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Géant de George Stevens

Sept jours avant sa mort dans sa Porsche 550 Spyder, James Dean tournait encore ce film. Il jouait le p’tit con devenu tycoon, le petit-blanc orphelin laissé pour compte par les seigneurs éleveurs texans, et devenu roi du pétrole. Tourné en 1955 à la gloire (critique) du Texas, cet État dans l’État, le deuxième plus grand et le deuxième plus peuplé des États-Unis, le film est composé à partir d’un roman d’Edna Ferber, décédée en 1968.

Jordan Benedict, un grand jeune homme (Rock Hudson) héritier de ses père et grand-père du domaine de 258 000 hectares et de 500 000 vaches situé au milieu d’une plaine poussiéreuse, vient prendre poulain reproducteur et femme reproductrice, Leslie (Elisabeth Taylor) au Maryland, pays verdoyant nommé en l’honneur d’Henriette-Marie de France, épouse du roi d’Angleterre Charles Ier Stuart, qui rappelle l’Europe. Texas, Maryland : deux États des mêmes États-Unis, deux cultures différentes. Au Maryland est née la liberté de religion, au Texas la prédation des grands propriétaires et le mythe du cow-boy.

Machisme patriarcal affirmé et brutalité d’un côté, tolérance et droit des femmes de l’autre, cela ne pouvait que faire des étincelles. Autant le premier est conservateur, autocrate et raciste (Républicain à la Trompe), autant la seconde est pour le progrès, la considération pour les autres et attentive aux pauvres (Démocrate à la Clinton). Les Mexicains du domaine de Reata, anciens propriétaires des terres spoliés à la fin du XIXe par les grand-pères blancs, sont considérés comme des sous-hommes et parqués dans des villages insalubres, laissés à l’abandon. Le premier geste de Leslie, une fois mariée et rapportée au manoir comme une proie, est d’aller voir une femme d’employé et son bébé malade au village mexicain, pour les faire soigner. Angel Obregon, c’est le nom du bébé, deviendra un beau jeune homme (Sal Mineo) qui donnera sa vie au pays comme soldat après Pearl Harbor.

L’intermédiaire entre blanc propriétaire dominateur et latinos salariés dominés est Jett Rink (James Dean), pôv blanc en pleine jeunesse (l’acteur a 24 ans), méprisé de Jordan mais bien aimé par la sœur de Jordan, Luz Benedict (Mercedes McCambridge), qui régit le domaine en quasi mâle. Pourquoi ? Parce que le jeune homme serait un bâtard du père ? Parce qu’elle avait une inclination impossible pour lui ? On n’en saura pas plus. Toujours est-il que, lorsque le cheval de Leslie tue Luz qui voulait à toute force le monter et le dompter – comme elle voulait dompter l’épouse de son frère – elle lègue par testament une petite parcelle de terrain à Jett. Jordan propose aussitôt, avec l’aide de son notaire et de ses voisins propriétaires, une compensation en dollars au jeune homme pour lui racheter les terres, mais celui-ci refuse. Il veut être l’égal des autres, propriétaire blanc lui aussi. Il clôt son petit domaine et le nomme même Little Reata. Grâce à la chaussure de Leslie qui s’enfonce dans la boue lors d’une visite qu’elle lui fait, il découvre du pétrole. C’est le pactole. Il gagné désormais plus en un mois que Jordan en un an avec ses vaches.

Jordan et Leslie ont des enfants, des faux jumeaux aînés, Jordan III et Judy, puis une fille, Luz II. Le conflit entre les parents s’étend à l’éducation des petits. Jordan, en macho implacable, veut entraîner son fils « héritier » Jordy III à monter à cheval dès 4 ans, ce qui fait peur au gamin et engendre sa répulsion pour l’élevage du bétail : il veut être médecin et ira contre la volonté de son père. Adulte (Dennis Hopper), il ira même jusqu’à épouser une mexicaine, doctoresse collègue du docteur de l’hôpital du coin. Sa jumelle Luz II (Carroll Baker) sera, une fois grande, favorable à la terre et à l’élevage, mais elle et son mari Bob (Earl Holliman), un peu bête et à la démarche lourdaude de péquenot, veulent leur propre ferme bien à eux, et ne pas dépendre. Jordan s’aperçoit alors que le monde a changé. Lui qui avait refusé, par traditions figées et conservatisme borné, d’autoriser le forage de puits sur ses terres, se convertit au pétrole. Exit les vaches qui nourrissent les hommes, bienvenue à la nouvelle alimentation du carburant pour le progrès.

Quant à Jett, l’argent lui est monté à la tête, lui l’inculte qui vivait dépoitraillé au domaine, désormais en costume, il se croit tout permis. Il organise un grand raout à Austin dans le grand hôtel Emperador (empereur) qui lui appartient, « réservé aux Blancs ». Il invite tous les Benedict, ainsi que le sénateur, le gouverneur et des personnalités du Texas pour célébrer le pétrole et sa gloire. Il drague Luz II et voudrait l’épouser pour intégrer la tradition, mais la différence d’âge est trop grande et, si Luz II a été « reine de la fête », elle éconduit gentiment le milliardaire. Lui se saoule, déjà porté sur l’alcool depuis de longues années pour oublier sa condition. Il ne peut délivrer « son » discours (écrit par un autre) et s’écroule sur la table du banquet, montrant à tous ses limites. L’accès au salon de coiffure a été refusé à l’épouse de Jordy, car mexicaine, ce qui a conduit le jeune homme à provoquer Jett en public, et son père à aller lui casser la gueule – mais surtout sa collection d’alcools dans une arrière-salle, Jett étant trop bourré pour se battre.

Géant est un film d’excès : plus de trois heures en deux DVD, un machisme XXL d’un Rock Hudson d’ailleurs homo mais mesurant 1m96, la démesure du Texas avec ses centaines de milliers de vaches puis son pétrole à gogo. De quoi prédisposer à la mentalité autoritaire de seigneur d’Ancien régime, de voleur de bétail et de prédateur de terres, à la prévalence de la force sur le droit, à la vanité de nantis. Le film a inspiré la série Dallas, ses petits forfaits en famille et son « dirty business » – c’est dire ! « J.R. », les initiales de John Ross Ewing dans la série, sont d’ailleurs les mêmes que celles de Jett Rink, apposées sur les portes de son grand hôtel. Trump et ses affidés reprennent désormais la brutalité et les traditions texanes – un film qui revient à la mode !

Oscars 1957 du meilleur réalisateur pour George Stevens, meilleur acteur pour James Dean et pour Rock Hudson

DVD Géant (Giant), George Stevens, 1956, avec James Dean, Elizabeth Taylor, Rock Hudson, Carroll Baker, Jane Withers, Warner Bros Entertainment France 2005, doublé français, anglais, italien, 3h13 + bonus 45 mn, €4,68, Blu-ray €38,99

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Christophe Guilluy, La France périphérique

Relire dix ans après cet essai d’un géographe sociologue est passionnant. Christophe Guilluy a anticipé les Gilets jaunes comme l’irruption d’Emmanuel Macron, puis la chute de l’UMPS au profit des extrêmes, unis dans le populisme du RNFI. Ce n’est pas rien. Certes, les chiffres donnés dans le livre datent ; mais les tendances affichées se sont poursuivies, ce qui est le principal du propos.

Deux France coexistent, comme dans tous les pays occidentaux développés : les métropoles néolibérales du capitalisme américain mondialisé, où se concentrent les emplois, les richesses, les cadres – et une fraction de l’immigration qui en profite -, et le réseau éparpillé des villes petites et moyennes, des zones rurales fragilisées par le retrait des industries et des services publics. Or, démontre-t-il à l’aide des chiffres de l’Insee, si les deux-tiers du PIB français est produit dans les métropoles, 70 % des communes ont une population fragile, ce qui représente 73 % de la population (tableaux chapitre 2).

D’où le divorce idéologique entre les nomades éduqués à l’aise dans le monde, et les ancrés au terroir faute de moyens, isolés des centres de culture et des universités, qui végètent et craignent les fins de mois. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les partis politiques, ni leurs « programmes » qui font les électeurs, mais bien l’inverse. D’où le déclin (irréversible, selon lui) du Parti socialiste et des Républicains modérés, élite des métropoles, en faveur surtout du Rassemblement national (ex-FN) et, marginalement, de LFI.

Car Mélenchon se trompe de combat, dit l’auteur ; il veut ressourcer la vieille gauche révolutionnaire alors qu’elle n’a plus rien à dire sur les chaînes de valeurs. Les yakas ne font pas avancer la machine, qui déroule ses engrenages nécessaires à partir de l’économie. Les années Covid l’ont amplement montré depuis. Mélenchon joue « les banlieues » comme nouveau prolétariat appelé à faire la révolution, dans une lutte des classes devenue lutte ethnique, alors que « les banlieues » ne sont que des centres de transit avant l’intégration. Un flux constant de nouveaux immigrés arrive, toujours pauvres et pas toujours éduqués aux mœurs occidentales, tandis que, dans le même temps, la génération d’immigration précédente s’en sort par les études et les emplois proches dans la métropole, et déménagent pour s’installer dans des quartiers plus huppés.

« Les banlieues », donc, peuvent connaître des émeutes, mais pas de processus révolutionnaire. « Globalement, et si on met de côté la question des émeutes urbaines, le modèle métropolitain est très efficace, il permet d’adapter en profondeur la société française aux normes du modèle économique et sociétal anglo-saxon et, par là même, d’opérer en douceur la la refonte de l’État providence. » Contrairement aux idées reçues une fois encore, et complaisamment véhiculées par les médias, « si les tensions sociales et culturelles sont bien réelles, le dynamisme du marché de l’emploi permet une intégration économique et sociale, y compris des populations précaires et émigrées. Intégration d’autant plus efficace qu’elle s’accompagne de politiques publiques performantes et d’un maillage social particulièrement dense. » Inégalités croissantes mais, paradoxe, intégration croissante.

C’est plutôt sur le déclin de la classe moyenne et la précarisation des classes populaires que vont pousser (qu’ont poussées depuis la parution de l’essai) les nouvelles radicalités. Les Bonnets rouges de la Bretagne intérieure, les petites villes des plans sociaux, les classes moyennes inférieures des périphéries rattrapées par le logement social des immigrés comme à Brignoles, illustrent les fragilités sociales. Paiement des traites des maisons et endettement, frais de déplacement dus à l’éloignement des centres, et difficultés de retour à l’emploi en cas de chômage. Le piège géographique conduit à l’impasse sociale, ce qui explique la sensibilité des gens à l’immigration. « Dans ce contexte d’insécurité sociale, les habitants deviennent très réactifs à l’évolution démographique de leur commune, notamment la question des flux migratoires. »

D’où la poussée du RN, dans le Nord en raison de la précarisation sociale, dans le Sud en raison des tensions identitaires, dans l’Ouest en raison d’une immigration de plus en plus colorée, donc visible. La pertinence du clivage droite/gauche n’a plus cours ; le populo s’en fout. « Paradoxalement, c’est le vieillissement du corps électoral qui permet de maintenir artificiellement un système politique peu représentatif. Les plus de 60 ans étant en effet ceux qui portent massivement leur suffrage vers les partis de gouvernement. » (J’avoue, c’est mon cas). Le clivage actuel est plutôt entre ceux qui bénéficient ou sont protégés du modèle économique et sociétal, et ceux qui le subissent. C’est le cas par exemple dans les États-Unis ayant voté Trompe, ces « hillbillies », les ploucs de collines emplis de ressentiment revanchard contre les élites qui « se goinfrent » et sombrent dans l’hédonisme immoral le plus débridé (Bernard Madoff, Jeffrey Epstein, Stormy Daniel, David Petraeus, Katie Hill, William Mendoza, Mark Souder, Chaka Fattah, Scott DesJarlais, P. Diddy…). En France, « ouvriers, employés, femmes et hommes le plus souvent jeunes et actifs, partagent désormais le même refus de la mondialisation et de la société multiculturelle. »

Que faire ?

Économiquement : La France périphérique cherche une alternative au modèle économique mondialisé, centré sur la relocalisation, la réduction des ambitions internationales, le protectionnisme, la restriction à la circulation des hommes et à l’immigration – au fond tout ce que fait Trompe le Brutal, et son gouvernement Grotesque. « Initiative de quatre départements, l’Allier, le Cher, la Creuse et la Nièvre, les nouvelles ruralités s’inscrivent dans le contexte de la France périphérique. Si l’appellation semble indiquer une initiative exclusivement rurale, ce mouvement vise d’abord à prendre en compte la réalité économique et sociale (…) En favorisant un processus de relocalisation du développement et la mise en place de circuits courts. »

Politiquement : « La droite a joué le petit Blanc en mettant en avant le péril de l’immigration et de l’islamisation La gauche a joué le petit Beur et le petit Noir en fascisant Sarkozy, stigmatisé comme islamophobe et négrophobe. Les lignes Buisson et Terra Nova qui, pour l’une cherchait à capter une partie de l’électorat frontiste et pour l’autre visait les minorités, ont parfaitement fonctionné. » Mais comme ni droite ni gauche n’ont rien foutu contre l’insécurité sociale et culturelle, en bref la précarisation et l’immigration sauvage, les électeurs se sont radicalisés, délaissant PS et Républicains. Y compris les électeurs français ex-immigrés : « Le gauchisme culturel de la gauche bobo se heurte en effet à l’attachement d’ailleurs commun à l’ensemble des catégories populaires (d’origine française ou étrangère), des musulmans aux valeurs traditionnelles. Autrement dit, le projet sociétal de la gauche bobo s’oppose en tout point à celui de cet électorat de la gauche d’en bas. » On parle aujourd’hui de « woke » pour vilipender ce délire gauchiste culturel. D’où le recentrage vers le conservatisme de tous les partis, sauf LFI. Pour garder ses électeurs, il faut répondre à leurs attentes. Or la mondialisation, si elle ne disparaîtra pas en raison des enjeux de ressources, de climat et d’environnement, est désormais restreinte. Le Covid, puis Trompe, l’ont assommée. Les partis politiques doivent donc le prendre en compte et moins jouer l’économie du grand large que les liens sociaux intérieurs. On attend toujours…

Sociologiquement : le mode de vie globalisé à la Jacques Attali, nomade hors sol sans cesse entre deux avions, n’est pas supportable pour la planète s’il se généralisait. Guilluy cite Jean-Claude Michéa, justement inspiré : « C’est un mode de vie hors-sol dans un monde sans frontières et de croissance illimitée que la gauche valorise, comme le sommet de l’esprit tolérant et ouvert, alors qu’il est simplement la façon typique de la classe dominante d’être coupée du peuple. » Au contraire, la majorité de sa population se sédentarise, s’ancre dans les territoires, faute de moyens pour accéder aux métropoles où les loyers et le mètre carrés se sont envolés. Dans un chapitre intitulé « le village », l’auteur montre comment la trappe à emploi a piégé les déclassés en périphérie des métropoles, et agit idéologiquement comme un contre-modèle valorisé de la société mobile et mondialisée. L’enracinement local est source de lien sociaux. « Face à la mondialisation et à l’émergence d’une société multiculturelle Ce capital social est une ressource essentielle pour les catégories populaires, qu’elles soient d’origine française ou immigrée. Des espaces ruraux aux banlieues, ce capital du pauvre est la garantie de liens sociaux partagés. » D’où les revendications identitaires aux Antilles, en Corse, à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie pour se préserver des flux migratoires.

Christophe Guilluy note malicieusement que c’est exactement la même tendance en Algérie ou au Maroc, où l’immigration noire alimente les tensions sociales. Et même en Palestine ! « Si on se détache un instant de ces passions géopolitiques, on ne peut qu’être frappé par la banalité des ressorts du conflit. Territoires, instabilité démographique, insécurité culturelle, rapport à l’autre… les tensions, la cause des tensions sont toujours les mêmes. Pour les Juifs israéliens, la peur de devenir minoritaire est d’autant plus forte que le territoire est restreint et la dynamique démographique, à l’exception des orthodoxes, faibles. Pour les Palestiniens, la question du territoire est d’autant plus vitale que la dynamique démographique est forte. La banalité de cette lutte territoriale et culturelle est occultée par l’instrumentalisation politique du conflit qui ne permet pas de percevoir le caractère universel de ces tensions. En la matière, il n’y a pas à rechercher de spécificité juive ou arabo-musulmane à l’histoire d’Israël. » Et paf ! C’était dit dès 2014.

Un petit essai très intéressant à relire.

Christophe Guilluy, La France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires, 2014, Champs Flammarion 2024, 192 pages, €7,00, e-book Kindle €5,99

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48 heures de Walter Hill

Duo de choc entre Nick Nolte et Eddie Murphy. Ce film a initié la mode des buddy movies, très yankee, et surtout très commercial. Il est sensé amuser pour faire du fric. Beau succès aux États-Unis, sans doute parce que le mot « fuck » est prononcé 48 fois, moins en France. Il faut dire qu’on est dans le macho et le vulgaire, les filles ne sont que des formes langoureuses et des chattes à remplir, les truands des salauds à trucider à grand coups de bastos avant qu’ils ne le fassent, et les bagnoles des jouets à brutaliser en faisant tanguer la péniche et crisser les pneus. Je n’ai pas ri une seule fois.

La scène commence hors d’un pénitencier où les condamnés à plusieurs centaines d’années de prison (la vanité américaine) raclent une ancienne voie de chemin de fer. Arrive un pick-up Ford antédiluvien qui dérape sur le chemin. En sort un Indien musclé qui quémande de l’eau. Un forçat le provoque et ils se bagarrent, le temps de détourner l’attention du garde à fusil et de le descendre, avec un autre en prime. Fuite du malfrat avec l’Indien, complice. Ce sont Albert Ganz (James Remar) et Billy Bear (Sonny Landham). Ils sont logés par la police et deux inspecteurs pensent les serrer avec une pute, mais Ganz en débardeur de laine (!) la prend comme bouclier, à poil, pour descendre les deux inspecteurs trop confiants dans leur supériorité numérique. L’inspecteur de police du San Francisco Police Department Jack Cates (Nick Nolte), un solitaire mal aimé des autres, assiste au désastre sans guère intervenir : bien fait pour eux.

Il est donc chargé par son chef noir de retrouver les deux en fuite. Lesquels vont vouloir récupérer le magot d’un casse, caché par un complice noir, Reggie Hammond (Eddie Murphy), lui-même en tôle. Cherchez le complice et vous aurez les tueurs, ainsi raisonne Cates. Pour cela, rien de plus simple (à la portée d’un cerveau de plouc yankee) : faire de Reggie un collabo – avec pour carotte une permission de sortie de 48 heures. D’où le titre, pas futé, du film.

Dès lors l’action s’enclenche, Reggie connaît le bar favori, un texan où seuls les Blancs sont admis ; il obtient, en jouant le flic trumpien avec la plaque de Jack, l’adresse de la pute favorite dans Chinatown ; laquelle a fait fuiter le mâle juste avant que les flics ne débarquent. Lui Reggie ne pense qu’à s’en faire une de pute, car il n’a pas baisé depuis trois ans (rires gras). Bref, multiples crissements de pneus plus tard, poursuite dans le métro, filature de l’intermédiaire Kelly (David Patrick Kelly) dont la copine a été prise en otage par les deux tueurs (une habitude), poursuite en bagnole d’un bus pris par les malfrats, fusillade… Deux balles dans le buffet pour l’un (un bon Indien est un Indien mort), une autre en pleine tronche pour l’autre (irrécupérable), et tout est réglé.

Flics vengés, justice faite, fric récupéré, Reggie remis en tôle pour la fin de sa (courte) peine. Jack est content, le yankee moyen aussi, le spectateur d’aujourd’hui moins – sauf les Russes, les trumpistes et les zemmouriens. Les temps ont changé et la grosse ironie vulgaire des années post-Nixon ne passe plus autant chez les gens sensés. A voir pour le décalage, beaucoup d’action et de bagarres macho, mais à part ça, une psychologie ras le front de gros lourd.

Grand prix au Festival du film policier de Cognac 1983

Meilleur film au Prix Edgar-Allan-Poe 1983

DVD 48 heures (48 Hrs.), Walter Hill, 1982, avec Nick Nolte, Eddie Murphy, Annette O’Toole, Frank McRae, James Remar,‎ Paramount Pictures France 2000, anglais doublé français, italien, espagnol, 1h36, €5,79, Blu-ray €14,99

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Destination Graceland de Demian Lichtenstein

Prenez le mythe d’Elvis Presley, ajoutez un casse de casino, saupoudrez de scènes de baise torrides et d’une fille accrocheuse, pimentez juste un brin d’un gamin déluré – agitez et faites tirer et sauter à gogo : et vous avez « le » film qui cartonne au box-office. Les beaufs yankees sont ravis, les critiques intellos beaucoup moins.

Michael Zane (Kurt Russell) qui ressemble à Elvis, est récemment sorti de tôle pour braquage raté. Sa route le conduit dans sa voiture rouge elvisienne dans un motel du désert du Nevada, où un gamin de 12 ans, Jesse (David A. Kaye, né en 1988) tente de lui voler un masque d’écrou sur une roue. Il le poursuit jusqu’à trouver sa mère, Cybil Waingrow (Courteney Cox), « Cybil avec un C », qui tombe raide dingue de sa virilité et se donne avec transports. Jesse en profite pour pénétrer dans la chambre où les corps nus pilonnent le lit, et piquer 20 $ dans le portefeuille de l’amant de sa mère, afin de s’acheter une panoplie de cow-boy.

Le lendemain de cette nuit torride, quatre hommes viennent récupérer Michael : Murphy, Hanson, Gus et Franklin. Ils se sont déguisés en Elvis pour feindre de participer à une convention sur le chanteur fétiche au casino Le Riviera de Las Vegas. Le timing est mauvais, l’ascenseur n’est pas bloqué à temps, l’hélicoptère piloté par Jack (Howie Long) qui doit les récupérer a du retard, le groupe de braqueurs doit affronter la sécurité. C’est alors le premier grand guignol de la fusillade durant l’évasion. Franklin (Bokeem Woodbine) est tué, et son corps balancé depuis l’hélico pour faire le ménage ; pas grave, c’est le seul Noir de l’équipe. Aucun respect pour les accessoires.

De retour au motel, Hanson le persifleur (Christian Slater) ne voit pas pourquoi on en partagerait pas la part du mort entre eux tous, c’est la logique. Mais Thomas Murphy le psychopathe (Kevin Costner) n’est pas de cet avis : il n’aime pas Hanson et se plaît à imposer aux autres sa volonté. Il descend Hanson qui l’a menacé. Michael cache le gros sac de dollars dans le faux-plafond, cache habituelle de Jesse qui aime bien piquer des choses, comme le dit sa mère. Le gamin, futé, a tout vu. Il admire les malfrats et joue avec ses revolvers de pacotille. Il faut aller enterrer Hanson dans le désert, dans la voiture rouge de Michael. Murphy n’avait nulle intention de partager les 3 millions de dollars et il descend Gus (David Arquette) et Michael. Au retour pour récupérer le fric, il percute un coyote sur la route, fasciné par les phares, et s’écrase en contrebas de la route, assommé par le choc.

