Voir danser les filles nues, chante Nietzsche

Après les doctes débats entre le magicien et le savant qui opposent le désir à la raison, Nietzsche/Zarathoustra se propose une relâche sous la forme d’un poème aux « filles du désert ». Car il faut que nul ne soit privé de désert ! dit en gros « l’ombre de Zarathoustra » – elle n’est pas lui mais presque lui ; elle est sa part d’ombre, sa mélancolie, toujours attachée à ses pas.

Il craint « le mauvais jeu des nuages qui passent, de l’humide mélancolie, du ciel voilé, des soleils cachés, des vents d’automne qui hurlent ». Mélancolie de l’Europe pluvieuse et grise, qui appelle le soleil et la chaleur. L’air pur des montagnes de Suisse n’est pas le seul : celui du désert existe aussi. Sans nuages gris ni noires pensées.

Et « le voyageur qui s’appelait l’ombre de Zarathoustra » de saisir une lyre et de chanter son poème aux filles du désert. « Me voilà donc assis / dans cette plus petite de toutes les oasis, / pareille à une datte, / brun, édulcoré, doré, / avide d’une ronde bouche de jeune fille, / plus encore de dents canines, /des dents de jeunes filles, / froides, blanches comme neige et tranchantes, / car c’est après elle que languit/ le cœur chaud de toutes les dattes »

Complexe de castration ? L’ombre se dit « ensphinxée » par les chatteries des très jeunes filles, inventant un mot nouveau pour dire « l’air de paradis » qu’il respire – un air de nirvana où plus rien n’est à acquérir. Bien qu’il doute : « C’est que je viens de l’Europe qui est plus incrédule que toutes les épouses mûres ». Car la danseuse « s’est tenue trop longtemps (…) sur une seule jambe ».

Ce qui manque à ces filles qui savent danser, c’est la pensée ; elles n’ont qu’« idées et caprices plus petits encore, plus fous et plus méchants » ; elles ne sont que séduction, laissant « sans avenir, sans souvenir » – comme une drogue. « Elle s’en est allée pour toujours, l’autre jambe ».

D’où le rugissement de lion que chante l’ombre de Zarathoustra, ce lion qui secoue les contraintes mais n’en est pas libéré, pas encore enfant, pas encore surhumain. « Ah ! Monte, dignité ! / Dignité vertueuse, dignité d’Européen ! / Souffle, souffle de nouveau / Soufflet de la vertu ! Ah ! / Hurler encore une fois, / hurler moralement ! / en lion moral, hurler devant les filles du désert ! / – Car les hurlements de la vertu, / délicieuses jeunes filles, / sont plus que toute chose / les ardeurs de l’Européen, les fringales de l’Européen… »

L’ombre de Zarathoustra résiste à la séduction de sphinge du sexe des jeunes filles du désert, là où il n’y a qu’à se laisser vivre, de ventre en ventre, sans s’en faire plus avant. La Morale aide à surmonter cet anéantissement, dit le lion, car le lion n’a pas encore dépassé la morale, pas plus que l’ombre qui en reste tentée. Les ardeurs vitales sont des désirs normaux, plus encore ceux des Européens qui ne vivent pas dans l’hédonisme oriental, fantasmé à l’époque de Nietzsche. Cet hédonisme est un nihilisme, une annihilation par les sens, d’une jouissance de l’instant qui se fait plus grande avec l’époque (Gide publiera en 1897, soit 13 ans après Zarathoustra, LesNourritures terrestres) : « Le désert grandit : malheur à celui qui recèle un désert ! » s’exclame l’ombre de Zarathoustra en conclusion.

Chacun a chanté son chant, le voyageur et puis l’ombre. « Le Réveil » peut commencer – au chapitre suivant.

(J’utilise la traduction 1947 de Maurice Betz au Livre de poche qui est fluide et agréable ; elle est aujourd’hui introuvable.)

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1884, traduction Geneviève Bianquis, Garnier Flammarion 2006, 480 pages, €4,80 e-book €4,49

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra – Œuvres III avec Par-delà le bien et le mal, Pour la généalogie de la morale, Le cas Wagner, Crépuscule des idoles, L’Antéchrist, Nietzsche contre Wagner, Ecce Homo, Gallimard Pléiade 2023, 1305 pages, €69.00

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33 Dernière vue de Tallin

Nous montons en bus sur la colline au-dessus de la mer ou a lieu tous les trois ans un festival de chant national depuis 1869, date du réveil. À la fin de l’Union soviétique, la chorale était un moment de résistance et le festival un lieu propice à célébrer la nation contre l’anonymat communiste et l’empire moscovite.

L’ambassade de Chine est en bas de la colline. Le drapeau chinois comprend cinq étoiles sur fond rouge. Les étoiles sont les provinces ethniques de Chine : les Han, les Mandchous, les Mongols, les Hui et les Tibétains. Cette interprétation est parallèle avec l’officielle qui fait que les cinq étoiles et leur relation représentent l’unité du peuple sous la direction du Parti communiste. L’étoile la plus grosse est celle du parti, les quatre autres celles des classes sociales associées par Mao : les prolétaires, les paysans, les petits bourgeois, les capitalistes patriotes. 

Le couvent de Sainte Brigitte a été incendié par Ivan le terrible il ne subsiste que le pignon. Le couvent des Brigittines depuis l’indépendance est actif.

Arrêt au port avant l’aéroport. Le petit port de plaisance est gelé en hiver, avis aux navigateurs. Vue sur Tallinn-grad au loin avec la sculpture en hommage au parachutiste en ballon à la fin du XIXe siècle qui s’est noyé car tombé trop loin de la côte. Il avait réussi le saut mais mal prévu l’arrivée. La statue de la roussalka, traditionnellement une fée ou une ondine, est ici un ange féminin (si l’on peut dire) qui porte une croix orthodoxe. C’est un hommage à la frégate naufragée qui portait le nom de Roussalka. Le tsar est venu se recueillir devant.

Nous allons marcher au marché. C’est un grand bâtiment près de la gare. Nous trouvons évidemment des étals de poissons fumés, de sprats et de harengs, mais aussi du saumon et du caviar de 13 € à 1350 € les 500 g, en fonction de la qualité. Il existe aussi un pavillon des antiquités, dont la plupart sont d’époque soviétique. Des albums de rock des années 60 et 70 sont les restes des actes de résistance de l’époque.

Les remparts comprennent 24 tours sur les 46 d’origine. Nous longeons les trois maisons dites les Trois sœurs. Une porte sculptée. Le siège du KGB est un bâtiment jaune. La Grosse Margaret est la tour principale derrière laquelle s’ouvre un bunker enterré. Saint Olaf est église luthérienne, dépouillée de tout sauf du Christ au chœur. Le plancher est peint et brillant. Les lustres-chandeliers ont un aigle à deux têtes, tsariste. Il s’y joue de l’orgue.

Nous prenons l’avion à 15h55 directement pour Paris, qui n’est pas si loin. L’Europe est un continent de petite taille.

F I N

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27 Histoire mouvementée des pays baltes

Une petite conférence du prof dans le bus, puisque nous avons des heures de voyage. Tartu a été fondée en 1030 et prise par les croisés au XIIIe siècle. Tallinn veut dire ville danoise, créée en 1343. Les Estoniens se révoltent contre les Danois, contre les Teutoniques, contre les Suédois qui ont pris Riga en 1621, contre la Russie en 1710 et en 1917. Ils proclament leur indépendance le 24 février 1918. Mais, en 1940, Staline exige des bases puis les Allemands l’envahissent en 1941 jusqu’en 1944. Après la bataille de Narva contre les derniers nazis, la domination soviétique s’étend jusqu’en 1991. Les derniers partisans ont été éradiqués en 1978.

Les chorales ont été le ciment de la résistance avant les manifestations à prétexte écologique des années 1980. Les Estoniens sont réputés taciturnes et distants, car ils vivent dispersés et dans un climat difficile. Ils sourient peu par tradition, mais plus encore par habitude soviétique de faire toujours la gueule (regardez nos socialistes !). Construire l’avenir radieux n’est pas une joie et sourire aurait signifié se moquer du monde, à la manière des bourgeois oisifs. Luther puis Staline, ce n’est pas drôle – Poutine non plus. Il faut cependant ne jamais s’énerver car les Estoniens se bloquent. Les Lituaniens, selon Pierre, sont plus chaleureux. Les Russes, en revanche, sont plus expressifs et baroques, dominateurs. Ils n’hésitent pas à dire leurs quatre vérités et à gueuler si nécessaire.

Barclay de Tolly était un général écossais au service du tsar, vainqueur de Napoléon avant Koutouzov, qui n’a fait que reprendre sa politique efficace de la terre brûlée. C’est ce dernier qui a récolté la gloire de la stratégie élaborée par le premier.

L’orientalisme russe se confond avec les conquêtes militaires depuis Ivan IV le Terrible. L’expansion se fait vers l’Asie centrale et la Sibérie. La colonisation vise aux échanges commerciaux et à la stratégie. Les garnisons appuient l’évangélisation partielle, mais une autonomie religieuse est laissée aux peuples pour les associer à l’empire russe. Le coton d’Asie centrale et le pétrole de Bakou sont vitaux. Ils ont permis à l’industrie textile de Saint-Pétersbourg de prendre son essor, grâce à la colonisation de l’Ouzbékistan. La Chine a cependant accordé une plus grande autonomie à ses provinces que la Russie soviétique.

Sous Staline, des déplacements autoritaires de population ont été effectués pour promouvoir la nouvelle citoyenneté non ethnique de l’homo soviéticus. Le communisme était à la fois une utopie « scientifique », si l’on peut dire, et un sentiment religieux. Il s’agissait de passer du Moyen Âge à la technologie du XXe siècle – du moujik au spoutnik comme disait Georges Marchais : 1957 le premier satellite artificiel, 1961 Gagarine le premier homme dans l’espace, 1965 la première sortie humaine dans l’espace, tout cela soviétique. Ce projet enthousiasmant a permis à la société d’adhérer à l’idéologie bien qu’elle ne crut pas au collectivisme communiste. C’était tellement différent du monde figé des Romanov. La chute de l’URSS a été due à la guerre des étoiles de Reagan qui a essoufflé l’économie soviétique, à l’échec technique de Tchernobyl, et à l’invasion de l’Afghanistan qui a détruit le moral de l’armée rouge. Ce fut leur Vietnam avec des musulmans soviétiques qui combattaient des musulmans afghans.

Le pouvoir doit être légitimé par le savoir, d’où la création de chaires d’études orientales en Russie, tout comme ont été créées des chaires d’études de civilisation arabe en France. Il s’agit de dominer l’autre par la connaissance de sa langue et de sa culture. Le mythe était aussi de trouver des origines communes indo-européennes pour justifier l’empire. En 1818 s’ouvre le premier musée d’art asiatique à Saint-Pétersbourg. Ce voyage aux Pays baltes devait d’ailleurs avoir lieu à Saint-Pétersbourg mais la guerre l’a empêché.

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32 Vie de Tallin

Après une théorie de petits gilets jaunes, la Maison de l’évêque. Une souffleuse de verre officie dans sa boutique. Porte de Virou ou de la terre. Des kids de collège sortent, plus ou moins vêtus. Certains sont engoncés dans plusieurs épaisseurs alors que d’autres ne sont qu’en tee-shirt. Cela fait quand même plaisir de voir des blonds et des bruns, tous blancs. Une dame passe en costume traditionnel, elle va probablement à un événement.

Au restaurant Trofé (« estonian and nordic food »), nous avons du gaspacho à la tomate (fort peu nordique), une tranche de porc aux pommes de terre et chou confit (très estonienne), et des crêpes. Un peu lourd pour l’après-midi, surtout pour ceux qui ont pris une bière.

La porte de Viru a été mentionnée pour la première fois en 1362. Elle fermait les rues commerçantes de Tallin. Seules deux tours subsistent, avec une barbacane. L’hôtel Viru, construit en 1968 à l’ère soviétique, a brûlé et a été reconstruit en 1972. Les trois premiers étages ont été sonorisés par le KGB pour écouter les délégations ou les jeunes équipes de sports. Le Kompromat consistait à enregistrer qui disait quoi et qui baisait avec qui, dès quel âge. Un ado blond me sourit alors que je prends sa photo au milieu de ses copains. J’ai pris peu avant une belle jeune fille au nombril à l’air et haut moulant sans rien dessous, malgré la température assez fraîche. Mais elle est en chaleur, pianotant avec fébrilité sur son gadget téléphonique, probablement à son petit copain qui a hâte lui aussi de se rapprocher d’elle.

Nous passons devant la plus vieille maison en bois de Tallinn ; elle est peinte en gris et présente des décorations autour des fenêtres et une frise sous l’avant-toit. Dans la rue parallèle se tient la maison de Barbie, tout en rose. Celle de Ken est en vert et à côté. Pourquoi Ken et Barbie n’ont-ils pas d’enfant ? – Parce que Ken est vendu en boîte séparée, répond Pierre.

Une statue de Kreutzwald (Valcroix si l’on traduit en français) qui a écrit l’épopée nationale à la fin du XIXe siècle sur le fils de Kale.

Palais Kadriorg puis palais présidentiel à l’emblème des trois lions, parallèle à celui du Danemark, souvenir du christianisme. Le premier pays à avoir reconnu l’indépendance de l’Estonie est l’Islande. Dans le parc, l’isba en bois de Pierre le Grand a été conservée. Dans le parc, un petit écureuil la queue en panache court de-ci delà, vif et joyeux comme un jeune kid.

Musée Mikkel. Il a été établi dans les anciennes cuisines du palais. Il n’a guère d’intérêt, collectionnant les copies. En rez-de-chaussée, une exposition de peinture soviétique est plus intéressante pour son style typique. À l’étage, les fameuses céramiques asiatiques qui intéressent le prof sont très pauvres.

Dans le parc près duquel est garé le bus, a lieu une course d’orientation, et des jeunes des deux sexes et de tous âges courent une carte à la main ou sillonnent les allées en VTT. Ils sont tous vêtus de couleurs vives, à l’américaine. Il fait chaud au soleil mais frais à l’ombre. Nous voyons aussi beaucoup de landaus. Je ne sais s’il y a une renaissance des naissances à Tallinn, au vu du plein emploi, ou s’il y a tout simplement un dispensaire dans le quartier.

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Alain Schmoll, Un drôle de goût !

L’auteur reprend les personnages de La tentation de la vague, paru en 2020, pour distiller un nouveau thriller financier à la manière de Sulitzer (et de ses nègres) jadis. C’est plutôt réussi, avec les mêmes défauts que dans le roman précédent : un début poussif, trop long, qui s’étale sur la vie privée passée sans enclencher l’action. La « préface » (datée de « mai 2029 »!) d’un faux rédacteur qui aurait connu les personnages est inutile et alourdit l’intrigue, d’autant qu’elle n’ajoute rien. Mais, une fois parti et passé le premier quart, c’est passionnant.

Werner Jonquart est fils de famille entrepreneur, patron depuis sept ans d’une multinationale familiale suisse du fromage de bonne réputation. Il sait déléguer et il finit par s’ennuyer. Alors, pourquoi ne pas vendre ses parts ? Il en possède assez peu, conservées dans une holding de tête qui elle-même possède des participations qui… au total une fraction du capital, mais suffisant pour assurer la direction.

Une fois cette idée instillée en lui, il est approché par deux groupes, l’un américain et l’autre chinois. Tous deux sont des fauves redoutables du capitalisme. Le premier en égocentré libertarien qui n’hésite pas à user de tous les moyens pour parvenir à ses fins, y compris les alliances troubles avec les mouvements extrémistes de droite trumpiste et les cartels colombiens. Le second en mandataire de l’Etat-parti chinois qui a le temps et les moyens pour lui et qui n’hésite pas à manipuler les banquiers des Triades qui font du trafic en tous genres ; des malversations tolérées par le régime s’il affaiblit l’Occident.

