Polynésie

Litanies de Tahiti

J’ai la tristesse d’avertir les messieurs si friands des titis tahitiens (seins) qu’ils ont été trompés sur la marchandise, qu’ils n’ont, hélas, caressé et embrassé qu’un truc en plastique ! Condoléances. Ici, dans cette île du bout du monde, il y aurait 950 femmes sur 70 000 personnes adultes de Polynésie française, soit 1 femme sur 75 qui serait porteuse de ces titis « déclarés défectueux » de la société PIP. Record mondial ! Les « titi ha’avare » (seins menteurs) furent à la mode à Tahiti dans les années 1990-2000. Il semblerait également que la CPS (SS polynésienne) payait les frais de ces interventions environ 500 000 FCP en moyenne. Quelle surprise ! Qui aurait pu imaginer que les titis tahitiens étaient des titis menteurs !

J’ai la tristesse de dire que le bingo était clandestin, rue François Cardella, en plein centre ville de Papeete pour ceux qui connaissent ! Un couple avait transformé un appartement en salle de jeux. La DSP et le GIR ont raflé la mise ! Pas de chance pour les investisseurs. Un vigile en bas de l’immeuble filtrait les entrées en laissant passer les joueurs et les résidants (quand même). Le couple qui tenait ce casino clandestin possédait trois autres salles de jeux à Punaauia, tables de poker et roulette. Les bénéfices générés devraient se situer autour de plusieurs dizaines de millions de francs pacifiques. Ces individus émargeaient également au régime de solidarité territorial (RST). Et pourquoi pas ? Y a pas de petits profits !

J’ai la tristesse de raconter qu’il en avait tellement marre le capitaine du féribot d’Aremiti Ferry, qu’il a grimpé les voitures mal garées sur des conteneurs au quai des ferries à Papeete. Les arrêts-minute pour acheter son billet sont occupés par des voitures ventouses et les véhicules entrant ou sortant du ferry ne peuvent circuler… Quand on est fiu ici, on est fiu ! [Fiu est terme local intraduisible qui veut dire fatigué, désolé, dépressif, rempli d’ennui… – Arg.]

J’ai la tristesse de quémander : t’as pas quelques milliards ? La protection sociale tahitienne traîne quelques casseroles alors, vous les Popaa (qui êtes pleins aux as) vous pourriez donner ces quelques milliards dont notre CPS (SS) a le plus grand besoin pour continuer à soigner les malades. Mais aussi prêter au gouvernement qui veut puiser dans la caisse des retraités pour payer ses fonctionnaires. Non ? Pourquoi ?

C’est que vous les Farani vous nous devez des sous. Ici la population a augmenté, le prix des soins aussi, les gens vivent plus longtemps, 6 ans de plus qu’avant, le nombre de patients en longue maladie est passé de 10 000 à 33 000 personnes et elles consomment la moitié des dépenses de santé. Première cause, les maladies cardio-vasculaires sont suivies du diabète et du cancer. Comme ailleurs, me direz-vous ! Sauf qu’en Polynésie l’âge d’entrée en longue maladie se fait plus tôt et est sûrement lié aux mauvais comportements alimentaires.

Et à cause de la mauvaise santé de l’économie polynésienne, ce ne sont que 60 000 cotisants qui portent sur leur dos les ponctions pour tous les autres. Et ici il y a en plus les « évasans » (évacuations sanitaires) par avion, internationales environ 3 milliards de FCP par an pour 700 évasanés. Pour les îles l’enveloppe est de plus d’un milliard. Oscar Tane Temaru clame toujours que « la Polynésie = l’Europe ». Certes, mais l’habitat est dispersé et les structures médicales sont peu ou pas existantes dans les archipels éloignés ! Quand on se vante d’être un grand pays du Pacifique sud on assume.

Le fiu commence à me gagner, nana.

Hiata de Tahiti

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Rori, délice de Tahiti

C’est une nouvelle activité pour la population des atolls. J’avais déjà évoqué la bestiole et le moni (argent) qu’on peut en tirer il y a quelques mois. L’holothurie c’est le rori (rouler le r SVP) en Polynésie, le concombre de mer ou la bêche de mer en Nouvelle-Calédonie, ou encore la limace de mer et paraît-il ver de mer à Marseille.

Cet animal ne concourra pas pour un prix de beauté, son corps est mou, et son aspect ingrat. Le rori appartient à la famille des échinodermes. Il est fort apprécié des palais asiatiques. [Ces bêtes sont évidemment aphrodisiaques, vous avez vu la forme ? C’est ce qui compte dans la symbolique chinoise. Les pragmatiques l’utiliseront de façon non symbolique comme godemiché bio… – Arg.] A ce jour il n’y aurait qu’une vingtaine de personnes s’activant pour les gourmets chinois, encore eux !

Vous avez revêtu vos habits de plongeurs? C’est parti ! Atation (attention) ne marchez pas dessus… ne le stressez pas car il va émettre des filaments gluants dont vous aurez du mal à vous débarrasser, ah! ah! Pour le moment quelques 20 personnes sur l’atoll de Raroia pêchent, éviscèrent, nettoient, font bouillir et sécher les concombres de mer. Une fois prêts les rori sont plongés dans de l’eau de mer, mijotés à l’eau bouillante durant 45 minutes et séchés au grand air. Cuits, ils sont envoyés à Tahiti pour expédition.

Quelques Polynésiens sont également des consommateurs de rori cuisinés : marinés au vin rouge, sautés aux petits légumes… Certains font frire les filaments gluants qui ressembleraient à des spaghettis. J’ai eu l’occasion de goûter à ces délicatesses à Rimatara. Le premier plat : crus au citron, je croyais qu’on avait oublié de les rincer ; deuxième plat, j’ignore encore la recette mais cela ressemblait à de la couenne de porc, élastique mais pas gras ; le troisième était délicieux, cuit pas élastique, mais je ne me serais pas roulée par terre pour une nouvelle assiette.

Dans le lagon de Raroia, on collecte quatre espèces :

  1. Rori « ananas » pouvant atteindre 60 cm de long, nettoyé, sera mis dans la saumure pendant 3 jours, puis cuit et séché.
  2. Rori « vermicelle », je vous laisse deviner la consistance…
  3. Rori « chocolat » est laissé au soleil une journée. Les viscères sont rejetées naturellement.
  4. Rori « titi » noir ou blanc pêché en eau profonde est aussi plongé dans la saumure pendant trois jours avant d’être cuit et séchés. « Titi » veut dire poitrine, sein, en tahitien. Les prix de vente varient entre 1100 FCP à plus de 4000 FCP le kilo.

Tama’a matai (bon appétit) !

Hiata de Tahiti

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Politique à Tahiti

Malgré tout la guerre des sexes n’aura pas lieu, il n’y a eu que des paroles. Paroles, paroles, paroles ! On palabrait pour adopter une résolution afin de modifier la loi organique afin d’organiser la fameuse parité. Le boss, Oscar Tane (Temaru), a déclaré que « dans certains archipels, la politique n’est pas l’affaire des femmes ». Ben alors, sois belle et tais-toi !

La Dépêche de Tahiti indique « Danger pour les habitants de la vallée de la Tuauru, tous les jours, ils traversent la rivière pour rentrer chez eux ». Certains ont construit leur fare dans des vallées où ils doivent traverser sur les pierres de la rivière, pierres glissantes même quand la météo est favorable. En cas de forte pluie, le niveau de l’eau monte dangereusement et l’accès aux maisons devient impossible. Ce sont là des problèmes récurrents, mais les élections approchent à grands pas…

Des permis de construire ont bien été octroyés à ces chefs de famille, mais ils de disposent toujours pas d’électricité. EDT (l’EDF polynésien) leur réclame une somme qu’ils ne peuvent pas payer. Les conditions d’accès à leur foyer deviennent insupportables. Les maires successifs ont été contactés et à ce jour aucun n’est jamais venu sur place se rendre compte des difficultés de ces familles. Qui se penchera sur ces problèmes de circulation ? Qui osera prendre une décision?

Billet d’humour, l’actualité vue par Lolo. Sous la forme d’une affiche de film, en haut à gauche Maohi Nui Movies et les Films du 18ème trou présentent, suivent les photos d’Oscar Temaru et de Moetai Brotherson, « Indécrottables », un film de Tony Geros. Pour garder la santé il faut rire au moins 15 minutes par jour. A la vôtre.

Le gouvernement est coutumier des escapades à l’étranger. Professionnelles ? Personnelles ? Nul ne le sait car le service de communication est aux abonnés absents. Où est Oscar Tane ? A Hawaï paraît-il ! Après Hawaï, le « Temaru Tour » devrait rallier Brisbane, alors sur le fenua on a des doutes. Mais on n’a plus de doutes quant au transport des voitures de l’équipe Temaru pour l’inauguration du Festival des Marquises. Ça jasait beaucoup aux Marquises sur ce déplacement. Mais oui, c’est qu’aux Marquises, bonnes gens, on circule encore et toujours à cheval. A hue et à dia, et moi qui ne sait pas encore le dire en marquisien. Lors de ses premiers pas à la tête du Peï, une personne me racontait qu’elle rencontrait Oscar Tane venir chercher le poisson cru et les firifiri du dimanche en short et dans son petit 4×4 personnel. Les temps peuvent changer ! Maintenant ce n’est qu’en 4×4 luxueux aux vitres teintées que les membres du gouvernement polynésien se déplacent.

Fin d’année 2011, on apprend qu’une étude pour le changement du réseau hydraulique vétuste est lancée. Vous vous souvenez que les coupures d’eau sont quasi journalières et qu’il faut, si l’on veut se baigner en baignoire attendre les heures vespérales ou les heures très matinales pour jouir d’un filet d’eau mais ‘atation’, ne pas abuser du savon ! Il y aurait donc sur cette commune associée un pompage d’eau de source aux « Bains des Vierges » et deux captages à Vaihiria et Vaite. Il est vieux de 30 ans. Alors how much ?

Y avez du beau monde sur cette petite île de Maupiti : le Haussaire, le Vice-président, le Ministre de l’Agriculture, le Président de la Chambre d’agriculture… Souveraineté alimentaire qu’ils ont dit, autosuffisance, et pour cadeau un conteneur frigorifique. Pour les surplus ? Produisez, produisez, exportez disaient les Huiles aux cultivateurs de Maupiti. Mais, répondaient ceux-ci, on manque de terres exploitables, on manque de moyens techniques sur les motu, on ne nous exonère pas du fret pour exporter vers les autres îles. Maupiti est loin d’être autosuffisante alors ?

L’actu vue par p’tit Louis [rien à voir avec le fils de Qui-vous-savez, mais qui est le caricaturiste vedette de ‘La Dépêche de Tahiti’ – Arg.] :

  • « Le gros : La gendarmerie fait des stages auprès des jeunes pour leur apprendre à bien conduire…
  • – Le maigre : à quand des stages auprès des politiques, pour leur apprendre à bien se conduire ?!
  • – Le gros : Depuis que l’État ne s’occupe plus des aéroports dans les îles.
  • – Le maigre : le Péi s’est rendu compte qu’elles sont beaucoup plus dispersées qu’avant !
  • – Le gros : Une gare maritime bientôt vide, un aéroport de Moorea déserté, les poches des pauvres taote (médecins) asséchées !
  • – Le maigre : et un palais pérésidontiel sans pérésidont ! Ceci expliquant peut être cela ! »

Hiata de Tahiti

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Maladies et maux sociaux à Tahiti

Atation ! (attention en prononciation locale), la leptospirose guette en ce début d’année très pluvieuse. Chaque année, cette maladie fait entre 2 et 5 morts en Polynésie. Transmise par l’urine animale, cette bactérie vit dans l’eau stagnante et la boue. La maladie débute comme une grippe avec une forte fièvre, mal à la tête et douleurs musculaires font penser à la dengue. Pas soigné, le microbe peut s’attaquer au foie, aux reins, d’autres complications apparaissent (jaunisse, insuffisance rénale, signes oculaires, cardiaques ou pulmonaires, hémorragies). Alors attention, sinon… « Aiiia Madame, moi sais pas marcher avec sossures… »

En 1914, on a ouvert une léproserie dans la vallée d’Orofara, sur la côte Est de Tahiti, commune de Mahina. Les malades étaient soignés par des diaconesses protestantes. Le village comprenait une église, un temple, un magasin, deux réfectoires, une cuisine commune, un lavoir-séchoir, une infirmerie, une école et son institutrice. Tous les services étaient tenus par les lépreux. La salle de soins était tenue par du personnel métropolitain venu en mission. Les logements de 7 m sur 3 comportaient 2 chambres et un WC. Ils étaient désinfectés régulièrement. Au fond de la vallée, le cimetière des lépreux, aujourd’hui abandonné. Dame Nature offrait mangues, uru, bananiers, tubercules. En 1920, Orofara comptait 83 pensionnaires, en 1933, 133, en 1939, 90. Au milieu des années 1950, la maladie était en voie de régression, voire de disparition. La lèpre, une maladie infectieuse peu contagieuse, mais très mutilante.

Hausse modérée de la délinquance 2011 : +1,3%. A la hausse : les escroqueries, infractions économiques et financières (+40%), les vols à l’étalage (+40%), les coups et blessures volontaires (+10%), les violences sexuelles (+4,6%) les infractions à la législation sur les stups (+20,3%). Mais le pakalolo (lait de cannabis) reste au cœur des crimes malgré la destruction de 63 642 pieds de paka. On cambriole un fare, on s’empare d’un ordinateur et on l’échange contre une boîte de quelques grammes de paka ! Inquiétante tendance, le nombre de mineurs interpellés pour usage de stupéfiants en 2011 est en hausse de 66%. L’an passé, un enfant d’une dizaine d’années avait été trouvé porteur de pakalolo qu’il revendait pour le compte de ses parents.

Toujours plus d’habitants dans le bassin de Taravao. Au moins un quart, voire plus, de la population de Tahiti habite ici mais l’offre de santé de suit pas. Le gros problème c’est l’hôpital. Il est vétuste, manque de personnel. Pas de maternité. Il est courant que les sages-femmes assurent seules des accouchements « bord de route ». L’hôpital ne serait pas vraiment un hôpital, il aurait un statut bâtard et doté de moyens insuffisants.

Une page de la nuit se tourne à Papeete. Le Piano bar de la rue des Écoles, ouvert dans les années 60 par des légionnaires, avait gagné ses lettres de noblesse nocturnes à l’heure du CEP. Il change de concept. Indiqué dans tous les guides de voyage il tenait surtout au fait que le lieu de plaisir fut rapidement investi par les travestis, puis les raerae plus tard. Les militaires étaient là, l’argent aussi, les contrôles routiers absents, la fête battait son plein jusqu’au milieu des années 2000. Les travestis devenus pour la plupart transsexuels ont participé à la notoriété de l’établissement. Chaque année avait lieu l’élection de Miss Piano bar. Les shows des raerae sont finis, place aux sons de DJs.

Hiata de Tahiti

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Environnement polynésien français

Les gouvernements, pour éviter l’exode des populations des Tuamotu, ont toujours maintenu les populations en atolls. Les temps ont changé, les gens ont préféré venir s’entasser, sans travail, dans le fare d’un membre de la famille plutôt que de rester dans les cocoteraies. Le coprah a bénéficié d’un soutien financier non négligeable sous formes d’aides. L’huilerie de Tahiti, par convention, est contrainte d’acheter la totalité du coprah qui lui est livrée, moyennant un prix fixé par le gouvernement en fonction de la qualité du coprah. Le coprah donne une huile brute exportée vers l’Europe.

