Cinéma

Arthur Schnitzler, Le retour de Casanova

Casanova, 53 ans, a sa vie derrière lui : il est un vieil homme. Il veut rentrer à Venise, sa ville natale, mais attend pour cela l’autorisation du Grand conseil, une amnistie après son évasion des Plombs en 1756. Il a commencé un pamphlet contre Voltaire, dont il dénonce l’hypocrite façon de jouer le croyant sans l’être. Mais c’est trop tard, il a épuisé son entregent à entreprendre de baiser les femmes. « Pour une nuit sur une nouvelle couche d’amour, il avait toujours sacrifié tous les honneurs de ce monde » p.85.

Autour de son auberge de Mantoue, il rencontre son ami Olivo, désormais marié à Amalia, que Casanova a bien connue jusqu’au lit, et qui ont trois fillettes dont l’aînée, Teresina, a 13 ans. Il est invité à passer quelques jours dans leur domaine, un vieux château délabré racheté au marquis local Celsi grâce aux bénéfices agricoles des légumes et du vignoble que cultive l’industrieux Olivo. Casanova ne veut pas rester, gêné de retrouver l’épouse de son ami toujours prête à libertiner avec lui. Mais la présence d’une jeune nièce, Marcolina, lui remet le feu aux chausses. Elle est belle, intelligente, étudie les maths, froide envers lui : tout ce qui fouette le désir.

Marcolina le snobe, restant polie et joutant intellectuellement sur la foi et l’incroyance, mais sans répondre à ses avances. Casanova n’hésite pas à se défouler sur Teresina, émoustillée par la puberté et qui ne dit pas non. Jetée sur le lit, « il la couvrait de baisers passionnés » (autre nom de ce qu’on appelle aujourd’hui un viol). Mais il aura Marcolina, foi de Casanova.

Il profite des circonstances pour inventer un piège où la belle cédera, sans le savoir. Car elle n’est pas prude, Marcolina ; il a vu le jeune lieutenant Lorenzi sortir un tôt matin par sa fenêtre. Il désire prendre sa place pour une nuit. Pour cela, le jeu fournit l’occasion. Casanova perd, puis regagne ; Lorenzi gagne puis reperd, notamment contre le marquis, dont il baise officiellement la femme. Il lui doit 2000 ducats d’or et lui jure de le rembourser le lendemain, sans savoir comment, probablement par le suicide. Casanova, qui a gagné la somme, lui propose un marché entre libertins affranchis des préjugés : il prendra sa place la nuit suivante auprès de Marcolina, tandis que lui est rappelé impérativement à Milan pour la guerre ; en contrepartie, il lui donnera les 2000 ducats pour éviter que le marquis ne le salisse.

Ce qui fut fait. Casanova part pour Venise, ayant reçu la lettre qu’il attendait de Bragadino, un sénateur ami, membre du Grand conseil, lui annonçant qu’il est pardonné s’il revient à Venise espionner les milieux révolutionnaires et libertins, où l’incroyance fleurit. Il fait faire demi-tour au cocher pour revenir au château, dont Lorenzi lui a donné la clé du jardin. Il s’est mis tout nu sous le manteau du lieutenant, pour ne laisser aucune trace et ne pas se faire reconnaître. A minuit exactement, la fenêtre s’ouvre, Marcolina accueille son amant et le baise passionnément.

Après une nuit torride, dans laquelle Casanova a retrouvé une ardeur de jeune homme sous les assauts d’une amante experte et déchaînée, il s’endort et rêve. Mal lui en prend, l’aube survient et, avec elle, la vérité : il n’est pas Lorenzi au corps de jeune dieu, mais un vieillard. Marcolina, horrifiée, le méprise du regard. C’est moins le mensonge que la révélation de ce qu’il est qui la touche : un ancêtre, un débris, un homme qui a fait son temps. Casanova s’enfuit, honteux.

Mais la réalité rattrape une nouvelle fois l’illusionniste. Lorenzi l’attend au jardin. Il le provoque en duel pour venger l’honneur de sa belle ; de toute façon, la guerre va le prendre et il n’a rien à perdre. Casanova est tout nu ? La belle affaire ! Lui aussi se met nu, et ils engagent le fer. Cette fois, l’expérience permet au vieil homme de triompher du jeune et Lorenzo meurt, le sein gauche percé de l’épée. Le vieux séducteur le laisse, tel un Adonis nu endormi sur l’herbe, et rejoint son coche, qui le mène à Venise. Ni vu, ni connu.

Une fois dans sa ville, il en aperçoit la décrépitude, que sa jeunesse ne voyait pas, tout entière absorbée par le désir. Il mesure son bienfaiteur, qu’il a sauvé jadis de la mort par saignées des médecins incompétents. C’est un homme simple, conservateur, pas bien intelligent. Il prend la température de la ville, minée par les nouvelles mœurs libertines et incroyantes des Lumières en cette année 1773, et qui agit en réactionnaire, par la répression.

C’est une fin de règne, une fin de monde, bientôt la Révolution, partie de France, va enflammer l’Europe, et Venise sera prise dans le tourbillon des nouvelles mœurs, des nouvelles façons de penser, par la liberté. Lui, Casanova, est un séducteur fini ; il ne peut plus séduire les jeunes filles, sauf les très jeunes naïves, par surprise ; il ne peut plus ferrailler intellectuellement avec les philosophes, tout le monde s’en moque et l’époque est au retour de la religion ; il ne peut plus vivre de sa liberté, désormais stipendié pour espionner. Sa décrépitude est à l’image de Venise qui se meurt, à l’image aussi de l’après-Première guerre mondiale, que l’auteur vit dans la désespérance. Une certaine Europe cosmopolite, inventive, artistique, de la Belle époque a disparu avec la boucherie de 14. La dépression psychologique approche, de même que la Grande dépression économique de 1929, qui aboutira à la réaction du stalinisme, du fascisme, du nazisme, du franquisme, du salazarisme, du pétainisme… Nous revivons un peu cette époque-là, où la liberté recule, le libertinage répugne, et où la réaction ressurgit.

L’auteur, Arthur Schnitzler, est mort à 69 ans en 1931. Il n’aura pas connu la chape de plomb du nazisme. En tant que juif, médecin, psychanalyste émule de Freud, écrivain de théâtre, il aurait été éliminé par le nouveau régime. C’est dans les années 1980, au moment de la résistance des pays de l’Est contre la chape de plomb du brejnévisme soviétique, que Schnitzler a été traduit en France. Casanova est devenu l’emblème de la liberté de penser et des mœurs – jusqu’à en faire un film avec Alain Delon en Casanova et Elsa Lunghini en Marcolina fort dévêtue.

Arthur Schnitzler, Le retour de Casanova, 1918, 10-18 1980, 190 pages, €5,00, e-book Kindle €1,49

DVD Le retour de Casanova, Édouard Niermans, 1992, avec Alain Delon, Elsa Lunghini, Fabrice Luchini, Fox Pathé Europa 2003, 1h34, €20,89

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma, Livres | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

La Chute de la Maison Usher de Roger Corman

Nous sommes en 1839, Edgar Allan Poe publie sa nouvelle, d’où est tirée le film. C’est dire l’état de l’Union, un pays encore sauvage, peu industrialisé, soumis à la bigoterie superstitieuse des Pères pèlerins du Mayflower en 1620 : les Puritains. Dix ans plus tard, avec mille autres pèlerins, l’avocat John Winthrop fonde la ville de Boston, lieu du drame Usher. La « croyance » en la « malédiction » familiale agit comme un « péché originel » (tous termes bibliques), suscitant l’hypocondrie, la dépression, la mort lente. L’histoire remue les sentiments de peur, de culpabilité, de prédestination.

Si l’histoire a été inspirée d’un fait divers à la maison Usher de Boston, détruite en 1830, où l’on a trouvé les corps d’un marin et d’une jeune femme emmurés dans le cellier par le mari, l’écrivain Poe en 1839 comme le réalisateur Corman en 1959 – 120 ans plus tard – la rendent universelle. C’est une vision du roman gothique déjà post-romantique et presque psychanalytique de l’esprit humain. S’y confrontent le rationnel et l’irrationnel, l’exploration des peurs ancestrales et la critique sociale, le sentimental et le macabre, le naturel et le surnaturel. On se moque des Lumières, on a peur de l’inconnu, de l’étranger… comme Trump, ce remugle qui sourd des profondeurs yankees.

Roderick (Vincent Price) et Madeline Usher (Myrna Fahey, 26 ans au tournage) sont jumeaux. Philip Winthrop (Mark Damon, 26 ans lui aussi), qui a vu Madeline à Boston pleine de vie et de joie, s’est fiancé avec elle. Mais, dans la maison de famille où des générations d’Usher se sont succédées, toutes criminelles, déviantes et maléfiques, Roderick le sensible, peintre halluciné, « croit » que sa sœur et lui sont atteints d’une tare congénitale, voire deviennent lentement abhumains. D’où sa misanthropie, sa dépression, son hypersensibilité des sens, son hypocondrie qui voit la maladie le ronger, sans savoir laquelle. Tout le contraire de ce que les Puritains fondateurs de Boston prônaient, une alliance communautaire et avec Dieu. Notez que Philip porte le même nom que l’avocat fondateur de Boston, convaincu que la vie en communauté était la seule façon d’être humain. En s’isolant, Roderick et sa sœur se mettent à l’écart de leurs frères et sœurs chrétiens et de Dieu ; ils sont condamnés au Mal et à la stérilité. Par mimétisme de jumeau (sans grimper aux rideaux de l’inceste, comme certains en ont émis l’hypothèse), Madeline réagit comme Roderick : elle se ronge, dépérit ; son frère-pareil déteint sur elle. Est-ce la maison qui reflète l’âme de Roderick ou l’âme de Roderick qui laisse la maison se ruiner ? Éternelle question du « to be, or not to be » du prince Hamlet dans Shakespeare, dilemme de choisir la douleur de vivre ou de mourir.

Philip, robuste jeune homme sain de corps et d’esprit, arrive à cheval visiter les Usher. Tout le paysage alentour se meurt, la terre stérile, les arbres secs, le lac sombre, la brume épaisse qui monte des eaux, la maison qui se délabre. Et Roderick qui refuse toute visite, avant de céder, contraint et forcé par Philip. Et Madeline, anémique, asthénique, qui ne revit qu’en songeant à l’amour (plus qu’au désir). Philip, qui est la vie, la vitalité, l’élan, va dès lors combattre Roderick, qui est la mort, l’abandon, l’entropie. Qui de Dieu ou du Diable va gagner ? Même la maison semble en vouloir au fiancé, cherchant à le tuer par la chute d’un lustre sur sa tête, l’écroulement d’une balustrade sous sa main, une bûche qui jaillit de la cheminée pour le brûler. Mais Philip est déterminé à enlever Madeline dès le lendemain pour l’arracher à cet univers putride.

C’est compter sans son jumeau, Roderick, qui la fait entrer en catalepsie en lui contant ses inepties. Philip la croit morte et, de fait, elle est mise en cercueil, puis en entreposée dans la cave, où sont tous les Usher depuis trois générations. Sauf qu’elle a été enterrée vivante et gratte le cercueil de ses ongles jusqu’au sang. Son fiancé, qui ne veut pas croire à sa mort, finit par se douter que Roderick ment sur l’état de sa sœur, pour conforter la prédestination génétique et morale qu’il croit irrémédiable. Le domestique Bristol (Harry Ellerbe), au service de la famille depuis soixante ans (ayant commencé à l’âge de 10 ans) l’avoue à demi-mot. Aussitôt Philip, qui s’apprêtait à partir, délaisse veste et manteau pour se ruer en chemise dans le caveau sous la maison, où il découvre, dans une pièce masquée, un cercueil ouvert contenant des traces de sang. Madeline a réussi à se dégager des chaînes mises par son frère et à s’enfuir comme une morte-vivante.

Mais elle est devenue folle – on le serait à moins. Subjuguée par son jumeau, isolée de son fiancé qui aurait pu la faire émerger des brumes de l’irrationnel, elle a perdu toute raison. Les yeux fixes, agrandis par l’horreur, elle remonte dans le salon par un passage secret et se rue sur son frère pour l’entraîner dans la mort qu’il a voulu lui donner. Ses forces décuplées par la levée de tous les tabous raisonnables, elle l’étrangle tandis que la maison s’écroule, la fissure qui menaçait depuis longtemps le mur porteur s’étant agrandie. Le sol, trop près du lac, est instable, comme si l’eau noire voulait engloutir la demeure et les humains qui avaient osé le défier. La géologie du Massachussetts est volcanique, parsemée de marécages paléozoïques de charbon et de lacs glaciaires. Les murs en bois de la maison Usher s’enflamment, de par les feux des cheminées et la volonté du Diable, et seul Philip réussit à en réchapper, en chemise blanche comme un ange de Dieu ou un pur, lui qui était venu combattre le mal et apporter ici la vie.

Un film robuste, servi par des acteurs puissants et un décor gothique. Une méditation sur la superstition américaine, le laisser-aller asthénique et la mort – ou le choix de vivre.

DVD La Chute de la Maison Usher (The Fall of the House of Usher), Roger Corman, 1960, avec Eleanor LeFaber, Harry Ellerbe, Mark Damon, Myrna Fahey, Vincent Price, Sidonis Calysta 2024, 1h19, €9,58

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Les autres films gothiques de Roger Corman chroniqués sur ce blog

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Le secret de la pyramide de Barry Levinson

Les scénaristes inventent la première aventure de Sherlock Holmes, que son père fait débuter à l’âge adulte. Ici, Sherlock (Nicholas Rowe) est un lycéen de 17 ans à l’école londonienne vénérable (et privée) de Brompton Academy en 1870, en pleine époque victorienne. En fin de trimestre, il accueille comme voisin de dortoir un échappé d’une école en faillite, John Watson (Alan Cox). Les acteurs ont respectivement 19 et 15 ans, mais sont crédibles comme ados d’âge intermédiaire, ce qui n’est pas toujours le cas au cinéma.

Dès le premier abord, Sherlock fait montre de ses capacités d’observation et de déduction sur John, lui donnant son nom, son origine, son goût pour les pâtisseries – il se trompe seulement sur son prénom, qui n’est pas James mais John. Ce dernier veut devenir médecin comme son père et répugne aux aventures qui le détournerait de son droit chemin. Nous sommes dans le schéma classique du meneur et du raisonnable, l’un entraînant l’autre qui le contient – mais l’aide et le complète.

Des morts mystérieuses se succèdent par coups de folie, après que le spectateur ait vu une silhouette encapuchonnée de noir souffler une fléchette par une sarbacane. Les hommes touchés ont d’horribles hallucinations et finissent par se donner la mort pour y échapper, soit en se jetant par une fenêtre, soit sous les roues d’un fiacre, soit en se poignardant en croyant tuer un dragon qui leur dévore le ventre. Dans le même temps, des jeunes filles disparaissent, pas moins de cinq. Holmes, à la lecture des faits divers et des nécrologies de presse, en est intrigué : quel est le lien entre tous ces décès et disparitions ? Il y en a forcément un, les coïncidences étant rarement fortuites. Mais l’inspecteur Lestrade au nez court en forme de groin (Roger Ashton-Griffiths), à qui il confie ses interrogations, ne veut rien entendre. Il est heureux d’être dans son bureau à ne rien faire – jusqu’à ce qu’il se pique lui-même avec une épine sortie de la fameuse sarbacane, apportée comme preuve par Holmes…

Sherlock, en jeune homme normal, est amoureux de la seule fille de son âge présente dans l’établissement, Elisabeth (Sophie Ward), la nièce du professeur émérite Rupert Waxflatter (Nigel Stock), autorisé sur les instances du maître d’escrime Rathe – prononcez à l’anglaise Rathi (Anthony Higgins), à rester demeurer dans les greniers, où il poursuit ses inventions. Il expérimente en effet un engin volant à pédales, muni d’ailes de chauve-souris, que ses semi-échecs ne découragent pas de perfectionner.

Par la jalousie de Dudley (Earl Rhodes), un élève de sa classe qui voudrait s’emparer d’Elisabeth pour sa vanité de jeune mâle de la haute société, et pour avoir gagné son pari de retrouver un trophée en 60 mn, Holmes est accusé de tricherie à un examen et renvoyé de l’académie. Son professeur d’escrime dit le regretter, mais le conseil d’administration reste inflexible. Il apprécie publiquement le jeune homme, qui l’a mouché plusieurs fois au fleuret, mais se fait moucher à chaque fois qu’il se laisse prendre par ses émotions. Une leçon que Sherlock retiendra : pour être efficace, raison d’abord.

Holmes serre la main de Watson devant son fiacre qui va l’emmener chez son frère aîné, quand ils entendent des coups de sifflet et le rugissement d’alerte du rhombe d’un policeman. Un homme s’est poignardé dans une boutique de curiosités exotiques. C’est Waxflatter, qui meurt après avoir prononcé à l’intention de Holmes ce simple nom : Ithar. Watson découvrira, mais un peu tard, qu’il s’agit d’une anagramme. Il a ramassé un étrange objet en os qui ressemble à une flûte, mais que l’antiquaire de la boutique lui dit être une sarbacane égyptienne. Dans la bibliothèque bien fournie de l’école, dans laquelle Holmes revient clandestinement, il découvre avec Watson que cet instrument était utilisé par une vieille secte d’adorateurs d’Osiris, les Rame Tep.

Un temple de ces fanatiques existe en plein Londres, dans le quartier mal famé des docks, et Holmes ne peut s’empêcher d’y entraîner Watson et Elisabeth pour en savoir plus. Dans un dépotoir abandonné, il découvrent un pyramidion dont Holmes énonce qu’il pourrait s’agir du « sommet émergé de l’iceberg ». Trait d’humour britannique, le plancher pourri cède et les trois se voient glisser jusqu’en bas d’une grande pyramide en bois, dont le sommet seul émergeait. Des bruits étranges à l’intérieur : la secte en cérémonie. Un vasistas permet d’accéder aux yeux du bélier Amon, qui surmonte la scène. Des sectateurs sont en train d’envelopper de bandelettes une jeune fille inerte, droguée, avant de la porter en sarcophage. Le grand prêtre à tête d’Anubis actionne deux leviers qui font couler un liquide bouillonnant sur son corps et elle crie. « Arrêtez, elle est vivante ! » ne peut s’empêcher de hurler Holmes, et les voilà découverts et pourchassés.

Touchés de fléchettes, ils se retrouvent dans le cimetière de Londres où ils ne tardent pas à avoir chacun des hallucinations, correspondant à leurs inconscients. Seul Holmes se retrouve en proie à une hallucination « réelle », un sectateur brandissant un sabre courbe pour le trancher. Il se défend en escrimeur à l’aide d’une pique tirée de la barrière en fer d’une tombe, jusqu’à ce qu’un policeman mette l’assaillant en fuite. C’est après cette aventure que Holmes jette sur le bureau de Lestrade les fléchettes empoisonnées qui les ont touchés et que Lestrade, toujours lent à comprendre, finit par y arriver.

Dans le grenier de Waxflatter, Watson découvre une gravure représentant les camarades d’une école où le professeur est en compagnie de tous ceux qui sont morts par faux suicides après les hallucinations. Seul l’un d’entre eux est encore vivant, Chester Cragwitch (Freddie Jones), claquemuré dans son château mal protégé. Holmes et Watson lui rendent visite, conduisant ainsi sans le vouloir la silhouette à sarbacane vers sa dernière victime. Cragwitch apprend aux garçons qu’étant jeunes, et très amis, ils avaient décidé en commun de bâtir un hôtel en Égypte, pays favorable à ce nouveau sport anglais qu’est le tourisme. Lors de la construction, les ouvriers avaient mis à jour un ancien tombeau et les villageois s’étaient révoltés, conduisant la troupe à intervenir, dans ces premières années d’occupation de l’Égypte par l’empire. Depuis, la bande d’amis qui avaient renoncé à leur investissement, étaient en butte à la vengeance de deux enfants échappés du massacre et de l’incendie du village, Ithar et sa sœur.

Holmes ne tarde pas à comprendre de qui il s’agit, ce pourquoi Rathe et Mme Dribb (Susan Fleetwood), la gouvernante infirmière du collège, enlèvent Elisabeth comme cinquième momie à sacrifier à Osiris – une femme pour chaque homme tué. Holmes utilise la machine volante du professeur, améliorée grâce à ses soins, pour suivre le fiacre de Rathe jusqu’au temple secret de la secte, où Elisabeth doit être sacrifiée selon les rites. Lui et Watson ne savent que faire en assistant à la scène ; ils ne sont que deux devant une centaine de fanatiques.

Mais Holmes a une idée, fondée sur la physique : il suffit de desceller une seule poutre de l’assemblage en bois de la pyramide pour qu’elle s’écroule. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le ravage provoqué empêche le liquide bouillant de tuer Elisabeth sous bandelettes, met le feu aux tentures et au bois, fait courir les sectateurs dans tous les sens. Mme Dribb, qui s’avère être la sœur de Rathe (n’oubliez pas de prononcer Rathi), dont le nom à l’envers est Ithar, veut tuer Holmes d’une fléchette, mais celui-ci, au corps à corps avec elle, souffle le premier, ce qui exécute la meurtrière. Ithar a enlevé une fois de plus Elisabeth et l’emporte dans son fiacre, mais Watson réussit à prendre l’initiative d’user d’une corde et d’un grappin pour l’en empêcher, et sauver Holmes des flammes par la même occasion. Rathe tire au pistolet et Elisabeth, qui s’est interposée, est touchée mortellement au ventre. Sherlock Holmes affronte alors Rathe-Ithar en duel au-dessus de l’eau gelée de la Tamise, pas moins de dix centimètres de glace en cette période de petite glaciation intermédiaire. Il finit par avoir le dessus et Ithar finit sous la glace… jusqu’au post-générique, mais il faut en supporter la litanie des centaines de gens pour faire un film jusqu’au bout. Après l’enterrement d’Elisabeth, Holmes quitte Watson pour les vacances, mais ne reviendra pas à l’académie Brompton. Il promet cependant de revoir son ami, qui va poursuivre paisiblement ses études de médecine.

Premier film à intégrer une image de synthèse, le chevalier hallucinatoire sorti du vitrail, supervisée par John Lasseter à la tête du jeune studio Pixar, il n’a pas connu le succès escompté, on ne sait trop pourquoi. L’air du temps n’était peut-être pas à l’aventure, au sectarisme égyptien (qui fera le succès de La Momie en 1999), à l’exercice de la raison. On préférait les gros muscles de Schwarzy à l’adolescent longiligne, et la grêle de balles aux déductions intellectuelles.

DVD Le secret de la pyramide – Young Sherlock Holmes(Pyramid of Fear), Barry Levinson, 1985, avec Nicholas Rowe,‎ Alan Cox, Anthony Higgins, Sophie Ward, Susan Fleetwood, Paramount Pictures France 2004, doublé Allemand, Anglais, Espagnol, Français, Italien, 1h44, €5,99, Blu-ray €12,82

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Florence Foster Jenkins de Stephen Frears

C’est toujours la même histoire, celle de cette riche américaine fan de musique et qui chantait faux. Mais pas au point de renoncer à se produire comme une grande star, sous les rires du public. Aux États-Unis, l’argent peut tout, pardonne tout, même le ridicule. C’est que « Madame Florence » officiait en 1944, à une époque où les financements de la culture étaient la dernière roue du carrosse. La guerre en Europe et surtout dans le Pacifique occupait tous les esprits, et New York était à la diète. Qu’une mécène offre de remplir le Carnegie Hall était une aubaine à ne pas laisser passer.

Un premier film sur le même sujet, Marguerite, est sorti en 2015, chroniqué sur ce blog. Pourquoi en sortir un nouveau en 2016 ? Peut-être parce que c’était l’anniversaire des 70 ans de la performance de Madame Florence – suivie de sa mort.

Le film de Stephen Frears aborde l’histoire sous un angle différent, peut-être plus proche de l’histoire réelle, avec une brochette d’acteurs de qualité : Meryl Streep, Hugh Grant, Simon Helberg. Il centre l’histoire sur la compassion pour les illusions d’une vieille dame, sur l’amour que lui porte son dernier mari malgré ses frustrations, sur l’élan « communautaire » (les yankees adorent ce mot) qui soutient et applaudit l’actrice. En bref sur « la passion » qui justifie tout…

Car Florence Foster Jenkins (Meryl Streep) ne sait pas chanter. Elle n’a aucune oreille, malgré ses efforts et ses cours avec les « meilleurs » professeurs. Elle n’émet, passé certains tons, que des glapissements, halètements, caquètements, barrissements, rugissements, sous les yeux effarés de Cosmé son pianiste (Simon Helberg). Elle chante le « ha! ha ! ha ! » de Papageno dans La Flûte enchantée comme une poule qui pond un œuf. Les gens qui savent à quoi s’en tenir, qui ne comprennent rien à la musique ou qui sont sourds d’une oreille, applaudissent pour faire comme tout le monde. Les mélomanes se roulent par terre de rire devant les couacs. Comme cette jeune danseuse de cabaret, vulgaire mais bien roulée, amenée au concert par un ami de Florence Foster Jenkins. Elle explose de rire, se plie en deux, et doit sortir à quatre pattes de la salle, poussée par St Clair le mari (Hugh Grant).

Les concerts de Madame Florence sont des œuvres de charité, pour qu’elle y croie. Même le célèbre chef d’orchestre Toscanini y assiste religieusement (John Kavanagh), de même que le compositeur de comédies musicales Cole Porter (Mark Arnold). Ils divertissent aussi la troupe en permission, ravis de rire de si bon cœur. Il est dit que l’enregistrement de la catastrophe reste aujourd’hui encore le plus demandé du Carnegie Hall depuis sa création. Preuve qu’à Yankee rien d’impossible : le talent ne compte pas, il suffit d’avoir l’argent. La vulgarité culturelle méprise le grand art au profit de la bouffonnerie. Trompe et sa clique nous le prouvent tous les jours.

Reste un film doux-amer, avec une belle performance des acteurs. On y croirait presque, dans un monde idéal.

Oscar de la meilleure actrice 2017 pour Meryl Streep

DVD Florence Foster Jenkins, Stephen Frears, 2016, avec Meryl Streep, Hugh Grant, Simon Helberg, Nina Arianda, Rebecca Ferguson, Pathé 2016, doublé anglais, français, 1h50, €7,71, Blu-ray €12,26

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Damien – La Malédiction 2 de Don Taylor

Un film sataniste de la fin des années 1970, un peu fade aujourd’hui, rien à voir avec L’Exorciste. Nous sommes cependant dans le même registre : le Diable s’incarne en enfant (évidemment américain) pour réassurer son pouvoir sur le monde (à l’heure où la guerre du Vietnam humiliait la vanité yankee). Il est curieux que le gamin se prénomme Damien (Jonathan Scott-Taylor), saint jumeau de son Côme, guérisseur anargyre. Le Damien diabolique n’a qu’un demi-frère, Mark (Lucas Donat), qu’il déclare son « ami » mais qui refuse de le suivre lorsqu’il sait, en écoutant aux portes puis en lisant l’Apocalypse de la Bible, que Damien est « né du chacal » et que son père a voulu le poignarder étant enfant pour conjurer le mal.

Car un premier film en 1976, La Malédiction, a mis en scène Damien en gamin de 5 ans adopté par l’ambassadeur américain Thorn à Londres. Le père Brennan lui avait révélé qu’il pouvait être l’Antéchrist. Comme lors de la découverte de la tombe de Toutankhamon, ce premier film a été « maudit », une suite d’accidents s’étant produits peu après. Un gros succès pour une niaiserie, d’où les suites.

Le biblicisme invétéré d’Hollywood, centré plus sur l’Ancien testament que sur le nouveau, racole toutes les répugnances chrétiennes des origines. Le film commence d’ailleurs dans les sous-sols de Jérusalem, au mur de Yigael, où une statue de la Grande prostituée (de Babylone) est découverte avec une peinture de l’Antéchrist (qui a les traits de Damien). Les chrétiens étaient une secte rigoriste sous les Romains, et accusaient toutes les représentations des dieux païens d’être le Mal – puisqu’eux-mêmes se disaient être le (seul) Bien. D’où leur anti-wokisme d’époque envers le dieu égyptien des morts Anubis à tête de chacal, le dieu Amon à tête de bélier mais qui prend toutes les formes (comme Satan), le corbeau messager de Loki maître des runes scandinaves.

