Articles tagués : suisse

Jean-Pierre Jost, Histoires grinçantes et cocasses

jean pierre jost histoires grincantes et cocasses

Ces histoires sont vraies, vécues ou entendues, dans la Suisse des années 1950 encore très paysanne. L’auteur échoue à ses examens de collège à 15 ans et est envoyé par son père travailler comme ouvrier agricole dans les fermes de Suisse alémanique, la région d’Emmental. Il y fait son trou, garçon fluet mais ni les yeux ni les oreilles dans sa poche. Né en 1937 dans une ferme, Jean-Pierre Jost vit en quasi adulte le monde paysan ancestral, celui que certains écolos bien intentionnés n’ont fait que parer de vertus autarciques et non-prédatrices. Or, il suffit de lire ces récits enjoués et soigneusement rédigés pour comprendre.

La campagne, c’est le travail dur, de 5 h le matin à 20 h le soir.

La campagne, c’est l’exigence des bêtes, vaches à traire et à mener pâturer, les foins à rentrer pour l’hiver, le fumier à sortir et à répandre à la fourche dans les champs – ce qui demande du muscle et de l’endurance ; sans parler des cochons à nourrir, des chèvres, des chevaux de labour.

La campagne, c’est la menace des orages, violents en montagne, les chemins rendus glissants où le charroi s’enlise ou verse, les incendies de grange qui prennent d’un coup, ruinant les réserves d’une année, les hannetons et les doryphores qui boulotent la pomme de terre et le reste.

La campagne, c’est l’ignorance, la solitude, la misère sexuelle, l’attirance pédophile, le besoin de gnôle jusqu’à l’ivresse, la méfiance envers tous les « étrangers » (l’étrange commence au village voisin), les haines familiales pour des questions d’héritage, la radinerie, l’hygiène déplorable (un bain par mois).

La campagne, c’est le travail des enfants, « main d’œuvre indispensable » même si – en principe – on ne leur donnait pas de travaux au-dessus de leurs forces. Cela les rend tôt responsables et conscients de la valeur des choses, mais les empêche de jouer avec les autres, de réviser leurs leçons et les oblige à devenir adultes très tôt, souvent corrigés et battus pour être « dressés », de quoi rendre asocial et violent à son tour.

C’est tout cela, la vie « bio », comme avant, du fantasme écolo citadin. Le grand mérite de ce petit livre est de nous faire toucher du doigt combien « avant » n’était pas si bien que cela, combien le « progrès » qu’il est à la mode de vilipender n’est pas si négatif, combien tout ce qui est humain ne peut jamais être tout Bien ni tout Mal mais toujours mêlé et nuancé.

Il y avait de bons moments dans cette existence traditionnelle, les fous rires à la table du maître quand émergeait de la soupe les deux chaussettes du fermier mises à sécher au-dessus du feu, le ragoût-toutou (recette régionale prisée), Max le cheval intelligent qui savait ouvrir le bidon de céréales dans la grange d’à côté pour s’en gaver, la vache toussotante qui arrose copieusement de l’arrière le maquignon qui soulignait ses défauts, le tel est pris qui croyait prendre du contrebandier d’absinthe, l’enterrement express parce que les chevaux du corbillard devaient rentrer les foins avant l’orage.

Ce sont 34 petits récits grinçants ou cocasses que l’auteur nous livre avec le recul de l’âge. A 75 ans, il n’a rien perdu de sa curiosité ni de sa verve. C’est très agréable à lire et remet dans la réalité crue l’imaginaire rural.

Jean-Pierre Jost, Histoires grinçantes et cocasses, 2013, éditions Baudelaire, 125 pages, €12.83

Le site de Jean-Pierre Jost

Catégories : Livres | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Évasion fiscale et secret bancaire

Il est de bon ton aujourd’hui de confondre les deux dans l’opprobre, tant la moraline imbibe tout le médiatique. Mais il n’est pas exact d’amalgamer le tout en « paradis fiscal », comme le font si hardiment les Don Quichotte de la vertu.

1/ Une découverte ? – Certes non !

Le secret bancaire n’est pas nouveau, il fait partie de ces secrets professionnels dont le « secret de la confession » et le « secret médical » sont les plus emblématiques. Est-il immoral de ne pas appliquer « la transparence » à tout ce qui concerne la vie privée ou les affaires ? Les secrets de fabrication et de montages financiers doivent être protégés des concurrents pour être efficaces – tout comme la stratégie militaire.

alain sueur Gestion-de-fortune-Traité-de-private-banking

Les montages, trusts et fondations, étaient connus largement depuis des années… de ceux qui voulaient le savoir. Pardon de me citer, mais dans mon livre Gestion de fortune, publié en 2009, tout ce qui apparaît aujourd’hui comme des « révélations » aux médiatiques était expliqué en détail pages 147 à 181. Des informations étaient disponibles sans problème sur Internet. Encore fallait-il chercher, et vouloir le savoir.

Quand aux zones franches ou « paradis fiscaux » pour les entreprises, tous les États ont les leurs : le Delaware, le Wyoming et la Floride pour les États-Unis ; les Caïmans, Jersey, Gibraltar, les îles Vierges pour l’Angleterre ; l’Irlande le Luxembourg et l’Autriche pour l’Europe ; Hongkong, la Suisse, Singapour, Dubaï et l’Estonie pour tous… Et même Andorre pour la France, où l’alcool et le tabac sont moins taxés, et Monaco où les clubs de foot payent beaucoup moins d’impôts qu’en métropole !

2/ Pourquoi l’évasion fiscale ?

L’optimisation fiscale n’est pas un gros mot, mais la saine gestion de son patrimoine, ou de son bilan d’entreprise. Payer l’impôt, oui, le payer injustement, non. Il y a plusieurs raisons à l’évasion fiscale :

Le gaspillage : La réticence de nombre de contribuables français à payer plus d’impôts n’est pas celle des libertariens Américains pour qui l’État est un parasite ; les Français aiment l’État, mais ils aimeraient surtout qu’il soit moins gaspilleur et mieux organisé. Pourquoi cette productivité qu’on exige depuis trois décennies de chaque salarié du privé n’est-elle pas exigée aussi des fonctionnaires d’administrations publiques ? La perspective de payer pendant deux générations la gabegie des 40 dernières années en fait s’expatrier plus d’un.

L’hypocrisie : L’idée fait son chemin et les « leçons de morale » assénées sans cesse par les politiciens finissent par agacer. Ce n’est pas par hasard si un certain ministre des Finances est tombé récemment pour son compte dissimulé en Suisse : un banquier français résidant à Genève a clairement dit sur la radio nationale qu’il aidait les enquêteurs français parce qu’il ne supportait plus l’hypocrisie des politiques, le deux poids deux mesures de la parole et des actes.

L’injustice : Malgré le consentement à l’impôt pour les nécessités d’administration et de redistribution sociale, les salariés qui ont acquis à force d’épargne un bien, ou les créateurs d’entreprise qui ont fondé une société dont les produits sont utiles et qui créent des emplois, comprennent mal qu’on les taxe plus que dans les pays voisins – pour des services publics plutôt médiocres en comparaison.

Cotisations sociales sur le salaire brut, impôt sur le revenu sur le net, CSG sur le tout, TVA sur toute dépense, taxe sur l’alcool, le tabac, les sodas, les assurances, taxe d’habitation et taxe foncière, taxes sur l’épargne, impôt sur la fortune, sur les plus-values, sur la succession… la France est le pays qui taxe le plus le capital et l’un des rares qui conserve un ISF en Europe, tout en empilant les niches fiscales peu compréhensibles – et en commençant à remettre en cause les retraites. Mieux vaudrait un impôt faible largement réparti qu’un tel empilement.

Comment comprendre qu’un investisseur prenne 100% du risque sur la création d’une entreprise ou l’achat d’une action – et que le fisc lui ponctionne jusqu’à 75% du gain final ? Comment comprendre que des ménages arrivent à payer en impôts plus de 100% de leurs revenus annuels ?

L’instabilité fiscale chronique : Par idéologie, ou parce qu’il faut très vite de l’argent dans le puits sans fond des dépenses publiques, l’impôt est modifié : pas moins de 23 fois en 30 ans pour la réduction accordée aux dons à des œuvres d’intérêt public par exemple ! L’investissement d’entreprise comme la gestion d’un patrimoine privé ont besoin de la durée pour un calcul correct du risque. L’hyperactivité fiscale doit s’apaiser pour que le financement de projets puisse redevenir « normal » en drainant « normalement » l’épargne – selon le mantra d’un récent candidat à la Présidentielle.

