Lipari, île éolienne

Un hydrofoil des Liberty Lines, nous emporte en une heure pour l’île de Lipari avec escale à l’île de Vulcano. le guide nous égrène plusieurs fois, comme si nous devions les apprendre par cœur, les noms du chapelet des Sept îles, les Éoliennes : Lipari, Vulcano, Salina, Panarea, Stromboli, Filicudi, Alicudi… À 15h30, il n’y a pas trop de monde dans le bateau. L’hydrofoil est rapide, les paysages insignifiants derrière les vitres salies d’embruns. Derrière moi, deux adolescentes de 14 et 16 ans et un pré-ado de 12 ans, leur petit frère, le teint caramel tous les trois, la peau fine, tous blond vénitien. Un membre de la famille les attend sur le quai de Lipari et ce sont de grandes embrassades. En me levant de mon siège, je ne vois du gamin qu’un enchevêtrement poulpeux de jambes et de bras nus.

Les bagages sont emmenés directement à l’hôtel par une voiture. Pour nous, c’est une promenade d’une heure dans le Corso Victor Emmanuel II. L’endroit est calme, quasiment plus aucun touriste, cela se change d’hier à Taormina. Les boutiques sont ouvertes, offrant les bijoux en obsidienne, spécialité de Lipari, des caprons confits au sel dans les épiceries, des terres cuites de dieux antiques et des scènes imitées de la sculpture grecque d’un artiste mort il y a deux ans. Ma mère m’avait rapporté il y a trente ans une tête de Neptune en terre cuite achetée ici. L’artisanat n’a pas changé, sauf les prix : le Soleil est à 35€, la Trinacria à 40€ et Éole à 130€. Cette trinacria ou triskèle, est le symbole de la Sicile, une tête de femme en Méduse entourée de trois jambes courbées vers la droite. Outre les trois caps, elle symbolise la synthèse des trois cultures : grecque, normande, arabe.

Nous voyons des tombes grecques, des tombes romaines, de petits thermes romains dans la ville.

L’hôtel de Bougainville, quatre étoiles, via Balestrieri, est assez loin du centre balnéaire, de l’autre côté du port et à l’écart du front de mer. Il est calme, tout en longueur,au milieu d’un jardin fleuri. Ma chambre donne sur un terrain de foot où s’entraînent de jeunes adultes. Il n’y a quasiment pas un brin d’herbe sur le terrain, seules quelques plaques vertes sur les bords. Il fait toujours aussi chaud, même en mer. La déshydratation nous fatigue.

Le dîner est collectif à l’hôtel, à 19h30. Des pâtes sauce tomate, olive et câpres, du filet pané de maquereau avec une salade de tomates, des morceaux de melon d’eau et de pastèque en dessert. Le vin du pays est un peu décevant, un rouge de 2021 fade, ou un blanc un peu plus typé.

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Destination Graceland de Demian Lichtenstein

Prenez le mythe d’Elvis Presley, ajoutez un casse de casino, saupoudrez de scènes de baise torrides et d’une fille accrocheuse, pimentez juste un brin d’un gamin déluré – agitez et faites tirer et sauter à gogo : et vous avez « le » film qui cartonne au box-office. Les beaufs yankees sont ravis, les critiques intellos beaucoup moins.

Michael Zane (Kurt Russell) qui ressemble à Elvis, est récemment sorti de tôle pour braquage raté. Sa route le conduit dans sa voiture rouge elvisienne dans un motel du désert du Nevada, où un gamin de 12 ans, Jesse (David A. Kaye, né en 1988) tente de lui voler un masque d’écrou sur une roue. Il le poursuit jusqu’à trouver sa mère, Cybil Waingrow (Courteney Cox), « Cybil avec un C », qui tombe raide dingue de sa virilité et se donne avec transports. Jesse en profite pour pénétrer dans la chambre où les corps nus pilonnent le lit, et piquer 20 $ dans le portefeuille de l’amant de sa mère, afin de s’acheter une panoplie de cow-boy.

Le lendemain de cette nuit torride, quatre hommes viennent récupérer Michael : Murphy, Hanson, Gus et Franklin. Ils se sont déguisés en Elvis pour feindre de participer à une convention sur le chanteur fétiche au casino Le Riviera de Las Vegas. Le timing est mauvais, l’ascenseur n’est pas bloqué à temps, l’hélicoptère piloté par Jack (Howie Long) qui doit les récupérer a du retard, le groupe de braqueurs doit affronter la sécurité. C’est alors le premier grand guignol de la fusillade durant l’évasion. Franklin (Bokeem Woodbine) est tué, et son corps balancé depuis l’hélico pour faire le ménage ; pas grave, c’est le seul Noir de l’équipe. Aucun respect pour les accessoires.

De retour au motel, Hanson le persifleur (Christian Slater) ne voit pas pourquoi on en partagerait pas la part du mort entre eux tous, c’est la logique. Mais Thomas Murphy le psychopathe (Kevin Costner) n’est pas de cet avis : il n’aime pas Hanson et se plaît à imposer aux autres sa volonté. Il descend Hanson qui l’a menacé. Michael cache le gros sac de dollars dans le faux-plafond, cache habituelle de Jesse qui aime bien piquer des choses, comme le dit sa mère. Le gamin, futé, a tout vu. Il admire les malfrats et joue avec ses revolvers de pacotille. Il faut aller enterrer Hanson dans le désert, dans la voiture rouge de Michael. Murphy n’avait nulle intention de partager les 3 millions de dollars et il descend Gus (David Arquette) et Michael. Au retour pour récupérer le fric, il percute un coyote sur la route, fasciné par les phares, et s’écrase en contrebas de la route, assommé par le choc.

Michael, pas bête, portait un gilet pare-balles et n’est pas mort. Au motel, l’argent a disparu et c’est forcément Jesse. Il fait irruption chez Cybil et le retrouve, puis lui donne 100 000 $ pour qu’elle oublie tout. Mais elle, ce qui l’intéresse n’est pas l’argent, mais le mec : elle refuse et Michael doit finalement emmener Cybil et Jesse avec lui vers le nord dans la voiture de sa grand-mère. Il est convenu de passer la frontière canadienne après avoir changé les billets forcément marqués auprès d’un receleur dans l’Idaho, qui va prendre sa commission de 40 %. Il y a pour cela un mot de passe, écrit sur une carte dans le portefeuille de Michael. Mais celui-ci ne peut pas la fermer et dit tout à Cybil. Laquelle en profite pour voler le portefeuille de Michael (telle fils, telle mère) et s’enfuit dans la voiture. Michael se retrouve avec le gosse et sans un rond. Il vole un SUV et commence à trifouiller le moteur pour le mettre en marche quand Jesse, tout simplement, trouve la clé de contact. Pour faire de l’essence, Jesse toujours futé, vole à son tour le portefeuille d’un gros beauf. Michael sait où aller pour retrouver Cybil : chez le receleur.

Dans le même temps, Murphy s’est remis et réalise que Michael a pris l’argent. Il le poursuit dans l’Idaho avec la voiture rouge de Michael. Cybil a appelé le receleur Jay Peterson (Jon Lovitz) avec un mot de passe trouvé dans le portefeuille de Michael. Murphy se présente chez le blanchisseur avec le même mot de passe. Peterson explique que Cybil a appelé en premier, alors ils l’attendent. Lorsque Cybil arrive, elle prend Murphy pour Peterson, mais le psychopathe l’a descendu avec son assistante. Lorsque Michael et Jesse arrivent, ils trouvent les corps de Peterson et de la fille, que Jesse veut voir pour savoir s’il s’agit de sa mère. Jesse devine que Murphy a la voiture de Michael et, malin, lui dit que puisque c’est sa voiture que conduit Murphy, il peut la déclarer volée. La police l’arrêtera. Pas bête ! Murphy est en effet arrêté à un contrôle, mais Michael aussi, qui a lui même piqué un SUV. Ils se retrouvent dans la même prison du comté et se vannent, tandis que Jesse paye un avocat pour la caution de sortie de Michael. Murphy, de son côté, téléphone à Jack, le pilote d’hélico, pour qu’il fasse de même.

Michael récupère sa voiture rouge et trouve Cybil ligotée et bâillonnée dans le coffre, ainsi que deux fois plus d’argent : celui du casse plus celui que devait donner en échange le receleur, que Murphy a volé avant de le tuer. Il décide de se séparer de ce véhicule trop voyant et en loue un plus discret pour Cybil et son fils. C’est le moment de se séparer, lui va prendre un taxi, malgré le gamin qui s’accroche à son torse, en pleurs. Quant à Murphy, il fait du stop, tombe sur un fan d’un chanteur marginal, le tue se déguise en lui pour passer les barrages de police. Cybil et Jesse qui passent en voiture se font repérer par Murphy. Il les poursuit avec son van bariolé et les fait sortir de la route. Il prend le gamin en otage pour que Cybil retrouve Michael et le fric. Cybil supplie Michael, qui cède, aimant bien Jesse, et sa mère malgré ses mensonges.

La rencontre doit avoir lieu dans un entrepôt, où Murphy est venu accompagné d’un tueur expert. Michael est apparemment seul, mais a prévenu la police. Jack sert de messager entre Michael qui a le sac de dollars, et Murphy qui détient le gamin. Mais le sac n’est rempli que de papier journal découpé et d’un scorpion du désert qui pique Murphy. L’équipe du SWAT enclenche alors la grosse fusillade adorée des beaufs yankees, complètement inefficace mais spectaculaire, avec son lot de morts flics – montrant combien ils sont en fait incompétents. Mais « c’est de la bonne télé » comme dirait Trompe. Les beaufs yankees adorent Trompe pour cela. Ils aiment à se faire du cinéma, à se raconter des histoires – tandis que le monde les rattrape (la Chine, le climat, le déclin du dollar, la fuite de l’innovation à cause des cerveaux interdits d’immigrer…).

Murphy a descendu Michael, mais celui-ci a toujours son gilet pare-balles ; il est emmené en ambulance mais Cybil la pique avec Jesse, tandis que Murphy est enfin descendu par la police dans une apothéose de balles, affaibli par le venin du scorpion. Tous est bien qui finit bien, en apothéose rose bonbon yankee. Les trois s’échappent ensemble sur le bateau de Michael, le « Graceland ». Il est suggéré que Michael serait effectivement un bâtard du King, selon un test génétique, et que son « père » lui a donc légué ce bateau au nom de sa résidence de Memphis dans le Tennessee. Jesse, mûri, jette ses revolvers jouets à la mer.

C’est prenant, mais à la limite de la série B.

DVD Destination Graceland (3000 Miles to Graceland), Demian Lichtenstein, 2001, avec Kurt Russell, Kevin Costner, Courteney Cox, Christian Slater, Warner Bros France, anglais doublé français, 2h, €22,90

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Le Caravage au musée de Messine

Deux tableaux du Caravage, mort en 1610, s’y trouvent exposés et il sont passionnants. le guide nous invite à observer les détails, les attitudes, les symboles. Le Caravage s’est auto-portraituré tourné vers la lumière, juste derrière le Christ dans la Résurrection de Lazare. La masse des hommes se rue vers la tombe à la suite de Jésus, tandis que les femmes font masse à l’intérieur, tournées, elles, vers la lumière. D’un côté la fureur, de l’autre côté du cadavre la vie comme réceptacle. La sœur de Lazare semble donner son souffle à son frère.

Dans L’Adoration des bergers, deux diagonales, l’une partant du haut à droite avec les bergers devant Joseph, où le plus jeune avance son épaule nue et musculeuse comme un hommage de la chair animale au bébé qui vient de naître ; l’autre qui part d’en bas à droite, d’une pierre accrochée par un rayon de lumière qui symbolise le socle de la future église (« sur cette pierre… »). La Vierge qui serre son bébé contre elle comme un bien précieux et personnel. Elle est couleurs et lumière tandis que Joseph est terne et obscur. À côté d’elle, un panier avec le pain et le vin et, derrière, les outils de charpentier. L’étable est représentée comme un lieu clos, un miracle dans l’intimité.

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Frances Fyfield, Sommeil de mort

Un roman policier à l’antique d’une Anglaise qui a pratiqué divers métier après 68 pour enfin devenir substitut du procureur… et écrire des romans policiers. Beaucoup (trop) de (mauvaise) psychologie et pas assez d’action, ce roman se traîne, avec une intrigue alambiquée. Il se lit, mais sans plus. Il est trop anglais, trop statique, trop superficiel pour engager l’imagination. Il y a trop de personnages, à peine effleurés, trop de tortures de méninges sans grands résultats avant le final.

La mort discrète d’une emmerdeuse méritait-elle tant d’heures d’enquête ? Margaret, la femme du pharmacien, est sans cesse sur son dos, régentant tout. Elle exige qu’il ferme la fenêtre, qu’il débarrasse son laboratoire personnel en arrière-boutique, qu’il cesse de perdre du temps à perler aux vieille clientes. Alors que lui aime tout ça et ne peut plus respirer. Aussi, le lecteur n’est pas étonné que l’épouse meure doucement dans son sommeil à la quarantaine à peine passée. C’est un soulagement de ne plus entendre ses jérémiades incessantes et son « amour » de sangsue.

