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Olivier Guez, La disparition de Josef Mengele

Un livre qui vient d’obtenir le prix Renaudot et se trouve en sélection pour le prix Landerneau 2017, occupe le terrain à la mode du nazisme. Plutôt qu’un « roman » il s’agit qu’une quête journalistique romancée, comme en témoigne les 5 pages de bibliographie en trois langues à la fin.

L’auteur débute par deux citations en exergue, l’une de Milosz sur le souvenir de la souffrance et l’autre de Sade sur le bonheur qui ne peut se connaître que dans le crime. Tout y est dit des présupposés du roman : l’éternel ressassement de l’Evénement du XXe siècle que fut la destruction des Juifs d’Europe et l’orgueil des Lumières qui a poussé la quête scientifique jusqu’à nier l’humain.

Josef Mengele débarque en Argentine en 1949 sous le nom d’Helmut Gregor et là seulement commence le récit. L’avant n’intéresse pas l’auteur mais seulement la fuite, l’expiation. Il aura même une complaisance « sadique » à imaginer sa déchéance. Mengele fuira au Paraguay puis au Brésil, où il finira par mourir paranoïaque, malade et seul en 1979. La réticence de l’Allemagne (RFA et RDA confondues) à traquer les ex-nazis, l’intérêt des nations sud-américaines à accueillir des ingénieurs et spécialistes allemands recherchés pour améliorer leurs économies, l’enlèvement d’Eichmann par les Israéliens qui ne sera pas suivi de celui de Mengele pour cause de la guerre des Six jours et des exigences diplomatiques qui suivront, le combat du procureur « juif-homosexuel-social-démocrate » Fritz Bauer (sur lequel Olivier Guez a écrit un livre), aidé par la grosse caisse experte en fake news militantes Simon Wiesenthal (selon l’auteur) – sont bien décrits. Le lecteur comprend pourquoi Mengele ne fut jamais jugé.

Mais tous les crimes du docteur-capitaine SS Mengele au camp d’Auschwitz ne sont expliqués que par le nazisme, ou plutôt par la vulgate politiquement correcte véhiculée par notre époque bien-pensante. Pourquoi la « recherche » sur les jumeaux ? Quelles étaient les « avancées » des expériences in vivo sur la résistance au froid et aux maladies ? Le docteur Mengele aux deux thèses universitaires n’était-il qu’un tortionnaire sadique sans aucune préoccupation scientifique ? Même si « le bétail » juif (et autres, peu présents dans ce roman) était déshumanisé par l’idéologie, les expériences ont-elles abouti à quelque chose ? Le lecteur n’en saura rien, l’auteur ne s’y est pas intéressé. Approfondir aurait pu permettre un caractère plus emblématique du temps des camps. Notamment de comprendre pourquoi « le nazisme » fascine tellement aujourd’hui : serait-il la préfiguration de Daech, de ses tortures et massacres au nom de l’idéologie ? Ou la poussée aux extrêmes de la volonté de savoir des Lumières ?

Le temps est peut-être venu de déchiffrer plutôt qu’en rester à l’indignation en boucle. Cette longue et éprouvante « enquête » est peut-être une performance, saluée par les prix, mais nous sommes loin de l’universel représenté par exemple par La mort est mon métier de Robert Merle qui s’intéresse aux engrenages psychologiques et sociaux qui conduisent à obéir, au Roi des aulnes de Michel Tournier qui réactualise le mythe de l’ogre, ou encore aux Bienveillantes de Jonathan Littell qui dresse un portrait plus fouillé du nazi-type.

Mais Olivier Guez écrit fluide, son roman se lit très bien. Le lecteur s’aperçoit que l’auteur fait passer une certaine empathie pour l’exilé, le nazi errant chassé comme un paria. A croire qu’il voit une certaine parenté avec le destin du peuple juif, communautaire, aidé par la famille, allant même jusqu’à le faire se marier avec la veuve de son frère selon le lévirat, la loi de Moïse. L’obsession nazie de pureté ethnique ne ressemble-t-elle pas quelque part à l’obsession juive de se garder juif par la mère ? Il y a comme une fascination des victimes pour leurs bourreaux, une sorte de syndrome de Stockholm qui semble sévir encore trois générations après. Car qui aurait l’idée sans une certaine perversion de passer « trois ans » de sa vie à « vivre avec lui » (Wikipedia) en compulsant les manuels d’historiens et les témoignages du temps pour fantasmer un « roman » sur le bourreau d’Auschwitz ? Pourquoi se complaire dans la haine et le malheur ?

Ce pourquoi La disparition de Josef Mengele ne m’apparaît pas être de la littérature mais plutôt une enquête de journaliste et historien-amateur complétée par l’imagination. Ce roman appartient d’ailleurs à une œuvre plus communautaire que française, si l’on en croit les autres publications de l’auteur, centrées sur le destin des Juifs. Manque à ce récit, pour être littéraire, non seulement un style original et une peinture plus fouillée des caractères, mais aussi cette dimension d’universel sans laquelle il n’est pas de bon roman.

On peut lire Olivier Guez, notamment par curiosité sur le sujet, mais le lecteur s’aperçoit bien vite qu’il n’aura pas envie de relire. Au fond, la question est : peut-on faire de la bonne littérature avec du bon ressentiment ?

Olivier Guez, La disparition de Josef Mengele, 2017, Grasset, 239 pages, €18.50

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Johann Chapoutot, La loi du sang

johann chapoutot la loi du sang

Hitler avait tout dit, Hitler n’a pas été lu, tant les « gens bien » humanistes, étouffés par leur bonne conscience et la haute opinion qu’ils avaient d’eux-mêmes, restent à jamais aveugles sur ce qui dérange leur petit univers calfeutré. Hier comme aujourd’hui, il faut lire les ennemis. Et quand je dis « lire », cela signifie tenter de les comprendre. Non pas déjà pardonner, comme le croit si vite un ministre qui pense avec le menton plutôt qu’avec le reste de sa tête, mais pénétrer de l’intérieur les ressorts de la pensée, de la passion et des instincts de l’ennemi. Ce qui le fait vivre, réagir et agir.