Pour produire le monoï une faible partie est raffinée sur place. Les tourteaux servent à l’alimentation animale. L’huile de coco est alimentaire et permet la fabrication de margarine et graisses végétales. La production est en déclin depuis les années 50. Elle subit une forte concurrence de la Thaïlande, des Philippines et de l’Inde. Un cocotier vit environ un siècle mais sa durée de vie économique ne dépasse pas 50 à 80 ans. L’entretien des cocoteraies nécessite une grande rigueur, mais dans le dictionnaire tahitien, on ne trouve pas le mot rigueur. Peu d’habitants d’un atoll vivent exclusivement du coprah.

C’est un travail de force qui rapporte peu. Il faut d’abord ramasser les cocos à l’aide d’un pic en fer et d’un bâton pour éviter de se baisser, les casser à la force des bras avec une hache, faire des tas pour les sécher. L’albumen séché est décollé de la coquille à l’aide d’un petit outil. Il faut les mettre en sac puis les ramener au village, les entreposer dans le hangar à coprah, les peser et les étiqueter avant d’être vendus sur la goélette.

Pour remplir un sac de 50 kilos, il faut 250 noix pour un gain de 7000 FCP. Pour obtenir un SMIG mensuel il faudrait récolter 20 sacs de 50 kilos de coprah de première qualité soit plus de 5000 noix de cocos. Ça vous dit ?

Certes, vous savez déjà que Tahiti compte plusieurs rois auto-déclarés, mais celui dont je vais vous entretenir brièvement est un petit oiseau en danger d’extinction. Le Monarque de Tahiti (Pomarea nigra) ou O’mamao est un petit oiseau que l’on ne rencontre plus que dans 4 vallées de Tahiti qui, depuis 1998 fait l’objet d’un programme de sauvetage. La société d’ornithologie de Polynésie « Manu » dératise les sites de reproduction, capture les prédateurs tels les merles des Moluques et suit de près les individus connus pendant la période de reproduction (juillet à décembre) pour connaître le succès des nichées. Les « sauveteurs » espèrent 8 jeunes monarques pour la saison de reproduction 2012-2013. L’association a dénombré 12 couples à protéger dans les vallées, dont 6 dans les zones hautes qui ne peuvent être atteintes qu’après avoir franchi 5 cascades de 20 à 40 mètres de haut, et parmi eux 10 couples ont construit un nid. Les sponsors sont EDT (EDF polynésien), OPT (PTT) Vini (Téléphone portable).

Le Tere ou tour de l’île Rurutu (Australes) a lieu chaque année, en général 8 à 10 jours après le 1er janvier. Cette manifestation culturelle appartient au patrimoine de Rurutu. C’est une manifestation païenne qui se maintient. Cette manifestation demande une grande préparation tant par la recherche des sites à visiter que par la confection du repas qui célèbre les nouveaux champions. Chaque village est partagé en 2 sections « nia » (Est, d’où vient le vent) et « raro » (Ouest, vers où va le vent). Le cortège des voitures suit un itinéraire bien précis, en tête celle du conteur, puis celle des « hommes forts », le maire, le pasteur puis les autres !

On commence le circuit par le lever de pierre chez Temana V. Un homme de l’organisation du Tere doit soulever et porter à l’épaule « Paororo » pesant 130 kg. L’orateur rappelle l’histoire de la pierre, le pasteur dit une prière. La population sait qu’un porteur de chaque village doit réussir à lever toutes les pierres… sinon mauvais signe pour le village. Le geste de porter une pierre n’est pas un acte léger, il doit être accompli dans le respect des conventions établies par les anciens. Au cours du Tere, les hommes doivent se mesurer à cinq pierres. A la mairie de Hauti c’est « Rono 2 » 143 kg qui doit être levé. A Moerai c’est « Rono 1 » 148 kg. Tout c’est bien déroulé. A l’année prochaine.

Après le départ de La Railleuse, c’est L’Arago qui veille sur la Zone Économique Exclusive. Il a en même temps apporté son soutien logistique au Festival des Marquises en décembre dernier. RAS, aucun pêcheur en infraction. Tout va très bien, Madame la Marquise !

En Nouvelle-Calédonie, le cagou et la roussette sont en voie de disparition, sauvons-les. Deux images symboliques du Caillou. Le cagou est un oiseau qui ne vole pas et qui « aboie ». Il reste moins de 1500 cagous en NC. Le cagou vit sur terre, déploie sa huppe pour tenter d’impressionner l’ennemi ou lors de sa parade nuptiale. Il se nourrit de larves, d’escargots, de vers, il a donc « oublié » de voler. Les cochons, les chiens, les chats sauvages et la disparition progressive de la forêt primaire menacent sa survie. La roussette est une chauve-souris autre emblème de la NC. Les Néos en raffolent. Il faut sauver le cagou et la roussette.

La campagne océanographique « Pakaihi i te moana » aux Marquises s’est achevée et l’on attend avec intérêt les résultats des chercheurs. Ils ont exploré neuf cavités pour la première fois et ont trouvé une microfaune abondante, beaucoup de vie, des organismes intéressants notamment de la famille des éponges ; des poissons côtiers dont le taux d’endémisme atteint 15%. On attendra que ces scientifiques aient analysé leurs trouvailles afin d’en faire profiter un maximum d’habitants des Marquises et les autres.

Hiata de Tahiti prend congé, portez-vous bien

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Atouts Tahiti

On a vendangé a Rangiroa et il y avait du beau monde – agricole – en visite dans la vigne. Sept hectares de terre cultivée, et maintenant on lorgne sur le bio…

Atation ! On a expliqué à ces huiles qu’il y a trois sortes de cépages : l’Italia, le Carignon rouge et le Muscat de Hambourg. Ces trois types de raisins sont utilisés pour fabriquer le blanc de corail et le rosé nacarat tandis que le blanc moelleux est un mélange d’Italia et de Muscat de Hambourg. Pour le blanc sec, seul le Carignon rouge est utilisé. Le vin rouge n’est plus fabriqué actuellement.

Le ministre de l’Agriculture espère que l’on pourra orienter la culture du raisin de table puisque les ceps poussent bien aux Tuamotu. Il paraît qu’on en importe 300 tonnes par an. Avant de visiter la vigne ces messieurs avaient gouté au nectar de Rangiroa avec poisson cru au lait de coco et poisson pané.

Rendez-vous avec Vénus à Tahiti ? [Ne songez pas aux vahinés, mais quand même… Arg.]

Le 5 juin prochain survient un événement astronomique exceptionnel parce que rare, le passage de la planète Vénus devant le soleil. Ce phénomène a lieu lorsque la Terre, Vénus et le Soleil sont alignés. Cet événement ne se produit que deux fois par siècle. Le prochain aura lieu en 2117.

A Tahiti, on prépare la caisse enregistreuse, on attend le client, quoi !

Mais cette rencontre a une symbolique particulière ici. En effet, cette rencontre a été observée pour la dernière fois à Tahiti par le navigateur James Cook lors de son voyage dans le Pacifique Sud en 1769.

C’est la Pointe Vénus qui deviendra le centre international d’échanges culturels et scientifiques autour du transit de Vénus, avec une centaine de chercheurs du monde entier dont deux prix Nobel en physique et en astrophysique.

Chez les anciens Polynésiens, Vénus se nommait Taurua Nui (étoile du matin ou étoile du soir), première à se lever et dernière à se coucher. C’était aussi l’étoile du dieu Tane. Vénus est connectée à la fécondité, à la sexualité, au sang, à la circoncision.

Hiata de Tahiti

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La crise à Tahiti

Pas facile pour la police d’arrêter ces « banquiers » du Kikiriri clandestin ! C’est l’équivalent du bonneteau en France. Ici à Papeete, c’est autour du marché que cela se passe. Des guetteurs et des siffleurs permettent au banquier de plier bagage en quatrième vitesse à la vue des policiers. Un coup de chance, et voilà le banquier interpellé. Celui-ci était porteur de 300 000 FCP, sa voiture toute neuve servait à camoufler les joueurs. En fouillant un peu plus, les policiers ont découvert que son compte en banque était rebondi, à sept chiffres, que son activité illégale lui rapportait gros, et… qu’il bénéficiait du Régime de solidarité territorial (RST). Son beau véhicule a été saisi ! C’est vraiment pas de bol pour un début d’année.

Chaque jour plus nombreux, ces petits étals des bords de route fleurissent partout. C’étaient surtout des poissons et fruits que les gens proposaient aux automobilistes, auxquels se sont joints des ventes de légumes de son fa’apu, des ukulele, de plats préparés, des firifiri (beignets) à 250 FCP le paquet, des mangues envoyées par les familles des îles, du pua rôti (cochon grillé), des mape chauds (châtaignes tahitiennes), des cocos glacés, etc. Ceux qui ont perdu leur travail, ceux qui souhaitent un complément de revenu, tout le monde (sans patente) devient commerçant pour quelques heures, certains tous les jours de semaine, d’autres seulement le dimanche. Pour améliorer le quotidien de la famille il ne suffit pas de se nourrir avec une modeste pension de retraite. Les vendeurs ambulants sont de plus en plus nombreux. Certaines personnes ont compris que rester assis sur sa chaise en attendant mieux n’est vraiment pas la solution. C’est une conséquence de la crise qui frappe le fenua. Même si ces ventes sont illégales, c’est un système pour survivre.

Comme je vous le disais l’autre jour le tourisme bat de l’aile. J’ai bien posé quelques bougies, mais pour le moment ce n’est pas terrible, la réaction positive se fait attendre. L’autre jour au Trou du Souffleur, un touriste kiwi (néo-zélandais) a été emporté par la houle. Pourtant il y a des panneaux d’interdiction… il a désobéi, le Néo, et sous les yeux de sa femme ses enfants et ses amis il a franchi le muret de protection. Heureusement, la mer a goûté et n’a pas aimé, elle a rejeté son corps une centaine de mètres plus loin sur la plage de sable noir. Direction l’hosto. Ouf, pas d’incident diplomatique entre la Nouvelle-Zélande et la France. Les touristes n’ont pas fréquenté les musées de Tahiti et des îles, ni celui de Gauguin. Tout compte fait, il manque 8000 entrées en 2011. La culture fout le camp.

Une éclaircie, The Brando (hôtel en construction à Tetiaroa) devrait ouvrir, mi-2013. The Brando devrait être un hôtel à part, unique en énergie autonome. La climatisation sera assurée grâce à l’eau de mer puisée en profondeur alors que des panneaux solaires et des groupes électrogènes à l’huile de coprah fourniront l’électricité. Bien entendu, la location des 41 villas ne sera pas à la portée de toutes les bourses. L’hôtel devrait employer entre 80 et 90 personnes, une fois ouvert. Combien de personnes postuleront ?

Le Pacifique est une grande poubelle. Le plus vaste océan de notre planète 166 millions de kilomètres carrés a accueilli des centaines d’explosions atomiques, des tonnes de matériel contaminé jetées à la mer à la fermeture des sites, l’eau contaminée de Fukushima relâchée dans l’océan. Deux énormes vortex de détritus plastiques de toutes sortes au nord de l’Océan, essentiellement alimentés par les mégapoles japonaises et californienne dont les matières étranglent les dauphins, étouffent les tortues, empoisonnent les oiseaux marins, se fragmentent sans jamais se biodégrader dont les conséquences sont à ce jour inconnues. Il serait grand temps de respecter l’océan Pacifique.

Hiata de Tahiti

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Fruits de Tahiti

Article repris par Medium4You.

Comme le printemps est arrivé – dans l’hémisphère nord – envie de goûter la nature ? Tahiti offre ses fruits…

Parmi les suivants, lequel n’a jamais eu l’honneur d’être goûté par vous ?

Cherimolia : (Annona cherimolia) Hélàs peu fréquent dans les jardins polynésiens. Ce fruit originaire des pays andins a été introduit à Tahiti en 1846 par l’amiral Legoavant.

Mangoustan (Garcinia mangostana) : Roi des fruits d’après les connaisseurs, il est originaire d’Indonésie, s’est acclimaté en Asie du sud-est. La chair est délicieuse encore plus lorsque le fruit est servi frais. L’arbre est splendide, mais sa culture est difficile et les fruits demeurent rares et chers à Tahiti – à moins d’avoir un tonton généreux comme celui de V. La principale contrainte culturale est sa longue phase juvénile (entre 7 et 12 ans).

Langsat, lancette, rincette (Lansium domesticum). Ce fruit est devenu rincette à Tahiti et on ne sait pas pourquoi ! Fruit d’origine indo-malaise, baies sucrées et acidulées, à consommer un jour après la cueillette à cause du latex qui colle aux doigts et lèvres. Rappelle un peu le goût du pomelo. Sur l’arbre, les fruits forment des grappes qui poussent directement sur les grosses branches.

Jambose, jamerose, pomme rouge ‘ahia (Syzygium malaccense) : Ces petites pommes rouges étaient connues en Polynésie avant l’arrivée des Européens. L’arbre est originaire de l’Asie du sud-est. La chair est blanche, légèrement spongieuse, rafraîchissante mais d’un goût assez plat. Les fruits poussent directement sur le tronc et les branches. Les feuilles d’ahia tenaient un rôle important dans la médecine des tradipraticiens d’autrefois.

Ramboutan (Nephelium lappaceum) :Ce fruit ou litchi chevelu, originaire de l’Asie du sud-est, a été introduit à Papeari par Harrisson Smith. Fruit très prisé, il est vendu en grappes au bord des routes. La pulpe est blanche, translucide, juteuse, sucrée. L’arille est fermement accroché au noyau, grosse graine lisse et brunâtre.

Abiu (Pouteria caimito) : Récemment introduit à Tahiti, très mode dans les jardins. Originaire du Brésil et du Pérou. Le fruit est jaune brillant, la peau épaisse et dure, la chair translucide, tendre, sucrée. A l’intérieur on trouve deux ou trois graines. Pourquoi un tel succès auprès des jardiniers polynésiens ? – L’arbuste produit dès la deuxième année !

Fruit du dragon, pitaya (Hylocereus undatus) : Relativement nouveau à Tahiti, ce cactée originaire du Mexique se plait à Tahiti et donne de beaux fruits, rouges ou blancs dans de nombreux jardins. Toutefois, il faut parfois féconder la fleur pour obtenir un fruit car le pollinisateur serait rare à Tahiti!

Fruit de la passion, maracuja, grenadille (Passiflora edulis) : A Tahiti, la variété ronde et jaune vif est très répandue, un peu plus acide que la variété à peau rouge. Originaire du sud du Brésil, du Paraguay et de l’Argentine, cette liane touffue est très commune à Tahiti. On fait une excellente tisane avec les feuilles.

Pamplemousse du Sarawak : Pour remplacer les orangers décimés par les maladies, le professeur Harrison W. Smith, retiré à Papeari, voulut doter Tahiti d’un pamplemousse de bonne qualité. C’est en 1919, sur les côtes de Bornéo que le professeur découvrit ce fruit, envoya ces graines au consul britannique à Papeete. A son retour Harisson Smith repiqua dans sa propriété Motu Ovini à Papeari les 3 jeunes plants issus des graines envoyées au Dr Williams. Un seul survécut et fut transplanté dans la vallée Vaiiti. Excellent fruit.

