Voyages

Les corps chantent à la plage

L’été venu, la pluie éloignée, les plages se peuplent. Mais la foule est communautaire, il s’agit de se retrouver « entre soi » dans un songe primitif.

1 plage encombrée
Ce pourquoi tout ado, plus sensible qu’enfants et adultes, joue au sauvage, nu entre le ciel et l’eau.

2 ado nu plage
Les filles se vêtent plus, malgré les années 70 la mode des seins nus ne prend plus, à cause des intégristes coincés cathos, juifs et musulmans qui craignent leurs désirs et adorent interdire aux autres ce qu’ils seraient avides de faire eux-mêmes. Intégristes contre intégral.

3 adolescente seins pomme
Seuls les garçons sont plus libres, dans les religions du Livre.

4 adolescents torse nu
Les filles restent entre elles, en bikini quand même.

5 filles bikinis
Les rencontres entre sexes sont datées, c’est dommage, le baiser seins nus était parfaitement érotique.

6 baiser seins nus plage
Aujourd’hui, les garçons prennent le pas sur les filles. « Sur la plage, la société s’exhibe, se regarde, s’entre-regarde et se met en scène pour elle-même, hors de tout contexte » disait il y a 20 ans le sociologue Jean-Didier Urbain.

7 garcon nu contre fille
Hors la plage, on peut se mettre nu, entre soi, comme sur un bateau où les mousses s’ébattent libres au soleil.

8 mousses nus aux homards
Sur la plage, on cache sa nudité intégrale dans le sol, pour faire corps avec la terre, là où s’y mêle la mer.

9 nu dans le sable
L’on se vêt de sable, d’eau ou seulement de lumière.

10 garmins jouant torse nu
Les filles défilent en maillots de bain colorés pour attirer et serrer, chaleur qui se met en valeur.

11 seduire hot
De quoi faire rêver l’ado ému par les hormones.

12 reve nu ado
Ou les ado filles au vu des formes athlétiques sous les habits mouillés.

13 jeunesse mouillee
Mais on ne voit plus guère les seins nu rissolant au soleil, comme les parfaits œufs au plat en petit-déjeuner…

14 seins nus plage

Je vous offre donc aujourd’hui un peu de rêve – même si les photos ne sont pas toutes de moi.

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Indépendance ou assistanat à Tahiti ?

150 militants du parti indépendantiste d’Oscar Temaru ont participé il y a quelques jours à la quatrième étape du Tavini tour, une marche en l’honneur du premier anniversaire de la réinscription de la Polynésie française sur la liste des territoires non autonomes de l’Organisation des Nations unies. Les pancartes « Pas de Justice, Pas de Démocratie » fleurissaient sur le parcours ainsi que des drapeaux des Nations Unies et on redit toujours les mêmes phrases du style : « Justice coloniale, nous voulons être libres, notre prison est remplie de petits voleurs tandis que ceux qui ont volé des milliards, etc, etc. Mais aussi : il faut continuer à profiter des fonds européens car on a encore beaucoup de travaux à réaliser, et l’Europe est aussi une opportunité pour aller porter notre message hors de l’océan Pacifique ». Le Tavini Tour s’est terminé en apothéose à Faa’a mais, sur les 5 000 sympathisants bleu ciel attendus, il n’y en avait qu’un millier. L’expert indépendant en matière de gouvernance et de développement constitutionnel auprès de l’ONU, Carlyle Corbin était présent à ce premier anniversaire. Ma vieille tête mélange un peu tout, ils veulent l’indépendance (c’est tout à fait leur droit) MAIS avec les sous de la France et de l’Europe. Ils clament pourtant partout qu’ils sont Ma’ohi et que leur pays est aussi grand que toute l’Europe. C’est à ne plus rien comprendre ou alors je ne pige rien !

Justice – coloniale bien-sûr : 28 ans de réclusion criminelle dont 18 ans de période de sûreté pour l’assassin marquisien d’un globe-trotter allemand. Une version invraisemblable où les 95 kg de muscles du charmeur des Marquises reconnaissaient avoir tué d’une balle dans la tête et brûlé le corps d’un Allemand pas trop baraqué, qui faisait le tour du monde avec sa compagne. Et cela parce que ce dernier l’aurait « violé ». A l’époque des faits, la presse internationale avait parlé de cannibalisme.

trois vahines seins nus

Loi des séries ou pas, une touriste allemande s’est fait violer à Rurutu (Australes). Pas très bon pour le tourisme tous ces faits divers au moment où Gaston Flosse et son gouvernement mettent le paquet pour les attirer – les touristes. Aux dernières nouvelles, l’agresseur a été arrêté, il était déjà connu de la justice pour des faits similaires. Il s’est suicidé en prison dès la première nuit de son enfermement.

Nouvelle tragédie conjugale, une mère de famille meurt sous les coups de son mari à Fangatau (Tuamotu). Fangatau, 5,9 km² de terres émergées, 11,1 km² de lagon, pas de passe, 135 habitants en 2002, tous catholiques, vivent du coprah. Une femme de 37 ans, mère de trois jeunes enfants, avait rejoint avec son tane (mari, homme, concubin) au village où une bringue était organisée. L’alcool, les disputes, violemment frappée par son tane, elle chute sur le sol et ne se relève pas.

A Faa’a, la communauté adventiste a organisé, en avril, des journées « vie de famille » avec le soutien de la mairie de Faa’a et la Direction des Affaires sociales. Sujets abordés : « Le rôle du père de famille auprès de son fils ; l’importance du respect de soi, des autres et de la jeune fille pour les ados ; bien-être et estime de soi pour les jeunes femmes ». Les enfants étaient pris en charge pour jouer calmement et les 34 petits jouissaient d’une nurserie afin de soulager les mamans. Un déjeuner en commun pour ces 70 familles, puis un concert avant de regagner leurs foyers avec comme cadeau un sac de vivres. La prochaine journée « Vie de famille » aura lieu en mai. Faa’a est la commune la plus peuplée de Tahiti, et un grand nombre d’habitants y vivent entassés dans des bidonvilles…

fleur 2

Le Kura Ora II est à quai à Papeete depuis plus d’une dizaine de jours pour effectuer des réparations urgentes et les atolls des Tuamotu meurent de faim. Le bureau Veritas a imposé d’effectuer des travaux indispensables sur cette goélette bloquée à Papeete. Les atolls attendent désespérément les marchandises commandées. Quant à mourir de faim cela semble très exagéré car il y a des cocos, du poisson. Evidemment les cartons de cuisses de poulet sont absents des rayons de la supérette, le lait pour les enfants manque, le fret par avion est très cher. C’est l’atoll de Raroia et celui de Takume qui crient le plus fort. Ce qui inspire P’tit Louis : « Tu t’rends compte, à Takume ils n’ont plus que du kaveu (crabe de cocotier), du poisson, du uru (fruit de l’arbre à pain), et du lait de coco ! A cause du bateau » et l’autre de répondre « Hé ! la situation est pratiquement désespérée, on se demande même s’ils vont survivre ! ». Aux dernières nouvelles, c’est le Tahiti Nui 1 (bateau de la flottille administrative) qui devrait assurer la desserte, le bateau incriminé n’étant toujours pas remis en état de naviguer.

Hiata de Tahiti

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Bill Bryson, American rigolos

bill bryson american rigolos
Après 20 ans en Angleterre avec femme (anglaise) et enfants (mixtes), l’auteur de chroniques magazines est de retour dans la grande Amérique, son pays natal déjà chanté dans Ma fabuleuse enfance. Il a de quoi être dépaysé ! C’est d’un regard neuf – d’Européen – qu’il regarde désormais ses compatriotes. Démocrates jusqu’au ridicule, les zétasuniens (comme aiment à dire les journalistes proches des services de renseignements) apparaissent comme de gros bêtas qui prennent leur voiture pour aller dîner chez le voisin à trente mètres, laissent allumées lumières et ordinateur toute la nuit, bectent d’infâmes pizzas molles « avec supplément fromage » et des colorants-conservateurs-exhausteurs de goûts artificiels qui les font gonfler obèses, ne peuvent concevoir une automobile sans 17 porte-gobelets pour avaler tant et plus de boissons sucrées écœurantes en tous temps et tous lieux, ou portent plainte auprès du commerçant si le paquet de noix qu’ils ont acheté ne porte pas la mention « enlever la coque avant de déguster »…

La bêtise démocratique va jusqu’à se précipiter à Disneyland « arpenter de vieilles rues qui sont la reconstitution de cette Main Street qu’ils ont allègrement désertée en 1950 au profit des complexes commerciaux de la périphérie. (…) Les Américains n’aiment vraiment que ce qui n’est pas vraiment vrai » p.293. Tout est dit, d’un ton allègre et plein d’humour (anglais). Car les Américains sont directs, égalitaires, donc sans aucun sens de la dérision ni de l’humour. Ils « faut » qu’ils se mettent en condition d’aller voir un comique (par exemple Woody Allen, pas si populaire que cela là-bas) ou de lire Mark Twain (impayable… sauf que personne aux US ne lit plus guère), pour qu’ils apprécient le spectacle (parce qu’ils l’ont payé et se congratulent entre eux d’avoir ri).

« Règle numéro un : suivre toutes les règles », ne manque pas de souligner l’auteur, qui s’est vu refuser son quota de miles sur sa carte de compagnie aérienne parce que son prénom était orthographié William et non Bill comme sur le billet – ce qui est strictement la même chose, sauf pour un bureaucrate. Quant au harcèlement administratif pour avoir le moindre papier, il est digne de « notre » Courteline. La « liberté » (donc l’anarchie paperassière – chaque État a ses lois) et la névrose obsessionnelle des « règles » rendent toute obtention de papiers dantesque (autant s’en passer et ne jamais sortir des États-Unis, ce que font plus de 95% des Américains). Ils ignorent d’ailleurs si l’Europe est en Asie ou quelle est la capitale du Royaume-Uni, faisant systématiquement suivre Londres de la mention « UK » pour ne pas confondre avec un obscur bled d’un État perdu des USA.

Reste « la vie facile et le confort, la gentillesse des gens, les portions gigantesques qu’on vous sert, la notion enivrante que tout désir ou caprice peut être facilement et instantanément satisfait » p.369. Pas de quoi tomber amoureux de ce pays arrogant et vulgaire, mais suffisamment pour jouer au Persan et envoyer au magazine anglais de ces Lettres qui font le délice des lecteurs. Bill Bryson n’est pas au niveau intellectuel du baron, mais il fait diablement rire.

Bill Bryson, American rigolos – Chroniques d’un grand pays (Notes from a big country), 1998, Petite bibliothèque Payot 2003, 377 pages, €8.69

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William Faulkner, Sartoris

william faulkner sartoris
Premier roman écrit, difficilement publié, ce ne fut pas à lui que l’auteur né en 1897 dut son succès. Le lecteur y trouve cependant tout ce qui fait l’atmosphère Faulkner, les terres confédérées, la campagne, la transition des époques et la fatalité. Les coupes opérées par un mentor sur le manuscrit de l’aspirant-écrivain rend le livre un peu heurté, passant sans transition d’un sujet à l’autre, de la saga familiale aux querelles de cuisine, d’une course en voiture aux vertus des mulets, des vieux nègres naïfs aux gamins blancs sortant de l’école débraillés, d’une engueulade au menu somptueux d’un dîner de Thanksgiving, d’une chasse au renard aux tombes ridicules du cimetière.

Mais le style emporte tout, à l’opposé de son contemporain Hemingway. Un rien baroque avec un brin d’humour. Comment ne pas rire, presque un siècle après, de cette exclamation sincère d’une jeune fille : « Je n’ai jamais vu de femme lire Shakespeare. Il parle trop. (…) Shakespeare n’a pas de secrets. Il dit tout. – Je comprends, il n’avait pas le sens des nuances ni le don des réticences. En d’autres termes, ce n’était pas un gentleman… » (III 1).

Faulkner est le Proust du vieux sud, léchant d’une langue gourmande et parfois empâtée de bourbon la luxuriance de la campagne, des plantations de coton et de cannes à sucre, la fragrance des fleurs qui explose au printemps, remuant jusqu’aux vieilles filles et faisant monter des histoires aux lèvres des tantes, fouillant d’un œil aigu les traumatismes intimes, décortiquant la psychologie des vaincus du sud. Il obtiendra le prix Nobel de Littérature en 1949.

Toute la société américaine 1920 est en transition, la vieille aristocratie sudiste vaincue par les Yankees encore vivante, les fils bâtisseurs de banques et de chemins de fer, les petits-fils héros de guerre en Europe. Tout va très vite et « l’vieux temps » – que regrette Simon le nègre – ne peut jamais revenir. Certains appellent ce temps-là décadence, d’autres suivent le mouvement. Les Sartoris, futiles et fanfarons, ont brillé en aristocrates ; ils ne sont plus adaptés à l’époque démocratique où la balle de mitrailleuse et la machine les fauchent tout autant que les autres.

faulkner photo

Bayard est le rejeton d’une famille de Sartoris qui se sont illustrés durant la guerre de Sécession ; lui et son jumeau John se sont illustrés dans la Grande guerre. John a été abattu, comme l’ancêtre au même prénom, pour un motif aussi futile que lui. Bayard son frère ne s’en est pas remis. Il hante le pays avec sa voiture de sport, incongrue dans cette campagne du Mississippi restée traditionnelle. Il provoque le sort par la vitesse, obscurément coupable d’être vivant tandis que son jumeau n’est plus. Il rend folle Narcissa, qui est amoureuse de lui et deviendra malgré lui sa femme ; il tue son grand-père cardiaque en loupant un pont ; il cherche à se châtier, à défier le destin, il aspire à la mort qui a emporté un frère meilleur que lui.

Comme tous les Sartoris et comme l’auteur, il soigne tout ce qui ne va pas au whisky, notamment sa névrose, buvant rituellement dès le matin ces toddies composés de citron, de sucre, de glace et de bourbon. Car personne n’est à l’aise dans l’existence Sartoris. A l’inverse des MacCallum, bien posés dans la vie, vivant en tribu soudée dans la campagne. Une multitude de personnages passent, pittoresquement décrits, avec ce sens aigu de l’observation que donne l’amour des êtres au milieu desquels on a vécu. Snopes est un comptable transi d’un impossible béguin ; le gamin de 12 ans débraillé et pieds nus à qui il fait écrire ses missives enflammées anonymes apparaît avisé et obstiné. Le docteur Peabody est un bon gros hâbleur mais le cœur sur la main ; son seul fils de 30 ans habite New York où il exerce comme chirurgien réputé ; les tantes vieilles filles veillent sur les maisonnées.