Hitler avait tout dit, cité par Chapoutot : « Notre programme remplace la notion libérale d’individu et le concept marxiste d’humanité par le peuple, un peuple déterminé par son sang et enraciné dans son sol » (Mein Kampf cité p.519. Tout est résumé, lapidaire, et terriblement efficace. Mais il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il est facile, dès lors, d’évacuer ce qui gêne par les pirouettes intellectuelles habituelles : la folie, la barbarie, l’exception. Ce qui fut appliqué à Hitler avant de l’être à Staline, à Mao, puis aujourd’hui à l’État islamique dit Daech.

Hitler n’était pas fou, il était nazi ; les nazis n’étaient pas barbares, ils étaient allemands ; l’exception n’était pas fondée, le pays avait été vaincu et violemment rabaissé par le Traité de Versailles malgré les grands mots wilsoniens de « droit des peuples » et autres abstractions humanistes chrétiennes. Comprendre les nazis n’est pas adhérer à leur conception du monde : c’est avant tout éviter de proférer des inepties. Le métier d’historien n’est pas celui d’histrion, même si peu d’entre eux se mêlent de démêler un tel sujet politiquement incorrect : « à notre connaissance, personne n’a jamais tenté de cartographier ce que l’on pourrait appeler l’univers mental dans lequel les crimes du nazisme prennent place et sens » p.16.

Voilà qui est réparé : « Nous avons eu recours à des sources imprimées, à des textes, des images, des films (…) des œuvres de référence de l’idéologie nazie, mais aussi à la littérature pédagogique, de l’école comme du NSDAP, à la presse quotidienne, à la littérature scientifique (…) le droit (…) la philosophie, l’histoire, la raciologie… (…) 1200 titres d’ouvrages et d’articles, une cinquantaine de films (…) L’importance du corpus montre d’emblée que les auteurs avaient manifestement des choses à dire, et qu’ils ressentaient le besoin de les dire » p.25.

Hitlerjugend, Essensausgabe

Le principe normatif allemand de l’époque nazie est simple (et pas si exceptionnel que cela) : « on doit agir pour la race germanique-nordique seule (ou pour le peuple allemand) et non pour l’humanité – qui est une dangereuse et dissolvante chimère ; on doit agir pour la communauté, et non pour son seul intérêt personnel » p.23. Il s’agit d’une révolution culturelle appelée à générer un homme nouveau (cela ne vous rappelle-t-il rien ?). L’Humanité n’existe pas, il n’existe que des « races » en concurrence vitale entre elles (on dit aujourd’hui des « peuples »). Trois « impératifs catégoriques » (p.29) fondent le projet nazi : procréer en quantité des enfants nordiques sains, combattre ses paresses pour assurer la solidarité communautaire dans l’adversité, régner enfin en renversant l’ordre international imposé dès le traité de Westphalie par les trois guerres de Trente ans (1618, 1792, 1914) et étendre l’espace vital indispensable à la démographie nordique vers l’Est. Jusqu’à « la limite du hêtre » (p.475) fondée sur l’archéologie comme extension maximum des nordiques en Eurasie. Ces trois impératifs composent les trois parties du livre.

Contrairement aux lecteurs zappeurs inconséquents qui commentent sur Amazon, les nazis sont cohérents. « L’affirmation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mainte fois répétée pour justifier le rattachement au Reich des minorités » est à la fois une dérision des propos du président américain Wilson et une revendication d’un espace vital légitime au détriment d’autres peuples : les États-Unis de l’humaniste chrétien Wilson ont-ils hésité à massacrer les Indiens pour établir leur terre promise ? Leur « droit international » n’est-il pas l’entente des plus forts pour dicter leurs règles ? Le « peuple » allemand agit-il autrement lorsqu’il revendique des territoires à l’est au détriment des Slaves et une épuration ethnique ? « C’est précisément parce que nous considérons les races et les peuples comme des entités biologiques que nous approuvons le droit à la vie de chaque peuple conformément à la forme que prend sa vie », écrit Hans Frank en 1938 (cité p.121). Le lecteur commentateur a-t-il vraiment lu le livre qu’il « commente » ? Quant « à la contradiction entre industrialisation et culte de la terre » qu’un autre commentateur aussi léger profère, où est-elle ? La terre ne ment pas, elle assure le lien du sang avec le sol, elle nourrit la progéniture prolifique, elle assure la transition dans la modernité en préservant les valeurs « saines » – mais elle n’exclut en rien l’industrie ! Celle-ci est la puissance – et la puissance est valorisée par la « race nordique », inventive et industrieuse selon les critères nazis.

Le physique s’oppose au métaphysique comme le concret à l’abstrait : les nazis sont pragmatiques et pour eux le collectif (fondé sur le sang aryen) l’emporte sur les petits états d’âme de chacun. Le holisme s’oppose à l’individualisme et le fusionnel communautaire aux « ratiocinations » personnelles. La nature est valorisée puisque règle du monde ici-bas – le seul valable. La nature doit donc être protégée, valorisée et l’on doit reconnaître ses lois. La nudité est ainsi gage d’authenticité lorsqu’elle est force et santé (et non manifestation ostentatoire d’un désir destructeur égoïste), les marches dans la forêt et la montagne remettent les pieds sur terre, faire croître et prospérer du blé, des vaches, des gosses redonne le sens de la vie et des générations. « En harmonie avec les éléments, bronzé, épanoui et heureux, [le corps nu] offre au citadin corseté et asphalté l’image d’une communion retrouvée avec la grande matrice cosmique » p.45. Les écolos d’aujourd’hui après les hippies d’hier, n’ont pas dit autre chose. Attention donc aux dérives progressives de la nature vers le naturel et vers la loi de nature… En tout importent les limites. Mais il est vrai que « contrairement à ce que redoutent les Tartuffe et les professeurs de vertu, qui se méfient de la nature en eux parce qu’ils l’ont contrainte, violentée et qui, trop soucieux de faire l’ange, redoutent la bête qui les habite, le naturisme est ‘le début du chemin qui nous ramène chez nous » p.47.