Michael, pas bête, portait un gilet pare-balles et n’est pas mort. Au motel, l’argent a disparu et c’est forcément Jesse. Il fait irruption chez Cybil et le retrouve, puis lui donne 100 000 $ pour qu’elle oublie tout. Mais elle, ce qui l’intéresse n’est pas l’argent, mais le mec : elle refuse et Michael doit finalement emmener Cybil et Jesse avec lui vers le nord dans la voiture de sa grand-mère. Il est convenu de passer la frontière canadienne après avoir changé les billets forcément marqués auprès d’un receleur dans l’Idaho, qui va prendre sa commission de 40 %. Il y a pour cela un mot de passe, écrit sur une carte dans le portefeuille de Michael. Mais celui-ci ne peut pas la fermer et dit tout à Cybil. Laquelle en profite pour voler le portefeuille de Michael (telle fils, telle mère) et s’enfuit dans la voiture. Michael se retrouve avec le gosse et sans un rond. Il vole un SUV et commence à trifouiller le moteur pour le mettre en marche quand Jesse, tout simplement, trouve la clé de contact. Pour faire de l’essence, Jesse toujours futé, vole à son tour le portefeuille d’un gros beauf. Michael sait où aller pour retrouver Cybil : chez le receleur.

Dans le même temps, Murphy s’est remis et réalise que Michael a pris l’argent. Il le poursuit dans l’Idaho avec la voiture rouge de Michael. Cybil a appelé le receleur Jay Peterson (Jon Lovitz) avec un mot de passe trouvé dans le portefeuille de Michael. Murphy se présente chez le blanchisseur avec le même mot de passe. Peterson explique que Cybil a appelé en premier, alors ils l’attendent. Lorsque Cybil arrive, elle prend Murphy pour Peterson, mais le psychopathe l’a descendu avec son assistante. Lorsque Michael et Jesse arrivent, ils trouvent les corps de Peterson et de la fille, que Jesse veut voir pour savoir s’il s’agit de sa mère. Jesse devine que Murphy a la voiture de Michael et, malin, lui dit que puisque c’est sa voiture que conduit Murphy, il peut la déclarer volée. La police l’arrêtera. Pas bête ! Murphy est en effet arrêté à un contrôle, mais Michael aussi, qui a lui même piqué un SUV. Ils se retrouvent dans la même prison du comté et se vannent, tandis que Jesse paye un avocat pour la caution de sortie de Michael. Murphy, de son côté, téléphone à Jack, le pilote d’hélico, pour qu’il fasse de même.

Michael récupère sa voiture rouge et trouve Cybil ligotée et bâillonnée dans le coffre, ainsi que deux fois plus d’argent : celui du casse plus celui que devait donner en échange le receleur, que Murphy a volé avant de le tuer. Il décide de se séparer de ce véhicule trop voyant et en loue un plus discret pour Cybil et son fils. C’est le moment de se séparer, lui va prendre un taxi, malgré le gamin qui s’accroche à son torse, en pleurs. Quant à Murphy, il fait du stop, tombe sur un fan d’un chanteur marginal, le tue se déguise en lui pour passer les barrages de police. Cybil et Jesse qui passent en voiture se font repérer par Murphy. Il les poursuit avec son van bariolé et les fait sortir de la route. Il prend le gamin en otage pour que Cybil retrouve Michael et le fric. Cybil supplie Michael, qui cède, aimant bien Jesse, et sa mère malgré ses mensonges.

La rencontre doit avoir lieu dans un entrepôt, où Murphy est venu accompagné d’un tueur expert. Michael est apparemment seul, mais a prévenu la police. Jack sert de messager entre Michael qui a le sac de dollars, et Murphy qui détient le gamin. Mais le sac n’est rempli que de papier journal découpé et d’un scorpion du désert qui pique Murphy. L’équipe du SWAT enclenche alors la grosse fusillade adorée des beaufs yankees, complètement inefficace mais spectaculaire, avec son lot de morts flics – montrant combien ils sont en fait incompétents. Mais « c’est de la bonne télé » comme dirait Trompe. Les beaufs yankees adorent Trompe pour cela. Ils aiment à se faire du cinéma, à se raconter des histoires – tandis que le monde les rattrape (la Chine, le climat, le déclin du dollar, la fuite de l’innovation à cause des cerveaux interdits d’immigrer…).

Murphy a descendu Michael, mais celui-ci a toujours son gilet pare-balles ; il est emmené en ambulance mais Cybil la pique avec Jesse, tandis que Murphy est enfin descendu par la police dans une apothéose de balles, affaibli par le venin du scorpion. Tous est bien qui finit bien, en apothéose rose bonbon yankee. Les trois s’échappent ensemble sur le bateau de Michael, le « Graceland ». Il est suggéré que Michael serait effectivement un bâtard du King, selon un test génétique, et que son « père » lui a donc légué ce bateau au nom de sa résidence de Memphis dans le Tennessee. Jesse, mûri, jette ses revolvers jouets à la mer.

C’est prenant, mais à la limite de la série B.

DVD Destination Graceland (3000 Miles to Graceland), Demian Lichtenstein, 2001, avec Kurt Russell, Kevin Costner, Courteney Cox, Christian Slater, Warner Bros France, anglais doublé français, 2h, €22,90

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Jodi Compton, La 37e heure

L’inspectrice au bureau du shérif de Minneapolis Sarah Pribek quitte sa maison pour aller voir sa collègue, en arrêt maladie après la mort de sa fille, tuée par un violeur qui s’en est sorti, faute de preuves. Son mari, Shiloh, doit rejoindre la base de Quantico en Virginie car il a postulé au FBI et a été accepté au centre de formation. Il a déjà les billets d’avion et a fait sa valise. De retour chez elle après le week-end passé avec son amie, Sarah s’aperçoit que son mari ne s’est pas rendu à Quantico, n’a pas pris l’avion, ni même sa valise ! Il a tout simplement disparu…

Sarah est inspectrice à la brigade des personnes disparues et elle sait que les premières 36 h sont cruciales en cas de disparition. Elle enquête donc selon les principes des cercles concentriques, du plus proche au plus lointain, de la famille et des voisins aux amis et connaissances, du quartier à l’État puis au niveau fédéral. Mais rien : aucune piste, aucun témoin. Tout allait bien, pas de message, pas de signalement. Juste un numéro de téléphone fixe, sans indicatif de zone, griffonné au dos d’un papier.

Inquiète, Sarah décide d’en savoir un peu plus sur la famille de Shiloh, et pourquoi il est parti à 17 ans faire sa vie sans jamais les revoir. Sauf une jeune sœur, sourde, de qui il a été très proche. Shiloh a-t-il été les rejoindre ? A-t-il renoncé au FBI ? A-t-il eu peur de n’être pas à la hauteur ? S’est-il jeté dans le fleuve, qui roule ses eaux puissantes pour échapper aux tourments de l’existence ? Sarah redoute la 37ème heure, la barre des 36 heures écoulées, et les découvertes que l’on peut faire alors.

Un policier original.

L’éditeur indique :« Jodi Compton vit en Californie. Son premier roman, La 37e Heure, a lancé la série mettant en scène le détective Sarah Pribek et a été salué par la critique, dont le New York Times. Lors de sa parution en France en 2008, le roman a figuré parmi les finalistes du Grand Prix des Lectrices de ELLE dans la catégorie roman policier. »

Jodi Compton, La 37e heure (The 37th Hour), 2004, Livre de poche 2008, 347 pages, €1,33, e-book Kindle €6,99

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Détour de Christopher Smith

Harper (Tye Sheridan) est étudiant en droit à Los Angeles et assiste à un cours de pénal sur la qualification de meurtre, d’assassinat ou d’homicide involontaire. Cela l’inspire… Il rend en effet son beau-père Vincent (Stephen Moyer), homme d’affaires sans cesse en voyage, responsable de l’accident de voiture de sa mère, désormais dans un coma irréversible. Harper va la voir chaque jour à l’hôpital, mais son état ne s’améliore pas. Vincent dit qu’il l’aime mais ne va jamais la voir, sans cesse « pris par le temps ».

Le garçon n’a jamais aimé Vincent, cet homme qui lui a ravi l’amour exclusif de sa mère. Il découvre qu’il a falsifié sa signature pour rédiger un testament. A la date du soi-disant paraphe, sa mère était avec son fils à New York, et ne pouvait avoir consenti. Il confronte son beau-père, qui tente d’expliquer qu’ainsi la succession sera plus facile, sans ces délais et paperasses inhérentes à une absence de dernières volontés. Harper ne le croit pas et, à 20 ans, décide d’éliminer le gêneur.

Dans un bar où il boit du whisky en déprimant, il rencontre un mauvais garçon, Johnny (Emory Cohen), dont l’absence de scrupules et l’autoritarisme de décision le séduisent. Johnny propose de l’aider à se débarrasser de son beau-père à Las Vegas, où il doit se rendre pour affaires. Il a une séduisante théorie du dédoublement, une personne qui fait le boulot et l’autre qui reste à la maison, sans que les deux se parlent. Le film va être monté de cette façon éclatée.

Harper sortant de la douche à son lendemain de cuite a à peine le temps d’enfiler un vêtement que Johnny sonne à la porte. Harper dit non, qu’il a renoncé, qu’il était saoul, mais Johnny insiste. Il veut les 20 000 $ promis pour rembourser son dealer à qui il a – sans vérifier parce qu’il est « un crétin » – refilé de la levure au lieu de cocaïne. Il est flanqué de Cherry (Bel Powley), une strip-teaseuse plus ou moins pute, genre no future, qui n’est pas « sa meuf » mais ouvre ses cuisses quand il le lui demande, pour lui ou pour un plan.

Ce que l’on prend pour le début n’est que la suite. Le meurtre projeté a déjà eu lieu sans le vouloir. En se bagarrant avec Vincent, celui-ci s’est empalé sur un grand couteau de cuisine placé exprès dans son bagage à main d’avion pour qu’il soit importuné à l’aéroport. Vincent le découvre, le tient à la main, accuse Harper, et les deux roulent sur la pelouse avant que Vincent ne s’embroche sur le métal et tombe dans la piscine. D’où l’affolement de Harper pour se débarrasser du cadavre, le nettoyage en grand, le sang sur son tee-shirt, la douche, les activités torse nu jusqu’à ce que son copain de fac préoccupé de sexe déboule, puis que survienne Johhny – programmé la veille. Harper s’est engagé et ne peut plus reculer, surtout que son beau-père est déjà cadavre sans l’aide du bad boy. Il hésite, on sent qu’il calcule, puis accepte d’aller à Las Vegas pour son beau-père, sans dire qu’il est déjà mort. Mais il exige que l’on prenne la voiture de son père dans le garage, une puissante Ford Mustang V8 bleue, où il a fourré le corps emballé dans une bâche jaune.

Le voyage vers Vegas s’apparente à un trip. Harper, ce qui est curieux, se contente de conserver son blouson de toile enfilé directement sur son torse, sans aller prendre un tee-shirt ni un quelconque bagage. Il met de même les 20 000 $ dans son slip. Comme si le meurtre l’excitait d’une certaine façon. Quitter son uniforme d’étudiant sage pour assumer sa vraie peau, briser les conventions du droit chemin pour choisir sa propre voie, c’est à la fois une initiation au monde adulte et une tentation libertarienne qui émerge avec Trump.

Harper va se confronter à Johnny pour éviter le pire, expert en mauvais coups et violent avec Cherry. Le cadavre dans le coffre lui pèse et il ne sait comment s’en dépêtrer, mais autant ne pas ajouter des meurtres en plus, comme celui de ce flic noir, un peu trop vantard et imbu de son uniforme. Mais Harper n’est pas un crétin comme Johnny, c’est tout le sel de l’histoire.

Difficile de raconter la suite sans dévoiler l’intrigue. Harper a l’air d’un gamin, malgré son gros nez ; s’il est bien dessiné, il n’a pas la musculature cultivée qui ferait impression sur Johnny. Il trouve Cherry « jolie » et veut l’aider à se déprendre du malfrat tout en lui offrant une nouvelle chance dans la vie, mais sans désirer la baiser ; il se contente de dormir torse nu et pieds nus à côté d’elle. Harper ne se détend jamais, se courbe devant la force mais n’en pense pas moins. Comme il est intelligent – et sait trouver de l’argent – il maîtrise son destin. Il embobinera Johnny sans problème pour le faire accuser à sa place – puisque c’était son intention de perpétrer le meurtre. Tout le film tient au fond à Tye Sheridan, jeune homme banal mais décidé, qui ne rit pas. Malgré une histoire compliquée et un montage déconcertant, le film est finalement captivant.

DVD Détour (Detour), Christopher Smith, 2016, avec Tye Sheridan, Bel Powley, Emory Cohen, Jared Abrahamson, Sibongile Mlambo, L’Atelier d’images 2017, français anglais, 1h33, €3,41, Blu-Ray €11,29

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Destination finale 4 de David Richard Ellis

Un schéma classique, mais toujours efficace : un étudiant bien sous tous rapports, avec la vie devant lui, a une vision, celle d’une catastrophe. Il en fait part à ses amis, qui ne le croient pas vraiment, mais les entraîne hors du danger, suscitant l’ire des spectateurs dérangés. La catastrophe survient, exactement comme il l’avait prédit. Il connaît alors le sort de Cassandre : il porte malheur. C’est le cas de Nick (Bobby Campo), jeune homme gentil et musclé, qui assiste à une course automobile avec sa petite amie Lori (Shantel VanSanten) et ses copains Hunt (Nick Zano) et Janet (Haley Webb). Nick a la prémonition d’un accident de voiture qui envoie des débris dans les gradins, provoquant l’effondrement du stade.

Évidemment, tout se passe comme prédit, mais la bande des quatre est sauvée, avec ceux qu’elle a entraîné à sa suite. Dont Carter (Justin Welborn), un chauffeur de dépanneuse raciste dont la fiancée a péri parce que, selon lui, le garde de sécurité noir George (Mykelti Williamson) l’a empêché de replonger dans les débris pour la sauver. Il n’aurait rien pu faire mais serait mort lui aussi. Mais que peut-on contre l’obstination paranoïaque du plouc empli de ressentiment ?

Évidemment, ceux qui sont sauvés ne sont que des morts en sursis, et Carter le mauvais y passe en premier. En voulant se venger du Noir, une suite d’enchaînements mécaniques le jette à terre, enchaîné derrière sa dépanneuse dont les freins sont desserrés, et cramés par le bidon d’essence qu’il avait apporté pour jouer au Ku Klux Klan. Il périt, lui le Blanc raciste, comme les Noirs lynchés par ses semblables texans. Nick et ses amis se demandent quel est l’ordre de la liste à périr. C’est ensuite le tour du garagiste.

Évidemment, Hunt n’y croit pas. Jeune, bien bâti, sexuellement au top, il sent la vie devant lui et balaye ces superstitions malgré les récits sur Internet. Il périra en second, par où il a « péché ». Bien que Nick cherche à le joindre sur son mobile pour le prévenir d’éviter à tout prix l’eau, ainsi qu’il l’a vu dans un cauchemar, Nick sort en slip de la cabine où il a baisé longuement une fille jeune. Il marche, avantageux, lorsqu’un gamin obèse et balourd lui flanque une giclée dans sa paire de pectoraux soigneusement cultivés, que le môme rêverait sans doute d’avoir, en mimétisme homo-érotique. Le jet symboliquement spermatique fusille le téléphone et Hunt est furieux. Il crève… le matelas du gros gamin, lui pique son flingue à flotte et le balance dans les profondeurs sans regarder s’il sait nager. En jetant le pistolet à eau en plastique derrière une cloison, il actionne sans le savoir le levier de vidange de la piscine, dont le trou aspire violemment tout ce qui passe à portée. Jouant toujours avec sa pièce « porte-bonheur », il fera son malheur. Ladite monnaie tombe à l’eau et le jeune fat plonge pour la retrouver. Il se fait aspirer par le fondement, sans pouvoir s’en dépêtrer, au point de se vider par le cul. Gros plan sur le foie, les viscères – et la pièce – que régurgite le système bête et méchant, programmé pour bien faire son boulot.

Lori et Janet veulent absolument voir le film d’horreur catastrophe dont « tout le monde parle ». Nick prévoit qu’il va y avoir un accident et tente de les sauver mais Janet refuse, en conne américaine persuadée de son bon droit féministe de n’écouter qu’elle-même. Quant à Lori, il l’entraîne avec lui, mais l’explosion du cinéma (tout saute toujours à Hollywood) fait s’éventrer l’escalator et la fille est entraînée dans les engrenages à cause d’un lacet de basket mal attaché (toujours la flemme ado typiquement yankee). En réalité, lorsque les filles vont au ciné, Nick se précipite au centre commercial et parvient à éviter la catastrophe ; il les sauve.

L’homme au chapeau de cow-boy qui a dû changer de place sur les gradins est blessé à l’hôpital : c’est le prochain sur la liste. Il se prend une baignoire pleine du plafond, laissée se remplir par un infirmier insouciant. Puis George, fataliste depuis l’accident de sa femme et de sa fille, se fait faucher par une ambulance. La mère de deux kids turbulents (qu’on laisse faire), a été remarquée par Nick parce qu’elle sortait de son sac des tampons hygiéniques féminins pour mettre dans les oreilles de ses fils, assourdis par le vacarme de la course. Il avait trouvé ça marrant ; la femme l’avait suivi lorsqu’il avait dit qu’il fallait sortir. Elle est aussi sur la liste – on ne sait pas ce qu’il est advenu des kids, qui devraient y être aussi. Elle périt en sortant de chez le coiffeur, où un ventilateur tombé du plafond a failli la décapiter, et après une chute de siège jamais réparé. C’est en fait le palet jeté par l’un des gamins sur la pelouse en face, pour viser un panneau, qui est éjecté par la tondeuse du beauf clopeur qui remplit sa machine sans faire attention, qui finit par l’éborgner à mort ; elle venait de dire à ses gamins qu’elle allait garder l’œil sur eux…

Deux semaines plus tard, c’est leur tour. Ils se rejoignent au café pour fêter leur avenir après avoir leurré la Mort. Nick s’aperçoit qu’un échafaudage est mal étayé et prévient, mais l’ouvrier (noir), fataliste, dit qu’on doit le réparer. De fait, il s’écroule, et un gros Truck massif est forcé à faire un écart pour l’éviter, éventrant la vitrine du café dans lequel les trois qui se croyaient sauvés sont écrabouillés. Les filles parlaient chiffons et achats, comme des têtes de linotte, tandis que Nick pensait que tout avait peut-être été prévu pour cet instant précis.

Humour noir, contraste entre la jeunesse éclatante et la perspective mortelle, fatalité biblique – ce film en particulier dans la série point les défaillances humaines. La bêtise, le laisser-aller, le ressentiment, l’insouciance, la frivolité, tuent plus sûrement que les bêtes machines. Celles-ci n’échappent aux humains que parce qu’ils les laissent faire. Ils oublient de serrer le frein, laissent un bidon d’huile ou d’essence ouvert en équilibre, font se côtoyer des explosifs avec un tas de sciure, négligent de ranger une paire de lunettes-loupes au soleil, ne font pas attention aux instructions du lavage automatique, ne réparent pas le banc du circuit, ni l’échafaudage, ni le siège du coiffeur…

On ne peut rien contre la Mort, qui surviendra, inéluctable pour tous les vivants ; on ne peut rien contre le destin, suite de hasards et de nécessité ; mais on peut agir en adulte responsable et faire attention. Ce n’est pas le cas des personnages qui périront écrabouillés, transpercés, cramés, happés, cloués, aspirés. Le moins bon mais le plus rentable des films de la série.

DVD Destination finale 4 (The Final Destination), David Richard Ellis, 2009, avec Bobby Campo, Shantel VanSanten, Mykelti Williamson, Nick Zano, Haley Webb, Metropolitan Film & Video 2010, 1h18, doublé anglais, français, €26,80, Blu-ray €13,00

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Les films Destination finale précédents déjà chroniqués sur ce blog :

https://argoul.com/2024/12/01/destination-finale-de-james-wong/
https://argoul.com/2024/12/04/destination-finale-2-de-david-richard-ellis/
https://argoul.com/2025/02/23/destination-finale-3-de-james-wong/

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Ça va faire un tabac – Thank you for smoking de Jason Teitman

Désopilant film anti-woke (quand on n’en parlait pas encore) et qui perce la mentalité américaine : vivre pour le fric, avoir toujours raison. Le lobbyiste Nick Naylor (Aaron Eckhart) œuvre pour les grandes compagnies de tabac. Puisque que la médecine a lancé des alertes sur la relations entre fumer et avoir un cancer du poumon, l’industrie a créé l’Academy of Tobacco Studies. Des scientifiques (stipendiés) et des avocats (bien payés) travaillent à prouver que la cigarette n’est pas addictive et qu’elle n’est qu’un élément parmi d’autres de la mauvaise santé.

Nick se contente de parler pour semer le doute dans la tête des gens. Il use de la dialectique, de l’évitement, de l’attaque en revers, de l’humour, pour prouver que chacun est libre de choisir, que les vérités sont relatives, que la première cause de mortalité aux États-Unis est le cholestérol et pas la nicotine. De mauvaise foi, mais en mettant les rieurs de son côté, il accuse le sénateur au prénom d’oiseau Ortolan K. Finistirre (l’ineffable William H. Macy) d’être un tueur parce qu’il défend son fromage, le cheddar du Vermont. De même, va-t-on apposer une tête de mort sur les avions Boeing parce qu’ils se crashent de temps à autre ? Ou interdire General Motors à cause des accidents de la route ?

Lui-même a été fumeur, mais ne fume plus. Il n’encourage pas non plus son fils de 12 ans Joey (Cameron Bright) à devenir fumeur : il fera ce qu’il veut, en toute connaissance de cause, dès sa majorité à 18 ans. Mais il est conscient d’être marchand de mort. Il réunit en cercle les deux autres, Bobby Jay Bliss (David Koechner) lobbyiste des armes à feu, et Polly Bailey (Maria Bello), lobbyiste de l’alcool. Ils se sentent entre eux, mal aimés, mais « faisant leur boulot », spécialisés à convaincre.

La scolastique est une manière usuelle de complexifier le discours pour mieux couper le peuple du monde des idées et embrouiller les esprits. Nick l’explique à son fils, qu’il ne voit que le week-end, étant divorcé, mais qui l’admire et le comprend parfaitement. Lui-même, à 12 ans, saura détourner le débat à son avantage devant sa mère, et la convaincre de le laisser accompagner son père en Californie, où il doit persuader Hollywood de réintroduire la cigarette dans des films.

Avec Jack, le producteur (Adam Brody), ils imaginent Brad Pitt nu faisant l’amour en apesanteur (pas facile !) à une belle fille nue elle aussi, dans une capsule spatiale fonçant entre les galaxies – dans le futur. Et allumant une cigarette après l’amour, s’enveloppant de fumée car on aura trouvé comment enlever toute nocivité au fait de fumer. Le rêve comme pansement au présent, le futur comme acceptabilité du fantasme. Nick a réponse à tout ; s’il n’a pas toujours raison, les autres non plus.