Les Sartoris ne se font pas au monde tel qu’il va ; ils ont tous un comportement suicidaire, au grand dam des femmes de la famille qui cherchent à régenter ces sales gosses et à conjurer leur sort. Il y a une séparation biblique très américaine dans cette incompréhension congénitale des hommes et des femmes, le mythe Brad Pitt et le mythe Marilyn Monroe, le gamin tout fou et la pétasse despotique. Le vieux John s’était fait descendre par les Yankees alors qu’il allait rechercher une boite d’anchois au camp où il venait d’enlever un général par un audacieux coup de main ; le vieux Bayard a une crise cardiaque dans l’auto conduite trop vite par son petit-fils Bayard jeune ; John, le jumeau de Bayard, se fait descendre par un Boche en frimant avec son avion techniquement pas au niveau des ennemis ; Bayard jeune le suivra dans un même défi, bien plus tard, inapaisé jusque là. Reste un bébé, que Bayard a fait à Narcissa, marié on ne sait comment (le lecteur l’apprend incidemment après coupures du manuscrit original).

Narcissa qui « lut pour son propre compte une histoire de gens fictifs, dans un monde fictif où les choses se passaient comme elles devaient se passer » III 8. Bienvenue en littérature ! Faulkner mérite encore d’être lu.

William Faulkner, Sartoris (Flags in the Dust), 1929 revu 1957, Folio 1977, 473 pages, €7.98

Faulkner, Œuvres romanesques tome 1, Gallimard Pléiade, édition Michel Gresset 1977, 1619 pages, €57.00

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Insolite monumental à Paris

Commençons par le commencement : le point zéro des routes de France devant Notre-Dame. Qui le remarque ?

point zero des routes de france paris notre dame

Notre-Dame de Paris sous les palmiers, l’auriez-vous cru ?

notre dame de paris sous les palmiers

Non loin de là se trouve la voie la plus étroite de Paris, 4bis rue Saint-Séverin, privatisée par les riverains qui en avaient assez d’entendre jacasser sous leurs fenêtres. Mais on peut la voir par-dessus la porte à code.

plus petite voie de paris 4bis rue st severin

Rue d’Ulm (ou se trouve Normale Sup) ou place du Panthéon (où se trouvent les grands Hommes – femmes incluses dans ce neutre de majesté) ?

rue d ulm place du pantheon

Le Panthéon voit depuis plusieurs mois sa coupole sous résille – comme on ne l’avait jamais vue. C’est pour lui refaire la coiffure, bien abîmée avec le temps.

pantheon en travaux

Guère plus loin le palais du Luxembourg, siège du Sénat de la République, vu au travers de ses grilles dorées.

senat palais du luxembourg paris

Dans ses jardins trône la statue de la Liberté. Mais oui, la même qu’à New York, mais en modèle réduit. C’est le même Bartholdi qui l’a sculptée ici et là-bas.

statue de la liberte paris luxembourg bartholdi

En hiver, pas un chat, les chaises du Luxembourg sont remisées sous le kiosque à musique, désert pour cause de froid.

jardin du luxembourg en hiver paris

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Citoyenneté à Tahiti

Un grand nombre des administrés de la commune de Faa’a dont le maire n’est autre que Monsieur Oscar Temaru avaient pris l’habitude de ne pas payer les redevances pour l’eau et les ordures ménagères. Ces sommes importantes manquaient cruellement au bon fonctionnement de la commune, le maire a lancé un ultimatum à ses administrés par voie de presse. Il semblerait que Dépêche Cocotier ait formidablement bien fonctionné, car, en deux jours, 300 personnes se sont présentées pour payer factures d’eau et de déchets ménagers et quelques 15 millions de XPF se sont blottis dans les caisses de la mairie de Faa’a. Il se pourrait que, sur les 6 000 foyers installés dans la commune, environ 70% possèdent une boîte postale ; les seuls 30% sans boîte postale posent problèmes, certains sont de mauvaise foi, d’autres ont des soucis financiers. Bref, le coup de semonce du tavana (maire) a bien été capté ! On aurait même vu des administrés venir régler leurs factures de cantine qui traînaient depuis des mois.

fleur 1

Pour le 170e anniversaire de l’arrivée des missionnaires de l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours à Tubuai (Australes) en 1844, les fidèles du pieu de Papeari ont offert une journée de service à la commune. Une centaine de participants volontaires a procédé à l’embellissement de la cour de la mairie en compagnie du maire délégué. D’autres ont pris en charge le nettoyage de la route menant à l’école élémentaire Matairea et deux équipes de jeunes adultes ont nettoyé des bords de route de la commune de Papeari. Il faisait beau, tout allait pour le mieux. Un nouveau conseil municipal est installé depuis les élections. Pourvu que ça dure ! Teva I Uta est une commune associée composée de Mataiea et de Papeari. A la tête de Teva I Uta, Tearii Alpha ministre du gouvernement Flosse, le premier adjoint au maire Jean Sangue qui est le père du maire de Papeari. Tout ce beau monde recevait le tavana hau (administrateur) des Iles du Vent et des Iles sous le Vent, il a été question des grands projets tels le centre de détention de Papeari, la construction d’écoles, la rénovation de la mairie, la création d’emplois, la création d’une coopérative agricole pour capter les marchés des écoles et du centre de détention, l’eau avec un très gros problème de réseau alors… « Nous comptons sur les deux piliers que sont l’État et le Pays pour aider notre commune a déclaré le maire de Teva I Uta ». A v’te bon cœur M’sieurs Dames.

Le service France Domaines propose à la vente aux enchères un terrain de 5 162 m² situé… en face de la Présidence, lieu-dit « Annexe Broche » ! Mais, pas touche dit l’État ! C’est un terrain de grande valeur de par sa situation géographique. Le Pei se déclare surpris alors qu’il comptait sur une rétrocession de ce terrain pour une valeur symbolique de 1 XPF. Mais, dit le Pei, Nous avons besoin de ce terrain idéalement situé face à la Présidence. Hum ! Hum ! Un hectare de terrain militaire à Arue a été évalué à plus de 300 millions de XPF, on comprend la déception des tavana (maires) où se situent encore des terrains militaires, et qui eux aussi avaient espéré ne « payer » qu’un franc pacifique symbolique, mais en cette période de disette économique dans le beau pays de France…

ado musique Moorea

Initialement le collège devait être construit près de la source Vaima. Puis le projet avait été abandonné à cause des levées de boucliers des associations de protection de la nature. En 2008, Valentina Cross est élue maire de Teva I Uta et a relancé le projet. L’équipe Temaru avait choisi l’emplacement du futur collège en bas de l’usine Morinda (qui traite le nono au PK 42.8). En 2013 l’équipe Flosse est revenue au pouvoir, le projet a refait surface, les travaux de terrassement lancés. Mais pour laisser la place à un hôtel chinois de 700 chambres autour du golf d’Atimaono, le collège est viré au PK 48. Et en attendant les enfants de Papeari gonflent le collège de Taravao et ceux de Mataiea celui de Papara !

Hiata de Tahiti

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Sexe insolite à Paris

Choc des cultures : la voilée et les torses nus au jardin des Tuileries. Quand le sexe est offert aux regards concupiscents, comment résister ? Cachez ce sein (musclé) que je ne saurais voir !

la voilee et les torses nus paris tuileries

D’ailleurs, réflexion des les vitrines : l’âme a-t-elle un sexe ? Ou les femmes voilées ont-elles une âme ? ça se discute, comme on dit à la télé. Mais pas pour la bien-pensance bobo, toujours dans le déni envers ce qui la gêne.

l ame a t elle un sexe

Pas de pudeur pour les Chinois : Hong Biao Shen exhibe son sexe mâle en gros plan près du Panthéon, offert aux yeux de tous les passants, même mineurs. C’est de l’Hâârt, Môssieur ! Bien fait pour les multicultures qui ne le supportent pas. Le bobo n’est jamais à une contradiction près.

a poil a paris hong biao shen

Tout petit déjà… les adonaissantes s’offrent à leurs adonaissants sur les margelles des fontaines. Comme ci-dessous place Saint-Sulpice, ce haut lieu de la bourgeoisie catholique austère et conservatrice.

adonaissante offerte a son adonaissant

Plus sages, les jeunes adultes se vautrent en étreintes sur les pelouses (autorisées) des sénateurs, en leur jardin du Luxembourg.

amoureux square Vert Galant

Ce sont les mêmes jeunes mâles mignotant leur belle qui se font un peu de blé en allant « masser » qui le veut, en français ou en anglais international, chez vous ou à l’hôtel. Comme le massage est « tantrique », on peut imaginer le service complet : « finir » une cliente ou un client, c’est payer de sa personne… pour un service relaxant. En tout cas, vous avez le téléphone.

massage sexuel par jeune homme

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Chasse au trésor à Tahiti

Pour ceux qui ont vécu en Polynésie, Anuanuraro est un nom qui leur rappelle des souvenirs… Non ?

L’atoll d’Anuanuraro dépend de l’atoll de Hao (ancienne base arrière du CEP), ses terres émergées ? 2 km2, la surface de son lagon ? 8 km2. Anuanuraro ou Anuanu-Ouest fut aussi appelé Archange puis Duke of Gloucester Island par les découvreurs. C’est un petit atoll sans passe de 5 km de long sur 3,5 km de large. Racheté par le Territoire, il était la propriété de Robert Wan qui y exploitait une ferme perlière (cela vous rappelle quelque chose, maintenant ?). L’aérodrome privé n’est plus en utilisable.

ballon plage polynesieL’île est réputée détenir un trésor… C’est là que trois hommes passionnés d’archéologie, d’histoire et de chasse au magot ont vécu une aventure rocambolesque depuis le 17 mars dernier. Ils avaient tout prévu sauf le mauvais temps. Débarqués d’un catamaran, ils auraient perdu 80% de leurs vivres dès leur débarquement mouvementé sur l’atoll. Téléphone satellitaire et panneaux solaires ne fonctionnaient pas… Et le catamaran ne devait revenir les chercher qu’entre le 3 et 6 avril !

Mais quel est ce trésor ? L’un des plus gros trésors pirate du monde ! De 3 à 23 tonnes d’or ! Caché où ? C’est un aventurier irlandais Charles Edward Howe qui a organisé de nombreuses expéditions à Pinaki (autre atoll des Tuamotu) suite à sa rencontre en Australie en 1912 avec le dernier survivant d’une équipe de quatre pirates qui auraient volé et caché, de nombreuses années auparavant, le magot, sans jamais rien trouver. Les aventuriers des temps modernes ne remettent pas en cause l’existence de ce trésor mais pensent qu’il se trouverait sur un autre atoll des Tuamotu. Lequel ? C’est bien là la question !

pirates costumes

Ils pensent également que le trésor ne proviendrait pas de la cargaison d’or d’un navire espagnol mais d’un voilier, Le Madagascar, une frégate trois-mâts britannique, mystérieusement disparue corps et biens en 1853 et que les pirates auraient drossé volontairement sur le récif d’Anuanuraro.

Pinaki, appelé également Panaki, ou Whitsunday Island par les Européens est un petit atoll circulaire de 4,5 km de diamètre, un lagon de 1 km de long et 600 m de large, relié à l’océan par un seul hoa. Loin de Tahiti (plus de 1 100 km) l’île est connue car on raconte qu’elle renferme un trésor : un butin de 10 millions de dollars représentant les biens de l’Église catholique au Pérou qui fut embarqué en 1849 sur une goélette qui appareilla de Pisco. Une mutinerie à bord, plusieurs personnes de Nukutavake en 1850 qui affirmèrent avoir vu une goélette semblable à ce navire dans les parages de Pinaki et même un pêcheur affirmait avoir vu des hommes décharger des coffres en bois ! Howe débarqua à Pinaki en 1912, creusa, fouilla l’atoll pendant 18 ans sans jamais rien trouver. D’autres creusèrent d’autres trous…

TAHITI DEPUIS LES HAUTEURS

Il parait que pendant les soirées de bringue, le trésor est toujours un sujet de conversation ! Nos aventuriers ont récolté de précieux débris. Le plus jeune des aventuriers laissé sur place (plus résistant qu’un Australien) a été recueilli par l’hélicoptère Dauphin et déposé sur l’atoll privé de Nukuteppi.

Hiata de Tahiti

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Vassili Axionov, Les oranges du Maroc

vassili axionov les oranges du maroc

Dans la nuit glacée de Sibérie, la lune donne un ton bleu d’écran télé au paysage comme aux visages. Un prospecteur velu surnommé « le Morse » se roule tout nu dans la neige ; il accomplit ce rite par tous les temps, en compétition par correspondance avec un Tchèque. Victor, lui, écrit une lettre à une camarade dont il aimerait bien qu’elle devienne sa femme. Mais elle fait le coup à tout le monde et n’aime peut-être, en fait, personne. Brusquement, le jour n’est pas encore levé, on annonce des oranges. A 200 km de là, un bateau vient d’apporter tout un chargement de fruits d’or du Maroc !

On ne peut imaginer, en 1962, le luxe que pouvait représenter une simple orange dans une URSS où le rationnement était la règle. Et tout le pays alentour de se précipiter au port en camion, en moto, en auto, pour se ranger dans l’une de ses fameuses queues qui furent le symbole de l’égalitarisme communiste durant trois générations. Tel est le thème de ce court roman de 232 pages qui parle moins des oranges que du désir et moins du Maroc que de l’Union soviétique.

Nul n’écrit à 30 ans ce qu’il écrit à 62. Surtout pas en lorsque l’empire existait encore. En 1962, nous étions au temps de Khrouchtchev, un Russe de Koursk (et pas Ukrainien comme on le dit trop souvent). Le personnage fut berger, puis métallo, puis apparatchik, il s’éleva dans l’ombre de Staline avant de prendre sa succession en évinçant les autres. Bon vivant et coléreux, il n’hésitait pas à taper avec sa chaussure sur son pupitre à l’ONU pour se faire entendre tout en couvrant les voix de l’opposition. Il utilisera cette vieille tactique stalinienne contre son maître dans son fameux Rapport de 1956, sorti pour consolider son pouvoir. Mao s’en inspirera pour déclencher un peu plus tard sa Révolution « culturelle »… Axionov ne parlera de Staline que 32 ans après dans Une saga moscovite, une fois l’URSS défunte et enterrée. Il n’aborde le personnage que de loin et en biais dans Les oranges du Maroc. Comment faire autrement lorsque le décor est celui de la Kolyma, reconvertie en nouvelle frontière du Progrès pour « rattraper et dépasser l’Amérique », autre vantardise de « Monsieur K » (qui n’est toujours pas réalisée) ?