1939 nudite allemande

« Il s’agit, selon Himmler, de ‘redécouvrir (…) et de réveiller la vision du monde de nos ancêtres préchrétiens et d’en faire un guide pour notre propre existence » p.53. Retour aux sources, aux origines : cela ne vous rappelle-t-il pas les intégristes du Livre, notamment la littéralité du Coran ? L’Oumma remplace la Race – mais tout est comparable… La procréation prolifique, le combat intérieur pour la domination et l’extension de son territoire (djihad). « L’homme de race pure [ou de pure religion] décide de son action sans artifice, sûrement, et de manière conforme à son instinct », écrit « Albrecht Hartl, spécialiste des questions religieuses au sein de la SS » p.70.

Un même ennemi : le Juif. Car « sang-mêlé », apatride, il a besoin d’une règle extérieure à lui, dit-on, il rêve à la République universelle parce qu’il n’a aucune terre à lui, aucune patrie. Bouc émissaire commode, l’abstraction juive affaiblit l’instinct nordique et prolifère comme un cancer dans la religion, le droit, l’administration. Ce pourquoi « éradiquer le Juif » est vue comme une opération de médecine naturelle : tout organisme se protège de qui l’attaque. Car, à l’inverse de l’abstraction humaniste chrétienne enjuivée, « religion, morale et droit nordique n’étaient qu’un, puisque la nature est une » p.76. La nature hier pour les nazis, Allah aujourd’hui pour les islamistes – pour les deux, « l’État est un moyen en vue d’une fin. Cette fin est la préservation et la promotion d’une communauté d’être vivants de même race et de même conformation physique et psychique » (Hitler, cité p.149). D’où l’État islamique et non plus la simple croyance.

Appell vor Direktor Apfeldt

Appell vor Direktor Apfeldt

On le voit, les parallèles sont puissants. Ce pourquoi il est utile et bon de lire Johann Chapoutot : à la fois pour éviter de répéter des inepties sur le passé nazi, et pour le présent éviter de répéter les aveuglements et erreurs de lecture. Tout comme hier les nazis, les islamistes aujourd’hui ne sont ni fous, ni barbares, ni exception. Ils ont un projet politique, une idéologie affirmée et une action radicale sans aucune pitié. Vont-ils susciter en réponse un néonazisme Blanc de protection vitale ? Il serait peut-être essentiel de penser cette hypothèse (assez probable en cas de troisième attentat islamique d’ampleur en France), plutôt que de gloser sur les écarts à la ligne ou les petites phrases de l’univers étroit politiquement correct…

Johann Chapoutot, La loi du sang – Penser et agir en nazi, 2014, Gallimard Bibliothèque des histoires, 569 pages, €25

e-book format Kindle €17.99

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Philip Kerr, La mort entre autres

Philippe Kerr La mort entre autre

Côtoyant l’histoire vraie et très bien documenté, l’auteur écossais fait revivre l’après-guerre en Allemagne, pays vaincu en proie à la honte et à la dénazification. Tous les cloportes grouillent sur le cadavre : les anciens nazis qui veulent se refaire une identité, la CIA qui compte en récupérer d’utiles à ses recherches médicales et militaires, la Haganah juive qui veut se venger, l’Église catholique qui veut aider les nazis à émigrer en Argentine pour les réserver contre le communisme (après avoir aidé « des catholiques non aryens » – des Juifs – à émigrer hors d’Allemagne), les Soviétiques corruptibles mais implacables, et les citoyens allemands ni blancs ni noirs qui ont un peu trempé dans le nazisme sans vraiment en faire partie… Nous sommes dans le glauque de l’année 1949, dans la lassitude du combat et des idéologies frelatées, dans la cinquantaine du héros.

Bernie Gunther, rencontré dans La trilogie berlinoise, reprend ses activités de détective privé après la mort suspecte de sa femme épousée en Autriche pour « fièvre ». Il n’a plus aucune attache, sinon son savoir-faire d’enquêteur, ex-flic de la KRIPO, la police criminelle de Berlin avant guerre et une automobile Hansa 1700, bien conservée au garage. Ce pourquoi il prend les affaires qui se présentent : rechercher des personnes disparues.

Une belle femme blonde et apparemment très catholique lui demande de retrouver son mari devenu SS, au moins de savoir s’il est mort : elle veut se remarier. Elle est l’appât d’une machination pour impliquer Bernie, lui faire endosser une autre identité pour que le vrai coupable puisse refaire sa vie sans être inquiété. Dans sa quête, Gunther rencontrera un prêtre croate nazi, un ex-général SS, quelques brutes d’hommes de main, un juif affairiste de la CIA, un commando de vengeurs israéliens du Nakam, et Adolf Eichmann – en route pour l’Argentine sous le nom de Ricardo Klement.

hansa 1700

Nous sommes mêlés à la grande histoire, avec le cynisme de l’observateur un demi-siècle après. Les Américains ne sont pas plus purs que les nazis puisqu’ils ont eux aussi inoculé à des prisonniers des maladies afin d’en expérimenter les vaccins ; les Juifs ne sont pas plus moraux que les Allemands puisqu’ils assassinent sommairement les anciens soldats sur la foi de simples soupçons ; les Allemands ne sont pas blanchis par la défaite ni coupables pour des générations. Malgré ses talents, Bernie Gunther ne peut rester en Allemagne, il doit aller refaire une vie ailleurs. Il laissera cependant le Dieu vengeur (ou plutôt le destin, bien aidé) s’occuper des assassins de sa femme – simple fille d’hôtelier qui avait le tort d’avoir son établissement dans la ville de Dachau. Ils finiront par où ils auront péché…

Les personnages sont crédibles, humains ; l’intrigue est retorse, bien ficelée, distillée avec art ; les chapitres sont découpés comme en film avec coups de théâtre et rebondissements inattendus en fin de chapitres ; les marques d’humour ne manquent pas ; la documentation historique fouillée et originale. Le lecteur se divertit, compatit et en apprend beaucoup sur les aspects occultés de l’histoire telle qu’elle s’est vraiment déroulée et non telle qu’elle a été présentée. Car, trop souvent, l’histoire est comme une religion : imbibée de croyances et d’idéologie préconçue, écrite par les vainqueurs.