3/ L’évasion fiscale fait diversion sur le secret bancaire

L’éthique de secret professionnel des banquiers n’est qu’un outil, et nul ne peut accuser le marteau si l’on se tape sur les doigts. Il est donc – comme la langue d’Ésope – la meilleure et la pire des choses. Les politiciens agitent l’immoralité des fraudeurs particuliers, suivis aveuglément par les médias, tandis que le danger systémique – pourtant le pire – est soigneusement passé sous silence.

Le secret bancaire a son utilité, tous les pays y trouvent intérêt.

Les États en premier, qui peuvent financer ainsi leurs opérations discrètes sur « fonds secrets ». Et pousser leurs champions industriels nationaux, voire signer de gros contrats en « intéressant » les dirigeants – ce qui s’appelle la corruption.

Les partis politiques, qui trouvent à l’extérieur ce que les limitations de la loi interdisent dans le pays pour financer les campagnes électorales et l’agitation idéologique.

Les entreprises internationales, qui peuvent légalement optimiser leur compte d’exploitation selon les principes d’efficacité de la gestion ; mais qui peuvent également créer des coentreprises ou racheter des cibles avec la discrétion nécessaire pour ne pas faire monter les enchères.

Les mafias évidemment, qui blanchissent l’argent sale et financent la corruption.

Les particuliers enfin, qui profitent des circuits, mais n’en sont pas les principaux bénéficiaires. Ils apparaissent, après l’affaire Cahuzac, comme les boucs émissaires commodes de l’incurie des contrôles, de l’impéritie politique et des intérêts croisés – voire des liens incestueux entre politique et finance particulièrement forts en France où les dirigeants sortent en majorité de trois grandes écoles seulement.

Mais l’opacité des transactions dans les territoires souverains empêche tout contrôle des flux et des montants de capitaux engagés. Hedge funds, banquiers d’affaires, capital-risque, sociétés hors bilan, spéculateurs sur les matières premières créent une économie parallèle non régulée qui peut exploser à tout moment.

Qui détient la dette française, ou américaine ? Pour combien ? Qui détient les produits dérivés à effet de levier en cas de baisse ou de hausse des taux ? Qui vend quoi à qui ? Nul ne le sait dans cette « banque de l’ombre ».

Au total, personne n’a vraiment intérêt à voir disparaître le secret bancaire, malgré le danger que représente son opacité et même si les États sont aujourd’hui plus que jamais à la recherche de fonds pour rembourser leurs dettes.

  • Le secret bancaire est une liberté, contre l’État Big Brother, contre l’espionnage du concurrent, la jalousie du voisin, ou les visées de la belle-mère.
  • Le secret bancaire est aussi un risque, comme toute liberté : celui d’une énième bulle de la finance – très grave cette fois car les États n’ont plus les moyens d’y faire face.

L’évasion fiscale doit être combattue mais plus encore le risque systémique.

Pour éviter que le secret serve à l’évasion, il serait nécessaire que les États écoutent un peu mieux leurs contribuables, particuliers comme entreprises, qu’ils mettent fin à l’insécurité fiscale, qu’ils jouent la coordination internationale et qu’ils proposent une porte de sortie honorable, même si l’on ne veut pas user par fausse vertu du mot tabou « d’amnistie ».

Mais pour éviter la banque de l’ombre, seuls des accords internationaux d’interdiction sont possibles. Qui le veut vraiment ?

Au fond, la chasse aux particuliers fraudeurs est un affichage commode qui masque la volonté de ne rien faire de la plupart des politiques…

L’auteur de cette note a passé plusieurs dizaines d’années dans les banques. Il a écrit ‘Les outils de la stratégie boursière‘ (2007) et ‘Gestion de fortune‘ (2009). Il se consacre désormais aux chroniques, à la formation et à l’enseignement dans le supérieur.

Catégories : Economie, Géopolitique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Pourquoi voter Marine Le Pen serait une aventure ?

Certains lecteurs m’ont reproché d’analyser plus la gauche que la droite. Mais c’est que la gauche est au pouvoir, poussée sans arrêt aux illusions par son extrême trotskiste ; il m’a paru jusqu’ici plus utile d’analyser ce danger immédiat que le danger Le Pen plus lointain. J’ai déjà écrit une note Contre le Front national, en décembre 2010. J’examine aujourd’hui quelles pourraient être les conséquences d’une application du programme Le Pen.

Mais disons-le tout net : la majorité des électeurs qui votent Le Pen s’en moquent comme de leur premier slip. Ce qui leur importe est de marquer leur protestation vigoureuse vis-à-vis de l’UMPS, gens au pouvoir depuis des décennies qui ont préféré leurs petits jeux d’ego plutôt que le bien de la France. Bobos et technos ont délaissé la classe moyenne et populaire, s’appuyant ou sur les très riches ou sur les immigrés. Vieillissement démographique, mondialisation, technocratie de l’Union européenne, crise des finances publiques, induisent une angoisse diffuse et une perte de repères. La protestation pourrait s’afficher au premier tour de présidentielles, et être abandonnée en grande partie au second en raison de l’aventurisme du programme…

scores front national 2002 et 2012

Chacun peut le lire intégralement sur le site du Front national (ce qui est écrit en petit doit se lire avec une particulière attention). Il se résume ainsi :

  • en politique, souverainisme, bonapartisme, populisme ;
  • en économie, dévaluation, protection, inflation ;
  • en social, préférence nationale, politique nataliste, censure pour les enfants.

La volonté est celle d’une contre-révolution comme celle préconisée par Joseph de Maistre après 1789, mais la date ici retenue est 1968, l’année de la chienlit sociale, du départ programmé du général de Gaulle (qui démissionne en 1969) et des négociations sociales qui font déraper le budget. Il s’agit d’établir un État organique par un rassemblement de forces, unies par un parti de la nation en colère. La vie est une lutte, le monde une jungle, et toute liberté doit se construire par une volonté recentrée sur soi et ses proches : famille, patrie, travail. L’individualisme n’est pas toléré, la fraude, l’immigration ou le crime non plus ; la communauté de sang et de sol s’impose comme seul souverain politique – donc économique et social. Ni libéralisme, ni socialisme, la promotion de l’homme intégral communautaire, contraint par l’État, représentant souverain du Peuple comme ethnos. Une forme nationaliste du bonapartisme traditionnel.

1/ Politique :

Pouvoir international fort, souverain et austère qui inspire un idéal de vertu :

  • Sortir des traités européens pour une « association libre » (les autres en voudraient-ils et comment ?)
  • Partenariats industriels volontaires (type Airbus)
  • Maîtrise des frontières (fin de Schengen) et de la monnaie (fin de l’euro), indépendance énergétique (énergies vertes + nucléaire)
  • La Banque de France pourra prêter au Trésor public sans intérêts, ce qui permettrait d’augmenter salaires et pensions, de baisser les prix de l’énergie. C’est l’autre nom de la planche à billets – donc l’inflation – non compensée par des coûts à l’exportation abaissés puisque l’abolition du libre-échange entrainera rétorsions.

En politique intérieure, le Front national reprend le bonapartisme traditionnel :

  • Un mandat présidentiel unique de 7 ans non renouvelable.
  • L’appel au référendum pour toute modification de la Constitution.
  • Scrutin proportionnel à toutes les élections (comme dans toutes les sociétés organiques).
  • Fin de l’obligation bruxelloise de concurrence sur les services publics
  • Effort de défense à 2% du PIB, sortie du commandement intégré OTAN (mais pas de l’alliance). Institution d’une garde nationale de 50 000 réservistes + dissuasion nucléaire.
  • Réduction des subventions aux associations « ne relevant pas de l’intérêt général ». Lutte contre la fraude fiscale et la fraude sociale, contre le « coût de la décentralisation » (autrement dit recentraliser).

Un État fort signifie tolérance zéro pour les crimes, le communautarisme des banlieues et les attaques contre les forces de l’ordre. Leurs effectifs seront augmentés, comme les moyens de la justice ; la peine de mort et les peines incompressibles de perpétuité seront rétablies par référendum et 40 000 places de prison de plus seront ouvertes. Les mineurs seront responsables pénalement dès 13 ans.

