désormais populaire parmi les étudiants et surveillé de près par la direction.

Les professeurs à la tête du collège sont conservateurs des valeurs britanniques et voient d’un œil à la fois intéressé (pour la réputation de l’école) et inquiet (pour la transgression des valeurs) l’étoile d’Abraham monter. Ils le convoquent et le lui disent, le sport pour l’esprit d’équipe oui, la compétition pour gagner « à tout prix », non. Or Abraham s’est adjoint un entraîneur professionnel pour améliorer sa foulée, faisant du sport non plus en « amateur » comme les autres élèves, mais comme une « affaire » – ce qui marque bien son caractère « juif ». Mais cet antisémitisme épidermique ne va pas sans reconnaître l’élite juive : « vous êtes Lévite », dit le principal de Trinity College (John Gielgud), cela vous engage. Les Lévites sont une tribu exclusivement vouée au service de Yahweh, mise à part des autres par Lui. Une sorte de noblesse héréditaire, en somme. Abraham doit lui faire honneur, même si son père est tombé dans « la finance ».

Ils lui opposent l’autre champion d’athlétisme du collège, Eric Liddell, écossais né en Chine de parents missionnaires, et voué à poursuivre leur œuvre une fois ses études à Cambridge terminées. Son grand frère et son petit frère l’encouragent ; sa sœur Jennie (Cheryl Campbell) est trop dévote, dans le sens rituel, pour l’approuver. Elle déclare que cela le détourne du Seigneur et de sa mission. Eric lui rétorque qu’il a été créé « rapide » par Dieu lui-même, et qu’il « sent son plaisir » lorsqu’il court. Ce sont en fait les endorphines dégagée par l’effort qui donnent ce sentiment d’euphorie – mais pour un croyant, tout vient de Dieu, même le plaisir qu’il donne « naturellement ».

La première fois qu’ils courent dans une compétition, Liddell bat Abrahams. Celui-ci le prend mal et se désespère d’un jour s’imposer, mais il rencontre Sam Mussabini (Ian Holm), entraîneur professionnel « mi-italien, mi-arabe », dira-t-il au principal du College pour le provoquer. Abrahams s’améliore et Liddell continue à courir jusqu’à ce qu’ils soient tous deux sélectionnés pour représenter le Royaume-Uni aux Jeux de Paris 1924.

Mais Liddell découvre que la compétition du 100 mètres aura lieu un dimanche. Impossible de violer le repos exigé le jour du Seigneur, et il refuse de participer. Sa foi est intransigeante et ses principes doivent être respectés. C’est alors la réunion au sommet du Comité olympique britannique et du prince de Galles (David Yelland) futur Edouard VIII qui abdiquera en 1936. Une solution amiable est trouvée par Lord Andrew Lindsay (Nigel Havers) qui a remporté une médaille d’argent aux 400 mètres haies. Il propose d’intervertir sa place avec Liddell dans la course du 400 mètres le jeudi suivant. Il accepte avec gratitude ce compromis qui met tout le monde d’accord. Cette controverse de principes entre la religion et le sport font les gros titres des journaux. Liddell prononce un sermon à l’église d’Écosse à Paris ce dimanche-là, en citant d’Isaïe 40 : « toutes les nations avant Lui ne sont rien »…

Abrahams a été battu au 200 mètres par les coureurs américains, mais remporte brillamment le 100 mètres. Liddell l’emporte au 400 mètres. Le Royaume-Uni revient triomphant en athlétisme avec ses deux médailles d’or. Les deux garçons, le blond et le brun, diffèrent par leurs valeurs, leurs modes de vie, leurs croyances et leurs comportements, mais concourent chacun à la gloire du collège et de la patrie. Après cet exploit donné au monde par leur courage et leur engagement, ils peuvent retrouver leur vie courante, la petite amie Sybil (Alice Krige) pour Abrahams, qu’il va épouser, et son travail missionnaire en Chine pour Liddell, jusqu’à sa mort à la fin de la Seconde guerre mondiale dans la Chine occupé par les Japonais.

La musique de Vangélis au synthétiseur et piano donnent au film une dimension parfois mystique, rythmant par exemple les foulées des jeunes coureurs pieds nus à l’entraînement en bord de mer, et justifiant le sourire béat des exaltés de l’espoir.

Meilleur film et meilleurs costumes pour Milena Canonero aux British Academy Film Awards 1982

Meilleur film en langue étrangère aux Golden Globes 1982

Meilleur film, meilleur scénario original pour Colin Welland, meilleure musique pour Vangélis et meilleurs costumes pour Milena Canonero aux Oscars 1982

DVD Les Chariots de feu (Chariots of Fire), Hugh Hudson, 1981, avec Ben Cross, Ian Charleson, Patrick Magee (I), Nicholas Farrell, Nigel Havers, 20th Century Fox 2000, doublé anglais, français, 2h03, €9,50

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L’obstinée animalité en nous, dit Alain

Un jour d’avril 1909, le philosophe allant visiter un zoo s’est retrouvé sous l’orage. « Il y eut une déroute de nourrices et l’odeur de la pluie se mêla à l’odeur des fauves », dit-il joliment. Et de méditer sur ce qu’il a vu.

C’est la puissance des bêtes analogue à celle de la nature. Chacun suit sa voie tel qu’il est conçu. « Vous avez remarqué combien tous ces êtres sont puissants, définis et fermés. Bien loin de donner l’idée de quelque chose d’imparfait et d’esquissé, et comme d’une humanité manquée, tout au contraire ils affirment leur type, et s’y reposent. » Ils sont tels que Nature les a faits et sont contents de l’être. « Chacun d’eux se borne à lui-même, et n’annonce aucune autre volonté que la volonté de durer tels qu’ils sont et de se reproduire tels qu’ils sont. » La sélection naturelle les a affinés pour être adaptés à leur milieu et ils s’y coulent parfaitement, comme s’ils avaient été créés d’un coup pour le milieu actuel.

Ces animaux en pleine possession de leur être nous montrent – et nous rappellent – l’animalité de l’homme. « Il y a une pensée animale, et un animal contentement de soi dont les bêtes sont comme les statues vivantes. » Nous, humains, ne sommes pas différents des bêtes. Nous le voyons au zoo, nous l’observons dans la rue. Si l’on y réfléchit bien : « Combien de mouflons barbus à figure humaine, et combien d’obstinés chevaux et chameaux parmi nous, un peu gracieux et poètes dans leur première jeunesse, mais bientôt pétrifiés, définis pour eux mêmes, et les yeux fixés désormais sur leur pâture, et remâchant toujours le même refrain ; sûrs d’eux-mêmes, sourds aux autres, et suivant leur route, toutes leurs pensées ramassées sur leurs joies et leurs douleurs. » La sélection éducative les a affinés pour être adaptés à leur milieu social et ils s’y coulent parfaitement, comme s’ils avaient été créés d’un coup pour ce milieu social. On ne se refait pas, dit-on.

Seuls les rebelles regimbent. Mais ils ne sont pas la majorité, et c’est heureux, sinon comme faire société ? La rébellion est une étape de la vie, en général à l’adolescence. Certains rebelles sociaux manifestent du génie, et c’est heureux, mais ils sont rares, et c’est heureux aussi, car comment assurer la vie quotidienne et l’élevage des enfants avec des génies ?

Mais, à la différence des animaux, les êtres humains ont une conscience; ils sont donc « libres » dans les limites de leur biologie, de leur entourage, de leur éducation et de leur culture, de leur nation et de leur religion. Mais il n’y a guère que le biologique que l’on ne peut pas changer. Certains s’y essaient en changeant de « sexe », mais c’est un sexe social, les hommes trans ne porteront pas d’enfants, pas plus que les femmes trans ne transmettront du sperme. Pour Sartre, dans La nausée, écrit en 1938, « « le salaud est celui qui, pour justifier son existence, feint d’ignorer la liberté et la contingence qui le caractérisent essentiellement en tant qu’homme », montre-t-il dans La Nausée (1938). C’est « le garçon de café » qui joue un rôle social, avec sérieux et « mauvaise foi ». Il s’invente une identité d’essence, pour s’exonérer du prix de sa liberté que sont ses responsabilités et son angoisse. L’animal « est », enfermé dans une nature, programmé par un code immuable, alors que l’homme « devient ». Il est un être perfectible, plastique, relativement autonome, produit d’une histoire et promis à un futur qu’il lui appartient de choisir à chaque pas.

La nature reflète ses lois ; les animaux reflètent les humains. Ne soyons pas animaux mais soyons hommes. Pour cela, bien observer les bêtes pour ne pas l’être. D’où cette maxime de sagesse énoncée par le philosophe : « Me penser moi-même le moins possible, et penser toutes choses. » Mieux vaut en effet observer autour de soi et en tirer des leçons plutôt que de se contenter de se regarder soi pour se croire exemplaire de l’espèce en général.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Île d’Ortigia à Syracuse 2

Devant le Duomo, le palais est du XVe rénové au XVIIIe siècle. La cathédrale est l’ancien temple d’Athéna aux colonnes reprises et leurs intervalles murés au VIIe siècle e notre ère. En 1754, Andrea Palma a ajouté une grande façade baroque pleine de mouvement. La nef centrale est l’ancien naos percé de huit grandes arcades de chaque côté. Les colonnes du périptère furent comblées pour faire les murs extérieurs. En 1518, un plafond de bois fut ajouté sur la nef. Nous sommes dimanche et un office interminable se déroule à l’intérieur, bien après midi juste. Nous ne pouvons nous y attarder. Des ados attendent à l’extérieur, assis sur les marches, consultant leurs smartphones ;

A un carrefour près du Lungomare, la source dite d’Aréthuse. Cette nymphe d’Artémis, pour Ovide (Métamorphoses, 4, 494), est aimée par Alphée, le dieu-fleuve. La voyant se baigner nue, il s’éprit de son corps juvénile et la poursuivit, métamorphosé en chasseur. Diane changea Aréthuse en une source souterraine qui jaillit à Ortygie. De l’eau douce y coule encore. La présence d’une source d’eau douce jaillissant au niveau de la mer est un phénomène géologique.

Nous déjeunons libre à cinq à la Trattoria Kalliope avec l’infirmière Mirande et son mari Eloi, et le couple de prof. Ils parlent de leurs voyages, ils en font un grand par an et deux petits depuis des années. Qui dit encore que les profs ne sont pas assez payés ? Je prends une tranche d’espadon sauce au fenouil et menthe, olives noires et câpres. C’est très bon. L’espadon est mariné au citron et à l’huile d’olive avant d’être frit sous le grill, puis arrosé de sa sauce. On le prépare parfois avec une compotée de tomate, poivron et piment, avec toujours des câpres et des olives noires. Deux petites chattes à qui je donne les peaux de poisson me sont très amicales.

Nous avons rendez-vous à 15 heures pour reprendre le bus, direction Neapolis, le quartier neuf antique où sont les carrières.

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Jean-François Deniau, Tadjoura

Décevant ! Jean-François Deniau a beau être aventurier et ancien ministre, élu à l’Académie française, conteur hors pair, il ne parvient pas à faire décoller son « roman ». Car si tous les récits des douze mois sont vrais, ils ont été transposés pour masquer les véritables protagonistes ; Notons que l’un d’eux a été carrément « inspiré » du récit Le Caïd de Loup Durand, paru quinze ans avant.

Douze aventuriers amis réunis en cercle une fois par mois aiment à se raconter leurs aventures passées. Ils ne sont plus de première jeunesse et, s’ils sont tous des hommes, ils songent à introduire une femme – une journaliste baroudeuse, passée par l’Élysée comme conseillère de Mitterrand. Le principe consiste à ne raconter qu’ « une histoire extraordinaire, exemplaire et vraie ». De quoi célébrer l’héroïsme – qui se perd – l’intrépidité, le courage, le service à la patrie.

Une histoire d’amour va surgir, qui finira mal.

Si les récits d’aventures sont captivants, la sauce qui les mêle est décevante. Trop long, trop décousu, peu crédible. L’humanisme est de mise, mais bien fatigué.

Un livre qu’on lit comme on lirait des récits séparés dans les revues, mais qu’on ne relit pas en volume.

Jean-François Deniau, TadjouraLe cercle des Douze mois, 1999, Livre de poche 2001, 288 pages, €4,17

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Île d’Ortigia à Syracuse 1

Notre hôtel est bâti au-dessus des latomies, ces carrières antiques, dans un parc isolé de la rue. Il est très calme, au luxe aristocratique 19e mais avec l’air conditionné en plus et une piscine. Mirande et son mari ont été nager une demi-heure hier soir.

Je lis Les Désarçonnés de Pascal Quignard, trouvé à l’hôtel de Raguse et échangé contre un mauvais Ludlum. Pour lui, tous ceux qui ont fait une chute grave, de cheval pour la plupart, sont nés à nouveau, comme neufs. Ils voient la vie autrement. Le style est aride et pourtant assez prenant. Il y a des fulgurances, des chocs d’événements, d’images et de mots.

Le bus nous emmène sur l’île d’Ortigia, une presqu’île devenue île par le percement d’un canal pour relier les deux petits ports antiques. Cette île est la ville grecque originaire, bâtie en 734 avant par les Corinthiens.

Piazza Pancali, dans l’axe du port, le temple d’Apollon du VIe siècle est devenu église byzantine puis mosquée musulmane et basilique normande ; il n’en reste que des vestiges. Des gens déguisés reviennent de quelque part, peut-être des acteurs de film ; c’est assez cocasse.

