Pourquoi Céline était antisémite

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Tut ! tut ! les censeurs, les ligues de vertu et autres vierges effarouchées, je vous vois venir ! Tout comprendre n’est pas tout pardonner. En revanche, bien comprendre permet d’éviter la reproduction des fantasmes et obsessions.

F. Mitterrand, ministre, en a fait l’une des personnalités célébrées par la France cette année… jusqu’à ce que le lobby juif lui fasse retirer le nom à peine un jour plus tard (après avoir interdit Stéphane Essel de Normale Sup). Good crif ! comme dirait Snoppy. On peut comprendre, sauf que le communautarisme n’est pas la solution. Le voile sur l’antisémitisme n’est pas plus acceptable que le voile islamique, question de débat démocratique. Planquer la poussière sous le tapis n’est pas faire le ménage ! Au contraire, mettre un couvercle fait toujours monter la pression. Qu’en est-il donc de ce sulfureux Céline ?

Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, sera mort depuis cinquante ans au premier juillet prochain. Il est né le 27 mai 1894. A son époque, ni le mobile ni Internet n’existaient, ce qui nous fournit une belle moisson de correspondances qui couvrent toute sa vie. La collection la Pléiade, chez Gallimard, a eu l’heureuse idée de forcer le politiquement correct qui voudrait qu’on ne parlât jamais de ce qui fâche et d’éditer en 2009 un choix étendu de lettres, sous la direction d’Henri Godard.

Qu’y apprend-t-on ? Que Céline, tout jeune avait la phobie des microbes, question de milieu et d’éducation, probablement. Qu’il a fait la grande guerre trop tôt et en est resté durablement marqué, jetant aux orties le froc des convenances avec la morale des curés ou des « démocrates ». Qu’il est resté autodidacte, n’ayant jamais été au lycée mais ayant passé ses bacs tout seul, ce qui l’a fait manquer la culture classique et sa maturation. Le « Juif » est pour lui un microbe social, une maladie contre les Aryens, tout ce qui est faiblesse et compromis est « juif ».

A 13 ans ½, en 1908, il écrit à ses parents : « Mon ami Kurt et beaucoup de gamins d’ici attrapent des refroidissements, c’est pas épatant : ils sont couverts comme avec du papier à cigarette. Ils ont au plus une chemise de toile, un veston et un gilet, un point c’est tout. Ils attrapent à ce régime une espèce d’influenza qui dure juste deux jours, c’est une maladie qui règne chaque hiver et qui paraît aux parents toute naturelle. Je prends beaucoup de précautions depuis que mon ami a cela. Je ne mets plus les pieds dans la maison et je suis toujours des plus prudents. Cela n’a rien d’épidémique et je suis bien persuadé que bien couvert et prenant toutes les précautions nécessaires je n’attraperai rien… » (p.34). Il précise, à 45 ans : « Enfant tous les conseils de santé m’ont été prodigués, je suis hygiéniste, formé à l’hygiène stricte depuis mes couches » (p.448). A l’une de ses petites amies en 1932 : « attention aux maladies » (souligné) p.337 puis, en 1933 à Robert Denoël : « L’eau de la Vendée est pleine de typhoïde » (p.394). Le sale, le caché, le grouillant, voilà ce qu’il hait.

Quant à la morale elle ne peut être que pratique, après la guerre « patriotique » la plus imbécile que le monde développé ait connue, fomentée par le parlementarisme des partis. Il écrit en 1934 à Elie Faure : « Tout système politique est une entreprise de narcissisme hypocrite qui consiste à rejeter l’ignominie personnelle de ses adhérents sur un système ou sur les « autres ». Je vis très bien, j’avoue, je proclame haut, émotivement et fort, toute notre dégueulasserie commune, de droite ou de gauche, d’Homme. Cela on ne me le pardonnera jamais » (p.416). Un peu plus tard au même : « Le complexe d’infériorité de tous ces meneurs est palpable. Leur haine de tout ce qui les dépasse, de tout ce qu’ils ne comprennent pas, visible. Ils sont aussi avides de rabaisser, de détruire, de salir, d’émonder le principe même de la vie que les plus bas curés du Moyen Âge » (p.418). Voilà « le Juif » plein de ressentiment qui pointe.

Car tous ceux qu’il n’aime pas deviennent « Juifs », comme Henri Beyle, dit Stendhal. Obsession de la décadence, de la pourriture, des bassesses encouragées pour acheter le pouvoir. En 1936, il écrit au journal Le Merle blanc : « Dès qu’un homme se croit à l’abri, dissimulé, il nous montre ce qu’il est vraiment dans le fond de son âme. Un con et un assassin » (p.510).

Sa paranoïa antisémite et sa « mystique raciale » se révèlent après les critiques baveuses sur son livre, ‘Mort à crédit’, paru en mai 1936. La montée du Front populaire et de son leader Blum, sa démission forcée en juin 1936 du dispensaire de Clichy dirigé par un Juif où il officie depuis douze ans, le font délirer. Il se sent persécuté et trouve un bouc émissaire en l’image du Juif suceur de sang, mythologie d’époque. Pourtant, avant cette date il encourage le mariage de son amie Cillie, Autrichienne, avec le juif Max qui lui a fait un enfant (et qui ira en camp de concentration). Il reste ami avec Elie Faure, médecin et historien d’art qu’il admire, bien qu’au quart juif comme il l’écrit lui-même.

Lucide par instant, il explique en 1938 à Lucien Combelle : « Le Juif n’explique pas tout, mais il catalyse toute notre déchéance, toute notre servitude, toute la veulerie râlante de nos masses, il ne s’explique lui, son fantastique pouvoir, sa tyrannie effarante, que par son occultisme diabolique, dont ni les uns ni les autres ne voulez être conscients. (…) Bien sûr que le Blanc est pourri ! (…) – mais le Juif a su gauchir cette pourriture en sa faveur, l’exploiter, l’exalter, la canaliser, la standardiser, la monopoliser comme personne. (…) Désorganisés contre férocement organisés – Larves contre fourmis. Libéraux contre racistes ! où allez-vous ! » (p.564). D’ailleurs, l’antisémitisme n’a pas vraiment pris en France, il s’agit plus d’une lutte pour les places que d’un racisme mythologique, à l’allemande. Il l’écrit en mars 1942 à Jacques Doriot : « Combien sommes-nous d’antisémites en tout et pour tout sur notre sol ? Je ne parle pas des badauds. A peine une petite préfecture !… et, parmi ces émoustillés, combien de chefs ? valables, armés, présentables ? Une douzaine… En ce moment décisif, inspiré, mystique, à quelle tâche les voyons-nous passionnément s’adonner ? A se tirer dans les pattes ! Ne parlons pas de la troupe, un seul souci : éliminer, dénigrer, exclure, reléguer au second plan le rival possible ! Moi ! moi ! moi ! envers et contre tous… La maladie du crapaud, jalousie ! Chacun vedette ! et seul en scène ! au palmarès ! au micro ! à l’Élysée ! Et merde donc pour l’équipe ! (…) Et crèvent tous les cons d’Aryens ! (…) La cause est perdue. Elle finit même, à tout prendre, par vous écœurer un peu, cette cause aryenne impossible » (p.691).

Les Français vaincus en 1940, le Parlement socialiste et radical-socialiste vautré aux pieds de Pétain, la foule veule qui rampe devant l’Occupant, voilà qui excite l’ire célinienne. En mai 1942 : « les dégoulis tropicaux avachis américano-youtres (…). Ajoutez à cette mélasse une bonne dose branleuse de mélancolie slavo-chinoise et le complot sera complet… Enculez l’aryen ! c’est le grand programme. Lui ramollir l’oignon, c’est le rêve de tous vos Lewis et de vos Stravisky biscornus – Les bougres savent bien ce qu’ils font… ! » (p.704).

Comment réagir ? Par l’éruption. Tel est le style de Céline, qu’il explique complaisamment en 1943 à Robert Brasillach : « Passer dans l’intimité même du langage, à l’intérieur de l’émotion et du langage, à l’aveugle pour ainsi dire comme le métro sans se préoccuper des fâcheux incidents de l’extérieur. Une fois lancé de la sorte, arriver au bout d’émotion en émotion – au plus près toujours, au plus court, au plus juste, par le rythme et une sorte de musique intime une fois choisi, à l’économie, en évitant tout ce qui retombe dans l’objectif – le descriptif – et toujours dans la transposition » (p.739). Il force un peu l’excuse, mais se révèle sur le fond en 1946 à Thorvald Mikkelsen, son avocat danois : « Aurais-je inventé l’antisémitisme ? (…) L’antisémitisme est aussi vieux que le monde, et le mien, par sa forme outrée, énormément comique, strictement littéraire, n’a jamais persécuté personne. D’autant que je n’ai jamais dans mes livres recommandé aucune mesure antisémite, j’ai recommandé l’émulation, le réveil des aryens abrutis, et l’union franco-allemande pour la Paix » (p.811).

Voilà comment un homme écorché par son milieu étriqué, traumatisé par la guerre, éreinté pour son style par les critiques ignares, a dérivé vers la paranoïa. Il a trouvé en son époque l’aliment pour son obsession du microbe qui affaiblit les organismes, du cancer qui ronge la société, du « juif » qui foule aux pieds toute morale au profit de l’arrivisme, exploitant sans vergogne les gogos. Mais « le juif » n’est qu’un bouc émissaire commode. Remplacez-le par « bourgeois » ou « capitaliste » ou, plus récemment par « islamiste », et vous aurez le même repoussoir.

C’est cela qu’il faut comprendre : l’antisémitisme est avant tout la haine de soi et de son milieu social étriqué. Charger l’autre de ses péchés permet de se purifier à bon compte, d’exsuder son ressentiment social et national. Célafôtâ ! est le grand cri du déni, il clame bien au-delà des races et des ethnies !

La transparence est donc utile à la démocratie, toute censure ne fait que conforter la théorie du Complot et engendrer l’extrémisme. Ce pourquoi le chœur des pleureuses qui hurle au tabou dès que quelqu’un prononce un mot grossier ne fait qu’amplifier la rancœur de ceux qui voudraient bien savoir. Les associations communautaires qui se font les procureurs de la Vertu ne défendent que des intérêts très particuliers. Les « procès » pour un détail ne font que ridiculiser la notion de justice, la censure des publications que donner envie de les lire, les cymbales bruyantes des « choqués » que mettre au jour l’intimidation d’un groupe restreint.

Oui ! Il faut parler de Céline, de son antisémitisme délirant, de ses préjugés irrationnels, de ses haines enfouies. Car cet antisémitisme pourrait être n’importe quelle déviance, à commencer par celle de qui n’est pas d’accord avec les autres. Faire la lumière reste la seule façon, depuis les Grecs, que nous avons d’écraser l’infâme en démocratie.

Louis-Ferdinand Céline, Lettres, édition Henri Godard, Gallimard Pléiade 2009

Des photos de Céline sur Overblog

Faut-il commémorer Céline ? Rue89 s’interroge, vidéos à l’appui.

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Alice Springs et les martiens

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Rentrés hier soir tard après avoir assisté au coucher du soleil sur Uluru, le départ vers d’autres horizons tarde.

La route est monotone, des arbustes, quelques collines au loin, un ciel moutonneux. Les Tahitiens, au fond du bus, se paient une partie de franche rigolade. Un arrêt dans un shop aborigène nous permet de découvrir de jolies peintures toujours très caractéristiques et des objets en bois. Les Aborigènes créent, les Blancs vendent et gèrent ces magasins. Il semblerait que les Aborigènes ne sachent pas gérer… et puis ils peuvent décider subitement de partir en brousse, laissant tout en plan ! L’appel du bush ? du désert ? Je me laisse séduire par un petit tableau aux couleurs douces. La vendeuse me donne la carte de visite de l’artiste avec photo (c’est une femme) et les dessins explicatifs de son œuvre. Les objets exposés sont fort jolis et moins chers qu’à Yulara. Évidemment nous avons quitté la zone touristique du Parc ! Un arrêt dans une station où ils élèvent quelques chameaux. Les néophytes grimpent sur le dos des vaisseaux du désert pour une courte, vraiment courte, ballade. Les premiers eucalyptus fantômes, à tronc blanc, apparaissent. Et voici au loin Alice Springs.

Alice Springs, arrosée par la Todd River, est située à 23° 42’ 00’’ de latitude Sud et 133° 52’ 01’’ de longitude Est, altitude 576 m, superficie 149 km². Elle comprend 25 000 habitants dont 17% d’Aborigènes, principalement des Arrente.

The Alice est posée au milieu du massif des McDonnell Rangers. Pour voir la ville de haut, montons sur l’Anzac Hill. Cette colline en plus d’offrir un vaste panorama sur les McDonnell Ranges et le désert, porte un monument aux morts datant de 1934.

Pour entamer la journée, lessive, petit déjeuner. La ville est petite, mais ne pas oublier qu’avec les centaines de kilomètres carrés d’immensité vide qui l’entoure c’est un centre régional. Au milieu du bush, c’est une oasis, le carrefour du désert du centre, un point de passage pour les touristes se rendant à Uluru. Passé le pont sur la rivière à sec, on découvre une allée commerçante, ombragée, animée, avec des galeries d’art local, des pubs, des restaurants.

Allons à la rivière : la Todd River n’a pas d’eau… pourtant chaque année, en septembre, la célèbre course de pirogues, « The Henley on Todd Regatta » a lieu dans le lit de la rivière… asséchée. La course est annulée si l’eau atteint plus que la hauteur du mollet. Les pirogues et les costumes des « piroguiers » tiennent du carnaval. Le spectacle est hilarant, voir tout ce monde courir, porter leur pirogue, dans le sable de la rivière, les chutes, les éliminations, la bataille navale, les gagnants. Redevenons sérieux et allons nous incliner sur la tombe du pasteur John Flynn au Mont Gillen. Direction Simpson Gap, vallée encaissée, entre des falaises rouges, se termine par une brèche dans la falaise. Nous croisons des road train, certains ont de 60 à 80 roues ! Le truck fait 500, 600, voire 800 chevaux ; il consomme un litre au kilomètre, a un réservoir de 3000 litres de fuel. C’est vrai que les trucks sont de beaux bébés rutilants de chrome !

Retour à Alice Springs. La ville a été inondée totalement dans les années 80 ; elle avait totalement disparu sous les eaux. Maintenant dans la ville sont creusés des canaux qui servent de déversoir en cas de fortes pluies. Nous rendons visite au « Royal Flying Doctor Service » où l’on nous explique le fonctionnement de l’institution, le centre de radio communication, les opérations quotidiennes dans l’Outback. Un petit musée présente des maquettes d’avion, de vieux équipements, même d’anciennes radios à pédalier. Un café, un restaurant ainsi qu’un petit shop vous délestent de quelques dollars, mais pour une noble cause.

Le départ est prévu pour 6 h, le ciel est blanc, le problème est récurrent : comment faire entrer dans la remorque toutes les grosses valises des Tahitiens ? Rob grogne. Allez, en route ! Arrêt pipi à Ti Tree, le pub le plus central d’Australie. « In the middle of nowhere » c’est un panneau routier, une station-service qui fait aussi pub, parfois camping. Une rencontre est programmée avec un bus de la même compagnie qui fait le trajet inverse du nôtre. Les retraités australiens sont sympa, quelques mots échangés, le temps de prendre quelques photos, et chacun reprend la route. A 380 km au nord d’Alice Springs, nous nous arrêtons au pays des petits hommes verts à Wycliff Well, « Ufo capital of Australia ». Nous nous sommes enquis de savoir si nous aurions la visite des petits hommes verts… mais il semble qu’ils n’arrivent que le soir venu, et il n’était que 13 heures !

Direction Karlu-Karlu (Devil Marbles ou Billes du Diable) pour une découverte photos. Le site est spectaculaire, de gros rochers ronds en équilibre très instable, disposés là par un savant architecte. Chaque groupe pourrait recevoir un nom ! Une légende aborigène stipule que ces billes seraient les œufs du serpent Arc-en-ciel. Nous approchons du but après 720 km. La chambre est très confortable. Dave et Jeff sont accueillis par leurs cousins descendus de Darwin pour les saluer et demeurer quelques heures avec eux (1200 km et autant pour le retour). Ces Australiens, ils ne doutent de rien !

Hiata de Tahiti

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Arni Thorarinsson, Le temps de la sorcière

Nous sommes en Islande durant l’ère de prospérité, quelques années avant la crise financière. Le petit pays de 320 000 habitants s’industrialise, les vieilles familles cèdent leurs entreprises à des conglomérats, les lycéens goûtent à la drogue de plus en plus jeune, les adultes s’alcoolisent par tradition le vendredi soir. Einar est journaliste. Envoyé dans le nord du pays comme à Limoges sous Napoléon III, il vit cet exil professionnel comme un moyen de mieux connaître les habitants.

C’est toute une faune locale pittoresque qu’il décrit par petites touches vivantes, dans le bled d’Akureyri, capitale du nord. Quiconque est allé dans ce pays rude reconnaît sans peine le décor sauvage et ses habitants attachants. L’auteur n’a pas son pareil pour croquer les politiciens à langue de bois, les néo-industriels à l’américaine, les policiers imbus de leur fonction, les tensions avec les immigrés venus de l’est ou du sud, les adolescentes potaches, les lycéens branchés qui intercalent de l’anglais tous les deux mots, les maisons de retraites aux vieilles scotchées devant la télé pour voir ‘Les feux de l’amour’.

Une femme tombe d’un raft dans une rivière glacée ; elle était sous médicaments et meurt, mais surtout d’un traumatisme crânien pour avoir rencontré un rocher. Un trio de skinheads, drogués et violents, sèment la terreur dans les bars à immigrés ; son chef est le fils d’une huile locale, ce qui n’arrange rien. Une troupe du lycée prépare la première d’une pièce de théâtre viking, ‘Loftur le Sorcier’ ; sa vedette est le beau Skarphedinn, musclé, cultivé et sûr de lui. De ces fils bigarrés, Arni fils de Thorarin, va faire un écheveau. Le lecteur ne sera éclairé que dans les derniers chapitres, baladé tout au long sur des pistes improbables. Car tout se tient…

Le lien, c’est le nouvel état d’esprit en Islande. La montée de l’individualisme, de l’égoïsme, du plaisir pris ici et maintenant en manipulant les autres si besoin est. Tout ce qui vient de l’Amérique libertarienne, où le ‘libéralisme’ n’a plus rien à voir avec celui de la vieille Europe. « Mes désirs sont puissants et dénués de limites. Au commencement était le désir. Les désirs constituent l’âme des hommes. » Ainsi parlait le Sorcier incarné par le jeune homme. Il ne jouera pas la pièce, retrouvé le crâne défoncé dans une décharge industrielle quelques jours avant la Première. Il avait pourtant cristallisé autour de lui un aréopage de jeunes filles et d’hommes mûrs, attiré par son soleil. Il était monté à 14 ans à Reykjavik pour jouer un téléfilm, ‘Le chevalier de la rue’, où il chevauchait en justicier chef de bande une mobylette.

Un roman policier qui est conte philosophique, voilà ce que nous offre l’auteur islandais. Ce n’est pas un hasard si l’intrigue se passe durant la semaine sainte de Pâques, la plus importante dans le calendrier de l’Église (luthérienne en Islande). « Les événements de la semaine sainte nous aident à comprendre le sens de la souffrance dans notre propre existence », dit le pasteur. A qui le dit-il ! Ses paroles sont prophétiques, le lecteur comprendra à la fin. L’effondrement de l’égoïsme dans la faillite bancaire, quelques années après ce roman, était d’autant mieux annoncé.

Arni Thorarinsson, Le temps de la sorcière, 2005, Points policier, Seuil, 426 pages

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Alix orphelin du 21 janvier

Le 21 janvier sont morts nombre d’illustres : Louis XVI a perdu la tête en 1793, Lénine la vie en 1924 (il avait perdu la raison avant), Méliès a cessé son film en 1938, Orwell de hanter les dictatures en 1950. Et puis il y a Jacques Martin. Il a quitté le soleil et ses héros le 21 janvier 2010.

Le père d’Alix le gaulois est mort à un âge canonique, mais son œuvre demeure. La joie du créateur est de donner naissance aux dieux. Alix et Enak, héros devenus romains, ont des dieux l’absence d’ombre, la pureté des principes et l’éternelle jeunesse ; ils rayonnent. Le dessin est classique, la plastique antique et les histoires typiques. Jacques Martin obéit aux canons de l’éducation modèle du jeune garçon dans la seconde moitié du XXe siècle.

