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Social-individualisme

Article repris par Medium4You.

Terminé le national-socialisme, vive le social-individualisme ! Tel semble le message de notre époque, qui a remplacé les élans collectifs (pour le meilleur comme pour le pire – voir l’Iran) par des élans narcissiques, centrés sur l’individu. Le mouvement démocratique libère la personne des appartenances biologiques, claniques, sociales et même physiques. L’hérédité ne fait plus l’identité. Celle-ci devient multiple, construite tout au long de la vie, bariolée. Mais cela ne va pas sans risques.

Le premier risque est celui de la peur. La liberté fait peur car nombreux sont ceux qui ne savent qu’en faire, effrayés de devoir décider par eux-mêmes après avoir réfléchi. D’où cette régression réactionnaire vers un âge d’or, un Dieu qui commande, une religion qui prescrit en détail comment se comporter, un parti qui décide de la morale, des syndicats qui défendent obstinément les zacquis, un chef qui montre le chemin… Merah se croyait missionné d’Allah pour tuer de sang froid de jeunes enfants élevés dans une autre religion (sans même qu’on leur ait laissé le choix).

Le second risque, inverse, est celui de la démesure : tout est permis. La liberté devient la licence, l’émancipation le droit de faire ce qu’on veut, au gré des désirs les plus fous. On se marie entre gais, on baise avec n’importe quel « cochon », on tue sans assumer les suites (dans la série Poubelle la vie), on refuse l’Europe-contrainte, on nie les simples lois de l’économie, on refuse toute entrave au désir du tout tout de suite. Ainsi, l’éthylotest en voiture devient-il une contrainte insupportable, incitant un gouvernement de gauche à agir comme Chirac, président de droite : « je promulgue la loi mais je demande qu’on ne l’applique pas ». Pourquoi rendre légalement « obligatoire » l’éthylotest si ne pas en avoir n’emporte aucune conséquence ? Autant supprimer l’obligation pour n’en faire qu’un conseil de la Prévention routière. Mais non : jamais un gouvernement jacobin n’acceptera de laisser le choix à la société civile, il lui faut toujours énoncer le Bien.

Peur de la liberté, démesure de la licence, ces deux pôles semblent les tentations de la politique. La droite veut conserver, voire revenir sur les excès de libertés ou de réglementation. La gauche veut aller toujours plus de l’avant, faisant du « progressisme » un objectif en soi, sans but, sans définir un progrès vers quoi. La droite veut immobiliser le changement trop rapide de la société, la gauche veut chevaucher le mouvement social. Rien n’a changé en apparence, nous serions dans le clivage classique.

Mais ce serait trop simple, car en économie, c’est l’inverse. En France, la droite est pour s’adapter au monde qui bouge, la gauche frileuse pour résister des quatre fers à tout ce qui change. La gauche d’immobilisme et la droite de mouvement, c’est nouveau… mais rappelle les années 30, où le « progressisme » sort du collectif à gauche pour s’incarner dans l’individualisme, tandis que la droite l’investit massivement !

Cela en théorie, car droite et gauche se rejoignent au gouvernement. Hollande fait concrètement du Sarkozy, il n’y a que le style qui soit différent. Le résultat des élections est tiède, déplaisant à tous ceux de droite comme à tous ceux de gauche. Restent les raisonnables, de moins en moins nombreux, les européens de conviction, les centristes et les sociaux-(qui voudraient bien être)-démocrates – mais sans syndicats puissants.

La tentation de la politique sera donc de refaire du clivage entre droite et gauche. Comment ?fefe Lucile Butel

Depuis des décennies, la droite ne dit rien de l’avenir. De Gaulle montrait le chemin de l’indépendance et de la grandeur nationale, jusqu’à Giscard avec les réformes de mœurs devenues indispensables pour adapter le pays aux mœurs (divorce, avortement, égalité dans le couple, majorité à 18 ans). Mais Chirac n’a rien foutu, roi fainéant conservateur, médiatique anesthésiant. Sarkozy changeait d’avis de mois en mois, reniant ce qu’il affirmait d’abord, refusant d’abolir ce qu’il aurait dû, par exemple ISF et 35 heures, surfant en avant des médias pour faire tout seul l’actualité. Ni le somnifère ni le prozac ne sont de bons moyens de gouverner : la droite n’aurait-elle rien à proposer de plus équilibré ? Ni Chirac, ni Sarkozy, où sera le nouveau projet de société ? Bruno Le Maire, François Fillon, NKM ? Comme nul ne voit rien venir, certains ont la nostalgie du retour de Sarkozy.

Depuis des années, la gauche est restée hors du gouvernement. Elle n’assume donc qu’avec réticences et couacs répétés les « ajustements » nécessaires des promesses au réalisable, de l’idéal « de gauche » au quotidien concret. Promettant l’emploi pour tous dans quelques mois, elle ne réussit que le chômage pour tous par ses insultes aux créateurs d’entreprise, par sa pression fiscale sur les sociétés et sur « les riches » (de la classe moyenne), par sa posture anti-finance (malgré une réforme bancaire avortée) et son théâtre anti-repreneurs s’ils sont étrangers (Mittal, Taylor…). Après avoir accusé la TVA d’être « de droite », voici que la gauche va l’augmenter, après avoir accusé Sarkozy de « brader » les acquis de retraite, voici que la gauche va les remettre en cause, après avoir vilipendé la semaine de 4 jours, voilà que les syndicats d’enseignants vilipendent l’abolition de la semaine de 4 jours, après avoir juré que « jamais » il ne signerait le pacte de stabilité européen, voilà que le gouvernement de gauche le signe selon la version Sarkozy et les désirs allemands. C’est que la réalité des choses rattrape les grands discours abstraits – dans le même temps que l’individualisme narcissique se fiche du collectif comme de son premier slip. Le « Moi, président de la République, je serai irréprochable » nomme ses copains plutôt que des compétents (Jack Lang, Olivier Schrameck, Ségolène Royal…). Les rodomontades du Montambour (merci Alain Ternier pour cet heureux surnom) sonnent creux devant les nécessités industrielles de Florange, Pétroplus, Goodyear et du journal la Provence. Toujours, c’est le « moi je » qui règne et pas le collectif, plus de salaire au détriment de l’intérêt des élèves, plus de copains confort qui ne feront pas de vagues, plus de célébrité auprès de syndicats et de la gauche radicale.

La gauche délaisse alors l’économie où elle ne peut rien – que surveiller et punir (ce qui aggrave la crise) pour faire diversion dans le libéralisme… sociétal. Il répond au narcissisme moi-je d’époque et devrait faire dévier la ligne raisonnable de François Hollande en radicalisme anarchiste à la Beppe Grillo. C’est la vraie tentation de la gauche que de reconstituer du clivage en ce sens. En manipulant le politiquement correct, mariage gai, mères porteuses, droit de vote aux étrangers, toutes les revendications minoritaires deviennent des « droits » pour répondre au prurit d’égalité sans limites. Même les casseurs et autres agresseurs condamnés par la justice deviennent légitimes… s’ils sont syndicalistes ! Le gouvernement de gauche leur reconnaît une égalité supérieure aux citoyens ordinaires : ils peuvent impunément tabasser, casser, séquestrer, sans être condamnés pour autant. Il s’agit de « luttes sociales », donc permises. Un conseil aux maris jaloux ou autres vengeurs : prenez votre carte de la CGT, entraînez votre ennemi dans une manif et foutez lui sur la gueule : vous resterez impunis.

Mais les ouvriers déclinent, mondialisation et productivité obligent. Ceux qui restent délaissent la gauche, surtout le parti socialiste, au profit des fronts, d’ailleurs plus le national que le « de gauche ». Le socialisme perd alors son prétexte social pour changer de clients. Vive l’immigré et le bobo urbain ! Donnons le droit de vote aux étrangers, abolissons les genres, permettons toutes les provocations individualistes-narcissiques. Là est l’avenir puisque là serait « le progrès », induit par le mouvement social qui va sans but.

couple erotique

Le pire vient probablement d’avoir lieu avec le roman Iacub où culture s’abrège en cul tout court. Nous avons là le meilleur exemple de l’amoralité bobo de gauche : l’individualisme absolu, le narcissisme du désir exacerbé, l’aboutissement du libertaire revendiqué depuis Fourier en passant par mai 68. Entre adultes consentants, tout est permis s’il n’y a ni torture ni meurtre ; le désir violent d’être violée peut même se concevoir dans une démarche de jouissance jusqu’au bout (et très vit). On peut même rire de cette lutte pour la domination entre bourgeois cosmopolites mâle et femelle. Mais où serait l’information si le naming répété dans les médias ne constituait les ragots croustillants ? Où serait la « littérature » s’il ne s’agissait de la marque déposée DSK, « ex-Directeur du FMI, ex-candidat à la présidence de la République, ex-figure de la gauche socialiste » ? Le niveau s’abaisse au caniveau. Nul ne peut croire qu’on cherche la « sainteté » en devenant pute à « cochon ». A moins qu’il ne s’agisse de victimiser le prédateur pour renverser l’opinion ? Les victimes apitoient toujours… alors qu’un procès en prostitution a bientôt lieu à Lille.

