Tahiti a de l’avenir

Le pharaonique ‘Tahiti Mahana Beach’ sera-t-il chinois ? Il paraît qu’en décembre on en saura plus sur ce projet, pourvu que les cyclones n’emportent pas tout sur leur passage. Tout pour les Chinois : les Chinois construiront, les Chinois viendront par milliers emplir leurs hôtels, y mangeront chinois, dormiront dans des lits chinois… après avoir pris des avions chinois pour venir entre Chinois à Tahiti.

tahiti mahana beach resort projets

Le port de Papeete, un atout d’avenir ? A condition d’être modernisé car, avec l’agrandissement du Canal de Panama, ce sont de très très gros cargos qui transiteront. Actuellement le port n’est pas capable de faire entrer ces monstres ni de les faire accoster. Combien de containers sont déchargés sur les quais actuellement ? Est-ce que le port de Papeete sera capable d’accueillir ces gros cargos et combien déchargeront-ils de ces containers alors que la Nouvelle-Zélande ou l’Australie nous enverrons ensuite de plus petits bateaux engendrant ainsi un rallongement du temps de transit et bien sûr une augmentation des coûts et une dépendance vis-à-vis du port d’Auckland ? Le pays est aussi grand que l’Europe ? Certes mais avec seulement quelques confettis de terres habitables !

tahiti mahana beach resort

C’est alarmant, les populations d’animaux marins dans le monde ont chuté de moitié en 40 ans. L’homme est à l’origine de ce désastre : surpêche, industries extractives, aménagement du littoral, pollution, émissions de gaz à effet de serre responsables de l’acidification océanique et du réchauffement des mers. L’homme mange de plus en plus de poisson : la consommation moyenne par habitant était dans les années 1960 de 9,9 kg, en 2012 de 19,3 kg. On pense que les récifs coralliens et prairies sous-marines pourraient avoir disparu d’ici 2050. Or 25% de toutes les espèces marines y vivent et que 850 millions de personnes y trouvent leur moyen de subsistance…

legumes

Donc… à quand l’autosuffisance alimentaire en Polynésie française ? C’est le vœu pieu du ministre de l’Agriculture. Le ciel l’entendra-t-il ? Faudra-t-il donc augmenter la production agricole pour satisfaire les appétits tahitiens ? Peut-être, mais également la qualité, bien souvent, laisse à désirer. Le plan couvrira la période 2015-2020. Ce sont les carottes, choux, tomates, pommes de terre, salades qui sont principalement concernées, et des espèces qui s’adapteront à la période humide comme à la période chaude ! Et l’ananas ? La production n’est pas suffisante pour faire du jus toute l’année. En 2013 les agriculteurs en ont produit 3 450 tonnes, l’objectif serait d’atteindre 5 000 tonnes. On va augmenter la surface de production de 50 hectares. Mais le problème du foncier est toujours là, on parle de planter des ananas à Afaahiti (Presqu’île de Tahiti), Oponuhu (Moorea) sur Raiatea (Îles sous le Vent) et même aux Marquises… Il faudrait d’abord regarder le prix du transport depuis les Marquises.

Hiata de Tahiti

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Camilla Läckberg, L’enfant allemand

Les meurtres se succèdent tandis que l’on n’arrête pas de naître dans ce volume. Deux accouchements nous sont contés dans les moindres détails, l’un hier, en 1945, l’autre aujourd’hui, en 2007. Rien à voir, sauf les liens entre les personnes. Le titre en français donne malheureusement une clé que le titre suédois laisse dans l’ombre… Le marketing éditeur est si frivole, en France.

camille lackberg l enfant allemand

Comme souvent dans les séries, il est bon de lire les opus dans l’ordre, ce qui laisse au lecteur le temps d’assimiler les personnages, de s’en faire des amis. Si l’on suit ce précepte, on retrouve avec plaisir Erica, écrivain à la maison, épouse de Patrick, policier qui, cette fois, a pris un congé parental pour s’occuper de leur fille, Maja, bébé d’un an exigeant. Pas facile d’écrire dans les hurlements et les cavalcades… pas facile d’être en congé de police quand un meurtre vient exciter le commissariat de la station balnéaire de Fjällbacka.

Deux ados de 14 ans se sont introduits dans la maison d’un ex-prof, collectionneur d’insignes nazis. Ils découvrent un cadavre. Qui a tué l’inoffensif Erik ? Des néo-nazis comme il en surgit de plus en plus ? Un vengeur pour ce que fait le frère, Axel, chasseur de nazis impitoyable depuis la fin de la guerre ? Un être surgi du passé ?

Si la Suède était neutre lors du second conflit mondial, elle a collaboré ; dans le même temps, les pêcheurs suédois aidaient la résistance norvégienne, pays stratégiquement placé, occupé par les nazis. Une bande de quatre ados se sont connus durant ces années noires, plus un cinquième, tout jeune Norvégien évadé qui s’est caché chez le père de l’une des filles. Qui en est tombée amoureuse : qu’est-ce qu’avoir 15 ans quand votre héros en a 17 ? Enceinte à la fin de la guerre, elle voit son promis amoureux partir pour « régler quelques affaires » – et ne jamais revenir.

Cette fille, c’est la mère d’Erica, qui découvre au grenier quelques carnets intimes. Curieusement, manquent les derniers : où sont-ils passés ? Y aurait-il eu quelque chose à cacher ? Quel rapport avec le présent ?

Le meurtre d’une autre des filles de la bande survient, après celui d’Erik ; désormais, deux sur quatre ne sont plus. Sans parler du disparu. L’enquête piétine, rien ne sort, et il faut que l’écrivain Erica mette son talent de romancière noire pour que cette somme d’efforts conjugués produise quelques résultats. Tout n’est pas inscrit dans les archives et il faut savoir chercher et savoir lire. Pas simple, d’où la taille du roman.

D’autant que la petite vie des gens se poursuit, dans le quotidien prosaïque. Quand ils ne sont pas flics, chacun a ses amours, ses regrets, ses soucis. Patrick aimerait bien revenir travailler, mais il savoure chaque moment passé avec son bébé fille ; Martin son adjoint se sent devenir un homme en dirigeant l’enquête en son absence ; Paula, nouvelle venue au commissariat, a un bébé par procuration avec son conjoint… femme. On n’est pas en Suède pour rien, la blondeur nordique fait honte depuis la révélation nazie et le mélange avec le plus coloré possible est bien vu. Même si certains ne sont pas d’accord, comme Frans, l’autre garçon des quatre.

Sauf qu’il a donné le mauvais exemple à son fils et à son petit-fils, que le premier a réussi à le haïr et que le second, qui l’admire, est sur une mauvaise pente. Le passé éclaire le présent, ou l’inverse, et les chapitres alternés donnent une autre vision des remous actuels en Europe du nord. « Le présent est si puissant, bien plus que le passé », philosophe un personnage p.425. « C’est dans la nature de l’homme de ne pas regarder les conséquences de ses actes, de ne pas apprendre de l’histoire. Et la paix ? Si on ne l’a pas connue au bout de soixante ans, on ne la connaîtra jamais. Il incombe à tout un chacun de se la procurer, on ne peut pas attendre une juste punition et croire qu’ensuite la paix se présentera toute seule ».

Chasser les nazis n’a pas empêché les génocides ni les atrocités cautionnée pour le bien de l’humanité par « nos » intellectuels occidentaux : dans la Chine de Mao, au Cambodge, au Chili de Pinochet, en Iran, en Tchétchénie, en ex-Yougoslavie, au Rwanda, en Palestine, en Irak, en Syrie, au Nigeria… Le « nazisme » ou son équivalent est prêt à ressurgir partout, dès lors que les circonstances sont favorables. Se donner bonne conscience en jugeant du passé, des décennies plus tard, ce n’est pas de la morale mais de la pure et simple vengeance. Quelque chose d’obscur qui vient de l’Ancien testament, pas du nouveau, ni du simple humanisme…

En revenir sans cesse et toujours au passé nazi empêche de voir au présent tout ce qui ne va pas. Il est tellement plus facile de s’indigner d’une histoire déjà écrite, quand on sait comment elle s’est terminée, qui sont les bons et les méchants – plutôt que de chercher, à tâtons mais responsable, comment distinguer le bien et le mal et se débrouiller au mieux d’aujourd’hui.

Un roman policier dense et humain qu’il fait bon savourer lors de longs voyages en train ou lors de soirées silencieuses, dans son fauteuil. Le thème en est l’amour, malgré les découvertes macabres.

Camilla Läckberg, L’enfant allemand, 2007, Babel noir 2014, 602 pages, €9.90

Format Kindle €9.99

Livre audio éditions Suspense 2CD €25.40

Les romans policiers de Camille Läckberg chroniqués sur ce blog

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Voter pour revendiquer l’histoire et la culture

Je n’ai pas commenté à chaud le premier tour des régionales parce que j’avais annoncé la défaite de la gauche comme celle de la droite quelques jours avant, dans une note que personne n’a commenté. « Inutile d’en appeler à la Morale, les gens savent bien ce qu’ils veulent : des hommes nouveaux et des idées nouvelles, pour régler les problèmes nouveaux et les questions nouvelles… » Les vieux candidats des vieux partis éculés, qui ressassent sempiternellement le même discours depuis trente ans : assez !

Évidemment, la Morale a été convoquée à gauche pour vilipender le résultat du scrutin et stigmatiser les électeurs fautifs… L’irruption du Front national a suscité, par réflexe de caste depuis 2002, des cris d’orfraie, des indignations morales, une « leçon » de maîtres d’école donnée aux sales gosses de la classe priés d’être sage pour écouter la bonne parole humaniste, universaliste et socialiste. Le pire, après Manuel Valls, aura peut-être été Jack Lang, ce vieux cabotin toujours avide d’être encensé et aimé, qui en a rajouté dans la surenchère dégoulinante, n’hésitant pas à traiter de « crétinisme » des propos sur la France tenus par Marion Maréchal-Le Pen – alors même qu’il les tronquait et les déformait. Belle leçon de stalinisme moral qui fait fi de la vérité des mots comme de la réalité des faits.

Cela montre une fois de plus que faire la morale ne sert à rien, mieux vaut donner l’exemple de sa probité et proposer un projet positif concret pour aller de l’avant (tout ce qui manque au parti Socialiste). Projet qui s’appuie sur l’histoire et sur la culture, mais projet tout de même – qui est bien autre chose qu’un catalogue de mesurettes bobos pour gérer l’existant.

L’histoire ne se répète jamais car elle va toujours de l’avant, mais elle peut revenir sur ses pas car les êtres humains ne changent que très lentement – sur des millénaires. Autrement dit, ils ne changent pas sur les trois ou quatre générations qui coexistent dans une même époque. Ils ne changent pas personnellement.

Ce qui peut changer, c’est la culture, cette mentalité collective, et l’éducation qui doit la transmettre.

  • Il suffit de regarder trente ou quarante années en arrière pour constater que la culture s’est appauvrie par l’américanisation consumériste du monde, véhiculée par la télévision, le cinéma et les gadgets technologiques.
  • Il suffit de regarder vingt ou trente années en arrière pour mesurer combien l’éducation s’est avachie, au fil des réformes « égalitaires » – dont on constate pourtant qu’elle crée des inégalités croissantes en France.

2015 12 regionales 1 tour

Qu’est-ce que la France, la culture française, l’identité du pays ? Ce n’est pas une essence mais une construction sur des siècles. Contrairement aux Jack Lang, nomades hors sol qui se veulent universels parce qu’ils ne se sentent de nulle part, je ne crois pas que les identités soient interchangeables. Ni que l’islam ait apporté grand-chose à la culture française, au droit et à la philosophie ; un peu en médecine, et pour avoir transmis les textes antiques, très peu en architecture, et quelques mots de la langue – pas plus. La part celtique, germanique, romaine, judaïque et même grecque est plus forte sur les siècles que la part musulmane. C’est ainsi : tous les apports ne sont pas égaux.

Le texte que citait – habilement – Marion Maréchal-Le Pen dans le discours fustigé par Jack Lang venait de l’historien français juif résistant Marc Bloch dans L’étrange défaite, écrit juste après l’effondrement de 1940. Il dit : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». La France est gauloise et celtique, un peu grecque via Marseille, franque et païenne, gallo-romaine et chrétienne, centralisée par les rois en lutte contre les féodalités, standardisée par la Révolution dont Napoléon 1er a poursuivi le tropisme jacobin parisiano-centré, se méfiant des provinces et des particularismes. La France s’est libéralisée avec le siècle 19ème, est devenue république en 1875, puis socialiste et colonisatrice pour diffuser l’universalisme moral dans le monde-enfant (ainsi croyait-on à l’époque de Jules Ferry).

La guerre de 14, cette imbécilité nationaliste, a conduit les citoyens à s’arracher à la terre et aux limites étroites de leur village pour connaître d’autres gens et d’autres mondes (j’ai ainsi un grand-père qui a vu Thessalonique), puis à se méfier de l’État impérieux qui décide de la guerre d’un trait de plume, comme des élites gouvernantes qui s’empressent de se planquer.

L’après-guerre a donc vu, en réaction à cette boucherie inutile, la montée de l’anarchisme potache style Dada et Surréalisme, avec les plaisirs sexuels et les scandales des Années folles, en même temps que la montée d’un populisme anti-élite et antiparlementaire, avec appel au Chef capable de mener la nation – à gauche avec Staline, à droite avec Mussolini, Franco et Hitler, puis Pétain. L’itinéraire d’un Jacques Doriot, communiste très populaire, dérivant naturellement vers le fascisme, est éclairant.

Ce n’est qu’après-guerre, dans le souvenir de la Résistance devenu mythe national de régénération française, que l’État-providence a été mis en place, sous De Gaulle comme sous Mitterrand. Jusqu’au rattrapage par la réalité du monde : la mondialisation du pétrole, puis des échanges, avant l’émergence des pays ex-sous-développés comme la Chine, l’Inde et le Brésil, venus désormais concurrencer les vieilles industries nationales obsolètes et trop chères de nos pays développés.

La France n’a pas su s’adapter.

  • En cause l’ambiguïté de Mitterrand, ayant choisi en 1983 la rigueur pour rester dans l’Europe tout en gardant un discours de parenthèse en attendant que tout redevienne comme avant – attitude qu’a repris sa pâle copie François Hollande.
  • En cause aussi le trop long règne de Chirac, deux fois Premier ministre et deux fois Président, ce Fout-rien magistral qui considérait, après son maître Queuille, qu’il n’est pas de question que l’absence de solution ne suffise à résoudre. Au lieu d’entreprendre le changement dans la douceur avec le temps, rien n’a été entrepris, exigeant désormais l’urgence pour tout, sans négociation faute de temps !

C’est cette longue histoire qu’il faut avoir en tête pour comprendre combien, aujourd’hui, la contestation d’entre-deux guerres resurgit. Comme hier, les élites ont failli, le parlementarisme s’égrène en bavardages souvent inutiles et en lois empilées, dont certaines ne sont jamais appliquées. L’éducation s’enlise dans la démagogie, cherchant désespérément à adapter son discours au monde actuel de l’Internet et du mobile – tout en conservant des pratiques d’un autre âge que le zapping du net, l’hyperactivité due à la chimie des sucreries, et l’irrespect général pour tout adulte ne permettent plus – puisque tout le monde a « des droits », tout le monde est égal. À quelles vertus pédagogiques peuvent servir les notes-sanctions de 0 à 20, le prof sur l’estrade, les garçons assis bien sages une heure entière comme des filles (alors que leurs hormones sont plus éruptives), et les cours magistraux « délivrés » d’en haut ?…

Les pays voisins n’ont pas le même rapport à l’histoire que nous, car leur État ne s’est pas créé au forceps comme la construction artificielle de nos rois (l’Angleterre est une île, l’Italie et l’Espagne des péninsules, l’Allemagne une mosaïque fédérale de régions très décentralisées, etc.). Nous ne pouvons donc pas prendre exemple sur eux mais trouver en nous les ressorts pour l’avenir. Ce que la gauche ne sait pas faire, pas plus que la droite monopolisée par Sarkozy (le reste de la droite, curieusement, se tait).

Mais nous pouvons prendre exemple sur les pays voisins pour adapter notre Éducation nationale : Suédois, Allemands, Anglais réussissent mieux pour moins cher : n’y aurait-il pas quelques leçons à en tirer ?

Parce qu’en France la culture n’est plus transmise. François Hollande ne lit jamais rien qui soit littéraire ou scientifique, il ne discourt que platement comme un haut-fonctionnaire formaté ENA. Sa ministre Belkacem casse tout ce qui marche – pas de jaloux – au prétexte de médiocrité égale pour tous. Nicolas Sarkozy est inculte, malgré ses efforts d’assimiler des fiches, et confond la salade et le séné, tourneboussolé avec tourneboulé. Ce qui vaut bien la bravitude de Ségolène Royal…

vote jeune front national regionales 2015 harris

L’analyse des votants FN montre que ce sont les jeunes peu éduqués qui sont les plus abstentionnistes mais aussi les plus partisans Le Pen. Contrairement aux plus âgés, marqués par l’histoire et leur éducation. La faute en est clairement à l’école et au système administratif du Mammouth qui ne savent pas transmettre, en faisant de la Shoah ou de la colonisation des « scies » qui ennuient – et suscitent par réaction leur négation. La faute aussi aux vieux politiciens qui s’accrochent ou qui se mêlent de Morâââle comme Jack Lang – 76 ans – plus vraiment en phase avec la société malgré son jeunisme exacerbé.

Place à un nouveau personnel politique, place au retour à l’histoire et à la culture française ! Tel sont aussi les messages du vote. Ce qui représente moins un « fascisme » (nous ne sommes plus dans l’histoire du XXe siècle) qu’un appel à retrouver la France – son histoire et sa culture dans toutes ses composantes (et pas seulement celle des immigrés ou celle des nomades américanisés).

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Capitalisme et socialisme

Le régime économique capable de produire le mieux de la richesse est l’économie de marché. Malgré le développement inévitable d’inégalités. Le rôle du politique n’est pas de régenter l’économie mais, justement, de se préoccuper des inégalités produites pour les compenser.

  • L’économie a pour fonction de produire des biens et des services avec des ressources rares en matières premières, énergie, capitaux et compétences humaines.
  • Les institutions représentatives de citoyens ont pour fonction de régler la société, de réguler l’économie et la finance, et de redistribuer une part de la richesse produite selon le consensus démocratique. Chacun son rôle…

Le capitalisme n’est pas un système qui organise une société, mais une technique d’efficacité économique, fondée sur la rareté du capital et sur le risque d’entreprise. Le siècle marxiste a opposé de façon artificielle capitalisme et socialisme, comme si tous deux étaient des systèmes complets qui organisaient la société de façon totale – de part en part. Rien n’est plus inexact.

Le socialisme « scientifique » marxiste est bel et bien un système, sorti tout armé du cerveau d’un philosophe, avec la tentation hégélienne d’intégrer la totalité des actions humaines dans une Histoire implacable comme un destin mécanique. Avec l’utopie « morale » issue des religions du Livre de rendre les hommes tous égaux devant le destin laïque et scientifique. L’utopie marxiste a pris la suite naturelle de l’au-delà promis par le Dieu révélé. Dans cette croyance, tout serait politique et l’utopie vise l’égalité radicale. N’importe quelle initiative créant une inégalité de fait devrait donc être, en socialisme, surveillée, contrainte et sanctionnée par un collectif puissant. Dans un tel contexte, la technique capitaliste disparaît car elle ne peut plus opérer, sauf au niveau de l’artisan tout seul dans son atelier. Dès qu’il y a entreprise, il y a salariat, donc captation de la plus-value selon Marx, donc exploitation de l’homme par l’homme. L’idéal de Karl Marx est ce village du néolithique ou des communautés villageoises décrites par Emmanuel Leroy Ladurie dans Montaillou et Jean-Pierre Le Goff dans La fin du village.

Dans la société industrielle de son temps, Marx n’a pas été appliqué. Lénine a vu dans son corpus idéologique la croyance nécessaire à impulser sa politique : il a pratiqué l’État centralisé, jacobin et théocratique, Dieu étant remplacé par la doctrine « scientifique » marxiste. Il y a dès lors Plan d’État, répartition d’État, pouvoir d’État tenu par un petit nombre de technocrates qui se baptisent « avant-garde » pour se rehausser et conserver le monopole du pouvoir. Il n’y a plus économie mais administration des choses et des hommes. Dans le concret réalisé, cela s’est traduit par la captation du pouvoir par quelques-uns, autoproclamés détenteurs de la seule vérité ‘scientifique’, une redistribution de la pénurie pour la masse, des gaspillages productifs importants faute d’organisation et la destruction massive de l’environnement (mer d’Aral, Tchernobyl, rendements agricoles décroissants, malfaçons industrielles…).

communistes

Le capitalisme a pour effet une économie non d’administration, mais de marché, où les offres des uns s’ajustent aux demandes de tous. C’est une économie d’échanges généralisés, donc de contrats libres entre acheteurs et vendeurs. Elle n’est sortie d’aucun cerveau en particulier mais de la sophistication des échanges. Ce n’est pas une économie spontanée : l’historien Fernand Braudel a montré combien, dans l’histoire réelle, la technique capitaliste avait besoin d’États puissants pour prospérer (l’exemple du Royaume-uni hier, des États-Unis aujourd’hui le montrent…). Seuls en effet les États, qui ont le monopole de la puissance légitime, peuvent imposer le débat commun et les règles communes à tous, avec les moyens de les faire respecter. C’est ainsi que l’on passe de Hobbes à Montesquieu, de l’état de nature à l’état libéral :

• Il faut des représentants élus selon des procédures transparentes acceptées par tous pour débattre de la Loi.
• Il faut des tribunaux établis qui jugent en équité selon le droit connu de tous, limitent par des règles les monopoles, et une police à même d’amener des contrevenants devant la justice.
• Il faut des infrastructures publiques décidées, construites et entretenues par les collectivités territoriales (routes, ponts, ports, réseaux d’énergie et de communication), pour favoriser les échanges.
• Il faut une éducation qui élève chacun autant qu’il le peut et favorise l’égalité des chances.
• Il faut des filets sociaux de sécurité pour faire face aux aléas personnels de la vie comme aux cycles ou aux catastrophes mondiales.
• Il faut un système de crédit organisé, surveillé et garanti qui permette la confiance des échanges.

Le socialisme ne fait pas de la liberté une donnée mais un problème. Partant de l’idée moralisatrice que liberté égale égoïsme, il considère que seul l’État collectif peut dépasser l’individualisme avaricieux. Le contrat libre doit s’effacer devant la politique comme volonté. Pour cela, il faut commencer par interdire. Toute une catégorie de biens est soustraite autoritairement à l’échange :

• Certains peuvent se comprendre, y compris en libéralisme, car liberté n’est pas anarchie : ce sont les fonctions régaliennes de l’armée, la justice, la police, la fiscalité.
• D’autres ont pour objet un consensus social fort et, nous l’avons vu, sont indispensables pour l’épanouissement du capitalisme : éducation, santé, infrastructures, système du crédit.
• Certaines sont débattues : transports, énergie, communications, distribution du crédit.