Cette fois, Damien aborde les 13 ans, âge habituel de la puberté, donc de l’initiation au monde adulte dans toutes les sociétés humaines. L’âge où « les pouvoirs » se révèlent, à commencer par celui des muscles qui poussent, et de la volonté qui s’affirme par le regard. Celui de Damien tue, comme il le montrera, la première fois sans le vouloir contre un condisciple agressif, la seconde fois exprès, contre son frère et ami qui se refuse à lui. Les parents qui l’ont à nouveau adopté (le frère de l’ambassadeur Thorn et sa seconde femme) ont mis les garçons dans une école militaire. Mais les satanistes infiltrent la société (en « dark state » selon le complotisme Trompeur). Tous ceux qui s’opposent à Satan et à ses pompes sont éliminés : la tante Marion (Sylvia Sidney) qui déteste Damien, le directeur-adjoint Atherton (Lew Ayres) dans la multinationale Thorn qui voit d’un mauvais œil l’insistance sur les engrais et pesticides au détriment de l’énergie et de l’électronique, la journaliste Joan Hart (Elizabeth Shepherd) qui a vu Damien peint sur le mur de Yigael à Jérusalem, le docteur noir (Allan Arbus) qui a découvert que les cellules de Damien différaient de celles des autres, Mark qui se refuse, son nouveau père adoptif Richard (William Holden) qui a découvert sa véritable nature et que sa femme Ann (Lee Grant) tue avec les poignards rituels d’exorciste, elle-même grillée dans l’incendie du musée déclenché par Damien…

Inutile de rappeler que toutes les femmes sont hystériques dans le film, vues selon l’époque, la journaliste étant particulièrement stupide en battant des bras au lieu d’empoigner le corbeau qui lui saute sur la tête. Quant à la fausse « mère », marâtre de Mark et mère adoptive seulement comme épouse de Damien, elle bat les records d’émotionnel sans un brin de raison. Damien, malgré les 16 ans de l’acteur au tournage, a encore le visage d’un gamin, malgré son impassibilité de regard qui le rend mystérieux. C’est ce contraste qui donne un certain charme au film, malgré les ficelles grossières des « sorts », bien moins réussis que ceux de la série Destination finale.

Mais pourquoi le prénom Damien ? Peut-être parce que Damian sonne comme demon en américain ? Damia était un surnom de Cybèle, déesse de la nature sauvage ; il signifierait dompter. Les Français, déchristianisés, moins outrageusement superstitieux et plus rationnels qu’Outre-Atlantique, n’ont pas craint de donner le prénom Damien à leurs garçons, surtout durant la période 1976-2006 (date du dernier film de la série). Comme quoi le diable ne se niche pas dans les détails.

DVD Damien – La Malédiction 2 (Damien – Omen 2), Don Taylor, 1978, avec Jonathan Scott-Taylor, Lee Grant, Nicholas Pryor, Robert Foxworth, William Holden, 20th Century Studios 2005, doublé anglais, français, 1h42, €17,88

DVD La Malédiction, intégrale en 6 DVD : La Malédiction – Damien, la malédiction II – La Malédiction finale – La Malédiction IV L’éveil – La Malédiction 666, Fox Pathé Europa 2006, doublé anglais, français, €119,00

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Woody et les robots de Woody Allen

Le Dormeur (Sleeper) s’appelle Miles (Woody Allen). Patron d’une boutique d’aliment naturels et accessoirement concertiste de jazz, il est entré à l’hôpital un beau matin de 1973 pour une lésion cancéreuse à l’estomac. Il se réveille deux cents ans plus tard, en 2173, dans une clinique spéciale… Il a été cryogénisé, comme c’était la mode nouvelle au début des années 70, une science de fiction qui « croyait » (oui, les scientifiques peuvent « croire » sans savoir) que l’on pourrait soigner dans le futur et que conserver le corps suffirait pour poursuivre sa vie.

Ceux qui le réveillent de sa capsule, où il est soigneusement emballé dans du papier alu, sont des scientifiques « résistants », car, en deux cents ans, le gouvernement a bien changé. Les fantasmes des années 70 étaient au pouvoir grandissant des multinationales, à la tendance à la technocratie autoritaire, au pouvoir fort. Les États-Unis étaient alors sous Richard Nixon, président conservateur et un peu paranoïaque, qui faisait « écouter » ses adversaires (affaire du Watergate), bien qu’il réussisse bien dans les affaires internationales (ouverture à la Chine, fin de la guerre du Vietnam, limitation des missiles SALT avec l’URSS, arbitre lors de la guerre du Kippour, fin de la convertibilité du dollar en or, mais renversement d’Allende au Chili). Évidemment, pour la gauche woke post-hippie, c’était un réactionnaire, et les bourgeoises aisées se rangeaient derrière « la révolution ».

Woody Allen en joue avec le personnage de Luna (Diane Keaton), envolée snob dans la lune qui convie ses « amis » dans son genre à une party chez elle où se faire du bien est l’essentiel des échanges. L’un d’eux arbore même une croix gammée sur sa tunique, car il trouve ce symbole amusant. Elle se croit « artiste » en déclamant un poème de sa composition, désolant de banalité et avec au moins une faute de sens, et se console en s’isolant avec un jeune blond bronzé dans la cabine d’excitation génésique où il « font l’amour » chacun tout seul et tout habillé. Cet orgasmatron est inspiré du psychiatre Wilhelm Reich, juif obsédé de sexe, fort à la mode dans les années hippies.

C’est dire combien ce film loufoque et drôle est une satire de ces milieux gauchisants et utopiques, inaptes à voir la réalité et se cantonnant au plaisir. Une satire aussi du futur technologique et technocratique à la Orwell et Musk, où l’Etat-policier surveille tous le monde, envoyant sa police en rouge (comme les pompiers) pour éteindre l’incendie qui couve chez les têtes brûlées. Le portrait du Président, appelé simplement The Leader (le Chef, comme on dirait Le Dictateur chez Chaplin ou le Caudillo chez Franco) trône dans toutes les maisons, et il ferme chaque soir les programmes télé face à la mer, avec son chien-loup berger allemand. Las ! Les résistants font sauter sa résidence et il ne reste qu’un nez. Les savants veulent donc l’utiliser pour le cloner et reproduire un Président, tel un dieu ou un Staline (cryogénisé au cas où). Le thème du « nez » sera repris en grotesque outré par Jonathan Littell dans Les Bienveillantes. Miles et Luna parviendront à infiltrer la clinique du projet Bélier, qui consiste à cloner le nez dictatorial, à le voler au vu et su de tous, et à la détruire en le faisant passer sous un rouleau compresseur.

Dès son réveil, Miles doit fuir, la police-qui-sait-tout envahissant la clinique pour « reprogrammer » les cerveaux déviants (comme en URSS et sous Poutine et Xi). Il se réfugie dans une camionnette qui convoie des robots domestiques ayant besoin d’être réparés et, pour ne pas être reconnu lors d’un contrôle de l’omniprésente police, se déguise en robot. Il marche impassible et saccadé comme Buster Keaton et use de facéties à la Charlot. Livré à la bourgeoise Luna, il se bat avec un « gâteau instantané » de l’industrie du pratique-pas-cher qui sévit chez les femmes en mal de féminisme : il prolifère comme un blob. C’est chez elle qu’il expérimentera un peu plus tard la machine à jouir. Or qui jouit ne résiste pas, CQFD : la société de consommation et de loisirs est construite pour laisser gouverner une caste restreinte.

Lorsque Luna rend son robot pour qu’on lui change la tête qui ne lui revient pas, Miles s’enfuit et la retrouve pour lui avouer qu’il n’est pas une machine mais un survivant du passé. Elle ne le croit pas, puis décide de dénoncer cet « étranger » qui vient troubler le doux présent aux autorités. Tout ce qui change de la routine du plaisir est une menace intolérable – aujourd’hui encore avec la chasse aux immigrés aux Etats-Unis. Miles l’enlève alors et la fait camper dehors, elle qui n’a jamais quitté sa maison confortable, et la fait se nourrir de céleri géant et de banane géante, production industrielle générée artificiellement. Elle finit par alerter la police et fait endosser à Miles une combinaison pour ne pas être reconnu. Mais c’est une camisole gonflable, ce qui donne un beau numéro sur le lac où ils s’évadent en nageant. Car Luna va être prise par les policiers qui lui disent qu’elle a été « contaminée » par un contact trop prolongé avec cet « étranger » (comme en URSS). Ils fuient sur le lac et un tir de la police fait fuser la combi qui les propulse à une vitesse de hors-bord et leur permet de s’échapper.

Les deux se disputent en parfait couple et Luna tombe amoureux de Miles qui tombe amoureux d’elle. Lui finit par être capturé et son cerveau lavé, tandis qu’elle rejoint les révolutionnaires sous la houlette du jeune, blond, grand, beau, musclé Erno (John Beck) – en bref « un parfait nazi » comme lui dira Miles (réplique reprise dans Les Bronzés par Michel Blanc) – lui qui est mûr, brun, petit, laid, racho – en bref un parfait juif. C’est Luna qui fait enlever Miles reprogrammé par la résistance, et Erno le déprogramme par hypnose pour le faire revenir à sa vraie personnalité. D’où une scène désopilante d’un repas juif avec ses parents juifs dans son enfance juive du quartier juif de Brooklyn où Miles juif a vécu enfant. Rire de soi est le meilleur rire ; il est de tendresse.

Le garçon est cependant jaloux de la fille quand il la voit embrasser le bel Erno. Elle croit à l’amour libre, pas lui. Elle invoque alors « la science » comme on lui a appris. Elle aurait « prouvé » que les hommes et les femmes ne peuvent pas avoir de relations durables en raison d’incompatibilités chimiques. Miles ne le croit pas. C’est dire que, comme Nietzsche le pensait, la science est pour lui aussi une croyance, dès qu’elle sort des protocoles de l’expérience en double aveugle. D’ailleurs, en quoi croit-il ? Pas en Dieu, pas en la politique, il avoue qu’Erno le révolutionnaire deviendra aussi autoritaire et infect que le Dictateur lorsqu’il aura le pouvoir, l’expérience l’a montré. Il croit en deux choses : le sexe et la mort, mais la mort reste au fond la seule certitude. Et ils finissent par un baiser goulu, fusionnel, impossible.

Une dystopie réaliste au vu de ce que nous préparent Trump, Vance, Musk et les autres !

DVD Woody et les robots (Sleeper), Woody Allen, 1973,avec Woody Allen, Diane Keaton, John Beck, Mary Gregory, 20th Century Fox 2007, 1h24, €12,95

The Woody Allen Collection : Bananas + Woody et Les Robots + Tout ce Que Vous Avez Toujours voulu Savoir sur Le Sexe, MGM / United Artists 2012, doublé anglais, français, €49,90

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Pas de printemps pour Marnie d’Alfred Hitchcock

Au début des années 1960, Marnie, une jeune femme aux cheveux noirs (Nathalie Kay, dite Tippy, Hedren), longues jambes mises en valeur par les hauts talons de rigueur, est employée d’une firme de conseil juridique. L’un des clients, Mark Rutland (Sean Connery) la remarque en passant, mais c’est lorsque Sidney Strutt (Martin Gabel), le patron de la firme, lui dit qu’elle a filé avec la caisse, elle qui travaillait sans erreur et ne rechignait pas aux heures supplémentaires, que Mark s’y intéresse.

Avant de reprendre et de redresser l’affaire de son père, la maison d’édition Rutland, il était zoologue et se passionnait pour le comportement des animaux. Il en a gardé un côté prédateur, avide de comprendre les bêtes de proies avant de les dompter. C’est ce qu’il avoue à Marnie, la voleuse et menteuse, lorsqu’il l’embauche dans sa propre firme comme secrétaire-comptable. Elle a changé d’identité et de coiffure, mais il la reconnaît pour l’avoir remarquée chez Strutt. Il l’observe, la guette, un brin amusé. Sa différence avec les poupées habituelles de son milieu l’intéresse, l’excite. Il la désire, en tombe amoureux. C’est que Marnie n’a peur de rien, et en même temps des orages, de la couleur rouge et que les hommes la touchent. En ce temps de la psychanalyse à l’honneur, c’est une névrose. Hitchcock adore ça. Il a déjà réalisé Psychose, qui a été un grand succès, et remet le couvert.

Avec moins d’allant, moins de budget, le défilement d’images derrières les pare-brises des autos ou la chevauchée à cheval est trop visible, et trop risible aujourd’hui. C’est que la jeune femme n’a qu’un seul amour, violent, celui des chevaux. Elle a acheté avec le produit de ses vols un cheval noir, Forio, qui est comme un mâle de substitution pour elle. Elle le monte souvent et cela lui fait des sensations. Mais Mark Rutland ne lui est pas indifférent avec son côté viril, fort et sûr de lui. Elle accepte de se réfugier dans ses bras lorsqu’un orage éclate, et même de se laisser embrasser.

Mais Marnie reste la proie de ses démons. Elle observe elle aussi les comportements qui l’intéressent. Le comptable ne se souvient jamais de la combinaison du gros coffre dans son bureau, qui contient beaucoup de liquide, et vient à chaque fois ouvrir le tiroir en haut à droite du bureau de sa secrétaire principale pour le lire. Il a une clé, la secrétaire une autre. Marnie le note et, un vendredi soir avant week-end, elle s’isole dans les toilettes en attendant que tout le monde parte, pour aller dérober une forte somme. Elle a pris la clé dans le sac à main de la secrétaire, appelée ailleurs un moment. Suspense, la femme de ménage s’avance pour partir plus tôt et elle est déjà dans le couloir. Mais, par chance, elle est sourde et n’entend pas l’escarpin qui tombe, mal entré dans la poche de cette gourde de Marnie.

Mark, qui l’a sortie au restaurant, aux courses, et l’a présentée à sa famille au manoir, la soupçonne aussitôt, car elle a disparu en même temps que le fric. De plus, un turfiste l’a reconnue sous un autre nom et, bien qu’elle nie, il a insisté. Mark fait donc sa propre enquête, partant du cheval Forio, issu de Virginie, donc loin de cette Californie où Marnie dit être née Margaret. L’absence de cartes d’identité aux États-Unis et la multiplicité des États font qu’il est très facile de se faire délivrer une nouvelle carte de sécurité sociale, qui permet de travailler. Marnie en a plusieurs, cinq en tout, qu’elle utilise quand elle change d’apparence. Mark retrouve Marnie et lui laisse le choix : soit la police, soit le mariage avec lui. Contrainte, Marnie ne peut que s’exécuter.

Comme Lil (Diane Baker), la belle-sœur de Mark dont la première épouse est décédée, est amoureuse de lui et jalouse de Marnie, elle écoute aux portes et surprend les coups de fil, celui de Mark avec un détective privé, celui de Marnie à sa mère à Baltimore. Or la jeune femme avait déclaré que ses parents étaient morts lorsqu’elle avait 10 ans. Que veut-elle cacher ? Lil invite les Strutt pour confronter Marnie, et celle-ci est obligée d’avouer à Mark ses méfaits : ce n’est pas son premier vol, mais le cinquième. Il a remboursé la somme volée chez Rutland, mais Strutt qui l’a reconnue peut vouloir porter plainte, même s’il le dédommage. Il négocie avec lui.

Mark soupçonne un traumatisme psychique violent durant l’enfance de Marnie et, en bon zoologue, lit pour cela des ouvrages de psychiatrie, dont un titre est montré au lecteur sur la criminalité féminine due aux traumatismes psychiques. Lors du voyage de noces, en croisière sans escale, il s’aperçoit de l’ampleur du trouble. Marnie se refuse à lui, elle ne supporte aucune caresse et, lorsqu’il la voit en chemisette de nuit et qu’il la désire, elle le rejette. Il lui arrache le vêtement, ce qui la sidère comme une chouette prise dans les phares. Mais il s’excuse aussitôt et la couvre de son propre peignoir avant de la porter sur son lit. Le lendemain, Marnie s’est jetée dans la piscine du bateau – mais pas dans la mer, ce qui aurait été radical. C’est un appel au secours, le signe qu’elle veut être sauvée. Elle n’aime pas les psys, qui se réfugient dans leur jargon sans tenter l’empathie. Mark, un peu présomptueux mais sûr de sa foce tranquille, décide de l’aider par lui-même (Sean Connery est parfait dans ce rôle de James Bond civil).

Au retour dans le manoir familial de Philadelphie, il fait venir le cheval Forio, seul à même d’apaiser Marnie, murée dans la solitude de son trauma. Une chasse au renard a lieu et Marnie monte Forio, mais la vue du sang la panique et elle s’enfuit ; Forio s’emballe, paniqué par la panique de sa maîtresse qui ne le contrôle plus, pas plus qu’elle ne se contrôle elle-même. Il saute une haie, mais rate le saut d’un mur en pierre, et se blesse grièvement. Marnie, pourtant sans bombe sur la tête, n’a rien. Terrifiée, mais prise d’une étrange volonté, elle veut l’achever et demande pour cela un revolver à la maison proche. Sans tiquer, elle tire. Ce n’est pas son premier crime, soupçonne-t-on. Et de fait, le détective fait part à Mark d’un procès où, à l’âge de 5 ans, Marnie a tué un marin du port de Baltimore (Bruce Dern) à l’aide d’un tisonnier. Il venait, comme tant d’autres, besogner sa mère veuve pour l’aider à vivre.

Une fois de plus, Marnie tente de voler dans le coffre de Rutland, mais sa main reste figée au-dessus de l’argent ; quelque chose d’inconscient l’empêche de le prendre. Mark la surprend et lui dit que, puisque mariée, tout est aussi à elle et qu’elle peut – mais elle ne peut. Scène de psychologie un peu lourdingue, où l’inconscient apparaît comme une machinerie mécanique derrière la conscience, ce qui est un peu plus compliqué que cela. Mais cela déclenche chez Mark la volonté de confronter Marnie à sa mère, pour que les mots se mettent enfin sur les choses – et que le trauma soit rendu conscient.

Sa mère Bernice (Louise Latham) est impotente depuis « l’accident » avec le marin qui lui est tombé lourdement sur la jambe, et garde avec plaisir, contre paiement Jessie (Kimberly Beck), une petite fille blonde dont elle adore brosser les cheveux. Marnie s’est toujours demandé pourquoi sa mère ne voulait pas la toucher comme elle, lui brosser les cheveux comme elle. Elle a été sevrée d’amour et cela l’a rendue frigide en même temps que kleptomane pour compenser son manque affectif. La mère nie tout, mais un gros orage éclate (opportunément) et Marnie s’écroule, hystérique. Mark la prend contre lui et déroule à sa mère les minutes du procès. Bernice avoue : elle a eu Marnie à 15 ans et s’est prostituée après la mort de son mari pour l’élever. Elle sortait chaque soir du lit la petite fille pour y coucher les marins du port. Ce soir d’orage, l’un d’eux est venu au chevet de l’enfant qui pleurait de peur. Sa mère a cru qu’il voulait la violer et l’a frappé d’un tisonnier ; le marin s’est rebiffé et elle a crié au secours. Marnie a alors saisi le tisonnier et a frappé, frappé, frappé… Sa mère a décidé de s’accuser elle-même et a « cru le Seigneur » bienveillant de faire comme si de rien n’était. Sauf que le Seigneur n’est pas psy et que le diable a fait des ravages dans l’inconscient de la gosse.

Happy end, Marnie est enfin délivrée puisque les choses sont dites et avouées, et elle veut rester auprès de Mark, figure de force qui la rassure. Son angoisse obsessionnelle s’est envolée et elle veut bien à la fois être possédée et être aimée, renversement total. Grossièrement freudien, mais tourné avec une montée du suspense efficace qui tient en haleine malgré la longueur.

DVD Pas de printemps pour Marnie (Marnie), Alfred Hitchcock, 1964, avec Sean Connery, Tippi Hedren, Diane Baker, Louise Latham, Martin Gabel, Universal Pictures Home Entertainment 2017, doublé ‎ Anglais, Espagnol, Français, Italien, 2h04, €10 .00

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Hitchcock chroniqué sur ce blog

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Scoop de Woody Allen

Une comédie policière dans la période Londres du réalisateur. C’est léger, loufoque, pas très réussi. Le thème reprend Jack l’Éventreur et la théorie selon laquelle le tueur serait quelqu’un de la haute société. Il joue avec la naïveté féminine et avec l’ambition américaine sans entraves pour faire avancer l’enquête. Car Sondra Pransky (Scarlett Johansson) est étudiante en journalisme.

Lors de vacances à Londres, où elle vit en colocation avec deux consœurs, elle est invitée par l’une d’elle à un spectacle de magie pour gosses donné par Sid Waterman (Woody Allen). Il a choisi pour nom de scène « The Great Splendini », selon l’enflure commerciale yankee. Il parle trop et complimente lourdement chacun, selon la tactique commerciale yankee. Il masque ses bafouillements et ses maladresses sous une illusion sociale, selon la pratique commerciale yankee. En bref, il caricature les Américains exprès devant le public européen. Cela fait rire – un peu lourdement.

Sondra est appelée sur scène par hasard pour être « dématérialisée » dans une sorte d’armoire intérieurement tapissée de rayures verticales. Le tour est basique et sans intérêt, sauf de surprise. Et surprise il y a lorsqu’elle rencontre dans la boite un célèbre journaliste récemment décédé, Joe Strombell (Ian McShane) sous la forme d’un fantôme. Il lui révèle un scoop, qu’il a appris d’une femme sur la barque des morts, la secrétaire même du tueur qu’elle soupçonne de l’avoir empoisonnée parce qu’elle approchait de trop près la vérité. Excité et professionnel, il s’est échappé du voyage vers l’au-delà pour un moment, afin de livrer l’info à une journaliste. Le scoop est la probable identité du « tueur aux tarots », un assassin de putes aux cheveux courts et noirs qui ressemble à sa mère morte, et qui fait la une des journaux à Londres. Il s’agirait de Peter Lyman (Hugh Jackman), un jeune et riche aristocrate anglais voué à la politique, habitant un manoir de quatre cents ans d’existence.

Sondra, désorientée et novice (elle n’est journaliste que de son bulletin d’université) décide de mener son enquête et convainc Sid de lui prêter main forte. C’est l’alliance de la carpe et du lapin, de la niaise et du bafouilleur. Mais ça avance, cahin-caha. Sondra est courte et dodue, mais bien roulée. Quoi de mieux que de se mettre en maillot moulant une pièce (ce burkini des chrétiens puritains) pour s’offrir aux regards du bellâtre grand, musclé et velu, dans la piscine du club où il nage régulièrement ? Il suffira, dit Sid, qu’elle fasse semblant de se noyer pour que le héros la sauve et fasse sa connaissance. Ce qui est fait et réussi, non sans quelques blagues douteuses de Woody Allen du style « quand j’ai entendu au secours, je suis monté à la chambre avant d’accourir voir ce qui se passait ».

Mais tout va bien, c’est le coup de foudre de Peter pour Sondra, la femelle exotique américaine (malheureusement affublée de lunettes). Il l’invite tout de gob à une party que son père offre dans le manoir familial, véritable château entouré d’un grand parc. Là, il fait la visite à la fille et à son « père », qui se sont présentés sous un faux nom et une fausse parenté. Le clou est la salle sécurisée où il conserve sa collection d’instruments de musique précieux, dont un violon Stradivarius. C’est là probablement qu’il cache aussi ses secrets. Sondra couche avec lui dès le premier soir, les Américaines (il y a vingt ans), n’étaient pas prudes. Mais elle n’apprend rien, sinon que le beau gosse est un coup au lit, et elle en tombe amoureuse.

Hommage au journalisme d’investigation, le fantôme insiste ; il revient plusieurs fois sur terre titiller Sondra, et même Sid qui le voit aussi, afin qu’ils activent les recherches. Il livre même le code de la chambre forte, que Sid parvient à grand peine à mémoriser, toujours brouillon et foutraque, au point de l’avoir noté mais de l’avoir oublié dans un veston envoyé au teinturier. Par un procédé mnémotechnique, et en se trompant plusieurs fois, il parvient quand même à retrouver la suite de chiffres et, lors d’une soirée, pénètre dans l’endroit, d’où il ressort sans rien avoir trouvé. Sondra fera de même et et découvrira un jeux de tarots planqué sous un cornet à piston. C’est dans un sac de Peter que Sid va trouver une enveloppe vide sur laquelle est noté le prénom Betty. Or il se trouve que toutes les putes aux cheveux noirs et courts découvertes assassinées s’appellent Elisabeth ou Lisbeth, donc Betty, comme sa mère. Et qu’à chaque fois que Peter dit s’absenter pour une réunion, une pute passe de vie à trépas. Sauf que ce faisceau d’indices, comme on dit à la crim, surtout avec l’intervention du « fantôme », ne suffit pas à déclencher une enquête officielle, ni de la police, ni des journalistes. Il faut des preuves tangibles.

Sondra joue donc la chèvre ; elle avoue à Peter qu’elle lui a menti et que Sondra est son vrai nom. Peter, sans se démonter, lui dit que lui aussi a menti, il n’était pas à une soirée le jour où la dernière pute a été trucidée, mais à un rendez-vous d’affaires confidentiel avec des investisseurs saoudiens. Allez donc le prouver… Comme il sent le vent du boulet, il veut faire subir à Sondra le sort de son ex-secrétaire. Pour cela, rien de mieux qu’une promenade sur le lac, d’où il la flanquera à l’eau, puisqu’elle ne sait pas nager. Il préviendra alors les secours, éperdu et désolé, et tout sera réglé.

Sauf qu’évidemment, rien ne se passe comme prévu.

Ce film est un peu bête au premier degré, la vraisemblance n’étant pas de mise, d’autant que Sondra et Sid parlent beaucoup trop – à l’américaine. Mais il y a un second degré que l’on peut apprécier.

Au fond, démontre Woody Allen, tout est illusion : l’apparence sociale, dévoilée par le journalisme d’investigation ; la propension à tuer du narcissisme primaire, prolongement de celui de la mère pour l’enfant ; les tours de magie, qui sont de la manipulation ; le cinéma même, qui crée une réalité fictive. Dans toutes ces illusions, il faut savoir nager. En pessimiste profond, caractéristique juive selon lui, Woody Allen voit dans le cinéma le moyen d’échapper au réel de l’existence, cruel et vide de sens. Il déclare à une bourgeoise affidée au christianisme que lui s’est converti au narcissisme. C’est se prendre soi comme objet d’amour, puisque la mort est au bout de la vie (Woody Allen est athée).

La mort, d’ailleurs, est exorcisée dans le film sous la forme d’un être à capuche muni d’une faux et qui ne dit pas un mot, raide comme le destin. Le moment de la mort n’est pas montré à l’écran, ni celle du journaliste, ni celle de la dernière pute, ni celle du maladroit. Le film commence sur un enterrement et se termine par un accident mortel. Le cinéma comme exorcisme.

DVD Scoop, Woody Allen, 2006, avec Woody Allen, Christopher Fulford, Geoff Bell, Hugh Jackman, Nigel Lindsay, Scarlett Johansson, anglais, français, TF1 Studio 2011, anglais, français, 1h32, €14,99, Blu-ray anglais, français, €11,59

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Open Range de Kevin Costner

L’amour, la mort ; la violence, la liberté ; les grands espaces, se fixer. Tels sont les grands thèmes de ce film exigeant, qui a eu du succès même chez les Yankees, en général assez bas du plafond. Mais il y a les mythes qui agissent toujours : le Pionnier, le Justicier, la Rédemption, la Virilité. Car il y a évidemment une grosse bagarre, des centaines de balles dans un duel à la fin entre les bons et les méchants. Et devinez qui va gagner ?

Le scénario s’inspire du roman de Lauran Paine, The Open Range Men, paru en 1990. Open range, non traduit en français par flemme, signifie prairies ouvertes, autrement dit le droit de passage et de pacage pour tous les troupeaux dans cet immense espace qu’est le nord-ouest américain. La privatisation par un baron du bétail local est donc une tentative de s’approprier ce qui appartient à tous, une dérive de la loi au nom du plus fort. Elle s’oppose au droit et aux libertés – ce dont les machos brutaux et cyniques (ici un « Irlandais » immigré ») se moquent en imposant leur règle. Trompe ne fait pas autre chose, ce qui provoque ces deux mythes américains. D’où l’actualité de cet anti-western où le Pionnier peut dériver vers l’orgueil et se croire Dieu sur sa terre, alors qu’elle a été créée pour tous.

Un éleveur « Boss » Spearman (Robert Duvall) et ses trois cow-boys, Charley (Kevin Costner), le gros Mose (Abraham Benrubi) et l’adolescent de 16 ans John « Button » (Diego Luna, 24 ans) conduisent un troupeau de bovins vers l’ouest en traversant en l’an 1882 les terres du gros fermier qui a absorbé ses voisins par la menace, Denton Baxter (Michael Gambon). Tout irait bien s’ils n’avaient oublié « le café ». Il faudrait en acheter à la ville qu’on vient de passer, avant de poursuivre la route. Button se propose, mais il est trop tendre pour son Boss, d’où son surnom de fleur encore à éclore. Spearman l’a ramassé dans une ville du Texas « il y a quelques années » alors qu’il fouillait les poubelles pour manger. Il en a fait son employé et veille sur lui comme sur un fils adoptif. On apprendra en effet qu’il a perdu sa femme et son fils de 7 ans du typhus, des années auparavant. Il envoie donc plutôt Mose, un ours plutôt gentil avec les gens et qui s’occupe de l’intendance.