Werner a la fatuité de vouloir lui-même fixer les règles du jeu : une date et heure précise pour les offres ultimes, la possibilité de refuser, le cautionnement de 90 % du prix proposé à l’achat qui sera ferme et définitif une fois l’offre acceptée, le tout scruté et bardé par une bataillon d’avocats. Comme si les requins de la finance allaient obéir à des règles…

D’ailleurs, un drôle de goût survient dans certains fromages du groupe, pas partout et pas tout le temps. C’est un hacking habile qui a introduit un cheval de Troie dans le système informatique régissant les dosages. Le pentester (je ne connaissais pas ce métier neuf !) mandaté pour trouver les failles est curieusement retrouvé mort peu après s’être vanté de pouvoir remonter à la source ; il aurait succombé à une overdose dans sa baignoire, lui qui ne prenait aucune drogue… Cette déstabilisation ne serait-elle pas opérée pour faire baisser les cours de bourse et disposer d’un moyen de pression sur le « deal » ?

Comme la pression ne fonctionne pas, objectif sa vie privée. Werner est un homme à femmes depuis tout petit, mais l’homme d’une seule femme depuis son adolescence attardée lorsqu’il fut gauchiste à Cuba. Julia est son alter ego, avocate vouée aux causes libératrices, des femmes battues aux écolos anti-pollution. Elle est restée idéaliste, lui devenu réaliste. Ils se voient, se quittent se remettent, s’ennuient et se séparent, se regrettent et se remettent : drôle de goûts… Julia est mère d’une petite fille qu’elle a eu avec un avocat de Bordeaux, duquel elle s’est séparée, et qui a refait sa vie avec une autre en lui enfournant quatre enfants, elle qui en avait déjà deux. L’auteur s’amuse.

Mais Julia fréquente à Paris des gauchistes attardés de plus en plus radicaux depuis qu’ils voient que ça ne marche pas et que la jeunesse se détourne de leurs idéaux utopistes et irréalisables. De quoi être prêts au terrorisme de type Brigade rouge ou Action directe. De dangereux « insoumis » qui provoquent et paradent, agitateurs professionnels pour bouter le chaos dans la politique, l’économie, la société. Bizarrement, pour un auteur très au fait de l’actualité, la connexion islamiste n’apparaît jamais dans ces dérives sectaires à la Mélenchon, pourtant elles existent dans les mentalités. Reste que le gauchisme activiste est aussi un ennemi pour Werner, outre l’extrême-droite affairiste yankee et les Triades du parti communiste chinois.

De quoi s’en inquiéter, d’autant que l’affaire traîne à se faire. D’ailleurs, une question se pose : pourquoi diable un conglomérat américain et une entreprise chinoise veulent-ils à tout prix acheter une entreprise familiale suisse de fromages ? Certes, elle est installée à Genève, certes, elle a une excellente réputation auprès des banques, certes, elle est à proximité des Ports-francs et Entrepôts de Genève, zone peu réglementée qui abrite très souvent des œuvres d’art stockées comme en banque en dépôt sous douane illimité – parfois volées ou pillées. Est-ce la raison ? Mais la Fromagerie Jonquart ne loue aucun entrepôt dans les Ports-francs.

L’Américain mandate un commando de Colombiens pour zigouiller les Chinois, lesquels tentent d’enlever au GhB en plein Paris une Julia trop confiante. L’affaire se corse, si l’on ose dire. Werner va tout d’abord se rapprocher dune amie d’enfance devenue major à Interpol, puis, comme les enquêtes sont lentes et les menaces de plus en plus précises, il va devoir actionner ses petites cellules grises pour trouver une parade. Il s’agit de sauver sa vie, celle de sa compagne et de leur fille (il a adopté celle de Julia, dont son père biologique se désintéresse), et celle de son entreprise.

Il va trouver… et c’est plutôt original même si l’on se dit (mais après coup) que « bon sang, mais c’est bien sûr ! » Je ne vous en dis rien, ce serait ôter le suspense, même si c’est le cheminement du thriller qui passionne plutôt que la fin.

Alain Schmoll, Un drôle de goût !, 2024, éditions CIGAS SAS, 333 pages, €13,90, e-book Kindle €4,49 (mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés Amazon partenaire)

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

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31 Églises de Tallin

Nous allons voir sur la colline. La tour date du 14e, le grand Hermann – le gardien en allemand – qui est une tour. La forteresse danoise, le château Toompea, est le siège du Parlement estonien, 101 députés qui élisent le président et le Premier ministre. Le parc Lindamagi a été lieu de résistance antisoviétique dans les années avant l’indépendance.

L’église orthodoxe Alexandre Nevski a cinq bulbes, le central représente le Christ et les quatre autres les évangélistes. Le bulbe s’appelle kokochnik en russe. Sous l’église Saint Nicolas, des moines fantômes se représentaient en bronze, sans visage.

Doma, la cathédrale Sainte-Marie, coûte 2€ l’entrée. Elle est protestante. Juste après, un kiosque animé par une femme mûre vend des amandes parfumées à la cannelle, à l’orange, à la cerise, au cassis, ce qui fait le délice de ces dames qui s’empressent d’en acheter des sachets à 5€ chaque pour offrir en cadeau à leur femme de ménage, leur jardinier ou leur chauffeur. Je n’ai aucun de ces personnels de maison et je me contente du fumet. Le kiosque est à l’enseigne du moine gourmet et se trouve littéralement dévalisé : la femme a dû faire sa recette d’une semaine. Un peu plus loin, nous admirons un point de vue sur la vieille ville et le port

Nous allons au café Maiasmokk, le plus vieux et le plus célèbre de Tallinn. Établi en 1864, il se situe au 16 Pikk street, en face de l’ambassade russe devant laquelle guettent, moteur allumé et phares en veille, deux voitures de police. Une cinquantaine de panneaux couverts d’affiches anti-Poutine sont disposés devant la façade. Le tyran mafieux du Kremlin est qualifié de tous les noms : terroriste, kidnappeur, abuseur d’enfants, tueur, et ainsi de suite. C’est réjouissant. Le café est à 2,50€ et d’ambiance viennoise. Des pâtisseries faites maison et des massepains peints à la main font la réputation du Maiasmokk. La petite fille en massepain est célèbre, présent d’un jeune homme à sa promise en 1936. Il est dit que la ville de Tallin (qui s’appelait Reval dans la Hanse), fait concurrence à Lübeck pour avoir inventé la pâte d’amande sucrée. Le massepain était d’abord utilisé comme médicament – on ne sait contre quoi – peut-être la faim ?

Le Vieux Thomas sert de girouette à l’hôtel de ville qui date de 1432. Une vieille pharmacie vend encore des herbes et de potions de grand-mère – mais l’entrée est payante, 2€. Les maisons marchandes médiévales se situaient en face des remparts, dans une ruelle qui les longe.

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30 Tallin en Estonie

Arrivée dans la capitale de l’Estonie. Notre hôtel est le Tallink Express Hotel, près du port des ferries. Il faut remplir une fiche de police comme au temps de l’URSS : la Russie est tout près… Il jouxte un hôtel avec spa et nous dînerons dans une cage au-dessus de la piscine ou s’ébattent de jeunes couples et des gamins qui jouent avec leur papa. Nous dînons dans la partie spa de l’hôtel d’une salade au fromage, de magret de canard cuit à la vapeur très tendre, sauce au thym citron, avec risotto noir et chou-fleur al dente, enfin d’un moelleux au chocolat coulis de fruits rouges. Une adote caresse un ado au bord de la piscine, un petit garçon se jette dans les bras de son père car il ne sait pas encore nager et se flanquer dans l’eau tout en étant protégé est une frayeur plaisante.

Pas très loin de l’hôtel se trouve une grande esplanade soviétique construite pour les Jeux olympiques de 1984 et une salle où a été tourné le film thriller de science-fiction Tenet, réalisé par Christopher Nolan en 2020, que je n’ai jamais vu.

La flèche de Saint Olaf fait 167 m de haut. Nous visitons les remparts, la forteresse, le quartier de Kalamaya devenu très populaire car près de la mer, la prison Paterai soviétique établie dans la base militaire tsariste. Des hangars d’hydravion 1910 subsistent. Avant la première guerre mondiale, la Russie avait la plus grosse flotte d’avions au monde. Sur le port, un musée des bateaux avec un brise-glace du 19ème siècle de 75 m de long, construit à Stettin en 1914, un garde-côte de 1943 construit aux États-Unis et donné à l’Estonie en 1997, ainsi qu’un mini sous-marin en bois de 5 m de long construit par l’ingénieur Ottomar Gern en 1854 et conduit par quatre personnes pas claustrophobes. Pas d’odeur iodée, la Baltique reçoit beaucoup d’eau douce qui ne favorise pas les algues.

Un parc a été établi sur l’emplacement d’un ancien cimetière. Les usines soviétiques sont réhabilitées en bureaux et appartements. Des entrepôts de logistique, du tourisme, des échanges avec Helsinki, favorisent le plein emploi à Tallinn. Il y a aussi, plus récemment, le design et l’informatique, la ville voulant devenir une smart city. Subsistent des maisons en bois entretenues, mais aussi des bâtiments gris staliniens. Nous croisons dans la rue un robot de livraison. Ce sont deux Estoniens qui ont inventé Skype. Les trains-citernes de pétrole, venus de Russie, sont désormais stoppés. Nous les voyons en rang sur les voies, comme des chapelets de boudins blancs ; ils sont du même gris pisseux. Les transports en commun sont gratuits à Tallinn pour les habitants, mais pas pour les autres.

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Valérie Gans, La question interdite

Un roman puissant, d’actualité, sur la vérité. Écrit au lance-pierre, avec des billes lancées à grande vitesse qui frappent juste et lourdement : sur l’effet de meute, l’anonymat lyncheur des réseaux sociaux, la dérive hystérique d’un certain féminisme. La « question interdite » ne devrait pas l’être : « et si ce n’était pas vrai ? »

Pas vrai qu’un homme de 40 ans ait abusé d’une adolescente de 13 ans (et demi) ? Pas vrai que la fille l’ait ouvertement accusé ? Pas vrai que la mère abusive ait « cru » le « non-dit » ? Pas vrai que l’inspectrice de la police (on dit plutôt lieutenant aujourd’hui, je crois) ait capté la vérité dans les propos décousus et incohérents de l’une et de l’autre ?

Une histoire simple, comme dirait Sautet au nom prédestiné : un vidéaste connu monte un projet sur la féminité. Adam, au nom d’homme premier, est soucieux du droit des femmes et milite depuis toujours contre le machisme, ayant montré dans ses vidéos les horreurs de la soumission dans les pays autour de la Méditerranée et en France. Il s’entiche – professionnellement – en 2017 d’une gourde un peu grosse rencontrée dans un café où elle s’essaie à devenir adulte en ingurgitant le breuvage amer qu’elle n’aime pas. Il voit en elle son potentiel, le développement de ses qualités physiques et mentales. Il lui propose de tourner d’elle des vidéos spontanées, qu’il montera avec des vidéos de femmes plus âgées, afin d’exposer l’épanouissement d’une adolescente à la féminité. En tout bien tout honneur, évidemment, avec autorisation de sa mère et contrat dûment signé. Lui est marié à Pauline, une psy qui enchaîne les gardes pour obtenir un poste.

La mère, Ukrainienne mariée à un Iranien décédé, ne vit plus sa vie de femme depuis le décès de son mari cinq ans auparavant ; elle se projette sur sa fille et fantasme. Elle la pousse dans le studio, sinon dans les bras du bel homme connu. Shirin la gamine se révèle ; elle devient femme, se libère de ses complexes face aux regards des autres, améliore ses notes, devient populaire. Les autres filles l’envient, les garçons de son âge sont un peu jaloux et voudraient en savoir plus sur les trucs qui se passent.

Mais il ne se passe rien.

Jusqu’au jour où Shirin, désormais 14 ans, rentre en larmes et claque la porte de sa chambre. Sa mère, biberonnée à l’environnement féministe, aux soupçons immédiats sur le sexe pédocriminel, à la différence d’âge qui ne s’admet plus, se fait un cinéma : sa fille vient d’être violée et, même si elle n’a rien dit, c’est normal, elle est « sidérée » – mot de la mode qui plaque un concept qui n’explique rien. Elle la convainc d’aller « porter plainte », comme la mode le veut, pour que le (présumé) coupable soit « puni », autrement dit retiré de la société pour trente ans, comme s’il avait tué. La policière qui reçoit mère et fille entend surtout la mère, la fille est bouleversée, elle borborygme, elle n’avoue rien. Normal, pense la pandore formatée par l’époque, elle est « sous emprise » – mot de la mode qui plaque un concept qui n’explique rien.

Le présumé innocent est convoqué, interrogé, soupçonné. Il nie évidemment qu’il se soit passé quoi que ce soit, mais la fille ne parle pas. Il est donc coupable. Aux yeux de la police, aux yeux de l’opinion, aux yeux de son avocat, un soi-disant « ami » qui ne le croit pas puisque personne n’y croit. Les réseaux sociaux se déchaînent, chacun dans sa bulle confortable : les hommes prêts à juger les autres pour les turpitudes qu’ils auraient bien voulu avoir ; les femmes (qui n’ont que ça à foutre, faute de mecs à leur convenance) dans l’hystérie anti-mâles, revanchardes des siècles de « domination » – mot de la mode qui plaque un concept qui n’explique rien. Adam est boycotté par ses clients, jeté de sa galerie où il expose ses vidéos, une pétasse qui avait 15 ans et lui 19 vingt ans auparavant l’accuse (gratuitement) de « viol » – mot de la mode qui plaque un concept juridique qui n’explique rien des faits réels. Il entre en mort sociale. Pauline, sa femme, demande le divorce tant la pression des autres et de ses collègues lui font honte de rester avec un tel criminel (pas encore jugé, la justice est très très lente en ces matières). Désespéré, il se suicide.

Fin de l’histoire ?

Non. Shirin, vingt ans plus tard, a du remord. Elle sait ce qui s’est passé, c’est-à-dire rien, et elle voudrait réhabiliter Adam qui l’a révélée à elle-même contre les autres, sa mère possessive qui vivait ses fantasmes par procurations, ses petits copains boutonneux qui ne pensaient qu’à baiser sans aimer, ses copines jalouses et venimeuses qui ne songeaient qu’à se faire valoir aux dépens des autres. Tout le monde en prend pour son grade.

Nous sommes désormais en 2028 et la société a bien changé. Valérie Gans l’imagine sans peine comme un prolongement hystérisé des tendances actuelles, ce qui donne un chapitre savoureux (et inquiétant) d’anticipation. Plus aucune relation entre hommes et femmes sans le regard des autres, la « transparence » réelle des bureaux vitrés, des surveillances de tous contre tous. « Pour peu que Shirin s’offusque d’un compliment, d’un sourire, d’une invitation qu’elle jugerait déplacée, Stan se retrouverait condamné » p.116. « Un regard trop appuyé, s’il est surpris – voire photographié et instagramé – par quelqu’un de l’autre côté de la vitre peut entraîner sa perte » p.117. Admirable société où l’homme est un loup pour la femme et réciproquement. « Dans ce monde régi par la peur de se faire accuser de harcèlement, les hommes déjà pas très courageux avant se sont repliés sur eux-mêmes. Célibataires malgré eux, quand ils n’ont pas tout simplement viré gays, ils sortent entre eux, vivent entre eux… simplement parce qu’ils n’osent plus draguer. Triste » p.116. Mais vrai, déjà aujourd’hui.

