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Dimitri Medvedev est un fou délirant

Dimitri Medvedev parle comme un fou (« qui est dans un état psychologique de trouble intense ou d’exaltation causé par une forte émotion ou un sentiment poussé au paroxysme » selon le CNRTL) : non seulement il croit ce qu’il dit, mais ce qu’il dit est le parfait miroir de ce qui existe dans son propre pays, la Russie. Il accuse les autres – et notamment l’Ukraine – de faire ce que fait la Russie de Poutine !

Jugez-en plutôt.

Ce vice-président du Conseil de sécurité de la Russie, politicien et juriste, dans son interview du 17 juillet par l’Agence Tass, évoque les trois « D » — démilitarisation, dénazification, démocratisation qui ont été pensés pour traiter l’Allemagne nazie en tant qu’État agresseur. Pour lui, « une ressemblance évidente persiste » à propos de l’Ukraine actuelle.

« Premièrement, dit-il à Tass, il existe une crise identitaire et des symboles hystériquement nazis. On voit fleurir un culte des idéologues collaborateurs ou nazis, des svastikas, des Totenkopf sur les uniformes et véhicules militaires, et d’autres allusions au Troisième Reich », dit-il. – N’oublie-t-il pas un peu vite dans la Russie de Poutine la milice « Wagner » fondée par Dimitri Outkine, ouvertement admirateur d’Hitler, ses symboles carrément nazis, sa succession prise par l’« Afrika Korps », la manipulation par le « nationalisme géré » et l’encouragement au mouvement Nashi ? Dès 2020, par utilitarisme, la Russie assouplit sa loi sur les symboles nazis, désormais réautorisés.

Il poursuit : « L’idéologie actuelle se fonde sur la haine du voisin et prône la « lutte jusqu’au bout ». Tout cela est soutenu par le gouvernement et imprègne la société. La militarisation s’y ajoute, des groupes armés acquérant des fonctions non seulement militaires mais aussi politiques, certains étant peu contrôlés par l’État. » – N’oublie-t-il pas un peu vite dans la Russie de Poutine l’idéologie du nouveau-nationalisme de haine du voisin, de haine de l’Occident tout entier, soutenue par le gouvernement qui en fait ouvertement la propagande jusque dans les écoles primaires, militarisant les garçons dès l’âge de 10 ans, encourageant les groupes armés militaro-politiques ?

« Deuxièmement, la longévité au pouvoir, des signes manifestes de dictature : les procédures électorales sont annulées sous prétexte de guerre, les opposants sont persécutés ou emprisonnés, la liberté d’expression anéantie. » – N’oublie-t-il pas un peu vite dans la Russie de Poutine les 25 ans de pouvoir (plus que Staline !), les procédures électorales biaisées, les opposants persécutés et emprisonnés comme Navalny, voire tués, la liberté d’expression anéantie par la fermetures des ONG, de l’association Memorial, des médias libres ? N’ose-t-il pas ajouter, plus bas que : « La démocratisation n’est pas qu’une élection : il s’agit de restaurer les institutions juridiques, la presse libre, la concurrence véritable, la séparation des pouvoirs. » – Qu’à cela ne tienne ! Pourquoi la Russie de Poutine serait-elle exemptée de ces bons principes ? Même le site Polemia de Jean-Yves Le Gallou, proche d’Eric Zemmour, analyse que la Russie n’a rien d’une démocratie au sens universel – c’est dire !

« Troisièmement, l’économie est en déclin. À l’instar du Troisième Reich dans ses derniers mois, l’Ukraine aujourd’hui connaît une crise économique et de gestion, à laquelle on ne répond qu’avec le financement extérieur et la mobilisation rhétorique. » – N’oublie-t-il pas un peu vite dans la Russie de Poutine la récession économique, l’inflation forte, la pénurie de biens de consommation, le budget consacré en majorité au militaire, la corruption mafieuse qui gangrène toute l’économie et la gestion du pays ? Le suicide programmé de la Russie est déjà inscrit dans sa politique depuis Poutine.

Tout ce délire de persécution et cette prose revancharde prêteraient à rire, tant Medvedev accuse formellement l’autre de ses propres fautes et lacunes. Mais ce n’est pas drôle parce que cet aliéné (au sens exact du mot : « sous une influence dominante ou irrésistible ») croit ce qu’il dit. Les faits ? Il s’en fout. Seul compte son image délirante (au sens psychiatrique) du monde et des autres. « Les idées d’extrême-droite reposent sur l’inversion quasi systématique du réel », écrit dans la revue La Recherche de juillet-août l’économiste Michael Lainé, auteur de L’ère de la post-vérité, paru cette année (e-book Kindle disponible). Et c’est bien ce qui se passe.

Les croyances de M. Medvedev, paranoïaque comme semble-t-il nombre de « vice »-présidents (voyez JD Vance) sont issues de l’isolement volontaire de la Russie, de son idéologie réactionnaire qui veut réhabiliter Staline et Pierre le Grand, en plus de biais cognitifs classiques analysés par le prix Nobel en économie Kahneman. Ainsi le biais de confirmation (je ne retiens que ce qui va dans le sens de mes idées préconçues), le biais de popularité (ça marche auprès des nationalistes mafieux, donc c’est vrai), l’effet de halo (juger sur une impression globale issue d’une seule caractéristique), le biais de négativité (être plus attentif à ce qui menace qu’au reste). Ce qui est vrai ne compte pas – seul ce qui compte est ce que je crois, moi, mon réseau, ma bande, ma nation, ma race.

Et c’est grave.

Car tout esprit critique disparaît au profit de la tradition, du conformisme et de la hiérarchie établie. Toute histoire fondée sur les faits disparaît dans le discours laudateur sur les grands dirigeants et la glorieuse nation, sans aucun recul critique. Toute mémoire personnelle est réécrite car, les neurologues le montrent, comme Pascal Roullet prof de neurosciences à l’université de Toulouse, dans le même numéro récent de La Recherche : « Le simple fait de présenter un nouvel événement émotionnel durant la réactivation d’un vrai souvenir suffit à créer un faux souvenir. Et ce, indépendamment de toute suggestion verbale ou sociale. » Les Russes apprennent donc de « faux souvenirs », de la post-vérité comme la fameuse GGP, Grande Guerre Patriotique, mythifiée par Poutine.

Dès lors, toute critique de la Russie apparaît « réellement » à un Medvedev comme une menace « existentielle » (même chose pour les critiques contre Israël, assimilées de suite à de l’anti-« sémitisme » alors qu’il s’agit d’anti-« sionisme » et plus précisément d’anti-« extrême-droite religieuse israélienne). Or, quand on a des milliers de bombes H et des missiles pour les envoyer, la croyance compte plus que les faits.

Il faut plus que jamais :

– déconstruire l’édifice délirant de la paranoïa russe,

– contrer les cyberharcèlements des fausses vérités et de la propagande qui inonde les réseaux,

– pointer la complicité des partis extrêmes qui, en France, ont « intérêt » politiquement à engendrer le chaos et inhiber la défense de l’Otan.

– pointer aussi la vaniteuse bouffonnerie d’un Trompe qui dit tout et son contraire, ne croit à rien sauf à lui-même, et se laisse mener par le dernier qui cause.

– sans oublier de pointer la dérive démocrate woke qui, partant d’un bon sentiment (faire émerger les minorités) est devenue une chasse aux sorcières de tous ceux qui pensent « mal », à coup de Cancel et MeToo.

Vaste programme ! Mais indispensable…

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Tour de l’île de Lipari

Le déjeuner étant libre, je fais table avec quatre autres personnes, les deux couples de l’infirmière et des profs au restaurant Al Pescatore sur la piazzetta di Marina Corta où trône la statue de san Bartolomeo. Je prends un poulpe grillé servi avec deux lambeaux de fromage, une tomate cerise sur une cuillerée d’encre de seiche et une cuillère à café de purée de pois verts. C’est le style nouvelle cuisine pour 20 € avec une salade de roquette, fenouil et quartiers d’orange assaisonnée d’huile d’olive et de vinaigre balsamique. Je retiens la recette.

Mirande me parle de Nasr Eddin Hodja, philosophe bouffon turc qui manie le paradoxe. Un jour, il passe à côté de son âne avec son fils, en route pour le marché. Les villageois qui le connaissent lui disent : « Eh, Hodja, pourquoi tu marches ? Un âne est fait pour être monté ». Le lendemain, ils repassent, le gamin cette fois sur l’âne. « Eh, Hodja, Pourquoi tu fais monter le petit ? Il est jeune, il peut marcher, et toi tu te fatigues. Le surlendemain, ils repassent, lui monté sur l’âne et le fils marchant à côté. « Eh, Hodja, pourquoi tu laisses marcher le petit ? Il s’épuise. » Le jour d’après, ils passent à nouveau, tous les deux montés sur l’âne. « Eh Hodja, le pauvre âne qui vous porte tous les deux ! Tu vas le faire crever, et après, tu seras bien avancé ! » Un jour plus tard, lorsqu’ils repassent, lui et le gamin portent l’âne sur les épaules. « Eh, Hodja, pourquoi vous portez l’animal ? Son rôle est de porter, pas d’être porté ! » Hodja conclut, en se tournant vers l’enfant : « tu vois, mon fils, quoique tu fasses, tu seras toujours critiqué. » J’aime bien cette fable.

Toute la table part se promener séparément. Je prends un café à côté avec les trois autres filles revenant de leurs déambulations : Clara, Roberte et Mérule. Toutes sont cultivées. Clara a eu comme professeur à Montpellier Arlette Jouanna, auteur d’une biographie de Montaigne en 2007 et décédé à 85 ans en janvier de cette année. Roberte habite les hauts de Belleville, et Mérule Lyon. Les deux trésors – c’est ainsi qu’elles s’appellent entre elles – écoutent Finkielkraut sur France Culture le samedi matin mais pensent comme moi qu’il commence à radoter, revenant toujours sur sa marotte : l’islamisme et l’antisémitisme. Il invite d’ailleurs souvent des interlocuteurs juifs.

Dès 15 heures, nous effectuons le (célèbre) tour de l’île de Lipari en minibus. Nous apercevons bien le volcan Etna et les îles voisines dans l’atmosphère éclaircie. Nous passons la grande coulée d’obsidienne de Forgia Vecchia, dont les morceaux servent de galets sur la plage, puis la carrière de pierre ponce de Canneto – l’enfer blanc de Mussolini où il faisait travailler les prisonniers – abandonnée il y a quelques années. Trois arrêts photos font touristes du troisième âge aux points de vue et belvédères d’Acquacalda et de Quattrocchi. L’Etna éjacule son panache perle dans un ciel d’azur. Des bateaux de plaisance font leur ronde tandis que le ferry des Siremar passe au large, clinquant.

C’est surtout un bain de lumière bleue, sous le ciel méditerranéen et un soleil grec.

Un couple de jeunes baigneurs est assis sur la plage de galets d’obsidienne et de pierre ponce ; ils iront se tremper avant de revenir sécher au soleil, solitaires malgré nous.

De nombreux films ont été tournés sur l’île éoliennes, nous apprend le guide : Stromboli de Roberto Rosselini en 1950 avec Ingrid Bergman, Vulcano de William Deterle en 1950 avec Anna Magnani, L’avventura de Michelangelo Antonioni avec Monica Vitti en 1960, Journal intime de Nanni Moretti en 1993, Le Facteur de Michael Radford avec Philippe Noiret qui se passe sur l’île de Salina, en 1994

Nous revenons par le haut du port de pêche, près d’une entrée de l’hôtel, ce qui nous évite de refaire tout le chemin depuis la ville.

Lorsque je reviens dans ma chambre, vers 1 6h30, de jeunes footeux tapent le ballon au milieu du terrain dans un nuage de poussière. Tous sont emmaillotés.

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Skyfall de Sam Mendes

Les 50 ans de la Bond saga et la fin de M, dans une fin du monde personnelle avec la fin de la demeure ancestrale de James, son château en Écosse : la Chute du ciel (Skyfall). Pour une fois, le titre du film est explicite, il est même chanté au générique par Adele. C’est un bon cru Bond, bien meilleur que le précédent. Le thème est clair au spectateur : le vol d’une base de données des agents de l’Otan infiltrés chez les terroristes par une organisation subtile et puissante (« ils sont partout »).

Le service secret le mieux gardé du monde a été pénétré informatiquement. M (Judi Dench) est atterrée. Elle est accusée aussitôt par la ministre comme par l’Opposition d’être restée de la vieille école, focalisée sur le renseignement humain au détriment du renseignement électronique, et de ne pas avoir su protéger les secrets sensibles. Son propre ordinateur a été piraté, c’est dire ! Gareth Mallory (Ralph Fiennes), responsable des services secrets et de la sécurité intérieure britannique lui suggère de prendre sa retraite pendant qu’il en est encore temps. Fouettée dans son orgueil, M refuse : elle veut terminer la mission.

Et c’est James Bond (Daniel Craig) qui s’y colle. Une section du MI6 a été éliminée par les voleurs du disque dur à Istanbul et Bond les prend en chasse. Course poursuite dans les souks, puis en moto sur les toits du grand bazar, moment haletant et spectaculaire. James est aidé par Eve (Naomie Harris), une métisse politiquement correcte, femme d’action jolie et entreprenante. Comme Bond et le tueur se retrouvent sur le toit d’un train enlacés dans la bagarre, et que c’est la fin de la route pour sa Land Rover, Eve reçoit l’ordre direct de M de tirer, quelles que soient les conséquences. Il faut bien prendre une décision en cas d’incertitude. Elle tire – et Bond est touché au pont d’Adana, il chute dans les chutes comme Sherlock Holmes contre Moriarty.