  • Ce qui paraît contradictoire avec la volonté affichée de protection des « enfants » (les moins de 13 ans ? avec la majorité sexuelle qui va avec la « responsabilité pénale » à 13 ans ?), en rétablissant la censure sur le net et toute forme de « violence » (y compris « morale », ce qui reste éminemment flou, donc propre à toutes les dérives…)
  • A l’école, retour aux fondamentaux : lire, écrire, compter, méthode syllabique obligatoire en CP, suppression du collège unique, promotion des filières manuelles et surtout discipline. Cela marchera-t-il à l’époque d’Internet et de l’ouverture au monde ?
  • Au total, la contrainte autoritaire remplacera partout le laxisme issu de la pensée-68.

electeurs du front national 2006

2/ Économie :

La souveraineté implique de quitter l’euro, donc de dévaluer drastiquement le néo-Franc (autour de 40% dans les années 1930 et 1982) et de bloquer la liberté des capitaux par nationalisation partielle des banques. Conséquences prévisibles :

  • Notons au préalable que l’ampleur de la crise mondiale des années 30 est due justement au protectionnisme, aux dévaluations compétitives, aux restrictions dans l’accès aux matières premières et aux politiques autarciques d’États. Faut-il replonger tout droit dans les mêmes erreurs ?
  • Ne plus être dans l’euro serait-il un véritable avantage ? L’exemple du Royaume-Uni et du Danemark en fait douter. A l’inverse, la Suède montre un pays prospère, mais qui tourne le dos à un programme type FN : refus de l’autarcie (50% du PIB à l’exportation), inflation domptée (pas de planche à billets), large libéralisation des services publics…
  • La contrainte euro sur l’Allemagne existe via le Mécanisme d’aide européen : 350 milliards € selon Christian Ott (économiste Natixis, juillet 2012) via les prêts accordés à la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, et via ses participations auprès des pare-feu européens. Quitter l’euro = quitter toute aide.
  • L’Allemagne a subi avec l’euro une dévaluation de fait par diminution des salaires, augmentation de la durée du travail, allongement du nombre d’années de cotisation pour accéder à la retraite. Si l’Allemagne redevenait autonome, sa concurrence industrielle – donc à terme politique – redeviendrait redoutable. Il y a donc de multiples avantages pour la France à rester dans l’union.
  • La sortie française marquerait l’écroulement du système euro ; nos créances – importantes – sur les pays du sud (Italie et Espagne) ne seraient pas remboursées et certaines de nos banques feraient faillite, donc seraient nationalisées – et pèseraient sur le Budget.
  • Comme les deux tiers de nos échanges économiques se font avec l’Europe, quelles mesures de rétorsion prendraient les autres pays ?
  • L’abandon de l’union monétaire implique l’autarcie, donc l’appauvrissement : ce qui sera produit en France sera plus cher en raison du niveau de vie relatif du pays, ce qui sera importé sera plus cher en raison de la dévaluation du néo-Franc, des droits de douane ou contraintes phytosanitaires.
  • La fin de la discipline, sur l’exemple allemand, ferait retomber le patronat français dans sa paresse du passé : peu d’investissements, crainte de l’innovation, monopoles protégés par la puissance publique, ballon d’oxygène des dévaluations régulières, paix sociale par l’inflation auto-entretenue.
  • Les talents et les jeunes diplômés choisiront encore plus le large – et la liberté – qu’un pays préoccupé des vieux, du rural et du petit commerce.
  • La priorité nationale pour l’emploi et l’immigration choisie limitée (comment ?) à 10 000 entrées par an, ne permettront pas d’abaisser le chômage, contraint par la baisse programmée du nombre de fonctionnaires, le renchérissement de l’énergie importée et les moindres exportations…

3/ Social :

Le souverainisme se veut un pansement social pour les catégories d’électeurs du FN : ouvriers, employés, retraités, petits-commerçants et artisans, agriculteurs et pêcheurs.

  • Mais le patriotisme économique par le soutien au petit commerce ne sera pas compensé en termes de coûts par la simplification bureaucratique et la baisse d’impôts pour PME et entrepreneurs individuels.
  • La politique agricole française et la protection de la pêche dans la zone économique exclusive coûtera au budget national, même si l’outremer se trouve ainsi valorisé.

Pour compenser la perte économique par la fierté symbolique, promotion de l’ethnos français :

  • Suppression du droit du sol, naturalisation sous conditions strictes,
  • Interdiction de la discrimination positive à l’embauche et renvoi des étrangers chômeurs,
  • Pénalisation du « racisme anti-français », suppression des subventions aux lieux de culte et interdiction des signes religieux ostentatoires.
  • Réduction des budgets sociaux aux immigrés et politique nataliste : revenu de 80% du SMIC aux parents à partir du 2e enfant ; allocations familiales réservées aux familles dont un parent au moins est français
  • Un enfant devient un adolescent pénalement responsable de ses actes dès 13 ans, en apprentissage dès 14 ans (comme au moyen-âge où les rois se mariaient dès la puberté)
  • Refus du mariage gai (mais maintien du PACS), lutte contre l’avortement (mais pas abolition)
  • Solidarité organique entre les générations et régime contre la dépendance.

2012 1974 score-fn

En bref, un programme pour figer une France d’hier, immobile, essentielle : le retour aux années 1960 d’industrie forte, de gaullisme politique, d’autorité sociale et d’immigration marginale. Une sorte de pétainisme, mais revu XXIe siècle, qui irrigue souterrainement la psyché française – y compris à gauche – sous la forme d’un abandon masqué par le volontarisme bonapartiste. Le monde va plus vite et plus fort ? Levons le pont-levis, protégeons notre petite vie tranquille. Ce serait l’idéal suisse, si la Suisse ne montrait justement qu’on peut être sûr de son identité et plus démocratique, toujours ouvert sur le monde… A condition de se prendre en main.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Patrick Deville, Peste & choléra

Une biographie romancée légère qui se lit rapidement. Pas une grande œuvre littéraire destinée à rester mais la mémoire rendue à un savant injustement méconnu.

Nous ne sommes pas chez Jean-Christophe Rufin, autre amateur de biographies romancées mieux réussies. Patrick Deville écrit comme il cause, avec des phrases parfois bancales comme celle-ci : « Mais enfin son Alexandre, le petit chanteur des psaumes à l’Église évangélique libre, et maintenant photographier des négresses à poil » p.81. On devine que c’est la reprise telle qu’elle d’une litanie de rombière, mais c’est assez mal tourné. D’autant que la façon n’est pas unique. J’ai découvert avec horreur cette stupidité : « La moitié de la population de l’Europe est décimée » p.20. Faut savoir ! La moitié, c’est un sur deux ; décimé, un sur dix. Ou alors les mots ne veulent plus rien dire. Et pourquoi pas « les cadavres criblé de balles de ces trois femmes kurdes tuées d’une balle en pleine tête », comme le disait allègrement un journaleux de France-info ? C’est non seulement du bafouillage d’informations, des mots émis pour faire mousser, mais aussi une singulière lâcheté envers la langue et d’irrespect envers l’auditeur. N’importe quoi pour occuper l’antenne, ou remplir la page.Patrick Deville Peste et cholera

Le roman de Patrick Deville est écrit comme un docu-réalité de télé, pourquoi prétendre en faire un « livre » ? 44 chapitres pour 220 pages, nous sommes dans le twit in folio ! Zappez pour ne pas lâcher cette attention qui se fait de plus en plus faible chez vous, lectorat pressé (dit-on), entre deux consultations de Smartphone et deux textos envoyés à la copine !

Reste ce Suisse protestant, orphelin très tôt, passionné d’observer, Alexandre Yersin, 1863-1943. Gamin, il veut suivre une existence à la Livingstone (le Mister de « I presume »). Ou peut-être de Rimbaud sans la gangrène. Il est rappelé judicieusement que l’Arthur aurait eu à deux ans près l’âge de Philippe Pétain… Mais Yersin va connaître « la bande à Pasteur » (Deville est adepte du vocabulaire banlieue). Il côtoiera le grand sauveur du petit Joseph Meister, Roux, Calmette (« le C de BCG »), Lyautey (« général et pédale » écrit Deville). Il sera ami avec Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine et futur président de la République, plus tard assassiné par un terroriste russe. Yersin deviendra français pour passer sa thèse en médecine, mais il parle allemand aussi bien et écrit ses lettres en Suisse, à sa mère.