Le socialisme est un système daté, né avec son théoricien Karl Marx ; pas le capitalisme, issu d’une pratique en émergence progressive avec l’extension des échanges (des cités italiennes aux Grandes Découvertes) et le progrès des connaissances (la statistique, la comptabilité en partie double, l’informatique). L’émergence de l’État dès le moyen-âge (en opposition à l’anarchie féodale) a servi de catalyseur à l’efficacité capitaliste en créant des structures et préservant un climat favorable à l’épargne, à l’investissement et à la libre consommation.

La motivation vient de l’échange de tous avec tous, pas d’un Plan décidé d’en haut par une élite restreinte et cooptée. Un marché est une démocratie de chaque instant où chaque citoyen arbitre en permanence des biens et des services selon ses choix. La preuve en a été apportée par les deux Allemagne, parties sur la même ligne en 1945, arrivées avec un niveau de vie de cinq fois plus élevé à l’ouest qu’à l’est lors de la réunification, moins d’un demi-siècle plus tard.

Une fois définies ces deux formes pures de gestion de l’économie, la capitaliste et la socialiste, force est de nuancer le propos selon les formes concrètement incarnées dans l’histoire. Le capitalisme comme le socialisme sont deux mots-valises dans lesquels chacun enfourne tous ses fantasmes, en faisant le diable ou le bon dieu selon ses convictions morales. Il y a diverses formes d’incarnation de la technique capitaliste ; de même qu’il y a plusieurs acceptions du terme socialisme. Le socialisme à prétention « scientifique », issu directement de Marx et imposé trois générations durant par l’Union Soviétique, n’est plus un système dont l’application est réclamée telle quelle (sauf par de rares nostalgiques). Le capitalisme sous sa forme la plus répandue – américaine – a montré en 2007-2008 ses effets pervers sans ambiguïté.

Reste le mouvement : la préférence pour la liberté d’un côté ; la préférence pour l’égalité de l’autre. Ces deux conceptions morales sont irréductibles, les moyens employés pour réaliser leur utopie ne sont que des outils. Une troisième conception émerge hors Occident, en Asie, axée plus sur le collectif.

fernand braudel la dynamique du capitalisme

Selon l’adage populaire, un mauvais ouvrier n’a que de mauvais outils. Ce n’est pas l’instrument qui est à mettre en cause mais celui qui l’utilise. En ce sens, ceux qui se réclament du socialisme aujourd’hui en France font peu honneur à l’outil politique. De même que ceux qui ont dévié l’outil capitalisme vers des fins d’avidité et de court terme ou de monopole. Chaque société suscite sa propre forme d’économie. L’économie de marché a montré son efficacité dans la production de richesses et l’élévation du niveau de vie. Ce n’est pas par hasard si la Chine communiste ou le Brésil, peuples mêlés du tiers-monde et ex-colonies, ont résolument pris partie pour la liberté des échanges. A condition de lutter sans cesse contre la tendance au monopole, inévitable en système d’efficacité – c’est là le rôle de la puissance publique, surveillée et attisée par des groupements de citoyens pour éviter la corruption des politiciens par les lobbies.

Le socialisme en tant que système visant à éradiquer tout capitalisme n’est plus réaliste, même si certains le croient d’actualité. Si le terme subsiste, c’est en tant qu’utopie morale en faveur de l’égalité la plus grande, comme nous l’avons vu. Mais puisque l’on accepte l’économie de marché (dans le monde entier, elle est sans conteste la plus efficace), la question est de l’aménager pour lui faire servir des fins sociales et humanistes.

L’observateur peut trouver aujourd’hui trois formes types prises par l’outil capitalisme : l’anglo-saxon, le rhénan et l’asiatique.
• Le capitalisme anglo-saxon est obsédé par la finance, avec pour objectif la rentabilité et pour héros l’entrepreneur-actionnaire.
• Le capitalisme rhénan est obsédé par l’industrie, avec pour amour la technique et le travail bien fait, et pour héros l’ingénieur.
• Le capitalisme asiatique est obsédé par le service, avec pour fin le client et pour héros le commercial.

Chacune de ces formes a ses sous-ensembles, ses traductions dans chaque société particulière. Certaines sont qualifiées de « communiste » ou de « social-démocrate » sans que le capitalisme soit hors la loi. C’est ainsi que dans le capitalisme asiatique, la Chine a des entreprises plus familiales et plus claniques que le Japon ; que la Corée du sud imbrique plus étroitement les technocrates d’État aux entreprises privées qu’ailleurs. La Suède, modèle rhénan, a fortement adapté ses entreprises à l’univers anglo-saxon, tout en préservant par consensus social fort un État social très redistributeur (mais désormais sans fonctionnaires à vie).

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La France connait historiquement la forme rhénane du capitalisme (avec sa logique de l’honneur, la noblesse du métier et le goût du travail bien fait) – mais diffère de l’Allemagne par la prédominance de son État centralisé où ses technocrates pantouflent volontiers dans le privé, au contraire de la présence allemande dans les conseils de surveillance d’entreprise des länders et des syndicats de travailleurs. Une social-démocratie à l’allemande ou à la suédoise n’est pas réaliste en France : les syndicats sont trop dispersés, trop faibles et trop fonction publique, pour prétendre incarner la base des travailleurs. Ni un travaillisme à l’anglaise ou à l’islandaise : trop de présidentialisme, de scrutin uninominal, de mœurs petits chefs.

La finalité capital serait-elle pour la liberté d’abord ? la finalité technique pour l’égalité de tous ? la finalité client pour la solidarité ? C’est en effet une question que l’on peut se poser : les pays anglo-saxons ne sont-ils pas les plus individualistes, les pays rhénans les plus égalitaristes et les pays asiatiques les plus collectifs ?

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Prieur et Malgras, El Magnifico BD

Un premier album complet pour le duo qui se lance dans la bande dessinée western.

prieur malgras el magnifico

El Magnifico était un justicier de l’ouest qui a pris sa retraite. Mais sa légende, amplifiée et déformée, se diffuse au populo dans les saloons et chez les adolescents par les illustrés. Justement Giusieppe, fils d’ivrogne, rêve d’une autre vie qu’à la ferme à faire le larbin pour son père. Un jour, il sauve le bandit le plus recherché du Texas dont le cheval est tombé sur un replat du canyon. Mais celui-ci lui vole son cheval et ne lui laisse que son chapeau.

L’ado, identifié par le fameux chapeau, va donc être accusé d’être celui qui a pillé la banque et descendu trois personnes. Il est « reconnu formellement » par une vieille qui n’y voit pas à trois mètres, et jugé par un jury populaire dont la seule excitation est de voir pendre. Il va donc passer ad patres lorsque le maire, in extremis réveillé par le bruit, vient s’enquérir et le reconnaît. Le juge ne voulant pas se déjuger, le gamin sera mis à l’épreuve : s’il retrouve le bandit, dont il est seul à avoir vu le visage en général masqué, il aura la vie sauve. Sinon…

prieur malgras el magnifico pendaison

Et voilà notre béjaune parti à cheval sur la plaine, flanqué d’un chien policier dressé pour marcher droit… et pour le surveiller.

Il va tomber de soif dans le désert, être ramassé par un vieil Italien amateur de tagliatelle, apprendre qui est le fameux El Magnifico, s’entraîner dur et repartir en chasse.

Il reviendra au village en héros, acclamé par la foule des lyncheurs assoiffés parce que les diligences ne passent plus à cause du bandit. Sauf qu’il ramène le bandit avec le whisky…

C’est une aventure qui se moque gentiment de l’aventure, le récit d’une imagination fiévreuse rapportée à la dure réalité, une quête adolescente comme il en naît à chaque génération. Les cow-boys sont ivrognes et moutonniers, les vieux sûrs d’eux-mêmes et courte vue, les soldats trouillards et imprévoyants, la cavalerie toujours en retard.

prieur malgras el magnifico BD

L’histoire est bien menée, au second degré, et si le héros est un peu simplet – dit-on – il finit par être attachant à force d’obstinée naïveté, privilège de sa jeunesse.

Il y a certes quelques incongruités sur l’époque et les techniques, comme la somme en lettres et en chiffres sur un chèque qui n’empêche nullement de l’honorer (la somme en lettres seule fait foi), le maire en bermuda et sandales (dans un ouest très puritain d’un siècle très puritain), le tire-bouchon en diamant (peu crédible à sculpter)… Tout cela est aisément vérifiable via Internet.

Il y a aussi le coloriage bien sombre, les cases souvent trop petites et les lettres parfois trop grasses, tout ce qui est dû à l’échelle de l’impression plus réduite que celle du dessin, qu’il faut apprendre à compenser. Et un nombre de pages qui ne cadre pas avec les normes des éditeurs (en général 48 planches).

Mais cela n’enlève rien à cette histoire de quête et d’aventure, qui est une belle première fois.

Camille Prieur dessin et Vincent Malgras scénario, El Magnifico, novembre 2015, autoédition, 34 pages, aussi disponible en ligne

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Patrice Montagu-Williams, L’affaire du Lux Bar

patrice montagu williams l affaire du lux bar
Le roman commence, comme la Recherche de Marcel Proust, sur le coucher et la mémoire. Mais le style est nettement plus familier, copain même. Il faut dire que le personnage qui dit « je » a échoué sur la Butte, « tout en bas de la rue Lepic » où s’est fixé le Lux Bar.

Grand-mère anglaise résistante en France, grand-père littéraire, parents propriétaires d’une île du Rhône en face d’Avignon, apprentissage du sexe avec une fille de fermière aux gros seins, concours, chasseurs de tête, reportages : remontent les souvenirs. Mais « C’est vrai que ce monde où les choses comptaient plus que les gens, ça ne me tentait pas trop. Et puis, je voulais écrire » p.22.

Les vendanges préado sur les côtes du Rhône, une plage de Camargue avec une Danoise, Londres à 18 ans en plein swinging des années 60, le Brésil du Bar Lagoa, sont autant d’étapes à la mémoire. Surtout sexuelle. « Les capitales, c’est comme l’héroïne : faut pas y toucher. Sinon c’est l’addiction garantie » p.40. C’est là que sont les femmes, les proies, et le plaisir à donner à « l’arc tendu de jour et de nuit, comme un vrai chasseur » p.41. Mais surtout Paris, « que j’aime comme on aime une pute » p.81, « Des principes, cette ville n’en a jamais eu. C’est peut-être pour ça qu’elle est passée au travers de toutes les guerres sans être défigurée : mieux vaut ouvrir tout de suite largement ses cuisses à l’occupant plutôt que d’être violée et risquer, en plus, de se faire buter » p.81.

Défilent M-C, la connivence, l’amour à trois, assoiffé – mais surtout l’envie d’écrire – puis Marina, russe de cirque, morte de sclérose en plaque.

Survint mai 68, ce miracle. Il est vrai qu’avant le mois de mai, « l’atmosphère était étouffante. La génération qui précédait nous avait collé sur le dos une camisole de force faite de vieux principes cousus tant bien que mal les uns aux autres auxquels elle faisait encore semblant de croire et nous sommait de marcher au pas de l’oie, le regard rivé sur la nuque du pauvre hère qui nous précédait. Elle ne voulait rien lâcher et dégainait des réponses apprises par cœur à la moindre de nos questions » p.51.

Il y eut C. puis N. et V. Et puis M-D, copine de vieillesse tétraplégique « après que sa Jeep se soit retournée en dévalant une dune au cours d’un reportage sur le royaume de Saba » p.99, à qui il raconte – entre autres – l’accouchement de son premier bouquin parmi les demi-sauvages du Périgord vert.

Reste à passer le reste de sa vie. « Pour écrire, je tape donc dans les réserves d’histoires et d’anecdotes que j’ai ramassé un peu partout dans le monde et stocké dans un coin de mon cerveau » p.89. Avec pour compagnon un chat siamois du doux nom de Xavante – une peuplade indigène du Mato Grosso.

Mais l’écriture n’est-elle pas un combat d’arrière-garde ? Qui lit encore quand même les filles payées à l’heure consultent leur Smartphone avant, pendant et après la baise ? C’est l’objet de la seconde partie de ce Temps perdu, où l’auteur parvient à entendre chanter les anges sur la Butte. Et d’expliquer à Sam, un psychiatre juif ami de beuverie au Lux Bar : « Le Paradis, c’est un vaste bordel. À la fois un dancefloor et un gigantesque club échangiste. On boit, on danse, on baise » p.116. À quoi bon écrire ?

Dans la troisième partie, l’auteur est parti. De sa belle mort – volontaire. Incinéré, mais nul ne sait ce que l’urne est devenue… Au fond, la seule vérité vraie n’est-elle pas celle qu’on raconte ?

Un court roman bien frappé, où les formules à l’emporte-pièce ne manquent pas, ce qui donne du rythme. Toute une vie passe – celle plus ou moins de l’auteur – sans qu’on s’y ennuie une seconde. Avec cette réflexion qu’au fond ne subsiste de quelqu’un que ses traces. Celles qu’il a laissé malgré lui, ou celles qu’il a voulu laisser.

Patrice Montagu-Williams, L’affaire du Lux Bar, 2015, L’Harmattan, 129 pages, €14.50
Autre roman de Patrice Montagu-Williams chroniqué sur ce blog

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Retour final à Katmandou

Un taxi poussif, une vieille Toyota affichant 70 000 km au compteur mais ne dépassant pas les 40 km/h dans de grands craquements de vitesses, nous permet de rejoindre l’hôtel Vajra dans Katmandou pour 30 roupies. La douche chaude est bienfaisante. À 18h30 nous avons rendez-vous avec Tara devant l’hôtel Annapurna pour assister au spectacle d’une heure de l’Everest Cultural Society, un groupe pour touristes qui présente des danses népalaises et des saynètes de cirque comme la danse du yack (avec une grosse bête en peluche) et la danse du paon, ou encore le médecin-sorcier avaleur de feu et roulant des yeux blancs. Vingt-quatre danses et scènes diverses se déroulent dans une salle de patronage, devant des touristes qui mitraillent au flash et font ronronner leurs caméscopes. Les autres du groupe ont trouvé le spectacle « nul », moi j’ai été séduit par la fraîcheur populaire de certaines danses et par le professionnalisme des danseurs. Bien sûr, j’ai été agacé par les touristes à photos et l’aspect commercial de l’ensemble, mais bien qu’édulcoré et aseptisé, il reste quelque chose dans ce spectacle de l’intention initiale et de l’expression naturelle du corps.

katmandou danses

Le dîner a lieu dans « le meilleur restaurant de Katmandou » selon Tara, le Gahare Kabab, juste à côté de l’hôtel. Il existe aussi un très bon restaurant népalais, nous dit encore Tara, le Sunkosi, un peu plus loin dans l’avenue chic qui mène au Palais royal. Nous prenons un cocktail « Annapurna » à la vodka, Cointreau, jus de citron et blanc d’œuf battu. Une invention locale peu goûteuse. En revanche le tandoori de poulet est délicieux, même s’il est emprunté à la cuisine indienne. Il est accompagné de riz parfumé et d’épinards. En dessert, un truc spongieux et écœurant de sucre, le gulab jamun indien qui est une sorte de fromage. Je préfère la glace indienne aux amandes, couverte de gingembre râpé. Avec la chaleur du restaurant, et certains antécédents médicaux, Françoise a un malaise et Elle officie. La situation s’améliore et nous retournons par les rues sombres et presque désertes où l’on se demande toujours sur quoi l’on marche.

katmandou nepal fenetre de la kumari

Le lever a lieu à sept heure trente pour conduire certains à l’aéroport. Nous sommes cinq à nous être inscrits pour un survol de la chaîne de l’Everest en Twin Otter, pour 95$. Las ! nous attendrons deux heures pour rien. Le vol est annulé pour mauvaise visibilité. Remboursés, nous rejoignons les autres au rendez-vous fixé devant l’hôtel Annapurna, ce qui est commode parce qu’il est facile à trouver et que tout le monde connaît. Dominique a trouvé un livre pour le cadeau de Tara, « l’Art du Népal » dans les collections du musée de Los Angeles. C’est une bonne idée, les collections américaines sont loin et elle ne les a peut-être jamais vues. Cela nous fait 70 roupies chacun.

katmandou nepal hamman dhoka

Puis nous nous séparons pour voir la ville. Elle, Christine, Françoise et moi allons vers Durban Square et Hanuman Place pour sa dizaine de temples et son stupa dans lequel l’arbre vivace a crevé le toit. Cette description de Muriel Cerf dans son livre, L’Antivoyage, m’avait frappé. Elle est tout un symbole de vivacité dans la pauvreté. Au Népal, tout un peuple fait craquer les vieilleries et contraint la terre de sa force vitale. Il y a foule.

katmandou pipal crevant plafond du temple

Se mêlent les cris des vendeurs de légumes, les sonnettes des vélos, les tut-tut électriques des motos, les piaillements des gosses très débraillés. Poussière, odeur d’essence mal raffinée, rance des lampes à beurre qui brûlent en offrande, suri des ordures qui pourrissent au soleil.

katmandou nepal sechage recolte

Je suis un peu saoulé de ce monde grouillant, exigeant beaucoup des sens, où le pittoresque se noie dans la masse. La capitale est trop vaste, les monuments trop serrés et trop crasseux, les avenues trop poussiéreuses et trop remplies de foule. Nous nous sentions plus à l’aise dans les bourgades de campagne, ou dans les petites villes de la vallée, Bodnath, Bhaktapur, ou même Patan. À Katmandou, Freak Street mériterait de s’appeler aujourd’hui Frippes Street tant les boutiques de vêtements, de souvenirs, de restauration pour touristes, encombrent les devantures ; elle s’appelle en fait Jhochen Tole pour les Népalais. Nous prenons un riz aux légumes et curry à l’Oasis, repéré par Elle dans le Guide du Routard. Comme souvent dans ces lieux notés par la bible du touriste moyen, il n’y a que des touristes. Un italien et son ami, un peu « de la jaquette » comme le dit Christine, frétillent et nous parlent en anglais. Une américaine au minois pékinois, chapeau tibétain d’uniforme sur la tête, parle un peu français. Il semble être d’usage d’aborder tout le monde, à la hippie, quand on est touriste à Katmandou.

katmandou nepal fruits

Nous revenons vers l’hôtel dans la lumière dorée de fin d’après-midi. Nous terminons le périple par le grand temple de Swayambunath. De jolis yeux nous regardent depuis le stupa doré, mais il y a trop de mendiants professionnels et de stands de bimbeloterie à mon goût.

katmandou kali

Invités ce dernier soir « chez » Tara Boum, nous voici à 19h au rond-point en face du Palais Royal. Un « frère » de Tara – le vrai – nous accueille, l’artiste qui peint et qui expose et à qui Elle a acheté deux toiles ce matin, pour deux fois deux cents dollars. Il nous conduit à une petite maison de trois pièces presque en face du palais : le royaume népalais de Tara. Whisky, bière, Coca, Fanta, préparent le gosier pour le riz-curry-poulet traditionnel cuisiné par Ram, comme pendant le trek. Il nous sert avec son visage de play-boy chinois et sa gentillesse naturelle. Sont présents aussi trois « frères », les plus drôles (le plus jeune est gras comme un Ganesh) – ainsi que Louza, le jeune aide-cuisinier qui danse si bien et qui avoue enfin ce soir n’avoir guère que quinze ans. Louza, en népalais signifie quelque chose comme « zut ». Ce n’est pas le nom du garçon mais son surnom, acquis un jour d’inattention. Il danse toujours aussi bien et c’est un plaisir esthétique de le voir évoluer, maître de son corps qui, de trapu, devient léger, possédé par le rythme, mu avec une grâce qu’il n’a pas dans la vie courante. Danse aussi un porteur, « un joli » selon Christine, le « torse triangulaire » comme elle les aime.

Michel a trouvé « un copain » cet après-midi et est invité. Il nous quitte dans la soirée pour rejoindre son jeune vendeur. Christine soupçonne quelques mœurs non conformes, mais Michel est naturellement liant et aime rencontrer les gens nouveaux ; je crois qu’il en a aussi un peu marre du groupe après deux semaines, ce qui peut se comprendre avec toutes ces femmes…

Nous revenons à l’hôtel dans les rues noires après cette belle soirée d’adieu.

katmandou nepal legumes

Nous nous levons à 7h30… pour rien. L’avion, prévu à 11h, ne part pas avant 21h30 en raison de « problèmes techniques » ! La RNAC ne possède que trois avions qui font la rotation avec l’extérieur. Celui qui vient de rentrer est en panne de radio. Mais cela, nous ne le saurons pas avant… 15h ! Aussi, nous faisons nos adieux à Tara, Cham, Ram, Lama, Git et les autres. Tara a amené Rahula, son petit garçon de trois ans tout timide devant ces gens qu’il ne connaît pas. Il sera beau. Un bus nous emmène gratuitement jusqu’à un grand hôtel de luxe, le Saaltee Obernoi, à l’ouest de la Vishnu mati. Le self-déjeuner est superbe.

katmandou nepal

Depuis le lever jusqu’à l’atterrissage à Paris s’écoulent 31 heures. L’avion part effectivement à 21h30 – il ne devait pas arriver à Francfort, sa destination, entre 1h et 6h du matin puisque Francfort est fermé pour le confort des riverains. Après avoir discuté des membres du groupe et de « sociogrammes » avec Michel, nous faisons escale à Dubaï. Selon Michel, ce groupe a trois « leaders » ; il y a ensuite les satellites, puis les marginaux. Michel se place en « intermédiaire » entre les sous-groupes. Il aime à jouer ce rôle étant, selon ses dires, assez « mouton de panurge », d’accord avec tout le monde pour avoir la paix. Mais ce schématisme groupal, issu des instituts de formation de l’Éducation nationale, me laisse dubitatif. C’est plaquer une grille toute faite sur des relations mouvantes et éphémères. Et son pouvoir explicatif est faible. Elle et Christine ne cessent elles aussi de discuter sur le groupe, comme des vautours fascinés par la charogne. Elles critiquent Annie trop pomponnée, Sylvie trop fade, Michel opportuniste, Christophe coincé, Lily « moi je », et ainsi de suite. Je ne sais ce qu’elles disent de moi derrière mon dos ! Un groupe trop parisien, la nouveauté du circuit et les éternelles grèves de courrier des années 1980 ayant empêché la province de recevoir à temps le catalogue. Un prof et une ex-instit dignes représentants de la gent enseignante et – comme toujours – insupportables : ils savent tout et parlent tout le temps. Un niveau d’effort trop faible, la marche facile attire n’importe qui et surtout les vieux qui se croient sportifs quand le voyage est lointain et cher.

katmandou nepal temple

J’avais 30 ans de moins alors et me sentais trop materné par l’organisation, omniprésente : quatre sherpas plus Tara, plus les cuisiniers et les porteurs, soit vingt népalais pour dix marcheurs. Avec cela, l’eau chaude le matin, la tasse de thé au réveil, les tentes toutes montées, le serre-file dans les marches… Je n’étais pas venu pour retrouver le Club Med. Malgré cela, les gens, le paysage, Tara… Le Népal est un beau pays. J’y reviendrai.