Un très bon livre de voyage en train ou de fin de journée sur la plage.

Philip Kerr, La mort entre autres (The One from the Other), 2006, Livre de poche 2011, 565 pages, €7.22

D’autres romans de Philip Kerr chroniqués sur ce blog

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Philip Kerr, La paix des dupes

Philip Kerr La paix des dupes

Durant la Seconde guerre mondiale, dont Philip Kerr est spécialiste, les trois Grands se rencontrent à Téhéran pour négocier la poursuite de la guerre et envisager l’après-guerre. L’auteur nous plonge auparavant à Berlin, New York et Le Caire dans le marigot politique. Les SS tirent dans les pattes des diplomates et de l’Abwer, les prosoviétiques américains mais surtout anglais envoient des renseignements à Staline sous prétexte d’être « alliés », Roosevelt entretient plusieurs fers au feu en vue de sa réélection en 1944, et ainsi de suite. Tous selon leur tempérament sont disciples de Machiavel et la notion de trahison apparaît toute relative.

C’est documenté, passionnant et agité. Nous sommes au cœur de l’action.

Sauf que… page 534, l’histoire bascule. Se met en place une uchronie, une histoire-fiction. Que passerait-il si… ? A Téhéran, un commando SS a été envoyé pour tuer Staline, accessoirement Roosevelt et Churchill : cela devrait ralentir la guerre et désorganiser l’adversaire. Mais, dans le même temps, des négociations secrètes entreprises à la fois par Hitler, par Staline et par Roosevelt, aboutissent à faire se rencontrer les quatre protagonistes autour de la table d’un bunker de l’ambassade soviétique dans la capitale iranienne. Étonnant, non ?

L’histoire telle que nous la connaissons va-t-elle basculer ? Il s’en faut de peu, tout le monde a l’air d’accord, jusqu’à ce qu’une erreur de dossier change à nouveau la donne. Je ne vous en dis pas plus, mais c’est captivant. Willard Mayer, un philosophe juif allemand devenu américain joue un grand rôle dans les réactions d’Hitler. C’est dire que ce roman ne manque pas non plus d’humour, même s’il est noir.

Le sort des Juifs d’Europe, encore largement en vie en 1943, s’est-il joué lors de cette rencontre secrète ? Il fait l’objet de marchandage, mais intéresse-t-il vraiment les opinions publiques occidentales ou le parti communiste soviétique ? Ce n’est pas l’un des moindres mérites de ce livre qui n’est pas d’historien, que de poser les bonnes questions remises dans leur époque. Où le lecteur verra que rien n’est simple et que la guerre exige de ne pas tout vouloir mais de limiter stratégiquement ses objectifs pour mieux vaincre.

La paix d’Hitler, titre anglais du livre, est-elle une « vraie » paix ou un simple recul tactique ? Est-ce une offre de sauver l’Europe orientale du communisme qui menace l’après-guerre ou un répit avant un nouveau pacte germano-soviétique ? La conférence de Téhéran en 1943 a ses zones d’ombre que les historiens n’ont pas levées ; l’auteur s’y engouffre pour monter son intrigue, y mettant assez de vraisemblance.

Le choix d’écrire un polar plutôt qu’un roman classique ne gâche rien à ces questions d’histoire, au contraire. Le lecteur apprend en s’amusant, s’identifie aux acteurs et réussit à voir l’histoire archiconnue d’un autre œil. Pas mal pour un auteur de roman policier, genre considéré généralement comme mineur. Philip Kerr montre – mieux que Littell et ses Bienveillantes – qu’il n’en est rien.

Philip Kerr, La paix des dupes (Hitler’s Peace), 2005, Livre de poche policier, 2012, 619 pages, €7.69

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Végétaux de Tahiti

C’est une équipe de TF1, actuellement sur le territoire, qui réalise un magazine. Un rappel : le monoï Tahiti est le produit obtenu par la macération de fleurs de tiare dans l’huile de coprah raffinée, extraite des noix de coco récoltées dans l’aire géographique de Polynésie au stade de noix mûres, sur des sols d’origine corallienne. Ces noix doivent provenir du cocotier « Cocos nucifera » et les fleurs de tiare de l’espèce végétale « Gardenia tahitensis » d’origine polynésienne récoltées au stade de bouton. Le reportage devrait passer sur TF1 durant l’été.

tiare fleur de tahiti

Les cocoteraies foutent le camp des atolls. Alors on essaie de faire germer les idées dans la capitale ! Les cocoteraies sont vieillissantes. Ben il faudrait d’abord replanter des cocotiers, non ? On a envoyé des « huiles » pour étudier le problème sur place et attendu leur rapport en haut lieu. Tout d’abord il faudrait replanter sans délai des cocotiers si possible plus productifs MAIS l’augmentation de la production de coprah génèrera une augmentation de la subvention du pays. Un cercle vicieux. En se grattant les méninges on pourrait dire avec l’huile brute faire un biocarburant pour les engins communaux, production d’électricité sur centrale existante, garder un volume suffisant pour l’export (monoï), valoriser la bourre de coco comme compost ou substrat de culture ; dans l’alimentaire son utilisation dans les cantines des écoles, la restauration, l’hôtellerie ; le bois pour la construction, le mobilier ; la coque pour le séchage du coprah, l’artisanat ; la fabrication de nouvelles boissons à base d’eau ou lait de coco ; des produits cosmétiques ; du « lamellé-collé » au bois de cocotier.

Cocos nucifera

La dégradation et la cueillette demeurent la principale cause de la diminution des plants de Tiare Apetahi (Apetahia raiateensis) sur le plateau du Temehani à Raiatea. Le ministre a annoncé que des pièges photographiques seront placés sur le site pour sanctionner les contrevenants. En l’espace de 10 ans, on est passé de 3000 plants de Tiare Apetahi en 1995 à 260 en 2005. Des essais pour la multiplication à partir des graines ont été mis en place.