Shirin, qui vit avec son amie Lalla sans être lesbienne, faute de mec à accrocher, décide de rétablir la vérité contre sa mère, contre la police qui n’a pas été jusqu’au bout, contre la société qui a hystérisé la cause sans chercher plus loin que « le symbole » – mot de la mode qui plaque un concept qui n’explique rien. Elle poste donc un rectificatif sur l’ex-fesses-book des étudiants d’Harvard, devenu vitrine respectable des rombières de la cinquantaine ménopausées en quête de CAD (causes à défendre) : « Et si ce n’était pas vrai ? »

Mais raconter qu’on ne s’est pas fait violer – ça n’intéresse personne ! Pour son équilibre mental, Shirin veut « donner sa version des faits plutôt que, ce qu’il y a vingt ans, on lui a fait avouer » p.120. Elle déclenche une riposte… « atomique ». Les réseaux sociaux se déchaînent contre l’ex-violée qui refuse son statut symbolique (et socialement confortable) de « victime » – mot de la mode qui n’explique rien. La désormais « bonne » société des vagins éveillés (woke) ne veut pas entendre parler de la vérité car « la vérité » n’est pas le réel mais ce qu’elle croit et désigne comme telle. Comme des Trump en jupons (violeur condamné récemment pour avoir payé une actrice du porno afin qu’elle la ferme), les hystériques considèrent que la vérité est relative et que la leur est la bonne : il t’a regardé, il t’a donc violée. « Victime, on te croit », braille le slogan des bornées.

Shirin ne va pas s’en sortir car recommence – à l’envers – le même processus des réseaux, des accusations, de l’opprobre et de l’agression physique, jusqu’à la mort sociale. Et le suicide de Shirin, qui reproduit celui d’Adam. Sauf qu’elle est sauvée in extremis par elle-même sans le savoir, qui téléphone à sa mère pour qu’elle vienne la sauver – et réparer le mal qu’elle a fait, en toute bonne conscience. Un séjour en hôpital psychiatrique lui permettra de rencontrer une psy qui la fera révéler « la » vérité (la seule valable, l’unique qui rend compte des faits réels) et ainsi se préserver de « la honte » et de la horde. Je ne vous raconte pas ces faits réels, ils sont le sel de cette histoire d’imbéciles attisés par les mauvaises mœurs de l’impunité en réseau. La foule est bête, la foule féministe est vengeresse, la foule en réseaux fait justice elle-même en aveugle.

De quoi se poser des questions, si possibles les bonnes questions, avant qu’il ne soit trop tard et que les accusations gratuites n’aboutissent à des meurtres en série. Car, quitte à prendre trente ans de tôle, autant se venger réellement des accusatrices sans fondement !

Il faut noter pour l’ambiance d’époque – la nôtre – que le manuscrit de cette autrice ayant été refusé par les maisons d’éditions (avec le courage reconnu qu’on leur connaît!), bien qu’elles aient déjà publié d’elle une vingtaine de romans, Valérie Gans a créé sa propre maison pour contrer la Cancel « culture » : Une autre voix. Celle de la liberté de penser, de dire et d’écrire. Valérie Gans n’est pas n’importe qui : maîtrise de finance et d’économie de Paris-Dauphine en 1987, elle a travaillé dix ans dans la publicité et chronique depuis 2004 des livres pour Madame Figaro. Ce qu’elle dit doit nous interpeller. Son roman se lit d’une traite, bien qu’elle abuse des retours à la ligne.

Valérie Gans, La question interdite, 2023, éditions Une autre voix, 208 pages, €31,00, e-book €12,50 (mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés Amazon partenaire)

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

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29 Manoir de Sagadi et village d’Altja

Nous arrivons au manoir art nouveau de Sagadi. Là est un restaurant, le Sagadi Forest Centre qui nous attire en premier, vu l’heure. Nous avons une salade, du poisson aux petits pois frais et de la purée, des fruits rouges en coulis. C’est plutôt chic et bon.

Nous visitons ensuite le manoir qui, il faut le reconnaître, n’a guère d’intérêt à l’intérieur. C’est une suite de pièces reconstituées avec quelques tableaux d’intérêt secondaire et une salle de chasse aux massacres impressionnants. Il y a cependant une armure entière de samouraï dans une vitrine. Son parc est agréable avec un petit lac paisible où se reposer au soleil sur un banc – qui est fait d’une souche de chêne creusée.

Nous passons au village de pêcheurs d’Altja qui a cinq siècles d’existence, zone interdite car militaire sous l’URSS. Aujourd’hui, c’est un parc national, le Lahemaa, et le paysage est préservé. La côte sert aux pêcheurs et aux navigateurs de plaisance. De nombreuses maisons de bois sont reconstituées ou rénovées. Elles sont peintes, en général de couleurs vives, vert, rouge, jaune, bleu… Le gris du climat exige la couleur.

À Vosu, kool est le nom de l’école, créée en 1898. Elle a été financée par des dons de mécènes, notamment des gens venus en villégiature depuis Saint-Pétersbourg. Une association a collecté les dons et a peu à peu agrandi le nombre de classes et de niveaux.

À Kasmu, village estonien-finnois-suédois, un sauna est construit sur le port de plaisance, près des catways. C’est « le village du capitaine » car ici a été érigé une sorte de phare à la pointe. Le premier bateau a été construit en 1697 par le baron de Palmse. La construction navale de petits et grands bateaux dure depuis deux siècles. Une école maritime a été fondée qui a duré jusqu’en 1931, diplômant 94 capitaines et formant 1664 mousses. Le lieu est devenu connu grâce à ses marins, dont l’amiral Johannes Pika, formé au village, et aux divers intellectuels qui sont venus s’y reposer au bord de la mer.

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La science ne sauve pas du nihilisme, dit Nietzsche

Le vieux magicien a chanté son poème au chapitre précédent, et « seul le consciencieux de l’esprit ne s’était pas laissé prendre. » Lui n’est pas pour le mythe ni l’illusion du sorcier, mais pour l’esprit libre et pour la science.

« Vieux démon mélancolique, dit-il, ta plainte contient un appeau, tu ressembles à ceux qui par leur éloge de la chasteté invite secrètement à des voluptés ! » Et ils sont nombreux, les faux-vertueux, les hypocrites, les Tartuffe qui chantent « cachez ce sein que je ne saurais voir » tout en lorgnant sur la poitrine innocente offerte à leurs yeux impudiques. Le débat se poursuit entre le vieux magicien et l’homme consciencieux, entre le sorcier et le savant. «Ô âmes libres, dit ce dernier, où dont s’en est allée votre liberté ? Il me semble presque que vous ressemblez à ceux qui ont longtemps regardé danser des filles nues : vos âmes même se mettent à danser ! » Il oppose par là le désir à la raison, tout comme le président Macron contre Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. Mais la raison peut-elle l’emporter seule ? Sans désir de raison ? Sans passion d’analyse et de jugement ? Sans volonté positive ?

Séduire les sens ne suffit pas. L’homme consciencieux « cherche plus de certitude » ; les tenants du magicien « plus d’incertitude ». Aucun des deux n’opère la synthèse que fit Rabelais reprenant Salomon et qui est la bonne : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Les partisans du chaos adorent « plus de frissons, plus de dangers, plus de tremblements de terre ». Ils ont « envie de la vie la plus inquiétante et la plus dangereuse, qui m’inspire plus de crainte à moi, la vie des bêtes sauvages, envie de forêts, de cavernes, de montagnes abruptes et de labyrinthes ». Les séducteurs « ne sont pas ceux qui vous conduisent hors du danger » mais « ceux qui vous égarent, qui vous éloignent de tous les chemins ». Ensorceler permet d’égarer, et égarer permet de conduire le troupeau désorienté là où l’on veut qu’il aille. Tous les tyrans le savent (ainsi ont fait Lénine et Hitler).

Engendrer la peur pour mieux contrôler les masses, tel la peur du loup pour le troupeau moutonnier – voilà la stratégie du chaos des Le Pen/Zemmour/Bardella (avec l’immigration) et du Mélenchon (avec son agitation antisioniste et anticapitaliste – en amalgamant les deux, comme il se doit). L’homme consciencieux analyse : « Car la crainte, c’est le sentiment inné et primordial de l’homme ; par la crainte s’explique toute chose, le péché originel et la vertu originelle. Ma vertu, elle aussi, est née de la crainte, elle s’appelle : science. »

Mais Zarathoustra, qui rentre et a entendu, rit de ce débat et des derniers arguments. Il remet « la vérité à l’endroit » (comme Marx le fit de la dialectique de Hegel). Pour lui, Zarathoustra, « la crainte est notre exception. Mais le courage, le goût de l’aventure et la joie de l’incertitude, de ce qui n’a pas encore été hasardé – le courage, voilà ce qui me semble toute l’histoire primitive de l’homme. » Il renverse la preuve par l’affirmation de la volonté vitale : ce n’est pas craindre qui est premier, mais vivre (survivre, vivre mieux, vivre plus).

« Ce courage, enfin affiné, enfin spiritualisé, ce courage humain, avec les ailes de l’aigle et la ruse du serpent » est ce qui importe aujourd’hui que les religions (y compris séculières comme le communisme ou le nationalisme) sont vues comme elles sont : des illusions qui enchaînent. Plutôt louer l’énergie vitale que de craindre la mort – voilà qui est vivre. Camus ne disait pas autre chose lorsqu’il « imaginait Sisyphe heureux. »

(J’utilise la traduction 1947 de Maurice Betz au Livre de poche qui est fluide et agréable ; elle est aujourd’hui introuvable.)

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1884, traduction Geneviève Bianquis, Garnier Flammarion 2006, 480 pages, €4,80 e-book €4,49

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra – Œuvres III avec Par-delà le bien et le mal, Pour la généalogie de la morale, Le cas Wagner, Crépuscule des idoles, L’Antéchrist, Nietzsche contre Wagner, Ecce Homo, Gallimard Pléiade 2023, 1305 pages, €69.00

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28 Tartu

A Tartu, une maison penchée est due à l’affaissement du terrain. Nous entrons à l’université pour visiter la salle de remise des diplômes ; elle est claire et sans ornement. Cette université a été fondée par le roi suédois Gustave Adolphe en 1632, dont la statue à moustache et chapeau de mousquetaire trône sur la place. Mais le bâtiment principal est l’œuvre de l’architecte W. Krauss en 1803, terminé en 1809.

L’église Saint-Jean-Baptiste est ornée sur sa façade de briques de personnages en terre cuite : plus de mille ! Nous n’entrons pas. L’église a été souvent détruite, la dernière fois par les bombardements de 1944 ; elle a été entièrement restaurée en 2004.

Une statue d’un poète de 18 ans, Christian Jacques Peterson qui a chanté la paysannerie et langue estonienne, est érigée dans le parc, face à la cathédrale Sainte-Marie en briques et en ruines. Il est mort de la tuberculose à 21 ans. De la cathédrale de briques ne subsistent que les arcades à ciel ouvert. Le pont date de 1813, pour les 200 ans d’anniversaire des Romanov.

En 1905, la défaite russe à Port Arthur contre les Japonais est un choc géopolitique mondial. Le tsarisme à la Romanov est discrédité et la première révolution intérieure russe a lieu. D’où la revanche de Joukov contre les Japonais dans les années 30, puis l’invasion de Sakhaline et des Kouriles en 1945. Le film de Kurosawa intitulé Derzou Ouzala montre la rivalité Russo-japonaise dès la fin du 19e.

Le Grand jeu à mis au jour la tectonique des plaques des empires de Russie, de Grande-Bretagne et de Chine. Peter Hopkirk a écrit plusieurs livres sur le sujet, très intéressants à lire et relire.

Le lac Pepsi est le quatrième plus grand lac d’Europe, le premier étant le lac Ladoga – mais il n’est ni brun, ni effervescent comme son homologue en bouteille. Nous croisons beaucoup de grosses voitures mais aussi une Lada, il en reste. Histoire de Pierre : tous les conducteurs de Lada se connaissent : ils se retrouvent tous les lundis matin au garage. Pour trouver des pièces détachées, il suffit de suivre une Lada. Pour doubler le prix d’une Lada, il faut seulement faire le plein.

Curieux nom de ville sur un panneau : Ankhula. Les lacs sont gelés, la neige subsiste dans les sous-bois. Peut-être le nom du village donne-t-il une recette ancestrale pour se réchauffer ?

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La chasse à l’homme d’Édouard Molinaro

Dans ce film sans prétention mais qui réunit une belle brochette de vedettes des années 60, le thème est le mariage. L’homme résiste, la femme veut.

Pour le mâle, rien de tel que de faire travailler les filles comme Fernand (Jean-Paul Belmondo) ou de papillonner ici ou là selon son désir comme Julien (Claude Rich). Mais le jeune bourgeois maquettiste en publicité Antoine (Jean-Claude Brialy) veut se marier avec Gisèle (Marie Laforêt), femme du monde jeune et riche, qui a intrigué avec sa sœur pour l’accaparer parmi d’autres partis moins bien dotés.

Qu’à cela ne tienne, son meilleur ami professeur de psychologie Julien, divorcé et voulant ne jamais réépouser, tente de le dissuader en lui racontant des anecdotes. C’est prétexte à évoquer Denise (Catherine Deneuve), 17 ans et vierge de profession, sa secrétaire qui tape ses rapports mais n’hésite pas à se proposer ingénument à lui. Or Julien couche déjà avec une femme mariée (Micheline Presle) que son mari (Michel Serrault) vient chercher jusque dans sa chambre, sur dénonciation anonyme (nous sommes à dix ans de l’Occupation et la délation à la Gestapo était le passe-temps favori des Français pétainistes). Il ne la trouve pas, mais découvre Denise couchée nue dans le lit. Plates excuses. C’est alors que surgit le père de Denise (Bernard Blier) qui vient chercher sa fille mineure jusque dans la chambre, sur dénonciation anonyme (comique de répétition). Il ne la trouve pas, mais la maîtresse de Julien dans l’armoire – d’ailleurs inconfortable. Plates excuses. Sauf que, derrière le bureau, sa fille est bien là mais ne tape pas le rapport, elle avoue se taper plutôt son patron. « Mais qu’importe puisqu’on va se marier ! » Julien se trouve obligé de demander sa main. Le père accepte : « Puisque vous allez vous marier, alors… »

Retour à Antoine qui s’est costumé pour le mariage. Julien l’entraîne prendre un dernier verre de garçon au café de Fernand, ancien maquereau qui a été agrippé par Sophie (Marie Dubois), la fille du café. Elle en pince pour lui qui joue les truands et cache un flingue sous sa veste. La brutalité a toujours fasciné les filles, on ne sait pourquoi – même quand le mari les frappe. Faire travailler les putes n’est pas de tout repos et les flics s’intéressent à lui, alors Fernand se range. Il voit que le bistrot rapporte par les fafiots palpés en fin de journée. Mais sa position est désormais inversée : c’est Fernand qui travaille et Sophie qui encaisse (comique d’inversion).

Julien emmène son ami Antoine au château de sa belle pour son mariage… dans une petite voiture (Simca des années 50 ?) ridicule devant la Lincoln décapotable qu’arbore le bistrotier avec ses gains de mac (comique de comparaison). Ils sont en retard car l’auto ne va pas vite, et tout le monde les attend. Mais Antoine doute : doit-il se marier avec la redoutable Gisèle, qui paraît plus calculatrice qu’aimante ? Ne va-t-elle pas, avec sa richesse, lui mettre le grappin dessus et aliéner sa liberté ? Il décide que non et la voiturette repart, laissant en plan les pingouins et le curé prêt à officier avec ses mignons qui s’envolent en aubes blanches.