Le corso Matteotti, du nom d’un résistant au fascisme, conduit à la piazza Archimède, du nom d’un célèbre inventeur grec qui mourut ici en 212. Perdu dans ses calculs, il n’avait pas répondu à un centurion romain qui, impatient et direct, lui a passé son épée au travers du corps. Place Archimède, la fontaine représente Artémis portant l’arc, entourée d’une famille de tritons, un couple et trois enfants, un garçon, une fille et un bébé ; tous ruissellent fraîchement sous le soleil du climat réchauffé d’octobre. Autour de la place, des palais de banque, celle d’Italie, celle de Sicile.

Au musée Bellomo, galerie régionale, le nom de peintre le plus représenté sur les étiquettes est Ignoto. Il semble l’auteur de la majeure partie des œuvres de la Renaissance. Mais « ignoto » veut tout simplement dire inconnu en italien. le guide nous compte avec humour cette anecdote de touristes ignorant.

Une Annonciation d’Antonio da Messina, peinte en 1474 a été abîmée par le tremblement de terre mais reste terriblement vivante. Deux colombes fusent vers la Vierge depuis la fenêtre, laissant derrière elles un trait de feu. Comme si le message venait directement du ciel et non pas de l’archange Gabriel qui se tient face à elle. La plus avancée des colombes est blanche, celle qui la suit de près est noire. Est-ce le symbole de la vie qui va naître, puis de la mort programmée de Jésus ?

Un gisant de chevalier en marbre sur des drapés exquis trône dans un couloir, celui de Giovanni Cabastida de Barcelone, 1472. Une scène de peste réalisée en céroplastie du XVIIe siècle baroque.

Nous visitons à pied la ville. Place de la cathédrale, un petit garçon blond coiffé en casque fait tomber sa boule de glace au chocolat par terre ; il en est tout marri. Son père le prend dans ses bras pour lui en acheter une autre.

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Comprendre l’emboîtement des choses, dit Alain

Il fait chaud, il fait froid, la nature nous semble hostile alors qu’elle n’est qu’indifférente. Le soleil donne, les orages grondent, l’air froid descend malgré le ciel pur, le rhume vient : les choses s’emboîtent et s’ajustent naturellement, sans aucune intention. Toutes les saisons, toutes leurs causes et conséquences sont « justes et raisonnables », dit Alain. Ou plus exactement « toutes ces forces sont d’aveugles brutes ».

Mais c’est penser en être humain. La nature ne pense pas, elle se déploie. Et il n’y a point de dieux – ou alors qui laissent se dérouler les choses, en suprême indifférence.

Fort heureusement, songe le philosophe. « Si je constatais quelque caprice des dieux, comment pourrais-je vivre après cela ? Ce qui me rassure, c’est cet ajustage parfait, cet emboîtement de toutes choses, ces chaînes entrelacées des biens et des maux ». La liberté s’établit sur la machine ; les choses sont, poursuivent aveuglément leur mécanisme comme la montre tictaque et donne toujours l’heure, et nous les humains comptons là-dessus pour nous y acclimater. Rien de pire que le caprice : on ne peut plus rien prévoir, se protéger, s’adapter – et alors vient la crainte, le repli sur soi.

Les tyrans – et Trompe aujourd’hui – jouent de cet effet psychologique pour imposer leur bon vouloir, leurs caprices de satrapes. Alain ne parle pas de politique dans ce Propos, mais la nature y mène, puisque la nature humaine en fait partie.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Musée archéologique Paolo Orsi de Syracuse

Nous marchons sur les trottoirs de marbre des rues en damier pour trouver le musée archéologique, sis dans la villa Landolina.

De nombreuses salles sont consacrées à l’histoire de la ville et de la région, de l’époque néolithique jusqu’aux Grecs. Il y a pléthore de vitrines de tessons, quelques panneaux explicatifs pour agrémenter. Le site de Castelluccio, la culture de Thapsos avec ses grandes jarres funéraires, la culture de Pantalica fin de l’âge du bronze, la tombe du bronze de Madonna del Piano, les spirales de pectoraux de San Cataldo, puis la colonisation des cités grecques dès le VIIIe siècle avant. Syracuse est la ville grecque la plus importante de l’île, plus qu’Athènes elle-même à son apogée.

La céramique polychrome de Megara Hyblaea, importée puis produite localement, montre des chevaux, des frises de bouquetins, des oiseaux. Quelques statues de kouros du VIe siècle ionien, de très jeunes hommes pubertaires, et d’athlètes adultes, une déesse allaitant du VIe, peut-être une Mère sicule à laquelle on vouait un culte. Une stèle funéraire d’un jeune garçon nu près d’une figure féminine drapée, de la première moitié du IVe est émouvante.

Sont exposés encore des statuettes féminines en terre cuite de style Tanagra provenant de la cité grecque et sicule de Terravecchia (VIe et Ve siècle avant), des vases peints, des armes en bronze du VIIIe siècle de la cache d’Adrano, un petit éphèbe en bronze du Ve, une Méduse de Naxos en terre cuite de la première moitié du Ve. Des vases ossuaires après crémation sont ornés de scènes de guerriers ou de banquets. Une maquette du temple d’Apollon, bâti vers 560 avant, avec ses 6 et 17 colonnes monolithes est reconstituée.

Un dépôt votif aux nymphes a été découvert en 1934 à l’embouchure de la rivière Palma in Contrada Tumazzo. Il contenait des statuettes votives en bois, bien conservées par le milieu anaérobie, des figurines et des poteries de terre cuite. Les trois figures femelles en bois, dressées rigides, sont vêtues d’un péplum dorique et coiffées d’un polos. Elles sont datés de la fin du VIIe ou de la première partie du VIe siècle avant.

Nous ne verrons pas la Vénus Landolina, anadyomène, dont Maupassant a célébré au printemps 1885 les charmes avec un érotisme torride :« la fameuse femelle de marbre », comme il dit, « on la rêve couchée en la voyant debout ». La salle était fermée pour restauration.

Notre hôtel est la Villa Politi, via Maria Politi Laudien, naturellement quatre étoiles. Churchill y aurait séjourné et très bien dormi, selon le ragot colporté par le guide. Le dîner est à 19h30 dans l’hôtel et le menu est un risotto au fenouil, un filet de bar pané aux pommes de terre avec épinards acidulés, et une salade de fruits. Le vin nous est offert car notre horaire a été changé de même que la salle, réservée par un congrès médical.

J’apprends que Jim a passé son bac en 1967. Il est à la retraite depuis bien longtemps, d’autant qu’il avait le droit de partir à l’époque à 60 ans. Quant à Mirande, cela fait plus de dix ans qu’elle est à la retraite, avec deux enfants. Ce couple passe de belles années à voyager et à se gaver de loisirs, en n’ayant travaillé que 37 ans. Cela paraît privilégié aujourd’hui mais c’était la norme à l’époque – pas si lointaine – où les baby-boomers n’étaient pas arrivés encore en masse à l’âge de se retirer.

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Casino Royale de Martin Campbell

Un (long) film d’action, le 21ème James Bond d’EON Productions, incarné pour la première fois par Daniel Craig après que Pierre Brosnan ait été débarqué car trop vieux (50 ans). Il est inspiré du roman de Ian Fleming, publié au Royaume-Uni en 1953. James vient d’obtenir de son employeur le MI6 le fameux statut 00, qui permet de tuer en exécutant à Prague un traître du service à la tête de l’antenne. C’est ce qu’expose le pré-générique en noir et blanc. Après le générique dynamique, coloré et musical à l’anglaise, le film est en couleurs. Il commence par une course poursuite haletante d’un terroriste noir à Madagascar (Sébastien Foucan, fondateur du freerun), de bidonvilles en chantiers, crevant des murs de carton et escaladant des grues. James Bond (Daniel Craig, 38 ans) finit dans l’ambassade africaine du Nambutu (pays imaginaire), fonçant derrière le Noir et finissant, devant les fusils braqués sur lui, par le descendre et par faire exploser la réserve de gaz dans la cour tout en lui piquant son sac.

Après cet exploit de scandale, il est mis au vert. II s’est introduit chez M, la chef du MI6 (Judi Dench), pour consulter l’origine d’un message mystérieux, « Ellipsis », laissé sur le téléphone du Noir qu’il a abattu. Une ellipse est une courbe plane convexe fermée, mais aussi une omission d’un mot. Le message provient de l’hôtel Ocean Club sur Paradise Island, à Nassau. De quoi poursuivre sa mission : l’origine est un certain Dimitrios (Simon Abkarian), possesseur d’une superbe Aston Martin ancien modèle, le DB5, que Bond identifie grâce à la caméra de surveillance de l’hôtel, aux heures et date du message.

Selon la fiche du MI6, le financier du terrorisme international surnommé le Chiffre (Mads Mikkelsen) serait un Albanais joueur au casino, qui spécule avec l’argent qui lui est confié. Risque calculé qui pourrait bien lui nuire. James Bond va en profiter, expert du bluff au poker. Le seigneur de la guerre en Ouganda Steve Obanno (Isaach de Bankolé) lui confie ses dollars en billets sur les conseils avisés de M. White (Jesper Christensen), mais se méfie ; il est très en colère lorsque le Chiffre perd son pari de vente à découvert d’actions Skyfleet, un constructeur d’avions dont les cours sont en hausse à la suite de la sortie imminente du « plus gros appareil du monde ». Le Chiffre veut le faire exploser et James Bond se met en travers du projet en poursuivant à nouveau un terroriste. Il a suivi Dimitrios, parti à Miami depuis Nassau, ce que lui a appris sa superbe femme que Bond a séduite et baisée après qu’il ait perdu son Aston Martin au poker en « faisant tapis ». Dimitrios le repère, Bond le poignarde. Sur son téléphone, il appelle le nom de code Ellipsis et voit un homme que Dimitrios a rencontré décrocher. Il le suit et le poursuit sur les pistes. Le terroriste (blanc) nommé Carlos (Claudio Santamaria) veut faire exploser le nouvel avion par une bombe accrochée à un camion de kérosène. Bond parvient à le stopper in extremis et, lorsque l’homme déclenche l’explosion, il découvre un quart de seconde avant que l’agent secret l’a accroché à sa propre ceinture.

Le Chiffre a perdu 100 millions de $ et veut se refaire au casino en jouant une partie « cave » au Monténégro avec de riches oisifs qui aiment le risque (et un agent de la CIA). M confie à Bond pour son retour en grâce le soin d’aller le contrer, car il est « le meilleur joueur de poker du service » (qui ne doit pas comprendre grand monde. Dans le train pour le Monténégro, James Bond fait connaissance avec Vesper Lynd (Eva Green, 26 ans), agent du Groupe d’action financière chargé de financer le contre-terrorisme. Il tombe sous le charme mais elle reste sur la réserve, prise sentimentalement ailleurs comme en témoigne son pendentif en forme de nœud irlando-arabe. L’action ne va pas sans psychologie, et le poker exige d’y être sensible. Bond n’est pas qu’une machine à tuer, il sait analyser les gens et elle en est surprise. A l’hôtel Splendid, le meilleur de la ville, Bond trouve son Aston Martin DBS V12, équipée comme il se doit et fait connaissance avec René Mathis (Giancarlo Giannini), agent de renseignement local.

Le soir, c’est au casino que tout se joue. Bond entre son code personnel dans la valise électronique du banquier suisse jovial (Ludger Pistor), pour encaisser les fonds s’il gagne. Le Chiffre l’observe. Bond tente de le déstabiliser en faisant évoluer Vesper, dans une robe très déshabillée, et s’aperçoit que le Chiffre a un tic de la main lorsqu’il bluffe. Il a néanmoins le tort de ne pas garder cela pour lui et en parle à Vesper et à Mathis. Lors de la pause, le Chiffre passe dans sa chambre et rejoint sa compagne Valenka. Surgissent les Ougandais furax qui veulent lui couper la main à la machette pour les avoir trahis. Le Chiffre jure qu’il va se refaire et leur rendre leur fric ; l’Ougandais ne lui coupe pas la main car il doit jouer au poker, mais menace Valenka qui hurle de terreur. Bond et Vesper l’entendent et prennent à partie les terroristes. Grosse bagarre, victoire de Bond après des péripéties haletantes où Vesper a aidé. La partie reprend, sous le regard ironique du Chiffre qui note que Bond a changé de chemise, comme si jouer le tuait.

Le lendemain, nouveau round au casino. Bond observe le Chiffre et analyse qu’il bluffe. Mauvaise intuition ! Cette fois, il gagne tout. Il a rusé, informé de l’observation de Bond sur son tic. Par qui ? Bonne question… Il n’a plus un rond du Trésor et Vesper refuse de prendre la responsabilité de lui ouvrir une nouvelle ligne de crédit. C’est un agent de la CIA autour de la table (Jeffrey Wright) qui propose de le financer, en échange du Chiffre. Bond accepte. Lorsqu’il reprend sa place à la table, le Chiffre, qui croyait l’avoir définitivement lessivé, est surpris. Lorsque Bond commande un dry martini, celui-ci est empoisonné. Son Aston Martin équipée le sauve ; Bond suit les instructions du médecin du MI6. Mais son défibrillateur se débranche (camelote anglaise) et c’est Vesper qui le sauve in extremis en remettant les fils. Il retourne à a table de poker, toujours vivant à la grande surprise du Chiffre. Il fait croire qu’il bluffe et fait tapis – et gagne avec un full aux as par les 6. Il empoche les 110 millions de $ du Chiffre.

Au dîner de victoire avec Vesper, celle-ci le quitte pour « aller voir Mathis ». Bond ne comprend pas pourquoi – sauf si… Vesper se fait enlever au sortir de l’hôtel et il la suit en Aston Martin, qu’il va casser en évitant la fille laissée ligotée en plein milieu de la route de nuit. Après sept tonneaux spectaculaires (et trois DBS détruites au tournage), il est tiré de la carcasse par les hommes du Chiffre qui lui enlèvent son traceur implanté dans l’avant-bras par le MI6 et il se retrouve nu attaché sur une chaise percée. Le Chiffre balance une corde dont le nœud du bout est destiné à le torturer par le fondement et les couilles. Cela semble extrêmement douloureux mais Bond résiste. Alors que le Chiffre sort un couteau pour les lui couper et lui faire bouffer, surgit M. White qui descend le Chiffre, incapable d’être fiable avec l’argent qui lui est confié.

