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Dangereux vide politique

François Hollande élu depuis un an… un abyssal vide politique ! Après la crise économique de la finance et de l’industrie, la crise sociale du chômage et des impôts, la crise morale DSK et Cahuzac, la crise sociétale de la filiation sans cause, la France va-t-elle vers une crise politique ? La « rue », pour une fois de droite (et bien peu à gauche), voudrait bien cristalliser le mécontentement en mouvement politique sur l’exemple des Tea parties américains. Je l’avais suggéré dans une précédente note, malgré les flèches de ceux restés bloqués sur la petite politique politicienne : « La France pourrait connaître une évolution à l’américaine, avec une droite de plus en plus à droite mais refuge du collectif national, et une gauche de plus en plus anarchiste-bobo, exaspérée de tout est permis. »

La médiocrité du personnel politique et leur panne idéologique font que l’imagination n’est surtout pas au pouvoir et que la refondation des idées est plus que jamais nécessaire.

nouvel-observateur sont ils nuls

Médiocrité des politiciens

Hollande pourrait se contenter de régner, à la Mitterrand, mais le quinquennat (voulu par la gauche) et le Premier ministre (voulu par lui) l’obligent à être dans l’arène. Son tempérament procrastinateur, édredon ni oui ni non, ne convient pas à la fonction. Un président doit se prononcer, il n’est pas dans la synthèse d’un secrétaire général de parti. Il tient bon sur quelques sujets économiques, mais sans aucune pédagogie, laissant les roquets au gouvernement lâcher la soupape du discours de gauche. Est-là une « politique » ? Les citoyens ont l’impression de ne pas être entendus, qu’aucun parti au Parlement ne les représente plus. D’où la rue et les tiraillements au PS.

Dans ce vide politique, la droite pourrait s’engouffrer, mais elle manque de discours cohérent et de chef légitime. Chacun joue sa partie, les « vieux » usés par leurs clowneries de candidats à la présidence de l’UMP, les nouveaux aux dents longues à longueur d’antenne pour la mairie de Paris. Coppé n’est pas crédible, Fillon est dépassé, Juppé reste sur ses terres, NKM se barricade à Paris et Raffarin en Chine… Au total, la droite s’est trop déportée à droite avec Buisson et Coppé. Elle a été battue de peu à cause de cela et du style Sarkozy ; mais les socialistes sont allés trop loin avec la procréation assistée et le laxisme sur les mœurs (cannabis, abolition des peines bloquées etc.), ce qui fait revenir au galop les régions catholiques vers l’anti-Hollande – Hervé Le Bras le dit très bien. 

C’est la chienlit, comme disait de Gaulle, expert ès querelles de bac à sable, fomentées par des « minables » qui ne voient pas plus loin que le bout de leur mufle, « cuisant à petit feu leur petite soupe dans leur petit coin ». Vous avez reconnu les partis : ces « machins » qui devraient sélectionner des candidats valables, comme partout ailleurs dans les démocraties, mais qui ne servent plus en France qu’à se hausser entre soi dans un jeu de l’ego. Coppé n’est pas légitime, Désir est nullissime, les deux jouant leur petit dictateur au mépris des statuts et des règles. Comme si la légitimité résidait dans l’oukase, comme si le charisme se résumait à la grande gueule. Ont-ils compris quelque chose au pouvoir ?

Panne idéologique

La gauche reste empêtrée dans la dépense publique, la redistribution clientéliste, la fiscalité incompréhensible et instable, le gros État à surtout ne jamais réformer, le tabou à accepter mondialisation et rationalisation, le jusqu’auboutisme dans le laxisme des mœurs ultra-individualistes. La droite n’a pas de vision d’avenir, elle en reste au passé, le recours à Sarkozy tenant lieu de projet politique faute de mieux. Comme toute réforme passe par ceux-là mêmes qui profitent du système (élus, technocrates, fonctionnaires, syndicalistes), il y a grande répugnance à ce que cela change. A l’arrogance intello de gauche répond en 2013 l’action directe à droite, qui rassemble bien plus que les groupuscules activistes catholiques ou étudiants. L’aspiration dans les sondages à faire ce que les Italiens font – un gouvernement d’union nationale – dit combien les électeurs ont, dans leur majorité, ras le bol de ces politiciens minables qui se croient légitimes. 2014 ou 2017 verront-elles la réforme forcée du millefeuille étatique dans l’urgence pour incapacité prouvée à résorber le déficit structurel ?

handicap france patrick artus 2013

Aujourd’hui, que reste-t-il ? La peur. Dans le délitement social, les politiciens qui devraient au contraire motiver le pays, montrer la voie de solutions à long terme ont aussi peur que la société – mais pour leurs privilèges.

  • Peur du changement : continuer contre vents et marées faute d’imagination.
  • Peur de la politique : droite ou gauche, surtout ne rien changer au logiciel, on perdrait des électeurs. Dommage que les socialistes ne l’aient pas compris avant le mariage gai.
  • Peur de la rue : accuser la droite de pactiser avec le diable, accuser la gauche d’assassiner des enfants – recours au « fascisme » ou au « couteau entre les dents », vieilles rengaines qui ne disent rien d’autre que l’abyssale stupidité de leurs auteurs.
  • Peur d’expérimenter d’autres canaux de communication entre les citoyens et les décideurs : et pourquoi pas le référendum d’initiative populaire, ou les consultations de citoyens, ou la pédagogie télé, comme Yves Montand l’avait fait sous Mitterrand ?
  • Peur de se remettre en cause : notamment les droits hors du commun des politiciens professionnels, qu’ils soient ministres, députés, sénateurs ou patrons publics (les travaux du siège de la BPI).
  • Peur de l’Europe : qui ose dire à l’Allemagne qu’on ne peut chaque année « attendre les élections » pour décider à 17 ou 27 ? mais qui ose dire aussi qu’il faut réformer chez soi pour converger avec l’Allemagne ?
  • Peur d’approfondir l’Union : à quand une Assemblée européenne élue directement au niveau européen, le même jour, sur des partis européens ? à quand la désignation d’un président élu par le Parlement européen à la tête de la Commission ? à quand le Conseil des chefs de gouvernement remplacée par un Sénat représentant les États-nations et les régions ?

L’imagination n’est surtout pas au pouvoir !

La gauche embourgeoisée depuis Mitterrand s’est installée dans le système, elle ne veut surtout pas le changer ; elle préfère d’ailleurs l’opposition, plus confortable : on peut critiquer sans avoir à choisir, donc promettre n’importe quoi pour se faire mousser. Mélenchon l’a très bien compris, même s’il rassemble peu avec ses rodomontades d’un autre âge. La droite en perte de repères (et surtout de chef qui fasse rentrer dans le rang les ados attardés), rejoue le monôme comme en 1934, encourageant des ligues de factieux malgré la modernisation gaulliste.

Or le monde a changé, les Français ont changé, les petits jeux entre nantis politiques n’amusent plus que les médias parisiens. Si l’opposition descend dans la rue, c’est qu’elle ne paraît pas dans les partis politiques. Le slogan « indignez-vous » n’est pas – ô surprise ! – réservé à la gauche. La droite se radicalise parce que personne n’écoute les classes moyennes qui ont peur du déclassement et se raccrochent aux ‘valeurs’. Circulez, dit Hollande incapable ; on attend 2017, dit Fillon impuissant. Résultat : 30 000 militants devant Mélenchon le 5 mai; 40 000 teufeurs à Cambrai pour une rave. Cherchez où est la politique !

Cette inertie fait surgir Marine Le Pen. La fille de son père a eu l’intelligence tactique de quitter la droite extrême ancrée dans le passé vichyste, OAS ou anti-68. Elle se présente comme la droite qui décide, plus à droite que l’UMP mais dans la tendance sociale-étatiste qui est l’un des aspects du bonapartisme, incarné aussi bien par de Gaulle que par Chevènement, Fabius ou Montebourg. Mélenchon, à côté d’elle, fait pâle figure, populiste racoleur poussant le contentement de soi jusqu’à proposer d’être calife à la place du calife (comme Sarkozy sous Chirac). Hollande, s’il ne réagit pas, la droite, si elle ne trouve pas de nouveaux repères avec un nouveau candidat légitime, laisseront proliférer les extrêmes. Parmi eux, pas difficile de deviner qui va l’emporter !

marine le pen tire ta langue

Quelle refondation des idées ?

L’individu n’est ni entièrement autonome, ni entièrement rationnel comme le croit la droite – mais un peu quand même. Il est mu par des forces invisibles pointées par le marxisme, le freudisme, le structuralisme, le foucaldisme, le bourdieusisme, comme le croit la gauche – mais il n’est pas pour cela une marionnette. Si l’individu est pris dans un champ de forces, il reste relativement autonome. Donc tout pouvoir ne peut décider à sa place ce qui est bon pour lui, ni les technocrates de droite, ni les idéologues de gauche. Pas de volontarisme anti-européen comme le prônent certains irresponsables pour faire la roue ; pas d’inertie suiviste de l’austérité morale allemande, comme d’autres le croient par paresse intellectuelle. Merkel en prétexte à tout balancer ou à ne rien faire ? Quelle blague ! L’économie n’est une science qu’humaine, pas exacte. Elle fonctionne sur la confiance – comme toute société politique. Encore faut-il que cette confiance se mérite et que la subsidiarité empêche l’État parisien ou le Machin bruxellois d’intervenir sur tout, à tous niveaux.

La traduction politique française en est certainement la rationalisation de la dépense publique, excessive et gaspillée (47% de prélèvement obligatoires en 2013 contre 43% en 2011) ; une fiscalité apaisée qui ne change pas tous les deux ans en inhibant l’investissement, l’épargne, la consommation, l’entreprise et l’emploi ; des lois et règlements moins nombreux, mieux rédigés par moins d’élus mais avec plus de moyens ; des lois moins rigides qui ne détaillent pas tout pour laisser une autonomie à la jurisprudence des cas réels ; une éducation moins jargonnante en français, moins nulle en langues et moins axée sur l’élitisme matheux ; une formation adulte ouverte à tous à tout moment ; l’encouragement à entreprendre  et pas le mépris pour « les riches » – cette race mystérieuse surgie des envieux. Le bouc émissaire allemand est bien commode aux pusillanimes de gauche qui attendent la croissance comme d’autres Godot. Bien commode aussi aux extrêmes qui croient que sans l’euro ni Schengen tout irait beaucoup mieux.

Sur ces sujets, il y a une sensibilité de droite et une de gauche – mais abordons enfin ces vraies questions au lieu du mariage gai et autres diversions sur la transparence des élus ou le vote des étrangers ! Depuis un an, combien de chômeurs en plus par laisser-aller de gauche sur la fiscalité aberrante et l’entreprise ignorée ?

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Drieu fin analyste politique

Retour aux années 30 ? 2013 = 1933 ? Drieu, surréaliste tenté par le communisme avant de suivre Doriot (devenu fasciste) avait diagnostiqué la situation de son époque. elle ressemble à la nôtre par les hommes (aussi médiocres), mais pas par les circonstances (l’histoire ne se répète jamais).

Dans Gilles, Drieu passe une volée de bois vert aux politiciens et autres intellos tentés par le pouvoir. « La politique, comme on le comprend depuis un siècle, c’est une ignoble prostitution des hautes disciplines. La politique, ça ne devrait être que des recettes de cuisine, des secrets de métier comme ceux que se passaient, par exemple, les peintres. Mais on y a fourré cette absurdité prétentieuse : l’idéologie. Appelons idéologie ce qui reste aux hommes de religion et de philosophie, des petits bouts de mystique encroûtés de rationalisme. Passons » p.927.

Pierre Drieu La Rochelle 1914

L’idéologie, domaine des idées, est la chasse gardée des intellos. Ceux-ci alimentent les politiciens ignares par des constructions abstraites, vendables aux masses, autrement dit une bouillie où l’on se pose surtout ‘contre’ et rarement ‘pour’. « Il y a les préjugés de tout ce monde ‘affranchi’. Il y a là une masse de plus en plus figée, de plus en plus lourde, de plus en plus écrasante. On est contre ceci, contre cela, ce qui fait qu’on est pour le néant qui s’insinue partout. Et tout cela n’est que faible vantardise » p.1131. Yaka…

Pourtant, le communisme pouvait être une idéologie intéressante. Déjà, « la foi politique fournit aux paresseux, aux déclassés et aux ratés de toutes les professions une bien commode excuse » p.1195. De plus, l’instrument du parti est appelé à créer une nouvelle noblesse d’État : « Qu’est-ce qui le séduisait dans le communisme ? Écartée la ridicule prétention et l’odieuse hypocrisie de la doctrine, il voyait par moments dans le mouvement communiste une chance qui n’était plus attendue de rétablir l’aristocratie dans le monde sur la base indiscutable de la plus extrême et définitive déception populaire » p.1195. D’où le ripage de Jacques Doriot du communisme au fascisme, du PC au PPF. Il y a moins d’écart qu’on ne croit entre Mélenchon et Le Pen.