On le voit, le thème est traité avec humour. Notamment lorsque le cow-boy Marlboro (Sam Elliott) atteint d’un cancer, se voit offrir par le lobby du tabac une valise pleine de dollars. Moralement, il veut refuser ; pratiquement, il ne peut qu’accepter. Pour le convaincre, sur ordre de son patron le Capitaine (Robert Duvall), Nick lui dit comment il procéderait : convoquer la journaliste accrocheuse Heather Holloway (Katie Holmes) – qu’il connaît bien parce qu’il couche avec elle – dénoncer la corruption, puis saisir dans un geste théâtral la valise, l’ouvrir pour montrer combien elle est pleine de beaux billets de 100 $, puis jeter le tout par terre en jurant de donner le tout à une association de lutte contre le cancer ! Prêcher le faux pour savoir le vrai : le cow-boy ne fera pas ce qui est moral, il gardera pour lui le fric et ne dira rien de sa maladie. Comme tout le monde le ferait : « tout le monde a toujours un prêt à rembourser ». Mimer ce qu’il pourrait faire lui permet d’aller contre…

Il y aura quelques péripéties, comme cette menace de mort envers lui à la télé, suivie d’exécution où il est enlevé, dénudé et patché de partout à nicotine. Il s’en sort… parce qu’il a été fumeur ! Comme le chat de la chanson allemande, il est toujours vivant, et toujours rebondit face caméras et devant son boss, le borné ex-soldat du Vietnam BR (J. K. Simmons), ce qui laisse son fils Joey en admiration devant lui. Comment être papa tout en exerçant le pire métier du monde ? En faisant bien son boulot et en oeuvrant à rembourser son prêt… Telle est l’Amérique.

Inspiré du roman Thank You for Smoking de Christopher Buckley publié en 1994, traduit en français par Salles fumeurs, le film se moque du puritanisme politiquement correct yankee en montrant l’absence totale de scrupules du marketing, de la corruption, et l’hypocrisie amorale du système sous les grands mots et les émissions de télé. Un film meilleur et plus subtil que son thème le laisse présager.

DVD Ça va faire un tabac – Thank you for smoking, Jason Teitman, 2006, avec Joan Lunden, Eric Haberman, Aaron Eckhart, Mary Jo Smith, Todd Louiso, Aventi Distribution 2014,anglais, français, 1h28, €6,30

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Fredrick Brown, La nuit du Jabberwock

Le Jabberwocky est un poème du diacre Charles Lutwidge Dodgson, dit Lewis Carroll, qui conte le combat d’un jeune homme contre le Jabberwock, créature de cauchemar. Il est paru en 1871 dans son roman De l’autre côté du miroir qui fait suite à Alice. A cette occasion, il invente une langue, tord l’actuelle, anticipe le surréalisme. Tous les chapitres sont précédés d’un paragraphe de ce poème. Le premier commence ainsi :

« Il était reveneure; les slictueux toves

Sur l’allouinde gyraient et vriblaient;

Tout flivoreux vaguaient les borogoves;

Les verchons fourgus bourniflaient. »

La nuit est celle du directeur de journal local d’un bled paumé américain, Carmel City, où vont se précipiter d’un coup divers événements, alors qu’habituellement il ne se passe rien. Doc Stoeger (qui n’est pas docteur « en médecine ») a 53 ans ; il aime boire du whisky et ne s’en prive pas, rendant émoussées ses facultés et floues ses perceptions. Ce jeudi soir, l’hebdomadaire est bouclé avec trois heures d’avance ; il sera édité le lendemain. Rien de spécial à annoncer, et Doc rêve d’un bon scoop.

Il ne va pas être déçu. Lui sera le personnage principal de cette histoire qui, malgré ses péripéties variées, a une unité. Commencé comme un roman fantastique, avec l’irruption d’un petit personnage tout droit sorti de chez Alice au Pays des Merveilles, l’histoire va virer au roman policier, avec une intrigue bien tordue et de l’action en veux-tu, en voilà.

Le rédac-chef croit ce soir-là tenir in extremis avant bouclage des nouvelles fraîches à insérer dans son canard, le Carmel City Clarion (le Clairon de Carmel-ville), mais, à chaque fois, on l’empêche. « Je songeai, soudain, à tous les papiers que j’avais dû supprimer ce soir. Le cambriolage de la banque, pour des raisons évidentes autant qu’excellentes. L’accident de Carl, parce que c’était bien peu de chose et que si cela s’était ébruité ça aurait nui à sa réputation d’avocat. L’accident au département des chandelles romaines, parce que le mari de Mrs Carr aurait risqué de perdre son emploi. Le divorce de Ralph Bonney… enfin, celui-là n’était pas précisément supprimé, mais réduit à un entrefilet. L’évasion de l’asile de Mrs Griswald, parce qu’elle m’avait donné des biscuits autrefois et ne voulait pas faire de peine à sa fille. Et même la vente de charité à l’église baptiste, pour la simple raison qu’elle avait été annulée » p.106 (pagination J’ai lu 1975). Pas simple d’être journaliste dans une petite ville où tout le monde se connaît et réclame des faveurs ; on ne peut être un « salaud » et ne penser qu’à sa carrière en publiant malgré tout.

Aussi, lorsqu’un certain Yehudi Smith sonne à la porte – autrement dit personne, le prénom et le nom étant réputés à cette époque-là signifier Lambda Machin – Doc Stoeger est réceptif. Il doit disputer une énième partie d’échecs avec le jeune Al Gringer, 22 ou 23 ans, Homme mystère de la ville, mais qui joue bien aux échecs et connaît très bien Lewis Carroll. Doc a commis deux opuscules sur cet auteur jadis, et il est fan. Smith lui propose d’aller avec lui à une réunion de la société secrète des Sabres verzibafres, du nom d’un vers du poème Jabberwocky, dans le grenier d’une maison abandonnée. Doc la connaît bien, il y a joué enfant. Il a été « choisi » par l’assemblée au vu de ses références sur Carroll. Le petit gros au long nez siffle le whisky d’une façon originale, direct dans le gosier avec le verre à une dizaine de centimètres. Une performance ! Doc se promet d’essayer, avec une serviette sur lui pour éponger les erreurs.

Le polar est ainsi étoffé de traits d’humour de cette sorte tout au long. La soirée est déjà avancée, mais la nuit sera courte. Avisé de l’accident de son ami Carl, Doc va quitter un moment le petit homme, qui va faire un somme – en attendant son retour. Il va rencontrer deux malfrats en cavale qui vont l’obliger, avec son ami barman Smiley, à monter dans leur bagnole pour aller se faire zigouiller dans la forêt. Smiley va les en sortir et, aidé d’un revolver « de banquier » que Doc avait pris sans y penser (et sans savoir tirer), va faire exploser la tire des voyous. La police va mettre la main au collet du seul rescapé, blessé, et mettre le veto sur toute information avant que la bande soit serrée au complet.

Revenu chez lui après ces épreuves, Doc se ressert un whisky (de l’infâme bourbon yankee), et se prépare à écouter le fameux Yehudi Smith, qu’il le trouve désormais sympathique. Les voilà partis pour la réunion, où en fait ils seront seuls, même si le bruit d’une voiture est monté jusque dans le grenier où ils sont parvenus. Autant commencer sans les autres. Sur un guéridon comme dans Alice, un flacon à l’étiquette mentionnant BUVEZ-MOI, et une petite clé. Le Yehudi met la clé dans la poche de Doc et s’empare du flacon, qu’il avale. Il tombe raide mort… Doc prend la voiture qui les a amenés, mais ce n’est plus la même. Aurait-il bu trop de bourbon ? Il s’aperçoit que c’est la sienne, mais ne s’en formalise pas vraiment, bien que les deux pneus qu’il avait trouvé dégonflés le matin, ce pourquoi ils ont pris la voiture de Smith, sont regonflés à neuf.

Il se rend à la police, où le shérif Kates l’a toujours détesté comme fouille-merde, trop vigilant sur ses erreurs. Il surveille Doc et dit à son adjoint d’aller voir au grenier de la vieille maison. Évidemment, il ne trouve rien : ni bougie sur la rampe du grenier, ni guéridon, ni cadavre. Doc aurait-il rêvé, dans les brumes de l’alcool ? Pire : sa petite clé, fourrée dans sa poche par le Yehudi, est celle de son coffre de voiture… qui recèle deux cadavres baignant dans leur sang : celui d’un industriel parti chercher la paye, et celui du shérif-adjoint. Doc ne se souvient de rien : serait-il un tueur fou ?

En quelques heures jusqu’à l’aube, Doc Stoeger va être obligé de cogiter selon la logique formelle différente de la nôtre de Lewis Carroll (mathématicien à ses heures) pour comprendre le piège dans lequel il est tombé, rameuter ses amis et forcer les preuves qu’il s’agit bien d’une intention de nuire de quelqu’un avec un fameux mobile.

Littéraire, drôle, bien conçu, ce roman policier fantastique se lit très bien. Son auteur, Fredrik Brown, décédé en 1972 à 65 ans en Arizona (trop de bourbon) a commencé à travailler à 16 ans, au lieu de cogiter sur la planète à en devenir timbré, comme le tueur au couteau de Nantes.

Fredrick Brown, La nuit du Jabberwock – Échecs et malt au Pays des Merveilles (Night of the Jabberwock), 1951, Rivages noir 2021, 240 pages, €8,30

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Pourquoi Russie et États-Unis se suicident-ils ?

Depuis quelque temps, nous avons l’impression que Russie et États-Unis courent vers l’abîme. Sans le vouloir ? Sans le savoir, sûrement. Par bêtise, aveuglés par une idéologie régressive, frileuse, pire que conservatrice : réactionnaire. Rassurons-nous (c’est une antiphrase), la France aussi est tentée – voire l’Europe, encore que…

La Russie, malgré ses richesses naturelles, n’a pas développé son économie – pas plus que l’Algérie. C’est ce que l’on a appelé la malédiction du pétrole (aujourd’hui « des ressources naturelles »). Trop de richesses en sous-sol rend paresseux, rentier, conservateur – et encourage la corruption par captation de la rente. Pas d’initiative, pas de risque, restons au pouvoir pour rester riches. Mais, comme l’économie russe est fortement dépendante des exportations de ressources, elle est vulnérable. Tant aux fluctuations des prix des matières premières sur les marchés internationaux qu’aux sanctions. Pire : vulnérable à la transition énergétique qui fait quitter le fossile pour le durable. Pétrole, gaz, ce n’est plus l’avenir radieux, c’est au contraire broyer du noir.

La démographie russe décline (148 millions d’habitants en 1991, 143 aujourd’hui, autour de 125 millions en 2100 (contre 420 millions estimés pour les USA), taux de natalité faible faute d’espérance sur l’avenir et de participation des citoyens à l’activité de l’État (contrairement au communisme jusque dans les années Brejnev) – et taux de mortalité élevé en raison du délabrement des systèmes de santé, des maladies cardiaques et infectieuse (Sida, tuberculose), du tabac et de sister Vodka, la drogue populaire russe. L’espérance de vie moyenne en 2010 est de 69 ans à la naissance, soit 9 ans de moins que la moyenne de l’Union européenne, ou des États-Unis. Le marché du travail a en conséquences moins de capacités, le niveau d’éducation stagne, voire régresse, faute d’ambition sociale brimée (no future), de menace de mobilisation (environ 1 million de cerveaux bien formés ont fui la Russie de Poutine depuis 2022), et les retraites sont menacées. Les Ukrainiens, qui formaient la majorité des immigrés en Russie avant la guerre n’ont aucune intention de poursuivre…

La corruption est un problème endémique russe, affectant tous les niveaux de la société et de l’économie. Cela mine la confiance dans les institutions publiques et entrave le développement économique. Le pouvoir est concentré entre les mains d’une petite élite mafieuse. Les oppositions politiques, le simple débat et l’existence de médias indépendants sont réprimés, sanctionnés, emprisonnés, voire tués sans autre forme de procès. En raison de cette instabilité politique et d’absence d’ascenseur social, et malgré ses avancées dans certains domaines technologiques, notamment pour l’armée, la Russie reste dépendante des importations de technologies avancées dans les secteurs de l’électronique, de l’informatique et de la défense. D’où les infrastructures russes, y compris les routes, les ponts, les réseaux ferroviaires et les systèmes de distribution d’énergie, vieillissants, nécessitant des investissements importants pour être modernisés.

C’est alors que la Russie encourage le nationalisme régressif pour évacuer l’étouffoir politique (comme en Algérie et en Chine). Agiter une idéologie slavophile et réhabiliter le grand empire « de Staline » permet de mettre sous le tapis les problèmes politiques internes au profit de l’Ennemi, accusant la CIA, l’Otan, les Occidentaux, la Géorgie, l’Ukraine, de vouloir grignoter du territoire. Évoquer un retour au « nazisme » permet de souder la population dans le souvenir de la GGP (« Grande » guerre patriotique). Mais manifestement, Poutine ne sait pas ce qu’est le vrai nazisme, lui qui le pratique au quotidien en affirmant que celui qui le dit y est. D’où les morts et les blessés depuis 2022, on parle de plus d’un million, les ressources gaspillées pour rien et les tensions avec les pays occidentaux et les voisins régionaux. Les sanctions imposées aggravent la chute de l’économie russe, rendent de plus en plus dépendant du gros voisin chinois (10 fois plus d’habitants et une infiltration lente en Sibérie vide de Russes) ; elles accentuent la chute de la démographie…

Ce scénario ressemble bel et bien à un suicide programmé.

Ce n’est pas mieux aux États-Unis.

Les citoyens ont élu – cette fois en toute conscience – un « populiste » (le nom d’aujourd’hui pour désigner un fasciste), qui a encouragé ses partisans à tenter un coup d’État lorsqu’il n’a pas été réélu en 2020, et qui agit depuis comme Mussolini jadis, en bouffon foutraque et arrogant. Il a commencé à insulter et menacer ses proches alliés (Canada, pays européens, OTAN), envisagé d’envahir le Canada, le Groenland et Panama (à la Poutine), avant de monter les « droits de douane » à un niveau extravagant pour tout le monde, surtout contre la Chine… puis de faire marche arrière sous la pression des grands patrons et des marchés financiers. A croire qu’il ne sait pas ce qu’il fait mais se contente de « faire de la bonne télé ». Certains le voient même instable psychologiquement, atteint par la démence de l’âge (79 ans quand même). A autoriser tous les additifs et tous les pesticides sans contrainte, il n’est pas étonnant que les maladies neurodégénératives accélèrent leur processus aux États-Unis. Biden en a fait l’expérience, Trump pourrait en montrer les premiers signes.

Pourquoi cette régression mentale, culturelle, géopolitique ? C’est que l’Amérique s’est massivement désindustrialisée dans l’automobile, le numérique, la pharmacie, la chimie, les machines-outils, l’acier. Les patrons ont délocalisé leur production en Chine (Apple), au Mexique (Ford, General Motors), au Vietnam – ou ont importé moins cher ou meilleur depuis l’Europe (chimie, pharmacie, automobile). Les ouvriers américains en ont pâti, restent au chômage, boivent, se droguent d’antidépresseurs, et l’espérance de vie diminue. Les comptes fédéraux sont criblés par 36,22 Mds $ de dettes et par près de 1000 Mds de déficit commercial (3,1 % du PIB), dont 32% ont, depuis 2001, été creusés avec la Chine.

Jusqu’à présent, la puissance militaire, culturelle et monétaire des États-Unis. a compensé ces vulnérabilités en imposant un soft-power d’Hollywood et des grandes universités, et un pouvoir impérial du dollar comme monnaie de réserve mondiale, en plus d’un privilège d’extra-territorialité de sanctionner quiconque utiliserait la monnaie ou une quelconque technologie issue des États-Unis. (affaire Alstom, puces des F35…). Désormais, sous Trump, les entreprises américaines peuvent corrompre, pas les autres ! La capacité d’innover dans les hautes technologies, le marché du travail souple et résilient, une solide consommation intérieure et la réserve de ressources énergétiques et minérales, faisait la force du pays. Or la remise en cause de la liberté universitaire par l’éléphant « républicain » Trompe va impacter la recherche. Pire, le refus d’accueillir des étudiants étrangers va obérer l’innovation, puisque la plupart des nouvelles technologies ont été inventées – certes dans les labos américains – mais à plus de 50 % par de non-Américains.

Un signe récent : les bons du trésor américain ont subi une véritable hémorragie de ventes malgré leur rendement monté à 4,40%, très au-dessus des prévisions d’inflation à seulement 3%. Leur statut de valeur refuge a été remis en cause par le chaos trumpien, et la confiance des marchés financiers s’est écornée. Parmi les plus gros vendeurs, la Chine : elle détenait 1182 Mds de $ de bons du trésor américains en septembre 2017, ils n’étaient plus que 765 Mds en mars 2025. De même, la part mondiale des réserves de change libellées en dollars est tombée à 57,8%, le pourcentage le plus bas depuis 1995. De nombreuses banques centrales ont choisi de convertir leurs réserves en or, qui a doublé de cours.

Le désengagement de l’Unesco, du FMI, de l’Oms, la fin de l’US Aid et de la radio Voice of America et Free Europe, ont laissé le champ libre aux Chinois et à la propagande russe, et désorganisé les liens des pays avec les États-Unis. Désormais, l’Amérique apparaît hostile, égoïste, belliqueuse – en tout cas plus un allié, ni même un partenaire fiable. On s’en méfie de partout ; les touristes japonais et brésiliens choisissent une autre destination, même les Européens et les Français, pourtant plus acculturés US que les autres avec leurs jeans, leurs casquettes Red Bull et leurs tee-shirt Warriors, leurs mobiles et leurs portables Apple, leurs pompes Nike, leur biberon Coca, leur malbouffe MacDo, leur jargon yankee, leurs films de stars et leurs influenceuses pétasses.

Tout d’un suicide, là aussi…

En cause ? L’idéologie. Plus question de libertés, l’égoïsme autoritaire de nanti. Le trumpisme n’est pas un humanisme, mais « un retour à »… l’Ancien régime : celui du bon vouloir, des privilèges, de la force. C’est cela être libertarien. A la Elon Musk, à la Trump. A la Poutine – sans l’intelligence manœuvrière et collective de Xi Jinping en Chine.

Qui va en profiter ? Et plus vite que prévu ? L’Ennemi désigné de l’Amérique : cette Chine déjà en avance technologique sur les batteries électriques, sur l’automobile, le spatial, le train à grande vitesse, l’énergie solaire, l’ordinateur quantique, et probablement sur d’autres choses – c’est une question d’années. Pendant que les Américains sous Trump virent les étudiants étrangers prometteurs au lieu de les attirer, et ne formaient jusqu’à présent chaque année que 70 000 ingénieurs, la Chine en forme plus de 800 000 (avec 1,4 milliards d’habitants) et l’Europe environ 400 000. Cherchez la Trumperie !

Peut-être devrions-nous, en Europe, en France, éviter ces stratégies perdantes de régression sociale et politique ? Le « populisme », vite autoritaire et réprimant toute liberté, décourage l’avenir.

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La canonnière du Yang-Tsé de Robert Wise

En 1926, une canonnière américaine évolue sur le fleuve Yang-Tsé Kiang pour protéger les intérêts américains, et notamment les missionnaires. Ceux-ci sont idéalistes et aveugles ; ils croient que les relations personnelles pourront les protéger des seigneurs de la guerre comme de la guerre civile entre nationalistes de Tchang Kaï-chek et communistes de Mao Tsé Toung. L’histoire est arrangée pour la gloire yankee, l’histoire réelle est celle des Britanniques contre un seigneur de la guerre du Sichuan dans la région des Trois Gorges cette même année, restée sous le nom d’incident de Wanhsien. S’y colle une histoire d’amour entre un matelot et une sino-américaine, devenue pute par nécessité dans un bordel fréquenté par les marins européens.

Avec le recul, on reconnaît bien là l’impérialisme yankee, sous des dehors de liberté démocratique. Les Chinois sont des coolies, embauchés pour quelques « grattes » afin de faire tout le sale travail du bateau : la cuisine, pelleter le charbon, huiler les machines, le ménage et la lessive. Les Yankees sont les maîtres qui ordonnent et surveillent – pas besoin de faire la guerre de Sécession pour régresser jusque là. Le trublion est le maître de première classe Jake Holman (Steve McQueen), transféré sur le San Pablo (prononcé sand peebles ou galets de sable, d’où le titre américain du film). Lui n’a pas cette habitude d’être servi et entend faire bien son métier en surveillant la machine. Les coolies sont des exécutants, des « singes » qui imitent ce qu’ils ont vu faire, pas des mécaniciens qui comprennent le fonctionnement. Ce pourquoi il va examiner les fonds, puis détecte un jeu dans une bielle qui pourrait mettre en danger la marche du bateau. Le coolie chef nommé Chien (ce qui fait drôle en français…) en perd la face ; il veut se rattraper en réparant et meurt écrasé. Jake, cumulant la réprobation des flemmards esclavagistes blancs et des coolies chinois, est réputé porter malheur.

Le capitaine (Richard Crenna) lui ordonne de former un nouveau coolie chef et Holman choisit Po-Han qui a l’air plus vif que les autres (Mako, d’origine japonaise, d’où sa musculature). Mais sa familiarité avec le Chinois indispose le Yankee de base, en la personne du gros brutasse macho « plouc des collines » Stawski (Simon Oakland). Tous font des paris sur qui pourrait l’emporter du coolie ou du marin. Malgré une boxe ridicule de Po-Han, celui-ci est encouragé par Holman et finit par frapper fort où il faut : dans le bide gras. Le racisme yankee n’en est que plus fort, et englobe Jake qui a soutenu son poulain. Le chef des chefs coolie, car la Chine est très hiérarchique, veut se faire bien voir de l’équipage et envoie Po-Han à terre lors d’une escale où les nationalistes sont virulents. Ils l’attrapent et, sous les yeux de l’équipage tout entier, le soumettent à la torture des Cents morceaux ou lingchi, ce qui consiste à couper des tranches de muscles sur la poitrine jusqu’à ce que mort s’ensuive. Malgré les ordres du capitaine de ne surtout pas tirer pour éviter l’incident diplomatique, Holman désobéit et achève d’une balle de miséricorde son ami qui hurle qu’on l’achève.