Il faut remettre les aventures d’Alix dans leur contexte. Il est celui d’une bande dessinée à épisodes, publiée chaque semaine dans le ‘Journal de Tintin’ et destinée aux 7 à 17 ans (les 77 ans ne le liront qu’à la retraite). Il est nécessaire à tout auteur pour ce public de captiver, de faire s’identifier et d’édifier. D’où l’origine diverse des personnages, Alix le Gaulois et Enak l’Egyptien, flanqué plus tard d’Héraklion le Grec. Les aventures à répétition exigent que chacun soit indépendant, donc orphelin et adopté, nantis d’une certaine fortune pour ne pas avoir à travailler. L’éthique boy-scout issue du catholicisme belge, est diffusée en même temps qu’un goût pour la morale romaine antique en usage dans les pensionnats chrétiens que Jacques Martin a fréquentés.

L’époque de cette BD (née en 1948) est à l’éducation spécialisée des jeunes garçons et Alix s’adresse moins aux filles bien qu’il ait beaucoup de lectrices ! L’amour existe, filial envers les adoptants ou les parrains, sexué à peine lorsque des filles tombent amoureuses d’Alix (Héra, Ariela, Sabina, Lydia, Samthô, Malua, Saïs). Il est amical principalement.

C’était dans les mœurs romaines, mais aussi dans l’éducation masculine des Frères des collèges chrétiens que d’exalter l’amitié. Certains y ont vu une homosexualité, pourquoi pas ? Parlons plutôt d’homo-érotisme, ce n’est pas la même chose, n’en déplaise aux con(cul)pissant en freudisme obsédé. Les psychologues modernes nous apprennent combien chaque adolescent est ambigu et préfère un temps ses pairs au sexe opposé. D’autant que les bien-pensants ont poussés de hauts cris lorsque Malua a été dessinée seins nus. Mais le concept même d’homosexualité n’existait pas dans l’antiquité (relire ‘Le Banquet’ de Platon). Les amitiés d’Alix sont sublimées et admises ; elles élèvent l’âme, comme chez Platon, Montherlant et Yourcenar.

Enak est le petit protégé d’Alix et le duo, auquel se rajoutera l’enfant grec Héraklion lorsqu’Enak grandira, est le ressort de maintes situations dramatiques. C’est parce qu’il l’aime qu’Alix se compromet pour Enak, c’est par fidélité qu’il lui pardonne sa trahison, c’est par reconnaissance qu’Enak mûri sauve Alix à son tour… L’intérêt des histoires est que les héros grandissent, comme dans la vie. Alix a environ 15 ans lorsqu’il est esclave des Parthes et dans les 20 ans au bout des vingt albums dessinés par Jacques Martin. Enak a autour de 10 ans lorsqu’il fait connaissance d’Alix dès le second album ; il aura dans les 15 ans à la fin. D’où le surgissement d’Héraklion, 12 ans, pour réinitialiser l’identification des jeunes lecteurs.

La suite post-Martin verra se figer les âges et se dégrader le dessin, les personnages passant parfois entre plusieurs mains dans le même album et la morale se faisant nettement moins vertueuse, souvent vautrée sans recul dans la complaisance d’époque. Nous voulons garder quant à nous l’image d’Alix en sa splendeur, jusqu’à ‘Ô Alexandrie’. Le reste ne vaut pas grand chose, il tombe dans la marchandisation démagogique de la série culte.

Dans les albums écrits et dessinés par Jacques Martin lui-même, chacun trouve son bonheur selon son âge : fierté d’avoir un protecteur, une sorte de grand frère sans les jalousies de famille pour Enak et Héraklion ; plaisir de protéger et d’initier les plus jeunes pour l’aîné. Le modèle est celui des pensions et du scoutisme originel où chaque âge est responsable de la formation du suivant. Il correspond assez à la psychologie enfantine qui ne prend jamais pour modèle que l’immédiatement plus âgé.

L’éducation sentimentale des amours et amitiés se double d’une éducation physique due aux aventures. Elles exigent de courir, monter à cheval, nager, pagayer, tirer à l’arc ou tirer l’épée, escalader, ramper, prendre de l’initiative. D’autant que nos héros sont volontiers frappés, assommés, enchaînés, fouettés, menacés, empoisonnés, leurs vêtements déchirés. L’âge fait préférer aux lecteurs l’action virile aux badinages avec les filles ; ils frémissent volontiers aux corps dénudés tourmentés par les pierres ou les méchants qui défoulent leurs fantasmes.

L’éducation civique est celle de Rome, civilisation contre barbarie. Certes, Rome opprime les peuples de ses marges, mais elle donne un ordre au monde et permet la culture. L’alternative à la Rome de César est l’Égypte pharaonique, dessinée en une sorte d’Allemagne tentée par le nazisme avec restauration envisagée de l’ancien régime ethniquement pur et clérical. Ou bien la Chine totalitaire, où les individus sont des pions pris dans la tradition et le bon-vouloir impérial.

Alix, enlevé tout petit à ses parents, s’est trouvé un protecteur avec le musculeux Toraya, puis un père adoptif avec le bon Graccus, enfin un modèle civique avec César. Esclave, il a été délivré par l’armée romaine. Il n’aura de cesse de devenir protecteur à son tour et chantre de la civilisation romaine. On peut y voir la métaphore de l’Europe d’après-guerre, délivrée des nazis par l’armée américaine et protégée de la barbarie soviétique par l’OTAN. On peut y voir aussi un écho de la déclaration de Philadelphie – en 1948, date du premier Alix – où l’Organisation Internationale du Travail déclare que l’être humain a une dignité intrinsèque, qu’il ne peut être traité ni comme bête, ni comme marchandise.

Mais Alix traverse les époques parce qu’il met en scène des personnages complets, des modèles d’identification pour gamins d’Occident. Il vieillit moins vite que Guy Lefranc dessiné aussi par Jacques Martin. Ce journaliste, parrain de l’orphelin Jeanjean qui fut scout à ses débuts, est bien daté.

Jacques Martin chez Castermann (mes albums préférés sont marqués de trois étoiles ***) :

1 Alix l’intrépide
2 Le sphinx d’or ***
3 L’île maudite ***
4 La tiare d’Oribal
5 La griffe noire ***
6 Les légions perdues
7 Le dernier spartiate ***
8 Le tombeau étrusque ***
9 Le dieu sauvage
10 Iorix le grand
11 Le prince du Nil ***
12 Le fils de Spartacus ***
13 Le spectre de Carthage ***
14 Les proies du volcan ***
15 L’enfant grec ***
16 La tour de Babel
17 L’empereur de Chine ***
18 Vercingétorix
19 Le cheval de Troie
20 Ô Alexandrie

Avec Alix, l’univers de Jacques Martin, Castermann, 288 pages, 2002, €33.25
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Uluru les rocs rouges et Kata Tjuta

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Nous nous approchons d’Uluru (Ayers Rocks). Les paysages variés se succèdent. Rob enfourche la piste avec son 4×4. La piste traversière est rouge, roulante et c’est parti pour un bon 100 km/h. Fabuleux les tons de rouge, le camion est suivi d’un nuage de poudre de riz opaque, Rob est seul sur la piste, personne à l’horizon, personne derrière. De temps à autre un arrêt pour nous décoincer les jambes, photographier l’incroyable, le sable rouge, les buissons verts, les eucalyptus, les acacias, le ciel bleu, les melons verts du désert.

Soudain très proche, un troupeau de chameaux sauvages qui broutait paisiblement se trouve face au puissant cheval blanc. Le mâle de la troupe s’interpose entre l’étalon blanc et ses femelles. Le temps que tous nous mettions dans la boîte ce spectacle et hop, le troupeau de chameaux s’éloigne au petit trot.

Nous arrivons près du Mont Conner, découvert par William Goss en 1873. Ce mont tabulaire se dresse à 344m au-dessus de la plaine. Sa base est de 32 km. Avec Ayers Rock (Uluru) et les Olgas (Kata Tjuta), ils forment les 3 Tors (large base rocky Hills). Conner est constitué de « mainly of Carmichael Sandstone » (chaux). Il est sis sur la propriété de 416 410 hectares de la famille Severin où nous allons passer la nuit. Ce sera notre point de départ et de retour pour notre journée à Uluru et aux Devils Marbles.

Pour le moment, tour de la propriété où de multiples cages contiennent des perruches de toutes couleurs ; un enclos où un émeu et un kangourou semblent être enfermés pour recevoir des soins. Un autre émeu se promène librement au milieu des chambres et bungalows. Cet animal a un fort caractère et cherche noise parfois aux promeneurs. Il gênera Rob qui préparait le petit déjeuner, et recevra un magistral coup de pied aux fesses, outré qu’on le traite ainsi il s’éloignera très rapidement !

Uluru, Brrr ! Il fait froid ce matin, 10°, vite au p’tit déj et en route pour le monolithe. Uluru se situe au sud-ouest du Territoire du Nord, au cœur de l’Outback australien, au sein du parc Uluru-Kata Tjuta, près de la petite ville de Yulara. Le village a été aménagé pour satisfaire le désir de confort des touristes dans cette région inhospitalière. Chacun a vu au moins une fois une photo d’Uluru (ou Ayers Rock).

Au centre de l’Australie, dans le Territoire du Nord se dresse cette formation rocheuse en grès. C’est un lieu sacré pour les Aborigènes ; à la base d’Uluru ils pratiquent des rituels et réalisent des peintures rupestres d’une grande importance culturelle. Cet inselberg, campé au milieu du bush ressemble à un énorme animal endormi depuis plusieurs millions d’années. L’une des particularités de cette formation est que la couleur de sa robe change avec la couleur du ciel, déployant une palette de rouge, d’orange, de violet suivant les heures et les conditions atmosphériques. Il possède aussi des singularités géologiques et hydrologiques. Ce lieu a été découvert par les Occidentaux en 1873. Le nom de ce rocher n’a pas de signification particulière. Il est haut de 348 m à partir du sol et de 863 m par rapport à la mer. Son périmètre est de 9,4 km, sa longueur de 2,5 km. Il est l’un des symboles de l’Australie et a une importance culturelle pour les Anangu. De quarante-six espèces de mammifères indigènes qui peuplaient ce lieu il y a une dizaine d’années, il n’en reste que vingt-et-une ; soixante-treize espèces de reptiles. L’ascension d’Uluru est le but de nombreux visiteurs. On a posé des chaînes pour faciliter l’ascension qui demeure périlleuse. Lors de notre visite l’ascension était interdite à cause d’un fort vent ce qui a réjoui Rob et Dave, redoutant l’accident. On peut se promener sur plusieurs sentiers aménagés autour d’Uluru.

Histoire d’Uluru et du peuple Mala Wallaby. De petite taille, le wallaby est un membre de la famille des kangourous. Autrefois ils vivaient à Uluru, actuellement, on ne les trouve plus que dans le désert de Tanami. « Le peuple Mala avait coutume d’organiser des inma (cérémonies) sur le côté nord d’Uluru. Dans la société aborigène, certaines inma sont exclusivement réservées aux femmes et d’autres aux hommes. Un jour, le peuple Mala se préparait à célébrer une cérémonie spéciale pour les hommes. Les hommes avaient planté le mât cérémonial, le Ngaltawata, au sommet d’Uluru afin de commencer leur cérémonie quand deux visiteurs arrivèrent de la région Docker, loin à l’ouest. Ces visiteurs étaient des hommes Graines de Mulga. Ils invitèrent les Mala à participer à une inma dans leur pays. Le peuple Mala répondit : « Nous ne pouvons pas y aller. Nous venons de commencer notre propre cérémonie et nous ne pouvons pas l’interrompre maintenant. » Les hommes Graines de Mulga furent très déçus, ils retournèrent chez eux et ils dirent à leurs anciens : « Notre invitation a été refusée ». Les anciens Graines de Mulga décidèrent de punir le peuple Mala. Ils créèrent un mauvais esprit sous la forme d’un dingo géant appelé Kurpany. Ils ordonnèrent à Kurpany d’aller à Uluru et d’en chasser les Mala. Kurpany traversa rapidement les dunes. Certains disent qu’il se déguisa en changeant maintes fois de forme en chemin. Parfois il était dingo, parfois un oiseau, parfois un lézard, puis à nouveau un dingo. Quand il arriva à Uluru, il s’arrêta derrière la dune la plus proche. Kurpany jeta un coup d’œil par-dessus la dune pour voir où se trouvaient les Mala. Il vit les femmes et les enfants près de leurs cavernes et il vit les hommes rassemblés sur le lieu cérémoniel. Il décida d’attaquer les femmes d’abord. C’était Lunpa, la femme Martin-Pêcheur. Elle donna l’alerte en s’écriant : « Il y a quelque chose de maléfique là-bas, près de la dune. » Les femmes et les enfants aperçurent Kurpany et, terrifiés, s’enfuirent, droit vers le lieu de cérémonie des hommes. Kurpany se lança à leur poursuite et les hommes essayèrent de l’arrêter. Mais ils étaient bien impuissants face à lui. Certains Mala furent tués au cours de la bataille. Kurpany chassa le peuple Mala loin vers le sud. Ils ne revinrent jamais à Uluru. »

Kata Tjuta (The Olgas) dont le nom aborigène signifie « l’endroit des nombreux dômes » se trouve à 42 km à l’ouest d’Uluru. Ce sont 36 dômes rouges de taille variée, serrés les uns contre les autres, sans doute pour se protéger des nuits froides du désert. Le Mont Olga (nom d’une princesse russe), le plus haut, mesure 546 m. Le décor est fascinant, les monolithes de grès rouge, défilés et vallées incitent à la méditation. Les Anangu leur accordent la même importance spirituelle qu’à Uluru. Certains de ces dômes représenteraient des Pungalungas, géants protecteurs des tribus aborigènes.

Hiata de Tahiti

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Elisabeth George présente Mortels péchés

De ces 23 nouvelles, Elisabeth George n’en a écrit qu’une seule. Elle préface ce recueil de ses élèves qui a pour thème les sept péchés capitaux. Le meurtre a souvent pour mobile le cul, le fric et le pouvoir, mais pas seulement. Elisabeth George, qui donne des cours d’écriture chez elle à l’occasion, a fait plancher ses étudiantes sur deux péchés capitaux : l’avarice et la luxure. Car il y a une autre originalité de ce recueil : ce ne sont que des femmes qui l’ont écrit. Avec la Bible et le féminisme, nous voici plongé dans l’Amérique hystérique, particulièrement contemporaine.

Il n’y a pas de sang dans chacune des nouvelles, parfois même arrive un joli miracle (Tout peut aider), mais en général les hommes ne sont pas à la fête et les femmes se montrent telles qu’elles sont. Un homme, ce n’est guère qu’une queue et des muscles – voilà l’image qu’a la femelle américaine des mâles du cru. Une femme, c’est une égoïste qui se meurt de solitude – voilà l’image donnée par la femelle américaine de sa propre espèce. Avec ça, vous regarderez l’Amérique autrement.

Tout commence par une poufiasse boulimique (Chocolat noir) qui compenses ses frustrations en s’enfilant des gâteaux pour ne pas que les autres en aient. Très américain, ça ! Cela continue par un geek largué par sa pétasse et qui la surveille via l’informatique (De quoi j’m’e-mail ? – très bon titre en traduction). Il y a La fièvre de l’or et Crime au Capitole où l’arnaque Internet et la vengeance entre politicards se taillent la part belle entre deux baises. Une mère méritante se venge d’un fils drogué (Couguar) tout en satisfaisant ses propres appétits. Une fille de rien fantasme d’être quelque chose et croit qu’un déguisement suffit pour arriver dans la vie (Les vêtements des autres) ; le problème est qu’elle n’est pas seule à être aussi futée… Et c’est une prof d’anglais (l’équivalent chez nous d’une prof de français) qui écrit la nouvelle ‘Comment je me suis éclaté pendant les vacances’ : un ado de seize ans croit le grand jour arrivé en draguant une copine ; il le raconte en classe sous la forme d’une rédaction, malgré le vocabulaire limité et déformé de sa génération. La nouvelle écrite par Elisabeth George est quant à elle subtile et peut-être une tentation autobiographique (Jenny, mon amour).

Plonger dans les eaux profondes des mentalités féminines aux États-Unis, ce n’est pas si mal pour un recueil aussi gros. L’intérêt des nouvelles est inégal, certaines ne vous donneront pas envie de connaître une quelconque Américaine, mais vous ne vous ennuierez jamais ! Un très bon livre à offrir à ceux qui baillent passé vingt pages, comme à ceux qui ont un long voyage en train ou en avion à faire. L’intérêt des nouvelles est qu’on peut lire à petite dose.

Elisabeth George présente Mortels péchés (Two of the Deadliest), 2009, Pocket octobre 2010, 659 pages

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Les opales de Coober Pedy

Article repris par Medium4You.

Coober Pedy, moins de 3000 habitants. La matinée est réservée à la découverte de l’étrange ville troglodyte, capitale de l’opale. Il y a 150 millions d’années un océan recouvrait la région, la silice s’est déposée dans les cavités, les fractures du sol. Cooper Pedy est situé sur le plus grand gisement d’opales du monde, 70% de la production d’opales sont extraites des mines de la région, les 30% restant provenant du Queensland et de la Nouvelle Galle du Sud. L’opale est une pierre semi-précieuse opaque ou translucide (variété de silice hydratée) à reflets irisés. Opales noble, de feu, miellée, commune, arlequin. Les plus fameuses des opales australiennes sont : la Noire de Lightning Ridge en Nouvelle Galle du Sud, gemme sombre striée de rouge, de bleu et de vert ; la blanche de Coober Pedy et la Boulder (opale de roche) de Quilpie.

La ville ressemble à un immense chantier : des monticules, des tranchées, des fosses, des baraquements. Ici, dans ce bout de désert on creuse, on creuse encore et toujours. 20% de la population habite sur terre, les autres sous terre. Les habitations aménagées dans des galeries souterraines ou dugouts (littéralement excavations) ont toutes une ventilation extérieure. Si vous apercevez un tuyau de ventilation, il y une habitation dessous ! La température intérieure demeure à 24°C toute l’année. Pendant 8 mois de l’année, la température oscille entre 35 et 57°C, sans ombre ; les autres mois, il gèle à pierre fendre pendant la nuit. L’église catholique souterraine St Pierre et Paul s’ouvre à nous, petite, conviviale, fonds baptismaux, opales dans les murs, un petit bijou. La première opale découverte l’avait été en 1915.

Vous désirez creuser ? Pas de problème On vous octroie une parcelle de 50 sur 100 m délimitée par des piquets… bonne chance. Vous n’avez que quelques jours de vacances ? Alors pratiquez le noodling (recherche à mains nues) hors des zones d’extraction délimitées. L’eau de la ville est amenée par des canalisations depuis une source éloignée de 30 km.

Dans ce décor inouï de nombreuses scènes de Mad Max III, Pitch Black, (l’engin dans la cour de l’hôtel a servi à Mel Gibson), Red Planet, Fire in the stone, Behond Thunderdome, Ground Zero, Until the end of the world, Stark ont été tournées ici à Coober Pedy et les environs.

La visite de la ville finie, nous reprenons la route. La plus longue clôture au monde se trouve en Australie, elle va du Queensland à la très lointaine South Australie. Elle court sur 5300 km et est sensée protéger les éleveurs contre les dingos. Elle passe juste à 16 km au nord de Coober Pedy. Coober Pedy est également un arrêt du Ghan Train.

Conseil aux Messieurs qui souhaiteraient offrir une opale à leur bien-aimée. Il existe trois qualités d’opales. Remember :

• Solids are natural stones that have been cut and polished without being interfered with.

• Doublets are usually two pieces of opal cemented together. They are made by cementing a layer of white opal to a dark that enhances the color.

• Triplets are doublets with clear domed caps cemented to their faces.

Notre camion affronte une toute petite tempête de sable avec aisance sous les mains expertes de Rob et croise dans des nuages de poussière jaune des Road Train. Un road train est un immense convoi constitué d’une cabine qui véhicule 3, 4 ou 5 remorques. Celui que nous croisons en ce moment est un transport de bétail avec 3 remorques. Il roule à plus de 100 km/heure. Sur la route, ce sont les road train qui doublent les voitures, les bus, les autres camions et… les conducteurs leur laissent la place et ne leur cherchent aucune noise ! De part et d’autre de la route des pierres étincellent. Nous sommes sur la « lune » ! Ces pierres qui brillent sont des morceaux de mica. Quelques photos pour figer notre arrêt sur la lune et nous repartons.

Le désert encore, avec de temps à autre un creek. Il a du pleuvoir l’année dernière, il y a un mois ou il y a dix ans. Il s’agit d’une « rivière » alimentée par l’eau de pluie, sur les rives pousse une végétation bien verte. Aucune source ne crée cette « rivière » et aucune embouchure à l’autre bout ! Nous débarquons à Cadney Homestead. La Roadhouse est une station service ouverte 24h/24, qui possède des chambres d’hôtel, un parc pour caravanes, des places de camping et une piscine… nous attendrons l’été prochain pour y plonger ! Les chambres très sommaires sont des cabines à deux lits, les commodités sont regroupées dans un autre bâtiment.