Sauf que la procureuse Helen West, opérée d’un kyste aux ovaires, se morfond dans sa chambre d’hôpital. Elle ne sait pas quoi faire autre que gamberger, dans les odeurs de médicaments. Obsessionnelle comme elle l’est, elle aussi, elle se demande pourquoi du chloroforme a été retrouvé dans le sang de la victime, et pourquoi une bouteille marquée détergent en contient sous l’évier de la cuisine. C’est un aphrodisiaque, dit le pharmacien Pip ; ce n’est plus utilisé pour anesthésier depuis longtemps, dit le docteur Hazel, 70 ans, alcoolique et fumeur ; pourquoi perdre son temps sans preuve, dit le préfet, c’était un accident, l’affaire est à classer.

Mais Helen, compagne du commissaire qui chapeaute l’inspecteur Bailey chargé de l’enquête, ne l’entend pas de cette oreille. D’autant que le sergent dudit inspecteur, est l’ami de l’ex-mari de l’assistante pharmacienne Kimberley, dont le fils Tom, 10 ans, est harcelé à l’école, ce pourquoi il est conduit et ramené chaque jour par Daniel, ex-drogué qui prend chaque jour sa dose de méthadone à la pharmacie pour se sevrer… On le voit, rien n’est simple dans cet imbroglio bien difficile à suivre. Ce pourquoi le roman n’est pas bon : trop complexe. Pip est amoureux de Kim, tandis que Daniel fait une overdose et meurt. L’ex-mari, et père de Tom est jaloux et surveille presque chaque soir les fenêtres de son ex-femme.

Herringbone Parade, quartier modeste de l’East End londonien, recèle bien des secrets. Tout proche de la City, il n’est pas encore rénové à la fin des années 1980. On y trouve même une grosse bombe de la Seconde guerre mondiale et le quartier est évacué. Le moment propice pour le criminel d’assouvir ses instincts sexuels, pervertis par maman et ses sœurs qui le « chatouillaient » quand il était enfant.

Une fin qui se précipite – enfin ! – meilleure que le trop lent début.

France Fyfield, Sommeil de mort (Deep Sleep), 1991, Pocket 1999, 253 pages, occasion broché €15,20

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Musée régional de Messine

Le polyptyque de saint Grégoire d’Antonio da Messina est la seule œuvre de l’artiste de Messine possédée par le musée. Il est composé de cinq panneaux, saint Grégoire et saint Benoît, la Vierge à l’Enfant de 1473, l’Annonciation et l’Ange.

La madone de la Chambre, du XIIIe siècle, est une Vierge trônant avec l’Enfant, en mosaïques, de style italo-grec. Une tête d’apôtre en mosaïques, du XIVe, est très délicate.

Un rostre en bronze de galère, d’Acqualadroni montre l’éperon redoutable qu’il devait être pour les bateaux en bois.

De l’Ignoto (inconnu), un Christ à la colonne du XVIe, au ventre assez maladroit mais au visage souffrant expressif.

Le monument à l’amiral Angelo Balsamo, postérieur à 1507, de Giovan Battista Mazzolo, montre son très jeune page à l’entrejambe très moulé, à se demander si, comme Titeuf, il n’a pas oublié son slip. Son sarcophage montre le Triomphe d’Amphitrite. Il serait sculpté par Antoniello Freri.

Des statues de Giovanni Antonio Montorsoli, Neptune et Scylla, Trinité, un Noli me tangere en ronde bosse.

Un saint Sébastien d’Antonio Barbalonga Alberti d’avant 1649 ; un Christ déposé de Mattia Preti d’avant 1699, une sainte Lucie de Giovanni Tucari du XVIIe, les Quatre docteur de l’Église d’Agostino Scilla, du même siècle, qui semblent tourner en rond dans l’entre-soi tandis qu’une colombe vient les sortir des radotages.

En repartant de la ville, nous passons une suite d’échangeurs dans tous les sens. Pourquoi faire simple ?

Nous avons deux heures pour déjeuner dans un restaurant du port de Milazzo, le Zicily, sis en face du quai des hydrofoils. Je prends une salade de la mer, du poulpe, des moules, des crevettes à l’huile d’olive. Cela change et c’est très bon. Les autres prennent un risotto aux quatre graines, la prof un poulpe grillé. 18,5 euros avec l’eau et le café. Milazzo (Mylai) est une ancienne colonie grecque de Zancle (Messine), fondée en 717 avant.

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Hiroshima fleurs d’été de Tamiki Hara

Hiroshima fut le théâtre du premier bombardement atomique le 6 août 1945 à 8h15 du matin. Trois jours plus tard, ce fut le tour de Nagasaki. Le Japon impérialiste a capitulé immédiatement, épargnant des centaines de milliers de vies. Mais tout ça pour ça… La bêtise humaine reste insondable, comme l’obstination des hommes de pouvoir. Il fallait probablement en passer par cette destruction massive pour terminer la guerre. Mais ce qui se justifie en termes de stratégie est une tragédie en termes individuels.

Tamiki Hara, écrivain japonais, est né à Hiroshima quarante ans avant la bombe. Il était présent dans la ville, base militaire importante, au moment où la première bombe A est tombée dans l’histoire sur une population civile et militaire mêlée. Sa famille dirigeait une usine produisant des uniformes pour l’armée. Il a survécu. Il écrit ici trois nouvelles en forme d’hommages – de fleurs – aux victimes d’Hiroshima. Avant, pendant, après la première bombe A. Tamiki Hara est sorti de la vie en se jetant sous un train en 1951.

Son premier texte est le plus long, abordant lentement par le souvenir ce que fut la vie d’Hiroshima avant la bombe. Les écoliers sont évacués dans la campagne, en bandes organisées – sous l’égide de leurs maîtres. Collégiens et collégiennes sont mobilisés pour la patrie. Ils travaillent en usines, dont celle de la famille de l’auteur. Il entendra les cris de détresse des garçons piégés dans les bâtiments écroulés, le 6 août 1945, avant que l’incendie ravageur ne les fasse taire. Avant le bombardement, les alertes sont nombreuses. Des avions passent en hordes au-dessus de la ville, mais gardent leurs bombes pour Tokyo, au nord-est. Les gens ne savent pas trop s’ils doivent évacuer ou rester. Les enfants sont exilés, mais c’est un mouvement collectif ; les familles restent, prises par le travail et ce « patriotisme » qui est surtout le sens des convenances : faire comme tout le monde. Il y a longtemps que la guerre de conquêtes n’est plus populaire dans le peuple japonais.

Le second texte est centré sur l’événement. « J’eus la vie sauve parce que j’étais aux cabinets », écrit sobrement l’auteur. Il s’installe sur le trône, ôtant son kimono de nuit sous lequel il est nu. « Quelques secondes plus tard, je ne sais plus exactement, il y eut un grand coup au-dessus de moi et un voile noir tomba devant mes yeux. Instinctivement, je me mis à hurler et, prenant ma tête entre mes mains, je me levai. Je n’y voyais plus rien et n’avais conscience que du bruit : c’était comme si quelque chose comme une tornade s’était abattue sur nous. » Caché, lui n’a pas été brûlé par l’éclair. Solide, la maison construite par son père l’a protégé du choc initial. Avisé, il a eu le temps de fuir le souffle de retour et l’incendie général qui s’est ensuivi. Tous les autres n’ont pas eu cette chance, surpris sur le chemin ou ensevelis sous les décombres avant d’être cramés sans merci. Il sera irradié, mais moins que certains ; il s’en sortira, bien qu’atteint dans sa chair et dans son âme.

Car le pire – si l’on peut dire – réside moins dans les destructions immédiates de la bombe que dans les séquelles qu’elle entraîne sur des dizaines d’années. Un bombardement est un bombardement, mais l’irradiation initiale ou celle des pluies noires qui suivent, ou celle encore des aliments contaminés durant des saisons, vont atteindre les gens bien après le choc. Dire qu’ils sont « innocents » est faire bon marché de la mobilisation totale (totalitaire) du fascisme de ces années là, aussi bien au Japon qu’en Allemagne ou ailleurs. Il n’y a pas de gens innocents, s’ils laissent faire la politique et gardent leur adhésion à des nationalistes extrémistes. C’est le cas en Russie aujourd’hui, comme en Corée du nord, en Iran, en Afghanistan…

Reste la plainte humaine qui déchire, quoi qu’on en ait. Il suffit d’aller à Hiroshima ou à Nagasaki aujourd’hui (j’y suis allé). Il suffit de visiter les musées de la bombe où les Japonais se présentent moins comme victimes que comme les condamnés d’un destin aveugle. Ils ont raison, il suffit de lire Tamiki Hara. Tout cela pour compatir, se souvenir. Rien n’excuse jamais la destruction aveugle, la mort industrielle, la technique devenue folle.

Jamais la bombe, A ou H, n’a été utilisée depuis Nagasaki le 9 août 1945. Souhaitons que cela perdure, malgré les fanatiques de tous bords, les tyrans obtus à la Poutine et les clercs des religions sectaires.

Tamiki Hara, Hiroshima fleurs d’été, 1947, Babel 2007, 131 pages, €7,10

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Messine

Au large, isola Bella, le lieu du tournage du film le Grand Bleu de Luc Besson. Un téléphérique permet de joindre le centre de Taormina, perché, aux plages dont certaines sont privées. Sur la plage de Lettoiani, la Calabre se voit en face. Dans ce détroit de Messine, Ulysse dut louvoyer pour éviter autant Charybde que Scylla, deux rochers hurlants.

Nous passons Aspromonte où Garibaldi est blessé au pied. Sa botte au musée du Risorgimento à Rome est célèbre.

Messine est la troisième ville de Sicile, plus de 150 000 habitants. Les deux premières sont Palerme et Catane, la quatrième est Syracuse. Dévastée par le tremblement de terre de 1693 et rasée par celui de 1908, Messine était à l’origine un comptoir fondé par des commerçants-pirates de la Chalcidique macédonienne vers 700 avant Il contrôlait le passage entre la Calabre et la Sicile. Son nom sicule de Zancle signifie la faucille, selon la forme de son port. Le détroit fait 3 km de large au plus étroit. Les vents dominants de 25 nœuds viennent du Nord, ce qui rendait le passage difficile pour les bateaux à voile de l’antiquité qui venaient du sud.

Sur la piazza del Duomo, face à la fontaine d’Orion de Montorsoli (1547), la cathédrale a été fondée par le comte Roger II. Elle est terminée en 1169 mais le tremblement de terre l’endommage ; elle est consacrée en 1190 par Henri VI mais brûle lors des funérailles de Conrad. Reconstruite au XIIIe siècle, les Vêpres siciliennes arrêtent les travaux. Le tremblement de terre de 1793 la détruit puis le tremblement de terre de 1894 ainsi que ceux de juillet 1905 et de 1908. Ce dernier détruit 80% de toute la ville. Il a plus de 60 000 morts. En 1943, c’est le bombardement des Américains qui détruit la cathédrale reconstruite. Quelle suite de catastrophes !

Mais il suffit d’y croire. Comme cette Lettre de la Vierge (!) qui aurait été remise en 42 de notre ère à des ambassadeurs de Messine. Elle qui ne savait pas écrire… Alors on a dit qu’un ange l’avait écrite sous sa dictée. Mais les anges n’ont pas de corps, ils sont purs esprits. N’importe quoi pourvu que l’on croie.

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Taormina 2

Une longue promenade nous permet de voir les détails qu’affectionne le guide, un petit théâtre romain caché en haut d’une ruelle, un portail en pierre entourée de basalte du XVIIIe siècle, une naumachie, une église. Devant laquelle, s’ouvre un beau panorama sur la mer.

Dans la cathédrale du XIIIe à la silhouette crénelée de l’architecture normande, une Vierge au long cou portant l’Enfant sur le dos qui suce son doigt, une attitude rarement représentée, sinon jamais. L’église aux trois nefs recèle également une statue en marbre de sainte Agathe par Montanini au XVIe siècle. Elle porte d’une main la palme du martyre et de l’autre les tenailles qui vont lui arracher les tétons, avant que ses seins ne soient coupés. Cette scène de torture figure dans un cartouche à son pied. Trois petites filles et un petit garçon qui jouent devant la porte sont indifférents à tout ce sadisme humain, et c’est heureux.

Enfin l’hôtel, la Villa Diodoro, via Bagnoli Croci, quatre étoiles mais à l’accueil peu aimable, des escaliers incohérents, le bar en chambre caché au point que je ne l’ai pas trouvé, et une seule prise de courant planquée derrière le lit. Je ne ressors pas pour le dîner libre, je mange les deux bananes prises au petit-déjeuner et bois deux verres d’eau du robinet. Le bruit d’un orchestre de fiesta dans le parc municipal à côté de l’hôtel a tenu jusqu’à minuit. Boum ! Boum ! Le store comme les volets sont inexistants sur la moitié de la fenêtre.