Fin du voyage

Ce circuit de randonnée facile de Terres d’aventure existe toujours, même s’il ne part pas cette année en raison du tremblement de terre.

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Corps et esprit à Tahiti

Une maison close à Tipaerui, aux portes de Papeete. La madame Claude locale employait six vahinés âgées de 18 à 22 ans qui étaient bien traitées, avaient le droit de jeter un œil discret à l’arrivée du client et de refuser la passe si l’homme n’était pas à leur goût ou était une connaissance. Les clients ? Des hommes âgés de 30 à 70 ans pour la plupart mariés. Les tarifs ? Entre 10 000 et 15 000 XPF la passe (84 à 126€) en fonction des prestations demandées. 4 000 appels téléphoniques en un an ! 18 mois de prison – avec sursis- pour la tenancière.

tahiti fesses nues

Violence, violence : Il met deux hommes KO et frappe son frère à la tête au coupe-coupe. Il violait sa nièce de 11 ans tous les soirs : 12 ans de réclusion. En 2013, la brigade de prévention de la délinquance juvénile de la gendarmerie a eu à traiter 230 dossiers d’agressions sexuelles et viols sur mineurs. Il a 18 ans à peine, 13 condamnations, et s’en prend aux magistrats. Le juge lui demande « Vous faites quoi toute la journée ? » Le jeune homme « Je cambriole ».

Un papi de 67 ans tabasse son mo’tua de 8 ans et l’envoie à l’hôpital, 45 jours d’ITT un bras fracturé, parce que l’enfant s’en prenait à un chien qui l’avait mordu ! A Bora Bora, la perle du Pacifique, trois jeunes s’en prennent à un automobiliste, un le frappe à coups de poings, de pieds, l’homme est à terre inconscient. Il décédera peu de temps après. Pourquoi ? « J’ai pété les plombs ». Ses deux autres amis ne sont pas intervenus. Le frappeur avait beaucoup consommé d’alcool… Certaines communes, devant cette hausse de la violence, ont limité voire interdit la vente d’alcool le week-end. Elles sont allées voir les parents de ces jeunes violents, car beaucoup de parents n’éduquent plus leurs enfants ou se laissent aller. La solution ? « Il faudrait que tous se donnent la main » pour combattre cette violence.

La plantation de paka et son commerce se portent bien, merci. Le pakaculteur de Papara reconnaît avoir écoulé 1 200 pieds de cannabis en moins d’un an. Au prix de 60 000 et 125 000 XPF le pied de paka. La gendarmerie détruit régulièrement les pieds quand elle les découvre et l’on considère que Papara, Paea et la presqu’île de Taravao sont les greniers de ces cultures sur l’île de Tahiti. La gendarmerie estime qu’un pied de pakalolo d’1m50 pouvait produire de 20 à 25 boîtes (en général petites boîtes d’allumettes) telles que celles qui sont revendues à 5 000 XPF (42€) dans la rue et ainsi générer un bénéfice compris entre 60 000 et 125 000 XPF (1050€) le pied.

eglise adventiste tahiti

Comme antidote : trois semaines de conférences en soirée données par un pasteur évangélisateur de l’Église Adventiste venu spécialement de Nouvelle-Zélande… Beaucoup de monde, l’homme est un pro. Ses discours sont rôdés. Il est bilingue anglais-français, originaire des Seychelles. Le matin, dès 5 heures, il réunit ses paroissiens dans le temple afin d’écouter les enseignements de la Bible, remettre les points sur les i, re-booster leur foi, prier. Il semble qu’il y avait un relâchement dans l’église adventiste de Polynésie, certains croyants avaient besoin d’être secoués de leur torpeur. « Il faut prier à tout moment, être de bons enfants, de bons parents, pratiquer le jeûne, manger végétarien » – enfin une totale remise en pratique des consignes adventistes. « Jésus revient bientôt. – Il devait revenir en 1844 ? – Alors, il a du retard ». A mon humble avis, les croyants n’étaient pas encore prêts.

Les conférences de soirée (19 heures-21 heures environ) sont traduites en tahitien par un bénévole laïc, à destination des ma’ohis. La majorité des présents sont attentifs sauf quelques énergumènes, surtout des ados qui, casquette vissée sur la tête, i-phonent à tout rompre. Cette lecture expliquée de la Bible est fort précieuse et nécessaire pour un grand nombre d’individus. A la fin de ces trois semaines de séminaire, un nombre important de demande de baptêmes a été annoncée et ont eu lieu sous le grand chapiteau. Certains catholiques, riches, ayant demandé le baptême aux Adventistes ont été pris « en chasse » par les membres du clergé. Les catholiques pauvres ayant été nouvellement baptisés adventistes n’ont pas reçu ces visites. On peut sauver toutes les âmes ou certaines seulement en fonction de l’épaisseur du portefeuille ?

Le concubinage, si courant en Polynésie française, est interdit de cité dans l’Adventisme. Les personnes ayant demandé le baptême par immersion au pasteur ont été priés de régulariser leur situation matrimoniale. D’abord se marier, ensuite le baptême. En attendant le mariage il ne faut plus vivre sous le même toit. Certains en profitent pour faire payer le repas de mariage à l’Eglise (en fait les généreux donateurs) repas où ils inviteront toute leur famille et amis, au bas mot une centaine d’affamés et ils emmèneront en plus les doggy-bags à la maison. Pour être belle la future Madame réclame des sous pour s’acheter des habits, de beaux habits aux couleurs qu’elle exige : pour elle ce sera blanc et mauve, fleurs itou. Pourquoi ne pas en profiter ? Pas de bijoux, c’est interdit dans l’Adventisme – heureusement sinon elle aurait demandé un diamant ou autre pierre précieuse, ouf !

Il y a neuf enfants à placer. La fille d’une paroissienne a pris un tane api (un nouveau mec) plus jeune qu’elle. Il ne veut pas des enfants de l’autre ! La mamy cherche à placer ses neuf mootua (petits-enfants) auprès des familles adventistes du village. Ainsi, dit-elle, je pourrai les voir au Sabbat. L’assistante sociale a la charge de placer ces neuf frères et sœurs délaissés.

Hiata de Tahiti

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Patan

En « compensation » de ces désagréments d’hier (qui font pourtant partie des voyages, sinon de l’existence…) Tara nous emmène à Patan pour pique-niquer et nous laisser visiter seuls l’ancienne capitale. Nous passons tout d’abord dans le village des réfugiés tibétains qui fabriquent des tapis aux tons pastel et aux motifs de dragon ou de lettres sanskrites. Mais ils ne prennent que les espèces et je n’achète pas.

patan gawal buddha temple nepal

Nous visitons ensuite le temple des « mille bouddhas », dont l’entrée est cachée sous un porche dans une ruelle. Enserrée dans une cour étroite, sa tourelle est décorée de centaines, sinon de milliers, de petites statues de Bouddha. Elle est entourée de boutiques de souvenirs où s’offrent des bronzes, des bijoux, des pierres précieuses.

patan marchande nepal

Le pique-nique préparé que nous prenons dans un café newar typique, au plafond bas, à l’éclairage douteux et à la propreté laissant à désirer, est un véritable bain de mœurs indiennes. Christine s’y sent à peine dépaysée : cela lui rappelle sa jeunesse hippie. Elle se demande d’ailleurs si les garçons d’ici portent des slips sous leur pantalon, mais elle n’ose pas explorer la question.

patan durban square nepal

Nous allons vers Durban Square avec tous ses monuments imposants en bois sculpté, ses statues de pierre dure et ses dorures de cuivre au-dessus de certaines portes.

patan cours palais royal nepal

Un jeune Ramesh qui avoue douze ans m’aborde. Il est de type indien, les traits fins, le nez droit, la peau sombre. Il parle bien anglais, allemand, et quelques mots de japonais, en plus du newar maternel et du népali officiel, plus le sanskrit religieux qu’il apprend comme tous les hindouistes. Pour le japonais, je suis sceptique et je lui dis. Il me sort alors une longue phrase pour me prouver que c’est vrai, et je capitule : cela sonne japonais, bien que je n’aie rien compris. Il a appris avec les groupes de touristes quelques phrases toutes faites qu’il ressort avec aplomb. Il est sympathique, pas collant, soucieux de plaire comme s’il m’avait adopté, moi, parmi tous les touristes qui déambulent. Le vrai commercial s’attache toujours un peu à son client et lui fait croire qu’il est la personne la plus importante au monde, ce jour-là.

patan fenetre bois sculpte nepal

Quoi qu’il en soit, après lui avoir dit que nous n’avions pas besoin de guide, je pense à nouveau à lui lorsque je viens à manquer d’une pellicule photo. Il me conduit avec gentillesse chez un marchand. Nous discutons un peu. Il m’apprend qu’il est en vacances d’hiver et qu’il joue souvent au tchoungui, une boule d’élastiques que l’on maintient en l’air à petits coups de pied. L’art est de porter les coups avec l’intérieur du pied, pour contrôler le mouvement et sa force.

patan porte bois sculpté nepal

J’aime son air franc et sa conversation intéressante. Il me pose des questions, me parle de lui. Il a un demi-frère, sa mère est partie ou morte (il ne me le dit pas), deux sœurs. Il est le plus jeune de sa famille, peut-être le plus éveillé. Il n’est pas malheureux, malgré son pull bleu marine déchiré à l’encolure par les bagarres et sa chemise débraillée qui n’a pas été lavée depuis plusieurs semaines. J’oubliais l’épingle de nourrice qui remplace la fermeture de braguette qui a l’air d’avoir depuis longtemps rendue l’âme. Il m’emmène chez son grand frère qui tient une boutique de mandalas peints sur toile. Je ne suis pas intéressé par ces dessins ésotériques, difficiles à afficher chez soi hors contexte. Mais Elle négocie une peinture.

patan durban square portes bois sculpte nepal

Je l’apprendrai avec Elle lors d’une conférence ultérieure au Musée Guimet, grâce à ma carte des Amis de l’Orient, le mandala est une représentation symbolique de l’univers et du corps. Il représente le chemin mystique vers la fusion de l’être individuel avec le grand tout. On le figure par une forteresse quadrangulaire à quatre portes cardinales qui entourent le cercle sacré qui entoure un symbole, une syllabe sanskrite ou une divinité, forteresse elle-même protégée par trois cercles concentriques (le feu, le vajra, le lotus). Les mandalas peuvent être peints sur toile ou sur murs, sculptés ou moulés en relief, bâtis sous forme de monuments géants (comme le temple de Borobudur), ou simplement tracés dans le sable, éphémères. Si au centre figure un symbole (de divinité) il s’agit d’un mandala de l’Esprit ; si figure une syllabe (par exemple OM) il s’agit d’un mandala de la Parole ; si la divinité est représentée, il s’agit d’un mandala du corps. Le premier cercle extérieur est le Feu, qui symbolise la Connaissance ; le second est le Vajra ou le foudre-diamant qui symbolise l’Éveil ; le troisième (le plus intérieur) est le Lotus, symbolisant la Naissance. L’ouest (en haut de la peinture) est en rouge, y trône Amitabha ; le nord est en vert et Amoghasiddhi le garde ; l’est est en bleu nuit avec Aksobhya ; et le sud en jaune devant Ratnasambhava.

mandala katmandou

Nous quittons le jeune Monsieur Ramesh Prasad Lama en fin d’après-midi après lui avoir donné 10 roupies pour sa peine et sa gentillesse.

patan palais royal nepal

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Robert-Louis Stevenson, Voyage avec un âne dans les Cévennes

robert louis stevenson voyage avec un ane dans les cevennes
Il fallait être excentrique pour dormir à la belle étoile en Gévaudan en 1878. Robert-Louis l’est ; il est de plus écossais, ce qui fait de lui un excentrique au carré. Durant 12 jours, du 17 septembre au 4 octobre 1878, il va parcourir les quelques 200 km de chemins entre le Monastier (près du Puy) et Saint-Jean du Gard (près d’Alès) avec une ânesse « pas plus grosse qu’un chien », Modestine.

Nature et paysages mais aussi gens et animaux, sont autant de rencontres au voyageur. Il est pris pour un colporteur, un prédicateur, un géographe. Peu lui chaut : son âne est sa compagne et la Nature une autre, lui qui est tourmenté par la séparation d’avec Fanny Osbourne, retournée aux États-Unis, dont il est amoureux et qu’il épousera un an plus tard, après le divorce de la dame.

Ne chemine-t-il pas par une sorte d’expiation ? Ne désire-t-il pas retrouver la pureté primitive d’Adam, premier homme amoureux de la première femme ? La religion est très présente en son cœur comme dans le paysage – ce pourquoi Robert-Louis garde quelque-chose du romantisme. Le monastère trappiste de Notre-Dame des Neiges et la persécution des camisards, notamment par le fanatique catholique du Chayla, sont autant de cruautés pour la foi. Comme si le fanatisme et la macération devaient régner en ce bas- monde, afin de mieux faire ressortir l’éclat de l’autre, promis au-delà.

Avec ces contre-exemples, il y a de quoi sentir sa liberté d’homme : « Je me suis rarement senti autant mon propre maître, jamais je ne me suis senti plus indépendant des aides matérielles. (…) Nuit après nuit, un lit est fait et nous attend dans les champs, où Dieu tient chambre ouverte » p.167 Pléiade.

Cette randonnée est un pèlerinage spirituel, un ressourcement en solitude auprès de la nature (assimilée à Dieu), avant de se lancer dans la vie adulte : celle de mari et de père faisant bouillir la marmite. D’où cet austère effort des collines à gravir, du froid mordant du vent, des nuits glacées à la belle étoile. « On eût dit le pire des Highlands d’Écosse, mais pis encore, froid, nu, et ignoble, avare de bois, avare de bruyères, avare de vie », dit-il du paysage autour du Luc, p.143.

Heureusement, Modestine met de la fantaisie, aussi capricieuse qu’une femme – et aussi obstinée. Elle lui mange cependant dans la main le pain noir qu’il transporte pour elle en complément, et il aura une larme au moment de s’en séparer. Heureusement aussi, l’auteur est prévoyant – il fait confectionner d’une peau de mouton enrobée de toile imperméable un sac de couchage qui sert aussi de poche à tout son bagage. Bien loin du duvet léger et efficace que l’on fabrique aujourd’hui, le résultat en est une sorte de monstre technique que l’ânesse a du mal à porter, avant qu’un muletier avisé montre comment équilibrer l’ensemble.

robert louis stevenson voyage avec un ane dans les cevennes carte

Sensible aux sons innombrables de la campagne – cloches des églises, clochettes des moutons, cris des petits bergers, sifflements ou hurlements du vent, roulement des pierres, grondement des eaux – le voyageur immergé dans la nature ressent aussi fortement les différentes lumières – gris des nuages, noir de la nuit, pâleur de l’aube, irradiation du soleil levant, blancheur blafarde de la lune. C’est tout son corps qui éprouve l’air et l’eau, tous ses sens les sons, les odeurs et les lumières, et même le goût du vin rouge.

L’écrivain est peintre et musicien, comme si le bain dans la nature le rendait à ses qualités originelles – trop souvent perdues dans la grande ville. Il est plus réceptif aux histoires et aux légendes, comme celle de la Bête du Gévaudan ou la geste de camisards révoltés contre l’immonde édit du Grand roi Louis.

On peut aujourd’hui remettre ses pas dans les chemins de Stevenson en Cévennes, et ses pattes avec un âne. Les petits voyageurs (moins de 40kg) apprécient l’animal.

robert louis stevenson topo guide gr cevennes

Robert-Louis Stevenson, Voyage avec un âne dans les Cévennes, 1879, Garnier-Flammarion 2013, 170 pages, €6.00
Robert-Louis Stevenson, Œuvres 1, Gallimard Pléiade 2001, 1242 pages, €59.00
Les œuvres de Robert-Louis Stevenson chroniquées sur ce blog

Les Cévennes avec âne par une mamie écolo d’aujourd’hui : Viviane Daguet-Lievens, Tour de l’Ardèche avec mon âne et ma mule

Fédération française de randonnées pédestres, Le chemin de Stevenson, topoguide GR 2015, 128 pages, €16.00
Association Sur le chemin de Robert-Louis Stevenson
Terres d’aventure, 9 randonnées en France avec âne en famille
La Balaguère, 10 randonnées à l’étranger et en France avec ânes
Fédération ânes et randonnées

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Dernier camp au Népal

Pour le dernier campement, nous n’échappons pas à la soirée autour du feu, si sympathique lorsqu’il ne pleut pas. Du punch à l’orange nous est servi avec le popcorn habituel et les crêpes de farine de lentille épicée. Le directeur de l’école, deux gardiennes d’enfants de la pension, et deux ou trois autres, viennent manger avec nous, assis par terre autour du feu. La fumée tourne toujours, selon le vent. « Autour » du feu signifie en fait « en demi-cercle », à peine plus.

nepal gamin jouant

Les « frères » de Tara viennent aussi. Tara nous a expliqué qu’elle a un seul frère biologique mais qu’elle a choisi six autres « frères » lors de la cérémonie du Nouvel An népalais. Ce sont, nous dit-elle, en général des amis qu’elle connaît depuis longtemps. Leur choix comme « frères » donne un petit quelque chose de plus, crée un lien supplémentaire. On ne se marie jamais avec un « frère ». Mais on peut compter sur lui et l’on fait beaucoup de choses ensembles. De même, les garçons peuvent choisir des « sœurs ». Tara a fait partie des quatre ou cinq filles d’une classe d’une vingtaine d’élèves jusqu’au bac. Elle a été condisciple d’un actuel Ministre du Népal. Elle a dirigé une Union des Étudiants à Katmandou et a été recherchée par la police après une manifestation. Elle nous raconte qu’elle s’est enfuie par les toits avant de se cacher chez sa grand-mère. Sacrée Tara ! Lors du tournage de La baleine blanche, un film tiré du roman de Lanzmann et tourné au Népal, on l’appelait « Tara boum ». Il faut dire que – selon ses dires – elle est capable d’immobiliser un homme d’un seul coup de karaté, comme le lui a appris un ami de son père…

Des chansons françaises sont lancées avec Christine qui connaît les paroles. Je retrouve les airs serinés durant l’enfance : « à la claire fontaine », « trois jeunes tambours », « gentils coquelicots », etc. Puis les Népalais chantent à leur tour, rythmés au tambour de bidon plastique, puis dansent une fois de plus à la lumière des lampes à pétrole.

nepal mais seche

Le réveil est au soleil, sous les eucalyptus, les pins, et quelques palmiers. Les merles noirs et gris du Népal, omniprésents ici, croassent sans arrêt ; ils ont tant de choses à dire. Quatre chiens viennent nous tenir compagnie, couchés au soleil, sans rien nous demander d’autre que notre présence. Sympathie de chien, muette. Ainsi sont parfois les enfants ; rarement les épouses.

Les porteurs partent, nous ne les reverrons plus. Le Gurung juvénile au fin visage chinois m’évoque un gamin proche lorsqu’il était petit. Impression puissante qui montre que l’on apprécie qui l’on a déjà aimé. Le premier sentiment est comme une imprégnation ; on le recherche ensuite, ailleurs. Je retrouve dans la silhouette de ce népalais avec qui je n’ai pas échangé une parole le souvenir de ce petit compagnon d’il y a quelques années.

nepal mere et bebe

Nous remercions le directeur de l’école, confit dans sa position sociale et intellectuelle, Dhruba Bahadur Shrestha, « Headmaster ». Il nous donne sa carte et une brochure éditée par l’école en 1986, à l’occasion du 42ème anniversaire du Roi. Les trois-quarts du texte sont en népali, mais le dernier quart en anglais. Un article sur l’éducation, « relevance of courses » (que l’on pourrait traduire soit par « pertinence des programmes » soit par « justification de la voie choisie »), a été écrit lors d’une formation à l’université américaine du Connecticut. Nous sommes – bien-sûr – toujours les bienvenus si nous souhaitons revenir dans la région. Certains prennent une photo « de famille » de nous tous sur les marches de l’entrée, le genre de portrait qui ne nous parvient jamais malgré toutes les promesses et auquel je brûle toujours d’échapper.

Le minibus nous emmène vers Kirtipur, en passant par un temple dédié à Ganesh, fils de Shiva, monté sur sa souris. Une femme venait d’y sacrifier un coq ; elle laisse le sang au dieu, mais garde la bête. La Bagmati aux eaux sales, bordée d’un ghât à crémations, coule au bas du temple. Tout cela dans une forte odeur de merde. Un peu plus loin, une cimenterie voisine dépose sa poussière grise tandis que, du pont en 1903 avec des poutrelles d’acier venues d’Aberdeen, Écosse, on peut admirer des gorges aux arbres suspendus comme dans les dessins à l’encre des lettrés chinois.

nepal fontaine

Mais le pire nous attend à Kirtipur même. Les bâtiments de béton sale de l’université n’étaient que les prémices de la ville : une horreur, un dépotoir, un égout. Jamais nous n’avons vu rues plus sales, ordures plus malodorantes. Les Newars qui habitent là sont des paysans et conservent leurs ordures pour fumer la terre. Sans doute, mais ils ne doivent pas la cultiver souvent ! Et le temple est aussi crasseux que la ville. Les gens pataugent là-dedans, font la vaisselle dans les mares dégueulasses, et peut-être s’y lavent. De plus, des adolescents nous cueillent à la descente du Hiace et ne nous lâchent plus avec leur anglais d’arrière-cuisine difficile à comprendre. Pire qu’à Marrakech, cette fois. L’étape sera retirée des circuits suivants, nous dit Tara. Il est vrai que ce circuit est le premier mis au catalogue : nous essuyons les plâtres.

kathmandou tintin au Tibet 1960

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Pour 2017 : gauche menteuse et droite écartelée

François Hollande ne cesse de répéter que la reprise est là, que le chômage va baisser… depuis trois ans. Messires ânes ne voient rien venir – or ils sont électeurs et en ont marre des supermenteurs. A la journée des dupes, les gouvernants ne sont pas les maîtres – puisque l’on reste en république, avec droit de vote égal pour tous.

Mais si tous sont mécontents, nul ne voit d’alternative.

L’indignation se suffit à elle-même, bobo contente de soi, elle rentre chez elle pour jouir de son petit confort et de son cercle étroits d’amis – sa morale est sauve. La politique ? Bof… 16% des Français déclarent faire confiance à François Hollande, ils s’en foot, préférant sport+ au grand journal+, les passes sur le terrain aux passe-droits des passe-partout politicards. Pire ! La présidentielle 2017 ne verrait-elle pas revenir le duo de bras cassés que l’on a assez vu, les Laurel et Hardy gauche et droite ? « Ras l’bol », dit vulgairement Martine Aubry d’un ministre : que ne peut-on dire alors d’un ex-président et d’un futur ex-président ! C’est toute l’offre politique qui est refusée en bloc, les malgré-nous refusant le déjà-vu du Sarkozy-Hollande 2012, 85% des Français ayant le sentiment que les hommes politiques ne se préoccupent pas d’eux (enquête Cevipof p.21).