Bond se retrouve à l’hôpital, puis en repos à la villa Balbianello sur le lac de Côme. James Bond ne fréquente que des lieux de haut luxe. Le banquier suisse surgit avec sa valise électronique pour virer les fonds sur le compte indiqué ; il faut pour cela que Bond tape son code personnel Au lieu de le faire lui-même, il fait confiance à Vesper et lui donne le mot. Il est tombé amoureux et elle répond à ses attentes. Une fois suffisamment remis, croisant en voilier dans la rade de Venise, il envoie sa démission au MI6 et veut faire sa vie avec elle. Mais elle a aperçu sur les quai un jeune homme borgne qu’elle connaît et déclare à Bond qu’elle doit passer à la banque. Elle laisse son téléphone dans la chambre et James est informé par M que l’argent n’est pas arrivé sur le compte du Trésor. C’est donc que Vesper l’a trahi.

Il se rue à sa poursuite et la suit dans les venelles. Dans un vieux palais croulant du Grand canal, elle a rendez-vous avec un client du Chiffre qui récupère la valise de billets. Échange de tirs, Vesper est emprisonnée dans la cage métallique de l’ascenseur ; poursuite par Bond, qui tire dans les flotteurs de l’immeuble avant de descendre les trois malfrats tandis que la valise tombe à l’eau. L’immeuble s’écroule lentement sous le poids des siècles et la montée des eaux, tandis que Vesper agonise, noyée. Lorsque Bond parvient à la sortir, elle est morte après lui avoir demandé pardon. M. White a récupéré la valise et Bond veut se venger. Il découvre le nom de White sur le téléphone laissé par Vesper et le rejoint à la Villa La Gaeta, sur le lac de Côme. Il se présente avec sa phrase culte : « Mon nom est Bond, James Bond ». Là s’arrête le film, 2h20 après avoir commencé. On peut supposer que James Bond récupère l’argent dû au Trésor britannique et qu’il descend M. White, ou le livre au service. On le saura dans le film suivant…

Beaucoup d’action, des poursuites spectaculaires, des combats réalistes, des lieux sublimes, des gadgets amusants, une histoire d’amour ébauchée qui se termine tragiquement – rançon de la solitude de l’agent secret : la vie est un jeu de poker.

DVD Casino Royale, Martin Campbell, 2006, avec Daniel Craig, Eva Green, Mads Mikkelsen, Judi Dench, Caterina Murino, MGM / United Artists 2020, 2h19, anglais, français, €5,45, Blu-ray €12,45

DVD James Bond 007 – La Collection Daniel Craig : Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall, Spectre, MGM / United Artists 2020, français, anglais, €10,27, Blu-ray €33,92

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Syracuse

Fondée en 734 avant par les Corinthiens, le nom de la ville vient des marais, syraca. La cité a été gouvernée par des tyrans, dont celui de Gela qui mata la révolte des Sicules en 485 avant. Allié au tyran d’Agrigente, le tyran Théron a vaincu à Himère en 480 une grande expédition carthaginoise. Son frère Hiéron, nouveau tyran a vaincu à son tour les Étrusques en 474. Eschyle fut l’un des poètes de sa cour. Son frère, le tyran Thrasybule est chassé pour ses excès au bout d’un an. Passée sous régime démocratique, Syracuse a vaincu aussi les Athéniens d’Alcibiade avec l’aide de Sparte en 415. Suit la tyrannie militaire avec Denys l’ancien de 405 à 387 avant, puis Denys le jeune chassé pour ses vices par deux fois, Agatocle de 319 à 289, Hiéron II le modéré de 265 à 215. Hiéronymos qui lui succède favorise le parti punique et Rome l’attaque en 212. « Euréka ! » – Archimède y périt.

C’est à Syracuse que le christianisme a en premier abordé l’Europe de l’Ouest. Saint Paul, en route pour Rome, y fit escale.

Nous passons devant l’église moderne des Larmes de la Vierge, construite dans les années 1960 sur un site archéologique, sorte de fusée de verre et de béton que le guide n’aime pas du tout. Elle recèle une petite image de Marie pleurant à plusieurs reprises.

Sainte-Lucie al Sepolcro des Capucins, construite au XIIe sur l’emplacement supposé du martyre de la Vierge en 304, remaniée au XVIIe, recèle l’Enterrement de Sainte-Lucie par le Caravage en 1609, qui trône au-dessus de l’autel. Réfugié en Sicile après sa fuite de Malte, il a représenté son ami Mellotti et s’est lui-même représenté à côté. Le guide nous décrit la diagonale montante de la gauche vers la droite, l’atmosphère sombre, sauf le jeune homme au centre à l’écharpe rouge. Un soldat et un évêque sont dans un coin, les fossoyeurs sont bâtis sur le modèle des athlètes antiques.

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Arthur Conan Doyle, Les mémoires de Sherlock Holmes

Douze autres nouvelles, plus graves, qui se terminent avec la disparition du détective fétiche. Conan Doyle en avait marre de son héros ; il avait peur que le public n’assimile son œuvre à de la sous-littérature, le genre policier lui paraissant inférieur aux romans historiques qu’il affectionnait d’écrire. C’est son éditeur, le magazine Strand, qui l’a convaincu – chèque confortable à l’appui – de livrer une nouvelle série.

La forme est standard, exposé des faits, enquête, déductions de génie et chute inattendue. Les personnages sont pris dans toutes les strates de la société, propriétaire de chevaux, négociant en houblon pour la bière, commis d’agent de change, juge de paix, aristo londonien, châtelains de province, homme d’État ministre, anciens soldats des Indes, interprète, prof d’université devenu malfrat.

C’est presque toujours le passé qui rattrape des victimes : une infidélité, une erreur grave, des frasques de jeunesse. Parfois une faute d’inattention due à la fatigue et à la trop grande confiance, comme dans « Le traité naval ». Pas de jugement de valeur mais les faits, rien que les faits – Sherlock Holmes et Arthur Conan Doyle y tiennent. Il laisse les personnages évoluer par eux-mêmes, bien que l’ordre social doive selon sa norme être rétabli. Mieux, pour Sherlock Holmes, la Justice doit régner. Ce pourquoi lorsque Holmes se collette à Moriarty, c’est à mort : le Mal doit être vaincu, même si le champion du Bien doit disparaître. Les raisons du crime importent plus que le crime lui-même. Mensonge, égoïsme, cupidité sont à éradiquer et à punir. Le pire étant le pouvoir… Il rend inhumain.

Les qualités humaines ne sont pas l’apanage des classes sociales élevées, même si l’éducation et l’aisance contribuent à les faire s’y épanouir. Holmes utilise volontiers des gamins des rues de Londres pour chercher et rendre compte ; il leur paye leur dû mais reconnaît leur astuce, leur initiative et leur goût du travail bien fait. De même, les domestiques sont souvent représentés comme fidèles et rigoureux dans leurs tâches. Ordre social, oui, il est nécessaire ; mais les forces qui tendent à le fissurer se font jour, autant en être conscient pour les comprendre.

La douzième nouvelle, intitulée « Le dernier problème », scelle le destin de Sherlock Holmes : il disparaît. John Watson en rend compte deux ans plus tard. Dans son combat contre Moriarty, la chute dans une crevasse des Alpes suisses semble un précipité d’enfer. Watson ne retrouve que le piolet de Holmes, pas son cadavre, ainsi qu’un dernier message écrit « avec l’aimable autorisation de Mr Moriarty ». Il veut « libérer la société » de la bande maléfique, dit-il, en livrant des documents à la police pour les mettre hors d’état de nuire, et avoue que sa « carrière avait atteint un point critique ».

Tollé des lecteurs ! Brutalité de la chute. Certains en ont pleuré. Mais ce n’était que fausse sortie…

Sir Arthur Conan Doyle, Les mémoires de Sherlock Holmes, 1893, Archipoche 2019, 360 pages, €8,50, e-book Kindle €1,49

Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes coffret tome I et II, Gallimard Pléiade 2025, 2320 pages, €124,00

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Noto

À Noto, ville Unesco, la porte d’un collège de jésuites est surmontée d’une chimère aux deux seins nus. Drôle d’illustration pour une ancienne école de jeunes garçons en pleine puberté.

Nous passons la Porta Nova refaite au XIXe siècle à une quinzaine de kilomètres de la cité détruite après le tremblement de terre de 1693. Toute la ville a été reconstruite par les architectes baroques Landolina et Gagliardi sur un plan orthogonal autour d’une rue principale, le corso Victor Emmanuel II, où s’ouvrent trois places en décors de théâtre.

L’artère est parsemée de beaux palais en pierre blonde du pays, stuqués de putti aux sourires sensuels et de sirènes aux seins voluptueux. Les balcons sont rigolos, ornés de têtes grimaçantes. Les églises sont de style baroque et un mariage – encore un – a lieu au Duomo, en face de la mairie. De jeunes garçons aux corps un peu épais jouent au ballon sous les arbres, à son pied.

Des palais ont été construits par les industriels du thon et leurs titres achetés au roi d’Espagne qui avait besoin d’argent. D’où l’inflation des comtes, ducs et princes dans cette île. Le balcon central est orné d’une frise et flanqué de deux fois trois balcons latéraux « apotropaïques » ornés de sirènes et de victoires, d’animaux, cheval et lion, et d’anges.

Nous déjeunons au Mirabella face au palais du roi du thon. Le menu est de sardines à la becfigue, farcies de pignons et accompagnées de tranches d’orange, puis d’une salade avec des tomates. 23 € avec l’eau, le café et le service. Les sardines en becfigue sont des filets roulés dans une farce composée de chapelure et d’huile d’olive, de raisins secs ramollis dans de l’eau tiède, de pignons, de sel et de poivre, et d’un hachis de persil et d’oignon. Le tout est cuit au four arrosé de chapelure à l’huile et servi avec du jus de citron.

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L’ennui rend malheureux, dit Alain

Je ne sais quel temps il faisait, ce 29 janvier 1909 quand le philosophe Alain écrivit son Propos, mais il dissertait sur l’ennui. « Quand un homme n’a plus rien à construire ou à détruire, il est très malheureux ». A son époque, ce n’était pas le cas des femmes, toujours occupées à quelque couture, cuisine ou soin aux enfants ; c’est peut-être plus le cas aujourd’hui. Mais le propos est « vivre avec soi et méditer sur soi, cela ne vaut rien ».

Ceux qui ne font rien pensent, et la pensée diverge aussitôt du présent pour s’orienter sur le futur et sur l’avant. Que vais-je devenir ? Ah, comme c’était mieux « avant » ! Goethe imagine dans Wilhelm Meister, une Société de Renoncement. Ses membres ne doivent jamais penser à l’avenir, ni au passé. « Cette règle, autant qu’on peut la suivre, est très bonne, dit Alain. Mais pour qu’on puisse la suivre, il faut que les mains et les yeux soient occupés. Percevoir et agir, voilà les vraies remèdes. Au contraire, si l’on tourne ses pouces, on tombera bientôt dans la crainte et dans le regret. La pensée est une espèce de jeu qui n’est pas toujours très sain. Communément on tourne sans avancer ». S’occuper empêche de tourner en rond, de se faire des idées, donc de se morfondre ; d’imaginer on ne sait quoi, donc de craindre ou d’espérer sans fondement.

Un métier à faire, c’est très bon, analyse le philosophe. Rester oisif, ou chômeur, n’est pas bon pour le moral car cela fait ruminer, devenir hypocondriaque, se « croire » ceci ou cela, atteint d’on ne sait quel défaut ou maladie. « Ce qui nous manque, ce sont de petits métiers qui nous reposent de l’autre. » Les femmes font du tricot à son époque, mais les hommes ? Ils ne font rien ; à l’époque, ils ne bricolent même pas car le bricolage est leur métier courant dans les campagnes où il y a toujours quelque chose à réparer ; ils boivent au café et discutent, s’engueulent et se battent. Ils « bourdonnent comme des mouches dans une bouteille », dit Alain. Il leur faudrait une bonne guerre ! éructaient les vieux de 14-18 lorsque j’étais enfant et qu’ils récriminaient contre la jeunesse. Je trouvais cette remarque indécente, mais elle avait un fond de vérité qu’Alain met en lumière : rester à ne rien faire au lieu d’agir, c’est mauvais pour tout le monde.

L’être humain est conditionné par ses millions d’années d’évolution à être nomade, curieux, sans cesse à l’affût de la nouveauté. « Il leur faut des actions nouvelles et des perceptions nouvelles. Ils veulent vivre dans le monde, et non en eux mêmes. Comme les grands mastodontes broutaient des forêts, ils broutent le monde par les yeux. » Lorsque la société n’offre pas ces dérivatifs, la guerre en est un. « La crainte de mourir est une pensée d’oisif, aussitôt effacée par une action pressante, si dangereuse qu’elle soit. Une bataille est sans doute une des circonstances où l’on pense le moins à la mort. D’où ce paradoxe : mieux on remplit sa vie, moins on craint de la perdre. »

Il existe quand même d’autres façons de s’occuper le corps, le cœur et l’esprit que la guerre. Lire un livre, voyager, s’occuper des autres, des enfants, créer une entreprise, inventer, écrire ou peindre, agir dans une association, organiser une fête… Rester en soi, ou entre soi, ferme l’esprit et le cœur, débilite le corps. Agir, fait mieux penser, mieux aimer, mieux être. Nous sommes fait pour cela.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Alain le philosophe, déjà chroniqué sur ce blog

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Modica

La douche est très étroite malgré la grandeur de la chambre. Il fait bon ce matin mais de la pluie est possible pour cet après-midi.