Voilà de quoi renforcer à la fois le Front national et les islamistes ou cathos intégristes. Voilà de quoi séparer un peu plus le peuple et les élites, la classe moyenne familiale laborieuse et l’hyper-classe supérieure individualiste et riche. Comme à Athènes au IVème siècle : comme quoi le « progrès du mouvement social » est une idéologie qui n’a aucune consistance historique…

D’où mon pronostic (pas mon souhait) :

  • Les classes moyenne et populaire vont volontiers voter de plus en plus à droite (comme chez les Républicains américains) – tant mieux si la droite sait récupérer le raisonnable, l’Etat protecteur sans entraver l’initiative, le moindre gaspillage des deniers publics. Sinon ce sera le Front national qui va grossir.
  • La classe des élites mondialisée et des petits intellos « révolutionnaires » va voter de plus en plus à gauche, surfant sur l’individualisme narcissique – en cherchant à racoler les antisystème, immigrés, étrangers, gais-bi-trans-lesbiens, artistes, écolos, fonctionnaires et autres clients captifs de l’État-prébendes. Tant mieux si le hollandisme ne déçoit pas trop. Sinon les troupes pourraient bien conforter le PDG de Mélenchon, qui se verrait volontiers en Saint-Just appelant aux armes contre les riches et aux frontières contre Bruxelles.

La France pourrait connaître une évolution à l’américaine, avec une droite de plus en plus à droite mais refuge du collectif national, et une gauche de plus en plus anarchiste-bobo, exaspérée de tout est permis. Ce qui promet de prochaines élections intéressantes…

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Que vaut la promesse de François Hollande ?

Inverser le chômage d’ici la fin de l’année ? Comme si une crise qui dure depuis une génération était un moment de transition et pas un système. C’est une illusion de croire que tout pourrait redevenir comme avant. Le mouvement du monde et ses bouleversements sont une réalité, l’illusion est de croire qu’ils ne sont que passagers. L’émergence de pays immenses comme la Chine ou l’Inde, sans parler des pays importants que sont le Mexique, le Brésil, le Nigeria et d’autres, change sans conteste le monde d’avant – donc nos habitudes de produire, de régner, de consommer et de penser. Dans 10 ans, les BRICS auront dépassé la France. Selon une étude du Center for Economics and business Research, la France perdrait dès 2013 son rang de 5ème puissance économique mondiale avant de n’être plus que 9ème en 2022.

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Il ne suffirait donc pas de « faire la révolution » pour renverser l’élite au pouvoir et la remplacer par une autre. Ni Le Pen, ni Mélenchon ne voient les choses en face ; ils ne font qu’agiter les rancœurs pour se faire mousser. Le socialisme Hollande ne fait guère mieux car les bouleversements chez nous ne sont pas créés par NOS sociétés mais viennent des AUTRES pays émergents du monde comme de la nouveauté radicale que représente une planète globale aux ressources finies… Notre mode de vie habituel n’est donc plus tenable. Pas la peine de rêver à la croissance comme avant pour résoudre le chômage. La croissance ne sera désormais plus que le produit de la démographie par la productivité, donc par l’excellence des savoir-faire et l’entretien d’une culture orientée vers le savoir. D’où l’intérêt (mais long terme) de soutenir le désir d’enfants, l’éducation des élèves, la formation au long de la vie, l’investissement et la recherche. En cela, le Parti socialiste a raison.

Le capitalisme reste cette technique de l’efficacité maximum, usant du moins de capital pour le moins de matière et le plus de savoir – afin de produire des biens et des services les moins consommateurs d’énergie et de matières premières. Ce n’est pas « le capitalisme » qui est insupportable – c’est l’usage social qui en est fait par notre culture occidentale. « Toujours plus ! », titrait il y a quelques décennies François de Closet. C’est exactement ça : la mode, le gadget, l’effet de génération, le mimétisme de bande, l’envie qui pousse à imiter le voisin en mieux… tout cela participe du gaspillage, des contraintes au travail, de la malbouffe, du stress. En cela, le parti écologiste n’a pas tort, pas plus que certains « alter » ou « indignés » ; encore faudrait-ils qu’ils distinguent la technique d’efficacité économique de l’usage social dévoyé du marketing et de la mode.

L’anticapitalisme socialiste et écologiste, buté par idéologie, fait donc tache. L’inégalité la plus insupportable aux gens n’est pas celle des très riches; elle est celle des très proches, les beaux-frères, collègues et voisins. Pourquoi lui et pas moi ? Qu’a-t-il de plus que moi ? L’injustice, en pays démocratique où existe une égalité des chances, vient bien de l’intérieur, sans souci de morale ni de planète. Ne pas pouvoir se passer de son SmartPhone parce que tout le monde en a un signifie que l’on accepte le travail des enfants en Chine, les horaires démesurés, les salaires les plus bas, la pollution du transport, l’exploitation marketing, l’illusion de la marque… Je n’ai pas de SmartPhone et n’en désire pas : pour quoi faire ? comme les autres ? frimer comme un ado ? Je ne clique jamais sur une pub Google ni n’autorise aucune application à m’espionner sur Facebook. Je ne me précipite pas comme un taré médiatique sur les Whoppers de Burger King quand la malbouffe daigne se réinstaller à Marseille… Il n’y a plus des méchants patrons (comme au XIXème) mais tout un système social qui avive nos propres désirs et manipule nos bas instincts. Nous sommes autant coupables que les patrons si nous acceptons le produit tel qu’il est fabriqué, au prix où il est vendu, et avec son obsolescence programmée qui le fera (très vite) remplacer. Je refuse. Les soi-disant « révolutionnaires » qui veulent changer le monde et changer la vie… des autres – pourraient commencer par changer leur propre comportement.

La réflexion politique classique n’adhère plus aux changements du monde, elle n’explique plus guère que l’écume. Les Français baladés et manipulés par les médias aux têtes de linotte ont peur de cette modernité et se rétractent vers les valeurs « sûres » du soi-disant âge d’or. L’État-providence, le fonctionnariat, la crainte de devoir se débrouiller avec la vie restent une vision passéiste. Le président, pas plus que ses électeurs, n’a pris la mesure de l’épuisement de notre système économique, social, politique et culturel. Il n’existe plus de croissance qu’on puisse faire surgir pour guérir tous les maux. Plus largement, les ghettos urbains, l’encouragement des villes à la campagne, la représentation citoyenne diluée et démagogique, le multiculturel dans le vent, les intellos coupant les cheveux en quatre, ne font que désorienter un peu plus les gens. Les accuser de populisme est un peu léger. Reconstituer de l’humain et du commun signifie plutôt prendre conscience de l’illusion des modes et choisir de n’y pas souscrire. Comme cette part de la population selon TNS Sofres déconnectée, désengagée, désabusée – voire (dans le système scolaire) décrochée.

En chacun de nous se joue la dialectique permanente entre moi et les autres. S’il faut que je travaille, tout le monde doit travailler – être ni assisté, ni rentier. Si quelqu’un est riche et que je suis pauvre, ce n’est pas de ma faute – celui qui a réussi est forcément coupable. Le Parti socialiste, au vocabulaire revanchard, considère qu’il y a une solution morale pour la société dans son ensemble. Illusion ! jamais l’égalité ne sera parfaite puisque jamais l’envie ne sera comblée. Reste donc le concret : la clientèle électorale qui vote PS réclame de gros impôts… pour les autres, afin de redistribuer en leur faveur, au prétexte « des plus démunis » (dont les fonctionnaires feraient ‘naturellement’ partie).

Sauf que le gros des revenus taxables est dans la classe moyenne… qui ne consent à l’impôt (c’est l’essence même de la démocratie) que si elle en retire un bénéfice immédiat et contrôlable. Donc oui aux impôts locaux, visibles dans les collèges, la voirie, les établissements collectifs ; non aux impôts d’État, versés dans le tonneau des danaïdes des subventions aux roitelets étrangers, au prestige des ministres, aux services inutiles de l’Administration, à la bureaucratie du millefeuille en 7 niveaux (commune, groupement de commune, canton, département, région, État, budget européen).

L’État français actuel ressemble fort à celui de l’Ancien régime. Le marquis de Mirabeau (père du révolutionnaire) proteste dans L’Ami des hommes contre la défiance perpétuelle de l’État royal pour l’activité individuelle, sa tendance à décider de tout, les illusions que le sujet se fait sur la toute puissance de la loi. Dans l’action d’aujourd’hui, le gouvernement Hollande fait pareil, il régente les entreprises, pardonne aux profs leur incurie, fait la morale aux putes, s’assoit sur le droit (de juste contribution aux charges, de propriété, de liberté d’aller et venir – y compris de s’établir à l’étranger). D’où les couacs, cafouillages, annonces et reculades. Il est armé d’une solide prétention à dire le Bien, à user de la force majoritaire pour établir le droit, à croire qu’il suffit de dire « je veux ». La société est souple et plie (seuls les moins aisés sont obligés de subir), mais l’économie n’est pas un jeu de Monopoly.