On le retrouve nu dans les bras d’une belle turque, se remettant à peine de sa plaie à l’épaule droite mais toujours vivant comme le chat à neuf vies. Il écluse sa déception d’avoir été tiré comme un lapin sur ordre de sa Mother, peut-être « la règle du jeu » des espions, mais ressentie comme une trahison. Blessure plus alcool plus femme, il s’affaiblit. Il n’est plus le fringuant officier qu’il était, le Commander.

Rentré à Londres lorsqu’il apprend par la télé que le siège du MI6 a carrément explosé, tuant six agents via le système informatique de ventilation qui a dérouté le gaz, Bond est soumis aux tests de validation pour reprendre du service. M tient à lui, seul apte, selon elle, à débusquer le malfrat à l’origine de tout cela. Elle soupçonne en effet quelqu’un de l’intérieur du service, peut-être un ancien agent qu’elle a connu, car un message s’est affiché sur son ordinateur, l’invitant à « méditer ses péchés » et livrant cinq noms d’agents infiltrés de la base volée chaque semaine. Les tests sont tous négatifs, mais M considère qu’il est apte. Le spectateur a l’impression d’un club de vieux beaux qui ne sont plus ce qu’ils étaient mais font encore bonne figure. M et Bond sont usés – vont-ils réussir ?

James Bond extrait d’une de ses blessures des fragments de balle qu’il fait analyser, ce qui révèle une composition particulière à l’uranium enrichi. Remontant la piste de ce genre de balle, le système, réinstallé dans l’ancienne War Room de Churchill dans les souterrains de Londres, identifie un certain Patrice (Ola Rapace) comme le tueur à gage échappé à Bond. Il est localisé à Shanghai, où Bond se rend aussitôt, avec un pistolet Walter PPK spécial, à empreintes palmaires (seul celui qui portent les empreintes entrées dans la puce peut tirer) et une balise radio miniature. C’est un nouveau Q très jeune (Ben Whishaw, 31 ans quand même), grosse tête sur petit corps, le type même de l’informaticien grandi à l’ombre des ordis, qui le lui livre lors d’une rencontre discrète à la National Gallery devant Le Dernier Voyage du Téméraire de Turner – un titre symbolique pour un Bond perçu comme en fin de course. Q est l’initiale de Quartier-maître, un grade du service.

Pris en filature par Bond, Patrice pénètre dans une tour, descend tous les gardes et monte à un étage élevé où il découpe le vitrage pour tirer sur une cible dans l’immeuble d’en face. Curieusement, Bond le laisse tuer avant de lui sauter dessus. Dans la bagarre, l’homme chute dans le vide – c’est son tour – sans avoir donné le nom de qui l’emploie. Dans la valise de l’arme, James Bond découvre un jeton de casino qui le conduit à Macao, l’enfer du jeu, où le tueur doit être payé avec, en liquide, pour sa prestation.

Là, l’inévitable belle pépée l’entreprend, sur ordre de son employeur. Séverine (Bérénice Marlohe) est une pute de luxe, violée et mise en maison à 12 ans ; elle veut se venger mais a peur de son maître. Elle informe cependant Bond que les gardes vont l’assassiner pour éteindre la piste et récupérer les 4 millions de dollars de la valise. Mais Bond n’est pas venu seul, Eve l’accompagne, déguisée en belle étrangère. Jeté aux dragons de Komodo en liberté dans un bassin sous la salle de jeu par les gardes, il évite d’être tué par son propre Walter PPK qui ne fonctionne pas dans la main de celui qui l’a pris, et laisse l’épais Chinois obtus être happé par la gueule du dragon qui part le dévorer. Il rejoint Séverine sur son voilier, mais les deux sont faits prisonniers par les gardes et emmenés sur l’île japonaise désertée de Hashima, à 20 km au sud de Nagasaki. Après la fermeture de la mine qui avait attiré du monde, les habitants la désertent en 1974 et c’est désormais une île fantôme où le terroriste peut aisément se cacher.

Il s’agit de Silva, de son vrai nom Tiago Rodriguez (Javier Bardem), un ancien de M à Hong Kong, livré par elle aux Chinois lors de la rétrocession de la colonie en échange de six noms d’agents infiltrés au MI6. La capsule de cyanure dans sa molaire n’a pas bien fonctionné (camelote anglaise) et n’a fait que dissoudre une partie de sa mâchoire, d’où la prothèse qu’il porte et qui lui donne un air chevalin. C’est « le jeu des espions » mais est perçu comme une trahison. Tiago ne le prend pas comme James mais veut se venger par des cyberattaques. Il fait jouer Bond au jeu de Guillaume Tell, un verre d’excellent whisky Macallan de 50 ans d’âge sur la tête de la belle Séverine attachée à trente pas, et un pistolet antique pour le dégommer. Bond rate sa cible, exprès ou mal remis de sa blessure, ce qui amuse Tiago qui, à son tour tire et descend la fille d’une balle dans la tête. Toutes les belles pépées de James Bond doivent mourir, c’est la loi des séries. Bond a actionné sa radio-balise, descendu les gardes par un jeu de passes de karaté, et des hélicoptères viennent capturer Silva vivant.

Il est mis en cage de verre comme le cannibale Lecter du Silence des agneaux et, comme lui, parvient à s’évader en jouant sur la stupidité des gardes chargés en plus de le surveiller. Comme s’il avait tout prévu : être capturé, être emprisonné à cet endroit, fuir par les souterrains, rejoindre le réseau du métro. Même l’ordinateur de Silva, que Q tente de percer, ne livre que ce qu’il veut bien livrer. C’est lui qui ouvre les trappes vers le métro. Bond le poursuit, Silva fait sauter une paroi, une rame de métro (vide) tombe sur Bond qui en réchappe de peu, Silva se déguise en policier de la Metropolitan, uniforme qui grouille dans le métro bondé à cette heure après l’alerte lancée par le service.

Silva rejoint Westminster, où M passe devant une commission d’enquête pour mauvaise gestion des exfiltrations d’agents, tue les gardes et surgit dans la salle où la ministre est en train d’invectiver la chef du MI6. C’est le duel des egos : la jeune conteste les méthodes de la vieille, tandis que celle-ci décrit le nouveau monde où les menaces sont partout. « Vous sentez-vous en sécurité, Madame ? » demande-t-elle juste avant que les portes ne s’ouvrent sur les assaillants. Mallory, ancien colonel, parvient à protéger M en prenant une balle dans l’épaule à sa place, Bond survient et, aidé par Eve, met en fuite les tueurs.

Il prend M avec lui et l’engouffre dans sa voiture officielle qui fonce dans Londres avant de changer de véhicule : une voiture officielle est toujours équipée d’une balise qui la rend repérable. Bond dévoile son ancienne Aston Martin DB5 qui dort dans un garage, et fonce vers une destination secrète à tous, sauf à Q, Mallory et Bill Tanner le chef d’état-major (Rory Kinnear). Il rejoint le manoir familial Skyfall en Écosse (inspiré de Glen Coe dans les Highlands) où il a grandi avant la mort de ses parents. Il a été confié ensuite aux enfants de troupe ; il était bien jeune, peut-être pas 10 ans, d’où la faille psychologique analysée par le psy du service. M est devenu comme sa Mère, le même transfert que Tiago. L’exil à Skyfall, zone désertique, vise à attirer Silva pour lui tendre un piège.

Bond, M et Kincade, l’ancien garde-chasse qui ne l’a pas oublié (Albert Finney), renforcent les défenses du manoir isolé sur la lande, près d’un lac gelé. Ils disposent des pièges dans les planchers et sur les lustres, réunissent les rares armes qu’ils ont à leur disposition, dont quelques bâtons de dynamite. La première vague arrivée en voiture est éliminée, les mitrailleuses de l’Aston Martin de légende jouant son rôle, mais une seconde arrive avec Silva, en hélicoptère. M est blessée à la hanche et doit fuir avec Kincade par le « trou du prêtre » dont le souterrain mène vers la chapelle, à un demi-mille du manoir. Bond reste en arrière-garde et fait sauter le bâtiment avec la dynamiste et les bouteilles de gaz de la cuisine. L’hélico se crashe mais Silva est toujours vivant.

Le vieux garde-chasse, malgré la lueur d’incendie qui permet de voir quasi comme en plein jour, a bêtement laissé allumée sa torche électrique, ce qui permet à Silva de repérer la lueur et de s’élancer à leur poursuite. Bond parvient à prendre un raccourci sur le lac gelé, mais est mis en joue par Silva. Il détourne l’attention du garde et le fait tirer en rond avec son fusil automatique, ce qui rompt la glace entre eux. Il réussit à étrangler et noyer le garde dans l’eau glacée, tandis que Silva reprend sa route vers M. Il veut mourir avec elle d’une seule balle, pour annihiler la trahison par un pardon réciproque. Bond ne parvient à lui faire changer d’avis qu’en lui lançant un poignard dans le dos, qui le tue. Mais M succombe à l’émotion, affaiblie par sa blessure.

A Londres, Mallory est devenu le nouveau M et Eve s’est retirée du service actif pour redevenir Miss Moneypenny. Commence-t-on alors un nouveau cycle ? Même pas ! Bond se voit confier par Mallory une nouvelle mission.

DVD Skyfall, Sam Mendes, 2012, avec Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench, Ralph Fiennes, Naomie Harris, MGM / United Artists 2020, doublé anglais, français, 2h22, €6,50, Blu-ray €15,00

DVD James Bond 007 – La Collection Daniel Craig : Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall, Spectre, MGM / United Artists 2020, français, anglais, €10,27, Blu-ray €33,92

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Lipari, le cloître normand

Nous visitons la cathédrale San Bartolomeo, reconstruite au XIIIe, remaniée en 1654 et à façade de 1861. La statue en argent du saint tient un couteau de la main gauche et sa peau sur son bras droit : il a été écorché vif.

Les îles étant abandonnée, le comte Roger y envoya des moines bénédictins qui construisirent un monastère non loin du château.

L’abbé Ambroise fit construire le cloître en 1131 environ avec des colonnes tirées des ruines de maisons romaines. Les chapiteaux sont ornés de sculptures d’animaux. Un tremblement de terre l’a recouvert et il n’a été remis au jour que voici quelques décennies

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Joseph Joffo, Simon et l’enfant

1942-1944, la période fétiche de Joseph Joffo, enfant juif qui a vécu dans sa chair la guerre et la traque antisémite. Il y revient ici, une fois de plus, vingt ans après, pour exploiter le filon de l’émotion facile, avec le talent de conteur qu’on lui reconnaît sans peine.

L’histoire est mince mais fait toujours pleurer. Dans Paris occupé, le gamin Franck, dans les 10 ans, va à l’école où le gros Rital Luciano se prend pour Mussolini et le domine avec sa cour de lâches suiveurs. Franck n’a qu’un ami, Amstrong à moitié anglo-saxon. C’est avec lui qu’il fait les cents coups, resquille habilement le poinçonneur dans le métro, s’introduit aux courses de Longchamp derrière la jupe des dames.

Franck n’a pas de père ; il est parti lorsqu’il s’est aperçu que Mireille, sa compagne, était enceinte. Franck n’a qu’une mère, qu’il adore comme un petit garçon. Il est jaloux du nouveau compagnon de celle-ci, Simon, un juif. La propagande de Pétain n’aime pas les juifs, les occupants hitlériens veulent les éradiquer comme des poux, le cinéma passe le film couru qui délasse de la journée, Le Juif Süss. Il y est démontré que le juif est avide et sournois, qu’il adore l’argent et prend les femmes. Franck n’y croit pas, mais Simon lui prend sa mère : il le déteste pour cela.

Difficile pour Simon de travailler. Ses parents, les Finkelstein venus d’Odessa au pays des Droits de l’Homme, sont déportés. Lui, ancien combattant de 40 qui a déserté – et pris la carte d’identité de son copain Fincelet mort sous ses yeux – ne se déclare pas comme juif. Il en est honteux, mais veut survivre. Il ne peut pas travailler et s’entraîne aux tours de carte pour épater les gogos. Mais un jour qu’il officie avec son parapluie à Longchamp, il est pris à partie par la police. Franck, qui voulait le confronter à son échec en le suivant avec son copain Amstrong et sa chienne Luma, assiste à la scène. C’est Luma qui sauve la mise en aboyant comme une folle, renversant les flics, courant sur la piste. Simon s’échappe, tout comme Franck et Amstrong.

Au fond, c’est Franck qui l’a sauvé, ce juif… Dès lors, Simon le voit d’un autre œil. Le gamin n’est pas méchant, seulement jaloux ; il n’est pas antisémite, seulement fils chéri. Il peut comprendre cela, lui le fils unique d’une mère juive. La situation s’apaise, mais Mireille se meurt de la tuberculose. Franck se retrouve orphelin, et Simon n’est même pas son beau-père, juste un étranger à la famille. Le gamin est donc envoyé par l’Administration dans un orphelinat tenu par des religieux, à Saint-Pierre des Corps en Touraine.

Il ne s’y fait pas. Brimé parce que nouveau, de plus Parisien de Montmartre parmi ces bouseux, mécréant malgré son baptême catholique, il finit par découvrir que le père Pascal est gaulliste et résistant. Il s’évade de l’orphelinat et rentre à Paris, mais ne l’oubliera pas. Aussi, lorsque Simon entre dans la Résistance pour casser du Boche, il l’a rejoint pour vivre avec lui, lui parle de la filière, du pèlerinage à Lourdes où l’on part à 15 pour revenir à 12, faisant passer en Espagne des aviateurs alliés abattus ou des résistants grillés.

Mais cette Résistance du quotidien, faite de petites tâches morcelées, ne convient pas au désir de Simon. Avec sa cellule, vaguement communiste mais qui comprend un cheminot, il propose de faire dérailler un train. Justement, l’un d’eux part de la gare de l’Est rempli uniquement d’Allemands, soldats qui rentrent en Allemagne. Ils avisent un pont après un tunnel, dévissent les voies, et assistent à la débâcle. Les autres voulaient partir aussitôt, mais Simon a insisté pour rester au spectacle. Il a son holocauste d’Allemands grillés et s’en réjouit d’une joie mauvaise. Il ne se préoccupe pas des dommages collatéraux : son retard à partir vaut aux autres d’être pris et certains abattus ; lui parvient à peine à se faufiler à travers champs.