Comme l’avait indiqué Dave, plus nous avançons vers le Nord, plus la difficulté de trouver à loger 22 personnes est grande. Nous affolerons le couple qui fait la cuisine et qui sert… La soupe sort du frigo ou du congélateur, chaque assiette doit être chauffée aux micro-ondes individuellement. Au bout de deux heures d’attente tout le monde commençait à recevoir ce qu’il n’avait pas commandé ! Seulement 150 km parcourus depuis Coober Pedy mais nous avons toujours des opales plein les yeux !

Hiata de Tahiti

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Marine Le Pen pour 2012 ?

Article repris par Medium4You.

Droite, gauche, tout a changé avec la crise. 2012 ne sera pas 2007.

La question de la droite est celle du communautarisme national. La nuisance Le Pen ne se posait pas en 2007, car l’on sortait d’une quinzaine d’années Chirac (Premier ministre puis Président) et d’une dernière année Jospin catastrophique, le social s’usant dans la démagogie dépensière et clientéliste. Autant elle se pose avec la nouvelle Marine. Il n’y en avait en 2002 que pour le « social », sésame et mantra de la gauche d’époque, ce qui signifiait pour les trois quarts de la population votante des classes populaires et moyennes inférieures : du fric pour « tous » mais pas pour nous. Le « tous » était réduits aux zexclus et autres immigrés ghettoïsés. Sans que baisse la délinquance ni les incivilités, ni même la revendication communautariste islamiste, au contraire. Avec talent, Nicolas Sarkozy a récupéré ce ressentiment des « petits » avec le karcher et le travailler plus pour gagner plus. Il y avait là un projet concret de société, à court terme certes, mais comme patch acceptable au pacte républicain après l’ère des rois fainéants, de Mitterrand II à Chirac II.

Hélas ! Les pesanteurs de la toute-puissante Administration (décrets d’applications qui tardent ou ne sont jamais sortis, mammoutherie éducative, bureaucratie dantesque de la santé…), les lobbies de toutes sortes (surtout à l’UMP), l’euphorie de nouveau riche du candidat parvenu, la crise financière devenue économique et européenne, ont conduit Nicolas Sarkozy à faire du cosmétique. Des effets d’annonce non suivis d’effets concrets ; une « paix sociale » achetée à coup de millions sur les régimes spéciaux ; une tétanisation de l’emploi qui gèle tout allègement de subventions aux patrons et tout rabot de niche fiscale orientée entreprise. Quel sera le projet 2012 de la droite pour l’avenir ? Difficile de le dire. En tous cas pas la rupture comme en 2007. Marine Le Pen récupère les protestataires de droite.

La question de la gauche est celle du projet de société. Vouloir une Europe plus sociale avec souci des travailleurs, des familles et de l’environnement, investissement d’État dans les infrastructures que le marché juge non rentable, régulation du marché financier, priorité à l’éducation et à la formation, tout cela est bel et bon. Et probablement indispensable pour les assises d’un capitalisme durable. Mais prolonger l’État-providence en l’adaptant à la marge n’est pas en soi un projet. La politique exige autre chose, une claire vision du monde qui émerge et ses conséquences réalistes sur le vivre ensemble. Qu’est-ce qu’une bonne société ? Silence de mort à gauche. Est-ce le passé proche idéalisé des années pré-11 Septembre ? Les Trente glorieuses enfuies, où existaient deux blocs, les deux tiers de l’humanité dans le sous-développement et des frontières ? Est-ce le « mouvement social » depuis 1936 avec les zacquis sacralisés ? Qu’en est-il du projet de gauche dans ce nouveau monde globalisé où les deux tiers sous-développés émergent à la production ?

La gauche se pose en protestation permanente contre tout ce qui change l’âge d’or (fantasmé). Et comme brailler en manif est à peu près la seule expression « de gauche » qui reste, cela montre son impuissance à proposer. Au fond, la gauche proteste contre TOUT ce qui change. Est-ce autre chose que du conservatisme ? Il y avait bien eu un espoir avec Ségolène Royal et ses promesses de « démocratie participative ». Mais cela a tourné court, entre la légèreté de la candidate et les réticences d’un parti de vieux, principalement fonctionnaires, à penser autrement la vulgate marxiste de leurs années de jeunesse. Aujourd’hui, Ségolène Royal dit seulement « j’ai envie ». C’est bien, mais c’est peu. Envie de quoi ? D’un noir désir d’avenir en style Harlem ? Marine Le Pen va récupérer les protestataires de gauche pour qui entre les blancs bonnets et les gueulards sans avenir, elle reprétente « la France ». Et c’est quand même quelque chose de plus que la soupe Mélenchon, « la France ».

Or la France n’est pas dans le cas de la Tunisie, qui émerge par les émeutes de 23 ans de pouvoir autoritaire clientéliste. La « révolution » fait peut-être bander la gauche, mais Nicolas Sarkozy n’est élu que depuis 4 ans. Même si Michèle Alliot-Marie aurait mieux fait de se taire en proposant au Président Ben Ali le savoir-faire français en matière de maintien de l’ordre (elle vient de rectifier), le grand chambardement n’est qu’un fantasme dans la mesure où la société civile n’est pas brimée en France comme elle l’est en Tunisie. D’autant qu’il s’agit pour l’instant, selon une analyse marxiste, d’une révolution bourgeoise de classe moyenne éduquée hantée par le chômage et la corruption des élites, révolution faite en 1789 déjà. L’individualisme « postmoderne » fait en France du chacun pour soi et de la laïcité publique un état de fait.

Ce pour quoi l’essor Le Pen est un symptôme qui va compter cette fois en 2012. Nous l’avons écrit, le vieux raciste pétainiste s’est métamorphosé en femme moderne qui fait de l’intégrisme républicain son credo. De quoi revitaliser le pacte national, après tout bien aimé des Français. Bien sûr, il y a du fascisme dans le projet Le Pen. Il ne faut pas avoir peur des mots à condition de les définir. Qu’est-ce que le fascisme ? Le primat de la force sur le droit, de la Nature (devenue religion) sur la culture (comme processus de civilisation des instincts). Cela se traduit par un darwinisme national (on disait hier « racial ») et un darwinisme social. Les étrangers et les faibles sont rejetés, boucs émissaires faciles de tous les maux de la société. Il s’agit bel et bien d’un communautarisme, mais français, blanc, chrétien.

L’Ennemi, c’est l’Arabe. Il est le symbole de l’immigré, du pauvre, du musulman – au fond tout ce qui n’est pas « national » et – pire ! – celui qui a chassé la France du département français d’Algérie. Plus largement, l’ennemi est tout ce qui permet à l’Arabe de venir et de rester en France en revendiquant ses coutumes : 1789 qui fait par principe (après l’Évangile…) les humains tous égaux entre eux sur la terre, le libéralisme qui relativise les cultures, le socialisme marxiste qui néglige les idées et les coutumes pour se focaliser uniquement sur la production et les « moyens », la mondialisation anglo-saxonne qui permet le libre-échange des hommes.

D’où pour les Le Pen, père et fille :

  • Refus de la mondialisation
  • Refus de l’Union européenne
  • Refus de la société multiculturelle

Cela parle aux chômeurs ouvriers, jeunes ou seniors ; cela parle aux déclassés, diplômés précaires, petits commerçants, agriculteurs endettés, épargnants lésés. Comme sous Mussolini, c’est le Peuple (entité idéale) contre les élites, les petits contre les gros, les nationaux contre les étrangers allogènes.

La France va-t-elle suivre cette démagogie qui joue des peurs et des fantasmes, prenant ancrage dans la crise économique et l’enrichissement indu de quelques-uns ? Nous ne le croyons pas. Marine Le Pen, puisqu’elle a gagné ses « primaires », va certes engranger des voix protestataires.

  • Hier elles allaient au parti communiste, sans que les Français ne veuillent une dictature stalinienne ;
  • Demain elles iront au Front national sans que les Français ne veuillent une dictature fasciste.

Car l’ambiguité Le Pen est là : si les Français sont volontiers bonapartistes, autoritaires et caporalistes, ils sont héritiers de la Révolution et les Lumières. Les populistes souhaitent – n’en déplaise à la gôch ! – un Sarkozy+ et pas un néo-Mussolini. Le fascisme, quelle que soit son origine (mussolinien, hitlérien, franquiste, salazariste, pétainiste), est anti-1789, national-conservateur, pas universel-émancipateur : il souhaite le retour à la société organique où le Chef incarne le Peuple comme entité ethnique, religieuse et culturelle (une foi, une loi, un roi). Pour les Français d’aujourd’hui, l’intégrisme républicain oui, le racisme, non ; la souveraineté oui, la sortie de l’euro, non ; l’interdiction du voile oui, les tabous sur le nombre de Noirs ou d’Arabes délinquants, non.

L’électeur, qui a parfaitement compris les suffrages sous la Ve République, envoie un « message » aux politiciens qui, de toute façon, gouverneront. S’il existait une proportionnelle à l’Assemblée, il y aurait plusieurs dizaines de députés du Front national. Mais ils devraient en ce cas débattre publiquement et proposer ce qui est possible (et pas un fantasme). Leur score fluctuerait en fonction de leur réalisme et des alliances qu’ils seraient capables de nouer en fonction des circonstances. Pour la présidentielle, c’est autre chose. Nous l’avons vu en 2002, Le Pen n’a guère ramassé plus que son plein de voix du premier tour au second. Chirac n’était pas aimé, mais mieux valait Chirac.

En 2012, le Front national risque donc de diviser la droite au premier tour, mais la gauche encore plus. Marine apparaît plus charismatique que Martine devant le populaire, et moins technocrate féministe que Ségolène. Mélenchon divisera plus encore à gauche, surtout si DSK ne se présente pas. Au second tour Nicolas Sarkozy, malgré ses défauts, a des chances de l’emporter – par division à gauche et par montée de l’extrême à droite. Il ne s’agit pas de ‘whishfull thinking’ mais du point de vue de l’analyste politique : le président actuel pourrait apparaître en rassembleur, modéré, avec la légitimité du sortant.

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D’Adelaïde à Coober Pedy

Ce matin, le temps est maussade, je crains le pire. Les eucalyptus bordent la route, au loin des collines. En 1975, Dave voyait des plantations de légumes en bord de route, aujourd’hui plus rien… le sol est devenu trop aride. Gauwler, la ville est déserte, c’est dimanche. Le paysage nous offre un mélange de constructions, de cactus, d’acacias, d’eucalyptus, de cocotiers, de moutons, de vergers. La route est bordée d’un long tuyau qui alimente en eau Adelaïde depuis le réservoir Barossa Dam, barrage creusé en 1901. Visite du lieu, aubade d’oiseaux.

Nous entrons dans la Barossa Valley, vignobles créés par les immigrants allemands. Dégustation de cépages au Château Tarunda. Trop puissants en alcool à mon goût, les rouges me rappellent les Bordeaux jeunes et âpres. Not for me, thanks ! Sandwich avalé rapidement à Kapunda, il faut poursuivre la route.

Nous avançons vers Port-Augusta, les paysages varient ; nous franchissons la passe où un explorateur anglais a été tué par le fusil chargé que transportait son chameau quand ce dernier a chuté. Dave nous annonce que les conditions de logement vont se dégrader au fur et à mesure de notre avancée dans le désert et le Centre Rouge.

Port Augusta est à la latitude 32° 30’ 00’’ Sud et longitude 137° 46’ 01’’ Est. Superficie 1153 km², 15 000 habitants. Situé à 320 km d’Adélaïde, c’est un port naturel occupé en 1852 par les Européens. La ville est située à l’intersection des axes routiers Adelaïde-Darwin et Sydney-Perth ainsi que des voies de chemin de fer de « l’Indian Pacific » qui relie Sydney, Adélaïde et Perth d’une part et « la Ghan » qui relie Adélaïde, Alice Springs et Darwin d’autre part. Deux liaisons hebdomadaires dans chaque sens. Port Augusta, c’est l’entrée de l’Outback.

C’est aussi le siège de la « School of The Air » et du « Royal Flying Doctors Service ». Les enfants isolés dans les stations (exploitations agricoles et d’élevage très éloignées) étudient, avec l’aide de leurs parents, sur les ondes et maintenant internet, avec un professeur résidant à Port Augusta ; ils deviendront pensionnaires loin de leurs parents lorsqu’ils atteindront l’âge d’entrer au collège.

On compte 26 bases à travers l’Outback, celle d’Alice Springs est la plus importante, couvrant à elle seule 1,3 million de km². Le Service du « Royal Flying Doctors Service » est composé d’avions légers avec nurse (infirmière) et/ou docteur, et le matériel indispensable qui volent au secours des blessés, des malades, isolés dans le bush. Tout est géré depuis Port Augusta et autre cité pour le désert australien. Les soins sont pris en charge ainsi que les émoluments du personnel médical par l’État mais le remplacement de la flotte et de sa maintenance reviennent à cette association et à ses sponsors. Ces médecins volants traitent 130 000 patients par an y compris les Aborigènes. Par radio, ils soignent les cas les plus simples. Une intervention en urgence demande rarement plus de 2 heures. La majorité des communautés et des stations de l’Outback possèdent une piste où ils peuvent se poser. Ce service avait été créé par le jeune missionnaire presbytérien John Flynn avec Hudson Fysh (père de Quantas), le millionnaire Hugh Victor McKay, Alfred Traeger (l’inventeur du télégraphe à pédale) et le docteur Kenuon St Vincent Welch.

Port Augusta – Coober Pedy

Aujourd’hui le soleil et le beau temps nous accompagneront. Rob et Dave, au fourneau ce matin, nous ont concocté un copieux petit-déjeuner qui semble avoir satisfait les solides estomacs polynésiens. En route ! Dans un premier temps la végétation est rase. Cette brousse (saltbush) est très nourrissante pour le bétail. Ici, on compte 10 à 12 hectares pour qu’un bœuf puisse y trouver sa nourriture. A Tahiti, on compte 2 bœufs par ha. ! Combien en France ? Nous poursuivons notre route, plus de buissons, des touffes vertes ; plus de terre rouge, des cailloux ; nous roulons sur un plateau désertique. Au loin, le lac Dutton, lac salé à sec, le temps de quelques photos, de se dégourdir les jambes. Un autre arrêt photos, il s’agit du Pernatly Lagoon.

Nous atteignons Woomera, zone militaire, établie après la Seconde Guerre mondiale par les gouvernements britannique et australien et consacrée aux essais nucléaires. « 1947 : Site for launching of British experimental rockets. Between 1960 and 1972 : NASA operated a Deep Space training station Island Lagoon.” Elle ne s’est ouverte au public qu’en 1982.

Au milieu d’essaims de mouches, nous entrevoyons une multitude de fusées de toutes tailles, des avions… A part cela, la ville semble morte. En 2000, le camp de Woomera prévu pour 400 boat people en a hébergé 1500. Maintenant, Woomera s’active dans la recherche aérospatiale. Un lunch rapide à Glendambo, 30 habitants, 300 000 têtes de bétail et 200 000 moutons, 1 station service, 1 pub et un camping, Traditional Outback homestead.

Puis le désert jusqu’à notre arrivée à Coober Pedy. Depuis Glendambo, nous avons parcouru 252 km et nous découvrons Coober Pedy, but de notre journée, la ville souterraine des prospecteurs d’opale. Le paysage est hostile et poussiéreux, tout semble dévasté. La population regroupe 42 nationalités de diggers (creuseurs). A la tombée du jour tout est jaune orangé, on ne voit que de rares maisons, jaunes aussi. Le nom Coober Pedy vient de l’aborigène kuper piti (terrier de l’homme blanc, ou homme blanc dans un trou). Dans cette ville, les maisons, les magasins, les hôtels, les galeries d’art, même les églises sont aménagées sous terre. Cela permet aux habitants d’échapper aux températures oscillant entre 50° dans la journée et 0° les nuits les plus fraîches. Installons-nous dans notre hôtel creusé dans la roche. Demain nous irons à la recherche des opales.

Hiata de Tahiti

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2011 année terrible

Article repris par Medium4You.

L’an 2010 a vu la nette bascule d’un Occident sûr de lui-même et dominateur vers les grands pays émergents, Chine et Brésil notamment (la Russie et l’Inde restent dans l’entre-soi pour des raisons différentes). La Turquie, le Brésil, l’Iran le Venezuela s’entendent entre eux sans plus se préoccuper des Occidentaux ou du Machin (l’ONU selon de Gaulle). « La » civilisation n’existe plus comme idéal platonicien vers lequel chacun devrait tendre, mais comme processus historique d’ajustement très lent de coutumes et d’aspirations communes. Il y a « des » civilisations, tout comme « la » mondialisation est un leurre qui masque des luttes nationales : des religions, des économies et des monnaies. 2011, en ce sens, devrait être l’année terrible où la carapace rassurante n’est plus tandis que le homard nouveau est vulnérable.

A cette fragilité, deux réponses selon deux tempéraments.

  • La première est le repli sur soi et l’austérité avec surcroît d’inflation pour cause de fiscalité et de prix d’énergie et d’aliments.
  • La seconde est l’énergie et le cap sur la croissance toute, tant pis si le bulldozer écrase quelques idées reçues sur les prix et sur les dettes.

Vous l’aurez compris, l’austérité est en Europe et la défonce aux Etats-Unis. Le chômage dans les deux zones est équivalent, autour de 10% officiellement, de 17 à 20% réellement si l’on méprise tous les artifices statistiques pour dissimuler le fait de ne pas gagner un salaire minimum sur une année. Il y a en France 4 618 600 chômeurs, dont certains sont malades ou en stage ou n’ont travaillé que quelques heures par mois seulement… Sur 28 200 000 actifs, faites la règle de trois (qu’on n’apprend plus à l’école, ce qui permet d’infantiliser le citoyen) : elle donne 16,38% de chômeurs déclarés. Sans compter tous ceux qui ont renoncé à parler à Pol (Emploi) ou ceux qui pourraient travailler mais qui ne se lancent pas faute de poste (les femmes au foyer par exemple).

Que va-t-il se passer en 2011 ? Une divergence de plus en plus grande :

  • entre les pays développés qui vont stagner et les pays émergents qui vont continuer à croître,
  • entre l’Europe austère et les Etats-Unis fonceurs,
  • entre les grandes sociétés dont les profits vont augmenter grâce aux ventes dans les pays émergents et le travailleur moyen qui verra son niveau de vie stagner, voire régresser. Les salaires vont rester bas, mis en concurrence par le chômage élevé. Chômage qui va rester élevé longtemps, la longue durée tendant à devenir la norme. L’immobilier ne confortera pas le pouvoir d’achat et le système bancaire va rester fragile, ses profits assis sur la spéculation et les dettes toxiques à provisionner ou rembourser, y compris les emprunts des Etats.

En Europe, l’immobilier va mieux, surtout en France où les taux très bas incitent à investir avant que les loyers ne montent et où les riches fuient les banques qui risquent beaucoup si l’euro éclate. L’immobilier, comme l’or et la terre, fait partie de ces actifs réels qui protègent de l’inflation, des dévaluations et de la faillite du système bancaire si cela devait se produire. Il ne protège pas de la fiscalité, sauf pour les très riches qui se dissimulent derrière des sociétés ou des fondations offshore, mais c’est un moindre mal. L’immobilier en France est-il surévalué ?

  • Oui si l’on prend sa rentabilité locative,
  • Non si l’on considère que les taux ne vont pas aller plus bas et que tout placement alternatif à l’immobilier bien placé au cœur des villes ne peut qu’être plus risqué.

Le crédit risque de rester agité en 2011, tant celui des entreprises que celui des Etats. Car le chômage dur ne va pas arranger les bénéfices des sociétés qui ne vendent pas dans les pays émergents et qui auront du mal à rembourser leur dette. L’endettement des ménages américains ne va pas arranger le risque crédit immobilier et l’endettement des Etats va empêcher tout plan de relance européen (et probablement américain après échéance du deal entre Obama et les Républicains). La dette va obliger à augmenter la fiscalité et à réduire la dépense publique. Les marchés mettront la pression sur les gouvernements pour qu’ils mettent enfin un terme au déséquilibre des budgets d’Etat depuis une génération. La hausse de primes des risques souverains retentit sur le secteur bancaire car les banques ont des emprunts d’Etats dans leur portefeuille.