Car le « réalisme socialiste », figure de style obligée du roman soviétique théorisée par la propagande, oblige, pour être publié par les officielles Éditions du Peuple en ce temps-là, à célébrer et à chanter « le progrès ». C’était l’idéologie économique du Parti, donc « du peuple tout entier ». Glorieuse époque d’optimisme d’une humanité conquérante : « En tête partiront les bulldozers ; puis les tracteurs emporteront le matériel : miradors, machines, tuyaux… Un hélicoptère transportera peut-être sur place une partie des ouvriers, et ceux-ci commenceront à défricher la taïga en vue des nouveaux travaux » p.230. Faut-il y croire ? On s’en balance, suggère Axionov dans ce livre qui eut du succès en son temps parce qu’il révélait tout haut ce que chacun vivait tout bas.

Cinq personnages en quête d’histoire s’entrecroisent dans ce roman chaleureux où se qui compte, au fond, sont les relations entre hommes et femmes, entre femmes camarades et entre hommes au travail. Chacun sa fonction, plus ou moins bien remplie, chacun ses états d’âme, plus ou moins bien soignés au « cognac tchétchène », à la séduction ou aux grosses bagarres. La vie communiste n’est pas drôle, le travail souvent inutile car planifié par la théorie, les relations humaines hachées par les ordres de mission incohérents venus d’en haut, la paie versée quand le plan de fabrication pour les billets permet qu’il y ait le compte, la nourriture morne parce que décidée par une administration anonyme. Seul l’humain permet de la joie. Les copains, l’alcool et les femmes restent d’éternels bonheurs. Pas la Production industrielle, ni l’Exploitation de la nature, ni la réalisation du Plan.

Avec ce ton vibrant de la jeunesse et cet humour doux amer qui dénonce à petites touches l’ordre ambiant anonyme et contraignant, Axionov peint ici une société de pionniers d’une époque révolue mais où la vitalité n’était pas un vain mot. De quoi nous garder de tout collectivisme tout en réveillant nos sociétés fatiguées ! Car ce qui compte, au fond, ce sont les relations humaines.

Vassili Axionov, Les oranges du Maroc, 1963, Actes sud Babel 2003, 232 pages, €8.27

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Insolite politique à Paris

La rue offre de quoi rire des trop sérieux politiques qui ne se croient légitimes qu’en fronçant les sourcils et en dénonçant tous les autres. Le danger est clairement à gauche dans les couloirs de bus propres de la verte mairie parisienne socialiste.

danger a gauche rue de paris

Quant au parti, il voisine de curieuse façon avec une brocante, près du Val-de-Grâce (un hôpital pour les Grands de ce petit monde…). Le subliminal est carré : socialisme = ringard !

paris brocante socialiste

Car les socialistes ne sont pas plus humanistes que les autres – voire moins : comme le dit la rue, « ils se piquent la place dans la queue de la boulangerie » (et d’ailleurs).

elite eduquee paris

Le grand méchant Mélenchon est affublé d’une moustache du plus bel effet chaviste (ou pire dans le subliminal). Il l’a bien mérité avec ses outrances d’estrade.

Paris melenchon rue des anglais

Car la politique, comme le reste, c’est très simple : pour les bobos, il suffit de trois minutes pour tout comprendre. Quand gagne l’inculture des cultureux dans la capitale culturelle…

3 mn pour tout comprendre

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Où habiter à Tahiti ?

En Polynésie, ils sont nombreux ceux qui ont choisi de vivre sur leur voilier, par amour de la mer ou pour des raisons financières. Par exemple à la Marina Taina (Punaauia), 70 bateaux sont habités et se trouvent au mouillage dans le lagon ou à quai. Pour un anneau dans la Marina ce sera 40 000 XPF par mois (335,20€) contre 20 000 XPF (167,20 €) au mouillage. Tous ne sont pas des marginaux, il y a là des professions libérales, des fonctionnaires, des retraités. Plusieurs catégories d’individus viennent ici sur leur bateau : il y a ceux qui ne bougent jamais et qu’on appelle les ventouses, ceux qui sortent régulièrement, enfin ceux de passage qui font le tour du monde.

gamins en bateau

L’hôtel Brando à Tetiaroa qui sera ouvert en juillet se veut écolo, et toujours plus écolo. L’électricité sera produite à moitié par des panneaux solaires photovoltaïques et moitié par le générateur à l’huile de coprah produite par l’huilerie de Tahiti. L’accord a été signé début avril. Rappel, pour une nuit à l’hôtel The Brando vous devrez déboursez 3 000 €. La climatisation utilise la technologie « Sea Water Air Conditioning » ou SWAC : l’eau de mer est pompée à plus de 900 mètres de profondeur pour rafraîchir l’air de l’hôtel, l’eau chaude étant fournie bien sûr par les panneaux solaires.

Tetiaroa, l’atoll des rois est composé de 12 îlots et tiennent une place particulière dans la tradition et l’histoire polynésienne. Les premiers habitants considéraient l’atoll comme un lieu sacré visité par les dieux. Les familles des dynasties Pomare en firent leur lieu de villégiature préféré. L’acteur Marlon Brando était tombé amoureux de l’île privée lors du tournage des Révoltés de la Bounty en 1960.

vahine seins nus sur plage

Depuis le 16 avril, un jeune dauphin à long bec est coincé dans le lagon de Punaauia. Les grosses têtes se penchent sur la méthode appropriée afin de guider ce jeune cétacé vers le large. Il a été baptisé Matatia du nom d’une vallée de Punaauia dont la rivière se jette dans le lagon. Le mammifère est séparé de son groupe et il est fortement question qu’il fasse appel à L’ONU pour devenir indépendant. A suivre.

Hiata de Tahiti

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Stéphane Béguinot, Bonnie Highland Laddie

Stephane Beguinot Les aventures des MacClyde 2
Voici la suite de la saga écossaise d’heroic fantasy dont le premier volume en 572 pages, paru en 2010, s’intitulait Le clan du Grey Watch. Celui-ci est à peine moins gros, à la mesure de l’appétit de grand air et d’action des lecteurs. Car, après un début un peu poussif où toute la jeunesse s’échauffe aux jeux entre clans, ce qui intéresse moyennement, puis par un enchaînement curieux où toute la même jeunesse se met derechef à pouliner – enfin l’action débute avec éclat. L’ennemi Grey Watch se révèle en plein essor, toutes flèches dehors. Dès lors, le souffle épique porte l’histoire et tient en haleine jusqu’au bout.

L’auteur a su se départir du ton un peu gentillet du premier tome. Il y a encore des BA (beaucoup moins), du sexe (un peu), de la cruauté (amplement), et de l’aventure (en veux-tu, en voilà). Pour les tortures et raffinements de cruauté, que la jeune génération adore, je vous laisse découvrir, elles sont plutôt raffinées. Mais pour le sexe, en voici un court échantillon : « Imaginez-là, revenant d’un abordage victorieux, parfumée de poudre et de sang, les vêtements en lambeaux, dévoilant son anatomie. Insatiable et excitée, elle en redemande et exige un corps à corps amoureux avec vous… Je vous laisse imaginer la suite » p.234. Avouons que nous aussi !

Un peu déshabitué de tous ces noms barbares, Eimhir, Angus, Uilleam, Caitriona, Eithne, Cowan (qui s’écrit autrement), le lecteur va être désorienté quelque temps, ne sachant plus trop qui est qui. Manque indéniablement un récapitulatif des personnages comme dans les romans anglais.

Il y a aussi des scories, des fautes d’orthographe laissées de côté : je paris (pour je parie) vers la p.25, tir (tire) au flanc p.36, d’une mort (sans e) p.172, sans fard (avec un d) p.367, taches vertes (et pas tâches !) p.368, un curieux « contre sur » p.245. Et cet usage à contresens du mot ‘infime’ (sans doute pris pour infini ?) dans l’expression « infime honneur » p.374 : infime – qui signifie tout petit – n’a rien du grand honneur que le sens semble exiger… Restent quelques erreurs d’accords au subjonctif, mais l’Éducation nationale n’a rien foutu depuis deux générations pour respecter la langue – et qui le sait encore ? Il y a surtout un usage immodéré du jargon branché : problématique, échanger (tout seul, en l’air, sans dire quoi), écoute, bruiter, challenge, stress, angoisser, culpabiliser, gérer, investiguer, attentiste, impactant…

Mais vous retrouverez, outre les héros (dont la très irritante Eimhir qui fonce toujours sans réfléchir et met en danger tout le monde), les bons vieux fantômes (qui se régénèrent dans le whisky), les kiltômes, kiltishs, twinômes et même des fantômelles. Outre les crossigeons et une dragonne (qui se porte en lac et pas au poignet) née des amours d’une eau chargée en minéraux et d’un ricochet multiple en virtuose. Si Steafan (le père de toute cette marmaille écossaise et de ces personnages) se fait disparaître, empalé lors d’un raid, c’est peut-être pour garder l’imagination plus libre et laisser la place à ses enfants.

On dit aussi que l’auteur, ayant atteint désormais l’âge respectable de 50 ans, a instillé quelques amis dans les personnages secondaires. Il en brosse un portrait parfois énigmatique. Ses célèbres jeux de mot ne sont pas le meilleur de son style (« Devrait-on pour autant jeter la pierre à ceux restés de marbre ? » p.364), mais maintiennent un ton alerte, au final réjouissant. S’amuser à écrire est le premier pas pour bien conter. Et tout le tome est dédié à Bonnie Highland Laddie, le « beau jeune homme des hautes terres » (nous dit-on p.379) ; il se révèle… fils de fantôme ! Un beau pied de nez à notre quotidien trop rationnel.

Vous en reprendrez bien une dose ?

Stéphane Béguinot, Bonnie Highland Laddie – Les aventures des MacClyde 2, 2013, éditions Carmichael, 395 pages, €23.00
Le site
Le premier volume, chroniqué sur ce blog

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Que manger en ce moment à Tahiti ?

C’est la saison des mape. L’Inocarpus fagifer, ou châtaignier polynésien (ou mape, ou i’i, ou ihi), pousse aux bords des rivières. Il peut atteindre la hauteur de 30 m. Il adore les fonds de vallées des îles hautes. Reconnaissable à ses racines proéminentes, dentelées et tortueuses qui émergent du sol sur plusieurs mètres. Après sa floraison, le mape donne un fruit (drupe) qui prend des couleurs au stade de maturité : du vert au jaune, via l’orange, le mape contient une amande comestible. La récolte s’étend de mars à mai. Les femmes récoltent ces fruits qui doivent être lourds sinon c’est pourri et plein de bébêtes. Il faut casser le mape avec un couteau en plusieurs endroits pour recueillir l’amande. Il faut compter environ 5 à 6 coups de couteau pour extraire le fruit. Il faut être vigilant pour ne pas se blesser car le fruit est de petite taille. Les mape sont enduits d’une pellicule fibreuse. On les met à tremper dans l’eau durant 3 jours afin qu’ils ramollissent. Ensuite ils seront cuits plus de deux heures dans une eau sucrée/salée. Prêts, ils seront vendus par 5 pour 100 XPF. Les Polynésiens en raffolent, chauds, moi pas du tout ! Le mape entre également dans la composition de certains remèdes. Le suc des fruits verts permet de guérir des piqûres de poisson-pierre. Les feuilles sont utilisées contre la dysenterie. La sève de l’écorce et des jeunes pousses permet d’obtenir des teintures noir, bleu, vert violet ou rouge.

inocarpus fagifer

Aux Tubuai (Australes), encore trois cas de ciguatera dont un sérieux pour ceux et celles qui avaient mangé du poisson pêché à la ligne dans le port de Mataura. Il est de notoriété publique que cet endroit est connu pour ces poissons impropres à la consommation… mais qui pourrait interdire à ces Polynésiens de ne pas consommer du Tahivahiva ? L’agent responsable de l’intoxication a été découvert en 1976 aux îles Gambier. Les poissons herbivores broutent les algues et ingèrent ainsi la micro-algue responsable de ce phénomène. Une thèse est soutenue à l’Université fin avril 2014 : « Vers une valorisation industrielle d’un remède traditionnel pour le traitement des intoxications ciguatériques ». Il s’agit de plantes appartenant à la famille des Boraginacées : l’Heliotropium foertherianum. En Polynésie il faudra d’abord faire en sorte que la tête, les viscères des poissons soient pour le compost et ne demeurent pas ce délice des palais polynésiens.

PETITE PECHE TAHITI

J-P Despèriers dans Saveurs de Polynésie, donne une recette de toast tahitien : « Pour 8 personnes : 8 à 10 filets de poissons fumés : thon (ou espadon, thazard, etc.), 1 avocat, 1 botte d’oignons verts, 2 citrons, 150 g de beurre, 1 pain complet tranché, poivre, aneth. Laver les oignons verts et les tailler très finement. Mélanger le beurre avec les oignons ciselés, le jus d’un citron et le poivre. Éplucher l’avocat, le couper en deux, retirer le noyau et détailler la chair en fines lamelles, puis citronner chacune d’elles. Tartiner le pain légèrement toasté avec le beurre. Disposer sur chaque canapé une couche d’avocat et de poisson fumé. Enlever les bordures et tailler chaque tranche de pain en deux. Décorer d’un brin d’aneth et servir frais. »

Nana, mea ma ! (Au revoir à vous tous)

Hiata de Tahiti

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Insolite sociétal à Paris

Phénomène de société, venu des pays anglo-saxons, cette mode des cadenas d’amour sur le pont des arts (et désormais alentours) à Paris. En 2010, rares exhibitions, en 2013, profusion. Et quand les grilles des ponts seront pleines ?

cadenas ponts de paris 2010 et 2013

Affinités électives d’un goût douteux près de l’hôpital Cochin : les Pompes funèbres en embuscade !

pompes funebre devant hopital cochin paris

Mais les bobos sont plus légers, qui transforment une antique pharmacie en magasin de fringues branchées, rue Soufflot.

pharmacie mode place pantheon

Alors que l’art de rue rappelle que tous finissent rongés jusqu’à l’os, les grilles d’égout étant le poumon de la ville…

squelette de rue paris

Profitez du jour qui vient car les roses ne durent que l’espace d’un matin. Autant montrer ses seins lorsqu’il en est encore temps – même au ski, ce loisir de bobo par excellence.

ski seins nus a paris

On laissera les gamins, trop jeunes pour faire ça, lire « Mes amis à poils ». Et tant pis pour les pisse-froid à la Copé.

mes amis a poil

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Haruki Murakami, Underground

haruki murakami underground
Nous sommes en 1995. En janvier, le tremblement de terre de Kobe a déstabilisé un Japon entré en crise économique après l’explosion de la bulle immobilière au début des années 1990. Ce 20 mars au matin, le métro est bondé de travailleurs. Six lignes sont infectées de gaz mortel sarin contenu dans des poches plastiques enveloppées de journaux pour les dissimuler, que les terroristes percent à coups de parapluie avant de quitter la rame. Il y aura douze morts et plus de 5500 blessés.