Il embarque aussitôt Franck pour se mettre au vert car peut-être ceux qui ont été pris vont parler. Ils se rendent en Savoie, où ils trouvent dans la solitude des montagnes de quoi survivre encore un peu en travaillant dans la station durant la saison. Mais le printemps revient, celui de 1944, et ils doivent s’en aller. La Résistance leur donne une planque, mais elle est vite éventée car ceux de province sont surveillés plus efficacement qu’à Paris. Les voilà pris et déportés au camp français de Drancy, au nord-est de Paris.

Simon finit par se déclarer comme juif, malgré sa vraie carte de fausse identité, et montre aux gens de la Gestapo que Franck n’est pas son vrai fils car il n’est pas circoncis. Mais Franck ne veut pas quitter « papa », ce serait perdre le seul père qu’il ait jamais connu. Doutes de l’officier, grand amateur de cognac, qui décide de ne pas décider à les déporter en Allemagne et d’attendre.

La Libération arrive et les voilà officiellement père et fils, sous le nom de Fincelet. Ils retrouvent leur quartier et leurs amis, la concierge, le vieil adjudant râleur, la chienne Luma, Amstrong et le gros Luciano – et tout est pardonné.

Un peu simple mais bien conté. En ces temps d’antisémitisme ravivé par la haine religieuse arabe, les vitupérations indignes de la gauche française qui se couche devant le tribun Mélenchon, et par les exactions du gouvernement d’extrême-droite israélien à Gaza, montrer que les relations humaines peuvent être plus fortes que les préjugés a quelque chose de salutaire.

Joseph Joffo, Simon et l’enfant, 1985, Livre de poche 1986, 255 pages, occasion €2,00, e-book Kindle €4,49

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Musée Éolien de Lipari 2

La colonie grecque a laissé des vases ornés de scènes mythologiques et de la comédie. Des reproductions de masques romains en terre cuite représentent des personnages du théâtre. Des comédies de Plaute, un petit esclave nu revient du marché, tenant un panier et une bourse ; une femme esclave ivre, un vieux déconcerté. Une autre vitrine met en scène « a procuress and the nude courtisan ».

Mais ce sont les vases grecs qui sont le clou du musée. Les céramiques grecques de style ionique, cycladique, corinthien, attique montrent combien les échanges étaient intenses.

De beaux vases grecs peints à Lipari au IVe siècle sont une habile imitation locale. Mais ils sont difficiles à photographier en raison des reflets sur les vitrines, l’éclairage étant mal fait (ou fait exprès). Ils présentent des scènes classiques de combat ou de conversations entre barbus et imberbes, des athlètes jeunes et nus, une chevauchée nue et à cru, des danses et de la musique, Dionysos.

Il n’y a pas que des mecs. Les femmes sont souvent présentes, et pas toujours habillées.

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Musée Éolien de Lipari 1

Après le petit-déjeuner, nous partons à pied pour la ville et son château. Une tour grecque du quatrième siècle avant et une tour espagnole du XVe siècle après sont incluses dans la muraille du XIIIe. Le lieu est transformé en musée éolien où toutes les cultures sont représentées, depuis le néolithique, 5500 ans avant notre ère. Les restes d’une hutte ont été découverts sur le plateau de Rinicedda à Leni, avec des restes de torchis. Des poteries faites à la main (pas au tour) ont été trouvées, décorées d’’empreintes de coins en bois, en coquillage ou avec le doigt. La culture de Milazzese date du milieu de l’âge du bronze, entre 1500 et 1300 avant, comme la culture de Thasos à Syracuse. Ils cultivaient la vigne et utilisaient des vases importés ou imités de Grèce. Les habitations ont été brutalement abandonnées vers 1300 avant, probablement à la suite d’un mouvement organisé des habitants de la côte Tyrrhénienne contre la piraterie des îliens. Peut-être aussi à la suite d’un changement climatique. La population qui lui a succédé a été les Ausoniens, de l’âge du bronze à l’âge du fer, soit du XIIIe au IXe siècle avant. Diodore de Sicile dit que les Ausoniens sont venus du continent ; les historiens grecs des VIe et Ve siècle avant Hellanicos et Philistos déclarent que ce sont des Sicules venus trois générations avant la chute de Troie, via le détroit de Messine. Le héros légendaire Liparos signifie en grec le gras huileux, mais aussi le brillant, le splendide.

Une exposition sur l’obsidienne manifeste la richesse de l’île volcanique. La poterie néo est d’abord bichrome, puis trichrome, avant d’être ornée de méandres, puis de devenir monochrome rouge vers la fin du 4ème millénaire avant. Un collier en perles de pâte de verre du XIe siècle avant et des bracelets de bronze ont été découverts sur l’acropole Ausone de Lipari.

Une pile d’amphores découvertes lors de fouilles sous-marines, mais aussi quelques amphores funéraires. Une ancre lithique de Milazzo montre combien la navigation en Méditerranée n’a jamais été simple. Les îles ont préservé les épaves. Celles de l’âge du bronze montrent des navires à bord incurvés, poupe pointue, proue courbée, dotés d’un mât central à voile carrée. Ils naviguaient probablement d’avril à octobre pour profiter des brises de terre et des vents côtiers. Ils transportaient de tout, des produits agricoles aux matériaux de construction. Les amphores servaient de conteneurs de diverses formes depuis la préhistoire. Les Romains ont inventé l’amphore pointue qui permettait de les faire se chevaucher et d’en transporter plus à bord.

Toute une bande de ragazzi de 16 ans, peu vêtus et des deux sexes, envahit les salles. Les filles ne sont pas obèses et arborent volontiers leur ventre plat et nu. Selon Mérule, le nom de cette nouvelle mode du nombril à l’air s’appelle top crop, un terme fort laid du globish pour désigner une jolie façon de se vêtir. J’ai appris quelque chose. Il y a 40 ans, c’était la mode pour les garçons d’arborer leur nombril et les premières barres de leurs abdominaux. Désormais, pour les garçons, le sexy réside dans les épaules, mises en valeur lorsqu’elles sont avantageuses par un débardeur échancré. Tous sont bronzés de plage et d’une beauté latine classique. Ni arabe, ni noir parmi eux. le guide nous dit que le gouvernement italien favorise l’entrée des immigrés uniquement à Lampedusa, afin de forcer l’UE à agir en fixant un point médiatique par l’ampleur des arrivées. Ce pourquoi nous voyons beaucoup moins de clandestins en Sicile qu’à Naples ou Rome.

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Pas d’à-quoi-bon mais agissez ! dit Alain

Était-ce le printemps ? Le joli mois de mai en cette année 1909 ? Le philosophe se sentait sage et plein de vie. Il avait 41 ans. Il parle avec « un ami des arbres » qui déplore la galéruque sur les ormeaux, cette petite chenille qui dévore les feuilles. Les ormeaux sont les ormes communs des chemins, très populaires sur les terrains calcaires, et que les poètes gascons ont chanté. Cet arbre est le symbole du familier, du milieu ambiant français, de la vie qui nous entoure.

L’invasion des chenilles annonçait leur fin prochaine, et le quidam de déplorer… sans rien faire. A quoi bon ? Ils sont partout, ils viennent d’ailleurs et on ne peut les arrêter, ils sont des millions, ils dévorent tout – comment lutter ? Tout est foutu, à quoi bon ?

Le sage, au contraire, prétend qu’il faut agir. A son petit niveau, avec ses faibles moyens, mais sans mollir. « Vous avez de l’argent, avec de l’argent on achète des journées de travail ». Même deux ouvriers seulement accompliront quelque chose contre l’invasion de ces chenilles, même si ce n’est qu’une goutte d’eau. Le courage me manque, dit l’autre… et de préférer fuir pour ne pas voir ça.

« Ô puissance de l’imagination, lui répondis-je. Vous voilà déjà en déroute avant d’avoir combattu. Ne regardez pas au-delà de vos mains. On n’agirait jamais, si l’on considérait le poids immense des choses et la faiblesse de l’homme. » Ainsi me disait une experte ménagère de mes proches amis, lorsque je lui objectait l’immensité du ménage à faire : « une pièce après l’autre, d’un jour à l’autre, pas plus ». Effectivement, loin de voir le tout, voyons la première tâche ; les autres s’ensuivront naturellement, à leur rythme, et le travail sera accompli. « Les chenilles elles-mêmes vous font la leçon. Qu’est-ce qu’une chenille auprès d’un ormeau ? Mais tous ces menus coups de dents dévoreront une forêt. Il faut avoir foi dans les petits efforts et lutter en insectes contre l’insecte. »

Ce qui vaut pour l’arbre vaut pour tout, et certains poussent même l’analogie de l’invasion à d’autres espèces que les chenilles. Sauver un arbre est sauver une vie ; il ne faut pas désespérer et entreprendre comme si nous devions réussir. Sans illusions, mais avec obstination dans l’effort. « La destinée est instable, dit Alain ; une chiquenaude crée un monde nouveau. Le plus petit effort entraîne des suites sans fin. »

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Alain le philosophe, déjà chroniqué sur ce blog

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Lipari, île éolienne

Un hydrofoil des Liberty Lines, nous emporte en une heure pour l’île de Lipari avec escale à l’île de Vulcano. le guide nous égrène plusieurs fois, comme si nous devions les apprendre par cœur, les noms du chapelet des Sept îles, les Éoliennes : Lipari, Vulcano, Salina, Panarea, Stromboli, Filicudi, Alicudi… À 15h30, il n’y a pas trop de monde dans le bateau. L’hydrofoil est rapide, les paysages insignifiants derrière les vitres salies d’embruns. Derrière moi, deux adolescentes de 14 et 16 ans et un pré-ado de 12 ans, leur petit frère, le teint caramel tous les trois, la peau fine, tous blond vénitien. Un membre de la famille les attend sur le quai de Lipari et ce sont de grandes embrassades. En me levant de mon siège, je ne vois du gamin qu’un enchevêtrement poulpeux de jambes et de bras nus.

Les bagages sont emmenés directement à l’hôtel par une voiture. Pour nous, c’est une promenade d’une heure dans le Corso Victor Emmanuel II. L’endroit est calme, quasiment plus aucun touriste, cela se change d’hier à Taormina. Les boutiques sont ouvertes, offrant les bijoux en obsidienne, spécialité de Lipari, des caprons confits au sel dans les épiceries, des terres cuites de dieux antiques et des scènes imitées de la sculpture grecque d’un artiste mort il y a deux ans. Ma mère m’avait rapporté il y a trente ans une tête de Neptune en terre cuite achetée ici. L’artisanat n’a pas changé, sauf les prix : le Soleil est à 35€, la Trinacria à 40€ et Éole à 130€. Cette trinacria ou triskèle, est le symbole de la Sicile, une tête de femme en Méduse entourée de trois jambes courbées vers la droite. Outre les trois caps, elle symbolise la synthèse des trois cultures : grecque, normande, arabe.

Nous voyons des tombes grecques, des tombes romaines, de petits thermes romains dans la ville.

L’hôtel de Bougainville, quatre étoiles, via Balestrieri, est assez loin du centre balnéaire, de l’autre côté du port et à l’écart du front de mer. Il est calme, tout en longueur,au milieu d’un jardin fleuri. Ma chambre donne sur un terrain de foot où s’entraînent de jeunes adultes. Il n’y a quasiment pas un brin d’herbe sur le terrain, seules quelques plaques vertes sur les bords. Il fait toujours aussi chaud, même en mer. La déshydratation nous fatigue.

Le dîner est collectif à l’hôtel, à 19h30. Des pâtes sauce tomate, olive et câpres, du filet pané de maquereau avec une salade de tomates, des morceaux de melon d’eau et de pastèque en dessert. Le vin du pays est un peu décevant, un rouge de 2021 fade, ou un blanc un peu plus typé.

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Destination Graceland de Demian Lichtenstein

Prenez le mythe d’Elvis Presley, ajoutez un casse de casino, saupoudrez de scènes de baise torrides et d’une fille accrocheuse, pimentez juste un brin d’un gamin déluré – agitez et faites tirer et sauter à gogo : et vous avez « le » film qui cartonne au box-office. Les beaufs yankees sont ravis, les critiques intellos beaucoup moins.

Michael Zane (Kurt Russell) qui ressemble à Elvis, est récemment sorti de tôle pour braquage raté. Sa route le conduit dans sa voiture rouge elvisienne dans un motel du désert du Nevada, où un gamin de 12 ans, Jesse (David A. Kaye, né en 1988) tente de lui voler un masque d’écrou sur une roue. Il le poursuit jusqu’à trouver sa mère, Cybil Waingrow (Courteney Cox), « Cybil avec un C », qui tombe raide dingue de sa virilité et se donne avec transports. Jesse en profite pour pénétrer dans la chambre où les corps nus pilonnent le lit, et piquer 20 $ dans le portefeuille de l’amant de sa mère, afin de s’acheter une panoplie de cow-boy.

Le lendemain de cette nuit torride, quatre hommes viennent récupérer Michael : Murphy, Hanson, Gus et Franklin. Ils se sont déguisés en Elvis pour feindre de participer à une convention sur le chanteur fétiche au casino Le Riviera de Las Vegas. Le timing est mauvais, l’ascenseur n’est pas bloqué à temps, l’hélicoptère piloté par Jack (Howie Long) qui doit les récupérer a du retard, le groupe de braqueurs doit affronter la sécurité. C’est alors le premier grand guignol de la fusillade durant l’évasion. Franklin (Bokeem Woodbine) est tué, et son corps balancé depuis l’hélico pour faire le ménage ; pas grave, c’est le seul Noir de l’équipe. Aucun respect pour les accessoires.