L’impéritie du capitaine fait que le San Pablo reste ancré sur la rivière Xiang à Changsha, parce que le niveau de l’eau est trop faible pendant l’hiver. Une foule hostile l’entoure dans de petites jonques mais laisse aller à terre le canot qui porte les dépêches au consulat. Comprenne qui pourra. C’est alors que débute une histoire d’amour entre le marin Frenchy (Richard Attenborough) et une métisse sino-américaine qui parle bien le yankee. Maily (Marayat Andriane, alias Emmanuelle Arsan, autrice immortelle du film porno chic Emmanuelle) est une belle prostituée que tous les Blancs réclament car elle fait moins chinoise que les autres. Elle a des dettes que Frenchy veut rembourser pour la sauver. Mais de gros porcs trafiquants, évidemment yankees, surenchérissent pour la foutre à poil devant tous. Une bagarre éclate, durant laquelle Frenchy, aidé de Jake, enlève la belle pour la mettre en lieu sûr. Il quitte régulièrement le bateau à la nage pour la voir et l’épouser, car les permissions sont interdites, mais le capitaine ferme les yeux. Comme c’est l’hiver, Frenchy attrape une pneumonie et finit par mourir dans le lit de Maily. Les Chinois, qui n’attendaient que cela pour provoquer un incident, cassent la gueule à Holman, tuent la métisse enceinte d’un bâtard blanc, puis accusent le marin de l’avoir tuée. Un procédé typiquement stalinien que Poutine reprend aujourd’hui sans vergogne. Le capitaine refuse de le livrer, malgré l’équipage qui l’exige.

Le capitaine est un officier faible, pris entre des ordres contradictoires. Les États-Unis doivent rester neutres dans la guerre civile, mais défendre les ressortissants américains. Ils ne doivent pas tirer, sauf pour défendre un citoyen américain et, bien-sûr, il y en a partout : des diplomates et leur famille, des commerçants et trafiquants, des missionnaires. Il doit évacuer tous les ressortissants en cas de danger immédiat, ce qui implique les évangélisateurs, même s’ils sont assez naïfs et stupides pour « croire » qu’ils ne risquent rien. D’où les errements du commandement, les ordres non exécutés sans aucune suite disciplinaire, l’indulgence coupable de l’officier envers l’équipage en rébellion. Le capitaine croira se racheter en se sacrifiant in fine pour défendre deux imbéciles qui refusaient sa protection, mais il ne fera que s’enfoncer dans une conception absurde de « l’honneur », complètement inefficace. S’exposer en pleine nuit en uniforme blanc n’est en effet pas très militaire ; s’exposer à découvert avec un fusil face aux murs où se dissimulent les tireurs non plus ; abandonner son navire au nom de l’honneur encore moins.

Jake, Frenchy, le capitaine, les marins, désobéissent aux ordres, en égoïstes typiquement yankees qui font passer leur intérêt personnel avant celui du bateau, de la mission, du pays. Aussi leur respect du « drapeau » apparaît-il grotesque. Est-ce une réaction à la guerre du Vietnam qui fait rage en 1966, lors du tournage du film ? Est-ce plutôt par déni de la réalité et la croyance ancrée en leur « mission », sans aucun souci des conséquences ? Trompe est aujourd’hui la caricature de ce comportement tellement yankee. Maily et Frenchy sont morts, le capitaine est tué, le missionnaire est tué (Larry Gates), l’ami milicien des missionnaires est tué avec tout un tas de Chinois, Jake Holman est tué – se demandant ce qu’il est venu foutre dans cette galère : beau bilan de la mission !

Un film très long, avec un début entièrement noir durant plusieurs minutes et un « intermission » (interlude) au milieu – ce qui est assez ridicule en DVD, convenons-en. Heureusement, Steve McQueen est un personnage de héros tranquille, qui suit son chemin sans en dévier dans le marigot des bourrins yankees, des intrigues à la chinoise et de la faiblesse du commandement. Les paysages, tournés à Taïwan (sur la rivière Keelung) et à Hong Kong (alors indépendant), sont de toute beauté, et le grouillement demi-nu de la foule chinoise bien rendu.

DVD La canonnière du Yang-Tsé (The Sand Pebbles), Robert Wise, 1966, avec Richard Attenborough, Richard Crenna, Candice Bergen, Emmanuelle Arsan, Steve McQueen, ‎20th Century Studios 2002,doublé français, anglais, italien, 2h55, €2,33, Blu-ray 2008, €16,71

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Les cadavres ne portent pas de costard de Carl Reiner

Un film expérimental et drôle, composé principalement de montages de scènes cultes des films noirs américains des années 40 et 50 ! Une parodie où l’on retrouve Lauren Bacall, Cary Grant, Humphrey Bogart, Ava Gardner, Burt Lancaster, Kirk Douglas et d’autres, qui se coule dans une nouvelle histoire. Juliette, une créature de rêve (Rachel Ward) charge le détective privé Rigby Reardon (Steve Martin) de retrouver comment et pourquoi son savant de père, fabricant de fromage a disparu. Son accident de voiture ai fait les gros titres du Los Angeles Times, mais…

Sa fille doute. S’agirait-il d’un meurtre ? Son père le savant avait trouvé une nouvelle moisissure dans son labo qui puait le fromage, établi dans un quartier périphérique où son odeur ne dérangeait pas. Mieux, elle a trouvé une liste de noms sur un fragment de billet de 1$, et voudrait savoir ce qu’elle signifie. Elle trouvera opportunément d’autres indices, clé, nouvelle liste, reste du dollar, qu’elle livrera au détective très mâle qui la subjugue, tout à fait dans le canon viriliste des années post-guerre. Deux listes, Friends of Carlotta (FOC) et Enemies of Carlotta (EOC), sont énigmatiques. Qui est Carlotta ? Une photo autographe de la chanteuse Kitty Collins, dont le nom figure sur l’une des listes, fournirait-elle des indices ?

Retrouvée, Kitty est réticente, mais convoque Rigby dans un restaurant où elle dîne avec des amis, et lâche sa broche papillon dans sa soupe. Le loufiat qui l’emporte est intercepté par le détective au prétexte sanitaire d’une plainte pour trop de bijoux dans les soupes – gag. Il trouve une liste dans le cœur de la broche. Tous les noms sont rayés – éliminés – sauf un, Swede Anderson, que Rigby retrouve, mais il est tué alors qu’il lui prépare un remède anti gueule de bois avec plus de café en poudre que d’eau et deux œufs avec leur coquille, le tout brassé – gag.

Les scènes raboutées des quelques 19 films noirs sont dans leur jus, le scénario du film de Reiner les raccorde immédiatement. Ainsi les dialogues se suivent, fluides, comme s’ils étaient vrais. Rigby appelle son mentor, Philip Marlowe, héros détective de Raymond Chandler, pour qu’il l’aide. Il y aura bagarre, autres gags, rebondissements, déguisement de Rigby en femme, inévitables nazis revanchards, prétexte fumeux de « nouvelle arme fatale ». Carl Reiner joue lui-même le rôle du maréchal Wilfried Von Kluck. Rigby appelle sa cliente Gueule d’ange (Angelface) et elle le suce lorsqu’il a pris une balle – toujours dans le bras gauche selon les conventions ; elle a appris cela au camp de jeunesse, sucer la plaie pour en extraire le venin, et elle ressort avec la balle entre les dents. Par trois fois, comique de répétition.

Quant au détective, il est amoureux mais ses principes l’empêchent de le déclarer à sa cliente. D’où gag lorsqu’il se tient devant elle avant de se laver les dents et presse le tube de dentifrice sans le vouloir, dans un jet spermatique évocateur de son désir… Mais sa faiblesse est surtout d’avoir perdu son père, parti lorsqu’il avait 7 ans avec la femme de ménage. Depuis, les mots même de « femme de ménage » le mettent dans une transe violente où il étrangle quiconque se trouve en face de lui.

DVD Les cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don’t Wear Plaid), Carl Reiner, 1982, avec‎ Steve Martin, Rachel Ward, Carl Reiner, Reni Santoni, Georges Gaynes, Elephant Films 2020, anglais, français, 1h25, €16,90, Blu-ray €14,88

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Le Naour et Le Bihan, Le crétin qui a gagné la guerre froide

Le titre est provocateur, Ronald Reagan ne mérite pas autant d’acrimonie. D’autant que le scénario, qui retrace ses huit années à la Maison blanche, après réélection par un quasi grand chelem des États, montre combien il a su insuffler un projet, communiquer avec des idées simples, et assurer une volonté de contrer carrément une URSS en capilotade. Les parallèles avec aujourd’hui sautent aux yeux.

Reagan était un acteur, pas un bouffon de télé-réalité, c’est ce qui le différencie de Trompe, cet appendice droitissime du parti de l’Éléphant. Mais il était aussi ennuyé que lui par la masse d’informations qui lui étaient communiquées, par les notes qu’il « devait » lire, par la sophistication technocratique des idées. Pour Reagan, seulement des idées simples. Elles seules portent et définissent un cap. Évidemment, pour le Bouffon vaniteux à mèche blonde actuel, le cap n’est pas ce qui le caractérise… Il est adepte du coup de pied dans la porte des manuels de vente (chapitre 1, paragraphe 1 – il n’en a pas plus plus de deux lignes) : si votre interlocuteur avec qui vous tentez un « deal » n’est pas intéressé et commence à refermer sa porte, flanquez un grand coup dedans. Il sera tellement estomaqué (« sidéré » comme on bavasse aujourd’hui), qu’il vous laissera une minute au moins pour défiler votre argumentaire. Lequel pourra l’accrocher s’il est bien ficelé. Avec Poutine le Russe KGB, pas plus qu’avec Kim le Coréen, ça ne marche pas. Ils laissent venir et cause toujours.

Le bon coup de pied dans la porte avec le Russe, ce serait une bonne dose de missiles à longue portée offerts aux Ukrainiens, plus quelques sanctions sur le système bancaire et la traque des contournements d’embargo sur le pétrole. Rien que la menace, comme Reagan fit de la « guerre des étoiles » (qui est restée un mythe), amènerait probablement le Kremlin à mettre des glaçons dans sa vodka. Mais voilà, la Tête de linotte ignare de la Maison blanche ne croit que le dernier idéologue paranoïaque et borné de son entourage qui parle sur le moment. Rien à voir avec Reagan, le regretté Ronald Wilson.

A 16 ans, Ronald a sauvé 77 vies comme maître-nageur ; qu’a fait la jeune Trompe à cet âge, réputé « adolescent difficile » ? Reagan a fait son service militaire actif, pas Trompe, réformé. Comme Trompe, Reagan a fait face à une tentative d’assassinat, et il croyait que Dieu avait épargné sa vie pour qu’il puisse réaliser de grandes choses. Reagan avait cette idée de bon sens que trop de gouvernement est le problème, mais il n’a pas élagué à la tronçonneuse des pans entiers de l’État, ni surtout supprimé l’US Aid ni la radio libre Voice of America, instrument vital de soft power américain dans le monde. Même s’il a licencié les 11 345 contrôleurs aériens en grève illégale selon la loi fédérale. Adepte d’une économie de l’offre, favorisant les entreprises par la dérégulation et les baisses d’impôts pour les particuliers (de 70 % à 50 % pour la tranche la plus haute), il a préféré laisser faire le marché qu’imposer des règles et des normes contraignantes. Ce ne fut pas si mal, le chômage est passé de 7,4 % sous Carter à 5,4 % sous Reagan et l’inflation de 12,5 % à 4,4 % en moyenne sur ses mandats ; les recettes fédérales ont augmenté à une moyenne de 8,2 % par an. Même si l’on est passé ensuite d’un excès à l’autre, aboutissant au krach mondial de 2008.

Il avait une conception simpliste, mais réaliste de « la paix par la force », tirée de l’adage antique si vis pacem, para bellum – si tu veux la paix, prépare la guerre. Pour donner un coup d’arrêt à l’expansion soviétique sur le continent américain, Reagan n’a pas hésité à envahir la Grenade, et à renverser le président pro-soviétique. Il a quitté les négociations « de détente » après l’invasion de l’URSS en Afghanistan, au contraire de Trompe qui n’a de cesse que de mendier la langue pendante pour « dealer ». Reagan : « Il n’est plus question de discuter avec les soviétiques qui, depuis l’invasion de l’Afghanistan, ont montré qu’il ne respectaient pas les règles. La seule morale qui vaille à leurs yeux, c’est celle qui sert leur cause. Ils s’arrogent donc le droit de commettre n’importe quel crime, de mentir et de tricher. Nous ne pouvons le tolérer » p.15. Remplacez Afghanistan par Ukraine et vous aurez la situation actuelle. Mais Trompe n’agit pas comme Reagan au contraire. « America is back » était le slogan de Reagan ; fondé sur la puissance. La resucée de Trompe la laisse en berne, ce sont juste des mots, on attend toujours les actes

Pour contrer les missiles SS20 qui menaçaient l’Europe, Reagan a fait déployer les missiles Pershing, contrairement à Trompe qui veut se désengager d’une Europe qu’il méprise (pour d’obscures raisons d’héritage familial, peut-être). Le vol de la Korean Airlines, avion civil descendu sans sommation par les Russes en 1983, qui fit des morts américains, a poussé Reagan à qualifier les Soviétiques de massacreurs et qu’ils « s’étaient tournés contre le monde et les principes moraux qui guident les relations humaines ». Pas Trompe après les massacres de civils en Ukraine…

Il a surtout communiqué sur le bouclier anti-missiles, qui rendraient les têtes nucléaires soviétiques inutiles, au grand dam de l’URSS, pays économiquement exsangue, pourri de l’intérieur – comme aujourd’hui. La course aux armements a conduit à la fin du soviétisme, de son idéologie morte et de son empire craquelé. Une grande victoire américaine, et pour la liberté. Que fait Trompe ? Tout l’inverse. Il conforte le moribond mafieux au lieu de l’endiguer, et encourage les dictatures à s’emparer de leur étranger proche.

Malgré un dessin peu porteur, des cases trop petites et trop carrées, aucune audace dans le traitement de l’image, cet album remet en selle le président cow-boy qui a rendu sa grandeur à l’Amérique après le désastre du Vietnam en soldant la guerre froide. Son conservatisme n’était pas crispé et paranoïaque comme celui du vice JD Vance, mais plutôt pragmatique, équilibrant idéologie et contraintes politiques. Il a redonné foi au pouvoir de faire de la présidence et rendu aux Américains le respect d’eux-mêmes. Ce n’est pas le cas de Trompe le trompeur, qui agite du vent et se met à dos ses plus proches alliés dans le monde, et délaisse tous les peuples, au nom d’un égoïsme sacré de nanti vaniteux.

Un album utile pour réviser son histoire de façon plus ludique qu’un manuel.

Jean-Yves Le Naour et Cédrick Le Bihan, Le crétin qui a gagné la guerre froide, 2025, Grand Angle Bamboo éditions, 63 pages, €15,90

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Patricia MacDonald, Un étranger dans la maison

Dans une maison chic de Stanwich, dans le comté de Fairmont près de New York, Paul, un beau bébé blond de 4 ans, disparaît au bout du jardin. Il a vu un petit chat. Sa mère l’a rattrapé, mis en garde, a fermé le loquet du jardin mais, lorsqu’elle est partie s’occuper de Tracy, son bébé malade, le petit Paul est obstinément retourné au jardin. Puis il a disparu. Le loquet était mal fixé. Drame habituel des parents qui ne font pas attention.

Anna, sa mère, est effondrée. Elle l’a cherché, elle ne l’a pas retrouvé. La police est bienveillante, en la personne de l’inspecteur Mario Ferraro, mais n’a guère enquêté ; elle aurait retrouvé sinon le béret Popeye du gamin dans un fossé de l’autoroute qui passe à proximité – détail indiqué dès la fin du premier chapitre…

Onze ans plus tard, coup de téléphone de la police : Paul est retrouvé ! Il a désormais 15 ans et a été élevé par le couple Rambo, qui l’a enlevé à 4 ans. Elle était infirmière et, à l’article de la mort, a avoué. Ils l’ont appelé Billy durant toutes ces années. Paul est ramené chez ses parents biologiques, ce n’est plus un beau blond mais un adolescent maigre et mal dans sa peau, mal vêtu et inadapté. Il devient un étranger dans la maison.

Sa sœur Tracy, d’environ deux ans plus jeune, est en pleine rébellion de sensibilité adolescente et un brin jalouse du retour du fils prodigue. Thomas, le père bien musclé, avait fait son deuil du fils et a du mal à se faire à son retour inopiné ; il tente timidement une approche en lui achetant une nouvelle veste. Seule Anna, en névrosée obsessionnelle durant toutes ces années, se met en quatre pour accueillir le rescapé. Elle le surcouve, s’inquiète sans cesse pour lui, angoissée perpétuelle. Paul sent qu’il est peu désiré dans la famille, agacé par les attentions fusionnelles de la femme qui n’est pas pour lui sa mère, et reste méfiant. Thomas n’en peut plus et s’éloigne ; il ne peut plus vivre ainsi avec une épouse qui ne pense encore et toujours qu’à Paul, et Paul seulement.

Mais l’intrigue résiste dans le secret de sa disparition. L’adolescent fait sans cesse le même cauchemar où il est allongé sur un sol froid tandis que surgit un aigle toutes ailes déployées et qu’une ombre gigantesque se penche sur lui pour faire mal. Il fait une fausse route avec un morceau de viande, s’évanouit devant les copines moqueuses de Tracy, se réveille en sursaut la nuit pour aller se recroqueviller dans un coin. Et Rambo, son père adoptif, psychologiquement instable et habité par les voix de la Bible, rôde dans les parages. Il ne veut pas reprendre Billy-Paul, non, mais il a tout vu de sa disparition à l’âge de 4 ans. La police le recherche, il n’a plus guère d’argent, et compte sur le chantage pour se renflouer et partir. Las ! Rien ne se passe comme prévu. Paul, que sa mère a amené à l’aéroport pour saluer son mari parti pour Boston, ne le retrouve pas dans la voiture où elle l’a laissée. A 15 ans, Paul a de nouveau disparu !

Est-ce une fugue de mal aimé, ou un nouvel enlèvement ? Mais par qui ? Pourquoi ? Les voisins Stewart sont obligeants, mais leur couple va mal lui aussi. Iris, l’épouse qui prend du poids, est méprisée par le beau Edward son mari, qui l’a épousée pour ses relations de fille de sénateur et lancer sa carrière. Lui a acquis tous les signes de la réussite, une belle demeure dans le Fairmont, une Cadillac où il a fait monter un aigle doré sur la calandre, des maquettes de bateau qu’il assemble méticuleusement dans le moulin au fond du jardin. Iris veut le quitter et part « en cure » pour maigrir. Edward en profite pour tenter de régler le problème qui le préoccupe de plus en plus depuis que Paul a été retrouvé. La tension monte…

Un bon cru MacDonald, en ces années où les gadgets techniques (smartphone, internet, caméras de surveillance, police scientifique) n’ont pas encore envahi les romans policiers, au détriment des ressorts de l’intrigue et de la psychologie. Un enlèvement d’enfant, les obsessions d’une mère, comment se sentir père, les secrets d’une ambition – tels sont les thèmes remués dans ce roman captivant.

Patricia MacDonald, Un étranger dans la maison (Stranger in the House), 1983, Livre de poche 1988, 253 pages, €8,40, e-book Kindle €9,99

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Les romans policiers de Patricia MacDonald déjà chroniqués sur ce blog

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Martha Grimes, Le collier miraculeux

Un collier qui est un pub dans l’East End londonien et un qui est volé à une soixantaine de kilomètres de Londres, dans un village à la mode. S’il est « anodin » en anglais, il se transmute en « miraculeux » en français – mystère du traducteur. De fait, il est d’émeraude de fine eau, presque bleue, gravée en Égypte. Mais ce n’est pas ce qui importe. Malédiction de l’argent ou pas, il a tué, par deux fois, deux jeunes filles. Une fois à Londres dans le métro, une autre fois à une soixantaine de kilomètres, dans le village. Un chien a retrouvé un doigt, qu’une vieille fille a pris pour un os, avant de hurler et de prévenir « la police ». Qui n’est, dans ce petit village de Littlebourne, que municipale en la personne d’un agent unique, Peter Gere.

Le divisionnaire du Yard Racer arrache le commissaire Jury à son projet de week-end à la campagne, dans la propriété de son ami le douzième comte Ardry, lequel a renoncé à ses titres pour se faire appeler simplement Melrose Plant. Scotland Yard se doit d’enquêter sur ce meurtre sanglant d’une jeune fille, ce cadavre aux doigts coupés à la hache dans la forêt marécageuse où ne vont que les ornithologues fanatiques. L’enquête sera longue et hachée entre Londres et Littlebourne, et suffisamment tordue pour que le lecteur soit content, mais seulement à la fin.

Le sel de ce roman policier est ailleurs. Il réside dans la caricature des bons Anglais vus par une Américaine de l’Ohio, docteur ès lettres. Tout le village y passe – tout le monde se connait, à commencer par l’irascible et insupportable famille de sir Miles Bodenheim, qui se prend pour un Trump de village, imposant ses vues, parlant haut et fort, injuriant tout le monde, à commencer par les fonctionnaires de la poste ou de la police, à se demander pourquoi on les paye. Seule Emily Louise Perk échappe à leur snobisme et à leur mépris, parce qu’elle a 10 ans, pas les yeux dans sa poche ni sa langue, et qu’elle soigne admirablement les chevaux et poneys de ces aristos. Il y a aussi les sœurs Craigie, la forte en gueule qui aime les oiseaux et traque à la jumelle dans la forêt tous les matins la marouette ponctuée, et l’effacée au museau de mulot qui joue les diseuses de bonne aventure lors de la fête du village. Miss Pettigrew tient un salon de thé où l’on cause, la place du village n’étant qu’un estomac de la Grand-Rue, spécialiste des muffins à la carotte ou aux aubergines (!). Polly Praed au regard violet, est autrice de romans policiers d’une banalité déconcertante, mais forte en imagination pour tuer de multiples façons littéraires les quatre Bodenheim.

Chacun a reçu sa lettre anonyme, écrite au crayon de couleur, chaque missive d’une couleur différente, les accusant de diverses incongruités. Est-ce le fait du tueur ? Ou de la tueuse ? Mais à qui profite le crime ? Il se trouve que le secrétaire de lord Kennington a disparu il y a quelques mois avec un collier d’émeraude de grande valeur ; il l’a sans doute volé, après avoir fait main basse sur plusieurs autres bijoux du collectionneur invétéré qui croyait les avoir égarés. Mais où est-il ? Nul ne sait rien, ni du voleur, ni du bijou. Ils se sont comme volatilisés.

Sauf que des indices concordant relient Londres et Littlebourne, et que Jury va enquêter aux deux endroits. Les filles tuées se connaissaient, l’assassinée du bois, pressentie nouvelle secrétaire de la veuve Kennington, vivait à deux pas de la station de métro où la fille de 16 ans a été frappée à mort alors qu’elle jouait du violon pour se payer un jean de marque. Le commissaire va faire la connaissance de la famille Cripps, sortie tout droit de Dickens, avec la mère éléphantesque, pondant un gosse tous les ans et en ayant déjà six, braillards et dépenaillés, jouant sans culotte dans la rue, et le père exhibitionniste que le fils aîné – dans les 8 ans – commence à imiter. Il fera la connaissance au pub Le collier miraculeux d’un maître-sorcier, expert en jeu de rôles, dont une carte dessinée pourrait donner la clé de l’énigme.