Hollande échoue déjà, même s’il lui reste un an et demi et nul adversaire dans son camp ; Sarkozy ne réussit pas, parce qu’il est revenu trop tôt, dans un parti écartelé par les querelles de bac à sable des Coppé-Fillon. Hollande garde son allure bonhomme qui ne dit pas ce qu’il pense et agit sans le dire tant il a peine à décider quelque chose de clair ; Sarkozy accentue ses défauts personnels comme ses écarts politiciens. Tous deux veulent tout et son contraire, autrement dit rien : le rassemblement dans la désunion. 59% des Français n’ont confiance ni dans la droite ni dans la gauche de gouvernement pour gouverner le pays (sondage Cevipof p.40)

  • A gauche, le choix de l’Europe a été fait par Mitterrand 1983, ce qui n’a jamais été remis en cause. Avec pour conséquence de coller à la politique européenne – largement libérale – sans pouvoir peser autrement qu’en Grands principes (dont tout le monde se fout dans toute l’Europe – même les Grecs qui préfèrent du concret – sauf le cercle étroitement germanopratin « de gauche »). Or le libéralisme, c’est la régulation, pas le laisser-faire du plus fort. Faut-il être borné pour ne pas même « observer » ce qui se fait concrètement chez nos voisins « libéraux » ?
  • A droite, le choix de récupérer les déçus qui lorgnent vers le Front national ne permet pas d’allier centristes et droitistes faute de clarifications – largement mal vues de la caste médiatique – sur l’économie, le travail et l’immigration, ni sans pouvoir peser autrement qu’en Grandes déclarations d’intention (dont tout le monde se fout tant l’original est toujours préférable à la copie, à l’extrême droite comme à l’extrême centre). Alain Juppé ? Ce serait sans la droite de la droite ; et a-t-il la volonté de tuer, ce catholique de l’autre joue, pour gagner contre un Sarkozy sans pitié ?

Est-ce à dire que les extrêmes vont en profiter ? Faute de Podemos ou de Syriza (les Indignés se contentent de blabla), les partis à gauche de la gauche de gauche (en perpétuelle surenchère de toujours plus à gauche) et à droite de la droite (sans surenchère ici) devraient théoriquement voir leurs scores augmenter. Sauf que…

A gauche, les Mélenchon et Duflot ne font pas recette, grandes gueules sans alternative crédible, politiciens déjà vus jusqu’à la nausée, amateurs de com’ en pire que les autres, la surenchère valant chez eux argument. Surtout qu’ils honnissent les « frontières » et appellent au grand mélange de tous contre tous dans l’internationale prolo-écolo du genre (humain ?). Rien que le vendredi 13 et la COP des copains montrent combien les Grands mots sont de grands maux – et que la vraie politique se fait au ras de terre des négociations entre intérêts divergents.

melenchon a l index

Reste la droite, fermement campée par une femme, une blonde, une avocate. Le Front national est un parti atypique parce qu’il occupe certaines fonctions électives (locales) mais ne participe pas – ni n’a participé – à « la chienlit » parlementaire ni gouvernementale que les râleurs vilipendent. Il est donc dedans et dehors, légitime à gouverner mais soigneusement abstinent. S’il attire, c’est qu’il paraît neuf.

  • Les vrais votants FN convaincus de préférence nationale et de repli sur soi « frontières-cocorico-race blanche » sont probablement minoritaires – et plutôt encartés militants ;
  • les tentés d’essayer autre chose contre « la dépossession européenne, le guichet ouvert des aides aux non-citoyens et la répugnante repentance à répétition des bobos pusillanimes » sont probablement majoritaires – sympathisants non encartés et votant.

Mais le FN n’attire pas outre mesure, tant le saut dans l’inconnu fait peur au grand nombre. Gageons qu’une série de députés Front national ou Rassemblement bleu Marine, et pourquoi pas ministres un jour, feraient retomber dans la bonne vieille politique de la négociation et du compromis l’aura de pureté et de volonté actuelle du parti – mais en attendant la menace est là.

Les attentats aussi : ils ont fait passer la poussière sous le tapis au-dessus.

Ils ont pointé le déni réitéré de la gauche et de François Hollande dans sa campagne 2012 ; ils ont pointé la faible efficacité des mesures Sarkozy, pourtant annoncées à son de trompe avant 2012. Que peut-on contre la bureaucratie d’État et l’empilement des niveaux hiérarchiques où chacun, dans la police comme dans les services, est jaloux de son petit pouvoir ? Sans volonté présidentielle lisible et affirmée, pas de coopération – mais le petit traintrain du c’est-pas-moi-c’est-l’autre, du qui-manipule-qui, et cela dans le cadre inamovible des trente-cinq-heures et du budget-en-baisse-constante.

Le problème, c’est l’islam. Certes pas dans sa version classique de religion du Livre comme les autres, mais dans sa version intégriste complaisamment financée par des « alliés » du Golfe, Arabie saoudite et Qatar en tête. Qui dénonce l’isme de l’islamisme ? Quel intello de gauche ? Quel politicien de gauche ? Et pourtant, 56% des Français pensent (avant les attentats du vendredi 13) que l’islam est une menace pour la République française (sondage Cevipof p.49). Hollande est dans le « c’est pas bien » de père la morale, Valls est dans le « vous serez puni » de maître d’école – mais les causes ? L’école, l’enseignement de l’histoire, la repentance, le respect de la loi, la nationalité accordée sans cérémonie, le déni des statistiques et des « incivilités » – du moment qu’elles sont politiquement incorrectes – qui en parle ? Qui les traite ? Belkacem et son programme de naufrage ? Qui distingue ce qui est réaliste de faire et ce qui ne dépend pas de la politique ?

L’impensable doit être pensé, AVANT de devoir panser les plaies de ceux qui l’avaient bien dit et se sentent insécurisés. Pourquoi parle-t-on désormais plus de « république » que de « démocratie » depuis quelques années ?

  • Parce que la gauche a failli, dans le socialisme réel des « démocraties » populaires d’hier bien sûr, mais aussi parce qu’elle n’a pas su renouveler aujourd’hui la participation politique. Malgré ses défauts criants, Ségolène Royal avait au moins écouté la leçon de Pierre Rosanvallon sur la démocratie participative – Hollande s’est assis dessus.
  • Parce que la droite a vu le danger Front national, qui se revendique haut et fort « républicain », et a donc fait de la com’ en changeant le nom d’UMP en « Les Républicains ». Mais les électeurs voient-ils quoi que ce soit de différent dans les idées ou le programme ? Quand les mots ne recouvrent pas les choses, les mots sont dévalués – et alors les poings parlent, chez les électeurs les bulletins de vote.

Inutile d’en appeler à la Morale, les gens savent bien ce qu’ils veulent : des hommes nouveaux et des idées nouvelles, pour régler les problèmes nouveaux et les questions nouvelles que le monde fait surgir sans cesse jusque chez nous. L’islam et ses conversions, l’immigration musulmane (qui, curieusement, ne va pas dans les pays musulmans), la préférence pour le chômage des privilégiés « inclus » (syndicats en tête, beaucoup trop fonction publique), l’Union européenne technocratique et trop étendue, le millefeuille administratif et le poids des absentéistes chez les fonctionnaires, les règlementations empilées qui font carcan, l’imbécilité de l’Administration qui punit l’artisan boulanger parce qu’il travaille sept jours sur sept – volontairement…

Tous ces vieux textes obsolètes, ces services inutiles, ces règles inadaptées, cette morale d’un autre temps : qui va les faire bouger ? Qui va distinguer le meilleur du pire ?

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Des temples, monastères et pension du Népal

Nous partons au soleil, les nuages ont filé pendant la nuit. Le temps change très vite. Nous apercevons en rose la chaîne des Himalaya et les terrasses se drapent à nouveau d’écharpes de brume. Quelques photos sont tentées car nous avons envie de capturer dans nos boites un peu de la magie de cet instant, pour nous le remémorer sur nos murs ou dans nos albums, plus tard, des années plus tard (comme aujourd’hui), nostalgiques de la jeunesse et de la sensation.

nepal trek

Nous passons dans Cipangau, moins animé qu’hier soir. Lily et Christine ont avoué avoir fait des rêves mystiques. Est-ce la proximité du bois magique ? Le spectre effrayant ? La sensualité des danseurs ? Le froid pénétrant de cette nuit ? « La mer s’ouvrait jusqu’à une grotte » et Christine y a entendu « la voix de Dieu ». Hum ! La psychanalyste n’en dit rien…

ado nepal bairajogini

Les paysages sont plus riants sous le soleil. Les fermes et les villages, aux gosses innombrables, nous font signe. Les enfants nous examinent avec curiosité, cette attention qui flatte et donne envie de communiquer, par le geste ou le sourire. Ils restent en groupe autour de nous, trouvant assurance dans leur nombre et dans la chaleur des frères. J’opère une saisissante photo d’une petite bande sur la crête. Christine est fatiguée, Lily définitive, Michel calmé, Christophe pressé, et Elle émerveillée. Moi, ça va. Le pays est rempli de beauté, le soleil brille en ce début de matinée, rendant plus vaste le paysage, la lumière plus transparente à cette altitude, les corps plus déliés, les peaux des enfants plus rayonnantes, comme les sourires des femmes.

gamins nepal

Nous traversons la Bagmati deux fois sur des ponts suspendus, au grand dam des filles qui n’aiment pas que le chemin bouge sous leurs pieds. Pharphaing : c’est une ville sale où l’on déjeune sur le « terrain de foot » entre les merdes humaines ou canines et les gosses loqueteux qui se démènent pieds nus avec une boule de chiffon. Nous visitons ensuite le monastère Ninchapa aux couleurs vives tout frais repeintes. Des moines en robe bordeaux, assis derrière leurs bancs le long des murs, psalmodient les feuillets du rituel. Le ton monocorde des voix est très prenant mais finit par assoupir. Aussi, tous les deux feuillets environ, l’un d’eux saisit la clochette, un autre les cymbales, un troisième la trompe, et l’ensemble réveille brutalement l’assistance par un bruit discordant (c’est du moins l’impression que nous en avons). Puis la psalmodie reprend, rythmée par le tambour lancinant.

nepal pharpaing

Tara consulte près de là un vieux baba dans sa cage vermillon. Il porte cheveux longs et barbe blanche comme l’idée qu’on s’en fait. Puis nous visitons trois monastères et deux temples dans la foulée. Les moinillons sont rigolards et curieux. Au temple de Vishnou Seshnarayan sont dessinés les pieds de Vishnou et là s’élève la vache sacrée Dhinu. Le temple contient un bassin avec des statues du dieu soleil du 12ème siècle. Au temple de Shiva erre un sâdhu et s’élève une statue de Shiva tout nu, sexe apparent, contre lequel les femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfant viennent se frotter selon la tradition. Les nôtres s’en gardent bien !

nepal temple pharpaing

La Royal Boarding Secondary School s’élève un peu plus loin. Elle est entourée d’un beau jardin où Tara négocie de pouvoir camper, au lieu du terrain vague et merdeux d’en face. Le directeur très posé, très british dans son intonation comme dans sa componction, nous accueille et parle en anglais. À notre surprise, il nous demande de traduire en anglais les cartes de vœux qu’il a reçu de François Mitterrand, alors Président de la République française, et nous montre sa photo dédicacée. Il nous laisse ensuite sa carte à chacun, Dhruba Bahadur Shrestha, « Head Master », Secondary Boarding School, Tribhuvan Adarsha M. Vidyalaya, Phurping, Kathmandu, Nepal.

carte school headmaster nepal

À l’heure de la prière nous entendons les monastères bouddhistes tibétains : bom ! bom ! bom !bom ! poing ! poing ! tooooon ! Et reprend la psalmodie automatique. « Cela » prie. Puis la grotte de Gurakhnat : Padmasambhava – le moine qui a introduit le bouddhisme au Tibet – y aurait médité. Puis le temple de Bajrajogini avec un nœud en poils de yack sur la tête de Bouddha, et « l’astamandal », le nœud des huit déesses mères qui ressemble à une suite de neutrons entourés d’électrons. Puis un temple aux 21 Tara, 21 poupées dorées en vitrine. La religion y est naïve, populaire, les rites répétitifs et simples, les objets de culte criards. Tout le précieux est sous vitrine. On ne touche pas avec ses pattes sales ! Certes, la philosophie bouddhiste est autre chose, une grande pensée humaine. Mais il faut de tout pour faire une religion, de la superstition pour gens simples aux plus hauts concepts philosophiques. Chacun doit y trouver à croire, selon ses capacités et selon ses besoins. Le rite simpliste va au paysan, la réflexion aux sages. Ainsi peut-on interpréter ce que nous voyons, qui est un peu décevant pour les idées que l’on s’en faisait. Leçon du pays : ne jamais se faire d’illusions mais vivre ce qui vient. Je soumets ce raisonnement à « Dominique », mais il me regarde d’un air bovin.

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Soir de camp en vallée de Katmandou

Nous suivons la route en marchant jusqu’à Baregan. Passent camions indiens et autos japonaises, de petites Toyota Corolla. À Baregan se tient un meeting religieux avec hauts parleurs pour célébrer l’année qui vient. On cite les Vedas et l’on attire les foules à l’aide de grandes banderoles en l’honneur du roi et de la reine du Népal. Le village est riche de superbes maisons de bois et de torchis au toit de chaume – et toujours de gamins, souples et vivaces comme du chiendent.

terrasses agricoles nepal

Puis nous retrouvons la campagne, la terre glaise bien grasse, foulée aux pieds par des centaines de pas dans la journée, constellée de bouses de vaches encore fraîches, que les femmes et les garçons n’ont pas ramassées pour les plaquer d’un revers du poignet sur une façade, en galettes artistiquement rondes, afin de les sécher pour en faire du combustible tant le bois est rare. Pipals et banians, agaves et bougainvillées, se dressent ici ou là. Et encore des gamins, loqueteux et pieds nus mais avec des yeux sombres qui brillent et un sourire éclatant comme la lumière.

ferme nepal valle de katmandou

Nous campons près de Bajrabarahi, le bois sacré d’une déesse locale, entouré de barbelés. Nul ne doit rien enlever de ce bois, pas la moindre feuille ou la plus petite brindille, tout appartient à la déesse. Au cœur du bois, auquel on peut accéder par un chemin, se dresse un temple aux statues couvertes de vermillon et salies de beurre de lampe et de reste d’offrandes : du riz, des fleurs, de la graisse.

nepal village de capagan

Le village de Capagan, que nous nous contentons de traverser, est typique du pays : une seule rue fait centre, où s’ouvrent les commerces et les temples. Les chemins qui mènent au village sont d’abord remplis de merde humaine puis, à mesure que l’on se rapproche, de quelques mares où picorent les poules, de chiens qui vaquent, puis de gosses curieux et désœuvrés.

femme ecrasant le grain nepal

L’orage monte. Heureusement pour nos têtes, il passe sans tomber. Autour du feu, nous pouvons alors déguster un repas délicieux, comme d’habitude. La suite est ornée de chants népalais, dont l’un commence par « oum semba pélélé » et un autre par « vasco longa karalo » – ou quelque chose d’approchant. Ce sont deux classiques, inlassablement repris à chaque veillée. Le petit cuisinier qui danse si bien évolue en rythme avec cette maîtrise du corps qui le rend beau, à la lueur du feu. Cham et le garçon se prennent d’une affection spontanée en chantant et dansant ensemble devant les autres et devant nous, se tenant par l’épaule. Les sentiments sont premiers, spontanés. Beauté des commencements, des premiers mouvements. Tout ce que nous avons désappris, malgré Mai 68 et sa révolution des mœurs. Tout le poids de la culture classique et de son idéal de maîtrise pèse sur nos attitudes, toute la chape de bienséance bourgeoise acquise dès la prime enfance régit notre conception des relations humaines, toute la culpabilité chrétienne pour le corps, accentué par les « perversions » traquées jusque dans l’inconscient par les psychanalystes et les moralistes contraint nos gestes et nous inhibent. Nous ne sommes pas spontanés dans le rire ou la peine, notre corps ne trouve pas naturellement le rythme des sons, ni notre voix le juste ton. Nous sommes en uniformes jusque dans ces montagnes reculées. Jamais je n’ai tant senti ce divorce entre ma civilisation et celle des autres peuples qu’en cet instant.

chiens du nepal

Derrière nous se dresse un spectre, et les filles en sursautent. Un vieil édenté en cagoule de laine et grande couverture de coton est arrivé subrepticement. Il est là, debout, immobile, silencieux, tout en blanc, le visage tordu, tel une statue de commandeur. À le regarder, les filles du groupe en ont de plus en plus peur. C’est l’autre aspect de la sauvagerie qui se dresse là ; les danses en sont l’avers riant, lui le revers inquiétant. C’est ce même spectre qui, au petit jour, vers quatre ou cinq heures du matin, chante devant nos tentes « haré Krisna », chante notre histoire, qu’il était là hier soir, que l’on n’avait pas froid autour du feu, que l’on chantait… Cela en pleine obscurité !

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Mauvaises nouvelles de Tahiti

Très mouillé ce mois dernier mais toujours pas d’eau au robinet sauf…. quelques gouttes en journée pendant le congrès des maires de Polynésie française. On fait comme si qu’on avait de l’eau courante, ça fait bien !

Une autre mauvaise nouvelle pour cette fin d’année, on annonce des cyclones et très puissants. Des réunions se succèdent pour préparer ces événements. On ne tentera pas de s’opposer à Tuni (tel est son nom) mais on active les plans État-Pays-Commune. Des messages : faites des provisions de bouche, de gaz, de piles pour la radio, attachez vos toitures, élaguez vos arbres, etc. Rien n’empêchera quel qu’individu de monter sur son toit alors que les rafales de vent sont violentes. Il pleut, il pleut bergère… Il y en a marre de toute cette flotte tandis que nos robinets sont désespérément vides. Le tavana reconnaît que le réservoir a des fissures et qu’il ne peut être qu’à demi plein, que de nouveaux habitants sont arrivés et que les conseils municipaux précédents n’ont rien fait et qu’ils (qui ?) vont faire des réparations. Sœur Anne ne vois-tu rien venir ? – Si, si, les cyclones qui tournoient…

 Mais il fait bon siéger au Palais d’Iéna, miam, miam 3 767,91 € par mois avec en plus des crédits pour les déplacements, un régime de retraite avantageux, un siège parisien qui attise les convoitises. On revoit les mêmes qui postulent pour tout, et comme la méthode de désignation des représentants de cette assemblée est relativement floue… Pour le moment six candidats en lice. Deux membres issus des organisations patronales, deux membres issus des syndicats (Messieurs « grèves ? ») et deux autres demandeurs. On fourbit ses armes ?

Officiellement nous sommes 271 800 Polynésiens. 32,5 ans, c’est l’âge moyen auquel les Polynésiennes se marient (35,9 ans pour les hommes) tandis qu’en France 30,5 et 32,5 ans. L’âge moyen des mères à la naissance de leur enfant est de 27,5 ans (30 ans dans l’Hexagone). La mortalité infantile reste deux fois plus élevée qu’en France, c’est le côté négatif. L’espérance de vie, 73,8 ans pour les hommes contre 79,3 en métropole. Pour les femmes, l’espérance de vie est de 78 ans en Polynésie contre 85,5 ans en métropole.

paeari travaux terrassement prison

Allo, le centre pénitentiaire de Papeari ? C’est le plombier-serrurier qui vous répond ! Ah ? Ce n’est pas encore ouvert, alors ? Non, au premier trimestre 2017 (si tout va bien !) Voici quelques news de l’hôtel 5 étoiles : 410 baldaquins seront installés, Nuutania n’en gardera que 165. Pour le taux d’occupation de la maison d’arrêt il y avait 449 occupants au 20 août 2015 dont 16 femmes et 4 mineurs. C’est « la pire prison de la République » à cause de son sureffectif. Mais certains détenus refusent les aménagements de peine, ils travaillent en collaboration avec la mairie de Faa’a et sont rétribués. Par ailleurs la prison actuelle devrait fonctionner en cellules fermées mais, devant le grand nombre d’occupants, les cellules sont ouvertes le jour afin d’éviter une explosion, et apparemment cela fonctionne bien !

Je cours acheter piles et bougies, conserves et gaz, et vous tiendrais au courant de la suite des événements. Entre nous les prix ont fait un petit bond en hauteur !

Gardez-vous bien.

Hiata de Tahiti

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Mark Twain, La tragédie de David Wilson le parfait nigaud

Ce troisième roman du Mississippi, ce paysage mental de Samuel Clemens, met en scène le personnage d’intello venu du nord dans cette petite du sud. Il est aussitôt jugé par les habitants – médiocres – comme un parfait imbécile, pour avoir proféré au bar le premier jour une remarque sur un chien. Dans les petits esprits, peu cultivés et réduits au moralisme de la messe du dimanche, quiconque pense autrement de l’opinion ne peut être normal. L’aristocratie du sud, ces Premier habitants de Virginie comme ils s’appellent volontiers, ont la morgue d’Ancien régime que l’on prête habituellement aux Français, bien qu’ils soient venus d’Angleterre. Quant au reste de la population, ce sont des nègres, donc des esclaves considérés comme des objets qu’on peut exploiter, fouetter, baiser ou vendre comme bon vous semblent.

Dans cet univers étriqué en Noirs et Blancs, l’auteur entremêle de façon parfois un peu baroque deux histoires : la substitution de bébés par une nounou noire, et l’essor du juriste David Wilson pour faire mentir son surnom de parfait nigaud.

Mark Twain

Nés le même jour, l’un des bébés est le fils du maître, aristo de la ville, et sa mère meurt en couches ; l’autre bébé est le fils de la nounou noire (pour 1/16ème). Tous deux sont blonds et blancs, le « nègre » n’ayant qu’1/32ème de sang noir – ce qui ne se voit physiquement pas… L’auteur faire donc apparaître l’imbécilité de la loi sur l’esclavage, comme si la négritude était une tache indélébile, même diluée bien au-delà de ce que le futur IIIe Reich admettra pour les Juifs… S’il se contentait de côtoyer les esclaves dans Tom Sawyer, Mark Twain a fait de l’un d’eux un compagnon amical dans Huckleberry Finn ; cette fois, il en fait le personnage principal du livre.

Chambers (abréviation yankee de ‘Valet de chambre’ en français) prend au berceau la place de Tom, le fils de la maison. Le faux Tom est élevé en petit maître, tandis que le faux Chambers est élevé comme un nègre. Mark Twain en arrive à montrer combien l’éducation fait le larron, bien que la « race » (ainsi disait-on à l’époque) ne puisse que ressurgir quand même (selon les préjugés du temps). Le vrai Tom, élevé en Chambers, est beau, bien bâti, gentil, mais illettré et rustre – il ne parle adulte que petit-nègre et ne sera pas à sa place une fois la supercherie découverte. Le vrai Chambers, élevé en Tom, est capricieux, égoïste, autoritaire, lâche et indolent – s’il a poli ses manières à l’université, il n’a acquis aucun diplôme et est saisi par le démon du jeu.