Il travaille au tout jeune Institut Pasteur, il devient docteur cinq galons des Messageries maritimes, explore les hauts-plateaux de l’Indochine, acclimate l’hévéa (caoutchouc qu’il vend à Michelin) et l’arbre à quinine, devenant par là même assez aisé pour financer ses expériences d’agriculture au Vietnam qui fait vivre toute une population pour l’élevage et les plantations à Nha Trang. Il a parcouru le pays des Moïs et celui des Sedang, a inventé p.139 le Coca (saveur cannelle). Il découvre le bacille de la peste (Yersinia pestis) sur une commande d’Anglais effrayés des pesteux de Hongkong. Il est en rivalité avec un Japonais incapable car trop rigide, comme le sont volontiers les Japonais et les Allemands en ce temps-là. Il ne sauve un pestiféré chinois que page 125, comme en passant. « La peste est imprévisible et mortelle, contagieuse et irrationnelle » p.104. Accumuler des adjectifs au hasard fait partie du style Deville.

Yersin n’est pas missionnaire comme ceux de l’Institut qui « veulent pasteuriser le monde et le nettoyer de ses microbes », autre façon d’exporter les Lumières et de « libérer » de la maladie. Il sera néanmoins fait Grand Croix de l’Ordre du Dragon d’Annam par l’empereur Bao Daï, après avoir obtenu les Palmes académiques ; il aura – mais plus tard – la Légion d’honneur, en une époque où la République ne la bradait pas aux histrions et aux footeux.

Yersin est défini par une phrase de Pasteur : « Dans les champs de l’observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés » p.167. Encyclopédiste, amateur universel, touche-à-tout égaré des Lumières. « Un génie et peut-être au fond un malade mental », juge Deville en psychiatre de salon. Qu’en sait-il, l’écrivain, de cette âme ? Il pourrait nous dispenser de ces évaluations de courrier du cœur. Sur la même page un peu plus loin il dit l’inverse, pas à une contradiction prêt, en errance au fil de la plume : « Il est un homme de raison qui jamais ne se laissa entraîner par la passion » p.202. C’est mieux, est-ce plus vrai ?

Vite lu, vite oublié, dommage pour ces dames du Femina qui en ont fait tout le prix.

Patrick Deville, Peste & choléra, 2012, Seuil, 225 pages, €17.10

Catégories : Livres, Science | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

François Hollande n’est pas social-démocrate

François Hollande se voudrait « social-démocrate » – mais il ne le peut pas. Parce que la recherche d’un consensus politique entre l’État, le patronat et les salariés nécessite ces relais dans la société que sont les corps intermédiaires, éradiqués en France par la philosophie de la Volonté générale et l’unanimisme historique créé par l’État rationaliste. Les syndicats aujourd’hui sont très peu représentatifs, donc très radicaux ; quand ils sont plus modérés, ils ne représentent quasiment que la fonction publique. Pas de social-démocratie sans relais dans la société.

Une comparaison avec le voisin immédiat anglais, qui a cofondé avec nous le parlementarisme, est éclairante. La sortie de la féodalité a été différente, ce qui a conduit à un État diffèrent. La féodalité est un mode d’organisation politique et social qui fait de la Force le Droit. Les relations sont hiérarchiques et entraînent le ralliement de clans au féal. Très efficace en période de guerre civile de tous contre tous, ce regroupement de bandes armées ne permettent pas l’établissement de relations « modernes » de confiance, de règles et d’échanges qui, seules, permettent l’essor de la science, du commerce et des régimes représentatifs. En Angleterre, la sortie de la féodalité s’est faite progressivement et en douceur depuis 1215. A cette date, le Roi se voit obligé de signer la Grande Charte qui limite son absolutisme et crée l’embryon d’un gouvernement représentatif. A l’inverse, la France attend le 17ème siècle pour mettre au pas les Grands, au prix d’un absolutisme royal devenu par étape absolu (Henri IV, Louis XIII avec Richelieu et, apogée, Louis XIV). La Révolution n’a fait que prendre la place du roi, en détruisant tout et sans rétablir la société civile (les syndicats n’ont été autorisés qu’en 1884 et les associations qu’en 1901).

L’État anglais est devenu le sommet régulateur d’une hiérarchie de corps intermédiaires sur lesquels il peut s’appuyer pour gouverner. L’État français s’est trouvé le seul créateur du lien social dans une société radicale qui avait tout aboli. L’Exécutif (avec son Administration, rouage destiné seulement à « fonctionner ») est considéré comme le petit bras du Législatif, seul légitime, exécuteur de la « volonté générale » exprimée dans la rue et par le suffrage. Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire.

La différence ? En France la monarchie absolue se veut rationaliste, la liberté ne résulte que de la conformité au modèle « naturel » de l’État fondé en Raison ; en Angleterre, les contrepouvoirs à l’État central sont construits par la représentation et la négociation. En France, le droit est d’évidence, figé par les élites partisanes interprètes du Vrai et du Bien ; en Angleterre, il est élaboré par la coutume, débattu, sans cesse remis sur l’ouvrage.

Dieu Johann Sfar Le chat du rabbin

François Hollande pourrait se vouloir « social-libéral » – mais il ne le peut pas. Antiautoritaire et cherchant à impliquer les citoyens dans les décisions, cherchant comme Camus à concilier liberté et égalité au travers des régulations et par l’éducation des individus, le social-libéral est sensible aux gens et en faveur des libertés. Impossible pour Hollande : il a été élu avec les voix « de gauche » qui font du « libéralisme » le bouc émissaire commode de tout ce qui ne va pas selon leurs vœux, à commencer par la jalousie envers ceux qui réussissent, la méfiance envers toute régulation qui ne passe pas par l’État, et le ressentiment envers la mondialisation qui menace le « modèle ».

L’individualisme moderne est né de la philosophie grecque, du droit romain et de la transcendance chrétienne. Il a été poussé par l’essor des échanges, assuré par une nouvelle classe de commerçants et artisans regroupés en villes. Il s’est trouvé favorisé pour raisons politiques antiféodales par le pouvoir central avec l’octroi de franchises et « libertés ». Ce mouvement a eu lieu dès le 17ème siècle au Royaume-Uni où l’accès aux métiers artisanaux et aux industries s’est très vite ouvert, les corporations ne survivant que peu à la dissolution de la féodalité. Rien de tel en France, où il a fallu attendre 1789 et sa fameuse Nuit du 4 août pour que les privilèges soient abolis d’un trait, et 1791 pour que les corporations se voient interdites. Auparavant, la société française est restée figée en société d’ordres, tropisme qui court toujours dans les profondeurs sociales et qui renaît à chaque occasion, faute d’alternative.

Or, malgré le discours ambiant, les individus sont désormais plus libéraux. Ils sont « laïques » par rapport aux églises mais aussi par rapport à l’État représenté par le prof, l’adjudant, le policier, le psy et le technocrate. 1968 a opéré cette rupture, aussi brutale que le fut 1789 (d’où l’ampleur des « événements » en France, comparée aux autres pays). La révolte de Notre-Dame des Landes est équivalente au Larzac des années 70, elle représente le surgissement emblématique de la société civile dans les rouages conventionnels des élus, fonctionnaires et autres spécialistes. Le gouvernement Ayrault n’est pas prêt à l’accepter.

Livres anciens

Qu’est donc François Hollande ? Un homme qui fait ce qu’il croit pouvoir, non sans regarder à droite et à gauche, à petits pas, avec beaucoup de précautions. Il ne peut être au fond que « social-étatiste », tradition bien française qui veut que l’État incarne l’intérêt général à lui tout seul, forcément omniscient, forcément fondé en Raison, naturellement bon et bienveillant. Le substitut de Dieu sur la terre pour les laïcs progressistes. Comment, dès lors, penser l’intérêt général comme il est « normal » ailleurs ? En Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en Scandinavie ou même en Italie, l’intérêt général est  un  compromis entre les intérêts particuliers de la société. Pas en France.

L’État français est politique, l’État anglais ou allemand sont juridiques, voilà l’écart essentiel. La Raison universelle est unanime car « évidente », « naturelle ». Elle n’a pas à être délibérée ni argumentée : il n’y a pas deux solutions à un problème de géométrie. Dès lors, pourquoi protéger les libertés et bâtir des contrepouvoirs ? La Révolution française a réalisé l’établissement du droit et le suffrage universel dans une société encore immature. Le despotisme éclairé de l’État rationnel s’est donc institué très vite, dès Bonaparte, contre l’anarchie des incapables.