En bref, du plaisir ironique, une enquête qui erre un peu mais trouve sa cohérence, un bonheur de lecture. Rappelons, pour la bonne rigueur, que l’ironie est le fait de se mettre à distance pour critiquer les contradictions humaines, tandis que l’humour est un tempérament qui englobe ces contradictions dans une humanité commune. Ce roman policier n’est pas anglais, mais émricain ; il manie l’ironie, pas l’humour.

Martha Grimes, Le collier miraculeux (The Anodyne Necklace), 1983, Pocket policier 2005, 352 pages, occasion €1,82, e-book Kindle

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Patricia Cornwell, Traînée de poudre

Un pavé policier scientifique comme l’autrice en a le secret. Un bon tiers en trop de dialogues au début, dans le stress et la grippe, qui sont plutôt ennuyeux, peut-être « écrits » au dictaphone. Des détails techniques maniaques sur le sang et les traces, qui sont plutôt vomitifs mais qui plaisent à nombre de lecteurs, et enfin une intrigue – tordue comme à son habitude.

C’est que la Cornwell, en bonne américaine fille de prêcheur, divorcée et dépressive, s’est aperçue au fond qu’elle est lesbienne ; elle a affublé de cet écart à la norme la nièce Lucy. De même, devenue paranoïaque dans la vraie vie, sa maison de Richmond ressemble à celle de son personnage, le docteur Kay Scarpetta, un camp retranché muni de diverses armes et alarmes. Patricia Cornwell est devenue riche, a eu beaucoup de succès dans les années 1990, mais le 11-Septembre 2001 la détraquée – comme la plupart des Américains. Cornwell (Daniels sur ses papiers) voit depuis la vie en noir, les étrangers comme des ennemis, les mâles comme des dangers publics, et les désaxés que produit son pays à la chaîne comme des « dysfonctionnements » humains. Quoi d’étonnant à ce qu’elle invente la pire sorte de psychopathes qu’on puisse imaginer ?

Elle prend celui du roman à 13 ans lorsqu’il regarde la mère d’un ami de collège se couler nue dans sa baignoire, après avoir eu des relations incestueuses avec son fils de 15 ans depuis ses 6 ans. Pas de quoi rendre un gamin normal. Mais ce n’est pas le fils, le psychopathe ; c’est son ami de 13 ans prénommé Daniel, qui restera petit et musclé toute sa vie, adorant jouer avec les jeunes femmes jusqu’à les voir mortes. Et reconstituer ainsi la scène primitive de ses fantasmes, celle de la mère dans sa baignoire. Il l’a tuée en la noyant.

Nul ne sait qui est le père de Daniel (on saura à la fin), et sa mère n’a plus de liens avec lui depuis ses 21 ans perturbés. Il est dans la nature et c’est peut-être lui le « Meurtrier Capital » que traque le FBI et Benton, le mari profileur de Scarpetta. Sauf que Benton est progressivement mis sur la touche par son supérieur, Ed Granby, qui semble entretenir une relation trouble avec le fonds d’investissement Double S, dirigé par Dominic Lombardi. Lequel escroque largement ses victimes, dont la dernière trouvée morte, Gail Shipton. Tout comme le fonds d’investissement Anchin a escroqué de plusieurs millions de dollars à l’autrice, si l’on en croit les informations. Shipton vient d’être découverte à 4 h du matin sur un terrain du MIT, ficelée dans un linceul, probablement asphyxiée, avec une mystérieuse poudre colorée répandue sur son corps. Cette Shipton était en relations avec Double S pour un litige de 100 millions de $ et venait de tenter d’escroquer la nièce Lucy, experte en informatique et développement technologique. Laquelle a aspiré tout le contenu de son téléphone avant que la police ne mette la main dessus.

Scarpetta est chef de l’institut médico-légal du Massachusetts et se charge des investigations scientifiques, tandis que le sergent Marino se charge de l’enquête de police. Le meurtre de Gail ressemble tant à trois autres meurtres récents, instruits par le FBI, que Benton s’en mêle, malgré son chef qui le voit d’un mauvais œil. Ses hypothèses fondées sur des observations, et ses théories constituées à partir de cas similaires, ne sont pas prises en considération. Il faudra de solides preuves matérielles, prélèvements, mails, appels téléphoniques, manipulations, pour que la vérité éclate enfin.

L’ADN, « reine des preuves », ne suffit pas, surtout si la banque de données du pays a été falsifiée… Mais qui a intérêt à camoufler un criminel sous l’identité d’un décédé ? Qui veut qu’il tue encore, sur ordre ? Et pour quels intérêts puissants ? La politique ? Les affaires ? Le délire de puissance ? Le meurtrier ressemble à un adolescent, fin et souple. Sportif et excité sexuellement, il court en survêtement moulant Lycra comme s’il était nu, malgré le froid de l’hiver, et est chaussé de « gants de pied » qui épousent le terrain. La police n’a rien vu, mais Benton en retrouve des traces. Kay croit l’avoir aperçu qui la regardait lorsqu’elle venait de sortir son vieux lévrier, avant de se rendre au MIT dans le SUV de Marino qui venait la prendre.

Ce thriller de police scientifique ne laisse pas un souvenir marquant. Il se lit, dans la lignée des Scarpetta tous un peu dans le même schéma : l’esseulement, les malades psychiques, les délires sexuels, le goût de faire le mal, les complots, la méfiance viscérale envers les institutions. En bref, la misère de l’Amérique, qui se croit encore le phare du monde. La première présidence de Tromp était en germe lors de l’écriture du roman, et nul ne doute que Cornwell vote républicain. Les ratés des Etats-Unis, décrits par elle avec dégoût, et auxquels elle n’oppose toujours qu’encore plus de technologie, devaient appeler un mâle fort et surpuissant – un fantasme de Sauveur. C’est cela qui est intéressant dans la lecture de ces romans populaires : voir comment évolue la mentalité du grand pays à peine encore démocratique, qui ne fait que dériver, depuis deux décennies, vers un néo-fascisme impérial et technologique.

Patricia Cornwell, Traînée de poudre (Dust), 2013, Livre de poche 2015, 618 pages, €9,90, e-book Kindle €8,49

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Le nouveau monde trumpiste

Il faut se rendre à l’évidence, depuis le 21 janvier 2025, et plus encore depuis cet incroyable show diplomatique télévisé en direct du 28 février contre l’Ukrainien Zelensky, nous sommes entrés dans un autre monde. Le précédent avait commencé en 1945 et vient de s’achever en 2025 : 80 ans, presque l’âge du 47ème président. Mais ce bouffon vaniteux, expert en télé-réalité, n’est pas ce qui importe. Les autres, ceux qui le soutiennent et l’influencent, sont plus dangereux. JD Vance (ex-Bowman) et Elon Musk sont adeptes d’une idéologie nationaliste, xénophobe, libertarienne. Chacun se fait tout seul et la fédération des États « unis » d’Amérique doit s’isoler du reste du monde pour se garder intacte des influences délétères extérieures. Venues de Chine en production, venues d’Europe en culture.

La Chine, c’est simple : trop de déficit commercial se règle par des droits de douane augmentés, quelques deals géopolitiques retentissants (Panama contre Taïwan), et une incitation « virile » aux entreprises américaines à revenir au bercail.

Pour l’Europe, c’est plus compliqué. Le continent a toujours été le vieux monde pour les Yankees ; ils l’ont même combattu sur leur propre sol avec les Confédérés plutôt acquis à l’aristocratie foncière et l’esclavage de style Ancien régime européen. Mais c’est de l’Europe que sont venues les idées « avancées » des Droits de l’Homme, de la révolution marxiste, du féminisme, et de la sempiternelle repentance pour toute domination sur les autres ethnies depuis l’empire romain. Les pays ouest-européens sont plus « avancés » que les États-Unis sur le droit à l’avortement, l’homosexualité, le mariage gay, les droits des transgenres, le « respect » des minorités – au point que l’on peut croire, vu de l’autre côté de l’océan, qu’il n’y a plus que des minorités agissantes en Europe, et que la majorité reste silencieuse et subit. D’où la colère de JD Vance à Munich, disant que l’Europe était en décadence par l’intérieur. Et de prôner ce que Monsieur Hitler prônait en son temps : nationalisme, xénophobie, promotion de la race blanche et des normes morales pour assurer à la nation beaucoup d’enfants sains et vigoureux. Et de voter pour les partis résolument réactionnaires pour établir une Contre-Révolution.

Tromp 2, c’est un changement de régime, le retour à l’ancien, le revirement des alliances. Exit la démocratie libérale, vive la démocratie autoritaire, illibérale, à la Poutine, Erdogan, Orban. Exit le droit au profit de la force. La dignité humaine, les droits des individus, les contre-pouvoirs, le pluralisme des partis, le multilatéralisme en diplomatie – tout cela est révolu. Si Tromp n’est qu’un homme d’affaires adepte des deals (menacer les plus faibles, se coucher devant les plus forts – pour ainsi toujours être gagnant), les idéologues qui l’entourent voient plus loin. Pour eux, n’est légitime que celui qui détient le pouvoir et qui agit. Toute forme de règle ou de droit doit se plier à la volonté du Dirigeant. Car il sait mieux que vous ce qui est bon pour vous. Un darwinisme social et international comme sous Hitler, Staline, Xi Jinping, Erdogan. Ce qui flatte l’ego de bébé de 2 ans du Bouffon à mèche jaune, vaniteux comme pas un. Il suffit de lui affirmer qu’il est le meilleur, et il le croit. Même Poutine en joue, en affirmant que son « plan de paix » est ce qu’il faut, en ajoutant un « mais » qui le réduit à des mots.

Le projet MAGA, dont l’acronyme est piqué à Reagan, n’a rien de reaganien. Il ne vise pas à contrer l’empire soviétique, mais à s’allier à son successeur, l’empire russe renaissant, lui reconnaître son propre empire pour assurer celui des Amériques, de Panama au Groenland, pour contrer les masses chinoises. Entre Blancs, on peut s’entendre ; pas avec les Mongols. Quant à l’Europe, elle n’existe pas ; elle n’est qu’un projet juridique, jamais achevé, dont l’empilement des normes empêche toute politique claire. Il faut détruire l’Union européenne, laminer l’euro. Seuls des traités bilatéraux avec chaque État en Europe permettra de les garder inféodés à la puissance américaine, via des relations commerciales et des armes – utilisables seulement si les États-Unis le permettent. Un avion américain, s’il n’est pas mis à jour chaque mois, perd très vite de ses capacités ; si le système de communication et de renseignements est coupé, il devient aveugle ; si les pièces détachées venues des États-Unis ne sont pas livrées, il reste cloué au sol.

JD Vance était un pôv Blanc, un Hillbilly à la famille dysfonctionnelle, qui ne s’en est sorti que grâce à sa grand-mère, à l’armée (il a été caporal en Irak… dans le journalisme), et à l’obtention d’une bourse d’État pour aller à l’université. Il s’est fait tout seul et reste en colère contre les élites qui s’en foutent. Sa revanche est son pouvoir – dangereux. Même chose pour E. Musk, enfant chétif et harcelé à l’école, battu par son père et envoyé en camp de survie, inscrit à la boxe pour l’aguerrir, qui a obtenu, grâce à la nationalité canadienne de sa mère, le droit d’étudier aux États-Unis, puis de fonder ses entreprises. Il est d’une mentalité marquée par le machisme, le virilisme, la relation dominants-dominés prégnante en Afrique du sud, qu’il n’a quitté qu’à 17 ans. Il s’est fait tout seul et reste en colère contre les nantis qui l’ont humilié. Sa revanche est son pouvoir – dangereux.

Le vieux Tromp, 78 ans, est une marionnette entre les mains de ces quadragénaires, et celles de quelques autres, Marco Rubio, Ron De Santis, et les membres influents de The Heritage Fondation, ceux de la Federalist Society. Pour ce courant conservateur, le libéralisme issu des Lumières déstructure progressivement la société en faisant la promotion de l’individu, de sa « libération » des déterminismes. Chacun fait ce qu’il veut est antinomique avec le projet de société holistique, prôné par les religions (dont la catholique de JD Vance) comme par l’État fédéral (dont Elon Musk est un fervent partisan pour son ordre et ses subventions). C’est le gouvernement qui doit orienter les citoyens dans la « bonne » voie, pas les individus qui pensent par eux-mêmes.

Quant à l’économie, l’État n’a pas à s’en mêler, sauf à favoriser les « bons » capitalistes, ceux qui innovent et ajoutent à la grandeur de l’Amérique. La liberté de marché doit être radicale, la technologie déterminer le futur et toute réglementation gouvernementale réduite au minimum, voire à néant. Le progrès sera celui que les entreprises feront, pas celui que l’État décrétera. Ce techno-capitalisme ressemble fort à celui qu’Hitler a promu durant son emprise sur l’Allemagne.

Pour ces conservateurs autoritaires, c’est aux églises de définir la morale commune, et à ses collèges de « dresser » les gamins pour qu’ils filent droit, sans drogue, ni sexe, ni rock’n roll. On ne peut que frémir en pensant aux dérives sadiques et sexuelles survenues à Bétharram et, semble-t-il, dans de nombreux autres collèges catholiques en France, sans parler de ceux d’Irlande ou du Canada, ou d’Espagne sous Franco. Réhabiliter le système qui a permis ces dérives prépare des déglingués ou des névrosés en série, à la Vance ou Musk. La hiérarchie adulte (qui a toujours raison) et l’enfant (qui doit toujours se soumettre), l’obéissance aux supérieurs, le culte du silence corporatiste de l’Église, ont permis à des pervers laissés libres d’abuser d’environ 330 000 enfants, à 83% des garçons, âgés pour 62% de 10 à 13 ans, entre 1950 et 2020, selon le rapport de la Ciase, Commission indépendante sur la pédocriminalité dans l’Église catholique. Les internats scolaires ont été le premier lieu des violences sexuelles contre les mineurs au sein de l’Église, dans un continuum de violences pédagogiques.

Un retour aux années 30… Je le disais déjà sur ce blog en 2012. Va-t-on prochainement voter avec ce vent mauvais et se soumettre, ou « résister » démocratiquement ?

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Laird Koenig, La petite fille au bout du chemin

Rynn, 13 ans, vit seule au bout d’une allée dans une petite ville côtière du Maine. Elle s’est installée quelques mois auparavant avec son père qui a payé un bail de trois ans, mais le père n’apparaît jamais, elle-même sort peu et ne fréquente pas l’école. Cela ne se fait pas dans les communautés américaines, férues de kermesses, matchs de foot et autres messes. L’agente immobilière Mrs. Hallet est intriguée. Cette femme autoritaire qui se croit propriétaire du coin puisque ses ancêtres s’y sont établis il y a deux siècles voudrait fourrer son nez dans la maison pour savoir. Lorsqu’elle va la voir en Bentley couleur foie de veau, elle trouve l’adolescente arrogante avec son accent anglais et son visage impassible. Elle la menace du conseil de discipline de la commune, qui peut envisager des mesures contraignantes d’assistance sociale.

Mais Rynn est futée : elle va consulter à la Mairie les dates dudit conseil, en prétextant un devoir à faire, et s’aperçoit que la vieille Hallet a menti sans vergogne, juste pour affirmer son emprise. Elle revient d’ailleurs pour voir son père et résilier le bail, mais il « est à New York ». Elle se contente en attendant de réclamer des bocaux à confiture, qui sont dans la cave, parce qu’elle veut faire de la gelée avec les coings qui mûrissent sur la propriété. Elle s’en empare sans vergogne, bien que la maison soit louée et que les fruits appartiennent en principe aux locataires. Rynn ne veut pas que la harpie aille dans la cave – on ne sait pourquoi mais on ne tardera pas à le savoir.

Pire est le fils détraqué sexuel de la Hallet. Franck a été pris plusieurs fois la main dans la culotte des petites filles et sa mère l’a mariée de force avec une bonniche flanquée de deux garçonnets pour faire taire les rumeurs. Franck Hallet profite d’Halloween pour venir tâter le terrain auprès de la jeune Rynn, heureusement que les deux gamins de 6 et 4 ans, déguisés en squelette et en monstre de Frankenstein, arrivent en courant du chemin…

La situation n’est guère tenable. Certes, Rynn affirme que son père traduit des œuvres et qu’il ne faut absolument pas le déranger, ou qu’il dort à l’étage, mais nul ne le voit jamais dans le village et les gens se posent des questions. Le policier municipal Miglioriti vient aux nouvelles ; il est sympathique et fait connaissance, impressionné par les livres de poèmes publiés par le papa. Mais il ne croit pas un mot de ce que lui dit l’adolescente. Comme il n’aime pas les Hallet (d’ailleurs, personne dans le coin ne les aime), il garde le silence mais surveille celle qu’il voit encore comme une enfant. Mais Rynn n’en est déjà plus une, ayant à se débrouiller seule après les événements familiaux qui l’ont conduite ici. Elle a un compte-joint avec son père à la banque, d’où elle peut retirer de l’argent pour vivre, ainsi qu’un paquet de travellers-chèques dans un coffre, qu’elle peut changer à sa guise sur sa propre signature.

Au début des années 1970, il n’y avait pas tous ces contrôles bancaires et l’anonymat existait encore. Aujourd’hui, il serait très difficile de vivre comme Rynn pouvait le faire. L’époque était aussi au sexe, et les tout juste pubères étaient incités au plaisir, c’était leur liberté. Ce pourquoi Rynn fait la connaissance de Mario le Magicien, un élève de deux ans plus âgé qu’elle, qui vient déplacer la Bentley de Mrs Hallet sur demande de son père garagiste. Il est d’une famille d’origine italienne nombreuse et a subi une attaque de polio qui le fait encore boiter mais, pour le reste, il a le ventre plat et musclé. Il va lier connaissance avec Rynn, fille unique d’origine juive, un contraste parfait. Ils feront l’amour, il l’aidera dans ses entreprises pour rester libre. Elle en tombera amoureuse.

Le parfum policier de cette œuvre (car il y a crimes) est accentué par l’atmosphère lugubre de ce bout de chemin isolé et de cette grande maison campagnarde dont les Hallet ont la clé. Ce sentiment de peur à la nuit, et d’inquiétude permanente pour le lendemain jusqu’à sa majorité, font de Rynn une adolescente attachante. Elle veut vivre à sa guise, selon les conseils de son père ; nul ne pourra l’en empêcher, même si Franck est séduit par ses pieds nus sur le paqruet ciré et sa silhouette gracile, et que Mario succombe à sa tunique marocaine blanche sous laquelle elle ne porte rien. Les personnages sont denses, ils ne sont pas des caricatures pour illustrer l’action, mais l’inverse : c’est l’action qui s’adapte à leurs caractères. Rynn joue tous les rôles, petite fille qu’on aimerait protéger, adolescente impertinente qu’on aimerait réduire, femme forte malgré sa solitude, maîtresse de maison bonne cuisinière, amoureuse transie.

Le dénouement est savoureux comme un financier au goût d’amande amère trempé dans un thé anglais infusé à la perfection.

Un film de Nicolas Gessner en a été tiré en 1976 avec l’inquiétant Martin Sheen en pervers et la délicieuse Jodie Foster, du même âge que l’héroïne, mais qui a fait doubler la scène nue par sa sœur de 20 ans (cela pour les esprits politiquement corrects). Je crains qu’il ne faille, comme souvent préférer le livre, plus dense, malgré le charme de la nymphette.

Laird Koenig, La petite fille au bout du chemin (The Little Girl Who Lives Down the Lane), 1973, Livre de poche 1987, 277 pages, occasion €2,70

Laird Koenig, Œuvres thriller Tome 1 : Attention les enfants regardent – La petite fille au bout du chemin – La porte en face – Les îles du refuge, éditions Le Masque 1995, 762 pages, occasion €4,45

DVD La petite fille au bout du chemin,‎ Nicolas Gessner, 1976, avec Jodie Foster, Martin Sheen, Alexis Smith, Mort Shuman, Scott Jacoby, LCJ Éditions & Productions 2013, français et anglais, 1h34, €12,90

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Ann Rule, Jusqu’à ton dernier souffle

Sheila s’est mariée en 1982 à Allen Van Houte, avec lequel elle a eu deux filles. L’homme s’est déjà marié deux fois. Treize ans plus tard, elle est assassinée sur la commandite de son mari, qui la poursuivit d’une haine sans faille. Non qu’il aimait les enfants qu’elle lui a pris lors de leur divorce en 1987, mais il ne supportait pas qu’on lui résiste ou qu’on lui dise non. C’est donc l’histoire vraie d’un féminicide à la fin des années 90 que nous conte l’auteur, journaliste spécialisée dans les enquêtes de justice qui passionnent l’Amérique.

Allen est un pervers narcissique. Pas un psychopathe, au sens clinique du terme, mais quelqu’un dont l’enfance a été si massacrée qu’il n’a plus aucune empathie pour les autres. Il ne sait pas qui est son père, ce pourquoi il se choisira un nouveau nom, ce qui était très facile en Amérique. Il a choisi celui du personnage de Shogun, le roman populaire sur un samouraï blanc au Japon ; au XVIIIe siècle : Blackthorne. C’est sous ce nom qu’il a lancé une nouvelle société d’appareils médicaux, après avoir fait faillite à Hawaï à pillé le stock pour se relancer. Devenu millionnaire, tout lui semble possible, y compris son emprise sur son ex-femme et sur les deux filles, Stevie et Daryl qu’il a eues avec elle. Préférant les garçons, il leur a donné des prénoms de garçons. Cela ne l’empêche pas d’abuser sexuellement l’aînée avant qu’elle n’ait 7 ans. Ce fait n’a pas été condamné, ni clairement dénoncé, car, dans les années 1980 à 2000, la parole des enfants était sujette à caution et tout ce qui touchait la sexualité minimisé.

Allen croit que, puisqu’il a résisté aux mauvais traitements de sa mère et qu’il a finalement réussi une entreprise au Texas, tout lui est dû. C’est le syndrome du millionnaire arrivé, dont Trump est le dernier représentant. Les lois et le droit, il s’en fout. Seul compte son égoïsme sacré.

Il se remarie avec Maureen, avec laquelle il a deux petits garçons. Il aurait dû être content d’avoir divorcé et de vivre son bonheur dans cette nouvelle vie. Au lieu de cela, il ne cesse de harceler Sheila, son ancienne compagne, juste pour la tourmenter et la punir de l’avoir quitté pour mauvais traitements. Il va l’accuser de ses propres turpitudes, c’est-à-dire de fouetter ses filles sur les jambes, de leur donner des gifles, leur cogner la tête contre le mur. Cela n’empêche pas Sheila de cumuler courageusement deux emplois pour élever ses filles. Car leur père biologique refuse absolument de leur verser une pension alimentaire.

Mais la haine va plus loin. Il va commanditer « une bonne raclée » à sa femme, « et tant pis si elle meurt », déclare-t-il. Pour cela, il a demandé à un compagnon de golf qui, lui-même, va demander à un ami, qui contacte son cousin, un jeune assez benêt pour exécuter l’ordre sans réfléchir. Sheila, qui est partie vivre en Floride avec son nouveau mari Jamie et leurs quadruplés de deux ans, est tuée à son domicile en plein jour, devant les petits. Leur sœur aînée Stevie les retrouve tout nu et tout couverts de sang, pleurant auprès de leur mère morte.