De retour au motel, Hanson le persifleur (Christian Slater) ne voit pas pourquoi on en partagerait pas la part du mort entre eux tous, c’est la logique. Mais Thomas Murphy le psychopathe (Kevin Costner) n’est pas de cet avis : il n’aime pas Hanson et se plaît à imposer aux autres sa volonté. Il descend Hanson qui l’a menacé. Michael cache le gros sac de dollars dans le faux-plafond, cache habituelle de Jesse qui aime bien piquer des choses, comme le dit sa mère. Le gamin, futé, a tout vu. Il admire les malfrats et joue avec ses revolvers de pacotille. Il faut aller enterrer Hanson dans le désert, dans la voiture rouge de Michael. Murphy n’avait nulle intention de partager les 3 millions de dollars et il descend Gus (David Arquette) et Michael. Au retour pour récupérer le fric, il percute un coyote sur la route, fasciné par les phares, et s’écrase en contrebas de la route, assommé par le choc.

Michael, pas bête, portait un gilet pare-balles et n’est pas mort. Au motel, l’argent a disparu et c’est forcément Jesse. Il fait irruption chez Cybil et le retrouve, puis lui donne 100 000 $ pour qu’elle oublie tout. Mais elle, ce qui l’intéresse n’est pas l’argent, mais le mec : elle refuse et Michael doit finalement emmener Cybil et Jesse avec lui vers le nord dans la voiture de sa grand-mère. Il est convenu de passer la frontière canadienne après avoir changé les billets forcément marqués auprès d’un receleur dans l’Idaho, qui va prendre sa commission de 40 %. Il y a pour cela un mot de passe, écrit sur une carte dans le portefeuille de Michael. Mais celui-ci ne peut pas la fermer et dit tout à Cybil. Laquelle en profite pour voler le portefeuille de Michael (telle fils, telle mère) et s’enfuit dans la voiture. Michael se retrouve avec le gosse et sans un rond. Il vole un SUV et commence à trifouiller le moteur pour le mettre en marche quand Jesse, tout simplement, trouve la clé de contact. Pour faire de l’essence, Jesse toujours futé, vole à son tour le portefeuille d’un gros beauf. Michael sait où aller pour retrouver Cybil : chez le receleur.

Dans le même temps, Murphy s’est remis et réalise que Michael a pris l’argent. Il le poursuit dans l’Idaho avec la voiture rouge de Michael. Cybil a appelé le receleur Jay Peterson (Jon Lovitz) avec un mot de passe trouvé dans le portefeuille de Michael. Murphy se présente chez le blanchisseur avec le même mot de passe. Peterson explique que Cybil a appelé en premier, alors ils l’attendent. Lorsque Cybil arrive, elle prend Murphy pour Peterson, mais le psychopathe l’a descendu avec son assistante. Lorsque Michael et Jesse arrivent, ils trouvent les corps de Peterson et de la fille, que Jesse veut voir pour savoir s’il s’agit de sa mère. Jesse devine que Murphy a la voiture de Michael et, malin, lui dit que puisque c’est sa voiture que conduit Murphy, il peut la déclarer volée. La police l’arrêtera. Pas bête ! Murphy est en effet arrêté à un contrôle, mais Michael aussi, qui a lui même piqué un SUV. Ils se retrouvent dans la même prison du comté et se vannent, tandis que Jesse paye un avocat pour la caution de sortie de Michael. Murphy, de son côté, téléphone à Jack, le pilote d’hélico, pour qu’il fasse de même.

Michael récupère sa voiture rouge et trouve Cybil ligotée et bâillonnée dans le coffre, ainsi que deux fois plus d’argent : celui du casse plus celui que devait donner en échange le receleur, que Murphy a volé avant de le tuer. Il décide de se séparer de ce véhicule trop voyant et en loue un plus discret pour Cybil et son fils. C’est le moment de se séparer, lui va prendre un taxi, malgré le gamin qui s’accroche à son torse, en pleurs. Quant à Murphy, il fait du stop, tombe sur un fan d’un chanteur marginal, le tue se déguise en lui pour passer les barrages de police. Cybil et Jesse qui passent en voiture se font repérer par Murphy. Il les poursuit avec son van bariolé et les fait sortir de la route. Il prend le gamin en otage pour que Cybil retrouve Michael et le fric. Cybil supplie Michael, qui cède, aimant bien Jesse, et sa mère malgré ses mensonges.

La rencontre doit avoir lieu dans un entrepôt, où Murphy est venu accompagné d’un tueur expert. Michael est apparemment seul, mais a prévenu la police. Jack sert de messager entre Michael qui a le sac de dollars, et Murphy qui détient le gamin. Mais le sac n’est rempli que de papier journal découpé et d’un scorpion du désert qui pique Murphy. L’équipe du SWAT enclenche alors la grosse fusillade adorée des beaufs yankees, complètement inefficace mais spectaculaire, avec son lot de morts flics – montrant combien ils sont en fait incompétents. Mais « c’est de la bonne télé » comme dirait Trompe. Les beaufs yankees adorent Trompe pour cela. Ils aiment à se faire du cinéma, à se raconter des histoires – tandis que le monde les rattrape (la Chine, le climat, le déclin du dollar, la fuite de l’innovation à cause des cerveaux interdits d’immigrer…).

Murphy a descendu Michael, mais celui-ci a toujours son gilet pare-balles ; il est emmené en ambulance mais Cybil la pique avec Jesse, tandis que Murphy est enfin descendu par la police dans une apothéose de balles, affaibli par le venin du scorpion. Tous est bien qui finit bien, en apothéose rose bonbon yankee. Les trois s’échappent ensemble sur le bateau de Michael, le « Graceland ». Il est suggéré que Michael serait effectivement un bâtard du King, selon un test génétique, et que son « père » lui a donc légué ce bateau au nom de sa résidence de Memphis dans le Tennessee. Jesse, mûri, jette ses revolvers jouets à la mer.

C’est prenant, mais à la limite de la série B.

DVD Destination Graceland (3000 Miles to Graceland), Demian Lichtenstein, 2001, avec Kurt Russell, Kevin Costner, Courteney Cox, Christian Slater, Warner Bros France, anglais doublé français, 2h, €22,90

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Le Caravage au musée de Messine

Deux tableaux du Caravage, mort en 1610, s’y trouvent exposés et il sont passionnants. le guide nous invite à observer les détails, les attitudes, les symboles. Le Caravage s’est auto-portraituré tourné vers la lumière, juste derrière le Christ dans la Résurrection de Lazare. La masse des hommes se rue vers la tombe à la suite de Jésus, tandis que les femmes font masse à l’intérieur, tournées, elles, vers la lumière. D’un côté la fureur, de l’autre côté du cadavre la vie comme réceptacle. La sœur de Lazare semble donner son souffle à son frère.

Dans L’Adoration des bergers, deux diagonales, l’une partant du haut à droite avec les bergers devant Joseph, où le plus jeune avance son épaule nue et musculeuse comme un hommage de la chair animale au bébé qui vient de naître ; l’autre qui part d’en bas à droite, d’une pierre accrochée par un rayon de lumière qui symbolise le socle de la future église (« sur cette pierre… »). La Vierge qui serre son bébé contre elle comme un bien précieux et personnel. Elle est couleurs et lumière tandis que Joseph est terne et obscur. À côté d’elle, un panier avec le pain et le vin et, derrière, les outils de charpentier. L’étable est représentée comme un lieu clos, un miracle dans l’intimité.

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Frances Fyfield, Sommeil de mort

Un roman policier à l’antique d’une Anglaise qui a pratiqué divers métier après 68 pour enfin devenir substitut du procureur… et écrire des romans policiers. Beaucoup (trop) de (mauvaise) psychologie et pas assez d’action, ce roman se traîne, avec une intrigue alambiquée. Il se lit, mais sans plus. Il est trop anglais, trop statique, trop superficiel pour engager l’imagination. Il y a trop de personnages, à peine effleurés, trop de tortures de méninges sans grands résultats avant le final.

La mort discrète d’une emmerdeuse méritait-elle tant d’heures d’enquête ? Margaret, la femme du pharmacien, est sans cesse sur son dos, régentant tout. Elle exige qu’il ferme la fenêtre, qu’il débarrasse son laboratoire personnel en arrière-boutique, qu’il cesse de perdre du temps à perler aux vieille clientes. Alors que lui aime tout ça et ne peut plus respirer. Aussi, le lecteur n’est pas étonné que l’épouse meure doucement dans son sommeil à la quarantaine à peine passée. C’est un soulagement de ne plus entendre ses jérémiades incessantes et son « amour » de sangsue.

Sauf que la procureuse Helen West, opérée d’un kyste aux ovaires, se morfond dans sa chambre d’hôpital. Elle ne sait pas quoi faire autre que gamberger, dans les odeurs de médicaments. Obsessionnelle comme elle l’est, elle aussi, elle se demande pourquoi du chloroforme a été retrouvé dans le sang de la victime, et pourquoi une bouteille marquée détergent en contient sous l’évier de la cuisine. C’est un aphrodisiaque, dit le pharmacien Pip ; ce n’est plus utilisé pour anesthésier depuis longtemps, dit le docteur Hazel, 70 ans, alcoolique et fumeur ; pourquoi perdre son temps sans preuve, dit le préfet, c’était un accident, l’affaire est à classer.

Mais Helen, compagne du commissaire qui chapeaute l’inspecteur Bailey chargé de l’enquête, ne l’entend pas de cette oreille. D’autant que le sergent dudit inspecteur, est l’ami de l’ex-mari de l’assistante pharmacienne Kimberley, dont le fils Tom, 10 ans, est harcelé à l’école, ce pourquoi il est conduit et ramené chaque jour par Daniel, ex-drogué qui prend chaque jour sa dose de méthadone à la pharmacie pour se sevrer… On le voit, rien n’est simple dans cet imbroglio bien difficile à suivre. Ce pourquoi le roman n’est pas bon : trop complexe. Pip est amoureux de Kim, tandis que Daniel fait une overdose et meurt. L’ex-mari, et père de Tom est jaloux et surveille presque chaque soir les fenêtres de son ex-femme.

Herringbone Parade, quartier modeste de l’East End londonien, recèle bien des secrets. Tout proche de la City, il n’est pas encore rénové à la fin des années 1980. On y trouve même une grosse bombe de la Seconde guerre mondiale et le quartier est évacué. Le moment propice pour le criminel d’assouvir ses instincts sexuels, pervertis par maman et ses sœurs qui le « chatouillaient » quand il était enfant.

Une fin qui se précipite – enfin ! – meilleure que le trop lent début.

France Fyfield, Sommeil de mort (Deep Sleep), 1991, Pocket 1999, 253 pages, occasion broché €15,20

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Musée régional de Messine

Le polyptyque de saint Grégoire d’Antonio da Messina est la seule œuvre de l’artiste de Messine possédée par le musée. Il est composé de cinq panneaux, saint Grégoire et saint Benoît, la Vierge à l’Enfant de 1473, l’Annonciation et l’Ange.

La madone de la Chambre, du XIIIe siècle, est une Vierge trônant avec l’Enfant, en mosaïques, de style italo-grec. Une tête d’apôtre en mosaïques, du XIVe, est très délicate.

Un rostre en bronze de galère, d’Acqualadroni montre l’éperon redoutable qu’il devait être pour les bateaux en bois.

De l’Ignoto (inconnu), un Christ à la colonne du XVIe, au ventre assez maladroit mais au visage souffrant expressif.

Le monument à l’amiral Angelo Balsamo, postérieur à 1507, de Giovan Battista Mazzolo, montre son très jeune page à l’entrejambe très moulé, à se demander si, comme Titeuf, il n’a pas oublié son slip. Son sarcophage montre le Triomphe d’Amphitrite. Il serait sculpté par Antoniello Freri.

Des statues de Giovanni Antonio Montorsoli, Neptune et Scylla, Trinité, un Noli me tangere en ronde bosse.

Un saint Sébastien d’Antonio Barbalonga Alberti d’avant 1649 ; un Christ déposé de Mattia Preti d’avant 1699, une sainte Lucie de Giovanni Tucari du XVIIe, les Quatre docteur de l’Église d’Agostino Scilla, du même siècle, qui semblent tourner en rond dans l’entre-soi tandis qu’une colombe vient les sortir des radotages.

En repartant de la ville, nous passons une suite d’échangeurs dans tous les sens. Pourquoi faire simple ?

Nous avons deux heures pour déjeuner dans un restaurant du port de Milazzo, le Zicily, sis en face du quai des hydrofoils. Je prends une salade de la mer, du poulpe, des moules, des crevettes à l’huile d’olive. Cela change et c’est très bon. Les autres prennent un risotto aux quatre graines, la prof un poulpe grillé. 18,5 euros avec l’eau et le café. Milazzo (Mylai) est une ancienne colonie grecque de Zancle (Messine), fondée en 717 avant.

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Hiroshima fleurs d’été de Tamiki Hara

Hiroshima fut le théâtre du premier bombardement atomique le 6 août 1945 à 8h15 du matin. Trois jours plus tard, ce fut le tour de Nagasaki. Le Japon impérialiste a capitulé immédiatement, épargnant des centaines de milliers de vies. Mais tout ça pour ça… La bêtise humaine reste insondable, comme l’obstination des hommes de pouvoir. Il fallait probablement en passer par cette destruction massive pour terminer la guerre. Mais ce qui se justifie en termes de stratégie est une tragédie en termes individuels.