Nous partons en bus pour Modica, ville sicule. Nous croisons la voie de chemin de fer où un train à voie unique, très lent, avec un seul wagon, passe sous nos yeux à un passage à niveau fermé. le guide nous dit que les trains en Sicile sont très longs, faute d’investissements. La région préfère réaliser des autoroutes en béton plutôt que d’améliorer les liaisons ferroviaires. Probablement parce que les contrats de BTP sont convoités par la mafia.

À Modica, ville Unesco sur un éperon rocheux des monts Hybléens, nous visitons l’église Saint Georges, chef d’œuvre baroque au sommet d’un long escalier monumental. Une peinture de 1513 illustre la vie de saint Georges.

Puis c’est l’église Saint-Pierre. La vierge de Trapani par Francasco Laurana date de 1470 environ.

Nous passons devant le couvent devenu pour partie un musée… de la pipe. Drôle de destination pour un ancien asile de bonnes sœurs catholiques.

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Raguse 2

Les hôtels particuliers ont des balcons soutenus par des visages grotesques, grimace de carnaval, cinq au balcon. De quoi inciter à se révolter contre une religion catholique à l’époque, de plus en plus austère, pessimiste, intolérante et inquisitoriale. Le fameux restaurant au Michelin 2023 Ciccio Sultano s’ouvre dans cette rue. Trois plats pour 155 € et le menu dégustation à 198 € ; le plat « signature » seul est à 38 €.

Une vieille dame nous appelle du haut d’un escalier pour vendre ses productions au crochet, napperons et bavoirs en dentelle. Mais ce genre graphique ne se porte plus depuis deux générations. Nous n’achetons rien, elle est déçue, mais nous permet d’admirer le panorama de la ville depuis chez elle.

Le palais Cosentini, du 18ème, offre sa façade orangée, ses encadrements de fenêtres blancs et ses balcons ouvragés de beau style dans une rue étroite. Un papa passe avec son bébé contre lui tandis que maman conduit la poussette devant eux.

Un mariage se termine dans la petite église du Purgatoire. Une Coccinelle pourpre attend les mariés à la fin. Celle-ci contient les seins de Saint Agathe aux coupelles. Saint-Roch, Sainte-Lucie, portent la palme du martyre et une coupelle contient ses yeux arrachés. Un plâtre montre les corps nus émergeant du purgatoire et appelés au ciel.

Montée, escalier, marches à descendre, c’est assez fatiguant aux talons et aux genoux, mais il y a souvent des bancs pour s’asseoir et écouter l’intarissable guide.

Il se sent toujours obligé de meubler le silence. Certes, il se goinfre d’art et d’histoire, se vautre dans la culture, la peinture, la littérature, la musique ; certes, il se sent accéder à une élite, loin de la petite bourgeoisie de province dont il est probablement originaire, comme la plupart d’entre nous – mais il ne sait pas faire silence. Lorsqu’il ne trouve plus rien à dire dans le bus, il passe de la musique extraite de son téléphone et soigneusement sélectionnée à propos de la Sicile et du circuit. Ou alors il nous lit une page de Pirandello où nous raconte la vie de Verga, le Giovanni sicilien du vérisme décédé en 1922. Il se rempare derrière ses références, par crainte de ne pas apparaître à la hauteur.

Nous rejoignons le quartier de Saint-Jean en bus mais nous devons encore marcher 500 m dans des rues en damier qui se coupent à angles droits (que le guide appelle évidemment « plan hippodamien », en référence à l’architecte urbaniste Hippodamos de Milet, au Ve siècle avant) pour rejoindre l’hôtel Di Stefano, un nouveau quatre étoiles.

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Détour de Christopher Smith

Harper (Tye Sheridan) est étudiant en droit à Los Angeles et assiste à un cours de pénal sur la qualification de meurtre, d’assassinat ou d’homicide involontaire. Cela l’inspire… Il rend en effet son beau-père Vincent (Stephen Moyer), homme d’affaires sans cesse en voyage, responsable de l’accident de voiture de sa mère, désormais dans un coma irréversible. Harper va la voir chaque jour à l’hôpital, mais son état ne s’améliore pas. Vincent dit qu’il l’aime mais ne va jamais la voir, sans cesse « pris par le temps ».

Le garçon n’a jamais aimé Vincent, cet homme qui lui a ravi l’amour exclusif de sa mère. Il découvre qu’il a falsifié sa signature pour rédiger un testament. A la date du soi-disant paraphe, sa mère était avec son fils à New York, et ne pouvait avoir consenti. Il confronte son beau-père, qui tente d’expliquer qu’ainsi la succession sera plus facile, sans ces délais et paperasses inhérentes à une absence de dernières volontés. Harper ne le croit pas et, à 20 ans, décide d’éliminer le gêneur.

Dans un bar où il boit du whisky en déprimant, il rencontre un mauvais garçon, Johnny (Emory Cohen), dont l’absence de scrupules et l’autoritarisme de décision le séduisent. Johnny propose de l’aider à se débarrasser de son beau-père à Las Vegas, où il doit se rendre pour affaires. Il a une séduisante théorie du dédoublement, une personne qui fait le boulot et l’autre qui reste à la maison, sans que les deux se parlent. Le film va être monté de cette façon éclatée.

Harper sortant de la douche à son lendemain de cuite a à peine le temps d’enfiler un vêtement que Johnny sonne à la porte. Harper dit non, qu’il a renoncé, qu’il était saoul, mais Johnny insiste. Il veut les 20 000 $ promis pour rembourser son dealer à qui il a – sans vérifier parce qu’il est « un crétin » – refilé de la levure au lieu de cocaïne. Il est flanqué de Cherry (Bel Powley), une strip-teaseuse plus ou moins pute, genre no future, qui n’est pas « sa meuf » mais ouvre ses cuisses quand il le lui demande, pour lui ou pour un plan.

Ce que l’on prend pour le début n’est que la suite. Le meurtre projeté a déjà eu lieu sans le vouloir. En se bagarrant avec Vincent, celui-ci s’est empalé sur un grand couteau de cuisine placé exprès dans son bagage à main d’avion pour qu’il soit importuné à l’aéroport. Vincent le découvre, le tient à la main, accuse Harper, et les deux roulent sur la pelouse avant que Vincent ne s’embroche sur le métal et tombe dans la piscine. D’où l’affolement de Harper pour se débarrasser du cadavre, le nettoyage en grand, le sang sur son tee-shirt, la douche, les activités torse nu jusqu’à ce que son copain de fac préoccupé de sexe déboule, puis que survienne Johhny – programmé la veille. Harper s’est engagé et ne peut plus reculer, surtout que son beau-père est déjà cadavre sans l’aide du bad boy. Il hésite, on sent qu’il calcule, puis accepte d’aller à Las Vegas pour son beau-père, sans dire qu’il est déjà mort. Mais il exige que l’on prenne la voiture de son père dans le garage, une puissante Ford Mustang V8 bleue, où il a fourré le corps emballé dans une bâche jaune.

Le voyage vers Vegas s’apparente à un trip. Harper, ce qui est curieux, se contente de conserver son blouson de toile enfilé directement sur son torse, sans aller prendre un tee-shirt ni un quelconque bagage. Il met de même les 20 000 $ dans son slip. Comme si le meurtre l’excitait d’une certaine façon. Quitter son uniforme d’étudiant sage pour assumer sa vraie peau, briser les conventions du droit chemin pour choisir sa propre voie, c’est à la fois une initiation au monde adulte et une tentation libertarienne qui émerge avec Trump.

Harper va se confronter à Johnny pour éviter le pire, expert en mauvais coups et violent avec Cherry. Le cadavre dans le coffre lui pèse et il ne sait comment s’en dépêtrer, mais autant ne pas ajouter des meurtres en plus, comme celui de ce flic noir, un peu trop vantard et imbu de son uniforme. Mais Harper n’est pas un crétin comme Johnny, c’est tout le sel de l’histoire.

Difficile de raconter la suite sans dévoiler l’intrigue. Harper a l’air d’un gamin, malgré son gros nez ; s’il est bien dessiné, il n’a pas la musculature cultivée qui ferait impression sur Johnny. Il trouve Cherry « jolie » et veut l’aider à se déprendre du malfrat tout en lui offrant une nouvelle chance dans la vie, mais sans désirer la baiser ; il se contente de dormir torse nu et pieds nus à côté d’elle. Harper ne se détend jamais, se courbe devant la force mais n’en pense pas moins. Comme il est intelligent – et sait trouver de l’argent – il maîtrise son destin. Il embobinera Johnny sans problème pour le faire accuser à sa place – puisque c’était son intention de perpétrer le meurtre. Tout le film tient au fond à Tye Sheridan, jeune homme banal mais décidé, qui ne rit pas. Malgré une histoire compliquée et un montage déconcertant, le film est finalement captivant.

DVD Détour (Detour), Christopher Smith, 2016, avec Tye Sheridan, Bel Powley, Emory Cohen, Jared Abrahamson, Sibongile Mlambo, L’Atelier d’images 2017, français anglais, 1h33, €3,41, Blu-Ray €11,29

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Arthur Conan Doyle, Les aventures de Sherlock Holmes

Le jeune Arthur, 32 ans, marié à Louisa, exerce à Londres la profession de médecin dans le quartier de Bloomsbury. Il écrit assidûment : des romans historiques, des nouvelles. Celles sur Sherlock, publiées dans les magazines, ont un tel succès qu’elles sont publiées en volume. Et, après huit ans de pratique de la médecine, il décide, à la suite d’une grippe, de se livrer entièrement à l’écriture.

Le succès de ces douze nouvelles tient à ce qu’on peut les lire indépendamment. Elles ne se suivent pas, même si Watson le narrateur rappelle parfois certaines aventures passées. Les gens qui, déjà avant les réseaux sociaux, avaient du mal à fixer leur attention trop longtemps, sont ravis. La recette n’a pas changé : pour le succès, faites court !

Sherlock Holmes voit son personnage s’étoffer. Il apparaît moins ignorant qu’il ne s’était affirmé au départ ; il est moins méprisant envers les facultés d’observation médiocre de son compère Watson, encourageant même ses progrès ; il apprécie la contradiction et la candeur de son vis-à-vis, ce qui l’aide, dit-il à réfléchir.

Les enquêtes sont dans la banalité du quotidien : retrouver un bijou perdu, innocenter un présumé coupable, sauver une jeune femme des griffes d’un parent violent, un homme d’une arnaque, la société d’habiles malfrats… Les histoires sont dans la ville et la campagne, dans leur temps sous l’empire et le commerce mondial. Londres est la ville-monde de l’époque, là où tout se passe au final, le 221b Baker Street est le lieu de l’analyse sociale, et le cerveau de Holmes la raison qui explique au final le monde comme il va – avec logique.

Rien n’est plus agréable que de se retrouver avec Sherlock Holmes et John Watson dans le salon douillet de leur logeuse, un bon feu allumé dans la cheminée alors que le vent et la pluie frappent les vitres lors d’une tempête d’automne, ou que la neige recouvre les trottoirs, ou encore que le brouillard jaune des foyers au charbon s’insinue dans les rues et ne permet plus de voir à trois mètres. L’intérieur est un cocon protecteur des vrais dangers extérieurs, un nid propice à la réflexion dégagée de toutes contingences et stimulée par le whisky et le tabac, un havre hors des émotions pour qui vient consulter. Sherlock Holmes est le médecin des malades sociaux, ceux qui craignent le scandale, ceux qui se sont fait avoir, ceux qui se demandent s’ils doivent accepter une place trop bonne pour être honnête.

La suite des aventures est plaisante à lire, sans descriptions inutiles, avec la raison pour reine. Chaque lecteur se sent apte à user du même instrument offert à l’humain par la nature : ses sens pour observer et sentir, son cerveau pour analyser et résoudre. Les dessins de Sydney Paget à l’époque ont fixé une fois pour toutes l’image-type du détective : casquette de chasseur de daim qui couvre le précieux encéphale et les oreilles, pipe pour stimuler l’esprit, loupe pour voir au plus près. Tout fait sens.

Sir Arthur Conan Doyle, Les aventures de Sherlock Holmes (intégrale des 12 nouvelles), éditions Mystérium 2021, 154 pages, €7,99

Sir Arthur Conan Doyle, Les aventures de Sherlock Holmes – 1ère nouvelle : Un scandale en Bohême, 1892, Livre de poche 1996, 187 pages, €4,90

Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes coffret tome I et II, Gallimard Pléiade 2025, 2320 pages, €124,00

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Raguse 1

En prenant la direction sud-est, nous parvenons dans le Val de Noto, dans les monts Hybléens.

Raguse est une ville spectaculaire, bâtie de part et d’autres d’une gorge. Rebâtie plutôt, après un tremblement de terre, celui de 1693. Le quartier Saint-Georges est en bas, le quartier Saint-Jean est en haut, à l’emplacement de la ville déjà détruite. Querelle des anciens et des modernes.

Nous visitons le quartier Saint-Georges. Un orage s’amasse et gronde mais il ne pleut que quelques gouttes. Heureusement, car tout le monde a oublié son parapluie. Dans l’église Sant’Agata des Capucins, une peinture d’un élève du Caravage de style réaliste ; un ange adolescent plonge vers le sol en laissant entrevoir sa poitrine par son décolleté. Un autre tableau montre saint Pierre « recollant » les seins coupés d’Agathe.

En l’église san Giacomo, un autel tarabiscoté et chantourné orné de mosaïques et de dorures, pour encadrer un Christ supplicié nu.