A la mi-saison des pluies on constate des précipitations « excédentaires » de 50% sur la Société. Pour janvier et février 970,6mm relevés à Bora Bora ; 992,6mm à Faa’a. Du premier décembre 2012 au 31 janvier 2013, les cumuls de précipitation faits par Météo France sont compris entre 271,1mm à Rikitea (Gambier) et 992,6mm à Faa’a (Tahiti). Seules les précipitations sur la Société sont nettement excédentaires, supérieures à 50%. Durant ces 62 jours, Faa’a a connu 40 jours de pluie et Bora Bora 48 jours soit respectivement 13 et 15 jours de plus que la normale. Du 16 au 18 décembre les précipitations ont été particulièrement fortes sur les côtes nord et est de l’île, un déluge de trois jours. En 72 heures, des cumuls de 300 mm à Faa’a à plus de 450 mm vers Pirae causent inondations et éboulements.

L’herbe, ça rapporte. C’est le Prorosident qui l’a dit ! On pourrait vendre du paka (cannabis) aux touristes, mais seulement aux touristes pour renflouer les caisses de la CPS (SS tahitienne). Mais, car il y a un mais, la Gendarmerie et la Justice n’auraient pas pu adhérer au projet ! La gendarmerie a découvert récemment 1500 plants de cannabis au domicile d’un couple, du matériel destiné à cette culture illicite, 1,5 million CFP en liquide, des appareils électroménagers neufs, une production quasi industrielle de paka. A la presqu’ile itou ! Ce sera 520 plants à Teahupoo et 295 plants et 205 plants à Vairao. Et ça rapporte bien, 5 millions pour l’un en 2012.

Hiata de Tahiti

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Shane Stevens, L’heure des loups

Un roman policier qui commence très fort… et dure un moment dans la même veine. Et puis crac ! Il ressasse ; il sombre dans la manie maniaco-dépressive, il rejoue l’air mille fois entendu de l’éternel persécuté à qui tout le monde en veut. Le flic de la criminelle parisienne décline en vengeur coupable de l’humanité. Le mot ‘Juif’ est répété à satiété deux fois par page.

Il est plutôt étrange que Shane Stevens, né à New York en 1941, soit aussi obsédé par les nazis, par les SS disciplinés, entraînés et sans pitié. Il montre d’ailleurs le mimétisme du Mossad, le service secret israélien, tout aussi entraîné, discipliné, froid et sans pitié pour tous les « ennemis » d’Israël. Le héros, César Dreyfus – mais oui, descendant français du célèbre capitaine ! – est d’ailleurs sur le point d’être liquidé par le Mossad dans les dernières pages parce qu’il en sait trop sur un secret bien gardé : l’or des nazis récupéré par Israël. Le pays des purs aurait-il donc négocié avec le pays du Mal ? Ce n’est pas très politiquement correct… Il ne faut donc pas le « dire ».

Tout commence par un homme retrouvé pendu à une corde à piano dans son appartement. Suicide ! déclare, péremptoire, un jeune inspecteur. Pas si simple, rétorque César qui en a vu d’autres et à qui on ne la fait pas. Vous avez dit corde de piano ? et ça ne vous rappelle rien ? Les traîtres du complot Stauffenberg contre Hitler ont été pendus par des cordes à piano. Il paraît que la mort est plus lente, plus sadique. Dès lors, la police va chercher, se mettre à dos les « services » plus ou moins secrets, plus ou moins liés à la « haute » politique de ces Messieurs des palais gouvernementaux. Il y aura un viveur, une femme, quelques meurtres, beaucoup d’intrigues pour le pouvoir… et l’argent ! Ne jamais oublier l’argent dans une intrigue entre juifs et nazis. Car les nazis ont volé, accumulé, planqué… Trente ans plus tard, après la prescription, pourquoi ne pas jouir du butin ?

Belle intrigue, belle action, jusqu’à ce que le roman s’enlise dans les marécages fangeux du fantasme, de la Mémoire (reconstituée) et revue selon l’image d’Épinal de Job sur fumier. La traduction n’aide pas, bâclée semble-t-il. Qui tentera de comprendre comment on allume un incendie en repliant en paquet de cigarettes en sera pour ses frais : les phrases françaises s’enchaînent mais ne veulent rien dire…

Reste l’évocation d’un Paris des années 1970 assez exotique, surtout vu de New York sur dossier. Les bobos (qui ne savent pas encore qu’ils le sont, six ans après 68) « s’émerveillaient volontiers avec des oh ! et des ah ! dès qu’on citait un nom connu » p.93. On bouffe bien, on jouit en sautant les femmes qui ne demandent que ça, « les bouteilles de champagne étaient soigneusement conçues pour détendre les femmes et raidir les hommes » – jolie formule. On roule « en Renault et en Simca », le train pour Toulouse est encore à vapeur (?), les hauts-fonctionnaires sont mafieux et claniques, le musée de la police se trouve soi-disant à la Préfecture quai des Orfèvres – or il se trouve rue de la Montagne Sainte-Geneviève ; il ne reviendra (peut-être, s’il y a les sous) dans l’île de la Cité qu’en 2017. Et même pas une note de bas de page du traducteur ignare pour rectifier !

Nous sommes loin, bien loin, de la sensibilité et de l’intelligence du précédent roman ‘Au-delà du mal’, chroniqué sur ce blog. L’identité aliène lorsqu’elle est obsessionnelle. Ce mot d’identité, pourtant grossier à gauche, est trouvé « normal » en ce qui concerne les Juifs, pourtant majoritairement de gauche en France (dit-on). On se demande pourquoi : il enferme dans une aliénation profonde, que l’on soit, Juif, Breton, Basque ou de n’importe quelle « culture ». Se sortir du carcan des déterminismes est pourtant le premier pas vers la liberté et l’épanouissement.