Ces terroristes sont membres de la secte bouddhiste ésotérique Aum dont le chef, Shizuo Matsumoto, se fait appeler Shoko Asahara. Il croit l’apocalypse proche et utilise les techniques du yoga dans sa version guerrière tantrique du Vajrayana pour capter et séduire ses adeptes. Son objectif est de prendre le pouvoir à la faveur du chaos et relancer le monde par une humanité purifiée.

Haruki Murakami, romancier, revient de l’étranger où il a passé plusieurs années. L’accumulation des nuages sur le Japon (bulle boursière, tremblement de terre, attentats) l’incite à réfléchir sur sa culture et sur son peuple avec un regard trempé ailleurs. Il cherche en écrivain comment le processus littéraire peut compléter la sociologie trop aride et les médias trop complaisants envers le sensationnel. Lui reste au ras des gens. Il entreprend d’interroger durant toute l’année 1996 une soixantaine de victimes qui acceptent, sur les milliers recensées. Dans un second temps, en 1997, il interroge des adeptes de la secte Aum pour le magazine Bungei Shunju. Ces deux livres sont rassemblés en un seul pour la traduction étrangère, ce pourquoi le lecteur a entre les mains un pavé de 543 pages.

Mais il ne s’ennuie pas à la lecture. Il apprend beaucoup sur la société japonaise, ses peurs, ses obsessions, ses réactions. L’absence de transcendance nationale incite les faibles ou les intellectuellement angoissés à chercher refuge dans les groupes restreints. La pression de groupe lave le cerveau et éradique le moi, au point qu’obéir est une liberté choisie et chérie parce qu’elle dispense de se montrer responsable et de décider par soi-même. Ce sont souvent les plus diplômés et les mieux intégrés dans la société qui aspirent à la secte, par logique névrotique de résoudre toutes les contradictions et par souci de bâtir un monde meilleur où ne vivraient que les purs. La certitude de détenir la vérité permet de mépriser les non-membres, de les considérer comme des immatures ou des ordures, voire dans la version ésotérique de les faire passer dans l’autre monde pour leur bien !

Ne nous moquons pas des sectaires japonais : ils sont aussi normaux que vous et moi, acceptant seulement moins le compromis avec la réalité et avec les autres. « Nos » communistes et « nos fascistes » avant-hier, « nos » gauchistes hier, « nos » islamistes et « nos » extrémistes aujourd’hui ont ce même comportement sectaire de se croire purs, de connaître la vérité révélée, et de considérer les non-croyants comme des déchets qu’il faut rééduquer ou éliminer… Il n’est pas jusqu’à certains technocrates ou certains partisans socialistes ou écologistes qui ne soient atteints du même mal, en plus bénin. Toute crise économique engendre des doutes sur l’avenir et sur les valeurs, donc des comportements-refuge.

Chaque témoignage de victime met en avant le hasard de se trouver là au mauvais moment, contrairement aux habitudes qui faisaient partir plus tôt ou plus tard. Chacun met en cause les autres, indifférents, ou les autorités, paniquées et incapables d’organiser les secours ou même l’information. Seuls les agents en station sont efficaces, obsédés du travail bien fait. « A vrai dire, j’ai des doutes sur la capacité de la police et des pompiers – dit l’informaticien Ogata. (…) J’aimerais savoir ce qui se serait passé si on n’avait pas pris les choses en main nous-mêmes. D’accord, la police locale n’avait aucune expérience de ce genre de situation, mais elle a été presque inutile. On demandait aux flics à quel hôpital aller, et ils n’en avaient aucune idée » p.251.

L’information a été gérée en dépit du bon sens, sans aucune expérience de la première attaque à Matsumoto un an plus tôt, sans aucune initiative des échelons compétents. « Il n’y a pas au Japon de système rapide et efficace pour faire face à une telle catastrophe – dit le docteur Yanagisawa, chef de l’École de médecine de l’université Shinsu ; pas de chaîne de commandement claire. Ça a été la même chose pour le tremblement de terre de Kobe » p.328. Et pour le tsunami suivi de la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima 18 ans plus tard !

Ce pays, comme le nôtre, ne sait pas apprendre. Le mal japonais est cette hiérarchie pesante qui empêche d’en référer et court-circuite toute information considérée comme « gênante ». Murakami commente : « Les institutions japonaises demeurent un cercle fermé au centre de multiples cercles fermés, hautement sensibles à l’idée de ‘perdre la face’ en public, et refusant donc d’avouer leurs erreurs et de les exposer à ‘l’extérieur’ » p.353. Murakami ne peut s’empêcher de penser à l’expédition coloniale japonaise en Mandchourie, en 1932, qui a abouti à une catastrophe de grande ampleur – pour les mêmes idéaux logiques de pureté et de vie nouvelle. Et qui n’a RIEN appris sur elle-même à la société japonaise ; elle croit que toutes ces déviances sont du passé qu’il suffit d’ignorer – alors qu’elles sont inscrites en elle-même.

Plus qu’ailleurs peut-être, le Japon est fragile de sa structure sociale maternante, qui laisse trop seules les personnalités d’exception, trop intelligentes, inquiètes ou hors normes. Fragilité des êtres et fanatisme font bon ménage dans la psyché : ce n’est pas le film Le ruban blanc, montrant toute la rigidité de la société luthérienne allemande avant la guerre de 14 qui peut le contredire : il a porté le nazisme en germe.

Le libéralisme de la pensée, des mœurs et des initiatives est aux antipodes de ces structures mentales carrées, logiques et écrasantes, qui conduisent au sentiment d’être unique, pur et voué à dominer…

Haruki Murakami, Underground (1997), traduit du japonais par Dominique Letellier, 10-18 2014, 543 pages, €8.65

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Auguste, mort en 14, au Grand Palais

auguste tete bronzer paris expo grand palais

Il y a 2000 ans mourait l’empereur romain Auguste. Car il n’y a pas que la guerre à « célébrer » en cette année 14. Outre 1914 et 1944 (tiens, on a « oublié » 1954 en France ?), la première année 14 de notre ère était l’apogée de l’empire romain.

Jésus n’était qu’un petit garçon quand Auguste régnait sur le monde connu – la lex Titia lui ayant conféré depuis -43 l’impérium triumviral pour 5 ans renouvelables. Prénommé Octave, adopté par César sans être de son sang, il a pris le nom d’Auguste qui signifie le vénérable.

Rome, dont nous nous faisons gloire de descendre culturellement, avait des habitudes juridiques bien loin de l’assistanat surveillé de notre État-providence : familles recomposées, adoptions rapides et changements de noms – sans évoquer les mignons et les amis de sexe, socialement bien mieux acceptés.

oreste et pylade copie romaine paris expo grand palais

Moi, Auguste, empereur de Rome (jusqu’au 13 juillet) est une exposition bien faite, aérée et cohérente, qui va contre les idées reçues : la liberté, à Rome sous l’empire, apparaît bien plus grande qu’en France sous la démocratie… Il est vrai qu’il n’y avait pas la télé, et que les histrions étaient cantonnés aux intermèdes des jeux du cirque, ce lieu vraiment « collectif » où « le peuple » communiait dans la grandeur nationale. Pas comme maintenant, où nous avons les mots sans les choses, où le collectif est une incantation et le peuple un fantasme. L’héritage de César était un État fort, des provinces réorganisées et romanisées (« civilisées »), les ordines voués au service public. Auguste a ajouté à cette potestas (ce pouvoir institutionnel) l’auctoritas (l’autorité charismatique).

auguste imperator paris expo grand palais

Comment ne pas faire le parallèle avec notre époque, où le pouvoir ne confère manifestement pas l’autorité (François Hollande en est le triste exemple), où l’État se délite dans l’indécision et la synthèse du tout le monde il est beau et gentil, où le millefeuille des collectivités perd les actions publiques de la commune à l’UE (en passant par les groupements de communes, les cantons, les métropoles, les départements, les régions, la nation), où la « civilisation » recule dans les banlieues décomposées où prolifèrent les religions sectaires, où les tenants du « service public » prennent l’outil de travail national pour leur propriété, les accords des partenaires sociaux pour quantité négligeable et le vote du Parlement pour rien… Où est aujourd’hui la puissance morale d’un De Gaulle, d’un Mitterrand, d’un Giscard, voire même d’un Sarkozy ? Octave Auguste l’avait, François Hollande non. Être un chef ne s’apprend pas à l’ENA, ni surtout au parti Socialiste.

auguste jeune homme paris expo grand palais

Mais la com’ existait déjà, avec ces statues et portraits de l’empereur et de sa famille, ornant les places publiques, les autels aux dieux et les lieux officiels. Imagine-t-on François Hollande statufié sur 2m50 de haut devant l’Arc de triomphe et son autel à l’intérieur de Notre-Dame ? Auguste a longuement préparé sa succession, mais il n’avait pas de fils. Son neveu Marcellus, pressenti, mourut avant d’être adopté. La fille d’Auguste, Julie, mariée avec Agrippa, eut deux fils, Caius et Julius César, dont les frais visages enfantins sont présentés comme des têtes coupées par quelques révolutionnaires, mais ils sont morts avant d’avoir été majeurs. C’est donc son beau-fils Tibère qui fut adopté par Auguste, avec l’obligation d’adopter lui-même Germanicus, son petit-neveu.

torse apollon paris expo grand palais

Dans l’exposition, vous ne verrez pas que des statues. Des reliefs sculptés comme ce délicat torse d’Apollon ornaient les autels publics tels l’Ara pacis, l’autel de la Paix, et les urnes funéraires. Car, autre différence avec nous, les Romains se faisaient surtout incinérer. Des fresques et peintures, aux coloris gais, illuminaient les murs des maisons austères, une villa des pentes du Vésuve est reconstituée, donnant une idée du quotidien romain rendant plus vivants la lecture d’Alix ou d’Astérix. Une colombe en verre bleu contenait de la poudre à fard ; comme les ampoules de médicament aujourd’hui, on devait casser sa queue effilée pour faire sortir l’ingrédient. Des gobelets en argent montraient en bas-relief des scènes de la mythologie grecque.

bain athlete gobelet argent romain

Il y avait peu de monde, le matin où je suis allé voir cette exposition. La faute peut-être à cette grève des cheminots qui s’éternise, sans raisons autres que de vagues craintes futures sur un statut privilégié, accaparant le bien public comme s’il était aux syndiqués et non à tous les citoyens. Les sorties scolaires se répandaient plus volontiers au musée de l’Armée, les canons, fusils et uniformes parlant plus, probablement, aux profs accompagnateurs que l’époque romaine connotée « bourgeoise ». C’est dommage car l’époque d’Auguste a beaucoup à nous apprendre sur aujourd’hui : un empire aussi composite que l’Union européenne, des religions aussi variées et aussi sectaires, des factions politiques aussi virulentes, une lutte des classes pour les biens… Sauf que l’État était fort, que la vertu régnait dans l’administration et que l’autorité de celui qui fut porté puis maintenu au pouvoir était incontestable.

Du 19 Mars 2014 au 13 Juillet 2014, tous les jours de 10h à 20h, nocturne jusqu’à 22h le mercredi, fermeture hebdomadaire le mardi.
Le site officiel
La Rome d’Auguste en trois minutes (pour les zappeurs nuls) 

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Tranches de vie à Tahiti

Djo Brad Ma’ohitude, Tranches de vie à Tahiti : « Sa les gènes qui frappent. Spot : Hôpital Papeete Tahiti. Patiente : L’obésité… c’est dans l’ADN. Et la nuit dernière, j’ai senti mes gènes me frapper. Alors j’ai pris un casse-croute tuna (au thon), mais j’ai retiré le pain. Mes gènes, ils veulent que je sois grosse… ils veulent pas que je sois mince et jolie comme les autres. »

« Sa la mama qui veut le internet. Spot : devant l’agence Mana, pont de l’est, Papeete Tahiti : Mama, au Vini, Ouais, ils devaient m’installer le Internet à la baraque pour que je communique avec ma fille, tu sais, en France, mais bon, apparemment, c’est tout un truc… il faut pa’i (eh bien, donc, en fait) un ordinateur ».

Vahine nue Tahiti

Le RSPF est le régime de solidarité de la Polynésie française que Gaston Flosse et son gouvernement veut mettre sur les bras de la France. La santé est inscrite dans l’autonomie mais ce serait tellement bien que l’on mette encore cette charge (30% de la population polynésienne bénéficie du RSPF) sur le dos des contribuables français ! La ministre de la Solidarité voudrait faire sortir du régime de solidarité les pêcheurs, artisans et agriculteurs qui n’ont pas lieu d’être dans ce régime, en raison d’un dépassement du plafond de revenus (87 346 XPF). La méthode retenue serait d’arriver à un croisement des fichiers des différents ressortissants pour déceler les pluriactifs qui dépassent le plafond de 87 346 XPF. Ben c’est pas gagné d’avance !