Marang : Originaire d’Indonésie, peu courant à Tahiti, a un parfum aussi fort que le durian. Ressemble à un uru poilu. On ne consomme que les graines et on n’oublie pas de cracher le noyau !

Régalez vous. C’est même bon pour la santé !

Hiata de Tahiti

Un site très riche en fruits, sur lequel j’ai emprunté la photo de pamplemousse variété Sarawak ci-dessus : Tahiti héritage 

Daniel Pardon & Michel Guérin, Guide des fruits de Tahiti et ses îles, 2006, éd. Au vent des îles, 268 pages, 180 espèces et variétés décrites et photographiées. Le seul guide existant à notre connaissance sur le sujet…

Docteur Guy Avril, Encyclopédie des thérapies naturelles : Soignez-vous autrement, 2005, éditions Dangles, 762 pages, €29.92 – LA référence en matière de thérapies naturelles, mais pas particulièrement sur Tahiti 

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Tropisme chinois du Tahiti nouveau

Le Peï a besoin de beaucoup de sous. Il en cherche partout. Le plus simple ? Augmenter les taxes ! Alors ce sera un plus de 5 à 20% sur tous les alcools ; 5 à 60% de taxes sur le tabac et les alcools importés sauf sur le tabac à rouler (marque Le Bison) ; taxe de 1% sur les équipements électriques ; 5% sur les colis dont le montant est compris entre 10 001 et 29 999 FCP ; augmentation des taxes sur les produits d’origine européenne soit 2% sur les fournitures scolaires, les couches, les conserves de légumes, certains produits de construction ; 8% sur les bonbons ; 2 à 4% sur les produits alimentaires et les produits corporels.

Souhaitant améliorer les relations commerciales avec les partenaires du Pacifique, Oscar Tane, palabre pour faire adopter une résolution pour modifier la loi organique. Il a décidé d’abaisser ces taxes de 5 à 2%. On veut croître les relations avec la Chine, toujours et encore la Chine, seulement la Chine !

Encore une escale d’un navire scientifique chinois dans le port de Papeete. Les membres de l’association philanthropique chinoise de Tahiti s’étaient rassemblés pour accueillir les 320 membres de l’équipage. Ce n’est pas la première fois, je voyais au supermarché Champion Paofai les Chinois faire leurs emplettes : chocolat et vin rouge. Je suis troublée, malgré les annonces du gouvernement, de la place prise par les Chinois à Tahiti. Les dirigeants chinois font régulièrement escale à Tahiti, pourtant nous ne sommes pas sur le chemin des Chinois. Le gouvernement cherche à vendre des terres, à qui ? Mystère, mais bien des Polynésiens pourraient se retrouver spoliés. Les terres ainsi prises seraient revendues à… ? Les Chinois achètent de plus en plus de coquillages pour la nacre… mais aussi pour fabriquer des perles paraît-il !

L’année du Lièvre s’est achevée le 22 janvier à minuit et laisse la place au Dragon d’eau. Long Nian Kuai Le, Kung Hi Fat Choy, Shu, Shen Ti Hao, Fu. Cela devrait vous souhaiter Bonne année du Dragon, Prospérité, Longévité, Santé et Bonheur. Tout cela rien que pour les lecteurs d’argoul.com. Les Chinois de Tahiti préparent les festivités. Une troupe chinoise composée d’acrobates, d’humoristes et d’un chanteur viendra donner quelques spectacles au temple Kanti. Préparez la monnaie ! Non, les billets dans l’enveloppe rouge, ce sera moins lourd dans la gueule du lion – car il danse.

En Polynésie la médecine chinoise et sa pharmacopée ne sont pas illégales comme en France. L’histoire de l’immigration chinoise autorise cette science sous certaines conditions. La réglementation polynésiennes encadre strictement la profession d’herboriste, l’importation de produits de la pharmacopée chinoise, tout est fixé par décret depuis 1980. A Tahiti, sept personnes seulement peuvent se prévaloir d’être herboriste. Ces ra’au (médicament) chinois attirent la population polynésienne dans son ensemble. Ce pourrait être une pincée d’hippocampe, du pénis de tigre, des peaux de vers, du cafard d’eau… voyez avec votre médecin et pharmacien. Les noms de ces sept personnes sont publiés au JO ainsi que les substances ou médicaments qu’ils peuvent importer en Polynésie.

Hiata de Tahiti

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Voyage aux Gambier 5 : Rouru

Rouru (« l’endroit des têtes couronnées ») était-il un couvent ? Il demeure quelques ruines de ce qu’on a appelé le couvent de Rouru, sis sur les hauts de Rikitea, à l’aplomb du Mont Duff. C’était une construction à vocation religieuse. On y accueillait des jeunes filles auxquelles on apportait des connaissances (intellectuelles). L’endroit choisi est un plateau assez vaste, le climat y est plus frais qu’au village en bord de mer. Il est caché par des plantations d’arbres à pain, d’orangers et de cocotiers.

On descend vers le village par un chemin pavé d’environ 1500 m, on croise le cimetière sur la droite avant d’atteindre le village. Le choix de ce plateau a-t-il été fait parce que c’était le quartier des riches ? Rouru, appelé aussi le couvent des Sacrés-Cœurs, a perduré à peine plus d’un demi-siècle. Les constructions sont le vaste mur d’enclos, la maison des sœurs, un puits, une citerne, des toilettes, la chapelle, une porte monumentale. Les murs solides, bien bâtis restent la preuve d’un dévouement.

Les missionnaires avaient une quintuple mission : baptiser la population et éliminer les faux dieux ; soigner les malades ; aider les familles à mieux vivre ; éduquer les jeunes ; construire pour Dieu des églises et pour ses serviteurs des presbytères. C’est le Père Cyprien Liausu, arrivé en 1835, qui avait observé que le comportement des jeunes filles de Mangareva et leur goût pour le travail méritaient d’être encouragés et orientés vers une forme de vie s’inspirant de l’esprit religieux. Certain père avait constaté que les filles travaillaient le plus laborieusement dans les plantations. Elles auraient fini par ne plus vouloir s’en retourner chez leurs parents et on leur édifia un bâtiment.

Des notes stipulent que les jeunes filles ont crée des sortes de « couvents » où elles veulent vivre en communauté. Elles s’appellent du nom de sœurs et ne font rien sans demander la permission à celle qu’elles ont choisie comme supérieure. Elles filent, défrichent les sols, plantent coton, bananes, haricots, ignames, patates douces, carottes, choux. Imaginez quarante jeunes filles choisies, élevées comme dans un couvent sous la direction de trois femmes d’un certain âge et instruites. On leur apprend à lire, à écrire, à se vouer aux pratiques journalières de la religion. Elles écrivaient d’abord sur des feuilles de bananiers séchées puis elles ont utilisé du papier de chiffon quand elles furent un peu plus avancées.

Les habitants des Gambier se contentent de leur sort, loin de la capitale Papeete. Ils possèdent un faapu qui leur fournit légumes frais, un verger des fruits, et souvent, même à plusieurs, une ferme perlière qui leur apporte un revenu supplémentaire. Que demander de plus ? Leur docteur est reparti, ils espèrent la venue d’un remplaçant.

Nous avons été bien reçues. Nous jouissions d’une vue superbe depuis la pension. Les repas en compagnie de la famille étaient conviviaux, souvent des korori en entrée (muscles des huîtres découpés en fines lamelles), du poisson, des légumes du faapu, des fruits du verger agréablement cuisinés, des visites bien organisées. Une fort agréable découverte de cet archipel lointain.

Hiata de Tahiti – FIN du voyage aux Gambier

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Rythme polynésien au féminin

Alain Joannis est né à Besançon mais ils s’installe à Tahiti à l’âge 40 ans. Artiste issu des Beaux Arts, il trouve dans la nature et dans les êtres de Polynésie une source de son inspiration.

Fusain et sanguine concourent à épurer le trait pour dégager le rythme des formes, la grâce du corps de femme.

Même de dos, la sinuosité rebondie a quelque chose d’éminemment sensuel. Ce qui est renforcé par ce tatouage qui laisse imaginer les seins nus sur l’autre face…

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Voyage aux Gambier 4 : Rikitea

Les catholiques de Rikitea avaient abandonné leur cathédrale devenue trop dangereuse. Leurs offices étaient célébrés dans la salle polyvalente de la commune. Il fallait trouver l’argent pour entreprendre des travaux indispensables. L’État étant laïque, il ne pouvait supporter les frais de rénovation.

Une association a été créée pour un chantier estimé à 486 millions. Tout le monde a mis la main à la poche pour sauver le plus bel édifice religieux du Pacifique. Ainsi l’État pour 178 millions, le Peï pour 125 millions, la Mission catholique pour 60 millions, les mécènes pour 79 millions, l’association Sauvons la cathédrale pour 23 millions, et la commune de Rikitea pour 15 millions ont permis de restaurer le chef-d’œuvre. La cathédrale peut accueillir 1000 paroissiens, elle mesure 53,2 m de long sur 18,9 m de large.

172 ans après la pose de la première pierre par les pères missionnaires du Sacré-Cœur de Picpus, la cathédrale est à nouveau inaugurée. Les travaux de restauration ont débuté en Juin 2009, ils ont impliqués les experts des monuments historiques de France, des compagnons, des entreprises métropolitaines et locales, et la population. Il a fallu se réapproprier les techniques des ancêtres afin de restaurer la charpente, fabriquer la chaux corallienne. Pour la charpente, l’arbre à pain ou uru est utilisé. Les restaurateurs ont découvert que la technique des pères était très aboutie. Les assemblages chevillés sont complétés par des ligatures de corde en nape ou fibre de coco qui les renforcent. Il n’y a donc pas de clouage.

Les artisans mangaréviens et les élèves, assistés par les compagnons, ont découvert ensemble les savoir-faire exceptionnels vernaculaires des Polynésiens. Pour la chaux corallienne, c’est grâce à la mémoire de quelques anciens, la forte implication des habitants que la technique du four à chaux a pu être ravivée et modernisée. Même l’extérieur de la cathédrale a abandonné sa couleur bleue pour l’ocre, sa couleur d’origine, redécouverte sur les premières couches ayant recouvert l’édifice. Les minéraux qui servaient à teinter la chaux ont été découverts sur l’île, en hauteur.

Pour certains vieux Mangaréviens, ce n’est plus leur cathédrale ! Les décors intérieurs ont subi eux aussi une rénovation complète. Le maître-autel resplendit de toutes ses nacres. Avant leur installation dans l’église, nous avions pu les voir dans l’école de gravure sur nacre restaurées, c’est toute la population de l’archipel qui a participé. On évoque déjà d’autres rénovations dans l’archipel. Les jeunes qui ont participé à ce chantier iront en métropole à Thouars ou Nice, parfaire leurs connaissances.

Seule étrangère aux Gambier, la pierre d’autel en basalte vient de Hitia sur la côte est de Tahiti. Elle a été sculptée par des tailleurs de pierre marquisiens avant d’être acheminée par bateau à Rikitea. C’est le nonce apostolique qui a dédicacé et oint l’autel sur ses cinq croix devant la population mangarévienne et les huiles laïques, cléricales et gouvernementales. Après six ans d’attente, les habitants ont enfin pu fêter Noël dans leur cathédrale retrouvée.

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Voyage aux Gambier 3 : Akamaru et Taravai

Partons maintenant pour Akamaru. Après les paquets de mer, voici un quai désert, une longue allée engazonnée soigneusement entretenue qui nous conduit à l’édifice.

C’est une splendide église romane à double clocher.

Notre-Dame de la Paix est longue de 24 m et large de 9, elle date de 1844. Le chœur est magnifique, des bois précieux, des dorures et des nacres font une magie dans un lieu presque irréel. Le lieu sacré est en excellent état et toujours utilisé par les religieux de Rikitea.

Encore de nombreux paquets de mer en pleine face, les vagues deviennent de plus en plus grosses. Un petit arrêt pour recueillir du sable couleur curry. L’île est dotée de sable de différentes couleurs, blanc, noir et orange, de quoi inspirer les créateurs de tableaux de sable.

Puis nous reprenons le tape-cul. Il faut mériter l’église Saint-Gabriel à Taravai, mêmes dimensions que Notre-Dame de la Paix. De style gothique, le portail d’entrée est décoré de gros sept-doigts (coquillages pêchés dans le lagon). L’intérieur n’est pas décevant, des vitraux de couleurs, l’autel magnifique en bois de reva. Elle fut construite en 1868. Que de merveilles découvertes ce jour ! Cela valait bien quelques douleurs dorsales et du sel plein la face.

Les religieux des Gambier ont dessiné les plans de leurs édifices, ont cherché les matériaux nécessaires, ont appris aux autochtones avec plus ou moins de réussite à bâtir, à décorer avec peu de matériel. Ils ont arraché aux lointaines barrières de corail des blocs de pierre qu’ils ramenaient au moyen de radeaux sur le lagon. Ils fabriquaient la chaux sur place, à partir du corail qu’ils brûlaient dans des fours. Ils cherchaient les bois à brûler mais aussi ceux pour fabriquer des autels, des portes, le bois de uru pour les charpentes. Les façades des églises comportaient corniches, connes, pilastres, fresques, triglyphes, gouttes, oves, cannelures, cimaises.

Les décors les plus spectaculaires sont les nacres de Saint-Michel de Rikitea, les boiseries de Saint Gabriel ainsi que celles de Notre-Dame de la Paix. Ces méthodes seront redécouvertes et utilisées pour la restauration de la cathédrale Saint-Michel de Rikitea.

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Voyage aux Gambier 2 : les missionnaires

L’église catholique débarque aux Gambier le 7 août 1834. Quelques prêtres et frères convers s’étaient embarqués au Havre à bord de La Delphine. Les prêtres étaient en soutane blanche, les frères en redingote noire. Ils appartiennent à la Congrégation des Sacrés-Cœurs dite de Picpus, fondée par l’abbé Coucrin en 1805. Le symbole des religieux évangélisateurs des Gambier sont les Sacrés-cœurs de Jésus et Marie, emblème de l’ordre missionnaire.

Un voyage difficile et assez inconfortable de 5 mois. Une escale à Valparaiso après 4 mois de navigation où, dans la chapelle du couvent des Cordeliers, ils sentiront le sol bouger, une secousse de 4 à 5 minutes. Le tremblement de terre se situait à Conception… [Était-ce une autre visite de l’archange Gabriel ? – Arg.] Monsieur Charles Darwin, savant anglais, arriva à Talcahuano trois jours après le séisme.

Nos missionnaires embarquent le 4 avril 1835 sur La Peruviana. Le 9 mai 1835, 8 heures du matin, l’archipel des Gambier leur apparaît. Ils débarquent sur l’île d’Aukena. Qui sont ces indigènes qui viennent frotter leur nez contre le nez des arrivants ? Les accueillant avec des Enakoe, Enakoe ! (bonjour). Les autochtones décrits par les Pères ont la peau cuivrée, des cheveux noirs, le front haut et le nez épaté, les dents très blanches. Les hommes portent une longue barbe. Hommes, femmes et enfants vont nus. Les pères essaieront de les vêtir, cela ne se fera pas sans difficultés ! Ils voudront aussi leur apprendre le travail. Les pères éprouveront des difficultés à comprendre l’autochtone et ses habitudes.