Mais les intellos n’ont pas leur place en communisme, ils préfèrent le libéralisme libertaire des années folles (1920-29), et ce n’est pas différent depuis mai 68. Ils ne sont à l’aise que dans la déconstruction, la critique – certainement pas dans la création d’un mythe politique (voir les déboires actuels de l’écologisme), encore moins dans l’action ! « Il y avait là des intellectuels qui étaient entrés niaisement avec leur libéralisme dans le communisme et se retrouvaient, l’ayant fui, dans un anarchisme difficile à avouer tant de lustres après la mort de l’anarchie. Quelques-uns d’entre eux cherchaient un alibi dans le socialisme de la IIè Internationale où, dans une atmosphère de solennelle et impeccable impuissance, ils pouvaient abriter leurs réticences et leurs velléités, leurs effarouchements et leurs verbeuses indignations. A côté d’eux, il y avait des syndicalistes voués aux mêmes tourments et aux mêmes incertitudes, mais qui se camouflaient plus hypocritement sous un vieux vernis de réalisme corporatif » p.1233. Vous avez dit « indignation » ? Toujours la posture morale de qui n’est jamais aux affaires et ne veut surtout pas y être.

Les meetings politiques ou les congrès sont donc d’une pauvreté absolue, cachant le vide de projet et d’avenir sous l’enflure de la parole et le rappel du glorieux passé. François Hollande et Harlem Désir font-ils autre chose que causer ? Proposer des mesurettes dans l’urgence médiatique (tiens, comme Sarkozy…) ? « Mais au bout d’une heure, il lui fallait sortir, excédé de tant de verbiage pauvre ou de fausse technique. Il était épouvanté de voir que tout ce ramassis de médiocres à la fois arrogants et timorés vivaient avec leurs chefs dans l’ignorance totale que put exister une autre allure politique, une conception plus orgueilleuse, plus géniale, plus fervente, plus ample de la vie d’un peuple. C’était vraiment un monde d’héritiers, de descendants, de dégénérés et un monde de remplaçants » p.1214. »Remplaçants » : pas mal pour François Hollande, désigné au pied levé pour devenir candidat à la place de Dominique Strauss-Kahn, rattrapé – déjà – par la faillite morale.

Il faut dire que la France majoritairement rurale de l’entre-deux guerres était peu éduquée ; les électeurs étaient bovins (« des veaux », dira de Gaulle). La France actuelle, majoritairement urbaine, est nettement mieux informée, si ce n’est éduquée ; l’individualisme critique est donc plus répandu, ce qui est le sel de la démocratie. Rappelons que le sel est ce qui irrite, mais aussi ce qui conserve, ce qui en tout cas renforce le goût.

marine le pen et jeanne d arc

On parle aujourd’hui volontiers dans les meetings de 1789, de 1848, voire de 1871. Mais la grande politique va bien au-delà, de Gaulle la reprendra à son compte et Mitterrand en jouera. Marine Le Pen encense Jeanne d’Arc (comme Drieu) et Mélenchon tente de récupérer les grandes heures populaires, mais avec le regard myope du démagogue arrêté à 1793. Or « il y avait eu la raison française, ce jaillissement passionné, orgueilleux, furieux du XIIè siècle des épopées, des cathédrales, des philosophies chrétiennes, de la sculpture, des vitraux, des enluminures, des croisades. Les Français avaient été des soldats, des moines, des architectes, des peintres, des poètes, des maris et des pères. Ils avaient fait des enfants, ils avaient construit, ils avaient tué, ils s’étaient fait tuer. Ils s’étaient sacrifiés et ils avaient sacrifié. Maintenant, cela finissait. Ici, et en Europe. ‘Le peuple de Descartes’. Mais Descartes encore embrassait la foi et la raison. Maintenant, qu’était ce rationalisme qui se réclamait de lui ? Une sentimentalité étroite et radotante, toute repliée sur l’imitation rabougrie de l’ancienne courbe créatrice, petite tige fanée » p.1221. Marc Bloch, qui n’était pas fasciste puisque juif, historien et résistant, était d’accord avec Drieu pour accoler Jeanne d’Arc à 1789, le suffrage universel au sacre de Reims. Pour lui, tout ça était la France : sa mystique. Ce qui meut la grande politique et ce qui fait la différence entre la gestion d’un conseil général et la gestion d’un pays.

Melenchon pdg

En politique, « tout est mythologie. Ils ont remplacé les démons, les dieux et les saints par des idées, mais ils n’en sont pas quittes pour cela avec la force des images » p.1209. La politique doit emporter les foules, mais la mystique doit aussi se résoudre en (petite) politique, forcément décevante. Les politiciens tentent aujourd’hui de pallier la désillusion par la com’.

Drieu l’observe déjà sur le costume démocratique : « Il vérifiait sur le costume de M. de Clérences qu’il était un homme de gauche. Clérences avait prévu cela depuis quelque temps : il s’était fait faire un costume merveilleux de frime. ‘La démocratie a remplacé le bon Dieu, mais Tartufe est toujours costumé en noir’, s’était exclamé à un congrès radical un vieux journaliste. En effet, à cinquante mètre, Clérences paraissait habillé comme le bedeau d’une paroisse pauvre, gros croquenots, complet noir de coupe mesquine, chemise blanche à col mou, minuscule petite cravate noire réduisant le faste à sa plus simple expression, cheveux coupés en brosse. De plus près, on voyait que l’étoffe noire était une profonde cheviotte anglaise, la chemise du shantung le plus rare et le croquenot taillé et cousu par un cordonnier de milliardaires » p.1150. François Hollande est aussi mal fagoté que les radicaux IIIè République. Il en joue probablement ; il se montre plus médiocre, plus « camarade » qu’il ne l’est – pour mieux emporter le pouvoir. Et ça marche. C’est moins une société juste qui le préoccupe que d’occuper la place… pour faire juste ce qu’il peut. « Une apologie de l’inertie comme preuve de la stabilité française » p.1216, faisait dire Drieu à son père spirituel inventé, Carentan.

francois hollande dijon

Mais est-ce cela la politique ? Peut-être… puisque désormais les grandes décisions se prennent à Bruxelles, dans l’OTAN, au G7 (voire G2), à l’ONU. La politique n’est plus la mystique mais de tenir la barre dans les violents courants mondiaux. « (Est-ce qu’un grand administrateur et un homme d’État c’est la même chose ? se demanda Gilles. Non, mais tant pis.) Tu n’es pas un apôtre » p.1217.

Est-il possible de voir encore surgir des apôtres ? Drieu rêve à la politique fusionnelle, qui ravit l’être tout entier comme les religions le firent. Peut-être de nos jours aurait-il été intégriste catholique, ou converti à la charia, ou jacobin industrialiste, autre version nationale et socialiste inventée par le parti communiste chinois depuis 1978. Drieu a toujours cherché l’amour impossible, avec les femmes comme avec la politique, fusionnel dans le couple, totalitaire dans le gouvernement.

Mais la démocratie parlementaire a montré que la mystique pouvait surgir, comme sous Churchill, de Gaulle, Kennedy, Obama. Sauf que le parlementarisme reprend ses droits et assure la distance nécessaire entre l’individu et la masse nationale. Délibérations, pluralisme et État de droit sont les processus et les garde-fous de nos démocraties. Ils permettent l’équilibre entre la vie personnelle de chacun (libre d’aller à ses affaires) et la vie collective de l’État-nation (en charge des fonctions régaliennes de la justice, la défense et les infrastructures). Notre système requiert des administrateurs rationnels plus que des leaders charismatiques, malgré le culte du chef réintroduit par la Vè République.

Nos politiciens sont tous sortis du même moule. Du temps de Drieu c’était de Science Po, du droit et de la coterie des salons parisiens ; aujourd’hui presqu’exclusivement de l’ENA et des clubs parisiens (le Siècle, le Grand orient…). Un congrès du PS ressemble fort à un congrès radical : « Ils étaient tous pareils ; tous bourgeois de province, ventrus ou maigres, fagotés, timides sous les dehors tapageurs de la camaraderie traditionnelle, pourvus du même diplôme et du même petit bagage rationaliste, effarés devant le pouvoir, mais aiguillonnés par la maligne émulation, alors pendus aux basques des présidents et des ministres et leur arrachant avec une humble patience des bribes de prestige et de jouissance. Comme partout, pour la masse des subalternes, il n’était point tellement question d’argent que de considération » p.1212. Pas très enthousiasmant, mais le citoyen aurait vite assez de la mobilisation permanente à la Mélenchon-Le Pen : déjà, un an de campagne présidentielle a lassé. Chacun a d’autres chats à fouetter que le service du collectif dans l’excitation perpétuelle : sa femme, ses gosses, son jardin, ses loisirs. Le je-m’en-foutisme universel des pays du socialisme réel l’a bien montré.

Dans le spectacle politique, rien n’a changé depuis Drieu. Les intellos sont toujours aussi velléitaires ou fumeux, les révolutionnaires toujours aussi carton-pâte, les politiciens tout autant administrateurs fonctionnaires, et les militants dans l’illusion permanente avides du regard des puissants (à écouter le syndicaliste socialiste Gérard Filoche aux Matins de France-Culture, on est consterné). Même s’il ne faut pas le suivre dans ses choix d’époque, Drieu La Rochelle reste un bon analyste de l’animalerie politique. Il n’est jamais meilleur que lorsqu’il porte son regard aigu sur ses contemporains.

Pierre Drieu La Rochelle, Gilles, 1939, Folio 1973, 683 pages, €8.64

Pierre Drieu La Rochelle, Romans-récits-nouvelles, édition sous la direction de Jean-François Louette, Gallimard Pléiade 2012, 1834 pages, €68.87

Les numéros de pages des citations font référence à l’édition de la Pléiade.

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Droite ou gauche, le bilan

Article repris par Medium4You.

Droite et gauche de gouvernement sont épuisées, les temps changent mais pas les méthodes archaïques ni les idées anciennes. A droite l’absence de tout scrupule pour devenir « le chef », à gauche les rengaines éculées des « luttes » et du mécanisme historique attribué à Karl Marx. Avec chacun ses démons extrémistes-populistes qui n’ont aucune capacité à gouverner mais le pouvoir médiatique de culpabiliser les tièdes.

Nous assistons depuis plusieurs années dans les pays occidentaux, en Europe et en France, à un glissement général vers la droite à motif identitaire : qui sommes-nous ? jusqu’où accepter la multiculture ? où sont nos frontières en Europe ? ou même dans la nation (Catalogne, pays basque…). Mais ce qu’on a appelé la « droitisation » de Nicolas Sarkozy est un malentendu. La remontée des sondages en sa faveur en fin de campagne était plus un rejet in extremis du projet socialiste poussé par Mélenchon qu’une salve d’applaudissement en faveur d’un Sarkozy renouvelé. Les 75% d’imposition sur les revenus, la hausse de la CSG touchant TOUS les revenus plutôt qu’une hausse de TVA qui représente un CHOIX de consommation, le mépris de l’entreprise et l’embauche réitérée de milliers de fonctionnaires n’ont pas – c’est le moins qu’on puisse dire – déclenché l’enthousiasme. Au contraire… Le tropisme de gauche à vouloir imposer à tous un modèle unique selon sa morale étroitement partisane ne passe pas. Les 2.1 millions de votes blancs ou nuls ont exprimé le rejet des deux candidats restants au second tour. Sarkozy n’a perdu qu’avec 1.1 million de voix : la « politique buissonnière » ne lui a pas réussi. Jean-François Copé serait enclin à reprendre les thèses de Patrick Buisson, susurre-t-on… Bon moyen d’aller dans le mur.

chat a poilL’échec de la droite est bien dû à l’ancien président. Comment faire moins crédible que de changer d’avis une fois de plus quinze jours avant le scrutin final ? Comment laisser croire qu’il serait autre qu’il ne s’est montré cinq ans durant ? Les Français révèrent l’État, ses ors et ses pompes, et la culture de tradition nationale ; ils élisent un monarque républicain, pas un histrion de télé au vocabulaire illitéraire. La communication n’est pas la politique, ni le scoop un projet. Les Français, « peuple de commandement » disent les historiens, aiment l’autorité, mais Sarkozy les a floués : il a exercé dans la forme mais pas dans le fond. L’autorité d’État exige d’être impersonnelle et au-dessus des partis comme des intérêts particuliers. Or la bonne volonté a remplacé la volonté et l’égocentrisme la personnalité.

Le bilan des années Sarkozy n’a pas été négatif : l’ouverture à la diversité au gouvernement, la Commission Attali suivie de quelques réalisations comme l’autonomie des universités, le grand emprunt, les fonds pour la recherche, l’aide à la création d’entreprise, le représentativité des syndicats, le contrôle de l’Exécutif par des pouvoirs renforcés au Parlement et à la Cour des comptes, la tentative de rationaliser les tribunaux, les hôpitaux, l’organisation territoriale, la réforme des retraites et le service minimum dans les transports publics. On a beau reprocher à Nicolas Sarkozy son tropisme en faveur « des riches », les inégalités ont moins progressé en France que dans les pays voisins durant la période et le pays a mieux tenu dans la crise… En revanche, ni le chômage, ni la dette publique, ni le niveau « extra » ordinaire des impôts par rapport aux pays européens, ni la dégradation constante de l’école, ni la crise de l’intégration républicaine (tiens, les deux ne seraient-ils pas liés ?) n’ont été remis sur la bonne voie.