Au matin, je suis le labyrinthe pour sortir et trouver l’endroit du petit-déjeuner. Je suis au niveau 0, donc au niveau -2 à partir de la réception – logique… et le petit-déjeuner est en -1, à l’autre bout du bâtiment en U ouvert, avec vue heureusement sur la baie, la pente et le volcan Etna au fond, qui fume. Il est bien visible ce matin.

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Quantum of Solace de Marc Forster

James Bond 007 (Daniel Craig) reprend là où il avait terminé dans Casino Royale. Il n’a finalement pas descendu M. White (Jesper Christensen) mais l’a arrêté pour le livrer au MI6 à Sienne. Il l’a mis dans le coffre de son Aston Martin DBS mais est poursuivi sauvagement par deux voitures de tueurs, auxquelles il n’échappe qu’après une course poursuite haletante et non sans avoir perdu une portière, pris quelques trous dans la carrosserie et la vitre arrière.

M (Judy Dench) s’interroge : Bond est-il loyal envers la Couronne, ou suit-il une vengeance personnelle en poursuivant les assassins de Vesper, la fille dont il est tombé bêtement amoureux ? M. White rigole ; comment, le MI6 ne sait rien sur son Organisation ? Mais elle est partout ! A ce moment, le garde du corps depuis 8 ans de M tire sur tout le monde et s’enfuit lorsque Bond riposte. Nouvelle course poursuite, à pied cette fois, dans les égouts de Sienne et la Piazza del Campo où se déroule le Palio, les toits des bâtiments et dans la tour de la cloche – où Bond descend enfin le garde.

Dans l’appartement de White à Londres, le MI6 trouve une liasse de dollars dont les numéros de série renvoient à une banque située à Port-au-Prince, en Haïti, et à un certain M. Slate. Bond se rend à l’hôtel où Slate est logé, viole sa chambre et le tue après une bagarre qui fait du bon cinéma. En rendant la clé à l’accueil, il demande s’il y a du courrier et on lui livre une valise. C’est le signe de reconnaissance, semble-t-il, car une jeune femme (Olga Kurylenko) pile à côté de lui et l’invite à monter dans sa voiture. Bond se laisse faire. Camille croit qu’il est le géologue qui lui a été indiqué. En ouvrant la valise, Bond découvre un pistolet et une photo de la jeune fille : elle devait être tuée. Outrée, Camille lui tire dessus et il descend de l’auto pour piquer une moto et la suivre.

Elle se rend sur le port dont un quai est bien gardé par des Noirs en armes. Elle rencontre son petit ami Dominic Greene (Mathieu Amalric) et lui demande pourquoi il voulait la faire tuer. C’est parce qu’il la soupçonnait de coucher avec lui pour approcher le général Medrano de Bolivie (Joaquín Cosío). Comme il arrive justement en bateau, Greene la lui confie, avec pour mission de la balancer par-dessus bord lorsqu’il lui sera passé dessus à satiété. L’Organisation lui ouvrira la route du pouvoir, outre un substantiel pot-de-vin, s’il signe un décret de cession de terrains vides de pétrole dans le désert. Mais pas vide de tout… L’eau souterraine est désormais la richesse, plus que le pétrole.

James Bond vole un bateau pour sauver Camille, mais celle-ci veut rester avec Medrano, avec qui elle a un compte à régler : c’est lui qui a tué ses parents après avoir violé sa mère et sa sœur sous ses yeux alors qu’elle était petite fille. Nouvelle course poursuite en bateau, spectaculaire, puis Camille évanouie est confiée à un portier d’hôtel sous prétexte qu’elle a le mal de mer. Bond pique une voiture et appelle le MI6 pour leur donner le nom de Greene. M appelle la CIA pour savoir si ce nom les intéresse, et la Centrale fait semblant de ne pas le connaître – alors que l’agentl reçoit l’appel dans l’avion privé de ce dernier. Dominic Greene est réputé philanthrope à la tête de Greene Planet, recevant des dons pour sauver des étendues de terre par rachats. Bonne couverture pour des activités de prédation – où America First sévit à l’envi.

Nouveau voyage : l’avion de Greene, identifié, se rend en Autriche et Bond le suit. C’est à l’opéra que Greene rencontre « secrètement » devant tout le monde ses collaborateurs pendant une représentation de la Tosca. James Bond neutralise l’un des participants pour lui piquer son équipement audio et écouter ce qui se dit, notamment la corruption pour le coup d’État en Bolivie qui livrera le terrain convoité. Bond ne peut s’empêcher de s’immiscer dans la conversation et les collabos se lèvent pour fuir, ce qui permet à Bond de les prendre en photo, de loin et mal, mais suffisamment pour que le logiciel de la CIA, actionné par M depuis Londres, réussisse à les identifier. L’un des agents de Greene poursuit Bond mais il réussit à le balancer d’un toit sur la voiture de Greene – lequel demande si c’est un homme à eux et, puisque non, de le tuer. Mais il était agent double du MI6 chargé de la protection du Premier ministre ! Il n’avait qu’à se faire connaître, ou qu’on dise à Bond qui il était ! Dans l’action, on ne fait pas de détail. Mais M le convoque à Londres et révoque tous ses passeports avatars et ses cartes de crédit.

Bond se rebelle devant cette injustice et fait croire qu’il s’envole pour Le Caire avant de se rendre à la ville toscane de Talamone où Mathis (Giancarlo Giannini), ancien chef d’antenne au Montenegro, file sa retraite. Il lui demande de l’aide et l’allèche pour qu’il le suive en Bolivie, où l’ex a des contacts. A La Paz, Bond est abordé par une nouvelle fille, agent du service financier de la Couronne, chargée de le ramener à Londres. Comme d’habitude, il la séduit, la baise, et l’amène à la soirée caritative de Greene dont Mathis s’est procuré une invitation. Camille survient pour confronter Greene, qui veut la balancer du balcon, mais en est empêché par Bond. Il fuit avec Camille en voiture mais est arrêté par des motards de la police qui font ouvrir le coffre. Mathis est dedans, son « ami » le chef de la police l’a trahi. Les flics tirent sur le coffre, Bond les descend et Mathis meurt dans ses bras.

Malgré M, malgré son statut d’agent grillé, malgré la CIA contre lui, Bond parvient dans le désert avec Camille et échange sa voiture contre un vieil avion à hélices. Ils sont rapidement poursuivis par un avion de chasse envoyé par Greene, que Bond parvient à faire exploser en rasant la montagne pour aveugler le pilote avec la fumée s’échappant de l’un des moteurs touchés. Leur bimoteur s’écrase alors qu’ils ont juste le temps de sauter en parapente dans un ravin profond. Au fond, ils découvrent un passage, le lit d’une ancienne rivière asséchée. Et pour cause ! C’est un barrage qui retient l’eau afin de susciter la sécheresse dans les villages, et de vendre alors le précieux liquide via la compagnie de Greene.

Un bus pour La Paz, un comité d’accueil dans la chambre, la demoiselle des finances morte enduite de pétrole, basse vengeance de Greene. Bond est sommé de rentrer à Londres sous escorte de trois agents avant de faire tuer encore plus de monde. Dans l’ascenseur, il s’en délivre aisément, croise M interloquée mais lui dit qu’il veut aller tuer Greene. Elle lui renouvelle sa confiance. Mais la CIA en veut à Bond et défend ses intérêts, concomitants avec ceux de Greene : à eux tout le pétrole, à lui le reste. Félix Leiter (Jeffrey Wright), ancienne relation CIA de Casino Royale, qui suit l’opération, avise Bond dans un bar qu’il n’a que trente secondes pour s’échapper, et que Greene est dans un hôtel dans le désert pour payer la grosse somme au chef de la police bolivienne pour qu’il soutienne Medrano.

Bond et Camille se rendent à cet hôtel, où Medrano et Green échangent des valises de billets contre des signatures : cession du terrain, feu vert de la CIA pour le coup d’État (un de plus, un de moins…), mais concession de la distribution d’eau dans le pays par la compagnie de Greene – qui possède 60 % des réserves. Medrano hésite mais la menace est claire : si ce n’est pas lui, ce sera un autre, l’Organisation est puissante… De retour dans sa chambre, vexé, le général se venge en violant une serveuse à qui il a demandé de lui apporter une bière. Bond tue le chef de la police, le rez-de-chaussée explose (tout explose toujours à Hollywood), Camille se bat avec Medrano et finit par le tuer, non sans mal, tandis que Bond poursuit Greene, qui parvient à s’échapper seul et boitant dans le désert. Le con s’est planté la hache avec laquelle il menaçait Bond dans le pied. Bond récupère Camille dans l’hôtel en feu, puis rejoint Greene en voiture avant de l’abandonner avec pour seule boisson un bidon d’huile de moteur. Le malfrat milliardaire finira par crever, de soif et de deux balles dans la tête, rattrapé par l’Organisation qui n’apprécie pas son absence de fiabilité.

Brutal changement de décor, ce qui fait toujours un brin bizarre. Fini le désert brûlant de Bolivie, place au froid glacial de la neige à Kazan. Bond a retrouvé l’ex-petit ami de Vesper, Yusef (Simon Kassianides) qui lui avait offert un pendentif en forme de nœud. Une nouvelle jeune femme l’accompagne qui porte le même, signe d’appartenance au mâle peut-être, celui qui affiche sa virilité au cou de ses femelles. Bond apprend à la fille, d’ailleurs agent secrète canadienne, qu’elle va subir le même sort que sa prédécessrice (le prédécesseur féminisé). Yusef est affilié à l’Organisation dont on apprend le nom : Quantum. Contrairement à ce qu’on attend, Bond ne tue pas le salaud mais le livre au MI6 pour qu’il soit interrogé.

Un quantum est une petite quantité, quant à « solace », il s’agit du réconfort. Un titre énigmatique emprunté à Ian Fleming, l’auteur de James Bond 007 – mais pourquoi ne pas l’avoir traduit en français ? Il signifie qu’une relation a besoin d’un peu de réconfort pour durer, autrement elle n’est que consommation. Un peu intello-compliqué et pas très vendeur… Ni très clair.

Un film d’action, mais moins bon que le précédent car moins facile à suivre. Le son en français est un peu faible, plutôt bafouilleux. On passe d’un pays à l’autre sans comprendre vraiment les liens qui l’exigent, d’une course poursuite à l’autre sans rien de concluant. M est sans cesse à sermonner Bond mais le laisse faire tout ce qu’il veut, lequel ne rend compte à personne avant d’avoir fini ce qu’il croit son boulot. Et le schéma des belles pépées qui séduisent, baisent et se font descendre est du réchauffé. Le général Medrano fait un peu cirque dans la caricature du Méchant d’Amérique latine. La sauce écologique est lourde dans le complot capitalistico-CIA. Quant au gouvernement de Londres, il est largué, présenté comme un petit toutou docile de l’oncle Sam, les crocs limés. Heureusement qu’il reste Bond, James Bond – Daniel Craig. Au fond, c’est lui qui fait tout le film.

DVD Quantum of Solace, Marc Forster, 2008, avec Olga Kurylenko, Mathieu Amalric, Judi Dench, Giancarlo Giannini, Jeffrey Wright, 20th Century Fox 2009, ‎ Anglais, Français, Néerlandais, Russe, 1h42, €8,78, Blu-ray €11,16

DVD James Bond 007 – La Collection Daniel Craig : Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall, Spectre, MGM / United Artists 2020, français, anglais, €10,27, Blu-ray €33,92

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Taormina 1

Le bus prend l’autoroute jusqu’à Taormina. Nous passons devant le complexe pétrochimique de Thasos.

La cité de Taormina est perchée au sommet du mont, celle de Naxos est au bord de la mer, juste au pied.

A l’entrée du Corso un adolescent de 13 ou 14 ans est assis sur une borne. Il porte une chaîne d’or au cou et des lunettes transparentes qui lui couvrent les tempes. Étonnant comme les Italiens font frime, arborent des déguisements à la mode pour se mettre en valeur. S’y ajoute, à cet âge, l’obsession de l’identité, savoir comment se positionner par rapport aux autres.

Des céramiques très colorées trônent dans les vitrines. Elles sont vives, fraîches, méditerranéennes ; elles donnent envie.

Nous visitons le théâtre grec (encore un) creusé dans la colline au IIIe siècle avant. Il fait 109 m de diamètre et a été remanié par les Romains. La vue porte sur le mont Venere et sur l’Etna.

Le Corso Umberto est très touristique et tout luxe, comme à Capri, Cannes ou Saint-Tropez. Il n’a aucun intérêt à mes yeux, sauf à voir défiler des pétasses qui se dandinent couvertes de falbalas fluides et ornées de bijoux clinquants, des lunettes plus ou moins noires permettant de voir sans être vu l’effet de leur séduction. J’observe au théâtre quatre riches femmes qui font jeunes de loin mais assez mûres de près ; elles portent chacune une robe de couleur différente, bleu azur, beige doré, rose fuchsia, blanc ; elles sont peut-être polonaises ou biélorusses.