Les missionnaires catholiques ont été bien accueillis par la population car la prophétesse Toapere avait, en 1830, vu deux bateaux avec voiles blanches. Le premier arrivé, anglais, n’a pas été autorisé à débarquer, il a du rester au large car il ne correspondait pas à la description de Toapere. Le second, celui des catholiques était le bon, ils débarquèrent. Les Gambier sont depuis le cœur du catholicisme polynésien.

Les constructions édifiées par ce clergé du bout du monde, avec des moyens limités, demeurent belles malgré les outrages du temps. Ils ont beaucoup construit. Certains édifices ont été ensevelis par la végétation, d’autres ont résisté mais nécessitent de sérieux travaux. La cathédrale de Rikitea a pu bénéficier d’une restauration dans les règles de l’art grâce à des moyens financiers conséquents. D’autres églises et couvents s’éteignent lentement.

Les pères s’attaquent aux idoles et avec l’autorisation du roi, de la reine et du peuple vont les détruire en les brûlant. Quelques-uns échappent à l’autodafé, tel Tu à quatre jambes, dieu supérieur invoqué pour une bonne récolte de maiore (uru). Échappe aussi Nitita-en-corde, qui entortille l’âme de ceux qui lui ont manqué de respect. Puis Rao, le Dieu de la débauche évidemment : on baise toujours dans les îles, malgré les curés célibataires. Ronao l’arc-en-ciel qui attire la pluie, un tambour que le roi a donné aux missionnaires, un coquillage sacré, un bâton dont le dieu Mapitoïti se servait pour assommer les hommes et onze autres idoles prendront le chemin de Rome et de Paris. Les lecteurs qui ont vu l’exposition des Gambier ont pu faire connaissances avec quelques-unes de ces idoles.

L’action missionnaire est une réussite à Magareva (1500 habitants), à Aukena (80 habitants), à Akamaru (300 habitants), à Taravai (150 habitants). Depuis le baptême du roi le 25 août 1896, il n’y a pratiquement plus « d’infidèles ». Si les pères parlent de succès aux Gambier, c’est un échec à Tahiti. C’est que Monsieur Evans Pritchard, sujet de sa très gracieuse Majesté, missionnaire protestant de son état, menace le clergé catholique, impose sa volonté à Tahitison et abuse de son influence auprès de la reine.

Le soir de notre arrivée, turamara au cimetière. Il faut honorer les morts. Tombes peintes en blanc, sable (corail) blanc, fleurs à foison, bougies… Toutes les fleurs poussent ici en particulier en cette saison orchidées et lys.

Une petite idée des constructions entreprises par les pères et frères :

  • 1839 à 1858 cathédrale de Rikitea
  • 1836 église de Taku
  • 1847 Sainte Anne à Rikitea
  • 1847 Saint Pierre à Rikitea
  • 1842 presbytère à Rikitea
  • 1847 tissanderies à Rikitea
  • 1842 maison du roi
  • 1848 les tourelles du roi
  • 1860 goélette
  • 1842 « couvent » de Rouru
  • 1861 porte monumentale de Rouru
  • 1837 St Raphaël de Puireau à Aukena
  • 1853 collège de Aukena
  • 1847 croix en pierre du cimetière à Aukena
  • 1837 Notre-Dame de la Paix à Akamaru
  • 1841 Saint Gabriel à Taravai
  • 1856 première cathédrale de Papeete par les Mangaréviens.

C’était juste une petite idée de ce qu’ont entrepris les pères et frères bâtisseurs des Gambier. Nous allons visiter ce chapelet d’îles pieuses.

Commençons par Aukena dont la tour de guet veille sur la mer.

L’église Saint-Raphaël date de 1840 mais est pratiquement inaccessible.

Le Père Laval avait fait construire un collège pour les jeunes Mangaréviens. Restent les murs qui, si rien n’est fait, seront recouverts par la végétation.

Il demeure un four à chaux, une meule et une tour de guet. Les magnifiques perroquets qui nagent en contrebas de la tour sont énormes, mais ne rejoindront pas les assiettes : ils sont non consommables.

Hiata de Tahiti

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Voyage aux Îles Gambier 1 : Tureia et Totegegie

Article repris par Medium4You.

Un mardi matin huit heures, aéroport de Tahiti Faa’a, personnel à son poste, décollage immédiat. Le vol est à destination de l’archipel des Gambier via Tureia, cinq heures de vol prévues. Pour moi, ce sera le cinquième et dernier archipel qui clôturera mon tour complet de la Polynésie française.

C’est où ? C’est quoi les Gambier ? Les Îles Gambier sont à la latitude 23°7 sud et à la longitude 134°58 ouest. Les terres émergées ont une superficie de 32 km2, un pourtour récifal de 90 km et un immense lagon. La capitale des Gambier sur l’île de Mangareva se nomme Rikitea. Mangareva mesure 9 km de long sur 600 m à 3 km de large.

L’archipel est composé de 11 motu coralliens (dont Totegegie, l’aéroport), de 4 grandes îles volcaniques (Mangareva, Taravai, Akamanu, Aukena) et de 6 petites îles volcaniques : par ordre décroissant Agakauitai, Kamaka, Makaroa, Mekiro, Manui, Makapu. Le marnage maximum atteint 1m20. Les Gambier sont âgés de 6 à 7 millions d’années. Les altitudes varient de 54 m à 441 m. Le point culminant le mont Duff, haut de 441 m, se situe sur Mangareva. Les superficies des îles varient de 0,1 km2 à 15,4 km2. Le point le plus bas du lagon atteint -80 m. Il existe trois passes ouvertes sur l’océan.

Tahiti est à 1450 km, l’Australie à 6300 km et Santiago du Chili à 6050 km.

Après 3 heures de vol, escale à Tureia, archipel des Tuamotu, 100 habitants, 5 personnes descendent, 5 nouvelles têtes prendront place. A Mangareva, ils reprendront le même avion pour Tahiti. Nous ne sommes qu’à 1190 km de Tahiti, c’est un atoll sans passe, 8,4 km2 de terre émergée, un lagon de 47,2 km2, une piste pour l’ATR 72, un village, des cocotiers, une tôle au-dessus d’un banc pour attendre l’avion une fois par semaine. Le fret est déchargé, les fûts remplissent les réservoirs, ici tout est manuel !

On dirait que tout le village est venu, en 4×4, bavarder et interroger. Encore un peu de patience sous la pluie et l’on repart pour les Gambier. Quelques semaines après mon retour à Tahiti j’apprendrai que des habitants de Tureia, accompagnés de leur maire, ont pour la première fois été autorisés à se rendre à Moruroa, « l’atoll du grand secret », lors du premier déplacement du Haussaire dans leur atoll en compagnie d’une brochette de casquettes à galons dorés. [Rappel : le Haussaire est l’abréviation affectueuse-envieuse du Haut-commissaire de la République française en Polynésie – Arg.]

Au départ, l’avion n’était pas complet, nous n’occupions que 60 sièges sur un total de 72. Les places vides ont été utilisées pour le fret car bientôt aura lieu l’inauguration de la cathédrale de Rikitea après de gros travaux de restauration. Le plafond de nuages est toujours aussi bas. Quelques petites fenêtres me permettent d’apercevoir, enfin, l’archipel des Gambier. Incroyable, c’est comme sur la carte !

L’avion se pose sur le motu Totegegie. Il fait beau. Maintenant il faut prendre la navette municipale pour une demi-heure ou une heure suivant l’état de la mer. Cela pour enfin débarquer à Mangareva. Le nom qui serait la contraction de manga (montagne) et reva (fleur des Gambier, blanche aux fruits vénéneux, contenant de la cerberine, poison très violent). Les résidents des Gambier paient une redevance de 500 francs pacifique mais, pour les touristes, c’est gratuit. Aux Gambier mon amie et moi sommes plus vieilles d’une heure par rapport à Tahiti.

Les habitants vivent à Rikitea et à Taku sur Mangareva, quelques familles à Aukena, d’autres à Akamaru et Taravai, un original à Kamaka. Tout pousse aux Gambier, comme aux Australes. Les fruitiers comme le pamplemoussier, citronnier, oranger, litchi, arbre à pain (uru ou maiore), bananier, caféier, pêcher, du bois d’œuvre. Les fermes perlières sont très nombreuses, les greffeurs sont Chinois, les Japonais étaient trop chers ! On reconnait qu’ici, les perles sont les plus belles, les plus grosses. Une perle peut être récoltée 18 à 24 mois après le greffage. On compte 20% de perte. Au total il ne restera que 10% de belles perles.

A Rikitea, gros bourg, on dénombre la mairie, la poste, la gendarmerie et des écoles primaires avec 26 couples de jumeaux ! Il y a aussi un CETAD avec atelier de formation à la gravure sur nacre, unique en Polynésie. Mais pas de collège, les adolescents doivent émigrer à Hao ce qui pose de gros problèmes aux familles.

Le potentiel touristique est important mais le prix du billet d’avion, en raison des distances à relier, décourage un grand nombre de candidats au voyage.

Hiata de Tahiti

Si la Polynésie vous intéresse, ne ratez pas l’émission télé Archipels consacrée à Tahiti-Pacifique magazine le samedi 25 février à 20h35 sur France O, TNT canal 19.

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Îles mystérieuses de Polynésie

Assez méconnue aujourd’hui, mais déjà évoquée ici même, cette île « mystérieuse » de Mehetia se situe à cent kilomètres de Tahiti en direction d’Anaa aux Tuamotu.

C’est l’île la plus jeune de la Polynésie française. Le volcan éteint il y relativement peu d’années, aurait été vu en éruption à l’époque pré-européenne. L’île, aujourd’hui inhabitée, aurait joué le rôle important d’un point de repère, éventuellement d’escale, de ravitaillement, voire d’étape pour les échanges avec les Tuamotu.

Des navigateurs l’ont mentionnée tels les Espagnols en 1772, James Cook, Capitaine Bligh. [On l’appelait Osnaburg sur les cartes]. Elle faillit devenir une léproserie, après avoir fourni des tonnes de coprah et d’oranges, exploitations détruites par les cyclones au siècle dernier.

De 1930 à 1960, Marcel Frainer met l’île en valeur, il fait construire deux réservoirs en ciment pour l’eau, puis il introduit des cochons. Il exploite la cocoteraie. Les arbres fruitiers produisent de 28 000 à 30 000 oranges par an. Le bois de Mehetia est exploité pour les constructions à Tahiti. Inhabitée depuis plusieurs années, propriété de deux familles, cette île pourrait devenir un sanctuaire pour plusieurs espèces (sauf bien sûr les espèces envahissantes) si on l’aménageait un peu. Mehetia est difficile d’accès, il n’y a pas de baie, et les conditions météorologiques doivent être favorables pour s’y rendre et y accoster ! [Et il y a un hic : Mehetia est un volcan actif, le point chaud de l’archipel de la Société…]

Des chercheurs ont retrouvé dans une cavité noyée de la tribu de Kumo à Lifou des coquilles de Nautilus macromphalus ou grand nombril, endémique de la Nouvelle-Calédonie, pour partie en cours de fossilisation. Ce gisement est circonscrit dans une zone caractéristique des cénotes, immenses trous naturels, et dans une salle inclinée à une profondeur de 40 m. La grotte, établie dans le nord, est à près d’un kilomètre de la bordure de l’océan. Il semble que ce soit la première fois au monde où des observations montrent une fréquentation de ces cavernes noyées d’eau de mer par des nautiles.

Quelques détails sur le mystérieux nautile. Il est secret. Sa reproduction est connue uniquement en aquarium. La ponte n’a jamais été observée en milieu naturel. Les scientifiques ne savent pas très bien où ils pondent. Ils savent seulement qu’ils remontent vers la surface pour le faire. Le nautile est un animal particulier. Si ce céphalopode est retrouvé dans les régions tropicales, il apprécie l’eau froide. Le groupe des nautiles est apparu au début de l’ère primaire, et a résisté finalement à toutes les grandes crises biologiques. Le nautile est l’animal emblématique et symbolique du territoire.

Pisonia grandis est un grand arbre des sables coralliens, plus rare sur les îles de la Société, mais très fréquent aux Marquises et aux Tuamotu. Les jeunes feuilles sont comestibles pour l’homme. Le feuillage est un aliment pour le bétail et les lapins. Branches cassantes, bois blanc spongieux, très mou quand il est vert, une fois sec on peut le débiter en planches ou madriers si légers qu’on l’a souvent confondu avec le balsa. Il sert à construire des radeaux. L’écorce aux propriétés émollientes est employée dans le traitement des anthrax et panaris.

Ici, à Tahiti, certains ne parlent qu’indépendance. Ils sont même allés à New-York jusqu’à l’ONU. En y regardant de plus près, on s’aperçoit que bien des petits pays à ce jour pas encore indépendants ne souhaitent, pour la plupart, pas l’indépendance. Plus le pays est petit, plus il est cher par habitant de devenir souverain. Un aéroport international coûte, d’autant plus cher qu’il y a peu d’habitants. C’est la même chose pour les ports susceptibles de recevoir des paquebots. Pareil pour les frais de souveraineté.

La présidence de la Polynésie française coûtait 10 000 FCP par habitant, celle de la France 100 FCP par habitant (selon Tahiti-Pacifique 2003). La représentation coûte beaucoup d’argent. Un ambassadeur dans chaque grande capitale coûte aussi cher pour 100 000 habitants que pour 10 millions d’habitants. ATN ou Air Calin, compagnies aériennes, sont elles en bonne santé? la surveillance de la ZEE (Zone économique exclusive), qui officie ? Le secours en mer ? Coûteux surtout pour un territoire peu peuplé mais aussi étendu que l’Europe.

Ces réalités bassement matérielles sont mises de côté par celui qui s’imagine être le guide suprême, le père des Maohi (Maoris), Génial dirigeant, Idéologue majeur, etc…

Hiata de Tahiti

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Contradictions à Tahiti

Sur la Dépêche de Tahiti du 20 décembre, gros titre « Échange remblai squatté contre plage de sable blanc ». Ce serait un échange de terres entre le Pays et un propriétaire privé pour permettre à la population l’accès à la mer et aux plages sur la côte ouest. A la demande du Peï, le propriétaire des terres et de plusieurs centaines de mètres de plage, au PK 15,4 à Punaauia, a accepté l’échange contre des remblais situés devant l’ancien hôtel Hilton…

Titre de la Dépêche du 20 décembre « Une journaliste agressée dans son lit à Nuku Hiva ». Un homme a tenté de la violer dans son bungalow, au Pearl Lodge Hotel. Depuis l’individu a été arrêté, a été ramené à Tahiti et dort en prison à Faa’a. Après l’histoire du touriste allemand assassiné à Nuku Hiva… ça fait tache pour cet archipel. On ne peut même plus dormir tranquille !

Les croisiéristes qui débarquent à Tahiti restent sur leur faim car le dimanche les magasins sont fermés. Les prix flambent depuis bien longtemps. « C’est beau mais très cher » avouent-ils ! Seules les taxes portuaires régalent le gouvernement mais, pour la population, les petites structures hôtelières, nada.