Pour se vider les idées, Antoine part en croisière dans les îles grecques avec un billet qu’il avait acheté pour le voyage de noces. Il donne l’autre à Fernand pour le libérer de la limonade. Sur le bateau, une certaine Madame Armande (Hélène Duc), ex-tenancière de bordel rue de Provence, voudrait bien le séduire, mais Antoine préfère le mirage de Françoise (Françoise Dorléac), jeune et jolie, mais arnaqueuse professionnelle. Armande, durant ses multiples croisières pour éponger son fric et trouver des gigolos en bon pied à sa chaussure avide, l’a connue sous les noms divers de Clotilde, Élisabeth, Sandra, Carole et tutti quanti. La fille a l’art de se faire prêter une grosse somme « pour acheter une antiquité » et ensuite disparaître. Comme Armande l’apprend à Antoine, celui-ci la démasque. Ils se quittent bons amis et Françoise lui donne en cadeau une serviette pour ranger ses papiers. Débarque alors à son hôtel un faux-flic grec (Francis Blanche) à fausse moustache qui se fait appeler Papatakis (papate à qui ?, comique de dérision). Il accuse Antoine d’espionnage et « découvre » dans la serviette des plans de rampes de lancement de fusées turques (?). Pour se libérer de l’ennui d’avoir à s’expliquer au commissariat, Antoine paye en chèque de voyage… la même somme qu’il devait prêter à Françoise. Laquelle est de mèche avec le faux papate.

Malgré cela, Antoine reste séduit par la belle, car elle sait y faire et n’a pas froid aux yeux, même en haut de l’hôtel sur la plateforme face au vide. Il l’épouse. « Pas de vol entre époux », songe-t-il. Julien, convoqué comme témoin à la mairie, est subjugué par une brune au regard doux… Rien que le regard le place déjà « sous emprise » comme on dit aujourd’hui. Quant à Fernand, il s’est mis avec l’ex-tenancière qui comprend son langage « banlieue » – et possède une Rolls !

Le mariage serait-il donc irrésistible ? Les dialogues sont de Michel Audiard et le film commence et se termine par un concert d’aboiements. Il s’agit d’une chasse à courre où la maîtresse est une femme, traquant le cerf jusqu’à l’hallali. Caché dans un buisson de l’étang comme des cerfs aux abois, trois hommes nus, Antoine, Julien et Fernand : ceux qui sont rétifs au mariage.

Le spectateur trouvera des dialogues bien sonnés et des références aux Tontons flingueurs, film sorti l’année d’avant. Le mariage est un thème un peu passé de mode – mais cela revient avec le vote frileux tradi. Les masculinistes se réjouiront des anciennes coutumes macho des années soixante. Et tous admireront dans cette pochade défouloir l’art subtil du jeu entre les hommes et les femmes – où les femmes gagnent à la fin par l’institution fétiche : le mariage !

DVD La chasse à l’homme, Édouard Molinaro, 1964, avec‎ Jean-Claude Brialy, Françoise Dorléac, Bernard Blier, Mireille Darc, Micheline Presle, Michel Serrault, Jean-Paul Belmondo, René Château 2015, 1h25, €19,53 Blu-ray €49,49

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26 Vers Tartu

Départ à sept heures en ce lundi matin sans petit-déjeuner ; nous avons juste le temps de prendre un café au distributeur installé sur le comptoir. Il coûte généralement un euro, mais il est gratuit pour nous ce matin, avec le sac que nous emportons qui comprend un sandwich, une pomme et un chausson aux pommes.

Nous avons des Arabes, ils ont des arbres, trois milliards en Estonie. Les pins rouges ont des troncs droits qui étaient très utiles aux mâts des navires à voile. Aujourd’hui, ils servent à la construction et à l’ameublement. La forêt est de part et d’autre de la route du Nord.

Selon le guide, les Estoniens sont réputés pour leur lenteur. Deux amis marchent depuis un moment, quand soudain l’un d’eux se retourne et écrase un escargot. – Mais pourquoi tu as écrasé cet escargot ? – Je n’aime pas ça, cela fait trois heures qui nous suit !

De Riga à Tartu, nous avons 250 km en bus à parcourir. Les forêts du parc national sont peuplées de lynx, d’élans, de loups, d’ours bruns, de castors, de tétras, de cigognes, de grues. Les rivières ont servi aux vikings à pénétrer à l’intérieur du pays tout comme aux croisés teutoniques à envahir la contrée. Forêts, marécages, lacs, blocs de grès, tel est le paysage sous un ciel bas.

Nous passons devant la réserve de gaz centralisée du pays dont la concession a été confiée… à Gazprom, le maître russe ! Le premier ministre était corrompu. Le pays est donc sous dépendance ; c’est en train de changer, lentement.

La femme de Pierre le Grand est née ici. C’était une paysanne de Livonie, la province suédoise qui regroupait Lettonie et Lituanie. Orpheline, elle a été recueillie par un pasteur puis enlevée très jeune par le général Menchikov qui l’a emmenée à Moscou. Il l’a prise comme amante puis Pierre le Grand la vue et la prise à son tour avant qu’il la trouve assez forte pour devenir sa femme. D’esclave, elle est devenue tsarine et a régné deux ans sous le nom de Catherine Ire. Elle vivait à la dure, couchait par terre, montait à cheval, buvait beaucoup, tout comme son mari à la guerre. C’est pourquoi il l’aimait bien. Intelligente, elle avait du bon sens et complétait son esprit. Elle était plutôt occidentaliste et moderne, au contraire du fils de Pierre le Grand qui était slavophile et plutôt traditionaliste conservateur.

Nous traversons le village de Ragana. Il y avait auparavant une auberge où servait une très belle femme qui ne voulait pas se marier. Tous les jeunes gens du pays la courtisaient mais elle refusait toujours. Un jour, on l’a vue accompagnée d’un homme à barbiche, portant un haut de forme. Un coup de vent a fait s’envoler le chapeau et on aurait aperçu, dit-on, les deux cornes du diable.

Pause-café à la ville forteresse de Valka, 1,3 millions d’habitants dont 0,8 sont partis en Finlande. La politique d’ouverture du finlandais Kekkonen, du temps de l’Union soviétique, a permis beaucoup de contacts entre l’Estonie et la Finlande. La nouvelle génération de 1991 a été formée en Finlande et le pays a adopté l’euro dès 2011. 25 % de la population estonienne est russophone, ce qui ne veut pas dire pro-Poutine. Les salaires sont plus élevés en Finlande d’où l’émigration. L’alcoolisme règne à la campagne.

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Élections – déceptions

Dissolution d’une Assemblée dissolue, élections piège à cons à cause des démagos, élisez Élysée. Après la « sidération » (mot à la mode), la réflexion. Il aurait mieux valu commencer par là. Mais que peut la raison (qui demande un effort) contre la passion (mauvaise) de foutre les gouvernants dehors et de « renverser la table » ?

Sauf que les gens, ces gogos, sont « sous emprise » (mot à la mode). Ils résonnent simple : « on n’a pas essayé », et pis « yaka » pêle-mêle : foutre dehors les étrangers (comme si c’était facile avec le droit international, les traités signés, la Constitution), redonner du pouvoir d’achat (comme si ça se décrétait d’en haut, sans souci des entreprises et de leur productivité, ou du budget de l’État pour augmenter les fonctionnaires), baisser le prix de l’énergie (mais il y a les accords européens, difficiles à renégocier, bien que pas impossible, sauf que ça prend du temps), augmenter les impôts et faire payer les « riches » (sauf que le riche en France commence à 3100 € par mois de revenu selon l’Insee et l’ineffable François Hollande), ou « nationaliser » (discours facile, mais avec quel argent, vu la dette, quels dirigeants, vu l’inanité des fonctionnaires passés à la tête des grandes entreprises ?).

Les réalités économiques, européennes, juridiques, mondiales, vont faire comprendre très vite au nouveau gouvernement, de quelque bord qu’il soit à l’arrivée le 8 juillet, que tout n’est pas possible, qu’il faut faire des choix, mettre de l’eau dans son vin. Je me souviens de la désillusion rapide et amère de « la gauche au pouvoir » en 1981 quand, au bout de quelques mois seulement, et après trois dévaluations du franc (TROIS !), le président avait tranché : soit vous rentrez dans les clous, soit vous isolez la France dans le monde (moi je m’en fous, je reste président). Je crains que les Français qui ont voté RN soient aussi cocus que les socialo-communistes de 81 passé l’été…

La question à cent balles : fallait-il dissoudre maintenant ? Oui et non, mais surtout pourquoi pas ? La sanction électorale a été nette, « rendre la parole au peuple » n’a rien d’idiot en république. Pourquoi si vite et ne pas attendre septembre ? Parce que les sacro-saintes vacances solaires, parce que les joujoux olympiques, parce qu’un nouveau gouvernement, à la rentrée, doit se précipiter sur la préparation du Budget tout de suite sans réfléchir. Parce que pourquoi attendre ? Que les gogos regrettent ? Que les partis se remettent en ordre ?

Fallait-il dissoudre en prenant l’initiative ou attendre une motion de censure (quasi inévitable à l’automne) pour dissoudre une Assemblée déjà ingouvernable (sauf à user et abuser du 49-3) ? Les Français veulent tenter les recettes populistes d’extrême-droite ? Autant le faire sous un président qui peut encore modérer, durant une cohabitation, plutôt que de voir arriver une Marine Le Pen au pouvoir comme une fleur, portée par la naïveté de n’avoir jamais gouverné, donc jamais mécontenté, et promis tout ce qu’on voulait sans s’être une seule fois heurtée aux dures réalités du monde. Et puis, au fond, les électeurs adorent la cohabitation : ils râlent, mais comme d’habitude, ils sont plutôt contents de voir l’un tempéré par l’autre pour les empêcher de faire à leur tête.

Que va-t-il se passer aux Législatives ? On ne vote pas pour une Assemblée nationale comme on vote pour des députés européens. L’Europe est loin, la France toute proche. Ce sont les impôts, les prix, la sécurité qui sont en jeu immédiatement, pas les grandes décisions prises à 27. Hors de « sortez les sortants », les promesses démagogiques sont-elles vraiment prises au sérieux ? Il n’est pas sûr que le RN ou les Nus-pieds recyclés en « front » (de gauche, on a déjà vu ça) gagnent autant de votes qu’aux Européennes.

Reste que :

  • le centre est laminé par dix ans de gouvernement (rien que de plus normal), par un président omniprésent sur tous les sujets, qui ne laisse pas son Premier ministre gouverner et qui sait mieux que vous ce qui vous convient (travers bonapartiste constant à droite, des gaullistes à Sarkozy en passant par Chirac).
  • la gauche recolle les morceaux mais ne s’incarne en personne (sauf Pépère qui se rallie au dictateur comme certains socialistes à Pétain en 40 – l’heure est grave – mais qui voudrait du Mélenchon comme décideur, ce repoussoir haineux ?).
  • la droite tradi a explosé, ce qui couvait bien avant mais que la bêtise et les egos des uns et des autres a précipité (Wauquiez a été nul, ce n’est pas nouveau, Ciotti lamentable, car il n’a pas avancé).
  • la seule droite est désormais le RN puisque Zemmour a montré son inanité à mobiliser (sauf chez les bobos riches des 16e, le 8e et 7e arrondissements de Paris) et que (même !) Marion Maréchal(-Le Pen) a rejoint le giron familial.

Alors, pour qui voter ?

  • Pour la valse des milliards à gauche ? Pour l’inexpérience de béjaune et le mur de la dette à droite ?
  • Pour l’antisémitisme sous-jacent et la politique pro-arabe à gauche, dans tout ce qu’elle comporte d’immigrés potentiels et de déni du terrorisme soit-disant « résistant » aux « colonialismes » (sauf russe) ?
  • Pour la préférence nationale et le repli frileux pro-Poutine à droite, dans tout ce que cela comporte de perte d’attractivité du pays, de déclin économique, d’émigration des élites et de politique pro-russe sans état d’âme ?

Ce n’est pas Hitler ou Staline comme le dit trop légèrement Jean-François Coppé, mais leurs avatars recyclés… inversés. Le RN prendra ses ordres à Moscou comme hier le PC. Le NFG prendra ses ordres à Alger ou Gaza comme hier l’OAS. Où sera la souveraineté nationale ?

Si j’avais, in fine, le choix cornélien de voter Mélenchon ou Bardela, je voterai… Blanc. Mais il reste encore une bonne semaine.

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Lawrence Simiane, Question ét(h)ique

Dix petites nouvelles pour moquer Woke. Cette nouvelle idéologie issue des hippies des années 60, repassée par le gauchisme des années 70-80 reconverti en écologisme mystique des années 2000, a envahi l’Occident depuis les campus des États-Unis. Un pays toujours messianique, jamais en reste d’imposer sa Loi et sa Bible au monde entier.

Le Woke part d’un bon sentiment (l’enfer en est pavé…) : l’éveil aux dominations et, plus largement, aux déterminations qui contraignent chacun. Mais, au lieu d’agir selon les Lumières, par l’esprit critique doublé de la connaissance (ça demande du travail…), est prôné le réflexe de groupe : isoler ceux qui ne pensent pas comme vous (Cancel), faire honte à ceux qui n’agissent pas selon vos normes (Mitou, manifs, terrorisme vert ou féministe), forcer tout le monde à faire comme vous (la bonne vieille loi de Lynch, démultipliée par les réseaux sociaux).

Lawrence Simiane, photographe, et écrivain à ses heures, distille dix délicieuses petites nouvelles incorrectes pour pousser à l’absurde ces nouveaux Commandement de la Nouvelle croyance.

C’est une entreprise à la pointe de la sécurité informatique qui est sommée par ses actionnaires américains de se conformer aux normes du politiquement correct anti-discriminatoire envers les femmes, les genres, les minorités, la diversité et ainsi de suite. « On a viré un grand nombre de personnes n’appartenant pas à des minorités ethno-sexo-genrées… » se vante la DRH. Et d’ajouter qu’elle propose une « formation en exclusivité karmique pour mettre à jour la perception transgénéalogique des préjugés sexo-ethniques ». Du petit lait pour les faiseurs de fric qui inventent ce genre de formation – qui ne sert à rien, qu’au wokewashing comme on dit greenwashing. En bref, ni les diplômes ni la compétence ne sont plus requis, seulement la conformité aux normes sociales exigées. « Nous avons raté le recrutement de trois experts de très haut niveau en cybersécurité, certes des hommes blancs avec dix ans d’expérience… Quand je leur ai parlé de stages, ils m’ont envoyé promener et ils ont été recruter par les chasseurs de tête pour des sociétés à Singapour, Taïwan et en Chine… »

La bêtise se paie cash. A se demander d’ailleurs si certains pays (en gros la Russie de Poutine) ne cherche pas à exacerber le prurit Woke pour déstabiliser un peu plus l’Occident démocratique dont l’ADN est la division – source de richesse humaine et d’inventivité, mais avec ses effets pervers d’exclusions et de rancune. Cet « agent invisible », titre d’une autre nouvelle a inventé aussi le terme de « décroissance » qui fait florès auprès des croyants nantis américains, et qui touche la fibre sensible de l’anticapitalisme de principe chez les Français imbibés de communisme depuis la Seconde guerre. « C’était là notre victoire : l’infiltration, le gain de l’espace mental, la colonisation de l’intérieur, la contamination des esprits par vous-mêmes. Notre stratégie à long terme consiste à exploiter les points faibles du monde occidental : perméabilité à la nouveauté, culpabilité historique ».

Dès lors, enseigner est un parcours du combattant jalonné de mines idéologiques et sensibles ; lire Madame Bovary de Flaubert devient politiquement très incorrect, donc insupportable au petit moi TPMG ; écouter un concert une gifle aux sourds et malentendants ; étudier les mathématiques une insulte aux minorités ethniques et culturelles qui auraient une autre conception des règles de l’univers ; organiser une course dans un parc une claire attaque contre le principe absolu d’égalité, sans parler d’effrayer les moineaux…

Conclusion : ne rien lire (qu’en cachette), ne rien dire (que du conformiste), ne rien faire (qui ne soit exigé, validé, reconnu). Au fond une nouvelle société de « l’Inquisition » dominée par les femelles revanchardes (titre d’une autre nouvelle), où Big Brother is watching you comme feu le petit père Staline. Sous la grande rigolade des requins de la finance yankee (qui font du fric, s’en foutent et votent Trompe), des Putin (comme on écrit politiquement correct en globish) et des Chi (comme on doit prononcer Xi selon la norme anglo-saxonne).