Un couple chinois aux deux grosses valises portant une étiquette avec l’indicatif téléphonique +66 débarquant d’un van Mercedes noir aux vitres fumées devant le seul hôtel cinq étoiles du théâtre, avec une plaque de carte Gold. Peut-être de gros compradores chinois de Thaïlande. Ou les nouveaux Maîtres du monde de Shanghai.

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Catane 2

Nous empruntons la voie des crucifères, la via dei Crociferi, qui étaient des porte-croix. Elle est bordée d’églises baroques, celle de saint Benoît, celle des Jésuites, celle de saint Julien (Giuliano), celle de san Niccolo. Puis l’ancien couvent des Bénédictins. L’université de droit fondée en 1434 par Alphonse, roi d’Aragon et de Sicile s’ouvre au bout de la rue dans une belle villa XVIIIe. Des étudiants discutent devant ; ils sont revêtus de tee-shirts moulants selon la mode actuelle, mais tous coiffés différemment.

Plus loin, le musée Bellini, au n°1 de la piazza San Francesco, du nom d’une autre gloire locale à laquelle est rendue un culte. Nous visitons hors programme les appartements du musicien, ornés de portraits de lui, enfant très décolleté romantique né en 1801, adolescent de peu de santé, et adulte au sommet de sa gloire avec ses opéras à Paris. Sa mort à 34 ans en 1835 d’une angine de poitrine, a permis de prélever un masque mortuaire. Son dernier portrait, en 1871, a été pris lorsque son cercueil fut ouvert puis ramené du Père-Lachaise à Paris jusqu’à Catane où il est enterré.

L’église sans Franceso dei Assisi a été bâtie vers 1255 et tant rénovée qu’il ne reste d’original que les côtés et l’abside. Sa façade est gothique XIVe avec une rosace normande. La voûte est en bois.

Nous déjeunons au restaurant Sikula où nous sommes les seuls clients. Le plat est une boulette de sardines et purée accompagnées de bruschetta, d’une demi-tranche d’espadon panée avec l’autre demi-tranche roulée farcie de poisson blanc et crevettes, très bon, puis d’un carré de tiramisu goûteux en dessert. Je descends à moi tout seul 1 l d’eau. J’ai pourtant bu deux cafés allongés et deux verres de jus de fruits ce matin.

Le guide nous explique comment cuire les pâtes à l’italienne. Pour lui, il faut enlever une à deux minutes sur les indications du paquet, garder un verre de l’eau de cuisson lors de l’égouttage, puis verser les pâtes sur la sauce déjà chaude. Enfin, il faut verser l’eau réservée sur le tout afin de donner une onctuosité générale grâce à son amidon.

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Catane 1

Aujourd’hui, nous aurons six heures de marche – pour un circuit culturel troisième âge, c’est beaucoup. Nous verrons deux villes, Catane et Taormina.

Catane a été fondé au huitième siècle avant au pied de l’Etna par des Grecs de Naxos. Prise, vaincue, détruite par le tremblement de terre de 1693, reconstruite en baroque tardif, nous pouvons voir aujourd’hui la coulée de lave noire sur laquelle ont été rebâtis les bâtiments, dont la cathédrale. Il faut dire que le volcan de 3357 m d’altitude n’est pas loin, même si sa silhouette est estompée par la brume de chaleur.

Nous passons dans le marché central, avec ses étals de poissons, surtout du thon et de l’espadon, et des légumes dont de grosses noix de Sicile de la taille d’un citron.

Dans un angle de la place, la fontaine jaillissante de l’Amenano se trouve à l’orée du marché.

L’avenue Etnea mène à la piazza del Duomo, la cathédrale – où a lieu évidemment un office qui dure deux heures avant que nous puissions entrer. Nous ne voyons sortir que peu de fidèles. Sa façade baroque à trois niveaux a été dessinée par Giovanni Battista Vaccarini qui a utilisé la roche noire du volcan comme décor. Le monument recèle le tombeau de Vincenzo Bellini, mort en 1835. A droite du chœur, la chapelle de sainte Agathe, patronne de la cité, avec le retable en marbre début XVIe de Fernandez d’Acunia. Deux petites filles passent en tutu rose ; leur grand-mère me sourit quand je prends leur photo de dos. Jolies enfants, semble-t-elle me dire. Au-dessus, une envolée d‘anges tout nu, leur future progéniture espérée.

La mairie est le palais de l’Eléphant. Il a été construit après le terrible terremoto de 1693 par les architectes Longobardo, Vaccarini et Battaglia ; un escalier d’honneur a été ajouté au XIXe. Un film destiné aux visiteurs montre la fête de Saint Agathe, le personnage principal de la ville. Elle aurait arrêté la peste. Un char décoré trône dans un coin.

Au centre de la place trône une fontaine à éléphant en basalte noir de l’Etna, surmontée d’un obélisque carthaginois. Passent des gamins italiens blonds à cheveux longs à la Brad Pitt.

A noter qu’à l’été 2025, une série policière sicilienne intéressante se passe à Catane, visible sur la 3 : Vanina – Meurtres en Sicile. 1h50 mn chaque épisode – a consommer à petites doses.

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Théâtre de Syracuse

Le théâtre, agrandi au IIIe siècle avant par Hieron II pour totaliser 138 m de diamètre au sommet, est creusé dans la colline face à la mer. Il est en plein soleil mais les spectacles avaient lieu à la saison froide et les spectateurs n’avaient pas besoin de velum, comme dans les théâtres romains. Les Perses d’Eschyle y auraient été représentés en 372 avant et il a été fréquenté par Platon, Pindare et Euripide. Sur ses 61 gradins pouvaient tenir 15 000 spectateurs. La représentation durait une journée entière. La cité a connu son maximum démographique sous Denys l’Ancien entre 405 et 367 avant, avec environ 300 000 habitants !

Des tombes paléochrétiennes sont creusées dans la banquette du sommet. Alors que j’avance, un bruit grandit. C’est le jaillissement en cascade d’une résurgence de l’aqueduc qui permettait aux spectateurs de boire.

Dans le parc archéologique, le grand autel d’Hiéron II mesure 198 m de long. Il a permis en 228 avant le sacrifice public de 450 bœufs pour répartir la fumée pour les dieux et la viande aux quelques 150 000 habitants de la ville au quatrième siècle avant.

Un amphithéâtre romain, assez petit par rapport aux autres monuments mais tout de suite après celui de Rome ou Vérone, permettait des spectacles d’évergètes, ces riches qui invitaient les citoyens à voter pour eux. Il date du IIIe siècle après. L’arène où l’on mettait à mort les condamnés et où l’on combattait était destinée à réjouir le bon peuple.

Le guide nous dit que le métier de gladiateur n’était que très rarement mortel, sauf sur ordre exprès de l’empereur. Les gladiateurs étaient d’anciens soldats qui se donnaient en spectacle, chacun se spécialisant dans une arme et un mode de combat. Il étaient chers à former et la lutte s’arrêtait au premier sang, en général sur les bras, les épaules ou les pectoraux. Un flux spectaculaire inondait la poitrine et tombait sur le sol, faisant frissonner les mâles comme les femelles, toujours avides d’émotion. C’était une réminiscence du sacrifice fait aux soldats tués au combat, un hommage aux guerriers. Les études archéologique remettent en question Quo vadis et la vulgate romantique du XIXe siècle. le guide nous conseille de lire la thèse de Georges Ville sur le métier de gladiateurs.

Dans une conclusion reconstruite après le décès prématuré de l’auteur, sont décrits les trois sentiments d’époque envers les spectacles de l’arène : « Le premier sentiment n’interdit pas la violence, la guerre, les supplices de criminels ; il interdit seulement qu’on s’en réjouisse ou qu’on y assiste. Le second sentiment, le plus répandu, ne fait pas du tout s’évanouir au spectacle du sang versé et n’empêche pas de se délecter sadiquement ou suicidairement de ce spectacle, mais il fait éprouver une sourde inquiétude pour l’avenir. Inquiétude qui s’accommode fort bien, du moins sur le moment, de la délectation que procure à la grande majorité des individus le spectacle des supplices. Car est un troisième sentiment, sans lequel toute cette histoire serait incompréhensible, à savoir le plaisir que procure très généralement la souffrance d’autrui. » Le métier de gladiateur est impur comme celui de pute. « Ainsi font les Romains envers leurs gladiateurs, on les admire on va les voir amphithéâtre sans scrupules, mais il est de mauvais ton de fréquenter le milieu des gladiateurs et des lanistes. (Histoire Auguste, Hadrien XVIII Commode II 9). Le gladiateur va de pair avec l’ivrogne et le débauché, dit Sénèque le Père. D’un pilier de mauvais lieu on disait il courait lupanaria et ludos (Apulée Apol. XCVIII). »

Nous revenons à l’hôtel vers 17h45 pour un dîner à 19h30 de pâtes sauce tomate au fenouil (les Siciliens en mettent partout) et d’une boulette de « farci maigre » comme ils disent, qui ressemble au jambon du petit-déjeuner recyclé au fromage. Il s’agit d’une variante d’arancini, ces boulettes de riz mou à risotto que l’on farcit de divers ingrédients avant de les enrober de chapelure et de les faire frire en poêle à l’huile d’olive. Une purée de pommes de terre l’accompagne, puis un sorbet citron. Nous prenons deux bouteilles de vin pour neuf, de l’eau, et chacun en a pour six euros.

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Jodi Compton, La 37e heure

L’inspectrice au bureau du shérif de Minneapolis Sarah Pribek quitte sa maison pour aller voir sa collègue, en arrêt maladie après la mort de sa fille, tuée par un violeur qui s’en est sorti, faute de preuves. Son mari, Shiloh, doit rejoindre la base de Quantico en Virginie car il a postulé au FBI et a été accepté au centre de formation. Il a déjà les billets d’avion et a fait sa valise. De retour chez elle après le week-end passé avec son amie, Sarah s’aperçoit que son mari ne s’est pas rendu à Quantico, n’a pas pris l’avion, ni même sa valise ! Il a tout simplement disparu…

Sarah est inspectrice à la brigade des personnes disparues et elle sait que les premières 36 h sont cruciales en cas de disparition. Elle enquête donc selon les principes des cercles concentriques, du plus proche au plus lointain, de la famille et des voisins aux amis et connaissances, du quartier à l’État puis au niveau fédéral. Mais rien : aucune piste, aucun témoin. Tout allait bien, pas de message, pas de signalement. Juste un numéro de téléphone fixe, sans indicatif de zone, griffonné au dos d’un papier.

Inquiète, Sarah décide d’en savoir un peu plus sur la famille de Shiloh, et pourquoi il est parti à 17 ans faire sa vie sans jamais les revoir. Sauf une jeune sœur, sourde, de qui il a été très proche. Shiloh a-t-il été les rejoindre ? A-t-il renoncé au FBI ? A-t-il eu peur de n’être pas à la hauteur ? S’est-il jeté dans le fleuve, qui roule ses eaux puissantes pour échapper aux tourments de l’existence ? Sarah redoute la 37ème heure, la barre des 36 heures écoulées, et les découvertes que l’on peut faire alors.

Un policier original.

L’éditeur indique :« Jodi Compton vit en Californie. Son premier roman, La 37e Heure, a lancé la série mettant en scène le détective Sarah Pribek et a été salué par la critique, dont le New York Times. Lors de sa parution en France en 2008, le roman a figuré parmi les finalistes du Grand Prix des Lectrices de ELLE dans la catégorie roman policier. »

Jodi Compton, La 37e heure (The 37th Hour), 2004, Livre de poche 2008, 347 pages, €1,33, e-book Kindle €6,99

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Latomies du Paradis à Syracuse

Ces carrières s’appellent les Latomies et sont dites du paradis.

Ce sont de gigantesques excavations de pierres calcaires à ciel ouvert, exploitées pour vendre et pour bâtir Syracuse. Mais les blocs de pierre étaient aussi exportés dans toute l’Italie. Deux siècles d’esclavage ont excavé un grand territoire.

L’oreille de Denys, selon l’expression du Caravage en 1608, est une faille en forme d’oreille de satyre de 65 m de haut dans la roche. On dit que l’anfractuosité au sommet aurait permis à Denys l’Ancien, le tyran de Syracuse, d’écouter les propos des prisonniers carthaginois faits après la bataille d’Himère et qui travaillaient comme ouvriers. Il graciait alors ou suppliciait tel ou tel selon son bon plaisir. On en dit, des choses…

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Les chariots de feu de Hugh Hudson

Un film engagé, à la gloire du sport olympique qui transcende les préjugés. Eric Liddell (Ian Charleson), croyant presbytérien écossais fervent court pour la gloire de Dieu, et Harold Abrahams (Ben Cross), juif anglais non pratiquant, court pour surmonter les préjugés. Le titre du film est inspiré d’un poème de William Blake, And Did Those feet in Ancient Time. Mis en musique par Charles Hubert Hastings Parry en 1916 dans son hymne Jerusalem, il est devenu chanson légendaire de la culture anglaise, un hymne patriotique utilisé pendant les guerres. L’histoire s’inspire librement de l’histoire de deux athlètes britanniques concourant aux Jeux olympiques d’été de Paris 1924, Harold Abrahams et Eric Liddell.