Sauf que Mose ne revient pas. Boss soupçonne un incident et part à la ville avec Charley, fidèle et efficace second. Ils laissent le gamin garder le chariot et surveiller les bêtes. Mose a été fourré en prison après avoir été tabassé pour avoir, selon la version officielle, déclenché une bagarre dans l’épicerie avec les hommes de Baxter. Il les a bien assaisonnés, cassant même le bras droit du tueur psychopathe de Baxter. Le Marshall Poole (James Russo) réclame par provocation 50 $ pour chaque infraction, s’ils veulent le libérer, ce qui ne plaît pas à Boss. Mais il négocie au lieu de tenter de régler la chose par la force. Baxter veut montrer qui est le patron en ville et y consent, mais à ses conditions : qu’ils quittent le pays avec leur troupeau avant la nuit. Sinon, il lâchera ses chiens et leur troupeau sera dispersé. Mais Mose a été salement amoché, et les deux hommes doivent le conduire chez le docteur Barlow (Dean McDermott) qui vit avec une femme dans leur petite maison bien entretenue. Charley croit que c’est sa femme ; il apprendra plus tard que c’est sa sœur. Il en tombe amoureux et se déclarera avant la grosse bagarre, croyant ne pas en revenir.

Ils retournent au chariot avec Mose, soigné mais faible sur son cheval, mais ne peuvent quitter le camp à la nuit. Ils sont donc menacés par les sbires de Baxter, qui avancent masqués comme des malfrats du Ku Klux Klan, s’abritant derrière cet anonymat pour perpétuer leurs forfaits. Boss, qui connaît bien ce genre de gang, les surprend à la nuit avec Charley, les désarme et en tabasse un ou deux de ceux qui ont blessé Mose. Pendant ce temps, d’autres sbires ont attaqué le chariot, tué Mose d’une balle dans la tête et blessé sérieusement l’adolescent Button d‘une balle dans la poitrine avant de le frapper violemment sur le crâne. Ils ont tué même le chien, Tig, au nom de grand-mère Costner. C’est le tueur au bras cassé qui s’en est chargé, il « a eu du plaisir », dira-t-il.

Pas question donc de lever le camp, il faut attendre le matin et, si Button survit, le porter avec le chariot chez le docteur, et régler cette affaire de meurtre avec Baxter. Charley est un ancien soldat de l’Union qui a servi dans un commando spécial derrières les lignes, pendant la guerre de Sécession, et il est devenu en quelques mois un tueur sans scrupules. Il s’en repend, surtout en observant son Boss et ami qui négocie avant de tirer et qui est bienveillant avec les gens, dont le jeune Button. Mais il faut parfois tuer pour défendre ses droits, et affronter l’ennemi pour gagner sa liberté. Boss en est d’accord : ni Mose, ni Button n’avaient rien fait qui justifie leur massacre sous le nombre, alors qu’ils ne pouvaient même pas se défendre.

Ils confient Button à la maison du médecin, qui est parti soigner les sbires de Baxter amochés par eux hier soir. Ce sera Sue Barlow (Annette Bening) qui s’en occupera, comme une infirmière et une mère. Elle voit bien comment Boss se comporte avec le gamin et l’en apprécie pour cela. Aidés par Percy (Michael Jeter), un vieux gardien des chevaux, ils surprennent les hommes de main du Marshall et les chloroforment, à l’aide d’une bouteille prise dans la vitrine du docteur, avant de les enchaîner en cellule. Boss ne veut pas les tuer. Mais Baxter les délivre et décide d’affronter les deux hommes pour les descendre, montrant qui est le patron sur cette terre. Il ne sait pas que c’est Dieu, mais va très vite s’en rendre compte. Le Seigneur, ce « salopard qui n’a rien fait pour défendre Button », grommelle Boss, change de camp et donne l’avantage à Charley. Il descend dès les premiers coups le tueur psychopathe d’une balle dans la tête, et les deux plus dangereux sbires d’une autre balle chacun dans le buffet. S’ensuit une mêlée générale, avec plus de coups que n’en contiennent les revolvers de l’époque, malgré les rechargements incessant à l’abri d’un mur de planches.

En bref, tout le monde est tué, surtout Baxter qui n’a rien voulu savoir, menaçant une fillette avant de prendre en otage Button qui s’est levé pour participer à la justice et Sue qui l’a suivi. Charley finit par le descendre. Mais, lorsqu’il veut achever un sbire blessé qui rampe dans la boue, afin « qu’il ne lui tire pas dans le dos », Boss s’interpose. Tuer pour la justice, ça va, en faire trop, ça ne va plus. Charley se maîtrise.

Il en a marre de tuer, sans cesse les méchants resurgissent. Il désire, en fin de trentaine, se fixer et Sue serait une épouse idéale. Il s’est déclaré, elle l’a accepté. Mais il se pose des questions : cette violence en lui, ne va-t-elle pas lui faire peur ? Au contraire, dit-elle, et elle suggère à mots couverts que cette virilité lui plaît ; elle réussira à la dompter. Boss et lui vont donc achever leur mission de conduire le troupeau à bon port, avant de revenir et de s’installer dans la ville. Le bar n’a plus de gérant, tué dans la bagarre, et Boss se voit bien le racheter ; quant à Charley, il se voit bien marié avec Sue et, peut-être, faire l’éleveur, ou le Marshall non vendu aux puissants.

C’est un film assez fort, où les femmes ne sont pas oubliées comme souvent dans les westerns. Sue a une vraie personnalité, qui tempère le machisme lorsqu’il entre en ébullition. La femme de l’aubergiste aussi, qui entraîne les citadins apeurés à sa suite pour traquer les derniers tueurs. Mais il remue surtout les grands mythes américains, ce pays de pionniers né dans la violence, et où chacun veut s’affirmer. Non, la puissance ne vas pas uniquement avec la richesse, elle est plutôt intérieure : dans les convictions morales et la volonté virile.

DVD Open Range, Kevin Kostner, 2003, avec Annette Bening, Kevin Costner, Robert Duvall, Diego Luna, Michael Gambon, Michael Jeter, Fox Pathé Europa 2005anglais, français, 2h19, €29,00, Blu-ray €23,08

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Le rideau déchiré d’Alfred Hitchcock

Méprisé par les critiques mais succès financier, ce long film sur la guerre froide n’a rien d’ennuyeux mais privilégie le suspense. Le professeur Armstrong (Paul Newman), chercheur en physique nucléaire, a échoué sur un projet de missile anti-missile et veut savoir comment son homologue à l’Est Gustav Lindt (Ludwig Donath) a réussi ses calculs. Quoi de mieux, pour le savoir, que de feindre une défection à l’Est, et à travailler avec Lindt pour lui soutirer ses secrets ? La curiosité, l’émulation, l’illusion que l’autre sait et pas soi, suffisent en général à livrer les informations que l’on désire. Au milieu des années 60, l’URSS et sa vitrine est-allemande, faisaient encore rêver d’un monde nouveau, sans classe et voué au progrès humain dans la paix. La Russie avait la première envoyé des satellites, menacé les États-Unis dans leur arrière-cour à Cuba, et engagé de grands travaux agricoles autour de la mer d’Aral pour y planter du coton.

Sur cette psychologie éprouvée, le scénario plaque une romance mièvre avec Sarah, l’assistante d’Armstrong (Julie Andrews), qu’il a le mauvais goût de faire sa « fiancée » tout en reculant toute perspective de mariage. Il n’empêche même pas cette collante qui veut tout faire avec son futur et toujours « être d’accord » avec lui, de l’accompagner à Copenhague, surveiller ses activités, le suivre lorsqu’il prend le même avion pour Berlin-Est via une compagnie roumaine (alors qu’il lui avait menti en disant qu’il allait à Stockholm). Cette sangsue sans personnalité, bourgeoise conformiste, complètement inadaptée au monde communiste comme à la psychologie de l’espionnage, sera à la fois le trublion de l’histoire et le ressort du suspense.

A Berlin-Est, accueilli par le vice-président de la RDA et les journalistes de la presse internationale, il annonce sa défection et se retrouve flanqué d’un garde de la Stasi, Gromek (Wolfgang Kieling), vêtu d’un manteau de cuir comme un vulgaire nazi et mâchant un éternel chewing-gum comme un vulgaire titi de New York. Il dit y avoir vécu quatre ans et « teste » Armstrong pour voir s’il ne ment pas sur sa connaissance de la ville. Dans l’Hôtel de Berlin, Armstrong finit par persuader Sarah de rester dans sa chambre pour « réfléchir » tandis qu’il prend un bus pour aller au musée, semer Gromek, et se rendre en taxi dans une ferme de la grande banlieue, où son contact de l’organisation de résistance Pi (la lettre grecque) lui donnera sa filière d’évasion.

Mais Gromek réussit à le suivre et le confronte à la lettre Pi, signe de l’organisation qu’il connaît. Armstrong est obligé de le tuer en l’étranglant, avec l’aide de la fermière qui d’abord le poignarde (mais le couteau casse, comme tout mauvais outil socialiste) puis ouvre le gaz et réussi lourdement à le traîner dans le four. Elle l’enterrera, avec sa moto. Hélas, le chauffeur de taxi a vu Gromek et, lorsque sa tête paraît dans les journaux en signalant sa disparition, court à la police pour l’informer (en bon soviétique ex-nazi discipliné). Armstrong, moins chercheur éthéré qu’il ne paraît, doit fuir au plus vite avec sa moitié en éternels hauts talons collée à lui.

Il a été emmené à Leipzig, dans l’université moderne Karl Marx où cherche et enseigne Lindt. Il est interrogé dans un amphi par un aréopage de chercheurs sur ses connaissances utiles à la RDA, notamment ce projet Gamma 5 dont ils ne savent pas qu’il a échoué. Mais la sécurité vient susurrer à l’oreille du chef la disparition de Gromek et les doutes sur Armstrong. Interrogé, le professeur confirme qu’il a bien été voir « une parente » dans une ferme, mais qu’il n’a pas vu Gromek. Il aurait dû dire qu’il l’avait vu, et ce mensonge aura des conséquences – il faut toujours rester très près de la vérité pour semer le doute. Le professeur Lindt est agacé : toujours ces sécuritaires qui inhibent toute initiative au nom de leur paranoïa. Puisque Sarah est son assistante, elle peut peut-être parler des expériences Gamma. Elle refuse, montrant qu’elle ne veut pas « trahir » son pays, mais son fiancé, en une conversation, la retourne en lui avouant qu’il « est d’accord » avec elle et qu’il est en mission. Retrouvant son fusionnel, la fille accepte immédiatement ce qu’elle vient juste de refuser. Cela ne surprend personne, souvent femme varie.

Le docteur Koska (Gisela Fischer), femme médecin de l’université, fait un croche-pied à Armstrong dans l’escalier, afin de le soigner à l’abri des regards et des écoutes. Elle appartient à l’organisation Pi et lui souffle son prochain contact pour l’évasion, prévue dès le lendemain. Il ne faut pas traîner, la sécurité va les arrêter pour les interroger sur la disparition de Gromek, qu’Armstrong a forcément vu, puisque le chauffeur de taxi les a vus ensemble entrer dans la maison. In extremis le lendemain, alors que le délai pour l’évasion est déjà dépassé, Armstrong pousse Lindt à dévoiler ses calculs sur tableau noir. Piqué par ce qu’il considère comme des erreurs de formules mathématiques de l’Américain, il lui livre la bonne équation, qu’Armstrong s’empresse de mémoriser, avant de la noter sur papier tandis que Lindt, qui vient de découvrir effaré qu’il ne sait rien, prévient la sécurité.

Armstrong et sa Sarah prennent un faux bus « supplémentaire » de la ligne Leipzig-Berlin-est qui appartient à la résistance. Mais diverses péripéties (le retard initial, les mauvaises routes qui empêchent de foncer, une attaque de « déserteurs », une escorte ensuite de motards de la police, l’obligation désormais de prendre des passagers dont une vieille dame maladroite encombrée de valises et paquets) le font rattraper par le bus régulier et tous les passagers doivent s’égayer brusquement dans les rues, malgré les balles de la police. Leur prochain contact est à chercher au bureau de poste de la Friedrichstraße, mais comment le trouver sans parler allemand ? Le couple rencontre la comtesse polonaise décatie Kuczynska (Lila Kedrova), qui les aide en contrepartie d’être ses « répondants » aux États-Unis pour un visa d’immigration. La Stasi est prévenue par le gardien de sécurité de la poste (ils sont partout) et le couple doit fuir dans les rues. Les deux sont rejoints sur le trottoir par l’ex-agriculteur de la ferme qui leur donne deux billets pour un spectacle de ballets. Ils doivent à l’entracte, passer dans les coulisses, où un complice les fourrera dans deux malles en osier à costumes, en route dès le soir même pour la Suède, où le ballet doit se produire.

La ballerine étoile (Tamara Toumanova) reconnaît parmi les spectateur Armstrong, qui lui avait volé la vedette des photographes à sa descente d’avion à Berlin-Est, et le signale aux gardiens de sécurité, qui préviennent la Stasi. Les gardes armés qui bloquent les issues provoquent chez Armstrong le cri « au feu » en allemand, donc à la panique, à la faveur de laquelle ils parviennent à joindre les coulisses et à être cachés. Nouveau suspense au débarquement en Suède, les panières en osier sont prêtes d’être débarquées quand la ballerine a un doute ; elle prévient les gardes de sécurité du bateau, qui tirent dessus à la mitraillette. Hélas pour eux, il n’y a que des costumes déchiquetés. Les vraies panières sont ouvertes un peu plus loin, car le résistant en charge avait observé les regards de la ballerine, et les passagers clandestins envolés par plongeon dans l’eau froide de la Baltique, désormais en territoire « libre ».

Si l’intrigue reste soutenue, malgré les invraisemblances, la magie entre les acteurs n’opère pas. Julie Andrews se demande ce qu’elle fait avec Paul Newman et reste sur un registre mémère conventionnelle ; Paul Newman n’apparaît ni comme chercheur convaincant, ni comme espion crédible, ses actes décisifs étant plus dictés par le scénario que sortis de lui-même. Ce sont les acteurs secondaires qui donnent sa vie au film, Gromek, Lindt, la fermière, la ballerine. Le titre, énigmatique, ne donne pas envie, même s’il fait référence au « rideau » de fer. La musique a été changée, John Addison remplaçant Bernard Herrmann (le DVD donne les deux versions, celle d’Herrmann exclusivement en vo). Malgré tout cela, on ne s’ennuie pas car l’action est soutenue par des rebondissements inattendus et le paysage soviétique bien rendu dans sa pauvreté mentale, la tristesse de ses immeubles et de ses habitants, et la sécurité bureaucratique omniprésente à tous niveaux (de quoi créer des emplois, non-productifs et brimant toute initiative). Un avenir qui nous attend avec la conjonction idéologique Trumpoutine ?

DVD Le rideau déchiré (Torn Curtain), Alfred Hitchcock, 1966, avec Hansjörg Felmy, Julie Andrews, Lila Kedrova, Paul Newman, Tamara Toumanova, Universal Pictures Home Entertainment 2001, Doublé : ‏Anglais, Espagnol, Français, Italien, 2h03, €11,80, Blu-ray €36,00 Allemand, Anglais, Espagnol, Français, Italien

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Les Nouveaux Sauvages de Damián Szifrón

Nous sommes en Argentine, sur le continent américain. Celui-ci, envahi et gagné au fil de l’épée par des conquistadores et autres pionniers dans l’histoire, est un continent brutal. Où la violence continue. D’où ces « nouveaux sauvages » qui renaissent en 2014 dans le film, reflet d’une réalité vécue. Ce sont six courts métrages, pas toujours aussi captivants, mais caustiques face aux comportements. Il s’agit d’injustice – ressentie comme on le dit de la météo – qui fait grimper aux rideaux et réveille la bête sauvage en chacun des petits-bourgeois. Les piqués au vif veulent se venger. De spectaculaire façon.

Le premier est Pasternak. C’est un homme qui a été perturbé gamin – il a redoublé son CE2, c’est dire ! Il embarque tous les gens qui l’ont snobé, rabroué ou fait du tort dans un avion où il est le chef steward. Comme pour la German Wings (quinze jours après la sortie du film – le hasard a de ces coïncidences), Pasternak neutralise le pilote et précipite l’avion rempli de ses ennemis au crash. Deux vieux qui lisent paisiblement dans leur jardin voient le monstre arriver, sans réagir. Ce sont (cette fois-ci pas par hasard) les parents Pasternak, les responsables de tout selon le psy, lequel a mis au jour le traumatisme sans rien soigner (une arnaque de plus que la « psychologie »).

Le second est un mafieux – politicien, entrepreneur immobilier, c’est tout un. La serveuse d’un restaurant dans lequel il s’arrête le reconnaît, il est responsable du suicide de son père à cause de ses malversations financières. La cuisinière est une ancienne détenue qui en veut à la société et réagit en sauvage. Elle offre à la serveuse de la mort aux rats pour assaisonner ses frites et ses œufs. Choquée par un reste de morale conventionnelle, elle refuse tout net. Mais la grosse cuisinière, avec son sens des valeurs popu, passe outre sans lui dire. Survient Alexis, le fils du mafieux Cuenca, qui commence à piquer des frites. La cuisinière déclare qu’elle a versé le poison et qu’il est bon d’anéantir toute la nichée de rats, y compris les petits. Devant cette conception nazie, la serveuse affolée veut reprendre le plat et le mafieux se rebiffe ; il n’a pas l’habitude qu’on discute ses volontés. Il frappe la serveuse et la cuisinière intervient en le lardant de coups de couteau de cuisine. Après tout, on n’est pas si mal en prison : logé, nourri, chauffé, blanchi, on joue aux carte avec les copines. Tout vaut mieux que perpétuer le règne des rats. Le père meurt mais son garçon s’en sort (pour l’instant innocent des malversations) en vomissant son manger.

Le troisième est un Diego de luxe, roulant dans une Audi de luxe, sur une route déserte d’Argentine. Lorsqu’il veut dépasser une vieille guimbarde qui roule obstinément à gauche, celle-ci se déporte pour l’empêcher de passer (la gauche bloque toujours les entrepreneurs). Il la dépasse donc à droite, et ne peut s’empêcher de l’insulter en le traitant de connard et en lui faisant un doigt. Mais le destin veille : il crève un pneu et doit réparer. Arrive donc le retardé à la guimbarde, qui le prend à partie, bousille la belle voiture qu’il ne pourra jamais se payer, et chie sur le pare-brise. Malgré sa roue seulement à demi vissée, Diego finit par démarrer pour pousser la guimbarde de l’agresseur dans la rivière. Malgré l’auto toute retournée, son passager réussit à en sortir et le menace en révélant qu’il a lu sa plaque d’immatriculation. Diego, poursuivi par un malin génie, revient à fond et décide de l’écraser. Mais le destin veille : la roue de secours qu’il n’a pas pris le temps de visser correctement se détache et le précipite à son tour dans la rivière. Le péquenot alors se déchaîne, il pénètre dans l’Audi par le coffre et agresse Diego resté coincé à l’intérieur. Ils se battent en milieu confiné à coup de manivelle et d’extincteur. L’homme cherche à mettre le feu à la voiture en allumant sa manche de chemise plongée dans le réservoir, mais Diego le retient. Tout explose, ce qui les laisse enlacés dans la mort. Un crime « passionnel », même si la passion n’est pas celle du sexe.

Le quatrième est Simón, ingénieur expert en explosifs. Il travaille bien mais doit rentrer à temps pour l’anniversaire de sa fille. En achetant un gâteau à la pâtisserie, qui passe des heures à l’emballer dans un carton doré, sa voiture est prise en fourrière. Le trottoir n’était pas balisé interdit et il estime que c’est une injustice. Mais pas question de discuter avec l’Administration, celle-ci a par définition toujours raison, chacun « faisant son boulot » dans son petit coin en se foutant de l’ensemble. L’employé de fourrière dit qu’il doit payer le remorquage pour récupérer sa tôle, le guichetier de mairie qu’il doit payer l’amende car il y a eu procès-verbal ; les réclamations ne sont ouvertes qu’entre 11h et 11h05, ou à peu près, et il doit se déplacer lui-même… En bref, tout est fait pour emmerder l’assujetti. Son retard provoque une scène de ménage car ce n’est pas le premier ; Simon est trop consciencieux pour bâcler son boulot à cause de la famille. Sa femme demande le divorce, tandis qu’il est licencié pour avoir flanqué des coups d’extincteur dans la vitre, photographié dans la queue interminable au guichet des amendes. Les gros titres ne lui permettent ni d’avoir un nouvel emploi, ni d’obtenir la garde alternée de sa fille. Il décide alors de se venger, en ingénieur. Il récupère à nouveau sa voiture à la fourrière (c’est la quatrième fois, tant la signalisation est fantaisiste – semble-t-il exprès), il la bourre d’explosifs et la stationne à un endroit parfaitement signalé interdit. Elle est aussitôt enlevée, la fourrière privée s’entendant avec la mairie publique pour extorquer le maximum de fric aux automobilistes, exaspérés mais impuissants. Lui ne l’est pas et il fait sauter la fourrière, en calculant un rayon assez limité pour ne pas tuer. Les médias ne réagissent qu’au spectaculaire : la bombe, après l’extincteur, les fait sauter de joie – et sauter le tirage. Simón « Bombita » devient le héros des anonymes remontés contre la bureaucratie. En prison, sa femme et sa fille lui apportent un gâteau d’anniversaire et ses codétenus l’ovationnent, tandis que la mairie revoit son contrat avec la fourrière et ses règles de stationnement.

Le cinquième est moins sympathique. Santiago, un jeune homme de 18 ans, réveille affolé son père au petit matin. Il a conduit la grosse BMW et vient de renverser mortellement une femme enceinte pour avoir bu ou fumé. Il a pris la fuite et ne sait comment faire. Sa famille est riche et, pour éviter la prison, son père et son avocat proposent à leur jardinier pas moins de 500 000 $ pour dire qu’il conduisait et est responsable de l’accident. Le procureur, venu on ne sait pourquoi car le gamin avait assuré être seul et que personne ne l’avait vu, sonne à la porte et constate que les rétroviseurs de la BMW ne sont pas à la hauteur des yeux du jardinier. Il en conclut que celui-ci ment lorsqu’il dit avoir conduit la voiture en dernier. L’avocat propose un « arrangement », petite corruption endémique entre gens de bonne compagnie : 1 million de $ pour qu’il conduise l’enquête comme convenu. Mais le père découvre que l’avocat veut sa part, 500 000 $ supplénetaires, et le procureur ajoute des « frais annexes » de 30 000 $. C’en est trop, il annule tout. La mère de Santiago finit par le persuader de dealer pour 1 million forfaitaire en tout et pour tout. L’accord est conclu. En sortant de la demeure, le jardinier faux coupable est assassiné à coups de marteau par le mari de la victime. La presse s’était déchaînée et la police avait réagi mollement.

Le sixième est une femme, Romina. Elle vient de se marier avec le riche Ariel et c’est la fête dans un grand hôtel de Buenos Aires. En observant des regards, puis en fouillant le téléphone de son mec, Romina découvre qu’Ariel l’a trompé avec une collègue qui est invitée à la noce. On se demande pourquoi elle devient hystérique, car baiser une autre avant mariage n’est pas une preuve d’infidélité : on n’avait encore rien promis. Romina, sanglotant de façon hystérique, s’isole sur le toit de l’hôtel où un cuisinier la console paternellement, l’empêchant de se jeter dans le vide. Romina finit par se calmer, se prend de désir pour son sauveur, qui la baise frénétiquement lorsqu’Ariel parvient sur le toit à sa recherche. Romina, devenue démone, promet à son tout juste mari une vie d’enfer, de révéler sur les réseaux sociaux tous ses secrets, y compris fiscaux, de lui refuser le divorce pour le plumer à vif. Revenue à la fête – qui est une hypocrite comédie du bonheur – elle fracasse la maîtresse d’Ariel contre un miroir. C’est le drame, la famille s’écharpe, des urgentistes appelés tentent de calmer la tension en la prenant. Mais Ariel fond et Romina se délite. Il n’y a qu’un pas de la haine à l’amour et, renversant la causalité, Romina et Ariel entament une danse passionnelle avant de baiser frénétiquement à même la table du gâteau de mariage, devant leurs invités qui quittent les lieux, écoeurés de la comédie comme du drame.

Les trois premiers tableaux sont captivants, les deux derniers moins. Trop longs et plus noirs, ils exaspèrent l’hystérie de sauvagerie, au point qu’on finit par ne plus croire à cette arlequinade. Mais l’ensemble donne une bonne image de la brutalisation des mœurs sur le continent américain, que Trompe révèle désormais sans complexe au grand jour.

DVD Les Nouveaux Sauvages (Relatos salvajes), Damián Szifrón, 2014, avec Darío Grandinetti, Diego Gentile, Julieta Zylberberg, María Marull, Rita Cortese, Warner Bros. Entertainment France 2015, doublé espagnol, français, 1h57, €6,00, Blu-ray €49,99

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Daphné du Maurier, Ma cousine Rachel

Pour Philip Ashley, orphelin trop jeune, son cousin Ambroise est tout ensemble un tuteur, un père, un frère, un conseiller. En fait, tout son univers. Lorsque le gamin a 7 ans et qu’il passe devant un gibet – car dans l’ancien temps, on pendait encore les gens au carrefour – le cousin tuteur lui dit à l’enfant : « Sache ce qu’un moment de folie peut faire d’un homme ». C’est le début du livre, et ce sera la conclusion. Philip a désormais 24 ans ; il a été pris sous son aile par le fils du frère de son père, qui avait 22 ans à la mort successive de ses deux parents.

Le roman déroule l’initiation au monde adulte d’un jeune imbécile particulièrement niais. « Nous étions tous deux des rêveurs, dit-il, sans esprit pratique, réservés, pleins de grandes théories. Et, comme tous les rêveurs, aveugles au monde éveillé. Nous étions misanthropes et avides d’affection. Notre timidité imposa silence à nos élans jusqu’au moment où notre cœur fut touché. » Tout est dit. Ambroise, a 47 ans, s’entiche d’une lointaine cousine qu’il a rencontrée en Italie, pays chaud conseillé par son médecin pour se soigner. Rachel est demi-italienne et a déjà été mariée à 17 ans avec un comte riche, Sangalletti, qui est mort. Quelques mois après son mariage, Ambroise décède lui aussi à Florence d’une mystérieuse maladie que l’on croit héréditaire – peut-être une tumeur que son père avait eu avant lui et son grand-père aussi – ou peut-être d’empoisonnement comme lui même le croit et l’écrit avant de passer. Mais la tumeur au cerveau peut faire délirer et rendre paranoïaque. Dans ce « mais » réside toute l’ambiguïté voulue par l’autrice.

Dans sa dernière lettre, il appelle Philip au secours et le jeune homme de 24 ans fait le voyage. Il arrive trop tard, Ambroise est mort et enterré au cimetière protestant de Florence, et Rachel est partie. Quand la cousine rejoint soudain l’Angleterre, c’est la confusion des sentiments ; la haine et le désir cohabitent. Philip au début ne veut pas la voir, prévenu contre elle par la correspondance, puis décide par honnêteté de l’inviter à venir visiter le domaine dont Ambroise, son ex-mari, lui a beaucoup parlé. Ambroise avait rédigé un testament, qu’il n’avait finalement pas signé, léguant ses biens à Rachel, sauf l’administration du domaine à Philip, avec rétrocession à ce dernier de la fortune à la mort de Rachel. Philip se dit que la cousine a des droits comme ex-épouse, et veut réparer le manque de son papa-cousin.

Il s’attache progressivement à Rachel, qui est pour lui une mère de substitution en même temps que, confusément, une amante possible. Il n’a jamais connu l’amour, pas même au collège ou à l’université, déserts qu’il a traversés sous l’égide du seul amour filial pour l’homme qui l’élevait. Il est donc nu et démuni face aux femmes ; soit il les considère comme des camarades négligeables, comme Louise, soit comme des madones à honorer, comme Rachel. Il est jaloux de tous ceux qui tournent autour d’elle, reprenant l’épouse de son cousin comme un bien de famille. Il découvre leur manipulation, leur séduction, leurs façons d’être : « Voilà un trait exaspérant des femmes : toujours le dernier mot (…) Une femme n’était jamais dans son tort, eût-on dit. Ou, si elle l’était, elle tournait les choses à son davantage, la faisant paraître sous un autre jour » (chap.14) – et c’est une femme, Daphné du Maurier, qui l’écrit. Une belle vérité.