Présentation du « projet à 15 milliards ». Une présentation du futur « village » de Tahara’a a été faite en avant-première. Le concept de ce village pas comme les autres : un complexe résidentiel, un hôtel de 70 chambres plus 50 appartements-hôtels, une crèche, une chapelle, un marché bio, un centre commercial, divers commerces, un centre de thalassothérapie, un centre de prévention pharmaceutique (?), un amphithéâtre de 300 places, un musée (?), un centre culturel et des équipement sportifs dont une école de voile, une école de plongée, un port à sec. Mais aussi un pub, deux restaurants, un bowling, un squash, une salle de sport, deux centres de formation professionnelle et un jardin botanique. Suit la composition de l’équipe en charge du projet avec, entre autre à la gestion du domaine maritime, Olivier de Kersauzon.

La guerre des stations aura-t-elle lieu ? Non, ce n’est pas le bruit de la radio qui nous submerge… mais les vapeurs d’essence ! Shell a ouvert une nouvelle station juste en face de Mobil et non loin de Total. Et cela crée des embouteillages à n’en plus finir.

France Ô parmi les hommes. Un documentaire sur la montée des eaux à Napuka (Tuamotu) a été tourné par le réalisateur Laurent Ramamonjiarisoa (Ramamon git à Risoa) en décembre. Il a suivi le quotidien d’un habitant de l’atoll durant une semaine. La projection de ce travail est programmée pour juin 2012 sur la chaine de télé France Ô. [Espérons que ce sera aussi palpitant que le feuilleton des années 60 tournée par Madame Aubry (Cécile, pas Martine !) avec son fils préadolescent Mehdi, Sébastien parmi les hommes ! Aujourd’hui, on n’oserait plus un titre pareil… les ligues de vertu et autres associations autoproclamées anti-négationnistes crieraient à l’incitation pédophile ! – note Arg…]

Il a failli gagner à Koh-Lanta, le petit gars de Taha’a. Teheiura l’inconnu est devenu une star en Polynésie grâce à ce jeu. Le soir de sa défaite, les drapeaux ont failli être mis en berne, mais… on ne savait plus où on les avait cachés. Comme il a fait honneur au fenua (le pays, en langue d’ici), des médias et des sponsors de demain vont lui permettre de venir présenter sa fille Manavai à sa famille, dans le village de Taha’a. Sans bourse délier. Pour ceux qui comme moi ne possèdent pas de télé, z’aurez qu’à en acheter une pour l’an prochain ! [euh… avec un euro probablement en berne face au dollar et au yen, donc avec un Franc pacifique pas très fort non plus…]

Hiata de Tahiti

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Joyeuse fin d’année en Polynésie…

Hiata de Tahiti souhaite une bonne année 2012 à tous les lecteurs d’argoul.com !

Pour les fêtes de fin d’année, la télévision tahitienne nous a offert une pièce de théâtre : Papa Penu, Mama Roro. L’histoire d’un couple dont le mari boit un peu trop de vin, où la femme cancane un peu trop avec ses voisines et, quand monsieur rentre, rien n’est prêt. Heureusement un toate (médecin) trouvera un excellent médicament. Quatre acteurs sur scène, un délice !

Las ! le réveillon de Noël pour les familles de Katiu (Tuamotu) a tourné court. Commandées à leur fetii (famille) de Tahiti, les denrées festives n’ont pas été livrées par Air Tahiti… Il y aurait eu surcharge aérienne – alors ils ont débarqué le fret, bien que payé, avant le décollage. Adieu fruits de mer, lychee, champagne, et autres… Espérons qu’ils les ont remis en chambre froide et que toutes ces victuailles ont pu attendre le réveillon du Nouvel an car ici il fait 30° en décembre !

Non, vous avez vu ? Il paraît que c’est en augmentation. Quoi ? Les vols bien sûr ! Pas ceux d’Air Tahiti, non, mais en boutiques. Avant, disent les commerçants, c’était l’apanage des petits délinquants – mais ce serait maintenant monsieur et madame tout le monde qui chapardent. L’ouverture de certains commerces 24h sur 24 ou tard dans la nuit attirent les voleurs. Il paraîtrait même que… certaines personnes ayant un emploi, précisément certains fonctionnaires, s’adonneraient avec délectation à ces petits larcins. Tous les rayons n’attirent pas autant, certains font envie plus que d’autres. Le rayon alcool a la cote, le rayon des accessoires de beauté également. Dans le rayon alimentation, les voleurs sont attirés par la viande, les steaks, le fromage. Mais aucun produit PPN (produit de première nécessité) n’est subtilisé ! Bizarre !

Prenez votre souffle, voilà c’est dit Taputapuatea (« tapou tapou atéa »). C’est la première éco-commune. L’association des Eco-Maires de France a décerné à cette commune de Polynésie le Prix du Jury des Trophées Outre-mer durables 2011. Depuis 2007, la municipalité a fait d’un projet issu du tri sélectif une prise de position en faveur de la culture biologique. Les enfants de Taputapuatea (révisez la prononciation ci-dessus selon la méthode rhétorique !) mangent des légumes issus des plantations bios que la commune et les agriculteurs ont réalisées. Fruits et légumes sont produits sans engrais chimiques. La commune a réalisé un excellent compost à partir des déchets verts. Bien entendu cela ne s’est pas fait dans la facilité, mais le tavana (maire) et son équipe ont réussi. Maintenant ils s’attaquent à la transformation des produits agricoles. La purée d’ufi est déjà dans les assiettes des enfants de la cantine. [L’ufi n’est pas une sorte d’ufo (unidentified flying object) mais un cousin local de l’igname].

Au verger, plus d’une centaine de kilos de mangues consommées  sous toutes les formes, bananes, abiu (Pouteria caïmito, fruit tropical) par cageots entiers, figues, cocos, fruits de la passion, ananas, et même les kavas (en français pometier, en anglais lychee des îles). Le Pometia Pinnata est un grand arbre indigène qui donne à profusion des fruits volumineux, moins fins que les litchis. Normalement ils mûrissent en février mais dame Nature a donné un coup d’accélérateur d’où cette profusion de fruits en avance sur la saison. Ne le dites pas aux écolos mais mon congélateur est rempli de purée de mangues et de jus de mangues… pour l’hiver qui viendra ici en juillet-août.

J’avais omis de vous parler de ma septième merveille : mon jardin suspendu, comme à Babylone. Oui, c’est nettement plus rustique, mais quand même. J’y cultive radis, tomates, gombos, plantain pour Jeannot lapin, choux chinois, basilic, courgettes, salades, coriandre. Le persil a du mal à pointer le bout de son nez. Vous constaterez vous-même sur les photos. Les dimensions de cette merveille ? 5 m de long sur 1 m de large !

Portez-vous bien.

Hiata de Tahiti

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Il reste encore beaucoup à dire de l’année 2011…

Ce ne sont pas moins de 32 000 croisiéristes qui ont été perdus en dix ans. Et heureusement qu’il y a des bateaux de croisière qui s’arrêtent à Papeete ! Le gouvernement peut se réjouir des taxes qu’il prélève. Les croisiéristes disposent de tout à bord. Lorsqu’ils descendent à terre, ce n’est que pour soit faire une petite excursion, soit parcourir la rue principale. Ici, tout est horriblement cher : les hôtels, les restaurants, les perles. Il arrive que le GIE tourisme leur fasse un meilleur accueil avec danses, buffets de fruits, mais cela coûte au syndicat d’initiatives et rapporte peu en définitive. Certains touristes passent une nuit d’hôtel sur le territoire avant de reprendre l’avion.

Le conseil municipal a adopté un projet de classement pour la baie d’Opunohu a Moorea. Un projet de délimitation a été dévoilé pour une zone terre-mer incluant le domaine territorial situé à l’intérieur de la caldeira et deux bandes de terre situées de part et d’autre de la baie. Mais attention, certaines règles devront être respectées. Les riverains seront certainement les plus difficiles à convaincre. Par exemple, plus de toitures couleur bleue, rouge, orange… cela promet !

Loi de pays pour réduire la masse salariale : Les EPIC et SEM devaient disparaître… le gouvernement souhaite intégrer les agents de ces établissements dans la fonction publique. Il paraît que cela allègera le budget du pays ! Mais je rêve…

La gendarmerie pensait le fenua épargné. Eh bien non, les trafics de cuivre, nickel, plomb, aluminium, inox existent également en Polynésie. Les hommes de la gendarmerie viennent de démanteler un vaste trafic de cuivre. Bravo Messieurs. Bien organisé, ce réseau familial avait des connexions en Chine, il a vécu. C’est le train de vie sans rapport avec les revenus déclarés qui a mis la puce à l’oreille des hommes en bleu. Les têtes pensantes de l’équipe dirigeante ont été arrêtées. Il y a une fonction publique utile.

Sur l’atoll de Raroia, les fous à pieds rouges appellent à l’aide. Les Pisonia grandis de la forêt primaire ou Puka y sont très répandus. Ils peuvent atteindre 10 m de hauteur et 60 cm de diamètre. Leurs branches ont des formes sinueuses, ils s’installent au bord de l’océan et ont la particularité de stocker beaucoup d’eau. Les fous à pieds rouges ou kariga sont très nombreux sur l’atoll. Ils colonisent ces arbres et les paient en guano, livraison aux pieds des arbres gratuite. Mais il y a quelques soucis à cette cohabitation ! Les graines de l’arbre sont de petites capsules épineuses qui, lorsqu’elles sont mûres, deviennent des pièges pour les jeunes fous. Les petites capsules se collent aux plumages des fous sans aucune possibilité de s’en détacher. Les graines collées en grand nombre au plumage sont souvent responsables de leur mort, les empêchant de reprendre leur envol, de se nourrir, les vouant à une mort certaine.

Salmonellose, ce sont les cocottes qui seraient responsables des cas de gastroentérites aiguës. Quelques personnes se sont retrouvées à l’hôpital. Il est déconseillé de manger des œufs crus… Salmonella Enteritidis y loge au chaud !

20% des récifs de corail ont définitivement disparu, 25% sont en grand danger et 25% seront menacés d’ici à 2050. L’homme peut-il encore sauver ce qui peut l’être ? Rien n’est moins sûr. Le Criobe (Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement) à Moorea s’y attèle.

C’étaient quelques lignes pour faire attendre la suite.

Hiata de Tahiti

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Tahiti du nouvel an

Les éternelles gabegies publiques, côtoient les investissements utiles et les histoires édifiantes.

Qu’en est-il de la gabegie publique ?

Le recrutement sur la mine (ou les accointances ?). Pour la trésorerie générale de la Polynésie française, annonce dans la presse d’un avis de recrutement SANS CONCOURS de 20 agents administratifs des finances publiques de 2ème classe du corps des fonctionnaires de l’État. Audition des candidats sélectionnés à compter du lundi 27 février 2012 à Papeete. Il faudrait faire acte de candidature avant le 17 janvier. Tous les détails sur recrutement-ceapf@dgfip.finances.gouv.fr Je n’ai pas d’autres précisions.

ATN (Air Tahiti Nui) a bobo alors Oscar Tane « demande à tout le monde de faire un effort » car il y a eu 14 milliards de francs pacifiques de pertes en 13 ans d’existence – soit plus d’1 milliard de francs par an. ATN est contrainte de diviser son capital par huit, d’où l’appel d’Oscar Tane. Faut-il prendre plus l’avion ? payer plus cher ? éliminer les passe-droits et billets privilégiés ?

Oscar Tane, président et maire de Faa’a a reçu des Indiens du Canada afin de préparer le jumelage de sa ville. Imaginez Oscar en paréo, Maohi exige, assis en tailleur entrain de boire le kava avec ses hôtes. Avant le départ des Canadiens, il a été coiffé du couvre-chef idoine de la tribu. Un peu grand, vraiment on ne lui voyait plus le front… C’est seulement à la voix que nous l’avons reconnu.

Il y a quand même de bonnes nouvelles !

L’ouverture prévue en février de la gare maritime, un bâtiment de 4000 m² avec 70 petites places de parking à 2,4 milliards… Par gare maritime comprenez la gare des bateaux et ferries qui relient Papeete à l’île sœur de Moorea, la gare des personnes qui habitent Moorea et qui viennent travailler ainsi que les lycéens et étudiants qui font chaque jour le trajet, et aussi les touristes et ceux qui vont à Moorea pour le week-end et les fêtes. On sera prié de laisser sa voiture à la maison parce que 70 places de parking c’est vraiment peu pour tout ce monde !

Hip, hip, hip, le Prairial de la Marine Nationale est rentré de mission début décembre. Rassurez-vous, pas d’infraction constatée pour les bâtiments de pêche dans la ZEE (Zone Économique Exclusive) de la Polynésie française. On a même fait coucou aux marines chilienne, péruvienne, mexicaine et équatorienne. Rien d’anormal non plus autour de Clipperton, l’îlot désert aux centaines de milles d’eaux en zone économique exclusive tout autour. C’est qu’on n’exploite rien, mais on ne sait jamais !

Dernier timbre de collection sorti cette année, celui sur la légende polynésienne Ta’aroa, qui est le Dieu créateur des Polynésiens. Il est gravé d’après une peinture de Bobby Holcomb, mort en 1991. « Pour sortir de la nuit, du vide, du silence, pour que le monde soit, il brise sa coquille Rumia, fabrique avec elle la terre, la pierre, le sable. De ses larmes, il couvre la terre de la mer ; de ses ongles, il couvre d’écailles les créatures de l’océan ; avec son sang, il compose l’arc-en-ciel. Les arbres sont sa couronne. Le berceau de la vie est prêt à accueillir l’homme, la femme, et les autres animaux de sa création. » C’est ce qu’on peut lire sur Tahiti-philatélie, le site.

Et des histoires édifiantes…

Encore un monarque autoproclamé. Rencontrez-le sur le site ‘À la croisée des chemins’. D’après ce « roi » qui vient d’inaugurer son tribunal maohi dans Papeete, en face du Kikiriri (pour ceux qui connaissent), « tout a été fait dans les règles, avec l’aval de l’ONU » (hum !). Il a 12 000 adhérents ou sujets et il va régler en priorité les affaires de terres accompagné de sa police royale. Après quelques échanges verbaux, la police nationale a décidé d’user des grands moyens et de passer aux actes : panneaux démontés, voiture de ‘police’ enlevée, 18 personnes interpellées parmi lesquelles le roi, le procureur, les juges et les policiers – tous autoproclamés. Certains ont été placés en garde à vue… Ainsi va la vie des monarques, car il y en a déjà plusieurs, en Polynésie. Celui-ci venait de Maupiti où il avait été intronisé sur le marae familial. En ces temps de morosité, il est bon de sourire même si les rides se font plus profondes.

Stupéfiants quand tu nous tiens : fumeur à 12 ans, planteur à 13 ans (et pas de maïs…), il a été dénoncé par sa maman avant de devenir accro. Hiata n’a pas de commentaire.

Histoire vraie : deux mamies de 92 et 95 ans aiment bien le visti (whisky). Mais pas n’importe lequel. Quand elles savent que leur petite-fille et petite nièce va venir leur rendre visite, elles lui précisent pas de « tuty cart » (Cutty Sark) seulement du « tivas » (Chivas). « L’autre, ça sent le cafard ». Précisons que les cafards de Polynésie ont une taille honorable, cinq ou six centimètres de long et plus encore. En Europe on dit que le whisky blended (mélangé) sent la punaise, mais ici le cafard est plus fort.

Je vous souhaite une excellente année 2012.

Mauruuru roa d’avoir lu mes lignes, de les avoir commentées. Nous sommes déjà l’année prochaine, portez-vous bien.