Pire : la faiblesse idéologique de cette mosaïque qu’on appelle « l’UMP » est telle qu’elle a laissé croître et embellir une forme extrême aux idées plus structurées. Quoique l’on pense du fond, Marine Le Pen a un corpus idéologique plus clair que les bafouillis cacophoniques des divers caciques de l’UMP. Juppé pense-t-il comme Raffarin qui pense comme Copé, en ligne avec Fillon et Méhaignerie ? Seul « le chef » est sensé remplacer les idées, dans ce parti fourre-tout. Si le chef disparaît, pour cause d’assez vu, ne restent que les seconds couteaux, avides d’emporter le pouvoir dans le parti, sans aucun projet pour la France. Eux qui se disent « gaullistes », se souviennent-ils que de Gaulle fustigeait « ces petits partis qui cuisent leur petite soupe à petit feu, dans leurs petits coins » ? Copain comme Copé ou filer comme Fillon n’a rien de séduisant pour le citoyen au vu des dernières semaines. Le sentiment d’abandon des populaires, notamment des ruraux et des périurbains, dessine une fracture entre majorité de Français pas très douée ni très riche, et une minorité qui copine entre soi, se marie entre soi et fait entre soi des affaires et des conquêtes de pouvoir… au lieu d’élever l’électeur au monde qui nous attend.

Les mots remplacent les choses, la communication remplace l’action. Cela a été inventé sous John F. Kennedy dès 1960, mis en place par Giscard dans les années 70, mais perfectionné sous Sarkozy à cause de l’Internet. François Hollande n’en est pas exempt, jouant « épouse et concubine » dès ses premiers jours de mandat, après avoir habilement surfé sur des slogans populistes (les 75%, le « moi président de la République… »). Il a su s’entourer de couples ministériels qui rejouent flic méchant/ flic sympa comme dans les séries B, pour le plus grand plaisir du médiatique : Montebourg/ Moscovici, Valls/Taubira, Fabius/Cazeneuve, Duflot/Batho. Les fameuses « reculades » que le « peuple de gauche » reproche à son président est imitation Mitterrand (mettre deux fers au feu et voir ce qui sort) – mais revue Sarkozy (faire fuiter une position extrême puis trancher en « raisonnable » après la mousse médiatique). Ainsi de l’imposition des entrepreneurs « pigeons », de la nationalisation de Florange, de l’aéroport de Nantes… Telle était la méthode Sarko, a-t-on reproché ! On le constate, c’est surtout la méthode médiatique – fondée sur les techniques de vente les plus éculées. Le « coup de pied dans la porte » est le b-a ba du commerce : pour vous faire entendre, rien de plus sûr que de frapper un grand coup… puis de présenter ensuite votre offre raisonnable devant une assistance médusée, mais devenue silencieuse et suspendue à vos lèvres. Ce qui encourage la décision politiquement correcte, l’eau tiède multiculturelle du refus des questions qui fâchent, ne jamais appeler un chat un chat pour ne pas « stigmatiser » (même le pire délinquant). Tout doit être « normal » ! Big Brother is watching you…

chatteLes intellos-politiques ont-ils vraiment compris que le quinquennat et les nouvelles TIC (techniques de l’information et de la communication) allaient gratter bien plus vite et bien plus fort qu’avant ? Pourquoi reprocher aux politiciens leur com’ puisque c’est le système qui exige d’eux qu’ils deviennent histrions ? Mais est-ce cela qui va faire tenir les Français ensemble ? La verticalité du projet approuvé par la « volonté générale » s’oppose à l’horizontalité de la communication sur tout et rien, sans cohérence, dans le va-vite des événements qui se succèdent. François Hollande a pris ses distances, mais au point d’être apparu de longs mois comme successeur de Chirac en « roi fainéant ». Laisser du temps au débat est louable ; encore faut-il faire servir le débat à un projet global. Qui reste bien flou (quelle social-démocratie ?) diront les gentils, bien hypocrite (suivre le capitalisme anglo-saxon) diront les méchants…

La gauche de la gauche exige des mesures « révolutionnaires » et le « respect » des « valeurs », le Président, son Premier ministre et une bonne partie de ses ministres sont plutôt pères tranquilles, formés à la négociation locale au cas par cas. Avec le risque de complaisance envers les lobbies et les communautarismes ; avec le risque de contradiction permanente avec les « copains » qui rappellent en incantation 1793, 1871 et 1981. Si le désendettement d’État est privilégié, c’est encore et toujours par les impôts, pas par une réforme du Mammouth public au millefeuille ingérable. Il faut dire que le gouvernement Ayrault est aux deux tiers composé de fonctionnaires, dont la moitié de profs…

Le problème principal de la France – en a-t-on VRAIMENT conscience à droite comme à gauche ? – est la dégradation continuelle de son économie. Elle n’arrive pas par hasard. L’inadaptation à la mondialisation est avant tout culturelle : la France se voit toujours comme le phare du monde, Hugo tonnant du haut de son exil, missionnaire de vertu. Mais à gauche l’inadaptation est idéologique : la concurrence heurte notre vanité, préférons le protectionnisme, avec méfiance congénitale pour toute initiative hors de l’État qui sait tout, qui peut tout, qui contrôle tout. Énarques de gauche comme énarques de droite restent énarques. On voit tristement ce qu’ils donnent lorsqu’ils sont propulsés par copinage à la tête des entreprises : Haberer, Messier, Tarallo, Gergorin, Bouton… La France, hors le luxe, produit du milieu de gamme industriel plus cher qu’ailleurs (les voitures, le vin et même la viande ou le lait). Les parts de marchés de la France dans le monde se dégradent. En cause les coûts salariaux (dus aux taxes empilées sans réflexion) et un système juridique, fiscal et syndical qui pénalise l’emploi. Mais aussi un effort d’innovation insuffisant (faute d’encouragement à transformer une idée en entreprise), méprisé par un système d’éducation trop théorique qui sélectionne sur les maths et pas sur les capacités à travailler en équipe…

La droite est-elle apte mieux que la gauche de gouvernement à prendre ces problèmes à bras le corps ? J’en doute. Et même si 5 ans est une longue période en politique, je me hasarde à pronostiquer que le prochain président de la République s’appellera… François Hollande. La France aime le centre, même si les questions d’identité et de sécurité (sociale, économique, culturelle) inquiètent. Fillon apparaît trop velléitaire et Copé trop myope pour proposer un vrai projet. Et Sarkozy ne reviendra pas, les Français ont tourné la page.

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Oriane Oringer, Brigitte Bardot – A la rencontre de B.B.

Après Anne Sinclair, Claude François et Jean-Paul Belmondo, la journaliste people Oriane Oringer livre un dossier sur le sex-symbol de la France des années 60 : B.B. Prononcez bébé à la française ou bibi à l’anglo-saxonne. C’est une guerrière que cette femme issue d’un milieu petit-bourgeois et découverte à 15 ans par un cinéaste sur un quai de gare. « Libre, sensuelle, insolente, consacrée en Marianne, canonisée par Vadim, Gainsbourg, Godard, Clouzot… Elle est la star absolue » p.134. Les geeks internautes ont même inventé un pseudo en hommage pour leurs happenings : Frigide Barjot. C’est dire la célébrité de celle qui incarna la France des années de Gaulle, la France du baby-boom, la France des Trente glorieuses ! Celle que certains regrettent aujourd’hui…

On peut aimer ou non les idées de la star, lorgnant volontiers sur celles de Marine Le Pen. Elle est de droite, c’est sûr, mais préfère surtout les animaux aux hommes. Blessée dans sa sensibilité, abhorrant l’hypocrisie de la comédie humaine et le machisme de ses maris successifs, elle est absurdement condamnée pour ses propos « racistes ». Est-ce « raciste » de dire que les animaux égorgés souffrent encore pendant plusieurs minutes après l’opération rituelle et qu’il serait « humain » de les étourdir avant ? Qu’une religion demeure archaïque si elle garde des pratiques barbares ? Il y a dans l’antiracisme forcené, idéologique, d’une part des bien-pensants, branchés et bien au chaud dans leurs convictions d’être la Vérité en marche vers le Progrès, une sorte de « racisme » ordinaire, inconscient, qui exclut de fait tous ceux qui ne pensent pas comme eux.

C’est ainsi que l’on déplore le martelage des tombeaux de saints musulmans à Tombouctou – mais qu’on ne veut pas voir la statue de Voltaire voilée depuis fin 2005 dans la cour de la Pyramide au Louvre… Hypocrisie de droite sous Chirac comme de gauche sous Delanoë : Voltaire, auteur du ‘Mahomet’ qui fut un pamphlet contre les Jésuites et contre tous les fanatismes, est mis sous le tapis pour ne pas fâcher les intégristes musulmans. Ces derniers sont à l’islam ce que l’Inquisition est à la chrétienté, c’est-à-dire une dérive sectaire – absolument pas la majorité des Musulmans ! Mais le dire est mal vu. Les bobos qui ne veulent pas d’ennui ni de prise de tête, aiment à se lamenter sur ce qui se passe au loin, sans se rappeler que les révolutionnaires de 1793 ont profané la sépulture des rois de France et coupé la tête aux statues de Notre-Dame – exactement comme les maoïstes idolâtrés par la gauche intello des années 70 et, plus proches, les talibans afghans et les Ansardines maliens. Les bobos aiment à se fâcher dans leur fauteuil – surtout sans rien faire de concret – tandis que leur propre culture est martelée tout autant par les résultats dérisoires au bac (donné chaque année à 8 élèves sur 10 pour ne pas les stigmatiser) que par l’abandon de l’histoire en Terminale (qui n’a dit-on aucune « utilité ») et par l’abandon de l’épreuve de culture générale à Science Po (pour ne pas stigmatiser ceux qui parlent mal le français). Il y a décidément une « bêtise » d’époque, au sens de Flaubert…

Le dossier Oringer sur Brigitte Bardot comprend quatre parties, comme tous les ouvrages de la Collection Privée de l’éditeur (Steve Jobs a été chroniqué sur ce blog). La première est une biographie résumée mais qui se lit très bien, au galop. La suite est un dossier de presse reproduisant des interviews donnée par BB, son thème astrologique (!), enfin des annexes sous forme de phrases culte, d’opinions sur elle, filmographie, discographie, tableau d’honneurs, et bibliographie. Sans oublier un cahier central de photos. Un livre imprimé gros pour les yeux du troisième âge et qui se lira à la plage pour se remémorer cette folle époque.

Oriane Oringer, Brigitte Bardot – A la rencontre de B.B., éditions Exclusif, juin 2012, 255 pages, €19.00 

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Reviennent les idées des années 30…

La hantise de la modernité, l’angoisse de la perte d’identité, la crainte du déclassement – tout ce qui a fait déraper l’Allemagne d’hier dans l’irrationnel, dans l’essentialisme et dans la haine envers un bouc émissaire (capitaliste et juif) – revient en force aujourd’hui. Le succès du ‘Da Vinci Code’, les thrillers de Maxime Chattam, l’habileté des avocats de DSK à le faire échapper à ses responsabilités, la croyance paranoïaque en de tout-puissants Complots, nous font replonger dans cette atmosphère ‘fin de siècle’ de l’Allemagne vers 1880. Sans parler de l’antisionisme des banlieues, et des intellos de gauche qui feignent de confondre identité nationale et essence ‘raciale’.

Un historien a étudié avec attention cette période. George Mosse est juif, allemand et américain. Exilé en 1933 à 15 ans, il est devenu professeur d’histoire à l’université du Wisconsin. Dans un ouvrage d’il y a presque 50 ans, Mosse étudie l’idéologie qui a permis au nazisme non seulement d’arriver au pouvoir, mais de dériver jusqu’à la Solution Finale. Il nous permet de comprendre le présent.

La préférence de notre époque pour l’épidermique, l’émotionnel et le superficiel est aussi fumeuse que l’idéalisme néoromantique Völkisch. La peur des banlieues-ghettos, la haine du Financier-Capitaliste-Américain-Juif, le sentiment de dépossession de soi dans la bureaucratie européenne ou la technocratie politique, les palabres interminables des institutions parlementaires – tout cela incite à s’évader du réel présent pour fantasmer un avenir « autre » :

  • Plutôt voter extrémiste que de conforter la bourgeoisie satisfaite !
  • Plutôt tout casser que d’accepter une quelconque réforme qui ne pourra qu’être au détriment du « peuple » !
  • Plutôt se réfugier dans le paranormal, l’inconscient, la mystique, que d’affronter le réel, déterminer le raisonnable et faire la part des choses !

Le nazisme a réussi parce qu’il a su marier l’organisation politique et la mobilisation des masses à cette nébuleuse idéologique :

  • Il s’agissait alors d’être anticapitaliste et antibolchevique, tous deux matérialistes et apatrides.
  • Il s’agissait de reconquérir la protection des frontières, d’enraciner le sang dans le sol pour exprimer son Modèle national, sa vraie ‘Natur’, de récupérer sa souveraineté mise à mal par le traité de Versailles.
  • Il s’agissait de retrouver l’harmonie avec le cosmos tout entier en vivant à la campagne, au soleil, en cultivant la terre et en respectant les valeurs posées de la glèbe. Le ‘bio’ d’hier étaient la randonnée Wandervögel, le naturisme hors des villes, le végétarisme (Hitler était végétarien), les produits de la ferme bien de chez nous, l’homéopathie anti-chimique, les chants populaires collectifs contre l’individualisme, les fêtes dans les champs plutôt que dans les boites.
  • Les ennemis étaient la science, la finance, le parlement, la modernité et la ville : tout ce qui est trop sèchement rationnel, calculateur et cupide, technocrate sans cesse à bavasser sans décider, impérieusement progressiste, industriellement aliénant.