L’innovation, l’entreprise, le crédit, l’embauche, sont fondés sur la confiance. Qui a été fort entamée par les déclamations hollandaises sur sa « haine de la finance » (sans effets concrets qu’une réforme bancaire a minima), sur la vengeance contre « les riches » (retoquée par le Conseil constitutionnel comme amateur et faisant peser des « charges excessives au regard des facultés contributives »), sur le manque de civisme des Français à qui l’on applique (rétroactivement) des impôts sans débat (après avoir annoncé une gRRRRââânde réforme fiscale dont la première brique n’est pas même posée), sur le « devoir » des entreprises à créer de l’emploi alors que l’on ponctionne la consommation (par CSG et TVA), que l’on encourage les importations (par les exigences de garder des salariés trop chers à cause des charges sociales toujours empilées, jamais repensées), que l’on taxe toutes les entreprises… avant de rétrocéder aux grandes (sous condition et pas avant deux ans) un petit tiers de ce qu’on a tout d’abord prélevé. Cela alors même que l’absence d’ajustement de la compétitivité française pour raisons politiques implique la poursuite de l’érosion de ses parts de marché à l’exportation et la dégradation du commerce extérieur en 2013… Vous avez dit amateurs ?

francois hollande abaca

Comment, dans ces conditions, la « promesse » du Nouvel an du président Hollande d’inverser la courbe du chômage serait-elle réalisable ? Il n’y a que trois moyens classiques : créer de l’emploi public (limité en raison du déficit), encourager l’emploi privé (mais pas en insultant des chefs d’entreprise et en ponctionnant les créateurs qui revendent leur boite), encourager la croissance (impossible à court terme sans redistribuer du pouvoir d’achat tout en faisant préférer la production française – ce qui prend des années). Reste donc un quatrième moyen bureaucratique : l’illusion. Le traitement statistique du chômage.

Ne sont pas chômeurs au sens du Bureau international du travail tous ceux qui ont travaillé « au moins une heure » dans le mois. Même si cela ne suffit en rien pour vivre, ces gens sortent des statistiques. L’Allemagne y a parfaitement réussi. François Hollande va probablement user de cet artifice, modérément, sans en avoir l’air. Un peu par la formation (mais les syndicats tiennent le 1% patronal et ne veulent pas le lâcher), surtout en encourageant les petits boulots au ras des municipalités socialistes et des services de l’État. Juste pour faire passer en « catégorie 2 » un maximum de chômeurs pour qu’ils ne soient plus comptés dans les statistiques. Faute de culture d’entreprise, François Hollande a la culture bureaucratique pour le faire. Sa promesse devrait donc rester du vent, puisque rien ne la soutiendra dans la réalité économique.

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Jean-Jacques Rousseau, La nouvelle Héloïse

Il est difficile aujourd’hui de lire ‘Julie ou la nouvelle Héloïse’. Deux siècles et demi nous séparent, mais surtout les mœurs. Écrit sous l’Ancien régime patriarcal et chrétien, où la femme était serve de son père puis de son mari selon l’ordre voulu par Dieu et par le roi, ce roman épistolaire en 6 parties et 163 lettres est incongru à notre époque d’émancipation de la femme et d’égalité des droits. Comment imaginer que deux amants qui se plaisent résistent six ans avant de baiser une fois (le coup du bosquet ne compte pas), puis obéissent aux injonctions des adultes avant de ne se revoir que six autres années après. Toujours amoureux mais assagis, les sens apaisés par « la vertu », le sentiment sublimé en platonique ? Et – pire – ils établissent un ménage à trois, bientôt à quatre avec la cousine, puis à cinq avec le père repenti ! Qui aurait encore envie d’avaler les 1935 pages en six volumes de l’édition originale à l’ère du livre de poche ? les lettres de trente pages au temps des Short Message Service (SMS) et des 140 signes de Twitter ? de suivre une agonie qui dure 37 pages en édition Pléiade ? et où l’agonisante à l’article de la mort ne répugne pas à écrire encore 4 pleines pages à son ancien amant ?

Il reste que ‘La nouvelle Héloïse’ a été un grand succès de son temps, a révolutionné la littérature en rendant compte de l’évolution des mœurs, et demeure un idéal de vie élevée, retirée et amicale. Difficile à croire, d’autant que Rousseau, dans sa préface, énonce par précaution que ce recueil de lettres (qu’il fait passer pour réelles) « convient à très peu de lecteurs ». C’était sans compter sur l’engouement du siècle pour l’histoire d’Héloïse et d’Abélard, réécrite par Bussy-Rabutin, dont le tombeau est élevé au Père-Lachaise. Abélard est un jeune homme, précepteur d’une jolie demoiselle de 18 ans, dont il tombe amoureux. Mais la ressemblance s’arrête là : Rousseau trouve qu’Abélard est « un misérable » parce que ses sens l’aveuglent et qu’il adore la ville et la société. Tout le contraire de son héros pour qui le mariage est au fond un obstacle à la vie spirituelle, la seule qui vaille, et qui ne s’épanouit qu’à la campagne où l’on peut vivre de la nature, retiré des vanités.

Ce n’est pas par hasard que le jeune homme de Rousseau n’a pas de nom. Julie lui donnera un pseudo vers le tiers du roman, Saint-Preux, mais le lecteur ne connaîtra ni son vrai nom (roturier), ni son prénom ! Il est du monde enchanté dont rêvait Jean-Jacques, inspiré de Pétrarque. Double de lui-même en mieux, timide, romanesque, sensuellement panthéiste, mais jeune et beau, désiré de toutes les femmes et ami de tous les hommes qui le connaissent. Rousseau a fort peu « possédé » mais « joui beaucoup » par l’imagination, avoue-t-il dans ‘Les confessions’. « Mon cœur trop tendre a besoin d’amour, dit Julie-Rousseau, mais mes sens n’ont aucun besoin d’amant » p.51. Il associe le modèle chrétien (saint) au modèle chevaleresque (preux), sur l’exemple italien. Pays de la passion, des sentiments « vrais » et de l’exaltation musicale, l’Italie fait office de paradis pour un Rousseau brimé et rabaissé par la société de cour française, pour lui pays d’hypocrisie et de la vanité. Passion ou vertu ? Rousseau sublime l’une par l’autre, il a des pages acerbes sur la légèreté parisienne, sur les têtes de linottes qui jouent aux philosophes, sur la mode qui trotte et sur les cruautés envers ceux qui ne sont pas dans l’air du temps. Il méprisait les salons littéraires, il aurait détesté Facebook, il vilipendait l’affectation de moralisme qui en rajoute en paroles pour masquer l’indigence des actes concrets.

Rousseau est larmoyant, ses lettres sont souvent trop longues, les sentiments décrits vont à l’excès. Un exemple : « Cette subite apparition, cette chute, la joie, le trouble, saisirent Julie à tel point, que s’étant levée en étendant les bras avec un cri très aigu, elle se laissa retomber et se trouva mal. Claire voulant relever sa fille, voit pâlir son amie, elle hésite, elle ne sait à laquelle courir. Enfin, me voyant relever Henriette, elle s’élance pour secourir Julie défaillante, et tombe sur elle dans le même état… » (je vous passe la suite !) p.599. Comment comprendre ces comportements cyclothymiques qui alternent l’exaltation la plus haute au plus profond désespoir ? Faut-il sans arrêt invoquer les dieux et faire intervenir la tempête pour évoquer ce qu’on sent ? Rousseau, critique de la société de cour, sacrifie pourtant bien au théâtre. Sauf qu’il le chante, comme à l’opéra : qu’il écrit bien la langue française classique ! Seule l’orthographe, guère fixée, qu’il manie à sa sauce et que la Pléiade restitue telle quelle, n’arrange pas l’œil qui bute à chaque fois sur tant « d’erreurs ».

Nous avons donc Saint-Preux qui aime Julie mais qui est roturier. Le père, féru d’honneur nobiliaire, ne peut consentir à une telle union et donne sa fille à son meilleur ami Wolmar, noble de Russie qui lui a sauvé la vie à l’armée. Claire la cousine, véritable « sœur » de Julie, s’entremet pour éloigner Saint-Preux via un milord anglais, Édouard, qui va jouer le rôle de protecteur et occuper le jeune homme à ses affaires et jusque dans un tour du monde. Claire se marie à Monsieur d’Orbe, Julie est mariée à Monsieur de Wolmar. Exit l’amour sensuel, désormais impossible. Place à la vertu, faite de nécessité… Amour pur débarrassé des tentations charnelles, amour platonique, chrétien, absolu – secret du bonheur. De quoi exalter Rousseau et la vertu du temps… dont il fait cependant la critique à propos du moralisme de salon : « Mettre la vertu si haut que le sage même n’y put atteindre » p.249 !

Wolmar invite Saint-Preux guéri par l’éloignement aux plaisirs de l’amitié pure entre son ex-amante et lui-même. Il fait société à la campagne, sur les bords champêtres du lac Léman, car pour lui il y a des correspondances entre la nature sauvage et la nature de l’homme. La forêt exalte, la montagne purifie, la campagne apaise – au contraire de la ville qui entasse et inquiète. Suisse, Français, Anglais, Russe et même une italienne entremêlent leurs passions en bonne régulation dans la communauté : deux couples, un veuf, un amant écarté, trois enfants. Nous sommes hors des nations, hors des normes, guidés seulement par la vertu (de tradition depuis la Bible) et la nature (grand « sentiment » en réaction à la contrainte sociale). Les enfants sont à tous, chacun éduque selon son cœur et ses talents, y compris la petite fille de sept ans sur « son petit mali » [mari] de cinq. Nous serions presque dans la promiscuité de mai 68… la pilule en moins.