Dans le même temps – d’où la complication du roman – deux jumeaux italiens arrivent dans la ville et séduisent ses habitants aussi niais que badauds. Ils viennent d’Europe et connaissent beaucoup de pays ; à l’aise en société, ils font un compliment à chacun. Mais c’est une conversation privée avec le faux Blanc Tom et le faux nigaud David qui va faire surgir un plan diabolique dans la tête du « nègre » Tom pour se sortir du pétrin. Il a besoin d’argent pour régler ses dettes de jeu, mais son (faux) oncle l’a déjà dépanné et refuse désormais tout déshonneur, sous peine de le rayer de son testament. En voulant le voler, Tom le tue avec le couteau indien qu’il a volé aux jumeaux pour payer sa négresse de mère qui menace de dénoncer la substitution des bébés. Pas simple, comme intrigue… Ce sont donc les jumeaux qui sont accusés, faute de témoins, puisqu’ils sont accourus les premiers aux cris de la victime alors que Tom s’est enfui avant d’être découvert.

Le procès des vrais jumeaux mettra en lumière l’inversion des faux jumeaux de la nounou. Car, retournement de situation théâtrale, le parfait nigaud se révèle juriste avisé et curieux des développements scientifiques : il a pour marotte de collectionner les empreintes digitales des habitants et d’en étudier les courbes ou les méandres. La dactyloscopie lui permet de confondre le vrai meurtrier à cause des empreintes qu’il a laissé sur le couteau ; elle lui permet aussi de montrer que Tom n’est pas Tom, puisqu’il a pris les empreintes des deux bébés à différents âges. Au tribunal, attraction de la petite ville qui s’ennuie, sa plaidoirie est du grand guignol comme Mark Twain, plus orateur qu’écrivain, aime à en écrire.

esclave noir fouette

Malgré ce patchwork mal construit d’histoires différentes, le lecteur se prend à croire à l’intrigue quasi-policière tout en réfléchissant aux graves questions du temps que sont l’inné et l’acquis, l’influence de l’hérédité et de l’éducation, les ravages de l’esclavage tant sur les victimes ramenées au rang de bêtes que sur les maîtres, avilis par l’usage d’humains comme du bétail.

Comme souvent quand Mark Twain est gêné, il camoufle sous la bouffonnerie ses convictions politiques et morales. Il juxtapose ainsi la chiromancie (du niveau de l’astrologie et de la voyance) et la dactyloscopie (observation scientifique des empreintes digitales), l’une faisant avancer l’histoire, l’autre la réglant au bout.

Ce roman n’est pas édité en poche en français car moins captivant que Tom Sawyer et Huckleberry Finn, moins humoristique que la Vie sur le Mississippi, et d’un sujet plus « sensible » au politiquement correct multiculturel. Mais il peut se lire avec plaisir et gravité ; la traduction Pléiade de Philippe Jaworski est limpide.

Mark Twain, La tragédie de David Wilson le parfait nigaud, 1894, in Œuvres, Gallimard Pléiade 2015, traduit par Philippe Jaworski, €65.00

Les œuvres de Mark Twain chroniquées sur ce blog

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Christine, Michel et l’Inde

Ce soir, Christine nous raconte sa période hippie. Elle ne l’a jamais été « à fond », nous dit-elle (qu’entend-t-elle par-là ?), mais elle « en » a côtoyé pas mal. Chacun venait dormir chez celui ou celle qui avait une chambre, prenait le petit-déjeuner tout nu avec les autres, mangeait assis par terre avec les doigts. On faisait un pool de vêtement et chacun prenait n’importe quoi pour s’habiller ensuite, ce qui lui tombait sous la main, en général trop grand ou étriqué. Les garçons « ne portaient pas de slip » ni les filles de « soutifs » (cela « faisait bourgeois »), tous se lavaient rarement. Pour chasser les odeurs, on brûlait de l’encens. Les hippies allaient rituellement aux Indes et en rapportaient des robes safran, avant de « tout quitter » pour aller confectionner des marionnettes dans les MJC de banlieue ou élever des chèvres en Ardèche – tout un programme ! Christine nous dit qu’elle portait des robes indiennes, des parfums « pas possibles », et marchait toute l’année pieds nus dans des tongs, même en plein janvier.

nepal ciel

Mais sa période tongs s’est arrêtée le jour où elle a mis le pied dans une belle et grasse merde de chien, élément du décor très courant à l’époque sur un trottoir de Paris ! Elle a trouvé cela « tellement horrible », l’aspect pâteux et l’odeur, qu’elle a arrêté d’aller les pieds à l’air aussi sec. Ineffable Christine ! Vingt ans plus tard, nous en sommes déjà aux souvenir d’anciens combattants. En 1968, et dans les années qui ont suivi, j’étais trop jeune pour avoir connu cela, et tout s’était bien affadi à la fin des années soixante-dix. Quant à Elle, qui a passé le bac en 1968, elle est restée ensuite bien trop occupée par ses études de médecine pour se laisser aller à de telles rencontres.

nepal effets de brume

Lily me conseille à nouveau vivement de lire Le Banquet de Platon, « le plus beau livre sur l’amour, il y a tout, », selon elle. Y compris les prémisses de la psychanalyse (ah ?). Je ne vois pas pourquoi elle insiste tant sur ce point. Les soirées deviennent de plus en plus intéressantes et de plus en plus intellos.

nepal terrasses godawari

Le matin suivant connaît un froid humide. Tout le monde se lève tôt. Nous nous sommes couchés tôt le soir, en raison du froid déjà pénétrant et de la fumée du feu dans les yeux. Et Michel nous a saoulés par un monologue sur les pays qu’il a visité. Il nous a déjà tout dit plusieurs fois, mais il reprend et en rajoute. Et les Indes, et les États-Unis, et Java, et l’Allemagne, et encore les Indes… La vox populi m’avait dit que « les profs, en groupe, c’est l’horreur parce qu’ils parlent tout le temps ». Eh bien c’est vrai : Michel est gentil et intéressant, mais à petites doses. Il ne peut pas voir quelque chose de nouveau au Népal sans aussitôt nous sortir : « mais en Inde… » Cela finit par être agaçant. Nous sommes ici au Népal, dans un pays nouveau, et il faut le regarder tel qu’il est et non pas selon les images préconçues des scènes d’ailleurs.

ferme nepal

Montée de la vallée jusqu’au col, d’où l’on prend la descente vers Godawari. Le sentier est rendu très glissant par l’humidité qui persiste de la pluie d’hier. Le ciel est encore couvert, tout gris. Au programme, la visite des « botanical gardens » dont les serres sont garnies de divers fuchsias, impatiences, cactus et autres orchidées. Rien n’est très fleuri en cette saison et le tout fait un peu vrac, mais cet endroit est « célèbre » au Népal selon Tara la bleue (elle porte aujourd’hui une robe bleue).

Et la pluie commence à tomber. Heureusement, un kiosque du « botanical garden » nous protège à cet instant. Nos cuisiniers, qui officient dehors sur un pré, sont mouillés, mais ils n’ont pas l’air de s’en soucier. Le temps, pour eux, est simplement « vivifiant ». Nous commençons à trouver que les livres mentent. La « saison sèche », avec son seul « jour de pluie moyen » en décembre et un autre en janvier, est cette année hors norme !

Godawari nous offre son temple de Shiva, orné de cinq fontaines d’eau sacrée. La pluie cesse, mais le ciel reste chargé. Deux femmes passent avec chacune une lourde charge de feuilles, pour nourrir les bêtes je suppose.

Godawari nepal femmes portant charge

Michel s’empresse de nous donner des conseils pratiques sur l’Inde, au cas où il nous aurait donné envie d’y aller. Il ne peut pas se taire cinq minutes d’affilée. Pour lui, il faut aller en Inde en juillet, en zone sèche. Prendre deux nuits d’hôtel à l’arrivée pour se remettre du décalage horaire et de la moiteur du climat, qui saisit tout occidental à l’arrivée. Le mieux est de se faire confectionner (en quelques heures et pour quelques dizaines de roupies) un « costume indien », pantalon large et tunique dégagée au col, en coton léger ; c’est confortable à porter et aéré. Et l’on se fond mieux dans la population. Visiter Delhi, Agra, Simla éventuellement, Pushkar, célèbre pour sa foire aux chameaux en octobre ; aller aussi à Ajmer, Bikaner éventuellement, passer quatre jours à Jaisalmer, avec au moins une journée dans le désert, Jodhpur et le désert du Rajasthan, prendre un train couchettes pour Jaipur, puis Udaipur, Ahmadhabad, et finir à Bombay (où les hôtels sont chers). Prévoir deux jours de battement pour le retour en raison des retards possibles. Les transports locaux ne sont pas rapides, il faut compter de n’effectuer que trente kilomètres par jour. Réserver les billets d’avion bien à l’avance et arriver largement avant l’heure. Louer des vélos pour voir les villages. Essayer les trains couchettes. Tenter un bus pour l’expérience, mais ne pas insister, ils sont pleins, sales, et éprouvants ! Emporter une moustiquaire et son drap housse, ceux des hôtels étant crasseux. Ne mettre aucun objet précieux dans le bagage de soute. Prendre avec soi des cartes postales de l’endroit où l’on habite, éventuellement des photos de soi avec ses enfants ou ses parents (la famille est très appréciée). Si un jour nous y allons tout seul, nous serons ainsi parés. Toujours pédagogique, le prof.

gamin godawari nepal

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Français terroristes : que faire ?

Les massacreurs du Bataclan et des cafés bobos, les terroristes qui se sont fait sauter au stade de France et à Saint-Denis (plus celui qui est encore en vie pour n’avoir pas osé) étaient Français. D’origine immigrée arabe, mais nés et élevés en France, « sous la mère » si l’on ose accoler cette mention de qualité bio.

Ils ont connu ségrégation sociale, difficultés scolaires, petite délinquance, radicalisation religieuse de quartier et dans les prisons, emprise du financement saoudien et qatari donc de la version littérale salafiste de l’islam, rigidification laïque sur le voile, le halal, la piscine, les prières dans la rue, les minarets des mosquées, la question palestinienne et les conflits en Afghanistan, en Irak, en Syrie, la chienlit des printemps arabes « démocratiques ». Cela n’excuse rien ; cela permet d’analyser leur cheminement.

Comme le dit depuis des décennies Marcel Gauchet, toute religion se fond peu à peu dans la modernité, les réactions intégristes étant justement le symptôme qu’elles se diluent. Cependant, comme le monde est désormais global, Internet livrant opinions, slogans et vidéos de tout, en temps réel, ce qui demeurait friction culturelle ou adaptation malaisée devient aujourd’hui conflit identitaire, voire choc moral des civilisations. Ce pourquoi cette troisième ou quatrième génération issue d’immigrés s’intègre moins bien que les précédentes. Tout est plus dur pour la jeunesse, mais encore plus pour la leur, car leur visage et leur patronyme sont connotés.

musulmans exclus

Mais leur violence ne peut plus être vue seulement comme conséquence des discriminations sociales ainsi que le logiciel de gauche tend à le mouliner en boucle :

  • il y a violence du monde et de ses conflits au Moyen-Orient
  • il y a la violence de l’islam des premiers temps, réavivée par la lecture littérale du Coran
  • il y a la violence mimétique de l’adolescence et des fratries qui se monte volontiers la tête et se pose par la posture virile vengeresse pour exister dans une société qui valorise plutôt le savoir et l’intelligence.

Dans la sous-culture des banlieues françaises, les désaffiliés sont parfois victimes (ce n’est pas la majorité) – mais s’enferment dans la haine. Ces « exclus » ne sont pas de nouveaux Christs rédempteurs du genre humain, pas plus que des néo « prolétaires » dont la classe serait porteuse d’avenir radieux. Ils sont plutôt solitaires, dépressifs, recherchant la gloire et la fraternité comme compensation. Le pèlerinage en Syrie a fonction de voyage initiatique, dont ils reviennent soit hantés parce qu’ils étaient partis pour apporter de l’aide et qu’ils n’ont trouvé que les horreurs de la guerre – soit décérébrés, enveloppant de « sacré » leur violence ultime, tout esprit annihilé par le suicide programmé au nom d’Allah par d’habiles manipulateurs d’ex-services secrets de Saddam Hussein.

se faire sauter en slip

Être un héros n’est pas facile, et la religion semble offrir une voie rapide :

  • Elle permet d’assimiler un savoir déjà écrit et contenu tout entier dans le Coran – plutôt que des années scolaires prolongées aux perspectives sans cesse repoussées.
  • Elle permet de se voir assigner une place, garçon ou fille, avec des rites de discipline et une communauté d’entraide.
  • Elle permet d’inverser les rôles, d’insignifiants rasant les murs à juges impérieux de cette société qui les a oubliés, méprisés ou rejetés – société qualifiée facilement « d’impie » ou d’hérétique. Faites la guerre, pas l’amour : la kalachnikov est plus facile à manier pour tisser des relations de domination avec les autres que la bite pour se faire accepter des filles ; se faire sauter une seule fois pour toutes assouvit la frustration de ne pas être autorisée à se faire sauter maintes fois – c’est parfois aussi trivial que ça.

Le rêve de toute-puissance permet de se voir comme Exécuteur de Dieu, bras armé du divin. Ce pourquoi on se met en images, contrairement aux préceptes de l’islam mais selon le narcissisme de la jeunesse moderne.

se faire sauter ados

Dans l’ordre inverse de cet engrenage individuel, social et culturel, il serait donc nécessaire de :

  1. Désendoctriner les néo-convertis, plus royalistes que le roi dans leur ignorance des textes et de l’histoire
  2. Ventiler les prisons, pour que les radicaux ne subvertissent pas les tièdes
  3. Soigner la délinquance par d’autres mesures que la prison
  4. Offrir d’autres perspectives que le trafic, le racket ou le vol à la jeunesse des banlieues
  5. Former des imams français en France et contrôler étroitement les contreparties exigées des financements étrangers
  6. Réformer l’école (éducation au statut de citoyen libre) en n’y envoyant pas les profs débutants, mal formés et laissés pour compte par la sacro-sainte Administration (dont le seul but est de s’en laver les mains)
  7. Réhabiliter l’esprit français, universaliste mais ancré dans l’histoire (finie la repentance), les grands exemples des classiques (finie la démagogie des chansons de rap en cours de littérature), l’usage du grec ancien remettant tout le monde à égalité et décentrant la culture (alphabet à réapprendre pour tous, période hors des conflits actuels, matrice de la civilisation occidentale mais surtout de la laïcité et de la démocratie universelle)
  8. Faire montre de plus de tolérance (une fois l’identité de culture réaffirmée comme ci-dessus), croire en Allah ne faisant pas de vous ipso facto un terroriste en puissance, être religieux ne voulant pas dire rejeter la république ni la vie en commun. Liberté de croire, égalité de toutes les croyances pour l’espace public, fraternité de la vie commune par la tolérance mutuelle : la notion de « blasphème » est abandonnée depuis 1789. Pas de différentialisme à la Terra Nova ou à la Wievorka, pas de laïcité soupçonneuse et interventionniste à la jacobin-socialiste aimant tout régenter – mais une laïcité libérale : celle de ne pas intervenir dans la sphère privée.

Il y a un long travail à accomplir pour changer les mentalités…

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Panauti

Le réveil, ensoleillé, dissipe déjà la brume du paysage comme des esprits. Les écharpes de vapeur sur les terrasses et les arbres ont des effets de paysage japonais. Autant de gosses qu’hier regardent de tous leurs yeux nos installations, quelques vieux aussi.

panauti nepal

La marche nous conduit jusqu’à Panauti, un gros village aux temples qui datent des 14ème, 15ème et 18ème siècles. Il est bâti au croisement de deux rivières.

panauti temples nepal

Une crémation s’achève sur les bords. Avant le bûcher, étape ultime, le mort est baigné dans l’eau sacrée de la rivière. Les pans inclinés de pierre sur les rives sont prévus à cet effet.

panauti nepal ghat

Le cadavre contient dans la bouche un morceau d’or purificateur. Ces temples sont restaurés avec des capitaux français, nous apprend Tara. L’un d’eux est dédié à Brahma, ce qui est « très rare ». Sur le sol, sont sculptés dans la pierre les « pas de Vishnou » sur la fleur de lotus.

panauti sculptures en bois nepal

Sur les poutres des toits sont sculptées des scènes plaisantes à l’œil : des corps comme des lianes, qui épousent les lignes du bois, des couples amoureux, enlacés. Je note avec mélancolie la grâce des statues de bois sur les piliers des temples. Ce ne sont que déesses, longues filles élancées et désirables, doucement déhanchées, debout les jambes croisées, la robe coupée tout juste qui souligne leurs mouvements. Sous l’une d’elle, deux petits pages à la bouche de singe, tout nus et graciles comme des chatons. Au pied d’une autre, un jeune couple nu, la main du jeune homme sur l’épaule de la jeune fille. L’air rêveur, ils attendent comme une bénédiction. C’est un festival de beauté.

panauti nepal sculptures en bois

Pour la première fois, des mendiants nous tannent : un aveugle accompagné d’un garçon aux yeux verts, deux vieilles femmes, deux gamines. Christophe, agacé et trop timide pour dire non, donne un peu d’argent pour s’en débarrasser. Geste idiot de l’Occidental ignorant et que des siècles de péché chrétien et colonialiste rendent coupable au plus profond des fibres. Après le don, flairant l’aubaine, les mendiants affluent. Quant à celui qui a reçu, il fait la tournée de ceux qui n’ont pas donné ! Ignorer est peut-être un peu égoïste mais ne donne pas d’ignobles habitudes.

nepal paysanne

Le village, que nous traversons après les temples, fournit son lot de scènes pittoresques et de visages humains qui font chaud au cœur. Les Népalais n’ont pas un faciès homogène, certains apparaissent presque chinois, comme notre jeune porteur gurung, le visage fin, certains autres sont plutôt indiens, d’autres ont le type du Tibet… Cela donne parfois une harmonie heureuse aux traits.

famille nepal

Nous poursuivons sur Bimnal, Bhalesvar, Cilu. Nous pique-niquons au bord de la rivière sous un grand soleil. Deux jeunes garçons nous regardent en souriant. Ils ont l’air d’avoir onze ou douze ans et, bien sûr, en avouent treize et quatorze. Je trouve le plus grand beau avec son air d’Indien. Il tricote un pull de laine bleue, la pelote dans la poche ! Michel les prend en vidéo et leur passe la scène dans le viseur. Ils en sont émerveillés. Ils baragouinent un peu d’anglais appris à l’école. Ils sont mignons, l’un contre l’autre, se prenant les mains pour se rassurer mutuellement devant les étrangers, s’étreignant les épaules, affectueux avec autant de naturels que de jeunes singes. À la fin, ils demandent à Michel sa photo, en souvenir d’amitié. C’est touchant. Ils emportent des cartes postales de Fribourg, où habite Michel. Les cartes, nous dit-il, ont un pouvoir très grand, les enfants trouvent cela précieux, comme un écran télévisé à emporter, les adultes sont intéressés de voir où l’on vit et comment sont faits les paysages occidentaux. « J’aurais bien adopté le plus beau », nous dit Michel, ému. Christine ricane.

gamins nepal

Peu après Khanigau, nous installons le camp du soir. Il pleut un peu avant d’arriver. Nous sommes vers 2000 mètres et il fait froid.

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André Glucksmann, De Gaulle où es-tu ?

andre glucksmann de gaulle ou es tu
Le décès d’André Glucksmann le 9 novembre se télescope avec les attentats islamiques à Paris du 13. Il est intéressant de relire un essai géopolitique du philosophe qui invoque, 25 ans après sa disparition, les mânes du général président De Gaulle. Glucksmann, élève de Raymond Aron et farouche partisan un temps de la Révolution culturelle maoïste, s’est intéressé à la guerre avant d’opérer un virage moral qui le conduira à critiquer le totalitarisme d’État et à soutenir les dissidents soviétiques dès 1975, puis les Vietnamiens boat-people et les Tibétains. Mais il est vacciné contre les illusions du pacifisme, rejoignant en cela le réalisme d’Hubert Védrine.

Charles de Gaulle, général à titre provisoire qui incarnait la France, croyait fermement que « l’épée est l’axe du monde ». Malgré les illusions idéalistes, il semble qu’il ait constamment raison… La « der des der » n’existe pas. Pire : si la guerre opposait autrefois exclusivement des armées, elle est peu à peu devenue totale, impliquant les civils. C’est désormais toute une société qui se bat.

La guerre secrète donc sa propre philosophie. Elle ne peut plus respecter, faute de non-combattants, d’autre loi que la pure violence qui l’habite. Peu importe dès lors le prétexte idéologique à la guerre, son organisation impose sa mécanique, conduisant au totalitarisme. On l’a vu en URSS, dans la Chine de Mo, au Vietnam communiste. Qui se veut combattant, pour une religion ou pour une idéologie, transforme peu à peu son esprit en mécanique, son âme en force brute. Donc son pays en instrument de domination (et d’abomination – mot devenu à la mode).

C’est contre cela qu’il faut lutter, plaide André Glucksmann. En tant que Français historiquement porteur d’un désir de liberté ; en tant que général qui voit loin, en tant que stratège qui sait prévoir et préparer les prochains conflits – et qui sait faire la guerre sans l’aimer pour elle-même – le général de Gaulle laisse ce message après sa mort.

Aujourd’hui, des entités nouvelles non-étatiques (courants religieux, mafias, milices ethniques) relativisent la dissuasion nucléaire et introduisent des modes guerriers inédits : terrorisme, prise d’otage, banditisme. La réalité n’est donc plus uniquement lisible en stratégie : le monde devient chaos, imprévisible. Ceux qui font la guerre ne veulent plus forcément dominer le monde mais seulement une partie. Ils veulent parfois simplement exister, se faire reconnaître en détruisant, en enlevant, en violant et en tuant. On en revient au moyen-âge, où les féodaux se taillaient par la violence des domaines, en laissant les soudards à leur solde assouvir leurs instincts.

Était-ce la division en deux blocs puissants, sûrs de leurs valeurs morales respectives ? Nous avions oublié les leçons des siècles. Comme Thucydide, il faut croire que le fait premier est le mouvement et que le repos n’est qu’une pause ; que la base fondamentale est la barbarie et la norme la guerre – enfin que la civilisation et la paix ne sont que de miraculeuses et provisoires exceptions.

Varlam Chalamov, du fond des camps staliniens, redécouvre le socle qu’est la partie sombre de l’humain. Il énonce froidement les lois asociales des criminels : faire le mal est plus attrayant que faire le bien ; « baiser le cave » et s’en vanter est un titre de gloire parmi les truands. Il s’agit d’un univers structuré – un contre-univers à la normalité – avec sa discipline de fer, ses plaisirs éminents (jeu, drogue, chair), ses corruptions archétypales (vol, viol, force, fric), et ses hiérarchies. Ce monde-là n’est pas amendable : c’est LUI ou VOUS.