A San Giuseppe, la façade baroque est en pierre drapée et l’intérieur est une bonbonnière 18ème. Bien trop décoré, kitsch et étouffant. Le baroque est caractérisé par le goût de la mise en scène, l’utilisation de la volute en architecture, les façades incurvées, la complexité des formes, les jeux d’ombres et de lumière, le goût du trompe-l’œil, la fusion des arts et des genres – en bref un métissage à l’opposé du clair et sobre classique, trop rationnel.

Le Duomo de Saint Georges est vaste mais plus sobre ; il comprend des chapiteaux très sculptés mais les visages des anges sont ratés. N’y avait-il pas assez de beaux modèles vivants ? Est-ce l’inaptitude de l’artiste a représenter la figure humaine ? Un Christ en bois réaliste, dans le style doloriste, griffé d’épines, les genoux écorchés, le torse émacié et les larmes humaines présentées telles quelles au public de dévotes. Devant le Duomo, le palazzo du film Divorce à l’italienne avec Mastroianni, film de Pietro Germi sorti en 1961.

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Elisabeth Kay, Sept mensonges

Le mensonge fascine l’époque. L’heure est à « la transparence », l’égalité de tous devant « la vérité », le tout savoir « démocratique ». Ce pourquoi le mensonge est la forme de Satan – celui qui séduit en disant le faux, celui qui tente par la « belle histoire ». Vieux remugles bibliques de la culture occidentale. Ce roman policier très récent est focalisé sur le mensonge – pas moins de sept. Dont la succession est une sorte d’engrenage fatal qui va aboutir au pire.

Jane et Marnie sont deux filles anglaises qui se se sont connues en sixième, à 11 ans, et ne se sont jamais séparées depuis. Elles font tout ensemble, pis que des jumelles. Elles co-louent, elles dorment dans le même lit, elles rient des mêmes choses, même si l’une est extravertie et solaire (Marnie) et l’autre repliée sur elle et maussade (Jane). Mais elles ne sont pas lesbiennes, elles ont chacune leurs peitts amis – qui changent. L’accord des tempéraments et les sentiments forme une sorte de sororité prête à la romance, sans rien de sexuel.

C’est Jane qui raconte. A qui ? A la fille Marnie lorsqu’elle est encore bébé et ne comprend pas encore. Mais devant le baby-phone qui répercute le son et l’image – donc renvoie la vérité. Jane avoue avoir menti une toute première fois à Marnie en ne raisonnant pas son ardeur pour Charles, qui va devenir son mari. Charles est associé d’un fonds d’investissement, riche, beau parleur, beau mec, bien musclé, bien habillé, content de lui. Et égoïste à faire peur – ce qui semble aller avec. Marnie ne voit rien, aveuglée par l’amour. Quand le vagin vous tient…

Oh, Jane sait ce qu’il en est : elle aussi a connu l’amour, sous la forme d’un Jonathan grand, sportif, musclé, seulement cameraman, mais gentil et attentif. Le contraire de Charles. Sauf qu’en sortant du métro, après un marathon, il a été écrabouillé par un chauffeur de taxi bourré en plein Londres – sous les yeux de sa femme. Dès lors, Jane va se réfugier dans les bras de son amie. Charles est vite lassé de ce ménage à trois et le fait savoir. Mais pas question pour Jane de voir s’éloigner Marnie. Elle n’aime pas Charles, elle ne va pas l’aider. Et il va disparaître.

Jane raconte sa vérité, tissée de sept mensonges, chiffre symbolique, dont le premier est le plus bénin. Qui aurait à cœur de doucher l’enthousiasme de son amie pour son nouvel amour ? Sauf que, si elle l’avait fait, Charles serait peut-être encore en vie… La suite des mensonges ne fait qu’enfoncer l’amitié dans les secrets toxiques qui la détruisent de l’intérieur. Jane, délaissée par sa mère qui lui a toujours préféré sa petite sœur fragile Emma, s’est reconstituée une sœur avec Marnie. Lorsque celle-ci s’éloigne, pour cause de couple avec Charles, elle ne le supporte pas et fera tout pour que cela change.

Plus : lorsque Marnie accouchera d’une petite fille, faisant famille par elle-même et excluant de fait sa meilleure amie en la faisant passer au second plan, Jane ne sait pas de quoi elle peut être capable. Surtout qu’une journaliste ambitieuse traque les témoignages de qui a fait quoi lors de la mort de Charles. Et celle de Jonathan. Et celle d’Emma. Et celle de la mère. Jane est toujours là, toute proche.

Mais s’il y a morts, il n’y a ni enquête, ni fausses pistes. Jane raconte linéairement à l’enfant de l’avenir les étapes de son amitié fusionnelle remise en cause, de sa résistance, de ses méfaits sans le vouloir, poussée par une force qui la possède.

Ce roman policier tente une approche originale, où la psychologie est une analyse en profondeur de la psyché. Une amitié trop fusionnelle, par réparation d’une enfance frustrée, ne peut donner que de l’envie obsessionnelle – et faire déraper les relations équilibrées. Quand les vérités ne sont pas égales, le mensonge les compense. Pour le pire.

L’auteur, éditrice anglaise, écrit là son premier roman, et il est réussi. J’ai beaucoup aimé ce décorticage honnête des ressorts psychologiques d‘une meurtrière malgré elle, qui ne sera jamais reconnue comme telle.

Elisabeth Kay, Sept mensonges (Seven Lies), 2020, Pocket 2024, 439 pages, €9,00, e-book Kindle €9,99

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Villa Casale à Piazza Armerina 2

Dans la salle à manger, les douze travaux d’Hercule, dans les appartements privés des scènes avec des oiseaux, de l’érotisme. Le propriétaire était préfet du prétoire, poste d’honneur consistant à gouverner des provinces, dont ils n’existait que trois ou quatre représentants dans toute l’Italie romaine. Une salle présente des sportives en bikini. Toutes des femmes, toutes s’exerçant à des jeux sportifs.

Dans la chambre, sont représentés en mosaïque Ariane et Dionysos. Dans une autre, Polyphème aux trois yeux est montré au moment où Ulysse lui tend du vin pur dans une outre. L’intelligence contre la brutalité : les Grecs ne buvaient jamais de vin pur, ce qu’un barbare acceptait sans vergogne. Arion joue de la lyre sur le dos d’un dauphin et enchante les habitants de la mer. Orphée apaise les animaux sauvages.

Dans une pièce, un agoniste entre Éros et Dionysos, chacun accompagné de ses dieux : les dieux ouraniens Apollon, Aphrodite, Athéna pour Éros, et les dieux chthoniens pour Dionysos : Hadès, Perséphone, Déméter et Hécate. « Agoniste » est encore un terme de spécialiste utilisé par le guide, il signifie « qui combat dans les jeux ».

Nous déjeunons à Piazza Armérina à six kilomètres de la villa, sous le cèdre et le laurier-rose à fleurs blanches. Nous sommes au-dehors, dans un parc face au petit restaurant, et la table est dressée avec une assiette d’antipasti et un plat de pâtes, bonnes mais en trop pour notre appétit réduit par la chaleur. Les penne sont accompagnées d’une sauce au jambon cru, aux pistaches écrasées et au fromage local râpé. Un cannolo de ricotta et un café complètent l’ensemble. Les cannolli sont des cylindres de pâte frite bourrée de ricotta parfumée au sucre et au Marsala, éventuellement de fruits confits.

Sur les murs des appartements de la ville, pas mal de pancartes annonçant la vente, «Vendesi ». A propos, sur ma question directe, Mérule ne met pas au propre ses carnets mais elle les conserve tout simplement.

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Observons les feuilles de lierre, dit Alain

Le lierre est une plante grimpante, vite envahissante si l’on n’y met un terme. Le philosophe Alain, par un beau jour de janvier 1909, s’est pris à méditer dessus. Regardez les feuilles de lierre, dit-il ; elles ne sont pas identiques en bas de la plante, au milieu et au sommet. Elles sont largement échancrées en bas comme de petites mains, mais très allongées en haut comme des feuilles de lilas, avec toutes les formes intermédiaires entre deux. C’est qu’en bas, elles ont peu d’air et de lumière et qu’en haut elles en ont pléthore. « Chaque feuille se construit suivant le lieu qu’elle occupe. » Ainsi s’adapte-elle à son milieu. « Plus simplement, elle vit comme elle peut vivre ; elle pense moins aux ancêtres, et aux traditions du lierre, qu’aux conditions du milieu où elle vit. Elle est plutôt géographe qu’historienne. ».

Le préjugé veut qu’une plante se développe comme un œuf, conditionnée par son programme génétique. Et l’être humain aussi. Mais si c’était moins simple qu’il ne paraît, réfléchit Alain ? « Je me demande si nous ne supposons pas trop facilement un souvenir directeur et une tradition agissante, alors que le milieu, composé d’un organisme déjà existant et de mille choses autour, est peut-être le seul architecte. » Éternelle question de l’œuf et de la poule : est-ce l’œuf qui produit la poule – ou la poule qui a trouvé dans l’œuf le moyen de se reproduire ? Ou bien l’inné et l’acquis, le gène et son milieu.

De fait, inutile de poser une « contradiction » entre la génétique et l’environnement, entre l’inné et l’acquis : il y a alternance de l’un à l’autre, essai et erreurs, adaptation du génétique à l’environnement. « L’historien dit : nous avons des toits pointus parce que nos ancêtres en avaient ; mais le géographe dit : nous avons des toits pointus parce qu’il pleut beaucoup en Normandie. » Qui a raison ? Les deux mon philosophe ! Il pleut beaucoup, donc les toits sont en pente – et la tradition reprend cet usage, parce qu’il est utile ici et maintenant.

Au final, observer la nature nous permet de mieux comprendre le monde, comment il est agencé et comment il se développe. « Fermons notre livre d’histoire, et allons voir des feuilles de lierre », conclut Alain. On apprend plus par l’observation que par la théorie, malgré notre travers français de préférer les grands mots et l’abstraction à l’humble regard attentif sur ce qui marche.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Alain le philosophe, déjà chroniqué sur ce blog

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Villa Casale à Piazza Armerina 1

Nous arrivons à la villa romaine de Casale, une bergerie du quatrième siècle devenue vers 320 villa administrative du gouverneur car placée au centre stratégique de la route du blé et de la poste de Catane à Agrigente, portant les denrées et les impôts à Rome. Après la perte de l’Égypte due à la scission de l’empire romain, la Sicile était devenue le grenier à blé de Rome. Dévastée par les Vandales mais occupée par les Byzantins et les Arabes, elle fut recouverte de boue par une inondation au XIIe siècle. Elle n’a été redécouverte que dans les années 1920 et fouillée par l’archéologue Pietro Orsi.

Contrairement aux Grecs, les Romains ne se faisaient pas représenter nus, sauf les dieux et les empereurs. La nudité était considérée comme peu virile, selon le guide, les Grecs étant réputés efféminés. Ils sont dûment habillés, les ragazzi de 15 et 16 ans italiens et américains, accompagnés de trois profs. Ils sont bruyants, au point que le guide doit leur demander par deux fois de baisser le ton. On ne s’entend plus dans les écouteurs.

La villa a été bâtie et décorée comme expression de la puissance de son propriétaire : un aqueduc, des thermes, des latrines, un grand atrium décoré de mosaïques. Elle articule le public et le privé, l’ostentatoire et l’intime. La vaste cour d’accès pour les invités avait ses murs peints de personnages grandeur nature. La porte monumentale ornée d’une fontaine permet d’accéder à une seconde cour à portique, avant le vestibule où la mosaïque de sol met en scène la cérémonie d’accueil.

Après le grand jardin enjolivé de bassins et un portique de colonnes corinthiennes en granit aux chapiteaux de marbre blanc, survient le sol représentant 84 protomés d’animaux, un corridor dit faussement « de la grande chasse ». Ce grand couloir composé de mosaïques présente des scènes – non de chasse comme on l’a cru et répété aveuglément – mais de capture d’animaux exotiques pour le cirque de Rome. Après quelques degrés, les visiteurs accèdent à la basilique, lieu des cérémonies publiques ; elle est pavée de marbre et ornée d’une statue d’Hercule.

Il faudrait tout montrer, tout est beau, réaliste, vivant. Avec les fameuses « baigneuses » en bikini, qui sont des athlètes femmes. Comme quoi les Romains n’étaient pas si misogynes que l’on croit.

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Destination finale 4 de David Richard Ellis

Un schéma classique, mais toujours efficace : un étudiant bien sous tous rapports, avec la vie devant lui, a une vision, celle d’une catastrophe. Il en fait part à ses amis, qui ne le croient pas vraiment, mais les entraîne hors du danger, suscitant l’ire des spectateurs dérangés. La catastrophe survient, exactement comme il l’avait prédit. Il connaît alors le sort de Cassandre : il porte malheur. C’est le cas de Nick (Bobby Campo), jeune homme gentil et musclé, qui assiste à une course automobile avec sa petite amie Lori (Shantel VanSanten) et ses copains Hunt (Nick Zano) et Janet (Haley Webb). Nick a la prémonition d’un accident de voiture qui envoie des débris dans les gradins, provoquant l’effondrement du stade.

Évidemment, tout se passe comme prédit, mais la bande des quatre est sauvée, avec ceux qu’elle a entraîné à sa suite. Dont Carter (Justin Welborn), un chauffeur de dépanneuse raciste dont la fiancée a péri parce que, selon lui, le garde de sécurité noir George (Mykelti Williamson) l’a empêché de replonger dans les débris pour la sauver. Il n’aurait rien pu faire mais serait mort lui aussi. Mais que peut-on contre l’obstination paranoïaque du plouc empli de ressentiment ?