Le concept fumeux de ‘race’ n’a plus son actualité dans le politiquement correct d’aujourd’hui ; mais il revient par les marges, en négatif, utilisé par les ‘minorités visibles’ qui fantasment une quête historique de reconquête d’identité en bricolant les revers sociaux du présent. L’idéologie völkisch fut, selon George Mosse, « d’opposition au progrès et à la modernisation qui transformaient l’Europe du 19ème siècle. Elle utilisa le romantisme en l’exacerbant, pour fournir une alternative à la modernité, à la civilisation industrielle et urbaine en expansion qui semblait dépouiller l’homme de son moi créateur, le coupant ainsi d’un ordre social apparemment épuisé et anémié » p.60.

Les concepts de ‘nature’ et d’harmonie cosmique sont remis au goût du jour par les écolos. Le retour à la terre et la vogue du ‘bio’ consolent de la production apatride délocalisée, aux mains de multinationales manipulatrices. Le « petit » producteur s’allie au « petit » commerçant contre les « gros » : grande distribution, multinationales agroalimentaires, capitalisme cosmopolite, impérialisme américain (Monsanto). Il y a de tout chez les écologistes aujourd’hui : des scientifiques qui mettent en garde fort justement sur la finitude des ressources, les dangers de la chimie tirée du pétrole ou du nucléaire, le nécessaire ajustement entre l’humanité et le milieu naturel. Mais il y a aussi des mystiques réactionnaires pour qui l’humain est un parasite de la planète, une engeance à surveiller et punir par le retour à la terre (qui seule ne ment pas, disait Pétain). Ceux qui s’expriment le plus vigoureusement ont un furieux air Völkish, pas très moderne…

Comme dans la communauté organique prônée par Hitler, chaque métier d’aujourd’hui se veut un ‘ordre’ corporatiste qui s’organise lui-même et récuse toute réforme venue de la légitimité démocratique : les banques veulent s’autoréguler, mais aussi les cheminots qui croient seuls avoir le sens de leur métier très technique, le corps enseignant qui sait mieux que parents ou spécialistes ce qu’il faut aux enfants, ou les universitaires qui s’émeuvent de tout ce qui pourrait toucher à leurs libertés de recherche ou de programmes. Même les Indignés réclament de réguler les élus. Et ceux-ci penchent vers le souverainisme pour garder leur petit pouvoir.

Le nombre démocratique, l’immigration ouverte, la circulation des capitaux, obligent chacun à être compétitif pour réussir. Les étudiants fourvoyés dans des filières sans débouchés forment aujourd’hui ce qui, en 1880 déjà, s’appelait le « prolétariat universitaire ». Aspirant au statut de petit-bourgeois, leur hantise est d’être déclassés. Ouverture, concurrence et chômage sont leurs ennemis. Les sectes sataniques, complotistes ou extrémistes permettent de se croire une élite tout en couchant en studio – exactement ce qu’Hitler ressentit à Vienne durant sa jeunesse pauvre et Breivic sur Internet avant de massacrer les jeunes Norvégiens.

N’y aurait-il pas un parallèle dans la façon de penser entre hier et aujourd’hui ?

Les frères Strasser résumaient ainsi leur programme dans les années 20 : « nationaliste, contre l’asservissement de l’Allemagne ; socialiste, contre la tyrannie de l’argent ; völkisch, contre la destruction de l’âme allemande » p.460.

  • Les anti-européens souverainistes, protectionnistes et anti-américains français, sont contre l’asservissement de Bruxelles, contre l’économie libre-échangiste et contre la finance internationale. Ne ressemblent-ils pas aux nationalistes d’hier ?
  • Les socialistes de gauche, mélenchonistes et autres jacobins sont clairement contre la tyrannie de l’argent, souvent parce qu’ils sont fonctionnaires ou politiciens professionnels. « L’âme » du peuple n’est-elle pas aujourd’hui infuse dans l’écologie, cette harmonie Völkisch entre l’être humain sur sa terre et le cosmos ?
  • Si elle n’est pas ethnique, comme dans l’Allemagne d’hier, ne pourrait-elle pas le devenir ? A droite par hantise des banlieues et à gauche par haine du libre-échange apatride, toujours connoté américain et juif ? Goldman Sachs, Lehman Brothers, Madoff… Pourquoi les sites complotistes sont-ils presque toujours antisémites ? Pourquoi Mein Kampf se vend-t-il aussi bien en Turquie et dans tout le Moyen-Orient ? La Chine, modèle de Mélenchon, ou la Russie de Poutine, modèle de Marine Le Pen, ne sont-ils pas ouvertement xénophobes ?

Il ne s’agit pas d’un retour AUX années 30 mais un retour aux idées et façons de penser DES années de crise : 2008 a engendré la plus grande crise économique, sociale, politique et spirituelle depuis 1929.

Nous disons que les périodes de bouleversements induites par la modernité remettent en cause les acquis et les statuts, notamment ceux des petit-bourgeois hantés par l’arrêt de « l’ascenseur social ». Ce sont eux qui, jadis, ont fait le gros du vote nazi. Aujourd’hui ils se radicalisent, tirant Mélenchon vers Doriot et l’UMP vers dame Le Pen.

Nous disons que la lutte des places déclasse, surtout en récession économique – les places moins nombreuses étant réservées en priorité aux dominants possesseurs du capital social, culturel et économique. Le chômage de masse et le sentiment de déclassement suscitent les autoritarismes ou les fascismes, ce qui s’est passé en Italie, en Allemagne, en Espagne et même en France dans les années 20 et 30. Il s’agit d’une réaction de peur qui pousse vers l’ordre établi et appelle l’autorité qui peut le préserver.

Nous disons que les exclus se réfugient alors dans le fantasme, ce qui les dédouane de leurs échecs personnels. Ils ont le choix entre la paranoïa (« je n’y peux rien puisque le Complot est trop puissant, mais je suis malin parce que je décrypte »), ou l’utopie (« je ne peux rien sur mon destin, mais mon collectif élitiste me fait partager son rêve d’un « autre » monde, je nage en bande comme un poisson dans l’eau, bien au chaud dans le ‘tous d’accord’ »). Le Pen ou Mélenchon…

Nous disons que le mysticisme nature et le fantasme de la « pureté » (le bio, le sain et musclé, l’entre-soi, l’austérité morale) étaient typiques des mouvements Völkisch allemands des années 1880-1940. Ce n’est pas le « bio » en soi qui est condamnable, ni le torse nu, mais le fantasme de pureté dont le « bio » ou la nudité ne sont que la traduction narcissique cocoon la plus récente.

Hier, les dictateurs n’ont réussi que parce qu’ils ont su rallier dans un parti organisé les masses confusément en attente avec un programme politique attrape-tout. Ils ne l’auraient pas pu si la nébuleuse fumeuse des idées Völkisch, pétries d’irrationnel, de ressentiment et du fantasme ‘nature’ n’avaient travaillé les Allemands sur plusieurs générations. Il suffirait chez nous d’une aggravation de la crise, et d’un führer plus méchant que les politiciens d’aujourd’hui – mais tous les ingrédients sont là. Autant ne pas être naïf.

Sommes-nous moins manipulables aujourd’hui ? J’en doute. L’effondrement de l’éducation à penser par soi-même, la pression banlieue sur les « bouffons » qui travaillent bien en classe, la préférence pour le zapping plutôt qu’à « se prendre la tête » à lire un texte et à l’analyser, la facilité à croire aux complots comme dans les séries d’Hollywood, l’instinct grégaire à faire comme tout le monde, à « être d’accord » avec la bande, à dénier tout ce qui va contre – ne me rendent pas optimiste. L’extrême-droite monte en Europe, ses idées paranoïaques fantasmant la « pureté » se répandent, les passages à l’acte augmentent. Les attentats ne se font plus aujourd’hui pour libérer l’universel, ils se font pour assurer la domination ethnique, celle des islamistes ou de la Suprématie blanche.

Les États restent démocratiques mais la peur peut très vite engendrer ces contrôles étroits que réclament les gens. Surveiller les délinquants sexuels, traquer les pédophiles, accumuler les données personnelles pour la pub, c’est encore démocratique – mais les mêmes instruments peuvent servir à d’autres fins, politiques ou ethniques. Les médias peuvent être muselés en un temps record grâce aux nouvelles techniques : voyez la Chine, Cuba, la Birmanie, le Zimbabwe. Vous savez qu’ON vous piste sur toutes vos interrogations Google ou Yahoo – et les données sont gardées durant trois ans. Facebook ne détruit rien et, étant immatriculé dans l’État de Californie, le FBI y a accès sans limites grâce à la loi américaine. Pour quel contrôle absolu en cas de basculement ? Le Patriot Act américain a montré ses dérives graves en confondant les noms à consonance arabes pour les assimiler aux terroristes.

L’Occident perd son leadership. La puissance montante est la Chine, avec ses valeurs plus autoritaires et nationalistes… pas vraiment « démocratiques ». Demandez non seulement aux Tibétains mais aussi à ceux qui contestent les décisions des autorités à Shanghai ou Pékin. Mélenchon est « chinois » sur la langue bretonne ou la Dalaï lama. Le pétrole est menacé par des intégrismes musulmans qui ne brillent pas par leur tolérance, leur désir du bien commun universel ni leur relation avec les femmes. L’Europe reste impuissante faute de savoir ce qu’elle veut. Nous avons 27 criailleries à chaque débat fiscal, économique, politique, stratégique. La réaction des peuples est donc au repli frileux, à l’étroitesse de la famille, du clan, de la région, du national – bien avant l’Europe et l’universel.

Vague Europe dont les contours sont de plus en plus flous, menaçante mondialisation qui se dilue dans les rivalités, perte de l’information qui s’évanouit dans le superficiel, la copie et le zapping. Plus la cohésion est lâche, plus le désir fantasmé de voir surgir un ordre fort travaille. On ne se soude que contre d’autres. C’est ce que démontrent René Girard avec le ’bouc émissaire’ et Régis Debray dans ’Le moment fraternité’. Le nous n’existe que parce qu’il y a eux, les opposants. C’est ainsi qu’on se sent frères… Si vous avez des enfants, vous observerez très vite le phénomène : on se chamaille en famille mais, devant les autres, tous unis !

Les solutions sont connues : elles passent (comme sous Roosevelt) par l’action des États, la négociation internationale pour définir des règles, les filets sociaux de sécurité, et la réflexion démocratique de chaque citoyen dans le débat critique. Plus de transparence dans les négociations (et pas ces compromis de cabinet à la Aubry-Duflot), plus de participation démocratique locale, moins de pouvoir centralisé avec cour royale à la française. Avec pour lumière les acquis scientifiques plutôt que les fantasmes et pour guide l’empathie que l’on peut avoir pour ceux qui sont victimes. Cela suffira-t-il ?

George Mosse, Les racines intellectuelles du Troisième Reich – la crise de l’idéologie allemande, 1964, Points Seuil 2008, 510 pages, préface de Stéphane Audouin-Rouzeau, €11.40

Cet article est la version revue et actualisée d’un billet publié dans mon blog précédent en mars 2009. J’ai tenu compte des objections, nombreuses sur AgoraVox, ce pourquoi la version actuelle est longue. Le thème est malheureusement encore plus d’actualité !

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Perplexité électorale

Nous sommes à trois mois des élections présidentielles, les plus importantes de toute la série d’élections dans le système français. Le Président conduit en effet le paquebot France vers l’avenir, même si le mandat a été réduit à cinq ans sous les Jospin-Chirac. Mais l’électeur lambda reste aujourd’hui indécis, entre no future et résignation. Ces élections sont celles du désenchantement.

L’utopie a été purgée par la primaire socialiste où le peuple-de-gauche a joui de l’illusion du choix présidentiel comme une gamine devant une devanture de pâtisseries. La crise persistante de l’euro et la dégradation toute fraîche de la note française par Standard & Poors ont averti les Français que la réalité les concerne aussi, les fermetures persistantes d’usines prouvent que le monde existe et que la compétitivité française n’est pas ce qu’on croit. D’où ce décalage qui étonne entre les discours des candidats et le monde réel. Nous avons des candidats de routine, chacun reste dans son jeu d’histrion, rameutant sa bande pour casser le voisin, sans se préoccuper du ciel qui se couvre.