Tout commence dans la cour du collège de Cambridge, en 1919, lorsqu’Abrahams entre à l’université et se retrouve en butte à l’antisémitisme larvé du personnel. Il veut prouver qu’il est anglais comme les autres, et que les valeurs du collège sont les siennes. Même s’il ne chante pas à la chapelle, n’étant pas chrétien, il participe aux activités multiples : il joue du piano dans le groupe Gilbert & Sullivan, s’est inscrit au groupe d’athlétisme.

Il veut surtout réussir la course de la cour de la Trinité, épreuve que nul n’a réussi « depuis 700 ans », dit-on (faute d’avoir essayé ?). Il s’agit de courir autour de la cour de Trinity College dans le temps qu’il faut à l’horloge pour frapper les douze coups de midi. Départ au premier coup, arrivée obligatoire avant le dernier coup. Par esprit de solidarité, un élève, Lord Lindsay, se joint à lui, mais Abraham gagne haut la main. Il est désormais populaire parmi les étudiants et surveillé de près par la direction.

Les professeurs à la tête du collège sont conservateurs des valeurs britanniques et voient d’un œil à la fois intéressé (pour la réputation de l’école) et inquiet (pour la transgression des valeurs) l’étoile d’Abraham monter. Ils le convoquent et le lui disent, le sport pour l’esprit d’équipe oui, la compétition pour gagner « à tout prix », non. Or Abraham s’est adjoint un entraîneur professionnel pour améliorer sa foulée, faisant du sport non plus en « amateur » comme les autres élèves, mais comme une « affaire » – ce qui marque bien son caractère « juif ». Mais cet antisémitisme épidermique ne va pas sans reconnaître l’élite juive : « vous êtes Lévite », dit le principal de Trinity College (John Gielgud), cela vous engage. Les Lévites sont une tribu exclusivement vouée au service de Yahweh, mise à part des autres par Lui. Une sorte de noblesse héréditaire, en somme. Abraham doit lui faire honneur, même si son père est tombé dans « la finance ».

Ils lui opposent l’autre champion d’athlétisme du collège, Eric Liddell, écossais né en Chine de parents missionnaires, et voué à poursuivre leur œuvre une fois ses études à Cambridge terminées. Son grand frère et son petit frère l’encouragent ; sa sœur Jennie (Cheryl Campbell) est trop dévote, dans le sens rituel, pour l’approuver. Elle déclare que cela le détourne du Seigneur et de sa mission. Eric lui rétorque qu’il a été créé « rapide » par Dieu lui-même, et qu’il « sent son plaisir » lorsqu’il court. Ce sont en fait les endorphines dégagée par l’effort qui donnent ce sentiment d’euphorie – mais pour un croyant, tout vient de Dieu, même le plaisir qu’il donne « naturellement ».

La première fois qu’ils courent dans une compétition, Liddell bat Abrahams. Celui-ci le prend mal et se désespère d’un jour s’imposer, mais il rencontre Sam Mussabini (Ian Holm), entraîneur professionnel « mi-italien, mi-arabe », dira-t-il au principal du College pour le provoquer. Abrahams s’améliore et Liddell continue à courir jusqu’à ce qu’ils soient tous deux sélectionnés pour représenter le Royaume-Uni aux Jeux de Paris 1924.

Mais Liddell découvre que la compétition du 100 mètres aura lieu un dimanche. Impossible de violer le repos exigé le jour du Seigneur, et il refuse de participer. Sa foi est intransigeante et ses principes doivent être respectés. C’est alors la réunion au sommet du Comité olympique britannique et du prince de Galles (David Yelland) futur Edouard VIII qui abdiquera en 1936. Une solution amiable est trouvée par Lord Andrew Lindsay (Nigel Havers) qui a remporté une médaille d’argent aux 400 mètres haies. Il propose d’intervertir sa place avec Liddell dans la course du 400 mètres le jeudi suivant. Il accepte avec gratitude ce compromis qui met tout le monde d’accord. Cette controverse de principes entre la religion et le sport font les gros titres des journaux. Liddell prononce un sermon à l’église d’Écosse à Paris ce dimanche-là, en citant d’Isaïe 40 : « toutes les nations avant Lui ne sont rien »…

Abrahams a été battu au 200 mètres par les coureurs américains, mais remporte brillamment le 100 mètres. Liddell l’emporte au 400 mètres. Le Royaume-Uni revient triomphant en athlétisme avec ses deux médailles d’or. Les deux garçons, le blond et le brun, diffèrent par leurs valeurs, leurs modes de vie, leurs croyances et leurs comportements, mais concourent chacun à la gloire du collège et de la patrie. Après cet exploit donné au monde par leur courage et leur engagement, ils peuvent retrouver leur vie courante, la petite amie Sybil (Alice Krige) pour Abrahams, qu’il va épouser, et son travail missionnaire en Chine pour Liddell, jusqu’à sa mort à la fin de la Seconde guerre mondiale dans la Chine occupé par les Japonais.

La musique de Vangélis au synthétiseur et piano donnent au film une dimension parfois mystique, rythmant par exemple les foulées des jeunes coureurs pieds nus à l’entraînement en bord de mer, et justifiant le sourire béat des exaltés de l’espoir.

Meilleur film et meilleurs costumes pour Milena Canonero aux British Academy Film Awards 1982

Meilleur film en langue étrangère aux Golden Globes 1982

Meilleur film, meilleur scénario original pour Colin Welland, meilleure musique pour Vangélis et meilleurs costumes pour Milena Canonero aux Oscars 1982

DVD Les Chariots de feu (Chariots of Fire), Hugh Hudson, 1981, avec Ben Cross, Ian Charleson, Patrick Magee (I), Nicholas Farrell, Nigel Havers, 20th Century Fox 2000, doublé anglais, français, 2h03, €9,50

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L’obstinée animalité en nous, dit Alain

Un jour d’avril 1909, le philosophe allant visiter un zoo s’est retrouvé sous l’orage. « Il y eut une déroute de nourrices et l’odeur de la pluie se mêla à l’odeur des fauves », dit-il joliment. Et de méditer sur ce qu’il a vu.

C’est la puissance des bêtes analogue à celle de la nature. Chacun suit sa voie tel qu’il est conçu. « Vous avez remarqué combien tous ces êtres sont puissants, définis et fermés. Bien loin de donner l’idée de quelque chose d’imparfait et d’esquissé, et comme d’une humanité manquée, tout au contraire ils affirment leur type, et s’y reposent. » Ils sont tels que Nature les a faits et sont contents de l’être. « Chacun d’eux se borne à lui-même, et n’annonce aucune autre volonté que la volonté de durer tels qu’ils sont et de se reproduire tels qu’ils sont. » La sélection naturelle les a affinés pour être adaptés à leur milieu et ils s’y coulent parfaitement, comme s’ils avaient été créés d’un coup pour le milieu actuel.

Ces animaux en pleine possession de leur être nous montrent – et nous rappellent – l’animalité de l’homme. « Il y a une pensée animale, et un animal contentement de soi dont les bêtes sont comme les statues vivantes. » Nous, humains, ne sommes pas différents des bêtes. Nous le voyons au zoo, nous l’observons dans la rue. Si l’on y réfléchit bien : « Combien de mouflons barbus à figure humaine, et combien d’obstinés chevaux et chameaux parmi nous, un peu gracieux et poètes dans leur première jeunesse, mais bientôt pétrifiés, définis pour eux mêmes, et les yeux fixés désormais sur leur pâture, et remâchant toujours le même refrain ; sûrs d’eux-mêmes, sourds aux autres, et suivant leur route, toutes leurs pensées ramassées sur leurs joies et leurs douleurs. » La sélection éducative les a affinés pour être adaptés à leur milieu social et ils s’y coulent parfaitement, comme s’ils avaient été créés d’un coup pour ce milieu social. On ne se refait pas, dit-on.

Seuls les rebelles regimbent. Mais ils ne sont pas la majorité, et c’est heureux, sinon comme faire société ? La rébellion est une étape de la vie, en général à l’adolescence. Certains rebelles sociaux manifestent du génie, et c’est heureux, mais ils sont rares, et c’est heureux aussi, car comment assurer la vie quotidienne et l’élevage des enfants avec des génies ?

Mais, à la différence des animaux, les êtres humains ont une conscience; ils sont donc « libres » dans les limites de leur biologie, de leur entourage, de leur éducation et de leur culture, de leur nation et de leur religion. Mais il n’y a guère que le biologique que l’on ne peut pas changer. Certains s’y essaient en changeant de « sexe », mais c’est un sexe social, les hommes trans ne porteront pas d’enfants, pas plus que les femmes trans ne transmettront du sperme. Pour Sartre, dans La nausée, écrit en 1938, « « le salaud est celui qui, pour justifier son existence, feint d’ignorer la liberté et la contingence qui le caractérisent essentiellement en tant qu’homme », montre-t-il dans La Nausée (1938). C’est « le garçon de café » qui joue un rôle social, avec sérieux et « mauvaise foi ». Il s’invente une identité d’essence, pour s’exonérer du prix de sa liberté que sont ses responsabilités et son angoisse. L’animal « est », enfermé dans une nature, programmé par un code immuable, alors que l’homme « devient ». Il est un être perfectible, plastique, relativement autonome, produit d’une histoire et promis à un futur qu’il lui appartient de choisir à chaque pas.

La nature reflète ses lois ; les animaux reflètent les humains. Ne soyons pas animaux mais soyons hommes. Pour cela, bien observer les bêtes pour ne pas l’être. D’où cette maxime de sagesse énoncée par le philosophe : « Me penser moi-même le moins possible, et penser toutes choses. » Mieux vaut en effet observer autour de soi et en tirer des leçons plutôt que de se contenter de se regarder soi pour se croire exemplaire de l’espèce en général.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Île d’Ortigia à Syracuse 2

Devant le Duomo, le palais est du XVe rénové au XVIIIe siècle. La cathédrale est l’ancien temple d’Athéna aux colonnes reprises et leurs intervalles murés au VIIe siècle e notre ère. En 1754, Andrea Palma a ajouté une grande façade baroque pleine de mouvement. La nef centrale est l’ancien naos percé de huit grandes arcades de chaque côté. Les colonnes du périptère furent comblées pour faire les murs extérieurs. En 1518, un plafond de bois fut ajouté sur la nef. Nous sommes dimanche et un office interminable se déroule à l’intérieur, bien après midi juste. Nous ne pouvons nous y attarder. Des ados attendent à l’extérieur, assis sur les marches, consultant leurs smartphones ;

A un carrefour près du Lungomare, la source dite d’Aréthuse. Cette nymphe d’Artémis, pour Ovide (Métamorphoses, 4, 494), est aimée par Alphée, le dieu-fleuve. La voyant se baigner nue, il s’éprit de son corps juvénile et la poursuivit, métamorphosé en chasseur. Diane changea Aréthuse en une source souterraine qui jaillit à Ortygie. De l’eau douce y coule encore. La présence d’une source d’eau douce jaillissant au niveau de la mer est un phénomène géologique.

Nous déjeunons libre à cinq à la Trattoria Kalliope avec l’infirmière Mirande et son mari Eloi, et le couple de prof. Ils parlent de leurs voyages, ils en font un grand par an et deux petits depuis des années. Qui dit encore que les profs ne sont pas assez payés ? Je prends une tranche d’espadon sauce au fenouil et menthe, olives noires et câpres. C’est très bon. L’espadon est mariné au citron et à l’huile d’olive avant d’être frit sous le grill, puis arrosé de sa sauce. On le prépare parfois avec une compotée de tomate, poivron et piment, avec toujours des câpres et des olives noires. Deux petites chattes à qui je donne les peaux de poisson me sont très amicales.

Nous avons rendez-vous à 15 heures pour reprendre le bus, direction Neapolis, le quartier neuf antique où sont les carrières.

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Jean-François Deniau, Tadjoura

Décevant ! Jean-François Deniau a beau être aventurier et ancien ministre, élu à l’Académie française, conteur hors pair, il ne parvient pas à faire décoller son « roman ». Car si tous les récits des douze mois sont vrais, ils ont été transposés pour masquer les véritables protagonistes ; Notons que l’un d’eux a été carrément « inspiré » du récit Le Caïd de Loup Durand, paru quinze ans avant.

Douze aventuriers amis réunis en cercle une fois par mois aiment à se raconter leurs aventures passées. Ils ne sont plus de première jeunesse et, s’ils sont tous des hommes, ils songent à introduire une femme – une journaliste baroudeuse, passée par l’Élysée comme conseillère de Mitterrand. Le principe consiste à ne raconter qu’ « une histoire extraordinaire, exemplaire et vraie ». De quoi célébrer l’héroïsme – qui se perd – l’intrépidité, le courage, le service à la patrie.