Aux Etats-Unis, le chômage ne va pas baisser immédiatement, même si la croissance revient. Il faut 2,5% au moins pour que l’économie américaine commence à créer de l’emploi. Si elle passe au-dessus, les embauches ne croissent que peu au début, les entreprises méfiantes jouant sur les heures supplémentaires et l’intérim. Si la croissance s’installe durablement, là l’investissement reprend, puis les embauches. Mais cela prend du temps, il faut que la croissance reste durablement établie. Aux Etats-Unis, on estime qu’il faut 2% de croissance (au-dessus des 2,5% minimum) pour que le chômage régresse de 1%…

  1. Crise de l’emploi, crise de la consommation, crise de la dette – voilà pour l’économie en 2011.
  2. Fuite des obligations, fuite des actions, fuite des gestions – voilà pour l’investissement en 2011.
  3. Sans parler de la crispation identitaire, du sentiment de déclassement des citoyens et de la montée de l’extrémisme populiste. Arrive le règne du chacun pour soi avant le sauve qui peut.

C’est dire si tout cela est complexe et déstabilisant. Les financiers font semblant d’y croire ; mais ils ne voient pas qu’ils jouent dans un théâtre où la plupart des spectateurs sont partis. Les traders personnels s’en donnent à cœur joie sans les banques, les épargnants pères de famille ne jurent que par l’immobilier et (sur le tard) l’assurance vie. Ils sont vieux et n’ont plus le temps d’éponger encore une ou deux crises. Quant aux jeunes, ils cherchent toujours du boulot à 30 ans, alors l’épargne, hein !…

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Peter Tremayne, Une prière pour les damnés

L’historien irlandais romancier Peter Beresford Ellis, dit Tremayne, cisèle avec brio des intrigues médiévales. Il a choisi un temps ignoré, le VIIème siècle à peine chrétien, et un pays périphérique, le sien, la verte Erin. Il a reçu en 2010 le prix Historia des lecteurs pour ‘Le Maître des âmes’, quinzième opus de la série sœur Fidelma. Voici la suite, le seizième.

Sœur Fidelma de Cashel est la sœur du roi Colgu, l’un des petits royaumes du sud-ouest irlandais, aujourd’hui autour de Munster. Elle est entrée en religion pour apprendre la logique et s’instruire dans les langues des monastères, le latin, le grec, l’hébreu. Elle parle le celte d’Eiran et un peu de saxon. La voici dalaigh des cours de justice, ou avocate, élevée à la dignité d’anruth ou très érudite. Nous pénétrons ainsi, par petites touches savantes, dans un monde qui nous est resté inconnu. Les programmes scolaires restent ‘ex-oriente lux’, focalisés sur la lumière venue de l’orient biblique. Or la culture celte d’avant les invasions vikings était fort riche ; les femmes y avaient place égale aux hommes ; le droit y était avancé, respecté et actif.

En cette année 668 de notre ère, Fidelma doit confirmer son mariage à l’essai avec son compagnon saxon frère Eadulf, dont elle a eu un petit garçon, Alchu. Nous apprenons incidemment que le prénom du gamin veut dire ‘petit coursier’. Les mariages entre religieux étaient communs avant que Rome, par machisme méditerranéen, phobie du sexe venue des sectes juives et intérêt économique bien compris des Romains, n’interdise aux prêtres de se marier. Ainsi, pas d’entretien de famille à la charge de l’église, ni d’héritage à partager avec les fils de prêtres. Rome l’a compris, le pouvoir passe par la richesse. Il passe aussi par la maîtrise des peurs de l’au-delà. D’où ces Pénitenciels qui se répandent pour châtier le « péché », décrété tel par Rome même. Les abbés locaux ambitieux voient tout l’intérêt qu’ils peuvent avoir à se faire les missionnaires d’une telle foi dévoyée en caporalisme.

C’est ainsi que l’abbé Ultan, ex-voleur violeur violent, jeté à la mer sur une barque sans rame pour que Dieu le juge, se voit ramené par la marée et, devenu « miraculé », ne s’impose à la tête d’une abbaye. L’homme n’a pas changé, il trousse tout aussi volontiers les jeunes nonnes sans leur consentement, tout en tonnant contre les mœurs dissolues. Il ramasse toujours autant de gemmes et de pièces d’or pour acheter les voix. Son ambition est en effet de fédérer les abbayes autour de la sienne pour s’imposer comme archevêque, égal des rois. D’où son ire lorsqu’il apprend qu’une religieuse, Fidelma, se marie avec un religieux !

Il se rend la veille du mariage à la cour de Cashel et affute ses arguments théologiques pour tonner contre. Sauf que le doigt de Dieu se venge : il est assassiné. Et la pauvre Fidelma, à qui les astres ne sont pas favorables, doit passer une ultime épreuve, exercer une fois de plus ses talents d’enquêtrice pour résoudre le meurtre. Évidemment, deux témoins dignes de foi ont vu quelqu’un sortir de la chambre où l’abbé vient d’être tué. La facilité serait de juger en comparution immédiate, de condamner promptement, et de passer aux choses frivoles. Sauf que l’homme qui est sorti de la chambre est un roi…

Fidelma va donc quêter les preuves à charge et à décharge. Elle va découvrir l’intrication des haines entre les protagonistes que rien en apparence ne relie. Elle va jouer serré entre les rivalités politiques et les nécessités du bon voisinage entre des peuples prompts à brandir leur généalogie pour revendiquer une juste place. L’intrigue se déroule comme au jeu du brandhubh, sorte d’échecs irlandais où le haut roi, placé au centre, est défendu des attaques simultanées des quatre coins par quatre rois autour de lui. Il faut contrer chacun des adversaires avant de trouver la bonne faille et révéler la vérité, qui est ici la victoire. Le lecteur, désorienté un bon moment, voit s’aiguiser sa curiosité pour tant de complexité.

Peter Tremayne, Une prière pour les damnés, 2006, 10-18 novembre 2010, 375 pages, €8.17

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Dans le centre rouge de l’Australie

Les lapins, les immigrants illégaux, l’érosion des terres, la fragilisation du corail, les cyclones, inondations, sécheresse et grands incendies ne sont que les péripéties habituelles d’un pays-continent éprouvé plus que les autres par le changement du climat. Mais l’Australie mérite qu’on l’explore. Surtout depuis Tahiti dont on n’est guère éloigné par rapport à vous !

Ce périple de 7500 km dans un camion-bus 4×4 va nous mener en mai 2010 d’Adelaïde à Brisbane en passant par le centre du pays, Coober Pedy, Uluru et Ayer Rocks (la montagne rouge !), Alice Springs, Mount Isa, entre autre. Certains participants sont les mêmes que l’an passé auxquels se sont joint de nouvelles têtes.

Vingt personnes dans un bus de 33 places, une remorque pour les bagages, Rob notre chauffeur-guide préféré, Dave son copilote, et Jeff le traducteur. Mon amie B. venait de Paris et nous a rejoints directement à Adélaïde après Singapour et Sydney. En route ! Nous, les Tahitiens, avons du passer une nuit à Auckland avant de nous envoler pour Adélaïde.

Il faisait beau à Auckland et nous avons profité du soleil pour nous promener dans le quartier de notre hôtel. Le président Tong Sang de Tahiti avait pris le même vol que nous et nous avons eu la surprise de le croiser devant son hôtel. M., Chinoise-Polynésienne qui me suit comme mon ombre pousse soudain un cri. J’imaginais qu’une personne s’en était pris à son sac-coffre fort qui ne quitte jamais son épaule et transporte sa fortune, ses papiers…

« Mon président, tu es là. Qu’est-ce que tu fais ici. Quand tu es venu ? ». Elle lui saute au cou, lui fait la bise. Et moi ? Et moi… je vais faire la bise aussi !

« Je suis en escale à Auckland et prends ce soir la direction de Shanghai pour aller inaugurer le pavillon de la Polynésie Française à l’exposition universelle ».

« Alors tu t’en vas ce soir ? Nous, on va en Australie, et patati et patata ».

Le lendemain, nous partons pour Adélaïde. La douane australienne est des plus pointilleuse, elle veut tout voir, scanner, fouiller les poches, voir s’il reste de la terre étrangère sur les semelles de vos godasses, pas de gâteaux secs, pas de fruits, pas de vanille, enfin RIEN…

B. est déjà arrivée, a étrenné le beau camion-bus de Rob. Pas de temps à perdre, hop les valises dans la remorque, Rob nous véhicule dans le quartier du port. La région est sèche, la végétation « méditerranéenne ». Le littoral est immense, magnifique, non bâti, desservi par une large route bordée de villas historiques valant au bas mot un million de dollars australiens. Notre motel est situé à Glenech, plage urbaine. Dîner en commun, puis au lit, demain il faudra se lever tôt.

Adelaïde est située à la latitude 34° 55’ 01’’ Sud et longitude 138° 36’ 00’’ Est. Altitude 0 m, Superficie 1827 km², Population : 2 millions d’habitants.

Nous sillonnons la ville, capitale de l’Australie-Méridionale, la région la plus vinicole d’Australie. La ville pleine de charmes regorge de parcs, de jardins, de larges avenues, de beaux immeubles de pierre, de maisons cossues, de points de vue. De nombreux édifices coloniaux subsistent dans la cité. La capitale d’état était surnommée « City of Churches » (« ville aux églises ») à cause de la liberté religieuse qui y régnait. L’atmosphère semble très cosmopolite.

Le Central Market, vieux de 125 ans, demeure le plus pittoresque des marchés couverts d’Australie et offre fruits, légumes, viandes, poissons, graines et autres. Il est sis dans le quartier chinois. Les sections boucherie et poissonnerie sont des spectacles à elles seules. C’est l’automne, il y a du vent, le ciel peint d’un bleu pur, le soleil diffuse ses chauds rayons. La ville est entourée de collines couvertes de forêts et de vignobles. Cette région était peuplée par les Aborigènes depuis 10 000 ans quand commença la colonisation européenne en 1836. Cette implantation s’établit sans utiliser de forçats. La région fut cadastrée par Light. L’arrivée des premiers troupeaux de bétail en provenance de Nouvelle-Galles du Sud et de Tasmanie dopa l’économie. Le commerce de la laine prit une place importante. Les pionniers appartenaient souvent à des minorités religieuses et aspiraient à une société plus tolérante. Les luthériens allemands s’installèrent à Hahndorf et dans la Barossa Valley. Ils y développèrent la viticulture.

La petite ville de Hahndorf demeurée très allemande, pimpante dans ses couleurs automnales, offre au touriste ses galeries d’art, ses édifices germaniques et les spécialités culinaires à la boulangerie Kaffehouse. C’est la plus ancienne implantation allemande d’Australie. Elle doit son nom au capitaine Dirk Hahn commandant du Zebra à bord duquel arrivèrent en 1838 les Allemands qui fondèrent la ville dans les Adelaïde Hills. Ces luthériens avaient quitté la Prusse suite à des persécutions religieuses. Montée au belvédère du mont Lofty à 727 m d’altitude d’où l’on bénéficie d’un beau panorama sur Adelaïde et la mer. Ce seront les délices de la chocolaterie Haigh à laquelle Rob attribue la médaille du meilleur des chocolats australiens, pour moi je pensais plutôt à du chocolat à cuire !

Hiata de Tahiti

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Prédire ou prévoir ?

Article repris par Medium4You.

En ce début d’année, les prédictions vont bon train. Les prévisions sont plus précautionneuses. Il est vrai qu’affirmer ce qu’on croit est plus facile qu’analyser ce qui est possible. Il y a entre les deux tout le fossé qui sépare l’irrationnel du rationnel. Prédire ressort de la foi, prévoir de la science. Oh, bien sûr, tout n’est pas rationnel dans le réel, puisque l’irrationnel existe – et qu’il est tout aussi réel ! Mais l’Occident a choisi, juste après la Renaissance, de confier son sort au rationnel plutôt qu’à la foi, et il s’en est plutôt bien trouvé.

Depuis Descartes, mais il n’est pas le seul, chacun sait bien qu’il vaut mieux douter des dogmes (fussent-ils présentés comme « scientifiques ») et observer les choses par soi-même et à fond, plutôt qu’ajouter foi à des rumeurs, des racontars, voire de purs contes de fées. Dès l’âge de raison, tout petit Français ne croit plus au père Noël et il est rare qu’il passe l’adolescence sans remettre en cause notre Père qui est aux cieux. Aucun précepte biblique ne tient face à une jeune fille en fleur. Dieu n’a rien à voir avec la science, il est au-delà ; la science n’a pas besoin de l’hypothèse du Grand Horloger pour fonctionner. Au contraire : les intégrismes islamique ou créationniste mélangent les dogmes de la foi et la quête scientifique, ils veulent figer le mouvement du savoir au profit de leur propre pouvoir. Rien n’empêche un scientifique d’être croyant, mais il s’agit d’un autre ordre.

Ceci posé, le rationnel n’est ni froid ni né de rien. S’il est calculateur et vérificateur, avançant par examens, hypothèses et preuves, son premier mouvement naît de l’instinct ou de la passion. Nietzsche l’a bien montré, qui fait de la poussée vitale l’origine de la curiosité pour explorer le monde. Pas de recherche sans envie, ni de découverte sans obstination, toutes choses peu rationnelles au fond, car elles vont au rebours du principe d’économie qui fait de la paresse l’état le plus satisfaisant de l’humain.

C’est pourquoi les « prévisions » d’Élisabeth Teyssier sont aussi risibles que vagues. Dire que « l’opposition sera très présente en 2011 », c’est enfoncer une porte ouverte l’année de la campagne pour les présidentielles ! Que Sarkozy soit « innovateur » et « fougueux », ce n’est pas la peine d’aller chercher le Verseau ascendant Bélier pour le constater ! Que DSK ait une « forte libido », pas besoin d’en référer au Taureau pour le savoir, la presse fait ça bien mieux. Et que Madone Ségolène soit Vierge ascendant Verseau ne nous apprend vraiment rien… La meilleure preuve que ces astrologues sont des charlatans a été apportée il y a des années par la fameuse Madame Soleil, qui sévissait sur une radio : la seule chose utile qu’elle n’ait jamais « prévue » a été son contrôle fiscal. Pourtant, pas besoin d’être sorcier pour émettre l’hypothèse que si on ne déclare pas tous ses revenus…

Le pire est quand la magie réclame la caution de la science ! C’est mélanger les ordres et faire du savoir scientifique une croyance au même titre qu’une religion. « Cela m’a pris plus de sept heures de travail, déclare Élisabeth Teyssier. J’ai étudié le thème astral de chaque personnalité, en fonction de ses date, heure et lieu (latitude/longitude) de naissance. J’ai ensuite utilisé mon programme informatique utilisant les données de la Nasa. Puis j’ai réalisé une interprétation symbolique, qui s’appuie sur des observations multimillénaires, a partir de ces données mathématico/astronomiques. C’est ainsi que possède un astrologue digne de ce nom. » Ben voyons ! Observez combien chaque mot magique est flanqué d’un mot scientifique dans ce discours ! Lieu et latitude/longitude, thème astral et programme informatique, naissance et données de la Nasa, interprétation symbolique et données mathématico/astronomiques. Ajoutez à cela « les heures de travail », qui flattent l’esprit bourgeois, le mot « étudié » qui fait sérieux, et voilà l’astrologie promue au rang de science. Alors qu’il y a belle lurette que l’astronomie a relégué les fantasmes des astrologues dans l’ère de la magie toute comme les chimistes ont enfoncé les alchimistes.

Cela ne serait que divertissement de foule, de quoi rire à la veillée, si les mêmes causes ne produisaient les mêmes effets. Tout l’occultisme des années 30, le magnétisme hypnotique d’un certain Hitler, la magie folklorique des mythes germaniques et les fantasmes obsessionnels de race pure ont submergé la science officielle. On en a fait de la politique pour mieux manipuler les masses. Ah ! ces feux de camp pour la jeunesse et ces cathédrales de lumières des meetings, ce sport sain prôné contre l’étude talmudique des livres, cet ordre dans les rues et ce Monumenthâl de l’architecture ! Sauf que c’est un nègre, Jesse Owens, qui a battu les champions germaniques entraînés par leur foi mythologique aux Jeux olympiques. Et que c’est l’industrie de ces vulgaires Yankees, passablement juifs, qui a vaincu la Grande Allemagne et son règne prévu pour mille ans.

En 2010, on nous refait le coup avec le climat, l’Académie des sciences se cachant de tous les citoyens pour juger politiquement correcte la thèse officielle. De quoi pousser les écolos un peu plus vers la mystique et l’honnête citoyen, considéré comme infantile et mineur, à la paranoïa du Complot et du ‘on nous cache des choses’. Déjà, tout politicien dont la bouche est pleine du mot ‘transparence’ se voit rire au nez et soupçonner de pratiquer le contraire. « Expedita ! » dit-on plus simplement dans Harry Potter, avec ce joli mouvement du poignet prêté aux gens douteux.

C’est que la magie revient depuis le début des années 1980. Est-ce la crise du pétrole et l’avènement de l’obscurantiste iranien Khomeiny ? Tous les intégrismes se sont réveillés, le catholique comme le juif, l’hindou comme le sikh et, évidemment, l’islamisme. Un moment, durant les décennies 1950 et 60, la fiction a connu son essor par la science. Elle prenait le relais du XIXème siècle positiviste avec le Golem, Frankenstein et Jules Verne. Le merveilleux était de supputer ce que connaissance et technique allaient pouvoir créer. Mais la science-fiction recule depuis des années au profit du fantastique. La première série des Star Trek était plus technique que passionnelle, bien que le « sabre laser » appartienne au folklore magique, aucun rayon n’ayant d’épaisseur mais agissant sur un point. La seconde série a réagité tous les « pouvoirs », réduisant la science au bricolo nomade des étoiles qui aide le héros. On ne tourne plus ‘Retour vers le futur’, ni ‘Rencontre du troisième type’, ni même ‘E.T.’ – mais le ‘Seigneur des anneaux’, ‘Histoire sans fin’ et ‘Harry Potter’, sans parler des vampires sexy de ‘Twiligtht’. ‘Ma femme est une sorcière’ était drôle, personne n’y croyait – mais les ados suceurs de sang, si.

Dès lors, on comprend mieux le succès médiatique des bateleurs à grand gueule, de Mélenchon à Marine Le Pen, en passant un temps par Sarkozy. Qu’elle est bien pâle DaMartine face à KriegsMarine, ou le Besancenot propret face au Mélenchon de bruit et de fureur !

Vous avez dit Führer ?

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Jean d’Ormesson, C’est une chose étrange à la fin que le monde

Dans sa 86ème année, Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Le Fèvre d’Ormesson, académicien, se mesure à un monstre de l’existence humaine : l’univers. Après s’en être pris à quelques autres durant sa féconde carrière littéraire : Chateaubriand, l’empire, le Juif errant, Dieu… Un normalien n’a peur de rien. Un jour d’été, ce fut un coup de foudre : « J’avais longtemps nagé dans une espèce de ravissement. Je sortais de l’eau, le soleil, là-haut, tapait tout aussi fort. (…) Je rêvais à tous ceux qui, depuis trois ou quatre millénaires, étaient passés dans ces lieux (…) J’étais là à mon tour. Un vertige me prenait. (…) Les arbres, les rochers, le soleil sur la mer, la beauté des couleurs et des formes, tout me devenait étranger et opaque. Le monde perdait de son évidence. Il n’était plus qu’une question. (…) ‘Qu’est-ce que je fais là ?’ (…) Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » p.152.

Toute philosophie part d’un étonnement, d’un choc. Celui de Jean, chacun l’a plus ou moins connu, pas forcément au même âge ni dans les mêmes circonstances. D’où ces deux questions existentielles : pourquoi j’existe ? et pourquoi la mort ? A son habitude, l’écrivain philosophe caracole dans le temps et l’espace, il aime embrasser vaste, chevaucher les millénaires, voir les milliards d’années, quelques secondes après le Big bang, cette hypothèse de création du monde que la physique quantique et relativiste ne peut approfondir faute d’instruments.

Pour s’interroger, il faut être libre, heureux, et aimer. C’est le cas en Occident et c’est une quintessence de pensée occidentale que Jean d’Ormesson nous livre. Il a été aisé, cultivé, beau, intégré. « J’ai beaucoup aimé ce monde que tant de grands esprits ont tenté de comprendre. Je n’avais pas l’ambition de percer ses secrets. Je ne l’ai jamais accusé, je ne l’ai jamais calomnié, je n’ai pas cherché à le fuir ni à le dénigrer : je m’entendais bien avec lui. J’ai surtout aimé m’y promener » p.147. Un peu de la vie des dieux ressort de ces quelques paroles, un temps glorieux qui aurait duré trente ans en France, dit-on, avant de s’éteindre dans « la crise », la méfiance généralisée et le pessimisme le plus noir au monde !