Tamiki Hara, écrivain japonais, est né à Hiroshima quarante ans avant la bombe. Il était présent dans la ville, base militaire importante, au moment où la première bombe A est tombée dans l’histoire sur une population civile et militaire mêlée. Sa famille dirigeait une usine produisant des uniformes pour l’armée. Il a survécu. Il écrit ici trois nouvelles en forme d’hommages – de fleurs – aux victimes d’Hiroshima. Avant, pendant, après la première bombe A. Tamiki Hara est sorti de la vie en se jetant sous un train en 1951.

Son premier texte est le plus long, abordant lentement par le souvenir ce que fut la vie d’Hiroshima avant la bombe. Les écoliers sont évacués dans la campagne, en bandes organisées – sous l’égide de leurs maîtres. Collégiens et collégiennes sont mobilisés pour la patrie. Ils travaillent en usines, dont celle de la famille de l’auteur. Il entendra les cris de détresse des garçons piégés dans les bâtiments écroulés, le 6 août 1945, avant que l’incendie ravageur ne les fasse taire. Avant le bombardement, les alertes sont nombreuses. Des avions passent en hordes au-dessus de la ville, mais gardent leurs bombes pour Tokyo, au nord-est. Les gens ne savent pas trop s’ils doivent évacuer ou rester. Les enfants sont exilés, mais c’est un mouvement collectif ; les familles restent, prises par le travail et ce « patriotisme » qui est surtout le sens des convenances : faire comme tout le monde. Il y a longtemps que la guerre de conquêtes n’est plus populaire dans le peuple japonais.

Le second texte est centré sur l’événement. « J’eus la vie sauve parce que j’étais aux cabinets », écrit sobrement l’auteur. Il s’installe sur le trône, ôtant son kimono de nuit sous lequel il est nu. « Quelques secondes plus tard, je ne sais plus exactement, il y eut un grand coup au-dessus de moi et un voile noir tomba devant mes yeux. Instinctivement, je me mis à hurler et, prenant ma tête entre mes mains, je me levai. Je n’y voyais plus rien et n’avais conscience que du bruit : c’était comme si quelque chose comme une tornade s’était abattue sur nous. » Caché, lui n’a pas été brûlé par l’éclair. Solide, la maison construite par son père l’a protégé du choc initial. Avisé, il a eu le temps de fuir le souffle de retour et l’incendie général qui s’est ensuivi. Tous les autres n’ont pas eu cette chance, surpris sur le chemin ou ensevelis sous les décombres avant d’être cramés sans merci. Il sera irradié, mais moins que certains ; il s’en sortira, bien qu’atteint dans sa chair et dans son âme.

Car le pire – si l’on peut dire – réside moins dans les destructions immédiates de la bombe que dans les séquelles qu’elle entraîne sur des dizaines d’années. Un bombardement est un bombardement, mais l’irradiation initiale ou celle des pluies noires qui suivent, ou celle encore des aliments contaminés durant des saisons, vont atteindre les gens bien après le choc. Dire qu’ils sont « innocents » est faire bon marché de la mobilisation totale (totalitaire) du fascisme de ces années là, aussi bien au Japon qu’en Allemagne ou ailleurs. Il n’y a pas de gens innocents, s’ils laissent faire la politique et gardent leur adhésion à des nationalistes extrémistes. C’est le cas en Russie aujourd’hui, comme en Corée du nord, en Iran, en Afghanistan…

Reste la plainte humaine qui déchire, quoi qu’on en ait. Il suffit d’aller à Hiroshima ou à Nagasaki aujourd’hui (j’y suis allé). Il suffit de visiter les musées de la bombe où les Japonais se présentent moins comme victimes que comme les condamnés d’un destin aveugle. Ils ont raison, il suffit de lire Tamiki Hara. Tout cela pour compatir, se souvenir. Rien n’excuse jamais la destruction aveugle, la mort industrielle, la technique devenue folle.

Jamais la bombe, A ou H, n’a été utilisée depuis Nagasaki le 9 août 1945. Souhaitons que cela perdure, malgré les fanatiques de tous bords, les tyrans obtus à la Poutine et les clercs des religions sectaires.

Tamiki Hara, Hiroshima fleurs d’été, 1947, Babel 2007, 131 pages, €7,10

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Messine

Au large, isola Bella, le lieu du tournage du film le Grand Bleu de Luc Besson. Un téléphérique permet de joindre le centre de Taormina, perché, aux plages dont certaines sont privées. Sur la plage de Lettoiani, la Calabre se voit en face. Dans ce détroit de Messine, Ulysse dut louvoyer pour éviter autant Charybde que Scylla, deux rochers hurlants.

Nous passons Aspromonte où Garibaldi est blessé au pied. Sa botte au musée du Risorgimento à Rome est célèbre.

Messine est la troisième ville de Sicile, plus de 150 000 habitants. Les deux premières sont Palerme et Catane, la quatrième est Syracuse. Dévastée par le tremblement de terre de 1693 et rasée par celui de 1908, Messine était à l’origine un comptoir fondé par des commerçants-pirates de la Chalcidique macédonienne vers 700 avant Il contrôlait le passage entre la Calabre et la Sicile. Son nom sicule de Zancle signifie la faucille, selon la forme de son port. Le détroit fait 3 km de large au plus étroit. Les vents dominants de 25 nœuds viennent du Nord, ce qui rendait le passage difficile pour les bateaux à voile de l’antiquité qui venaient du sud.

Sur la piazza del Duomo, face à la fontaine d’Orion de Montorsoli (1547), la cathédrale a été fondée par le comte Roger II. Elle est terminée en 1169 mais le tremblement de terre l’endommage ; elle est consacrée en 1190 par Henri VI mais brûle lors des funérailles de Conrad. Reconstruite au XIIIe siècle, les Vêpres siciliennes arrêtent les travaux. Le tremblement de terre de 1793 la détruit puis le tremblement de terre de 1894 ainsi que ceux de juillet 1905 et de 1908. Ce dernier détruit 80% de toute la ville. Il a plus de 60 000 morts. En 1943, c’est le bombardement des Américains qui détruit la cathédrale reconstruite. Quelle suite de catastrophes !

Mais il suffit d’y croire. Comme cette Lettre de la Vierge (!) qui aurait été remise en 42 de notre ère à des ambassadeurs de Messine. Elle qui ne savait pas écrire… Alors on a dit qu’un ange l’avait écrite sous sa dictée. Mais les anges n’ont pas de corps, ils sont purs esprits. N’importe quoi pourvu que l’on croie.

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Taormina 2

Une longue promenade nous permet de voir les détails qu’affectionne le guide, un petit théâtre romain caché en haut d’une ruelle, un portail en pierre entourée de basalte du XVIIIe siècle, une naumachie, une église. Devant laquelle, s’ouvre un beau panorama sur la mer.

Dans la cathédrale du XIIIe à la silhouette crénelée de l’architecture normande, une Vierge au long cou portant l’Enfant sur le dos qui suce son doigt, une attitude rarement représentée, sinon jamais. L’église aux trois nefs recèle également une statue en marbre de sainte Agathe par Montanini au XVIe siècle. Elle porte d’une main la palme du martyre et de l’autre les tenailles qui vont lui arracher les tétons, avant que ses seins ne soient coupés. Cette scène de torture figure dans un cartouche à son pied. Trois petites filles et un petit garçon qui jouent devant la porte sont indifférents à tout ce sadisme humain, et c’est heureux.

Enfin l’hôtel, la Villa Diodoro, via Bagnoli Croci, quatre étoiles mais à l’accueil peu aimable, des escaliers incohérents, le bar en chambre caché au point que je ne l’ai pas trouvé, et une seule prise de courant planquée derrière le lit. Je ne ressors pas pour le dîner libre, je mange les deux bananes prises au petit-déjeuner et bois deux verres d’eau du robinet. Le bruit d’un orchestre de fiesta dans le parc municipal à côté de l’hôtel a tenu jusqu’à minuit. Boum ! Boum ! Le store comme les volets sont inexistants sur la moitié de la fenêtre.

Au matin, je suis le labyrinthe pour sortir et trouver l’endroit du petit-déjeuner. Je suis au niveau 0, donc au niveau -2 à partir de la réception – logique… et le petit-déjeuner est en -1, à l’autre bout du bâtiment en U ouvert, avec vue heureusement sur la baie, la pente et le volcan Etna au fond, qui fume. Il est bien visible ce matin.

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Quantum of Solace de Marc Forster

James Bond 007 (Daniel Craig) reprend là où il avait terminé dans Casino Royale. Il n’a finalement pas descendu M. White (Jesper Christensen) mais l’a arrêté pour le livrer au MI6 à Sienne. Il l’a mis dans le coffre de son Aston Martin DBS mais est poursuivi sauvagement par deux voitures de tueurs, auxquelles il n’échappe qu’après une course poursuite haletante et non sans avoir perdu une portière, pris quelques trous dans la carrosserie et la vitre arrière.

M (Judy Dench) s’interroge : Bond est-il loyal envers la Couronne, ou suit-il une vengeance personnelle en poursuivant les assassins de Vesper, la fille dont il est tombé bêtement amoureux ? M. White rigole ; comment, le MI6 ne sait rien sur son Organisation ? Mais elle est partout ! A ce moment, le garde du corps depuis 8 ans de M tire sur tout le monde et s’enfuit lorsque Bond riposte. Nouvelle course poursuite, à pied cette fois, dans les égouts de Sienne et la Piazza del Campo où se déroule le Palio, les toits des bâtiments et dans la tour de la cloche – où Bond descend enfin le garde.

Dans l’appartement de White à Londres, le MI6 trouve une liasse de dollars dont les numéros de série renvoient à une banque située à Port-au-Prince, en Haïti, et à un certain M. Slate. Bond se rend à l’hôtel où Slate est logé, viole sa chambre et le tue après une bagarre qui fait du bon cinéma. En rendant la clé à l’accueil, il demande s’il y a du courrier et on lui livre une valise. C’est le signe de reconnaissance, semble-t-il, car une jeune femme (Olga Kurylenko) pile à côté de lui et l’invite à monter dans sa voiture. Bond se laisse faire. Camille croit qu’il est le géologue qui lui a été indiqué. En ouvrant la valise, Bond découvre un pistolet et une photo de la jeune fille : elle devait être tuée. Outrée, Camille lui tire dessus et il descend de l’auto pour piquer une moto et la suivre.

Elle se rend sur le port dont un quai est bien gardé par des Noirs en armes. Elle rencontre son petit ami Dominic Greene (Mathieu Amalric) et lui demande pourquoi il voulait la faire tuer. C’est parce qu’il la soupçonnait de coucher avec lui pour approcher le général Medrano de Bolivie (Joaquín Cosío). Comme il arrive justement en bateau, Greene la lui confie, avec pour mission de la balancer par-dessus bord lorsqu’il lui sera passé dessus à satiété. L’Organisation lui ouvrira la route du pouvoir, outre un substantiel pot-de-vin, s’il signe un décret de cession de terrains vides de pétrole dans le désert. Mais pas vide de tout… L’eau souterraine est désormais la richesse, plus que le pétrole.

James Bond vole un bateau pour sauver Camille, mais celle-ci veut rester avec Medrano, avec qui elle a un compte à régler : c’est lui qui a tué ses parents après avoir violé sa mère et sa sœur sous ses yeux alors qu’elle était petite fille. Nouvelle course poursuite en bateau, spectaculaire, puis Camille évanouie est confiée à un portier d’hôtel sous prétexte qu’elle a le mal de mer. Bond pique une voiture et appelle le MI6 pour leur donner le nom de Greene. M appelle la CIA pour savoir si ce nom les intéresse, et la Centrale fait semblant de ne pas le connaître – alors que l’agentl reçoit l’appel dans l’avion privé de ce dernier. Dominic Greene est réputé philanthrope à la tête de Greene Planet, recevant des dons pour sauver des étendues de terre par rachats. Bonne couverture pour des activités de prédation – où America First sévit à l’envi.

Nouveau voyage : l’avion de Greene, identifié, se rend en Autriche et Bond le suit. C’est à l’opéra que Greene rencontre « secrètement » devant tout le monde ses collaborateurs pendant une représentation de la Tosca. James Bond neutralise l’un des participants pour lui piquer son équipement audio et écouter ce qui se dit, notamment la corruption pour le coup d’État en Bolivie qui livrera le terrain convoité. Bond ne peut s’empêcher de s’immiscer dans la conversation et les collabos se lèvent pour fuir, ce qui permet à Bond de les prendre en photo, de loin et mal, mais suffisamment pour que le logiciel de la CIA, actionné par M depuis Londres, réussisse à les identifier. L’un des agents de Greene poursuit Bond mais il réussit à le balancer d’un toit sur la voiture de Greene – lequel demande si c’est un homme à eux et, puisque non, de le tuer. Mais il était agent double du MI6 chargé de la protection du Premier ministre ! Il n’avait qu’à se faire connaître, ou qu’on dise à Bond qui il était ! Dans l’action, on ne fait pas de détail. Mais M le convoque à Londres et révoque tous ses passeports avatars et ses cartes de crédit.

Bond se rebelle devant cette injustice et fait croire qu’il s’envole pour Le Caire avant de se rendre à la ville toscane de Talamone où Mathis (Giancarlo Giannini), ancien chef d’antenne au Montenegro, file sa retraite. Il lui demande de l’aide et l’allèche pour qu’il le suive en Bolivie, où l’ex a des contacts. A La Paz, Bond est abordé par une nouvelle fille, agent du service financier de la Couronne, chargée de le ramener à Londres. Comme d’habitude, il la séduit, la baise, et l’amène à la soirée caritative de Greene dont Mathis s’est procuré une invitation. Camille survient pour confronter Greene, qui veut la balancer du balcon, mais en est empêché par Bond. Il fuit avec Camille en voiture mais est arrêté par des motards de la police qui font ouvrir le coffre. Mathis est dedans, son « ami » le chef de la police l’a trahi. Les flics tirent sur le coffre, Bond les descend et Mathis meurt dans ses bras.