Dans sa Seconde préface, Rousseau explique l’utilité de son roman : « ramener tout à la nature ; donner aux hommes l’amour d’une vie égale et simple ; les guérir des fantaisies de l’opinion ; leur rendre le goût des vrais plaisirs ; leur faire aimer la solitude et la paix ; les tenir à quelque distance les uns des autres ; et au lieu de les exciter à s’entasser dans les villes, les porter à s’étendre également sur tout le territoire pour le vivifier de toutes parts » p.21. Égalité, écologie, question sociale, hédonisme : tous les thèmes « révolutionnaires » sont contenus dans le propos.

  • Ne pas encourager la vanité envieuse des moins riches envers les très riches ;
  • préférer l’existence naturelle à la campagne, notamment pour éduquer sainement les enfants, et cultiver son jardin pour être autonome en un sain exercice ;
  • vivre à plusieurs en bonne entente sentimentale ;
  • éviter la promiscuité des villes en occupant le territoire – on dirait aujourd’hui déconcentrer les banlieues pour éviter les ghettos…

Il y a de tout chez Rousseau : depuis « la terre ne ment pas » des pétainistes aux aspirations pour le durable et la mesure écologique, en passant par un certain socialisme républicain et à l’hédonisme soixantuitard. « Que le rang se règle par le mérite, et l’union des cœurs par leur choix, voilà le véritable ordre social » p.194.

Mais pas question de se laisser aller : « Chère amie, ne savez-vous pas que la vertu est un état de guerre, et que pour y vivre on a toujours quelque combat à rendre contre soi ? » p.682. Une vie bonne se mérite : elle se construit. Maintenir la mesure en tout, tel doit être la vigilance de la raison : « Vous le savez, il n’y a rien de bien qui n’ait un excès blâmable ; même la dévotion qui tourne en délire » p.685. Une parfaite philosophie pour classe moyenne naissante, que le mouvement démocratique allait promouvoir. Nous y sommes encore, ce qui garde à ce roman, ‘La nouvelle Héloïse’, la grâce d’une certaine actualité.

Jean-Jacques Rousseau, La nouvelle Héloïse, 1761, Œuvres complètes t.2, Gallimard Pléiade 1964, 795 pages + 495 pages de notes et variantes sur 2051 pages du volume, €61.75

Jean-Jacques Rousseau, La nouvelle Héloïse, 1761, Folio t.1, 1992, édition Henri Coulet, 550 pages, €9.45  t.2, 573 pages, €7.69

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Patricia MacDonald, Le poids des mensonges

Un bon roman policier… pour l’été.

Patricia Bourgeau écrit MacDo comme d’autre font des sandwiches : elle a le savoir-faire poli par toute une liste de polars écrits depuis 25 ans, une palette d’émotions toutes faites à sa disposition, une propension à saisir ses lectrices par le côté banal de ses personnages parlant à la première personne. Ici, une femme très moyenne (la trentaine, premier mariage, cadre moyen dans une profession de services, habitat de banlieue un peu chic, un enfant de six ans qui n’est pas le sien) se voit confrontée à une suite de catastrophes : frère meurtrier, mari trompé, enfant enlevé, pédophilie… La totale !

Le « je » de rigueur pour attraper le lecteur par les sentiments, le choix délibéré de cibler les lectrices classe moyenne, celles qui lisent encore aux États-Unis, le suspense savamment découpé en chapitres qui se terminent par une interrogation, description clinique des émotions qui montent et s’épanouissent, toujours extrêmes, toujours côté féminin, dialogues enlevés avec un style qui s’efforce de coller aux personnages – il n’y a pas à dire, c’est bien ficelé !

Sauf que cela fait fabriqué, surtout lu par un homme et non-Américain.

Qu’est-ce que c’est que cette hystérie à propos de l’Enfant ? Perle la plus précieuse, surtout ne pas le traumatiser, lui passer toutes ses fantaisies, l’aimer malgré tout même s’il n’est pas à nous… L’Enfant idéalisé serait un Christ à révérer et non un être humain à éduquer ? La pédophilie, autre hystérie américaine contemporaine, est évidemment à l’honneur dans ce pot-pourri de bonnes intentions qui font vendre. Comme si violer les enfants était la Tentation de tout le monde ! Ou du moins de ces sales machos de mâles dominants, puisque seuls les petits garçons se font toucher et pénétrer dans l’univers MacDo…

Qu’est-ce que cette hystérie à propos du Mariage ? La seule vie bonne ne se ferait qu’en couple passé devant le pasteur ? La vraie « famille modèle » standard US ? Même les homos obligés du livre (exigence d’époque) sentent le faux. Ils n’existent qu’en creux du politiquement correct, par « respect » obligé des nouvelles conventions sur « le droit » des minorités, malgré les « préjugés » (qui reviennent aussitôt à cause de l’hystérie de l’Enfant). Les couples recomposés (cas de l’héroïne Caitlin et de son Noah de mari) devraient « refaire le monde » comme aux temps des pionniers ou aux origines chassés du Paradis ?

Qu’est-ce que cette hystérie féministe ? Seules les femmes en ce roman ont quelque consistance psychologique. Les hommes sont réduits aux rôles convenus : mari, père, avocat, policier, pompier, chef scout (!), playboy… Les femmes vues par MacDo : peu douées, un peu lâches, mais tenaces, hantées de faire couple, obsédées de l’Enfant, percluse d’émotions toujours à la limite de l’extrême.

Qu’est-ce que cette hystérie biblique ? La petite copine du frère ado mort d’overdose est born again, elle a trouvé en Dieu la Révélation et ne veut reprendre ses études que dans « une faculté chrétienne »… La science est-elle fausse si elle n’est pas délivrée par les curés autorisés ? Travis et Geordie, les deux mômes cousins, sont présentés comme Caïn et Abel. Le prénom du mari, Noah (Noé) est lui-même représentatif de l’arche que se veut le Couple, cette autre hystérie des bonnes femmes à la MacDo.

Qu’est-ce que cette hystérie de la Transparence ? Outre la démocratie, où tout doit être dévoilé (voyez WikiLeaks), le couple doit être totalement transparent, tout mensonge banni. Même par omission, « c’est pas bien ». Pas bien de ne pas dire ce qui s’est passé quand on a 16 ans et qu’on a utilisé une voiture alors qu’on n’avait pas le droit, pas bien de ne pas se dénoncer à la police, pas bien de ne pas dire à la famille qui a tué, pas bien de garder un secret honteux, pas bien de faire semblant d’aimer les gosses alors qu’on s’en fout, pas bien de les violer et de faire comme si de rien n’était, pas bien de les enlever pour les sauver mais sans l’avouer, pas bien… (etc.)

On le voit, je n’ai guère aimé ce bouquin. Les femmes le liront sans arrière pensée, mais avec légèreté en été. C’est du prêt à consommer aussitôt bon à jeter. Les hommes s’abstiendront, tant les personnages masculins sont inconsistants dès qu’ils ont 12 ans.

Quant à ceux qui aiment à observer l’écart croissant entre la paranoïa des États-Unis avec l’Europe, ils y trouveront la matière ! Comment peut-on être Américain ? Vivre avec toutes ces hystéries ? Se croire missionnés par Dieu et les plus avancés du monde ? Tout en vendant du vendable vulgaire, de la soupe de poids à la recette thriller ?

De MacDonald au MacDo, il n’y a qu’un pas : il est désormais franchi.

Patricia MacDonald, Le poids des mensonges (Missing Child), 2011, Albin Michel, mars 2012, 323 pages, €19.19 

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Bill Bryson, Ma fabuleuse enfance dans l’Amérique des années 1950

Bill Bryson est un marrant. Il mêle humour anglais (où il vit adulte) et ironie américaine (proche de la française). Son enfance est un bonheur, reconstitué d’époque, comme lyophilisé. Rien d’excitant en effet que de naître à Des Moines, Iowa, dans ce milieu du monde américain plein de maïs, ni ville ni campagne, ni nord ni sud, ni démocrate ni républicain… Rien de fabuleux à venir au monde dans la classe moyenne, père journaliste sportif et mère journaliste d’intérieur, petit dernier d’une fratrie plus âgée. Rien de magique à grandir dans un pays leader, en une époque explosive, devant cependant aller à l’école chaque matin. D’où l’intuition d’être un extraterrestre confié au cocon de gens moyens, The Thunderbolt Kid himself !

L’anglais a cet avantage de dire beaucoup en peu de mots (understatement…) : ‘Thunderbolt’ signifie à la fois foudre et menace – énergie et danger. Le gamin se veut Guy l’Éclair et Max la Menace, fervent lecteur de BD vivant à cent à l’heure une serviette de toilette en guise de cape sur le dos et remuant la génération plan-plan qui l’environne (ah, ces batailles d’allumettes dans le noir de la cave !). C’est que nous sommes en 1951, à l’orée de la décennie qui fait boum. Non seulement la bombe H qui suit la A et ses essais dans l’atmosphère, mais aussi la croissance qui explose de 40% sur dix ans, la démographie qui multiplie par deux les habitants et l’équipement des ménages qui bénéficie du doublement de la productivité entre 1950 et 1960. Les États-Unis post-1945 voient leur puissance au zénith, reconvertissant en accéléré les industries de guerre en industries de consommation. Le frigo, la bagnole, la télé envahissent les foyers, faisant muter la société. Tout devient rapide, automatique, « atomique ». Il faudra attendre la décennie 1985-1995 pour voir exploser le vieux monde aussi vite en Amérique.