AU DESSUS DE LA VALLEE DE LA PUNAARU

Le nouveau… mais non, pas le Beaujolais ! Le nouveau code de la route est arrivé le 1er avril et ce n’est pas un poisson ! Le ton est durci et les amendes grossissent. Le grand excès de vitesse est lourdement sanctionné. Un excès de vitesse de moins de 20km/h, 8 100 XPF (67,88 €). Dépassement de 50 km/h de la vitesse autorisée 180 000 XPF (1 508,42 €) contre 16 100 XPF (134,92 €) auparavant ! Immobilisation du matériel et possibles poursuites pénales en sus. Pour les dépassements de vitesse entre 20 et 50 km/h ce sera 16 100 XPF (134,92 €). Vous téléphonez au volant ? 16 100 XPF (134,92 €) – et 44 700 XPF (374,59 €) en cas de non-paiement dans les 45 jours. Vous utilisez un écran tactile en conduisant ? ce sera 180 000 XPF (1 508,42 €), confiscation du matériel en plus. En deux-roues, les enfants de moins de 12 ans devront être casqués, habillés de pantalon, de manches longues et de chaussures fermées. Amende prévue de 16 100 XPF (134,92 €). Dans la voiture, il faut avoir un gilet jaune réfléchissant et un triangle de signalisation. T’en as pas ? c’est 16 100 XPF (134,92 €). Réjouissez-vous, pas de permis à point ni de radars fixes à l’horizon !

Hiata de Tahiti

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Gens insolites à Paris

A qui sait voir, Paris offre une belle brochette d’insolite. Comme cette femme seins nus au soleil, tranquillement à sa fenêtre.

femme seins nus a sa fenetre paris

Ou ce jeune travailleur qui attend la livraison torse nu.

torse nu paris

Quand en février il fait au-dehors 7°, l’ado parisien promène son chien en profond décolleté. L’air sec travaille les hormones, et ce sex-appeal lui rend facile les contacts au jardin. Une femme l’aborde pour lui parler du chien (beau prétexte), un homme un peu plus tard lui pose une question, manifestement pour l’approcher de près.

ado parisien par 7°

Mais l’apparence se cultive dès l’enfance. Il n’est pas rare de voir déambuler les petits gars en keikogi de judo sur le chemin du dojo…

petit judoka Paris place st sulpice

… ou de très jeunes indiennes en jupe rose et coiffure à plumes pour, on le devine, un goûté déguisé avec copines.

petite indienne paris

L’été tout récent incite à dépenser l’énergie accumulée, comme ce hip-hop acrobatique d’un tout juste ado qui exhibe ses abdos de béton sur les colonnes de Buren.

gamin hip hop colonnes de buren paris

D’autres minets sont perchés, regardant de haut les alentours.

minet rue de la harpe paris

De très haut parfois…

nettoyer les fenêtres paris

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Qui a tué à Tahiti ?

Qui a tué les parapeue ? L’IFREMER a détecté un taux de mortalité important sur des poissons d’élevage comme les parapeue (Platax orbicularis). D’après les études menées, la coupable serait une bactérie tueuse qui « exploserait » suite au stress causé par la remise en milieu naturel après leur grossissement en bassins expérimentaux destinés à la reproduction artificielle. Une chercheuse en thèse au Criobe teste des plantes locales connues pour leurs propriétés antibactériennes et antiparasitaires. Les plantes actuellement testées par la chercheuse sont le tamanu avec son huile (ati ou Calophyllum inophyllum), le gingembre, le noni (Morinda citrifolia), le rea Tahiti (safran des Indes ou Curcuma longa) et l’ail (cette dernière étant la seule plante étrangère). Les chercheurs estiment qu’il leur faudra un an avant d’obtenir des résultats sérieux sur les données de la survie des poissons testés et sur le type de plantes le plus favorable pour la croissance immunitaire des poissons.

Le upe a failli disparaitre aux iles Marquises. Le upe ou Ducula galeata est une sorte de pigeon sauvage qui demeure la plupart du temps dans les montagnes. La population locale a cessé le braconnage depuis quelque temps déjà. Le upe fait partie intégrante du patrimoine culturel marquisien. Il apparait dans les légendes de l’archipel. Bien qu’interdite la chasse de l’oiseau continuait à être pratiquée. Grâce à Manu, la Société d’ornithologie de Polynésie, des upe ont été réintroduits sur l’île d’Ua Huka, réintroduction réussie d’après les constats faits sur place. Le upe peut enfin voler à sa guise, sans être inquiété par l’homme depuis que les Marquisiens ont pris conscience de l’importance de repeupler les vallées de cet oiseau unique.

taharaa

Un jour, Tahiti ressemblera à Bora Bora, puis à Maupiti, puis à Rangiroa disent les scientifiques. Une seule certitude, nous ne serons pas là pour le constater, ce sera dans 2 ou 3 millions d’années. Maintenant l’île s’enfonce sous son propre poids, ses reliefs sont victimes d’une formidable érosion. De plus, elle dérive vers le nord-ouest de 7 cm par an en direction du Japon et des Philippines, alors accrochez vos ceintures ! Elle serait née à 100 km au sud-est de sa position actuelle. Tahiti est née d’un point chaud.

En Polynésie toutes les îles sont nées suite à la remontée de matériaux venus de l’intérieur de la Terre. Les scientifiques comptent 15 000 édifices de ce type dans tout le Pacifique dont 2 000 sont émergés, les autres étant sous le niveau de la mer. Tahiti aurait commencé à naître il y a 6 millions d’années. Pendant 4,5 millions les éruptions volcaniques ont eu lieu sous l’eau. Tahiti a émergé il y a 1,5 millions d’années. Entre 1,5 et 0,9 millions d’années les coulées de lave se sont accumulées et ont donné naissance à un premier volcan de 3200 m de haut. Il y a 870 000 ans, deux flancs de ce premier volcan se sont effondrés, ce qui donna naissance à un second volcan de 2700 m. La formation s’est arrêtée à 200 000 ans.

Aujourd’hui, le point culminant de Tahiti est de 2240 m. L’érosion est causée par la pluie, des records de pluviométrie, jusqu’à 8 et 10 m, sont enregistrés sur quelques reliefs. La vitesse d’érosion ? entre 0,5 et 1 mm par an. A l’échelle des temps géologiques, Tahiti peut perdre 1 km d’altitude, en un million d’années. Tahiti s’enfonce. Le point chaud qui donna naissance à Tahiti est actuellement en train de donner naissance à Mehetia (déjà évoqué ici). La dernière éruption de Mehetia date de 1981. L’atoll de Makatea a été « soulevé » par Tahiti. Le Tahara’a est un petit cône volcanique « parasite ». Le relief du « Diadème » est du à des roches dures qui résistent mieux que les roches qui l’entourent, plus fragiles et sensibles à l’érosion. Tahiti iti et Tahiti nui sont deux volcans distincts, nés à deux époques différentes (précisions du GePaSud).

En attendant la fin, les voyageurs affluent en Polynésie ! Il paraît qu’on n’avait pas fait mieux depuis 2008. Pensez-donc, 12 422 voyageurs en janvier, cela fait une nette progression de + 11,2%. Mais cette hausse ne s’explique que par l’accroissement du nombre de croisiéristes et la présence d’un navire de croisière supplémentaire. La croisière booste les chiffres. Les principaux marchés se définissent ainsi : Amérique du Nord : 46,6% de part de marché soit une augmentation de 3,1 points ; France 12,5% de part de marché soit – 1,5 point ; Le Pacifique 11,8% de part de marché soit – 1,6 point ; Asie 12,5% de part de marché soit + 3,9 points. Les Autorités auraient-elles enfin compris que les touristes ont d’autres demandes qu’il y a vingt au trente ans ? Qu’ils demandent autre chose ? Wait and see !

Hiata de Tahiti

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Jean-Pierre Vernant, La mort dans les yeux

jean pierre vernant la mort dans les yeux

Professeur au Collège de France, anthropologue et helléniste, Jean-Pierre Vernant né en 1914 est mort en 2007 ; il était un grand homme de la culture, un professeur pour mes jeunes années d’archéologue. J’aimais en lui son souci de la précision et l’adéquation des mots, ce pourquoi il récusait les interprétations freudiennes, trop simplistes selon lui. L’anthropologue, contrairement au psychanalyste freudien, ne fait pas une idéologie de son savoir, il tient compte du contexte social et de la dimension historique des faits dont il forme système. « Je ne crois pas que la psychanalyse puisse proposer un modèle d’interprétation à valeur générale et qu’il s’agirait seulement d’appliquer ici ou là. C’est cette façon de penser et de vivre la psychanalyse que j’appellerai ‘illusion’, comme il y a un mode illusoire de vivre et de penser le marxisme » (entretien avec Pierre Kahn, 1996).

Dans ce long article édité en petit livre, il étudie ces trois puissances divines grecques au masque : la Gorgone, Dionysos et Artémis. Toutes trois concernent des expériences de l’Autre. L’homme grec antique, contrairement à nous, était exclusivement extraverti. Il ne cherchait pas son identité en lui-même, mais dans le regard des autres. Sa personnalité était une suite d’actes qui le définissait dans la famille, la cité, la civilisation. Artémis situe chacun dans l’horizon, Dionysos et la Gorgone dans la verticalité. Artémis montre l’homme autre, Dionysos l’autre en soi, la Gorgone l’autre de l’homme.

Artémis est la déesse du monde sauvage et des confins, elle hante tous les lieux non cultivés et guide les personnalités non encore civilisées – notamment les jeunes filles et les adolescents. Patronne de la chasse, elle conduit par la sauvagerie vers la civilisation en disciplinant les jeunes hommes à respecter les règles qui les distinguent de l’animalité. « Pendant le temps de leur croissance, avant qu’ils n’aient sauté le pas, les jeunes occupent, comme la déesse, une position liminale, incertaine et équivoque, où les frontières qui séparent les garçons des filles, les jeunes des adultes, les bêtes des hommes, ne sont pas encore nettement fixées. Elles flottent, elles glissent d’un statut à l’autre… » Chez Atalante, par exemple, la virginité volontairement prolongée fait que tout se brouille, l’enfant ne se distingue plus de la femme mûre, la féminité se virilise, l’humain se fait ours. Les jeunes, à Sparte, sont appelés Pôlos – poulains et pouliches – pour dire leur statut non entièrement acquis à la civilisation. Artémis préside aussi à l’accouchement, moment où la femme est la plus naturellement animale, et à la guerre, qui fait du guerrier une bête saisie de fureur.

Artémis est donc la déesse qui permet à la culture d’intégrer ce qui lui est étranger. Fondatrice de la cité (poliade), elle institue une vie commune pour tous ceux au départ différents. « En faisant de la déesse des marges une puissance d’intégration et d’assimilation, comme en installant Dionysos, qui incarne dans le panthéon grec la figure de l’Autre, au centre du dispositif social, en plein théâtre, les Grecs nous donnent une grande leçon. Ils ne nous incitent pas à devenir polythéistes, à croire en Artémis et Dionysos, mais à donner toute sa place, dans l’idée de civilisation, à une attitude d’esprit qui n’a pas seulement valeur morale et politique, mais proprement intellectuelle et qui s’appelle la tolérance ».

Dionysos dépayse de l’existence quotidienne par le déguisement, le jeu, le théâtre, l’ivresse, la danse et la transe. Il permet de devenir soi-même autre. Il tire vers le haut, vers le dieu.

La Gorgone (ou Méduse), à l’inverse, tire l’homme vers le bas, vers les enfers (Hadès) et la mort. Elle pétrifie, son extrême altérité terrifie, elle glace en mettant face à soi le miroir de soi figé, immobile dans le néant. Puissance de mort, elle est représentée sur les boucliers des Achéens qui attaquent Troie. Les guerriers renvoient en miroir ce qu’ils promettent à leurs ennemis, tout en poussant des cris gutturaux pareils aux sons proférés par les serpents, les chiens et les chevaux en fureur, qu’on dit être ceux poussés aussi par les morts dans l’Hadès. Les éphèbes sont incités à laisser pousser une longue chevelure qui les rendra plus terrifiants au combat, comme les serpents autour de la tête de Méduse. Cette crinière ajoute à leur aspect sauvage et contribue à les posséder d’une fureur de carnage.

Artémis, Dionysos, la Gorgone, sont les trois dieux au masque qui ponctuent le rapport à l’Autre en Grèce ancienne. L’humanité se trouve définie par l’appartenance à la vie politique, à la vie citoyenne, privilège qui distingue des barbares, des étrangers, des esclaves, des femmes et des jeunes. Seules les pratiques institutionnelles permettent d’intégrer ces êtres aux marges de la cité pour avoir contact et commerce, ou les assimiler. Cette attitude rationnelle, bien loin de la haine passionnée des sauvages pour tout ce qui n’est pas eux, est une distance critique par rapport à soi – un grand pas de l’humanité.

Attitude que l’on se doit de rappeler aujourd’hui, où les « racines » de notre civilisation occidentale sont bien malmenées par des groupes extrémistes qui se réclament pourtant d’elles !

Jean-Pierre Vernant, La mort dans les yeux, 1998, Fayard Pluriel 2011, 128 pages, €17.00

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Gastronomie insolite à Paris

fille nue qui a faim paris

« J’ai faim ! » est le cri du SDF sur les trottoirs comme des bobos dans les vitrines. Paris vaut bien une mesa, une table en espagnol, se disent les touristes aguichés. Mais peut-être moins enclins à entrer dans une pharmacie pour consommer sa chimie que dans les restaurants où la cuisine s’effectue dans des « laboratoires » !

restau des parlementaires paris

Les Parlementaires ont le leur, et les filles dénudées ne sont pas en vitrines, sauf au Carlton de Lille. Ces Messieurs préfèrent le « Suprême de pintade », et les (rares) dames « l’entrecôte de bœuf poêlée au thym » pour parfumer leur palais…

cuisine bourgeoise cuisine francaise paris

Malgré l’affichage à gauche des bobos de la capitale, la « cuisine bourgeoise » reste à l’honneur. Révolution en parole, conservatisme de mœurs. Comment comprendre le Français sans cette contradiction permanente ? Ce pourquoi un vin « Bad Boy » voisine avec un Saint-Emilion grand cru. Apparence populo mais palais délicat.

vin bad boy paris

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Hip, hip, hip uru à Tahiti !