Évidemment, ceux qui sont sauvés ne sont que des morts en sursis, et Carter le mauvais y passe en premier. En voulant se venger du Noir, une suite d’enchaînements mécaniques le jette à terre, enchaîné derrière sa dépanneuse dont les freins sont desserrés, et cramés par le bidon d’essence qu’il avait apporté pour jouer au Ku Klux Klan. Il périt, lui le Blanc raciste, comme les Noirs lynchés par ses semblables texans. Nick et ses amis se demandent quel est l’ordre de la liste à périr. C’est ensuite le tour du garagiste.

Évidemment, Hunt n’y croit pas. Jeune, bien bâti, sexuellement au top, il sent la vie devant lui et balaye ces superstitions malgré les récits sur Internet. Il périra en second, par où il a « péché ». Bien que Nick cherche à le joindre sur son mobile pour le prévenir d’éviter à tout prix l’eau, ainsi qu’il l’a vu dans un cauchemar, Nick sort en slip de la cabine où il a baisé longuement une fille jeune. Il marche, avantageux, lorsqu’un gamin obèse et balourd lui flanque une giclée dans sa paire de pectoraux soigneusement cultivés, que le môme rêverait sans doute d’avoir, en mimétisme homo-érotique. Le jet symboliquement spermatique fusille le téléphone et Hunt est furieux. Il crève… le matelas du gros gamin, lui pique son flingue à flotte et le balance dans les profondeurs sans regarder s’il sait nager. En jetant le pistolet à eau en plastique derrière une cloison, il actionne sans le savoir le levier de vidange de la piscine, dont le trou aspire violemment tout ce qui passe à portée. Jouant toujours avec sa pièce « porte-bonheur », il fera son malheur. Ladite monnaie tombe à l’eau et le jeune fat plonge pour la retrouver. Il se fait aspirer par le fondement, sans pouvoir s’en dépêtrer, au point de se vider par le cul. Gros plan sur le foie, les viscères – et la pièce – que régurgite le système bête et méchant, programmé pour bien faire son boulot.

Lori et Janet veulent absolument voir le film d’horreur catastrophe dont « tout le monde parle ». Nick prévoit qu’il va y avoir un accident et tente de les sauver mais Janet refuse, en conne américaine persuadée de son bon droit féministe de n’écouter qu’elle-même. Quant à Lori, il l’entraîne avec lui, mais l’explosion du cinéma (tout saute toujours à Hollywood) fait s’éventrer l’escalator et la fille est entraînée dans les engrenages à cause d’un lacet de basket mal attaché (toujours la flemme ado typiquement yankee). En réalité, lorsque les filles vont au ciné, Nick se précipite au centre commercial et parvient à éviter la catastrophe ; il les sauve.

L’homme au chapeau de cow-boy qui a dû changer de place sur les gradins est blessé à l’hôpital : c’est le prochain sur la liste. Il se prend une baignoire pleine du plafond, laissée se remplir par un infirmier insouciant. Puis George, fataliste depuis l’accident de sa femme et de sa fille, se fait faucher par une ambulance. La mère de deux kids turbulents (qu’on laisse faire), a été remarquée par Nick parce qu’elle sortait de son sac des tampons hygiéniques féminins pour mettre dans les oreilles de ses fils, assourdis par le vacarme de la course. Il avait trouvé ça marrant ; la femme l’avait suivi lorsqu’il avait dit qu’il fallait sortir. Elle est aussi sur la liste – on ne sait pas ce qu’il est advenu des kids, qui devraient y être aussi. Elle périt en sortant de chez le coiffeur, où un ventilateur tombé du plafond a failli la décapiter, et après une chute de siège jamais réparé. C’est en fait le palet jeté par l’un des gamins sur la pelouse en face, pour viser un panneau, qui est éjecté par la tondeuse du beauf clopeur qui remplit sa machine sans faire attention, qui finit par l’éborgner à mort ; elle venait de dire à ses gamins qu’elle allait garder l’œil sur eux…

Deux semaines plus tard, c’est leur tour. Ils se rejoignent au café pour fêter leur avenir après avoir leurré la Mort. Nick s’aperçoit qu’un échafaudage est mal étayé et prévient, mais l’ouvrier (noir), fataliste, dit qu’on doit le réparer. De fait, il s’écroule, et un gros Truck massif est forcé à faire un écart pour l’éviter, éventrant la vitrine du café dans lequel les trois qui se croyaient sauvés sont écrabouillés. Les filles parlaient chiffons et achats, comme des têtes de linotte, tandis que Nick pensait que tout avait peut-être été prévu pour cet instant précis.

Humour noir, contraste entre la jeunesse éclatante et la perspective mortelle, fatalité biblique – ce film en particulier dans la série point les défaillances humaines. La bêtise, le laisser-aller, le ressentiment, l’insouciance, la frivolité, tuent plus sûrement que les bêtes machines. Celles-ci n’échappent aux humains que parce qu’ils les laissent faire. Ils oublient de serrer le frein, laissent un bidon d’huile ou d’essence ouvert en équilibre, font se côtoyer des explosifs avec un tas de sciure, négligent de ranger une paire de lunettes-loupes au soleil, ne font pas attention aux instructions du lavage automatique, ne réparent pas le banc du circuit, ni l’échafaudage, ni le siège du coiffeur…

On ne peut rien contre la Mort, qui surviendra, inéluctable pour tous les vivants ; on ne peut rien contre le destin, suite de hasards et de nécessité ; mais on peut agir en adulte responsable et faire attention. Ce n’est pas le cas des personnages qui périront écrabouillés, transpercés, cramés, happés, cloués, aspirés. Le moins bon mais le plus rentable des films de la série.

DVD Destination finale 4 (The Final Destination), David Richard Ellis, 2009, avec Bobby Campo, Shantel VanSanten, Mykelti Williamson, Nick Zano, Haley Webb, Metropolitan Film & Video 2010, 1h18, doublé anglais, français, €26,80, Blu-ray €13,00

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Les films Destination finale précédents déjà chroniqués sur ce blog :

https://argoul.com/2024/12/01/destination-finale-de-james-wong/
https://argoul.com/2024/12/04/destination-finale-2-de-david-richard-ellis/
https://argoul.com/2025/02/23/destination-finale-3-de-james-wong/

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Écrivains de Sicile

Dans le bus, le guide en profite pour nous bourrer d’informations. Selon lui, Agrigente est la province la plus littéraire de Sicile, une île qui a quand même connu déjà deux prix Nobel de littérature, Pirandello en 1934 et Quasimodo en 1959. Pirandello est l’homme de l’angoisse existentielle ; il cherche son identité. Il est né dans une propriété nommée Chaos, « je suis le fils du chaos », a-t-il écrit. Salvatore Quasimodo est un représentant de l’hermétisme contemporain.

Nous traversons des terres arides, le paysage intérieur de la Sicile sec et rocheux. Nous passons devant le château de Frédéric II à Enna, cité nombril de l’île. Au pied des monts, Pergusa est le seul lac d’eau douce naturel de la Sicile.

Giovanni Verga, mort en 1922, était le représentant du vérisme. Il a conceptualisé « l’ideale dell’ostrica » (« l’idéal de l’huître »), l’attachement au lieu de naissance, aux anciennes coutumes, la résignation à la dureté d’une vie parfois inhumaine, la conscience, enracinée en chacun, que cette société fermée, archaïque, souvent bornée, est la seule défense contre les nouveautés venues de l’extérieur et que l’on n’est pas préparé à accepter – mais l’obstination à résister aux obstacles malgré tout. Une vraie régression populiste comme aujourd’hui, un « retour à », au « c’était mieux avant » style rassemblement et national.

Un autre écrivain, Giuseppe Tomasi, prince de Lampedusa, duc de Palma, baron de Montechiaro et de la Torretta, Grand d’Espagne de première classe, est sicilien. Il est né à Palerme et resté fermé sur son enfance ; solitaire, il était plus à l’aise avec les choses qu’avec les gens. Son roman Le Guépard, adapté au cinéma par Lucino Visconti an 1963 avec Alain Delon, Burt Lancaster et Claudia Cardinale, a été publié à titre posthume en 1958. Il donne à voir la transition de l’ancien monde féodal au nouveau monde démocratique, personnifiés par Don Fabrizio et Tancrède, qui avoue « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ». C’est le principe de la révolution au sens littéral : le tour à 360°. Ainsi les anciennes élites laissent la place à de nouvelles élites, mieux adaptées mais toujours élites. Le pouvoir de quelques-uns ne change pas, le tout est de s’immiscer dans la nouvelle donne.

L’auteur le plus connu aujourd’hui est Andrea Camilleri, né à Port Empédocle en Sicile (dont il a fait Vigata dans ses romans policiers) et mort à Rome en 2019. Il est l’auteur du commissaire Montalbano, qu’une série télévisée italienne a rendu célèbre dans la péninsule.

Selon le guide, il faut lire aussi Goliarda Sapienza, L’art de la joie, publié en 1998. Il s’agit de son enfance sicilienne brute et réaliste, dépucelage précoce, inceste, avilissement et trahisons. Un art de l’énergie et de la résilience, pauvreté dans l’enfance, emprise de l’Église à l’adolescence, bisexualité assumée dans sa jeunesse, découverte du communisme et de la maternité adulte. Modesta l’héroïne évolue avec le monde tout en restant fidèle à sa nature.

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Arthur Conan Doyle, Le signe des Quatre

Holmes et Watson s’affinent sous la plume de l’auteur ; ils en deviennent plus humains, plus étoffés. Sherlock commence, dans ce livre, par s’injecter de la cocaïne dans le bras, comme un vulgaire junkie. De quoi faire « interdire » le roman par les trompistes aux USA régressifs. Mais ce n’était pas une drogue interdite à l’époque, et il était de bon ton, parmi les milieux intellos, de tenter des « expériences » de décentrement de tous les sens (voir Charles Baudelaire, Thomas de Quincey, Théophile Gautier). Selon Holmes, la drogue aiguise son esprit, et surtout le désennuie. Il a besoin d’activité, et rester oisif n’est pas dans sa nature – il déprime.

Ce pourquoi, lorsqu’une jeune Mary se présente au 221b Baker Street et lui demande son aide, il saute sur l’occasion, sa raison en est avide ; Watson, quant à lui, saute sur la jeune fille, son cœur s’en éprend. Son père a disparu ! Bon, c’était il y a onze ans, mais une lettre mystérieuse vient de lui parvenir, avec en cadeau une perle de grand prix. La sixième perle depuis quelques années. Cette fois, est jointe une invitation pressante à venir à un rendez-vous, accompagnée si elle veut, mais surtout pas par la police. De quoi allécher Holmes et Watson, qui s’y rendent derechef avec elle.

Commence alors une invraisemblable histoire de corruption et d’exotisme, de trésor et de trahison. Même schéma que dans Étude en rouge, un meurtre au présent à Londres fait remonter tout un passé dans l’empire. Un homme est tué dans sa chambre, porte et fenêtre fermées de l’intérieur, sans blessure apparente. Il est le jumeau de celui qui a convoqué Mary, fils d’un major des Indes revenu avec un trésor volé. Les Quatre veulent se venger. Ce sont eux qui ont pris le trésor d’Agra, lors de la révolte des Cipayes, et ont juré de se le partager une fois libres. Mais ils ont été arrêtés pour meurtre (en temps de guerre…) et envoyés au bagne dans les îles Andaman, dont les indigènes sont des pygmées. Ils ont soudoyé deux officiers pour obtenir de quoi s’évader, mais l’un d’eux a trahi et a volé tout le butin, au mépris de sa parole : celui qui vient de mourir.

Holmes est aux anges, une bonne énigme à résoudre, avec peu d’indices ; Watson est aux anges, une bonne fille à aimer, malgré l’obstacle de sa subite richesse. Laquelle va s’évaporer en conclusion, le coffre étant vide et les pierres précieuses semées dans la Tamise. Mais c’est moral. L’atmosphère grise et brumeuse de Londres, le labyrinthe de ses ruelles mal famées, la respiration des bateaux sur le grand fleuve, le drame gothique de l’avarice, la vengeance et l’amour, rendent ce roman policier captivant.

Sherlock, véritable « machine arithmétique » comme le dit son compère, va-t-il perdre Watson, en passe de convoler en justes noces ? Le solitaire n’aime pas être isolé, sa raison a besoin de stimulants humains. La candeur de Watson, la bêtise des policiers, les yeux aigus et fureteurs des gamins des rues pieds nus et en loques qui lui servent d’espions pour quelques shillings, sa logeuse aux petits soins – tout cela lui est indispensable. Il n’est pas un robot, même s‘il a hypertrophié le cérébral. Au détriment du physique, mais qu’il a développé adolescent, en témoigne un ancien champion de boxe qui le reconnaît pour avoir combattu contre lui, et il se défendait vaillamment. L’idéal (issu des Grecs et des Romains) du « gentleman » harmonieusement cultivé par un esprit sain dans un corps sain est réaffirmé, pendant à la sportivité populaire. Même si Watson apparaît plus équilibré, malgré sa blessure de guerre qui le diminue, les deux se complètent.

Sir Arthur Conan Doyle, Le signe des Quatre, 1890, Livre de poche 2015, 150 pages, €4,90, e-book Kindle €0,99

Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes coffret tome I et II, Gallimard Pléiade 2025, 2320 pages, €124,00

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Agrigente, la vallée des temples 2

Le temple d’Héraclès, après la Porta Aurea, dont Verrès a tenté de voler la statue de bronze, a été lui aussi anastylosé par sir Alexander Hardcastle au début du XXe siècle. Ce capitaine de l’armée anglaise a acheté en 1921 une parcelle de terrain et a bâti sa maison près du temple d’Héraclès. Il y vivra jusqu’à sa mort en 1933. Il a financé de nombreuses fouilles archéologiques et a fait redresser huit colonnes du temple d’Héraclès. Nous visitons d’ailleurs la courte exposition qui s’y tient, laquelle nous présente que deux ou trois peintures intéressantes du baroque italien.