Au total donc, pas un « mauvais » roman policier, mais un roman obsessionnel. Qui aime le lise. Pour ma part, je suis déçu.

Shane Stevens, L’heure des loups (The Anvil Chorus), 1985, Pocket mai 2012, 605 pages, €7.69

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Hans Fallada, Seul dans Berlin

Fallada est un pseudo d’Allemand né en 1893 et qui a honte du nazisme. Il a terminé ‘Seul dans Berlin’ (qui porte un autre titre en allemand : Tout le monde meurt seul) l’année de sa mort, en 1947. Il avait 40 ans à l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, et 47 ans en 1940. Morphinomane et alcoolique, il échappe à la guerre pour le journalisme et la littérature. Son existence de citoyen et de père de famille n’est pas particulièrement louable, mais il se sublime par ses livres.

Nous sommes en 1940 et l’Allemagne nazie sable le sekt pour avoir enfoncé l’armée française, réputée ‘la meilleure du monde’. Mais, dans un immeuble modeste de la rue Jablonski à Berlin, le couple de petits bourgeois besogneux Quangel reçoit une lettre officielle. Le Reich leur annonce la mort de leur fils unique, envoyé au front. Dès lors, c’est la fin des illusions. La dialectique tapie dans tout esprit allemand se met en marche, trouvant la négativité inhérente à tout positif. Hitler a menti, il est le joueur de flûte qui ensorcelle mais ravit les enfants ; le parti nazi ment, il ne crée pas une élite de seigneurs, mais de saigneurs vulgaires et brutaux ; victorieux, les Allemands sont déjà vaincus, car leur victoire repose sur l’illusion. « Au nom du peuple allemand », c’est la barbarie qui s’installe.

Une remarque de sa femme, jetée dans la colère d’avoir perdu le fils, va mettre le feu aux poudres. « Toi et ton Führer ! ». Quoi, « mon Führer » ? se demande Otto Quangel, contremaître dans une fabrique de meubles. Puis il réfléchit : il n’est pas inscrit au parti nazi, il n’a pas voté pour Hitler, mais il laisse faire. Ne rien faire est laisser faire, l’indifférence conduit la minorité extrémiste à imposer à tous sa tyrannie. A quoi bon être la majorité si elle est silencieuse ? Quangel décide donc de résister. A sa manière, pas bien cultivée, très individualiste, citoyen démuni. C’est inefficace, bien sûr, mais témoigne. Un commissaire et un général SS ne vont-ils pas s’étrangler de fureur et passer des années à découvrir ce ‘Trouble-fête’ (surnom qu’ils lui ont donné) ?

L’auteur nous plonge dans le Berlin des années de guerre, au ras des petites gens. Baldur, le plus jeune de la famille Persicke et chef Hitlerjugend à 16 ans, nanti de deux grands frères brutes SS, aime terroriser les autres. Frau Rosenthal est juive, ses enfants ont émigré à l’étranger mais elle n’a pas voulu fuir. Son mari est arrêté, elle dénoncée et pillée par ses voisins d’immeuble ; elle en deviendra folle et, malgré l’aide d’un conseiller pas antisémite, se jettera dans la gueule du loup, puis par la fenêtre de son étage. Eva Kluge, la factrice qui apporte la lettre, est nantie d’un mari coureur de femmes et joueurs aux courses, dont les deux fils sont au front, l’aîné dans la SS. Il massacre en Ukraine des enfants juifs de trois ou quatre ans en les balançant par les pieds, la tête contre les pare-chocs, à ce qu’on dit. Quand elle l’apprend, elle est écœurée et quitte le parti, la poste et Berlin pour se refaire une vie nouvelle à la campagne.

L’infâme Borkhausen ne pense qu’à dénoncer pour gagner des marks, et cogne tout ce qui bouge quand il rentre bourré, sa femme et ses nombreux enfants (dont très peu sont de lui). S’il se souvient avoir un fils aîné, Kuno-Dieter, blond déluré aux yeux bleus de treize ans, c’est pour l’entraîner dans une affaire louche, et le gamin va fuguer pour ne plus revenir. Il sera la fleur en bouton qui s’épanouit à la fin de ce livre noir, espoir pour l’avenir. Mais, entre temps, la Gestapo aura eu loisir de faire tous ses ravages et les Berlinois, saisis de peur, resteront à ne rien faire, donc à subir leur destin.

Sauf Quangel et sa femme, qui chaque dimanche puis bientôt chaque soir, vont se mettre à écrire des cartes anti-Hitler. Ils les déposeront au hasard dans les cages d’escalier ou les boites aux lettres, persuadés que ceux qui les liront auront un doute, peut-être. Las ! Les presque 300 cartes se retrouveront aux neuf dixièmes sur les bureaux de la Gestapo, tant les gens ont de frayeur à ne serait-ce que penser autrement qu’on leur demande !

Ce qui devait arriver arrivera, mais c’est à l’honneur des gens qui ont résisté de l’avoir fait. Même pour rien ; car ce ‘rien’ est tout. Il dit l’honneur et le courage, la petite voix qui dit non quand tout le monde veut penser oui, la démocratie dans l’esprit d’un seul contre l’embrigadement de parti… (qu’il soit brun, rouge, rose ou vert). « Rien n’est inutile en ce monde. Et nous finirons par être les vainqueurs, car nous luttons pour le droit contre la force brutale » p.480.

Le livre est écrit en courts chapitres comme des séquences de feuilleton télévisé. Il en a le rythme et le style dépouillé, les images directes. Un bien beau livre, le meilleur de son auteur, qui nous décrit de façon très réaliste l’existence à Berlin dans les années 40.