L’auteur est né en plein milieu du baby-boom, ces 76.4 millions d’enfants nés entre 1946 et 1964. « Il y avait donc des mômes partout, tout le temps, dans des proportions inimaginables de nos jours, mais encore plus chaque fois que quelque chose d’intéressant ou d’inhabituel se produisait » (p.54). Les seuls dangers étaient la polio, les « cigales tueuses » et le « sumac vénéneux », sans parler des frères Butter, semi-débiles qui aimaient martyriser tout enfant plus petit qu’eux. Le positif embellissait les choses : l’alcool rend joyeux et la cigarette calme les nerfs, le DDT purifie et l’atome désinfecte. « Nous étions indestructibles. Nous n’avions pas besoin de ceintures de sécurité, d’airbags, de détecteurs de fumée, d’eau minérale, (…) [ni] de bouchon ‘sécurité enfant’. Nous vivions très bien sans porter de casque à vélo ni de genouillères et de coudières en patins à roulettes. Nous savions, sans qu’il soit nécessaire de nous le rappeler par écrit, que l’eau de Javel n’était pas une boisson rafraîchissante et que l’essence mise en présence d’une allumette avait pour mauvaise habitude de s’enflammer. Nous n’avions pas à nous préoccuper de ce que nous mangions car presque tous les aliments étaient bons pour la santé : le sucre nous donnait de l’énergie, la viande rouge de la force, les glaces des os solides, tandis que le café nous maintenait éveillés dans un ronronnement productif » p.98.

L’Amérique serait-elle devenue bête depuis ? L’éducation ne se fait-elle plus, seulement par les pubs débiles manipulées pour faire du fric ? Le juridisme a-t-il envahi l’existence au point de ne pouvoir vendre quoi que ce soit sans une centaine de pages de mises en garde sous peine de poursuites du style : « ne pas mettre le chat dans la machine à laver » ou « fumer tue » ?

On craignait une catastrophe, comète folle ou troisième guerre mondiale, mais l’Amérique était inoxydable. Même si les peurs sempiternelles suscitaient les mêmes fantasmes qu’aujourd’hui : la BD incite à se masturber (donc plus de belles pépées), à devenir pédé (donc plus de jeune assistant du super héros auquel s’identifier), ou à la violence (donc plus de morts par balles et un seul coup de poing du gentil sur le méchant à la fin). L’alcool est interdit aux moins de 21 ans (donc désirable dès 12 ans), le striptease à la foire agricole est interdit aux moins de 13 ans, puis 14, puis 16, puis… à mesure que la vieille génération se voit menacée par la jeunesse. L’explosion des mômes est sympathique, moins celle des adolescents, programmés pour remettre en question ce qu’ils voient. « Le mot teenager lui-même n’avait été inventé qu’en 1941 » p.172. Mais pire : « les adolescents fumaient, répondaient insolemment et se pelotaient à l’arrière des voitures. (…) Ils avaient de petits sourires narquois. (…) Ils pouvaient passer jusqu’à quatorze heures par jour à se repeigner. Ils écoutaient du rock’n’roll, un genre musical énervé clairement conçu pour donner envie aux jeunes de forniquer et de fumer du chanvre » p.173. Il leur faudra une bonne guerre… Le politicien star John F. Kennedy leur donnera le Vietnam la décennie suivante.

Mais c’est une autre histoire. Bill Bryson, issu d’un père luthérien germanique et d’une mère catholique irlandaise, ira en Angleterre après sa première année d’université, préférant l’Europe à 21 ans, en 1972. Il s’y mariera et fera quatre kids. Voir étant enfant baiser ses parents tout nus sous les draps (p.150) ne l’a en rien traumatisé, contrairement aux théories modernes des psys qui ne savent pas quoi inventer pour faire encore plus de fric.

Autant dire que cette autobiographie décalée, hilarante, dit beaucoup non seulement sur l’auteur (électrique) mais aussi sur cette Amérique (sûre d’elle-même et dominatrice) d’un incorrigible optimisme, à qui tout souriait dans les années 1950. Justement parce qu’elle voyait la vie en rose et qu’elle restait pleine d’énergie. Une leçon pour notre temps ? En tout cas le lecteur ne s’ennuie jamais au long de ces 349 pages aux 14 chapitres ornementés de citations des faits divers surprenants du ‘Des Moines Register’ !

Bill Bryson, Ma fabuleuse enfance dans l’Amérique des années 1950 (The Life and Times of the Thunderbolt Kid), 2006, Petite bibliothèque Payot 2010, 349 pages, €8.69 

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Moi, président de la République

Depuis 20 h, ce dimanche soir, nous avons pour cinq ans un nouveau président de la République en France. Vertu des élections libres, précédées de débats démocratiques, que peu de pays au monde permettent (regardez en Syrie, en Russie, en Chine…). 2012 apparaît comme la chronique d’une défaite annoncée, celle de Nicolas Sarkozy, mais c’est maintenant que tout commence pour François Hollande. Car rien n’est fait, le programme du parti Socialiste et des Verts est à mettre à la poubelle de l’histoire tant il rêve – alors que le présent presse : les 18% d’électeurs Le Pen, la dette, les menaces sur l’euro.

Chronique d’une défaite annoncée

Pardon de me citer, je l’avais écrit il y a deux ans en septembre 2010  et même en 2008 avec une comparaison prémonitoire avec le tempérament de Churchill. Au fond, « s’il sait présider, Nicolas Sarkozy ne sait pas gouverner. Il n’a pas compris qu’un président de quinquennat est plus chef d’équipe qu’arbitre gaullien au-dessus des partis ». Le pire ennemi de Nicolas Sarkozy, c’est lui-même. « On le sait bien, Nicolas Sarkozy n’est pas un libéral – pas même une de ces caricatures de gauche pour effrayer les enfants. Nicolas Sarkozy est bonapartiste, interventionniste, oscillant entre néo-conservatisme et néo-colbertisme, entre Guaino et Guéant, ses deux éminences grises. Et, au fond, c’est bien cela le problème : l’image que donne le président Sarkozy ». Rien de bien neuf, cela se voyait déjà durant ses premiers mois de président.

Nicolas Sarkozy a fait une mauvaise campagne. Content de lui, avide qu’on l’aime, il s’est montré sur la défensive, donc agressif. Plutôt que de mettre en avant les points positifs de son bilan (il y en a), il est passé dessus comme s’ils ne comptaient pas. Il a préféré attaquer son adversaire comme en combat de rue, plutôt que d’exercer sa faculté critique et pédagogique. Les poings plus que les mots, il est tout dans l’action, rien dans l’explication. Voyant la France à droite, comme dans les années 30, il a couru derrière Marine et a laissé tomber le centre. Marine va voter blanc (il est vrai qu’il lui serait difficile de voter noir…) et le centre se venge en laissant tomber l’agité.

Ce comportement suicidaire immature a quelque chose de la ‘Fureur de vivre’ : foncer pour compenser l’absence de père, se mesurer au couteau pour prouver sa virilité, tout au présent, sans histoire (déniée parce qu’elle fait mal) et sans avenir (par infantilisme). Nous avions cru aux réformes après l’immobilisme Chirac, au dynamisme du travail après le prurit dépensier Jospin. Échec. Au débat du 2 mai, le score est sans appel : Hollande 1, Sarkozy 0. A l’élection du 6 mai : Hollande 51.6%, Sarkozy 48.3% (chiffres définitifs). Moins que l’écart abyssal annoncé par les sondages, mais large.

Sarkozy a détruit l’image du président, il a détruit la droite rassemblée, il a été sanctionné. Peut-être le désirait-il ? Le comportement suicidaire est toujours un appel.

A l’inverse, François Hollande a joué la force tranquille. Par imitation de son grand modèle François 1, mais il a été efficace, droit dans ses convictions (peut-être droit dans ses bottes, mais durant le débat on ne les voyait pas) et surtout rationnel, cohérent. Faisant apparaître agités et incohérents les mouvements d’épaules et les redressements de veste de son concurrent.

Mais c’est maintenant que tout commence

Gagner une élection ne fait pas une politique, tout au plus séduit-on mieux. Mais pour quoi faire ? Le paysage français est celui d’un cinquième d’abstentionnistes, un dixième de révolutionnaires et d’un cinquième de déclassés tentés par l’autorité droitière – comme en Grèce. Le ressentiment des laissés pour compte de la mondialisation économique, culturelle et migratoire se font entendre, haut et fort. Au premier tour, 30% des ouvriers, 28% des artisans et commerçants, 26% des employés et 21% des 18-24 ans ont voté Le Pen. Que va dire le nouveau président à ces électeurs ? Va-t-il encourager les 12 ou 13% de radicaux mélenchon-gauchistes ? Ce serait suicidaire.