Contre cela je résiste : je ne vote pas collabo (de Pétain à Putin) ; je ne hurle pas avec les moutonsje lis Madame Bovary et je m’en vante à longueur de blog. Ce livre y aide, il est un bijou d’absurde et d’humour.

Lawrence Simiane, Question ét(h)ique, 2024, PhB éditions, 85 pages, €10,00 (mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés Amazon partenaire)

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25 Jurmala en Lettonie

Le bus nous mène à Jurmala, la station balnéaire la plus huppée de Lettonie. De nombreux Russes y ont encore une résidence secondaire parmi les pins rouges, tout au bord de la Baltique. L’endroit me fait penser à certaines villégiatures Napoléon III de la côte basque ou aux résidences secondaires sous les pins en Vendée. Le chemin de fer dès 1869 a permis aux riches Pétersbourgeois de venir s’y reposer. L’endroit a servi de sanatorium durant la période soviétique et Brejnev y a même séjourné.

Nous longeons des villas chic, d’anciennes en bois restaurée ou parfois remplacées par des maisons d’architecte genre cube en verre et béton.

La plage est remplie de monde, mais personne dans l’eau. Pas un kid en slip. Pourtant, la mer n’est qu’à 4°. Les chars ne sont pas autorisés – à voile évidemment. L’eau est brune et est semble-t-il moins salée que l’Atlantique. C’est que beaucoup de fleuves et de rivières se déversent dans la Baltique ce qui fait que l’eau y est plus douce et plus chargée en matières organiques.

Selon Pierre, les Estoniens sont poussés à se convertir au business par les Finlandais, les Lituaniens par les Polonais et par leur diaspora importante. Seuls les Lettons sont à la traîne, ayant conservé des habitudes soviétiques, doublées de corruption.

Nous prenons un chocolat chaud, qui se dit ici kakao, dans un café sur l’avenue piétonne qui traverse la bourgade, depuis la plage jusqu’au parking où nous attend le bus. Des familles déambulent pour la parade, de jeunes couples riches et russes, certains avec enfants. Tous sont chaudement vêtus en ce dimanche sous le petit vent frisquet.

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Waterloo de Serge Bondarchuk

Deux heures et quart de grand badaboum à l’italo-soviétique sur ce 18 juin de légende, un être d’exception confronté à son destin, la volonté qui fait trembler le monde. Le producteur Dino de Laurentis comme le réalisateur Serguei Bondartchuk (prononcez tchouk) n’ont pas lésiné sur les moyens de leur immense ambition… malgré un échec commercial retentissant auprès des Yankees. C’est que l’honneur, la volonté, la stratégie, sont étrangers à la mentalité individualiste, libertarienne et égocentrée des Étasuniens.

Ce sont quand même 16 000 figurants de l’Armée rouge, une brigade complète de la cavalerie soviétique et de nombreux ingénieurs et terrassiers qui permettent une reconstitution réaliste des mouvements de troupes. Le champ de bataille de Waterloo (« morne plaine » selon Totor) a été reconstitué en Ukraine (alors soviétique) dans les environs d’Oujhorod. Deux collines ont du être rasées, huit kilomètres de routes installées, cinq mille arbres plantés ainsi que du blé et des fleurs sauvages, des bâtiments historiques reconstitués – sans parler de la boue, la fameuse boue qui a retardé de quatre heures la bataille, faisant basculer son résultat.

Les uniformes, les armes et les tactiques sont historiques, la présence des maréchaux Ney et Soult dans le début du film ne le sont pas. Les attaques frontales et les mouvements tournants de Napoléon cherchent à renverser la puissance de feu des Anglais qui usent du feu de salve au lieu d’utiliser les canons « comme un pistolet » selon le général anglais Wellington. La tactique des soldats anglais de tirer au mousquet par salves en rangs successifs qui se lèvent et se couchent pour recharger est très efficace. Mais les généraux de Napoléon sont vieillis, tout comme l’empereur. La charge de la cavalerie française reste impuissante et comme incongrue face aux fantassins anglais qui se sont mis en carré. Pourquoi l’infanterie français n’a-t-elle pas reçu l’ordre de suivre ? Tournoyer ne fait qu’offrir des cibles, tout comme les Indiens face aux cow-boys dans la Prairie. La défaite française n’a tenue qu’à un fil, à l’arrivée de Blücher et de ses 30 000 hommes alors que Grouchy, chargé de le « marquer », s’en est tenu aux ordres sans réfléchir et n’a pu intervenir à temps. Erreurs d’appréciation côté français, Napoléon fatigué et malade, mauvais usage de l’artillerie embourbée – ce n’est pas la bravoure des troupes anglaises qui a prévalu, malgré ce que suggère le film, car composée de gens de sac et de corde, à part les régiments écossais.

Waterloo, c’est la dernière bataille de l’Aigle, le duel à distance entre deux mentalités opposées qui se respectent. Napoléon (Rod Steiger) Corse impérieux, tumultueux romantique issu des Lumières et sûr que la volonté peut changer le monde – et Wellington (Christopher Plummer), irlandais britannique, pragmatique impassible, Arthur Wellesley devenu duc, sûr de sa caste et de ce qu’il doit faire contre « l’ennemi du genre humain ». Vieille habitude anglo-saxonne d’associer au Mal et au diable ceux qui ne vous plaisent pas dans le monde (l’empire du Mal de Reagan, les Rogues States de Bush II).

Il est étrange d’avoir tourné ce film en anglais, langue ni du producteur, ni du réalisateur, ni des compatriotes de Napoléon. Écouter parler l’empereur en anglais est barbare et le gros Bourbon Louis XVIII avec l’accent américain (Orson Welles) est plutôt ridicule. Malgré cela, et des débuts assez lents, le film est réussi au bout d’une heure et quart. C’est que la bataille commence enfin au lieu-dit Hougoumont à 11h35 le dimanche 18 juin 1815. Elle met en jeu 93 000 Français contre 122 000 coalisés de Grande-Bretagne, Prusse, Russie, Autriche, Suède, Pays-Bas, Espagne et de certains États allemands sous commandement britannique. Elle se termine à la nuit par la défaite française après carnage car « la garde meurt et ne se rend pas ». Pourquoi ? Pourquoi ? demande un soldat blond qui va tomber au champ d’honneur côté anglais.

En effet, pourquoi ? Pour restaurer la grandeur de la France, tombée dans la boue sous la Restauration ? Pour jouer aux échecs, persuadé que l’esprit commande à la main et que les dieux ne peuvent qu’être favorable à l’être qui met toute sa science à les défier ? Fin de l’empire français d’Europe, au grand soulagement des monarchies d’Ancien régime, restauration des vieilles coutumes et traditions, grosse de nouvelles révolutions, abolition de toutes les conquêtes territoriales de Napoléon et retour aux frontières de la France d’avant 1789, 40 000 Français tués à Waterloo… Les Cent jours après l’exil à l’île d’Elbe ont ruiné la France pour longtemps.

DVD Waterloo, Serge Bondarchuk, 1970, avec Rod Steiger, Christopher Plummer, Orson Welles, Virginia McKenna, Jack Hawkins, Colored films 2015, 2h14, €10,00 Blu-ray €20,03 – Attention, le film est en anglais, sur demande sous-titré en français. (mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés Amazon partenaire)

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24 Églises de Riga

L’église Saint-Jacques, où est venu le pape, est en restauration. Une messe se termine à l’intérieur en ce dimanche, et deux écrans permettent de suivre le prêtre donnant la communion dans le chœur. Nous entrons et ressortons avec discrétion.

Dans une rue, les maisons des Trois frères, appelées ainsi car elles sont côte à côte et de même style.

Nous déjeunons au restaurant Milnzis Kiploks – « à l’ail noir » – qui est très bon. Nous avons une soupe au chou-fleur et bouillon de poulet à la crème, du filet de poisson vapeur avec une purée verte de pommes de terre courgettes et salade, une meringue italienne sur un roulé de génoise.

La Doma est la cathédrale de Riga. Elle est luthérienne. La chaire est faible, les pierres tombaltes, mais il nous faut faire retour vers l’autel pour le concert d’orgue de 1880 par l’organiste Aigars Reinis qui interprète le prélude en mi mineur BWV 548 de Bach, puis le prélude chorale BWV 639, l’idylle du monastère d’Alfred Kalnins (que j’ai beaucoup aimé), enfin de Charles–Marie Widor, compositeur pour orgue français du début du XXe siècle, le final de sa sixième symphonie pour orgue. Reinis est le directeur de la musique de la cathédrale de Riga. Il a été pendant des années choriste et soliste avec le chœur de la radio lettone et membre de la Scola Cantorum de Riga. Il a reçu en 2019 le Grand prix de musique lettone pour l’ensemble de son œuvre. Nous avons beaucoup apprécié cet intermède musical qui nous changeait des musées et des vieilles pierres. Un jeune homme blond aux traits nordiques accusés, mais beau, assistait tout seul sur un banc au concert. Parmi les touristes, à part nous, seulement quelques Asiatiques.

Sur les vitraux subsistants de la cathédrale, l’homme en noir est le roi de Suède. Il possédait une armée faible en nombre mais puissante. On n’y voit la croix de fer allemande créée en 1813 pour récompenser les soldats contre Napoléon. Son origine est la croix des Teutoniques.

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Incassable de M. Night Shyamalan

Un film bizarre d’un réalisateur décalé sur une Amérique hors des normes. A une extrémité, l’homme blanc musculeux, invincible, qui ne peut être blessé et n’a jamais été malade ; à l’autre extrémité, l’homme noir chétif, atteint de la maladie des os de cristal et qui est la plupart du temps en chaise roulante. L’écart absolu entre noir et blanc, le mal et le bien. Par haine du destin, le Noir cherche son alter ego à l’autre bout d’une évolution dont il est la victime – cassé, il veut trouver l’incassable. Par instinct du bien, le Blanc cherche à protéger les autres sans le vouloir, simplement parce qu’il est bâti ainsi – immunisé, il veut se croire fragile comme les autres.

Tout commence dans le bruit et la fureur d’une catastrophe ferroviaire. Cent-vingt morts dans le déraillement du train New York-Philadelphie, à quelques kilomètres de sa destination – un seul survivant, David Dunn (Bruce Willis), banal surveillant à la sécurité du stade de la ville. Il est indemne, pas même une égratignure. Certes, les trains des compagnies privées des États-Unis ne sont pas toujours contrôlés, révisés et entretenus comme il se doit, mais on apprendra vers la fin que le hasard n’y était pour rien. Ce n’était pas la première catastrophe des dernières années : un Boeing qui s’écrase, un paquebot qui coule…

David s’interroge, à la fois poussé par son fils qui l’admire et se demande s’il est pareil, aussi invincible comme un super-héros de comics, et par une énigmatique carte d’invitation d’une galerie d’art qui lui demande s’il a jamais été malade. Au fait, l’a-t-il un jour été ? Il ne s’en souvient pas, son épouse Audrey (Robin Wright) non plus. Oui, mais ils ont eu un accident de voiture étant étudiants, un tonneau. Lui a été éjecté de la voiture et a sorti celle qui allait devenir sa femme. Mais a-t-il été blessé ? Probablement, encore que ce ne soit pas sûr.

Le patron de la galerie d’art, spécialisée dans les dessins originaux de comics, est Elijah Price (Samuel L. Jackson), né avec la maladie génétique des os de verre (en termes techniques, une ostéogenèse imparfaite de type I). Souvent à l’hôpital durant son enfance pour des fractures répétées, solitaire parce qu’il ne pouvait jouer avec les autres, il est devenu misanthrope par force et sa mère lui a acheté des comics, dont il est dit au début qu’ils représentent un talent de l’Amérique. Price se dit que, s’il existe d’aussi débiles que lui nés sur la terre, il doit exister aussi l’autre extrême, le super-mâle au squelette d’acier. Intoxiqué par son imagination, il veut le trouver dans la réalité. Ce pourquoi il collectionne les récits de catastrophes dans les journaux avant de tomber sur la perle : un seul survivant dans une apocalypse de ferraille.

Elijah l’anti-Goliath rencontre David l’anti-adolescent (les références bibliques, même inconscientes, ne cessent d’irriguer la mentalité américaine). Il s’aperçoit que l’agent de sécurité est capable de percevoir le mal chez ceux qu’il croise, comme cet homme en chemise flottante qui pourrait bien cacher « un pistolet argent à crosse noire » (c’est très précis). Il demande alors à son collègue de fouiller chacun avant qu’il n’entre sur la stade… et l’homme en chemise quitte la file. En le suivant, Elijah tombe dans les escaliers du métro et se casse littéralement en morceaux, mais a le temps de voir les dessous de l’homme – et le gros pistolet effectivement argent à crosse noire.

Intrigué, David teste ses muscles devant son fils aux haltères. Le gamin charge les poids ; c’est trop lourd, le père demande d’en enlever. Le gamin en rajoute au contraire, et David soulève toujours. Il se rend compte ainsi qu’il est plus puissant qu’il ne le croyait. Au point que le fils est persuadé que son père est l’un de ces super-héros des comics. Il tente même de lui tirer dessus avec un revolver dans la cuisine… avant d’obéir quand même par respect filial quand son père le somme de poser cette arme sous peine de disparaître de sa vie. C’est que son couple ne va plus très fort, passage en creux habituel après une douzaine d’années de mariage et un seul enfant. Joseph (Spencer Treat Clark, 12 ans au tournage), teste à l’école sa propre force en se battant avec un copain qui le défie – il est flanqué par terre. La surveillante convoque non pas la mère comme d’habitude mais le père, comme demandé par le fils, et se rend compte qu’elle le connaît : elle l’a vu quasi se noyer jadis dans la piscine où des copains l’avaient poussé. Il est bien resté cinq minutes sous l’eau, mais est ressorti indemne. Cela, elle s’en souvient.

Elijah, placé dans le service de l’épouse de David, la fait parler. Dans l’accident de voiture, son futur mari n’a pas été blessé mais a peut-être provoqué l’accident lui-même pour écourter sa carrière de footeux pro et épouser la belle (le football américain est l’école d’une particulière violence). Au téléphone, David le reconnaît. Elijah lui demande alors de se tester en utilisant sa sensibilité particulière pour trouver un ennemi de l’humanité, dans un lieu où il y a du monde. En gare de Philadelphie, David repère un agent d’entretien en combinaison orange (la même que celle des prisonniers…).

Il le suit et le voit entrer le soir dans une maison d’un quartier bourgeois où il tue le père et la mère et attache les deux enfants dans la salle de bain. Silencieux, en cape de pluie intégrale car il a une phobie de l’eau depuis son enfance, David libère les kids (un garçon et une fille, comme il se doit dans la famille yankee). Le criminel, qui le découvre, le projette dans la piscine, où la bâche de protection s’écroule sous son poids. Mais les deux enfants déjà grands lui tendent une perche et il sort pour étrangler l’assassin d’une clé au cou. Le lendemain, David montre en cachette à Joseph l’article du journal qui relate « le sauvetage de deux enfants par un héros », un dessin le représentant en grande silhouette sous cape, ce que les kids ont retenu de leur sauveur. Il ne faut pas que son épouse le sache, elle en serait déstabilisée.

David va donc retrouver Elijah qui patronne une exposition de sa galerie et, lors du serrement de mains, il a un flash : Elijah est le Mal incarné, le Méchant des comics, un gibier d’hôpital psychiatrique. Voulant à toute force confirmer sa théorie des deux bouts de la chaîne, il a provoqué des catastrophes pour découvrir LE personnage qui est son inverse absolu. Il est dit en bandeau que David le dénonce pour qu’il finisse interné.