  • Alors que la mondialisation montre son inévitable, QUI donne les voies pour s’y adapter au mieux ? Ce ne sont au contraire qu’incantations au protectionnisme, au souverainisme, aux barrières, au repli frileux sur son petit modèle, dans un rêve d’âge d’or qui n’a jamais existé.
  • Alors que l’Europe est le cadre réaliste pour insérer la France dans le monde sans se rapetisser au niveau d’un petit pays sans voix, QUI parle de l’Europe politique ? Ce ne sont au contraire que récriminations sur le Machin (comme disait De Gaulle de l’ONU), sur l’impérialisme budgétaire allemand, sur la cacophonie des 17 ou 27 pays (on ne sait plus trop), sur les sommets « de la dernière chance » qui offrent toujours une autre vie comme dans les jeux vidéo. C’est une Europe-contrainte, une tentation du repli national sur son petit modèle, dans un rêve d’âge d’or qui n’a jamais existé.
  • Alors que la dépense publique française est très forte, à 57% du PIB et que les prélèvements obligatoires à près de 44% du revenu global sont parmi les plus élevés des pays de l’OCDE, QUI parle de réformer l’État obèse, inefficace et mal organisé sur l’exemple de la Suède ? L’économiste Patrick Artus a chiffré en gros à 20% les progrès de productivité du système administratif français par rapport à un panel de pays voisins (L’Express du 19 octobre 2011). QUI parle de la nécessaire et urgente réforme des niveaux administratifs, de la productivité des fonctionnaires, de la simplification des lois et règlements mal rédigés et contradictoires ? Ce ne sont au contraire que danses rituelles pour appeler toujours plus de « moyens », sans qu’il y ait jamais assez de profs, de flics, de juges, de contrôleurs… dont on mesure pourtant l’inefficacité relative avec les 150 000 jeunes qui sortent sans aucun diplôme du système scolaire sur 800 000 chaque année, sur la délinquance jamais réduite, sur la justice entre laxisme et Outreau, sur les scandales sanitaires à répétition malgré la flopée de fonctionnaires fonctionnant en commissions et réunionnant à qui mieux mieux. La droite ne veut rien bouger, la gauche veut reconstituer le fameux « modèle français », dans un rêve d’âge d’or qui n’a jamais existé.
  • Alors que l’économie française, par rapport aux pays qui réussissent comme l’Allemagne, la Suède, la Finlande, la Hollande, est asphyxiée par un corset trop rigide de règlementations qui empêche d’embaucher, un empilement de taxes qui rendent peu claire la gestion efficace et génère une paperasserie dantesque, une fiscalité exclusivement vouée à punir l’entreprise et le travail pour favoriser la consommation et l’hédonisme, QUI parle de la réforme fiscale ? Un seul candidat, mais pas bien fort et pas bien clair. Qui parle des mesures structurelles nécessaires à relancer la croissance tout en permettant un plan de rigueur ? Personne et surtout pas les challengers du président actuel.

Alors, qui choisir ?

Il ne faut pas tomber dans le travers des « propositions », une candidature n’est pas un catalogue de vente où chacun choisit sa tenue de saison en fonction du seyant et des couleurs. La présidentielle française reflète le système monarchique du régime, issu de l’état d’esprit autoritaire de la société. La France est terre de commandement, comme le disait Michel Crozier, et les électeurs veulent un commandant.

L’élection se fait donc sur la personnalité avant tout, ensuite sur l’équipe, et seulement au bout sur les idées directrices d’un programme d’avenir. Faites votre choix…

Nicolas Sarkozy a la légitimité du sortant mais l’usure de l’agité incohérent qu’il s’est montré. Il est énergique, surtout dans les sommets internationaux, mais peu habile en politique intérieure. Il a surtout désacralisé la fonction présidentielle avec ses bonnes femmes, ses propos vulgaires, son népotisme et sa manie de s’occuper de tout. Peut-il être le Sauveur qu’il joue alors que le volontarisme politique a peu de prise sur les trente ans de laxisme et d’inertie économique ? Peut-il unir alors qu’il adore diviser ? Peut-il mettre en œuvre cette politique de l’offre qu’il avait promise et dont il n’a rien commencé, dont la France a plus que les autres besoin et que l’Allemagne a mis dix ans à réussir après la réunification ?

François Hollande a la légitimité du challenger mais la mollesse apparente de qui ne sait pas gérer son équipe, décider sans cafouillages et régner sans cacophonie parlementaire incompatible avec la Vème République ? Que d’erreurs de campagne ! La négociation d’épicier avec les Verts intégristes pour acheter des places ; le chiffre de 60 000 profs à vie lancé comme ça alors que la dette est devenue insupportable ; la confusion sur le quotient familial qu’on peut certes réformer mais avec une précaution de porcelaine puisqu’il touche à l’un des seuls avantages qui reste à la France : sa démographie. L’équipe fait revenir les archéos, adeptes de l’État stratège et du meccano industriel, et les yakas qui pensent malgré eux que « les riches » sont la vache à lait qu’il suffit de traire pour régler tous les problèmes. Hélas ! Les riches ne sont pas assez nombreux pour que la dette s’annule et que la dépense publique puisse reprendre à guichets ouverts, comme l’a dit et redit, chiffres à l’appui, Thomas Picketty, pourtant spécialiste fiscal du PS et adepte de la redistribution fiscale… Avec un nouveau bouc émissaire commode : la finance. Tout ce qui évite de poser les problèmes qui fâchent de l’organisation d’État et des féodalités auxquelles on ne veut surtout pas toucher : énarques inspecteurs des finances (Haberer, Messier, Bouton), syndicalistes ripoux sûrs de l’immunité (Seafrance après bien d ‘autres), lobby pharmaceutique, cumulards de la fonction publique, etc.

Marine Le Pen a quitté le national-socialisme pour un ethno-socialisme Canada-dry sans les détails de l’histoire. Elle présente une cohérence hors des partis traditionnels qui fait illusion parce que tout se tient : sortie de l’euro et des traités, fermeture des frontières, obligation de travailler et de consommer français, mobilisation citoyenne contre tout ce qui est « étranger ». Ce bunker idéologique peut séduire les primaires déboussolés que les partis traditionnels ont abandonnés (ouvriers, paysans, tradis), cela s’est vu dans les années 30. Mais pour quel avenir ? Celui de la Corée du nord ? Celui de la Grèce ? Celui de la Hongrie ? de la Russie ?

François Bayrou est le bête qui monte, qui monte, celui qui joue les candides avec son « je-vous-l’avais-bien-dit » sur la dette, la dérive marketing du pouvoir, le bling-bling. Il offre une personnalité apaisée, terrienne et morale, un pansement à l’ego bien malmené des Français. Mais il est seul, volontairement sans parti. Son État sobre, sa promesse de gouvernement exemplaire et d’union des bonnes volontés peut rallier les déçus du sarkozysme comme les déçus du gauchissement socialiste. L’idéal pour lui serait que Nicolas Sarkozy s’effondre dans les sondages et qu’il ne se représente pas, ou bien que le premier tour mette Marine Le Pen et lui-même en lice.

Les autres candidats sont marginaux, même Mélenchon dont le discours jacobin tout-politique n’attire pas, trop décalé avec ce que les Français sentent qu’il faudrait faire. La clé des élections sera moins « le peuple » que les classes moyennes, désormais touchées par les excès du libre-échange et qui vont se voir fiscaliser un peu plus pour rembourser cette dette que tous ont laissé monter depuis 1974. Leur problème est moins d’éradiquer les riches que de les faire contribuer ; moins d’assister les pauvres que de donner un travail qui supprime la pauvreté.

Car comment vanter un « modèle social » avec 57% de dépense publique (la plus élevée d’Europe) mais qui laisse subsister 13% de gens sous le seuil de pauvreté ?

Les électeurs voteront probablement pour le moins pire, pas pour le meilleur. Surtout pas pour celui qui leur fera des promesses impossibles, selon les bonnes habitudes.

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2012, la grande incertitude politique française

Article repris par Medium4You et Auxerre TV.

La France a peur. De perdre son triple A, de voir exploser l’euro, de perdre les aides d’État, de constater l’envol de sa facture de gaz et d’électricité, de payer tous ses gadgets électroniques jusqu’à 50% plus cher si le franc revient… Et de changer de président.

L’actuel ne plaît guère mais il est là, à la manœuvre, se démenant dans la crise. Les autres paraissent bien mous ou bien démagogues… Évidemment, la tentation de sortir les sortants est grande parce que le salaire réel baisse, que la crainte du chômage croît et que la retraite et la santé reculent. C’est ce qui est arrivé aux gouvernants anglais, grec, espagnol, japonais et qui arrivera peut-être à l’allemand l’an prochain. Pourquoi Sarkozy et l’UMP y échapperaient-ils ? Jadis on mettait à mort le roi sous lequel une catastrophe s’était produite : il n’avait pas la faveur des dieux. D’autant que le nôtre avait beaucoup promis, de bonnes choses de bon sens comme le populo le comprend et qu’aiment les classes moyennes : travailler plus pour gagner plus, sévir contre les profiteurs et les parasites, faire baisser l’intervention d’État au profit de l’autonomie des acteurs et d’un meilleur financement social, casser les privilèges des preneurs d’otages syndiqués pour rétablir un vrai service public, relancer l’investissement public d’avenir, distribuer mieux les fruits de la croissance. Tout ce que les Jospin-Chirac avaient laissé aller.

Mais le poids des inerties s’est ajouté à la crise pour réduire la volonté à quelques mesurettes. Baisser les impôts est intelligent si l’État recule en s’informatisant, se réorganisant, supprimant ces niveaux hiérarchiques obsolètes – mais tout cela se heurte aux lobbies locaux, élus et parlementaires ; l’autonomie des universités ne fait plus guère débat, sauf qu’on ne s’improvise pas administrateur ; le grand emprunt s’est réduit, loin des enjeux initiaux, bien qu’il existe encore ; le syndicat des taxis et celui des transports ont fait capoter ce qu’il y pouvait y avoir de « service » dans la réforme publique ; les comptes syndicaux restent tout aussi obscurs et des « affaires » régulières surgissent où l’on voit que certains s’en mettent plein les poches ; tandis que dans les banques, les grandes entreprises et chez les détenteurs de très gros patrimoines, les bonus flambent et la contribution aux impôts diminue.

L’image s’est quelque peu écornée de chef qui tranche, de capitaine qui dirige le navire dans la tempête, de rassembleur des énergies. La personnalité de Nicolas Sarkozy ne fait plus rêver, si jamais elle le fit. Ni au centre qui le trouve trop personnel et trop esbrouffe, ni à la droite extrême qui le trouve trop enclin au compromis, assujetti aux puissances d’argent et à la remorque de l’Allemagne. Si l’on peut imaginer qu’un mélenchoniste pourra voter Hollande, il est moins probable aujourd’hui qu’un FN ira voter Sarkozy. S’en tenir à l’UMP seule, tiraillée entre courants, c’est peut-être faire le plein au premier tour mais échouer au second.

En face, François Hollande a le double handicap d’être miroir de Sarkozy, la niaque en moins, et de traîner un parti Socialiste qui lui tire dans les pattes. Sa personnalité trop encline à la synthèse en fait un produit standard. S’il se veut « président normal », encore faut-il qu’il ne soit pas trop normal ! Qu’il sache dire non, surtout aux excès de son camp ; qu’il sache trancher pour l’intérêt général ; qu’il existe dans l’Union européenne, au FMI, à l’ONU. Il paraît plus manageur que capitaine, plus incarner la fonction de premier ministre que celle de président… Il faut ajouter le handicap Aubry, qui fait le forcing pour apparaître comme gardienne de « la ligne » (pas son tour de taille mais l’idéologie) et le handicap Montebourg qui provoque et provoque pour exister, chiot qui veut être chien. Le PS « négocie » avant le premier tour un accord avec les Verts contre le nucléaire et pour encore plus d’emplois publics. Et allez, 50% d’électricité en moins et 60 000 profs en plus que le simple remplacement de ceux qui partent en retraite ! Financé comment ? Mystère… à moins que la bonne vieille démagogie ne renaisse : yaka ! Ben oui, koi, yaka faire payer les riches ! Bon sang, mais c’est bien sûr, suffisait d’y penser ma bonne dame. Qu’un Thomas Picketty – de gauche socialiste et expert en finances publiques – ose dire qu’il y a vraiment très très peu de riches et que, même fiscalisés à 80%, cela rapporterait très très peu au budget de l’État, tout le monde s’en fout. C’est ça, « réenchanter le rêve français » : raviver la haine du bouc émissaire pour faire prendre les piques aux sans-culottes… juste pour l’élection. Après, « les promesses n’engagent que ceux qui les croient », affirmait Chirac, expert en manipulations politiciennes. Il avait pris ses leçons auprès de Mitterrand.

Restent qui ? Eh bien les populistes, bien sûr ! Dans la ligne Pétain-Marchais : Le Pen, Mélenchon, Bayrou… Le souverainisme et l’« achetez français » est populiste, flattant la grasse xénophobie tapie au fond de tout aigri replié sur lui et ses petits potes. Même les zécolos sont pour le panier « bio » produit à la ferme d’à côté. Quand vous habitez Paris ou une grande ville, bonjour le sport ! Faites-vous comme Thierry Lhermitte qui, chaque week-end, prend son vélo et sa petite remorque pour aller faire ses provisions à la campagne ? Trois heures de vélo le matin, trois heures le soir, tout ça pour quelques carottes et fanes de légumes « oubliés » mais évidemment français-bio-de-saison. Pour le reste, et le tout-venant des ménages, acheter français est (sauf quelques exceptions comme le savon de Marseille, le livre de poche et certaines autos) la certitude de payer plus cher en plus ringard. Et de ne jamais acheter de téléphone mobile, d’ordinateur ni de lecteur MP3.