Une histoire d’amour va surgir, qui finira mal.

Si les récits d’aventures sont captivants, la sauce qui les mêle est décevante. Trop long, trop décousu, peu crédible. L’humanisme est de mise, mais bien fatigué.

Un livre qu’on lit comme on lirait des récits séparés dans les revues, mais qu’on ne relit pas en volume.

Jean-François Deniau, TadjouraLe cercle des Douze mois, 1999, Livre de poche 2001, 288 pages, €4,17

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Île d’Ortigia à Syracuse 1

Notre hôtel est bâti au-dessus des latomies, ces carrières antiques, dans un parc isolé de la rue. Il est très calme, au luxe aristocratique 19e mais avec l’air conditionné en plus et une piscine. Mirande et son mari ont été nager une demi-heure hier soir.

Je lis Les Désarçonnés de Pascal Quignard, trouvé à l’hôtel de Raguse et échangé contre un mauvais Ludlum. Pour lui, tous ceux qui ont fait une chute grave, de cheval pour la plupart, sont nés à nouveau, comme neufs. Ils voient la vie autrement. Le style est aride et pourtant assez prenant. Il y a des fulgurances, des chocs d’événements, d’images et de mots.

Le bus nous emmène sur l’île d’Ortigia, une presqu’île devenue île par le percement d’un canal pour relier les deux petits ports antiques. Cette île est la ville grecque originaire, bâtie en 734 avant par les Corinthiens.

Piazza Pancali, dans l’axe du port, le temple d’Apollon du VIe siècle est devenu église byzantine puis mosquée musulmane et basilique normande ; il n’en reste que des vestiges. Des gens déguisés reviennent de quelque part, peut-être des acteurs de film ; c’est assez cocasse.

Le corso Matteotti, du nom d’un résistant au fascisme, conduit à la piazza Archimède, du nom d’un célèbre inventeur grec qui mourut ici en 212. Perdu dans ses calculs, il n’avait pas répondu à un centurion romain qui, impatient et direct, lui a passé son épée au travers du corps. Place Archimède, la fontaine représente Artémis portant l’arc, entourée d’une famille de tritons, un couple et trois enfants, un garçon, une fille et un bébé ; tous ruissellent fraîchement sous le soleil du climat réchauffé d’octobre. Autour de la place, des palais de banque, celle d’Italie, celle de Sicile.

Au musée Bellomo, galerie régionale, le nom de peintre le plus représenté sur les étiquettes est Ignoto. Il semble l’auteur de la majeure partie des œuvres de la Renaissance. Mais « ignoto » veut tout simplement dire inconnu en italien. le guide nous compte avec humour cette anecdote de touristes ignorant.

Une Annonciation d’Antonio da Messina, peinte en 1474 a été abîmée par le tremblement de terre mais reste terriblement vivante. Deux colombes fusent vers la Vierge depuis la fenêtre, laissant derrière elles un trait de feu. Comme si le message venait directement du ciel et non pas de l’archange Gabriel qui se tient face à elle. La plus avancée des colombes est blanche, celle qui la suit de près est noire. Est-ce le symbole de la vie qui va naître, puis de la mort programmée de Jésus ?

Un gisant de chevalier en marbre sur des drapés exquis trône dans un couloir, celui de Giovanni Cabastida de Barcelone, 1472. Une scène de peste réalisée en céroplastie du XVIIe siècle baroque.

Nous visitons à pied la ville. Place de la cathédrale, un petit garçon blond coiffé en casque fait tomber sa boule de glace au chocolat par terre ; il en est tout marri. Son père le prend dans ses bras pour lui en acheter une autre.

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Comprendre l’emboîtement des choses, dit Alain

Il fait chaud, il fait froid, la nature nous semble hostile alors qu’elle n’est qu’indifférente. Le soleil donne, les orages grondent, l’air froid descend malgré le ciel pur, le rhume vient : les choses s’emboîtent et s’ajustent naturellement, sans aucune intention. Toutes les saisons, toutes leurs causes et conséquences sont « justes et raisonnables », dit Alain. Ou plus exactement « toutes ces forces sont d’aveugles brutes ».

Mais c’est penser en être humain. La nature ne pense pas, elle se déploie. Et il n’y a point de dieux – ou alors qui laissent se dérouler les choses, en suprême indifférence.

Fort heureusement, songe le philosophe. « Si je constatais quelque caprice des dieux, comment pourrais-je vivre après cela ? Ce qui me rassure, c’est cet ajustage parfait, cet emboîtement de toutes choses, ces chaînes entrelacées des biens et des maux ». La liberté s’établit sur la machine ; les choses sont, poursuivent aveuglément leur mécanisme comme la montre tictaque et donne toujours l’heure, et nous les humains comptons là-dessus pour nous y acclimater. Rien de pire que le caprice : on ne peut plus rien prévoir, se protéger, s’adapter – et alors vient la crainte, le repli sur soi.

Les tyrans – et Trompe aujourd’hui – jouent de cet effet psychologique pour imposer leur bon vouloir, leurs caprices de satrapes. Alain ne parle pas de politique dans ce Propos, mais la nature y mène, puisque la nature humaine en fait partie.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Musée archéologique Paolo Orsi de Syracuse

Nous marchons sur les trottoirs de marbre des rues en damier pour trouver le musée archéologique, sis dans la villa Landolina.

De nombreuses salles sont consacrées à l’histoire de la ville et de la région, de l’époque néolithique jusqu’aux Grecs. Il y a pléthore de vitrines de tessons, quelques panneaux explicatifs pour agrémenter. Le site de Castelluccio, la culture de Thapsos avec ses grandes jarres funéraires, la culture de Pantalica fin de l’âge du bronze, la tombe du bronze de Madonna del Piano, les spirales de pectoraux de San Cataldo, puis la colonisation des cités grecques dès le VIIIe siècle avant. Syracuse est la ville grecque la plus importante de l’île, plus qu’Athènes elle-même à son apogée.

La céramique polychrome de Megara Hyblaea, importée puis produite localement, montre des chevaux, des frises de bouquetins, des oiseaux. Quelques statues de kouros du VIe siècle ionien, de très jeunes hommes pubertaires, et d’athlètes adultes, une déesse allaitant du VIe, peut-être une Mère sicule à laquelle on vouait un culte. Une stèle funéraire d’un jeune garçon nu près d’une figure féminine drapée, de la première moitié du IVe est émouvante.

Sont exposés encore des statuettes féminines en terre cuite de style Tanagra provenant de la cité grecque et sicule de Terravecchia (VIe et Ve siècle avant), des vases peints, des armes en bronze du VIIIe siècle de la cache d’Adrano, un petit éphèbe en bronze du Ve, une Méduse de Naxos en terre cuite de la première moitié du Ve. Des vases ossuaires après crémation sont ornés de scènes de guerriers ou de banquets. Une maquette du temple d’Apollon, bâti vers 560 avant, avec ses 6 et 17 colonnes monolithes est reconstituée.

Un dépôt votif aux nymphes a été découvert en 1934 à l’embouchure de la rivière Palma in Contrada Tumazzo. Il contenait des statuettes votives en bois, bien conservées par le milieu anaérobie, des figurines et des poteries de terre cuite. Les trois figures femelles en bois, dressées rigides, sont vêtues d’un péplum dorique et coiffées d’un polos. Elles sont datés de la fin du VIIe ou de la première partie du VIe siècle avant.

Nous ne verrons pas la Vénus Landolina, anadyomène, dont Maupassant a célébré au printemps 1885 les charmes avec un érotisme torride :« la fameuse femelle de marbre », comme il dit, « on la rêve couchée en la voyant debout ». La salle était fermée pour restauration.

Notre hôtel est la Villa Politi, via Maria Politi Laudien, naturellement quatre étoiles. Churchill y aurait séjourné et très bien dormi, selon le ragot colporté par le guide. Le dîner est à 19h30 dans l’hôtel et le menu est un risotto au fenouil, un filet de bar pané aux pommes de terre avec épinards acidulés, et une salade de fruits. Le vin nous est offert car notre horaire a été changé de même que la salle, réservée par un congrès médical.

J’apprends que Jim a passé son bac en 1967. Il est à la retraite depuis bien longtemps, d’autant qu’il avait le droit de partir à l’époque à 60 ans. Quant à Mirande, cela fait plus de dix ans qu’elle est à la retraite, avec deux enfants. Ce couple passe de belles années à voyager et à se gaver de loisirs, en n’ayant travaillé que 37 ans. Cela paraît privilégié aujourd’hui mais c’était la norme à l’époque – pas si lointaine – où les baby-boomers n’étaient pas arrivés encore en masse à l’âge de se retirer.

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Casino Royale de Martin Campbell

Un (long) film d’action, le 21ème James Bond d’EON Productions, incarné pour la première fois par Daniel Craig après que Pierre Brosnan ait été débarqué car trop vieux (50 ans). Il est inspiré du roman de Ian Fleming, publié au Royaume-Uni en 1953. James vient d’obtenir de son employeur le MI6 le fameux statut 00, qui permet de tuer en exécutant à Prague un traître du service à la tête de l’antenne. C’est ce qu’expose le pré-générique en noir et blanc. Après le générique dynamique, coloré et musical à l’anglaise, le film est en couleurs. Il commence par une course poursuite haletante d’un terroriste noir à Madagascar (Sébastien Foucan, fondateur du freerun), de bidonvilles en chantiers, crevant des murs de carton et escaladant des grues. James Bond (Daniel Craig, 38 ans) finit dans l’ambassade africaine du Nambutu (pays imaginaire), fonçant derrière le Noir et finissant, devant les fusils braqués sur lui, par le descendre et par faire exploser la réserve de gaz dans la cour tout en lui piquant son sac.

Après cet exploit de scandale, il est mis au vert. II s’est introduit chez M, la chef du MI6 (Judi Dench), pour consulter l’origine d’un message mystérieux, « Ellipsis », laissé sur le téléphone du Noir qu’il a abattu. Une ellipse est une courbe plane convexe fermée, mais aussi une omission d’un mot. Le message provient de l’hôtel Ocean Club sur Paradise Island, à Nassau. De quoi poursuivre sa mission : l’origine est un certain Dimitrios (Simon Abkarian), possesseur d’une superbe Aston Martin ancien modèle, le DB5, que Bond identifie grâce à la caméra de surveillance de l’hôtel, aux heures et date du message.

Selon la fiche du MI6, le financier du terrorisme international surnommé le Chiffre (Mads Mikkelsen) serait un Albanais joueur au casino, qui spécule avec l’argent qui lui est confié. Risque calculé qui pourrait bien lui nuire. James Bond va en profiter, expert du bluff au poker. Le seigneur de la guerre en Ouganda Steve Obanno (Isaach de Bankolé) lui confie ses dollars en billets sur les conseils avisés de M. White (Jesper Christensen), mais se méfie ; il est très en colère lorsque le Chiffre perd son pari de vente à découvert d’actions Skyfleet, un constructeur d’avions dont les cours sont en hausse à la suite de la sortie imminente du « plus gros appareil du monde ». Le Chiffre veut le faire exploser et James Bond se met en travers du projet en poursuivant à nouveau un terroriste. Il a suivi Dimitrios, parti à Miami depuis Nassau, ce que lui a appris sa superbe femme que Bond a séduite et baisée après qu’il ait perdu son Aston Martin au poker en « faisant tapis ». Dimitrios le repère, Bond le poignarde. Sur son téléphone, il appelle le nom de code Ellipsis et voit un homme que Dimitrios a rencontré décrocher. Il le suit et le poursuit sur les pistes. Le terroriste (blanc) nommé Carlos (Claudio Santamaria) veut faire exploser le nouvel avion par une bombe accrochée à un camion de kérosène. Bond parvient à le stopper in extremis et, lorsque l’homme déclenche l’explosion, il découvre un quart de seconde avant que l’agent secret l’a accroché à sa propre ceinture.

Le Chiffre a perdu 100 millions de $ et veut se refaire au casino en jouant une partie « cave » au Monténégro avec de riches oisifs qui aiment le risque (et un agent de la CIA). M confie à Bond pour son retour en grâce le soin d’aller le contrer, car il est « le meilleur joueur de poker du service » (qui ne doit pas comprendre grand monde. Dans le train pour le Monténégro, James Bond fait connaissance avec Vesper Lynd (Eva Green, 26 ans), agent du Groupe d’action financière chargé de financer le contre-terrorisme. Il tombe sous le charme mais elle reste sur la réserve, prise sentimentalement ailleurs comme en témoigne son pendentif en forme de nœud irlando-arabe. L’action ne va pas sans psychologie, et le poker exige d’y être sensible. Bond n’est pas qu’une machine à tuer, il sait analyser les gens et elle en est surprise. A l’hôtel Splendid, le meilleur de la ville, Bond trouve son Aston Martin DBS V12, équipée comme il se doit et fait connaissance avec René Mathis (Giancarlo Giannini), agent de renseignement local.