La sérénité qu’il affiche dans le monde d’ici-bas est heureuse. Jean d’Ormesson doute de Dieu, bien qu’élevé catholique. Mais sans ce mystère du doute, Dieu aurait-il quelque intérêt ? En revanche, « s’il y a une clé de l’univers, elle est mathématique » p.160. Méditerranéen, grec avant tout, Jean d’Ormesson rejoint Albert Camus dans l’amour de la vie confondu avec l’amour de la lumière. Les deux sont dans la lignée de Nietzsche : « L’art et la littérature ne sont peut-être rien d’autre que la traduction sublimée d’une pulsion sexuelle » p.160 Quand, le grand âge venu, la pulsion devient veilleuse, la raison l’emporte sur le cœur et la libido. L’écrivain se fait volontiers philosophe. « C’est quoi penser ? C’est se faire une idée de soi-même et du monde autour de soi » p.176. L’académicien médite en mots familiers, avec la clarté de la grande intelligence. Il nous est proche.

Les hommes qui pensent avec leur corps vivent dans le présent perpétuel, dans l’évidence de ce qui change. Dès qu’ils veulent prévoir l’avenir, ils sont obligés d’analyser le passé pour y trouver une clé, ils se préoccupent non plus de ce qui change mais de ce qui est. Au commencement sont les Grecs. « Pour Héraclite, tout bouge, tout change, tout s’écroule. Pour Parménide, l’être est, et c’est assez » p.61. Plus tard, ce seront les fondateurs de notre monde intellectuel. « Platon est un poète, un mathématicien, un metteur en scène et un philosophe. Aristote est un savant, un naturaliste, un biologiste et un philosophe. Il est le disciple de Platon et son opposé » p.69. Suivent saint Augustin du côté de la grâce, et saint Thomas du côté de l’ordre (vers lequel va pencher l’église catholique romaine). Puis Copernic, Kepler et Galilée qui remettent en cause la terre centre de l’univers et l’homme fils unique d’un Dieu grand Horloger. Puis Newton et Darwin, enfin Hubble et Einstein.

Vient alors « le songe sur le songe » (p.198), le rien derrière le mur de Planck, quelque secondes avant le Big bang que la physique actuelle ne peut décrire tant les puissances tendent vers l’infini. Certains font là le refuge de Dieu, pourquoi pas ? Jean d’Ormesson laisse la question ouverte. « Ce que les hommes ne comprennent pas, ils le mettent sur le compte des puissances auxquelles ils donnent des noms de dieux » p.203. L’écrivain lui donne ses chances, puisque la science est incapable de prouver le contraire. « Dieu existe-t-il ? Dieu seul le sait » p.233. C’est pour ce genre de pirouette que l’on aime bien d’Ormesson.

Il ajoute que « les hommes sont égaux parce qu’ils meurent » p.239, ce qui est finement mieux pensé que la Môrrrâââle de foule sentimentale qu’on nous enjoint de suivre sans discuter. Son testament célèbre la vie, ce qui nous fait être plutôt que ne pas être. « Je crois que la vie – et pas seulement la vie des hommes – doit être respectée. Parce qu’une même espérance nous unit les uns aux autres et nous soutient tous ensemble » p.269. Il y a un élan, c’est la beauté de l’existence.

Ce livre de méditation rassérène et rend plus subtil. Le lecteur ne voit plus le monde comme avant. Il sort la tête du guidon et de l’éternel présent marchand pour se poser les questions existentielles, essentielles, celles qui font vivre et mourir. La méditation se termine se termine d’ailleurs par ces mots magnifiques prononcé par Bouddha et le Christ comme par le Nietzsche de Zarathoustra : « Tout est bien ».

Jean d’Ormesson, C’est une chose étrange à la fin que le monde, août 2010, Robert Laffont, 314 pages, €19.95

Existe aussi en CD audio, mp3, suivi d’un entretien avec l’auteur, Audiolib, novembre 2010, €20.90. 

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Crise ou pire encore ?

Article repris par Medium4You.

La crise financière 2007 a dégénéré en crise économique, comme chacun sait. Elle va plus loin, remettant en cause non seulement le doux pouvoir des États-providence, désormais à bout de souffle, la domination de l’hyperpuissance américaine sur le monde, mais aussi et surtout de la mentalité occidentale chrétienne blanche sur les continents… Déclin des Lumières, recul de la méthode expérimentale, de l’universalisme relativiste, de l’individualisme hédoniste. Déjà pointent à notre horizon proche le retour des passions, l’intolérance aux autres, les théories du complot, la pensée magique, tout ce qui fait le lit de la xénophobie et du nationalisme. Nous entrons avec la crise dans une ère de repli où chacun est sommé de dire qui il est et à quoi il fait allégeance.

Le dernier numéro de la revue ‘Le Débat’ (162, novembre-décembre 2010) offre une interprétation originale de Pierre Pascallon (professeur d’économie à l’université de Clermont-Ferrand), soumise aux feux critiques de Jean-Luc Domenach (spécialiste de la Chine), d’Hervé Juvin (consultant économiste) et d’Emmanuel Todd (démographe sociologue). L’intérêt du débat n’est pas de ridiculiser les autres ni de dénigrer leurs idées (ça, c’est bon chez les politicards). Il est de dégager des idées nouvelles pour penser l’avenir.

Que dit donc Pierre Pascallon ? Que nous sommes entrés dans la phase descendante du grand cycle Kondratiev, après les années 1980-2008 du cycle ascendant. Que cette phase est dangereuse parce qu’elle remet en question la domination d’un capitalisme d’État sur les autres. Que des crises ouvertes sont donc possibles avec l’émergence de la nouvelle superpuissance chinoise : peut-être une guerre avec les États-Unis ?

Jean-Luc Domenach n’y croit guère. La Chine dépend encore trop des exportations vers les pays développés pour exister sans elles. Tout ralentissement de croissance est potentiellement dangereux pour elle-même, tant la corruption et l’absurdité d’un système politique archaïque peut faire exploser les masses d’une province ou l’autre. La population vise au progrès et manque de toute habitude ou institution du compromis, ce qui la rend de plus en plus difficile à diriger. D’autant qu’elle vieillit à vitesse accélérée et que la croissance ne peut attendre. La Chine rêve de devenir les États-Unis et ses dirigeants y ont planqué leurs fortunes tandis que l’État garde la majeure partie de ses réserves de devises en bons du Trésor américain. La guerre paraît improbable – sauf entre pays d’Asie où les frustrations, les contentieux historiques et la puissance chinoise commencent à agacer ses voisins.

Hervé Juvin observe avec effarement les peuples occidentaux repus et naïf aller à la dérive avec une élite qui ne comprend rien, ou qui fait semblant. « Ils nous placent dans une bulle d’assurance, de compassion et de complaisance là où c’est de risque, d’exigence et de rigueur qu’il faudrait parler, et vite, avant l’explosion ! » Tout fout le camp, à commencer par qui nous sommes et ce que nous voulons ; les États se délitent, perclus de dettes et liés par traités.

Emmanuel Todd ne voit pas l’époque aussi noire. Il rappelle que la guerre de 1914 a émergé d’idéologies hystériques bien plus que d’intérêts économiques et que le projet collectif de la ‘revanche’ qui, en 14, touchait aussi bien les élites que le peuple, n’est pas là. Les classes privilégiées sont indécises, sans projet collectif, elles autodétruisent leurs industries par la délocalisation et la braderie des technologies. Il suffirait d’un peu de protectionnisme…

Ajoutons notre touche à ce débat passionnant. Nous sommes bien d’accord sur le fait qu’il n’y a pas de vraie politique aujourd’hui. La gauche sombre dans la démagogie du « pas touche à mes zacquis », n’offrant que le ‘care’ et les futurs emplois écologiques comme seul projet. La droite qui voulait réformer et redonner le goût du travail se vautre dans la protection, les économies, la sécurité et l’État-papa… Le monde ancien part à la dérive et rien ne pointe susceptible de le remplacer à horizon d’une génération. Mais nous sommes bien en train de changer de monde, je l’ai assez dit sur les blogs.

En revanche, je conteste l’interprétation théorique de Pierre Pascallon sur le cycle Kondratiev. Le cycle précédent s’est effondré dès 1929 par une crise financière, nécessaire à liquider la montagne de dettes accumulée par les ménages, les entreprises et les États. Ce préalable est indispensable pour susciter les investissements nouveaux dans les technologies révolutionnaires, de même que des marchés neufs s’ouvrent au commerce. Fin de la suprématie de la Livre sterling, passage du témoin de l’Angleterre aux États-Unis avec la guerre européenne 1939-45. Des innovations sont nées de la guerre (radar, pénicilline, avions à long rayon d’action, fusées, grosse informatique, énergie nucléaire) qui ont permis l’essor du cycle suivant, augmenté par la reconstruction d’après-guerre dans les pays développés (Europe et Japon).

Cette première phase haussière du cycle est morte en 1973, après l’abandon en 1971 de l’étalon-or par les États-Unis et avec la crise du pétrole. La seconde phase – baissière – est probablement en train de s’achever car nous sommes allés de crise en crise depuis 1973… La dernière étant financière, comme les autres fins de cycle. Nous sommes probablement en phase de transition vers un nouveau cycle de productivité menées par l’innovation (Internet, mobiles, nanotechnologies) et l’ouverture mondiale des marchés avec l’émergence de l’Asie, de l’Amérique du sud et de l’Afrique.

Si telle est la bonne hypothèse, les risques de guerre généralisée sont faibles. Les États-Unis vont résister jusqu’à ce que la Chine prenne le relais, ou l’Inde. Mais ce n’est pas pour tout de suite car la Chine dépend trop des capitaux étrangers et des délocalisations des pays développés : elle n’a ni la consommation intérieure, ni le système social suffisant, ni la monnaie convertible qui convient, pour devenir économie-monde. Quant à l’Inde, il s’agit d’un pays-continent plutôt fermé sur lui-même.

La crise financière 2007 est le dernier soubresaut d’une époque pure-occidentale, marquée par le primat du tout calculable et le délire de la raison égoïste. Mais le propre de l’Occident est de relativiser sa culture, ce qui lui donne une grande souplesse pour rebondir. Certes, le passage de témoin se fait, mais il n’est pas ce que la peur fait croire : ni la Chine, ni l’Inde, ni n’importe quel autre pays ne peut jouer le rôle des États-Unis après 1929.

Revue Le Débat, n°162, novembre-décembre 2010, pages 177-191, €17,50

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Être malade à Tahiti

J. est malade, il souffre le martyre depuis plus de huit jours, ne peut plus se lever sans hurler de douleur. Nous avons réussi à le faire hospitaliser en utilisant l’ambulance des pompiers, les routes sont une torture de plus pour le dos de J. Les quelques kilomètres séparent son domicile de l’hôpital ressemblent à la montée au calvaire. Des larmes pointent de ses yeux, ses doigts se crispent sur le brancard. Enfin dans un lit avec une poche de morphine. Ses nerfs lâchent, il craque et éclate en sanglots. L’hôpital, ici en Polynésie, est un lieu très particulier. On y entre à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, on bise les infirmières et les aides-soignantes qui sont cousins avec les malades. Ce matin, V. préoccupée part à 3 heures du matin rendre visite à son frère de lait. Ici, à la presqu’île, c’est le bout du monde. Chut ! Ne le dîtes pas car il paraît que dans le nouvel hôpital du Taone, c’est très strict… ouille, ouille, ouille.

C’est fait. Hier, avec V. nous avons parcouru les couloirs, les halls, les parkings du nouvel hôpital à la recherche du service de réanimation où se trouvait une connaissance de V. L’immeuble gigantesque en forme de nef de bateau est magnifique mais les indications pour trouver les services laissent à désirer. Durant un quart d’heure nous avons arpenté les lieux, questionné les infirmières, les malades rencontrés… pour finalement utiliser le téléphone portable et qu’on vienne nous chercher ! Quand nous sommes arrivées enfin, le malade était en soins car il avait arraché toute la tuyauterie qui le reliait aux machines.

Le manguier (vi popaa ou mangifera indica) fut introduit pour la première fois à Tahiti en 1848 par M. le contre-amiral Le Goarant de Tromelin. Les indigènes avaient remarqué la ressemblance de ses fruits avec ceux de Spondias dulcis (Vi Tahiti ou Pomme Cythère) ; ils les baptisèrent donc Vi Popa’a (Vi étranger), ce nom a été conservé. Les principales variétés de mangues récoltées à Tahiti sont pour les mangues greffées : la mangue Mission ; pour les mangues non greffées : atoni, huehue, maaro, ohurepio, opureva, painapo, tuea, tutehau. Déjà je vous avais parlé des mangues atoni d’E : une odeur merveilleuse mais beaucoup de fibres ; des mangues ohurepio de V. qui sont pour moi les meilleures ; et pour faire du pur jus de mangues pour notre malade J. nous avons décidé d’aller ramasser des mangues huehue. Deux énormes manguiers se trouvent dans le cimetière du haut. Nous nous étions munis de seaux. Arrivées sur place, il y avait des ouvriers qui travaillaient dans le cimetière.

V. me dit : « moi je vais aller parler et distraire les ouvriers pendant que tu seras ainsi libre d’emplir les seaux de mangues. Ils pourraient se demander ce que je fais tandis qu’une popa’a qui ramasse des mangues ne leur paraîtra pas bizarre… » Ainsi fut fait ! De retour à la maison, épluchages des mangues huehue… j’ai tiré 4,5 litres d’un succulent jus dont nous nous sommes régalés.

A 6 heures du matin départ pour l’hôpital nous portons à J. ce jus de mangues tout frais. L’histoire a déjà fait le tour des familles proches ! La mangue est une source de carotène (provitamine A), d’acide ascorbique (vitamine C) et de vitamines du groupe B. Le manguier est également une plante médicinale : la peau du fruit mûr a des propriétés antihémorragiques ; le noyau contient une amande amère, astringente, riche en acide gallique ; l’écorce du tronc, riche en tanins, est utilisée, en décoction pour faire des injections anti-leucorrhéiques ; la résine noire qui exsude du tronc, mélangée à du jus de citron, est employée en frictions contre la gale ; et en Polynésie le tronc est très apprécié pour la construction de pirogues. Mais pour tailler votre pirogue attendez un peu que l’arbre grandisse !

Hiata prend congé provisoirement, rendez-vous fin janvier.

Ia ora na i teie Noera e ia maitai’ i teie matahiti ‘api 2011

Hiata

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Lucky Luke contre Pinkerton

Morris était drôle, Morris et Goscinny très drôles, ce pourquoi nous sommes un peu déçu par le duo Pennac & Benacquista. Leur scénario se traîne durant un bon tiers, il dévalue Luc la Chance et fait des Dalton des scies répétitives dans la bêtise. L’album trouve son rythme de croisière vers le milieu et la mayonnaise finit par prendre. Il y a de l’action, de la virtuosité et de la morale, comme dans le vrai.

Mais, ne vous y trompez pas, vous avez affaire à un ersatz, un faux Lucky Luke comme il y a dans cet album un faux billet de deux dollars.

Les adultes retrouveront une nostalgie téléphonée, mais les enfants qui le découvriront ne goûteront pas tout le sel des gags déjà lus. Reste l’histoire, assez banale, d’un détective ambitieux qui a voulu industrialiser la profession de redresseur de torts. Le fichage généralisé est une manie post-11 Septembre destinée aux citoyens, le ‘tous coupables’ quelque chose qui passe par-dessus de la tête des bambins.

Sur le dessin, rien à dire, il a repris les tics de Morris et Lucky n’est jamais maladroit comme les successeurs de Jacques Martin peuvent l’être lamentablement. Seul le brin d’herbe systématique fait tache, qui remplace la clope politiquement incorrecte. Mais trop c’est trop. Les auteurs médiatiques se sont donné du plaisir ; ils n’ont pas prolongé Lucky Luke, ils se sont plutôt frottés avec. Le vintage des oldies but goodies est un métier…

Mais on peut y prendre plaisir quand même.

Lucky Luke contre Pinkerton, dessin Achdé, scénario Daniel Pennac et Tonino Benacquista, d’après Morris, éd. Lucky Comics, 2010, 46 pages, €9.45

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Cormac McCarthy, La route

Nous sommes quelque part (probablement aux États-Unis), dans notre siècle (sans doute dans une dizaine d’années), et après une catastrophe (peut-être nucléaire). Un père et son fils errent, avec pour seul objectif de rejoindre la mer et un lieu où il fasse chaud. Ils sont seuls, abandonnés de l’épouse et mère (qui a préféré la mort aux risques), laissés pour compte de la civilisation (qui a disparu dans l’apocalypse).

Quand rien de ce qui fait notre vie de tous les jours ne subsiste, qu’est-ce qui reste ?

– L’amour. Le plus primaire des sentiments, le plus brut, le plus profond. L’auteur aurait pu choisir l’amour maternel, qu’on croit le plus intime et le plus fort. Mais – est-ce l’époque qui veut ça, ou son pays, les États-Unis ? – Cormac McCarthy ne fait pas confiance à la femme. La variante femelle américaine est en effet égoïste, séductrice et volontiers mante religieuse. L’amour filial d’un père pour son fils lui paraît plus fort que l’amour maternel. Parce qu’il est un lien choisi plus que charnel, qu’il repose sur la raison plus que sur le ventre. Peut-être aussi parce qu’il est l’image biblique : le Père qui envoie son fils endurer l’humain sur la terre.

Il y a cette inspiration dans le calvaire du « petit ». Né au début de la grande catastrophe (c’est son père qui coupe le cordon), il est laissé par sa mère (qui se suicide pour échapper aux hantises de viol et d’esclavage qu’elle pressent venir). Seul le père veille sur son enfant. Il s’est promis de le tuer si lui-même ne parvient plus à vivre. Il est malade, il tousse, il crache le sang. Ses jours sont comptés, il le sait. Il a gardé une balle de revolver pour que son fils l’accompagne.

Car les mœurs, en cette fin du monde, sont celles de la barbarie. Des hordes de violents, sous l’égide d’un chef plus fort, écument la contrée en pillant, violant et tuant ceux qui résistent. Les autres sont réduits à les servir, femmes comme adolescents. Les enfants sont dévorés, rôtis à la broche en guise de viande car aucun oiseau ne vole plus, ni d’animaux ne courent dans les forêts. Le cataclysme a tout détruit.

Le gamin a sept ou huit ans, l’avenir est bouché, aucun rêve positif ne lui est offert. Son père ne veut même plus lui raconter le monde d’avant, tant il est impossible à imaginer pour qui ne l’a pas connu. Les deux vivent sur le pays, maraudant ici ou là dans les maisons abandonnées les vêtements et les conserves qui subsistent encore. Certains ont vu la catastrophe venir et ont bâti des abris bien remplis. Nous avons là une réminiscence de Y2K, cet an 2000 où « le bug » informatique devait mettre le chaos dans le monde. Des sites Internet listaient pour vous les armes et provisions à prendre, les nantis avaient acheté des chalets dans les montagnes Rocheuses et construit des bunkers pour résister, au cas où…

Le grand bug n’est pas venu, mais les attentats du 11-Septembre ont ravivé la crainte. C’est désormais la hantise des missiles qui domine, l’Iran et la Corée du nord sont au seuil du nucléaire, avec des fusées balistiques. Le repli sur soi et la peur du déclin hantent l’Amérique. ‘La route’ se situe dans ce courant d’opinion où tout peut arriver. Nous sommes bien loin de l’optimisme de ‘Sur la route’, le roman de Jack Kerouac publié juste 50 ans plus tôt que McCormac. Est-ce un hasard ? La Beat generation voyait « l’Est de mon enfance et l’Ouest de mon avenir » sur la route, chemin des pionniers, voie optimiste vers la vie… Tandis que les années 2000 voient dominer le no future.

Si vous aimez encore vous isoler pour lire, préférez nettement le livre au film. L’écriture minimale a une grande force émotionnelle. Elle laisse l’imagination prendre son essor et les personnages vivre sans vous imposer une image convenue par les acteurs. Pour moi, c’est celle du Gamin. J’imagine sans peine la vie que nous aurions eu tous les deux s’il était survenu un tel événement… « Il y avait des moments où il était pris d’irrépressibles sanglots quand il regardait l’enfant dormir, mais ce n’était pas à cause de la mort. Il n’était pas sûr de savoir à cause de quoi mais il pensait que c’était à cause de la beauté ou à cause de la bonté » p.118.

Quand vous lisez cela, l’émotion vous étreint. Elle est vôtre. Je ne vous dis pas la fin, mais elle est inévitable et, en même temps, ouvre sur la Providence. C’est très américain mais à ce moment-là, nous sommes tous Américains.

Cormac McCarthy, La route, 2006, Prix Pulitzer 2007, traduit en français par François Hirsch, Points Seuil 2009, 252 pages, €6.46

La route, CD mp3 texte intégral lu, Livraphone 2008, €12.28

La route, Film de John Hillcoat, Metropolitan video 2010, €18.99 blue-ray

Jack Kerouac, Sur la route, édition intégrale du rouleau manuscrit, Gallimard 2010

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Le Pen lance sa Marine

Article repris par Medium4You.