Le procès va durer un certain temps, Allen s’entourant d’une brochette d’avocats très chers. Mais les procureurs de l’État comme les procureurs du FBI, puisque le crime s’est passé dans un autre État, vont s’acharner à dénoncer les manipulations d’Allen, ses mensonges et son implication dans le crime.

Allen Blackthorne sera finalement condamné deux fois à la perpétuité, ce qui n’a pas grand sens pour nous, mais qui en a un aux États-Unis, au cas où un vice de procédure annulerait la première condamnation. Il sera tué en prison par un gang à 59 ans, en 2014 (ce qui n’est pas dans le livre).

Ce fait divers a passionné l’Amérique et la journaliste Ann Rule en a fait un livre, selon son habitude et son talent. Ce n’est pas un thriller puisque l’on connaît la fin, mais, sauf quelques passages un peu longs sur les premiers temps d’Allen puis sur les détails du procès. Car tout est minutieusement détaillé dans ce livre de journaliste, de façon maniaque pourrait-on dire, car les Américains sont très pointilleux sur le droit. Soucieux de leur liberté, ils veulent d’infinies précisions quant à la pertinence de l’application d’une loi à leur encontre. Ce juridisme n’est pas toujours facile à rendre agréable à la lecture, mais ce récit dans l’ensemble se lit très bien.

Ann Rule, Jusqu’à ton dernier souffle (Every Breath you Take), 2001, Michel Lafon Poche 2022 ou occasion Livre de poche 2005, 441 pages, €7,60, e-book Kindle €7,99

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L’armée des douze singes de Terry Gilliam

Gros succès en son temps pour ce film de science fiction d’il y a trente ans. Il faut dire qu’il parle d’un virus mortel qui éradique cinq milliards de terriens en un rien de temps, l’année 1997. Échappe d’un laboratoire, comme très probablement le virus chinois, mais pas par inadvertance : par la faute d’un terroriste en col blanc, le chercheur aigri du labo travaillant dans le privé pour la Défense.

Mais cela, personne ne le sait, puisque les protagonistes sont morts. C’est pour cela que, dans le futur de vingt ans, les 1 % survivants réfugiés loin sous terre décident d’envoyer dans le passé un mauvais garçon, prisonnier mais vigoureux et observateur. Ils veulent savoir d’où le virus est parti et quelles sont les causes de son apparition. L’espion doit appeler une boite vocale pour rendre compte. James Cole (Bruce Willis, qui joue très bien les abrutis) doit se renseigner sur l’armée des douze singes, organisation terroriste qui envisage de libérer le virus, selon un message laissé par une femme. James est un cas psychiatrique, il revoit sans cesse dans ses cauchemars le meurtre par balle d’un homme dans l’aéroport de Philadelphie. Il l’a vécu enfant, il était lui-même cet enfant. Quant à l’homme tué… le spectateur apprendra qui il est.

La technologie n’est guère au point : viser le passé n’est pas très fiable. Voilà que James se retrouve non pas en 1996, mais en 1990. Erreur technique. Il est très vite arrêté par la police et enfourné en hôpital psychiatrique pour ses délires sur le futur. Le séduisant docteur Kathryn Railly (Madeleine Stowe) le soigne. Contrairement à ses collègues masculins, et sans doute séduite par la carrure mâle du patient, elle cherche à comprendre. James, assommé par les médicaments, est coaché à l’intérieur par le déjanté Jeffrey (Brad Pitt, excellent en taré). Il apprend que le garçon est fils du scientifique qui travaille sur les virus, dont celui qui va agir. Jeffrey croit que son père veut supprimer l’humanité, ce qui lui paraît tout à fait génial. Il hait la société de consommation, et l’enfermement des bêtes dans les zoos. D’ailleurs, tout ce qui dépare de la Norme est mis en cage : les fous, les marginaux, les criminels, les bêtes. Ne serait-ce pas la société qui serait folle ?

Avec l’aide de Jeffrey, James s’évade. Repris, il est mis en cellule d’isolement, attaché seul dans une cave obscure. Mais il disparaît mystérieusement. Il a été « rappelé » dans le futur, et les humains au présent ne peuvent l’imaginer. Après avoir été interrogé, il est renvoyé dans le passé. Il atterrit en pleine Première guerre mondiale, encore une erreur. Il y croise son codétenu du futur José (Jon Seda) ! Entre les tranchées, il se fait tirer dessus et prend une balle dans la cuisse.

C’est cette balle que le médecin psychiatre Kathryn va extraire après avoir été prise en otage par James, renvoyé dans le futur exact de 1996 cette fois, et qui veut en finir avec cette mission absurde. Il veut retrouver avec son aide Jeffrey, car il croit qu’il sera l’auteur de la pandémie qui doit se déclencher dans quelques semaines. Le garçon a été réintégré dans la société et prépare en secret un coup de terrorisme vert : libérer les animaux du zoo de la ville. Cette « armée des douze singes », selon un conte pour enfants, doit tourner en dérision la société humaine.

Le docteur Railly convainc James qu’il est sujet à des hallucinations et que le futur n’existe pas, sauf dans son esprit. Il finit par s’en persuader, car qui est fou ou sain d’esprit ? En même temps, elle-même finit par douter car le monde se décompose et va dans le mur. C’est la disparition du petit Richard dans un puits de mine, que James qualifie de canular car le gamin s’est caché dans une grange – ce qui s’avère un peu plus tard ; c’est la balle qu’elle extrait, expertisée, qui prouve qu’elle vient de 1917. Elle prend contact avec le père de Jeffrey pour le mettre en garde : que son fils n’ait surtout pas accès aux virus du laboratoire. Le savant (Christopher Plummer) se dit qu’il est peut-être utile de prendre des précautions supplémentaires, et en charge son assistant (David Morse) – précipitant sans doute sa décision d’en répandre un mortel. Elle appelle aussi le numéro que James devait appeler en 1990, alors pas activé, pour laisser un message sur l’armée des douze singes – celui-là même qui a motivé la mission de James.

Mais désormais, Kathryn et James sont tombés amoureux et décident de vivre au présent, sans plus se préoccuper des scientifiques qui veulent réguler l’humanité jusque dans la chambre à coucher. Ils sont toujours à évaluer, juger, donner des notes, formater. Les abîmes du temps et de la psychologie finissent par lasser et désorienter : autant en revenir au solide de la tradition. Et de bien vivre avant la catastrophe. Pour cela aller en Floride, la mode à l’époque, avant la fréquence augmentée des cyclones dus au réchauffement. Railly prend les billets, les deux se déguisent, recherchés par la police, James s’arrache les dents car on lui a appris qu’il était suivi dans le futur par un émetteur dans une dent – illustrant une fois de plus les dangers de la technologie. Les voilà prêts.

James laisse un dernier message téléphonique avertissant les scientifiques du futur qu’il reste dans son présent (ce qui perturbe l’ordre du temps) et que l’Armée des douze singes n’est pas cause de la diffusion du virus. Immédiatement repéré par la technique, il est abordé par un émissaire du futur qui lui remet un revolver pour tuer le Dr Peters, l’assistant du père de Jeffrey. Comme quoi le futur savait, ou l’avait deviné en suivant James à la trace. Kathryn Railly voit en effet Peters prendre l’avion devant elle avec une valise pleine d’échantillons virologiques, que le contrôle fait ouvrir. La préposée aux billets s’exclame du tour du monde qu’il s’apprête à faire… et dont les escales dont dans l’ordre de la propagation du virus que James a appris dans le futur. Vont-ils réussir à l’empêcher ?

Même pas… James se fait descendre par les flics de l’aéroport alors qu’il tente maladroitement de viser Peters qui s’empresse avec sa valise. Un enfant d’une dizaine d’années observe la scène de ses grands yeux bleus (Joseph Melito). Il est James vingt ans avant. Quant au Dr Peters, il s’assoit dans l’avion à côté d’une femme qui dit travailler dans les assurances, alors qu’elle est l’une des scientifiques du futur qui a envoyé James en 1996. Ce qui laisse au spectateur le soin de conclure… par diverses hypothèses, selon son pessimisme. Cette ultime fin énigmatique fait beaucoup pour l’attrait du film – tiré d’ailleurs d’un court métrage français de 1962 intitulé La Jetée.

DVD L’armée des douze singes (Twelve Monkeys), Terry Gilliam, 1995, avec Bruce Willis, Madeleine Stowe, Christopher Plummer, Brad Pitt, David Morse, DVTY 2002, anglais vo doublé français, 2h05, €6,79, Blu-ray version restaurée L’Atelier d’Images 2024, anglais vo doublé français €19,99

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James Cain, Assurance sur la mort

L’auteur immortel du roman policier Le facteur sonne toujours deux fois a fait l’objet de nombreuses adaptions au cinéma (Visconti, Rafelson, Garnett). James Cain a fait la guerre de 14 côté américain et est décédé en 1977 à 85 ans. Il livre ici trois longues nouvelles policières ou psychologiques dont la dernière, Assurance sur la mort, a fait l’objet elle aussi d’un film.

Il s’agit d’une escroquerie à l’assurance décès, perpétrée par une épouse qui n’en est pas à son premier meurtre en toute impunité pour arriver, et d’un agent d’assurance bêtement tombé amoureux de ses formes. C’est assez bien troussé pour être crédible, le spécialiste aidant la volonté meurtrière. La fin sera épique, faisant intervenir d’autres personnages, dont la belle-fille de l’épouse et son petit ami, mais aussi le directeur de la compagnie d’assurance et son détective en chef.

Les deux autres nouvelles sont sur une escroquerie à la banque, et sur la rivalité d’un couple où seul l’homme est amoureux. Toujours le même schéma, l’homme spécialiste et la femme séductrice qui le manipule.

Sauf que dans Carrière en do majeur, l’homme se rebelle. Ingénieur en ponts et chaussées, inactif à cause de la grande Dépression des années 30, l’époux laisse faire sa femme qui se croit une vocation de chanteuse d’opéra. Mais elle ne suit pas le rythme et déraille. Le mari rencontre à cette occasion Cecil, véritable chanteuse d’opéra, qui trouve que lui a une belle voix de baryton et qu’il peut aisément la seconder, d’autant qu’il apprend vite les rôles. Et les voilà embarqués dans une tournée. Cela ne se passe pas trop mal, sauf que le chanteur néophyte ne garde pas toujours les yeux fixés sur le chef d’orchestre, et passe parfois la mesure. Erreur fatale à l’opéra. Le flop de l’épouse est compensé par le flop de l’époux – et les voilà réconciliés, lui toujours amoureux, elle rassérénée dans son narcissisme.

Ancien, mais efficace, ce recueil de nouvelles est un moment du roman policier psychologique, volontiers porté au cinéma.

James Cain, Assurance sur la mort (nouvelles Career in C Major, The Embezzler et Double Indemnity), 1944, Folio policier 2003, 370 pages, occasion €24,99, e-book Kindle 2017, €6,99

Autre édition (introuvable), utilisée pour cette note : Livre de poche 1964, 432 pages

DVD Assurance sur la mort, Billy Wilder, 1944, avec Fred MacMurray, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson, Porter Hall, Jean Heather, Arcadès 2009, anglais doublé français, 1h47, €8,80, Blu-ray €9,90

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Sudden impact, le retour de l’inspecteur Harry de Clint Eastwood

Du viol, de la vengeance, d’un inspecteur hors limites. L’avant Reagan voyait une Amérique à la dérive, où tout était permis, en toute impunité. Laxisme, bureaucratie, corruption, la police était impuissante ou laissait faire. Un courant a réagi à cette lâcheté publique ; il fera voter Reagan dès 1981, le cow-boy conservateur contre le démocrate Jimmy Carter. Ce qui n’est pas sans rappeler l’aujourd’hui avec Trump contre Harris. Tel était le contexte lors de la sortie du film.

Harry Callahan est un battant, comme Ronald Reagan ; il veut des résultats, et tant pis si cela piétine les plate-bandes des comtés ou des services, ou les statistiques des gouverneurs. Dans ce quatrième épisode de la saga L’Inspecteur Harry, Clint Eastwood (Harry) fait des étincelles. Là où Callahan passe, la pègre ne repousse jamais. Il sème les cadavres, au fil des attaques. Il ne peut voir un casse sans intervenir, et ses méthodes – expéditives – sont rarement en faveur des malfrats. Ceux qui veulent se le faire sont refaits, d’une balle bien ajustée ou d’un dérapage en voiture dans le bassin du port. Il n’hésite pas à aller voir un parrain de la pègre lors du mariage de sa petite-fille pour lui rappeler devant tout le monde le cadavre d’une pute à lui, trouvée les seins lacérés, les pieds calcinés et le visage écrasé. Ce n’est pas de sa faute si le pégreux clamse d’une crise cardiaque devant tant d’audace – et le soi-disant témoignage de la pute, faite de papiers blancs, que Callahan sort de sa poche. Après tout, Dieu a sa justice.

Mais sa hiérarchie s’exaspère de ses méthodes, bien peu orthodoxes. Il saisit des preuves sans procédure, ce qui les rend invalides devant un tribunal, il applique la peine de mort au bout de son Smith & Wesson police, sans aucun jugement. S’il n’est pas suspendu, c’est que chacun reconnaît qu’il obtient des résultats. Mais plus question de le garder à San Francisco. On lui confie une enquête qui va l’éloigner à San Paulo (ville fictive de Californie, État dont Reagan fut gouverneur), le temps de se faire oublier des pontes.

Le fil de l’enquête est une série de meurtres avec le même mode opératoire : uniquement des hommes dans la trentaine, tués d’une balle dans les couilles, puis d’une autre dans la tête. Avec la même arme, un pistolet .38 Special. Tous originaires de San Paulo, tous en photo avec le fils du chef Jannings lorsqu’il était jeune, dans son bureau. Callahan commence à se douter qu’il s’agit d’une vengeance, même si Jannings (Pat Hingle) ne veut pas qu’un flic « de la ville » vienne contester ses méthodes.

En effet, dans cette station balnéaire, une fête foraine désormais à l’abandon, a été le théâtre d’un viol collectif douze ans auparavant. La « gouine » Ray Parkins (Audrie Neenan) invitait des filles à faire la fête, et les faisait violer par son frère abruti Mick (Paul Drake) et la bande de jeunes cons à sa botte. C’est ainsi que Jennifer Spencer (Sondra Locke) a été pénétrée successivement par quatre jeunes hommes, de même que sa sœur encore au lycée Elizabeth. Celle-ci ne s’en est jamais remise et végète depuis, catatonique, dans un hôpital du nord de l’État. Jennifer, devenue peintre tourmentée qui expose, a décidé de se venger elle-même, puisque la police locale et la « justice » s’en foutent.

Trois hommes vont ainsi payer de leur bite et de leur vie leur prédation en bande, et une femme, la gouine Ray qui rigolait vulgairement devant les viols successifs. Le dernier, le fils du chef Jannings, a eu tant de remords qu’il a tenté de se jeter contre un mur avec sa voiture ; il en est resté paralysé et débile, un légume. Jennifer l’épargne, pour qu’il expie selon la justice que Dieu a choisi pour lui.

Callahan a fait la connaissance de Spencer lorsqu’il promenait son chien bouledogue, offert par son ami Horace pour « ses vacances » ; la fille tombe de vélo devant le monstre à patte Patate. Il la retrouvera au bar et aura une conversation avec elle sur la justice, devant une bière. Elle l’a vu arrêter un braqueur en pleine rue, sautant d’un camion de retraités réquisitionné pour suivre le bandit qui avait tiré sur un jeune policier. Elle lui dit que la justice officielle prend peu en compte les véritables crimes et qu’il faut parfois se faire justice soi-même, si on le peut. Callahan est d’accord.

La fin est épique. Chez le chef Jannings, Jennifer est devant le fils légume, écoutant le père lui avouer qu’il a bloqué l’enquête à l’époque pour protéger son fils unique, qui n’a suivi les autres que pour éviter de se faire traiter de pédé. C’est alors que Mick et sa bande arrivent, abattent Jannings avec l’arme de Spencer, et l’emmènent avec eux pour la revioler à loisir dans la même baraque de la fête foraine – comme au bon vieux temps. Ils ont auparavant tabassé Callahan et tenté de le tuer, mais il a survécu en tombant à la mer et récupéré une autre arme, son .44 Magnum très efficace. Dans sa chambre d‘hôtel il découvre son ami Horace venu le retrouver pour dire que cela se tassait à San Francisco assassiné – et Callahan décide de se venger des racailles de la gouine.

Chez elle, il découvre son cadavre ; non loin, les cris excités de la bande de violeurs qui recommencent. Jennifer réussit à s’échapper vers le manège, qu’elle met en route, mais elle est reprise. Callahan réussit à descendre les deux frères poissonniers de la bande à Mick, puis Mick lui-même, à moitié dément d’hubris sexuelle. Il va tomber des hauteurs où il était monté juste sur la corne de licorne d’un cheval du manège en contrebas – violeur devenant violé, symboliquement.

Quant à Jennifer Spencer, l’inspecteur Callahan sait tout de ses crimes, mais la police locale retrouve l’arme qui a servi à les perpétrer dans la main de Mick. C’est donc lui le coupable présumé, et Callahan laisse faire. La procédure peut servir à la justice immanente, si elle épargne la victime délaissée par la justice bureaucratique.

Outre la jouissance de voir les violeurs punis, les malfrats cassés, les braqueurs descendus ou arrêtés, le film prône des méthodes moins tatillonnes et une administration moins pesante pour l’efficacité des enquêtes. La loi est une chose, sa gestion une autre. Outre la beauté de Sondra Locke (compagne de Clint Eastwood à l’époque), ce qui retient l’attention, ce sont les phrases choc prononcées par l’ineffable Callahan, telles que : « Malfrat : Qui c’est « nous » ?… Connard. – Callahan : Smith… Wesson… et moi ! ». Ou encore une formule que Reagan retiendra deux ans plus tard devant le Congrès qui menace d’augmenter les impôts : « Go ahead, make my day, Vas-y, allez ! Fais-moi plaisir !» Gros succès au box office.

DVD Sudden impact, le retour de l’inspecteur Harry, Clint Eastwood, 1983, avec Clint Eastwood, Sondra Locke, Pat Hingle, Bradford Dillman, Paul Drake, Warner Bros. Entertainment France 2001, anglais vo, doublé français, italien, 1h53, €7,95

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William Diehl, Régner en enfer

Un très bon thriller de l’avant-Internet, donc bien écrit, bien construit, bien documenté. Cette fois-ci, pas un psychopathe individualiste (encore que) mais une plongée dans l’inconscient sociologique de l’Amérique : les tarés de la Bible, les prophètes d’Armageddon, les chrétiens intégristes. Ceux qui ont soutenu et voté Trump récemment, au bord de la guerre civile si leur dieu à mèche peroxydée ne l’avait pas emporté. Or, voici trente ans, on en parlait déjà, de ces fanatiques. Ils existaient à bas bruit, mais se préparaient en secret. Le FBI les avaient à l’œil, mais ils n’étaient pas populaires ; leurs outrances ne passaient pas. Et puis, après les attentats islamiques de Ben Laden, les immigrés musulmans devenus fous au volant de leur SUV, le virus chinois, la numérisation de tout et l’IA en espionnage généralisé, la montée des périls dans le monde, les tarés ont fait des émules ; ils sont devenus légion. Comme le Diable (« Mon nom est légion, car nous sommes beaucoup » Évangile de Marc). D’où l’intérêt de lire ou relire ce thriller haletant, bien au fait des groupes apocalyptiques et de leur psychologie.

L’efficacité du Sanctuaire allie le professionnalisme d’un général, ancien des opérations spéciales inavouables, et l’exaltation charismatique d’un prêcheur faux-aveugle, amateur de très jeunes filles (13-14 ans). Le second galvanise les foules et fait des adeptes prêts à se sacrifier pour la Cause de Dieu ; le premier organise les milices des églises et sélectionne les meilleurs éléments qu’il entraîne aux armes dans les conditions les plus rudes dès l’âge de 14 ans.

Le président des États-Unis est un ex-général issu de la haute société, que le général des opérations spéciales, parti de l’armée fédérale comme simple colonel avant de gagner ses étoiles dans la garde nationale du Montana, hait de toutes ses fibres. Haine sociale, haine personnelle, jalousie féroce. Il décide alors de déclencher l’Armageddon. Une nuit, un convoi transportant des explosifs militaires et des armes, est bloqué sur un col enneigé du Montana, l’escorte tuée (pas moins de douze citoyens américains), et le semi-remorque avec ses quatre tonnes d’explosif C4 dérobé. Le tout n’a duré que six minutes. Deux explosions ont enseveli des indices, seuls les corps des soldats tués ont été alignés dans des sacs militaires, comme un hommage dérisoire de combattants à combattants.

Le crime est signé ; le président y voit une déclaration de guerre, son attorney général (procureur général des États-Unis) un acte terroriste. C’est une femme, et on l’appelle général – non pour son grade, mais en raccourci de son titre. Elle est chargée de veiller au respect des lois et de la Constitution, et de conseiller le président. L’équipe de crise décide alors de constituer un « dossier RICO » – Racketeer Influenced and Corrupt Organizations (RICO) Act ou, en français, loi sur les organisations motivées par le racket et la corruption. Cette loi fédérale de 1970 prévoit des sanctions pénales étendues et une cause d’action civile pour les délits commis dans le cadre des activités d’une organisation criminelle. Dirigée initialement contre la Mafia, elle s’étend aux délits d’initiés en bourse, à la corruption organisée comme celle de la FIFA, et aux actes terroristes. Un procureur spécial est nommé, chargé d’enquêter et de monter le dossier juridique justifiant les poursuites fédérales.

L’attorney général Margaret Castaigne, portoricaine qui a gravi les échelons du droit jusqu’au sommet, propose le jeune procureur Martin Vail comme attorney général adjoint, chargé de monter un dossier RICO contre le Sanctuaire. Son équipe se met vite au travail, aidée par toute la machinerie policière et du renseignement intérieur, FBI, NSA, ATF (service fédéral chargé de la loi sur les armes, les explosifs, le tabac et l’alcool, créé en 1972). Au vu des indices concordants, un juge fédéral autorise la mise sur écoute, la surveillance publique et l’accès aux comptes bancaires de l’organisation et de ses filiales.

Martin Vail va interroger deux anciens militaires, ex-partisans du Sanctuaire et compagnons de son général, pour connaître un peu mieux les rouages. Mais le plus jeune, 27 ans, témoin protégé fédéral, est descendu dans sa ferme peu après sa visite. Un tueur mandaté avait suivi l’avion officiel, puis la voiture de location du procureur, et en avait déduit sur la carte l’endroit où devait se cacher le témoin. Il l’a descendu de deux balles tirées à 1200 m par un fusil à lunette, avant de filer par un itinéraire de repli jusqu’à son avion privé. Il était loin de la scène de crime au bout d’une heure, et n’avait laissé qu’un seul indice – volontaire – une suite de chiffres : 2-3-13. Une allusion nette à la Bible, lue littéralement.