Hans Fallada, Seul dans Berlin, 1965, traduit de l’allemand par A. Virelle et A. Vandevoorde, Folio 2004, 559 pages, €8.17

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Litanies de Tahiti

J’ai la tristesse d’avertir les messieurs si friands des titis tahitiens (seins) qu’ils ont été trompés sur la marchandise, qu’ils n’ont, hélas, caressé et embrassé qu’un truc en plastique ! Condoléances. Ici, dans cette île du bout du monde, il y aurait 950 femmes sur 70 000 personnes adultes de Polynésie française, soit 1 femme sur 75 qui serait porteuse de ces titis « déclarés défectueux » de la société PIP. Record mondial ! Les « titi ha’avare » (seins menteurs) furent à la mode à Tahiti dans les années 1990-2000. Il semblerait également que la CPS (SS polynésienne) payait les frais de ces interventions environ 500 000 FCP en moyenne. Quelle surprise ! Qui aurait pu imaginer que les titis tahitiens étaient des titis menteurs !

J’ai la tristesse de dire que le bingo était clandestin, rue François Cardella, en plein centre ville de Papeete pour ceux qui connaissent ! Un couple avait transformé un appartement en salle de jeux. La DSP et le GIR ont raflé la mise ! Pas de chance pour les investisseurs. Un vigile en bas de l’immeuble filtrait les entrées en laissant passer les joueurs et les résidants (quand même). Le couple qui tenait ce casino clandestin possédait trois autres salles de jeux à Punaauia, tables de poker et roulette. Les bénéfices générés devraient se situer autour de plusieurs dizaines de millions de francs pacifiques. Ces individus émargeaient également au régime de solidarité territorial (RST). Et pourquoi pas ? Y a pas de petits profits !

J’ai la tristesse de raconter qu’il en avait tellement marre le capitaine du féribot d’Aremiti Ferry, qu’il a grimpé les voitures mal garées sur des conteneurs au quai des ferries à Papeete. Les arrêts-minute pour acheter son billet sont occupés par des voitures ventouses et les véhicules entrant ou sortant du ferry ne peuvent circuler… Quand on est fiu ici, on est fiu ! [Fiu est terme local intraduisible qui veut dire fatigué, désolé, dépressif, rempli d’ennui… – Arg.]

J’ai la tristesse de quémander : t’as pas quelques milliards ? La protection sociale tahitienne traîne quelques casseroles alors, vous les Popaa (qui êtes pleins aux as) vous pourriez donner ces quelques milliards dont notre CPS (SS) a le plus grand besoin pour continuer à soigner les malades. Mais aussi prêter au gouvernement qui veut puiser dans la caisse des retraités pour payer ses fonctionnaires. Non ? Pourquoi ?

C’est que vous les Farani vous nous devez des sous. Ici la population a augmenté, le prix des soins aussi, les gens vivent plus longtemps, 6 ans de plus qu’avant, le nombre de patients en longue maladie est passé de 10 000 à 33 000 personnes et elles consomment la moitié des dépenses de santé. Première cause, les maladies cardio-vasculaires sont suivies du diabète et du cancer. Comme ailleurs, me direz-vous ! Sauf qu’en Polynésie l’âge d’entrée en longue maladie se fait plus tôt et est sûrement lié aux mauvais comportements alimentaires.

Et à cause de la mauvaise santé de l’économie polynésienne, ce ne sont que 60 000 cotisants qui portent sur leur dos les ponctions pour tous les autres. Et ici il y a en plus les « évasans » (évacuations sanitaires) par avion, internationales environ 3 milliards de FCP par an pour 700 évasanés. Pour les îles l’enveloppe est de plus d’un milliard. Oscar Tane Temaru clame toujours que « la Polynésie = l’Europe ». Certes, mais l’habitat est dispersé et les structures médicales sont peu ou pas existantes dans les archipels éloignés ! Quand on se vante d’être un grand pays du Pacifique sud on assume.

Le fiu commence à me gagner, nana.

Hiata de Tahiti

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Michel Onfray, La sagesse tragique

Article repris par Medium4You.

Voici un petit livre sur Friedrich Nietzsche, écrit dans l’enthousiasme de la jeunesse à 28 ans et préfacé vingt ans plus tard par un philosophe devenu passeur des œuvres. C’est une excellente introduction à Nietzsche, courte et percutante, se mettant dans le courant de la branchitude pour mieux recadrer les préjugés. Il faut lire Nietzsche, dit le médiatique libertaire ! Car il vous libère personnellement de tous les esclavages, à commencer par celui de l’opinion, de la mode, de la morale, de la politique, des déterminants économiques, des religions.

« Je sais que Nietzsche n’est pas de gauche, ni hédoniste, libertaire, ou féministe » p.12. On pourrait ajouter chrétien ou socialiste dans la liste de ce qu’il est de bon ton « d’être » en apparence dans les années 2000. Tout ce que le philosophe n’est pas suscite automatiquement la haine pavlovienne des fusionnels, des branchés, de tous ceux qui n’ont qu’une ambition : être comme les autres, d’accord avec le dernier qui parle, surtout pas « différent », oh là là ! Il y a donc mauvaise foi, méchanceté, manipulation des textes, jeu de pouvoir intello dans ce qui paraît sur Nietzsche depuis des décennies. Michel Onfray, c’est son grand mérite, rectifie au bulldozer ces tortillages de cul pour donner la cohérence de la vie et des idées du philosophe au marteau, prophète de Zarathoustra l’apollinien dionysiaque.

Nietzsche c’est l’énergie au cœur de toutes choses. Ce qu’il appelle la volonté de puissance n’a rien de la tyrannie SS ni de l’emprise stalinienne sur les masses mais constate l’énergie vitale en chaque être, de la cellule végétale à nos corps de primates intelligents. Cette énergie est un fait, elle sourd de la vie même puisque vivre est lutter contre l’inertie de la matière.

Aux hommes d’exception de faire servir cette énergie au mieux de leurs capacités humaines. Ils sont appelés « sur »-hommes parce qu’ils se détachent de la masse indistincte vouée à seulement survivre et se reproduire. L’indistinction est ce « dernier homme » qui rumine bovinement en regardant passer les trains de l’histoire, masse grégaire à la Ortega y Gasset qui se laisse modeler comme une vulgaire pâte à partis collectivistes, fascistes ou communistes, humains « esclaves » de la mode, de l’apparence, de l’opinion.