Hiata de Papeete

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Fêtes traditionnelles en Tahiti

Le va’a est un sport à forte valeur culturelle. Le va’a est la pirogue polynésienne. Symbole du passé polynésien, elle était utilisée dans toutes les îles ancestrales. La course de pirogues ne faisait cependant pas partie des coutumes polynésiennes. En Nouvelle-Zélande le terme originel est waka ama, à Hawaï wa’a, aux Marquises vaka, à Tahiti va’a. Les premières compétitions de pirogues datent des années 1850. La traditionnelle fête du Tiurai (au mois de juillet), célébrée pour la première fois en 1881, a fait perdurer ces compétitions de pirogues.

Jusqu’en 1970, ces courses étaient une animation folklorique, aujourd’hui c’est devenu une compétition sportive. Ce sont toutefois de petites entreprises, des artisans, qui fabriquent sur le fenua (le pays) pirogues et rames. Dépositaires d’un savoir-faire ancestral ils ont su perfectionner les équipements afin de les rendre plus performants. On compte 30 000 pratiquants ici. En moins de vingt ans le va’a est devenu le sport roi au fenua. La bonne rame est légère, solide, elle a une bonne accroche dans l’eau. C’est toujours la rame en bois qui demeure la favorite des rameurs. Le va’a par contre (la pirogue elle-même) est construit en matériaux composites, l’usage du bois a pratiquement disparu.

Partie fin octobre d’Hawaï, la pirogue traditionnelle Faafaite rentre au bercail. Début novembre elle passait l’équateur et devait être rapidement à Papeete. Le passage de la ligne imaginaire est marqué par une cérémonie Pito o Atea avec évocation et éloges de la déesse Atea Tao nui, présentation de la calebasse du vent sacré Maoa’e i Raianeane et passage du Oti’a moana. Tous les membres d’équipage étaient en paréo et tee-shirt marron. Des offrandes de tapa tressés, des noix de coco contenant des senteurs naturelles et des couronnes  de auti ont été déposées sur l’océan en l’honneur de la divinité sur un fond de himene ru’ au (cantique). Elle est arrivée devant les jardins de Paofai. Au moment où elle franchissait la passe, les pu (conques) résonnaient. La pirogue arrivait d’Hawaï où avec six autres embarcations du Pacifique elle s’était rendue sur l’île de Kaloolawe-Knalaoa, symbole de la renaissance culturelle des peuples du Pacifique.

La marche sur le feu, 59e umu ti, a bien eu lieu le 11 novembre en soirée. Ceux qui n’y croient pas n’ont qu’à constater, étudier et se faire leur idée. La cérémonie culturelle était à la marina Puunui à Taiarapu-Ouest. C’est le tahu’a (guérisseur), le grand prêtre Raymond Graffe, qui a ouvert la marche sur le feu. Avant chaque cérémonie, le tahu’a jeûne une semaine pour se purifier et ses assistants jeûnent pendant 48 heures.

Une fosse de 5 m de long sur 2,5 m de large et profonde de 70 cm est remplie de 150 palmes de cocotiers et de troncs de aito, puis de pierres. Le feu est mis à 2 heures du matin, la température des pierres a oscillé entre 375° et 872°C en soirée. Le tahu’a donne les consignes au public. Trois cents personnes sont venues assister à la cérémonie.

Dans les temps anciens c’était une cérémonie de fête qui, en période de disette, permettait de demander aux dieux le retour de l’abondance. Des tubercules de ti (auti ou Cordyline fructicosa) étaient placées dans le four et distribuée à la population après 5 jours de cuisson.

C’était au début de ce mois de novembre la fête du monoï. La production actuelle ? 300 à 350 tonnes par an ! 10 millions de produits commercialisés chaque année sur la planète. 260 marques à travers le monde utilisent régulièrement du monoï labélisé de Tahiti. C’est au départ de Tahiti un demi-milliard de chiffre d’affaires !

Quelques recettes de monoï traditionnel avaient été diffusées sur le blog d’Argoul. Vous avez eu tout le temps pour vous familiariser avec les denrées. J’y reviendrai donc à peine au risque de me répéter.

Pour un litre de monoï ce sont 10 cocos secs qu’il faut, mais surtout n’oubliez pas la queue de u’a (celle de Monsieur Bernard l’Hermite) environ 7 ou 8, ou les têtes de chevrettes (crevette d’eau douce) sinon ce sera raté ! Cette année, le thème était : cheveux de rêve. Quel programme !

Malgré tout, quelques petits conseils. Ne cueillez pas le tiare quand vous êtes malade, pas en forme, ou que vous avez vos règles. Demandez aux vieux : « je peux casser ? Ils vous répondront « tu n’es pas malade ? ». Vous ne cueillerez le tiare Tahiti qu’entre 7 et 13 heures. « Si tu vois les bouteilles de monoï  trop clair, ils ont mis moins de tiare Tahiti, si c’est plus foncé, on a mis beaucoup de tiare Tahiti », tels sont les conseils d’une mama de Tahiti. Alors Mesdames, Messieurs et Bébés, usez et abusez du monoï de Tahiti !

Une cérémonie officielle ce 12 novembre pour marquer le 196e anniversaire de la mort d’Opuhara, tué au cours de la bataille appelée ironiquement la bataille de Fei pi (bananes de montagne pas encore à maturité) le 12 novembre 1815. Il s’agit d’une moquerie façon polynésienne attribuée par les  gens de Pomare aux guerriers en déroute d’Opuhura.

A cette occasion une pierre de 12 tonnes a été déposée dans la cour de la mairie de Papara, dans l’alignement du buste de son frère aîné Tauraatua i atea dit Tati le grand, premier tavana (maire) de Papara en 1816. Au-delà de la commémoration, cette cérémonie cherchait d’abord à réconcilier la mémoire des deux frères ennemis Opuhara et Tati, celui-ci ayant épousé la cause de Pomare, adversaire inconditionnel d’Opuhara.

C’était donc à l’aube de la colonisation, afin de protéger ses dieux, ceux de ses pères, ses lieux de culte et ses valeurs religieuses contre l’invasion du Christianisme. Opuhara se leva à la tête du clan des Teva et devint un des rares Arii Nui à avoir régné sur tout Tahiti, les divers clans lui ayant fait acte d’allégeance. Il renia son frère Tati lorsque celui-ci fit alliance avec le chef de Pare qui avait attaqué Papara en 1807 et exterminé la ligné royale des Temari’i, descendant de Amo. De 1808 à 1815, Opuhara réussira à chasser de Tahiti Pomare II, représentant le bras armé des missionnaires de la London Missionnary Society qui se réfugia alors à Moorea où il prépara sa revanche tout en se convertissant au christianisme.

C’étaient quelques nouvelles des îles lointaines.

Hiata de Tahiti

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Santé tahitienne

L’arbre à pain ou uru est arrivé dans les îles polynésiennes avec les premiers navigateurs. Artocarpus altilis a été longtemps le composant principal de l’alimentation avant d’être détrôné par le riz et la pomme de terre. L’arbre donne normalement ses fruits de novembre à la fin mars. 2011 est une année exceptionnelle en raison du phénomène de La Ninã. Cette année, les arbres à pain ne cessent de produire. Le temps est plus sec et plus frais ou La Ninã leur a tourné la tête ! Avec ce fruit vous pouvez confectionner le popo uru confit (friandise enfantine), du popoi, du kaaku, des frites. A tous, bon appétit !

Le pourpier, Portulaca oleracea, est appelé aturi, patoa totonoa à Tahiti et aux Australes, tatahi aux Marquises, pokea aux Tuamotu. C’est une plante herbacée sauvage aux étonnantes vertus. Plante comestible, cosmopolite, répandue sur tous types de sols, peu de gens la consomment hélas. Ses feuilles sont riches en sels minéraux, oligo-éléments : potassium, magnésium, calcium, vitamines A, B, C et E, carotène, acides gras essentiels. Elle contient aussi des composés phénoliques antioxydants, des acides gras omégas 3. Elle est laxative et diurétique. Le pourpier a été une source importante de vitamine C pour les navigateurs souffrant du scorbut et pour les populations isolées des Tuamotu. Elle est présente en abondance dans toutes les îles de la Polynésie.

Ahutoru était le premier Tahitien à être allé en Europe. Embarqué « volontaire » à bord de l’un des navires de l’expédition française qui découvrit Tahiti en avril 1768, un an après l’Anglais Wallis. Originaire de Raiatea, ce jeune Ari ‘i (roi) vit à Hitia’a o te ra quand apparaissent le 6 avril 1768 L’Etoile et La Boussole arrivant du détroit de Magellan. Un an plus tard, le 16 mars 1769, les deux navires reviennent à St-Malo. Le 30 avril, le Tahitien est présenté à Louis XV et à sa cour. En février 1770, il est à bord d’un navire en route pour l’océan Indien. La variole sévit à l’île Maurice, Ahutoru ne reverra pas ses îles, il s’éteignit le 6 novembre 1771. Son corps fut immergé chrétiennement avec les honneurs de la Marine royale à Port Dauphin.

D’après les résultats de 25 années de recherches des docteurs B. Rio et G. Soubiran, il existe un taux anormalement élevé de cas de leucémie aiguë myéloïde en Polynésie française. Ce type de leucémie serait le plus fréquemment observé après une irradiation nucléaire. Il y aurait chaque année moins d’une dizaine de nouveaux cas de leucémie aigüe en Polynésie française. Les traitements sont lourds, l’évacuation sanitaire vers la métropole s’avère indispensable. Auparavant les malades étaient envoyés à l’Hôtel-Dieu à Paris dans le service hématologie, et depuis quelques mois ce pôle a été transféré à l’hôpital Saint-Antoine.

Avis aux gens mal intentionnés, le tunnel du trou du souffleur à la Pointe Anahoho sur la côte Est est maintenant sous surveillance. Sitôt les dégâts réparés, les services du ministère de l’équipement, dirigés par le Ministre James Salmon, ont souhaité mettre sous protection le tunnel et le panneau, afin que ce genre d’incivisme ne se reproduise pas : le graffitage de l’hommage à Oscar. Le vigile est rémunéré par le ministère de l’Équipement !

Hiata de Tahiti

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Écologie polynésienne

En Polynésie française, la température moyenne a augmenté de 1°C, le niveau de la mer est monté de 7cm à Tahiti en 30 ans ; un habitant polynésien émet 3 tonnes de CO² par an. L’objectif du gouvernement serait de présenter un échéancier au sommet de Rio en juin 2012… afin d’obtenir des financements. Pour le moment, on discute pour savoir qui tiendrait le crayon et qui la calculette, à savoir qu’aucun des deux instruments n’est acheté pour le moment par manque de sous.

Pakaihi i te moana, ‘respect des océans’ en marquisien est le nom d’une campagne d’exploration des richesses des eaux autour des îles Marquises. Elle s’effectue par des scientifiques à bord du Braveheart, navire océanographique néo-zélandais. On savait déjà que les eaux marquisiennes détenaient les taux d’espèces endémiques les plus impressionnants de la région Indopacifique.

Chaque expédition a un but bien défini :

  • premier thème, les scientifiques tenteront de comprendre pourquoi les espèces endémiques des Marquises ne colonisent pas d’autres archipels
  • deuxième thème, la faune et la flore fixées
  • troisième thème, explorer les grottes et profondeurs
  • dernier thème, les espèces pélagiques du large.

Un premier bilan dressé par les scientifiques indique que de nouvelles espèces endémiques ont été découvertes ainsi que des espèces à ce jour jamais référencées dans cette zone. Une densité est très importante à certains endroits de perroquets, de becs de canne et de carangues. Parmi ces nouvelles espèces, un poisson perroquet et un mérou tacheté dont la taille n’excède pas les 50 cm. Il semble que le taux d’endémisme se situe entre 12 et 15%, taux rarissime, qui situe l’archipel au niveau d’Hawaï et de la mer Rouge. Les scientifiques pensent à un endémisme récent avec des espèces arrivées ici. Elles auraient évolué différemment ou alors auraient muté en raison de l’éloignement de l’archipel. Ce dernier aurait pu créer une sorte de barrière océanique.

Il ne faut pas oublier que l’environnement des Marquises est particulier : il n’y a pas de lagon.

Il faut se hâter de transmettre les savoirs traditionnels. Les vieux sont réticents à donner, ou à écrire leur savoir… Attention, le temps presse et il faudrait à tout prix éviter la disparition de ces connaissances. Tout tourne autour du « secret ». Car transmettre, c’est aussi se dessaisir de ses connaissances au profit d’autres ! Il est grand temps de trouver une solution.

Le savoir traditionnel sur la biodiversité doit être recueilli. Le cri de l’arevareva (coucou migrateur) qui vit habituellement dans les bambous des vallées du fenua annonce une période de sécheresse. Les vini (petits oiseaux de différentes espèces importées) qui se posent indiquent la survenue d’un danger imminent venant de la mer, tel un tsunami. Toute cette tradition d’observation animale devrait être mise en valeur !

Hiata de Tahiti

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Légendes de la rivière Vaitepiha

Vaitepiha signifie ‘eau compartimentée’. La rivière possède de nombreux affluents et de nombreuses petites vallées dont Tefaarahi et Tefaaiti. Aux temps anciens de nombreux clans peuplaient ces vallées. « Lorsque Tahiti Nui, le poisson, fut devenu l’île de Tahiti, des dieux guerriers se mirent à la convoiter. Venu de Raiatea (Iles sous le vent) Taaroa accosta à l’embouchure de la Vaitepiha. Il apprécia la verdure de la vallée où poussaient fe’i (= bananes de montagne), oranges et toutes sortes de fruits. Il s’y installa. La vallée devint la vallée de Taaroa. Mal transcrit par les popa’a (Blancs), le nom devint Vallée Ataaroa.

Un jour, deux baleines qui résidaient dans le lac Vai’ufa’ufa, au plateau de Taravao, décidèrent de prendre part à un concours organisé dans la vallée. Il fallait construire le plus haut pic possible. Elles se rendirent à l’embouchure de la rivière et commencèrent à battre la mer de leurs queues afin de faire enfler de hautes vagues capables de les porter jusqu’à l’intérieur de la vallée. Sur les lieux du concours, elles discutèrent à savoir qui monterait sur le dos de l’autre pour construire le pic et battent ainsi leurs concurrents. A l’aube, toujours pas d’accord en vue ; elles se rendirent compte qu’elles n’arriveraient pas à construire l’édifice. La baleine du dessus tomba dans la rivière, entraînant une immense gerbe d’eau avec elle. L’endroit fut baptisé Poohutu tohora (la grande éclaboussure de la baleine). Au fond de la vallée, le pic est bien visible ainsi que la baleine devenue une grosse pierre.

Deux descendants de Taaroa, Auatoa et Temorearii, eurent pour premier enfant une sorte de boule rouge, mais vivante. « Il faut l’enterrer, ce n’est pas un humain ». L’esprit de Verohiti intervint et emmena la boule rouge avec lui. Au pied de la montagne Tahuareva, dans la caverne Ofatura’a, il la nourrit avec patience. Celle-ci devint Honoura, le célèbre dieu guerrier, capable de se faire tout petit ou de grandir à l’infini. Ses exploits sont connus dans toutes les îles de la Polynésie.