Laissons donc les extrêmes. Marine ira probablement plus loin que son père au premier tour, mais ne pourra jamais l’emporter que si l’UMP consent à des alliances sur le terrain, ce qui paraît exclu pour l’instant. Mélenchon attire par sa grande gueule mais repousse pour la même raison – il a une cote de popularité aussi forte que Villepin, c’est dire ! Marine Le Pen en Jeanne d’Arc, devant la statue du Commandeur Jean-Marie toujours présent, attire plus « le peuple » que le gauchisme Mélenchon version Robespierre, n’en déplaise aux petits zintellos. Les Verts n’attirent pas plus depuis qu’Hulot et Cohn-Bendit se sont éloignés, errant entre la version procureur et la version gauchisme blablateur, bien loin de la vraie politique.

Donc Bayrou.

Ni droite ni gauche, il peut rallier la France qui réclame le changement sans le risque (slogan de Giscard en 1974). D’ailleurs « l’envie de gauche » est faible en France… 53% selon l’Ifop par téléphone en décembre, probablement plus par désir d’éjecter Nicolas Sarkozy que d’amener au pouvoir les Aubry, Montebourg, Fabius, Lang et autres derrière François Hollande. Le même sondage Ifop-Paris Match de mi-décembre (commenté dans L’Express, lien ci-dessous) donne le trio de tête des personnalités les plus populaires de Français : Jacques Chirac (+2 points, 73%), Nicolas Hulot (-1,68%) et Bertrand Delanoë (+1,67%). Ce sont tous des hommes modéré, du « centre », au-dessus de la politique partisane, agissant peu et laissant faire, rassembleurs par-delà les querelles de clochers ou d’idées. Les Français en ont marre de l’idéologie et des psychorigides.

François Bayrou pourrait bien, cette fois-ci, incarner ce rôle que ni Sarkozy ni Hollande n’apparaissent capables de jouer. Ce n’est pas que cela me plaise, c’est une analyse à froid des tendances.

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La gauche a lâché le peuple

Stratégie d’évitement et déni de réalité caractérisent la gauche française aujourd’hui à propos du Front national. Quand je dis « la gauche », il s’agit de la gauche majoritaire, jacobine et radicale, pas du courant social-démocrate (Mendès-France, Rocard, Delors, Manuel Valls) qui a peine à exister. Pour « la » gauche qu’on entend, la gauche médiatique, la « seule » gauche – tout est économique et social. Il suffirait de donner des « moyens » et de faire de la présence d’État pour que tout rentre dans l’ordre du socialisme espéré et que le peuple retrouve ses « vrais » représentants.

Mais ce n’est pas le capitalisme qui crée le national socialisme, comme la vulgate marxiste l’a trop longtemps martelé. Ce n’est pas non plus la lepénisation des esprits, due à une droite qui court après les voix et par une presse avide de faire peur à mémère. Vrai déni à gauche que cette fuite vers les boucs émissaires : célafôta ce grand méchant marché ou célafôta à ce peuple inculte et arriéré. Accuser permet de se défausser de ses erreurs et de croire qu’il suffit de changer les acteurs pour que tout aille aussitôt mieux.

Bien sûr, la faible croissance exaspère le sentiment de déclassement social ; bien sûr, le libéralisme fondé sur la comparaison et la compétition, exaspère les inégalités et permet des fortunes d’autant plus indécentes en temps de crise. Mais le divorce est moins social que politique et culturel.

Les États-Unis, où le chômage de longue durée a explosé et où les inégalités n’ont jamais été aussi grandes, ne connaissent pas l’équivalent du Front national. En revanche ils connaissent comme en France et dans de nombreux pays européens une fronde anti-élites. Les divagations des divas font sourire mais l’exposition indécente du fric pour prendre les meilleurs baveux dans une affaire de mœurs, au détriment de la justice qui ne pourra pas dire s’il y a culpabilité ou pas, heurte le sens commun.

Pourquoi la gauche ne se pose-t-elle pas la question de son personnel ? Après avoir laissé le congrès de Reims trifouiller les résultats (et les « corriger » mystérieusement à quelques centaines de voix), laissé Georges Frêche provoquer dans les média le racisme ordinaire, laissé les frères Guérini prévariquer comme de vulgaires bandits, laissé la fédération des Bouches-du-Rhône maintenir les soupçonnés en place, pourquoi s’étonner qu’on ne puisse désormais parler de putes sans y voir DSK ? Tous les magazines matraquent sur ce people et ses frasques de bobo de gauche. Est-ce « cela » la politique ?

Le monde des réseaux médiatiques, de l’argent, du pouvoir, des familles vivant en vase clos et en ghettos dorés, sont-ils encore des gens ordinaires ? Pourquoi les croire ? Pourquoi leur faire confiance ? Pourquoi voter pour eux ? C’est moins le « tous pourris » qui l’emporte aujourd’hui dans le populaire que le « ils sont indifférents à notre condition ». Les larmoiements sur lépludémunis de dame Royal, le mystère du Care de dame Aubry ou les anti-nucléaires écolos qui accentuent le côté « retour à la bougie », sonnent comme du mépris envers les problèmes concrets des gens ordinaires. Du blabla bonne conscience pour intellos bobos (en général sans problème ni de chômage, ni de mutuelle, ni de retraite).

Car le vrai est que la compétition mondiale exige des qualifications hors de portée du tout venant élevé à l’aune de l’Éducation nationale. Ce ne sont pas les 20% de chaque classe d’âge qui sortent sans aucun diplôme qui vont encenser la gauche et ses gros bataillons de profs militants. Pourquoi la gauche refuse-t-elle « par principe » et depuis une génération de réformer le mammouth ? Pourquoi le pédagogisme qui inhibe l’apprentissage de nombreux gosses peu doués reste-t-il le nec plus ultra de la gauche caviar ? Pourquoi cet abandon de la matière histoire au politiquement correct qui ne fâche aucune « minorité » ?

Pourquoi la « modernité » des mœurs et du culturel est-elle encensée par les politiciens de gauche alors qu’elle reste incompréhensible aux ouvriers et employés ? Proposer de doubler le budget de la culture en période où chacun se serre la ceinture est-il décent, si c’est pour financer des artistes qui se roulent tout nu dans le sang de porc à Avignon ou jouent tout nu du piano à Toulouse ? On peut trouver ça génial, mais convenir que le populaire ne comprenne guère…

Le think-tank Terra Nova, issu de l’énarchie des beaux quartiers, l’a bien vu qui propose cyniquement dans une étude de mai 2011, ‘Projet 2012, Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 ?d’abolir le peuple pour le remplacer par des électeurs plus complaisants à la-pensée-de-gauche : les bobos et les quartiers.

Fini le mouvement ouvrier, vive le mouvement social ! Conjonction victimaire :

  1. des très-inclus fonctionnaires des services publics,
  2. des très-exclus sans-papiers, sans-logis, sans-droit de vote,
  3. et des minoritaires mal intégrés dans le système, étudiants, écolos, gais, lesbiennes et trans, Noirs de France et indigènes de République à Nation.

Le peuple là-dedans ? Expulsé au profit de plus prolétaires que lui, ce lumpen qui aurait tous les droits, celui d’avoir des papiers pour les allocations sociales, celui d’être logé gratis, celui de voter même s’il n’est pas citoyen. Quant aux pauvres, mais citoyens Français, qu’ils restent à leur place. La gauche culturelle a vaincue la gauche sociale, comprenez que le populo se sente frustré.

Il est même en pleine insécurité. La fondation Jean Jaurès vient de publier ‘Le point de rupture, enquête sur les ressorts du vote FN en milieu populaire’, du sociologue Alain Mergier et du directeur de l’IFOP Jérôme Fourquet. Elle révèle l’insécurisation physique et culturelle, celle de l’économique au quotidien, celle du contrat social, engendrant un sentiment d’injustice insupportable. Non pas l’insécurité des menaces présentes, mais l’insécurisation, ce sentiment qu’elles approchent de plus en plus de l’insécurité réelle parce que les politiciens ne font rien pour les contrer. La gauche a-t-elle compris, qui se gausse des « chiffres » de délinquance matée par la police de Nicolas Sarkozy ? François Hollande a-t-il compris qu’embaucher tous les profs partant à la retraite plus tous les profs non remplacés depuis 2007 creusait le déficit public sans donner la moindre idée de son financement ? Les insécurités réelles sont une chose, plus ou moins chiffrable, mais le sentiment d’insécurité ? Que fait la gauche pour y répondre ?

Le sentiment populaire, qui gagne les classes moyennes, n’est pas le « tous pourris », mais bien mieux le « tous incapables ». Un Président qui n’a pas su changer ni de programme fiscal ni de dépenses publiques après la crise 2008, une UMP arc boutée sur les petits intérêts catégoriels comme cette minable bronca Raffarin sur la TVA des parcs d’attraction, un PS qui continue allègrement à prôner encore plus de dépenses et encore plus d’impôts pour un rôle encore plus grand de l’État central, alors qu’on a vu ce qui arrivait quand on confiait le Crédit Lyonnais à un énarque socialiste…

La tentation populaire est celle de la radicalité : trouver des solutions nouvelles avec un personnel neuf. Exactement la même réaction que dans les années 30, selon une enquête Free Thinking. Dans l’offre politique actuelle, cela veut dire ou Mélenchon ou Le Pen, Jacques Doriot ou le colonel de La Roque.

Il pourrait aller voir Mélenchon, le populaire. Mais ce Monsieur a de trop beaux discours, des promesses grosses comme la lune (revenir à la retraite à 60 ans, avec 37 ans de cotisation, un SMIC à 1500 euros, etc.). Surtout un petit air de « vous allez voir quand je serai au pouvoir » qui n’inspire pas confiance. Pas fou, le peuple, on lui a trop promis à la populiste comme Georges Frêche ; on l’a trop pris pour un con, le peuple. Mélenchon, ce transfuge de socialiste allié au guévariste Besancenot et au PC moribond, que peut-il bien sortir d’utile de sa hotte à idées ? Une existence cubaine ou d’Europe de l’est ? Restent ses idées qui remuent la pensée unique : alors oui, Mélenchon comme agitateur, en creux, mais surtout pas au pouvoir. Son utilité serait de faire réagir Nicolas Sarkozy ou François Hollande pour qu’ils se bougent un peu.

Reste le Front national. Beaucoup plus politiquement correct depuis que le vieux para à bandeau pirate a laissé la place à sa blonde platinée fêtarde de fille. Les beaufs se rebiffent. Le caviar n’est pas pour eux, même coloré en rose, ils se veulent les deux pieds dans la boue. Justement la droite extrême dit et redit que la terre ne ment pas et qu’il n’y a que la nation pour rester souverain, chacun chez soi et maître de ses vaches, bien loin du laisser-passer des sans frontières et du laisser-faire des financiers, du métissage généralisé des culs et des cultures. Les communicants n’ont pas de prise sur ces images archétypales du peuple. Les psy-machin non plus, qui n’ébaubissent que les petits intellos.

Chômage de masse et gauchisme culturel font fuir le peuple.

Un temps, Nicolas Sarkozy a su reprendre ces valeurs sûres pour ratisser large : travailler plus (et pas 35 heures), laisser les errements de mai 68 (au profit de la morale et de l’effort), retrouver le récit national (avec le musée de l’Histoire de France, la lettre de Guy Môquet, la loi contre le voile dans l’espace public). Cris d’orfraie à gauche ! Vrai divorce avec le populaire… Mais la crise a rattrapé Nicolas Sarkozy, comme son avidité de nouveau riche. On voit bien qu’il n’écrit pas lui-même ses discours, le Président, d’où ses bourdes sur les Africains et ses excès sur les Roms ou le Kärcher dans les banlieues. On voit bien qu’il ne maîtrise pas l’Administration, le Président, d’où ses effets d’annonce et son agitation permanente, sans suivre une réforme, l’expliquer et vérifier qu’elle est bien sur les rails. On voit bien qu’il n’ose pas taxer la richesse, le Président, tenu par ses « amis » et par l’exemple allemand, mais qu’il ne sait pas comment faire rentrer plus d’impôts en forçant l’État à dépenser vraiment moins.

A gauche, c’est l’éternelle chanson des Blacks-Blancs-Beurs, du panachage plus belle la vie, du rejet du bébé nation avec l’eau du bain colonial, des pôvres délinquants à kalachnikov brimés par la police, le tout englué de bons sentiments et de mélasse qui mélange tout, comme la dignité humaine et le droit au logement, droit à l’école, droit aux allocations – alors qu’on est illégal. Ce tout égale tout est un déni des différences, pourtant bien visibles et ressenties tous les jours (en dehors des beaux quartiers). La peur de ne pas être assez de gauche, au regard des intello-médiatiques parisiens, fait taire la plupart de ceux qui voudraient un peu plus de réalisme. Quant au programme « chiffré »… il est a refaire de A à Z depuis que la Grèce a failli faillir.

Que veut le peuple, au fond ? Du travail et de la sécurité, certes, mais surtout un sens au mouvement du monde.

C’est ce qu’on appelle tout simplement l’identité, mot honni à gauche parce qu’il encarterait et qu’il vient de la droite. Mais comment être ouvert aux autres sans être sûr de soi et de son pays ? Comment « intégrer » les différences, ce qui signifie les reconnaître dans les limites des règles communes républicaines du vivre ensemble, si ces règles et la culture qui va avec sont contestées, ringardisées, considérées comme fascistes ou colonialistes ?