Mais Rachel est vénale, elle a vécu une enfance dans la misère, dans un milieu où le sexe était une arme de séduction pour appâter les gens riches. De quoi pomper leur fortune avant de les faire disparaître. Mais l’ambiguïté demeure. Sont-ils morts de mort naturelle ? Personne ne le sait. Lorsqu’elle vient en Cornouailles, Rachel se sert-elle de Philip son cousin ? L’auteur laisse l’équivoque. L’Italie n’est pas l’Angleterre, et le tempérament florentin volontiers machiavélique de nature n’est pas le tempérament de rigueur protestante. Elle est charmeuse et n’en pousse pas moins ses pions, au lieu d’aller droit dans la rectitude morale requise par les convenances anglaises. Certes, elle profite de la naïveté du jeune homme pour lui soutirer de l’argent sans le demander expressément, mais elle semble avoir un attachement pour lui dans ses lettres à son ami italien Ranieri, son conseiller financier et ami florentin. Elle fait en sorte que Philip perde la tête pour elle et dans un élan d’exubérance hormonale lui lègue ses biens comme son cousin Ambroise aurait voulu, le jour de ses 25 ans, majorité qui l’émancipe de son tuteur. « Nous nous tenions étroitement enlacés et elle semblait avoir attrapé ma folie, elle semblait partager mon ivresse, nous étions entraînés tous deux dans un torrent de fantaisie insensée » (chap.21). Elle semblait… le lendemain, rien ne va plus.

Dès lors Rachel change radicalement d’attitude à son égard ; elle se fait plus froide, plus distante, engage une gouvernante pour éloigner les assiduités du jeune homme, fait de nombreux voyages à la ville pour transférer de l’argent en Italie, puisqu’elle est désormais maître de la fortune, sauf du domaine. Philip le sait mais ne veut pas le voir, Philip a lu les lettres de son cousin et mentor, mais ne veut pas les croire. Il est dans le déni, avec cette obstination du jeune homme qui se rebelle contre la réalité de la trahison. Il est bête, il ne s’en apercevra que trop tard. Son amie Louise, la fille de son tuteur Kendall, d’un an plus jeune que lui a beau le mettre en garde et lui expliquer les manœuvres de Rachel, une femme comme elle, Philip, ne veut rien écouter, ne veut rien savoir. Il va jusqu’au bout de son destin tragique, délaissant celui tout tracé d’épouser Louise, à qui il est destiné depuis l’enfance selon l’opinion du village. Il découvre la complexité morale… Qu’est la foi sans le doute ? Qu’est l’amour sans la sincérité ?

Le jeune homme va tomber brusquement malade après son anniversaire des 25 ans – soi-disant pour avoir nagé nu dans la mer glaciale de Cornouailles à la fin mars. Rachel le soigne avec dévouement, Janus à deux faces, successivement froide et séduisante, généreuse et avide, en fait insaisissable. Le docteur déclare que ce fut une méningite. Mais Philip reste attaché à Rachel et ne veut pas qu’elle parte à Florence, où elle veut retourner, fortune faite. Elle va donc tenter de l’empoisonner avec des graines de cytise dans sa tisane du soir, une plante qu’elle a introduite dans le domaine en rénovant les jardins, sa passion. Dans le langage des fleurs, le cytise symbolise la dissimulation. Elle en avait dans sa villa de Florence, Philip les a vues. Le jardin sous le soleil est à la fois beauté et danger, les fleurs exquises donnent des graines de poison – tout à l’image de la cousine Rachel. Philip va en trouver des graines dans une enveloppe d’un tiroir fermé à clé dans son boudoir. Il finira par comprendre – enfin. Rachel ne lui veut pas que du bien. Son amour pour elle n’est qu’une exaltation des sens, sans réciproque. Il va donc laisser faire le destin – et Rachel sera morte. C’est de sa faute, il le sait, Louise le sait. C’est pourquoi Le roman fait retour au gibet, bien que l’on ne pende plus au carrefour.

Commencé comme une romance gothique pleine d’ambiguïté, il se termine en thriller d’une grande richesse psychologique où le doute subsiste ; superbement conté, il montre l’évolution d’un jeune homme mal dégrossi dans les relations humaines ; il donne à voir l’attachement d’un enfant adopté pour son tuteur et l’amour profond qui les unit, au point de déterminer l’enchaînement des faits ; il met en scène la manipulation féminine par la séduction, en un temps où la femme n’a aucun droit et dépend en tout de son mari. J’ai bien aimé.

Un film, Ma cousine Rachel de Henry Koster, est sorti en 1952 avec Olivia de Havilland et Richard Burton.

Une série TV de la BBC de Brian Farnham est sortie en 1983, avec Geraldine Chaplin et Christopher Guard.

Daphné du Maurier, Ma cousine Rachel (My Cousin Rachel), 1951, Livre de poche 2002, 384 pages, €8,90, e-book Kindle €8,49

DVD Ma cousine Rachel, Henry Koster, 1952, avec Audrey Dalton, George Dolenz, Olivia de Havilland, Richard Burton, Ronald Squire, ESC films 2015, anglais sous-titré français, 1h34, €12,90

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Les romans de Daphné du Maurier déjà chroniqués sur ce blog

Catégories : Cinéma, Livres | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Thornton Wilder, Le pont de San Luis Rey

En 1714, au Pérou, le pont d’osier inca qui relie Cuzco à Lima se rompt, entraînant dans la mort cinq personnes qui le traversaient. Fatalité ? Main de Dieu ? Pourquoi ? Le frère franciscain Juniper veut le savoir. Pour cela il enquête, des années ; il reconstitue la vie de chacun, leurs fautes, leurs bienfaits, leur itinéraire, leurs derniers moments. Si tout arrive par volonté divine, alors l’existence de Dieu peut être prouvée. La raison de leur mort serait leur plus grand bien. S’il parvient à le démontrer, alors Dieu est grand.

Mais les personnes sont diverses et leurs existences compliquées. Comment leur mort peut-elle être « expliquée » selon un plan divin ? L’Inquisition l’interrogera, conclura que cette œuvre est impie, le condamnera à la voir brûlée, et lui avec. On ne badine pas avec la croyance au XVIIIe siècle espagnol. L’intolérance catholique valait bien celle des Juifs en Israël et des Islamistes aujourd’hui.

La vieille marquise de Montemayor est moquée dans la ville parce que guère belle ; mais elle écrit divinement des lettres à sa fille doña Clara, telle une marquise de Sévigné. Et elle a recueilli, sur sa demande à la prieure d’un orphelinat, la jeune Pepita de 14 ans qu’elle forme aux bonnes manières.

Cette dernière est toute dévouée et efficace, mais aimerait un peu d’amour en plus des attentions d’étiquette. Elle est l’avenir de la religion, selon la mère abbesse Maria del Pilar. Or elle meurt en son adolescence à cause du pont écroulé, sans avoir pu faire fleurir ses vertus.

L’oncle Pio également, homme d’intrigues et mentor de la célèbre artiste la Périchole, amante du vice-roi et de quelques autres, qui a eu un fils malingre, Don Jaime. Elle a fini par confier le garçon pour un an à l’oncle, peut-être son grand-père, pour qu’il fasse de lui un gentilhomme – mais cette bonne intention, comme les autres, tombe dans le gouffre avec la chute du pont.

Enfin Esteban qui pleure son frère jumeau Manuel, tombé amoureux sans espoir de la Périchole, au détriment de l’amour fusionnel des deux frères orphelins. Pourquoi cet amour infini, profond, unique, est-il châtié par la mort à cause du pont ?

On le voit, l’examen des vies n’apprend rien. Le scepticisme l’emporte sur la main de Dieu. Le hasard est probable plus que le destin programmé. Non sans humour, l’écrivain américain décortique la croyance par les ramification des existences. Les innocents sont tués comme les coupables ; le mal est sur le même plan que l’amour face à la mort. Où serait Dieu dans tout cela ?

L’auteur est peu connu en France bien qu’il ait inspiré la comédie musicale Hello Dolly ! Trois films ont été tournés sur ce sujet préoccupant les foules. Le dernier en 2004 (ci-dessous).

Prix Pulitzer 1928

Thornton Wilder, Le pont de San Luis Rey(The Bridge of San Luis Rey), 1927, L’Arche 2014, 128 pages, €18,00

DVD, Le Pont du roi Saint-Louis, Mary McGuckian, 2004, avec Robert De Niro, F. Murray Abraham, Gabriel Byrne, Geraldine Chaplin, Kathy Bates, Metropolitan Film & Video 2005, doublé anglais, français, 1h55, €3,59

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma, Livres | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Ready Player One de Steven Spielberg

Wade Owen Watts (Tye Sheridan) n’est pas encore né, il ne naîtra qu’en 2027. Mais, en 2049, orphelin depuis longtemps, il vit à 22 ans dans un taudis à Columbus (Ohio) avec sa tante qui l’a recueilli et le beauf macho qui est son compagnon. La société s’est effondrée avec la crise énergétique et climatique, et la société américaine « développée » s’est réfugiée dans l’illusion. La « réalité » virtuelle a remplacé la réalité tout court, tout comme les fausses vérités de Trompe remplacent dès aujiourd’hui la vérité réelle.

C’est ainsi que des petits génies de la tech, James Donovan Halliday (Mark Rylance) et Ogden Morrow (Simon Pegg), ont créé la société Gregarious Games – et fait fortune. Halliday est un inadapté social qui a voulu que l’Oasis remplace le monde réel où il se sentait mal. Il a inventé un système mondial de jeu vidéo multijoueurs, accessible par des casques de réalité virtuelle, des gants et des combinaisons qui simulent les sensations tactiles depuis chez soi dans son taudis. Dans ce métavers idéal, chacun compense ses frustrations dans la vie réelle. Une « bonne » façon (américaine) de se faire un max de fric avec la solitude et la psychopathie créée par le système économique où l’homme est un loup pour l’homme.

D’ailleurs, la compétition est ici encore encouragée. Halliday ne quitte pas le système américain lorsqu’il propose dans une vidéo, à sa mort en 2040, de « donner » les actions de son entreprise à celui ou celle qui parviendra à « gagner » (à l’américaine, où tous les coups sont évidemment permis) l’easter egg (œuf de Pâques) caché dans l’Oasis. Le gagnant des trois clés permettant d’ouvrir le coffre de l’œuf aura 500 milliards de $ et les pleins pouvoirs sur le jeu. De quoi devenir Maître du monde, même s’il n’est que virtuel.

Depuis cinq ans, rien. Nul n’a réussi à avancer dans le concours. Wade, sous son avatar de Parzival (le Perceval de la Quête du Graal) qui le magnifie en blond à la coiffure proliférante et aux yeux bleu clair, le corps tatoué de partout sous son tee-shirt noir et veste de jean sans manches ornée d’une épée d’or dans le dos, décide de devenir lui aussi un chasse-œufs. Il se mesure aux Sixers de la société Innovative Online Industries (IOI) dirigée par Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn). Cet entrepreneur qui n’a rien inventé veut mettre la main sur l’Oasis en remportant le concours, pour maximiser les profits avec de la pub. Wade veut que le jeu reste libre. Deux conceptions du capitalisme américain : le fric ou le divertissement – on ne sort pas du système, mais le jeune Parzival est plus sympathique que le technocrate Nolan qui s’est créé un avatar de gros con musculeux bien que lent du cerveau. D’autant que Parzival n’a pas une armée d’experts à sa solde, comme le business man qui les fait bosser à des horaires d’esclave, mais quatre amis et son astuce. Toujours le mythe du Pionnier, seul contre la nature hostile.

Il échoue dans l’épreuve de la course automobile, où il retrouve son grand ami Aech (sous avatar super-mâle Terminator et qui se révélera être… la fille Helen – Lena Waithe) et la fameuse Artémis (déesse de la chasse) sous l’avatar d’une jeune rousse à moto (Olivia Cooke). Il se tourne alors vers les archives de la vie d’Halliday, un ensemble d’enregistrements vidéo reconstitués en réalité virtuelle, guidé par le Conservateur du Journal d’Halliday. Il découvre que le fondateur d’Oasis regrette certaines de ses décisions et aurait voulu revenir en arrière : voilà comment il faut gagner la course, non en se précipitant en avant, comme les jeunes loups avides du système capitaliste, mais en arrière, pour les devancer à la fin de la boucle… Être à contresens permet de ne pas penser comme la horde. C’est le secret du génie.

La première clé obtenue permet un indice. Artémis l’imite, suivie par Aech ainsi que Daito (en vrai Toshiro – Win Morisaki) et Sho (Philip Zhao), autres amis de Parzival dans le monde virtuel. Notez que le politiquement correct est respecté dans la répartition des races dans le monde réel : un Blanc, une Blanche, une Noire, un Japonais et un Chinois (lequel est un geek de 11 ans). L’indice est « un pas non franchi ». Ce serait le regret d’Halliday de ne jamais avoir embrassé Kira, laquelle s’est accouplée avec son partenaire Ogden Morrow. Il semble qu’Halliday n’ait jamais fait l’amour à une femme, d’où sa fuite dans le virtuel. Parzival gagne son pari sur le Conservateur, qui croyait que Kira était mentionnée plus d’une seule fois. L’avatar lui donne alors une pièce de 25 cents, qui aura un rôle crucial par la suite.

Sorrento veut alors éliminer ce redoutable concurrent qui arrive mieux que ses équipes de petits besogneux à se retrouver dans le jeu. Il envoie son mercenaire i-R0k (T. J. Miller) rechercher l’identité réelle de Parzival, lequel a la niaiserie de révéler son nom à Artémis qu’il connaît à peine, dans une boite (virtuelle) où Halliday a rencontré Kira. Écouté par i-ROk, l’amoureux se vend, et comme le bataillon de Sixers ne parvient pas à le dézinguer dans la boite, il fait sauter la pile où il habite, pulvérisant sa tante et son mec. Le père de Wade est mort endetté dans un Centre de fidélité de IOI et a été contraint de servir pour payer ses dettes. Aussi, lorsque Sorrento propose à Wade de travailler pour lui pour un très gros salaire avec bonus s’il gagne le concours, il refuse.

Capturé par Artémis – qui est dans la vraie vie la rebelle Samantha Cook – il rejoint Aech, Daito et Sho et tous comprennent que la seconde clé se trouve dans une simulation de l’hôtel Overlook de Shining, le film que Halliday voulait voir avec Kira. Artémis est capturée, Parzival s’évade et rejoint ses trois autres amis dans un fourgon postal anonyme. Ils préparent la troisième épreuve, qui est de jouer sur la console de jeu favorite d’Halliday, l’Atari 2600. Elle se trouve dans une forteresse gardée par IOI et protégée par une orbe magique. Wade parvient à pirater le fauteuil de jeu virtuel de Sorrento, assez stupide pour avoir laissé écrit sur un post-it ses mots de passe, et à délivrer Samantha enfermée dans une cage de l’usine à jeu. Parzival lance alors un appel au peuple, comme une cagnotte virtuelle, pour attaquer en masse la forteresse. Le combat faite rage, Daito lutte contre le Mecha-Godzilla de Sorrento et meurt en virtuel, Aech aussi en Géant de fer, ce qui permet à Parzival, Artémis et Sho de pénétrer la forteresse. Pour que Samantha puisse s’enfuir de l’IOI, Parzival tue son avatar Artémis. Elle est cueillie dans le fourgon d’Aech, mais ils sont poursuivis par F’Nale (Hannah John-Kamen), cheftaine implacable des Sixers – une véritable executive woman yankee.

Sorrento, vaincu, réinitialise le jeu par une bombe qui anéantit tous les avatars… sauf un : Parzival, grâce à sa pièce de 25 cents, possède une vie supplémentaire. Il joue alors à Adventure pour y trouver l’easter egg en trouvant la salle secrète du jeu, et la troisième clé. Il découvre alors un avatar d’Halliday qui lui donne à signer le contrat de cession de ses actions. Mais Parzival est un pur ; il se souvient que qu’Halliday a perdu son seul ami, son partenaire Morrow, avec ce genre de contrat. Il refuse alors de signer – et Halliday est content. Cette tentation du veau d’or était la dernière épreuve (les Yankees restent très bibliques, et Sipelberg très dans les codes).

Après une dernière course-poursuite dans la tradition d’Hollywood (la trilogie grosses bagarres, grosse course, grosse explosion, auquel le film de Spielberg sacrifie largement), le Wade du monde réel décide de partager le contrôle de l’Oasis, qu’il a gagné avec leur aide, avec ses quatre amis. Le Conservateur était l’avatar de Morrow et il offre ses services de consultant pour un salaire de 25 cents. Le jeu qui aurait pu devenir totalitaire reste démocratique… jusqu’aux Tromperies depuis. Les cinq amis prennent la décision saluée d’interdire l’accès au jeu aux Centres de fidélité d’IOI. Ils prennent aussi une liberté très impopulaire : l’Oasis sera fermé deux jours par semaine, les mardis et jeudis. Il faut parfois être impopulaire pour le bien du peuple. Les gens doivent prendre du temps pour vivre et aimer dans le monde réel.

Le film a plu aux ados par ses nombreuses références à la pop-culture comme à la culture geek des jeux vidéo, des super-héros, des films et des séries télé cultes. Un film rempli d’effets spéciaux et sans aucune scène que la pudibonderie croyante pourrait réprouver (à peine un seul baiser, à la fin). D’innombrables souvenirs des années 80, ses jeux vidiots, ses héros super – toute une génération du divertissement, biberonnée à Hollywood sous Mitterrand, qui nous donne ces politiciens minables d’aujourd’hui. La génération des bébés boum, ceux qui animaient les boums et et y baisaient à loisir (et pas avec les curés), selon la nomenclature Bayrou. Pas la mienne. Reste un film qui se regarde une fois. Un vestige d’époque.

DVD Ready Player One, Steven Spielberg, 2018, avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn, Warner Bros. Entertainment France 2018, anglais doublé français, allemand, italien, 2h18, €3,45

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Usual Suspects de Bryan Singer

Un navire amarré au port de San Pedro en Californie est incendié, et 27 personnes tuées lors d’un massacre. Seulement deux survivants, un Hongrois à l’hôpital (Morgan Hunter), gravement brûlé, qui se fait appeler Koskoskoskos, et Roger « Verbal » Kint (Kevin Spacey), petit escroc handicapé. L’agent des douanes Dave Kujan (Chazz Palminteri) vient de New York pour l’interroger à propos d’une supposée cargaison de drogue dans le bateau pour 91 millions de dollars.

Verbal, dont le surnom vient de ce qu’il parle beaucoup, mais sans « balancer », raconte. Ils étaient cinq, Keaton (Gabriel Byrne) et lui, aux côtés de Michael McManus (Stephen Baldwin), Fred Fenster l’extravagant à chemise ouverte et verbe haut (Benicio del Toro) et Todd Hockney (Kevin Pollak), présentés à un tapissage. Ils ont été arrêtés comme suspects habituels pour détournement de camion auquel ils nient avoir participé. « Ça ne s’arrêtera jamais ! » s’exclame Keaton qui s’est rangé des voitures sous le métier de financier – une autre façon d’escroc, plus respectable au pays de l’Oncle Sam. Relâchés grâce à l’avocate Edie (Suzy Amis), petite-amie de Keaton, McManus propose de se venger de la PD de New York en braquant l’une de leurs voitures qui sert de taxi à des trafiquants d’émeraudes, avec pot-de-vin à une cinquantaine de flics corrompus. Ils vont ensuite se mettre au vert en Californie, où un certain Redfoot (Peter Greene), qui refourgue les cailloux verts, leur propose un autre deal. Keaton est réticent, mais finit par accepter, poussé par la bande.

Dans le parking en sous-sol d’un hôtel, ils braquent le bijoutier censé détenir une fortune dans sa valise, mais celui-ci refuse de la remettre ; il est descendu. Puis les gardes du corps pour éviter les témoins. Las ! Dans la valise, point de bijoux, mais de l’héroïne. Ce n’était pas le deal. Après une altercation avec Redfoot, celui-ci révèle qu’il s’agissait d’un test organisé par un avocat du nom de Kobayashi (Pete Postlethwaite), qui prétend être un représentant de Keyser Söze, un chef de bande turc émigré aux USA qui épouvante tout le monde du crime. La légende prétend qu’il a lui-même tué toute sa famille devant une bande de Hongrois venue lui faire renoncer à son territoire, sa femme et ses enfants dont son petit garçon, par orgueil de ne rien céder. Puis, implacable, il a descendu tous les Hongrois, leur famille avec femmes et enfants, leurs amis, mis le feu à leurs entrepôts, magasins et cafés, en bref la terreur. C’est ce que raconte Verbal Kint à l’enquêteur des douanes. « C’est le diable ! »  conclut-il, en ajoutant, finaud en citant sans le savoir Baudelaire, « la plus belle ruse du Diable est de vous faire croire qu’il n’existe pas ». Ce n’était pas si bien dire, Kujan s’en apercevra trop tard. La police a un dossier sur ce Söze, mais il est insaisissable et la rumeur dans le Milieu veut qu’il s’abrite derrière une brochette de subalternes qui travaillent pour lui souvent sans le savoir.

Kobayashi déclare à Keaton et sa bande qu’ils ont, sans le vouloir, volé son argent par leurs braquages précédents et que, pour se racheter, il leur faut détruire une cargaison de drogue de 91 millions de dollars dans le port de San Pedro pour se venger des Hongrois. La came détruite avec le bateau et la bande qui le convoie, les dollars du paiement seront à eux et ils seront quitte. Keaton ne le croit pas, Fenster fuit et Kobayashi le tue avant d’être menacé à son tour d’être éliminé, jusqu’à ce qu’il les emmène à son bureau. L’avocate petite-amie Edie discute d’un arrangement d’extradition ; elle sera otage jusqu’à leur mission accomplie.

Ils sont donc forcé de le faire. Pas simple, le bateau est gardé par toute un clan d’Argentins passeurs de drogue et de Hongrois acheteurs. Chacun son rôle dans la bande de Keaton, le tireur d’élite et ceux qui s’avancent vers l’équipage avant de monter à bord. Le fusil à lunette fait plop, les fusils-mitrailleurs crachent, les pistolets aboient. Les hommes du bateau sont un à un descendus. Mais « pas de coke à bord ! » s’exclame Keaton. Seulement un prisonnier : les Argentins avaient l’intention de vendre Arturo Marquez aux Hongrois, un passeur qui a échappé aux poursuites en prétendant qu’il pouvait identifier Söze. Verbal, parce qu’handicapé, reste sur le quai en vigie ; Keaton lui ordonne de prévenir Edie si tout tourne mal. A lui aussi de piloter le van contenant les 91 millions. Verbal déclare avoir vu un assaillant invisible tuer Hockney, McManus, Keaton et entendu descendre un prisonnier dans une cabine. L’homme en contre-jour, à long manteau et chapeau, met alors le feu au cargo. C’est toujours Verbal qui raconte.

Kujan en déduit que Keaton était en fait Keyser Söze et qu’il a organisé l’attaque du bateau pour assassiner Marquez et simuler sa mort afin de changer de vie, avec le seul Verbal comme témoin. Il ne sera ainsi plus le suspect habituel qu’on arrête quand se passe un casse. Même sa petite-amie Edie a été tuée, reflet des mœurs du Turc implacable. Mais Söze veut dire « trop parler » en turc, autrement dit Verbal. Celui-ci a finalement avoué que Keaton était derrière tout, allant dans le sens de Kujan. Il lui a dit ce qu’il voulait entendre – c’est ainsi que le storytelling (la belle histoire) est crue par ceux qu’elle manipule. Les fausses vérités deviennent des vérités « alternatives » parce qu’on a envie d’y croire, et Trompe poussera la tromperie jusqu’à des sommets. L’Amérique y est déjà préparée par le monde d’illusions qu’elle ne cesse de créer, de la fausse liberté qui n’est que celle du fric à la fausse consommation qui n’est que malbouffe et mode éphémère, à la fausse générosité humanitaire qui n’est qu’impérialisme préparant la prédation des ressources.

Verbal refuse de témoigner au tribunal et est libéré sous caution. Kujan, en laissant errer son regard sur le panneau d’affichage encombré de notes et d’images du sergent qui lui a prêté le bureau, s’aperçoit que tous les noms cités par Verbal étaient sous ses yeux. Kobayashi était par exemple le fabricant de la tasse à café… Il comprend qu’il s’est laisser prendre par la « belle histoire » et qu’il a été intégralement enfumé. Il se précipite dehors pour rattraper l’handicapé, mais celui-ci a repris une marche normale et son complice, le faux Kobayashi, le prend en Jaguar pour l’emmener vers sa nouvelle vie. Pendant ce temps, un fax parvient à la brigade, représentant le portrait-robot de « Söze » tracé par les descriptions du Hongrois brûlé à l’hôpital : c’est… Suspense !

Tout en retours en arrière tissés par la narration de Verbal, le film permet de découvrir à mesure les couches de tromperie et de fake news, révélées dans la violence, avant le retournement final en beauté. Qui, ailleurs qu’au pays de l’arnaque, aurait pu réaliser un meilleur film sur l’arnaque ? C’était le film préféré de François Hollande, expert en manipulations socialistes, ainsi qu’il l’a déclaré à Nantes le 20 juin 2019 au festival SoFilm SummerCamp.

DVD Usual Suspects, Bryan Singer, 1995, avec Chazz Palminteri, Gabriel Byrne, Kevin Pollak, Pete Postlethwaite, Stephen Baldwin, MGM United Artists 2020, vo anglais doublé français, 1h42, €9,99, Blu-ray vo anglais sous-titré français ou néeerlandais, 20th Century Fox 2007, €19,66

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Accords et désaccords de Woody Allen

Une histoire légère, un héros superficiel, mais le charme Woody Allen. Au début on s’ennuie. Comment accrocher aux années 1930 et à ce jazzman inventé, Emmet Ray (Sean Penn avec une très fine moustache qui ne lui va pas), soi-disant « le deuxième meilleur guitariste de jazz au monde » (à l’exception du gitan Django Reinhardt) ? D’ailleurs, Emmet pleure quand il l’écoute, s’évanouit quand il le voit. Un mec ailleurs, pire qu’ado attardé, inadapté au monde tel qu’il est. « Je suis un artiste » est sa perpétuelle excuse pour éviter les relations sociales. Il baise et plaque les filles, il fait faux bond à ses patrons de club, il écorne ses contrats en arrivant bourré, il ne cesse de dépenser sans compter. Il part et ne cesse de partir, fuyant on ne sait quoi, probablement lui-même.

Ses loisirs ? Boire du bourbon, jouer au billard, tirer au revolver .45 nickelé sur les rats dans une décharge, et regarder passer les trains. Quand il drague les filles, car il en a sexuellement besoin, il tombe sur n’importe qui : une grande jument vulgaire en robe verte, une écrivaine assez vaine qui le pressure pour en faire un livre (Uma Thurman), la muette Hattie (Samantha Morton) qui baise tout de suite, à son grand étonnement, mais avec laquelle il aura le plus de conversation. Car il parle, il ne fait que parler, sans jamais s’engager. Il restera avec elle longtemps car elle ne le contredit jamais, mais la quittera subrepticement en laissant 500 $ sur la table de nuit. Seule l’écrivaine Blanche lui met le grappin dessus en se mariant avec lui, mais il la délaisse, dépense tout, et elle finit par le tromper avec son garde du corps Al Torrio (Anthony LaPaglia). La fin du mariage est sujette à caution car il faut préciser que le film est monté comme une histoire que raconte Woody Allen lui-même, avec divers spécialistes, comme s’il s’agissait d’un biopic de star : journalistes de jazz, témoins des protagonistes, historiens spécialistes,.

Emmet est pathétique, grossier, sauf à la guitare dont il tire des sons parfois romantiques, parfois endiablés. Pour apprécier le film, mieux vaut aimer le jazz, une musique qui fut moderne il y a un siècle. Il n’aime la compagnie des femmes que pour leur corps, restant misogyne égoïste comme un gamin de 12 ans, voire les mettant sur le trottoir pour se faire un peu de thune. Il est vantard (« j’ai baisé pour la première fois à 7 ans »), pulsionnel (il « veut » cette voiture, il l’aura), kleptomane pour compenser un manque – car il n’a plus de famille. Lorsqu’il cherchera à retrouver Hattie, blanchisseuse au casino où il a joué avec son quartet lorsqu’il l’a rencontrée, elle a un enfant (sans doute de lui) mais s’est mariée. Emmet ne fera jamais famille. Il se met dans des situations invraisemblables : voulant fuir la scène où un blagueur lui dit que Django Reinhart est dans la salle, il saute d’un toit, perfore un plafond, tombe sur une masse de faux billets… qu’il empoche pour se payer « sa » voiture désirée comme une sucette.

Cette histoire peu accrocheuse avec un personnage central peu sympathique avec son air de faux-cul perpétuel donné par la moustache étirée, se lit cependant à plusieurs niveaux. Si l’on se laisse prendre peu à peu par le charme Woody Allen, c’est que le film est construit. Les scènes se répondent de façon symétrique, et le comique de répétition insiste sur le message. Telle est probablement la meilleure façon de décrire la névrose, le côté décalé, la vie dans l’illusion consolatrice – mais tragique. Emmet Ray disparaîtra un jour après avoir cassé sa guitare, la pute qu’il a emmené regarder les trains qui passe n’aimant pas le jazz ; nul ne l’a jamais revu. Il ne laisse que quelques disques cultes édités par RCA Victor, participant au mythe de l’Artiste météore, évidemment incompris.