Un enclos de chèvres de race locale Girgentana, montre des bêtes aux cornes entortillées en forme de lyre. Les Grecs ou les Arabes auraient importé ces chèvres d’Afghanistan. Son lait est très renommé pour sa teneur en protéines et la race, vouée à disparaître, est désormais sauvées par une association.

La lune s’élève, pleine, à l’opposé du soleil qui se couche. Une statue de bronze d’Icare aux ailes brisées de l’artiste contemporain Igor Mitoraj, un Polonais, trône devant le temple F, dit de la Concorde, depuis 2011. Lequel temple, érigé en 440 avant pour les Dioscures, est le mieux conservé parce que transformé un temps en église par les chrétiens. L’évêque Grégoire l’a consacré, au VIe siècle après, aux saints Pierre et Paul. Il élève ses six colonnes de face pour treize de côté vers le ciel bleu nuit. Les projecteurs leur donnent une belle couleur orangée, intermédiaire entre celle de l’astre finissant est celle de l’astre montant. Une nombreuse jeunesse s’est assise devant le temple pour jouir de l’instant. L’endroit était peut-être consacré aux Dioscures, les fils jumeaux de Léda, Castor et Pollux. Le mari de Léda était Tyndare, le roi de Sparte, mais le père biologique des gamins unis comme des frères était Zeus. Des niaises aux gros seins moulés dans des hauts blancs profitent des derniers rayons de l’astre pour se faire prendre les bras levés. Je parle de photo. Comme si elles tenaient le temple à bout de bras, à la mode du narcissisme de dérision des réseaux sociaux anglo-saxons. Un jeune homme bien bâti, bien planté sur terre par des pieds en canard, est flanqué d’un copain qui garde ses lunettes noires même en pleine obscurité. Ce doivent être des lunettes de vue qu’il ne peut enlever sous peine de buter sur les pierres.

Journée fatigante mais passionnante et très variée. Nous ne revenons à l’hôtel pas à pied, trop long et de nuit, mais en bus, en passant par la route qui longe les temples illuminés. Nous les verrons de loin de la terrasse des jardins de notre hôtel, mais ils sont trop petits pour être photographiés avec netteté. C’est une dernière lumière de Grèce, même si les paléochrétiens ont creusé les fondations du temple pour en faire leurs sépultures.

Nous dînons aussitôt à l’hôtel, à peine avons-nous le temps de nous laver les mains car il est tard. Le menu est à peine meilleure qu’hier, composé de risotto au citron avec des brins de courgettes grillées, une tranche de bœuf sauce champignon poivron assez fade, et d’une glace aux amandes. Le vin rouge que nous choisissons cette fois, un Syrah, plus vert qu’hier, de la récolte 2022, est moins goûteux au palais. C’est un vin de soif, pas trop cher., Pour les deux soirs, l’eau et le vin nous reviennent à 12 euros par personne.

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Michel Santi, Une jeunesse levantine

Michel Santi est un original, et cette autobiographie en « réécriture subjective », comme l’analyse Gilles Kepel dans sa préface, donne les clés de son intelligence « décalée ». Il publie en effet le 3 mars de cette année dans La Tribune, le journal français de la bourse, l’engrenage d’un scénario apocalyptique déclenché par Trump – qui, heureusement, ne s’est pas produit. Ou du moins pas entièrement.

Michel est en effet né à Beyrouth en 1963 de Paul Santi, diplomate français issu d’une famille de Français d’Égypte, Compagnon de la Libération, et de Nadia Rizk, issue d’une des grandes familles chrétiennes orthodoxes du Liban. Français de naissance, élevé au collège jésuite français Notre-Dame de Jamhour, il quitte le Liban avec son père mais sans sa mère, à 12 ans en 1975, lors du déclenchement de la guerre civile.

Il part à Djeddah, en Arabie saoudite, où son père est nommé et, à 12 ans et demi, est invité par un prince saoudien de 50 ans à l’accompagner en pèlerinage à La Mecque. Son père ne pouvait pas, devant demander l’autorisation au ministère. Ce prince, prénommé Abdallah, sera roi d’Arabie saoudite en 2005. Ce passage à la puberté est une véritable initiation, comme les Grecs antiques l’organisaient pour leurs garçons, les confiant à un mentor plus âgé. Michel dira qu’il est parti du Liban « innocent et pur », ce qui signifie qu’il y reviendra différent. Gilles Kepel le suggère en passant lorsqu’il évoque le jeune compagnon du prince en « éphèbe chrétien ». Le pèlerinage exige la pureté du corps, mais l’avant et l’après sont libres. L’initiation à l’antique est autant spirituelle que de caractère, l’affectivité et la sensualité restant loin en second. Khomeiny, lorsqu’il le rencontrera, sera impressionné par cet aspect de l’éducation de Michel.

Rejoignant sa mère à 13 ans via Chypre, dans un Liban en guerre civile, il rencontre Sandy (Iskandar Safa), qui a alors 21 ans et milite dans la milice chrétienne nationaliste des Gardiens du Cèdre. Il deviendra homme d’affaires et de réseau, propriétaire des chantiers Constructions mécaniques de Normandie et de Privinvest, un géant international de l’armement et de la construction navale, ainsi que de l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Il négociera en 1988 la libération des otages français du Liban. Il est l’amant de sa mère et l’adolescent Michel lie amitié, le suit, portant l’uniforme de la milice et chargé du dispensaire. Il rencontre le commandant afghan Massoud à Beyrouth, le futur terroriste chef de la branche militaire du Hezbollah Imad Moughanieh de son âge, puis Ali Hassan Salamé, dit Abou Hassan, cerveau des opérations terroristes de l’OLP (dont les fameux attentats de Munich contre les athlètes israéliens), qui est le mari de sa cousine Georgina et islamo-progressiste, ancêtre des islamo-gauchistes d’aujourd’hui.

« Les Palestiniens n’existent pas » (c’est ce qu’affirme par exemple Khomeiny p.170) ; ils sont arabes, dans l’histoire soit égyptiens, soit turcs, et ont une origine génétique commune avec les juifs. Expulsés de leurs terres par l’expansion d’Israël, ils sont exploités et manipulés par les puissances de la Ligue arabe pour mener leur jeu politique. Zuheir Mohsen, dirigeant de Saïqa, une faction palestinienne pro-syrienne et représentant à l’OLP affirmait en 1977 : « Nous parlons aujourd’hui de l’existence d’un peuple palestinien seulement pour des raisons tactiques et politiques, car les intérêts nationaux arabes demandent que nous posions le principe de l’existence d’un peuple palestinien distinct pour l’opposer au Sionisme. » Cancer du Proche-Orient, aucun pays « frère » ne veut d’eux sur son territoire, car ils créent bientôt une armée, menacent les institutions, gangrènent le pays de l’intérieur : la Jordanie les a chassés en septembre 1970 (p.141), le Liban les a chassé en 1982, l’Égypte les refuse en 2025.

Michel quitte la milice en fin d’année, las des massacres inter-ethniques et inter-religieux. « La terreur pour le plaisir, le sang pour le fun, la course aux martyrs, des deux côtés – de tous les côtés – vu qu’il y a autant de groupuscules que de causes, que de religions, que de sectes, que de villages, que de familles, que d’ennemis à abattre… » p.129.

Il rejoint son père nommé en Turquie, reprend ses études et passe brillamment le bac scientifique français. Il y rencontre un ami de son père, le résistant et espion Robert Maloubier, « Bob ». A 15 ans, il dîne chez sa cousine à Paris avec Sandy, Yasser Arafat (qu’il n’aime pas) et Shimon Peres (qu’il trouve froid). Sandy, qui veut désormais se faire appeler Iskandar, l’emmène à Neauphle-le-Château rencontrer l’ayatollah Khomeiny en exil, qui prépare son retour en Iran et la révolution islamique.

Il parle toute une après-midi avec lui, en tête à tête. « La cause palestinienne – qui est séculière – est devenue l’opium du peuple musulman, qui juge tout à travers son miroir déformant (…) Sous le prétexte de combattre Israël, ils asservissent leurs propres peuples et consolident leur tyrannie » (p.171), explique l’ayatollah au jeune garçon. Et de lui avouer qu’il va exploiter les Palestiniens lui-même pour diviser les pays arabes sunnites, afin d’imposer le chiisme, seule vraie foi en prolongement du message de Jésus. Et de lui exposer sa doctrine : « L’Islam, c’est la religion des opprimés. (…) Comme tous les chiites, je suis par définition contre la monarchie, contre toutes les monarchies, qui ne sont pour moi que des relents du polythéisme. (…) Tout est politique en islam ! » p.178. Son idée suprême est que la politique doit être subordonnée à la foi, inscrite dans le Coran et point barre. Puis il prend, selon le Michel Santi de 16 ans réécrit par l’adulte mûr de 60 ans, des accents Mélenchon :« Un pouvoir autoritaire est tout ce dont nous avons besoin. Ces créoles, ces Noirs, ces Arabes, ces pauvres, ces indigents de la démocratie, ils ne peuvent plus se satisfaire de simplement exister. (…) L’émotion est constructive, la raison fait des ravages. Voilà pourquoi je revendique la déraison. (…) J’appelle au désordre car l’ordre est ennuyeux. (…) Le relativisme – qui est une notion purement chiite par ses questionnements permanents – enrichit et libère » p.216. Il prône comme Trotski, la révolution permanente. Cette réhabilitation de l’émotion séduit le jeune Michel, qui a lu à 14 ans (p.152) le psychologue Pierre Janet.

Début 1979, Michel rend visite à sa cousine qui vient de perdre son mari assassiné par les services israéliens. Khomeiny veut le voir et lui demande de l’accompagner en Iran. Il a presque 16 ans et, une fois encore, est pris comme mascotte par un dignitaire musulman. Fils de diplomate français, jeune et chrétien, ami d’un prince saoudien, Michel est un « otage » parfait au cas où le retour se passerait mal. Car si Khomeiny est doux et poète lorsqu’on est d’accord avec sa façon de penser, il devient inflexible et sans pitié dès que l’on remet en question sa loi, donc Allah qu’il connaît par coeur (chapitre 44).

A 18 ans, Michel quitte la Turquie pour s’installer à Paris et commencer des études de médecine. Il réussit le concours à la fin de la première année mais, amoureux de Gilles, frère d’un condisciple de médecine d’un an plus jeune, est persuadé de rendre visite au Liban, que l’armée israélienne vient d’envahir. Gilles a un lointain cousin de 18 ans, blond et bien dessiné, dans l’armée d’occupation. L’assassinat du président élu du Liban Béchir Gemayel en septembre, suivi des massacres de Chabra et Chatila, incite Gilles à repartir en France tandis que Michel le quitte pour s’installer avec le cousin, qui déserte, écoeuré par les massacres israéliens. Shimon Peres le fait rapatrier à Paris comme indésirable en Israël, et le petit ami, sur le point d’être arrêté par l’armée, se tue.

Michel Santi ne reprendra pas ses études de médecine interrompues. Il se tourne vers HEC Paris, en sort diplômé, cofonde en 1993 sa première société de gestion de fortune indépendante à Genève, est naturalisé suisse en 1997 et développe ses activités jusqu’en 2005, où il devient consultant de banques centrales et professeur à HEC. Il a appris durant sa jeunesse à parler français, arabe, anglais, turc, et connu de multiples expériences. D’où son originalité à penser la finance. « L’incertitude est devenue ma meilleure alliée, et j’ai appris à la respecter. Surmonter l’inimaginable, se méfier du formalisme, survivre et même prospérer par temps de grandes volatilités » p.261. Penser autrement est la seule façon de profiter des engouements et des paniques – en investissant à l’envers du troupeau. Malgré une vie très différente, une âme sœur.

Michel Santi, Une jeunesse levantine – préface de Gilles Kepel, 2025, éditions Favre, Lausanne, 273 pages, €20,00, e-book Kindle €12,99

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La fiche Wikipédia de Michel Santi

Le blog de Michel Santi

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Agrigente, la vallée des temples 1

L’après-midi dans la vallée des temples est une visite très courue, au patrimoine de l’Unesco. Il y a du monde, même des lycéens et collégiens italiens. Il fait très chaud au début mais nous nous arrêtons souvent, à l’ombre, et le guide nous saoule moins. Il digresse peu et explique plutôt ce que l’on voit. La marche est lente parmi les sept temples de la colline méridionale, et les arrêts fréquents, ce qui nous laisse le temps de nous reposer.

Tout cela afin d’arriver au coucher du soleil seulement au temple dit « de la Concorde » et pour les illuminations de nuit au dernier temple. Celui-ci est fort imposant avec sa symétrie classique. Après la porte cinq, est remonté en partie le temple faussement appelé de Castor et Pollux, mais qui s’avère celui de Déméter, une déesse chthonienne. Sa reconstitution est un pastiche du XIXe siècle avec des pièces raboutées et récupérées sur le site, resculptées pour l’occasion. Mais faut-il railler cette tentative de redonner vie à un mythe ? Au vu des ruines éparses des temples suivants, peu attrayantes, reconstituer pour donner à voir, si ce n’est vrai, c’est bien trouvé – selon le célèbre proverbe italien si non est vero, e bien trovato !. Maupassant parlait de « colonnes éboulées (…) tombées (…) comme des soldats morts. »

Sous le temple, ont été retrouvés des statuettes de Déméter, ce qui peut laisser supposer un temple destiné aux Thesmophories, réservé aux femmes en âge de procréer, mariées et abstinentes depuis un mois avant la cérémonie, et cooptées entre elles. Il s’agit d’un rite de fertilité pour l’agriculture. Ces quatre colonnes sont devenues le symbole touristique de la ville.