Technocrates issus de l’ENA et apparatchiks secrétés par les partis se veulent désormais « instituteurs du social » (Pierre Rosanvallon) : ils approprient les biens rares (les télécoms dès le télégraphe Chappe de 1794 jusqu’aux nationalisations de 1982 et la loi Hadopi) ; ils ont l’obsession scolaire de former des citoyens formatés à la vie collective (éducation nationale) et pas des individus aptes à juger par eux-mêmes (instruction publique) ; ils « instaurent l’imaginaire » avec établissements culturels, achats d’œuvres d’art contemporain sur comités de fonctionnaires et fêtes d’État ; ils pratiquent l’hygiénisme au 19ème, le Plan dans les années 1950, l’urbanisme dans les années 1960, le « travail social » dans les années 1970, enfin la morale socialiste anti-riches, anti-putes et pro-minorités bobo de 2012…

La Raison dans l’État tolère mal la représentation. Le Parlement est peu considéré, les syndicats peu représentatifs, les associations tardivement reconnues. L’État unanimiste de la « volonté générale » veut un citoyen toujours mobilisé (d’où le long attrait pour l’URSS puis pour Cuba, puis pour Mao et Pol Pot), farouchement jaloux d’égalité, collectiviste par mépris des « intérêts » considérés comme égoïstes des individus et des entreprises. Pour Rousseau, il s’agit carrément de « changer la nature humaine » (Du contrat social). Créer un Homme nouveau, disait Lénine…

« Le bonapartisme [étant] la quintessence de la culture politique française », selon le mot de Pierre Rosanvallon, François Hollande voudrait bien sortir du culte de l’État rationnel propre à son parti, mais il ne le peut guère. La dernière négociation avec les partenaires sociaux était plutôt réussie – mais pas sans la menace d’une loi-balai étatique en cas d’échec (et la résistance de la gauche du PS au Parlement). Pour le reste, l’aéroport Notre-Dame des Landes, le nucléaire, le mariage gay, la procréation assistée pour tous, Hollande reste loin de ce renouveau démocratique qu’appelle par exemple Rosanvallon (qui a beaucoup étudié le sujet) dans ses ouvrages. Le credo du PS demeure d’imposer une loi sur tous sujets sans laisser aller au bout débat ou négociation entre partenaires sociaux ou groupes de la société civile – tout en poursuivant la mise en scène de l’unité du peuple (contre les boucs émissaires commodes que sont « les riches », les cathos, les patrons, les écolos, les exilés fiscaux et ainsi de suite).

Quand on ne peut rien pour l’économie, on agite les symboles. Cliver pour communiquer, n’était-ce pas ce que « la gauche » avait reproché à Sarkozy ?

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Jean-Jacques Rousseau, Les confessions

Le 28 juin 1712 naissait à Genève Jean-Jacques Rousseau – il y a exactement trois siècles. Je n’aime pas le bonhomme, bien que célébré en France à l’égard de Victor Hugo et préféré à Diderot ou Voltaire, ses contemporains. Les Français se reconnaissent-ils dans les contradictions trop humaines de cet être infantile ? Il y a quelque chose de malsain à « aimer » ce misanthrope éperdu de reconnaissance sociale, ce paranoïaque fasciné par le grand monde, cet asocial qui se mêle de dire Le contrat social tel qu’il doit être, ce cœur saignant qui n’hésite jamais à abandonner ses amis qu’il soupçonne sans cesse de complot contre lui, cet éducateur qui rate le préceptorat de deux bambins Mably de 7 et 9 ans (p.267) mais n’en écrit pas moins L’Émile – traité d’éducation

Voltaire avait raison de dénoncer la fausseté de ce moraliste abstrait, chrétien du siècle passé du protestantisme au catholicisme avant d’y revenir, de ce narcissique immature qui n’a pas hésité à confier ses « cinq enfants » (avoue-t-il p.357) à l’assistance publique. Beaux discours et actes honteux, haute morale et bas égoïsme, grands mots et petits arrangements de conscience. Abandonner ses enfants à la naissance ? « Je me dis : puisque c’est l’usage du pays… » p.344. Lait aigri et dents gâtées, souffreteux complaisant, malade imaginaire, est-ce ainsi qu’on se veut exemplaire ?

Reste que Rousseau a préfiguré notre modernité.

Il n’était pas né protestant pour rien, individualiste avant les catholiques, républicain avant les révolutionnaires, psychotique avant les psys. On le verrait volontiers de nos jours se répandre dans les émissions de télé réalité, pleurant sur ces femmes qu’il a désirées sans oser les prendre, sur ses enfants perdus qu’il n’a jamais voulu élever, sur sa position sociale basse qu’il n’a jamais su élever, sur son talent musical ou littéraire qu’il a gâché.

Ses ‘Confessions’ se veulent la suite des ‘Essais’ de Montaigne comme des ‘Confessions’ de saint Augustin, la sagesse en moins. « Voici le seul portait d’homme, peint exactement d’après nature et dans toute sa vérité, qui existe et qui probablement existera jamais » : ainsi commence le livre, complaisant avec lui-même et sans pudeur comme la confession protestante. Il développe des Mémoires toutes de sentiment, fâché avec les faits réels, les noms, les dates (d’où l’intérêt de le lire en édition Pléiade ou de multiples notes remettent les choses au point…).

Il veut la « transparence » pour se faire aimer, l’exposition de lui « tout nud » (selon son orthographe archaïque). Cela par sentiment d’égalité, modestie affichée, affectée par volonté démocratique. Alors qu’il est vaniteux au point de ne supporter aucune critique. Surtout apparaître « normal », dirait-on aujourd’hui, à la socialiste ; surtout ne pas s’élever, ne pas être « riche », ne pas dépasser ; vivre heureux, vivre caché, dans une campagne isolée à cultiver son jardin (Charmilles avec Warens, Ermitage avec d’Épinay, Montmorency avec le duc) ; rester indépendant pour ne dépendre de personne et ne susciter aucune jalousie alentour.

Jean-Jacques Rousseau est le précurseur de l’âme démocratique.

Infantile, irresponsable, humble. Comme un fils devant son père tonnant, ver de terre du Dieu créateur, assujetti d’État-providence, abeille de la ruche mère. Certes, Jean-Jacques a perdu sa mère deux semaines après être né. Mais son père l’a « toujours traité en enfant chéri » (p.10), lisant avec lui tout petit de nombreux livres, et sa tante l’a élevé de 10 à 13 ans conjointement avec son cousin Bernard, auquel il s’est uni d’étroite amitié : « Tous deux dans le même lit nous nous embrassions avec des transports convulsifs, nous étouffions » p.20. Mais cela ne suffit pas : dans son orgueil narcissique, le petit Jean-Jacques se veut nombril du monde : « Être aimé de tout ce qui m’approchoit était le plus vif de mes désirs » p.14.

Il a ses premiers émois sexuels par une fessée à 11 ans, mais reste niais jusqu’à ce que Madame de Warens – qu’il appelle « maman » alors qu’elle l’appelle « petit »… – le dépucelle volontairement à 22 ans, six ans après l’avoir pris sous tutelle, une fois majeur. Il a besoin de souffrir pour en jouir, coupable de naissance, souffrant du péché originel d’avoir tué sa mère. « Être aux genoux d’une maitresse impérieuse, obéir à ses ordres, avoir des pardons à lui demander, étoient pour moi de très douces jouissances » p.17. Le fondement de sa sexualité est celui de son tempérament : l’abstrait plutôt que le concret : « J’ai donc fort peu possédé, mais je n’ai pas laissé de jouir beaucoup à ma manière ; c’est-à-dire par l’imagination » p.17. Il se masturbe régulièrement (p.109) car il est libre de toute ces images qu’il se crée, bien loin de la vilaine réalité qui le blesse, mais refuse de le faire avec d’autres. A demi violé par un Juif espagnol nommé Abraham lors de sa conversion catholique, il entend le prêtre lui assurer que lui-même en sa jeunesse a été « surpris hors d’état de faire résistance [et qu’il] n’avoit rien trouvé là de si cruel », affirmant même que sa « crainte de la douleur » d’être pénétré était vaine ! p.68. Les sentiments sont littéraires plus que concrets, la morale et la grandeur sont détachées du monde réel. ‘Les rêveries du promeneur solitaire’ sont préférées aux actions de l’entrepreneur social – tout l’écart de la France et du monde en ce début du XXIème siècle.