Car l’État-providence à la française est épuisé. Trop de dettes dues à trop de laxisme dans la gestion de l’administration, à l’empilement des niveaux de décision, à cette répugnance à réorganiser et informatiser, à évaluer les réformes. Que faire ? Changer radicalement la fonction publique et adapter l’État à ses missions essentielles ? Difficile quand on a été élu principalement par les fonctionnaires et les ayants droits des zavantages sociaux. Augmenter les impôts ? Facile à court terme, surtout lorsqu’on jure qu’il s’agit de ceux des « riches » – mais peu rémunérateur, tant les « riches » sont peu nombreux. Faudra-t-il ponctionner un peu plus la classe moyenne ? Le tropisme fiscal est-il compatible avec la lutte des entreprises pour se faire une place dans le monde ?

C’est un chapitre classique des manuels d’économie de montrer qu’il n’y a que deux moyens d’assainir un budget d’État : d’une part augmenter les recettes et diminuer les dépenses, d’autre part encourager la production et rationaliser l’administration. La gauche sait faire sur les impôts – mais elle ne promet aucunement de diminuer les dépenses… Saura-t-elle favoriser l’entrepreneuriat et augmenter la productivité publique ? A trop rigidifier le cadre de l’économie, fiscaliser le profit, empêcher les licenciements, taxer la production, on fait fuir l’investissement des grands groupes et les talents, et l’on empêche la création de ces PME et TPE qui sont le ressort de l’Allemagne. On permet donc le marasme des petits salaires, de la précarité, du chômage. Ce qui augmente l’assistanat et fait baisser les rentrées fiscales…

L’incantation magique à « la croissance » ne sert à rien si l’on n’encourage pas le tempérament d’entreprendre et le profit légitime. Pourquoi créer en France une entreprise si la paperasserie et le fisc multiplient les obstacles ? Si l’opinion commune vous jalouse et vous méprise ? Autant être fonctionnaire, bien tranquille, sûr d’être payé (quoique…). La relance « keynésienne » de la gauche est une magie aujourd’hui peu efficace parce que le monde est ouvert et que des pays immenses émergent au développement, donc aux exportations à bas coûts. La récente expérience américaine montre que baisser le coût du travail est plus efficace que favoriser la consommation : car celle-ci est excessive, gaspilleuse, favorisant les importations, donc la dépendance du pays…

Mais baisser le coût du travail ne signifie pas baisser les salaires ! Un patron qui paye la même chose en Suisse qu’en France verse 60% au salarié, pas 40% comme aux Français… Cherchez l’erreur : dans l’empilement des cotisations sociales mal ciblées, à l’utilisation mal contrôlées, générant des fromages syndicaux sans nombre (y compris des syndicats patronaux). C’est l’interventionnisme d’État qui coûte cher en France, pas « le travail ».

Désigner des boucs émissaires est facile, cela ressoude la bande, mais qu’en est-il de l’antisarkozysme quand il n’y a plus de Sarkozy ? L’immigration et l’islamisme sont-ils moins un problème sous la gauche ? La finance, le libre-échange et l’Union européenne sont-ils sans influence parce que la gauche est au pouvoir ? On ne change pas la vie, on l’adapte. C’est moins rose mais bien plus efficace. « Justice » dit François Hollande : ce qui signifie juste milieu et juste répartition, balance des avantages et inconvénients pour chaque mesure, évaluation juste à temps de ce qui se tente. Les électeurs jugeront.

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France Chine la question du modèle économique

Le monde change et la façon de voir l’économie aussi :

1. Les prix de l’énergie sont en hausse durable car l’énergie bon marché abondante n’existe pas encore et les réserves fossiles s’épuisent alors que de plus en plus de pays émergent à l’industrialisation.

2. Le mouvement social vers le progrès du niveau de vie prend son essor dans les pays émergents mais surtout en Chine, pays essentiel par sa masse de manœuvre salariée.

3. Les pays développés sont en panne de croissance et peinent à financer l’innovation pour cause de système financier qui a failli et d’endettement d’État en excès.

Ces trois éléments font que les « modèles » chinois et français deviennent inadaptés, ils doivent changer sans illusions.

La Chine a tout fondé sur l’investissement et l’exportation, ce n’est plus viable. Le pays doit désormais favoriser sa consommation intérieure pour continuer à croître et apaiser ses tensions sociales. Curieusement, la France aussi. Tous les pays développés doivent retrouver une croissance fondée sur autre chose que sur les exportations de technologie avancée, tant est rapide la copie moins chère de ces mêmes technologies. Il s’agit de relocaliser et de démondialiser pour retrouver une croissance locale durable.

Miser tout sur l’investissement est bel et bon en phase de rattrapage de croissance. Mais n’investir que pour exporter crée en Chine une nette pression inflationniste et détourne les ressources publiques des secteurs sociaux : santé, éducation, recherche, protection sociale. Il force l’épargne à accepter une rémunération négative tout en exerçant une pression fiscale excessive sur la classe moyenne. En Chine comme en France, les entreprises d’État et les grandes fortunes sont moins taxées que les ménages moyens. Ces derniers ont une part de salaire nette insuffisante pour assurer la consommation interne qui permette une croissance « normale » pour le pays. Elle est d’environ 30% du PIB en Chine contre près de 50% dans la plupart des pays émergents.

En France, le prélèvement à la source des cotisations patronales sur les salaires, avant même de taxer le salaire brut du salarié, puis de lui réclamer la CSG une fois l’an, en sus de son impôt sur le revenu, des taxes d’assurance, taxes carburant et TVA, entraîne un pouvoir d’achat faiblard. Plus que dans les pays européens voisins. Dans le même temps, l’énergie plus rare et l’immobilier qui reste la seule épargne attirante après la faillite des produits de placement (subprimes, hedge funds et autres inventions de la finance), génère une inflation qui accentue les inégalités entre ceux qui peuvent quand même se loger, se chauffer et voyager, et tous les autres. Certes, les services publics sont présents, pas comme en Chine. Mais leur incapacité congénitale à se réorganiser pour accepter ne serait-ce que l’informatique, ou un service mieux adaptés aux usagers (SNCF, école, guichets publics), fait que la qualité se dégrade tout en stressant les fonctionnaires sommés de paperasser toujours autant avec moins de monde pour le faire et des horaires réduits à 35 h.

En Chine, la TVA à 17% détourne la richesse de la classe moyenne vers l’État alors que les gros revenus, les spéculateurs et les entreprises publiques sont protégés. En France, n’importe quel petit paye en proportion autant de taxes salariales, TVA, taxe carburant et CSG qu’un gros – alors que 43% d’un salaire élevé (somme des taxes sur le bulletin de paie) n’équivaut pas à 43% d’un petit salaire. Les grandes entreprises privées échappent plus facilement à l’impôt que les petites. Les niches fiscales favorisent les gros revenus pour un bénéfice collectif qui reste à démontrer.

La démagogie gouvernementale, tant en France qu’en Chine, tend à « corriger » ces déséquilibres par du logement social ou une promesse d’encadrer les loyers. Ou par des « emplois jeunes » qui font de cette catégorie d’âge une sous-espèce de salariés, parquée jusqu’à ce qu’ils aient l’âge d’être considérés enfin comme des citoyens adultes. Ce ne sont que des pis-aller provisoires qui ne règlent en rien les causes. La France a une nette « préférence pour le chômage », comme le dit Denis Olivennes, favorisée par la rigidité des réglementations du travail, les taxes élevées sur les salaires et des syndicats peu représentatifs avides de surenchère. Or la classe moyenne en France comme en Chine veut tout simplement être traitée comme les autres : faire des études, obtenir un emploi, acquérir un logement.

A la différence de la France, coincée avec les vertueux dans l’euro, la Chine est maître de sa monnaie. Qu’elle maintient soigneusement hors des échanges, afin de ne pas la réévaluer et de poursuivre un petit peu plus son « modèle » d’exportations à bas prix. Mais ce déséquilibre persistant n’est pas tenable. Soit l’inflation explose en Chine, soit des mesures de rétorsion protectionnistes interviennent aux États-Unis et en Europe à courte échéance. Au G20, Pékin continue à refuser de réajuster sa monnaie et affirme (en termes plus diplomatiques) se moquer des conséquences négatives pour l’équilibre des finances mondiales de ses réserves colossales de change. Elle utilise cette masse pour créer de la monnaie interne pour éviter de l’apprécier. D’où l’opposition des États-Unis à la proposition française d’intégrer le yuan au « panier des monnaies » permettant de calculer les Droits de Tirage Spéciaux du FMI.

Faut-il pour cela, comme le propose le Front national et d’autres souverainistes, que la France sorte de l’euro ? Ce serait avouer crûment notre incapacité à vivre comme les autres, dans un monde interconnecté où tout s’échange, incapables de réorganiser nos façons de faire. Avouer que nous sommes fatigués de créer et d’innover, que nous n’avons plus rien à échanger avec le monde. Avouer donc que nous sommes en réel déclin.

Il est curieux de constater combien un pays totalitaire comme la Chine et un pays dit ouvert comme la France conservent des comportements soviétiques. Le tout État ne génère jamais rien de bon. Il est nécessaire de réguler et de surveiller, mais aussi de laisser agir et créer. Donc de laisser au salarié une part suffisante de ce qu’il gagne. La prédation d’État, fût-elle dégoulinante de bonnes intentions, est toujours soupçonnée de préférences partisanes et de clientélisme politique, sans parler de gabegie pour cet argent trop facilement collecté.