Une précision encore : Emmet Ray n’existe pas, le guitariste du film est Howard Alden.

DVD Accords et désaccords (Sweet and Lowdown), Woody Allen, 1999, avec Anthony LaPaglia, Brian Markinson, Samantha Morton, Sean Penn, Uma Thurman, Metropolitan Video 2016, 1h35, anglais, français, €19,99

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Les neuf reines de Fabian Bielinsky

L’Arnaque avec un grand Art. Ce film argentin bien mené met en scène un duo d’arnaqueurs en série dont le plus habile n’est pas celui qu’on croit.

Tous commence à Buenos Aires dans une station service. Juan Sebastian (Gastón Pauls), jeune homme en polo blanc à col ouvert, d’un abord sympathique, embobine la jeune caissière pour opérer une arnaque classique, dite dans le film « à l’uruguayenne » – et à laquelle j’ai assisté de la part de ménagères roms en Île-de-France. D’ailleurs, toutes les arnaques du film sont vraies. Celle-ci consiste à payer avec un gros billet puis, une fois la monnaie rendue sur la table, sortir l’appoint « égaré » dans une poche, le donner… et empocher le gros billet plus la monnaie, ni vu ni connu. Sauf que la caissière, qui rend son service, contrôle sa caisse dans arrière-boutique avec son directeur, qui s’aperçoit aussitôt de l’erreur. Au lieu de sortir et de se fondre dans la nuit de la rue, Juan l’idiot recommence avec l’autre caissière qui vient de prendre son service. Il est pris.

Intervient alors Marcos (Ricardo Darín), un autre client qui déambule dans le rayon tabac, lui qui avouera ne pas fumer. Il joue les inspecteurs de police, montre une crosse de pistolet dépassant de sa ceinture, et emmène avec lui le malfrat Juan « au commissariat ». En fait, le flingue est un jouet en plastique, fauché dans la boutique, et Marcos un escroc plus expérimenté. Mais Juan lui plaît. Il manque d’un partenaire pour la journée, « le Turc » lui ayant fait faux bond. Juan est réticent mais Marcos lui démontre que ses petites arnaques lui font prendre plus de risques qu’elles ne rapportent. Selon ses dires, il doit réunir 70 000 pesos pour payer la caution de son père en tôle, arnaqueur qui lui a appris l’arnaque, et il n’en a que 50 000. Qu’à cela ne tienne, rétorque Marcos, viens avec moi ! Et il l’entraîne arnaquer des vieilles en sonnant à la porte des immeubles à code : « tata ? » Il tombe de temps à autre sur une qui lui dit oui, et « envoie son ami » récupérer 50 ou 100 pesos « pour payer la dépanneuse », obligé « de garder la voiture mal garée ».

De retour « au bureau » (l’arrière-salle d’un café où il a ses habitudes), Marcos est appelé au téléphone par sa sœur Valeria (Leticia Brédice), qui travaille légalement comme maîtresse d’hôtel dans un grand établissement de la ville. Marcos est en froid avec elle car il l’a arnaquée, ainsi que leur frère Federico (le beau Tomás Fonzi de 18 ans) parce qu’il tente de capter pour lui tout seul l’héritage de leurs parents italiens décédés, et ne veut pas participer à l’aide aux grands-parents. Valeria le convoque pour convaincre Sandler (Oscar Nuñez), un ancien associé de Marcos dans le faux et l’arnaque, qui a fait un malaise cardiaque dans l’hôtel. Sandler ne veut voir que Marcos. Lequel vient, flanqué de son compère à la journée Juan.

Pour son dernier grand coup, Sandler a falsifié une planche de timbres très rares de la République de Weimar (en Allemagne), tirée à peu d’exemplaires car obérée par de multiples défauts. Ce sont les neufs reines qui donnent le titre au film. Il veut les vendre à un riche collectionneur espagnol, client de l’hôtel, mais qui doit partir dès le lendemain pour l’Europe. Vidal Gandolfo (Ignasi Abadal) est un homme pressé, mais passionné aussi. Marcos feint une conversation téléphonique à haute voix dans les toilettes de l’hôtel, où il a vu Gandolfo se rendre. Il évoque les timbres, leur extrême rareté dit qu’il a un acheteur, qu’il ne reste que le prix à débattre. Il est surpris par un flic qui l’interpelle et veut l’emmener. Gandolfo, appâté par les timbres, sort des chiottes, intervient et soudoie le flic avec quelques gros billets – dont on s’aperçoit qu’il est un complice de Marcos pour faire plus vrai – et demande à Marcos de lui expliquer l’affaire. Il flaire une arnaque pour la rencontre, mais veut les timbres. Il le reçoit dans sa chambre une heure plus tard, flanqué d’un avocat et d’un expert, pour étudier la planche des neufs reines. L’expert invoque, en bon prof syndiqué, l’absence de moyens pour enquêter dans les règles, mais examine à la loupe les timbres – bien réalisés, sur papier des années 20, les dentelures coupées à la main – et certifie leur authenticité. Mais le spectateur s’aperçoit, dans la rue, qu’il veut une commission pour avoir participé à l’arnaque. En fait, ce ne sont qu’arnaques en série durant tout le déroulement du film. Chacun négocie durement son pourcentage sur une somme elle-même négociée âprement.

Juan joue bien sa partition dans le duo ; il s’avère indispensable à Marcos en jouant les compromis, les fausses sorties, les élans empathiques. Ainsi négocie-t-il à la hausse la vente des timbres, de 250 000 à 450 000 $ ; ainsi convaincra-t-il Berta (Elsa Berenguer), la sœur de Sandler qui possède la planche authentique, de leur donner l’enveloppe, jouant sur ses sentiments philosémites à partir d’une affiche aperçue juste derrière elle lorsque, méfiante, elle entrouvre sa porte. C’est que, le temps de réunir la somme, Gandolfo leur a demandé de revenir avec les timbres en fin d’après-midi et que, vaguant dans la rue sans méfiance, tout à leur arnaque et bien que connaissant expressément les arnaques courantes dans la rue, comme Marcos les a détaillées à Juan au début, ils se font arnaquer à l’arraché par deux jeunes à moto. La serviette contenant les timbres est volée. Ils poursuivent l’engin qui zigzague dans la foule et sur les quais mais le passager qui explore la serviette ne voit que du papier et il jette les faux timbres… qui tombent dans le fleuve. Inutilisables. Il faut donc acheter les vrais moins chers à la sœur pour les revendre à Gandolfo. Marcos réunit 200 000 $ et Juan 50 000 $ pour la somme de 250 000 $ exigée par la vieille Berta, avide de rentrée de fonds pour payer son gigolo blond qui la fait jouir encore à plus de 70 ans.

Cette fois est la bonne, même si Juan soupçonne Marcos de l’arnaquer sans savoir comment. Gandolfo prend les timbres, mais à la seule condition que ce soit Valeria qui les apporte dans sa chambre et qu’elle couche avec lui. Marcos doit donc négocier avec sa sœur pour qu’elle accepte de faire la pute. Celle-ci, pas bégueule, consent contre sa part d’héritage, et l’aveu à Federico qui admire tant son grand frère Marcos, de la spoliation qui lui a été faite. Arnaque contre arnaque, tout se « deale » selon les bons préceptes du grand Trompe (à condition d’avoir quelque chose à vendre). L’aventure suit son cours, Valeria couche, Gandolfo est content, il lui donne l’argent. C’est un chèque certifié de la South American Credit Bank, dont les guichets vont ouvrir au matin.

Marcos a soudoyé un complice pour le braquer et subtiliser le chèque, frustrant de sa part Juan, mais celui-ci déjoue l’arnaque. Ils se rendent donc ensemble à la banque. Sauf qu’il y a émeute devant l’entrée : elle est fermée, faute d’argent. Les associés sont partis avec la caisse, 135 millions de pesos, et l’établissement a été fermé par la Banque centrale, aucun client ne peut plus retirer d’argent. Marcos se retrouve avec son chèque sans valeur, peut-être réussira-t-il à en retirer la seule somme garantie par le système bancaire (si elle existe en Argentine – en France, elle est plafonnée à 100 000 € par personne et par banque en faillite). Mais Juan l’abandonne, écœuré.

Il rejoint un entrepôt où tout le casting est réuni : tous complices de la grande arnaque dans les petites. Même la date de la fermeture de la banque était connue. Tous touchent leur pourcentage… La crise en Argentine de 1998 à 2002 connaît son mitan en 2000, date de la sortie du film, et chacun sait qu’il doit se débrouiller tout seul pour survivre dans la jungle sociale et financière à l’américaine. L’arnaque devient une entreprise comme une autre, avec ses patrons, ses salariés, ses experts. L’homme est un loup pour l’homme (sans parler de la femme qui croque ou se fait croquer). De pirouettes en retournement final, du grand Art… et de la niaque !

Prix du public et prix du meilleur réalisateur au Festival du film de Bogotá en 2001

Grand prix et prix du public au Festival du film policier de Cognac en 2002

DVD Les neuf reines(Nueve reinas), Fabian Bielinsky, 2000, avec Ricardo Darín, Gastón Pauls, Leticia Brédice, Elsa Berenguer, Graciela Tenembaum, TF1 vidéo 2003, 1h49, doublé espagnol (argot argentin), français, 21,10

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Frenzy d’Alfred Hitchcock

L’avant-dernier film d’Hitchcock se passe à Londres au début des années 70. Durant un discours sur les quais de la Tamise, pour vanter « bientôt » la pureté de l’eau du fleuve (on a connu ça avec la Seine, et ses promesses non tenues depuis 60 ans), un corps de femme entièrement nu (interdit alors aux moins de 12 ans, donc gros succès commercial) émerge sur la rive. Elle a été étranglée avec une cravate (on en portait encore). Ce n’est pas la première victime de « l’Étrangleur à la cravate », un psychopathe impuissant qui déteste les femmes et veut les voir souffrir. Un nouveau Jack l’Éventreur ?

Richard Blaney (Jon Finch), ancien chef d’escadrille de la RAF et divorcé après dix ans de mariage, est viré de son travail de barman dans un pub près de Covent Garden pour avoir soutiré un double cognac – qu’il avait l’intention de payer. Mais le patron (Bernard Cribbins) ne l’aime pas car il saute la barmaid Babs Milligan (Anna Massey) que le macho de directeur voudrait bien se faire. Richard erre dans le quartier et rencontre son pote Bob Rusk (Barry Foster), grossiste en fruits et légumes sur le marché de Covent Garden (comme le père d’Alfred Hitchcock). Rusk le console, lui donne du raisin vert et un tuyau sur une course de chevaux à venir à 20 contre 1. Mais Blaney n’a pas d’argent à parier et est amer lorsqu’il apprend par le journal que le canasson est arrivé premier. Rien ne va ce jour-là.

Sur une suggestion de Rusk, il rend visite à son ex-femme Brenda (Barbara Leigh-Hunt), qui dirige une agence matrimoniale qui marche bien depuis deux ans. Il se plaint haut et fort, ils se disputent brièvement, il frappe sur la table – mais elle l’invite à dîner et lui glisse de l’argent dans la poche de son imper sans qu’il le sache, ce pourquoi il dort dans un refuge de l’Armée du Salut. La secrétaire de Brenda à l’agence, la rigide frigide Monica (Jean Marsh), n’aime pas les hommes, dont elle se méfie ; elle en a vu passer qui cherchaient des femmes dans l’agence. Elle entend la dispute et les coups depuis son bureau et croit que l’ex violent frappe sa patronne. Laquelle lui dit que ça va et d’aller faire ses courses. Lorsque l’assistante revient au bureau à 14 h le lendemain, elle voit sortir de l’immeuble Richard, présent au mauvais moment et au mauvais endroit. Elle monte à l’agence, suspense assez long avec la caméra immobile, puis « Ahhh ! » le cri hystérique habituel des femmes de cinéma qui découvrent un cadavre. Humour grinçant, mais humour quand même : ce cri est tellement conventionnel et stéréotypé.

Sauf que le spectateur sait que ce n’est pas Richard le coupable, mais bel et bien Rusk, qu’il a vu opérer toute cravate dehors dans la scène précédente (interdite aux moins de 12 ans). Brenda en sort trépassée, avec la langue qui lui sort de la bouche comme une saucisse rose. Humour grinçant, puisque l’on associe ladite saucisse à ce que vous devinez. Mais humour subtil, car il suggère que Rusk n’a pas réussi à violer, malgré ses insultes et sa rage, et que la bouche femelle est un substitut. Toujours est-il que Richard Blaney est accusé d’avoir zigouillé Brenda Blaney et, puisqu’il n’y a aucune autre piste, toutes la série des femmes précédentes.

L’inspecteur-chef Timothy Oxford (Alec McCowen) est chargé de l’enquête. Il s’empiffre d’un breakfast anglais à midi devant son adjoint le sergent Spearman (Michael Bates) qui le regarde opérer, jaloux mais impassible. Humour british, c’est que la femme de l’inspecteur-chef (Vivien Merchant) est mauvaise cuisinière, s’efforçant par snobisme de singer les cours de « cuisine gauloise » avec sa soupe de poisson où nagent des têtes de congre et des tentacules de poulpe (débectantes), ses cailles aux raisins (acceptables), ses pieds de porc en sauce (immangeables). Timothy aurait tellement voulu le bon vieux steak avec ses pommes de terre au four ! Il détaillera plus tard toute la cuisine de bistrot qu’il aime : saucisses, frites, haricots à la tomate, patates ou four – en bref, rien à voir avec ce que tente son épouse.

La description de la secrétaire est tellement précise que Richard est obligé de se cacher. Il va trouver Babs dans son ancien pub pour qu’elle récupère ses affaires et la convaincre de son innocence. Ils finissent dans un hôtel chic à 10 £ la journée pour baiser, mais se font remarquer. Le rat d’hôtel découvre son portrait-robot dans le journal tout frais apporté et prévient la police. Quand elle débarque dans un crissement de freins, elle trouve le nid vide : ils sont partis par l’escalier d’incendie. Dans le parc où ils se bécotent, Richard et Babs se font héler par Johnny Porter, un ancien copain de la RAF (Clive Swift), devenu riche et qui doit s’envoler pour Rome ouvrir un pub anglais le lendemain. Il offre à Richard de passer la nuit chez lui, puis de partir pour Rome lui aussi.

C’est d’accord, mais le tueur à la cravate récidive avec Babs, rencontrée à la sortie du pub après qu’elle ait rendu son tablier au patron. Il l’invite à dormir chez lui, dit qu’il sera absent. Comme il est « un ami », elle accepte. La caméra opère un travelling arrière dans l’escalier, préparant le spectateur à ce qui va évidemment suivre : il la viole et l’étrangle, puis fourre son corps nu dans un sac à patates qu’il va fourguer la nuit dans un camion du marché qui part pour livraison le lendemain matin. Erreur, malheur, la fille a agrippé son épingle de cravate en (faux ?) diamants, ornée de son initiale R. Pas question de laisser cet indice accusateur ! Rusk est obligé de retourner dans le camion chercher où cette foutue épingle a pu passer. Humour noir, il se débat avec un cadavre nu rigide parmi les patates qui roulent autour de lui. De plus, le camion démarre et il est dedans ! Et l’épingle est serrée dans la main droite de la fille par la rigidité cadavérique. Il doit casser les doigts un par un (interdit aux moins de 12 ans) pour extraire son bien. Et attendre un arrêt – le seul du trajet – dans un routier où il peut enfin sortir, s’épousseter et rentrer à Londres. Non sans se faire remarquer… Le camion de patates est arrêté par la police alors qu’il perd son chargement sur la route, le hayon arrière n’ayant pas été refermé par Rusk, décidément bien lourdaud. Humour noir, les jambes nues du cadavre dépassent du hayon, blanches sous les phares, le ventre semblant accoucher d’une horde de patates.

Richard est naturellement accusé de ce nouveau meurtre, puisque Babs était sa maîtresse, le patron de pub en témoigne. Sauf qu’il était chez son copain de la RAF et sa femme hautaine qui ne veut pas d’ennui (Billie Whitelaw), le soir et toute la nuit. Vont-ils témoigner ? Ils le pourraient, mais la police ne va pas les croire ; ils devront rater leur avion pour Rome ; rester à la disposition pour l’enquête. Avec regret, ils disent à Richard qu’il ne feront rien. Blaney va donc voir Rusk, qui lui avait promis de l’aider s’il en avait besoin. Le faux-cul l’invite à se cacher chez lui et, par précaution, part devant avec son sac, Richard devant le rejoindre par une autre voie sans rien porter, ce qui paraît plus naturel. Une fois chez Rusk, Richard n’a pas le temps de se retourner car les flics débarquent et l’embarquent. Rusk l’a dénoncé et, pire, a fourré dans son sac des affaires de Babs pour le faire accuser.

Procès expéditif, condamnation inévitable. Blaney hurle haut et fort qu’il est innocent et que c’est Rusk le coupable, lui qui l’a trahi. L’inspecteur Oxford (selon la tradition de l’université dont il porte le nom) a des doutes. Il charge le sergent d’enquêter sur les allées et venues de Rusk les jours des meurtres et découvre vite le routier, la poussière des patates, le témoignage de la tenancière. Pendant ce temps, Blaney a juré de se venger et, pour cela, simule une chute dans l’escalier de la prison, ce qui le conduit à l’hôpital, d’où il s’évade avec l’aide de ses codétenus. Il endosse une blouse blanche, qui le déguise en médecin respectable, pique une grosse voiture de ponte d’hôpital et va droit à Covent Garden chez Rusk. La porte est ouverte, des cheveux blonds émergent des draps. Blaney croit qu’il s’agit de Rusk et frappe avec un cric, mais c’est un nouveau cadavre de femme – nue – étranglée avec une cravate. A l’annonce de son évasion, l’inspecteur-chef a compris où Blaney allait se rendre et se précipite chez Rusk. Il surprend Richard en pleine action, mais chut !… Un bruit dans l’escalier. C’est Rusk qui revient, débraillé et sans cravate, portant une grosse malle qui cogne sur les marches. Pris sur le fait, il est arrêté et Blaney innocenté.

Ouf ! C’était moins une que la corde élimine Richard Blaney pour une série de meurtres qu’il n’avait pas commis. Comme quoi la justice tient à peu de choses. Spectaculaire, sarcastique, empli de ces petites scènes d’humour noir bien anglais qu’affectionne Hitchcock et qui brocardent la société, c’est un film que l’on peut voir et revoir, car on connait très vite l’assassin et le plaisir réside dans la progression de l’intrigue.

DVD Frenzy (Frénésie), Alfred Hitchcock, 1972, avec Alec McCowen, Anna Massey, Barbara Leigh-Hunt, Barry Foster, Jon Finch,‎ Universal Pictures Home Entertainment 2017, doublé anglais français espagnol italien, 1h51, €14,69, Blu-ray €14,17

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Nevil Shute, Le dernier rivage

Un roman de fiction… toujours actuel. Car la Technique a saisi les hommes et les domine. Elle peut conduire, entre les mains de cerveaux faibles aux egos surdimensionnés (suivez mon regard…) à l’Apocalypse. Et c’est bien ce qui arriva. L’auteur, ingénieur aéronautique, pilote et écrivain, décédé à 60 ans d’un AVC en 1960 à Melbourne en Australie, anticipe la guerre mondiale possible – dont la menace culminera en 1962 lors de la crise des missiles soviétiques de Cuba.

Nevil Shute imagine, juste après la mort de Staline, un petit pays encouragé à posséder la Bombe et à qui ont été vendus par les communistes des bombardiers lourds – pour « se défendre contre le capitalisme ». Le dictateur totalitaire ultra-stalinien Enver Hodja était capable de tout – donc de provoquer l’Occident en bombardant New York. S’ensuit une guerre entre URSS et Chine pour que Moscou obtienne Shanghai, port en eaux libres, avec riposte maoïste, et une riposte américaine sur le bloc de l’Est. En bref, plus de 4000 bombes H « au cobalt » sont lancées. La bombe au cobalt était une arme nucléaire « sale », conçue exprès pour produire des retombées radioactives destinées à contaminer de vastes zones durant une centaine d’années. Dès lors, tout l’hémisphère nord est irradié, toute vie éradiquée. Ne restent que quelques pays de l’hémisphère sud épargnés, de l’Australie à l’Afrique du sud.

Mais pour peu de temps… Car le régime des vents pousse les poussières radioactives inexorablement vers l’hémisphère sud. C’est une question de mois, de semaines, de jours, avant que l’irradiation ne s’accomplisse, que les vivants aient des nausées, des diarrhées, des arrêts cardiaques. C’est cette chronique d’une mort annoncée qui fait l’intrigue de ce roman d’anticipation.

Il est poignant, car saisi au ras des gens, dans leur petite vie tranquille qui ne demande rien à personne, tout comme l’auteur s’est exilé en Australie pour vivre dans une ferme dès 1950. Le lieutenant de vaisseau australien Peter Holmes est convoqué par son amiral pour servir d’officier de liaison avec Dwight Towers, commandant le sous-marin nucléaire des États-Unis Scorpion, réfugié dans ses eaux après la disparition de son pays. Leur mission : effectuer un long périple vers le nord pour observer les côtes et repérer d’éventuels survivants à l’apocalypse. Un signal radio erratique a été capté près de Seattle.

La mission ne fait que confirmer ce que tout le monde pressent, après les arrêts successifs de toutes les émissions radios des pays non directement touchés par les bombes : plus aucun vivant, des rues vides, des maisons intactes, des lumières encore allumées parfois, des techniques automatiques qui poursuivent leur programme sans aucun humain.

De retour, le sous-marin est désarmé, son commandant va le couler au large, selon la procédure. Plus d’essence, l’Australie n’a pas de pétrole exploité dans les années cinquante ; les gens circulent à cheval, en charrette ou en trains et trams mus à l’électricité provenant des centrales à charbon, car l’Australie a beaucoup de charbon. La vie n’est paisible que dans les fermes, où l’élevage fournit le lait et la viande, tandis que le potager et le verger donnent légumes et fruits. L’argent ne sert plus à rien : dans un mois ou deux nous serons tous morts.

Curieusement, ce n’est pas l’explosion des pulsions qui vient à l’esprit de l’auteur. A la fin des années cinquante, la morale et la religion étaient encore prégnantes et disciplinait les comportements. Ce ne serait vraisemblablement plus le cas aujourd’hui, où pillages, casses, viols et meurtres seraient monnaie courante. A l’époque, pas d’orgies ni de casseurs, seulement des soûlards et des filles qui se donnent pour connaître « ça » avant la fin, faute de réaliser leur rêve social du couple avec enfants. Les solitaires vivent leur passion, comme Osborne le scientifique, qui a acheté une Ferrari rouge et ose s’inscrire à une course automobile. Ou Moïra, jeune fille qui boit des double-brandys pour oublier et tente de séduire au moins pour quelques semaines Dwight Towers. Ou ledit Towers, le commandant qui exécute les ordres et les procédures à la lettre, sa seule dignité après avoir tout perdu, dont son épouse et ses deux enfants aux États-Unis – pour qui il achète, de façon dérisoire, des « cadeaux ». Quant aux couples, ils intensifient de façon névrotique leur vie de couple centrée sur le bébé, la maison, l’aménagement du jardin (déraciner deux arbres pour planter des légumes, acheter un banc pour la saison prochaine). Pour rien.

Pour oublier qu’ils vont mourir, que c’est écrit, que c’est proche. Qu’il va falloir tuer le bébé Jennifer pour qu’elle ne reste pas toute seule au cas où les parents mourraient avant elle. Poignante décision, que refuse Mary la mère, de tout son corps, de tout son cœur, de toute son âme. Mais c’est ainsi, inutile de faire la sotte et de croire que tout cela ne pourra jamais arriver, cela arrive, et très vite. Des pilules de suicides sont d’ailleurs distribuées gratuitement dans toutes les pharmacies pour abréger les derniers instants, très douloureux et sans plus aucun organisme de soins.

Comment conserver un sens à l’existence lorsque le monde s’écroule et que la mort vient ? Les réponses, dit l’auteur sans en avoir l’air, simplement en décrivant la vie des gens, sont dans l’amour, la famille, l’amitié, le métier, la quête de soi. Rester digne, faire bien son boulot, vivre sa vie jusqu’au bout en restant debout.

Un beau film de Stanley Kramer a été tiré de ce roman en 1959, mais il suscite moins la réflexion. Comme toujours, le livre permet le recul de l’écrit, sans l’émotion des images qui inhibe la pensée. Mais on peut lire et voir, c’est complémentaire.

Nevil Shute, Le dernier rivage (On the Beach), 1957, Livre de poche 1970, 382 pages, occasion rare €25,00

DVD Le Dernier Rivage (On the Beach), Stanley Kramer, 1959, avec Anthony Perkins, Ava Gardner, Donna Anderson, Fred Astaire, Gregory Peck, MGM United Artists 2004, doublé anglais, français, allemand, espagnol, italien 2h09, €11,98, Blu-ray €11,40

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma, Géopolitique, Livres | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Complot de famille d’Alfred Hitchcock

Pour son 52ème et dernier film, Alfred Hitchcock fait interagir deux couples opposés et dissemblables. Le premier est celui de branquignols, une « voyante » tête à claques et son benêt de chauffeur de taxi qu’on dirait échappé d’un collège – et le second celui d’escrocs sans scrupules qui préparent, enlèvent et demandent une rançon en diamants pour de grands personnages. Comment vont-ils se télescoper ? Parce qu’une vieille dame de 78 ans, au bord du néant, a des remords d’avoir jadis forcé sa sœur à abandonner son enfant illégitime pour préserver la réputation de la famille.

Tout commence par le grand guignol de Madame Blanche (Barbara Harris), voyante extra-lucide, qui monte dans les aigus lorsqu’elle évoque la sœur disparue de Miss Rainbird (Cathleen Nesbitt, 88 ans) : « Hoo ! Hoo ! Hou ! Hou ! Hou ! » Qui donc, sinon une vieille bique travaillée de tourments, croirait à ces simagrées ? Mais la Blanche en rajoute, prenant une voix de rogomme pour évoquer « Harry » – et soutirer des renseignements inconscients à la Rainbird. Elle a fait enquêter George, son compagnon chauffeur de taxi et détective d’occasion (Bruce Dern), pour obtenir quelques informations auprès des relations de la trop riche vieille fille qui se repent et veut reconnaître son neveu afin de lui léguer sa fortune. C’est qu’il y a à la clé pour Blanche un beau gros chèque (the one big beautiful comme dirait Trompe en vulgaire yankee) : pas moins de 10 000 $ pour toute information venue de l’au-delà. Il s’agit de retrouver le fils bâtard, donné jadis à un couple qui ne pouvait avoir d’enfants via le chauffeur de la famille. La bique se souvient, maintenant que l’au-delà la sollicite : c’étaient les Shoebridge, et leur maison a brûlé lors d’un incendie, ils sont morts mais le corps du garçon, 17 ans alors, n’avait pas été retrouvé.

George enquête au cimetière. Il y a justement deux pierres, l’une avec le couple Shoebridge, l’autre avec Edward Shoebridge seul. Avec la même date de décès, 1950. Sauf que la plaque d’Edward est manifestement plus neuve que celle de ses parents adoptifs. Le graveur de pierres tombales retrouve la facture, elle date de 1964 et a été payée en liquide par un certain Jo (Joseph) Maloney (Ed Lauter). George enquête dans l’annuaire et trouve un garagiste à dépanneuse, comme décrit par le graveur. Mais le type se méfie des questions trop précises de « l’avocat » à la pipe à la tignasse en bataille et le corps dégingandé d’un étudiant attardé. Il a de quoi de faire du mouron : c’est lui qui a mis le feu à la maison Shoebridge !

Mais avec la complicité de son âme damnée de bâtard, Edward, qui a voulu se débarrasser des vieux pour être enfin libre d’épancher ses mauvais instincts. Il a changé de nom et se fait appeler désormais Arthur Adamson – fils d’Adam, autrement dit de lui-même – (William Devane) ; il est devenu joaillier et diamantaire, avec un commerce dans une rue chic. Il adore ce qui brille et entraîne sa compagne Fran (Karen Black) dans ses mauvais coups, préparés avec un soin maniaque : planque cachée dans la cave derrière un mur de briques dont l’une recèle la serrure, enlèvement rapide sous déguisements à l’aide d’une seringue qui injecte un soporifique et d’une voiture noire disposée tout près, demande de rançon et procédure sophistiquée pour être intraçable, planque des diamants (bien en évidence comme chez Edgar Poe) avant la revente retaillée sous forme de petites pierres plus facilement écoulées.