Taihia, un roi de la Vaitepiha, avait fait construire une grande pirogue en pierre dans la vallée de Taaroa. Lorsqu’il fallut tirer cette pirogue vers la mer, elle était si lourde qu’elle ne bougea pas d’un pouce même avec l’aide de toute la population réunie. Les aînés de Honoura avaient découvert leur petit frère dans sa caverne et suggérèrent au roi Taihia de lui demander de tirer la pirogue. Honoua exigea un gigantesque ahima’a (=four tahitien, et aussi son contenu). D’immenses quantités de nourriture furent cuites. On construisit un barrage sur la Vaitapiha. L’on fit glisser la nourriture sur la rivière. Honoura se tenait à l’embouchure, bouche ouverte jusqu’aux nuages. Il avala tout le ma’a. Honoura en exigea davantage. La population prépara un deuxième ahima’a. C’est à l’entrée des vallées Tefaaiti et Ataaroa que se plaça Honoura. Il engloutit ce deuxième repas, se reposa pour digérer.

Il partit ensuite dans la vallée, ordonna au roi de placer tous les marins sur la pirogue car, une fois lancé, il ne s’arrêterait plus. Sceptique car cela alourdissait encore la pirogue, le roi accéda néanmoins à sa demande. Honoura se mit à tirer la pirogue de toutes ses forces. Le troisième essai fut le bon. Il amena la pirogue de la vallée et la plaça au sommet de sa montagne, et la jeta dans la mer. Quand elle toucha l’eau, il se produisit un tremblement de terre tel que les plaques des fonds marins se fissurèrent et qu’une passe s’ouvrit dans le récif. On l’appela Teafa (la fissure).

Longtemps après l’installation dans la vallée du dieu-guerrier Taaroa, les prêtres du dieu Oro de Raiatea, préparèrent la visite de ce dernier sur Tahiti. Ces quatre prêtres, trois frères et une sœur, nommée Toamanava, vinrent en pirogue de Raiatea pour déposer des cadeaux sur le marae Tumarama à Papeete. Les guerriers de Oropa’a tentèrent d’attaquer la pirogue. Toamanava invoqua alors Oro qui ramena la pirogue à Raiatea par la voie des airs, sur le marae Taputaputea. Les prêtres tentèrent un second voyage et abordèrent cette fois à l’embouchure de la Vaitapiha. Ils furent bien accueillis par le roi Taihia et la population de Tautira. En remerciement, ils édifièrent un nouveau marae Taputaputea à partir d’une pierre prise sur le grand marae de Raiatea. Ils préparèrent un endroit pour Oro, sur la montagne, faisant face à Honoura, de l’autre côté de l’embouchure. Cette montagne habitée par Oro fut baptisée Urarahi (la flamme rouge) et on peut toujours y voir, la nuit, des étoiles filantes.

NB : Raiatea est souvent évoquée. « Havai’i ou Hawaiki Nui, puis Raiatea » est selon la tradition orale la première île qu’atteignirent les anciens navigateurs partis du continent asiatique avant d’essaimer dans tous les archipels polynésiens. Le marae Taputapuatea est le père de tous les lieux sacrés de Polynésie. Raiatea est l’île « sacrée ».

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La mer en jachère à Tahiti

Rahui signifie ‘jachère de la mer’. C’est une pratique ancienne en déclin dans nos îles. Les anciens ma’ohi possédaient le souci de protéger leur environnement, de préserver les ressources marines. Ils avaient instauré une pratique simple d’interdictions afin de garantir la survie de leur communauté : le rahui. Il leur suffisait d’interdire la pêche de certaines espèces pour laisser à celles-ci le temps de se multiplier. On rouvrait  ensuite la pêche sur un secteur donné, pour un temps donné, pour une ou plusieurs espèces données.

Aujourd’hui, les habitants de l’atoll sont approvisionnés par goélette de denrées diverses et les ressources de la mer ne sont plus indispensables. Néanmoins on collecte sans se soucier des conséquences. Le manque de transmission des savoirs des anciens, de leurs usages, est aussi la cause. Toutes les espèces sont touchées par des prises incontrôlées : poissons, oiseaux, crustacés, crabes de cocotier… On ne se soucie pas de la taille minimale des prises, des périodes de reproduction, le filet ramasse tout. Sur un de ces atolls perdus dans le vaste océan, une femme se plaignait du passage de la goélette seulement tous les 30/40 jours. Il arrive que la boutique du Chinois manque de provisions. « Vous vous rendez compte lorsqu’il n’y a plus rien sur ses rayonnages, on est obligé d’aller pêcher… « Les rahui étaient à l’époque  gérés par les toohitu, ces comités composés de sages.

Le ministre de la mer vient de prendre la décision (28 octobre) d’interdire la pêche de oura miti (=langouste), upai (=crabe vert), tianee (=cigale de mer) varo (=squille) jusqu’à fin janvier 2012 ; nato (=perche) et oura pape (=chevrette) seront quant à elles interdites jusqu’à fin février 2012. Pour l’île de Rapa (Australes) les récoltes de oura miti, upai, tianee, varo seront interdites jusqu’ 30 avril 2012. Heureuse initiative, mais qui va surveiller l’application de ces interdictions ? Noël et Jour de l’An approchent à grands pas… et il y aura une langouste ou une squille sur la table de Noël !

Scilly est un atoll de 4 km² appelé aussi Manuae à l’ouest de Bora Bora (Iles sous le vent), à 154° 27 ouest et 16° 26 sud, atoll sans passe, loin de tout, couvert de cocotiers, habité par tortues et parcs à huîtres, et 40 personnes d’une même famille. Cet atoll fut durement frappé par le cyclone Martin en 1998. Quand il y a un malade grave à Scilly, il faut réclamer, par radio, une évacuation sanitaire. Si le temps le permet, l’hélicoptère se rend à Scilly. La dernière « évasan » (évacuation sanitaire) a eu lieu le 14 octobre. Parti de Bora Bora à 6h du matin, l’hélicoptère fit une escale à Maupiti pour pomper, puis Scilly, chargement du malade, passage obligé à Maupiti, enfin le malade a été déposé à 20h à Raiatea (Iles sous le vent). A partir de Raiatea, on peut rallier Tahiti. Voilà un an que les habitants de Scilly n’avaient pas mangé de pain puisque les bateaux n’y vont pas. La famille a troqué des carangues contre le pain détenu par les occupants de l’hélicoptère.

En Polynésie, on dévore 600 tonnes de crevettes à l’année et l’on n’en produit que 60 tonnes… Problème. C’est décidé, on va en produire un max. Alors tout le monde s’y attèle : le pays, l’État. On vient d’inaugurer à Vairao (presqu’île) le CTA (= Centre Technique Aquacole). Ce centre permettra de fournir aux producteurs de crevettes et de paraha peue (=platax) des larves de qualité à un prix attractif. Oscar Tane qui n’avait pu assister à l’inauguration officielle  aurait fait passer le message suivant « Plutôt que de donner du poisson, il faut donner la canne à pêche ». N’était-ce pas un proverbe chinois ?

L’Otaha est la frégate du Pacifique. Découverte par un habitant d’Arue (à Tahiti) une Fregata minor manifestait des troubles nerveux graves. Recueillie, soignée pendant plusieurs jours par la société d’ornithologie du Pacifique, celle-ci a pu reprendre son vol. La frégate, oiseau marin, assez commun, possède de longues ailes pouvant atteindre 2,3 m chez les mâles, une queue pointue, un long bec crochu. La femelle se distingue par un col blanc, le mâle par une poche rouge sous la gorge ; ils se nourrissent de poissons et de calmars. Un œuf couvé par les deux parents à tour de rôle, l’incubation dure 55 jours.

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Diderot et Tahiti

Diderot n’est jamais allé dans les îles Pacifique mais il a lu sur elles. Louis-Antoine de Bougainville a publié son ‘Voyage autour du monde’ en 1771 et il raconte Tahiti où il a séjourné neuf jours en avril 1768. Écrivain voyageur, il fait de ces quelques jours un mythe, celui hédoniste de l’île d’utopie où les jeunes gens sont beaux et offerts aux plaisirs, garçons et filles dès la puberté. Diderot en profite pour publier son ‘Supplément au Voyage de Bougainville’ qui termine la série de ses contes et en donne la morale secrète. Il le publie en 1773 et 1774 en feuilleton, en livre après sa mort, en 1796.

Pour les auteurs de Lumières, Tahiti est aux antipodes de l’Europe dans tous les sens du terme : à l’autre extrémité du globe et dans l’état de nature. Diderot en fait une satire des mœurs européennes. Les gens, démontre-t-il, vivent sous la triple contrainte du bon plaisir du roi, du dogme d’église et de la morale des convenances sociales. A Tahiti à l’inverse, les chefs sont les pères de leurs sujets, les dieux sont amicaux et la société encourage naturellement le plaisir. Le « bon » sauvage évoqué par Rousseau s’oppose au mauvais civilisé, la Nature à la Culture, le spontané au dressé.

Un vieux Tahitien harangue le capitaine blanc : « Il n’y a qu’un moment la jeune Otaïtienne s’abandonnait avec transport aux embrassements du jeune Otaïtien ; elle attendait avec impatience que sa mère, autorisée par l’âge nubile, relevât son voile et mit sa gorge à nu ; elle était fière d’exciter les désirs et d’irriter les regards amoureux de l’inconnu, de ses parents, de son frère ; elle acceptait sans frayeur et sans honte, en notre présence, au milieu d’un cercle d’innocents Otaïtiens, au son des flûtes, entre les danses, les caresses de celui que son jeune cœur et la voix secrète de ses sens lui désignaient. L’idée du crime et le péril de la maladie sont entrés avec toi parmi nous. Nos réjouissances autrefois si douces sont accompagnées de remords et d’effroi » p.549. (Le terme « o » tahitien est repris sans distance : il signifie « c’est » Tahiti, écrit sans H selon la norme floue du temps).

Nous n’avons pas fini, deux siècles plus tard, de purger ces oppositions trop simples. Au rigorisme de redressement d’après guerre, poursuivi avec les guerres coloniales puis la guerre du Vietnam, l’explosion de la jeunesse en 1968 a voulu revenir à « la nature ». Les hippies vomissaient la société qui n’était pour eux que « de consommation », suscitant la guerre comme la nuée crée l’orage pour s’assurer un terrain de chalandise. Il devenait interdit d’interdire, de porter des slips et des soutifs, de brimer les enfants et d’enfermer tous les déviants. Une bonne crise économique plus tard, due au double choc pétrolier de 1973 et 1979 avec les conséquences sociales qui ont suivi, ont ramené le naturel qui s’était égaré dans le mythe de Nature. Rien de tel qu’une bonne position de fonctionnaire enseignant, avec salaire et retraite garanti, mutuelle et protection sociale assurées, pour nos hippies partis pieds nus en Inde. Je n’ai rien contre ce noble métier, mais exercé comme pis-aller, on comprend que les élèves soient mal à l’aise. J’en ai connu de ces retours…

Mais l’émergence du monde tiers a bousculé les pays occidentaux, trop établis dans leur confort égoïste. Le capitalisme s’applique à tous de même façon depuis que le socialisme « réel » a fait faillite, et son succès est redoutable en Chine, au Brésil, au Mexique et ailleurs. La compétitivité a fait négliger les salaires, que les classes moyennes ont compensés surtout dans le monde anglo-saxon par le crédit. L’inventivité spéculative de la finance a fait le reste pour aboutir aux divers krachs qui ont ponctué la décennie écoulée : krach des valeurs technologiques (Vivendi), krach des pratiques comptables douteuses (Enron), krach des subprimes (Lehman Brothers), krach des dettes d’État (Islande, Irlande, Grèce, Portugal…), krach désormais des politiciens (Tea parties contre Obama, pays cigales contre vertu allemande, dictateurs arabes contre la rue). Le « retour à la nature » ressurgit en force, accentué par des accidents industriels comme AZF et Fukushima. Le nouveau mythe « naturel » est l’écologie.

Ne croyez pas être partis loin de Diderot et de son mythe d’Otaïti : nous sommes en plein dedans. Le « système » pervertit le lien social sous Nicolas comme sous Louis XV, la religion du libre-échange est un dogme aussi fort que celui des prêtres, les mœurs contrôlées et surveillées ou hadopisées briment la créativité sexuelle et fantasmatiques des hackers et autres jeunesses « solidaires ». Retour à « la nature » : liberté totale de faire comme le désir vous pousse, transparence entière des télégrammes diplomatiques et des comptes en banque, dédain du marketing au profit du panier bio, abandon de la bagnole pour le vélo et la rando. Ne restent plus que les jeunes gens libres des deux sexes offerts à qui les veut… mais là, pas touche ! La « nature » a des limites. Comme ce n’est pas elle qui les fixe sauf par la conformité des corps, il faut bien que ce soit « la société ». La nature serait-elle donc un mythe ?

C’est ce que montre Diderot par l’humour. Les lois et les coutumes, même les plus sacrées, sont arbitraires. Elles ne sont que des conventions culturelles, ce dont l’aumônier en soutane s’aperçoit lorsque des parents tahitiens le supplient de coucher avec chacune de leurs filles (la petite dernière a quand même 19 ans) pour peupler le village d’enfants beaux et intelligents. « Mais ma religion ! Mais mon état ! » Rien ne résiste à l’hospitalité… Ce qui est de nature est moins le plaisir débridé que le respect des coutumes locales. Toute loi est sociale et seule la raison naturelle doit pour Diderot être guide du bon ou du mauvais de ses actes (pas du Bien et du Mal, auquel il ne croit pas, étant de ce monde-ci et pas de l’au-delà). La raison veut que l’on obéisse aux lois des sociétés dans lesquelles on passe. « Imitons le bon aumônier, moine en France, sauvage dans Otaïti » p.581. Mais la liberté de chacun s’arrête où commence celle des autres et il ne saurait être question de forcer ou violer le bon vouloir des autres. « Et surtout être honnête et sincère jusqu’au scrupule avec des êtres fragiles qui ne peuvent faire notre bonheur sans renoncer aux avantages les plus précieux de nos sociétés » p.581.

Si derrière toute institution règne « une poignée de fripons » (p.579), l’interrogation de la nature par la culture doit être sans cesse réactualisée – sans mythes ni légendes. « Méfiez-vous de celui qui veut mettre de l’ordre ; ordonner, c’est toujours se rendre maître des autres en les gênant » p.579. Ce qu’il fallait démontrer… et qui vaut aussi aujourd’hui pour les écolos qui veulent tout régenter selon leurs normes !

Denis Diderot, Supplément au Voyage de Bougainville dans Contes et romans, Gallimard Pléiade 2004, édition Michel Delon, 1300 pages, €52.25

Denis Diderot, Supplément au Voyage de Bougainville, texte intégral et guide de lecture par Annie Collognat-Barres, Pocket 2002, 256 pages, €4.84

Louis-Antoine comte de Bougainville, Voyage autour du monde par la frégate du Roi la Boudeuse et la flûte l’Etoile, Folio, 1982, 477 pages, €8.93

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Chaud Tahiti

Pour la saison chaude 2011-2012, le risque cyclonique serait plutôt faible à cause ou grâce à la Niña, 23%. Si Madame Météo intègre des risques de dépressions tropicales, on atteint 56%, un taux légèrement plus élevé que l’an passé. Restez chez vous et attendez la fin de la saison chaude, touristes. Bien entendu si vous désirez vous mesurer à un cyclone, come with us you are welcome ! Nous sommes en tenue légère, comme vous voyez.