Le romantisme de la pègre, des Jean Valjean de l’idéalisme et des chourineurs du réalisme social, doit être dénoncé. Tout comme celui des idéalistes terroristes, anarchistes, communistes, fascistes ou religieux. Chalamov constate que cet idéalisme n’est qu’une chimère fantasmée. Et Glucksmann de conclure : « tandis que les intellectuels font sauter les tabous traditionnels », sous des prétextes idéologiques ou religieux, « la brutalité des bas-fonds, jusque-là endiguée, se donne libre cours » p.177. De Gaulle disait plus généralement : « L’action de guerre totale ne commet pas ses crimes par accident, mais par principe. Loin des innocentes ‘bavures’, les meurtres sont parties et rouages de la stratégie de Berchtesgaden, dont c’est l’art de faire alliance avec la bassesse humaine » (cité p.103).

Dernier exemple, les Français arabes shootés à Allah du vendredi 13 : « le totalitarisme ne fait pas la guerre au nom et par amour des idées, il idéologise au nom et par amour de la guerre », expliquait Glucksmann p.179. Enrober ses exactions de sacré permet de les justifier, aux yeux de Dieu, du monde et pour sa bonne conscience.

La question des refugies du Sud Est asiatique : Jean Paul Sartre accompagne de Andre Glucksman au palais de l'Elysee avec Raymond Aron le 26 juin 1979 Neg:CX11753 --- Jean Paul Sartre with Andre Glucksman and Raymond Aron at Elysee palace in Paris to speak about question of refugees from south west of Asia june 26, 1979 *** Local Caption *** Jean Paul Sartre with Andre Glucksman and Raymond Aron at Elysee palace in Paris to speak about question of refugees from south west of Asia june 26, 1979

La question des refugies du Sud Est asiatique : Jean Paul Sartre accompagne de Andre Glucksman au palais de l’Elysee avec Raymond Aron le 26 juin 1979 Neg:CX11753 — Jean Paul Sartre with Andre Glucksman and Raymond Aron at Elysee palace in Paris to speak about question of refugees from south west of Asia june 26, 1979 *** Local Caption *** Jean Paul Sartre with Andre Glucksman and Raymond Aron at Elysee palace in Paris to speak about question of refugees from south west of Asia june 26, 1979

On assiste alors à la dissolution des communautés anciennes sous les coups de la fonction guerrière, libérée de tout frein. Cette Deuxième fonction ideal-typique de Georges Dumézil, forte des nouveaux moyens techniques (miniaturisation des armes, informatisation du tir, prolifération des équipements lourds, accès facilité aux armes de destruction massive comme le nucléaire, le chimique et le bactériologique), occupe le champ laissé trop libre par la Première fonction – démissionnaire – de sagesse et de régulation. Là où le droit ne règne plus, domine la guerre de tous contre tous.

Alors, « seule une lutte pour la civilisation, contre le chaos, peut tenter de maîtriser le néant anéantisseur de forces dévastatrices et sans attaches » p.192. Dans le monde post-soviétique de 1995, date où cet essai fut écrit, l’équilibre des forces était déjà devenu un vain mot. « La capacité d’exterminer, qui se démocratise à grande allure oblige, en fin de guerre froide, à passer de la dissuasion restreinte (nucléaire et bipolaire) à une dissuasion généralisée (planétaire et humanitaire) » p.194. Cela n’a fait qu’empirer depuis. Partout, il faut écraser l’infâme.

Mais les démocraties doivent pour cela être sûres de leurs valeurs et de leur modèle. Il faut que le droit et le politique remette au pas le chacun pour soi destructeur d’un libéralisme sans frein, accentué par la dérive individualiste hédoniste issue de 1968. Glucksmann n’en parle pas, et c’est dommage. Il n’a pas approfondi les rapports entre Première et Deuxième fonction, la régulation et son bras armé, bien qu’il ait eu l’intuition que nous étions en phase de prolifération cancéreuse d’une fonction guerrière progressivement hors contrôle. La suite des années, jusqu’à aujourd’hui, a montré combien le chaos était amené à se développer…

Les solutions ? Là encore il n’en propose pas, se bornant à la critique et au constat. Il évoque un vague « droit d’ingérence » humanitaire, sous l’égide l’ONU, comme en Somalie – où la fonction des casques bleus n’a pas été de rétablir un ordre d’avenir pour le pays mais d’empêcher seulement à court terme la mort par la faim de milliers de civils. Est-ce vraiment le seul remède ? Glucksmann se souvient-il seulement ce que De Gaulle disait du « Machin » ?

S’il s’agit de préserver non une civilisation particulière mais le principe même de toute civilisation, il faut aller jusqu’au bout du raisonnement : détruire ce qui détruit. Comme le prônait Voltaire, il faut bel et bien « écraser l’infâme » – et ne pas simplement le contenir. Mais il faut pour cela être lucide, bien au fait de sa morale et avoir le soutien de son opinion, avant d’imposer le droit par les moyens appropriés – qui ne sont pas seulement militaires. Notre morale humanitaire dût-elle en souffrir, l’idéalisme naïf de certains dût-il être entamé.

André Glucksmann, De Gaulle où es-tu ?, 1995, Livre de poche Pluriel 1996, occasion €3.08

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Premier de l’An à Dhulikel

L’hôtel où nous échouons est traditionnel et assez confortable. Nous sommes à Dhulikel, un petit village dont on fait vite le tour. Ce soir, c’est la fête. La douche est à peine tiède, mais les amuse-gueules avec des cacahuètes bien grillées, du popcorn, des papers (des crêpes de farine de lentille épicées), arrosé de rakshi (de l’alcool de riz local au goût entre saké et cidre). Nous fêtons dans le jardin, autour d’un feu. Nous dînerons à l’intérieur, sur des tapis beige et noir, assis par terre. Tara est vêtue d’une robe chatoyante de soie indienne dorée qu’elle porte sur un chemisier noir. Ces teintes répondent parfaitement à son teint de miel et à ses cheveux de jais. On se sert sur une table, et on mange assis dans des assiettes de métal. Normalement, les népalais mangent avec les doigts de la main droite ; on nous autorise des cuillers. C’est très bon, les cuisiniers se sont mis en quatre : défilent un poulet sauce piquante, des légumes cuits au curry, du riz blanc, puis un gâteau réalisé par le cuisinier en cocotte minute avec les moyens du bord. Il l’a décoré de beurre coloré. Et Tara ouvre une bouteille de vrai champagne, apporté de France par avion, dans la caisse de vivres de l’agence ! Pourquoi cette fête impromptue ? Parce que nous sommes le samedi 31 décembre.

nepal dhulikel

Nous buvons aux dernières heures de l’année 1988. Nous invitons les quelques étrangers présents dans l’hôtel, un couple de Français partis pour trois mois visiter l’Inde, le Népal et la Chine (la nana apparaît un peu débile, j’espère qu’elle ne se reconnaîtra pas), et deux couples anglo-saxons. Les Népalais chantent et dansent. Nous aussi. Rires. Elle coupe le gâteau artisanal de nos cuisiniers, couvert de glaçure au blanc d’œuf, tandis que Michel, hilare, sert le champagne. « Dominique » porte une curieuse coiffure népalaise, un calot blanc et rose qui lui donne un air particulièrement niais. Lily se pâme et Christine commence à raconter des histoires grivoises.

Mais nous n’attendons pas la fin de l’année pour dormir. Nous avons pris un rythme qui clôt nos paupières régulièrement le soir vers la même heure. Le réveil de ce premier janvier est aux oiseaux. Ils piaillent au-delà des fenêtres. L’hôtel est agréable, les sanitaires rudimentaires au rez-de-chaussée, le bloc des chambres sur rue ou sur jardin. Nous avons vue sur les terrasses cultivées et sur les collines.

dhulikel legumes nepal

Une fois la « Bonne année » rituelle souhaitée à chacun, nous prenons le petit-déjeuner, et partons. Nous montons fort, par un chemin très fréquenté, vers le temple de Kali à Kabre. Toute une théorie de villageois descendent. Nous croisons le pipal, les rhododendrons géants, les cactus, les agaves, les orangers, les pamplemoussiers – il y a tous les arbres ici. Sur le chemin traînent des assiettes en feuilles de « zal », tenues par une brindille. Au bord des rues, des femmes vendent les produits des terrasses et de longs navets blancs font comme des sexes d’hommes, des poireaux alignés en bottes des barbes coupées, tandis que les rondeurs des pommes aux peaux teintées de délicat incarnat évoquent des seins de jeunes filles, les choux fleurs bien lavés des têtes de vieillards et les oignons, dorés, lustrés, le teint doux des visages des enfants d’ici.

nepal temple Kali Kabre trident de shiva

À un croisement de chemin, comme un calvaire, est planté dans le sol un trident de Shiva. Les trois pointes de sa fourche symbolisent la force destructrice. Sur sa hampe sont accrochés la hache de Ganesh, la cloche pour s’annoncer aux dieux ou éloigner les démons, le parasol du dieu, et un bol à offrande. Les quatre attributs de Vishnou sont la conque, qui symbolise l’eau, le disque qui symbolise l’esprit, le bâton qui symbolise le jugement, et la fleur de lotus qui symbolise la fertilité.

nepal temple nomobuddha

La montée se poursuit, assez dure. Dans un monastère neuf à l’oratoire tout petit est dressé le temple du Nomo-Bouddha qui offre son bras à un tigre. L’un de nos sherpas fait ses dévotions, la grande prosternation. Il plaque par trois fois son front à terre, se relève pour trois saluts debout les mains jointes, il chante une prière, puis allume une mèche dans une coupelle à beurre.

nomobuddha temple nepal

Au bord d’une bananeraie, sur un flanc exposé au soleil, un très jeune garçon à la chemise en lambeaux, surveille son tout petit frère qui vagit au soleil. La douceur des peaux, la lumière des sourires, appellent la tendresse. Elle est émue, je saisis les deux bambins d’un beau cadrage, Christine se dissimule sous un sarcasme grommelé. Quoi de plus émouvant qu’un enfant ? – un enfant protégeant un plus petit enfant. Il n’y a plus guère que dans le tiers monde que l’on voit cela dans ce 1989 tout neuf. La vie dure prédispose à l’affection fraternelle. C’est peu souvent le cas de nos petits égoïstes d’occidentaux exigeants et gâtés.

gamin et petit frere nepal

Le pique-nique a lieu un peu plus haut, sur une éminence d’où le paysage est magnifique. Deux gosses et six chiens queues en panache, attirés par le repas, viennent nous entourer. Nous donnons des biscuits aux chiens et des sandwiches aux gosses.

gamins nepal

Notre pique-nique est artistement disposé par les cuisiniers sur la bâche de plastique bleu. Les assiettes brillantes d’acier sont composées comme en nouvelle cuisine, selon les formes et les couleurs. Le triangle du pain de mie rompt l’arrondi du riz assaisonné, tandis que la tranche de saucisson quadrifoliée contraste par sa forme. Le jaune du fromage répond au vert des épinards et au rose de la viande. Je saisis sur pellicule cette composition d’artiste.

nepal pique nique

Nous redescendons de la colline du temple après avoir tenu une conversation sur les lingams et les Ganesh qui fascinent Christine, très rabelaisienne malgré ses études. Un petit nettoie des lampes à beurre avec un chiffon, sous les restes d’un drapeau de prières déchiqueté par le vent. Je prends une photo mémorable.

nepal gamin astique lampes a huile

Nous rencontrons sur le chemin un autre temple bouddhiste que l’on contourne dans le sens des aiguilles. Il est tout blanc, éclaboussé de chaux et de soleil, décoré de bannières imprimées qui faseyent à la brise. Nous faisons tourner les moulins à prières en cuivre et nous visitons un peu plus loin le sanctuaire peint de scènes colorées. La vitrine aux bouddhas, les lampes à beurre et les bols à eau en offrande sont là comme partout.

Dans le village qui suit, les gosses sautent de joie et nous courent après. Il n’ont pas vu beaucoup d’étrangers. Un garçon est roux : phénomène génétique ou reste du passage d’un hippie ? C’est probablement cette dernière hypothèse qui est la bonne car il n’est pas tout seul : un autre porte les cheveux clairs avec les yeux verts. Comme nous le regardons particulièrement, intrigués, il prend peur et s’enfuit en courant comme si nous avions voulu l’enlever. Il s’était aperçu qu’il nous ressemblait et il a peur que nous ne soyons venus l’enlever. Les autres enfants rient.

nomobuddha terrasses nepal

Le camp du soir est installé près d’un autre village. Une centaine de spectateurs ne tarde pas à contempler la caravane qui s’installe, avant le coucher du Roy. C’est la télé gratuite. En attendant le repas, Anne, Michel et moi accomplissons des exercices divers d’abdominaux, d’assouplissement, de coups de pied et de poing « de karaté » dans le vide. Cela amuse beaucoup les petits spectateurs. Le repas est pris sous la tente mess pour une fois : nous n’avons pas trouvé assez de bois à brûler pour être autour du feu.

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Projets des pharaons tahitiens

Le nouveau collège de Teva i uta a l’air d’être en bonne voie maintenant. On a beaucoup tergiversé : ici ? là ? Pour agrandir le golf ? Pour l’hôtel voulu par les Chinois ? Comme l’indiquait le président Fritch, « nous avons perdu le financement de l’État qui était aux alentours de 600 millions de XPF… parce que nous avons eu des retards sur le choix des terrains, et l’instabilité politique n’a pas arrangé les choses. » Il est sorti de terre, le gros œuvre presque terminé, en route pour la rentrée d’août 2016. Dix ans d’attente pour que les collégiens de Teva I Uta ne s’expatrient plus à Taravao et à Papara. Les locaux devraient accueillir 600 élèves. Le tavana de Teva I Uta voudrait que les enseignants originaires de ce district et certifiés y demandent leur mutation, que les chômeurs y trouvent un emploi pour l’entretien et la cuisine…

collégien collégienne

Sœur Anne ne vois-tu rien venir ?
– Si, je vois venir un nouveau « projet » pharaonique.
– Encore un ? Comme celui du Mahana Beach ? J’entends « Ecoparc de la Maroto ».
– Ce sera bien ?
– Merveilleux ! Deux hôtels, une cabine « téléphérique », des activités culturelles et de loisirs, un golf…
– Ce sera où exactement ?
– Au fond de la vallée de Papeanoo.
– Iiiiaaa ! Combien cela va coûter ?
– Oh ! seulement 14 milliards de XPF (1€ = 119,33 XPF).
– Ça fait beaucoup, c’est qui qui va payer ?
– Ils parlent seulement d’une vision, « le projet », ils verront après qu’on aura trouvé des investisseurs, mais que des investisseurs locaux, na.

relais de la maroto tahiti

Après le bleu du Mahana Beach avec ses 2 500 chambres voici venir le vert de l’Ecoparc Fare Fenua. Investissez, investissez. Actuellement, les trois fondateurs de la Société Ecoparc sont Dominique Auroy, Jean-Claue Teriierooiterai et Alban Ellacott. Plus de détails ? Avec plaisir :

  • Deux hôtels d’une capacité totale de 200 chambres. L’un est le Relais de la Maroto (reconstruit ou réhabilité) et agrandi, l’autre un établissement 4 étoiles adossé au golf d’altitude à proximité du barrage de Tahinu (au-dessus du fare Hape) : un golf d’altitude de 18 trous sur un dénivelé de 500m.
  • Une télécabine reliant le Relais de la Maroto au Mont Fare Fenua à 1 000 m d’altitude. Un parcours aérien de 1 900 m de long d’une dizaine de minutes pour apprécier le panorama complet de la caldeira et la vue des sommets à proximité.
  • La reconstitution d’un village polynésien à proximité des sites archéologiques ; un village artisanal ; un musée avec des espaces d’animations culturelles.
  • Un centre de thalassothérapie, centre de massage et spa alimenté par des eaux gazeuses et ferrugineuses.
  • Des chemins aménagés à la découverte des arbres et plantes de Tahiti
  • Des loisirs variés comme VTT, parapente, canyoning, baignade et toboggans naturels, luge d’été, jeux pour enfants, etc.
  • La bouffe ? aucun souci : restauration gastronomique et rapide à l’Ecoparc, au sommet du Fare Fenua, buvette à la cascade de la Maroto et au village artisanal, boutique…

Une petite précision, le Relais de la Maroto avait été construit à l’origine comme résidence des ouvriers de Marama Nui qui travaillaient à la mise en place des ouvrages hydroélectriques de la Papenoo. Les travaux ont duré 10 ans. Propriété de M.D. Auroy, le relais a été mis en gérance depuis 2 ans, il vivote dans son activité hôtelière et survit grâce à son activité de restauration pour les touristes en « safari » dans le centre de l’île.

A vos porte-monnaie ! Le peï devrait sortir 4 milliards de XPF de ses poches… tant le « projet » est séduisant ! Ouverture (prévue) en avril 2018.

Hiata de Tahiti

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Bhaktapur

La ville est médiévale d’aspect, toute en briques – mais avec le tout-à-l’égout financés par les dons allemands. Les maisons sont de brique rose, ornées de fenêtres en dentelle de bois de teck. Dans une ruelle, un paon célèbre fait la roue sur la fenêtre aveugle, tel un Manneken-Pis local. Dans de minuscules boutiques trônent les commerçants, entourés à ras bord de marchandises diverses, hétéroclites. Des gosses courent partout, joyeux ; ils jouent en liberté.

bhaktapur nepal sechage de recolte

Des pots et des plats de terre sèchent sur les pavés de brique. Ils seront cuits d’une façon particulière, à même le sol, couverts de paille, à laquelle on met le feu !

bhaktapur nepal temple

L’hébergement prévu ce soir est une guest-house qui ouvre sur la place même. Elle est traditionnelle, très couleur locale. Elle comprend trois étages, le dernier, sous les toits, ouvre directement sur la place par de jolies fenêtres ajourées. Deux lits et deux matelas par terre, sur des nattes, attendent notre sommeil. Nous buvons en attendant une bière à trois dans le bistro original bâti en plein milieu de la place comme une pagode à trois toits. La terrasse du sommet est célèbre parmi les touristes car elle donne un vaste point de vue sur le temple et sur la vie du coin. Une balade dans la ville vient compléter l’ambiance. Des enfants nous interpellent en anglais, « hello ! » qu’ils apprennent à l’école. Nous réalisons des photos entourés de sourires et de cris joyeux.

bhaktapur nepal montee au temple

La nuit tombe vite et, avec elle, le froid. Nous dînons dans le restaurant qui fait face à la guest-house sur le côté de la rue qui monte. Il est tenu par le même patron. Ce soir, le repas est Newar : des paillettes de pâte de riz avec de l’ail tibétain, des fragments de gingembre, des morceaux de viande grillée au goût de pétrole. Arrivent ensuite riz, légumes, épices. Enfin yaourt. Nous goûtons au tchang, la bière de riz locale, au goût intermédiaire entre le lait aigre et le cidre.

baktapur nepal cangumarayan

Christine nous amuse par des histoires sur son boulot au Museum d’histoire naturelle. Les vipères s’y échappent parfois, ce qui fait siffler les téléphones posés sur les bureaux lorsqu’on avance la main pour appeler. Quant au dissecteur, il est souvent dans les affres faute de trouver un endroit pour la nuit où poser son gorille mort. Au matin, les habitants du quartier dont les fenêtres donnent sur le parc, peuvent avoir la surprise de voir deux hommes porter un brancard sur lequel gît un gros cadavre à forme humaine, recouvert d’une vague toile d’où s’échappent deux bras très poilus et un crâne en forme d’obus.

bhaktapur nepal statues en bois

Nous effectuons une dernière promenade digestive, de nuit, dans une ville presque déserte. La vie s’éteint avec le crépuscule. Quelques commerçants restent ouverts sous leur lampe électrique, quelques jeunes discutent, l’air important, des chiens sont couchés en rond. Par les interstices des volets de bois des rez-de-chaussée, on peut apercevoir quelquefois des familles couchées à dix dans la même pièce sous les couvertures, à peine éclairés par une lampe à pétrole que le dernier n’a pas encore éteinte. Une musique nous attire : c’est un temple de Krishna, à l’étage d’un bâtiment de briques et de bois. Les murs sont peints en bleu vif – la couleur du dieu – des néons éclairent crûment des chromos naïfs accrochés aux murs ainsi que la vitrine aux dieux où brûlent de fumeuses lampes à beurre. Les hommes présents nous invitent à écouter les trois musiciens qui officient, sur une natte que l’on déroule pour nous. Cymbales, triangle et harmonium se composent pour la mièvrerie. Nous laissons quelques roupies pour le temple avant le roupillon.

bhaktapur nepal sculptures en bois

La nuit, en fait, est bruyante. Dès le lever du jour, des fidèles font sonner les cloches des temples alentour. À peine réveillés par un appel on se rendort à peine, et paf ! un gros « ding » ou un grand « dong » nous font sursauter à nouveau. Le bon café du petit-déjeuner compense un peu.

Nous allons ensuite visiter le palais royal, bâtisse aux 55 fenêtres avec bain royal, et nous avons le droit de regarder le temple royal (il est interdit d’y entrer). Ce temple est réservé aux hindous et gardé par de sévères militaires en armes.

bhaktapur nepal entree doree de temple

Nous déambulons dans la ville jusqu’à la place où se fête aujourd’hui le Nouvel An newar, près de la rivière. Des cochons petits et gros fouinent partout. Ici vivent les basses castes. Tara nous emmène dans un musée rempli de tankas, de quelques statues de Vishnou anciennes, et de chromos XIXe relatant l’histoire du beau Krishna tout bleu. Ce musée-singe est une imitation sans ordre ni sans vie, créé par décret parce que cela « se fait », à l’imitation des recueils de curiosités des bourgeois anglais du siècle précédent.

bhaktapur fille nepal

Nous déjeunons au même restaurant qu’hier, mais sur la terrasse. Le riz à la sauce aux lentilles accompagne le curry de légumes, avant le yaourt et le thé. Puis nous disons adieu au Nyatapola Coffee Shop et au Nyatapola Guest House, avec son petit Manghal d’une dizaine d’années, le fils de l’hôtelier toujours souriant mais qui ne parle pas anglais. Le soleil brille vif sur la ville et sur les gamins qui surgissent de partout. Nous n’avons pas l’habitude d’une telle foule de petits, en Occident et ce m’est chaque jour un étonnement. Mais « c’est l’Asie »…

Christine ne peut s’empêcher d’acheter encore, de dépenser ses roupies en bracelets, pendentifs, bols à offrande aux neuf métaux qui rendent un son cristallin, cymbalettes de méditation – tout une panoplie soixante-huitarde dont elle décorera son studio comme aux beaux jours de la mode hippie. Elle ne va pas jusqu’à acheter des coupes tibétaines faites de crânes humains bordés de métal, mais c’est tout juste. Les étals en regorgent. Ici, la mort n’a pas d’importance car la sagesse accumulée dans les existences successives permet de renaître mieux, ou d’atteindre le point où l’on peut sortir du cycle sans fin des renaissances. Durant ces débauches, je reste sur la place à chercher des photos. Passe une belle jeune fille du Népal, les cheveux tirés en arrière dégageant l’arrondi de son visage, le regard droit et le sourire volontaire. Elle me regarde la prendre, et je vois dans ses yeux que mon objectif lui évoque un autre instrument.

bhaktapur nepal fille nepal

Exit Bhaktapur. Nous prenons la grand-route pour Banepa, par Sanga. Le minibus ne fait que traverser Banepa. Nous sommes samedi et c’est une ville de marché encombrée. Les bus locaux sont archipleins.

gamins banepa nepal

Nous montons à Nala, qui voit peu de touristes ; nous nous en rendons compte parce que les gamins du cru nous suivent partout avec curiosité. Deux temples s’y dressent, l’un un peu en dehors de la ville, très fréquenté, avec un bassin central qui recueille l’eau de pluie. L’autre s’appelle Korumanahé et se situe en pleine ville. J’ai l’impression de visiter toujours la même chose : des toits superposés, des statuettes en bois, des dentelles de bois autour des statues de pierre rougies de vermillon. Et la vie alentour, que je préfère aux pierres mortes : des chiens, des chèvres, des poules, des gosses. Surtout des gosses, souples, vivants, dorés, déguenillés, statues animées à la peau tiède et lisse et aux grands yeux vifs. Un troisième temple sur notre route : c’est Pagabati, restauré de couleurs fortes. Il est dédié à Kali et peint de grandes fresques jaune citron, bleu vif et vert pomme. Il est à l’époque « en cours de restauration ».