L’enquête est bien menée et avance assez vite ; l’action est palpitante et bien décrite, les personnages puissants. La fin est du grand guignol, mais nous sommes aux États-Unis, et le spectacle est obligatoire. Sans explosions ni massacres, rien ne passe la rampe. Toujours est-il que le Diable est vaincu, lui qui se prenait pour Dieu, fanatisé plus par sa haine que par sa compréhension du texte religieux. Une citation de Pascal vient à propos : « Les hommes ne s’adonnent jamais au mal avec tant de joie et de démesure que lorsqu’ils y sont poussés par leurs convictions religieuses » (incipit du Livre III, p.235). Ce qui s’applique à l’islam djihadiste s’applique aussi au judaïsme extrémiste à Gaza et au christianisme dévoyé américain. Les fous de Dieu sont partout…

William Diehl, Régner en enfer (Reign in Hell), 1997, Livre de poche 2001, 511 pages, occasion 1,90

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La grande course autour du monde de Blake Edwards

Dans le même style que Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines, sorti la même année, il s’agit cette fois-ci d’une course automobile. C’est un film un poil plus long, dans lequel s’enchaînent les anecdotes et où l’on ne s’ennuie jamais. Toujours le même thème : l’hubris de l’Amérique, le culte des records, la meilleure industrie du monde, en bref, le prouver. Un héros américain, technicien gentleman, est affronté par un « professeur » d’origine germanique, qui sait tout mieux que tout le monde et qui veut le descendre. Une fille, ici féministe, veut couvrir la course comme journaliste et vient semer la zizanie comme un chien dans un jeu de quilles. Tout cela se terminant bien-sûr par la victoire… de l’amour.

La course est inspirée par le New York-Paris 1908, dit The Great Race, une sorte de Tour du monde en 80 jours reformaté à l’américaine. Le Grand Leslie (Tony Curtis) – ainsi l’a surnommé la presse people, jamais en mal de superlatifs – s’élance dans sa Super Leslie, auto peaufinée avec le moteur Weber, pur produit de l’industrie des États-Unis – une authentique Thomas Flyer 35, voiture américaine qui remporta la vraie course New York-Paris en 1907. Il est défié par nombre de concurrents, dont le professeur Fate (Jack Lemmon) – dont le nom signifie Destin, autrement dit le diable contre le bon Dieu. Fate et son âme damnée Max (Peter Falk) sont inspirés de Laurel et Hardy, d’où les gags, et ont probablement inspiré la série de dessins animés américains des années 69-70 Satanas et Diabolo. Ils sont les trublions dans la voie du Progrès, le Mal en embuscade sur le chemin du Bien.

Cette vision biblique n’est pas sans fondement. En effet, c’est une femme qui va tenter le héros et le faire chuter. Maggie Dubois (Natalie Wood), au nom bien français pour dire combien elle ne saurait être yankee, se dit féministe et revendique haut et fort non seulement le droit de vote, mais aussi « l’égalité avec les hommes ». Elle veut donc être reporter dans la course. Comme le directeur du Sentinel (Arthur O’Connell),dont le nom Goodbody (Grosbonnet en français) dit tout le pouvoir du mâle, dit non. Elle se présente chez Leslie qui l’éconduit après champagne, et chez Fate qui la boute dehors à coups de pied dans le faux-cul de sa robe. Elle décide alors de participer en tant que concurrente. Évidemment, si elle a la volonté, elle est munie comme il se doit (selon les normes des années 60) d’une cervelle d’oiseau et choisit une guimbarde faite plus pour le week-end à la campagne que pour un raid de 20 000 km. Ce pourquoi elle échoue, moteur cassé, dans une pampa américaine. Leslie qui passait par là la recueille, prêt à la mener à la ville. Mais la femme est traîtresse, on le sait depuis Eve, et elle dit oui tout en n’en pensant pas moins. Elle va éliminer l’assistant de Leslie Hezekiah (Keenan Wynn) – au nom de prophète d’Ancien testament – pour prendre sa place.

Pendant ce temps le professeur Fate, jaloux aigri des succès sans cesse renouvelés du jeune américain sport, construit sa propre automobile, la Hannibal VIII – en souvenir du Carthaginois qui a fait trembler Rome. Max a saboté sur son ordre les voitures des cinq premiers concurrents, qui perdent successivement leur direction, leur boite de vitesse, leurs roues, leur moteur. Mais comme il est discipliné, donc bête (critique usuelle de la rectitude bornée prêtée aux Allemands), un ordre est un ordre, il a aussi saboté sa propre voiture, la numéro 5. Car le mal est dans le Mal, ainsi va le monde voulu par Dieu.

La course se poursuit avec les deux autos en tête, la Super Leslie et la Hannibal VIII dotée de gadgets techniques à la Mercedes comme s’élever sur ses roues, cracher un écran de fumée, tirer au canon par l’avant. Fate, arrivé en premier dans une ville du Texas au nom de Borracho (qui signifie bourré, aviné, schlass, en espagnol), veut rafler l’essence, mais le maire ne l’entend pas de cette oreille. Il y aura fête et essence seulement le lendemain. C’est alors le prétexte à french cancan avec girls levant les gambettes, goualante d’une fille de pionnier féministe avant l’heure (Dorothy Provine), féroce jalousie de son super macho de mari Texas Jack (Larry Storch) – et grosse bagarre comme dans les films. Une fois le saloon détruit, Fate en profite pour faire main basse sur le carburant et brûler ce qu’il ne peut emporter, laissant Leslie le gentleman qui avait bien gentiment accepté la fête, faire la course jusqu’à la ville voisine tiré par des chevaux.

La fille Maggie, toujours traîtresse, s’est cachée dans la voiture de Fate, abandonnant Leslie qui l’a pourtant recueillie sur la route. Mais Fate, contrairement à l’autre, ne se laisse pas faire, et il laisse la féministe se débrouiller comme un homme en la lâchant au bord de la route. Elle usera évidemment de sa séduction, si féminine mais fort peu féministe, pour se faire enlever à nouveau par Leslie jusqu’à la ville où est le train – et commander à l’avance grâce à ses pigeons voyageurs qui lui servent de téléphone pour ses articles, de l’essence pour la Super Leslie. C’est là qu’elle menottera Hezekiah dans le train pour New York et qu’elle prendra sa place auprès de son beau patron.

Suit une séquence en Alaska où les deux voitures se côtoient, les quatre passagers sous la même couverture en buvant du champagne, tandis qu’un ours blanc erre dans la Hannibal, le tout finissant sur un iceberg qui se détache de la côte et fond inéluctablement. Passage en Russie (alors URSS) dont on ne sait ni ne voit rien – d’où peut-être le prix d’argent au Festival international du film de Moscou 1965. Ils arrivent en Carpanie, une principauté des Carpates mythique, du genre Syldavie ou Bordurie à la Hergé. Là, il a bal et chœur d’enfants, un programme plus culturel qu’au Texas mais tout aussi conventionnel social.

Là, le prince est bête et bourré toute la journée, avec un rire benêt. Il doit être couronné le lendemain, mais le général commandant l’armée et le baron ministre fomentent un coup d’État pour prendre sa place. Ils tombent sur le professeur Fate et lui trouvent une ressemblance étonnante avec le prince. Il l’arrêtent donc pour qu’il prenne sa place au couronnement et abdique dans la foulée,comme dans Le prisonnier de Zenda, confiant le pouvoir au ministre nommé chancelier. Fate n’a pas le choix, c’est oui ou pan ! Il accepte de jouer le jeu et fait emprisonner Leslie, tandis que le baron enferme le Prince et Hezekiah. Mais Max, déguisé en moine, réussit à délivrer Leslie et à faire diversion avec sa voiture à fumée, laissant courir les soldats dans le brouillard. Leslie s’immerge dans les douves, franchit les remparts au grappin, et affronte torse nu le baron au sabre. Mais il est plus habile que lui et l’autre rompt, se jetant dans les douves en défonçant la barque qui l’attendait. Fate est juste couronné dans l’église quand Max, qui a réussi à se faufiler sous sa traîne, le pousse à fuir. Leur course atterit dans les cuisines du palais où se préparent toute une série de pâtisseries. Grosse bagarre de tartes à la crème où chacun en prend pour son grade (2357 tartes furent nécessaires), jusqu’à Leslie qui y avait échappé mais qui, en évitant une tarte lancée, s’étale dans la tarte que tenait Maggie, traître par omission.

La course reprend pour Paris, où la ligne d’arrivée les attend sous la tour Eiffel. Maggie est montée avec Leslie et Hezekiah. Fate est persuadé de gagner la course à cause de la femme qui va empêcher Leslie d’arriver. En effet, celle-ci multiplie les piques d’un féminisme de caricature, se poussant du col avec excès du genre qu’affectionnera Goebbels et que Staline reprendra : « tout ce qui est à moi est à moi et tout ce qui est à vous est négociable ». Elle veut faire tout comme les hommes, mais pas se baigner nue comme eux, ni embrasser qui lui plaît comme eux, ni s’habiller en costume et pantalon comme eux, ni se priver de maquillage et de parfum comme eux, ni… En bref, Leslie se prend une baffe. A cinquante centimètres du ruban d’arrivée, arrivé premier, il arrête sa voiture pour convaincre la fille qu’il en est amoureux et qu’il préfère perdre la course qu’elle.

Fate gagne donc, mais ce n’est pas une vraie victoire. Il en est humilié, ulcéré, il éructe. Et lance un nouveau défi, une course retour Paris-New York qui commence dès maintenant. Sauf qu’il ordonne à Max de « pousser le bouton » pour démarrer, mais ce n’est pas le bon. Le gadget canon sort et tire un obus… qui fait s’écrouler la tour Eiffel. Ce monument phallique symbole de la France a toujours irrité les Yankees dominateurs et sûrs d’eux-mêmes. Le film opère une vengeance populiste de fin, appelée à concourir au succès du spectacle.

Un bon divertissement, surtout pour les enfants. Les gags sont hilarants et les aventures qui suivent palpitantes. Quant à Nancy Wood, ses tenues sexy et affriolantes restent dans les convenances.

DVD La grande course autour du monde (The Great Race), Blake Edwards, 1965, avec Tony Curtis, Jack Lemmon, Natalie Wood, Peter Falk, Vivian Vance, Warner Bros 2008 vo anglais, doublé français, plus sous-titres, 2h26, €9,59 (attention, le Blu-ray associé, proposé par Amazon n’est qu’en espagnol)

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Planète hurlante de Christian Dugay

Nous sommes téléportés en 2078, sur une petite colonie minière de la planète Sirius 6B. La Terre exploite le bérynium, qui résout les problèmes d’énergie. Mais des radiations ont été détectées dans les mines et les mineurs, contaminés, ont refusé de continuer, soutenus par les scientifiques. Le Nouveau Bloc Économique (NBE) a donc fait la guerre à l’Alliance des mineurs, autrement dit le patronat contre le syndicat. Le NBE n’a pas hésité, depuis dix ans, à larguer carrément des bombes A sur la population pour faire plier les travailleurs.

Mauvaise pioche : les humains ont quasiment disparus de la planète et l’exploitation n’a plus lieu ; seuls les soldats se combattent. En contrepartie, les scientifiques de l’Alliance ont créé des épées-robot, les « hurleurs » (Screamers), qui donnent le titre globish du film. Ce sont des scies circulaires qui régénèrent leur courant électrique en absorbant les éléments organiques et attaquent tout ce qui porte cœur battant, en hurlant pour terroriser comme les Stukas nazis. D’où ces bracelets portés au poignet qui annulent les bruits de battement et préservent les humains « amis ».

Un poste avancé de l’Alliance est resté dans un bunker comme devant le désert des Tartares ; ses soldats se préservent de la radioactivité en fumant des cigarettes rouges. D’ailleurs, en ces années 90, le cinéma offre force de héros clopeurs à admirer, ce qui n’est pas vraiment pédagogique – mais la profession s’en fout (tout comme, un peu plus tard, d’user du téléphone mobile en conduisant).

Un soldat isolé du NBE surgit devant le bunker de l’Alliance et brandit un message, mais il est tronçonné et englouti par les hurleurs avant d’arriver à ses fins. Le colonel Joe (Peter Weller) commandant le poste sort armé pour aller chercher le message, contenu dans un tube métallique. C’est une offre de trêve de la part du commandant en chef des troupes du NBE, qui constate l’inanité de poursuivre les combats faute de combattants. Rapport communiqué à la Terre, il leur est répondu par « le ministre » en personne, sous hologramme (Bruce Boa), de ne pas s’en faire car ils négocient eux-même la paix avec le NBE. Un bérynium non radioactif a été découvert sur une autre planète.

Mais c’est une ruse des robots… Car Ace (Andrew Lauer), le seul rescapé d’un vaisseau de l’Alliance qui s’écrase on ne sait pourquoi près de leur bunker, leur apprend que le ministre dont ils ont vu l’image virtuelle n’est plus en poste depuis deux ans. Il semble donc que les « hurleurs » aient pris leur autonomie, qu’ils s’auto-répliquent, usent d’hologrammes-pièges, et qu’ils combattent eux-mêmes les humains.

Difficile après cette généralité de raconter plus avant l’histoire, car tout son sel consiste justement dans la découverte progressive de ce nouvel état de fait – imprévu, malsain, tragique. Les robots vont jusqu’à prendre forme humaine, jusqu’à pousser le réalisme d’inspirer la pitié sous la forme de gamins perdus ou de soldats blessés, voire d’une belle femme (Jennifer Rubin).

Puisqu’il se sent manipulé, le colonel Joe Hendricksson décide d’en savoir plus en se rendant avec le jeune tireur d’élite Ace Jefferson, rescapé du vaisseau, vers le quartier général du NBE sur la planète. Cette quête connaîtra ses incidents, prouvera qu’il n’y a plus personne, que tous ont été massacrés par les « hurleurs » de modèles de plus en plus sophistiqués, que les chefs les ont abandonnés à leur sort, et qu’il ne reste plus qu’une solution : fuir cette planète ingérable et retourner sur la Terre. L’ubiquité des « hurleurs » plonge le colonel et son tireur dans la paranoïa, entretenant le suspense, malgré le côté caricature de chacun des autres personnages. Chacun se méfie des autres qu’il rencontre : même citant Shakespeare, étant capables de rire et buvant du vrai whisky – voire plus… -, et s’ils étaient eux-mêmes des « hurleurs » de modèle 3 ou 4 ?

Le film est tiré d’une nouvelle de Philip K. Dick, Nouveau Modèle (Second Variety), publiée en mai 1953. La question philosophique qu’il pose est : qui est humain ? Suffit-il d’en avoir l’apparence et les mœurs ? Faut-il de la compassion ou de « l’amour » ? Un soldat professionnel n’est-il pas plus proche d’un robot sans âme que d’un humain qui croit en avoir une ? La ruse de guerre peut-elle prendre toutes les formes ? Si on le sait, faut-il céder à ses émotions ? Ou se condamner à se faire avoir ?…

Pour préparer la suite, il semble qu’un « hurleur » s’est peut-être introduit dans le vaisseau, à cause justement de cette « l’émotion » trop humaine. Dans la dernière, scène il remue une patte.

DVD Planète hurlante (Screamers), Christian Dugay, 1995, avec ‎ Peter Weller, Roy Dupuis, Jennifer Rubin, Andrew Lauer, Charles Edwin Powell, ESC éditions 2021 français ou anglais, 1h43, €5,34, Blu-ray €14,10

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Destination finale 2 de David Richard Ellis

Suite de la première Destination finale avec, au lieu d’un crash d’avion, un carambolage d’autoroute. Même ingrédients, mêmes superstitions, mêmes effets de suspense – la série est une affaire qui marche. Le 2 est moins sombre que le 1 et plus axé sur le spectaculaire des effets en chaîne. Il est assez réussi.

Nous sommes, date symbolique, un an après le crash du vol 180. La Mort veut faucher son contingent annuel de jeunesse. Kimberly (A.J. Cook), 18 ans, tout juste le permis, prend le volant du gros 4×4 rouge de son père pour aller passer des vacances en Floride avec ses amis, adeptes de la fumette. Sur l’autoroute plutôt chargée, la conductrice, peu attentive à son volant, écoute les blagues nulles des garçons à l’arrière et regarde les passagers des voitures qui la doublent. Un gamin joue l’accident avec un camion et une voiture jouets, une fille se dresse les seins nus pour épater les mâles à l’arrière, un punk à chaîne sniffe de la coke tout en tenant son volant avec la cuisse, un chauffeur poids lourds s’enfile une bière au volant…

C’est drôle, décalé – puis soudain le flash : un gigantesque carambolage initié par un camion transportant des troncs de bois. Mal attachés, ceux-ci s’écroulent sur les voies, entraînant une suite de réactions en chaîne où le sang gicle, les corps sont écrasés dans des hurlements terribles. Kimberly se réveille alors qu’on klaxonne derrière elle : elle était arrêtée à la bretelle d’autoroute, attendant le feu vert pour passer.

Dès lors, elle se met en travers, complètement hystérique : elle a eu la « prémonition » d’un accident et ne veut plus avancer. Les conducteurs derrière elle s’énervent. Un flic de l’État (Michael Landes), en patrouille, vient voir ce qui se passe et cherche à la raisonner. C’est alors que le camion de bois passe. Les troncs se détachent, et c’est l’accident prévu !

Kimberly l’a évité par sa prescience magique, empêchant ainsi « la Mort » de prélever sa dîme parmi les conducteurs piégés derrière sa voiture. Mais un camion arrivant à toute allure emboutit son 4×4 rouge, tuant net tous ses amis dedans. L’officier de police Thomas Burke la sauve in extremis en la poussant hors de la trajectoire. Elle a déjoué la Mort. Mais ceux qu’elle a vus, le cocaïnomane Rory Peters (Jonathan Cherry), le professeur motard noir Eugène Dix (T.C. Carson), la star snob Kat Jennings (Keegan Connor Tracy), le gagnant au loto Evan Lewis (David Paetkau), la veuve Nora Carpenter (Lynda Boyd) et son fils de 15 ans Tim (James Kirk), et la femme enceinte Isabella Hudson (Justina Machado) sont des morts en sursis. La Camarde va chercher à les récupérer par tous les moyens.

Et ces moyens sont nombreux et inventifs. Evan, par exemple, rentre les bras chargés à son appartement ; va-t-il glisser sur un jouet dans le couloir ? S’exploser au gaz sous la poêle ? Laisser échapper sa bouteille d’huile à griller les saucisses surgelées (la malbouffe dans toute sa splendeur yankee) ? Curieusement, il se met torse nu pour cuisiner tout en faisant autre chose ; son téton piercé fait genre sur son torse glabre de bébé rose (la mode yankee des branchés pré-millénium). Il contemple la belle montre qu’il a achetée avec ses gains au loto, ainsi qu’une bague d’or et diamants en forme de fer à cheval (le mauvais goût dans toute sa splendeur yankee), tout en écoutant sur son répondeur à bande les messages intéressés de tout un tas de copains et copines perdus de vue mais alléchés par le fric. Évidemment la bague lui échappe et va se perdre dans le trou de l’évier ; évidemment sa main reste coincée dedans alors qu’il cherche à la récupérer ; évidemment les saucisses brûlent pendant ce temps-là, et l’huile répandue hors de la poêle s’enflamme aussi ; évidemment la poêle tombe alors qu’il cherche à distance à jeter quelque chose dessus pour étouffer le feu – elle incendie l’appartement (les logements de carton-pâte dans toute leur qualité yankee). Va-t-il périr grillé ? Non pas, il s’échappe de justesse par l’échelle de secours juste avant que la bonbonne de gaz n’explose (tout explose aux USA, les bagnoles, les maisons, les fours, les barbecues- sinon ce ne serait pas Hollywood). Il rejoint in extremis le sol… mais glisse sur les spaghettis qu’il a jetés par la fenêtre pour faire la place aux saucisses dans la poêle. Étalé sur le sol, il est vivant, sauf que l’échelle se détache… et l’empale dans l’œil. Le croque-mort (Tony Todd) – qui est la Mort elle-même – coupe à la pince l’anneau de téton du garçon avant de l’enfourner pour le réduire en cendres. Sa parure corporelle n’a pas empêché sa jeunesse d’être interrompue net.

La nouvelle de cette fin rocambolesque alerte l’officier Burke et Kimberly. Ils font une réunion entre survivants de l’autoroute à la suite de laquelle Kimberley rend visite à Claire Rivers, la dernière du vol 180. Elle s’est volontairement enfermée en centre psychiatrique et refuse toute visite avec objet tranchant. Elle déjoue la Mort depuis un an. Claire refuse d’aider Kimberley (l’individualisme dans toute sa bonne morale yankee), mais se rend compte brusquement que les survivants meurent dans le sens inverse de l’ordre du carambolage. Elle sort de son isolement pour prévenir Kimberly de faire attention aux signes prémonitoires de « la Mort ». Kimberly a la vision d’une attaque de pigeons et c’est Tim, sortant de chez le dentiste, qui en fait les frais. Il s’avance comme un gamin (il a 15 ans) pour chasser les volatiles… et se prend en pleine tronche une vitre détachée de la façade dans laquelle les pigeons désorientés vont se crasher souvent. Exit l’ado (même la jeunesse peut mourir). Sa mère, Nora, sera décapitée par des portes d’ascenseur alors qu’elle cherche à échapper à un porteur d’un bac contenant des bras articulés qui la rendent hystérique à la suite d’une nouvelle « vision » de Kimberley.

La suite est du même effet : Kat est empalée par un tuyau qui l’avait épargné dans l’accident de son véhicule. Le matériel de désincarcération du sauveteur active l’airbag… qui rejette violemment la, tête en arrière, juste sur le pieu tranchant. La cigarette qu’elle venait d’allumer en étant sûre d’être sauvée tombe de sa main dans une fuite d’essence menant à la camionnette des journalistes, qui ont reculé sur une pierre, provoquant l’explosion et l’envol d’une clôture de barbelés qui coupe Rory en trois au niveau des reins et du torse (bel effet spécial). Eugène, le motard de l’autoroute qui n’y croyait pas, explose dans sa chambre d’hôpital, après une suite de mouvement des machines (qui semblent douées d’une vie propre, l’angoisse proprement yankee de la technique comme un destin).

Isabelle donne le jour à son bébé, malgré le docteur que Kimberly a vu en prémonition l’étrangler. Une vie contre une mort, telle est la superstition basique du film, et les survivants se croient sauvés. Mais point ! Jusqu’au gamin de la ferme (Noel Fisher) où a eu lieu le dernier accident avec Kat – rien à voir avec l’autoroute – qui a été sauvé par Rory d’une camionnette folle : il explose en manipulant le barbecue lors de la fête de survie. Son avant-bras grillé à point atterrit sur la table juste devant sa mère.

Un humour noir du second degré bien mis en scène. Pas vraiment intello, ni flippant, juste délassant. Jouer avec la Mort fait toujours recette. Les acteurs sont fades, surtout Kimberly, à l’exception de l’officier de police peut-être.