Si risque cyclonique il y a, alors les Australes, les Gambier, pourraient recevoir la visite de cyclones, on parle aussi des Iles du Vent (Tahiti, Moorea). Cool, rien de grave, on est habitué à voir sa toiture prendre le large.

La sécheresse perdure. Il y a un déficit pluviométrique essentiellement aux Iles du Vent, aux Tuamotu, aux Gambier. Il en est tombé deux à trois fois moins qu’en saison moyenne. C’est normalement durant ces six mois que 70% des pluies annuelles sont recueillies. Météo France qualifie cette saison de « sécheresse exceptionnelle ». Records battus : Faa’a 371 mm contre 674 mm, Rikitea (Gambier) 426 mm contre 581 mm pour les records précédents.

Est-ce la saison ? Tout le monde a noté la « petite phrase » de notre Oscar Temaru, Président du Territoire : « Tous les présidents de la République sont dignes de passer devant la cour internationale de justice. C’est pour cela que je vais à New-York. La France ne respecte pas les Polynésiens. »

 J’avais retenu que la Cour internationale était à la Haye (Gravenhage aux Pays-Bas) et qu’à New York était l’ONU. Ma mémoire me trahit-elle ou y a-t-il eu des changements dont on ne m’a pas avertie ?

Je devrai retourner à l’école du pays, peut-être…

Autre échec d’Oscar Tane, celui de la demande de prêt de 5 milliards de FCP auprès de la CPS (SS).

Mais inauguration en grande pompe du tunnel d’un kilomètre de long sur la côte Est. Pour ceux qui ont vécu ou visité Tahiti, il se situe au Trou du souffleur. Ce tunnel serait une idée d’Oscar Tane. Tane est le terme pour ‘Monsieur’ en local. Le ministre de l’équipement James Tane (qui n’est pas le frère du précédent) avait fait une surprise de taille à Oscar : la plaque du tunnel dévoilée, on pouvait lire Oscar Manutahi Temaru. Surprise du président qui n’aurait pas été au courant. Les commentaires fusèrent comme « dans toutes les démocraties du monde, on ne donne pas le nom d’une personne vivante à un lieu, un monument … ». Serait-ce alors l’initiative d’un ministre fayot ? La plaque fut taguée un ou deux jours après l’inauguration.

Au fait, d’après le correctif du ministre il aurait fallu lire « O manutahi i te maru o te Anahoho ». Mais alors il aurait fallu l’indiquer avant le taggage de la plaque. Merci au lexique du Tahitien contemporain pour entendre la traduction : «  Tel un oiseau aux ailes déployées ombrageant la rivière Anahoho. » C’est pas beau ça ?

Les grandes causes se traitent à Papeari. Sans Papeari, la Polynésie ne serait rien… Après le dépôt de munitions, le chenil, le dépotoir, le moto-cross et bientôt la prison, c’est là, au pied du cimetière, qu’une société est venue construire un serpent de mer qui, une fois terminé, fut tracté jusqu’à l’atoll de Tetiaroa. Il s’agit de la canalisation immergée du Sea Water Air Conditionning  du futur hôtel « The Brando » a été plongée à une  profondeur de -960m, nouveau record mondial. Alors qui oserait dire qu’à Papeari, il n’y aurait que des ploucs ?

Le pakalolo, ça pousse bien et ça rapporte bien. Le pakalolo c’est le lait du rêve, la résine de cannabis… D’après la gazette locale, ‘La Dépêche de Tahiti’ du 26/10/2011, les Mutoi Farani (Gendarmes) auraient mis la main sur « 3090 pousses de paka dans des serres sous-abri à Papeari… sur indications  anonymes adressées à la gendarmerie, et où ? – à Papeari dans deux serres clandestines dissimulées dans un fare (baraque) apparemment abandonné. Ces trouvailles s’ajoutent à un millier de pieds du côté de Faaone (Côte Est) et du quartier de la Carrière à Papara. » Le Médor de la Gendarmerie nationale aura moins de travail, j’espère qu’il aura quand même droit à un repas amélioré après ces prises. La gazette locale du 28 octobre parle de « Cinq interpellations à Tahiti-Faa’a (aéroport), Papeari et Tipaerui (Papeete). Ca donne 313 g d’herbe séchée, un peu plus d’un gramme d’ice, 1626 pieds de pakalolo, une quarantaine de sticks, un peu d’argent liquide, un véhicule, du matériel informatique, deux pirogues d’une valeur de 1 million de Francs Pacifique ». Ah, mais notre président indépendantiste Oscar Tane n’avait-il pas dit qu’il « légaliserait » le pakalolo mais seulement celui vendu aux touristes… ? Mes pieds gonflent… j’ai des chevilles comme un tronc de bananier : je me prends pour qui ?

Après les chevilles, ce sont les doigts qui réclament une pause. Les ans s’accumulent. Portez-vous bien mes lecteurs, Iaorana (salut local).

Hiata de Tahiti

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En prison à Tahiti

Papeari, 6 km de long, 4000 habitants, sur la côte ouest de Tahiti, à 50 km de Papeete. L’île s’étend entre Mataiea et Taravao. La côte ouest entre Papeete et Paea est actuellement  grillée, une seule allumette suffirait à embraser collines et maisons. Le vent de nord-est quasi présent se chargerait de colporter l’incendie.

Papara marque le début de la végétation luxuriante et verdoyante  malgré une sécheresse qui perdure. A Papeari, depuis plusieurs semaines l’eau a déserté les robinets. Il faut se lever à 2 heures du matin pour se doucher, laver la vaisselle, mettre le linge dans la lessiveuse (la machine à laver le linge). Qu’en sera-t-il quand il y aura 600 vies de plus à Papeari ?

Or Papeari est siège de la nouvelle geôle. L’Etat farani constate, enfin, que la prison de Nuutania (ville de Faa’a, maire Oscar Temaru, président actuel du gouvernement polynésien) est obsolète. Un record peu enviable. Prévue pour 150 prisonniers, on en dénombre aujourd’hui 440. Certes, ils sont un peu serrés à Nuutania, mais là-bas sous les tropiques, on vit surtout dehors, doivent penser les technocrates à Paris. Espérons qu’ils ont de l’eau les taulards, car faire la queue pour se laver, faire la queue pour les vespasiennes, faire la queue pour s’humecter la bouche. Que des histoires de queues en prison… cela pourrait créer des mouvements de foule. Le défi est lancé.

Ce sera à Papeari que l’Etat construira cette nouvelle prison. Attention, autre style : plus de hauts murs, plus de miradors, quelques grillages, une clôture végétale ; à l’intérieur,  cellules individuelles avec toilette et douche,  salle de fitness, appartements pour recevoir la famille ; le tout bourré d’électronique. Gare à la panne, gare à la panne ! Comptez avec moi 400 condamnés sur 10 hectares de terrain, plus le personnel, tout ce monde vivra à côté des habitants du cimetière. Et alors ? Aita pe’a pe’a (ça ne fait rien)? Mais si.

L’Etat n’a pas tenu compte des tupapa’u (revenants). Les soirs de pleine lune, ces locataires descendent à la mer et doivent impérativement être de retour avant le lever du jour. Alors  Messieurs les Farani (Français) vous  tirez les premiers ? L’histoire se répète. Serait-ce donc « Messieurs, les Ma’ohi, tirez les premiers » ou « Messieurs les Ma’ohi, tirez les premiers ». (Ma’ohi = autochtones de Polynésie). Une simple virgule peut tout changer… Et si les résidants de la prison prenaient l’habitude d’accompagner les parcours des tupapa’u avec des toere (tambour à lèvres en bois) des pahu (tambour à membrane) des tariparau (tambour européen) ? Ouah ! Cela plairait peut-être aux tupapa’u mais certainement pas aux pauvres oreilles des riverains, car il y a des riverains.

Pourtant,  les « indigènes » de Papeari sont des plus gâtés. Constatez vous-mêmes. Ils bénéficient déjà de la présence de la poudrière, du chenil de l’armée (ils aboient bien, les canidés !), du dépotoir Paihoro qui les gratifie de fragrances « immondices » gratuites, d’un terrain de moto-cross où les  pétarades se répètent tous les jours de la semaine y compris le dimanche, pourtant jour de repos. Au secours les verts ! Toujours à Papeari, le jardin botanique H. Smith aux arbres magnifiques mais qui souffre cruellement de soins, le Musée Gauguin qui attend avant de s’effondrer complètement des toiles… ou de bonnes reproductions des œuvres du Maître pour combler les vides de ses murs.

Monsieur « Prison », venu de Paris vendredi 30 septembre, présentait les avantages de cette super geôle à la mairie de Teva i Uta. Une petite explication pour les popa’a : Papeari est la commune associée de Mataiea et forment ensemble la commune de Teva i Uta. Les panneaux « Non à la prison à Papeari » ont fleuri le long de la route mais l’Etat impose son diktat  et demeure inflexible.

Début des travaux 2013, ouverture de l’hôtel 7 étoiles en 2016. Confidence, cet hôtel serait membre de la chaîne internationale « Mieukalamaison ». Les Ma’ohi et les Popa’a de Papeari se sont regroupés en association ou en petit comité contre ce projet. Ils se heurtent à la volonté du pouvoir. Ils ont parfois l’impression que les détenus sont mieux considérés qu’eux et que s’ils n’acceptent pas cette Bastille, ils n’auront qu’à aller voir ailleurs.

Oscar, l’Indépendantiste : « Si nous étions indépendants, il n’y aurait pas de prison ». Ainsi si l’indépendance est acquise demain, il n’y aura  plus ni voleurs, ni violeurs, ni assassins, etc. Chiche.

C’est qu’avec tous ces soucis, nous devenons un peu taravana (fam : timbrés).

Vos commentaires sur la future prison de Papeari seront les bienvenus, et pourquoi pas vos astuces pour faire capoter ce projet ou le faire déplacer dans un endroit moins idyllique ?

Hiata de Tahiti prend congé, portez-vous bien.

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Champignon polynésien

L’hôpital Mamao (Papeete) a fermé ces portes. Le matériel et les malades ont été transférés à l’hôpital du Taone (Pirae). La mégalo-ma’ohi a accouché d’un magnifique, gigantesque, moderne mais surdimensionné paquebot qui a coûté une fortune. Certain rêveur y voyait soigner tous les habitants du Pacifique sud, rien que cela. Le hall intérieur est splendide, à vous de juger.

La Polynésie est le royaume des fleurs. Fleurs en colliers pour accueillir les amies ; fleurs en couronne de tête ; fleurs au jardin ; fleurs au cimetière ; fleurs partout y compris dans les toilettes des restaurants et hôtels comme ici.

Quelle heureuse surprise de trouver de beaux champignons dans le gazon. Je rêve d’une succulente omelette aux champignons…

Mais qui pourrait me dire si ce champignon est comestible ou mortel ? Quelqu’un connaît son nom ? Serait-ce une fausse morille ?

[Et pourquoi « fausse » d’ailleurs ? ça change en tout cas des champignons atomiques dont on parle beaucoup à Tahiti – Argoul]

Hiata de Tahiti

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États d’âme institutionnels à Tahiti

Oscar l’indépendantiste, revenu au pouvoir a couru « taparu » (faire la manche) à Paris. Pourtant il ne sait plus quels termes employer pour mépriser les  Farani (Français), les traiter plus bas que terre, il veut une « indépendance immédiate ». Avec quoi les Polynésiens vont-ils vivre ? Peu lui importe on peut se nourrir d’indépendance, c’est délicieux les promesses et cela emplit l’estomac. Pour le moment il est revenu avec une promesse de prêt MAIS sous condition !

Sera-t-elle, un jour, autosuffisante cette Polynésie avec un PIB établi à 21 244 dollars (Nouvelle-Calédonie 36 395 $), et une population qui a doublé en 20 ans, avec des plaines agricoles transformées en lotissements et des routes encombrées de gros 4×4 ? Alors au lieu de réfléchir et d’apporter des solutions pérennes, on continue d’avoir une vue à court terme, et le futur, quoi – c’est quoi le futur ?

On fait les poches du contribuable métropolitain et on fera celles du Polynésien ensuite… Après nous, le déluge. Faisons comme si tout allait bien : « regardez dans les autres îles du Pacifique sud, ils sont heureux, prenez modèle sur les autres îliens », dit Oscar à ses électeurs.

Je lis toujours avec beaucoup d’intérêt les articles parus sur ‘Tahiti Pacifique’. Je commence toujours par le billet d’humour de Beslu. Dans le numéro double de juin-juillet, Christian Beslu écrit « Notre cher Oscar qui prête toujours une oreille compatissante aux plaintes des anti de tout bord a simplement déclaré qu’il était urgent « d’élaguer le mammouth » sans préciser quelles branches de celui-ci il comptait vraiment couper (?). Il est sûr que l’on va avoir à souffrir encore longtemps des divagations et des supputations de ces délirants groupements ».

Dans le numéro d’août, c’est son clébard qui souffle les sujets à son maître, ce dernier étant fiu (las). Ce bon chien confondit la « fête des pères » avec « faites des paires » et ramassa avec ses confrères canidés les savates esseulées qui traînent à la Pointe Vénus à chaque fin de week-end. Beslu se félicite de ne pas avoir prononcé « fête des mères ». « Que n’aurait-il pas ramené, surtout à  Mahina ? » Pour ceux qui vivent et ceux qui ont vécu à Tahiti, Beslu ajoute « Il faut vraiment faire attention à ce que l’on sème et à ce que l’on dit dans ce secteur où tous les chemins mènent à Nuutania  (la geôle de Tahiti). Tous les sujets proposés à son maître par le Rantanplan local rendent encore plus fiu Beslu.

Jusqu’en 1960, les 60 000 âmes colonisées de Tahiti vivaient en quasi-autarcie. En 1964, le pouvoir gaulliste choisit des atolls des Tuamotu comme site nucléaire. L’arrivée du CEP fait la joie du secteur marchand, l’économie est devenue dépendante de Paris et la société de consommation s’est introduite. Transferts massifs vers Tahiti donc, en 1970, des mouvements populaires. On possède le médicament miracle pour calmer ces démangeaisons : « transferts de compétence, autonomie, SEM (Sociétés d’économie mixtes) et autres EPIC». Pour acheter la paix, l’Etat aurait  financé une élite richissime, toutes ethnies confondues.

En 1973, les cousins du Pacifique s’installèrent enfin devant leur boîte à images, moule à façon de la société de consommation métropolitaine. Il faut continuer à presser le citron. L’Etat français finance les domaines régaliens (éducation, armée, justice, aviation civile, météo, and so on) et le territoire presse lui  aussi pour 34% de jus. Vous demeurez étonnés que la Polynésie française soit une des destinations les plus chères au monde ?

Et dans ce contexte, qui colonise qui ? Qui est le véritable colonisateur à Tahiti ? Tandis que moi je ne cesse de vous parler de ce paradis…Tandis que les Ma’ohi dirigeants occupent les esprits en faisant voter par l’assemblée de P.F. une « résolution appelant à la réinscription de la P.F. sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser », et poursuivent  avec un code de la propriété. Tout ce qui touche au foncier ici déchaîne les passions, auxquelles se greffent rajouts, commentaires, déclarations des « experts » (qui sont légion). Le sujet : les terres en déshérence reviendraient au territoire et seraient distribuées par le conseil des ministres. Quelqu’un a une meilleure idée ?

Hiata de Tahiti

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