On saura tout sur le uru. Le fruit de l’arbre à pain est à la mode. Le festival du uru s’est tenu il y a quelques jours à la maison de la culture, histoire de faire goûter les préparations, nouvelles à base de uru aux visiteurs. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre, non ? L’objectif est de promouvoir le fruit de l’arbre à pain, d’envisager une alternative à l’importation massive de boîtes de céréales et peut-être d’exporter ce fruit transformé. Les visiteurs pouvaient goûter des préparations à base de uru faites par les élèves du lycée hôtelier : soupe de uru agrémentée de poireau, pain à base de uru, compote de uru, frites de uru… [Quelques idées de recettes ici]

arbre a pain frit

Le potentiel de ce fruit est énorme bien que peu exploité actuellement dont la farine est sans gluten. Le paquet de 400 g de farine de uru est vendu 400 XPF. Ici au fenua, 80% des uru ne sont pas consommés et pourrissent inexorablement. Découvertes pour les Polynésiens qui ne connaissent que le uru cuit au feu de bois ou le uru transformé en popoi, c’est-à-dire pilonné.

Ce sont les Antillais qui viennent apprendre l’exploitation du fruit alors que le fruit est parti de Polynésie pour aller aux Antilles ! Les Antillais font de la farine, des liqueurs, des glaces et autres transformations.

Il existe 89 variétés de uru. Dans le uru Huero ninamu on peut même manger les graines après cuisson ! Pour le uru Maohi il faudra cuire longtemps la pulpe blanche et très gouteuse. Le uru Puero est considéré comme l’un des meilleurs. Le uru Paea était autrefois réservé à la caste des nobles, c’est avec le uru maohi l’une des variétés médicinales les plus recherchées. Le uru Rare autia était autrefois réservé aux ari’i (roi), c’est dire ! On compte environ 30 000 pieds de uru sur les sols polynésiens, il y a de quoi faire, non ?

arbre a pain

Le uru est généreux, vous nourrit et vous soigne :

  • Contre les brûlures de la peau, on fait des emplâtres avec le fruit mûr et bien cuit.
  • Contre l’hypertension sous forme de décoction, bouilli dans un litre d’eau, sucré et consommé rapidement.
  • Le latex de l’arbre est utilisé sur les blessures ouvertes et les démangeaisons. Le latex est utilisé aussi comme colle pour l’étanchéité de certaines embarcations. Le tronc servait à la fabrication de pirogues et l’écorce pour fabriquer le tapa.
  • La décoction des racines est utilisée comme antiasthmatique et contre certains troubles gastro-intestinaux de la grossesse certaines douleurs buccales et dentaires et certaines maladie de la peau.

Hiata de Tahiti

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Tombes et marae de Rimatara

Le lendemain, c’est l’horreur, on ne peut mettre le nez dehors… un vrai désastre. Heureusement nous avons de quoi nous occuper. Le dîner sera encore aux chandelles !

Le surlendemain est le jour de notre départ. Nous espérons une éclaircie qui nous permettrait d’aller visiter les sites que nous n’avons pu voir à cause des intempéries. Nous négocions une sortie en voiture avec K. le fils de la pension.

RIMATARA

D’abord la tombe de Simon Lenoir. Le marin Simon Lenoir, catholique français, né en 1837 a échoué à Rimatara. Nul ne sait si son bateau avait fait naufrage, s’il était déserteur d’un navire baleinier, de toute façon il aborde l’île de Rimatara avec quelques compagnons d’infortune vers 1871, s’y fixe comme colon et marchand et épouse une fille de l’île Tapairu a lopu dont il aura 14 enfants. Sa nombreuse postérité influera jusqu’à nos jours sur le devenir de l’île. Ses descendants sont fort nombreux en Polynésie, à Rimatara, Raivavae et Tahiti. Il décède à Rimatara le 14 juillet 1916, sa tombe est au cimetière d’Amaru-Tuaporo. Certains descendants de Simon Lenoir présentent une maladie héréditaire appelée « syndrome d’Alport». C’est une maladie rare de l’ordre de « 250 cas » environ dans le monde entier. Des études récentes et plus approfondies ont démontré que cette lourde hérédité venait de son épouse, originaire des Iles Cook, où des cas similaires ont été retrouvés dans sa famille.

RIMATARA AMARU DERNIER VESTIGE DE L ANCIEN MARAE TONOHA'E

Puis le marae de Mutuaura – qui n’existe plus puisque les dalles qui le constituaient ont servi à la construction du temple protestant du même village !

Taorovea, lieu d’activité ancestrale, était un lieu de réunion du roi et de ses envoyés en mission ou en expédition guerrière. C’était une vaste propriété appartenant jadis au roi. C’était en ce lieu que se tenaient les réunions secrètes, où ses envoyés prenaient connaissance de ses désirs de roi et partaient « espionner » la population. Cette propriété a été offerte par la dernière reine Temaeva V à la France pour des raisons précises : la santé et l’éducation de sa population. Les constructions de l’infirmerie, des écoles et des bâtiments des travaux publics ont été élevées à cet endroit du village d’Amaru.

rimatara gisement de fer

Il y a encore le gisement de fer d’Amaru. La goethite affleurait en surface à je ne sais pas à quelle époque, ni si elle était exploitée, mais ce que j’ai vu ce sont deux blocs de ciment. Le lieu est loin d’être pittoresque ! Notre guide ne sait rien non plus.

Irirua ou temple du soleil est un amas de pierres actuellement. Au temps anciens, le soleil était l’un des dieux honorés, les habitants avaient choisi ce site Irirua, près de la mer, à l’est de Rimatara comme endroit idéal pour observer la boule de feu qui éclaire la terre. Il semble que le lever du soleil était le signal de départ pour « rejoindre les chefs appelés Araia qui vivaient dans un lieu sacré « Harema ». Une cérémonie aurait eu lieu chaque matin avec les habitants qui auraient reçu alors une autorisation de puiser de l’eau à la source appelée Vaimea, gardée par une anguille qui se rendait chaque jour à la mer. Je peux préciser que K. nous a indiqué la source Vaimea, remblayée maintenant, où poussent des purau derrière la demeure de P. et qui se jette dans la mer au lieu-dit Irirua.

Une question avait été posée par Maco Tevane, récemment décédé : quel était le plus grand marae de Polynésie ? et une seule personne, originaire de Rimatara, avait été capable de répondre c’était Maco Lenoir. C’était le grand marae de Rimatara dont il ne reste rien mais où furent construits l’infirmerie, la poste, la mairie entre autre.

Le marae Tonohae, le marais des rois, se situe à Amaru. Il n’en reste qu’une dalle de corail ce marae avait été rasé intentionnellement pendant l’évangélisation de l’île. Il paraîtrait que les premières tombes royales de l’île auraient même été bâties avec les pierres de ce marae. Une légende est attachée à ce site : « Hiro est venu de Havaï-i-te-po pour Raivavae où il construit le marae Tamahara. Il est venu à Tubuai, où il a habité quelques temps et a construit le marae Tonohae, utilisant une pierre prise sur le marae Temahara pour sa construction. Puis il partit pour Rurutu, où il construisit le marae Ahotea, utilisant une pierre du marae Tonohae et de Rurutu pour Rimatara où il construisit le marae Tonoha’e utilisant une pierre du marae Ahotea pour sa construction ».

Le marae Amaru se situe au pied de la falaise, au nord du village, à une centaine de mètres de la mer. Ce lieu sacré est constitué de dalles posées debout de 1m à 1m50 de hauteur, espacées les unes des autres. Cette disposition est une variante des marae de type Australes, très proches des marae que l’on peut rencontrer aux Iles Cook.

RIMATARA VIEIL HOTU ANAPOTO

Le vieil hotu d’Anapoto, dont le nom scientifique est Barringtonia, est un arbre appartenant à la famille des lécythidacées. Il est originaire du sous-continent indien. Il est très répandu dans les îles polynésiennes, sur les plages et dans les vallées. Sa fleur a une forme de blaireau et, à peine ouverte, tombe au sol au moindre coup de vent. Le fruit du hotu a la forme d’un cœur à quatre côtés, le bonnet d’évêque. Son amande est riche en saponine et était utilisée pour narcotiser le poisson. Il suffit de jeter dans l’eau l’amande râpée pour neutraliser poissons et chevrettes à l’exception des murènes qui au contact de la substance sont plutôt excitées.

Il serait très intéressant de lire Le voyage de la Manureva aux îles Australes du 28 septembre au 4 novembre 1938 par Yvonne de Harven, paru dans le n° 322 du bulletin de la SEO. Cette narration est d’un très grand intérêt « d’aventures touristiques » très rares à l’époque. Elle a 35 ans, son compagnon 27. Une mission protestante va entreprendre une tournée d’un mois aux Australes, ils en sont avertis, ils s’embarquent ! Car l’occasion est trop belle et Yvonne de Harven va tout noter. Ce périple est une succession de cultes, de tamaaraa, mais ils garderont un souvenir des paysages, des relations humaines nouées pendant ce voyage. Un vrai délice lorsqu’elle évoque les repas, le monoï, les difficultés pour entrer ou sortir de Rimatara qui ne possède pas de passe …

Retour à la pension, descente des sacs, prendre la voiture et deux minutes après nous sommes à l’aéroport. Quelques instants plus tard l’avion s’annonce. On nous couronne d’odorants colliers de tiare, de colliers de coquillages. Merci les amis de Rimatara et à la prochaine !

Portez-vous bien !

Hiata de Tahiti

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Pupu et noni de Rimatara

Le vent et la pluie ont régné en maîtres toute la nuit. Au lever, le plafond des nuages est très bas et il est fort possible que l’avion devant ramener à Papeete les quatre autres touristes ne puisse atterrir. Il paraît que cela arrive souvent ! Ils ont pu partir après que l’avion soit allé faire un petit tour et soit revenu…

LORI DE RIMATARA

Une petite éclaircie et nous avons bravé les éléments pour nous rendre au CJA à pied, histoire de nous délester des grammes supplémentaires accumulés suite aux repas plantureux. Nous sommes bien accueillies, on nous raconte ce que font les élèves ici, ce qu’ils deviennent ensuite. Les filles cuisinent, cousent des tifaifai (couvre-lit fait de pièces d’étoffe rapportées), du tressage, tandis que les garçons cultivent les légumes du fa’apu, font de la menuiserie et de la sculpture. Les objets exposés nous tentent mais nous sommes limités par le poids, 10 kg sur les lignes intérieures.

RIMATARA

Arrive la directrice du CJA, à qui notre guide a dit qu’une popa’a la connaissait. Facile de me reconnaître, car mon amie est polynésienne-chinoise, la peau blanche et les yeux bleus. Un bref rappel des faits : voyage en Nouvelle-Zélande avec ses élèves du CJA avec V. tandis que je tenais compagnie à J. à Mahina.

« – Ah ! oui, je te reconnais maintenant, nous avons tous mangé ensemble à notre retour de Nouvelle-Zélande… Le monde est petit ! Que fais-tu à Rimatara ? Tu n’étais jamais venue ?
– Si, si, une croisière avec l’Aranui !
– Ah ! oui, et alors vous ne pouviez plus remonter sur le bateau ?
– Exact ! De plus je connais ta cousine l’infirmière et son mari le gars du SDR…
– Ça alors ! Je vais vous ramener à la pension, il pleut beaucoup, montez ! »

P. nous pose encore mille questions et nous fait parcourir son île.

vahine seins nus

– D’abord, comme il bruine, c’est sûr que les mamas doivent ramasser les « pupu ».
– A la plage par ce temps ?
– Non. Mais tu viens de dire que ce sont des coquillages pour faire des colliers ?
– Oui, nous les appelons coquillages mais ce sont des escargots minuscules que les mamas ramassent dans les cocoteraies.
– Dans les cocoteraies, pas sur la plage ?
– Oui, sous les palmes ou les pierres dans les cocoteraies ! Lorsque la pluie est douce, ces petits escargots sortent, les mamas se rendent alors dans les cocoteraies pour ramasser ceux qui, plus tard, lavés à la potasse, séchés, percés et attachés sur un fil nylon formeront un élégant collier de couleur jaune, marron ou blanc. Un travail harassant payé une misère.

"PUPU"

Elle nous conduit vers chez elle où son mari s’occupe du noni (Morinda citrifolia). Les planteurs viennent faire peser les drums remplis, reçoivent l’argent ; les récoltes seront regroupées dans de grands drums et expédiés à Tahiti via la goélette. C’est une société américaine qui achète le noni, elle en achète de moins en moins et à un prix de plus en plus bas… mais les Chinois seraient intéressés par le meilleur noni au monde, ce noni polynésien. C’est une plante médicinale connue depuis des lustres en Polynésie et qui exploitée comme ra’au (drogue, médicament) servant à faire murir les abcès, à traiter les panaris, les angines, les brûlures, les piqures de nohu (poisson-pierre), l’abcès du sein, l’orchite en usage externe. En usage interne, il traite la grenouillette, le diabète sucré, les fibromes et les empoisonnements par poisson toxique.

C’était une matinée très enrichissante et bien remplie ! Installons nous devant la télé pour le reste de la journée car il vente et il tombe des cordes. Ce soir, ce sera repas aux chandelles au restaurant de la pension car les lumières refusent de fonctionner et la panne n’est pas encore détectée.

Hiata de Tahiti

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Découvrir l’île de Rimatara

En ce samedi matin, le petit déjeuner expédié, nous partons à pied découvrir l’île à commencer par la grotte de Teruatave située en bordure de la piste d’aviation. Désolée, impossible pour moi de ramper par une ouverture de 90 cm x 90 cm avec le poignet gauche fracturé. Il vous faudra imaginer deux colonnes en pierre, une banquette en pierre taillée ainsi que des stalagmites et des stalactites dans une pièce de 3 m de hauteur et de 4 m de largeur. « Des sauvages cannibales vivaient dans cette grotte et aimaient manger les enfants. Certains enfants disparaissaient et n’étaient jamais retrouvés ! Les habitants du village n’étaient plus des cannibales et se demandaient qui était l’auteur de ces crimes. Un jour l’auteur fut surpris : c’était une des dernières femmes sauvages qui mangeait toujours de la chair humaine. Elle se réfugiait toujours dans cette grotte d’accès difficile. Les villageois l’ont attirée et capturée à l’aide d’un filet. On l’apprivoisa puis on la civilisa. Elle fut baptisée Pufenua (placenta), et ne mangea plus de viande jusqu’à sa mort ». Toutes les grottes de l’île ont toutes des histoires de cannibales.