Côté face, le fumeux fumiste, romantique pleurard de la sensation directe, reste le fond de sauce d’un refus français du réel.

Côté pile, le sensitif écorché vif, l’amoureux des plantes et des bêtes qui se méfie des êtres, l’exalté de la nature se perdant dans de très longues randonnées, l’indépendant sire de soi qui veut penser par lui-même et contre l’opinion, sont aussi une aspiration française. Non collective, écologiste avant la lettre, nostalgique du sein de la mère, paradis chrétien ou utopie communiste.

Rousseau est un Protée, contradictoire, psychotique, éternel insatisfait. Agité et brouillon comme certain président, obsessionnel sans mémoire, faute d’attention (écrire la musique, jouer aux échecs). Sa paranoïa est celle d’aujourd’hui, d’une société atteinte dans son narcissisme parce qu’elle perd du terrain, inadaptée à la mondialisation après l’avoir généreusement prônée pour « aider les peuples exploités du tiers-monde ».

Repli sur soi, pleurnicheries, discours sur les inégalités, contrat social pour se garder de la société concrète, rêve de ferme champêtre isolée du monde : très actuel Jean-Jacques. Il écrit lui-même des Français : « Ils sont tout feu pour entreprendre et ne savent rien finir ni rien conserver » p.256 – tout comme lui-même.

Jean-Jacques Rousseau, Les confessions, édition Bernard Gagnebin & Marcel Raymond, Gallimard Pléiade, Œuvres complètes tome 1, 1959 revue 1986, 589 pages sur 1969, €55.10 

Catégories : Jean-Jacques Rousseau, Livres, Philosophie | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Dernières élucubrations polynésiennes de mai

Depuis avril, le temps passe à grande vitesse. Il a plu pendant des jours et des nuits sans discontinuer, même Grisette (la chatte) n’a pas pu rentrer à la maison.

Tragique fait divers il y a quelques semaines aux Marquises. Une touriste métropolitaine a été tuée par la chute d’une noix de coco sur la tête !

Stupéfaction à Tahiti, une ado championne de taekwondo à 14 ans, aurait succombé à un arrêt cardiaque après un shoot mortel… au déodorant. L’autopsie confirmerait à 95% cette hypothèse. Après les accidents dus au jeu du foulard, après la consommation de paka (cannabis) et d’alcool, voici donc maintenant un autre jeu mortel pour les collégiens et lycéens !

Faire le possum est un nouveau jeu qui inquiète les autorités de Nouvelle-Zélande. Jeu très prisé par les étudiants qui consiste à s’assoir dans un arbre et à se saouler jusqu’à en tomber raide. L’opossum à queue en brosse est un marsupial vivant dans les arbres, que l’on trouve souvent dans les parcs de ce pays…

L’exode des Kiwis se poursuit. Ils désertent la Nouvelle-Zélande pour l’eldorado australien. Rappelons que les Kiwis ne sont pas seulement des fruits ni des oiseaux mais aussi les habitants de la NZ. Les opportunités de carrière sont alléchantes. Pour les Australiens, la main d’œuvre kiwi qualifiée est une aubaine. Pourquoi s’exilent – ils ? Le climat au pays des kangourous est beaucoup plus clément. La majeure partie des expatriés choisissent de s’installer dans le Queensland où les températures varient entre 10°c en hiver et 29°c en été. Pas besoin de permis de travail ou de visa pour les citoyens et les résidents permanents néo-zélandais qui s’installent en Australie. Aujourd’hui plus de 400 000 Néo-zélandais y vivent. Les salaires sont souvent le double, alors… La crise économique et les tremblements de terre de Christchurch expliquent aussi cet engouement pour le départ.

Nana la Tapageuse : après 23 ans de bons et loyaux services, elle dépose les armes. Après le départ de la Railleuse, c’est au tour de la Tapageuse de quitter Papeete. Le 14 mai elle a mis le cap sur Brest pour y être démantelée. L’arrivée est prévue pour le 30 juillet après 52 jours de mer et un long périple. Ce patrouilleur avait été construit en 1987 à Cherbourg et livré à Tahiti en 1989. Il sera, à Brest, désarmé, puis démantelé ou revendu. L’Arago a succédé à la Railleuse, la Tapageuse n’aura un remplaçant qu’à l’horizon 2014. Outre ses missions de sauvetage, ses opérations de police de la pêche, en juin 2000 la Tapageuse était venue mouiller dans le lagon de Huahine pour 3 jours de figuration dans le film d’Alain Corneau, Le prince du Pacifique.

Et si la Bounty était ramenée à Tahiti ? Un Suisse travaillant et vivant à Tahiti a vu sur internet que la Bounty était à vendre. Cette réplique construite en 1961 pour y tourner le film ‘Les révoltés du Bounty avec Marlon Brando, a ensuite fait carrière dans ‘Pirates des Caraïbes‘. Actuellement elle est une attraction touristique à Porto Rico, en attendant d’être vendue 4,5 millions de dollars US (500 millions de FCP). Le citoyen de la confédération helvétique souhaite réunir des investisseurs privés, motivés. Souhaiteriez-vous contribuer à cet achat ? Voici les tarifs des contributions : donateur « tiare » don entre 1000 et 100 000 FCP ; bienfaiteur « honu » don entre 100 001 et 1 million FCP ; bienfaiteur « poerava » don supérieur à 1 million FCP. A vos tirelires !

En attendant, il n’y a plus de vaccins pour bébé. Il semble que, pour des raisons de crédit, la pharmacie générale de la Polynésie française n’a plus été en mesure de délivrer le Prévenar, vaccin indiqué pour la méningite à pneumocoques et destiné aux bébés. Pourquoi cette rupture ? En métropole, une dose coûte 6 700 FCP, au fenua 10 000 FCP, il faut faire 3 injections, et la CPS (SS locale) ne rembourse pas.

Mais plus de 400 millions FCP de primes ont été versées aux fonctionnaires en 2011, principalement aux services des finances et des impôts, les eldorados de l’administration en Polynésie française. Certains services tels ceux liés aux finances publiques concentrent une grande partie des indemnités et sont donc très prisés par les agents qui disposent ainsi de l’équivalent d’un 14e mois, voire d’un 15e mois de rémunération. Certaines voix s’élèvent contre ces avantages décidés en période de vaches grasses alors qu’actuellement le pei est en crise ! Et les vaches n’ont plus que la peau et les os, enfin pas toutes.

Candidats a la députation : 45 pour 3 places, qui dit mieux ? Un répond à la journaliste : « ça va me changer un peu parce que je suis les actualités à la télé, ce qui se passe au palais Bourbon… à Paris… J’aimerai essayer un peu de rentrer là-dedans et savoir comment ça marche et qu’est-ce que ça va rapporter » (sic !). Et d’ajouter : «… euh… je sais pas encore… j’ai pas encore réfléchi, mais j’aimerais bien savoir quand je serai là-bas dans quelle branche je me pointerai. » Ce monsieur avait l’air sincère. Il y a aussi les « has been », les Don Corléonne du clan des « siziliens » et d’autres du même acabit. J’espère que les fauteuils du palais Bourbon peuvent se transformer en transats pour la sieste les jours où ils viendront assister aux séances.

Hiata de Tahiti prend congé.

Nana les amis. Next time better comme on dit en Tahitien moderne.

Catégories : Polynésie | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Salon Destination nature ce week-end !

Il est ouvert, 28ème de la série, sous le patronage de la Suisse.

Beaucoup de stands, de voyages, randonnées, matériel et provisions.

Mais peu de réductions… c’est la crise !

L’insistance est mise sur le proche, la France, l’Europe, l’eau.

La randonnée est à l’honneur. Comme le séjour original, sous tente bulle ou dans un éco-lodge aérien !

Les kids en sortie scolaire sont ébahis.

Le vélo et le cyclotourisme attirent des amateurs qui s’éclairent sur la mécanique.

La bouffe régionale fascine beaucoup aussi : les estomacs d’abords et les palais ensuite, selon les heures et la culture…

La Suisse et les montagnes françaises qui la bordent regorgent de jambons, fromages, fruits et autres spécialités.

En France, ce sont les îles exotiques qui sont mises en valeur : Guadeloupe, Réunion, Nouvelle-Calédonie. Avec les voyages à thème tels les volcans en activité !

Pour le lointain, rien ne vaut l’agence Terre d’aventure au superbe et épais catalogue.

Ou Club aventure, plus « à la carte ».