Le monde se réduit parce que la planète ne permet pas que tous les pays vivent sur le gaspillage américain. Chaque pays se replie un peu sur lui-même pour simplement survivre. Il s’agit donc de faire des économies en réorganisant l’économie, pas de « grands travaux » politiques, toujours démagogiques. C’est ainsi que la réforme de la fiscalité proposée par le Parti socialiste est intéressante, de même que l’idée de « démondialisation » d’Arnaud Montebourg. Mais que les « emplois jeunes » sont une vieille pipe dont on sait très bien, par expérience sous Jospin, qu’elle conduit directement au parking après une jouissance éphémère.

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Le scandale du Médiateur

Il y a trois jours, le Front national balayait dans les médias, sinon dans les urnes, la vieille oligarchie UMPS qui n’écoute plus depuis longtemps les citoyens. Avant-hier, l’Élysée a brûlé (à Montmartre), symbole s’il en est : le théâtre de la Goulue vaut bien celui du Président avale-baraque. Hier, le « nuage » de Fukushima a surplombé la France, sans élever la radioactivité de façon tangible. De toute façon, de l’activité, il y en a de moins en moins en France. Près de 40% des emplois industriels ont disparu en vingt ans. Les Français ont le blues, comme d’habitude, et voilà que le Médiateur, dénoncé par l’Agence française de la rationalisation publique, ne va plus être remboursé.

Il a livré lundi son dernier rapport d’honneur, un baroud. Pour lui, c’est la Bérézina. Napoléon le petit a échoué à réformer le « modèle » qui fuit et à entraîner les Français dans la modernité. Le peuple en a marre de cette modernité qu’il chantait pourtant hier avec Jules Verne. Elle lui échappe, il y en a trop, ça va trop vite. Les Français sont largués par le petit qui, à 5 ans, sait faire marcher mieux qu’eux le lecteur de DVD sans avoir lu la notice écrite en jargon traduit de l’anglais lui-même retranscrit du coréen par ordinateur. Largués par le préado qui a déjà vu des films pornos et a embrassé ses premières filles sans que papa ait vu comment. Largués par l’ado qui « poursuit » le bac sans en vouloir vraiment, pas motivé par les quelques sept à neuf années de boulots précaires qui l’attendent avant d’en décrocher un stable…

Sarkozy a beau cocoricoter sur la Libye, c’est un poste de commandement américain en Allemagne qui gère l’opération coordonnée. Et il a fallu des jours avant de rameuter les avions du Charles-de-Gaulle dispersés on ne sait où. Le modèle « universel » français fait bien rigoler en Chine, en Inde, au Brésil, en Russie, au Mexique… Nous montons trop sur nos ergots alors que nous ne sommes plus qu’une nation moyenne qui voit, chaque année, reculer son rang. Nos vanités, l’étatisme, le caporalisme, la morale au monde entier ne prennent plus. Ce pourquoi Chirac reste aimé, bien qu’il ait été copain comme cochon avec Saddam Hussein et ait empêché les avions de Reagan de survoler la France pour bombarder Kadhafi le terroriste à Tripoli, en 1986. Il a été l’inspirateur du dernier discours mondialiste de la France à l’ONU, contre l’invasion de l’Irak. Mais notre littérature se vend mal, et pas seulement parce qu’elle n’est pas écrite en anglais : les Islandais, les Norvégiens sont plus traduits que nous !

Nous vivons dans l’illusion, entretenue sous de Gaulle mais avec des moyens, reprise par la gauche dans la gabegie des dépenses à tout va de 1981 et de la facilité des dévaluations (trois en 18 mois !). Depuis, nous sommes arrimés à l’euro, qui est tenu par la rigueur monétaire des Allemands. Eux savent se discipliner, faire des sacrifices, assurer un bon service après vente. Nous pas. Chaque élection est le grand théâtre du toujours plus où chacun est victimisé pour qu’il vote « bien ».

La population vieillit, chôme, se déclasse, n’offre plus d’avenir à ses jeunes, consomme à tout va de la « sécurité » (sociale tant qu’elle est remboursée et policière tant qu’on en veut). Le Médiateur ne mâche pas ses mots, il n’a plus rien à perdre puisque son poste est supprimé. Enfin quelqu’un qui dit la vérité ! « Notre contrat social n’est pas un contrat de services mais d’engagement. Or, aujourd’hui la citoyenneté décline des deux côtés : celui qui paie l’impôt a perdu la dimension citoyenne de l’impôt et, s’il y consent encore, s’estime néanmoins lésé. De même, celui qui bénéficie de la solidarité publique a perdu le sens de cette solidarité et, ne recevant pas assez, se sent humilié. L’éducation, en échec aujourd’hui sur l’acquisition des savoirs, l’aptitude au travail et l’éveil à la citoyenneté, interroge notre système administratif global qui échoue sur sa capacité d’inclusion et devient une machine à exclure. » Jean-Paul Delevoye ajoute : « Le service public ne porte plus son nom. »

La faute à qui ? « Les débats sont minés par les discours de posture et les causes à défendre noyées parmi les calculs électoraux ». A droite comme à gauche ! Et de lister dans son dernier rapport : l’empilement législatif, les réformes précipitées, les moyens limités, les lois pas toujours applicables, leur manque d’explication, leur application mécanique par l’Administration, les décisions de bureau au mépris des textes, l’excès de précipitation parfois et l’excès de lenteur, les procédures déshumanisées (vous n’êtes qu’un numéro ou un dossier), l’absence complète d’empathie et de communication entre ceux qui détiennent un petit pouvoir et les citoyens…

Le  collectivisme jacobin français, fondé sur de gros impôts et leur redistribution électoraliste, n’est plus un modèle de vivre ensemble. La classe moyenne se sent lâchée. Les petits, les sans-grades, ne sont ni écoutés ni compris. Mieux vaut être immigré, sans-papiers ou mal logé pour qu’on s’occupe de vous, à grands coups de projecteurs médiatiques. La posture, toujours. D’où le ras-le-bol des citadins qui retournent à la campagne, des diplômés qui vont chercher aux États-Unis ou en Suisse, voire en Chine, de ceux qui pourraient créer une entreprise mais qui préfèrent vivre de peu mais sans le regard de jalousie des autres ni d’inquisition de l’Administration. Chacun se rencogne sur ses petits zacquis, l’école décline, corporatiste, prônant l’élitisme par les seuls maths au détriment des qualités humaines propres à vivre ensemble.

Pourtant la France a de beaux restes. Les Français font des enfants, ce qui peut s’interpréter comme signe d’optimisme (c’est la tarte à la crème des débats dans les médias !), mais que je vois plutôt comme un repli sur la famille. Avec l’égoïsme d’enfant gâté de la génération née après 1968 : nous on jouit d’eux, après ils n’ont qu’à faire leur vie. Il n’empêche, des enfants, c’est du dynamisme, dommage qu’ils ne rêvent que d’Amérique ou d’Asie… Les Français ont de grands projets d’État, financés sans chercher de profits. Bravo pour la recherche fondamentale en avionique, médecine, trains, dommage que la sécurité industrielle soit si mal assurée (voir Renault) et que la naïveté des commerciaux laisse piquer les fleurons sans réciprocité (voir Alstom et son TGV, Dassault et son Rafale, Areva et son EPR)…

En fait, manque à la France un personnel politique à la hauteur. Ce n’est pas grand-chose mais aucune école ne forme à cela. On appelle le charisme, cette faculté de présenter un avenir et d’entraîner les gens derrière vous. Encore faut-il former des têtes bien faites et pas des têtes bien pleines. Nicolas Sarkozy l’a incarné un temps en 2007, ce pourquoi il a été largement élu face aux zénarques qui récitaient leurs leçons mal apprises en face de lui. Mais il a failli. Les sondages et le vote de dimanche montrent l’ampleur de la déception. Il sera probablement battu en 2012 et entraînera la droite dans sa chute. Tant pis pour les perdants puisqu’ils ne veulent rien voir. Sauf qu’on ne perçoit guère la gauche en profiter, tant le charisme manque à ses chefs. Ce sera au profit de l’extrémisme peut-être : avec une présidence de gauche que dirait-on de législatives où le Front national aurait le quart des députés ?

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Quelle démocratie arabe ?

Article repris par Medium4You.

A propos des révoltes arabes, que personne n’avait vu venir, encore moins ceux qui se placent aujourd’hui symboliquement à leur tête, les médias ne parlent que de « démocratie ». Comme si le mot était la chose et qu’il suffisait de qualifier pour que cela advienne. L’Occident coupable, forcément coupable, a la naïveté de l’ignorance. J’aurais tendance à y voir plutôt un néocolonialisme caché. Ils sont tellement contents d’eux-mêmes, ces bobos français qui, du haut de leurs ergots, donnent des leçons au monde entier. Ces Tunisiens, ces Égyptiens, ces Libyens, ces Yéménites, seraient-ils sur le point d’accomplir ce que la France a accompli voici deux siècles ? Une bonne vieille révolution pour renverser les oligarchies d’ancien régime ? Aussitôt, nos intellos-médiatiques de surenchérir comme s’ils l’avaient toujours prévu, regardant d’un œil attendri les premiers pas balbutiants des « petits »…

« La démocratie » en soi n’existe pas

Croyez-vous que les pays arabes bavent d’envie devant notre démocratie parlementaire ? A-t-on naïvement oublié que ce fut d’abord pour eux le régime du colonisateur ? La ruée vers le socialisme, dit « réel » pour le différencier du monde rose des Bizounours du PS, a été la revanche des colonisés sur les impérialistes. Ce fut, dans les pays arabes comme en Russie, en Chine, à Cuba et ailleurs, la mainmise d’une caste sur « le peuple », au nom de la « démocratie populaire ». Les promesses n’engagent que ceux qui les croient, disait à peu près Jacques Chirac.