Au fond, Superman n’est-il pas un homme ordinaire qui fait bien son boulot ? Et le Méchant un être handicapé d’une tare qui se venge de l’humanité ? Le Bien et le Mal sont facile à distinguer chez les Yankees. De la Bible aux comics, ils sont clairement révélés.

Mais ici avec plus de psychologie que d’action, les tourments de tous les personnages étant au premier plan, y compris les seconds rôles comme la passagère du train avant le déraillement ou la surveillante de collège qui se souvient. Un bémol quand même : on ne rigole pas dans ce film. Le comics est trop sérieux pour qu’on s’en moque – autre trait typique de la culture trop jeune yankee.

DVD Incassable (Unbreakable), M. Night Shyamalan, avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Robin Wright, Charlayne Woodard, Spencer Treat Clark, Touchstone Home Video 2001, 1h42, 17,84, Blu-ray€14,99

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23 Vieux Riga suite

Une balançoire en bois fait s’envoyer en l’air les très jeunes filles ; elle permet de faire voler leurs jupes et d’engouffrer de l’air qui titille leurs sens.

Une pierre appelée « tête de Liiv » trône, massive et virile, sur la pelouse à côté. L’original est au musée de l’histoire de Riga et de la navigation.

Riga est « la ville des chats noirs ». La maison art nouveau a des chats noirs sur ses tours d’angle. Le propriétaire, le riche marchand Strauman, s’était vu refuser au vote l’appartenance à la Guilde. En bâtissant sa demeure, il a tourné exprès les culs des chats vers le bâtiment de la Guilde. Cela a fait scandale et, cinq ans après, il a été élu – il a fait retourner les chats. Il s’agissait de la petite Guilde des marchands allemands de 1860.

Il existe une rue Richard Wagner. Le musicien a composé à Riga. Sa fille appelait Hitler « Wolfie », ce qui l’agaçait prodigieusement ; il a pris ses distances et j’aurais fait de même.

Devant le Parlement (une seule chambre, 115 députés), une pyramide en béton est gravée des noms des résistants tués lors des émeutes pour l’indépendance à l’été 1991. Gorbatchev n’a pas voulu signer l’ordre d’engagement de l’armée pour éviter trop de morts et seule la police politique soviétique est intervenue.

Trois maisons accolées sont appelées « les trois frères ». Elles se ressemblent.

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22 Vieux Riga

Sous les arcades d’un bâtiment qui borde la place du Conseil sont exposées des photos sur le Holodomor ukrainien. Staline, qui a organisé la Grande famine qui a fait entre 4 et 8 millions de morts, en prend pour son grade.

Riga revendique avoir érigé le premier sapin de Noël public, tout comme elle aurait créé la première fabrique de vélos de l’empire russe à la fin du XIXe siècle, ou encore d’avoir été juste après Paris a projeter les premiers films des frères Lumière.

Le point zéro de la ville est figuré par l’épée de la statue de Roland au centre de la place. Une clé de la ville a été forgée après 1991 par 52 000 clés offertes par les habitants, les clés de ville précédente ayant été détruites par le pouvoir soviétique ou le pouvoir nazi.

La maison des Têtes noires est construite de briques et de statues. Sous le patronage de Saint-Maurice, la confrérie des Têtes noires a été fondée pour discipliner les adolescents de 15 à 18 ans des marchands de la Hanse. Ils effectuaient des tâches de surveillance, de pompiers, de secouristes, etc.

Nous goûtons la liqueur Balzam noire au goût pharmaceutique. Dans sa composition entrent 25 plantes dont le dosage et le nom sont tenus secrets. C’est une sorte de Fernet Branca ou de Génépi. La liqueur fait des larmes sur le verre, elle est épaisse, au goût de réglisse. Il en existe une variété au cassis qui est plus buvable. Ce breuvage a été mis au point au XVIIIe siècle par Abraham Kunze, apothicaire.

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Ne vous laissez pas tenter par la mélancolie, dit Nietzsche

Après avoir tenu un discours sur « l’homme supérieur » aux hommes supérieurs qu’il a réuni dans sa caverne, Zarathoustra sort pour prendre de l’air pur. Il a besoin de solitude pour se recueillir. Il n’est accompagné que de ses animaux fétiches, l’aigle et le serpent. L’aigle est un avatar de Zeus, qui enleva par exemple le bel éphèbe Ganymède pour le porter au banquet des dieux ; il fond comme la foudre, attribut du dieu en chef de l’Olympe. Le serpent est parmi les animaux favoris d’Apollon ; le dieu a tué le serpent Python qui a poursuivi sa mère durant sa grossesse.

Pendant ce temps, dans la caverne, c’est « le vieux magicien » qui prend la parole. Il a « un esprit malin et trompeur », « un esprit d’enchanteur ». Son démon est la mélancolie. Le fameux spleen romantique de son temps qui est un affaiblissement d’énergie, une dépression non déclarée, neurasthénique, un désir inassouvissable (« désir de l’obsessionnel », disent les psy aujourd’hui). Cette mélancolie, cet à quoi bon, cet abandon « est, jusqu’au fond du cœur, l’adversaire de ce Zarathoustra », dit le vieux magicien. Là est la tentation, d’y céder par mollesse, paresse, facilité, laisser-aller.

Car tous, « que vous vous intituliez ‘les esprits libres’ ou ‘les véridiques’ ou ‘les expiateurs de l’esprit’, ‘les déchaînés’ [désenchaînés serait mieux traduit] ou ‘ceux du grand désir’, à vous tous qui souffrez comme moi du grand dégoût, pour qui le Dieu ancien est mort, sans qu’un Dieu nouveau soit encore au berceau, enveloppé de langes – à vous tous, mon mauvais esprit, mon démon enchanteur est propice. »

Chante alors le poème de la mélancolie, celle qui saisit les hommes surtout s’ils sont poètes. Or le poète ment, il « doit mentir sciemment, volontairement, guettant sa proie, masquée de couleurs, masque pour elle-même, proie pour elle-même. » Le poète enjolive, idéalise, crée une fiction. Il se prend dans sa propre illusion et s’égare de la voie vers la vérité. Nietzsche songe peut-être à Wagner, ce musicien enchanteur qui l’avait pris sous ses rets avant qu’il ne parvint à s’en détacher en analysant Le cas Wagner. Il y écrit : « on comprend ce qui se dissimule sous les plus sacrés de ses noms et de ses formules de valeur : la vie appauvrie, le vouloir mourir, la grande lassitude. La morale dit non à la vie. Pour entreprendre une telle tâche, il me fallait de toute nécessité m’imposer une dure discipline : prendre parti contre tout ce qu’il y avait en moi de malade, y compris Wagner, y compris SCHOPENHAUER, y compris tous les modernes sentiments d’  » humanité « … »

Zarathoustra a vanté dans « l’homme supérieur » un créateur, comme le poète, « ni silencieux, ni rigide, ni lisse, ni froid, changé en image, en statue divine, ni placé devant les temples, comme gardien du seuil d’un Dieu : Non ! ennemi de tous ces monuments de la vérité. » Mais ennemi comment ? « Plein de caprices de chat, sautant par toutes les fenêtres, vlan ! dans tous les hasards, reniflant dans toutes le forêts vierges, reniflant d’envie et de désir ! » Mais ce portrait de Zarathoustra par le vieux magicien ne décrit que l’aspect dionysiaque de Zarathoustra. Son aspect apollinien est évoqué ensuite, « semblable à l’aigle qui regarde longtemps, longtemps, fixement dans les abîmes (…) puis tout à coup, d’un trait droit, d’un vol aigu, fonce sur les brebis, tout soudain, affamé (…) ennemis de toutes les âmes de brebis, détestant tout ce qui a le regard moutonnier… » Ces « désirs du poète » – Zarathoustra – sont-ils « entre mille masques » ? Sont-il un masque de plus ? Le Z s’est-il pris à son propre, jeu ? Intoxiqué lui-même ?

Ce serait le masque de la fureur vitale, selon le vieux magicien : « Toi qui as vu l’homme, tel Dieu, comme un agneau : déchirer Dieu dans l’homme, comme l’agneau dans l’homme, rire en le déchiquetant, ceci, ceci est ta félicité ! » Est-ce bien ce désir sans frein de violence égoïste, vengeresse, qui a saisi Zarathoustra ? Certes pas ! Il y répondra dans le chapitre suivant.

Car Nietzsche se critique lui-même, anticipant les objections qu’on peut lui faire, ainsi cet être de proie que reprendra sans distance le nazisme, focalisé sur la force et l’élitisme racial, illusionniste de la puissance bestiale de la guerre ornée de la radicalité d’un rationalisme sans pitié pour l’organisation des camps d’extermination de tous les impurs. Il faut tout lire de Nietzsche, et ne pas en rester à une lecture superficielle, au premier degré.

(J’utilise la traduction 1947 de Maurice Betz au Livre de poche qui est fluide et agréable ; elle est aujourd’hui introuvable.)

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1884, traduction Geneviève Bianquis, Garnier Flammarion 2006, 480 pages, €4,80 e-book €4,49

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra – Œuvres III avec Par-delà le bien et le mal, Pour la généalogie de la morale, Le cas Wagner, Crépuscule des idoles, L’Antéchrist, Nietzsche contre Wagner, Ecce Homo, Gallimard Pléiade 2023, 1305 pages, €69.00

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21 Marché de Riga

C’est dimanche, il fait plus froid, 4° ce matin. Les jeunes apprennent ce matin qu’ils ont perdu leur match de basket hier et qu’ils ne jouent pas aujourd’hui. Ils sont patauds, certains plus mûrs que d’autres montés en graine, émouvants. Encore endormis, ils étirent leur corps comme des félins. Mais il se transforme en vautour pour le petit-déjeuner, se ruent sur le buffet, dans le style collectif pousse-toi de là que je prenne. Leur prénom est imprimé au dos de leur survêtement rouge, lorsqu’ils le portent. Sinon, leur T-shirt bleu ciel est sans inscription.

De l’hôtel, sort une fille au pantalon de cuir moulant beige. Une mode typiquement post–soviétique, à l’extrême pointe de la tendance.

Nous prenons un bus pour la ville. Nous faisons un arrêt devant l’Académie des sciences, missile du savoir soviétique offert par Staline et terminé en 1954.

Dans le marché central, des bidons de sève de bouleau qui est parait-il bonne pour la santé depuis le Moyen-Âge, contre les calculs rénaux notamment. Elle est riche en minéraux, oligo-éléments et en vitamines, notamment les B. Le marché est établi dans les bâtiments des anciens zeppelins.

Il y a le pavillon des viandes, celui des légumes, épices et confiseries, celui de poisson avec le frais, le fumé et les conserves, celui des vêtements et des cuirs. Des boutiques de miel et de cire présentent des angelots à faire fondre : la tête, le torse, le ventre… terminez par les petons. C’est pédocriminel. Les fraises sont tchernobylesques, énormes ; elles n’ont guère de parfum.

Au-delà du pont appelé « la guitare de Vos », chef du parti communiste, en raison des câbles qui le tendent, se situe le bâtiment moderne de la Bibliothèque nationale.

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Emmanuelle Seigner, Une vie incendiée

Emmanuelle Seigner est chanteuse rock et comédienne, petite-fille, nièce et sœur de comédiens, fille de photographe et journaliste. Née en 1966, elle est mannequin de mode dès 14 ans et connaît bien ce milieu où son mari, de 33 ans plus vieux qu’elle, s’est fait épingler en 1977. Ce mari est Roman Polanski, qu’elle épouse en 1989, à 23 ans, et avec qui elle a deux enfants : Morgane et Elvis. Le récit qu’elle livre ici commence en 2009, le 26 septembre. Il s’agit de l’arrestation en Suisse pour extradition vers les États-Unis de Roman Polanski pour une affaire datant de 1977, 32 ans auparavant, pour laquelle il a été condamné et a déjà purgé sa peine. Il s’agit de relations « illicites » du cinéaste, alors photographe de mode, avec une mannequin de 13 ans et demi, Samantha.

Elle a tenu à livrer son témoignage, pierre blanche de notre aujourd’hui que l’on retiendra sans doute dans les livres d’histoire de la société.

Premier choc : celui des époques. Ce que l’on admettait comme la norme dans certains milieux artistes à l’époque est honni aujourd’hui.

L’adolescente pubère et initiée était consentante et désireuse, il ne s’était rien passé que de doux, « un érotisme mutuel » disent les experts psychiatres commis au procès (p.57) mais, lorsqu’elle l’avait raconté avec enthousiasme à sa sœur, la mère avait porté plainte. « Je savais que Samantha allait avoir 14 ans, qu’elle avait déjà un petit ami de 17 ans , qu’elle était très libérée, avait une vie sexuelle et rêvait de devenir une star de cinéma. Je savais que sa mère – une comédienne de 34 ans – l’avait présentée à Roman pour poser dans reportage photo commandé par le magazine Vogue Homme qui voulait comparer les jeunes filles françaises aux américaines. Moi-même, j’ai été mannequin à 14 ans, en 1980. Plein de filles, dans ce milieu de la mode, couchaient avec les photographes. Ainsi jouait l’époque. On célébrait les lolitas au cinéma, dans les livres et les magazines. Je ne dis pas que c’est bien ni souhaitable, sûrement pas. Mais c’était l’air du temps. Et on entendait personne le déplorer publiquement. Personne » p.23.

Second choc : celui de la disparité des lois des États sous une même fédération des États-Unis.

« Nous sommes en mars 1977. La loi californienne réprime les relations avec les filles de moins de 18 ans, un interdit qui varie selon les États. En Géorgie, par exemple, il ne concerne que les moins de 12 ans »p.54. D’un kilomètre à l’autre, la morale judiciaire change, sans que la société soit différente. Ce pour quoi, malgré « la loi », les peines étaient rarement requises, surtout lorsque tout c’était passé dans le bonheur. « La même année, dans ce district, plus de 40 personnes avaient été mises en cause pour ce délit. Aucune n’effectuera un seul jour de prison » p.55.

Troisième choc : celui du mensonge du juge américain, soucieux d’être bien vu pour être réélu.

« Le 16 septembre très soucieux d’être bien vu des médias, Laurence J. Rittenband déclare infliger à Roman la peine de diagnostic évaluation qui ne permet pas à l’accusé de faire appel et l’envoie en prison pour un maximum de 90 jours. (…) Rittenband précise que ce séjour en centre de détention fera office de peine et qu’il n’y aura pas d’incarcération ultérieure ». Polanski effectue sa condamnation à la prison sans rechigner.

Mais, coup de théâtre : « A leur stupeur, les avocats découvrent que Laurence Rittenband a changé d’avis sous la pression du feu médiatique. Aux États-Unis, les juges sont élus. Ils tiennent à polir leur image : ‘ il va falloir que je lui colle une peine d’une durée indéterminée !’ lance-t-il pendant cette réunion houleuse » p.57. Avec ce juge, plus soucieux de son image dans l’opinion que de la justice, le mensonge fait office de stratégie. « Roman n’a jamais cherché à fuir à la justice américaine, ni avant son inculpation, ni lors de son emprisonnement. Il a assumé. Mais cette fois, face à ce magistrat qui n’a pas de parole, il fiche le camp » p.58.

Quatrième choc : personne n’écoute la victime.

« Rien n’oblige Samantha Geimer à soutenir Polanski. Et pourtant, à plusieurs reprises, elle a demandé à la justice californienne de classer le dossier arguant que l’incroyable entêtement du tribunal lui est aussi pénible qu’à Roman. Agirait-elle ainsi avec lui s’il avait fait preuve, 30 ans plus tôt, d’une violence insoutenable ? » p.79. La sacro-sainte « victime », devant laquelle on est en général à genoux, est ici évacuée comme gêneuse de la Morale en marche, que la vertueuse Justice sous la pression des indispensables Réseaux de chiennes de garde est en charge de faire respecter, au mépris des droits, des procédures et du changement des mœurs.