Le Vieux campeur propose son équipement complet de randonneur, véritable scout moderne, et permet à chacun de trouver chaussure à son pied.

Adulte solitaire ou familles trouveront au salon, qui a lieu chaque année, de nombreuses idées, conseils et produits pour partir où ils veulent et selon leur budget.

Destinations NATURE, le Salon des Nouvelles Randonnée se tient du 30 mars au 1er avril 2012 Porte de Versailles à Paris.

Site : www.randonnee-nature.com

Nouveautés et meilleures idées cette année :

  • Randonnée pieds-nus qui fait fureur en Suisse et qui se teste sur le Salon grâce aux Sentier des Chatouilles !
  • Slackline pour maitriser équilibre et concentration, la marche nordique pour des randonnées parfaites pour la santé !
  • Volcan du Piton de la Fournaise sur de l’Ile de la Réunion en éruption deux fois par jour (avec boules de feu et fumée blanche) sans oublier les explications en « direct lave » de vulcanologues et aventuriers passionnés.
  • Les finalistes de l’émission Masterchef de TF1 préparent les kits pique-nique écolo des villages vacances Cap France !
  • Aquariums de la Guadeloupe pour découvrir les plus beaux poissons des îles
  • Parcours végétal aux senteurs du maquis corse
  • Bar à senteurs et saveurs des huiles d’Olives de France
  • Atelier de fabrication des cerfs-volants avec le Festival de Berck-sur-Mer (cerveaux lents s’abstenir… nan, j’rigole, même eux peuvent suivre tellement c’est bien expliqué)
  • Nouveaux hébergements insolites… hamacs, tentes suspendues, bubble trees, tipis, avions, etc.
  • Ateliers pour apprendre préparer son sac de randonnée, choisir son GPS, son sac de couchage ou ses chaussures sur l’Espace Tendances, matos et conseils techniques.
  • A l’occasion du Salon, 4 randonnées pour découvrir un Paris inédit à pied sont organisées !
Catégories : Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , ,

Au salon Destinations nature dès le 30 mars

Outre les informations et catalogues de voyages, les animations et ateliers du salon sont utiles et prennent souvent la forme d’un jeu.

Sentier des chatouilles : Aménagé à l’entrée du salon, ce sentier tapissé d’herbe, de sable, de copeaux de bois et galets permet au visiteur de tester la randonnée pieds nus à la découverte de nouvelles sensations !

Bar à eau suisse : Dans un bar design créé pour l’occasion, la Suisse et la société Aproz, invitent les curieux de nature à une dégustation originale de trois de ces eaux vertueuses puisées au cœur des Alpes valaisannes. L’occasion de découvrir qu’à l’instar des vins, les eaux minérales ont elles aussi leur saveur et spécificité propres.

Éruption permanente du Piton de la Fournaise : Mise en place par l’Ile de la Réunion, cette animation inédite propose d’assister en direct au fascinant spectacle d’une éruption volcanique… en miniature ! Reproduction du célèbre volcan réunionnais, une maquette d’1m50 explosera deux fois par jour, propulsant une boule de feu à trois mètres du sol. Une lourde fumée sortira alors du cratère pour glisser le long du volcan. Présents à proximité de cette scène très réaliste, La Maison du Volcan et le voyagiste Aventure et Volcans expliqueront les phénomènes éruptifs et présenteront leurs randonnées à la découverte du Piton de la Fournaise. Complétant l’inventaire de ses joyaux naturels, l’Ile de la Réunion projettera sur son espace un film 3D présentant la plus grande forêt du monde, une série de 6 reportages de 52 minutes sur la biodiversité lancée dans le cadre de ‘2011, année des Outre-mer’, dont le premier volet est tourné sur les sites majeurs de l’île.

Pique-nique spécial Cap France : Cédric Laxenaire et Virginie Guitard, finalistes de l’émission Masterchef de TF1, offrent des démonstrations culinaires : des recettes spécialement élaborées pour les pique-niques zéro déchet Chouette Nature® proposés par Cap France aux randonneurs sur tous ses sites. Réalisés avec les produits de la marque partenaire Alter Eco, issus du commerce équitable et labellisés Max Havelaar, ces plats savoureux et équilibrés sont proposés au public pour dégustation. Possibilité de participer à un jeu concours pour gagner deux déjeuners par jour pour 2 personnes. Tirage au sort quotidien à 13 heures sur le stand.

Marche nordique : cette technique sportive née en Scandinavie fait des adeptes en France. Son principe est simple. A l’aide de deux bâtons appelés nordic sticks (évidemment…), le mouvement naturel de balancier des bras est accentué, stimulant la partie supérieure du corps habituellement inactive pendant la marche. Résultat, le tonus musculaire se renforce et, avec lui, le système cardiovasculaire. Animés par Nordic Walking et la Fédération Française d’Athlétisme, deux espaces d’initiation attendent les amateurs au Salon des Nouvelles Randonnées.

Slackline sur câble : Si le funambule marche sur un câble d’acier avec un balancier, le slackliner évolue les mains vides sur un câble élastique souple. L’intérêt ? Développer la maîtrise de soi, son équilibre et sa capacité de concentration. Venue de Californie, cette discipline compte 20 000 pratiquants dans le monde et débarque en France. En 4 ans de pratique dans les massifs montagneux de la région d’Annecy, Julien Millot est devenu l’égérie de la marque Slack.fr qui commercialise le matériel indispensable. Démonstrations en hauteur (5/6 mètres) et initiations au sol offriront au public l’opportunité d’en savoir plus sur ce sport émergeant. Les ados vont adorer !…

Bien préparer son sac de randonnée : Comment bien s’équiper ? Quels sont les vêtements les mieux adaptés ? Le matériel le plus approprié ? Comment trier pour ne pas trop porter… Le Salon ouvre une exposition permanente d’une trentaine de nouveautés ainsi que des ateliers animés par notre expert, Grégory Rohart, et des représentants des plus grandes marques de vêtements et de matériel outdoor.

Dormez dans un avion, dans une bulle ou dans les arbres : Un petit Cessna des années 60 s’est posé dans le hall du Salon des Nouvelles Randonnées… L’avion-hôtel de Natura Lodge s’est transporté d’Ardèche à Paris pour montrer sa reconversion réussie en ambassadeur écotourisme. Entièrement dépollué, l’avion transformé en chambre pour deux est habituellement sur son site naturel ardéchois dans une mise en scène qui offre à ses hôtes la sensation d’être des aventuriers.

A découvrir également les tentes arboricoles ultra-light de Plum’arbres ou les bulles transparentes de BubbleTree pour des nuits sous la voûte étoilée

Réparer un vélo en rando : Des conseils utiles pour se lancer dans une randonnée à vélo dans les meilleures conditions de confort et sans soucis, c’est ce que la Fédération française de cyclotourisme (FFCT) se propose de faire grâce à un atelier mécanique sur son stand. Des moniteurs de la fédération dispenseront des conseils pratiques : comment régler la selle, le guidon ou les freins de son vélo et que faire en cas de crevaison ou quand la chaîne saute.

Pendant la durée du salon, la Fédération française de cyclotourisme (FFCT) invitera également les visiteurs à tester le premier portail de la randonnée à vélo VTT en France : www.veloenfrance.fr. Plus d’un millier de circuits totalisant plus de 35 000 km de circuits route et 8 000 km de VTT ainsi que 500 hébergements et 1500 sites touristiques y sont répertoriés.

Et aussi …

  • Faites-vous photographier sur fond de fjords norvégiens ou de paysages omanais et repartez avec votre tirage papier (sur le stand d’Oman Tourisme)
  • Emmenez vos enfants apprendre à fabriquer un cerf-volant sur le stand de Berk-sur-Mer, station balnéaire familiale où se tiennent chaque année en avril les Rencontres Internationales de Cerfs-Volants.
  • Projections, débats et récits de voyages en France et à l’étranger proposés tout au long de la journée dans les espaces conférences
  • Randonnées spéciales «salon» de la FFRP sur les sentiers du Mont Saint Michel, de la Fédération Française de Randonnée de la Sarthe (cette année, de Versailles… à la Porte de Versailles) et le rallye pédestre culturel de Paris Patrimoine
  • Parcours aventure imaginé pour le plaisir des enfants dès 3 ans par Point Afrique
  • Yourte mongole aménagée par Cheval d’Aventure pour rêver d’évasion lointaine à travers les steppes.