Fran va chercher la rançon sous la forme d’une grande blonde avec des bottes noires (allusion au film français d’Yves Robert sorti en 1972, avec un Pierre Richard qui ressemble à George, Le grand blond avec une chaussure noire). Mais tout est faux : la femme aux yeux rapprochés tels qu’on dirait qu’ils louchent, est brune et ne porte pas de talons. Si elle aime l’adrénaline du suspense, elle déteste qu’on tue, contrairement à Arthur/Edward qui a jusque-là laissé faire son ami d’enfance Maloney.

George et Blanche recherchent Edward Shoebridge reconverti en Arthur Adamson pour lui annoncer une bonne nouvelle : l’héritage Rainbird. Arthur et Fran veulent à tout pris éviter les détectives amateurs pour ne pas être sous le feu des projecteurs et rattrapés par leurs enlèvements. Deux couples opposés, deux situations incompatibles, voilà du beau cinéma. Tout ce qui est trop préparé échoue. La tentative de meurtre de George et Blanche en sabotant les freins de leur Ford sur une route de montagne – Maloney se fait prendre à son propre piège et quitte la route pour finir grillé en contrebas. La tentative de meurtre de Blanche après qu’elle ait découvert l’adresse d’Adamson, se soit plantée comme une gourde devant le garage du couple, ait découvert l’évêque enlevé dans l’auto, et se soit fait piquer et planquer – mais elle a laissé un renseignement au portier d’hôtel pour le taxi de George et un mot sur la porte d’Adamson que trouve son compagnon, ce qui lui permet de pénétrer dans la maison par un soupirail de cave. Là, il entend les Adamson rentrer et évoquer Blanche, que lui veut tuer en simulant un suicide par le tuyau d’échappement de sa propre voiture.

Blanche joue l’inconsciente mais a bien capté les conversations. Profitant que le couple entre dans la planque pour la porter inconsciente dans la voiture, elle s’enfuit avec grands bruits d’au-delà et les enferme. Puis elle joue la transe devant son compagnon béat pour « trouver » le diamant caché en évidence – avec un clin d’œil au spectateur à la fin, tandis que George appelle triomphalement la police pour la bonne nouvelle – et Miss Rainbird pour la mauvaise.

Une bonne intrigue habilement menée, de l’action et de l’humour, des personnages bien typés, tout cela fait le succès du film que l’on peut voir et revoir. C’est moins le dénouement qui compte que la progression de l’histoire et les relations entre les protagonistes. Pour ma part, je l’ai déjà vu quatre fois au fil des années, avec autant de plaisir.

DVD Complot de famille (Family Plot), Alfred Hitchcock, 1976, avec Barbara Harris, Bruce Dern, Ed Lauter, Karen Black, William Devane, Universal Pictures Home Entertainment 2017, doublé anglais, français, 1h55, €6,55, Blu-ray €7,00

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Alfred Hitchcock déjà chroniqué sur ce blog

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , ,

Conan le barbare de John Milius

Après la défaite ignominieuse du Vietnam, l’Amérique avait besoin de compenser par des héros positifs, musclés, vrais combattants, et pas ces drogués ramassés pour servir des buts politiques incertains. Décalé dans un autre temps et dans un lieu indéterminé, Conan n’est qu’un enfant (Jorge Sanz) lorsqu’il voit massacrer sa famille, son père (William Smith) d’un coup de hache dans le dos, sa mère (Nadiuska) décapitée par Thulsa Doom (James Earl Jones), le chef reptilien de la horde, alors qu’elle tient son fils par la main. Réduit à la condition d’esclave, selon les normes des barbares que les Russes ont poursuivi avec les enfants ukrainiens, Conan se construira une cuirasse de muscles et un mental d’acier pour survivre d’abord, puis se venger ensuite.

Enfant, esclave, gladiateur, voleur, puis conquérant, le barbare va se civiliser par lui-même. Enchaîné à la roue de la douleur, une machine sans fin dans le désert, le gamin est rivé à la chaîne avec deux autres avant, en grandissant, de pousser sa barre tout seul puis, une fois adulte (Arnold Schwarzenegger), à pousser à la roue sans aucun autre forçat. C’est à ce moment qu’il relève la tête. Il est Conan le fort et non plus le petit garçon soumis par la force. Cela justifie la citation de Nietzsche qui ouvre le film : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ».

Ses maîtres s’en aperçoivent, qui le vendent comme gladiateur contre d’autre brutes aussi musclées, mais moins dotées cérébralement. D’abord maladroit – il se laisse faire – il finit par riposter, et l’emporter, avant d’être formé militairement. Il est célèbre, rapporte beaucoup d’argent. Lorsque personne ne veut plus parier contre lui, il est libéré. Il erre alors seul, volant ce qu’il trouve pour subsister. Un seul but – pas très reluisant : la vengeance. Ce sera sa quête.

Comme son père le forgeron le lui a appris, Conan ne fait ainsi qu’un avec son épée, source d’énergie séminale. Cette alliance de l’âge du fer donne un esprit à la matière, ce qui aide l’homme à survivre : seul l’acier est fiable, il ne faut faire confiance à personne d’autre, dit le papa au gamin. Thulsa Doom qui a anéanti sa famille sous ses yeux a rendu Conan barbare. Il va combattre sa propre faiblesse pour la surmonter – avis au peuple américain à peine rescapé du bourbier vietnamien et que Reagan récemment élu veut galvaniser. Il faut dire que le réalisateur était absolument anti-hippie et militariste, il avait rêvé de finir général dans l’armée et collectionnait les armes. L’épée paternelle ayant été volée par Thulsa Doom sous ses yeux, Conan va devoir trouver la sienne afin de se forger une âme (comme on dit l’âme d’une épée).

Il la trouvera en se réfugiant dans un trou de rocher contre les loups – qui s’avère un tombeau de roi où le squelette tient une épée. Conan se l’approprie, puisque le défunt n’en a plus l’usage – d’ailleurs il s’écroule en poussière. Cette épée le libère en lui permettant de briser sa chaîne. Elle remplace la croix chrétienne pour assurer le symbolique, la vitalité humaine qui s’exprime ; l’épée s’oppose aux deux serpent qui se font face, enseigne de Thulsa Doom et de sa secte, rappel du diable de la Genèse qui a tenté Eve. Laquelle s’est laissé faire, volontiers « sous emprise », selon l’excuse universellement invoquée de nos jours pour tout ce qui concerne les femmes. Seule l’épée tranche par la volonté et la raison, et établit le vrai, au lieu de l’illusion fascinatrice des yeux de serpent qui ramène chacun de nous aux réflexes de croire de son cerveau reptilien. Le film va plus loins que la simple fantaisie héroïque:il donne un sens philosophique à la destinée humaine.

Dans son errance, Conan rencontre une sorcière (Cassandra Gava), avec qui il fait l’amour torride avant qu’elle ne s’échappe en fumée ; puis un voleur, Subotaï (Gerry López) avec qui il noue une alliance d’intérêt ; enfin Valeria (Sandahl Bergman), une aventurière qui convoite les joyaux contenus dans la tour de la secte. Celle-ci, aux dires du roi, fait régner la terreur sur le pays et a enlevé sa fille roi pour la livrer à son chef et grand-prêtre Thulsa Doom. Conan connaît Valeria bibliquement, et c’est meilleur qu’avec la sorcière parce que bien réel. Elle sera la femme de sa vie, bien qu’elle le paye de la sienne. Le trio s’infiltre dans la tour par une corde, Conan tue le gros serpent (en duralumin sous une peau en mousse de caoutchouc vulcanisée). Il allait dévorer une vierge sur ordre de Thulsa Doom qui la tient « sous emprise » de son regard magnétique, il vole le gros rubis de la taille d’une orange gardé par le reptile et l’offre à Valeria qui le porte désormais en sautoir.

Les deux autres veulent en rester là, mais Conan poursuit sa quête névrotique de vengeance. Se déguisant en prêtre après avoir assommé l’un d’eux qui lui faisait des propositions sexuelles au vu de sa musculature, il est démasqué par les sbires de Thulsa. Il l’a bien reconnu comme celui qui a massacré son village et décapité lui-même sa mère. Dans son temple, le reptilien ne le tue pas mais lui dit qu’il se trompe : ce n’est pas l’acier qui est la vérité de l’homme, mais la chair. Détenir du pouvoir sur la chair vaut mieux que sur l’acier – et, d’un geste, il fait signe à une vierge de sauter ; elle s’écrase à ses pieds, morte. Le diabolique fait crucifier Conan sur l’arbre du malheur, sec en plein désert, comme le Christ sur sa croix, « pour réfléchir » – ainsi le diable a-t-il tenté Jésus durant quarante jours au désert.

Mais Subotaï le retrouve, à moitié mort, et effectue la descente de croix, tandis que Valeria s’affaire comme sainte Irène a soigné Sébastien. L’enchanteur mongol (Mako) qui ne croit pas vraiment à ses passes mais s’en fait une armure contre les méchants, l’aide à lutter contre les esprits, en contrepartie de sa propre vie. Une fois Conan remis, ils pénètrent le palais souterrain de Thulsa Doom lors d’une orgie cannibale où tout le monde communie dans l’extase et la drogue pour sauver la fille du roi Osric qui les avaient mandatés. Durant sa fuite, Valeria succombe à une flèche faite d’un serpent raidi lancé par Thulsa Doom, qui l’empoisonne.

La jolie et conne princesse fausse vierge (Valérie Quennessen), qui reste croyante en son maître et « sous emprise », est attachée à un rocher comme Andromède pour attirer Doom et ses sbires. Moins parce qu’il « l’aime » (un reptile est trop froid pour ressentir une quelconque émotion) que parce que son ego souffre qu’on l’ait volé et que Conan s’en soit tiré au lieu de réfléchir et le rejoindre. Conan, Subotaï et le sorcier préparent une embuscade entre les rochers d’un ancien temple barbare. Les gardes de Doom sont tués dans une grosse bagarre habile comme on les aime, avec les lieutenants Rexor et Thorgrim qui avaient massacré le village cimmérien du petit Conan. Ils portent des armes invraisemblables, un gros marteau comme le Thor nordique, des haches monumentales comme on n’en a jamais fait pour combattre (celles retrouvées en fouilles sont des haches d’apparat). En bref du gros, de l’excessif, du yankee. Il faut toujours que tout soit énorme pour contenter le peuple habitué aux qualificatifs outrés du commercial. Même Swcharzeneggerapparaît comme un Hercule de style Bibendum Michelin plus que Farnèse. Valeria apparaît de l’au-delà en un flash comme une valkyrie pour sauver Conan d’un coup de Rexor. Et Conan, lors du duel, brise l’épée volée à son père. Ce n’est donc pas l’acier qui est l’âme, mais bien la chair qui le manie : la force et l’intelligence.

La princesse voit son emprise s’écrouler sous la dure réalité de l’indifférence de Doom, qui la laisse à son sort – et à son rocher où elle gît à moitié nue. Conan la délivre retourne avec elle au temple pour décapiter le reptilien Thulsa Doom devant toute sa secte, et la croyance en son pouvoir se dissout aussitôt. Il incendie le temple et repart avec la princesse qu’il redonne à son père. Sera-t-il roi ? « C’est une autre histoire », dit le film – et cela deviendra le mantra de la suite.

Le fantastique s’immisce avec la sorcière incongrue, le serpent géant dans le puits de la tour, la métamorphose de Thulsa Doom en reptile, qui pourrait suggérer qu’il est un ancien Atlante rescapé, la danse des esprits qui tentent d’enlever le corps agonisant de Conan blessé, et l’apparition comme un flash pour donner du courage de Valeria revenue d’entre les morts pour soutenir son Conan contre le barbare.

Reste que cette débauche de muscles ne rend pas de Schwarzenegger la perfection faite mâle. S’il peut séduire par son outrance les jeunes garçons qui rêvent d’avoir le dixième de sa musculature (et peut-être frémir aussi les filles une fois pubères qui rêvent de bras puissants), la barbarie se mesure plus à l’aune de l’esprit qu’à celle du corps.

DVD Conan le barbare (Conan the Barbarian), John Milius, 1982, avec Arnold Schwarzenegger, Cassandra Gava, James Earl Jones, Max von Sydow, Sandahl Bergman, ‎20th Century Studios 2002, anglais, français, 2h09, €4,12, Blu-ray €12,83

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Conan le destructeur de Richard Fleischer

Suite de Conan le barbare, sorti deux ans avant, le film met en scène le puissant Conan le Cimmérien des années 1930 de Robert E. Howard – pastiché, déformé et avili depuis. Au point d’en faire un musclé sans cervelle, un Connard le Barbant comme disait un critique du Masque et la plume, ou un Déconan barbaresque, comme dessinait Pilote.

Les inquiétudes et interrogations du début du XXe siècle, qui connaît des bouleversements rapides (Première guerre mondiale, krach boursier de 1929 suivi d’une grave dépression économique mondiale, montée des fascismes) a suscité une vague de super-héros compensateurs parmi les dessinateurs juifs américains. Les BD sont devenues depuis des films : Superman de Jerry Siegel, Captain America de Hymie Simon, Batman de Bob Kane (Robert Kahn). Ils ont été inspirés par Hercule et Tarzan, passés de la littérature au cinéma, et poussé par une volonté de revanche sur l’antisémitisme. Robert E. Howard lui-même, né d’Isaac Mordecai Howard et de sa femme Hester Jane, passe son adolescence à faire de la musculation et de la boxe amateur. Conan est son double sauvage qui incarne la force dans un paysage barbare – tout à fait l’Amérique… Très (trop) proche de sa maman, Howard a eu une liaison de deux ans seulement avec une femme, mais a préféré projeter dans ses œuvres un masculinisme exacerbé – qui plaît tant aujourd’hui.

S’il y a plus de muscles, le mâle (Arnold Schwarzenegger) est constamment torse nu à l’écran, il y a aussi un peu plus d’humour, et du divertissement à l’américaine : Zula la guerrière (Grace Jones) que Conan sauve du lynchage. Moins de sexe et de nudité, moins de décapitations et empalements à l’épée, une vedette femelle – noire – qui fait de l’ombre au héros mâle – blanc -, cette resucée Conan a eu moins de succès que le premier et Arnold Schwarzenegger a arrêté la série. A vouloir trop plaire au public gnangnan, on perd des dollars… Il faut dire que Jehnna (Olivia d’Abo) en nièce vierge de reine perverse (Sarah Douglas) est particulièrement niaise. Elle a d’ailleurs obtenu le prix du plus mauvais second rôle féminin.

En bref, Conan tout seul et tout nu prie devant une auge de pierre en plein désert du centre de la Turquie (le pays des Cimmériens). Une horde de guerriers noirs à cheval, déguisés de capes et de casques à cornes l’attaque, cherchant à l’emprisonner dans un filet. Il se démène, les culbute, les tranche en deux. La maléfique reine Taramis , qui a commandité la scène, est satisfaite : elle veut de lui comme escort boy pour sa nièce nubile, Jehnna, une « femme-enfant » qui ne sait pas quoi faire avec un mec quand elle l’a agrippé. Mais elle seule peut voler la corne du démon Dagoth, cachée dans la forteresse d’un sorcier, et auquel le cœur-joyau magique d’Ahriman, caché dans un autre château magique, permet d’accéder. Conan refuse, mais Taramis lui fait miroiter pouvoir retrouver la femme de sa vie, perdue jadis, Valeria. Une promesse n’engage que celui qui la croit, disait Chirac. Connard le Barbant est évidemment dupe : muscles ou cervelle, il faut choisir.

Commence alors une quête, qui serait initiatique si Conan était un ado cherchant son identité ou à se tailler un royaume, mais il n’en est rien. D’où la déception : il fera tout ça pour rien. Juste pour le spectacle, ce qui est frustrant. Lorsque la distribution des prix aura lieu à la fin, sous la nouvelle reine Jehnna – toujours vierge – lui refusera ce corps qu’elle offre (avec son esprit benêt) préférant croire encore et toujours à la chimère Valeria.

En attendant, place à l’action. Jehnna est guidée « par son instinct » (ciel !), et la troupe de Conan, Malak le filiforme son compère voleur (Tracey Walter) et Bombaata le garde du corps de Jehnna, deux mètres de haut, tout dévoué à la reine (Wilt Chamberlain). Ils agrègent en chemin l’enchanteur Akiro (Mako) prêt à être rôti en broche par des cannibales borborygmant comme dans La guerre du feu – deux têtes volent et les autres s’enfuient. Puis Zula, la cheftaine de bandits que les villageois étaient en train de lyncher après l’avoir attachée d’une patte à un pieu. Grosses bagarres, rictus dents serrés à la Schwarzy de Jones, quelques sourires arrachés aux spectateurs.

Enfin le but du voyage, le château de Thoth-Amon au centre d’un lac, où se trouve le joyau cœur. Jehnna veut passer l’eau tout de suite, mais Conan préfère d’abord que tout le monde se repose. Le magicien du lieu, qui l’a vu dans sa boule de cristal, prend la forme d’un oiseau géant et enlève la fille pour la coucher, toujours vierge, sur un lit près d’une salle de cristal. C’est là que les autres vont la retrouver, après avoir « deviné » l’affaire, pris un bateau, trouvé une entrée « secrète » du château via un souterrain immergé. Conan casse les carreaux, où se démultiplie le mage sous la forme d’un gorille en plastique qui fait Grrr ! Et tout le monde s’enfuit, avec le cœur-joyau. Des gardes de la reine les attaquent en chemin et Conan les bousille ; Bombaata fait semblant de croire à une trahison, alors que le spectateur sait que la reine lui a ordonné de tuer Conan dès que le joyau sera trouvé. Bon, mais ça fait toujours une grosse bagarre en plus.

Malak soigne les plaies avec une crème concoctée par Akiro et, durant cet instant de détente entre deux guerres, masse la cuisse de Zula de plus en plus haut, bien au-delà des plaies. Ce seul moment un brin érotique fait sourire, même les gamins de 8 ans. Il n’y en aura pas d’autre, ça pourrait leur donner des idées. On les renvoie aux gros muscles, seuls censés les intéresser à cet âge (je parle des garçons) Je ne sais pas si les filles apprécient Conan, mais si Jehnna le trouve « beau » parce qu’elle n’a connu personne. Il porte cependant cette espèce d’armures musculeuse bizarre et inesthétique, avec des seins gros comme pour allaiter, au point de ne pouvoir supporter aucune tunique. Elle n’a rien de l’harmonie que l’on prête habituellement au « beau ». Nous sommes loin des canons grecs.

Toujours guidée par son pif, Jehnna mène la bande jusqu’à un temple perdu, où des prêtres magiciens gardent précieusement la corne de Dagoth. Seul cet appendice viril (situé sur le front) pourra lui redonner la vie – et l’apparence d’un beau mâle normalement musclé dont la reine Taramis rêve. Esseulée dans son palais, elle en caresse langoureusement la statue – sans imaginer une seconde qu’une corne sur le front et pas entre les jambes donne une idée de ce que pense le personnage : uniquement au vice. Encore une grosse bagarre dans les souterrains du temple, des inscriptions disent que Jehnna devra être sacrifiée pour que Dagoth renaisse mais Conan dit « on verra plus tard ». Une grosse porte est soulevée à la force des muscles par Conan et Bombaata, tandis que Malak se glisse dessous et actionne le levier tout bête qui permet de l’ouvrir. La corne est là, toute bijoutée de pierres précieuses. Jehnna s’en saisit, mais voilà les gardes qui rappliquent. Grosse bagarre, duel de magiciens avec Akiro, fuite dans les souterrains, Bombaata retarde les autres en faisant s’écrouler une paroi, afin de ramener Jehnna à lui tout seul.

Au palais de la reine Taramis, grosse joie (tout est gros dans ce film), cérémonie de résurrection, la corne est plantée sur le crâne de Dagoth, le magicien s’apprête à égorger la jeune fille selon les rites. Mais il prend son temps, celui du théâtre. Mal lui en prend, Conan et sa bande surgissent des souterrains, où Akiro a vu l’entrée secrète. Conan se bat avec Bombaata – grosse bagarre. Il finit par l’avoir. Il empale le grand vizir avant qu’il ne réussisse à saigner Jehnna. Puis il se mesure carrément au démon Dagoth qui renaît avec la corne sur son front bas. Ce n’est pas encore un beau jeune homme comme Taramis en rêve, mais un monstre au cuir épais et aux pattes palmées. Heureusement qu’Akiro fait parvenir au cerveau étroit de Conan l’info que la corne maintient seul Dagoth en vie, il n’y aurait pas pensé tout seul. De fait, quand il l’arrache, le monstre agonise.

Fin de la quête, distribution des prix. Conan refuse le sien pour préparer une autre aventure… qui n’aura jamais lieu : il deviendra gouverneur de Californie durant huit ans.

Selon le titre yankee, ce film est un destroyer, pas un croiseur, encore moins un porte-avion. Il fait feu de tous muscles, mais ça s’arrête là. Cela ne peut plaire qu’à des gamins (mâles) et à des ploucs des collines au QI réduit par l’isolement, le ressentiment et la malbouffe.

DVD Conan le destructeur (Conan the Destroyer), Richard Fleischer, 1984, avec Arnold Schwarzenegger, Grace Jones, Wilt Chamberlain, Mako, Tracey Walter, BQHL Éditions 2025, anglais, français, 1h39, €19,99, Blu-ray €10,33

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Géant de George Stevens

Sept jours avant sa mort dans sa Porsche 550 Spyder, James Dean tournait encore ce film. Il jouait le p’tit con devenu tycoon, le petit-blanc orphelin laissé pour compte par les seigneurs éleveurs texans, et devenu roi du pétrole. Tourné en 1955 à la gloire (critique) du Texas, cet État dans l’État, le deuxième plus grand et le deuxième plus peuplé des États-Unis, le film est composé à partir d’un roman d’Edna Ferber, décédée en 1968.

Jordan Benedict, un grand jeune homme (Rock Hudson) héritier de ses père et grand-père du domaine de 258 000 hectares et de 500 000 vaches situé au milieu d’une plaine poussiéreuse, vient prendre poulain reproducteur et femme reproductrice, Leslie (Elisabeth Taylor) au Maryland, pays verdoyant nommé en l’honneur d’Henriette-Marie de France, épouse du roi d’Angleterre Charles Ier Stuart, qui rappelle l’Europe. Texas, Maryland : deux États des mêmes États-Unis, deux cultures différentes. Au Maryland est née la liberté de religion, au Texas la prédation des grands propriétaires et le mythe du cow-boy.

Machisme patriarcal affirmé et brutalité d’un côté, tolérance et droit des femmes de l’autre, cela ne pouvait que faire des étincelles. Autant le premier est conservateur, autocrate et raciste (Républicain à la Trompe), autant la seconde est pour le progrès, la considération pour les autres et attentive aux pauvres (Démocrate à la Clinton). Les Mexicains du domaine de Reata, anciens propriétaires des terres spoliés à la fin du XIXe par les grand-pères blancs, sont considérés comme des sous-hommes et parqués dans des villages insalubres, laissés à l’abandon. Le premier geste de Leslie, une fois mariée et rapportée au manoir comme une proie, est d’aller voir une femme d’employé et son bébé malade au village mexicain, pour les faire soigner. Angel Obregon, c’est le nom du bébé, deviendra un beau jeune homme (Sal Mineo) qui donnera sa vie au pays comme soldat après Pearl Harbor.

L’intermédiaire entre blanc propriétaire dominateur et latinos salariés dominés est Jett Rink (James Dean), pôv blanc en pleine jeunesse (l’acteur a 24 ans), méprisé de Jordan mais bien aimé par la sœur de Jordan, Luz Benedict (Mercedes McCambridge), qui régit le domaine en quasi mâle. Pourquoi ? Parce que le jeune homme serait un bâtard du père ? Parce qu’elle avait une inclination impossible pour lui ? On n’en saura pas plus. Toujours est-il que, lorsque le cheval de Leslie tue Luz qui voulait à toute force le monter et le dompter – comme elle voulait dompter l’épouse de son frère – elle lègue par testament une petite parcelle de terrain à Jett. Jordan propose aussitôt, avec l’aide de son notaire et de ses voisins propriétaires, une compensation en dollars au jeune homme pour lui racheter les terres, mais celui-ci refuse. Il veut être l’égal des autres, propriétaire blanc lui aussi. Il clôt son petit domaine et le nomme même Little Reata. Grâce à la chaussure de Leslie qui s’enfonce dans la boue lors d’une visite qu’elle lui fait, il découvre du pétrole. C’est le pactole. Il gagné désormais plus en un mois que Jordan en un an avec ses vaches.

Jordan et Leslie ont des enfants, des faux jumeaux aînés, Jordan III et Judy, puis une fille, Luz II. Le conflit entre les parents s’étend à l’éducation des petits. Jordan, en macho implacable, veut entraîner son fils « héritier » Jordy III à monter à cheval dès 4 ans, ce qui fait peur au gamin et engendre sa répulsion pour l’élevage du bétail : il veut être médecin et ira contre la volonté de son père. Adulte (Dennis Hopper), il ira même jusqu’à épouser une mexicaine, doctoresse collègue du docteur de l’hôpital du coin. Sa jumelle Luz II (Carroll Baker) sera, une fois grande, favorable à la terre et à l’élevage, mais elle et son mari Bob (Earl Holliman), un peu bête et à la démarche lourdaude de péquenot, veulent leur propre ferme bien à eux, et ne pas dépendre. Jordan s’aperçoit alors que le monde a changé. Lui qui avait refusé, par traditions figées et conservatisme borné, d’autoriser le forage de puits sur ses terres, se convertit au pétrole. Exit les vaches qui nourrissent les hommes, bienvenue à la nouvelle alimentation du carburant pour le progrès.

Quant à Jett, l’argent lui est monté à la tête, lui l’inculte qui vivait dépoitraillé au domaine, désormais en costume, il se croit tout permis. Il organise un grand raout à Austin dans le grand hôtel Emperador (empereur) qui lui appartient, « réservé aux Blancs ». Il invite tous les Benedict, ainsi que le sénateur, le gouverneur et des personnalités du Texas pour célébrer le pétrole et sa gloire. Il drague Luz II et voudrait l’épouser pour intégrer la tradition, mais la différence d’âge est trop grande et, si Luz II a été « reine de la fête », elle éconduit gentiment le milliardaire. Lui se saoule, déjà porté sur l’alcool depuis de longues années pour oublier sa condition. Il ne peut délivrer « son » discours (écrit par un autre) et s’écroule sur la table du banquet, montrant à tous ses limites. L’accès au salon de coiffure a été refusé à l’épouse de Jordy, car mexicaine, ce qui a conduit le jeune homme à provoquer Jett en public, et son père à aller lui casser la gueule – mais surtout sa collection d’alcools dans une arrière-salle, Jett étant trop bourré pour se battre.

Géant est un film d’excès : plus de trois heures en deux DVD, un machisme XXL d’un Rock Hudson d’ailleurs homo mais mesurant 1m96, la démesure du Texas avec ses centaines de milliers de vaches puis son pétrole à gogo. De quoi prédisposer à la mentalité autoritaire de seigneur d’Ancien régime, de voleur de bétail et de prédateur de terres, à la prévalence de la force sur le droit, à la vanité de nantis. Le film a inspiré la série Dallas, ses petits forfaits en famille et son « dirty business » – c’est dire ! « J.R. », les initiales de John Ross Ewing dans la série, sont d’ailleurs les mêmes que celles de Jett Rink, apposées sur les portes de son grand hôtel. Trump et ses affidés reprennent désormais la brutalité et les traditions texanes – un film qui revient à la mode !

Oscars 1957 du meilleur réalisateur pour George Stevens, meilleur acteur pour James Dean et pour Rock Hudson

DVD Géant (Giant), George Stevens, 1956, avec James Dean, Elizabeth Taylor, Rock Hudson, Carroll Baker, Jane Withers, Warner Bros Entertainment France 2005, doublé français, anglais, italien, 3h13 + bonus 45 mn, €4,68, Blu-ray €38,99

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Mourir peut attendre de Cary Joji Fukunaga

Avec un réalisateur cette fois américain, et après l’épidémie de Covid, on peut s’attendre à un saut technologique et à la fin du James Bond traditionnel. C’est ce qui arrive : le mythe est cette fois-ci « déconstruit » – et en morceaux. La technique l’emporte sur l’humain, et ce qui reste est une petite fille…

L’ex-agent du MI6 vieillissant Bond (Daniel Craig) coule des jours heureux avec Madeleine (Léa Seydoux), ex-docteur psy, à Matera en Italie où est enterrée Vesper Lyn, le grand amour défunt de Bond. Il part seul méditer devant sa tombe… qui explose, manquant de le supprimer. Puis il est poursuivi par deux autos et une moto dont il a du mal à se défaire. Comment les tueurs ont-ils su qu’il était ici ? Ce ne peut être que par la trahison de Madeleine, qui le leur a livré. Ainsi croit-il, selon un message de Blofeld (Christoph Waltz) qui la félicite d’avoir livré son conjoint, qu’il écoute en fuyant en Aston Martin DB5 avec elle. Si elle dément, elle n’est guère convaincante, inconsciemment coupable. Il la fourre dans un train et l’oublie.