Cinquième choc : l’hystérie de lynchage des réseaux sociaux qui n’ont que faire de la morale et de la justice s’ils connaissent leur petit quart d’heure de gloire personnel en tirant (c’est le plus facile) sur une ambulance.

« Polanski est un nom qui déclenche des fantasmes si intenses, fiévreux, irrationnels » p.103, écrit sa femme, catastrophée par sa vie de famille brisée par l’emprisonnement durant dix mois de son mari retenu en Suisse, cinéaste empêché de travailler et père qui ne peut suivre ses enfants. Morgane a 16 ans et doit passer le bac ; Elvis a 11 ans et commence sa sixième – deux années cruciales dans le système scolaire français.

Mais Polanski est célèbre – et juif : deux défauts qui suscitent l’envie et la haine des cerveaux rétrécis, surtout dans l’anonymat du net. Le Juif est toujours, chez les chrétiens puritains yankees, soupçonné d’être un bouc, donc lubrique, avant d’être un bouc émissaire commode pour se débarrasser sur son bon dos des péchés que l’on a soi-même commis ou rêvé de commettre. Ainsi va la foule, forte en meute contre les faibles, vile devant les forts qui l’enjôlent et la domptent. Polanski est voué au « gaz » mais Trump est loué pour sa force. Mais qui a violé, dans la réalité ?

Évidemment, une pétasse profite du show médiatique autour de l’extradition de Polanski pour se croire « violée » à son tour (Moi aussi ! Moi aussi !). Charlotte Lewis (dénonçons aussi les truies) était une débutante amoureuse de Polanski, évincée par Emmanuelle qui est devenue sa femme ; elle a voulu se venger, comme la Springora avec Matzneff. « Dans le journal britannique [News of the World] elle raconte aussi qu’elle a commencé à avoir des relations sexuelles tarifées avec des hommes plus âgés dès ses 14 ans. ‘Je ne sais plus avec combien d’hommes j’ai couché à l’époque pour de l’argent. J’étais naïve. On me disait d’être gentil avec untel’ (…) Bref, on peut se demander pourquoi elle a jugé bon d’aller accuser Roman 26 ans après. Toute cette malveillance me paraît choquante » p.136. On le serait à moins…

Sixième choc : le « deal » à l’américaine les évadés fiscaux américains de la banque suisse UBS contre l’extradition de Polanski.

Rien n’est plus cynique qu’un État, « le plus monstrueux des monstres froids », dit Nietzsche. Qu’importent les personnes qu’il broie s’il peut faire avancer ses intérêts (p.90 et p.144). Utiliser une affaire vieille de plus de trente ans, et réglée selon la loi américaine, pour forcer la main du paradis fiscal, n’est qu’une anecdote. Seul le résultat compte et, en effet, les États-Unis auront les noms de 4500 fraudeurs, tandis que la Suisse pourra alors rejeter dédaigneusement la demande d’extradition, mal fondée en faits et comprenant un élément de preuve dissimulé, le témoignage du procureur contre le juge.

Ce n’est pas une personne, mais toute une famille, que l’hystérie d’un « maccarthysme néo-féministe » (p.174) condamne à l’enfer sur la terre même. « Pour mes enfants, pour Emmanuelle, c’est épouvantable . C’est pour eux que je parle (…) Ils souffrent énormément. Ils reçoivent des insultes, des menaces sur les réseaux sociaux » p.175.

C’est aussi certains politiciens ou artistes qui apparaissent veules, bien moins intelligents qu’on le croyait (p.174) : Marlène Schiappa, Roselyne Bachelot, Franck Riester, Adèle Haenel… A l’inverse, d’autres se révèlent : Nicolas Sarkozy qui soutient Polanski au titre du droit, Bernard Tapie et Bernard-Henry Lévy qui envisagent des actions radicales pour le faire évader, Catherine Deneuve, Yasmina Reza, évidemment Samantha Geimer la soi-disant victime, et tant d’autres.

Emmanuelle Seigner, Une vie incendiée, 2022, éditions de l’Observatoire, 183 pages, €18.00 e-book Kindle €12,99

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Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

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20 Musée privé Zuzeum

Nous avons obtenu une visite du musée privé Zuzeum. Le mécène est propriétaire de casinos et adore acheter aux enchères des collections en rapport avec le pays. Est présentée en ce moment une exposition de céramiques de Kouznetzov qui avait de nombreuses usines en Russie tsariste. La dernière fabrique à Riga a fermé en 1995 en raison du marasme économique et du goût qui a passé.

On trouve des décors petit-bourgeois pré-soviétiques dont une tasse dorée superbe, des portraits révolutionnaires militants comme Lénine, Staline et un jeune pionnier au foulard rouge.

Il y avait quelques objets d’art asiatique mais beaucoup d’acquisitions récentes en peinture.

Au dîner à l’hôtel, nous avons une salade grecque, une viande au goût de foie mais qui n’en est pas, avec des pommes de terre grillée de la salade de betteraves rouges, un biscuit au chocolat et à la crème.

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Robocop de Paul Verhoeven

Un film violent qui dénonce la violence non sans en jouir, un film satire sur la yankee way of life de la fin des années 80 après la défaite honteuse au Vietnam, les mensonges politiciens de Nixon et l’arrivée de la droite Reagan. Un film noir qui voit l’avenir à la technique et les militaires au pouvoir, dans l’ombre. Cette propension au Complot est toujours présente dans la mentalité puritaine où le Diable reste en embuscade. Voir ce film 37 ans après (je ne l’avais jamais vu) dit plus sur les dérives des États-Unis que sur l’humaine condition.

L’histoire se passe à la fin du XXe siècle, autrement dit une génération plus tard qu’à la sortie en salle. Les États-Unis voient reculer l’État et s’étendre la loi de la jungle. C’est le règne du plus fort, des gangs qui massacrent, pillent et volent (pas de viol encore dans ce genre de cinéma à l’époque), forts de leur pouvoir acquis grâce à l’argent de la drogue. La masse imbécile qui aspire la poudre blanche, est soumise et hébétée, tandis que les grandes entreprises tirent les ficelles en coulisse en vendant des système d’armes. Susciter la violence pour vendre de la sécurité, c’est bien américain.

La planète n’est pas en reste, selon les actualités décrites à la télé de façon lénifiante et rigolarde par un duo de Ken et Barbie à gifler. Quant aux fonctionnaires, notamment de police, ils manquent de moyens (air connu), ne sont pas soutenus par le système judiciaire (air connu), et sont envoyés au casse-pipe comme autant de pov’Russes abrutis. Ils menacent même de faire grève !

Alex Murphy vient d’être affecté dans une brigade des secteurs mal famés de Détroit, ancienne ville automobile en proie aux restructurations et au chômage. Les industriels ont en effet décidé avec cynisme de ne plus investir dans l’industrie traditionnelle, trop chère, mais dans l’armement. Ainsi firent les années Reagan, décentralisant en Asie à tout va pour se concentrer sur ce qui est le plus rentable. Avec sa partenaire Ann Lewis, Murphy est appelé sur un braquage et se lance à la poursuite du gang de Clarence Boddicker.

Ce patron de la pègre à Détroit fait la pluie et le beau temps dans la drogue, les braquages et les contrats juteux main dans la main avec le complexe militaro-industriel de ’OCP, l’Omni Cartel des Produits. Une aciérie désaffectée, en ruines, est le refuge du gang. Les deux flics, qui ne peuvent obtenir de renforts faute de moyens disponibles, décident d’entrer quand même pour « arrêter » les malfrats. Décision inepte au vu de leurs petits pistolets face aux fusil-mitrailleurs du gang. Évidemment les criminels gagnent. Ann Lewis est basculée dans le vide après avoir « menacé » (au lieu de lui tirer dessus) un grand Noir ricanant, mais s’en sort pour être tombée sur du mou. Quant à Murphy, au lieu de tirer dans le tas, il joue les chevaliers de la loi et est capturé et mutilé, chaque membre écrabouillé par balles avant d’être achevé d’une balle dans la tête par le chef Boddicker.

Ann Lewis prévient les secours mais Alex Murphy décède à l’hôpital (on se demande comment il a pu survivre jusque là, sauf pour les besoins du film). C’est le moment pour Bob Morton, ambitieux second de l’OCP, de réaliser son projet tout prêt de robot-flic (RoboCop), un cyborg à demi-humain pour ses capacités d’intelligence, mais à demi-métal pour échapper aux balles des tueurs. Cette combinaison fera respecter les règles. Un pas de plus dans le transformisme, après Rambo qui avait gonflé les muscles pour se venger des petits Viets, Murphy se dote d’une armure pour se venger des petits gangs. Les Yankees ont toujours mal lu la Bible : c’est David qui est le plus fort car intelligent et rusé, pas Goliath l’épais balourd musculeux au cerveau rétréci.

C’est que l’OCP, qui s’occupe de tout à la place des politiciens, veut changer le peuple. Il a pour projet ambitieux de raser Détroit pour établir une Delta City, et d’éradiquer les gangs comme on le fait des cafards pour installer (le temps de la construction) deux millions d’ouvriers. Après… qu’ils aillent voir ailleurs. Ce qui compte est de construire pour faire des bénéfices. Et pour cela vendre de l’armement de sécurité pour dératiser la ville. Un premier projet, présenté au PDG par le directeur Dick Jones (dont on apprendra qu’il est accessoirement le numéro 2 du cartel de la drogue) échoue lamentablement. Le pur robot ED-209, grand comme un yéti et doté d’une tête d’alien avec deux bras armés de mitrailleuses tirant balles ou roquettes, n’a pas obéi aux instructions et le cobaye qui testait sa réaction à un braquage d’arme sur lui a été pulvérisé devant tout le conseil d’administration. Après cette « anicroche », le PDG écoute volontiers Bob Morton et son projet de cyborg Robocop.

Le cobaye étant tout frais grâce au gang, sa mémoire est purgée et son apprentissage accéléré pour faire respecter la loi selon des directives tout droit tirées des trois lois de la robotique d’Isaac Asimov : servir l’intérêt général, protéger les innocents, faire respecter la loi. Y est ajoutée une quatrième directive, secrète. Un exosquelette lui est posé et le voilà prêt pour l’action. Il y réussit fort bien dans son ancien district, arrêtant les malfrats qui croyaient agir en toute impunité, tirant avec une précision inégalée sans aucun état d’âme, au grand dam des crapules qui croyaient s’en sortir avec une otage devant eux. La scène où la balle traverse la jupe de la fille hurlante pour toucher les couilles du bandit est un point Godwin, un instant de jouissance rare dans le film.

Mais des bribes de son passé hantent la mémoire du robot humain. Il se revoit père de famille, adulé par son fils accro aux films violents où le héros fait tourner son flingue par le pouce avant de le remettre dans son étui ; il a le même réflexe. Son ex-partenaire Ann le reconnaît malgré son casque d’acier et lui dit son nom : Murphy. Un malfrat qui braquait une station service reconnaît aussi le Robocop pour l’avoir « tué ». La machine humaine l’arrête, non sans rafales de balles et explosion (que de gaspillage pour faire respecter la loi ! Une seule balle dans le bras droit aurait suffit). Murphy-robot décide donc de partir en chasse pour se venger, en se foutant des directives de l’OCP. Car la loi, c’est bien ; l’efficacité, c’est mieux. Mentalité typique américaine, qui préférera par exemple un gros con mais énergique Trump à une légaliste mais inefficiente Clinton. Car la loi est pour les plus forts, ceux qui ont la plus grosse (arme) et qui pulvérisent tout avant de réfléchir (ce qu’ils ne savent pas faire). C’est ainsi que Dick Jones envoie Boddicker assassiner Bob Morton ; il a eu trop de succès et il l’a « insulté ».

Murphy Robocop arrête successivement tous les membres du gang en allant les chercher où ils sont, mais « les avocats » de Dick Jones les font libérer en un temps record. Robocop va donc s’attaquer directement à Dick Jones dans le building de l’OCP, gardé par un ED-209 que Murphy neutralise parce qu’il est moins con que lui. Mais il ne peut mettre la main sur le directeur car la fameuse Directive n°4 l’inhibe : son programme ne lui permet pas d’arrêter un membre de l’OCP – impunité gratuite des plus forts. La loi, c’est pour les autres. Jones alerte les flics, qui attendent le robot félon dans les sous-sols et l’arrosent comme d’habitude de balles, effet de meute, effet de force : plus ils sont bornés, plus les Américains adorent ça. Écraser tout sur son passage évite de penser à ce qui serait judicieux.

Mais Ann Lewis le sauve et l’emporte dans l’usine désaffectée où le Robocop se répare avec les outils qu’elle lui a apportés. Sa visée est faussée et elle l’aide à la recadrer. En tirant sur des pots de bébé où figure la photo d’un visage d’enfant, le spectateur est assez mal à l’aise, mais c’est voulu : le réalisateur, en gauchiste européen cynique, veut provoquer. Cela montre aussi que Murphy n’a plus guère d’humain, qu’il a été transformé en machine implacable – rêve du capitalisme pour ses ouvriers. Comme il est traçable par puce, Dick Jones charge le gang d’aller le descendre une fois pour toute, à l’aide de fusils anti-matériel qui tirent des roquettes plutôt que des balles. Après quelques belles scènes d’action, tout le monde est descendu, Ann blessée mais vivante et Boddicker achevé à la dague qui sert d’interface au robot : enfin un acte de ruse plutôt qu’une lourdingue application de puissance. Les robots seraient-ils plus intelligents artificiellement que les humains ?

Robocop retourne au siège de l’OCP où il confond le vice-président Dick Jones devant tout le conseil d’administration en passant un enregistrement des vantardises qu’il lui a faites précédemment dans son bureau, notamment d’avoir fait tuer Morton. Jones, acculé, prend le président en otage et le Robocop ne peut tirer car la Directive n°4 continue de l’inhiber. Mais le PDG, qui est au courant de ce blocage, annonce à haute voix à Jones qu’il « est viré ». N’étant plus membre de l’OCP, il peut être descendu, ce que Murphy le robot-flic exécute avec délices (et foin de « la loi » qui exigerait de « l’arrêter »).

Malgré sa charge politique qui lui est probablement passée au-dessus de la tête, le public américain a aimé ce premier film. Il a fait l’objet de plusieurs suites, réunies en trilogie, d’une série télé et d’autres produits dérivés vendables. Les grosses bagnoles, les gros guns, les grosses répliques – en bref tout ce qui est « gros », fort et brutal – séduisent toujours les cerveaux étroits. La violence, outrageante à l’époque, est aujourd’hui banale et, si le film reste « interdit aux moins de 12 ans », les kids en ont vu d’autres. Reste une critique sans nuances du capitalisme de prédation, des liens entre business et politique, des tentations de privatiser tout, y compris la police. On ne s’ennuie pas.

DVD Robocop 1, Paul Verhoeven, 1987, avec Peter Weller, Nancy Allen, Dan O’Herlihy, Ronny Cox, Kurtwood Smith, MGM Home Entertainment 2014, 1h43, €5,99, Blu-ray €16,44

DVD Robocop – La trilogie, €11,80 Blu-ray €19,99

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Philippe Zaouati, Naufrages

Avec trois personnages, l’auteur retrace l’épopée tragique des Juifs d’Europe centrale intégrés, brusquement saisis dans la tourmente du nazisme, et qui ont eu une peine infinie à rejoindre la terre d’Israël – ou périr.

Léa était juive bulgare et aimait Josef, étudiant militant sioniste en 1941. Ils furent séparés par la guerre, elle n’accepta pas de le suivre dans l’alya en pleine tempête. Josef vient de mourir d’un cancer en 1962, elle va à ses obsèques et parle avec Ava, l’épouse israélienne de Josef, et avec Tomi, ami de Léa et Josef en Bulgarie avant-guerre. Il lui confie un paquet de lettres de Josef, qui voulait qu’elle les eût. Pour qu’elle sache. Il décrit sa résistance, sa tentative de joindre le bateau Struma, affrété pour Israël mais que les Turcs ont refoulé sur la mer Noire sur pression diplomatique des Britanniques qui ne voulaient pas se mettre à dos la population arabe en pleine guerre mondiale. Le navire, datant du milieu du XIXe siècle, vieux et rouillé, peut-être saboté, a fait naufrage au large des côtes turques, tuant les quelques 750 Juifs émigrants dont 130 enfants.