Où va-t-on ? La gauche n’est guère capable de répondre et la droite se contente depuis quelques années du jour le jour. Seule Marine Le Pen réactive les couleurs du récit national, de Jeanne d’Arc à la Résistance, et Jean-Luc Mélenchon joue le grand méchant communard contre les moulins à vent. Stéphane Hessel a bien raison de s’indigner : il a des lecteurs au Front national comme chez les bobos, ce qui garantit le succès de mon très mince essai. Mais les premiers veulent sortir les sortants pour rétablir un pouvoir fort, tandis que les seconds n’y voient qu’un happening de plus à discuter dans les parties fines.

Le populaire demande désormais aux politiciens de cesser de bavasser et de trancher : de dire les limites et d’affirmer. Sur la protection des personnes physiques, la protection économique des salariés et la protection nationale face à la mondialisation, Marine Le Pen a une image de décideur… malgré son programme indigent de sortie de l’euro. La réaffirmation du contrat social et le rétablissement du pouvoir de la politique importent avant tout, mais Jean-Luc Mélenchon joue trop à l’ogre pour être crédible sur le concret. Nicolas Sarkozy a trop dit pour être cru, même si son esprit de décision dans les crises est de plus en plus apprécié. Quant à François Hollande, pris en otage par les petits hommes verts sur l’industrie phare de la CGT, il a encore à se former une image de quelqu’un qui tranche et décide. Vaste programme !

Les candidats de gouvernement devraient lire ces études. La machine à promesses à trop fonctionné pour que le peuple ne demande pas des comptes – puisqu’il a encore (malgré les partis qui savent mieux que lui ce qui est bon pour lui) le droit de vote.

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Argoul.com a un an !

Un an déjà ? Pas la peine d’en faire un plat, cela fait quand même sept ans que je blogue. Donc sept ans déjà ! Sept ans de bonheur. Oui c’est important, sept ans, c’est toujours un cap, pour les couples comme pour les gosses : l’âge de raison. J’ai laissé argoul.blog.lemonde (disparu) pour argoul.com (ce blog-ci). Problèmes techniques à répétition, censure insidieuse, aucune information, un paiement pour avoir le « droit » de contribuer aux bénéfices du journal Le Monde… Curieux que sur la même plateforme libre, WordPress, il n’y ait aucun problème technique, ni censure par mots-clés choisis par une bonne sœur, non ? Je suis très heureux d’avoir changé. Sauf que l’historique manque et c’est dommage, c’est l’historique qui fait la profondeur, la réputation d’un blog. Il en reste des traces sur AgoraVox, Medium4You, Paperblog, Ideoz

Tant pis, il faut savoir refaire sa vie.

(Sur le graphique ci-dessus, le premier et le dernier mois ont été ajustés en nombre de jours puisqu’ils sont incomplets)

Celle d’Argoul n’est pas si mal réussie au fond (un peu de brosse à reluire, ça fait du bien pour soi-même de temps à autre). Plus de 79500 visites depuis l’origine il y a un an, 371 articles, 625 commentaires (et 1185 spams, ces pourritures du web). Les visiteurs sont en moyenne 495 à venir chaque jour sur le blog en novembre, ils n’étaient que 76 en décembre 2010 mais n’ont pas cessé d’augmenter : 118 en février, 226 en mai, 255 en août – toujours par jour. Le jour record a été le 13 novembre de cette année avec 614 visiteurs !

Que regardent-ils, ces visiteurs ? A plus de mille visites… la crise et le sexe. Y a-t-il un rapport de compensation ? Ou s’agit-il d’un public différent, étudiants pour le premier thème, ados pubertaires pour le second ? Il y a des restes d’enfance et du sérieux ardu, de l’île au trésor et des coûts du travail français. Merci à Alain l’économiste et à Hiata de Tahiti de contribuer à ce blog. Si personne ne connaît Paul-Émile Lafontaine, la photo de vahiné dans le plus simple appareil (fleuri) fait beaucoup pour sa réputation ! Pour le reste, expositions parisiennes, aventure, randonnée, bandes dessinées et ce romancier anglais à découvrir, Jonathan Coe. A noter un retour de Marine Le Pen ces trente derniers jours, du fait de la campagne électorale qui commence, probablement.

Vous savez que sous la fleur et au-dessus du mot « Recherche », dans la colonne de droite du blog, vous pouvez taper un mot-clé à trouver dans tous les articles du blog ? Le cadre n’est pas très visible, entouré en très pâle, mais il existe !

L’ordre des notes les plus lues :

  1. Un État peut-il quitter l’euro ?
  2. Vie tahitienne à la pointe Vénus
  3. Paul-Émile Lafontaine, Campagne des mers du sud
  4. Sexe entre utopie et réalité à Tahiti

A plus de 500 visites depuis l’origine, la BD de François Bourgeon (érotique), L’île au trésor, le mythe (éternel) de la vahiné… Le Clézio chercheur d’or, et MondoCoût du travail français comparé, Facebook, l’expo Cranach, et la tapisserie de la Dame à la licorneQuelle démocratie arabe ?, Thorgal, le salon Destinations nature, et Jonathan Coe.

Leurs critères de recherche ? Zone euro, argoul (plus de 2000), Marine Le Pen, tahitienne nue, Alix Enak, torse nu (plus de 200), Jean d’Ormesson, Guilaine Depis – attachée de presse littéraire (plus de 80), érotisme, seins, randonnée… (plus de 50). Argoul, Bisounours, Marine Le Pen et zone euro principaux ce dernier mois.

Les images les plus cliquées : carte zone euro et fille nue Tahiti.

Les principaux référents : Jean-Louis dit jlhuss, Google, Facebook, lemonde.fr, Medium4you, Niduab, OlivierSC.

Merci à mes commentateurs les plus assidus : Judem (qui n’a pas de blog !), Benjamin, Michèle, Martin et Melly. Il y a 12 followers et 28 articles suivis à ce jour.

Ce blog est étrange, il n’est pas spécialisé. Scandale pour le tout venant qui adore classer en étiquettes commodes pour zapper. Mais je ne me refais pas. Il y a et il y aura de l’exotisme par les voyages, des idées, des livres, des réflexions sur la politique ou le monde. Il y aura du classique et des BD, des expos et romans policiers, de l’histoire et de l’actualité. J’aime tout ça, et plus encore.

Qui m’aime me suive !

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Blues politique

La gauche a son candidat, François Hollande, homme de synthèse comme on dit d’un édulcorant. La droite a son candidat « naturel » hélas, en la personne du président sortant avec tous ses défauts. Ce n’est pas parce qu’il a mis un couvercle sur son appétit médiatique que Nicolas Sarkozy a changé, loin de là ! Sa récente sortie en Allemagne, en un voyage catastrophe, pour rejouer la blitzkrieg contre les marchés financiers alors que la Chancelière – elle contrairement à lui – doit composer avec son Parlement, montre combien l’agitation et la posture restent les composantes fondamentales du personnage.

La crise est mondiale et certainement pas la faute de Sarkozy. Mais ne pas savoir s’adapter n’est pas faire montre d’intelligence, au moins politique. S’il fallait briser les tabous des zacquis intouchables par vents et marées, peu ont été touchés. La loi défiscalisant les heures supplémentaires permettait certes de travailler plus pour gagner plus, mais au détriment de l’emploi. Parce que règne le tabou des licenciements, tellement encadrés par la loi en France, par rapport aux pays voisins « normaux », que les entreprises hésitent à embaucher, se bardant de garanties telles que le diplôme, l’expérience, les relations – tout ce qui empêche les moins qualifiés d’obtenir un quelconque emploi. C’est ce tabou là qu’il fallait briser, pas amputer la fiscalité française d’une partie qui serait fort utile aujourd’hui.

Confusément, les gens ont bien conscience que la crise est grave et qu’ils seront touchés. Ce pourquoi les primaires socialistes ont ressemblé au monde enchanté des Bisounours (comparaison favorite de François Hollande) où les vrais débats sur la dépense publique ont été occultés. Pour la gauche radicale, tout est simple : yaka faire payer les riches. Sauf que le réservoir est très restreint et pas inépuisable pour alimenter le tonneau des danaïdes des promesses en tous genres. La France connaît déjà un taux de prélèvements obligatoires de 45%, parmi les plus élevés des pays de l’OCDE, avec une efficacité de la fonction publique très moyenne. C’est moins la compétence des personnels qui est en cause que le désastre des 35 heures (que Jospin avait exclu au début pour les fonctionnaires) et l’empilement des niveaux hiérarchiques et territoriaux. Patrick Artus, économiste de gauche, chiffre même à environ 20% la perte de productivité de la fonction publique française par rapport à ses voisins, à prestations équivalentes. Or qui parle à gauche de réformer l’État ? Ce ne sont au contraire que promesses sur promesses, subventions massives à la culture, réembauche des profs non remplacés depuis 2007 plus embauche des profs à remplacer poste pour poste, emplois publics pour les jeunes, abandon de la réforme territoriale, probable abandon clientéliste de la fermeture d’hôpitaux et de tribunaux…

Si l’UMP apparaît en 2011 sans plus d’idées que continuer à aller dans le mur, le PS a gardé un projet tellement obsolète qu’on le croirait de l’autre siècle. La crise des finances grecques, portugaise, espagnole, montre qu’il ne suffit pas que le socialisme arrive au pouvoir pour que tout s’arrange ! Demandez à MM. Papandréou et Zapatero ce qu’ils pensent des recettes miracles du « socialisme »… Le nouveau président Hollande ne pourra qu’enterrer le projet PS sous peine d’enfoncer le pays. Ce pourquoi il est dommage que Martine Aubry s’accroche à son poste de Première secrétaire, même si c’est Nadine Morano qui le dit. Elle va surenchérir à gauche alors que les Français exigent du concret. Eternel débat entre idéalisme et réalisme, moralisme et matérialisme… La gauche a gardé du catholicisme cette dimension religieuse que l’utopie marxiste (qui n’était pas celle de Karl Marx) a alimentée en faisant croire que l’avenir ne pouvait être que radieux et qu’au lendemain qui chante on raserait gratis. Or la France ne vogue pas en bouteille mais sur la mer démontée.

François Hollande est un homme du centre, est-ce par hasard s’il est élu de Corrèze, comme avant lui en région Centre Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing, Georges Pompidou, Henri Queuille ? Le centre géographique français serait-il le centre sociologique, mi-urbain mi-paysan ? Le centre politique serait-il ni droite ni gauche mais radical-socialiste à l’ancienne ? « Réenchanter le rêve français » est un joli propos de tribune. Cela peut signifier rendre un avenir par des réformes judicieuses en saine tension politique, mais certainement pas affirmer l’utopie comme en 1981 (changer le monde), ni renouveler la démagogie (dont les promesses n’engagent que ceux qui les croient, disait Chirac, orfèvre en mensonge politicien). La société française aspire à être gouvernée au centre, ce n’est pas nouveau. En temps de crise, il ne faut pas lui en conter.

Cela me rappelle ce film de Woody Allen, en français ‘Tombe les filles et tais-toi’ (1972). Woody est fasciné par Humphrey Bogart dans ‘Casablanca’.  Il tente de s’égaler au modèle mais apprend la dure leçon qu’il ne sert à rien d’idéaliser un héros impossible, même avec l’écoute du psy. Sois toi-même est l’ultime démonstration du film. Pareil pour Hollande : Assainis les finances publiques et tais-toi. Ce sera la tâche du prochain président, aidé de la réforme fiscale, de la fin du cumul des mandats (pour éviter le clientélisme local), des investissements pour le futur (éducation, recherche, soutien aux PME innovantes).

D’où le retour au réel, que le succès des primaires socialistes montre bien. L’anti-sarkozysme primaire n’a pas d’avenir car il faudra gouverner après avoir gagné. Désigner un candidat aux primaires est un premier pas vers la prise de conscience que le monde a changé et que nous ne pouvons pas l’ignorer. Bonjour, monde cruel !

Moody’s : « La France pourrait faire face à un certain nombre de défis dans les mois à venir — comme, par exemple, la nécessité d’apporter un soutien additionnel à d’autres pays européens ou à son propre système bancaire, ce qui pourrait accroître de manière significative les engagements que doit supporter le budget du pays. (…) La détérioration des ratios d’endettement et la possibilité de voir apparaître de nouvelles dettes potentielles exercent une pression sur la perspective stable de la note Aaa du pays ». C’est l’engagement de solidarité pour la Grèce, tabou inconditionnel à gauche, qui va toucher directement les contribuables français. Et si Marine Le Pen venait mettre d’accord Sarkozy et Hollande à ce sujet ? Le matraquage médiatique d’octobre sur le seul socialisme ne doit pas occulter les courants souterrains populaires, plus en faveur du repli national.

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Politique sans DSK

Le héros socialiste, expert économique mondialiste et sauveur d’une France craintive à bout de souffle a masqué les courants souterrains de la prochaine présidentielle. Il a tant fait rêver en rose, ou se positionner en bleu, brun ou vert, que les enjeux en ont été occultés. Sa disparition subite, digne de l’acte manqué freudien, met en lumière tout ce qui demeurait caché : rejet massif de la droite de gouvernement, dédain des extrêmes, tentation du centre.