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Guerre contre qui ?

Vendredi 20, vendredi vain ? A « déclarer la guerre » au terrorisme, ne nous trompons-nous pas de cible ? Un État fait la guerre à un autre État, pas à une nébuleuse millénariste.

Quels sont donc nos États ennemis ? – Évidemment ceux qui soutiennent le terrorisme islamique…

Et quels sont ces États ? – C’était hier l’Iran et la Syrie d’el Hassad, plus aujourd’hui. Aujourd’hui, qui finance, achète, soutien ou laisse faire le salafisme Daech ? – C’est simple : l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie. Voilà donc nos « ennemis ». Peut-être faudrait-il en prendre conscience ?

Est-ce à dire que nous allons « déclarer la guerre » à ces États ? – Pas vraiment, au sens traditionnel, mais par la politique, qui est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Et envers d’autres entités que les seuls États, notamment à nous-mêmes.

voile integral interroge sur France 2La leur et la nôtre : ils n’aiment pas ?  Nous si. Tant qu’à se faire sauter…

Femme seins nus entre 2 hommes torse nu

Cette politique passe par la diplomatie : assez de ronds de jambe envers les rigoristes qui ne supportent pas nos valeurs, assez de dérouler le tapis rouge et d’interdire les plages aux provençaux sous prétexte d’émir venant se prélasser sans qu’il veuille qu’on le voie, assez de vendre des armes et de se prosterner devant le roi dollar lorsqu’il s’agit d’exporter des avions, des missiles et des munitions.

Il y a donc une nette inflexion de notre politique étrangère à opérer d’urgence : au gouvernement, mais aussi dans le principal parti d’opposition, où Sarkozy ne devrait pas être fier de son bilan. Est-ce en cours ? Cela n’en prend pas le chemin…

Cette politique passe par l’application de la loi sur notre sol : ne pas le faire nourrit le populisme. Assez des femmes voilées intégrales se promenant impunément dans les rues parisiennes, marseillaises, toulousaines, roubaisiennes et j’en passe ; assez des mosquées financées par lesdits Émirats et par l’Arabie saoudite ou par le Pakistan ; assez des imams prêchant en arabe la haine et la violence ; assez de l’hypocrisie de l’Éducation nationale (à 67% assurée par des femmes) sur les « incidents » évidemment jamais religieux ni ethniques ; assez de la lâcheté à la RATP sur les pratiques islamiques – où d’ailleurs l’un des terroristes était conducteur de bus.

RATP collabo

Il y a donc un net durcissement de l’application de la loi à opérer d’urgence (sans faire de l’exception la norme, le droit actuel est suffisant s’il est appliqué) – pour éviter que les grands mots, votés à sons de trompe, soient aussi dévalorisés par l’absence quasi-totale de sanctions quand les textes ne sont pas respectés. Comment se fait-il que la télévision nationale ait interviewé une voilée intégrale de Saint-Denis sur l’opération de police du 18 novembre – sans même se poser la question de l’image que cela donne de la loi, de la ville, de la France ?

Cette politique passe par une dénonciation sans faille de nos erreurs mentales, intellectuelles et politiciennes : assez de la conception sociologique de la culture au nom de « la différence » des cultures : elles seraient toutes aussi légitimes sur notre sol ? Ce qui signifierait que s’enfermer dans sa religion ou ses mœurs serait « bien » tandis que s’ouvrir aux Lumières et accepter les échanges serait « mal » parce que dominateur ? Assez du rappel sempiternel à l’esclavage (disparus depuis deux siècles) et du colonialisme (disparu depuis un demi-siècle). Assez de la fausse réponse par le social et « les moyens » alors qu’il s’agit d’intégration, pour vivre vraiment ensemble, au-delà du slogan aussi niais que vain « padamalgam ». Assez du « tous pareils » et du « délit de faciès » sur les violences urbaines, la radicalisation et les soupçons de terrorisme : il faut cibler les lieux et les groupes potentiellement dangereux pour être efficace et ne pas faire « comme si » tout le monde était également beau et gentil…

Il y a donc un net changement de cap mental à commencer, surtout à gauche, contre l’irénisme, la tolérance à l’intolérable et au déni fondé sur la culture de l’excuse.

Oui, l’histoire de LA France doit devenir l’histoire partagée par les nouveaux immigrés et – plus encore ! – par les descendants d’immigrés de la deuxième ou de la troisième génération. Une histoire non fermée, qui s’inscrit dans le cadre européen et mondial, qui tient compte des autres cultures et montre comment l’une s’enrichit des apports de l’autre, sans dévaloriser a priori LA nôtre. Parce qu’elle est celle qui nous crée, celle qui est inscrite dans nos institutions et nos monuments, celle qui a établi nos fameuses « valeurs » de liberté, égalité, fraternité, laïcité, etc.

Non, la fraternité n’est pas à sens unique. Les immigrés comme les jeunes doivent se faire une place dans la société – pas se mettre en dehors et rejeter le monde entier à l’exception de leur bande sectaire aux croyances arrêtées au 8ème siècle.

Le modèle français est celui de l’homme en tant qu’universel et de citoyen ayant son mot à dire en politique : pas question de ces « accommodements » à la mode dans d’autres cultures citoyennes, par exemple celle du Canada fédéral. Nous ne sommes ni canadiens, ni en fédération ; la construction européenne ne contient encore ni le Maghreb, ni la Turquie. La conception européenne du citoyen ne saurait donc être celle d’ensembles multiculturels sans passé, comme sur le continent américain.

Tout ne se vaut pas, et le discours sociologique d’égalisation des cultures dans le salmigondis commercial du tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, conduit au nihilisme. Quand tout vaut tout, rien ne vaut. Castoriadis à propos de la première du Golfe en 1991 : « À de rares exceptions près, les intellectuels occidentaux ne se comportent pas beaucoup mieux jusqu’ici que leurs confrères musulmans. La grande majorité se tait. Parmi ceux qui s’expriment, les uns cèdent au chantage de ‘l’arabisme’, de ‘l’islam’, de la ‘culpabilité de l’Occident’, ou se laissent aller à leur haine stupide de l’Amérique, quoi qu’elle fasse, quand ce n’est pas à la fascination honteuse qu’exerce sur eux les tyrans et la force brute » (p.212 d’Une société à la dérive – entretiens).

terroristes du vendredi 13

Classe moyenne aux perspectives d’avenir qui régressent, pour 67% d’entre eux, jeunes entre 15 et 21 ans pour 63%, plus ou moins traités pour dépression à 40% – si l’on en croit l’enquête de l’UCLAT – les radicaux islamistes sont à considérer comme tels : des immatures à éduquer, des paumés à encadrer, des rebelles à désintoxiquer – qui ont choisi la cause de l’islam, encouragés par les financements saoudiens et qataris, manipulés par les anciens des services de Saddam passés côté Daech contre les Chiites mis au pouvoir à Bagdad par ces imbéciles d’Américains.

Nos ennemis, après ce vendredi 13, nous les percevons clairement : les États voyous qui financent ou laissent faire, la politique proche-orientale hasardeuse et courte vue des États-Unis depuis 1980 que nous ne sommes pas obligés de suivre, la lâcheté des administrations dont celle de la Justice sur l’application des lois, la démission éducative des profs, éducateurs et autres travailleurs sociaux, le déni idéologique de nombre d’intellos, en général très médiatiques.

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Islam historique

Ibn Khaldoun, historien arabe andalou de l’islam médiéval, est né en 1332 et est mort en 1406, à 74 ans. Il est issu d’une tribu yéménite qui a émigré en Espagne dès les débuts de la conquête, au 8ème siècle. Il connait bien sûr enfant le Coran et les hadiths, apprend le droit et la jurisprudence islamique. Adolescent, il poursuit ses études à l’université Zitouna de Tunis où il s’initie aux mathématiques, à la logique et à la philosophie auprès d’Al-Abuli, une célébrité d’époque. Il étudie également l’astronomie et la médecine. Ibn Khaldoun lit Platon, Aristote et d’autres penseurs grecs traduits en arabe.

Adulte, il obtient quelques fonctions auprès des divers sultans qui se renversent les uns les autres, ce qui lui permet de voyager. Il rencontre même Tamerlan. Mais c’est dans le Livre des exemples qu’il médite sur l’histoire universelle… précédée d’une introduction en trois volumes.

ibn khaldoun le livre des exemples

L’historien se fait alors sociologue pour conter l’essor d’une civilisation. Pour lui, le pouvoir d’un groupe tient à la cohésion sociale, souvent d’origine ethnique (les clans de parenté). Ce sont ensuite les intérêts et les comportements qui fondent une communauté, laquelle impose sa souveraineté et crée un ordre de civilisation. La religion est l’un des éléments de la civilisation, superstructure soumise (comme chez Marx) à des déterminismes matériels et aux intérêts qui en découlent. À chaque phase de l’évolution sociale correspond un type de comportement religieux. La religion n’est pas le dessein de Dieu car le sentiment religieux se dénature en même temps que se délitent les liens de de solidarité du groupe.

La dynamique du violent et du productif est à l’origine de l’histoire arabe. Ibn Khaldoun explique la conquête fulgurante par quelques milliers de bédouins d’environ 35 millions de sujets perses et byzantins jusqu’en Espagne, de 634 à 720, par l’écart entre des guerriers résolus et des peuples désarmés. Les producteurs sont riches, donc mous et pacifiques ; ils se soumettent à qui les protègent, la liberté ne les intéressent pas, seule la prospérité est pour eux essentielle. Ils font soumission donc volontiers aux loups faméliques ultra violents, qui les exploitent mais sans jamais tuer la poule aux œufs d’or. Les sédentaires sont conquis avant même que les conquérants ne se manifestent… Ainsi la France en 40.

Telle est bien cette geste mythique que « l’état islamique » tente de reproduire. Quelques milliers de djihadistes sans pitié asserviraient à « la foi » (mais surtout aux intérêts matériels des nouveaux maîtres), quelques dizaines de millions de pacifistes productifs proche-orientaux et européens, nombreux et grassement imposables. Le moyen-âge a montré combien 2% de la population pouvait s’imposer aux 98% restants si sa volonté de puissance était sans faille. Lénine a réitéré l’expérience sur l’immense territoire russe, non sans mal mais avec un certain succès. Il suffit donc d’en revenir « aux origines » de la dynamique musulmane pour retrouver la puissance et la gloire.

Mais les daechistes n’ont pas lu jusqu’au bout Ibn Khaldoun. Celui-ci note aussitôt que les conquêtes ne durent pas. Dès que l’État prédateur est installé par les guerriers pour ponctionner l’impôt, ces mêmes guerriers deviennent de peu d’utilité. Jouent alors les fameuses bases matérielles des intérêts bien compris, et c’est le système d’État qui assure la protection, plus les guerriers personnellement, qui voient s’effriter peu à peu toutes leurs solidarités claniques. Le sultan veut se dégager de sa tribu pour assurer son pouvoir personnel et appelle, pour ce faire, des sédentaires vaincus aux fonctions civiles. La violence ne peut que s’éroder avec la puissance pacificatrice de la bureaucratie d’État…

empire islam carte

L’effondrement les tribus arabes en Perse, au profit des Turcs seldjoukides, puis des Mongols avec la prise de Bagdad en 1258, a altéré la puissance des guerriers, donc la religion musulmane. C’est l’islam, dit Ibn Khaldoun, qui a créé « le peuple » arabe : leur empire historique est dû à leur foi intransigeante et exclusive. La religion s’est liée à l’État par le djihad. Mais la victoire des Turcs a brisé le lien et a rendu l’islam religion comme les autres, où la guerre sacrée est absente et où la force réside dans l’économie sédentaire. Dès le 11ème siècle, la division est consommée entre sédentaires et bédouins, productifs ou savants et tribaux violents. L’islam « modéré » est issu des marges de l’empire, des Turcs, des Berbères, des Mongols – pas des Arabes. Ainsi se crée le soufisme – tandis que le djihad reste bien l’islam originel.

Depuis 1979, l’islam radical sent donc son heure venue pour ressusciter l’élan des premiers temps, aussi apocalyptique qu’un nouveau cycle. Il s’agit de terrasser la Bête des « perversions et abominations » en obéissant à la lettre à la voix même d’Allah, sans réfléchir, car Allah sait mieux que tous ce qui est bon pour tous. L’Égypte de Sadate a trahi la cause arabe en reconnaissant Israël ; l’URSS athée a envahi l’Afghanistan, ce qui discrédite tout « progressisme » socialiste ; la révolution chiite de Khomeiny en Iran montre que le Grand Satan est un tigre de papier et qu’un État théocratique est possible ; le terrorisme de la Kaaba à La Mecque montre la naissance d’un radicalisme de pureté, attirant la jeunesse déboussolée. Tout cela durant la seule année 1979… Qui a dit que nous n’étions pas prévenus ?

L’objectif est de fanatiser les croyants par l’islam littéral, le seul « vrai islam » historique, pour en faire des guerriers aiguisés dont la violence sans borne permettra d’asservir les populations pacifiques amollies par la consommation et les loisirs, vite « choquées » par toute manifestation de pure virilité machiste. C’est ce romantisme identitaire qui rassemble la « communauté » des croyants dans le dar al-islam, tandis que tout le reste de la planète est décrétée zone de guerre : à piller et à réduire à volonté. Il s’agit bel et bien d’un projet « politique », dont l’idéologie est l’islam du seul Coran et dont l’instrument est cette fraternité utopique des « frères » unis en vol, viol et violence – allant jusqu’à forcer des petites filles de 9 ans, puisque le Prophète l’a fait.

Qui a dit que nous n’avions pas tous les éléments pour le comprendre ? Oui, l’islam historique, celui des premiers temps, encourage la violence et la haine – il faut le dire. Donc pousser les musulmans qui ne s’y reconnaissent pas (la religion est toujours dans l’histoire, elle peut donc évoluer) à dire combien ils ne sont pas d’accord. Certains le font, pas sûr que, du côté « gauche » (dont l’autre sens est « maladresse ») on ait vraiment compris. A court terme, François Hollande cause, il cause bien, mais ce ne sont encore que des mots.

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Pashupatinath

La nuit est bonne, mais pas le petit-déjeuner. Il comprend une omelette grasse, des crispies au lait d’un goût douteux, un café transparent… Brume et froid. Que ce paysage est humide ! Nous prenons le bus jusqu’à Pashupatinath, un complexe de temples au bord de la rivière Bagmati. Le soleil se lève et fait des effets de gloire avec la brume. Le complexe est construit partout, sculpté de dieux et de déesses sur toutes les faces.

pasupaninath singe au nepal

Le culte a lieu dans la rue. On se salue, on fait tourner inlassablement les moulins à prières, on sonne la cloche pour appeler le dieu ou éloigner les démons, peut-être les deux successivement, d’ailleurs. On touche la statue en trois endroits avec de la poudre vermillon. Enfin on se plaque un point rouge au milieu du front avec l’index, le tika. Fin de la cérémonie.

ados pasupanitah nepal

Ici, tout est mélangé, la prière, les ablutions, la restauration. On se lave rituellement dans la rivière aux eaux paresseuses, sales de limon et de détritus divers – mais sacrée. Un sâdhu crasseux médite au soleil ; des enfants jouent ; des vieilles vendent des légumes assises par terre.

pasupatinath ghat sur bagmati nepal

Sur le ghât crématoire, devant le temple réservé aux hindous, une famille fête un petit garçon de six mois. Il s’agit de la cérémonie du « premier riz », l’âge où il est sevré et quitte le sein pour commencer à se nourrir de bouillies. On lui a fardé les yeux comme Cléopâtre, on l’a enveloppé dans un châle safran aux paillettes brillantes. Il est tenu dans les bras. Le père réalise une photo de famille. Les touristes que nous sommes en profitent pour attraper quelques images touchantes aussi.

pasupatinath mere et babou bapteme nepal

Sur les toits des temples et des petits stupas, des singes bondissent en bandes jacassantes. Avides et sans mémoires, ils sont la parfaite illustration de ces « foules démocratiques » selon Rudyard Kipling dans Le livre de la jungle. Je comprends ici pourquoi. Certains temples sont peints. Une sorte de yéti poilu, tout noir, exhibe son sexe et sa langue, tous deux roses. Un squelette lui fait face, tracé à la peinture rouge, un symbole en point d’interrogation inversé sur le bas ventre, comme une énergie qui se relève. Ganesh, statue de pierre, un peu plus loin, reluit de sang frais ; il paraît gras et satisfait.

pasupatinath squelette sexue nepal

Pashupatinath est serré, crasseux, grouillant. Je ressens peu de sacré en ce lieu.

pasupatinath stupas nepal

Nous reprenons le bus sur la route défoncée. La voirie est en si bon état que le véhicule passe à côté des ponts ! Ils ne doivent pas être assez solides pour supporter son poids. Dans les virages, de grands coups de klaxon préviennent de l’arrivée du monstre : femmes, vaches et gosses, rangez-vous ! On traverse des villages typiques dont la vie se passe dans les rues, même un 30 décembre, comme aujourd’hui, dans le froid et l’humidité. Tara nous parle de temples. Elle a des expressions fleuries en français, comme « elle avait trouvé tous les moyens de faire sa crise », avouant d’ailleurs « je parle de mal en mal ».

pasupatinath au matin nepal

Au temple de Bairajogini, elle nous montre une sculpture de « marin monstre ». Ce personnage fantastique qui a arpenté toutes les mers du monde s’avère un gros cétacé, un monstre marin bien traditionnel. Pour accéder au temple, il faut monter à pied un interminable escalier. Une bande de gamins s’est mise à danser autour du bus. Un jeune nous accompagne quand nous sortons. Il parle anglais et s’appelle Rassendrar. Il a 16 ans, me dit-il. Il est gentil, bien vêtu, les traits réguliers, l’air d’un gamin grandi trop vite, pas très mûr pour l’âge qu’il donne, et je ne sais pas trop ce qu’il fait dans la vie. Des singes sautent partout de murs en murs, nourris le samedi par les fidèles. Le temple est leur demeure.

pasupatinath tire langue gamin nepal

Nous essayons le « trou des péchés », un rocher percé d’une lucarne où, si l’on parvient à passer le corps, on est purifié. Annie manque de rester coincée, mais Lily passe. Seuls les gamins n’ont aucun problèmes, ils sont purs d’office ! Un moine nous ouvre un petit sanctuaire dédié à un sage récent qui a reçu la foudre. L’autel est garni de gadgets en vitrine, une photo, des lampes à huiles devant elle, des fleurs, un plateau à offrandes rempli de grains de riz flanqués de quelques billets. Les cercopithèques, copains de Christine qui en a disséqué d’autres, s’épouillent et se chamaillent parmi les sculptures en bois des toits. Un peu plus bas, des fidèles accomplissent encore des sacrifices d’animaux à Kali. La déesse aime le sang. On peut apercevoir son rocher d’offrande, rouge et nauséabond et des restes de plumes sanglantes par terre.

pasupatinath nepal

Nous reprenons le bus, puis marchons un peu à pied, vers le village de Sakhu. Les boutiques sont ouvertes sur la rue, des enfants grouillent partout, des légumes sèchent à terre, des temples s’élèvent dans tous les coins. Ici, il y a des couleurs. Christine a une théorie sur notre déception à propos des couleurs du Népal, qui ne sont plus ce qu’elles étaient. Muriel Cerf a écrit son livre dans les années soixante-dix, au moment où l’occident ne s’habillait que de couleurs ternes, bien austères et bien bourgeoises (qui sont revenues dès le milieu des années 1990, d’ailleurs). D’où son étonnement de se trouver plonger dans cet appendice de l’Inde où les vêtements sont vifs et bigarrés. Aujourd’hui (1988), la mode d’Occident a adopté les mauves et les roses vifs rapportés par les ex-routards reconvertis dans la pub. Le contraste apparaît donc moins grand. Et les gens importent des jeans et des tee-shirts de l’Inde au lieu de s’habiller de tissus traditionnels, ce qui renforce la fadeur que nous percevons. Le raisonnement est séduisant.

pasupatinath garuda nepal

Nous montons au temple de Cangunarayan et pique-niquons juste avant de l’aborder, dans la montée. Le temple est superbe, en carré avec un sanctuaire central très sculpté. Des adolescents font de ce temple un but de promenade. Le site est beau, on y rencontre les autres. Nous descendons ensuite vers Jhankel, parmi les rues non pavées où s’affairent les locaux. En stop, nous empruntons la benne d’un camion qui passe, puis le bus nous rejoint et nous conduit à Bhaktapur.

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Au nom d’Allah le très haut, le tout miséricordieux

Eh oui, au-delà des huit terroristes dont cinq Français arabes mal dans leur peau issus de la délinquance, c’est bien d’islam qu’il s’agit… Plus de 130 morts et plus du double de blessés, malgré le raté du stade de France. Paris touché au cœur de son métissage bobo dans les quartiers mélangés du nord-est, Paris « la capitale des abominations et de la perversion », où « des centaines d’idolâtres » étaient réunis « dans une fête de perversité » selon le communiqué de Daech : ne voilà-t-il pas une conception de la religion comme quelque chose qui exclut plutôt qu’elle n’unit ?