Le soir, c’est au casino que tout se joue. Bond entre son code personnel dans la valise électronique du banquier suisse jovial (Ludger Pistor), pour encaisser les fonds s’il gagne. Le Chiffre l’observe. Bond tente de le déstabiliser en faisant évoluer Vesper, dans une robe très déshabillée, et s’aperçoit que le Chiffre a un tic de la main lorsqu’il bluffe. Il a néanmoins le tort de ne pas garder cela pour lui et en parle à Vesper et à Mathis. Lors de la pause, le Chiffre passe dans sa chambre et rejoint sa compagne Valenka. Surgissent les Ougandais furax qui veulent lui couper la main à la machette pour les avoir trahis. Le Chiffre jure qu’il va se refaire et leur rendre leur fric ; l’Ougandais ne lui coupe pas la main car il doit jouer au poker, mais menace Valenka qui hurle de terreur. Bond et Vesper l’entendent et prennent à partie les terroristes. Grosse bagarre, victoire de Bond après des péripéties haletantes où Vesper a aidé. La partie reprend, sous le regard ironique du Chiffre qui note que Bond a changé de chemise, comme si jouer le tuait.

Le lendemain, nouveau round au casino. Bond observe le Chiffre et analyse qu’il bluffe. Mauvaise intuition ! Cette fois, il gagne tout. Il a rusé, informé de l’observation de Bond sur son tic. Par qui ? Bonne question… Il n’a plus un rond du Trésor et Vesper refuse de prendre la responsabilité de lui ouvrir une nouvelle ligne de crédit. C’est un agent de la CIA autour de la table (Jeffrey Wright) qui propose de le financer, en échange du Chiffre. Bond accepte. Lorsqu’il reprend sa place à la table, le Chiffre, qui croyait l’avoir définitivement lessivé, est surpris. Lorsque Bond commande un dry martini, celui-ci est empoisonné. Son Aston Martin équipée le sauve ; Bond suit les instructions du médecin du MI6. Mais son défibrillateur se débranche (camelote anglaise) et c’est Vesper qui le sauve in extremis en remettant les fils. Il retourne à a table de poker, toujours vivant à la grande surprise du Chiffre. Il fait croire qu’il bluffe et fait tapis – et gagne avec un full aux as par les 6. Il empoche les 110 millions de $ du Chiffre.

Au dîner de victoire avec Vesper, celle-ci le quitte pour « aller voir Mathis ». Bond ne comprend pas pourquoi – sauf si… Vesper se fait enlever au sortir de l’hôtel et il la suit en Aston Martin, qu’il va casser en évitant la fille laissée ligotée en plein milieu de la route de nuit. Après sept tonneaux spectaculaires (et trois DBS détruites au tournage), il est tiré de la carcasse par les hommes du Chiffre qui lui enlèvent son traceur implanté dans l’avant-bras par le MI6 et il se retrouve nu attaché sur une chaise percée. Le Chiffre balance une corde dont le nœud du bout est destiné à le torturer par le fondement et les couilles. Cela semble extrêmement douloureux mais Bond résiste. Alors que le Chiffre sort un couteau pour les lui couper et lui faire bouffer, surgit M. White qui descend le Chiffre, incapable d’être fiable avec l’argent qui lui est confié.

Bond se retrouve à l’hôpital, puis en repos à la villa Balbianello sur le lac de Côme. James Bond ne fréquente que des lieux de haut luxe. Le banquier suisse surgit avec sa valise électronique pour virer les fonds sur le compte indiqué ; il faut pour cela que Bond tape son code personnel Au lieu de le faire lui-même, il fait confiance à Vesper et lui donne le mot. Il est tombé amoureux et elle répond à ses attentes. Une fois suffisamment remis, croisant en voilier dans la rade de Venise, il envoie sa démission au MI6 et veut faire sa vie avec elle. Mais elle a aperçu sur les quai un jeune homme borgne qu’elle connaît et déclare à Bond qu’elle doit passer à la banque. Elle laisse son téléphone dans la chambre et James est informé par M que l’argent n’est pas arrivé sur le compte du Trésor. C’est donc que Vesper l’a trahi.

Il se rue à sa poursuite et la suit dans les venelles. Dans un vieux palais croulant du Grand canal, elle a rendez-vous avec un client du Chiffre qui récupère la valise de billets. Échange de tirs, Vesper est emprisonnée dans la cage métallique de l’ascenseur ; poursuite par Bond, qui tire dans les flotteurs de l’immeuble avant de descendre les trois malfrats tandis que la valise tombe à l’eau. L’immeuble s’écroule lentement sous le poids des siècles et la montée des eaux, tandis que Vesper agonise, noyée. Lorsque Bond parvient à la sortir, elle est morte après lui avoir demandé pardon. M. White a récupéré la valise et Bond veut se venger. Il découvre le nom de White sur le téléphone laissé par Vesper et le rejoint à la Villa La Gaeta, sur le lac de Côme. Il se présente avec sa phrase culte : « Mon nom est Bond, James Bond ». Là s’arrête le film, 2h20 après avoir commencé. On peut supposer que James Bond récupère l’argent dû au Trésor britannique et qu’il descend M. White, ou le livre au service. On le saura dans le film suivant…

Beaucoup d’action, des poursuites spectaculaires, des combats réalistes, des lieux sublimes, des gadgets amusants, une histoire d’amour ébauchée qui se termine tragiquement – rançon de la solitude de l’agent secret : la vie est un jeu de poker.

DVD Casino Royale, Martin Campbell, 2006, avec Daniel Craig, Eva Green, Mads Mikkelsen, Judi Dench, Caterina Murino, MGM / United Artists 2020, 2h19, anglais, français, €5,45, Blu-ray €12,45

DVD James Bond 007 – La Collection Daniel Craig : Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall, Spectre, MGM / United Artists 2020, français, anglais, €10,27, Blu-ray €33,92

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Syracuse

Fondée en 734 avant par les Corinthiens, le nom de la ville vient des marais, syraca. La cité a été gouvernée par des tyrans, dont celui de Gela qui mata la révolte des Sicules en 485 avant. Allié au tyran d’Agrigente, le tyran Théron a vaincu à Himère en 480 une grande expédition carthaginoise. Son frère Hiéron, nouveau tyran a vaincu à son tour les Étrusques en 474. Eschyle fut l’un des poètes de sa cour. Son frère, le tyran Thrasybule est chassé pour ses excès au bout d’un an. Passée sous régime démocratique, Syracuse a vaincu aussi les Athéniens d’Alcibiade avec l’aide de Sparte en 415. Suit la tyrannie militaire avec Denys l’ancien de 405 à 387 avant, puis Denys le jeune chassé pour ses vices par deux fois, Agatocle de 319 à 289, Hiéron II le modéré de 265 à 215. Hiéronymos qui lui succède favorise le parti punique et Rome l’attaque en 212. « Euréka ! » – Archimède y périt.

C’est à Syracuse que le christianisme a en premier abordé l’Europe de l’Ouest. Saint Paul, en route pour Rome, y fit escale.

Nous passons devant l’église moderne des Larmes de la Vierge, construite dans les années 1960 sur un site archéologique, sorte de fusée de verre et de béton que le guide n’aime pas du tout. Elle recèle une petite image de Marie pleurant à plusieurs reprises.

Sainte-Lucie al Sepolcro des Capucins, construite au XIIe sur l’emplacement supposé du martyre de la Vierge en 304, remaniée au XVIIe, recèle l’Enterrement de Sainte-Lucie par le Caravage en 1609, qui trône au-dessus de l’autel. Réfugié en Sicile après sa fuite de Malte, il a représenté son ami Mellotti et s’est lui-même représenté à côté. Le guide nous décrit la diagonale montante de la gauche vers la droite, l’atmosphère sombre, sauf le jeune homme au centre à l’écharpe rouge. Un soldat et un évêque sont dans un coin, les fossoyeurs sont bâtis sur le modèle des athlètes antiques.

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Arthur Conan Doyle, Les mémoires de Sherlock Holmes

Douze autres nouvelles, plus graves, qui se terminent avec la disparition du détective fétiche. Conan Doyle en avait marre de son héros ; il avait peur que le public n’assimile son œuvre à de la sous-littérature, le genre policier lui paraissant inférieur aux romans historiques qu’il affectionnait d’écrire. C’est son éditeur, le magazine Strand, qui l’a convaincu – chèque confortable à l’appui – de livrer une nouvelle série.

La forme est standard, exposé des faits, enquête, déductions de génie et chute inattendue. Les personnages sont pris dans toutes les strates de la société, propriétaire de chevaux, négociant en houblon pour la bière, commis d’agent de change, juge de paix, aristo londonien, châtelains de province, homme d’État ministre, anciens soldats des Indes, interprète, prof d’université devenu malfrat.

C’est presque toujours le passé qui rattrape des victimes : une infidélité, une erreur grave, des frasques de jeunesse. Parfois une faute d’inattention due à la fatigue et à la trop grande confiance, comme dans « Le traité naval ». Pas de jugement de valeur mais les faits, rien que les faits – Sherlock Holmes et Arthur Conan Doyle y tiennent. Il laisse les personnages évoluer par eux-mêmes, bien que l’ordre social doive selon sa norme être rétabli. Mieux, pour Sherlock Holmes, la Justice doit régner. Ce pourquoi lorsque Holmes se collette à Moriarty, c’est à mort : le Mal doit être vaincu, même si le champion du Bien doit disparaître. Les raisons du crime importent plus que le crime lui-même. Mensonge, égoïsme, cupidité sont à éradiquer et à punir. Le pire étant le pouvoir… Il rend inhumain.

Les qualités humaines ne sont pas l’apanage des classes sociales élevées, même si l’éducation et l’aisance contribuent à les faire s’y épanouir. Holmes utilise volontiers des gamins des rues de Londres pour chercher et rendre compte ; il leur paye leur dû mais reconnaît leur astuce, leur initiative et leur goût du travail bien fait. De même, les domestiques sont souvent représentés comme fidèles et rigoureux dans leurs tâches. Ordre social, oui, il est nécessaire ; mais les forces qui tendent à le fissurer se font jour, autant en être conscient pour les comprendre.

La douzième nouvelle, intitulée « Le dernier problème », scelle le destin de Sherlock Holmes : il disparaît. John Watson en rend compte deux ans plus tard. Dans son combat contre Moriarty, la chute dans une crevasse des Alpes suisses semble un précipité d’enfer. Watson ne retrouve que le piolet de Holmes, pas son cadavre, ainsi qu’un dernier message écrit « avec l’aimable autorisation de Mr Moriarty ». Il veut « libérer la société » de la bande maléfique, dit-il, en livrant des documents à la police pour les mettre hors d’état de nuire, et avoue que sa « carrière avait atteint un point critique ».

Tollé des lecteurs ! Brutalité de la chute. Certains en ont pleuré. Mais ce n’était que fausse sortie…

Sir Arthur Conan Doyle, Les mémoires de Sherlock Holmes, 1893, Archipoche 2019, 360 pages, €8,50, e-book Kindle €1,49

Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes coffret tome I et II, Gallimard Pléiade 2025, 2320 pages, €124,00

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Noto

À Noto, ville Unesco, la porte d’un collège de jésuites est surmontée d’une chimère aux deux seins nus. Drôle d’illustration pour une ancienne école de jeunes garçons en pleine puberté.

Nous passons la Porta Nova refaite au XIXe siècle à une quinzaine de kilomètres de la cité détruite après le tremblement de terre de 1693. Toute la ville a été reconstruite par les architectes baroques Landolina et Gagliardi sur un plan orthogonal autour d’une rue principale, le corso Victor Emmanuel II, où s’ouvrent trois places en décors de théâtre.

L’artère est parsemée de beaux palais en pierre blonde du pays, stuqués de putti aux sourires sensuels et de sirènes aux seins voluptueux. Les balcons sont rigolos, ornés de têtes grimaçantes. Les églises sont de style baroque et un mariage – encore un – a lieu au Duomo, en face de la mairie. De jeunes garçons aux corps un peu épais jouent au ballon sous les arbres, à son pied.

Des palais ont été construits par les industriels du thon et leurs titres achetés au roi d’Espagne qui avait besoin d’argent. D’où l’inflation des comtes, ducs et princes dans cette île. Le balcon central est orné d’une frise et flanqué de deux fois trois balcons latéraux « apotropaïques » ornés de sirènes et de victoires, d’animaux, cheval et lion, et d’anges.

Nous déjeunons au Mirabella face au palais du roi du thon. Le menu est de sardines à la becfigue, farcies de pignons et accompagnées de tranches d’orange, puis d’une salade avec des tomates. 23 € avec l’eau, le café et le service. Les sardines en becfigue sont des filets roulés dans une farce composée de chapelure et d’huile d’olive, de raisins secs ramollis dans de l’eau tiède, de pignons, de sel et de poivre, et d’un hachis de persil et d’oignon. Le tout est cuit au four arrosé de chapelure à l’huile et servi avec du jus de citron.