Malgré M, malgré son statut d’agent grillé, malgré la CIA contre lui, Bond parvient dans le désert avec Camille et échange sa voiture contre un vieil avion à hélices. Ils sont rapidement poursuivis par un avion de chasse envoyé par Greene, que Bond parvient à faire exploser en rasant la montagne pour aveugler le pilote avec la fumée s’échappant de l’un des moteurs touchés. Leur bimoteur s’écrase alors qu’ils ont juste le temps de sauter en parapente dans un ravin profond. Au fond, ils découvrent un passage, le lit d’une ancienne rivière asséchée. Et pour cause ! C’est un barrage qui retient l’eau afin de susciter la sécheresse dans les villages, et de vendre alors le précieux liquide via la compagnie de Greene.

Un bus pour La Paz, un comité d’accueil dans la chambre, la demoiselle des finances morte enduite de pétrole, basse vengeance de Greene. Bond est sommé de rentrer à Londres sous escorte de trois agents avant de faire tuer encore plus de monde. Dans l’ascenseur, il s’en délivre aisément, croise M interloquée mais lui dit qu’il veut aller tuer Greene. Elle lui renouvelle sa confiance. Mais la CIA en veut à Bond et défend ses intérêts, concomitants avec ceux de Greene : à eux tout le pétrole, à lui le reste. Félix Leiter (Jeffrey Wright), ancienne relation CIA de Casino Royale, qui suit l’opération, avise Bond dans un bar qu’il n’a que trente secondes pour s’échapper, et que Greene est dans un hôtel dans le désert pour payer la grosse somme au chef de la police bolivienne pour qu’il soutienne Medrano.

Bond et Camille se rendent à cet hôtel, où Medrano et Green échangent des valises de billets contre des signatures : cession du terrain, feu vert de la CIA pour le coup d’État (un de plus, un de moins…), mais concession de la distribution d’eau dans le pays par la compagnie de Greene – qui possède 60 % des réserves. Medrano hésite mais la menace est claire : si ce n’est pas lui, ce sera un autre, l’Organisation est puissante… De retour dans sa chambre, vexé, le général se venge en violant une serveuse à qui il a demandé de lui apporter une bière. Bond tue le chef de la police, le rez-de-chaussée explose (tout explose toujours à Hollywood), Camille se bat avec Medrano et finit par le tuer, non sans mal, tandis que Bond poursuit Greene, qui parvient à s’échapper seul et boitant dans le désert. Le con s’est planté la hache avec laquelle il menaçait Bond dans le pied. Bond récupère Camille dans l’hôtel en feu, puis rejoint Greene en voiture avant de l’abandonner avec pour seule boisson un bidon d’huile de moteur. Le malfrat milliardaire finira par crever, de soif et de deux balles dans la tête, rattrapé par l’Organisation qui n’apprécie pas son absence de fiabilité.

Brutal changement de décor, ce qui fait toujours un brin bizarre. Fini le désert brûlant de Bolivie, place au froid glacial de la neige à Kazan. Bond a retrouvé l’ex-petit ami de Vesper, Yusef (Simon Kassianides) qui lui avait offert un pendentif en forme de nœud. Une nouvelle jeune femme l’accompagne qui porte le même, signe d’appartenance au mâle peut-être, celui qui affiche sa virilité au cou de ses femelles. Bond apprend à la fille, d’ailleurs agent secrète canadienne, qu’elle va subir le même sort que sa prédécessrice (le prédécesseur féminisé). Yusef est affilié à l’Organisation dont on apprend le nom : Quantum. Contrairement à ce qu’on attend, Bond ne tue pas le salaud mais le livre au MI6 pour qu’il soit interrogé.

Un quantum est une petite quantité, quant à « solace », il s’agit du réconfort. Un titre énigmatique emprunté à Ian Fleming, l’auteur de James Bond 007 – mais pourquoi ne pas l’avoir traduit en français ? Il signifie qu’une relation a besoin d’un peu de réconfort pour durer, autrement elle n’est que consommation. Un peu intello-compliqué et pas très vendeur… Ni très clair.

Un film d’action, mais moins bon que le précédent car moins facile à suivre. Le son en français est un peu faible, plutôt bafouilleux. On passe d’un pays à l’autre sans comprendre vraiment les liens qui l’exigent, d’une course poursuite à l’autre sans rien de concluant. M est sans cesse à sermonner Bond mais le laisse faire tout ce qu’il veut, lequel ne rend compte à personne avant d’avoir fini ce qu’il croit son boulot. Et le schéma des belles pépées qui séduisent, baisent et se font descendre est du réchauffé. Le général Medrano fait un peu cirque dans la caricature du Méchant d’Amérique latine. La sauce écologique est lourde dans le complot capitalistico-CIA. Quant au gouvernement de Londres, il est largué, présenté comme un petit toutou docile de l’oncle Sam, les crocs limés. Heureusement qu’il reste Bond, James Bond – Daniel Craig. Au fond, c’est lui qui fait tout le film.

DVD Quantum of Solace, Marc Forster, 2008, avec Olga Kurylenko, Mathieu Amalric, Judi Dench, Giancarlo Giannini, Jeffrey Wright, 20th Century Fox 2009, ‎ Anglais, Français, Néerlandais, Russe, 1h42, €8,78, Blu-ray €11,16

DVD James Bond 007 – La Collection Daniel Craig : Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall, Spectre, MGM / United Artists 2020, français, anglais, €10,27, Blu-ray €33,92

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Taormina 1

Le bus prend l’autoroute jusqu’à Taormina. Nous passons devant le complexe pétrochimique de Thasos.

La cité de Taormina est perchée au sommet du mont, celle de Naxos est au bord de la mer, juste au pied.

A l’entrée du Corso un adolescent de 13 ou 14 ans est assis sur une borne. Il porte une chaîne d’or au cou et des lunettes transparentes qui lui couvrent les tempes. Étonnant comme les Italiens font frime, arborent des déguisements à la mode pour se mettre en valeur. S’y ajoute, à cet âge, l’obsession de l’identité, savoir comment se positionner par rapport aux autres.

Des céramiques très colorées trônent dans les vitrines. Elles sont vives, fraîches, méditerranéennes ; elles donnent envie.

Nous visitons le théâtre grec (encore un) creusé dans la colline au IIIe siècle avant. Il fait 109 m de diamètre et a été remanié par les Romains. La vue porte sur le mont Venere et sur l’Etna.

Le Corso Umberto est très touristique et tout luxe, comme à Capri, Cannes ou Saint-Tropez. Il n’a aucun intérêt à mes yeux, sauf à voir défiler des pétasses qui se dandinent couvertes de falbalas fluides et ornées de bijoux clinquants, des lunettes plus ou moins noires permettant de voir sans être vu l’effet de leur séduction. J’observe au théâtre quatre riches femmes qui font jeunes de loin mais assez mûres de près ; elles portent chacune une robe de couleur différente, bleu azur, beige doré, rose fuchsia, blanc ; elles sont peut-être polonaises ou biélorusses.

Un couple chinois aux deux grosses valises portant une étiquette avec l’indicatif téléphonique +66 débarquant d’un van Mercedes noir aux vitres fumées devant le seul hôtel cinq étoiles du théâtre, avec une plaque de carte Gold. Peut-être de gros compradores chinois de Thaïlande. Ou les nouveaux Maîtres du monde de Shanghai.

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Catane 2

Nous empruntons la voie des crucifères, la via dei Crociferi, qui étaient des porte-croix. Elle est bordée d’églises baroques, celle de saint Benoît, celle des Jésuites, celle de saint Julien (Giuliano), celle de san Niccolo. Puis l’ancien couvent des Bénédictins. L’université de droit fondée en 1434 par Alphonse, roi d’Aragon et de Sicile s’ouvre au bout de la rue dans une belle villa XVIIIe. Des étudiants discutent devant ; ils sont revêtus de tee-shirts moulants selon la mode actuelle, mais tous coiffés différemment.

Plus loin, le musée Bellini, au n°1 de la piazza San Francesco, du nom d’une autre gloire locale à laquelle est rendue un culte. Nous visitons hors programme les appartements du musicien, ornés de portraits de lui, enfant très décolleté romantique né en 1801, adolescent de peu de santé, et adulte au sommet de sa gloire avec ses opéras à Paris. Sa mort à 34 ans en 1835 d’une angine de poitrine, a permis de prélever un masque mortuaire. Son dernier portrait, en 1871, a été pris lorsque son cercueil fut ouvert puis ramené du Père-Lachaise à Paris jusqu’à Catane où il est enterré.

L’église sans Franceso dei Assisi a été bâtie vers 1255 et tant rénovée qu’il ne reste d’original que les côtés et l’abside. Sa façade est gothique XIVe avec une rosace normande. La voûte est en bois.

Nous déjeunons au restaurant Sikula où nous sommes les seuls clients. Le plat est une boulette de sardines et purée accompagnées de bruschetta, d’une demi-tranche d’espadon panée avec l’autre demi-tranche roulée farcie de poisson blanc et crevettes, très bon, puis d’un carré de tiramisu goûteux en dessert. Je descends à moi tout seul 1 l d’eau. J’ai pourtant bu deux cafés allongés et deux verres de jus de fruits ce matin.

Le guide nous explique comment cuire les pâtes à l’italienne. Pour lui, il faut enlever une à deux minutes sur les indications du paquet, garder un verre de l’eau de cuisson lors de l’égouttage, puis verser les pâtes sur la sauce déjà chaude. Enfin, il faut verser l’eau réservée sur le tout afin de donner une onctuosité générale grâce à son amidon.

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Catane 1

Aujourd’hui, nous aurons six heures de marche – pour un circuit culturel troisième âge, c’est beaucoup. Nous verrons deux villes, Catane et Taormina.

Catane a été fondé au huitième siècle avant au pied de l’Etna par des Grecs de Naxos. Prise, vaincue, détruite par le tremblement de terre de 1693, reconstruite en baroque tardif, nous pouvons voir aujourd’hui la coulée de lave noire sur laquelle ont été rebâtis les bâtiments, dont la cathédrale. Il faut dire que le volcan de 3357 m d’altitude n’est pas loin, même si sa silhouette est estompée par la brume de chaleur.

Nous passons dans le marché central, avec ses étals de poissons, surtout du thon et de l’espadon, et des légumes dont de grosses noix de Sicile de la taille d’un citron.

Dans un angle de la place, la fontaine jaillissante de l’Amenano se trouve à l’orée du marché.

L’avenue Etnea mène à la piazza del Duomo, la cathédrale – où a lieu évidemment un office qui dure deux heures avant que nous puissions entrer. Nous ne voyons sortir que peu de fidèles. Sa façade baroque à trois niveaux a été dessinée par Giovanni Battista Vaccarini qui a utilisé la roche noire du volcan comme décor. Le monument recèle le tombeau de Vincenzo Bellini, mort en 1835. A droite du chœur, la chapelle de sainte Agathe, patronne de la cité, avec le retable en marbre début XVIe de Fernandez d’Acunia. Deux petites filles passent en tutu rose ; leur grand-mère me sourit quand je prends leur photo de dos. Jolies enfants, semble-t-elle me dire. Au-dessus, une envolée d‘anges tout nu, leur future progéniture espérée.

La mairie est le palais de l’Eléphant. Il a été construit après le terrible terremoto de 1693 par les architectes Longobardo, Vaccarini et Battaglia ; un escalier d’honneur a été ajouté au XIXe. Un film destiné aux visiteurs montre la fête de Saint Agathe, le personnage principal de la ville. Elle aurait arrêté la peste. Un char décoré trône dans un coin.

Au centre de la place trône une fontaine à éléphant en basalte noir de l’Etna, surmontée d’un obélisque carthaginois. Passent des gamins italiens blonds à cheveux longs à la Brad Pitt.

A noter qu’à l’été 2025, une série policière sicilienne intéressante se passe à Catane, visible sur la 3 : Vanina – Meurtres en Sicile. 1h50 mn chaque épisode – a consommer à petites doses.

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Théâtre de Syracuse

Le théâtre, agrandi au IIIe siècle avant par Hieron II pour totaliser 138 m de diamètre au sommet, est creusé dans la colline face à la mer. Il est en plein soleil mais les spectacles avaient lieu à la saison froide et les spectateurs n’avaient pas besoin de velum, comme dans les théâtres romains. Les Perses d’Eschyle y auraient été représentés en 372 avant et il a été fréquenté par Platon, Pindare et Euripide. Sur ses 61 gradins pouvaient tenir 15 000 spectateurs. La représentation durait une journée entière. La cité a connu son maximum démographique sous Denys l’Ancien entre 405 et 367 avant, avec environ 300 000 habitants !

Des tombes paléochrétiennes sont creusées dans la banquette du sommet. Alors que j’avance, un bruit grandit. C’est le jaillissement en cascade d’une résurgence de l’aqueduc qui permettait aux spectateurs de boire.

Dans le parc archéologique, le grand autel d’Hiéron II mesure 198 m de long. Il a permis en 228 avant le sacrifice public de 450 bœufs pour répartir la fumée pour les dieux et la viande aux quelques 150 000 habitants de la ville au quatrième siècle avant.

Un amphithéâtre romain, assez petit par rapport aux autres monuments mais tout de suite après celui de Rome ou Vérone, permettait des spectacles d’évergètes, ces riches qui invitaient les citoyens à voter pour eux. Il date du IIIe siècle après. L’arène où l’on mettait à mort les condamnés et où l’on combattait était destinée à réjouir le bon peuple.