Religion ou secte ? Si la religion unit les peuples et vise à l’universel, cette religion-là, l’islamique intégriste, salafiste issue du wahhabisme saoudien, est réservée aux seuls croyants, à ceux qui lui font allégeance. Miséricordieux, Allah ? Pour ceux qui se font sauter, ils le souhaitent ardemment, mais seulement pour eux – car ils imaginent aller direct au paradis peuplé de houris et d’éphèbes, où tout ce qui est « interdit » ici-bas est permis en-haut. Pour cela, il faut quitter ce monde mais, comme le suicide est trivial et mal vu, il faut le parer les palmes du martyre, entraîner avec soi des dizaines de mécréants comme hier les tribus ramenaient leurs lots de captifs voués à l’esclavage. Mais oui, c’est toujours bien de l’islam qu’il s’agit.

paris attentats du vendredi 13 novembre 2015 carte

Certes pas la version policée par les siècles de réflexions des érudits, mais celle des origines, toute à feu et à sang, où tous les autres, ceux qui ne croient pas comme vous, sont à zigouiller sans merci. Du temps où la gauche pensait (temps aussi lointain que celui où les bêtes parlaient), Cornélius Castoriadis le disait du communisme, cette autre religion dévoyée dans les massacres de masse. Pour sa démonstration contre, il prenait en exemple le christianisme, aux Évangiles pourtant nettement moins vengeurs que le Coran. Lui l’économiste de l’OCDE, psychanalyste et philosophe né Grec à Constantinople, devenu communiste pour résister aux nazis dans la Grèce de 1941, puis émigré à Paris où il rejoint les rangs trotskistes (comme Jospin) devant le cynisme antidémocratique du Staline après-guerre – lui n’avait pas de leçons à recevoir des » pseudo-intellos » (comme dit la ministre de gauche) qui ne lui arrivent pas à la cheville. « Pas d’amalgame » ? Nous attendons toujours la réforme de l’islam, comme fut celle du christianisme.  Castoriadis :

« Il faut aussi parler du destin historique du marxisme. Il est étrange de voir des gens qui se proclament marxistes ou veulent ‘défendre Marx’ et ignorent avec acharnement cette question. Pourrais-je discuter du christianisme en disant : ‘l’Inquisition, je m’en fous ; le pape, c’est un accident ; la participation de l’Église catholique à la guerre civile espagnole aux côté de Franco, ce sont des prêtres empiriques. Tout cela est secondaire par rapport à l’essence du christianisme, laquelle se manifeste dans telles phrases des Évangiles’. Le christianisme est une réalité sociale et historique instituée depuis deux mille ans : cette réalité, certes infiniment complexe et ambiguë, a quand même une signification que je ne peux à aucun moment ignorer ». Substituez islam à christianisme et vous aurez « la réalité sociale et historique » de l’islam – n’en déplaise aux bobos de gauche qui veulent tout minimiser au nom d’on ne sait quelle synthèse politiquement correcte.

Castoriadis poursuit : « Je ne peux pas faire autrement quand il s’agit du marxisme. Certes, il n’a pas deux mille ans, il n’en a que cent vingt (à la date d’écriture, en 1974), mais dont les soixante derniers sont historiquement très lourds. La réalité du marxisme est d’abord, à un degré écrasant et qui prime tout le reste, qu’il est l’idéologie dont se réclament les régimes d’exploitation et d’oppression totalitaire qui exercent leur pouvoir sur un milliard d’hommes et de femmes » p.55. Même chose pour l’islam : quelques dernières années « très lourdes » historiquement, « réalité d’oppression et de totalitarisme » sur les jeunes et sur les femmes principalement. Il n’y a de religion qu’incarnée, qu’elle soit chrétienne, musulmane ou communiste. On ne juge les arbres qu’à leurs fruits. Et c’est bien de l’islam qu’il s’agit.

Toute croyance est comme une drogue pour oublier sa faiblesse et son mal-être, toute croyance offre le refuge imaginaire où abdiquer sa liberté, dont on a peur. La croyance, qu’elle soit juive, chrétienne, musulmane, communiste ou autre, euphorise à petite dose, elle aide à supporter sa vie lorsqu’elle apparaît trop minable. À forte dose, elle conduit au délire, à quitter la réalité ici-bas pour le rêve en-haut, à mépriser la vie humaine et à désirer mort et destruction, souvent par compensation : ce qu’on n’ose désirer, il faut le détruire. Le Paris bobo du mariage homo ? La mixité festive ? Le sport qui unit blacks-blancs-beurs ? Il faut faire sauter toutes ces « perversions » dans des déluges de feu, comme Sodome et Gomorrhe.

Pour la secte islamique de Daech, la stratégie est d’utiliser les ressortissants d’un pays « impie » pour susciter une guerre civile dans ce « ventre mou » occidental qu’est l’Europe. Où l’islam est inféodé aux conservateurs algériens ou financés par des imams (parfois) fanatiques des Émirats et d’Arabie saoudite. Les États-Unis savent se défendre, on l’a vu en Afghanistan, en Irak, avec l’éradication de Ben Laden. Mais l’Europe ? Trop peu, trop tard, trop gênée par la culpabilité ex-coloniale et par la naïveté chrétienne (belge) ou de gauche (française). Utiliser les néo-musulmans des banlieues et des campagnes, pour près de 40% d’ex-cathos en manque de repères et d’obéissance, comme une cinquième colonne pour susciter lynchages, pogroms et montée du Front national, pour dresser basanés contre blancs, laïcs contre croyants – voilà ce qu’ils veulent. Sans parler de punir « au nom d’Allah le miséricordieux » tous ceux qui s’opposent à leur état islamique autoproclamé : Russie, Turquie, Liban, France. L’internationale de la terreur est l’autre nom du Komintern islamique. Car c’est bien toujours d’islam qu’il s’agit.

Le choix d’un vendredi 13, est-ce un hasard ? Il est curieux que personne, à ma connaissance, ne l’ait mentionné : le vendredi est le jour de la mort du Christ, où Adam et Ève furent chassés (dit-on) du paradis, où Caïn tua Abel, où Hérode fit massacrer les Innocents… Vendredi est le jour où débute le Sabbat et où surgissent démons et spectres. Selon la coutume arabe, il faut commencer les labours le vendredi : ce qui laisse augurer une suite aux attentats de Paris… Le 13 est le chiffre de la Cène où le treizième convive, Judas, trahit le Christ pour trente deniers. C’est aussi dans le treizième chapitre de l’Apocalypse que sont évoqués l’Antéchrist et la Bête. Est-ce vraiment un hasard pour ces « croyants » pénétrés de l’eschatologie du Livre ?

cornelius castoriadis une societe a la derive

Dans un autre texte, datant de 1992, Castoriadis parle de l’islam. « Que faut-il dire des autres ? Ceux qui, par exemple, sont prêts à tuer ceux qui ne pensent pas comme eux ? À tuer Salman Rushdie ? Est-ce qu’ils sont ‘inférieurs’ ? On dira aujourd’hui qu’ils sont différents. Mais nous ne pouvons pas tenir ce que nous pensons de la liberté, de la justice, de l’autonomie, de l’égalité, en nous contentant de parler de ‘différence’. C’est ce que fait pourtant l’immonde salmigondis pseudo-gauchiste, ou pseudo-démocratique contemporain, qui se limite justement là-dessus à des bavardages sur cette «’différence’. Il y a des gens qui croient à la liberté et à la démocratie, et puis il y a des gens qui croient qu’il faut couper les mains des voleurs. Les Aztèques faisaient des sacrifices humains. Est-ce une simple différence ? (…) Nous voulons instaurer une société autonome, et si nous le voulons, c’est évidemment que nous la jugeons préférable à toute autre forme de société actuelle ou envisageable, donc (…) supérieure. Mais sachant ce qu’est l’autonomie, et ce qu’elle présuppose, il ne nous passerait pas par la tête de vouloir l’imposer par la force aux autres. Il y a une fine crête sur laquelle aussi bien dans le présent que dans un avenir moins déplorable (…) nous devons marcher » p.123.

Nous devons être plus durs en ce qui concerne nos libertés, dont la première est la liberté d’expression.
Plus durs sur les valeurs qui sont les nôtres, laïcité et place des femmes.
Plus durs envers les iréniques, les cépaleurfôte, les protecteurs des pôvres ex-colonisés (le dernier il y a deux générations) qui ont bien « le droit » à la « compréhension » s’ils se vengent.
Plus durs contre toutes les croyances et leurs dérives sectaires.
Plus durs envers les imams qui prêchent la haine, l’islam qui ne se réforme pas et pour les voyous qui entassent des armes pour venger leur inaptitude.
Plus durs et plus clairs dans notre politique étrangère, parfois menée un peu trop légèrement, sans souci des moyens nécessaires ni des conséquences.

Pour le reste, François Hollande fait le boulot, il a enfin compris : consulter, décider, exposer – et agir vite – enfin !

Cornélius Castoriadis, Une société à la dérive – entretiens, 2005, Points essais 2011, 390 pages, €10.30

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Stupa de Bodnath

Un minibus nous attend ensuite pour nous conduire à Bodnath, que nous évoquions ce midi. Les porteurs ont fait déposer nos bagages à l’hôtel Tara Gaon.

grand stupas de bodnat nepal

Nous visitons alors le grand stupa. C’est une coupole couleur d’œuf d’autruche qui évoque une pièce montée munie de deux yeux bridés qui nous regardent. Le nez en forme de point d’interrogation nous questionne. Les tissus à prières attachés aux mâts alentour claquent à la brise. L’énormité du monument, ces yeux peints, ces symboles, sont fascinants. Comme la vie qui continue à son ombre. Des gamins jouent en bandes sur les terrasses.

troisieme oeil de bodnat

Autour du monument s’ouvrent des boutiques de souvenirs où l’on fait le plus prosaïque commerce. Des scènes de rue pittoresques témoignent que l’on n’est pas ici dans un équivalent de Lourdes ou de Saint-Pierre de Rome. Le sacré participe de la vie quotidienne. C’est ainsi que s’ouvre, en face d’un temple, une boutique à l’enseigne de « Bouddha Provision Store », un bazar empli de caisses de bières et de boites de conserve. Il est envahi de petits enfants qui jacassent et qui jouent sur ses marches ouvertes sur la rue.

bouddha provision store bodnat nepal

Nous assistons en spectateurs à la cérémonie du soir d’un petit temple bouddhiste qui s’ouvre sur la place du stupa. Les prières chantées sont répétitives, rythmées par le tambour, que viennent supplanter parfois les sons discordants des trompes tibétaines et des cymbales. Les moines regardent ailleurs tout en psalmodiant, et même rient, l’esprit ailleurs.

temple sculpte a bodnat nepal

La cérémonie est un rite qui doit être accompli, pas une prière personnelle. Répéter vaut, l’attention n’est pas requise. Nous laissons quelques billets en offrande, dans la fumée d’encens et l’odeur du beurre qui grésille autour des mèches.

monastere tibetain bodnat nepal

Nous visitons un peu plus loin un monastère tout neuf en béton. Dans l’oratoire fraîchement repeint, les couleurs explosent dans des scènes naïves et criardes. Dieux et démons sont emmêlés (comme dans la vie ?), un grand Bouddha au visage de terre est vêtu d’or et de pierres précieuses, lui qui a tout quitté pour aller méditer nu. Il trône maintenant vêtu en prince derrière une vitre.

bouddha de bodnat nepal

Le moine en robe grenat qui nous explique le temple ne parle pas népali mais tibétain et anglais. Il est à Bodnath depuis trois ans seulement et fait partie de ces réfugiés tibétains qui se sont installés au Népal pour exercer librement leur culte, sévèrement contrôlé par les envahisseurs chinois du Tibet. Un moinillon de 14 ans le rejoint, glissant silencieusement sur ses pieds nus. Lorsque l’adulte s’aperçoit de la présence de l’enfant, il lui presse discrètement les mains. Geste de tendresse pour un filleul exilé comme lui en terre étrangère ; geste de maître pour son disciple.

moine tibetain bodnat

On assiste souvent à des gestes d’affection de ce genre en public, entre adultes et enfants ou entre pairs, les mains sur les épaules, la prise des deux mains, la pression d’une main sur le bras, la caresse de la nuque ou des cheveux. Tous ces gestes de gentillesse et d’abandon que nous n’osons plus faire dans nos pays coincés par la morale judéo-chrétienne. Cela « pourrait » être mal interprété par les pisse-froid qui ont la hantise de leurs propres pulsions et s’empressent de les voir chez les autres, complaisamment. Un « toucher » peut-être trop animal pour nos conceptions binaires du Bien et du Mal, de l’Esprit et du Corps, du Pur et du Sale – toutes ces inepties sorties de la Bible ?

gamin demi nu bodnat nepal

Le soleil se couche. Il fait tout de suite froid, bien que nous soyons largement redescendus en altitude. Des gamins, pauvrement vêtus, ne portent parfois qu’une veste sur leur poitrine nue. L’hôtel est confortable et nous change de la tente, mais il n’a pas de douches chaudes.

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A boire et à manger à Tahiti

Qui veut des escargots au beurre aillé ? C’est à Rimatara (Australes) que cela se passe. En apparence, ce sont des escargots géants, venus d’Afrique, qui ont envahi les plantations. Et quand on sait que les Australes sont le garde-manger de Tahiti, il y a de quoi s’inquiéter. Les habitants de l’île se sont mobilisés pour éradiquer cette espèce qui ravage les champs et qui met l’escargot endémique (partula hyalina) de Rimatara en grand danger.

escargot beurre ail

On ne connait pas l’origine de la présence de ces escargots africains, escargots géants (Lissachatina Fulica) qui mesurent environ 8 cm de long, mais peuvent dépasser les 20 cm pour un poids qui peut aller jusqu’à 1,5 kg. Ce morfale dévore les tomates, les pota (bettes chinoises), les choux, les salades et les escargots de Rimatara, ces escargots endémiques qu’utilisent les Mama pour confectionner les couronnes de coquillages. Qui a introduit ces bestioles ? Nul ne le sait mais ON accuse une femme d’un village qui aurait… En principe, toute plante, fruit, graine quittant Tahiti pour les îles doivent passer par le phytosanitaire ! Ce sont plusieurs tonnes de ces vilaines bébêtes qui ont été ramassées par les habitants et ont fini leur vie sur une plage d’Amaru dans un trou recouvert d’eau de mer. Pourvu que la Société protectrice des animaux ne soit pas mise au courant !

Des sacs pour fruits et légumes réutilisables ? Une bonne idée éco-citoyenne ! Après les sacs de courses réutilisables, voici ses petites sœurs pour les fruits et légumes. L’idée vient de la fondatrice de Green ID qui ne compte pas s’arrêter là. Ces sacs sont blancs, en maille polyester, légers, lavables en machine. [Pas très biodégradable ni recyclable, le polyester… pas très écolo / note Argoul]. Ils sont doublés en leur centre d’un carré de coton décoratif qui permet de coller l’étiquette après la pesée. Il existe 5 motifs différents sur les carrés de coton : une feuille et un fruit de uru, une tortue, un tiare, une carte de Tahiti et un hibiscus.

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De l’eau potable, où ça ? Ben à Bora Bora la perle du Pacifique ! Depuis le début de l’hiver austral il a beaucoup plu mais nos robinets ne nous donnent pas une goutte d’eau. A Bora Bora ils ont de l’eau douce. Les 10 000 habitants de l’île et les 100 000 touristes annuels bénéficient d’eau potable ! La première usine de dessalement d’eau de mer y a été installée en 2001. Deux autres unités ont été installées depuis. Bora Bora ce sont 11 hôtels, dont 8 sont classés LUXE, 4 et 5 étoiles. Pas question de priver d’eau potable à gogo cette population habituée à un confort absolu. Il en allait de la réputation mondiale de Bora Bora. Mais tout cela a un coût – un coût élevé. Ici, l’eau au robinet est l’une des plus chères de Polynésie : 65 XPF le m3 pour la tranche sociale jusqu’à 10 m3, puis 165 XPF au-delà des 10 premiers m3 et même 800 à 900 XPF pour les très gros consommateurs, les hôtels. Le dessalement de l’eau de mer par osmose inversée est une technique coûteuse en maintenance et en énergie. Il faut 3 m3 d’eau de mer pour tirer 1 m3 d’eau douce et surtout, quand 1 m3 d’eau douce nécessite, par les moyens classiques, 3,7 Kw pour devenir potable, l’osmoseur en consomme plus.

Hiata de Tahiti

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Autres temples népalais

Le petit-déjeuner d’œufs frits, de toasts et de thé au lait nous leste pour la (demi)-journée. L’étape début par une descente en forêt jusqu’au monastère de Nage Gompa (gompa veut dire monastère) où nous accueille une nonne bouddhiste en robe grenat. Elle s’est faite moniale à l’âge de treize ans.

ferme valle de katmandou nepal

Un vieil édenté tourne inlassablement autour du monastère, un moulin à prières tournoyant lui-même à la main, en marmonnant une suite presque inintelligible des syllabes sacrées qui tournoient : « Aum mani padme aum ». « Aum » est la fin et le commencement, le cosmos. « Je salue celui qui est assis sur la fleur aux mille pétales ». Dans le monastère, derrière une vitre, figurent Bouddha, le Sakyamouni historique, Padmasambhava qui a porté le bouddhisme au Tibet et est représenté avec de fines moustaches, et le Karmapa, chef d’une secte tibétaine bouddhiste. Les temples comprennent toujours une multitude de figures sacrées. Tara nous dit que dans les Vedas il y aurait « trois milliards » de dieux ! (Je n’ai pas vérifié, c’est un peu long à compter).

nepal tara nage gompa

Elle nous explique un peu le bouddhisme, à cette époque, je n’y connaissais presque rien. Le Bouddha historique est né au Népal, dans le sud du pays. Sakyamouni est son nom, il signifie le maître (mouni) du clan Sakya. Son prénom est Siddartha. « Bouddha » signifie l’Éveillé, celui qui a pris conscience, « bodi » est l’intelligence. Il était prince et a eu une illumination à seize ans en découvrant la réalité de la vie : la maladie, la vieillesse et la mort. Il n’a eu alors de cesse de découvrir la vérité de l’existence et de méditer sur la sagesse qui permet de sortir du cycle des renaissances et des morts. Quant à Krisna, le bel adolescent représenté en bleu qui séduit les bergères, il est la huitième incarnation de Vishnou. On le fête au Népal mais la secte connue en occident est une invention américaine, selon Tara. Les fidèles effectuent dans le temple une offrande de beurre de yack qu’ils font brûler dans des bols à l’aide d’une mèche. C’est fumeux et nauséabond, surtout lorsque le beurre a ranci. Mais la lumière est belle, petite et animée comme une âme, flamme vivace qui symbolise l’espérance.

Dans le temple, avant de le quitter, Tara allume une bougie pour chacun d’entre nous, devant les bols à offrande emplis d’eau pure, offrandes miroirs où chacun fait venir ce qu’il veut.

nepal panorama

À la pause de midi, Tara poursuit sur le bouddhisme et ses monuments. Nous irons voir le grand stupa de Bodnath. Autour du stupa il y a beaucoup de moinillons. Ils vont à l’école au Népal jusque vers 13 ou 14 ans et choisissent ensuite s’ils veulent devenir moines ou pas. L’intérieur n’est pas creux malgré ses dimensions imposantes. On ne peut pas y pénétrer, c’est le domaine de Bouddha. Mais on peut en faire le tour et même monter dessus. Avant, on fait une offrande à Arati, déesse mère qui protège les enfants des maladies, et à Ganesh, le dieu à la tête d’éléphant qui plaît beaucoup à Christine pour son air débonnaire. Fils de Shiva, Ganesh est dieu du savoir, de la vie, de la famille. Il est heureux, ventre rebondi, bonne tête de pachyderme souvent entourée de fleurs. Sa fête est la plus importante de l’année pour les hindouistes. Il est alors emmené en procession sur un char décoré de feuilles et de fleurs. On jette devant lui des noix de coco. Symboles de persévérance, ces fruits évoquent aussi les difficultés que l’on doit briser. L’hindouisme, comme Gide, recommande de faire craquer ses gaines.

nepal ferme

Le repas est préparé par nos cuisiniers qui suivent le trek à pied en emportant sur leur dos tout leur matériel. Ils nous ont préparé ce midi une assiette traditionnelle de riz et de légumes mijotés au curry, de fanes vertes cuites à l’eau comme des épinards, et la viande. Le soir, il s’agit de vrais morceaux ; à midi elle consiste en provision apportée depuis la France : saucisson, jambon séché ou fromage. Les plats repassent toujours, la tradition est de deux services coup sur coup. Christine en reprend à chaque fois et je lui en fais malicieusement la remarque. Son tour de taille et sa carrure sont déjà marqués par l’embonpoint et elle risque de finir son existence sous la forme d’une barrique, lui dis-je avec emphase. Elle rit et reprend du dessert, ce qui ne porte pas à conséquence puisqu’aujourd’hui ce sont des quartiers d’oranges épluchés par nos cuisiniers aux petits soins mêlés à des quartiers de pommes. La marche donne soif. Nous buvons du thé avant le repas, puis après. À ce régime et avec l’humidité ambiante, l’eau de la gourde est presque inutile la journée. Les étapes de marche sont courtes et faciles. Dans ce trek, nous sommes gâtés. Les sherpas qui nous accompagnent la journée vont devant et derrière le groupe pour que nul ne se perde. Si quelqu’un a envie de pisser, il est attendu.

nepal valle katmandou thana dara

Nous descendons vers Katmandou par la crête du Dana Dara. Le bassin où se situe la ville est dans la brume. Le soleil la fait lever peu à peu, à mesure que la journée avance. Un soleil fort lorsque nous sommes au-dessus des nuages. Nous traversons quelques fermes réduites à un bâtiment d’habitation devant lequel s’étend une cour sur terrasse. Nous pouvons sacrifier aux photos typiques de gamins et de paysannes. Je ne peux cependant m’empêcher de songer que la prise de vues en ligne à cinq ou six à la fois, fait un peu vautour. Seule Françoise est plus naturelle. Elle parle, elle sourit, elle caresse les enfants, fait des gouzis-gouzis aux bébés, flatte les mères – et prend la photo. Cela passe mieux. Mais Françoise est une maîtresse femme, elle est plus âgée que nous, dirige une boutique de mode masculine chic dans Paris, place de la Madeleine, et finance la scolarité d’un enfant népalais dans un village international du pays.

gamin en guenilles nepal

Je me contente de sourire et c’est déjà plus détendu. Je pratique comme je peux cette forme de relation-minute à mesure que nous passons. C’est ainsi que je capte la photo d’un petit en tongs, manches arrachées, col déchiré et pantalon informe, mais l’air grave et le teint caramel. Il est nu sous ces hardes, mais chaud et heureux. Heureux d’exister, tout simplement. Cette évidence me pénètre tandis que je lui souris et que je vois son visage soudain s’éclairer comme l’aurore sur la montagne.

nepal temple gokarneswar

Le temple bouddhiste de Gokarneswar est très simple, élevé au bord de la rivière Bagmati, eau sacrée où se font les crémations parce qu’elle se jette dans le Gange. Une bande d’enfants rieurs nous accompagne. Un gamin assez beau d’à peu près dix ans porte une boucle en or à l’oreille gauche. Non sur le lobe, mais au sommet. Tara me dit que c’est un porte-bonheur que l’on met aux enfants très tôt et qui est réputée chasser les maladies.

gosses nepal gokarneswar

Le temple est soutenu par des poutres de bois sculpté et entouré de statues en pierre de divinités. On fait le tour de l’édifice dans le sens des aiguilles d’une montre pour aider la création à tourner dans les normes. Ce bois ouvragé est superbe. Tara raconte chaque scène, mais on se perd vite dans ce foisonnement innombrable du panthéon local.

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