Qu’est-ce qui empêche les Alexandre et les Diogène aujourd’hui, les Léonard de Vinci et les Einstein ? La mauvaise conscience morale prescrite par les « esclaves » qui ne trouvent bien que ce qui rabaisse tout le monde à leur niveau, et imposée en système par les religions du renoncement : christianisme, bouddhisme, socialisme. Ce dernier – une hérésie laïque du christianisme – est marxiste bismarkien, le seul que Nietzsche connût. Le Surmoi rigide des religions et des idéologies au nom d’un au-delà, d’un ailleurs ou d’un éternel lendemain (qui chante et qui rase gratis…), secrète une moraline permanente qui refoule les instincts vitaux comme le montrera Freud. La répression sociale des désirs engendre névrose de civilisation et ressentiment politique, envie de tout casser et d’éradiquer le vieil homme au nom d’une utopie radicale d’égalité abstraite.

A chacun, dit Nietzsche, de se révolter contre ces contraintes et structures qui aliènent : travail, famille, patrie. La morale comme la domination économique, l’asservissement politique comme la crainte religieuse sont des carcans qui rendent esclaves. Chaque  individu doit être maître de ses propres valeurs, ce qui signifie avant tout maître de lui. Nietzsche n’est pas un nihiliste pour qui tout vaut tout, ni un anarchiste pour qui tout est permis, ni même un libertaire vautré dans l’accomplissement ici et maintenant de tous ses désirs. C’est un peu la limite de Michel Onfray que de le tirer vers ses propres fantasmes. Nietzsche aime le bouillonnement des passions et désirs (son côté Dionysos) mais il aime y mettre son ordre par une rigueur qui hiérarchise (son côté Apollon). Non, tout ne vaut pas tout ! Des valeurs sont préférables à d’autres – mais ce n’est pas à une instance extérieure à chacun de l’imposer comme un commandement. Chacun se commande lui-même : telle est sa liberté.

Nietzsche est grec antique pour qui la minorité exemplaire des être humains d’exception doit entraîner les autres à incarner l’homme au mieux de son potentiel : un esprit sain dans un corps sain, avec de saines affections. Nietzsche a pour maître les moralistes français, de Montaigne à Chamfort, qui jugent du bon et du mauvais pour eux, et non pas du bien et du mal en soi. Ce que l’on accomplit ici et maintenant, il faut le vouloir comme s’il devait revenir éternellement. C’est ainsi que l’éternel retour du même peut être désiré comme matrice des actes. Telle est la seule façon d’agir selon sa conscience. Il ne s’agit pas de morale venue d’ailleurs, ni de contrainte sociale politiquement correcte, mais d’éthique personnelle : être fier de soi dans ce que l’on fait. Être responsable de ses actes et les assumer à la face du monde.

Il n’y a donc pas d’élitisme social chez Nietzsche, non plus que de contrainte de « brutes blondes », comme quelques citations sorties de leur contexte pourraient le laisser croire. Michel Onfray insiste bien sur ce point et le démontre. « Le Maître donne, non par pitié ou compassion, mais par excès de force, débordement de vie. Ses objectifs ? Maîtrise de soi, rigueur et vigueur, noblesse et grandeur. Non pas commander, mais se gouverner » p.140. Et d’ajouter, perfide pour la mode médiatique qui se pose afin d’anticiper les places à venir (si les socialistes compassionnels du ‘care’ gagnent l’élection présidentielle) : « Jaurès ne s’y était pas trompé, lui qui voyait dans le surhumain une potentialité à laquelle il suffirait de consentir » p.144. Nietzsche déclare que le socialisme est une supercherie qui conforte le système d’esclavage industriel et la tyrannie de la majorité médiocre en reportant toujours à demain la liberté personnelle au nom de la Morale.

Le travail aliène lorsqu’il est imposé et n’offre aucune satisfaction à l’être humain. A l’inverse, le loisir (l’otium des anciens), permet la création personnelle au quotidien. « Qui n’a pas les deux-tiers de sa journée pour lui-même est esclave », déclare Nietzsche dans ‘Humain trop humain’, §283. Humour de Nietzsche, qui n’est pas relevé par Onfray : 2/3 d’une journée de 24h font 16h… ce qui laisse 8h de travail pour la société et pour gagner sa croûte. On peut bien sûr ne considérer que les heures éveillées et calculer les 2/3 de 16h, ce qui laisse 10h de loisirs et donc… 35h de travail par semaine. Mais les individus sont-ils moins aliénés quand ils ont du temps libre ? La pression sociale des potes, des cousins, de la famille, du quartier, de la télé et des médias, de fesse-book et autres chaînes mobiles, des associations, du parti, de l’État, de la religion, permet-elle d’être enfin soi ? Bien sûr que non. Ni le temps de loisir ni la technique ne libèrent… si chacun ne se prend pas lui-même en main pour épanouir ses potentialités.

Pour cela, rire, danser et jouir de ses sens, prescrit Nietzsche. Il faut penser léger, se moquer de ceux qui font la tronche, des politiciens pour qui tout est « grave » et des religions prêchant l’enfer à qui n’obéit pas aux Commandements. Il faut une vie bonne à la Montaigne, parce qu’elle est la seule que nous ayons, sans illusions sur l’au-delà. Exubérance et maîtrise, élan mais art : croit-on que la danse n’est pas une discipline ? Marcher, randonner pour penser mieux, en mouvement, loin de ce « cul de plomb » qui caractérise « la pensée allemande » (et tant de philosophes-bureaucrates français). Écrire souvent mais ciseler ses aphorismes par le travail comme on forge une épée avant de la plonger dans l’eau froide.

« Soyons les poètes de notre vie », dit Nietzsche à ceux qui ne l’ont pas compris, « et tout d’abord dans le menu détail et le plus banal » (Gai savoir §289). Lisez Nietzsche ! Il est un maître de vie. Lisez-le avec le guide Onfray, qui est un bon pédagogue.

Michel Onfray, La sagesse tragique – du bon usage de Nietzsche, 1988, Livre de poche 2006, 188 pages, €5.70

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