Le guide nous dit que le métier de gladiateur n’était que très rarement mortel, sauf sur ordre exprès de l’empereur. Les gladiateurs étaient d’anciens soldats qui se donnaient en spectacle, chacun se spécialisant dans une arme et un mode de combat. Il étaient chers à former et la lutte s’arrêtait au premier sang, en général sur les bras, les épaules ou les pectoraux. Un flux spectaculaire inondait la poitrine et tombait sur le sol, faisant frissonner les mâles comme les femelles, toujours avides d’émotion. C’était une réminiscence du sacrifice fait aux soldats tués au combat, un hommage aux guerriers. Les études archéologique remettent en question Quo vadis et la vulgate romantique du XIXe siècle. le guide nous conseille de lire la thèse de Georges Ville sur le métier de gladiateurs.

Dans une conclusion reconstruite après le décès prématuré de l’auteur, sont décrits les trois sentiments d’époque envers les spectacles de l’arène : « Le premier sentiment n’interdit pas la violence, la guerre, les supplices de criminels ; il interdit seulement qu’on s’en réjouisse ou qu’on y assiste. Le second sentiment, le plus répandu, ne fait pas du tout s’évanouir au spectacle du sang versé et n’empêche pas de se délecter sadiquement ou suicidairement de ce spectacle, mais il fait éprouver une sourde inquiétude pour l’avenir. Inquiétude qui s’accommode fort bien, du moins sur le moment, de la délectation que procure à la grande majorité des individus le spectacle des supplices. Car est un troisième sentiment, sans lequel toute cette histoire serait incompréhensible, à savoir le plaisir que procure très généralement la souffrance d’autrui. » Le métier de gladiateur est impur comme celui de pute. « Ainsi font les Romains envers leurs gladiateurs, on les admire on va les voir amphithéâtre sans scrupules, mais il est de mauvais ton de fréquenter le milieu des gladiateurs et des lanistes. (Histoire Auguste, Hadrien XVIII Commode II 9). Le gladiateur va de pair avec l’ivrogne et le débauché, dit Sénèque le Père. D’un pilier de mauvais lieu on disait il courait lupanaria et ludos (Apulée Apol. XCVIII). »

Nous revenons à l’hôtel vers 17h45 pour un dîner à 19h30 de pâtes sauce tomate au fenouil (les Siciliens en mettent partout) et d’une boulette de « farci maigre » comme ils disent, qui ressemble au jambon du petit-déjeuner recyclé au fromage. Il s’agit d’une variante d’arancini, ces boulettes de riz mou à risotto que l’on farcit de divers ingrédients avant de les enrober de chapelure et de les faire frire en poêle à l’huile d’olive. Une purée de pommes de terre l’accompagne, puis un sorbet citron. Nous prenons deux bouteilles de vin pour neuf, de l’eau, et chacun en a pour six euros.

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Jodi Compton, La 37e heure

L’inspectrice au bureau du shérif de Minneapolis Sarah Pribek quitte sa maison pour aller voir sa collègue, en arrêt maladie après la mort de sa fille, tuée par un violeur qui s’en est sorti, faute de preuves. Son mari, Shiloh, doit rejoindre la base de Quantico en Virginie car il a postulé au FBI et a été accepté au centre de formation. Il a déjà les billets d’avion et a fait sa valise. De retour chez elle après le week-end passé avec son amie, Sarah s’aperçoit que son mari ne s’est pas rendu à Quantico, n’a pas pris l’avion, ni même sa valise ! Il a tout simplement disparu…

Sarah est inspectrice à la brigade des personnes disparues et elle sait que les premières 36 h sont cruciales en cas de disparition. Elle enquête donc selon les principes des cercles concentriques, du plus proche au plus lointain, de la famille et des voisins aux amis et connaissances, du quartier à l’État puis au niveau fédéral. Mais rien : aucune piste, aucun témoin. Tout allait bien, pas de message, pas de signalement. Juste un numéro de téléphone fixe, sans indicatif de zone, griffonné au dos d’un papier.

Inquiète, Sarah décide d’en savoir un peu plus sur la famille de Shiloh, et pourquoi il est parti à 17 ans faire sa vie sans jamais les revoir. Sauf une jeune sœur, sourde, de qui il a été très proche. Shiloh a-t-il été les rejoindre ? A-t-il renoncé au FBI ? A-t-il eu peur de n’être pas à la hauteur ? S’est-il jeté dans le fleuve, qui roule ses eaux puissantes pour échapper aux tourments de l’existence ? Sarah redoute la 37ème heure, la barre des 36 heures écoulées, et les découvertes que l’on peut faire alors.

Un policier original.

L’éditeur indique :« Jodi Compton vit en Californie. Son premier roman, La 37e Heure, a lancé la série mettant en scène le détective Sarah Pribek et a été salué par la critique, dont le New York Times. Lors de sa parution en France en 2008, le roman a figuré parmi les finalistes du Grand Prix des Lectrices de ELLE dans la catégorie roman policier. »

Jodi Compton, La 37e heure (The 37th Hour), 2004, Livre de poche 2008, 347 pages, €1,33, e-book Kindle €6,99

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Latomies du Paradis à Syracuse

Ces carrières s’appellent les Latomies et sont dites du paradis.

Ce sont de gigantesques excavations de pierres calcaires à ciel ouvert, exploitées pour vendre et pour bâtir Syracuse. Mais les blocs de pierre étaient aussi exportés dans toute l’Italie. Deux siècles d’esclavage ont excavé un grand territoire.

L’oreille de Denys, selon l’expression du Caravage en 1608, est une faille en forme d’oreille de satyre de 65 m de haut dans la roche. On dit que l’anfractuosité au sommet aurait permis à Denys l’Ancien, le tyran de Syracuse, d’écouter les propos des prisonniers carthaginois faits après la bataille d’Himère et qui travaillaient comme ouvriers. Il graciait alors ou suppliciait tel ou tel selon son bon plaisir. On en dit, des choses…

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Les chariots de feu de Hugh Hudson

Un film engagé, à la gloire du sport olympique qui transcende les préjugés. Eric Liddell (Ian Charleson), croyant presbytérien écossais fervent court pour la gloire de Dieu, et Harold Abrahams (Ben Cross), juif anglais non pratiquant, court pour surmonter les préjugés. Le titre du film est inspiré d’un poème de William Blake, And Did Those feet in Ancient Time. Mis en musique par Charles Hubert Hastings Parry en 1916 dans son hymne Jerusalem, il est devenu chanson légendaire de la culture anglaise, un hymne patriotique utilisé pendant les guerres. L’histoire s’inspire librement de l’histoire de deux athlètes britanniques concourant aux Jeux olympiques d’été de Paris 1924, Harold Abrahams et Eric Liddell.

Tout commence dans la cour du collège de Cambridge, en 1919, lorsqu’Abrahams entre à l’université et se retrouve en butte à l’antisémitisme larvé du personnel. Il veut prouver qu’il est anglais comme les autres, et que les valeurs du collège sont les siennes. Même s’il ne chante pas à la chapelle, n’étant pas chrétien, il participe aux activités multiples : il joue du piano dans le groupe Gilbert & Sullivan, s’est inscrit au groupe d’athlétisme.

Il veut surtout réussir la course de la cour de la Trinité, épreuve que nul n’a réussi « depuis 700 ans », dit-on (faute d’avoir essayé ?). Il s’agit de courir autour de la cour de Trinity College dans le temps qu’il faut à l’horloge pour frapper les douze coups de midi. Départ au premier coup, arrivée obligatoire avant le dernier coup. Par esprit de solidarité, un élève, Lord Lindsay, se joint à lui, mais Abraham gagne haut la main. Il est désormais populaire parmi les étudiants et surveillé de près par la direction.

Les professeurs à la tête du collège sont conservateurs des valeurs britanniques et voient d’un œil à la fois intéressé (pour la réputation de l’école) et inquiet (pour la transgression des valeurs) l’étoile d’Abraham monter. Ils le convoquent et le lui disent, le sport pour l’esprit d’équipe oui, la compétition pour gagner « à tout prix », non. Or Abraham s’est adjoint un entraîneur professionnel pour améliorer sa foulée, faisant du sport non plus en « amateur » comme les autres élèves, mais comme une « affaire » – ce qui marque bien son caractère « juif ». Mais cet antisémitisme épidermique ne va pas sans reconnaître l’élite juive : « vous êtes Lévite », dit le principal de Trinity College (John Gielgud), cela vous engage. Les Lévites sont une tribu exclusivement vouée au service de Yahweh, mise à part des autres par Lui. Une sorte de noblesse héréditaire, en somme. Abraham doit lui faire honneur, même si son père est tombé dans « la finance ».

Ils lui opposent l’autre champion d’athlétisme du collège, Eric Liddell, écossais né en Chine de parents missionnaires, et voué à poursuivre leur œuvre une fois ses études à Cambridge terminées. Son grand frère et son petit frère l’encouragent ; sa sœur Jennie (Cheryl Campbell) est trop dévote, dans le sens rituel, pour l’approuver. Elle déclare que cela le détourne du Seigneur et de sa mission. Eric lui rétorque qu’il a été créé « rapide » par Dieu lui-même, et qu’il « sent son plaisir » lorsqu’il court. Ce sont en fait les endorphines dégagée par l’effort qui donnent ce sentiment d’euphorie – mais pour un croyant, tout vient de Dieu, même le plaisir qu’il donne « naturellement ».

La première fois qu’ils courent dans une compétition, Liddell bat Abrahams. Celui-ci le prend mal et se désespère d’un jour s’imposer, mais il rencontre Sam Mussabini (Ian Holm), entraîneur professionnel « mi-italien, mi-arabe », dira-t-il au principal du College pour le provoquer. Abrahams s’améliore et Liddell continue à courir jusqu’à ce qu’ils soient tous deux sélectionnés pour représenter le Royaume-Uni aux Jeux de Paris 1924.

Mais Liddell découvre que la compétition du 100 mètres aura lieu un dimanche. Impossible de violer le repos exigé le jour du Seigneur, et il refuse de participer. Sa foi est intransigeante et ses principes doivent être respectés. C’est alors la réunion au sommet du Comité olympique britannique et du prince de Galles (David Yelland) futur Edouard VIII qui abdiquera en 1936. Une solution amiable est trouvée par Lord Andrew Lindsay (Nigel Havers) qui a remporté une médaille d’argent aux 400 mètres haies. Il propose d’intervertir sa place avec Liddell dans la course du 400 mètres le jeudi suivant. Il accepte avec gratitude ce compromis qui met tout le monde d’accord. Cette controverse de principes entre la religion et le sport font les gros titres des journaux. Liddell prononce un sermon à l’église d’Écosse à Paris ce dimanche-là, en citant d’Isaïe 40 : « toutes les nations avant Lui ne sont rien »…

Abrahams a été battu au 200 mètres par les coureurs américains, mais remporte brillamment le 100 mètres. Liddell l’emporte au 400 mètres. Le Royaume-Uni revient triomphant en athlétisme avec ses deux médailles d’or. Les deux garçons, le blond et le brun, diffèrent par leurs valeurs, leurs modes de vie, leurs croyances et leurs comportements, mais concourent chacun à la gloire du collège et de la patrie. Après cet exploit donné au monde par leur courage et leur engagement, ils peuvent retrouver leur vie courante, la petite amie Sybil (Alice Krige) pour Abrahams, qu’il va épouser, et son travail missionnaire en Chine pour Liddell, jusqu’à sa mort à la fin de la Seconde guerre mondiale dans la Chine occupé par les Japonais.

La musique de Vangélis au synthétiseur et piano donnent au film une dimension parfois mystique, rythmant par exemple les foulées des jeunes coureurs pieds nus à l’entraînement en bord de mer, et justifiant le sourire béat des exaltés de l’espoir.

Meilleur film et meilleurs costumes pour Milena Canonero aux British Academy Film Awards 1982

Meilleur film en langue étrangère aux Golden Globes 1982

Meilleur film, meilleur scénario original pour Colin Welland, meilleure musique pour Vangélis et meilleurs costumes pour Milena Canonero aux Oscars 1982

DVD Les Chariots de feu (Chariots of Fire), Hugh Hudson, 1981, avec Ben Cross, Ian Charleson, Patrick Magee (I), Nicholas Farrell, Nigel Havers, 20th Century Fox 2000, doublé anglais, français, 2h03, €9,50

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L’obstinée animalité en nous, dit Alain

Un jour d’avril 1909, le philosophe allant visiter un zoo s’est retrouvé sous l’orage. « Il y eut une déroute de nourrices et l’odeur de la pluie se mêla à l’odeur des fauves », dit-il joliment. Et de méditer sur ce qu’il a vu.

C’est la puissance des bêtes analogue à celle de la nature. Chacun suit sa voie tel qu’il est conçu. « Vous avez remarqué combien tous ces êtres sont puissants, définis et fermés. Bien loin de donner l’idée de quelque chose d’imparfait et d’esquissé, et comme d’une humanité manquée, tout au contraire ils affirment leur type, et s’y reposent. » Ils sont tels que Nature les a faits et sont contents de l’être. « Chacun d’eux se borne à lui-même, et n’annonce aucune autre volonté que la volonté de durer tels qu’ils sont et de se reproduire tels qu’ils sont. » La sélection naturelle les a affinés pour être adaptés à leur milieu et ils s’y coulent parfaitement, comme s’ils avaient été créés d’un coup pour le milieu actuel.

Ces animaux en pleine possession de leur être nous montrent – et nous rappellent – l’animalité de l’homme. « Il y a une pensée animale, et un animal contentement de soi dont les bêtes sont comme les statues vivantes. » Nous, humains, ne sommes pas différents des bêtes. Nous le voyons au zoo, nous l’observons dans la rue. Si l’on y réfléchit bien : « Combien de mouflons barbus à figure humaine, et combien d’obstinés chevaux et chameaux parmi nous, un peu gracieux et poètes dans leur première jeunesse, mais bientôt pétrifiés, définis pour eux mêmes, et les yeux fixés désormais sur leur pâture, et remâchant toujours le même refrain ; sûrs d’eux-mêmes, sourds aux autres, et suivant leur route, toutes leurs pensées ramassées sur leurs joies et leurs douleurs. » La sélection éducative les a affinés pour être adaptés à leur milieu social et ils s’y coulent parfaitement, comme s’ils avaient été créés d’un coup pour ce milieu social. On ne se refait pas, dit-on.