Marine Le Pen commence à effrayer la droite comme la gauche : pensez, elle prend à tout le monde ! Il n’y avait que quelques trois cents adhérents à Lyon lorsqu’elle a fait sa sortie provocatrice sur « l’occupation ». Les Musulmans occupent une part du territoire républicain par leur prière dans les rues chaque vendredi. Elle a attiré par curiosité 3,3 millions de spectateurs sur France2. Marine Le Pen est créditée de 27% d’opinions favorables dans un sondage Ipsos-Le Point (19% dans un sondage BVA-L’Express) et de 17% d’intentions de vote au premier tour de la présidentielle… en 2012.

Rien d’un raz de marée mais plutôt un brise-glace, il faut savoir raison garder : le fascisme n’est pas de retour, il a toujours été là, tapi comme l’herpès dans les profondeurs électorales. Briser les tabous de la moraline est son rôle. Mais Marine remplace Jean-Marie et, avec elle, la modernité femme submerge le vichysme lepénien à l’énergie bandée. Faute de jus, ce virilisme n’a pas éclaté, mais l’inversion est peut-être plus insidieuse : Marine est femme, plus séductrice, et renouvelle les thèmes de la droite extrême.

  • Elle a choisi d’éluder l’ordre moral au profit de la laïcité ferme.
  • De remplacer l’antibolchevisme par l’anticléricalisme – contre les imams et autres ayatollahs.
  • De substituer à l’antisémitisme traditionnel son autre versant (toujours sémite) anti-arabe.
  • D’opérer un tour de passe-passe de l’étatisme paternaliste à la Pétain au néo-jacobinisme botté de tendance plutôt mussolinienne dont les modèles d’aujourd’hui sont Poutine et le PC chinois.
  • De réévaluer l’Occupation sous la forme du Mal (contrairement à son père) en établissant l’équivalence (évidente dans les cercles d’extrême-droite israélienne) intégristes musulmans = nazis.

Rien de neuf là-dedans, on ne change pas son électorat par décret. Les analyses faites il y a quelques semaines demeurent. Il y a simplement qu’un écho se propage, il résonne dans l’opinion et retentit sur les politiques affaiblis. D’où agitation et caquetages. Laïcité et ordre républicain ne sont-ils pas des thèmes de gauche ? Souverainisme et protection ne sont-ils pas des thèmes de droite classique ? Chacun se sent chatouillé, comme le dit joliment Jean-Louis Bourlanges, par la Bête qui monte, qui monte…

Est-ce inquiétant ? Pas plus qu’autre chose. Marine s’adresse au populaire, largement délaissé par la gauche socialiste et bien laissé pour compte par la droite ploutocratique (affaire Bettencourt, connivence minable Copé/Jacob pour exonérer les députés menteurs sur leur patrimoine). Seul Mélenchon occupe le terrain, s’amusant à faire du Marchais quand il dit « je prends tout ». Marine a plus de talent que Jean-Luc et elle va probablement croquer sur son audience car, elle, se garde bien de rien « prendre ». Elle n’a le couteau entre les dents que pour les étrangers : les Arabes et les technocrates de Bruxelles ou de Washington.

Dans une conjoncture de crise financière occidentale, les petits sont délaissés par les gros et les financiers cosmopolites dédouanés par les politiciens. La Chine, au jacobinisme botté de parti unique, y échappe. D’où la tentation d’y prendre modèle. Sur l’exemple des années trente, le parlementarisme laisse trop la place aux parlotes lentes, aux compromis boiteux et aux affaires cyniques. Le régime autoritaire est une tentation pour ceux qui cherchent un bouc émissaire et se veulent un avenir identitaire. La France n’est pas la seule en Europe à voir remonter sa droite extrême : il en est de même en Autriche, aux Pays-Bas, en Norvège, en Suède, en Italie, en Pologne, en Hongrie, en Belgique, en Serbie, en Russie…

Les thèmes sont porteurs, bien que démagogiques :

1. Le choc de civilisation entre deux millénaires chrétiens au compromis laïc depuis un siècle (loi de 1905) et l’irruption en une génération de 10% de la population d’origine musulmane. Religion qui se revendique haut et fort, avec pratique plus assidue des rites et menace de l’internationale terroriste. A cela, Marine Le Pen répond : laïcité intransigeante.

2. Le choc de la mondialisation en régime de libre-échange qui oblige à comprimer les salaires et à délocaliser, faisant s’effondrer des pans entiers d’industries. A cela, Marine Le Pen répond : sortie des traités et protectionnisme.

3. Le choc de l’immigration, des nomades aux sans-papiers qui encombrent l’espace médiatique par leurs écarts à la loi et leur misère sans que rien ne puisse tarir ce tonneau des Danaïdes. A cela, Marine Le Pen répond : égalité républicaine, mais pour les citoyens seulement, donc retour des frontières.

4. Le choc financier qui, après la quasi-faillite des banques sauvées par les États, voit ces mêmes États menacés par « les marchés financiers » avec dégradation de leur notation d’emprunt. A cela, Marine Le Pen répond : sortie de l’Europe, sortie de l’euro, dénonciation de l’OMC, révision de l’alliance OTAN.

Tout cela résonne en profondeur dans la population. Certains relativisent parce qu’ils ont fait des études, connaissent l’histoire, voyagent et voient plus loin. D’autres prennent les choses au premier degré, se constatant menacés ici et maintenant par le rapport différent de l’islam à la religion, par le chômage qui les saisit, par les aides sociales « qui vont toujours aux mêmes », ceux qui lapinent et font de leurs gosses des Français par le sol mais qui refusent de s’intégrer et trafiquent la drogue ou font tourner la Blanche, par les impôts qui augmentent pour payer les bonus des banquiers impunis et les frasques des politiciens au pouvoir.

La gauche a peur parce qu’elle est bridée par ses tabous antiraciste et anticolonial, réduisant tout au social, donc aux « moyens ». Elle ignore ce qui reste après formatage républicain : le faciès. Et déverser de l’argent ne suffit pas, on l’a vu dans l’Éducation nationale comme dans les programmes de réhabilitation des banlieues.

La droite prend peur parce que Sarkozy flanche. Lui qui avait si bien su ravir au tribun Le Pen nombre de ses électeurs par son approche sécuritaire et son avenir pour la France qui se lève tôt et qui travaille, a accouché de souris. Le karcher n’est pas passé sur les banlieues, les réformes coûtent cher et sont à refaire pour la plupart, le travail disparaît sans que les obstacles réglementaires n’aient vraiment changés, ni que les charges soient moindres…

Marine Le Pen profite de l’affaiblissement des forces traditionnelles : UMP, centre et PS. Elle peut donc gratter des voix à droite comme à gauche parmi les déçus du sarkozysme, des socialistes et même de Mélenchon. Mais cela donnera combien ? De 12 à 20% peut-être, comme dans les meilleures années Le Pen ou les meilleures années du Parti communiste français, l’ancien parti tribunicien. Et puis après ? Réussira-t-elle un nouveau 2002 en parvenant au second tour ? Pourquoi pas si les Socialistes sont toujours aussi divisés et peu crédibles – mais pour quoi faire ?

Marine n’a aucun programme crédible et l’avenir qu’elle présente est bouché. Il se réduit à la fin du monde, la fin de l’union en Europe, la fin de la monnaie mondiale-bis.

Le village gaulois, mais sans potion magique, est démagogique, donc sans prise sur le réel. On ne peut manipuler que les peurs et les fantasmes. KriegsMarine pèsera probablement – elle pèse déjà sur la Droite populaire. Tous les grands partis infléchissent leur discours vers ses thèmes. Peut-être (dans dix ans ?) le FN réussira-t-il à nouer une alliance à droite pour les élections car les petits gars de la Marine, très militants, sont présents sur le terrain. Peut-être auront-ils quelques députés si la proportionnelle est décidée (grande revendication de gauche !).

Mais il faudrait à mon avis un effondrement analogue à celui des années trente en Allemagne pour que Marine Le Pen parvienne à la présidence de la République !

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Niu niu a Hiata

La, la, la ! plus d’eau distribuée au robinet depuis ce matin ; il est 21 heures et toujours rien, il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus d’espoir. Les habitants n’avaient pas été prévenus. Le cocasse est dans le Vaima parce que c’est grâce au Vaima que l’eau coule dans les fare du district de Teva I Uta et c’est la municipalité qui possède la source d’eau sur son territoire qui en est privée. Ce pourrait être une vendetta ? La mairesse a perdu sa majorité à cause des représentants de Clochemerle sur Vaima… La chaleur use les organismes, les orages sont fréquents. Les victimes ? Les punis ? Les habitants de Clochemerle sur Vaima qui n’ont pu faire leur lessive, qui n’ont pu faire la cuisine, qui n’ont pu laver la vaisselle, qui n’ont pu prendre leur douche. Je me suis enfuie chez mon ami E. La douche était délicieuse… Cela a encore duré deux jours avant que l’eau ne revienne jaillir dans les lavabos, douche et évier, avant que l’on ne puisse faire bénéficier les plantes du jardin potager. C’était une grosse canalisation qui avait été malmenée par un engin de chantier qui travaillait sur un terrassement.

La poule aux 7 poussins a déserté ; elle a été séduite par un amant au plumage magnifique. Les poussins ont grandi mais ont gardé en mémoire le chemin qui mène au ma’a. Ils viennent piailler et réclamer leur ration de riz, de pain et autres reliefs de repas. La table est si généreuse qu’une autre poule avec 4 enfants vient elle aussi réclamer et impose sa smala au détriment de nos 7 neveux orphelins ! Et ce matin une cane est venue nous présenter ses 3 canetons. Que de becs à nourrir !

Le rau, vous connaissez ? C’est le médicament préparé à base de plantes dont les recettes sont jalousement gardées par les Anciens. L. ce jeudi matin, a préparé avec l’aide du rau de sa mère une potion pour soulager les maux de J. Voilà 30 ans que Mamy I. a reçu ce rau de Huahine (Iles sous le Vent) sans en connaître la recette. Pour faire durer ses qualités, il suffit de rajouter régulièrement du haari oviri (eau de coco vert). Vous avez fracture, foulure ? Appliquez des compresses imbibées de ce rau plusieurs fois par jour et buvez-en un fond de verre durant trois jours. Les os brisés se rapprochent en faisant des craquements et se ressoudent ! Mamy I. m’a introduite auprès de personnes ayant eu les os ressoudés grâce à son rau, y compris son propre fils. Croyez ou ne croyez pas mes propos mais c’est réel et stupéfiant. Mais L. n’a pas pris garde en sortant ce rau du réfrigérateur et le bouchon de plastique lui a sauté dans l’œil. La déflagration était violente. L’œil est sévèrement touché, la cornée et la rétine pourraient avoir été sévèrement atteintes.

Que ce soit en français, en tahitien ou en latin, vous savez que le pacayer, cet arbre fruitier appelé pakai ou inga edulis, est originaire du Brésil et qu’il est très répandu à Tahiti. Les feuilles sont particulières et les fruits qui mûrissent en décembre sont des gousses volumineuses, arquées, portant 4 arêtes saillantes.

Les graines noires sont noyées dans une pulpe blanche, sucrée, de consistance cotonneuse qui représente la partie comestible. Faites comme les enfants, régalez-vous. Une autre précision, le pacayer appartient à la famille des Légumineuses et à la sous-famille des Mimosoidées.

Hiata de Tahiti

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Michel Houellebecq, La carte et le territoire

Cadeau incontournable des fêtes (italiquons comme l’auteur les mots du jargon mode), le dernier roman du maître est son plus abouti. Il transpose tout l’univers houellebecquien, de la vacuité de l’époque à l’inanité des relations, de l’artisanat besogneux de l’Hâârt jusqu’à la fiction d’une France ultime [en 2036, où Frédéric Beigbeder meurt à 71 ans comme il est dit]. La France vue facétieusement par Houellebecq sera réduite au tourisme sexuel (prestige des petites femmes de Paris) et aux écolo-ruraux, sans plus aucun immigré pour cause d’abandon de toute prestation sociale, avant le triomphe du végétal dans les siècles des siècles. Une sorte de Thaïlande à l’envers, quoi.

Un dessin vaut mieux qu’un long discours, de même une carte Michelin vaut mieux que la nature. Elle révèle la réalité du paysage mieux que la photo satellite. C’est que l’art est vérité pour l’homme, schématisant le réel pour les capacités (limitées) de son cerveau prédateur. C’est ainsi que Jed Martin (nom standard que portent tous les ânes) se préoccupe d’avancer dans la carrière, sans le vouloir, comme poussé par une nécessité organique. Sans vocation, fils d’architecte frustré et d’une mère juive suicidée (une sorte d’inverse absolu de la mère), il commence par photographier des boulons usinés au dixième de millimètre avant de passer aux cartes Michelin, puis de se convertir à la peinture à l’huile des vieux métiers. Il passe ainsi du territoire à la carte, de la photo à la peinture et des choses inanimées aux hommes (p.144).

Est-ce le destin de tout artiste que de devenir « artiste révolté (mais quand même riche) poursuivant un travail angoissé sur la mort » p.10 ? Houellebecq ne croit pas à cette idéologie marketing, faite pour interpeller l’intello et lui faire sortir ses ronds. « On en est à un point de toute façon où le succès en termes de marché justifie et valide n’importe quoi, remplace toutes les théories, personne n’est capable de voir plus loin » p.208. Aucune relation ne va au-delà des trajectoires de forces, menées par les carrières et les besoins élémentaires. Le modèle standard de la relation réussie à la satisfaction mutuelle dans notre société est la pute (pp.57 et 122). Même enseigner, beau métier, peut « se résumer au fait d’enseigner des absurdités contradictoires à des crétins arrivistes » (p.328). Le polytechnicien ouin-ouin de Michelin en est la technocrate caricature. Les enfants sont des chieurs et les familles des boulets ; les amis sont transitoires et liés aux activités.

Seule compte la technique dans ce capitalisme de consommation fonctionnelle. « Un hypermarché Casino, une station-service Shell demeuraient les seuls centres d’énergie perceptibles, les seules propositions sociales susceptibles de provoquer le désir, le bonheur, la joie » (p.195). Le Corbusier a admirablement bâti ses camps de concentration à habiter pour travailleurs et cadres englués dans la marchandisation du monde. Au fond, seule la voiture donne les satisfactions techniques les meilleures, notamment l’Audi Allroad A6 ou la Mercedes classe A. Dans l’ordre du vivant, le chien bichon qui ne peut se passer de son maître. Jed en vient même à parler à son chauffe-eau (p.398), pour lui plus présent que bien des êtres.

Le style Houellebecq use ainsi du naming, du happening et de la provocation.

Il reste plat parce qu’il se veut neutre, pur véhicule de communication du langage standard, sans effet de style, sauf un brin d’humour surgi de l’absurde. Ceux qui ne l’aiment pas n’aiment pas l’époque contemporaine (et on les comprend), mais ceux qui apprécient mesurent la continuité de Houellebecq avec Stendhal et Flaubert, du roman comme miroir promené au long d’un chemin au parler précis, quasi médical, pourfendeur des idées reçues. Ce style, l’auteur le revendique pour son peintre, « le même détachement, la même froideur objective (…) simple et direct : il décrit le monde » p.189. L’autoportrait de Houellebecq se trouve dans Tocqueville, cité p.261 : « Je n’ai jamais connu non plus d’esprit moins sincère, qui eût un mépris plus complet pour la vérité. Quand je dis qu’il la méprisait, je me trompe ; il ne l’honorait point assez pour s’occuper d’elle d’aucune manière… »

C’est ce que veut le marché, ce que veulent « les hommes d’affaires les plus riches de la planète. (…) Aujourd’hui pour la première fois ils ont l’occasion, en même temps qu’ils achètent ce qui est le plus à l’avant-garde dans le domaine esthétique, d’acheter un tableau qui les représente eux-mêmes » p.206. Ce sont les cons de Céline, dont l’auteur a parfois le regard anarchiste : « Ce que veut le con c’est un miroir pour son âme de con où il puisse s’admirer – … d’où le film et les romans d’immense tirage – ‘miroirs pour les âmes du plus grand nombre de cons possibles.’ Cette loi vaut aussi pour la psychologie, la graphologie, etc… » lettre de 1947, Pléiade p.932. « Je veux simplement rendre compte du monde », déclare Jed à une journaliste à la fin de sa vie (p.420). « Chaque jour est un nouveau jour » (p.422). Ainsi de Houellebecq.

Il se met en scène sous son nom, allant jusqu’à voir réaliser son portrait par le peintre qu’il invente, après avoir préfacé un catalogue pour son exposition. Mise en abîme technique, très Renaissance, époque d’ailleurs où, selon lui, l’art a quitté l’artisanat pour devenir industrie avec les ateliers des peintres célèbres. Il invite aussi Frédéric Beigbeder, son éditrice Teresa Cremisi et un certain nombre d’autres connus dont le sel nous échappe, ne passant pas notre temps devant la télé. Ils se reconnaîtront. Sans oublier les haines houellebecquiennes pour les journaleux « Comment est-ce que vous voudriez rencontrer quelqu’un qui travaille pour Marianne ou Le Parisien libéré sans être pris d’une envie de dégueuler immédiate ? » (p.147), ou du NouvelObs « les trous du cul de la place parisienne » (p.315), les « masochistes hargneux » de l’ultra-gauche (p.397), les ruraux de la France profonde « inhospitaliers, agressifs et stupides » (p.407) et l’ignare Pépita Bourguignon, chef de rubrique arts au journal Le Monde.

Tant d’ennemis ne peuvent que lui nuire. Dès la page 276 se noue une intrigue policière avec mise en scène de son assassinat en 2016 [Beigbeder a 51 ans]. Il est dans sa maison d’enfance où il s’est replié en cocon, n’ayant plus rien à dire au monde dont il se fout. Son village, Souppes dans le Loiret, est une reconstitution Potemkine du bon vieil autrefois par des urbains riches et intellos qui ont même nommé une rue Martin Heidegger et un rond-point qui ne mène nulle part Emmanuel Kant (p.280) ! L’intrigue est faible, le meurtre rituel sans objet, comme une dérision de plus d’un serial killer français (donc impuissant à œuvrer dans le lyrisme américain ?).

Écrit en chronique détachée, le bec acéré et le nihilisme réjoui, ‘La tarte et l’écritoire’ est un roman d’aujourd’hui, plus intéressant que beaucoup, qui a l’immense mérite de résumer tout Houellebecq depuis les origines. Qu’on se le lise !

Michel Houellebecq, La carte et le territoire, juillet 2010, Flammarion, 428 pages, Prix Goncourt 2010, €20.90

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Économie 2011 : comment la voyez-vous ?

Article repris par Medium4You.

Peu lisible : la crise est structurelle mais les mesures prises sont conjoncturelles. Tout ce qui était de règle auparavant a été utilisé : soulagement du crédit par la baisse des taux, soutien à la consommation par la relance budgétaire et fiscale, relance des exportations par l’affaiblissement de la devise – jusqu’au soutien aux banques pour garantir le système du crédit. Mais la reprise est molle, butant sur la montagne de dettes des ménages aux États-Unis, des États en Europe, et des monceaux de dollars dévalués dans les fonds souverains.

La relance montre ses limites, le relais doit être pris par la société. Mais elle est vieillissante en Occident et ce n’est pas en repoussant l’âge de la retraite que l’on crée ex-nihilo des emplois. Les banques centrales s’essaient aux mesures « non conventionnelles ». L’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) consiste à racheter des dettes d’États ou d’entreprises pour les porter à échéance, injectant ainsi du crédit directement sur les marchés. Mais nul ne connaît les limites d’une telle politique, ni son efficacité. Chacun avance en tâtonnant par essais et erreurs. De quoi affoler la volatilité des marchés. Est-on assez assuré de l’avenir pour investir ?

Qui croit vraiment à « la reprise » ? Les spécialistes doutent de la capacité de certains États à rembourser leur dette, les mettant sous pression pour se refinancer. Les économistes doutent de l’intérêt des entreprises à investir et à embaucher, tant la demande manque alors que l’offre des pays émergents est férocement concurrentielle. Les sociologues notent le désarroi croissant de la population qui craint pour son emploi, pour ses enfants, pour sa retraite et sa santé. Le populisme agite la politique à grands coups de yakas, ciblant les nomades refusant le travail, les assistés perpétuels, les immigrés délinquants, les Chinois retors, appelant à la fermeté, aux contrôles, au protectionnisme. Le pouvoir, lui, navigue à vue, sans boussole ni projet autre que durer – donc faire des économies après une génération de gabegie. Il n’y a que l’Allemagne qui tire son épingle du jeu, mais ses exportations vont surtout au reste de l’Europe : que seront-elles si ce reste s’effondre ? Est-ce que gagner du temps suffit pour retrouver la croissance d’avant ?