GROTTE DE TERUATAVAE

Nous escaladons maintenant le Pito Oromana (le nombril de Rimatara). Pas nécessaire de s’embarrasser de cordes de rappel, piolets et autres, la hauteur maximale est de 8 400 centimètres comme le clament les Rimatara! Des pamplemoussiers ont été plantés par le SDR (Service de développement rural) et sont chargés de fruits délicieux, de quoi nous rafraîchir avant d’atteindre le sommet. Ce pito est situé au centre de l’île. De là-haut on voit toute l’île en un seul coup d’œil. Dans les temps anciens on y enterrait le placenta de l’enfant royal qui venait de naître. Cet emplacement de 2 m de côté serait la tombe du Roi Temaeva. Cet emplacement est sacré et tapu (tabou). La plus haute pierre indique le partage de l’île en deux, et l’on trouvera plus bas sur la route de ceinture une autre pierre dans un enclos et plus loin dans la mer un feo. En joignant ces points l’île de Rimatara est séparée en deux. La légende dit que tout incendie survenant dans la montagne n’atteindra pas le pito de l’île.

RIMATARA stèle commémorative

Nous redescendons au milieu de cocotiers… attention à ne pas circuler dessous car il fait du vent ! Baron, le chien, nous précède et trace le chemin. Nous sommes attendus pour le tamaara’a sur la plage et c’est du sérieux ! ici comme partout en Polynésie le ma’a est très important : cœur de cocotier récemment abattu (rien à voir avec les cœurs de palmiers en boîte), IPO (pain) cuit dans des feuilles de auti (Cordelyne fructicosa), uru (fruit de l’arbre à pain) tapé avec du punu pua’atoro (boîte de singe), du poulet aux aubergines, du ma’a tinito (cuisine chinoise) avec du riz, du poisson cru à la Rimatara, des pahu’a (bénitiers), pastèque. Tout est sur la table, il suffit de se servir. Les mouches, heureuses de cette prolifération de plats, nous accompagnent par régiments entiers ! Nous rentrerons en fin d’après-midi à la pension où le dîner oui, oui, encore du ma ’a, consistera en une salade de crevettes au pamplemousse et cœur de coco, suivie d’une loche à la vapeur avec du riz et un fei (banane de montagne) avec de la glace au coco. C’est impossible de tout manger mais pour les Rimatara ce n’est pas la même chose. La nuit sera venteuse, pluvieuse.

RIMATARA EGLISE ADVENTISTE

C’est dimanche il a plu toute la nuit, il a fait du vent toute la nuit, masquant les bruits des tupapa’u (personne défunte qui vient tourmenter les vivants) qui allaient et venaient dans notre bungalow. J’ai même l’impression qu’ils ont pris une douche dans la salle de bains ! Ce matin, un brunch était prévu. Impossible, rien que de penser à ce qui pourrait se trouver sur la table j’ai des douleurs au ventre. C’est le programme au temple protestant : 6h30 Première messe. 7h30 Grand repas dans chaque famille, 8h30-9h30 école du dimanche des enfants encadrés par les adultes, 10h-11h grand-messe pour tous, 15h-18h dernier office. Nous ne sommes pas venues pour ‘amu’amu (bouffer) mais pour l’île, les habitants et leurs légendes. Il pleut toujours et les sorties sont compromises. Dans l’après-midi, une éclaircie nous permet de mettre le nez dehors. Nous apercevons des ura en grand nombre et nous marchons jusqu’à Amaru où nous irons saluer les habitants du cimetière royal. Même s’il n’y a plus de roi, il est impératif d’aller se recueillir devant les tombes des dignitaires, histoire de ne pas avoir de mauvaises visites cette nuit. C’étaient probablement les messages des tupapa’u qui nous avaient visitées la nuit dernière. Il est temps de parler du ura.

Lori de kuhl polynesie timbre

Le ura ou lori de Kuhl est une perruche endémique de 18 cm de long qui appartient à la famille des loris. Ura veut dire rouge en tahitien. Son plumage est vert, jaune, rouge clair, rouge foncé, violet, une longue queue vert-rouge, un bec jaune foncé et des petites pattes jaunes grâce auxquelles il peut s’agripper aux branches des arbres fruitiers. Ses repas ? Le suc des fleurs, le nectar des fleurs de bananiers. Il se déplace en couple, signale sa présence par un sifflet strident et aigu. Il est présent partout dans l’île. D’après Teura Henry « le vini-ura, perroquet siffleur de Rimatara (Iles Australes) au plumage rouge, jaune, bleu et vert était l’émanation du dieu Ta’aroa » (Tahiti aux temps anciens, p.396).

Voici la légende du Ura de Rimatara : « Autrefois, il y a très longtemps, la marouette Moho était l’oiseau le plus beau de tous ceux qui peuplaient l’île de Rimatara, et tous l’admiraient pour ses couleurs chatoyantes. Son plumage était multicolore, rouge, bleu, vert, jaune… La perruche Ura était grise et terne. Personne ne l’appréciait malgré ses cabrioles dans les fleurs de bananiers et ses sifflements aigus. Le Ura devint triste et jaloux du Moho : sa beauté l’obsédait, il fallait qu’il obtienne d’aussi belles plumes que celles de son rival. Comment s’emparer des couleurs du Moho, toujours en éveil ? Il fallait ruser et profiter d’un moment opportun. Guettant le bel oiseau, le Ura attendit que celui-ci s’endorme pour sa sieste pendant les heures chaudes de la journée. S’approchant sans bruit il commença par s’emparer du vert des ailes, puis s’enhardissant il subtilisa le jaune du dos. Le Moho ne bougea pas. Il lui prit le rouge de la poitrine. Puis il lui vola le bleu de la tête. Mais alors qu’avant d’en finir avec l’orange des pattes, il voulait prendre la couleur rouge des yeux, le Moho (Porzana tabuensis) sentit le bec du Ura sur sa paupière et se réveilla brusquement. Il vit ce qui lui était arrivé et, se trouvant honteux sans son magnifique plumage, fila se cacher dans le marécage. Depuis ce jour, le Moho gris, qui a gardé son œil rouge et ses pattes oranges, ne se montre plus aux autres animaux et reste terré sous les hautes herbes ne sortant qu’au crépuscule – pendant que le Ura batifole haut dans les branches piaillant à tue-tête pour attirer l’attention et faire admirer sa beauté ».

RIMATARA PITO DE L ILE 8 000 CM

Les anciennes parures des chefs Polynésiens étaient autrefois en grande partie réalisées en plumes rouges de Ura, cette espèce vivait dans les forêts tropicales des Kiribati, de Polynésie française et des îles Cook. Mais dans l’ensemble de la Polynésie, l’oiseau qui les porte avait déjà disparu à l’arrivée des premiers explorateurs européens au 18e siècle. Il était trop chassé pour ses plumes. Seule l’île de Rimatara, grâce au respect d’un tabu (tabou) édicté par sa défunte reine et ancêtre Heimata Ura Vahine ou Tamaeva V (1893-1923) a pu conserver une population de ces oiseaux aujourd’hui classés « en danger d’extinction » sur la liste rouge de l’Union mondiale pour la Nature. Elle s’était adressée au Ura et lui avait dir « ‘Eiaha ‘ oe e haere fa’ahou i te tahi fenua’e (tu n’iras pas sur une autre île. S’adressant plus tard au ‘Ura vaero (lori mâle) et au ‘Ura pa’o (femelle), elle les supplia : E noho na’orua i ‘onei, tiretire o, tiretire a (vous vivrez ici, vous vous reproduirez encore et encore). Et lors des dernières cérémonies qu’elle présidait, vêtue de sa cape royale en plumes de ‘Ura, elle jure : ‘Aita atu i muri a’e ia’u nei e ‘abu fa’abou i teie ‘abu (personne après moi ne vêtira plus jamais cette cape » (bulletin n° 319 de la S.E.O.). En avril 2007, dans le cadre d’un programme de sauvetage de l’espèce, la Société d’Ornithologie de Polynésie Manu avait réalisé la translocation préparée scientifiquement de 27 loris de Kulh de Rimatara (Archipel des Australes) à Atiu (Iles Cook). Une plaque gravée commémore cet échange.

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Voyage à Rimatara

Rimatara est la plus petite île des Australes, 9 km², 8,5 km de circonférence, à 665 km au sud-est de Tahiti. C’est une île circulaire issue d’un plateau volcanique. Les habitants ont l’habitude de parler de son altitude en cm soit 8 400 pour le plus haut sommet de l’île. Son lagon est quasiment inexistant. La population au dernier recensement 2012 est de 873 habitants.

RIMATARA

La première mention de l’île est faite par le capitaine Samuel Pinder Henry en 1811. En 1821, deux missionnaires protestants établissent une mission sur l’île. La France institue son protectorat en 1889 puis l’annexe en 1900.

FAUVETTE DE RIMATARA

Les paysages sont magnifiques, de superbes plages de sable blanc, un récif frangeant, des petites criques ornées de feo (corail fossilisé), quelques petites falaises, tout cela peut être découvert à pied, à vélo. Règne une végétation exubérante : arbres fruitiers, plantes à fleurs, plantations de taro, pandanus, nono, cocotiers pour faire du coprah, café, bananes, etc. Deux espèces endémiques rares : la fauvette de Rimatara et le ura (rouge en tahitien) ou lori de Kuhl. Trois villages sur l’île : Anapoto, Motuaura Et Amaru. Les spécialités sont le tressage des paniers ou peue (natte en fibre végétale tressée), les chapeaux, la préparation du fara (pandanus), la confection des colliers de coquillages «pupu». La sculpture sur bois d’une très grande finesse commence à être connue. Une destination à privilégier. Il y a deux pensions de famille sur l’île et un avion trois fois par semaine. Toute la population est protestante à part une petite communauté adventiste. Partons à la découverte de l’île.

LORI

Le débarquement d’avion ou de bateau oblige tous les visiteurs à passer à travers les volutes de fumée d’un feu de bourres de coco purificateur ! L’arrivée est matinale à la pension ‘La Perruche rouge’ et sitôt le petit-déjeuner avalé il faut partir en compagnie de N. dans les champs de pandanus. La variété de Paoere (Pandanus tectorius) est cultivée à grande échelle à Rimatara. C’est un pandanus à feuilles très vertes, sans aucune épine et stérile. Il faut couper quatre ou cinq feuilles, enlever la nervure centrale, nettoyer, tresser une guirlande qui sera mise à sécher à l’abri de la pluie. N. apprend aux touristes à faire un petit éventail. Pour 4 000 XPF par personne il en faut pour son argent. Le chef d’œuvre réalisé, c’est le repas Rimatara : soupe Rimatara (poulet, riz, pota vert (blettes) et lait de coco) taro, fei (bananes de montagne) et crêpes bananes. Pas question de se reposer : en voiture pour le tour de l’île, traversée des villages d’Anapoto, Mautuaura et Amaru et arrêts photos à la demande.

RIMATARA ENLEVER LA NERVURE CENTRALE

Ainsi le coin secret des amours défendus, Tamarii a Tara (Les enfants de Tara) ou Bain des vierges est un bassin naturel entouré de rochers sis près du Motu Rare Apo. La légende raconte qu’« il était une fois, au temps des rois, deux enfants qui s’aimaient en cachette. Les membres de leur famille s’opposaient à leur amour. Il leur était impossible de se présenter chez le Roi car les membres de leurs familles les épiaient. Ils décidèrent de s’enfuir et de se cacher dans les rochers au lieu-dit Hipuna. Seules, les jeunes filles connaissaient leur cachette. Chaque jour elles leur rendaient visite en prétextant aller prendre un bain ou de puiser de l’eau de mer à leur retour. Elles apportaient de la nourriture aux amoureux. Mais, un jour, ces enfants furent surpris par des pêcheurs et poursuivis jusque chez le roi. Ce dernier les accueillit et les maria. Malheureusement, ces enfants étaient frères et sœurs, enfants de Tara, et ne vécurent pas longtemps ensemble ». C’est l’un des plus beaux coins de l’île de Rimatara.

gamine gamin

Le Raro Apo, Mauna Teitei est un coin recherché des habitants surtout durant les fortes chaleurs. Les pique-niqueurs apportaient uniquement du taro (Colocasia esculenta) apo, qui est le préféré et le plus apprécié des habitants pour sa saveur et sa couleur. Les uns se reposaient, les autres plongeaient et tous étaient heureux !

SOUPE RIMATARA

La légende de vahiné Punarua : « Il y a bien longtemps sur l’île de Rimatara vivait une sirène à l’abri d’une profonde grotte marine dans la baie de Motuaura. On pouvait la voir sur la crête des vagues les jours de forte mer apaiser les flots afin de protéger le village. La renommée de sa beauté était parvenue jusqu’à Hurumanu, un vaillant guerrier d’une île lointaine qui désira vivement la conquérir. Il débarqua à Taanini au nord de l’île et bondit sur la montagne Oromana (8400 cm). Là, du sommet de l’île, il aperçut la princesse de ses rêves qui se baignait près du rocher Toaharao que l’on voit encore tout près de la superbe plage de sable blanc. Hélas lorsqu’il y parvint, elle avait à tout jamais disparue. Elle s’était réfugiée dans les rochers de Toaharoa et dit-on cachée dans une excavation nommée Punarua. C’est pourquoi les Anciens ont appelé leur sirène « Vahiné Punarua ».

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Chacun pour soi en Polynésie

Ici, la chasse continue, pas de trêve pour les pakaloculteurs, les dealers de paka (cannabis en français). L’État poursuit en hélicoptère tout ce qui pourrait ressembler à une culture outdoor, indoor ! Un tuyau d’arrosage sur un toit, un drum dans une cour, rien n’échappe aux yeux des militaires. Ceux de l’hélico préviennent ceux qui sont en bas et qui alors se précipitent dans les fare, les jardins. C’est rôdé. Les contrevenants pourront bientôt faire le tour de l’île en se tenant par la main.

vahine seins nus palme

Un thonier, retour de pêche, s’est échoué sur le récif de la Pointe Vénus à Mahina. Le remorqueur du port était venu le tirer de sa mauvaise position. Hélas ! La corde a cédé, il est resté avec sa cargaison sur le récif pendant trois jours. N’écoutant que leur « bon cœur » des habitants de Mahina (plusieurs dizaines) étaient venus prêter main forte aux professionnels, au cas où « ils auraient des affaires à débarquer ». Quel bon cœur ! Les cales étaient pleines, le thonier revenait d’une pêche. Un membre de l’équipage conclura : « les gens sont venus pour avoir du poisson (gratis !) et après, beaucoup sont partis ». Donc, pas de bon cœur mais intéressés ? Mince alors !