Seuls les rebelles regimbent. Mais ils ne sont pas la majorité, et c’est heureux, sinon comme faire société ? La rébellion est une étape de la vie, en général à l’adolescence. Certains rebelles sociaux manifestent du génie, et c’est heureux, mais ils sont rares, et c’est heureux aussi, car comment assurer la vie quotidienne et l’élevage des enfants avec des génies ?

Mais, à la différence des animaux, les êtres humains ont une conscience; ils sont donc « libres » dans les limites de leur biologie, de leur entourage, de leur éducation et de leur culture, de leur nation et de leur religion. Mais il n’y a guère que le biologique que l’on ne peut pas changer. Certains s’y essaient en changeant de « sexe », mais c’est un sexe social, les hommes trans ne porteront pas d’enfants, pas plus que les femmes trans ne transmettront du sperme. Pour Sartre, dans La nausée, écrit en 1938, « « le salaud est celui qui, pour justifier son existence, feint d’ignorer la liberté et la contingence qui le caractérisent essentiellement en tant qu’homme », montre-t-il dans La Nausée (1938). C’est « le garçon de café » qui joue un rôle social, avec sérieux et « mauvaise foi ». Il s’invente une identité d’essence, pour s’exonérer du prix de sa liberté que sont ses responsabilités et son angoisse. L’animal « est », enfermé dans une nature, programmé par un code immuable, alors que l’homme « devient ». Il est un être perfectible, plastique, relativement autonome, produit d’une histoire et promis à un futur qu’il lui appartient de choisir à chaque pas.

La nature reflète ses lois ; les animaux reflètent les humains. Ne soyons pas animaux mais soyons hommes. Pour cela, bien observer les bêtes pour ne pas l’être. D’où cette maxime de sagesse énoncée par le philosophe : « Me penser moi-même le moins possible, et penser toutes choses. » Mieux vaut en effet observer autour de soi et en tirer des leçons plutôt que de se contenter de se regarder soi pour se croire exemplaire de l’espèce en général.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Alain le philosophe, déjà chroniqué sur ce blog

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Île d’Ortigia à Syracuse 2

Devant le Duomo, le palais est du XVe rénové au XVIIIe siècle. La cathédrale est l’ancien temple d’Athéna aux colonnes reprises et leurs intervalles murés au VIIe siècle e notre ère. En 1754, Andrea Palma a ajouté une grande façade baroque pleine de mouvement. La nef centrale est l’ancien naos percé de huit grandes arcades de chaque côté. Les colonnes du périptère furent comblées pour faire les murs extérieurs. En 1518, un plafond de bois fut ajouté sur la nef. Nous sommes dimanche et un office interminable se déroule à l’intérieur, bien après midi juste. Nous ne pouvons nous y attarder. Des ados attendent à l’extérieur, assis sur les marches, consultant leurs smartphones ;

A un carrefour près du Lungomare, la source dite d’Aréthuse. Cette nymphe d’Artémis, pour Ovide (Métamorphoses, 4, 494), est aimée par Alphée, le dieu-fleuve. La voyant se baigner nue, il s’éprit de son corps juvénile et la poursuivit, métamorphosé en chasseur. Diane changea Aréthuse en une source souterraine qui jaillit à Ortygie. De l’eau douce y coule encore. La présence d’une source d’eau douce jaillissant au niveau de la mer est un phénomène géologique.

Nous déjeunons libre à cinq à la Trattoria Kalliope avec l’infirmière Mirande et son mari Eloi, et le couple de prof. Ils parlent de leurs voyages, ils en font un grand par an et deux petits depuis des années. Qui dit encore que les profs ne sont pas assez payés ? Je prends une tranche d’espadon sauce au fenouil et menthe, olives noires et câpres. C’est très bon. L’espadon est mariné au citron et à l’huile d’olive avant d’être frit sous le grill, puis arrosé de sa sauce. On le prépare parfois avec une compotée de tomate, poivron et piment, avec toujours des câpres et des olives noires. Deux petites chattes à qui je donne les peaux de poisson me sont très amicales.

Nous avons rendez-vous à 15 heures pour reprendre le bus, direction Neapolis, le quartier neuf antique où sont les carrières.

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Jean-François Deniau, Tadjoura

Décevant ! Jean-François Deniau a beau être aventurier et ancien ministre, élu à l’Académie française, conteur hors pair, il ne parvient pas à faire décoller son « roman ». Car si tous les récits des douze mois sont vrais, ils ont été transposés pour masquer les véritables protagonistes ; Notons que l’un d’eux a été carrément « inspiré » du récit Le Caïd de Loup Durand, paru quinze ans avant.

Douze aventuriers amis réunis en cercle une fois par mois aiment à se raconter leurs aventures passées. Ils ne sont plus de première jeunesse et, s’ils sont tous des hommes, ils songent à introduire une femme – une journaliste baroudeuse, passée par l’Élysée comme conseillère de Mitterrand. Le principe consiste à ne raconter qu’ « une histoire extraordinaire, exemplaire et vraie ». De quoi célébrer l’héroïsme – qui se perd – l’intrépidité, le courage, le service à la patrie.

Une histoire d’amour va surgir, qui finira mal.

Si les récits d’aventures sont captivants, la sauce qui les mêle est décevante. Trop long, trop décousu, peu crédible. L’humanisme est de mise, mais bien fatigué.

Un livre qu’on lit comme on lirait des récits séparés dans les revues, mais qu’on ne relit pas en volume.

Jean-François Deniau, TadjouraLe cercle des Douze mois, 1999, Livre de poche 2001, 288 pages, €4,17

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Île d’Ortigia à Syracuse 1

Notre hôtel est bâti au-dessus des latomies, ces carrières antiques, dans un parc isolé de la rue. Il est très calme, au luxe aristocratique 19e mais avec l’air conditionné en plus et une piscine. Mirande et son mari ont été nager une demi-heure hier soir.

Je lis Les Désarçonnés de Pascal Quignard, trouvé à l’hôtel de Raguse et échangé contre un mauvais Ludlum. Pour lui, tous ceux qui ont fait une chute grave, de cheval pour la plupart, sont nés à nouveau, comme neufs. Ils voient la vie autrement. Le style est aride et pourtant assez prenant. Il y a des fulgurances, des chocs d’événements, d’images et de mots.

Le bus nous emmène sur l’île d’Ortigia, une presqu’île devenue île par le percement d’un canal pour relier les deux petits ports antiques. Cette île est la ville grecque originaire, bâtie en 734 avant par les Corinthiens.

Piazza Pancali, dans l’axe du port, le temple d’Apollon du VIe siècle est devenu église byzantine puis mosquée musulmane et basilique normande ; il n’en reste que des vestiges. Des gens déguisés reviennent de quelque part, peut-être des acteurs de film ; c’est assez cocasse.

Le corso Matteotti, du nom d’un résistant au fascisme, conduit à la piazza Archimède, du nom d’un célèbre inventeur grec qui mourut ici en 212. Perdu dans ses calculs, il n’avait pas répondu à un centurion romain qui, impatient et direct, lui a passé son épée au travers du corps. Place Archimède, la fontaine représente Artémis portant l’arc, entourée d’une famille de tritons, un couple et trois enfants, un garçon, une fille et un bébé ; tous ruissellent fraîchement sous le soleil du climat réchauffé d’octobre. Autour de la place, des palais de banque, celle d’Italie, celle de Sicile.

Au musée Bellomo, galerie régionale, le nom de peintre le plus représenté sur les étiquettes est Ignoto. Il semble l’auteur de la majeure partie des œuvres de la Renaissance. Mais « ignoto » veut tout simplement dire inconnu en italien. le guide nous compte avec humour cette anecdote de touristes ignorant.

Une Annonciation d’Antonio da Messina, peinte en 1474 a été abîmée par le tremblement de terre mais reste terriblement vivante. Deux colombes fusent vers la Vierge depuis la fenêtre, laissant derrière elles un trait de feu. Comme si le message venait directement du ciel et non pas de l’archange Gabriel qui se tient face à elle. La plus avancée des colombes est blanche, celle qui la suit de près est noire. Est-ce le symbole de la vie qui va naître, puis de la mort programmée de Jésus ?

Un gisant de chevalier en marbre sur des drapés exquis trône dans un couloir, celui de Giovanni Cabastida de Barcelone, 1472. Une scène de peste réalisée en céroplastie du XVIIe siècle baroque.

Nous visitons à pied la ville. Place de la cathédrale, un petit garçon blond coiffé en casque fait tomber sa boule de glace au chocolat par terre ; il en est tout marri. Son père le prend dans ses bras pour lui en acheter une autre.

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Comprendre l’emboîtement des choses, dit Alain

Il fait chaud, il fait froid, la nature nous semble hostile alors qu’elle n’est qu’indifférente. Le soleil donne, les orages grondent, l’air froid descend malgré le ciel pur, le rhume vient : les choses s’emboîtent et s’ajustent naturellement, sans aucune intention. Toutes les saisons, toutes leurs causes et conséquences sont « justes et raisonnables », dit Alain. Ou plus exactement « toutes ces forces sont d’aveugles brutes ».

Mais c’est penser en être humain. La nature ne pense pas, elle se déploie. Et il n’y a point de dieux – ou alors qui laissent se dérouler les choses, en suprême indifférence.

Fort heureusement, songe le philosophe. « Si je constatais quelque caprice des dieux, comment pourrais-je vivre après cela ? Ce qui me rassure, c’est cet ajustage parfait, cet emboîtement de toutes choses, ces chaînes entrelacées des biens et des maux ». La liberté s’établit sur la machine ; les choses sont, poursuivent aveuglément leur mécanisme comme la montre tictaque et donne toujours l’heure, et nous les humains comptons là-dessus pour nous y acclimater. Rien de pire que le caprice : on ne peut plus rien prévoir, se protéger, s’adapter – et alors vient la crainte, le repli sur soi.

Les tyrans – et Trompe aujourd’hui – jouent de cet effet psychologique pour imposer leur bon vouloir, leurs caprices de satrapes. Alain ne parle pas de politique dans ce Propos, mais la nature y mène, puisque la nature humaine en fait partie.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Musée archéologique Paolo Orsi de Syracuse

Nous marchons sur les trottoirs de marbre des rues en damier pour trouver le musée archéologique, sis dans la villa Landolina.

De nombreuses salles sont consacrées à l’histoire de la ville et de la région, de l’époque néolithique jusqu’aux Grecs. Il y a pléthore de vitrines de tessons, quelques panneaux explicatifs pour agrémenter. Le site de Castelluccio, la culture de Thapsos avec ses grandes jarres funéraires, la culture de Pantalica fin de l’âge du bronze, la tombe du bronze de Madonna del Piano, les spirales de pectoraux de San Cataldo, puis la colonisation des cités grecques dès le VIIIe siècle avant. Syracuse est la ville grecque la plus importante de l’île, plus qu’Athènes elle-même à son apogée.

La céramique polychrome de Megara Hyblaea, importée puis produite localement, montre des chevaux, des frises de bouquetins, des oiseaux. Quelques statues de kouros du VIe siècle ionien, de très jeunes hommes pubertaires, et d’athlètes adultes, une déesse allaitant du VIe, peut-être une Mère sicule à laquelle on vouait un culte. Une stèle funéraire d’un jeune garçon nu près d’une figure féminine drapée, de la première moitié du IVe est émouvante.

Sont exposés encore des statuettes féminines en terre cuite de style Tanagra provenant de la cité grecque et sicule de Terravecchia (VIe et Ve siècle avant), des vases peints, des armes en bronze du VIIIe siècle de la cache d’Adrano, un petit éphèbe en bronze du Ve, une Méduse de Naxos en terre cuite de la première moitié du Ve. Des vases ossuaires après crémation sont ornés de scènes de guerriers ou de banquets. Une maquette du temple d’Apollon, bâti vers 560 avant, avec ses 6 et 17 colonnes monolithes est reconstituée.

Un dépôt votif aux nymphes a été découvert en 1934 à l’embouchure de la rivière Palma in Contrada Tumazzo. Il contenait des statuettes votives en bois, bien conservées par le milieu anaérobie, des figurines et des poteries de terre cuite. Les trois figures femelles en bois, dressées rigides, sont vêtues d’un péplum dorique et coiffées d’un polos. Elles sont datés de la fin du VIIe ou de la première partie du VIe siècle avant.

Nous ne verrons pas la Vénus Landolina, anadyomène, dont Maupassant a célébré au printemps 1885 les charmes avec un érotisme torride :« la fameuse femelle de marbre », comme il dit, « on la rêve couchée en la voyant debout ». La salle était fermée pour restauration.

Notre hôtel est la Villa Politi, via Maria Politi Laudien, naturellement quatre étoiles. Churchill y aurait séjourné et très bien dormi, selon le ragot colporté par le guide. Le dîner est à 19h30 dans l’hôtel et le menu est un risotto au fenouil, un filet de bar pané aux pommes de terre avec épinards acidulés, et une salade de fruits. Le vin nous est offert car notre horaire a été changé de même que la salle, réservée par un congrès médical.

J’apprends que Jim a passé son bac en 1967. Il est à la retraite depuis bien longtemps, d’autant qu’il avait le droit de partir à l’époque à 60 ans. Quant à Mirande, cela fait plus de dix ans qu’elle est à la retraite, avec deux enfants. Ce couple passe de belles années à voyager et à se gaver de loisirs, en n’ayant travaillé que 37 ans. Cela paraît privilégié aujourd’hui mais c’était la norme à l’époque – pas si lointaine – où les baby-boomers n’étaient pas arrivés encore en masse à l’âge de se retirer.

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