Milton Friedman, le monétariste, ne croyait pas à l’euro. Ni à sa naissance, ni à sa subsistance. En cause, l’absence de zone unie, de compensation entre régions monétaires restées États-nations jalousement indépendants. Pas de politique unifiée, ni de coordination économique, ni de convergence fiscale, ni de langue et pratiques communes notamment pour le travail… Ni même de culture ou même de sentiment d’appartenance dans ce caravansérail ouvert à tous les vents où chacun est bienvenu s’il adopte le droit communautaire ! L’Europe sans frontières est inefficace. Sans prise en compte des intérêts concrets, point de salut. Les Chinois veulent « aider », est-ce que l’Europe va devenir vassale de la Chine après l’avoir été des États-Unis ?

Les boursiers ont beau affirmer que 2011 est l’année du rebond, leur unanimité est suspecte. Ont-ils assez menti aux épargnants ces dernières années… Le premier trimestre devrait être bon, comme d’habitude aux États-Unis, mais ensuite ? Le chômage lourd ne se résorbe pas, le cycle des affaires ne devrait reprendre qu’en 2012, l’immobilier américain reste en berne, la réglementation des banques trop timide, les perspectives sur l’énergie sombre. Il n’y a que les pays émergents où l’essor continue. Les entreprises occidentales qui y vendent sont florissantes. Justement, pourquoi iraient-elles investir en Europe ou aux États-Unis alors que le marché est en Chine, en Inde, au Brésil ? En conséquence, pourquoi voulez-vous que la consommation reparte dans les vieux pays ? Est-ce que tout gain doit être dépensé plutôt qu’épargné au cas où ?

En Europe, et en France plus qu’ailleurs, les épargnants fuient les banques et les marchés financiers. Ils préfèrent l’immobilier ou la terre qui ont l’avantage d’être des biens réels, protégés de l’inflation inévitable, à l’abri des faillites bancaires, des fluctuations des actions et des risques de défaut des obligations. L’assurance-vie a encore les faveurs parce que les assureurs ne sont pas des banquiers et qu’il y a un attrait fiscal pour la transmission. Les plus riches achètent de l’or physique, des tableaux reconnus et prennent des participations dans des entreprises.

Tour de vis fiscal, chômage persistant, scandales affairistes à répétition, remise en jeu politique en 2012 en France comme aux États-Unis – pourquoi voudriez-vous que 2011 soit une « bonne » année économique ?

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Takashi Hiraide, Le chat qui venait du ciel

Les Japonais ont une approche de la nature et des êtres différente de la nôtre. Cela signifie-t-il que nous ne pouvons les comprendre ? Certes pas ! Ce petit livre de Takashi Hiraide, traduit en français sous le titre « Le chat qui venait du ciel » , en témoigne. Publié en 2001 au Japon, traduit en Picquier Poche en 2006, il ne fait que 131 pages et ne coûte que 6 € – mais c’est un bijou de poésie.

Il s’agit, bien sûr, d’une histoire de chat. Comment cet animal mystérieux, « parfaitement au-delà du monde des humains, un être n’appartenant ni au ciel ni à la terre » (p.117), peut-il apprivoiser les hommes ? Par sa grâce, par son imprévu, par le cadeau qu’il vous fait de s’intéresser à vous.

Un couple d’artistes vit dans une maison traditionnelle à jardin de Tokyo, dans les années 1980, lieu qui s’est fait de plus en plus rare avec l’envolée des prix de l’immobilier. Comme tous les chats, Chibi, est un explorateur né. Il a besoin d’aventures et de recoins à lui où fourrer son museau. Il passe alors dans les maisons voisines et fait de leurs jardins ses jardins. Chat « trouvé », adopté aussitôt par le petit garçon des voisins, cinq ans, Chibi se fait adopter aussi par le narrateur et sa femme. Insensiblement, de fil en aiguille, une relation se développe d’elle-même.

Il n’y a pas ce côté tranché d’Occident : on n’« achète » pas un chat, c’est lui qui vous choisit ; on n’en est pas « le maître », c’est lui qui consent à vous apprivoiser ; un jour il disparaît, sans explication, pour quelque temps ou pour toujours, sans dire adieu. Tel est le chat, si bien adapté à la mentalité asiatique qu’il est l’animal chéri des mythologies là-bas.

Épousant ce point de vue de l’animal, l’auteur développe son récit de façon ondoyante, sans cesse changeante, selon les humeurs. Et la vie alentour, qui pousse ou décrépit, humains, animaux ou végétaux ne sont que l’accompagnement d’une existence focalisée sur le chat. Cette bête rend le monde indécis, comme vu au travers d’une lanterne magique, « des lambeaux de nuages » (p.6). C’est la sagesse du chat : « pas la moindre trace de contrainte à l’égard des êtres humains » (p. 13). Pour survivre sans dommage, il nous faut faire de même car tout change, tout se bouleverse et peut, si l’on y prend garde, nous bouleverser.

Chibi lui-même est l’incarnation de cette grâce nécessaire : « une merveille (…) Il était mince et élancé, et réellement tout petit. (…) On remarquait de suite ses oreilles mobiles et pointues à l’extrême » p.14 Il ne se laisse jamais attraper, ni prendre dans les bras. Aucune sécurité, aucun repos : mais la vie même est ainsi. Il ne cherche pas à fuir mais il esquive avec vivacité, avec « un éclat pâle et froid ». Comme dans le zen, « l’attention qu’il portait aux choses se déplaçait avec une rapidité étonnante (…), sensible aux métamorphoses invisibles du vent et de la lumière. » p.15 Incarnation peut-être du dieu de la chasse, Chibi le chat escalade un arbre de façon si fulgurante qu’il joue « la capture de l’éclair » p.72.

A son contact l’auteur, écrivain et poète, quitte le monde de l’édition pour « une vie de liberté » (p.31) Et puis… Tout passe, tout arrive et s’en va, sur la pointe des pattes. Un poète disparaît, un vieillard meurt, une maison est démolie. Le Japon ancien et traditionnel se transforme, les petits garçons grandissent, les saisons se renouvellent. Je ne vous dirai rien du développement du récit, vous laissant le découvrir. Car c’est un magnifique livre, un accord qui se fait avec le monde et avec la nature, que vous lirez là. Un trésor de sensibilité et de poésie comme il est peu, en notre début de 21ème siècle.

Il vient du Japon, qui a sans doute beaucoup à nous apprendre.

Hiraide Takashi, Le chat qui venait du ciel , Picquier poche, 2006, 130 pages

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Tous mes Voeux de bonne année 2011

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Coucougnettes

Découverte d’un été, de délicates Coucougnettes toutes roses à croquer. Faire une « coucougne » signifie câliner dans le sud béarnais. Ainsi les mères coucougnent leurs petits, les éphèbes leurs nymphes et les couples mûrs leur moitié. Il s’agit de caresser (dans le sens du poil), de cajoler, attoucher, chatouiller, bichonner, bécoter, effleurer, flatter, dorloter, titiller, peloter… Que l’imagination est grande aux choses de l’amour !

Henri le Quatrième y était expert, ayant entretenu quelques 57 maîtresses et conçu pas loin de 24 batards selon les doctes parchemins. C’est en son honneur de Vert Galant, dit-on, que furent concoctées ces Coucougnettes-là. Elles sont en effet en pâte d’amande trempée dans du jus de framboise – puis enrobées de sucre pour les rendre plus désirables.

• Pour la fermeté, la pâte d’amande est mêlée d’amandes grillées ; elle ressemble ainsi à ce que vous savez

• Pour l’appétence, la pâte ridée se caramélise d’un jet d’eau de gingembre et d’une rasade d’eau de vie locale d’Armagnac ; cela pour donner envie de lécher et mâhcer, vous l’avez bien compris.

• Mais la boule serait molle si elle n’était armée, en son cœur, d’une amande douce entière, grillée comme il se doit et adoucie à l’enrobage de chocolat noir. Prenez deux boules en vos mains et vous aurez – mais oui – la sensation que vous recherchez.

L’ensemble est roulé à la main pour lui donner cette forme caractéristique que tout le monde reconnaît. L’ensemble des ingrédients vise à une seule chose : aviver le désir. Cela en souvenir du bon roi Henri, bien entendu. Celui qui a repeuplé la France tant avec sa poule qu’avec sa queue. L’une et l’autre se mettaient prestement en pot pour le plaisir bien humain.

L’amande est réputée aphrodisiaque par les Arabes et symbole du pur sexe féminin par les Chrétiens. Les anges (dont le sexe ne se discute pas, comme chacun sait), la portent derrière la tête sous la forme d’une mandorle (en forme d’amande donc, selon le mot italien). Certains réservent cette forme pure au seul Christ (qui fut loin d’être un ange, selon Dan Brown). Le chocolat contient une substance qui rassasie comme l’amour, disent les pharmaciens ; à petite dose, il y fait penser et appelle à plus de coucougnes entre amis. Quant au sucre « de canne » et à l’eau « de vie », leur raideur symbolique ou réelle fait espérer l’emboîtement parfait. L’ajout de sirop de sucre « inverti » n’a été exigé récemment que par le sexuellement correct qui proscrit toute discrimination du désir. Manque encore peut-être, pour la faire apprécier des jeunes bergers, le lait de chèvre…

Il vous faudra débourser quelques euros avant de mettre en bouche ces précieuses baloches, encoconnées dans leur sachet de cristal crissant. Mais vous aurez la récompense de voir les yeux des belles se voiler de tendresse et les jouvenceaux échanger des regards ironiques au spectacle de ces bijoux de famille ; surtout lorsqu’ils sont ingénument offerts dans la coupelle appropriée, après le bain, à l’heure du thé. Les bonbons ne tarderont pas à valser entre les doigts des unes et les mains des autres, le garçon offrant sa boule à croquer à l’élue, la fille faisant passer la réserve de précieuses, l’air de rien, aux compagnes qui l’entourent. Vous aurez pour récompense de voir une copine de votre gamin grignoter un grelot de ses dents ivoirines, suçoter la pâte rose et ferme à petits coups de langue comme une chatte son bol de crème, puis avaler le tout d’un coup de glotte sans barguigner, avec une mine d’intense plaisir. Irrésistible spectacle, d’autant que le garçon aura les yeux brillants, que ses narines frémiront, que sa main cherchera toute seule l’épaule ou les doigts partenaires, et que tous deux en couple ne tarderont pas, sous un quelconque prétexte, à quitter la bande des cousins et des copains pour aller coucougner ailleurs.

Et vous célébrerez la vie, une fois de plus.

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Harry Potter

A ma surprise – et sur les conseils du gamin lorsqu’il avait 12 ans – j’ai commencé du bout des yeux le premier tome des Harry Potter (le plus court). Il trouvait ces livres « tellement bien »… Je me suis retrouvé cinq jours plus tard à avoir dévoré le 4ème !

Harry Potter, écrit par une chômeuse mère de famille dans les pubs (parce qu’ils étaient chauffés), c’est magique…

Il y a de la fantaisie, des qualités humaines, des caractères, de l’intrigue. C’est très bien fait, très anglais, ce qui veut dire exotique pour nous français. Dans la même veine que le « Seigneur des anneaux » en plus actuel.

Harry, onze ans dans le premier tome, un an de plus à chaque volume, est scolarisé dans un collège de sorciers, un peuple « parallèle » à notre réalité. Où l’on découvre de quoi se nourrissent les Scrolls à pétard et que « troll » est la pire insulte pour une fille. Le message est subversif contre notre société vue par une exclue. Le nom du héros, par exemple, est un concentré de déviance : Harry est le diminutif d’Henri, mais il n’est pas connoté comme notre bon Henri IV de la poule au pot – il signifie pour les Anglais le diable, en référence à Henri VIII (Old Harry) ! Potter lui-même, banal potier, veut dire quand il est verbe (to potter) bricoler ou flâner, en bref ne travailler qu’en dilettante.

Son ennemi est le blond pur ethnique Draco Malfoy (mauvaise foi en ancien français), un musclé couard égoïste entouré d’une cour de faire valoir.

Pied de nez à la société tout-finance des années 2000, les romans prônent le retour à la bonne vieille magie antique et aux vertus classiques. Collège anglais dans les fins fonds écossais avec château gothique, forêt profonde et neige à Noël, Poudlard forme le caractère plus que l’intellect :

  • Être bon dans une équipe compte plus que réussir tout seul face à sa copie.
  • Il est nécessaire de travailler avec les autres, pas tout seul, ni seulement sur la théorie.
  • Le courage est la vertu exigée des jeunes Anglais.
  • L’intelligence, réclamée aux jeunes Français, ne vient qu’en second, plus tournée vers la pratique (le bon sens et la ruse plus que la spéculation abstraite).
  • La fidélité en amitié est plus précieuse que l’apparence physique ou l’origine.
  • On ne récompense jamais le délateur, même pour « bons » motifs (comme chez nos profs qui encouragent le « j’vais l’dire à la maitresse »). Mais plutôt la camaraderie et l’honneur.

Chaque aventure est une épreuve que le héros doit surmonter pour réanimer le Bien contre les forces du Mal. Cela entre deux cours pragmatiques de Divination (soporifique), de Potions et Poisons (astucieux), de Résistance aux forces maléfiques (utile), d’Histoire des sorciers (indispensable) et d’élevage des bêtes magiques (hum).

Plusieurs films en ont été tirés avec le jeune Daniel Radcliffe, qui grandit avec les aventures. L’avant-dernier film vient de sortir, le suivant sortira avant l’été prochain. Le héros est désormais majeur et l’on dit qu’il va enfin se montrer torse nu et sauter sa copine – comme dans la vraie vie, quoi.

J’ai toujours préféré les livres aux films car ils ne brident pas l’imagination. Le Gamin aussi. Mais il faut avouer que les décors et les effets spéciaux des films rendent bien l’atmosphère un peu folle et féérique des histoires. Et que les acteurs sont diablement sympathiques.

Pour moi, ces films ont l’âge du gamin. Harry Potter a grandi avec lui, a changé avec lui, découvrant les amis, les adversités et les amours en même temps que lui. Revoir ces films, c’est me replonger dans son enfance et adolescence, le voir se métamorphoser, s’élancer, mûrir. Cela me touche profondément.

Harry Potter, les 10-12 ans en raffolent ; les adultes lettrés apprécient. J’en suis.

Joanne Rowling, Harry Potter (6 volumes), Gallimard Jeunesse :

tome 1 L’Ecole des sorciers

tome 2 La chambre des secrets

tome 3 Le prisonnier d’Azkaban

tome 4 La coupe de feu

tome 5 L’ordre du Phénix

tome 6 Le prince de sang mêlé

tome 7 Les reliques de la mort

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Stevenson, L’île au trésor

Ce petit livre est à mes yeux un chef d’oeuvre de la littérature universelle, écrit par un Écossais formé en France, parti aux États-Unis et ayant terminé sa vie dans les îles du Pacifique. Plus fort que Le Clézio !

Parmi les romans qui ravissent les garçons entre 9 et 15 ans, celui de Robert-Louis Stevenson est probablement le plus fort. Winston Churchill lui-même avoue l’avoir lu, offert par son père, à sa sortie en volume (il avait 9 ans et demi) : « Je me souviens du délice avec lequel je dévorais ce roman ». Son image ressurgira spontanément à sa mémoire lorsque, jeune officier, il se fait envoyer comme observateur dans la guerre entre Espagnols et guérilleros à Cuba en 1895, à 21 ans. Si la quête des filles tourne autour de la perte du pucelage, la quête des garçons concerne la virilité. Elles est à découvrir, à maîtriser, à faire reconnaître. Quoi de meilleur alors que l’aventure ? Surtout entre mâles et si elle vise à déterminer ce qui est le bien et ce qui est le mal, le courage et la lâcheté, la vertu et le vice – tous les repères d’un très jeune homme.

Robert-Louis Stevenson commence ce roman pour adolescents en août, lors d’une saison des pluies en Écosse. Il n’est pas indifférent que ce soit son beau-fils Lloyd, 13 ans, qui l’ait inspiré. Ses coloriages l’amènent à dessiner une carte, puis à imaginer ce qu’il y a autour. Ce support du rêve, cette émulation entre une jeune âme et l’adulte écrivain, le soutien de la famille entière prise au jeu, vont faire de cette histoire un chef d’œuvre. « C’est bête et très amusant », écrit Stevenson à W.E. Henley le 25 août 1881. Il ajoute : « pas de femmes dans l’histoire, ordre de Lloyd ». Il s’agit en effet de devenir homme et les mères, sœurs et amies ne font que compliquer la mesure et décourager les épreuves.

Lloyd ayant 13 ans, est du même âge que Trelawney lorsqu’il s’engage dans la Navy. Ce modèle du « seigneur » Trelawney sera le père tutélaire de l’aventure et il est loisible de supposer que Jim Hawkins, le héros de ‘L’île au trésor‘ a cet âge. Son père biologique est mort de fièvre un peu avant le départ ; seuls lui restent le docteur, modèle de l’homme droit, adroit et direct, le seigneur riche mais au-dessus de tout cela – et Silver, marin à jambe de bois, ci-devant pirate. Autrement dit l’ingénieur, l’aristocrate et le bandit, les trois voies sociales du temps. Jim, roturier par naissance, même s’il est gentleman par action, aura à choisir entre les modèles de Silver et du docteur. Son âge malléable en fera un passeur de l’un à l’autre, intermédiaire et passe-muraille ; cette dialectique de relations le rendra homme.

Silver est cuisinier et pirate, pot-au-feu et théâtral, roublard et meneur d’hommes. Il reste mené par ses instincts malgré son intelligence et sa ruse. Il préfère l’action, l’or et une « négresse » – plutôt que rester établi aubergiste avec ce qu’il a déjà. Les pirates ses compères sont insouciants, gaspilleurs, vivant au jour le jour. Tout comme des enfants immatures malgré leur barbe. Jim voit bien où est la tentation ; il voit moins bien l’attirance qui sent un peu le soufre que Long John a peu à peu pour sa fraîche mine. Le docteur Livesey est scientifique, médecin et décidé. Il est le prototype de cet homme d’action généreux, moral et plein de ressources qui représente le modèle donné aux jeunes garçons anglais, et que Jules Verne donnera sous le type de l’ingénieur aux jeunes garçons français. Après avoir erré de l’un à l’autre, tenté par l’aventure au jour le jour et l’hédonisme avec Silver, rapproché du docteur par sa bonne éducation comme par son goût du travail bien fait, Jim trouvera par lui-même sa voie en trahissant l’un et l’autre.

Le trésor, c’est le rêve ; c’est aussi la virilité à prouver en le repêchant. L’île, c’est un mirage ; c’est aussi un bagne à vivre. Il y fait chaud comme sous les tropiques, les arbres et les sources y poussent d’abondance, tout comme les chèvres – mais l’île est loin de tout, bornée de marais à fièvres et de souvenirs hantés. Elle est comme la grotte pour le dragon, un écrin ambivalent – féminin – qu’il faut investir pour le vaincre et accéder à l’or caché en ses profondeurs. Elle n’est pas un but mais un réceptacle. L’initiation mènera le jeune Jim de l’innocence à l’expérience, des 12 ans enfantins aux 14 ans virils. Il éprouvera le mortifère de la jouissance, la dureté de la loi, la responsabilité qui va avec la liberté. Le capitaine Smolett verra en lui « un enfant gâté » (chapitre 33) ; Silver « un gamin qui a de la ressource » (ch. 28) ; Trelawney ne dira rien, peseur des âmes, référence sociale, juge des comportements.

La mer est le domaine des hommes – ceux qui savent manœuvrer une goélette. Elle exige savoir et discipline, mais elle permet la liberté et toutes les conquêtes. L’île est un domaine féminin – enveloppant, ensorcelant, enclos – elle permet l’insouciance par son abondance, promet son trésor, mais emprisonne à vie dans ses rets. Le bateau, l’île, le fort, sont des domaines fermés d’où Jim ne songe qu’à échapper, tout comme il s’est échappé de l’auberge familiale et du cocon maternel, et tout comme il s’échappera de la flatterie sexuelle un peu lourde de Silver. Le coracle, la jungle, les courants de marée, sont des domaines ouverts où il fait bon voyager, explorer, se tester, tout comme l’accomplissement du devoir prôné par le docteur. Ce qui vaut est le chemin, pas l’arrivée : la carte qui porte l’imaginaire importe plus que les doublons d’or à trouver. L’aventure vaut mieux que le trésor. Surmonter les épreuves est l’objectif, qu’importe au fond le résultat.