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L’ennui rend malheureux, dit Alain

Je ne sais quel temps il faisait, ce 29 janvier 1909 quand le philosophe Alain écrivit son Propos, mais il dissertait sur l’ennui. « Quand un homme n’a plus rien à construire ou à détruire, il est très malheureux ». A son époque, ce n’était pas le cas des femmes, toujours occupées à quelque couture, cuisine ou soin aux enfants ; c’est peut-être plus le cas aujourd’hui. Mais le propos est « vivre avec soi et méditer sur soi, cela ne vaut rien ».

Ceux qui ne font rien pensent, et la pensée diverge aussitôt du présent pour s’orienter sur le futur et sur l’avant. Que vais-je devenir ? Ah, comme c’était mieux « avant » ! Goethe imagine dans Wilhelm Meister, une Société de Renoncement. Ses membres ne doivent jamais penser à l’avenir, ni au passé. « Cette règle, autant qu’on peut la suivre, est très bonne, dit Alain. Mais pour qu’on puisse la suivre, il faut que les mains et les yeux soient occupés. Percevoir et agir, voilà les vraies remèdes. Au contraire, si l’on tourne ses pouces, on tombera bientôt dans la crainte et dans le regret. La pensée est une espèce de jeu qui n’est pas toujours très sain. Communément on tourne sans avancer ». S’occuper empêche de tourner en rond, de se faire des idées, donc de se morfondre ; d’imaginer on ne sait quoi, donc de craindre ou d’espérer sans fondement.

Un métier à faire, c’est très bon, analyse le philosophe. Rester oisif, ou chômeur, n’est pas bon pour le moral car cela fait ruminer, devenir hypocondriaque, se « croire » ceci ou cela, atteint d’on ne sait quel défaut ou maladie. « Ce qui nous manque, ce sont de petits métiers qui nous reposent de l’autre. » Les femmes font du tricot à son époque, mais les hommes ? Ils ne font rien ; à l’époque, ils ne bricolent même pas car le bricolage est leur métier courant dans les campagnes où il y a toujours quelque chose à réparer ; ils boivent au café et discutent, s’engueulent et se battent. Ils « bourdonnent comme des mouches dans une bouteille », dit Alain. Il leur faudrait une bonne guerre ! éructaient les vieux de 14-18 lorsque j’étais enfant et qu’ils récriminaient contre la jeunesse. Je trouvais cette remarque indécente, mais elle avait un fond de vérité qu’Alain met en lumière : rester à ne rien faire au lieu d’agir, c’est mauvais pour tout le monde.

L’être humain est conditionné par ses millions d’années d’évolution à être nomade, curieux, sans cesse à l’affût de la nouveauté. « Il leur faut des actions nouvelles et des perceptions nouvelles. Ils veulent vivre dans le monde, et non en eux mêmes. Comme les grands mastodontes broutaient des forêts, ils broutent le monde par les yeux. » Lorsque la société n’offre pas ces dérivatifs, la guerre en est un. « La crainte de mourir est une pensée d’oisif, aussitôt effacée par une action pressante, si dangereuse qu’elle soit. Une bataille est sans doute une des circonstances où l’on pense le moins à la mort. D’où ce paradoxe : mieux on remplit sa vie, moins on craint de la perdre. »

Il existe quand même d’autres façons de s’occuper le corps, le cœur et l’esprit que la guerre. Lire un livre, voyager, s’occuper des autres, des enfants, créer une entreprise, inventer, écrire ou peindre, agir dans une association, organiser une fête… Rester en soi, ou entre soi, ferme l’esprit et le cœur, débilite le corps. Agir, fait mieux penser, mieux aimer, mieux être. Nous sommes fait pour cela.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Alain le philosophe, déjà chroniqué sur ce blog

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Modica

La douche est très étroite malgré la grandeur de la chambre. Il fait bon ce matin mais de la pluie est possible pour cet après-midi.

Nous partons en bus pour Modica, ville sicule. Nous croisons la voie de chemin de fer où un train à voie unique, très lent, avec un seul wagon, passe sous nos yeux à un passage à niveau fermé. le guide nous dit que les trains en Sicile sont très longs, faute d’investissements. La région préfère réaliser des autoroutes en béton plutôt que d’améliorer les liaisons ferroviaires. Probablement parce que les contrats de BTP sont convoités par la mafia.

À Modica, ville Unesco sur un éperon rocheux des monts Hybléens, nous visitons l’église Saint Georges, chef d’œuvre baroque au sommet d’un long escalier monumental. Une peinture de 1513 illustre la vie de saint Georges.

Puis c’est l’église Saint-Pierre. La vierge de Trapani par Francasco Laurana date de 1470 environ.

Nous passons devant le couvent devenu pour partie un musée… de la pipe. Drôle de destination pour un ancien asile de bonnes sœurs catholiques.

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Raguse 2

Les hôtels particuliers ont des balcons soutenus par des visages grotesques, grimace de carnaval, cinq au balcon. De quoi inciter à se révolter contre une religion catholique à l’époque, de plus en plus austère, pessimiste, intolérante et inquisitoriale. Le fameux restaurant au Michelin 2023 Ciccio Sultano s’ouvre dans cette rue. Trois plats pour 155 € et le menu dégustation à 198 € ; le plat « signature » seul est à 38 €.

Une vieille dame nous appelle du haut d’un escalier pour vendre ses productions au crochet, napperons et bavoirs en dentelle. Mais ce genre graphique ne se porte plus depuis deux générations. Nous n’achetons rien, elle est déçue, mais nous permet d’admirer le panorama de la ville depuis chez elle.

Le palais Cosentini, du 18ème, offre sa façade orangée, ses encadrements de fenêtres blancs et ses balcons ouvragés de beau style dans une rue étroite. Un papa passe avec son bébé contre lui tandis que maman conduit la poussette devant eux.

Un mariage se termine dans la petite église du Purgatoire. Une Coccinelle pourpre attend les mariés à la fin. Celle-ci contient les seins de Saint Agathe aux coupelles. Saint-Roch, Sainte-Lucie, portent la palme du martyre et une coupelle contient ses yeux arrachés. Un plâtre montre les corps nus émergeant du purgatoire et appelés au ciel.

Montée, escalier, marches à descendre, c’est assez fatiguant aux talons et aux genoux, mais il y a souvent des bancs pour s’asseoir et écouter l’intarissable guide.

Il se sent toujours obligé de meubler le silence. Certes, il se goinfre d’art et d’histoire, se vautre dans la culture, la peinture, la littérature, la musique ; certes, il se sent accéder à une élite, loin de la petite bourgeoisie de province dont il est probablement originaire, comme la plupart d’entre nous – mais il ne sait pas faire silence. Lorsqu’il ne trouve plus rien à dire dans le bus, il passe de la musique extraite de son téléphone et soigneusement sélectionnée à propos de la Sicile et du circuit. Ou alors il nous lit une page de Pirandello où nous raconte la vie de Verga, le Giovanni sicilien du vérisme décédé en 1922. Il se rempare derrière ses références, par crainte de ne pas apparaître à la hauteur.

Nous rejoignons le quartier de Saint-Jean en bus mais nous devons encore marcher 500 m dans des rues en damier qui se coupent à angles droits (que le guide appelle évidemment « plan hippodamien », en référence à l’architecte urbaniste Hippodamos de Milet, au Ve siècle avant) pour rejoindre l’hôtel Di Stefano, un nouveau quatre étoiles.

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Détour de Christopher Smith

Harper (Tye Sheridan) est étudiant en droit à Los Angeles et assiste à un cours de pénal sur la qualification de meurtre, d’assassinat ou d’homicide involontaire. Cela l’inspire… Il rend en effet son beau-père Vincent (Stephen Moyer), homme d’affaires sans cesse en voyage, responsable de l’accident de voiture de sa mère, désormais dans un coma irréversible. Harper va la voir chaque jour à l’hôpital, mais son état ne s’améliore pas. Vincent dit qu’il l’aime mais ne va jamais la voir, sans cesse « pris par le temps ».

Le garçon n’a jamais aimé Vincent, cet homme qui lui a ravi l’amour exclusif de sa mère. Il découvre qu’il a falsifié sa signature pour rédiger un testament. A la date du soi-disant paraphe, sa mère était avec son fils à New York, et ne pouvait avoir consenti. Il confronte son beau-père, qui tente d’expliquer qu’ainsi la succession sera plus facile, sans ces délais et paperasses inhérentes à une absence de dernières volontés. Harper ne le croit pas et, à 20 ans, décide d’éliminer le gêneur.

Dans un bar où il boit du whisky en déprimant, il rencontre un mauvais garçon, Johnny (Emory Cohen), dont l’absence de scrupules et l’autoritarisme de décision le séduisent. Johnny propose de l’aider à se débarrasser de son beau-père à Las Vegas, où il doit se rendre pour affaires. Il a une séduisante théorie du dédoublement, une personne qui fait le boulot et l’autre qui reste à la maison, sans que les deux se parlent. Le film va être monté de cette façon éclatée.

Harper sortant de la douche à son lendemain de cuite a à peine le temps d’enfiler un vêtement que Johnny sonne à la porte. Harper dit non, qu’il a renoncé, qu’il était saoul, mais Johnny insiste. Il veut les 20 000 $ promis pour rembourser son dealer à qui il a – sans vérifier parce qu’il est « un crétin » – refilé de la levure au lieu de cocaïne. Il est flanqué de Cherry (Bel Powley), une strip-teaseuse plus ou moins pute, genre no future, qui n’est pas « sa meuf » mais ouvre ses cuisses quand il le lui demande, pour lui ou pour un plan.

Ce que l’on prend pour le début n’est que la suite. Le meurtre projeté a déjà eu lieu sans le vouloir. En se bagarrant avec Vincent, celui-ci s’est empalé sur un grand couteau de cuisine placé exprès dans son bagage à main d’avion pour qu’il soit importuné à l’aéroport. Vincent le découvre, le tient à la main, accuse Harper, et les deux roulent sur la pelouse avant que Vincent ne s’embroche sur le métal et tombe dans la piscine. D’où l’affolement de Harper pour se débarrasser du cadavre, le nettoyage en grand, le sang sur son tee-shirt, la douche, les activités torse nu jusqu’à ce que son copain de fac préoccupé de sexe déboule, puis que survienne Johhny – programmé la veille. Harper s’est engagé et ne peut plus reculer, surtout que son beau-père est déjà cadavre sans l’aide du bad boy. Il hésite, on sent qu’il calcule, puis accepte d’aller à Las Vegas pour son beau-père, sans dire qu’il est déjà mort. Mais il exige que l’on prenne la voiture de son père dans le garage, une puissante Ford Mustang V8 bleue, où il a fourré le corps emballé dans une bâche jaune.

Le voyage vers Vegas s’apparente à un trip. Harper, ce qui est curieux, se contente de conserver son blouson de toile enfilé directement sur son torse, sans aller prendre un tee-shirt ni un quelconque bagage. Il met de même les 20 000 $ dans son slip. Comme si le meurtre l’excitait d’une certaine façon. Quitter son uniforme d’étudiant sage pour assumer sa vraie peau, briser les conventions du droit chemin pour choisir sa propre voie, c’est à la fois une initiation au monde adulte et une tentation libertarienne qui émerge avec Trump.

Harper va se confronter à Johnny pour éviter le pire, expert en mauvais coups et violent avec Cherry. Le cadavre dans le coffre lui pèse et il ne sait comment s’en dépêtrer, mais autant ne pas ajouter des meurtres en plus, comme celui de ce flic noir, un peu trop vantard et imbu de son uniforme. Mais Harper n’est pas un crétin comme Johnny, c’est tout le sel de l’histoire.

Difficile de raconter la suite sans dévoiler l’intrigue. Harper a l’air d’un gamin, malgré son gros nez ; s’il est bien dessiné, il n’a pas la musculature cultivée qui ferait impression sur Johnny. Il trouve Cherry « jolie » et veut l’aider à se déprendre du malfrat tout en lui offrant une nouvelle chance dans la vie, mais sans désirer la baiser ; il se contente de dormir torse nu et pieds nus à côté d’elle. Harper ne se détend jamais, se courbe devant la force mais n’en pense pas moins. Comme il est intelligent – et sait trouver de l’argent – il maîtrise son destin. Il embobinera Johnny sans problème pour le faire accuser à sa place – puisque c’était son intention de perpétrer le meurtre. Tout le film tient au fond à Tye Sheridan, jeune homme banal mais décidé, qui ne rit pas. Malgré une histoire compliquée et un montage déconcertant, le film est finalement captivant.

DVD Détour (Detour), Christopher Smith, 2016, avec Tye Sheridan, Bel Powley, Emory Cohen, Jared Abrahamson, Sibongile Mlambo, L’Atelier d’images 2017, français anglais, 1h33, €3,41, Blu-Ray €11,29

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