Le temple de Zeus olympien in situ est immense. Il comprenait sept colonnes sur le devant et quatorze sur les côtés, 110 m de long. Les télamons, alternativement barbus et imberbes, étaient peut-être orientés vers l’intérieur et non pas vers l’extérieur comme on l’a longtemps supposé et tel que la reconstitution du musée le présente. Il n’y avait pas de toit, le sanctuaire était à l’air libre. Le temple n’était pas fini lorsqu’il fut détruit en 406 par les Carthaginois.

Toute une bande de ragazzi des deux sexes est en promenade sur le site, bavardant plus qu’écoutant leur professeur pérorer – il est vrai qu’il s’agit surtout d’un tas de pierres. Une petite espagnole de cinq ans s’amuse à monter et descendre les tambours brisés de colonnes et les morceaux morceaux épars des murs. Elle se fait morigéner par sa mère qui veut quitter le site, fatiguée. Je croise une jeune fille aux seins nus sous son corsage translucide noué négligemment. Le tissu lâche laisse voir l’intégralité du ventre et du nombril et, au-dessus, les deux renflements dégagés de la poitrine.

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Cette perle de facteur, dit Alain

L’invention de la Poste est preuve de société. « Le facteur est bienvenu partout ». Il apporte des lettres et emporte des lettres, « c’est comme s’il tendait d’un lieu à l’autre mille liens d’intérêt et d’amitié ».

Ce pourquoi, comme on était en décembre, le facteur apportait aussi ses souhaits et un calendrier. Chacun donne ce qu’il veut. « Je lui ai donné cent sous (5 francs 1908, l’équivalent de 20 F 2001 et de 23 € aujourd’hui) et une poignée de main », dit le philosophe.

Parce que le gouvernement qui le paye a beaucoup d’autres choses à penser avant de penser à lui. « Présentement ils discutent sur les canons, les obus et les bateaux » – 1908 est une année où l’orage monte, l’Allemagne et la France s’écharpent sur le Maroc depuis 1905. Le facteur a fait son métier, fidèlement. Il demande donc une « contribution annuelle » à ses assujettis, « fixée par vous-même d’après vos ressources et d’après les services qui vous sont rendus ». Rappelons que l’impôt sur le revenu n’existe pas encore, il ne sera institué que durant la guerre de 14. Une grève des Postes aura lieu trois mois plus tard, en 1909, avec 600 révocations.

Alain estime que l’institution du facteur est un progrès de société. « Si je devais payer un messager pour chaque lettre, mes ressources n’y suffiraient pas ». Faire société permet de mettre en commun le messager, de mutualiser la dépense. Plus, connaître « son » facteur est un lien supplémentaire de confiance. « Ton amitié me fait crédit ; nos promesses mutuelles valent mieux qu’une loi. » C’est un contrat de confiance, un lien personnel. « Cela va plus vite qu’une discussion au Parlement ».

En effet, élire des représentants pour débattre et décider des règles et des actions, ne suffit pas. Aucun citoyen ne peut se dédouaner de son sort, ni de celui de sa société. Les lois générales doivent être complétées par les liens d’homme à homme. Elles ne les remplacent pas mais viennent en sus, pour l’application pratique et l’huile dans les rouages. Un fonctionnaire des Postes n’en est pas moins humain. Trop confier à la bureaucratie déshumanise les relations. Pire encore quand la bureaucratie délègue à son tour comme aujourd’hui les relations à des machines, distributeurs robots et sites internet, IA ou touches de téléphone à cliquer. L’exemple du facteur est, pour Alain, ce lien qui doit subsister entre l’Etat et le citoyen. Un lien humain, en plus des règlements.

Matérialisé par ce cadeau fait en échange du calendrier et, mieux, de la poignée de main qui l’accompagne. C’est une sorte de lien personnel qui scelle un contrat entre égaux, comme il scellait hier l’hommage d’un féal à son suzerain.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Alain le philosophe, déjà chroniqué sur ce blog

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If… de Lindsay Anderson

La Bretagne qui se veut Grande a toujours considéré la discipline comme sa meilleure force. « Si vous savez obéir, vous savez donner des ordres », dit un professeur aux élèves de la Public School. Cette formation payante, réservée aux enfants de l’élite, doit former les cadres bien formatés de la société de demain. Elle se confit dans la Tradition, et les « chères vieilles choses » en deviennent sacrées, sanctionnées par la religion, en cette fin des années soixante. Le clergé justifie les professeurs qui encouragent l’armée – ces trois professions étant au service de la Reproduction sociale.

Le film, dont le titre est tiré du célèbre poème de Kipling, se veut un brûlot qui passe du documentaire à la fiction. Le collège est un univers clos où l’on vit entre soi. Les nouveaux, en la personne d’un Jute de 12 ans (Sean Bury), sont vite mis au pas. Les anciens les appellent « Scum », écume ou déchets. Tout leur enseigne la crainte sous le nom de respect. Les châtiments corporels sont la sanction ultime, assurés par d’anciens élèves surnommés Whips, ‘les Fouets’. Ils frappent à coups de trique les fesses des prévenus. Cela dérive vite vers un certain sadisme, effet du sexe constamment réprimé par la religion, la bourgeoisie, l’armée. La puberté fait bouillir les adolescents, badiner les grands au sujet de ceux qui deviennent « mignons », et dicte les gestes équivoques de certains professeurs, notamment ecclésiastiques.

Le sport, non seulement autorisé mais aussi encouragé, vise à défouler les pulsions, mais les douches sont le lieu où la nudité s’exhibe entre-soi. L’un des grands se baigne nu devant un domestique de 13 ans en uniforme cravaté, trop mignon pour n’être pas un peu « fille ». Bobby Philips (Rupert Webster) s’émerveillera de voir un grand faire évoluer son corps aérien au trapèze, puis finira dans le lit de Wallace, l’un des rebelles. Comme dans les collèges catholiques du continent, les amitiés particulières sont réprimées, mais inhérentes à la logique des établissements fermés où les garçons tourmentés de puberté restent entre eux.

Seuls trois rebelles résistent au système. Ce sont des Terminales, déjà mâles avec poils et moustache (non autorisée dans l’enceinte de l’école, pour préserver la vénusté idéale des élèves), et ils sont aptes à penser par eux-mêmes. Mick (Malcolm McDowell), Johnny (David Wood) et Wallace (Richard Warwick) décident d’organiser « la résistance » comme dans le film français de Vigo, Zéro de Conduite, sorti en 1933 face à la montée des extrémismes droitiers. Les trois jeunes considèrent que leurs études, destinées à former la future élite anglaise, suivent une méthode archaïque, autoritaire, dépassée et trop conservatrice. Au point de faire régresser la personnalité au lieu de l’épanouir. L’équilibre entre discipline et liberté s’est rompu, alors que la société évolue. Au lieu de s’adapter, le recteur est fier de vanter la sauvegarde, l’âme de l’Angleterre et de ses valeurs. L’esprit de soumission domine à l’école, formatée par la religion, la culture classique et l’entraînement militaire. Cela prépare une société soumise où tout sens de l’entraide et de la coopération est remplacé par la compétition de tous contre tous. Les chapitres du film sont toujours introduits par le rassemblement des élèves et des encadrants dans la chapelle de l’école pour communier via les chants religieux, célébrer la gloire de Dieu, de la patrie et de la Public School.

Le salut est dans la fuite à l’extérieur des murs. Deux des trois rebelles s’évadent et piquent une moto dans un stand d’exposition. Ils roulent dans la liberté de la campagne anglaise au printemps, ivres de vitesse et de lumière, jusqu’à un café isolé où Mick drague la serveuse, une jeune fille (Christine Noonan) qui ne se laisse pas faire. C’est « une tigresse », comme elle le dit, et il se fantasme à la baiser nu. Le combat de fauves à la Hobbes entre sexes reste dans le prolongement des valeurs inculquées par l’école, comme quoi la liberté reste à conquérir.

Pour leur attitude « insolente », leurs cheveux trop longs et leur contestation permanente, les Whips les puniront tous les trois à coups de trique. Seul Rowntree (Robert Swann) les applique, accent snob et conformisme social outré masquant ses pulsions malsaines envers les corps. Il ironise en effet sur les jeunes adolescents qu’il traite de pédés et s’évertue à les « pervertir ». Il se défoule à la trique sur les fesses des grands qui lui doivent soumission. Cela dans la neutralité lâche de la direction qui laisse faire les jeunes entre eux sous prétexte que cela les forme aux relations sociales.

Après l’exercice absurde d’entraînement militaire, où les petits chefs se prennent pour des guerriers en hurlant leur haine de l’ennemi, Mick décide de passer à l’action. Il tire à balles réelles (sans tuer personne) sur le vicaire en colonel et les élèves assemblés. Ils seront cette fois punis par le recteur lui-même, pédagogue aux méthodes plus libérales. Cela conduira les trois rebelles, aidés de leurs petits amis, la fille pour Mick et l’éphèbe Bobby pour Wallace, à découvrir une cache d’armes et de munitions dans les sous-sols de l’école qu’ils doivent ranger. Ainsi, un crocodile empaillé, un rapace, de vieux livres et meubles sont passés au feu, tandis qu’une armoire cadenassée révèle des bocaux de fœtus dans le formol, signe que les corps sont bien un objet d’étude pour l’école, et non pas ceux d’humains à respecter.

Cette cache servira au massacre final de grand guignol, lors de la cérémonie où assistent les parents, l’évêque et un général ancien de l’école – autrement dit l’alliance des nantis, du sabre et du goupillon. Il ne fera guère de victimes, l’idée étant de descendre surtout l’institution plutôt que les gens. Le film se termine d’ailleurs sur les tirs, sans que l’on sache comment les rebelles s’en sont sortis. Seule la fillei tire au revolver une balle entre les deux yeux du recteur. Ce qui était fantasme chez Mick devient réalité lorsque les femmes s’en mêlent – comme s’il fallait être étranger à l’école pour oser sortir de ses cadres. Le rebelle en chef, qui donnera le mauvais garçon d’Orange mécanique en 1971, écoute en boucle le « Sanctus » de la Missa Luba, jouée lors de chaque rentrée de l’école, signe qu’il est contaminé malgré lui.

Un film culte, sélectionné parmi les meilleurs films anglais, qui n’a pas pris une ride. Il a été longtemps censuré, malgré la palme de Cannes, et est très rarement passé à la télévision. Le passage épisodique du noir et blanc à la couleur, incongru aujourd’hui, était essentiellement liée à la pellicule disponible et aux problèmes de lumière pour le tournage.

Palme d’or Cannes 1969

DVD If…, Lindsay Anderson, 1968, avec Malcolm Macdowell, Iris Delaney, Ernest Leicester, Judd Green, Clea Duvall, Paramount Home Entertainment 2007, anglais seulement (il semble qu’il n’existe pas de dvd en français), 1h47, €8,15

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Agrigente, Santa Maria dei Greci

Après deux heures au musée, direction Agrigente-centre voir l’église Santa Maria dei Greci, Sainte-Marie des Grecs. C’est une église banale dont le seul intérêt est d’être établie au XIIIe siècle de notre ère sur un ancien temple à Déméter. Après de multiples volées de marches dans les ruelles, on peut apercevoir encore la base des murs antiques. Une crypte creusée au XVIIe siècle pour y momifier les capucins est visible. Aujourd’hui, plus de capucins mais un plancher de verre qui permet de voir les stalles vides. Une fresque du XVe siècle représente la Vierge offrant son sein au Bambin, lequel est représenté avec une tête d’adulte. Avant la Renaissance, on ne portait guère d’intérêt aux enfants. Quant au sein, il est détaché du corps, masqué par une tunique, et le lait coule dans la main.

Nous redescendons les multiples escaliers avec Eloi pour retrouver Mirande, l’ex-infirmière qui n’a pas voulu monter à cause d’une méchante tendinite au talon gauche. C’est une usure de l’âge, me dit-elle. Elle a arrêté a 70 ans, l’année du Covid. Dans ses dernières années, elle a été formatrice d’infirmières en libéral. Elle passe aujourd’hui ses journées à peindre et est présidente d’une association de peintres amateurs dans sa région. Eloi, quant à lui, pratique beaucoup la piscine municipale. Il est d’ailleurs vêtu comme un jeune garçon, sandales aux pieds et bermuda, le corps fluet, la tête sans âge malgré des cheveux blancs blonds, et des lunettes d’étudiant.

Nous déjeunons d’une salade et d’eau dans un bar près de la place ombragée, peut-être Nico Galli. Un collégien passe en T-shirt bleu marine, son copain en débardeur de la même couleur d’uniforme. Ddu plus habillé au plus nu, nous verrons successivement un sweat, un polo, un T-shirt un débardeur : qu’importe le vêtement s’il est uniforme – de la couleur imposée. Ils ont 14 ans et la fraîcheur de la jeunesse qui nous a fuie. Jim et Marina nous rejoignent par hasard pour choisir un gros plat de charcuterie qui met beaucoup de temps à se préparer mais se révèle plantureux. Au point qu’ils ne peuvent tout finir et qu’ils nous invitent à picorer quelques tranches ou morceaux.

Les autres sont partis voir la cathédrale, encore plus haut sur l’acropole, avec encore plus de marches à monter. Mérule ne prend pas de photo mais des pages et des pages de notes dans un carnet à spirale. Je ne sais pas ce qu’elle en fait ensuite. Elle est agrégée en anglais et spécialiste, selon Internet, de la période élisabéthaine. Cheveux courts, mâchoire proéminente, pas de seins, toujours en pantalon et chaussures plates, elle s’est façonnée une silhouette standard d’anglaise post-victorienne.

Nous sommes de retour à 14h30 à l’hôtel pour une sieste ou simplement nous reposer car il fait trop chaud et nous ne repartirons qu’à 16h30 pour visiter la vallée des temples et voir les couleurs au coucher du soleil.

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