Le pré-générique, toujours très long dans les films 007, a montré une Madeleine enfant (Coline Defaud) dans une maison isolée de Norvège qui voit un homme s’avancer vers la maison. Elle tente de réveiller sa mère des brumes de l’alcool, mais celle-ci la rejette : elle est tuée d’une rafale. La petite fille se cache sous le lit – où se cachent toujours les enfants. Mais elle sait que son père « tue des gens » et a vu les armes. Elle s’est saisie d’un pistolet et tire sur l’homme, qui porte un masque de nô pour cacher son éruption cutanée. Il se fait appeler Lyutsifer Safin (Rami Malek), elle le saura plus tard. Ce Lucifer n’est pas mort, inexplicablement. Il se relève et poursuit la fillette, qui fuit sur la glace gelée du lac (comme Bond en Écosse précédemment). La glace cède et elle coule ; ne pouvant retrouver le trou, elle va se noyer. Mais le masque tire et casse la glace pour lui tendre la main. Il l’a sauvée, en rachat de son traumatisme infantile, saura-t-on plus tard. Elle lui est redevable…

Cinq années passent et M (Ralph Fiennes) a créé le Projet Héraclès, une arme absolue. C’est un virus nanorobot capable d’infecter tous les humains, mais de ne tuer que des cibles précises selon leur code génétique. Les Anglais meilleurs que les Chinois du Covid à ce jeu d’apprenti sorcier ? L’organisation Spectre, qui survit toujours malgré son chef Blofeld emprisonné, on saura pourquoi, a décidé de s’emparer de cette arme biologique et attaque le labo biologique sécurisé – situé lamentablement en plein Londres (quelle ineptie de sécurité publique !). Il tuent et font exploser tout, s’emparent des éprouvettes et emmènent avec eux le savant (évidemment russe) Valdo Obruchev (David Dencik), qui se vend (comme tout bon ex-soviétique) au plus offrant.

James Bond, retiré dans une villa tropicale en Jamaïque où il pêche en sous-marin et fait de la voile, tout en picolant sec dans les bars du coin le soir, est abordé par son ami de la CIA Felix Leiter (Jeffrey Wright). Avec son jeune collègue technocrate ambitieux à la C, Logan Ash (Billy Magnussen), ils ont repéré un criminel dangereux pour le monde entier par son arme biologique et ont tracé Obruchev à Cuba. Il demande à Bond de reprendre du service pour lui, car il est le meilleur, même le jeune le reconnaît. James refuse, mais une certaine Nomi l’aborde directement, sabote sa Land Rover pour le ramener chez lui en scooter – et lui avouer directement qu’elle est le nouveau matricule 007 et que le Projet Héraclès de M menace le monde après avoir été piraté. Bond, alors, accepte la mission avec elle. Politiquement correct américain oblige, le nouveau 007 est une femme, et du noir le plus foncé qui existe (Lashana Lynch). Nomi est d’ailleurs efficace et sympathique, mais plus comme un agent bien entraîné que réfléchissant au sens de sa mission.

James Bond se rend alors à Cuba où il rencontre Paloma (Ana de Armas), collègue de la CIA de Leiter, trois mois d’entraînement mais très opérationnelle. Lui en smoking blanc apporté par la belle, elle en robe de soirée noire ouverte jusqu’au ventre qui dégage presque ses seins. Ils infectent comme des homovirus une réunion de Spectre pour l’anniversaire de Blofeld, dont ils s’aperçoivent qu’il dirige son organisation depuis sa prison par un œil bionique. Ce qui explique ses marmonnements inexpliqués que les psy ont noté. L’œil en question permet aussi au malfrat, depuis sa prison de Bellmarsh, de s’apercevoir de la présence de Bond. Il ordonne à son agent Primo (Dali Benssalah), doté lui aussi d’un œil bionique, d’éliminer Bond par la diffusion dans l’air ambiant du virus nanorobot programmé pour s’attaquer au système ADN de Bond uniquement. Sauf que ce n’est pas ce qui se produit : Bond est le seul survivant, tous les autres crèvent. Obruchev a reprogrammé Héraclès sur instruction de Safin. Il parvient à fuir en emmenant le savant et pique l’hydravion de Nomi pour rejoindre un bateau de la CIA. Il se rend compte alors que Logan Ash est un traître affilié à Spectre. Échanges de tirs, Leiter est tué, le bateau explose, Ash s’enfuit avec Obruchev, Bond parvient à se dépêtrer de la coque qui s’enfonce.

Bond retourne à Londres, où il rencontre M et l’accuse d’avoir joué avec le feu. M finit par l’admettre et à demander à Bond de l’aider. Il veut rencontrer Blofeld en prison pour obtenir un nom ; M lui demande d’être accompagné de sa psy, la seule avec qui il parle. C’est le Dr Madeleine Swann. Elle est toujours soumise à Safin, qui a recruté Ash et Primo, et est « forcée » de s’enduire de nanorobots programmés sur les mains et les poignets pour infecter Blofeld via Bond. Lorsque le faux-frère, jaloux qu’il lui ait ravi jadis l’affection de son père, avoue à son « coucou » James qu’il a lui-même organisé l’embuscade au cimetière de Vesper parce qu’il savait qu’il allait forcément s’y rendre un jour, et que donc Madeleine ne l’a en rien trahi, Bond saute sur lui pour l’étrangler, mais se contrôle. Cependant, il l’a touché, et les nanorobots font leur boulot : exit Blofeld. Lucifer Safin reste le seul maître.

James Bond rejoint alors Madeleine Swann dans son chalet d’enfance en Norvège, et s’aperçoit qu’elle a une fille de 4 ans, Mathilde (Lisa-Dorah Sonnet). Madeleine lui dit qu’il n’en est pas le père, pour lui éviter de s’engager. Les parents de Safin ont été tués par le père de Madeleine lorsqu’il était enfant, et lui adulte a voulu reproduire la situation pour se venger, puis tuer Blofeld qui en a donné l’ordre. A ce moment, Nomi prévient Bond que des tueurs sont en route selon les images satellites de Q (Ben Whishaw). Bond délaisse son Aston Martin V8 pour prendre la Toyota Land Cruiser banalisée de Madeleine et emporte mère et fille pour fuir. Course poursuite sur les routes et dans la forêt. A pied, en commando, Bond élimine les tueurs restants dont Ash, tandis que Madeleine en élimine aussi mais, faute de munitions, est enlevée par Safin en hélico.

Q localise le terroriste sur une île contestée entre Japon et Russie, ancienne base de la Seconde guerre mondiale où Safin a établi sa ferme de nanorobots destinés à envahir le monde pour prendre le contrôle des gens. Le virus programmé peut cibler une seule personne, ou toute une famille, éradiquer un groupe ethnique, voire une « race » entière comme les Noirs, ce que dit Obruchev à Nomi en passant – avant qu’elle ne le jette dans une cuve d’acide parce qu’il est pour lui l’heure de mourir. C’est dire le danger de cette arme absolue. Bond s’embarque avec Q dans un C-17 Globemaster espion sur zone, et part avec Nomi dans un drone planeur apte au sous-marin, dernier gadget de Q. Ils infiltrent la base, tuent tout ce qui bouge, dont Obruchev sans pitié, mais Bond est contraint de se soumettre quand Safin tient la petite Mathilde. Lorsqu’il réagit en agent bien entraîné, Safin disparaît dans une trappe avec la fillette, qu’il laisse cependant repartir toute seule avant de fuir dans son repaire au cœur de l’île.

Objectif de Bond : assurer par Nomi la fuite de Madeleine et Mathilde en canot, tandis que lui va ouvrir les trappes d’aération des silos sur l’île pour que les missiles tirés par deux destroyers de la Navy puissent détruire tous les nanorobots. Il lutte avec Primo et un gadget de Q, la montre à champ magnétique pour désactiver les systèmes électroniques, permet de le tuer en faisant exploser son œil bionique. Tout est prêt… sauf que les panneaux des silos se referment. Safin est toujours dans la base et blesse Bond avant de lutter avec lui à mains nues. Il l’a infecté avec des nanorobots programmés pour tuer Madeleine et Mathilde, le condamnant à ne plus pouvoir les toucher pour tout le reste de sa vie. Bond, blessé, tue froidement Safin, ce qu’il aurait dû faire aussi de Blofeld dans le film précédent – on ne gagne jamais à laisser en vie pour raisons « humanistes » des psychopathes. L’humanisme consiste à choisir le salut du plus grand nombre, pas celui de chaque individu au prétexte qu’il serait amendable. Bond rouvre les silos et téléphone à Madeleine pour lui dire que tout est fini, qu’il est trop tard pour lui à cause des missiles déjà lancés, qu’il ne peut d’ailleurs plus l’approcher pour cause de virus. Madeleine lui confirme alors que Mathilde est bien sa fille, ce que Bond savait par Safin à cause de sa programmation des nanorobots.

Fin de James Bond 007, il a fait son temps, et bien fait. Il a sauvé le monde et laissé une enfant ainsi que des souvenirs glorieux chez ses amis, réunis autour d’un verre de whisky (écossais) en son honneur : M, Tanner, Q, Moneypenny (Naomie Harris) et Nomi. M lit une citation de Jack London sur la différence entre vivre et exister. James Bond ne s’est pas contenté de vivre.

DVD Mourir peut attendre (No Time to Die), Cary Joji Fukunaga, 2021, avec Daniel Craig, Léa Seydoux, Christoph Waltz, Rami Malek, Lashana Lynch, MGM / United Artists 2024, doublé anglais, français, 2h36, €9,99, Blu-ray €14,99

DVD James Bond 007 – La Collection Daniel Craig : Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall, Spectre, MGM / United Artists 2020, français, anglais, €10,27, Blu-ray €33,92

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin

Nous sommes dans la ville « multiethnique » de Roubaix, en mai 2002. Un vrai fait divers inspire le film, objet du documentaire Roubaix, commissariat central de Mosco Boucault. Le spectateur assiste à la vie quotidienne d’un commissariat, entre tentative de fraude à l’assurance, viol, deal, fugue, mal être d’enfants de blédards qui ne se sentent ni vraiment français, ni vraiment arabes, restés dans la banlieue…

Le commissaire Daoud (Roschdy Zem) est Maghrébin, arrivé à l’âge de 7 ans, et a grandi dans cette ville. Il peut encore voir son école primaire – dégradée – son collège, les boites de nuit hier « interdites aux chiens et aux Arabes ». Toute sa famille est repartie « au bled » car il n’y a aucun avenir dans une France qui décline et dont l’industrie fout le camp. Seuls les losers restent dans leur no future. Daoud est l’un des rares qui ait voulu « s’intégrer », faire des études, exercer un métier, être un Français « normal ». Son neveu – en tôle – le hait pour cela et ne veut plus le voir. La rançon de cette décision, c’est la solitude. Ni femme, ni enfant, peu d’amis. Seuls les chevaux, parce qu’ils sont virils et purs, sans préjugés, sont la passion de Daoud.

Le jeune lieutenant Louis (Antoine Reinartz) dont c’est le premier poste, catholique et motivé, se croit investi d’une « mission » de sauver les misérables. Encore naïf, il « croit » ce que lui disent deux filles qui vivent ensemble dans une courée délabrée. Que des racailles ont mis le feu dans le bâtiment à côté, que la vieille dame d’à côté, 82 ans, a été cambriolée. Claude (Léa Seydoux) et Marie (Sara Forestier) ont peur des représailles », disent-elles – ou plutôt Claude le dit, Marie, amoureuse d’elle la suit. Claude est la dominante du couple ; elle est plus belle, plus sûre d’elle, elle manipule sa copine. Claude est mère d’un petit garçon de 6 ans qu’elle a une semaine sur deux, le reste du temps il voit son père qui vit en foyer. Des misérables.

Mais les hommes qu’elles font semblent de « reconnaître », sur les photos des délinquants au commissariat, puis par tapissage, ont tous un alibi sérieux. Les filles ont donc menti. Surtout Claude, Marie a suivi. Menteuse une fois, menteuse toujours. Lorsqu’un appel » anonyme » prévient la police à propos de la vieille voisine, le commissaire soupçonne que, comme pour l’incendie, ce sont les deux filles qui sont coupables. D’avoir fracturé la porte au pied de biche, d’avoir volé des objets, faute d’argent et de bijoux, d’avoir étranglé la vieille parce qu’elle s’était réveillée et s’inquiétait.

Le plus dur sera d’obtenir des aveux complets, d’avoir enfin « la vérité ». Car les misérables sont dans le constant déni. Déni de leur situation de loser, déni de tout acte pouvant être mal interprété, déni de vol, déni de meurtre, déni de préméditation. Étape par étape, en variant les interrogatoires, en séparant les deux filles, en usant du bon flic-mauvais flic (apparemment, ça marche toujours), Daoud et ses lieutenants vont parvenir à faire accoucher la vérité à chacune. L’ADN, la téléphonie, les empreintes, les témoins, tout cela compte, mais moins que les bonnes vieilles méthodes psychologiques à l’ancienne. Une reconstitution dans les lieux parachèvera le tableau. Chacune avoue enfin ce qu’elle a fait, stimulée et accompagnée par l’autre. Avec détermination, avec préméditation.

Pas de suspense sur l’issue, ce sera la prison pour meurtre ; l’une prendra probablement plus que l’autre, « sous domination ». L’intérêt est dans le chemin, pas dans le résultat. Le film montre un commissaire humain avec ses hommes, humains avec les misérables, humain avec les criminelles. L’escroc à l’assurance, qui est un beauf pas futé, sera dissuadé de maintenir sa version ; le violeur de plusieurs collégiennes de 13 ans sera coincé et mis hors d’état de nuire ; la fugueuse sera retrouvée, calmée, et remise en présence de ses parents pour qu’elle purge la crise juste avant sa majorité. Les deux meurtrières seront envoyées devant le juge, puis en prison.

Mais rien de meilleur que les chevaux. Ils courent parce que c’est leur fonction animale ; ils sont beaux et sans intentions. Ils ne sont pas humains, ils sont meilleurs que les humains.

On dit que le film est inspiré du Faux Coupable d’Alfred Hitchcock, mais je pense plutôt à Garde à vue de Claude Miller, où c’est cette fois un grand bourgeois qui se confronte au policier. Même déni de ses actes, mêmes tentatives de mentir sur tout, même façon de « prévenir la police », comme un acte manqué qui avoue tout.

C’est Noël dans les rues et sur les enseignes, mais le déterminisme social est implacable lorsque l’on ne croit pas à « la vérité ». Car, si l’on ne croit pas à l’adéquation entre la réalité des faits et l’être humain qui la pense, on se fait un film, on s’invente une histoire, on vole parce que c’est là, et on tue sans y penser. C’est à cela que mènent les « fausses vérités » ou « vérités alternatives » – qui ne sont seulement que « ce que je crois », et pas le réel. Au contraire, lorsqu’on se confronte au vrai – comme fait le cheval – on mesure ce dont on est capable : de retourner dans son pays d’origine mieux adapté, d’étudier, d’apprendre, de s’accrocher, de bien faire un métier, de comprendre les autres.

Un très bon film. Français.

César 2020 Meilleur acteur pour Roschdy Zem

DVD Roubaix, une lumière (Oh Mercy!), Arnaud Desplechin, 2019, avec Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier, Antoine Reinartz, Chloé Simoneau, Le Pacte 2020, français, 1h54, €10,00, Blu-ray €15,00

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Spectre de Sam Mendes

La théorie du Complot a eu de beaux jours devant elle après la crise financière de 2008. James Bond (Daniel Craig) ne pouvait que s’en faire l’écho dans ce film de 2015, reprenant le mythe de l’Organisation qui veut devenir Maître du monde par la manipulation et l’argent. Ici, le nouveau M (Ralph Fiennes) est confronté à un supérieur désigné comme C (Andrew Scott) – alias clown, ou connard – qui veut éliminer la section 00 au profit des drones et du renseignement électronique. La vieille antienne yankee de l’isolationnisme, si forte sous George W. Bush. C, jeune technocrate fonctionnaire, coordinateur des services de sécurité, veut fusionner le MI-5 et le MI-6. Ambitieux et théoricien, C est flatté de pouvoir appartenir au Club du Renseignement mondial appelé les Neuf sentinelles car composé de neuf pays, les pays anglo-saxons plus le Japon et quelques alliés arabes. Il se croit désigné pour tout surveiller, partout, tout le temps, sachant évidemment mieux que tout le monde ce qui est bon pour tout le monde.

Outre l’inanité de croire un seul instant que la CIA et les États-Unis pourraient se mettre sous la tutelle des Anglais pour ce genre de chose touchant à la sécurité nationale, on se demande qui manipule qui. C est gonflé d’orgueil mais ne voit pas que d’autres tirent les ficelles publiques pour les monnayer en clair et bon argent privé. Quiconque émet des doutes voit se produire un attentat terroriste sur son sol, ce qui l’incite aussitôt à rejoindre le club des surveillants. Les maîtres sachant alors tout sur tous, peuvent agir dans l’ombre pour leurs propres intérêts – bien compris.

Voilà donc un thème porteur avec un scénario clair. L’ancienne M a confié à James Bond en message vidéo posthume l’ordre de tuer un certain Marco Sciarra (Alessandro Cremona) par tous les moyens. Bond s’envole donc pour le Mexique, où le type est repéré. C’est durant la fête des Morts et il est déguisé en squelette avec la fille du moment qui partage son lit. Il ne s’absente que le temps d’éliminer au fusil les deux terroristes qui envisagent de faire sauter un stade. Mais c’est tout l’immeuble qui saute, entraînant avec lui la moitié de la rue (camelote immobilière mexicaine). Bond et Sciarra en réchappent et l’un poursuit l’autre parmi la foule. Un hélicoptère vient récupérer le malfrat sur la place de la Constitution, et Bond saute dedans. Bagarre en vol, acrobaties aériennes qui font frémir la foule en contrebas. Le terroriste est éjecté, le pilote aussi, Bond stabilise l’appareil. Mission accomplie.

Sauf qu’il a pris l’anneau qu’il avait au doigt. Il représente en effet une pieuvre gravée et est le signe de l’Organisation. De retour à Londres, M met Bond à pied pour désobéissance aux ordres et désordre diplomatique. « A vos ordres », dit Bond, qui pique la nouvelle Aston Martin DB10 destinée à 009 et part pour Rome assister aux obsèques de Sciarra. Sa veuve (Monica Bellucci), qui manque d’être tuée à son tour, informe Bond qu’une réunion secrète va avoir lieu pour trouver un remplaçant à son mari. James, toujours chevaleresque, fait exfiltrer la veuve par son ami de la CIA et se rend à la réunion, où il pénètre grâce au sésame de la bague.

Il s’aperçoit qu’il connaît bien le chef de l’Organisation. Il s’agit de Franz Oberhauser (Christoph Waltz), le fils de celui qui l’a adopté lorsqu’à 12 ans, il a perdu ses parents. L’aîné n’a jamais accepté le petit beau-frère, qui captait trop l’affection de son père, et a éliminé ce dernier lors d’une excursion en montagne. Chacun croit que père et fils ont péri, alors que le fils vit toujours, sous le nom de sa mère, Blofeld. Il hait James et veut le faire éliminer. Il mandate le grand épais Hinx pour ce faire (David Bautista). Course poursuite de l’Aston Martin par une Jaguar C-X75 dans les rues de Rome la nuit. Usage des gadgets de Q (Ben Whishaw) dans la nouvelle auto : munitions non chargées, mais lance-flammes efficace et siège éjectable parfait. La voiture de Bond se retrouve dans le Tibre, mais Bond atterrit sur le quai en parachute.

Bond demande à Moneypenny (Naomie Harris) de faire des recherches et comprend que White (Jesper Christensen) est toujours en vie dans un chalet autrichien. Lorsqu’il le retrouve, il est moribond, empoisonné par l’Organisation au thallium. Il demande à Bond d’assurer la sécurité de sa fille, le docteur Swann, et de trouver « L’Américain » qui lui fournira tous les renseignements. Madeleine Swann (Léa Seydoux) dans sa clinique reçoit Bond et le rejette, elle ne veut plus rien avoir à faire avec tout cela. Mais elle se fait enlever et c’est une nouvelle course poursuite entre les voitures sur la neige et un avion de tourisme. Q est venu prévenir Bond qu’il ne pourra pas le couvrir plus longtemps et que son traçage le mettra en mauvaise posture. Analysant la bague, Q retrouve des traces qui relient Le Chiffre, Dominic Greene et Raoul Silva à Franz Oberhauser. La boucle est bouclée, James Bond poursuit bien la même mission initiale.

L’Organisation a pour nom Spectre, et L’Américain n’est pas un individu mais un hôtel à Tanger où les parents de Madelaine se rendaient à chaque anniversaire de leur mariage. Fouillant leur ancienne suite, Bond parvient à découvrir une pièce secrète où des documents révèlent à la fois le lien familial de Bond avec Oberhauser, mais aussi son repaire au milieu du Sahara, dans le cratère d’une ancienne météorite. De quoi s’y rendre en train. Madeleine a horreur des armes – mais elle montre qu’elle sait s’en servir ; elle a sauvé ainsi son père lorsqu’elle était ado. Au restaurant du train, Hinx les attaque avant la vodka-martini, et elle aide Bond à le jeter sur la voie. Ils baisent ensuite comme des lapins, l’adrénaline leur a donné faim.

Dans la gare perdue au milieu de nulle part où ils descendent, ce n’est pas une diligence mais une Rolls Silver Shadow de 1949 qui vient les prendre pour les conduire au complexe de bâtiments ultramodernes et reliés par satellites au monde entier, où Oberhauser manigance ses crimes. L’information est le pouvoir. Tout savoir sur tous permet d’agir sur chacun : c’est aussi simple que cela. Spectre veut espionner tous les services secrets du monde et C leur livre déjà ce que sait le MI6. Sous son nouveau nom de Blofeld, Oberhauser s’amuse. Il manipule des gadgets qui rendent amnésique par une vrille dans le cerveau. Il fait attacher Bond sur un fauteuil à la Orange mécanique pour le soumettre et lui faire oublier tout amour, notamment le dernier, celui de la belle Madeleine. Il la gardera pour lui, par vengeance. Mais un gadget de Q, la montre explosive, permet à Bond qui la refile à Swann de faire sauter Blofeld (qui en réchappe, les mauvais en réchappent toujours) et, de balles en balles, de faire sauter à la Hollywood tout le complexe – la plus grosse explosion de toute l’histoire du cinéma, dit-on. Le couple s’enfuit en hélicoptère.

A Londres, James Bond découvre qu’il n’est pas un cow-boy solitaire mais épaulé par tout une équipe : son chef M, le chef d’état-major Bill Tanner (Rory Kinnear), le technicien expert Q et l’assistante Moneypenny. Tous vont se liguer pour contrer le Spectre, C et Blofeld. Ils sont dans deux voitures. Un SUV enfonce celle de Bond et de M ; Bond est pris et ligoté, M parvient à fuir. Blofeld a pris Madeleine en otage et menace de faire sauter les restes du QG dévasté du MI6 qui doit être démoli. Il a enfermé Madeleine dans une pièce et laisse quelques minutes seulement à son ex-frère James pour la trouver. Faute de quoi, ils périront. Bond y parvient et poursuit en bateau sur la Tamise l’hélicoptère de Blofeld qui s’envole. En tirant dessus, il le force à se crasher sur un pont – où il rejoint Blofeld. Va-t-il le descendre, comme un cloporte qu’il est ? Suspense.

Un bon cru de James Bond, crédible et haletant, sans reprendre les éternelles scies des pépées et des bagnoles.

DVD Spectre, Sam Mendes, 2015, avec Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux, Ralph Fiennes, Monica Bellucci, MGM / United Artists 2020, 2h22, doublé anglais, français, €7,99, Blu-ray €12,91

DVD James Bond 007 – La Collection Daniel Craig : Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall, Spectre, MGM / United Artists 2020, français, anglais, €10,27, Blu-ray €33,92(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

48 heures de Walter Hill

Duo de choc entre Nick Nolte et Eddie Murphy. Ce film a initié la mode des buddy movies, très yankee, et surtout très commercial. Il est sensé amuser pour faire du fric. Beau succès aux États-Unis, sans doute parce que le mot « fuck » est prononcé 48 fois, moins en France. Il faut dire qu’on est dans le macho et le vulgaire, les filles ne sont que des formes langoureuses et des chattes à remplir, les truands des salauds à trucider à grand coups de bastos avant qu’ils ne le fassent, et les bagnoles des jouets à brutaliser en faisant tanguer la péniche et crisser les pneus. Je n’ai pas ri une seule fois.

La scène commence hors d’un pénitencier où les condamnés à plusieurs centaines d’années de prison (la vanité américaine) raclent une ancienne voie de chemin de fer. Arrive un pick-up Ford antédiluvien qui dérape sur le chemin. En sort un Indien musclé qui quémande de l’eau. Un forçat le provoque et ils se bagarrent, le temps de détourner l’attention du garde à fusil et de le descendre, avec un autre en prime. Fuite du malfrat avec l’Indien, complice. Ce sont Albert Ganz (James Remar) et Billy Bear (Sonny Landham). Ils sont logés par la police et deux inspecteurs pensent les serrer avec une pute, mais Ganz en débardeur de laine (!) la prend comme bouclier, à poil, pour descendre les deux inspecteurs trop confiants dans leur supériorité numérique. L’inspecteur de police du San Francisco Police Department Jack Cates (Nick Nolte), un solitaire mal aimé des autres, assiste au désastre sans guère intervenir : bien fait pour eux.

Il est donc chargé par son chef noir de retrouver les deux en fuite. Lesquels vont vouloir récupérer le magot d’un casse, caché par un complice noir, Reggie Hammond (Eddie Murphy), lui-même en tôle. Cherchez le complice et vous aurez les tueurs, ainsi raisonne Cates. Pour cela, rien de plus simple (à la portée d’un cerveau de plouc yankee) : faire de Reggie un collabo – avec pour carotte une permission de sortie de 48 heures. D’où le titre, pas futé, du film.

Dès lors l’action s’enclenche, Reggie connaît le bar favori, un texan où seuls les Blancs sont admis ; il obtient, en jouant le flic trumpien avec la plaque de Jack, l’adresse de la pute favorite dans Chinatown ; laquelle a fait fuiter le mâle juste avant que les flics ne débarquent. Lui Reggie ne pense qu’à s’en faire une de pute, car il n’a pas baisé depuis trois ans (rires gras). Bref, multiples crissements de pneus plus tard, poursuite dans le métro, filature de l’intermédiaire Kelly (David Patrick Kelly) dont la copine a été prise en otage par les deux tueurs (une habitude), poursuite en bagnole d’un bus pris par les malfrats, fusillade… Deux balles dans le buffet pour l’un (un bon Indien est un Indien mort), une autre en pleine tronche pour l’autre (irrécupérable), et tout est réglé.

Flics vengés, justice faite, fric récupéré, Reggie remis en tôle pour la fin de sa (courte) peine. Jack est content, le yankee moyen aussi, le spectateur d’aujourd’hui moins – sauf les Russes, les trumpistes et les zemmouriens. Les temps ont changé et la grosse ironie vulgaire des années post-Nixon ne passe plus autant chez les gens sensés. A voir pour le décalage, beaucoup d’action et de bagarres macho, mais à part ça, une psychologie ras le front de gros lourd.

Grand prix au Festival du film policier de Cognac 1983

Meilleur film au Prix Edgar-Allan-Poe 1983

DVD 48 heures (48 Hrs.), Walter Hill, 1982, avec Nick Nolte, Eddie Murphy, Annette O’Toole, Frank McRae, James Remar,‎ Paramount Pictures France 2000, anglais doublé français, italien, espagnol, 1h36, €5,79, Blu-ray €14,99

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Skyfall de Sam Mendes

Les 50 ans de la Bond saga et la fin de M, dans une fin du monde personnelle avec la fin de la demeure ancestrale de James, son château en Écosse : la Chute du ciel (Skyfall). Pour une fois, le titre du film est explicite, il est même chanté au générique par Adele. C’est un bon cru Bond, bien meilleur que le précédent. Le thème est clair au spectateur : le vol d’une base de données des agents de l’Otan infiltrés chez les terroristes par une organisation subtile et puissante (« ils sont partout »).

Le service secret le mieux gardé du monde a été pénétré informatiquement. M (Judi Dench) est atterrée. Elle est accusée aussitôt par la ministre comme par l’Opposition d’être restée de la vieille école, focalisée sur le renseignement humain au détriment du renseignement électronique, et de ne pas avoir su protéger les secrets sensibles. Son propre ordinateur a été piraté, c’est dire ! Gareth Mallory (Ralph Fiennes), responsable des services secrets et de la sécurité intérieure britannique lui suggère de prendre sa retraite pendant qu’il en est encore temps. Fouettée dans son orgueil, M refuse : elle veut terminer la mission.