Destinations NATURE le salon des nouvelles randonnées du 30 mars au 1er avril 2012 à Paris

Site : www.randonnee-nature.com

Catégories : Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Rencontre avec Michel Rocard

Article repris par Medium4You.

Plaisir de rencontre, mercredi soir de cette semaine, avec Michel Rocard. Quatre-vingt un an mais toujours l’articulation claire, la logique sans faille et l’humour à fleur de sérieux. Soixante-deux ans de socialisme, mais on ne se refait pas.

Protestant catholique et fils de résistant, Michel est Français dans sa diversité, ce qui lui donne une vision élevée des choses. Fils de chercheur et père de chercheur, il ne se laisse pas entraîner par les hantises ni dominer par les passions, il contemple les idéologues se jeter sans intérêt des noms d’oiseaux d’un regard amusé. Il n’est ni économiste, ni juriste, mais généraliste, issu du meilleur de cette école de Science Po quand elle sait former l’esprit à la synthèse après soigneuse analyse, et susciter la curiosité. Énarque, mais parmi les premières promotions d’après guerre, avant le snobisme de caste. Il préféra un temps l’autogestion au centralisme démocratique, la pratique yougoslave au programme commun stalinien. Il est resté partisan de la diversité des points de vue et du débat.

Premier ministre du début du second septennat de François Mitterrand en 1988, il instaure le RMI, la CSG et initie la première réforme des retraites. Je ne suis pas toujours d’accord avec lui, notamment sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, ou sur sa vision de l’Europe comme universalité en marche, mais nous ne sommes pas de la même génération. Le personnage a du sel qui me séduit.

Monsieur « l’ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique » était l’invité des Gracques et de Jeune République, pour un débat dans l’enceinte de la vénérable Science Po rue Saint-Guillaume. Les locaux fatigués et leur petit jardin préservé, dans la cour intérieure, étaient un cadre qui convenait à l’homme politique. Ancien élève de l’école, il avait devant lui une bonne moitié d’élèves en plus des amateurs de renouveau. Les Gracques sont une association lancée par des personnalités engagées à gauche, mais version Camus plutôt que Sartre : la raison et l’intérêt général plutôt que les passions et foucades d’un socialisme qui serait « scientifique »… Jeune république est transuniversitaire et transpartisane, lancée par de nombreux intellectuels et décideurs politiques (Jacques Attali, Dominique de VIllepin, Luis Moreno Ocampo, Stanley Hoffman…).

Le sujet était « la crise ». « Mais il y a plusieurs crises qui n’ont rien à voir entre elles », s’insurge Michel Rocard ! « Et le terme de crise vient du vocabulaire médical, point le plus chaud de la maladie au-delà duquel il y a rémission ou décès » – est-ce bien adapté aux mutations que nous vivons ? Beaucoup de perturbations dans le cours des choses, si on veut appeler ça crises, mais certaines plus graves que d’autres. Panorama :

Augmentation de la violence collective. L’éradication des divers terrorismes (gauchistes, basque, corse, islamique…) diffuse les anciens militants dans la société et les allient aux mafias et au banditisme (on le voit à Lyon avec les tirs de guerre pour quelques euros).

Libération du monde arabe, plus d’un milliard d’habitants, dont on n’a pas fini d’entendre parler, ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

Perte des repères moraux et sociaux avec la fin de l’autorité, mouvement issu de 1968 utile au début mais qui dégénère en anarchie : voir la finance, l’école, la banlieue, l’Union européenne, les libertariens américains. « Il faut probablement une relégitimation de l’autorité, » nous dit Michel Rocard.

Grave affaire du climat, qui se réchauffe sans que rien ni personne ne fasse quoi que ce soit pour changer la logique. « Près de 200 millions de personnes vont connaître des désordres dus au climat, à commencer par les 11 000 habitants de l’État de Tuvalu, un archipel du Pacifique qui sera sous les eaux d’ici vingt à cinquante ans » : que vont-ils devenir ? Aucun autre État ne les accepte tels quels, seule la Nouvelle Zélande veut bien qu’ils s’établissent sur son territoire, mais comme travailleurs immigrés.

Grave affaire de la finance qui allie inventivité (où les matheux français sont très présents) et cupidité (où les banques américaines sont très coupables). Risque évacué des bilans bancaires, titrisation de produits subprimes notés AAA, mistigri refilé à tout le monde, dérivés de dérivés pour 15 fois l’économie réelle, endettement des États et exigence de rigueur… Démission des politiques devant les lobbies : qu’a fait Obama, cet espoir de l’Amérique, contre Wall Street ? Il faut contraindre ‘les marchés’ à accepter l’idée que l’exigence de rigueur doit s’arrêter au moment où elle empêche toute croissance. Rembourser sa dette veut dire produire.

Grave affaire de l’énergie avec le pic du pétrole (on y est), le pic du gaz (dans quelques années), le pic du charbon (dans 50 ans), le pic de l’uranium (pas avant 60 ans). Reste quoi ? L’éolien et le solaire existent certes, mais sont insuffisants pour les besoins énormes en énergie de toute la planète : on  ne sait plus vivre sans énergie bon marché avec Internet, les transports ferroviaires, l’industrie. Se souvient-on, les militants écologistes se souviennent-ils, que les moins pollueurs sont les plus pauvres ?

C’est bien sûr le nucléaire qui suscite la verve de Michel Rocard, tant le débat aujourd’hui est biaisé en France. Le nucléaire n’est peut-être pas l’énergie idéale mais le meilleur compromis entre la maîtrise du réchauffement et l’exigence d’énergie. Le débat est passionnel, « pourri d’idéologie, et le PS n’a pas envoyé ses meilleurs experts négocier avec les affutés des Verts… » Une pression de riches, car l’abandon du nucléaire augmentera les prix, au détriment des pauvres – voyez l’Allemagne… Et demandez-vous plutôt quelle énergie tue le plus à produire. Michel Rocard cite l’ERSAD (Energy-Related Severe Accident Database), base de données élaborée au Paul Scherrer Institute, en Suisse. Le PSI est le plus important centre de recherche suisse pour les sciences naturelles et les sciences de l’ingénierie. Cet institut indépendant montre que ce n’est certainement pas le nucléaire qui tue le plus, malgré les fantasmes – et en tenant compte de l’irradiation. Mais c’est le charbon et son grisou, l’encrassement des poumons, la dépense gigantesque d’énergie à creuser sous la terre et à remonter la houille. Mais ce sont les barrages et leur effondrement comme en Chine ou hier en France au Malpasset. Abandonner le nucléaire signifie non seulement appauvrir l’industrie française mais aussi rejeter la pollution et les dangers sur les pays tiers, là où sont extraits le charbon et le gaz.

Faut-il penser que les écologistes français préfèrent des morts en Chine à l’industrie nucléaire en France ? Ne dites pas à Mamère que je suis pour le maintien du nucléaire, il me croit de gauche. Or la gauche, c’est la raison, la leçon des Lumières, pas l’obscurantisme des croyances. « Analysez les faits », nous dit Michel Rocard. Lisez par exemple le point que fait le PSI sur l’énergie durable.

Tout cela, conclut ce politicien d’expérience, est affaire de culture. Coexistent en Occident la culture anglo-saxonne hostile au pouvoir central et au rôle contraignant de l’État, et la culture européenne plus interventionniste et régulatrice. La première aboutit au laisser-faire donc à la loi du plus fort : c’est en restreignant les salaires au nom des actionnaires qu’on a poussé l’endettement. La seconde a connu ses excès jacobins et uniformisateurs, mais a permis aussi les Trente glorieuses et une croissance régulière. Il faut réaffirmer nos valeurs culturelles contre la culture d’outre-Manche et d’outre-Atlantique.

Le principal danger est l’anarchie, la perte de confiance envers l’autorité et les États, incapables de répondre aux crises. Révolte populaire ? Michel Rocard n’y croit pas, la montée de l’individualisme l’inhibe : « les gens hier descendaient dans la rue, aujourd’hui ils se mettent devant la télé. » Mais des révoltes sporadiques, oui. L’extrémisme ? Expression de rejet, mais pas une solution positive durable. Le politicien providentiel ? Il n’existe pas, « celui qui gagnera les présidentielles françaises en 2012 le fera sur un bon mot, un coup médiatique ou un événement qui lui donnera de l’aura. » Un programme ? Pour quoi faire puisque les crises se développent rapidement et avec leurs logiques.

Une riche soirée du parler vrai, par l’un des premiers Gracques.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,