Une visite protocolaire pour respirer l’air de la Polynésie. Avec tous ces Chinois qui viennent faire des études, encore des études, pour le poisson, les routes, le port, la piste d’atterrissage, coucou, revoilà les Américains. Là aussi du beau monde avec l’amiral Harry B. Harris, commandant la Flotte du Pacifique. C’est bien normal, non ? Ce sont nos alliés et il vaut mieux que l’on voit de visu ce qui se passe à Tahiti. Dans le Pacifique, il y a beaucoup de Chinois, alors, allons faire une petite visite à Gaston Flosse et en passant saluons l’amiral Cullerre. Il s’agissait de renforcer la coopération militaire avec la France dans cette zone stratégique.

Le personnel navigant de la compagnie au tiare apprend le mandarin car l’on attend des milliers de visiteurs chinois ici au fenua, alors autant bien l’accueillir, non ? C’est un professeur de l’institut Confucius qui est venue spécialement enseigner quelques rudiments de mandarin au personnel commercial d’ATN. On a l’impression que chaque semaine débarque une kyrielle de Chinois pour des projets sino-polynésiens, cette clientèle est exigeante, très exigeante et il faudra être au top pour la servir. Zai jian.

Une nouvelle académie pour préserver les savoirs traditionnels polynésiens. Belle idée, mais sera-t-elle suivie d’effets ou est-ce simplement encore une de ces idées creuses qui germe régulièrement et s’évanouisse aussitôt ? Il faut conserver, valoriser les savoirs ancestraux mais pas pour la période des élections seulement mais sur le long terme avec des gens capables.

Aux jardins d’eau de Vaipahi à Mataiea, un adolescent fait une chute mortelle en cueillant des ramboutans. Ce jardin est un site touristique géré par le service du tourisme. Des ados en mal d’occupation viennent y traîner leur mal être, à vélo bien que défendu, s’attaquent aux arbres fruitiers, ça aussi défendu, mais que leur importe les avertissements, les mises en garde jusqu’à ce malheureux accident. Incivisme quand tu nous tiens.

La vallée de la Punaruu est défigurée par les déchets, là encore incivisme. Des individus viennent la nuit se débarrasser d’ordures, de déchets car dans certaines communes il n’y a pas de solutions au traitement de ceux-ci alors, on vient déposer là on l’on trouve de la place ! Ni vu, ni connu.

Au fond de la presqu’île, après Teahupoo plus de route mais une passerelle pour rallier le Fenua Aihere. Les voitures franchissent un « gué » quand la rivière le permet sinon c’est le pont des piétons. En période d’élection le sujet est à nouveau sur la table : pont ou pas pont automobile ? Ca occupe les langues. Certains proposent de demeurer avec la passerelle. D’autres voudraient un pont automobile mais réservé aux seuls habitants du Fenua Aihere et aux touristes ! Là encore on attendra… mais on attendra quoi ?

Hiata de Tahiti

A Paris, le Bureau du Sénat a examiné le 2 avril 2014 la demande de levée de l’immunité parlementaire du sénateur Gaston Flosse. Il a décidé par 12 voix pour, les 9 autres membres présents ne prenant pas part au vote, d’accéder à la demande de Mme Christiane Taubira, Garde des sceaux, Ministre de la justice, portant sur la possibilité d’un placement en garde à vue et, dans l’hypothèse d’une mise en examen du sénateur, sur une mesure de contrôle judiciaire. – Argoul

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Tahiti santé

Au risque de me faire tirer dessus ou insulter, quelques nouvelles du chantier de rénovation du dispositif de contrôle des failles coralliennes. L’État débloque 6 milliards pour Moruroa. C’est le contre-amiral Anne Cullerre qui avait convié la presse à Moruroa pour présenter le futur chantier : rénovation des installations chargées de surveiller l’état du récif, affaibli par les essais nucléaires.

mururoa atomique

Il a beaucoup plu la dernière quinzaine de février avec éboulements, inondations, etc. Chaque année à pareille époque, des appels à la prudence sont diffusés. Tous ici savent que les eaux boueuses sont dangereuses car potentiellement contaminées par les bactéries de la maladie. Deux hommes sont morts de la leptospirose. Chaque année plus d’une centaine de cas de leptospirose sont confirmés en Polynésie française. 60 à 80 personnes sont hospitalisées dont 20 à 30 en service de réanimation. Une recrudescence des cas survient toujours à la saison des pluies. Et nous sommes en saison des pluies.

En 2015, toute la Polynésie bénéficiera de l’eau potable. Le CGCT (Code Général des Collectivités territoriales) impose aux communes polynésiennes de distribuer de l’eau potable, au sens des normes, avant le 31 décembre 2015. Mais, l’on sait déjà que dans certaines communes, l’échéance ne sera pas tenue et dans certains atolls des Tuamotu, la population préfère utiliser les citernes d’eau de pluie plutôt que d’avoir recours à une eau potable PAYANTE !

chou

On va sous peu recevoir les comprimés contre la filariose tandis que l’épidémie de dengue et zika s’essouffle. La lutte anti-vectorielle, elle, continue. Le bilan du syndrome de Guillain-Barré s’élève à 72 cas au total. Après plus de 19 jours de pluie incessante, le soleil a refait son apparition mais l’agriculture a beaucoup souffert. La Dépêche de Tahiti titrait « Les cultures maraîchères dans les choux ». Les choux ont beaucoup souffert, la tomate, le concombre également. Va-t-on devoir manger des frites surgelées ? et du riz ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes, il va manquer pour mars 9 tonnes de salade, 5 tonnes de concombre, 9 tonnes de navet, 4 tonnes de poivron vert. Super, l’obésité sera vaincue sous peu ! On ne se reconnaitra plus devant la glace !

Hiata de Tahiti

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Tahiti se dépeuple

Le déficit migratoire est confirmé à la hausse. Quelques chiffres 2012 intéressants : au premier janvier 2013 : 269 mille habitants en Polynésie Française et 63,6 millions en France… La croissance de la population 2012 est de 0,6 % en P.F. et 0,5 % en France. Pour les naissances, l’indice conjoncturel de fécondité est le même : 2,0. Le taux de mortalité infantile est de 7,5 % en P.F. et 3,5 % en F. L’âge moyen des mères : 27,7 en P.F. et 30,1 en F. Pour les décès : l’espérance de vie d’un homme est de 73,3 années en P.F. et 78,5 en F. Pour les femmes 78,2 années en P.F. et 84,8 en F. Question mariage, le taux de nuptialité est de 5,4% en P.F. et de 4,0 % en F. L’âge moyen du premier mariage est pour l’époux de 35,9 en P.F. contre 32,0 en F ; celui de la femme de 32,5 ans en P.F. et 30,2 en F.

gamin torse nu

Les touristes ont encore boudé la Polynésie en décembre 2013, encore 4 585 visiteurs en moins par rapport à 2012. Cela se répercute sur la fréquentation hôtelière. L’Amérique du Nord est le seul marché émetteur en hausse sur le dernier mois de l’année. Le nombre de touristes venant de France  enregistre le plus fort recul (-23,7%). C’est depuis janvier 2013 un recul de 2,7% par rapport à 2012.

Aéroport de Tahiti a annoncé son programme de grands travaux ; rénovation de la piste qui permettra d’accueillir des Boeing 777-300, l’Airbus 380, l’Airbus 340-600. Une arrivée internationale repensée, de nouveaux carrousels  à bagages, et dès l’arrivée les voyageurs internationaux seront plongés dans l’ambiance polynésienne grâce à la collaboration du Centre des métiers d’art et du Musée de Tahiti et des îles. Pourvu qu’ils ne plongent pas trop profond… et qu’ils puissent ressortir !

Vahines nues Tahiti

Il y a ceux qui quittent le Peï, il y a ceux qui arrivent au Peï, d’après l’ISPF (L’Institut de la statistique de la Polynésie Française) l’exode est sans précédent. Rappel : entre 2007 et 2012 18 350 personnes ont quitté la Polynésie ; sur la même période 10 650 venus de l’étranger ou de métropole se sont installés au fenua ; soit un déficit de 7 550 âmes en 5 ans. Qui part ? Pourquoi part-on ? Difficile de le dire avoue le statisticien puisqu’on ne les interroge pas ! Par contre on remarque que toutes les tranches d’âges sont touchées. Pour les jeunes à la recherche d’un emploi, la Nouvelle-Calédonie apparaît comme un nouvel eldorado. D’autres, tel ce commerçant de 40 ans s’envolera sous peu pour Singapour. Tel retraité trouve que les gens sont de moins en moins sympas et préfère partir ! L’autre, métier du bois, préfère faire ses valises car il a des problèmes de stock et table sur de nouvelles techniques de travail en Europe ; il et regrette le vase clos où il vit ici. L’histoire de la Polynésie est faite ainsi mais demain ?

L’Académie des sciences patrimoniales est créée. Elle sera la gardienne des savoirs traditionnels polynésiens. Elle aura pour mission « de faire dialoguer les savoirs endogènes et scientifiques dans un cadre protégé qui permettra de sauvegarder, pour les générations futures, notre savoir traditionnel, issu de notre patrimoine culturel et intellectuel ».

Hiata de Tahiti

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Donna Leon, Brunetti et le mauvais augure

donna leon brunetti et le mauvais augure
Le climat est lourd à Venise en 2010, très lourd. Non seulement nous sommes en août et la chaleur est écrasante dans la ville dénuée de toute brise, mais plusieurs dizaines de milliers de touristes viennent ajouter à l’étouffement des ruelles et des canaux. Il y a pire : l’administration routine dans le délitement d’État. Magouilles, corruption et arrangements entre amis remplacent tout droit et toute morale. Même l’église voit ses cloches arrêtées et aucun artisan pour les réparer pendant « les vacances » sacro-saintes. Quant à la traduction de l’anglais par William Olivier Desmond, elle laisse à désirer, certaines phrases ne voulant carrément rien dire ! (ex. le plus criant p.312 : « plus » vulnérables mis pour moins vulnérables…)

Ce roman n’est « policier » que parce que le personnage principal est commissaire ; il est bien plus sociologique sur la ville de Venise, la politique italienne et les particularismes de la péninsule. L’intrigue est molle, au ras de l’eau, les arnaques ordinaires. Certes il y a trois meurtres, mais leur cause première est tordue – ni passionnelle ni impulsive – il n’y a que « l’argent, l’argent, l’argent » à l’origine de tout.

Certains lecteurs aiment ces livres d’ambiance à la Simenon (j’en suis) ; d’autres s’ennuient à chercher en vain l’action (certains commentateurs sur les réseaux). Au fil de ses romans vénitiens, Donna Leon est de moins en moins policière et de plus en plus moraliste. Avec ce ton américain un brin condescendant du Grand frère ayant eu la Révélation envers le petit dernier englué dans ses pratiques ancestrales. Vous avez dit barbare ? Ce tropisme yankee de Donna Leon n’est pas le seul, Elisabeth George a le même pour la vieille Angleterre. Comme si l’Europe était une terre perdue qu’on observe des États-Unis comme les Bororos nus de Lévi-Strauss hier en Amazonie.

Un diseur de bonne aventure séduit une laborantine pour falsifier le taux de cholestérol des patients à qui il vend une potion placebo hors de prix ; un greffier bien convenable qui vit avec maman se fait assassiner un soir en bas de chez lui ; un banquier marié a des pratiques privées peu honorables. Avec tout ce quotidien, comment tisser l’action ? Ce ne sont qu’interrogatoires, questionnements et déductions. Pour le plaisir du lecteur d’un certain âge, qui aime bien prendre son temps et jouir de la vie (les proseccos au comptoir, un Spritz avec les tramezzini, des oignons frits). Mais je comprends que cela puisse frustrer les zappeurs compulsifs comme ceux que je vois ne lisant que trois pages dans le tram ou le métro entre deux coups d’œil au doudou Smartphone – et entre deux rendez-vous toujours « ultra-importants ».

Ce que montre Donna Leon est l’effet de l’absence d’État dans un pays saisi par la crise. Chacun en est réduit à se débrouiller par bagout, relations, copinages. Le droit n’existe quasiment pas ; quand il existe il n’est pas appliqué ; quand il est appliqué les affaires traînent des années. Habiter 150 m² d’appartement en palazzo pour 450€ dans Venise est possible… si vous couchez avec le banquier et « égarez » à propos des documents pour faire reporter les jugements du propriétaire. Gagner sa vie sans faire d’études est possible… si vous dites aux gens d’un air inspiré et avec les mimiques appropriées ce qu’ils ont envie d’entendre sur leur santé, leur carrière et leur avenir. Être un « bon policier » en Italie est possible… si vous évitez de questionner les gens « importants » et euphémisez les menues pressions, agressions ou meurtres pour éviter de vous mettre à dos les puissants et de faire fuir les touristes.

  • C’est cela la santé : « Et vous voulez contribuer à creuser ce déficit à cause de je ne sais quelle théorie selon laquelle un guérisseur aurait corrompu cette femme en l’obligeant à falsifier des rapports médicaux ? » p.293.
  • C’est cela, la justice : « Ce n’était de toute façon pas la vérité que cherchait à découvrir la justice : il s’agissait avant tout pour elle d’imposer le pouvoir de l’État sur les citoyens » p.222.
  • C’est cela, la politique : « – Et monsieur le maire ? Quelle a été sa tactique ? – Voulez-vous dire : comment s’y est-il pris pour calmer les travailleurs tout en montrant clairement que ses sympathies allaient entièrement à leur employeur ? » p.191.

Trop de politique tue le sens civique, car l’art de l’esbroufe pour se remplir les poches et jouir du pouvoir n’est pas une bonne gestion de la chose publique. Comme l’écrit Jacques Attali après la Bérézina du socialisme en France aux municipales : « Débouillez-vous ! ». Les Italiens sont passés maître en cet art que les Français naïfs ne savent pas trop encore comment pratiquer (mais ça vient, le rendement décroissant de l’impôt sous Hollande le prouve !). Ce pourquoi les beaux-parents de Brunetti, les informateurs de Vianello, les services réciproques de la signora Elettra, compensent dans le roman les carences de la police et des autorités.

Ce pourquoi aussi les enquêtes n’aboutissent plus depuis quelques années : Donna Leon les résout intellectuellement pour le plaisir du lecteur, pas judiciairement pour la morale. Trop de politique…

Donna Leon, Brunetti et le mauvais augure (A Question of Belief), 2010, Points policier 2014, 331 pages, €7.22

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