C’est toute cette mémoire qui s’affale sur la jeune femme qui tentait d’oublier, devenue avocate parisienne en pleine guerre d’Algérie. En octobre 1961, la police parisienne exaspérée par les attentats répétés du FLN algérien qui tuent des flics, opère une ratonnade dans une manifestation déclarée « pacifique » à Paris. Il y aurait eu environ 130 morts arabes. Les morts de l’intolérance aux espoirs de liberté des uns, de la vengeance légitime aux exactions aveugles des autres, de la bêtise humaine qui refuse de comprendre, tergiverse, laisse aller les choses pour tous. La même situation que celle des Palestiniens face à Israël aujourd’hui.

Dans ce roman à prétexte historique, plusieurs questions sont abordées que le peuple juif symbolise.

Qu’est-ce qu’appartenir ?

L’ethnie, n’est-ce pas une restriction de la liberté des individus ? Léa, jeune avocate juive à Paris s’interroge. « Avant de partir pour Paris, je n’étais que le membre d’une communauté, une jeune Juive parmi tant d’autres plongée dans le maelström des idéologies haineuses du siècle. Je ne voulais plus de cette identité de groupe, je ne voulais plus être réduite à ce peuple, fut-il persécuté et souffrant, fut-il élu, porteur d’un idéal supérieur, encombré de ce rôle universel qu’il traîne depuis des millénaires comme un fardeau. J’aspirais à l’anonymat et à la solitude, au déracinement et au vide spirituel, aux merveilleux attributs de la liberté » p.17 Donc les Lumières, censées libérer des appartenances obligées. Mais les liens humains sont-ils sécables à merci ? L’identité n’est-elle pas liée aux appartenances ?

Quel avenir veut-on pour l’humanité ?

La gauche, n’est-ce pas le projet individualiste majeur de la société ? « Je me suis souvent demandé pourquoi il y avait eu autant de Juifs dans les rangs communistes après la guerre. Même quand l’antisémitisme du régime soviétique est apparu au grand jour, même après la sinistre affaire des blouses blanches, même après la rupture des relations diplomatiques entre Israël et l’URSS en 1953, les défections de Juifs furent rares. La plupart d’entre eux cherchaient dans le communisme une nouvelle forme d’élection, un messianisme universel qui conduirait tous les peuples de la Terre vers un avenir meilleur » p.31. Mais quand la gauche dérive ? Quand elle prend les façons de la droite la plus extrême, de l’Union soviétique stalinienne à la mentalité de Poutine aujourd’hui, du laisser-faire de la gauche israélienne face aux revendications étroitement sectaires des juifs orthodoxes, de l’émancipation internationaliste du gauchiste post-68 à la radicalité trotskiste qui fricote avec le terrorisme d’un Mélenchon ?

Quel Israël le peuple juif a-t-il créé ?

Le pogrom arabe du 7 octobre 2023 sur la terre légitime d’Israël incite à s’interroger sur les dérives d’extrême-droite fasciste de quelques ministres du gouvernement Netanyahou – et leur écart évident avec les idéaux de fraternité des débuts. Au départ, « si la plupart des membres du groupe se revendiquaient sincèrement juifs, la religion leur servait surtout de racines, de référence culturelle, de socle moral. Ils se méfiaient du pouvoir théocratique. Ils rêvaient d’une société laïque et socialiste, qui cantonnerait les rabbins dans leurs temples et l’armée dans ses casernes » p.76. Aujourd’hui, la société israélienne se crispe en conservatisme frileux. Tout le monde lui en veut. Elle se sent une citadelle assiégée. Avec l’aide niaise des Évangélistes yankees qui croient l’Apocalypse proche et voient le peuple juif en première ligne, empêchant tout compromis et toute pression efficace à la veille d’élections présidentielles aux Etats-Unis.

En bref, un court roman et beaucoup de questions actuelles – et éternelles. Elles se posaient hier, elles se posent aujourd’hui.

Philippe Zaouati a fondé en 2012, Mirova filiale directe de Natixis Investment Managers, entreprise à mission, société de gestion d’actifs internationale dédiée à l’investissement responsable. L’auteur est diplômé de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique et membre de l’Institut des actuaires français. Il enseigne la finance durable à Sciences Po.

Philippe Zaouati, Naufrages, 2024, L’éditeur à part collection Trajectoires, 250 pages, €20,00(mon commentaire les libre, seuls les liens sont sponsorisés Amazon partenaires)

Les publications de Philippe Zaouati déjà chroniquées sur ce blog

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19 Centre Art nouveau de Riga

Le romantisme national est du 19e, l’art nouveau va en gros de 1880 à 1905, l’art décoratif est celui des années 20. Telles sont les bornes de notre périple artistique.

Nous arrivons au musée sur l’art nouveau dans une rue perpendiculaire à la rue Alberta, rue Strëlnieku. Un bâtiment construit par l’architecte Konstantins Peksens, à la façade aux bas-reliefs de plantes et d’animaux. Outre un escalier en colimaçon remarquable, il présente des intérieurs reconstitués avec des meubles, des vases, de la vaisselle, des horloges, des vitraux art nouveaux. La caissière a un chapeau fleuri Jugenstil. Tout est mouvement, courses, végétales, mythologie païenne. Autrement dit la vie.

À 9h30, il n’y avait personne dans les rues ; à 12h30, les rues sont pleines, des jeunes, des familles, des enfants. En ce samedi, il fait soleil est assez doux. C’est une autre ville.

Près de l’ambassade de Russie est tendue une grande photo de Poutine au sourire tête de mort.

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L’homme supérieur de Nietzsche

Dans la quatrième partie d’Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche, qui a fait la démonstration de sa pensée tout au long, résume ce qu’il veut dire. A la suite de « la Cène » du chapitre précédent qui a réuni les disciples, il évoque « l’homme* supérieur » en vingt points.

  1. Tout d’abord, ne pas se présenter sur la place publique, car la populace ne comprend pas qu’un homme* prône le supérieur. Chacun veut être égal, comme « Dieu » l’a voulu.
  2. Or « Dieu est mort » et l’homme* peut enfin songer à être autre chose qu’un sujet figé, réduit à Son image et forcé d’obéir à ses Commandements sous peine de feu éternel. C’est l’époque du « grand midi », où l’homme* devient son propre maître.
  3. Surmonter l’humain est le grand œuvre. Il ne s’agit surtout pas de « conserver l’homme* » mais de le rendre meilleur et plus grand. Il faut « mépriser » l’homme* tel qu’il est, « petite gens » résigné, modeste, prudent.
  4. Il faut le courage du solitaire, du « cœur », pour accomplir le Surhomme*.
  5. Pour cela, accepter d’être « méchant », car c’est faire violence aux petites gens que de remettre en cause leur paresse et leurs habitudes. « Il faut que l’homme* devienne meilleur et plus méchant ». Ce n’est pas vice, ni sadisme, mais secouer pour élever, comme le font les éducateurs.
  6. Pas de gourou pour les hésitants et les faibles en énergie : il faut l’épreuve pour grandir. Peu de disciples, la voie n’est pas celle du grand nombre, ni pour un résultat immédiat. Il s’agit de préparer l’avenir. « Mon esprit et mon désir vont au petit nombre, aux choses longues et lointaines ».
  7. La sagesse prophétique de Zarathoustra n’est pas lumière, mais foudre ; elle doit aveugler d’évidence comme le trait d’Apollon, pas convaincre lentement comme la raison.
  8. « Ne veuillez rien qui soit au-dessus de vos forces : il y a une mauvaise fausseté chez ceux qui veulent au-dessus de leurs forces ». Ainsi ceux qui idéalisent le héros – sans jamais pouvoir en devenir un. Cela donne des comédiens, des faux, des hypocrites – des politiciens.
  9. Soyez méfiants « et tenez secrètes vos raisons » car l’aujourd’hui appartient à la populace, qui « ne sait ce qui est grand, ni ce qui est petit, ni ce qui est droit ou honnête. » Ce sont des « gestes » que veut la populace, pas des arguments, car la foule ne raisonne pas, elle résonne en rythme et en imitation, tous les politiciens le savent, qui braillent devant elle. « Ce que la populace a appris à croire sans raisons, qui pourrait le renverser auprès d’elle par des raisons ? » Car la raison n’est pas tout, n’est-ce pas ? Et les savants, qui en font métier, « ont des yeux froids et secs », « ils sont stériles » car « l’absence de fièvre est bien loin d’être de la connaissance ! » Qu’en est-il en effet des désirs (mis sous le tapis) et des passions (rejetées comme ineptes) ? C’est ainsi que la raison peut délirer : on l’a vu dans la finance comme dans la gestion de l’hôpital ou des entreprises. Le rationnel n’est pas le réel, même si le réel est rationnel. Le réel doit être compris par les instincts, les passions et la, raison, les trois de concert comme le dit Kahneman.
  10. L’homme* supérieur qui veut monter plus haut doit se servir de ses propres forces, pas s’asseoir « sur le dos et sur le chef d’autrui ».
  11. Ce que vous créez est pour vous et pas « pour votre prochain ». Ainsi « une femme n’est enceinte que de son propre enfant ». On ne crée pas « pour », ni « à cause de », mais par énergie vitale, par « amour ». « Votre œuvre, votre volonté, c’est là votre « prochain ». »
  12. Aucune création n’est pure, voyez l’enfantement ; elle rend malade, fait souffrir. Il faut en être conscient.
  13. « Ne soyez pas vertueux au-delà de vos forces ! Et n’exigez de vous-mêmes rien qui soit invraisemblable. Marchez sur les traces où déjà la vertu de vos pères a marché ». Nul n’est seul, mais dans une lignée. « Et là où furent les vices de vos pères, vous ne devez pas chercher la sainteté. » Quant à la solitude, elle « grandit ce que chacun y apporte, même la bête intérieure. (…) Y a-t-il eu jusqu’à présent sur la terre quelque chose de plus impur qu’un saint du désert ? Autour de pareils êtres le diable n’était pas seul à être déchaîné – il y avait aussi le cochon. » Bouddha n’a pas dit autre chose, lorsqu’il a renoncé à rester renonçant et a décider d’enseigner la Voie à des disciples choisis.
  14. Cette voie n’est pas facile et chacun sera « timide, honteux, maladroit », mais que vous importe ? Il faut « jouer et narguer » car « ne sommes-nous pas toujours assis à une grande table de moquerie et de jeu » ?
  15. Réussir n’est pas donné car « plus une chose est rare dans son genre, plus est rare sa réussite ». Mais tout reste possible, gardez courage. Riez de vous-mêmes. « Et en vérité, combien de choses ont déjà réussi ! » Ces petites choses « bonnes et parfaites » encouragent et réjouissent.
  16. Car le rire n’est pas « le plus grand péché », comme dit le Christ qui voue au malheur ceux qui rient ici bas, mais au contraire la voie vers l’amour, la grandeur, la tolérance. « Tout grand amour ne veut pas l’amour : il veut davantage ».
  17. La rigidité, le sérieux, l’obsession, ne font pas un tempérament tourné vers le mieux. « Je ne suis point devenu une statue, et je ne me tiens pas encore là, rigide, engourdi, pétrifié telle une colonne ; j’aime la course rapide. » Il faut les pieds légers du danseur.
  18. Votre exemple à imiter selon vous-mêmes : « Zarathoustra le devin, Zarathoustra le rieur, ni impatient, ni absolu, quelqu’un qui aime les bonds et les écarts ». Car tout ce qui est bon ne survient que brusquement, après des détours.
  19. Soyez légers ! Des pieds, du cœur, de la tête. « Mieux que cela : sachez aussi vous tenir sur la tête ! » Autrement dit renverser la raison quand elle est trop raisonnante, trop sèche, portée au délire rationaliste, et l’irriguer d’instincts et de passions, comme on renverse un sablier. Marx a renversé la dialectique de Hegel, il faut aussi renverser la dialectique de Marx devenue opium des intellectuels, et d’autres, car nulle idole ne saurait rester statufiée. « Mieux vaut danser lourdement que marcher comme un boiteux ».
  20. « Loué soit cet esprit de tempête, sauvage, bon et libre, qui danse sur les marécages et les tristesses comme sur les prairies ». « J’ai canonisé le rire ; hommes* supérieurs, apprenez donc à rire ! » Rire, ce n’est pas se moquer (ironie) mais aimer (humour), c’est déborder d’énergie pour englober ce qui va et ce qui ne va pas pour dépasser le tout.

Nietzsche se veut comme Bouddha, fondateur non pas d’une religion mais d’une Voie individuelle de salut. Le bouddhisme conduit à se dissoudre dans le grand Tout, dans cet état appelé nirvana, tandis que Nietzsche ne croit pas à cette dissolution, qu’il appelle nihilisme. Lui veut un chemin vers le supérieur, vers la Surhumanité, vers l’avenir de l’espèce. Ce pourquoi sa voie est réservée à une élite de courageux aux désirs jeunes, aux passions légères, à la raison pratique, qui savent danser dans les épreuves et rire des difficultés. Cette élite est celle des « hommes* supérieurs » ; elle n’est pas encore Surhomme* – qui n’est que d’avenir.

* Il va de soi que le mot « homme » s’adresse aux divers sexes, et pas seulement au mâle blanc dominateur, etc. L’ignorance ambiante si satisfaite d’elle-même exige hélas une telle précision.

(J’utilise la traduction 1947 de Maurice Betz au Livre de poche qui est fluide et agréable ; elle est aujourd’hui introuvable.)

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1884, traduction Geneviève Bianquis, Garnier Flammarion 2006, 480 pages, €4,80 e-book €4,49

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra – Œuvres III avec Par-delà le bien et le mal, Pour la généalogie de la morale, Le cas Wagner, Crépuscule des idoles, L’Antéchrist, Nietzsche contre Wagner, Ecce Homo, Gallimard Pléiade 2023, 1305 pages, €69.00

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18 Riga centre-ville

Dans la rue est érigé un monument en bronze des Quatre musiciens de Brême. Il a été offert à la Lettonie par la Finlande. Il figure le conte de Grimm où le chien monte sur l’âne, le chat sur le chien et le coq sur le chat, tous bramant à l’unisson pour faire peur à l’ennemi. Sauf qu’ici, ils traversent une porte de fer. C’est un monument en hommage à l’indépendance de la Lettonie en 1991.

Une église en briques du XIIIe siècle des chevaliers Porte-glaive. Deux moines se sont faits enterrer vivants dans le mur lors de la restauration au XVe siècle. On leur passait de la nourriture par une fenêtre mais ils ne sortaient jamais, jusqu’à leur mort dédiée en sacrifice.

Au restaurant Province, une soupe de pommes de terre vermicelles et bouillon de viande, de la viande bouillie Stroganoff à la purée – plat national- puis un pain d’épice au coulis de fruits rouges en dessert. Pierre nous apprend que le plat le plus populaire ici, qui tient à l’estomac pour la journée, est la pomme de terre fourrée à la viande. Elle est appelée « zeppelin » en raison de sa rondeur et de son ampleur, outre qu’elle est arrosée de crème ! Prise seule, cette patate fourrée coûte 15€.

L’église de saint Pierre, protestante, est payante avec des « vitraux soviétiques » – autrement dit du simple verre blanc.

L’ambassade d’Italie est toute peinte de jaune. Une maison art nouveau a été achetée et restaurée par un Français. La rue Alberta présente des façades art nouveau de l’architecte Mikhail Eisenstein, le frère du cinéaste.

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