DVD Destination finale 2 (Final Destination 2), David Richard Ellis, 2003, avec Ali Larter, A.J. Cook, Michael Landes, David Paetkau, James Kirk, TF1 Vidéo 2004, 1h27, €11,94, Blu-Ray €10.00

DVD Destination finale de 1 à 5, New Line 2024, 7h16, €29,99, Blu-ray €32,93

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Arthur C. Clarke, 2010 : Odyssée deux

Dave Bowman, seul survivant de l’expédition Discovery 1, s’est transformé en Enfant des étoiles ; il a quitté son corps de chair pour devenir pure énergie, tout en gardant sa personnalité. Mais il ressent l’influence, si ce n’est la manipulation, d’entités supérieures qui le guident dans l’univers pour lui faire accomplir une mission.

Neuf ans après l’odyssée de 2001, un nouveau vaisseau terrestre est envoyé vers Jupiter, où Discovery 1 est restée en orbite.

Ce n’est pas le Discovery 2 prévu, car sa construction n’est pas achevée, mais un vaisseau soviétique, le Leonov, construit en un temps record car plus petit et plus fruste. En ce début des années 1980 de rédaction du roman, la compétition entre USA et URSS continue de faire rage, même si elle ne débouche pas sur une guerre mondiale ouverte. Comme les Russes sont au courant, autant coopérer. C’est le rôle du docteur Heywood Floyd, le père de la première mission, de proposer qu’une partie de l’équipage du Leonov soit américain, sous les ordres de la capitaine soviétique Tatiana Orlov. Bien qu’il soit remarié et père d’un petit Chris de 2 ans qui nage avec les dauphins avant de savoir marcher, il décide de partir lui aussi. Il veut savoir ce qui est arrivé à Discovery 1, à l’ordinateur HAL 9000 et ce qu’est vraiment le mystérieux monolithe noir d’encre satellisé à un des points de Lagrange entre Io et Jupiter.

Son épouse voudrait le voir rester. L’un des ressorts du roman est qu’elle va le quitter, lasse d’attendre, durant les quelques trois ans que vont durer la mission. Dans le même temps, deux couples se forment dans la station, qui se marieront au retour.

C’était sans compter avec les Chinois. La troisième puissance mondiale émerge à la fin des années 1970 avec la disparition du satrape Mao et la libéralisation économique de Deng Xiaoping. La Chine veut rattraper l’Occident et dépasser l’URSS – ce qui sera bel et bien accompli deux décennies plus tard, Arthur C. Clarke a toujours été visionnaire et nombre de ses prédictions se sont réalisées. La Chine envoie donc le vaisseau Tsien. Il dépasse le Leonov avant de se poser sur le satellite de Jupiter Europe pour refaire du combustible en pompant de l’eau dans la glace. Mais, hélas, une créature vivante monstrueuse émerge des profondeurs et l’engloutit. Mieux vaut éviter Europe… Ce sera d’ailleurs le message de Bowman aux Terriens du vaisseau Leonov, transmis par les Puissances via son intermédiaire.

Le Leonov retrouve Discovery 1 et le Dr Chandra reprend en main l’ordinateur HAL 9000, son bébé. Il semble que l’intelligence artificielle ait été l’objet d’une psychose à cause d’ordres contradictoires inoculés dans sa mémoire. La machine logique les a gérés comme elle a pu, mais la manie gouvernementale américaine du « secret » a bien failli éliminer les humains du vaisseau pour faire réussir la mission. Heureusement que Dave Bowman s’est montré pragmatique et astucieux pour déjouer les pièges de HAL et débrancher ses fonctions supérieures.

La nouvelle mission comprend donc pourquoi HAL a failli et comment il faut programmer les ordinateurs pour qu’ils ne dérapent pas. Quant au monolithe noir, toujours en place, impossible d’en découvrir plus sur lui, il est imperméable aux mesures. Jusqu’à ce qu’il disparaisse. Où est-il allé ? Sur Jupiter, où une grande tache intrigue les astronomes terrestres depuis quelque temps. Lorsque le Leonov s’approche, il découvre qu’elle est composée de milliers de monolithes noirs identiques, qui se répliquent comme des « machines de von Neumann » – une théorie réellement développée au Centre spatial de la NASA, comme l’indique l’auteur en postface.

Le plus étrange est que Dave Bowman se manifeste au Dr Heywood via HAL ; il le prévient d’avoir à quitter l’orbite du point de Lagrange d’ici quinze jours sous peine de mort. En effet, Jupiter va imploser et devenir une naine blanche, formant un nouveau « soleil » dans le ciel terrestre. Par quel effet ? Par l’action des Puissances, qui ont un projet d’encourager la vie sur le satellite Europe. En effet, cette énergie cosmique est devenue une sorte de dieu dont la mission est, comme la nature, de créer les conditions d’émergence de la vie, quelle que soit sa forme, et de sélectionner les plus aptes. Les monolithes sont là pour ça.

Tous ceux qui ont aimé 2001 aimeront 2010.

Comme pour le premier roman, un film a été sorti en 1984, 2010 : L’Année du premier contact, réalisé par Peter Hyams (aussi en Blu-ray).

Arthur Charles Clarke, 2010 : Odyssée deux (2010: Odyssey Two), 1982, J’ai lu 2001, 320 pages, €7,80

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John Irving, L’œuvre de Dieu, la part du diable

Un long roman américain sur le modèle de David Copperfield, retraçant la vie d’un orphelin. Sauf que cela se passe dans une ancienne scierie du Maine, lieu isolé nommé Saint Cloud’s par les habitants, où l’orphelinat fondé par le jeune docteur Wilbur Larch fait aussi office de clinique d’avortements clandestins. Les mères célibataires qui ont fauté, ont le choix entre mettre au monde et abandonner, ou interrompre la vie et laisser tomber : c’est l’œuvre de Dieu pour les orphelins, la part du diable pour les avortés. Pour le Dr Larch, la véritable part du diable est celle de la guerre, la boucherie de 14 qu’il a vue de ses yeux. Avoir ou refuser un enfant reste toujours l’œuvre de Dieu.

Une fois nés, les bébés sont affublés d’un prénom et d’un nom inventés, choisis par les infirmières. Ce pourquoi le garçon s’est prénommé Homer et que son nom est Wells. En général, les enfants trouvent une famille d’adoption dans leurs premières années, mais cela ne réussit pas à chaque fois. L’orphelinat les accueille toujours, s’ils sont rejetés ou malheureux. Ce fut le cas d’Homer, adopté quatre fois, et à chaque fois décalé dans sa nouvelle famille. La dernière, qui l’avait adopté lorsqu’il avait déjà 12 ans, était très sportive et le couple l’avait emmené camper dans la forêt. En se baignant entre deux cordes dans la rivière en crue, l’homme et la femme se sont trouvés emportés par un train d’arbres sciés en amont, et Homer a dû revenir sans famille « chez lui » – à l’orphelinat.

Une telle constance l’a fait rester, et le Dr Larch s’est pris pour lui d’une affection quasi paternelle. Lui demandant de « se rendre utile » dès l’âge de 13 ans, il lui a appris les gestes de l’accouchement, des rudiments de médecine, et même comment avorter une femme. Mais l’orphelin a toujours considéré l’interruption d’une grossesse avec une répugnance intime ; il a refusé d’opérer.

Un jour, une Cadillac décapotée blanche apporte un jeune couple encore au lycée, dont la fille a pris le ballon à cause d’une capote percée de façon perverse par celui qui les distribue libéralement. Le Dr Larch l’a avortée, tandis qu’Homer s’est pris d’affection pour la jeune fille aux poils pubiens blonds et légers, et pour son ami et presque fiancé Wally, fils de famille athlétique d’un domaine de pommes et de cidre. A 20 ans, après avoir fait ses classes sexuelles dès 14 ans avec la grosse Melony, l’aînée des filles orpheline, elle aussi inadoptable, Homer se fait recruter comme cueilleur de pommes et accueillir dans la famille de Wally et de Candy à Ocean View dans le Maine, près de la mer qu’il n’a jamais vue.

Il apprend à nager, à conduire, à cultiver les pommes, à réparer la mécanique ; il connaît enfin l’océan, le cinéma, la grande roue. Nous sommes dans les années 40, Wally part à la guerre accomplir son rêve de pilote ; il est descendu au-dessus de la Birmanie par les Japonais qui occupent le pays ; durant dix mois, il sera considéré comme « disparu » avant de réapparaître amaigri, handicapé et devenu stérile. En désespoir de cause Candy, qui aime autant l’un des garçons que l’autre, fait l’amour avec Homer et avec grand plaisir. Elle attend un enfant et Homer ne veut absolument pas qu’elle avorte, cette fois-ci. Ils partent à Saint Cloud’s pour accoucher et le bébé est prénommé Ange, masculin d’Angela, l’une des nurses qu’Homer a connu enfant. Sauf que Wally revient et que Candy ne peut que se marier avec lui ; elle l’avait promis. L’enfant Ange est alors élevé par ce couple à trois, « adopté » selon la version officielle pour obéir aux convenances. Mais Homer et Candy feront l’amour 270 fois en quinze ans, malgré le mariage officiel avec l’autre. C’est que les règles, c’est bien ; la réalité les fait transgresser souvent, pour motifs supérieurs. Ainsi le bonheur d’Ange et de Wally.

Le titre américain est plus explicite que le titre français. « Les règles de la maison de cidre » font référence au règlement administratif à destination des cueilleurs de pommes saisonniers. Il pose ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, que ce soit pour des raisons de sécurité, de morale ou de relations sociales. Or les Noirs qui viennent chaque été sous la houlette de Monsieur Rose, expert à vous lacérer blouson et chemise d’un coup, sans toucher la peau, si vous le serrez de trop près, ont leurs propres règles – différentes de celles de Blancs. Homer comprend alors ce qu’un orphelin ne peut connaître : que tout est règle dans la société, qu’il s’agisse du travail, du flirt, du mariage, de la paternité. Monsieur Rose transgressera ses propres règles en versant du côté noir de l’inceste, ce qui obligera Homer à avorter sa fille Rose Rose pour ne pas qu’elle ne le tente elle-même et mette sa vie en danger.

Car « La convention n’est pas la morale », dit Charlotte Brontë citée en exergue. La morale est humaine, la convention est sociale. Entre les deux, la liberté de chacun. Par morale, Homer refuse d’avorter les femmes, de forcer sa compagne ou d’abandonner son enfant. Alors que les règles sociales, explicites ou implicites, pourraient le lui imposer selon la loi ou « par convenances ». Or la réalité des situations va les lui faire transgresser une à une, malgré lui : le décès à plus de 90 ans du Dr Larch l’obligera à offrir la liberté que ne permet toujours pas loi aux femmes de choisir si elles veulent prendre la responsabilité d’un enfant ou non ; il ne quittera le domicile « familial » avec Candy (et Wally) que lorsque Ange aura passé 15 ans, devenu aussi grand que son père et musclé comme Wally en sa jeunesse ; il lui fera passer le permis de conduire à 16 ans pour qu’il puisse choisir d’aller le voir à Saint Cloud’s quand il le veut. Car il lui a constamment marqué son amour, ce qui lui a manqué en tant qu’orphelin. Il y a des scènes banales mais touchantes entre père et fils adolescent dans le roman. Ange découvrira le pouvoir de raconter des histoires et deviendra – comme l’auteur – écrivain.

Irving est lui-même né hors mariage et son père adoptif était professeur d’obstétrique à Harvard, ce pourquoi il en connaît long sur le vagin, l’utérus et tous les organes de la reproduction. Mais il emporte le lecteur dans une obsession de la famille et ses personnages secondaires fourmillent, chacun agissant de façon excentrique. Toutes ces vies qui s’entrecroisent sont décrites avec bonne humeur et humour (qui est aussi une « humeur » particulière). C’est victorien et rabelaisien à la fois, avec ce côté entraînant d’homme d’action qui est le propre du romancier américain.

Un film réalisé par Lase Hallström a été tiré de ce roman-fleuve avec Tobey Maguire et Michael Caine, et a obtenu six Oscars du cinéma.

John Irving, L’œuvre de Dieu, la part du diable (The Cider House Rules), 1985, Points Seuil 2014, 832 pages, €13,95

DVD L’œuvre de Dieu, la part du diable, Lasse Hallström, 1999, avec‎ Tobey Maguire, Charlize Theron, Delroy Lindo, Paul Rudd, Michael Caine, Buena Vista Home Entertainement 2003 (anglais VO et français doublé), 2h11, €32,49

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Pearl Buck, Vent d’est, vent d’ouest

Pearl Buck, prix Nobel de littérature 1938, est une Américaine mariée à un Américain qui a vécu en Chine de 1917 à 1927. Son premier roman ne peut que porter sur l’acculturation rapide d’une Chine restée féodale et patriarcale à cause de l’ouverture au monde apportée par le commerce occidental durant la Première république, de 1912 à 1949. Le vent d’est rencontre le vent d’ouest et le climat entre en turbulences.

Kwein-Lan est une jeune fille de Chine traditionnelle, au mariage arrangé alors qu’elle n’était pas encore née avec un fils d’une famille amie qui avait déjà 6 ans. La cérémonie n’a eu lieu qu’après les études du jeune homme, d’abord à Pékin, puis aux États-Unis où il est devenu médecin. Il a découvert la science, répudié les superstitions ; il a goûté aux mœurs libres américaines, considéré la femme égale à l’homme. Lorsqu’il revient dans sa famille restée conservatrice, c’est le choc des cultures.

Sa jeune épouse, éduquée à le servir et à se taire, à obéir en tout à sa belle-mère puisqu’elle a été « vendue » à sa nouvelle famille, est désorientée. Rien de ce qu’elle fait bien n’est bien aux yeux de son mari féru de nouvelles mœurs. Ce sera une lente rééducation qu’il lui imposera, dans la douceur, en commençant par déménager pour ne plus vivre dans sa famille élargie mais en couple avec leur enfant, un fils vigoureux qui fait le bonheur de sa mère et la fierté de sa grand-mère paternelle, puis en l’aidant à débander ses pieds. L’amour naît entre eux naturellement, ce qui n’était pas évident.

Cette jeune fille qui raconte de façon ingénue et naïve son expérience au jour le jour à « une amie » qui pourrait être l’autrice, fait le charme du livre.

Dans le même temps, autre combinaison : Kwein-Lan a un frère aîné qu’elle aime, mais dont elle a été séparée lorsque le garçon avait 9 ans pour qu’il vive du côté des hommes de la maison traditionnelle. Il est fin et obstiné comme sa mère, la Première épouse, mais aime le sexe comme son père riche qui accumule les concubines. Il le convainc d’aller étudier lui aussi aux États-Unis, comme c’est la mode dans la nouvelle République. Mais il informe sa famille, au bout de quelques années, qu’il est tombé amoureux là-bas d’une Américaine, et qu’ils se sont mariés.

Drame en Chine. Les parents avaient, comme il se doit, arrangé un mariage avec une fille de la famille Li et c’est perdre la face que de rompre le contrat. Certes, la fille n’est pas belle, mais on ne pouvait le savoir à sa naissance ; elle est surtout d’une famille honorable et riche, du même rang que le fils aîné.

Rien à faire : le frère de Kwein-Lan est amoureux et rien ne le fera changer d’avis. Il en a assez de la lourde tutelle des traditions immuables et de l’autoritarisme de sa mère. Il n’en fera qu’à sa tête. Pour convaincre ses parents, lui et sa femme Mary font le voyage en Chine et se présentent à la famille. C’est toute une diplomatie des petits pas pour aborder les choses en douceur : habiter dans un premier temps avec sa sœur, aller voir sa mère tout seul, puis en couple, y retourner lorsque le père, parti vagabonder pour éviter les ennuis, est de retour, habiter la maison familiale mais dans une aile à part, sans jamais se mélanger aux autres, tomber enceinte d’un fils – que la belle-mère refuse, n’étant pas du sang ancestral.

La Première épouse meurt, de chagrin de cette « souillure du sang », et sans petit-fils digne de continuer la lignée des ancêtres (la Chine féodale est raciste, la nouvelle se veut seulement « patriotique »). Le père, qui en discute avec le clan familial mâle (les femmes n’ont pas droit à la parole), exige de son fils aîné qu’il répudie Mary et la renvoie en Amérique avec son rejeton et une belle somme, puis qu’il épouse la fille Li comme prévu. Pas question : le fils préfère être déshérité et poursuivre la vie commune avec sa femme américaine. Ils resteront en Chine si possible, habiteront une petite maison comme sa sœur et son mari médecin, lui travaillera comme professeur, sinon, ils iront aux États-Unis. Le temps n’est plus à l’obéissance aveugle aux rites antiques, inadaptés au monde nouveau

Ce roman d’un cœur simple, confronté aux bouleversements du temps, en dit beaucoup sur une Chine passée en un siècle des mœurs féodales aux mœurs modernes, l’individualisme à l’américaine ayant laissé la place, dès 1949 avec Mao, au collectivisme patriotique, avant un retour de balancier vers l’initiative individuelle de Deng Xiaoping à partir de 1978.

Pearl Buck, Vent d’est, vent d’ouest (East Wind : West Wind), 1930, Livre de poche 1972, 250 pages, €8,40

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Trump et nous

Donald, duc aux cheveux oranges, a gagné non seulement les institutions, mais aussi la population. Il est désormais président de plein exercice des États-Unis, ayant remporté la présidence, le Sénat, la Chambre des représentants, et conservant la Cour suprême. Il a tous les pouvoirs.

Quelle leçon pour nous ?

Son succès est dû à la fois au discours populiste et aux réseaux sociaux.

Il est populiste parce qu’il agite les plus bas instincts humains, la peur et la haine, la survie. L’immigration est pour lui le bouc-émissaire facile de tout ce qui ne va pas en Amérique (comme pour Le Pen-Zemmour). Ceux qui sont différents sont aussi nuisibles que des Aliens venus d’ailleurs ; ils menacent insidieusement la base WASP des États-Unis, en régression démographique. « Apocalypse zombie », dit Elon Musk de l’immigration – bien que lui-même soit immigré. La vulnérabilité aux théories du complot (paranoïa) serait causée par l’instinct de survie : les informations potentiellement dangereuses, même fausses, sont prises en compte plus fortement que les autres ; on les croit plus vite et plus volontiers, selon le Système 1 du cerveau expliqué par Daniel Kahneman.

C’est aussi, pour Trump le trompeur, un coin enfoncé dans la bonne conscience morale de ses adversaires intellos de gauche. Ce pourquoi Kamala Harris, demi-Jamaïcaine et demi-Indienne, n’était probablement pas la bonne candidate pour contrer le mâle blanc dominateur d’origine allemande.

Les réseaux sociaux, c’est Elon Musk (né en Afrique du sud alors raciste), autiste Asperger harcelé à l’école et père de douze enfants avec trois femmes, dont les garçons X Æ A-XII (ou X), Techno Mechanicus (ou Tau), la fille Exa Dark Sideræl (ou Y), et un transgenre Xavier devenue fille (Vivian), « piégée par le woke », dit-il. Il veut sa revanche sur la société et devient l’innovateur en chef de l’Amérique d’aujourd’hui avec SpaceX, Tesla, le transhumanisme Neurolink, OpenAI, xAI et le réseau X (ex-Twitter). Les algorithmes des ingénieurs du chaos, si bien décrits par Giuliano di Empoli dans son livre chroniqué sur ce blog, ont appris tout seul à capter le ressentiment et à s’en servir pour asséner des slogans porteurs à des publics précis.

Le seul personnage historique en politique qui ait réussi cette alliance de manipulation des bas instincts et de technique la plus avancée a été Adolf Hitler. Peut-être est-ce ce qui nous attend.

Le moralisme de gauche politiquement correct qui dérive de plus en plus vers le woke revanchard des minorités colorées, est manifestement rejeté par la population des États-Unis, dans un mouvement non seulement anti-élite, mais aussi anti-assistanat. La liberté prime sur toute notion d’égalité. Les gens veulent faire ce qu’ils veulent sans que des normes, des règles, des lois, ou l’État puissent s’y opposer. Les libertariens représentent l’acmé de l’individualisme porté par le mouvement démocratique. Non sans contradictions : s’il est interdit d’interdire, pourquoi interdire l’avortement pour des raisons morales ?

Le projet MAGA pour l’Amérique à nouveau forte d’Elon Musk, riche de 210 milliards $ et désormais conseiller du président, vient de ses expériences industrielles :

  • Il préfère les essais aux théories, développer par itération plutôt que de tout concevoir en une fois – d’où le flou du « programme » politique.
  • Il cherche avant tout à éliminer pour optimiser – d’où ses propositions de supprimer des milliers de fonctionnaires (5 % par an minimum) et les règles « inutiles » voire « néfastes » à l’initiative.
  • Il prône l’intégration verticale, un maximum de compétences en interne pour maîtriser le maximum de choses sans dépendre de sous-traitants, de leur bon-vouloir, leurs délais, leurs difficultés – d’où les droits de douane élevés aux importations des pays tiers, le rapatriement des industries sur le territoire, et la méfiance envers les « alliances » et tout ce qui n’est pas « intérêt » premier de l’Amérique, voire les coups d’État encouragés à l’étranger proche si c’est pour accaparer les mines de lithium.

A noter pour nous qu’Elon Musk est proche en Europe d’Alain Soral et de Giorgia Meloni ; il a aussi désactivé son réseau de satellites lors d’une offensive ukrainienne en Crimée pour faire plaisir au tyran mafieux Poutine.

La politique, ce n’est pas du rationnel, c’est de l’irrationnel.

Ce sont les émotions véhiculées par les images, mais surtout les instincts de base que sont la peur, la faim, le sexe, qui motivent les votes des électeurs. Freud distingue les pulsions de vie liées à la recherche du plaisir, de la satisfaction et de l’amour – et les pulsions de mort liées à l’agressivité, à la destruction et à la pulsion de retour à l’inorganique. Les psychologues modernes, notamment américains, résument les instincts fondamentaux en : survie, reproduction, réalisation personnelle, soin.

Pour Trump :

  • la peur, donc la survie, c’est l’immigration et le changement culturel du woke ;
  • la faim, donc la réalisation personnelle et le soin aux citoyens légitimes, ce sont les bas salaires, la concurrence chinoise et allemande, et le trop d’impôts ;
  • le sexe, donc la reproduction, c’est le féminisme croissant qui dévalorise la virilité et la victimisation hystérique des Mitou qui fait de tout mâle – dès la maternelle – un violeur prédateur dominateur en puissance.

Où l’on constate objectivement, dans ces élections, que près de la moitié des femelles américaines semblent plutôt aimer être « prises par la chatte », comme l’a déclaré Trump – puisqu’elles ont voté largement pour lui – et que beaucoup de Latinos et de « Nègres » (ce nouveau mot ancien qui va faire führer aux USA, déjà né sous X) préfèrent un mâle blond, riche et autoritaire à une femelle classe moyenne, métissée et libérale.

C’est peut-être aussi ce qui nous attend – dans les prochains mois et les prochaines années.

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