Jim, mi-homme mi-enfant, va impulser l’action et sauver le bien. Sa pulsion adolescente le rend « frais comme un gardon » ainsi que le complimente Silver (ch. 30) ; son énergie vitale séduit : « mon portrait craché, du temps où j’étais jeune et fringant » (Silver, ch. 26). L’histoire n’avance que grâce à sa jeunesse emplie de curiosité, de désirs, en quête de devenir : il découvre le complot, caché dans un tonneau de pommes ; trouve Ben Gunn lors de sa première fugue hors de la goélette ; se fait adopter par les pirates parce que Silver le désire; prend le bateau pour le cacher lors de sa seconde fugue hors du fort.

La première fois, c’est porté par les jeux offerts par l’île, que lui a fait miroiter Silver le tentateur : se baigner, courir après les chèvres, grimper au sommet pour voir tout l’horizon. Il découvre la jungle, les serpents, les marais, les oiseaux qui sonnent l’alarme. Il assiste à son premier meurtre de sang froid, par derrière, un coup de Silver, après avoir entendu le hurlement prémonitoire d’un autre marin fidèle assassiné. Il est libre, mais seul ; il court « comme en délire » dans l’air « surchauffé » de l’île, véritable étouffoir maternant. Il découvre Ben Gunn, son avenir possible : « j’étais un garçon poli… c’est allé de mal en pis » (ch.15).

La seconde fois, c’est après la bataille du fort. « Un accès de folie », cette fois personnel comme une bouffée d’hormones, le pousse à prendre la poudre d’escampette pour conquérir sa liberté. Notez les mentions de température : Jim a froid quand il est dans le fort au matin, engoncé dans sa vareuse, sous la protection des adultes ; dès la bataille annoncée, le soleil assez haut lui fait mettre « les manches de chemise retroussées jusqu’aux épaules » (ch.21). Il utilise sa mémoire pour trouver le coracle de Ben, ses muscles pour le manœuvrer jusqu’à la goélette, sa tête pour éviter que le câble trop tendu ne l’envoie balader. Cette seconde fois est l’heure d’une renaissance. Des commentateurs l’ont noté, le coracle en osier est comme le berceau de Moïse. Le gamin s’y endort, « bercé par une longue houle calme », ventre maternel fait de mains d’homme qui le prendra enfant pour le rejeter mâle.

Il est un autre à son réveil. Il se laisse ballotter, tant le coracle « ne supportait pas qu’on interférât dans sa manœuvre », tel une mère qui fait tout à son fils. Mais il veut rattraper la goélette devant lui et il apprend à maîtriser l’embarcation en surmontant sa peur et les embruns des vagues. « L’habitude venant », il va où il veut comme un homme – un professionnel, maître de lui et conscient de son devoir. La goélette le reconnaît par son bout-dehors phallique qui le sollicite brutalement. Il l’agrippe avec agilité au lieu de se laisser emboutir comme le coracle ; il est un peu plus viril déjà. Il va commander le navire, initié par un pirate blessé dont il n’est pas dupe malgré ses flatteries.

Poussé à bout, il tue son homme de deux pistolets chargés, engins phalliques ; il est cette fois pleinement viril. D’autant plus qu’il était resté impuissant quelques instants auparavant, pistolet à la main au pied du grand mât, la mer ayant castré son amorce. Cette fois, dans les hauteurs de la vigie, il a soigneusement changé les amorces, déchargé et rechargé chaque arme, maître de lui et organisé. Il a agi en adulte, il survit en homme. Il en garde même une glorieuse blessure de guerre qui fait couler son sang « dans son dos et sur sa poitrine » – comme une onction lustrale sur son torse nu

. La seconde, après l’estafilade aux doigts en prenant un coutelas juste avant la bataille du fort. Ce sont chaque fois des tatouages initiatiques ; il est marqué dans la chair et symboliquement. Le voilà déniaisé, définitivement plus un enfant.

C’est pourquoi il fera contre mauvaise fortune bon cœur lorsqu’il se retrouvera face aux pirates, dans le fort abandonné des autres. Dos au mur et cœur cognant dans sa poitrine, il tiendra un brave discours. Puis il tiendra sa parole de gentleman à Silver, qu’il voit pourtant sans cesse prêt à changer de camp, ambigu en politique comme en affection. Il refusera le tutorat du docteur qui encourage sa fuite derechef, malgré sa peur d’être torturé par les pirates inhumains. Il a vaincu sa solitude, ses émotions, sa terreur même ; il est resté sagace, prompt et moral. Il est digne d’être pleinement un homme désormais.

Nous en sommes heureux pour lui. Heureux enfant quand nous palpitions à ses aventures, écrites en courts chapitres haletants ; heureux adulte quand nous observons avec indulgence cette quête virile que chaque garçon, à son rythme et avec sa propre histoire, a vécu, vit et vivra.

Voilà un beau livre, qui en apprend beaucoup sur la condition humaine.

Robert-Louis Stevenson, L’île au Trésor , Livre de Poche.

La carte de l’île au Trésor a été dessinée par Stevenson et son beau-fils Lloyd.

L’Île au trésor (Treasure Island), téléfilm de Fraser Clarke Heston, 1990, avec Christian Bale dans le rôle de Jim (pas de DVD mais on trouve des scènes sur Youtube !).

Christian Bale dans Treasure Island

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Bêtes, hommes et dieux à Tahiti

Article repris par Medium4You

Il y a environ deux semaines apparaissait une poule, mère de sept poussins. Le plus souvent, elle se tapissait avec sa progéniture sous l’arbre pomme-étoile. Ces poules sauvages ont l’art de cacher leur ponte, de couver leurs œufs en toute discrétion et de débarquer un jour avec toute leur famille. Sept poussins, c’est beaucoup ici, et il est rare que la poule puisse conserver toute sa progéniture bien longtemps. V. et moi l’aidons en lui portant du pain, du riz. Maintenant, V. et moi « parlons poule ». Lorsque nous approchons avec la nourriture, Mère-Poule ne se gonfle plus comme un épouvantail. Elle laisse ses petits effrontés se précipiter sur le ma’a (la bouffe). Elle demeure à un mètre de distance de nous tout en continuant à encourager ses fils et filles à consommer la nourriture offerte ! Les petits sont moins méfiants, absorbés qu’ils sont à s’emplir le gésier ! Si nous sommes occupées, la poule vient devant notre porte réclamer. Si rien ne vient, alors Mère Poule et ses enfants s’attaquent aux granulés de Grisou, la chatte, qui les regarde faire sans broncher !

Vendredi soit au coucher du soleil, plus de télé, plus de radio, chants  et méditation, souhaits et prière. Repas froid préparé à l’avance. Samedi matin, bon sabbat, prière, petit déjeuner, église pour l’EDS (Ecole Du Sabbat), culte, repas en commun à l’église, chorale, enfants dans le pré jusqu’au coucher du soleil et reprise des activités normales.

Avant de venir en Polynésie, je n’avais jamais entendu parler de cette église. L’adventisme est une émanation du protestantisme. Leur église est appelée du Septième Jour. Sont-ils une « secte » ? Le terme est souvent politique, mais… Les Adventistes étudient la Bible, observent le Sabbat comme les Juifs, ne mangent ni porc, ni crustacé, ni poisson sans écailles, etc. Ils évitent de manger de la viande ou du poisson du large, ne boivent ni café, ni thé, ni alcool – en principe. Leurs pasteurs sont rémunérés (240 000 FCP) ici en Polynésie et ont été formés en France en Haute-Savoie dans leur université.

L’école du Sabbat est très instructive, des non-adventistes y participent, l’intervenant est secondé par un traducteur comme pour le culte bilingue. Certains membres sont très actifs, l’église est organisée avec beaucoup d’activités : jeunesse, femmes, stages, camps de vacances, entretien des lieux de culte, etc. Les Adventistes paient la dîme, soit 10% de leurs revenus. Ils pratiquent un prosélytisme très actif et j’ai la sensation qu’il vise plus particulièrement les autres Protestants.

Le baptême des nouveaux convertis se fait par immersion. J’ai assisté par deux fois à des baptêmes, des jeunes, des vieux, des familles entières. Certains baptisés étaient des personnes défavorisées qui vivent dans des conditions précaires et que les membres de l’église aident moralement, spirituellement et matériellement. Le samedi est pour ces personnes l’assurance d’avoir un bon repas, varié et généreux. Ils reçoivent également l’aide des membres de l’église pour éduquer leurs enfants, apprendre à cuisiner à moindres frais, apprendre à coudre, apprendre à construire ou réparer leur fare (baraque). Certaines de ces familles vivent en marge de toute société et c’est un devoir pour les Adventistes de les aider. Bien sûr il est des individus qui changent de religion comme de marcel !

Depuis une semaine, évangélisation à la presqu’île. Chaque église doit assurer l’évangélisation une semaine à tour de rôle. A la suite des campagnes d’évangélisation précédentes un certains nombre de personnes ont rejoint l’église adventiste pour le plus grand bonheur et honneur des prédicateurs. Ces campagnes ont un certain succès dans les districts de Tahiti et des îles. Certains viennent écouter le prêche du pasteur et les références bibliques, d’autres viennent écouter les chorales, certaines plus connues que d’autres, d’autres ne fréquentent l’évangélisation que le dernier jour de la campagne… jour du cocktail ! Il faut avouer que, dans les districts, les distractions ne sont pas légion, alors… Le Polynésien n’est pas un lecteur, il serait plutôt auditeur ou spectateur.

A Hawaï, le tourisme tire l’économie. Forte croissance à Maui mais l’on pense que l’économie hawaïenne ne sera pas guérie de la crise avant 2012 voire 2013. A Rapa nui, envoi de militaires chiliens pour mettre un terme à l’occupation de l’hôtel Hanga Roa par les autochtones qui assurent que l’hôtel est construit sur leurs terres. En Nouvelle-Zélande, le musée Te Tapa de Wellington écarte les femmes enceintes ou ayant leurs règles d’une exposition d’objets sacrés maoris.

M. se voit demander du travail par un jeune Polynésien. Je n’ai besoin de personne mais il serait bien d’encourager ce jeune. D’accord, viens demain et tu feras le jardin. Qui fut dit fut fait. Le jeune tondit la pelouse, nettoya le jardin. M. est satisfaite,  rémunère le travail effectué. – Si tu es contente Madame, tu dois m’engager. – Mais je n’ai pas besoin de quelqu’un chaque semaine. Le jeune revient  à la charge. Lassée, M. accepte qu’il jardine dans quinze jours. Quand le jeune arrive, il lui annonce : je passerai seulement la tondeuse, rien d’autre. Discussion, car l’entretien devait comprendre la tonte du gazon et le débroussage (débroussaillage) de la partie fleurie. A court d’arguments, le jeune finit par céder.

La mauvaise surprise sera pour M. Certes, le gazon est tondu mais le jeune a sectionné toutes les racines des fleurs et petits arbustes… On ne me reprendra plus à encourager des jeunes qui veulent « travailler » confiera M. !

Nana, au plaisir.

Hiata

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Le Clézio, Désert

Nul doute qu’il ne faille aller au désert pour apprécier ce long roman. J’en avais gardé un souvenir ému, notamment du petit berger muet Hartani, un personnage pourtant secondaire. A la relecture, 20 ans après, je n’ai pas retrouvé la fraîcheur du moment. Il faut dire que les années 1970 s’éloignent et que le style Le Clézio est furieusement daté.

On retrouve, ici comme ailleurs, l’opposition caricaturale entre passé mythique et présent trivial, vie traditionnelle en accord avec la nature et civilisation exploiteuse mortifère, enfants et adultes. Tout ce qui sonnait haut et fort dans les années qui ont suivi Mai 68 et qui, aujourd’hui, sonne quelque peu outré et immature. Le parti pris binaire de l’auteur a vieilli, sa culpabilité d’homme blanc hérisse, sa légende d’un âge d’or nomade des Touaregs brisé par l’arrivée des Chrétiens pour raisons financières ne résiste pas à l’analyse historique. Pourquoi n’évoque-t-il pas les maladies du désert, ces vieux et ces enfants qu’on laissait mourir, ces razzias sur les agriculteurs pauvres mais sédentaires, l’esclavage des Noirs harratines ? Il ne s’agit pas de défendre « la colonisation », mais de ne pas tomber dans la culpabilité automatique, ni dans la mythification d’un passé « littéraire ».

Donc je suis partagé sur ce roman, ne le préférant pas à tous les autres dans l’œuvre de Le Clézio. « Le chercheur d’or », à mon sens, sonne plus authentique. La quarantaine dans les années 70, moment de l’écriture de ‘Désert’, Jean Marie Gustave n’était manifestement « pas fini ». Son enfance errante et sans père l’a marqué plus qu’on ne le croit. Avez-vous noté que les ‘pères’ disparaissent très vite de ses histoires, y compris dans ‘Désert’ ? Le père du petit Nour, pourtant pieux et guide de caravane, l’abandonne à son destin à l’issue de la marche du cheick ; le père de Lalla disparaît tôt de sa vie ; celui de son enfant, le berger muet Hartani, s’est perdu dans les sables du désert… Les jeunes sont livrés à eux-mêmes, vivent entre eux et découvrent tout seul un « autre monde » que celui des adultes. Un monde non conventionnel, pas forcément meilleur. Telle était bien la Quête immature des années 70.

Le roman fait s’entrelacer les histoires de Nour, jeune Touareg 1910, et de Lalla, sa jeune descendante 1970. Le passé bien sûr, chez Le Clézio, est beau et tragique, le présent ne peut être que sordide et dramatique. Le Clézio ne peut développer sa veine littéraire que dans l’ailleurs. Hier les Blancs ont envahi le désert pour éradiquer les bandes de rezzous irréductibles, aujourd’hui les Blancs exploitent les Nordaf’ sur les chantiers de métropole ou dans des hôtels borgnes. A croire que la vie d’avant était ‘bien’ et la vie d’aujourd’hui ‘mal’ – position réactionnaire s’il en est… Même si elle paraît pré-écologiste, avec le recul des années. Le désert ? « Mais c’était le seul, le dernier pays libre peut-être, le pays où les lois des hommes n’avaient plus d’importance » p.14. Cette mer terrestre a séduit l’auteur, exilé permanent, comme les vagues le séduisent par leur perpétuel mouvement. « Dès la première minute de leur vie, les hommes appartenaient à l’étendue sans limites, au sable, aux chardons, aux serpents, aux rats, au vent surtout, car c’était leur véritable famille » p.25. Le désert dépouille, il rend vrai, réduit à l’authentique : « Les petites filles (…) apprenaient les gestes sans fin de la vie. (…) Les garçons apprenaient à marcher, à parler, à chasser et à combattre, simplement pour apprendre à mourir sur le sable » p.25. On le voit, nous sommes loin du ‘lire, écrire, compter’ de la civilisation défendue par les profs laïcs !

Nour, gamin non pubère, suit la longue marche de sa tribu de Smara à Tiznit pour échapper aux soldats chrétiens comme aux nomades qui ont fait allégeance et fantasment sur des terres où s’établir. Le cheikh Ma El Aïnine qui la mène, un saint homme qui guérit par imposition des mains et avec l’aide d’Allah, est peu à peu abandonné de ses fils et de ses fidèles ; il ne peut rien contre la marche de l’histoire. Nour échoue sur la côte, au débouché du fleuve Souss, proche d’Agadir. C’est là sans doute qu’il fonde une famille avant de s’en retourner peut-être au désert, le roman se contente de le suggérer. C’est à cet endroit, devenu bidonville et appelé « la Cité », que Lalla, sa probable petite-fille, connaît les premiers émois de la puberté avec El Hartani, jeune berger muet abandonné un jour par un Homme Bleu à la fontaine. Le gamin connaît les secrets des rochers et des bêtes. Il lui fera un petit, lors d’une tentative de fuite alors que Lalla allait être mariée de force à 15 ans, selon la coutume arabe. Ils filent tous deux au désert, ce grand vortex qui attire et ne rend plus. Lalla sera sauvée (ellipse de l’auteur qui ne nous en dit rien). Confiée à « la Croix Rouge internationale » (pleine de bonnes intentions « civilisatrices »), elle sera débarquée à Marseille (haut lieu de civilisation comme chacun sait). Enceinte du berger à peine adolescent, Lalla voudra travailler pour être indépendante. Elle évitera la facilité de la prostitution pour nettoyer un hôtel borgne. A 17 ans, elle fera des rencontres dérisoires, des pauvres comme elle, tele Radicz, le gitan vierge de 14 ans.

Ces dizaines de pages misérabilistes étaient bien dans le paysage sentimental de la lutte des classes années 70 ; elles se sont beaucoup usées. Un photographe qui aime sa beauté sauvage fera de Lalla une cover-girl presque célèbre. Cela ne lui tourne en rien la tête, elle n’est définitivement pas de « la » civilisation. Mais elle gagne ainsi de quoi retourner « au pays » pour mettre au monde son enfant toute seule, un jour à l’aube, entre la mer et le désert. L’auteur ne nous dit pas s’il est fille ou garçon – exprès.

Malgré le sacrifice aux modes de son temps, ce roman est un hymne au désert, cette grande solitude où chacun se retrouve face à lui-même. « Là, dans le pays du grand désert, le ciel est immense, l’horizon n’a pas de fin, car il n’y a rien qui arrête la vue. Le désert est comme la mer, avec les vagues du vent sur le sable dur, avec l’écume des broussailles roulantes, avec les pierres plates, les taches de lichen et les plaques de sel, et l’ombre noire qui creuse ses trous quand le soleil approche de la terre » p.180. L’entrelacement du passé et du présent est une technique efficace qui rend sa fierté mythique à ce qui pourrait paraître pauvre dans le contemporain. Les histoires particulières de Nour, de Lalla, d’El Hartani et de Radicz apparaissent comme un destin dans le grand Tout. Reste enfin que Le Clézio a une capacité d’empathie particulière, qui lui permet de se mettre dans la peau de ses personnages, fussent-ils les plus éloignés de sa propre culture. Et que c’est peut-être pour cela qu’il continue de séduire, malgré ses états d’âme trop datés.

Mais si vous voulez en savourer l’essence, lisez-le au désert, quand il n’y a rien autour de vous, rien que le ciel et le sable, et le vent qui passe. Là, l’humain prend toute son importance et le sentimentalisme vieilli passe mieux.

Le Clézio, Désert, 1980 Folio, 439 pages 7.31€

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Retour à Reykjavik

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Il fait 15° et la pluie s’arrête lorsque nous rentrons à Reykjavik. La conurbation commence loin du port, très tôt dans la campagne. La plupart des industries d’Islande sont là. Des lignes de bus orange desservent l’étendue où des bureaux de verre et d’acier et des entrepôts jouxtent de beaux immeubles d’habitation tout neuf à trois étages, dont les balcons loggias sont protégés de verre fumé.

Des filles blondes nous font des signes depuis le bus, en voyant passer le Mercedes rouge frappé de l’inscription « gens des montagnes ». Un adolescent Philippin glisse un sourire à nos faces barbues et bronzées de baroudeurs tandis que des gamins blonds se tournent vers le spectacle que nous sommes à l’arrêt au feu rouge.

Notre hôtel est situé près de l’aéroport. C’est le Gardur Guesthouse de la chaîne Fosshotel, sur Hringbraut. Cette fois nous sommes tous ensembles car nous prenons l’avion tôt demain. Il n’y a que deux WC et douches sur chaque palier, un garçon et l’autre fille. Leur eau sent le soufre et est très chaude, alimentée sans doute par les volcans sans besoin d’énergie !


Douche et rangement des affaires avant un tour en ville. Nous errons par les rues commerçantes sans rien acheter, puis sur le port où sont les petits restaurants de pêcheurs un peu trop typiques. Nombre d’opérateurs proposent des tours en bateau pour voir les baleines et les phoques. Le bateau chic du copain de Bill Gates n’est plus à quai, il a repris la mer. Des filles maquillées et nattées déambulent en copines, zieutant les étrangers. Des ados s’éclatent en skate sur la place de l’Office du tourisme, portant seulement des tee-shirts malgré la température qui descend vers les 12°.

Est réservé le « restaurant-pizzeria » Hornid sur Greisgötu. Je prends une morue grillée rizotto et une bière Gull de 33 cl pour 22€, prix moyen du partage entre tous.

La moitié du groupe veut se finir en musique et cherche un café concert. L’autre rentre à l’hôtel pour une courte nuit. Lever à 4 h et petit-déjeuner rapide pour prendre le bus qui vient nous chercher et nous mener à l’aéroport. Belle lumière crépusculaire avec jeu de nuages sur le lac, le soir.

Le tableau d’affichage des vols montrent la hiérarchie du tourisme cette année : 3 vols pour Paris le 15 août, 3 vols pour les pays nordiques, 1 pour l’Allemagne, 1 pour le Royaume-Uni, 1 pour la Hollande et 1 pour Boston, USA.

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