Il se trouve que le monde a changé, que le Mur est tombé, que le socialisme réel a fait faillite. La globalisation a non seulement ouvert le monde aux capitaux, mais aussi aux biens, aux hommes et aux idées. Internet et les réseaux sociaux ont rapproché les émigrés en Occident des résidents restés dans les pays autoritaires. L’exemple d’un seul suffit à se répandre comme une traînée de poudre. Oh, il fut bien un temps – entre 2008 et 2010 disons – où la Chine autocratique était quelque chose comme le nouveau modèle du développement : parti unique et économie de marché. Sauf que, Marx avait raison, le développement engendre ses propres tensions qui se traduisent toujours en termes politiques un jour ou l’autre. Les pays arabes faisaient exception dans un monde qui se démocratisait rapidement depuis le début des années 1990.

La majorité de la population n’est plus composée de fellahs illettrés confits en traditions et religion, qu’une oligarchie de fonctionnaires cooptés suffisait à mener. La caste militaire a remplacé à la décolonisation les grandes familles aristocratiques ou commerçantes. La classe moyenne éduquée d’avocats, médecins, professeurs, chefs d’entreprise, a désormais envie de prendre son destin en main. Elle s’appuie, comme dans toutes les révolutions, sur un peuple aigri et appauvri qui rêve de dignité. La crise économique due à la crise financière a précipité la crise politique. Le renchérissement du prix du pain, de l’huile, du sucre, de l’essence, et le chômage élevé d’une jeunesse nombreuse a fait le reste. Ceux qui disposaient du monopole de la force et de la fraude, les Méprisants, sont remis en cause par la rue.

A-t-on oublié que ce sont les citoyens aptes à porter les armes qui ont fait la démocratie grecque ? Les bourgeois des villes franches de l’Italie médiévale qui ont créé les cité-états ? La petite noblesse qui a arraché au roi d’Angleterre la Charte parlementaire? La bourgeoisie avec son savoir-faire culturel et technique qui a enclenché 1789 ? Le petit peuple des artisans parisiens qui a fait 1848 ? La démocratie est le pouvoir – non « du peuple » en soi – mais de ceux qui tiennent les leviers d’une société. Le pouvoir démocratique n’est que la façon civilisée de gérer la guerre civile, celle des intérêts divergents. Ce peut être le plus grand nombre lorsqu’une classe moyenne s’est établie et qu’il s’agit de lever des impôts pour établir un budget. Mais c’est le plus souvent l’oligarchie de ceux qui savent ou qui tiennent le fusil dans les pays de rente.

La liberté d’expression, l’évidente légitimité de la partie adverse, des fonctionnaires neutres non corrompus (donc assez payés) sont les conséquences du pouvoir des classes moyennes qui ont besoin de règles claires pour exercer leur activité et veiller à ce que tout le monde contribue au budget commun. Mais cela ne vaut que pour les pays où la diversité économique exige l’initiative pour produire et pour vendre. Pas pour les pays où règne la rente pétrolière, gazière, touristique, ou qui sont sous perfusion de l’aide militaire internationale.

Les rentiers et les autres

Les Hollandais les premiers ont parlé de la malédiction de la rente lorsqu’ils ont découvert des gisements de gaz chez eux dans les années 1960. La rente du sous-sol, des monuments ou de l’aide est de l’argent facile : il n’y a qu’à se baisser pour le ramasser. Pas besoin d’efforts politiques, tout tombe tout cuit, il suffit d’arroser les bonnes castes.

L’Égypte dépend pour une part de l’aide militaire venue des États-Unis. Elle a un tourisme florissant en raison de son histoire et de ses pyramides. Le canal de Suez offre sa rente de péage pour les bateaux qui le franchissent. A quoi sert donc le peuple? Ce n’est que lorsque le pouvoir réclame des impôts qu’il doit composer avec les producteurs et respecter le parlement qui les représente. Pas besoin de représentation politique lorsque la rente existe, il suffit de payer les oligarques. Même chose en Lybie, à Bahreïn, en Arabie Saoudite, dans les Émirats. Pour l’Égypte, comme pour l’Algérie, l’élite au pouvoir est l’armée. Depuis Méhémet-Ali, l’armée a symbolisé le nationalisme égyptien contre l’empire ottoman puis contre le mandat britannique, enfin contre la monarchie en 1952. Sous Nasser tous les centres politiques, administratifs et économiques sont tenus par les militaires. Sadate a désarmé le pouvoir politique mais les militaires ont investi l’économie (agriculture, transport, armement).

La Lybie est encore plus caricaturale. Le pays ne vit que du pétrole et du gaz exporté. Majoritairement désert, il est composé de tribus qui ont peu de liens en commun, sinon la dictature et la rente. Kadhafi en 1969 a fait prédominer les tribus de l’est, en Cyrénaïque, au détriment de celles de l’ouest et de l’intérieur non-arabe. Les al-Kadhafa, al-Magariha et al-Warfalla ont été privilégiées. Les autres se révoltent, aidés par une jeunesse majoritairement au chômage, contre un clan familial prédateur et un « grand leader » de plus en plus paranoïaque et imprévisible après 42 ans de pouvoir absolu.

La Tunisie échappe à ce schéma parce qu’elle exporte autre chose que du pétrole : du textile, des produits agricoles. Elle est aussi sous-traitante pour Airbus et pour l’automobile (45 000 ouvriers) et connaît un fort courant de tourisme. Une vaste diaspora émigrée en France, en Italie et ailleurs incite au progrès politique. La prédation du clan Ben Ali (et surtout de sa femme) était devenue d’autant plus insupportable que l’économie a ralenti.

Quelle démocratie pour quel pays arabe ?

« La démocratie » en soi n’existe pas. Il ne se réalise que des incarnations ici et maintenant, dans chaque pays, selon les coutumes locales. Si la France s’est inspirée d’Athènes et de Rome, les pays arabes observent plutôt la Turquie ou l’ancien Califat. Chaque pays devra inventer son système.

La Lybie sera-t-elle capable de retrouver un modèle fédéral où chaque tribu serait représentée pour partager la rente pétrolière ? La Constitution de 1951, abolie par Kadhafi, offre un modèle. Ce n’est qu’à ce prix que les tribus de l’est, attirées par l’Égypte et l’Arabie Saoudite, celles du centre non-arabes des Berbères, Touaregs et Toubous attirés par le Sahel, et celles de l’ouest attirées par la Tunisie et le Maghreb, pourront s’entendre. Mais la faiblesse de l’armée comme la tentation de garder à son exclusif profit l’or noir, peuvent conduire à la guerre civile des seigneurs locaux… La « démocratie » serait donc une oligarchie des plus forts. Après tout Kadhafi n’est-il pas une sorte de Mélenchon qui a mal tourné ?

L’Égypte est, comme l’Algérie, subordonnée et encadrée par le pouvoir militaire. La transition démocratique risque donc de prendre plus de temps, sur le modèle turc. L’empire économique de l’armée induit un patronage social qui stabilise la politique par le clientélisme. Mais la crise économique et à court terme la fuite des touristes sont des menaces sur les finances. Si les peuples sont capables de contester le modèle chinois de croissance sans démocratie, il n’est pas sûr que la pression économique ne les précipite pas dans la démagogie religieuse ou le populisme d’un nouveau leader. Car le peuple demande la dignité, pas forcément la démocratie. Celle-ci est une demande de classe moyenne éduquée. La dignité peut être conférée par un pouvoir autoritaire comme sous les fascismes, les socialismes « réels » et les nationalismes. Et la philosophie des classes populaires (qui n’ont pas fait d’études) est avant tout façonnée par la religion, sa loi est la Charia. N’oublions pas que l’opposition égyptienne, disparate et regroupée sous le terme de Kefaya, réclame moins « la démocratie » qu’elle ne rejette avant tout le sionisme et l’inféodation à la politique américaine.

C’est donc en Tunisie où l’administration est solide, la négociation une culture, où existe grâce à l’émigration et à l’éducation une aspiration démocratique, qu’une chance existe de voir émerger la première expérience du Maghreb. L’histoire russe, chinoise, irakienne, montrent que la suppression brutale des structures de l’ancien pouvoir engendre le chaos. L’exemple de la transition espagnole prouve que, pour réussir, il faut une société mûre capable de résister au populisme et au ressentiment.

Quelle sera donc « la démocratie » arabe ? Chaque pays devra l’inventer et elle ne sera probablement pas celle dont rêvent en rose nos intellos-médiatiques…

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