Et c’est James Bond (Daniel Craig) qui s’y colle. Une section du MI6 a été éliminée par les voleurs du disque dur à Istanbul et Bond les prend en chasse. Course poursuite dans les souks, puis en moto sur les toits du grand bazar, moment haletant et spectaculaire. James est aidé par Eve (Naomie Harris), une métisse politiquement correcte, femme d’action jolie et entreprenante. Comme Bond et le tueur se retrouvent sur le toit d’un train enlacés dans la bagarre, et que c’est la fin de la route pour sa Land Rover, Eve reçoit l’ordre direct de M de tirer, quelles que soient les conséquences. Il faut bien prendre une décision en cas d’incertitude. Elle tire – et Bond est touché au pont d’Adana, il chute dans les chutes comme Sherlock Holmes contre Moriarty.

On le retrouve nu dans les bras d’une belle turque, se remettant à peine de sa plaie à l’épaule droite mais toujours vivant comme le chat à neuf vies. Il écluse sa déception d’avoir été tiré comme un lapin sur ordre de sa Mother, peut-être « la règle du jeu » des espions, mais ressentie comme une trahison. Blessure plus alcool plus femme, il s’affaiblit. Il n’est plus le fringuant officier qu’il était, le Commander.

Rentré à Londres lorsqu’il apprend par la télé que le siège du MI6 a carrément explosé, tuant six agents via le système informatique de ventilation qui a dérouté le gaz, Bond est soumis aux tests de validation pour reprendre du service. M tient à lui, seul apte, selon elle, à débusquer le malfrat à l’origine de tout cela. Elle soupçonne en effet quelqu’un de l’intérieur du service, peut-être un ancien agent qu’elle a connu, car un message s’est affiché sur son ordinateur, l’invitant à « méditer ses péchés » et livrant cinq noms d’agents infiltrés de la base volée chaque semaine. Les tests sont tous négatifs, mais M considère qu’il est apte. Le spectateur a l’impression d’un club de vieux beaux qui ne sont plus ce qu’ils étaient mais font encore bonne figure. M et Bond sont usés – vont-ils réussir ?

James Bond extrait d’une de ses blessures des fragments de balle qu’il fait analyser, ce qui révèle une composition particulière à l’uranium enrichi. Remontant la piste de ce genre de balle, le système, réinstallé dans l’ancienne War Room de Churchill dans les souterrains de Londres, identifie un certain Patrice (Ola Rapace) comme le tueur à gage échappé à Bond. Il est localisé à Shanghai, où Bond se rend aussitôt, avec un pistolet Walter PPK spécial, à empreintes palmaires (seul celui qui portent les empreintes entrées dans la puce peut tirer) et une balise radio miniature. C’est un nouveau Q très jeune (Ben Whishaw, 31 ans quand même), grosse tête sur petit corps, le type même de l’informaticien grandi à l’ombre des ordis, qui le lui livre lors d’une rencontre discrète à la National Gallery devant Le Dernier Voyage du Téméraire de Turner – un titre symbolique pour un Bond perçu comme en fin de course. Q est l’initiale de Quartier-maître, un grade du service.

Pris en filature par Bond, Patrice pénètre dans une tour, descend tous les gardes et monte à un étage élevé où il découpe le vitrage pour tirer sur une cible dans l’immeuble d’en face. Curieusement, Bond le laisse tuer avant de lui sauter dessus. Dans la bagarre, l’homme chute dans le vide – c’est son tour – sans avoir donné le nom de qui l’emploie. Dans la valise de l’arme, James Bond découvre un jeton de casino qui le conduit à Macao, l’enfer du jeu, où le tueur doit être payé avec, en liquide, pour sa prestation.

Là, l’inévitable belle pépée l’entreprend, sur ordre de son employeur. Séverine (Bérénice Marlohe) est une pute de luxe, violée et mise en maison à 12 ans ; elle veut se venger mais a peur de son maître. Elle informe cependant Bond que les gardes vont l’assassiner pour éteindre la piste et récupérer les 4 millions de dollars de la valise. Mais Bond n’est pas venu seul, Eve l’accompagne, déguisée en belle étrangère. Jeté aux dragons de Komodo en liberté dans un bassin sous la salle de jeu par les gardes, il évite d’être tué par son propre Walter PPK qui ne fonctionne pas dans la main de celui qui l’a pris, et laisse l’épais Chinois obtus être happé par la gueule du dragon qui part le dévorer. Il rejoint Séverine sur son voilier, mais les deux sont faits prisonniers par les gardes et emmenés sur l’île japonaise désertée de Hashima, à 20 km au sud de Nagasaki. Après la fermeture de la mine qui avait attiré du monde, les habitants la désertent en 1974 et c’est désormais une île fantôme où le terroriste peut aisément se cacher.

Il s’agit de Silva, de son vrai nom Tiago Rodriguez (Javier Bardem), un ancien de M à Hong Kong, livré par elle aux Chinois lors de la rétrocession de la colonie en échange de six noms d’agents infiltrés au MI6. La capsule de cyanure dans sa molaire n’a pas bien fonctionné (camelote anglaise) et n’a fait que dissoudre une partie de sa mâchoire, d’où la prothèse qu’il porte et qui lui donne un air chevalin. C’est « le jeu des espions » mais est perçu comme une trahison. Tiago ne le prend pas comme James mais veut se venger par des cyberattaques. Il fait jouer Bond au jeu de Guillaume Tell, un verre d’excellent whisky Macallan de 50 ans d’âge sur la tête de la belle Séverine attachée à trente pas, et un pistolet antique pour le dégommer. Bond rate sa cible, exprès ou mal remis de sa blessure, ce qui amuse Tiago qui, à son tour tire et descend la fille d’une balle dans la tête. Toutes les belles pépées de James Bond doivent mourir, c’est la loi des séries. Bond a actionné sa radio-balise, descendu les gardes par un jeu de passes de karaté, et des hélicoptères viennent capturer Silva vivant.

Il est mis en cage de verre comme le cannibale Lecter du Silence des agneaux et, comme lui, parvient à s’évader en jouant sur la stupidité des gardes chargés en plus de le surveiller. Comme s’il avait tout prévu : être capturé, être emprisonné à cet endroit, fuir par les souterrains, rejoindre le réseau du métro. Même l’ordinateur de Silva, que Q tente de percer, ne livre que ce qu’il veut bien livrer. C’est lui qui ouvre les trappes vers le métro. Bond le poursuit, Silva fait sauter une paroi, une rame de métro (vide) tombe sur Bond qui en réchappe de peu, Silva se déguise en policier de la Metropolitan, uniforme qui grouille dans le métro bondé à cette heure après l’alerte lancée par le service.

Silva rejoint Westminster, où M passe devant une commission d’enquête pour mauvaise gestion des exfiltrations d’agents, tue les gardes et surgit dans la salle où la ministre est en train d’invectiver la chef du MI6. C’est le duel des egos : la jeune conteste les méthodes de la vieille, tandis que celle-ci décrit le nouveau monde où les menaces sont partout. « Vous sentez-vous en sécurité, Madame ? » demande-t-elle juste avant que les portes ne s’ouvrent sur les assaillants. Mallory, ancien colonel, parvient à protéger M en prenant une balle dans l’épaule à sa place, Bond survient et, aidé par Eve, met en fuite les tueurs.

Il prend M avec lui et l’engouffre dans sa voiture officielle qui fonce dans Londres avant de changer de véhicule : une voiture officielle est toujours équipée d’une balise qui la rend repérable. Bond dévoile son ancienne Aston Martin DB5 qui dort dans un garage, et fonce vers une destination secrète à tous, sauf à Q, Mallory et Bill Tanner le chef d’état-major (Rory Kinnear). Il rejoint le manoir familial Skyfall en Écosse (inspiré de Glen Coe dans les Highlands) où il a grandi avant la mort de ses parents. Il a été confié ensuite aux enfants de troupe ; il était bien jeune, peut-être pas 10 ans, d’où la faille psychologique analysée par le psy du service. M est devenu comme sa Mère, le même transfert que Tiago. L’exil à Skyfall, zone désertique, vise à attirer Silva pour lui tendre un piège.

Bond, M et Kincade, l’ancien garde-chasse qui ne l’a pas oublié (Albert Finney), renforcent les défenses du manoir isolé sur la lande, près d’un lac gelé. Ils disposent des pièges dans les planchers et sur les lustres, réunissent les rares armes qu’ils ont à leur disposition, dont quelques bâtons de dynamite. La première vague arrivée en voiture est éliminée, les mitrailleuses de l’Aston Martin de légende jouant son rôle, mais une seconde arrive avec Silva, en hélicoptère. M est blessée à la hanche et doit fuir avec Kincade par le « trou du prêtre » dont le souterrain mène vers la chapelle, à un demi-mille du manoir. Bond reste en arrière-garde et fait sauter le bâtiment avec la dynamiste et les bouteilles de gaz de la cuisine. L’hélico se crashe mais Silva est toujours vivant.

Le vieux garde-chasse, malgré la lueur d’incendie qui permet de voir quasi comme en plein jour, a bêtement laissé allumée sa torche électrique, ce qui permet à Silva de repérer la lueur et de s’élancer à leur poursuite. Bond parvient à prendre un raccourci sur le lac gelé, mais est mis en joue par Silva. Il détourne l’attention du garde et le fait tirer en rond avec son fusil automatique, ce qui rompt la glace entre eux. Il réussit à étrangler et noyer le garde dans l’eau glacée, tandis que Silva reprend sa route vers M. Il veut mourir avec elle d’une seule balle, pour annihiler la trahison par un pardon réciproque. Bond ne parvient à lui faire changer d’avis qu’en lui lançant un poignard dans le dos, qui le tue. Mais M succombe à l’émotion, affaiblie par sa blessure.

A Londres, Mallory est devenu le nouveau M et Eve s’est retirée du service actif pour redevenir Miss Moneypenny. Commence-t-on alors un nouveau cycle ? Même pas ! Bond se voit confier par Mallory une nouvelle mission.

DVD Skyfall, Sam Mendes, 2012, avec Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench, Ralph Fiennes, Naomie Harris, MGM / United Artists 2020, doublé anglais, français, 2h22, €6,50, Blu-ray €15,00

DVD James Bond 007 – La Collection Daniel Craig : Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall, Spectre, MGM / United Artists 2020, français, anglais, €10,27, Blu-ray €33,92

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , ,

Destination Graceland de Demian Lichtenstein

Prenez le mythe d’Elvis Presley, ajoutez un casse de casino, saupoudrez de scènes de baise torrides et d’une fille accrocheuse, pimentez juste un brin d’un gamin déluré – agitez et faites tirer et sauter à gogo : et vous avez « le » film qui cartonne au box-office. Les beaufs yankees sont ravis, les critiques intellos beaucoup moins.

Michael Zane (Kurt Russell) qui ressemble à Elvis, est récemment sorti de tôle pour braquage raté. Sa route le conduit dans sa voiture rouge elvisienne dans un motel du désert du Nevada, où un gamin de 12 ans, Jesse (David A. Kaye, né en 1988) tente de lui voler un masque d’écrou sur une roue. Il le poursuit jusqu’à trouver sa mère, Cybil Waingrow (Courteney Cox), « Cybil avec un C », qui tombe raide dingue de sa virilité et se donne avec transports. Jesse en profite pour pénétrer dans la chambre où les corps nus pilonnent le lit, et piquer 20 $ dans le portefeuille de l’amant de sa mère, afin de s’acheter une panoplie de cow-boy.

Le lendemain de cette nuit torride, quatre hommes viennent récupérer Michael : Murphy, Hanson, Gus et Franklin. Ils se sont déguisés en Elvis pour feindre de participer à une convention sur le chanteur fétiche au casino Le Riviera de Las Vegas. Le timing est mauvais, l’ascenseur n’est pas bloqué à temps, l’hélicoptère piloté par Jack (Howie Long) qui doit les récupérer a du retard, le groupe de braqueurs doit affronter la sécurité. C’est alors le premier grand guignol de la fusillade durant l’évasion. Franklin (Bokeem Woodbine) est tué, et son corps balancé depuis l’hélico pour faire le ménage ; pas grave, c’est le seul Noir de l’équipe. Aucun respect pour les accessoires.

De retour au motel, Hanson le persifleur (Christian Slater) ne voit pas pourquoi on en partagerait pas la part du mort entre eux tous, c’est la logique. Mais Thomas Murphy le psychopathe (Kevin Costner) n’est pas de cet avis : il n’aime pas Hanson et se plaît à imposer aux autres sa volonté. Il descend Hanson qui l’a menacé. Michael cache le gros sac de dollars dans le faux-plafond, cache habituelle de Jesse qui aime bien piquer des choses, comme le dit sa mère. Le gamin, futé, a tout vu. Il admire les malfrats et joue avec ses revolvers de pacotille. Il faut aller enterrer Hanson dans le désert, dans la voiture rouge de Michael. Murphy n’avait nulle intention de partager les 3 millions de dollars et il descend Gus (David Arquette) et Michael. Au retour pour récupérer le fric, il percute un coyote sur la route, fasciné par les phares, et s’écrase en contrebas de la route, assommé par le choc.

Michael, pas bête, portait un gilet pare-balles et n’est pas mort. Au motel, l’argent a disparu et c’est forcément Jesse. Il fait irruption chez Cybil et le retrouve, puis lui donne 100 000 $ pour qu’elle oublie tout. Mais elle, ce qui l’intéresse n’est pas l’argent, mais le mec : elle refuse et Michael doit finalement emmener Cybil et Jesse avec lui vers le nord dans la voiture de sa grand-mère. Il est convenu de passer la frontière canadienne après avoir changé les billets forcément marqués auprès d’un receleur dans l’Idaho, qui va prendre sa commission de 40 %. Il y a pour cela un mot de passe, écrit sur une carte dans le portefeuille de Michael. Mais celui-ci ne peut pas la fermer et dit tout à Cybil. Laquelle en profite pour voler le portefeuille de Michael (telle fils, telle mère) et s’enfuit dans la voiture. Michael se retrouve avec le gosse et sans un rond. Il vole un SUV et commence à trifouiller le moteur pour le mettre en marche quand Jesse, tout simplement, trouve la clé de contact. Pour faire de l’essence, Jesse toujours futé, vole à son tour le portefeuille d’un gros beauf. Michael sait où aller pour retrouver Cybil : chez le receleur.

Dans le même temps, Murphy s’est remis et réalise que Michael a pris l’argent. Il le poursuit dans l’Idaho avec la voiture rouge de Michael. Cybil a appelé le receleur Jay Peterson (Jon Lovitz) avec un mot de passe trouvé dans le portefeuille de Michael. Murphy se présente chez le blanchisseur avec le même mot de passe. Peterson explique que Cybil a appelé en premier, alors ils l’attendent. Lorsque Cybil arrive, elle prend Murphy pour Peterson, mais le psychopathe l’a descendu avec son assistante. Lorsque Michael et Jesse arrivent, ils trouvent les corps de Peterson et de la fille, que Jesse veut voir pour savoir s’il s’agit de sa mère. Jesse devine que Murphy a la voiture de Michael et, malin, lui dit que puisque c’est sa voiture que conduit Murphy, il peut la déclarer volée. La police l’arrêtera. Pas bête ! Murphy est en effet arrêté à un contrôle, mais Michael aussi, qui a lui même piqué un SUV. Ils se retrouvent dans la même prison du comté et se vannent, tandis que Jesse paye un avocat pour la caution de sortie de Michael. Murphy, de son côté, téléphone à Jack, le pilote d’hélico, pour qu’il fasse de même.

Michael récupère sa voiture rouge et trouve Cybil ligotée et bâillonnée dans le coffre, ainsi que deux fois plus d’argent : celui du casse plus celui que devait donner en échange le receleur, que Murphy a volé avant de le tuer. Il décide de se séparer de ce véhicule trop voyant et en loue un plus discret pour Cybil et son fils. C’est le moment de se séparer, lui va prendre un taxi, malgré le gamin qui s’accroche à son torse, en pleurs. Quant à Murphy, il fait du stop, tombe sur un fan d’un chanteur marginal, le tue se déguise en lui pour passer les barrages de police. Cybil et Jesse qui passent en voiture se font repérer par Murphy. Il les poursuit avec son van bariolé et les fait sortir de la route. Il prend le gamin en otage pour que Cybil retrouve Michael et le fric. Cybil supplie Michael, qui cède, aimant bien Jesse, et sa mère malgré ses mensonges.

La rencontre doit avoir lieu dans un entrepôt, où Murphy est venu accompagné d’un tueur expert. Michael est apparemment seul, mais a prévenu la police. Jack sert de messager entre Michael qui a le sac de dollars, et Murphy qui détient le gamin. Mais le sac n’est rempli que de papier journal découpé et d’un scorpion du désert qui pique Murphy. L’équipe du SWAT enclenche alors la grosse fusillade adorée des beaufs yankees, complètement inefficace mais spectaculaire, avec son lot de morts flics – montrant combien ils sont en fait incompétents. Mais « c’est de la bonne télé » comme dirait Trompe. Les beaufs yankees adorent Trompe pour cela. Ils aiment à se faire du cinéma, à se raconter des histoires – tandis que le monde les rattrape (la Chine, le climat, le déclin du dollar, la fuite de l’innovation à cause des cerveaux interdits d’immigrer…).

Murphy a descendu Michael, mais celui-ci a toujours son gilet pare-balles ; il est emmené en ambulance mais Cybil la pique avec Jesse, tandis que Murphy est enfin descendu par la police dans une apothéose de balles, affaibli par le venin du scorpion. Tous est bien qui finit bien, en apothéose rose bonbon yankee. Les trois s’échappent ensemble sur le bateau de Michael, le « Graceland ». Il est suggéré que Michael serait effectivement un bâtard du King, selon un test génétique, et que son « père » lui a donc légué ce bateau au nom de sa résidence de Memphis dans le Tennessee. Jesse, mûri, jette ses revolvers jouets à la mer.

C’est prenant, mais à la limite de la série B.

DVD Destination Graceland (3000 Miles to Graceland), Demian Lichtenstein, 2001, avec Kurt Russell, Kevin Costner, Courteney Cox, Christian Slater, Warner Bros France, anglais doublé français, 2h, €22,90

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Quantum of Solace de Marc Forster

James Bond 007 (Daniel Craig) reprend là où il avait terminé dans Casino Royale. Il n’a finalement pas descendu M. White (Jesper Christensen) mais l’a arrêté pour le livrer au MI6 à Sienne. Il l’a mis dans le coffre de son Aston Martin DBS mais est poursuivi sauvagement par deux voitures de tueurs, auxquelles il n’échappe qu’après une course poursuite haletante et non sans avoir perdu une portière, pris quelques trous dans la carrosserie et la vitre arrière.

M (Judy Dench) s’interroge : Bond est-il loyal envers la Couronne, ou suit-il une vengeance personnelle en poursuivant les assassins de Vesper, la fille dont il est tombé bêtement amoureux ? M. White rigole ; comment, le MI6 ne sait rien sur son Organisation ? Mais elle est partout ! A ce moment, le garde du corps depuis 8 ans de M tire sur tout le monde et s’enfuit lorsque Bond riposte. Nouvelle course poursuite, à pied cette fois, dans les égouts de Sienne et la Piazza del Campo où se déroule le Palio, les toits des bâtiments et dans la tour de la cloche – où Bond descend enfin le garde.

Dans l’appartement de White à Londres, le MI6 trouve une liasse de dollars dont les numéros de série renvoient à une banque située à Port-au-Prince, en Haïti, et à un certain M. Slate. Bond se rend à l’hôtel où Slate est logé, viole sa chambre et le tue après une bagarre qui fait du bon cinéma. En rendant la clé à l’accueil, il demande s’il y a du courrier et on lui livre une valise. C’est le signe de reconnaissance, semble-t-il, car une jeune femme (Olga Kurylenko) pile à côté de lui et l’invite à monter dans sa voiture. Bond se laisse faire. Camille croit qu’il est le géologue qui lui a été indiqué. En ouvrant la valise, Bond découvre un pistolet et une photo de la jeune fille : elle devait être tuée. Outrée, Camille lui tire dessus et il descend de l’auto pour piquer une moto et la suivre.

Elle se rend sur le port dont un quai est bien gardé par des Noirs en armes. Elle rencontre son petit ami Dominic Greene (Mathieu Amalric) et lui demande pourquoi il voulait la faire tuer. C’est parce qu’il la soupçonnait de coucher avec lui pour approcher le général Medrano de Bolivie (Joaquín Cosío). Comme il arrive justement en bateau, Greene la lui confie, avec pour mission de la balancer par-dessus bord lorsqu’il lui sera passé dessus à satiété. L’Organisation lui ouvrira la route du pouvoir, outre un substantiel pot-de-vin, s’il signe un décret de cession de terrains vides de pétrole dans le désert. Mais pas vide de tout… L’eau souterraine est désormais la richesse, plus que le pétrole.

James Bond vole un bateau pour sauver Camille, mais celle-ci veut rester avec Medrano, avec qui elle a un compte à régler : c’est lui qui a tué ses parents après avoir violé sa mère et sa sœur sous ses yeux alors qu’elle était petite fille. Nouvelle course poursuite en bateau, spectaculaire, puis Camille évanouie est confiée à un portier d’hôtel sous prétexte qu’elle a le mal de mer. Bond pique une voiture et appelle le MI6 pour leur donner le nom de Greene. M appelle la CIA pour savoir si ce nom les intéresse, et la Centrale fait semblant de ne pas le connaître – alors que l’agentl reçoit l’appel dans l’avion privé de ce dernier. Dominic Greene est réputé philanthrope à la tête de Greene Planet, recevant des dons pour sauver des étendues de terre par rachats. Bonne couverture pour des activités de prédation – où America First sévit à l’envi.

Nouveau voyage : l’avion de Greene, identifié, se rend en Autriche et Bond le suit. C’est à l’opéra que Greene rencontre « secrètement » devant tout le monde ses collaborateurs pendant une représentation de la Tosca. James Bond neutralise l’un des participants pour lui piquer son équipement audio et écouter ce qui se dit, notamment la corruption pour le coup d’État en Bolivie qui livrera le terrain convoité. Bond ne peut s’empêcher de s’immiscer dans la conversation et les collabos se lèvent pour fuir, ce qui permet à Bond de les prendre en photo, de loin et mal, mais suffisamment pour que le logiciel de la CIA, actionné par M depuis Londres, réussisse à les identifier. L’un des agents de Greene poursuit Bond mais il réussit à le balancer d’un toit sur la voiture de Greene – lequel demande si c’est un homme à eux et, puisque non, de le tuer. Mais il était agent double du MI6 chargé de la protection du Premier ministre ! Il n’avait qu’à se faire connaître, ou qu’on dise à Bond qui il était ! Dans l’action, on ne fait pas de détail. Mais M le convoque à Londres et révoque tous ses passeports avatars et ses cartes de crédit.

Bond se rebelle devant cette injustice et fait croire qu’il s’envole pour Le Caire avant de se rendre à la ville toscane de Talamone où Mathis (Giancarlo Giannini), ancien chef d’antenne au Montenegro, file sa retraite. Il lui demande de l’aide et l’allèche pour qu’il le suive en Bolivie, où l’ex a des contacts. A La Paz, Bond est abordé par une nouvelle fille, agent du service financier de la Couronne, chargée de le ramener à Londres. Comme d’habitude, il la séduit, la baise, et l’amène à la soirée caritative de Greene dont Mathis s’est procuré une invitation. Camille survient pour confronter Greene, qui veut la balancer du balcon, mais en est empêché par Bond. Il fuit avec Camille en voiture mais est arrêté par des motards de la police qui font ouvrir le coffre. Mathis est dedans, son « ami » le chef de la police l’a trahi. Les flics tirent sur le coffre, Bond les descend et Mathis meurt dans ses bras.

Malgré M, malgré son statut d’agent grillé, malgré la CIA contre lui, Bond parvient dans le désert avec Camille et échange sa voiture contre un vieil avion à hélices. Ils sont rapidement poursuivis par un avion de chasse envoyé par Greene, que Bond parvient à faire exploser en rasant la montagne pour aveugler le pilote avec la fumée s’échappant de l’un des moteurs touchés. Leur bimoteur s’écrase alors qu’ils ont juste le temps de sauter en parapente dans un ravin profond. Au fond, ils découvrent un passage, le lit d’une ancienne rivière asséchée. Et pour cause ! C’est un barrage qui retient l’eau afin de susciter la sécheresse dans les villages, et de vendre alors le précieux liquide via la compagnie de Greene.

Un bus pour La Paz, un comité d’accueil dans la chambre, la demoiselle des finances morte enduite de pétrole, basse vengeance de Greene. Bond est sommé de rentrer à Londres sous escorte de trois agents avant de faire tuer encore plus de monde. Dans l’ascenseur, il s’en délivre aisément, croise M interloquée mais lui dit qu’il veut aller tuer Greene. Elle lui renouvelle sa confiance. Mais la CIA en veut à Bond et défend ses intérêts, concomitants avec ceux de Greene : à eux tout le pétrole, à lui le reste. Félix Leiter (Jeffrey Wright), ancienne relation CIA de Casino Royale, qui suit l’opération, avise Bond dans un bar qu’il n’a que trente secondes pour s’échapper, et que Greene est dans un hôtel dans le désert pour payer la grosse somme au chef de la police bolivienne pour qu’il soutienne Medrano.

Bond et Camille se rendent à cet hôtel, où Medrano et Green échangent des valises de billets contre des signatures : cession du terrain, feu vert de la CIA pour le coup d’État (un de plus, un de moins…), mais concession de la distribution d’eau dans le pays par la compagnie de Greene – qui possède 60 % des réserves. Medrano hésite mais la menace est claire : si ce n’est pas lui, ce sera un autre, l’Organisation est puissante… De retour dans sa chambre, vexé, le général se venge en violant une serveuse à qui il a demandé de lui apporter une bière. Bond tue le chef de la police, le rez-de-chaussée explose (tout explose toujours à Hollywood), Camille se bat avec Medrano et finit par le tuer, non sans mal, tandis que Bond poursuit Greene, qui parvient à s’échapper seul et boitant dans le désert. Le con s’est planté la hache avec laquelle il menaçait Bond dans le pied. Bond récupère Camille dans l’hôtel en feu, puis rejoint Greene en voiture avant de l’abandonner avec pour seule boisson un bidon d’huile de moteur. Le malfrat milliardaire finira par crever, de soif et de deux balles dans la tête, rattrapé par l’Organisation qui n’apprécie pas son absence de fiabilité.

Brutal changement de décor, ce qui fait toujours un brin bizarre. Fini le désert brûlant de Bolivie, place au froid glacial de la neige à Kazan. Bond a retrouvé l’ex-petit ami de Vesper, Yusef (Simon Kassianides) qui lui avait offert un pendentif en forme de nœud. Une nouvelle jeune femme l’accompagne qui porte le même, signe d’appartenance au mâle peut-être, celui qui affiche sa virilité au cou de ses femelles. Bond apprend à la fille, d’ailleurs agent secrète canadienne, qu’elle va subir le même sort que sa prédécessrice (le prédécesseur féminisé). Yusef est affilié à l’Organisation dont on apprend le nom : Quantum. Contrairement à ce qu’on attend, Bond ne tue pas le salaud mais le livre au MI6 pour qu’il soit interrogé.

Un quantum est une petite quantité, quant à « solace », il s’agit du réconfort. Un titre énigmatique emprunté à Ian Fleming, l’auteur de James Bond 007 – mais pourquoi ne pas l’avoir traduit en français ? Il signifie qu’une relation a besoin d’un peu de réconfort pour durer, autrement elle n’est que consommation. Un peu intello-compliqué et pas très vendeur… Ni très clair.

Un film d’action, mais moins bon que le précédent car moins facile à suivre. Le son en français est un peu faible, plutôt bafouilleux. On passe d’un pays à l’autre sans comprendre vraiment les liens qui l’exigent, d’une course poursuite à l’autre sans rien de concluant. M est sans cesse à sermonner Bond mais le laisse faire tout ce qu’il veut, lequel ne rend compte à personne avant d’avoir fini ce qu’il croit son boulot. Et le schéma des belles pépées qui séduisent, baisent et se font descendre est du réchauffé. Le général Medrano fait un peu cirque dans la caricature du Méchant d’Amérique latine. La sauce écologique est lourde dans le complot capitalistico-CIA. Quant au gouvernement de Londres, il est largué, présenté comme un petit toutou docile de l’oncle Sam, les crocs limés. Heureusement qu’il reste Bond, James Bond – Daniel Craig. Au fond, c’est lui qui fait tout le film.

DVD Quantum of Solace, Marc Forster, 2008, avec Olga Kurylenko, Mathieu Amalric, Judi Dench, Giancarlo Giannini, Jeffrey Wright, 20th Century Fox 2009, ‎ Anglais, Français, Néerlandais, Russe, 1h42, €8,78, Blu-ray €11,16

DVD James Bond 007 – La Collection Daniel Craig : Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall, Spectre, MGM / United Artists 2020, français, anglais, €10,27, Blu-ray €33,92

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,