Le rejet de Nicolas Sarkozy est tel qu’il aurait fait voter Strauss-Kahn sans que l’électeur adhère vraiment à sa politique. Une enquête réalisée pour Canal+ par la méthode sérieuse du face-à-face, du 29 avril au 2 mai 2011 au domicile d’un échantillon représentatif de 1000 personnes, montre que seuls 17% des Français sur six jugent le bilan de Nicolas Sarkozy positif. Les 76% de jugements négatifs sont au-delà des précédents : 43% des Français jugeaient favorablement le bilan de Valéry Giscard d’Estaing en 1980, 56% celui de François Mitterrand en 1987 et 49% celui de Jacques Chirac en 2000. Même les électeurs Sarkozy du 1er tour 2007 sont partagés, 47% jugent le bilan positif contre 47% négatif.

En cause, la crise mais surtout une attitude. Nicolas Sarkozy n’apparaît pas légitime dans la fonction présidentielle. Même dans le domaine régalien, où il a le moins démérité, il apparaît grande gueule puis capitulard, hésitant à avancer quand les puissants froncent les sourcils. La reculade sur la régulation financière au G20, le désastre sur l’environnement à Copenhague, la négociation avec les Russes en Géorgie, l’absence de vision long terme en Libye ou en Afghanistan… Le bilan de Nicolas Sarkozy sur la place de la France dans le monde n’est estimé positif que pour 36% des sondés.

Mais le président du pouvoir d’achat cause plus qu’il n’agit : 89% des sondés jugent négative son action, 80% ne voient aucun bénéfice sur l’emploi, 76% trouvent ses réformes fiscales dans le mauvais sens. Le financement des retraites est mal jugé par 71%, la politique d’immigration mauvaise à 69%, la justice à 67%. La crise économique et financière a fait l’objet de discours musclés… qui ont accouchés de souris : 63% des sondés jugent sa gestion négative. De même la sécurité, mauvaise pour 61%, et l’environnement, mal géré pour 59%.

Sur tous ces sujets, Dominique Strauss-Kahn était crédité de pouvoir mieux faire. Lui hors jeu, pour qui voter ? Une enquête par téléphone des 20 et 21 mai 2011 pour Le Nouvel Observateur et i>Télé auprès d’un échantillon représentatif de 1013 personnes, montre que François Hollande est pour l’instant le favori. Il bénéficie du soutien des plus de 65 ans (28%) et des électeurs 2007 de François Bayrou en 2007 (29%).

La droite est dans les choux, responsable d’avoir peu fait pour contrer la crise, et pas pour le plus grand nombre. Nicolas Sarkozy obtiendrait moins de 25% des intentions de vote au premier tour. Il réalise ses meilleurs scores parmi les plus âgés (40% d’intentions de vote chez les 65 ans et plus face à Martine Aubry), les commerçants, artisans et chefs d’entreprises (33%) : toutes les catégories que guigne Marine Le Pen. On note une nette déperdition de l’électorat Sarkozy 2007 de premier tour : 38% n’ont plus l’intention de voter pour lui en 2012.

Marine Le Pen ne tire pas profit de l’affaire DSK, mais serait au second tour si Ségolène Royal, Bertrand Delanoë ou Laurent Fabius se présentaient. Elle est première chez les ouvriers (32%), les employés (25%) et les femmes au foyer (29%). Mélenchon ne décolle pas, non plus que l’extrême gauche.

Mais ce qui sort est le centre. Les Français sentent bien que la crise est profonde et touche tous les pays développés. De quoi remettre en cause le mode de vie confortable où l’énergie est peu chère, les salaires en hausse, les retraites décentes. Or l’incertitude est la norme dans l’histoire, pas la protection. Les pays émergents eux-mêmes ne sont pas à l’abri d’accidents économiques ou sociaux (l’inflation en Chine, les menées islamistes en Inde, la déstabilisation du Pakistan, les révoltes au Nigeria, le cartel de la drogue au Mexique…). Une position mesurée sur tous ces sujets, de l’union européenne à la mondialisation, de la transition nucléaire à la productivité est nécessaire. Les candidats non idéologiques, pragmatiques, à l’écoute non seulement des votants mais du monde, emportent les suffrages.

Ce pourquoi Strauss-Kahn faisait rêver, lui qui était loin du gauchisme. Ce pourquoi Martine Aubry, trop rigide et considérée à tort ou à raison comme d’esprit archaïque époque Mitterrand, est moins désirée que François Hollande, bien que femme. L’électorat Modem se reporterait à 70% sur Hollande contre 52% sur Aubry au second tour, selon le sondage. Nous ne sommes cependant qu’à un an des élections, tout peut se modifier d’ici là.

Chez les écolos, Nicolas Hulot (entre 8% et 12%) arriverait à regrouper davantage qu’Eva Joly (7%) et certainement plus que Cécile Dufflot si elle se présentait. Les centristes déclarés (François Bayrou, Jean-Louis Borloo, Dominique de Villepin) parviennent dans ce sondage autour de 15 à 20% s’ils s’additionnent. Jean-Louis Borloo est le mieux placé, entre 7 et 9.5% selon les hypothèses. Il devance à chaque fois François Bayrou, entre 5 à 8% des intentions de vote, usé par trop d’années de présence mi chèvre mi chou dans le paysage. Dominique de Villepin n’est pas désiré, à 3-4% seulement.

Rejet de la droite, désir du centre pour conduire la politique française, le parti Socialiste paraît bien placé s’il sait ouvrir le gouvernement aux centristes et aux écologistes non radicaux. Le fera-t-il ? Ce serait rejouer à gauche ce qu’a réussi Nicolas Sarkozy en 2007. Le léninisme de combat des apparatchiks, dont maints exemples sont donnés à qui sait le lire, me font penser qu’il s’agit là d’impensable. Seul DSK aurait pu, lui qui avait un pied en dehors du parti, jusqu’à chercher à se créer des inféodés dans la presse. Même Ségolène Royal n’a pas osé avec François Bayrou en 2007, ce qui est sa principale erreur politique. Je ne vois ni Martine Aubry, ni François Hollande, appeler un Jean-Louis Borloo ou un Français Bayrou dans un gouvernement de gauche… Il y a tant de « camarades méritants » à récompenser !

Le « centrisme » Hollande paraît donc bien une illusion. C’est en tout cas une tactique qu’il devrait développer pour rester dans le sens de l’opinion française.

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Épouvantail Marine Le Pen

Article repris par Medium4You.

Panique chez les bobos : Le Pen en tête ! Tactique classique à gauche : célafôta… Sarkozy bien sûr ! Gros dos à droite : notre Président reste le meilleur candidat. Selon le sondage par internet Harris Interactive-Le Parisien, Marine Le Pen arrive en tête des intentions de vote au premier tour de la présidentielle avec 23%. Avant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry à 21%, puis François Bayrou loin derrière avec 8%, Dominique de Villepin et Eva Joly à 7%. Enfin Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon à 5%.

Pour moi, la leçon de ce sondage est clair : « Sarkozy, dégage ! »

On peut, certes, contester « les sondages ». Dire que cliquer par Internet est plus ludique, donc moins fiable, que répondre de vive voix à un enquêteur. On peut contester les méthodes de « redressement » des votes selon l’âge, la catégorie socioprofessionnelle ou l’habituelle minoration de l’extrême droite. Je n’y crois pas. Ou, plus exactement, je pense qu’un sondage 14 mois avant une élection n’est pas un vote « si jamais c’était dimanche prochain » – contrairement à ce que répète la bêtise médiatique… C’est une leçon au Président. Un halte là ! Un signe pour le premier tour.

Marine Le Pen a pour une fois raison : les Français en ont assez de Nicolas Sarkozy. De Funès en politique, c’est l’agitation permanente, le ministère de la parole, une loi pour chaque victime… et pfuitt ! Rien de concret ne se produit. La crise augmente le chômage, l’État est toujours aussi mal géré (un prof sur deux ne fait pas classe !), les islamistes ne cessent de rogner la loi républicaine, défendus par les zâssociâtions… De ministre affairiste en violeur récidiviste relâché par impéritie administrative, du recul constant des élèves dans les évaluations Pisa aux rodomontades d’ingénieurs qui n’arrivent pas à vendre centrales nucléaires, Rafale ou TGV, les Français au pouvoir gardent arrogance et grande gueule sans résultat. Le monde entier se moque des échafaudages administratifs qui font sanctionner au collège le trafic… de sucettes tandis que la drogue circule librement dans les quartiers branchés ; rigole de voir les superproduits d’ingénieurs invendables pour cause de complexité et de prix ; s’esclaffent de la naïveté des technocrates qui vendent de la technologie ferrée ou aérienne à la Chine pour se faire aussitôt copier.

Nicolas Sarkozy a été un bon candidat en 2007. On allait voir ce qu’on allait voir. On a vu. Stop. Les « vrais » problèmes des Français ne sont pas les grands principes que les cuistres appellent « kantiens » – mais ce qui se passe dans la rue. Pourquoi la loi n’est-elle pas respectée ? Pourquoi n’est-elle pas égale pour tous ? Pourquoi ratiocine-t-on sur ces pôvres musulmans « obligés » en France à vivre selon des coutumes qui ne leur conviendraient pas ? Revendique-t-on l’accès libre au whisky ou au cognac en Arabie Saoudite ? Ou de se promener comme à Paris ou New York torse nu dans la rue ? Ou de se baigner en monokini dans les piscines ouvertes ? N’importe où dans le monde, le visiteur doit s’adapter aux coutumes locales. Pourquoi pas en France ?

Parce que les bobos s’en foutent, eux qui habitent les beaux quartiers protégés parce que très chers ? Parce qu’ils se font ainsi une morale publique à bon compte ? Un Chirac n’ira pas au procès, mais le petit voleur sera condamné à des années. Un ministre peut inciter ses parents à investir dans l’immobilier, mais le prête-nom moyen est lourdement sanctionné. Les copains sont les coquins, comme disait le Mélenchon des années communistes, ils empilent les châteaux et les cadeaux. Les « petits », eux, sont traqués par le fisc, l’URSSAF, leur banque et la morââle médiatique.

La place de l’islam en France mérite débat, et c’est dommage que la gauche n’ait rien à dire sur le sujet que d’ânonner les bondieuseries laïcardes du XIXe siècle. L’immigration du Maghreb vers la France inquiète, d’autant que « la démocratie » arabe reste à inventer. A cela que répond l’opposition ? Que Sarkozy ne cesse de créer des ennemis pour apparaître en blanc sauveur. Que le sondage plaçant Marine Le Pen en tête est « alarmiste ». Laurent Fabius y voit même un complot de Nicolas Sarkozy pour chercher un nouveau 21-Avril en agitant la menace du Front national. Est-ce que cela répond aux inquiétudes populaires des Français ? Ce prétexte politicien permet de refuser la réalité : la détresse sociale, le sentiment de déclassement, le délitement des institutions républicaines, la dissolution de l’identité culturelle et historique dans le magma multiculturel mondialiste.

Cela montre que « le système UMPS » est déconsidéré. L’UMP garde un looser, le PS cherche encore son candidat. Quant aux autres, les Bayrou, Villepin, Borloo et autres, ils sont inaudibles. Nicolas Sarkozy ne convainc plus guère que le noyau dur de la vieille droite qui ne vote que « tout sauf » la gauche. Le centre l’a lâché, n’ayant voté pour lui que par défaut en 2007, au vu du score Bayrou au premier tour. Les dissidents de l’UMP sont confortés par la montée de Marine Le Pen.

Jacques Chirac a joué tactique avec l’insécurité dès 2001, préparant la voie à Le Pen devant Jospin aux présidentielles 2002. Peut-être ne l’a-t-il pas voulu (est-il capable de réfléchir ? la dissolution imbécile de 1996 permet d’en douter), mais c’est ce qui s’est passé et il a été réélu. Poser de bonnes questions sans être en mesure d’y répondre est dangereux. L’identité nationale est un débat qui n’a accouché de rien, que des tartarinades à la Hortefeux pour qui il faut « une loi » pour chaque cas, et en urgence ! Vite votée, sans débat ni analyse, « la loi » n’est qu’un chiffon de papier. Combien attendent encore leurs décrets d’application, tout simplement parce que leur aspect touffu, contradictoire ou en conflit avec une autre loi n’ont pas été vus ni réglés ?

Aujourd’hui nul ne voit d’alternative à Sarkozy à droite, François Fillon allant même dans Le Figaro jusqu’à vanter le Président comme le meilleur candidat ! C’est se tromper d’époque et de personne. On pouvait encore douter, avant l’été. Depuis les affaires à répétition Woerth-Alliot-Marie, c’est toute une équipe qui est déconsidérée, et son chef en premier. Si Sarkozy se présente, la droite sera probablement battue. A moins que la gauche soit encore plus nulle qu’en 2007.

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Argoul.com en trois mois

Hier était publié le 100ème post de ce blog.

En trois mois, ce nouveau blog Argoul a séduit 7200 visiteurs, soit environ 2500 par mois et une moyenne de 76 lecteurs par jour en décembre, 80 en janvier et 89 en février. Mais 12918 lecteurs ont lu les articles depuis novembre via Paperblog (dont 5272 en février) ! Les notes sur Céline, l’Australie, les cascades d’Islande, Descartes, Alcibiade et Montaigne y ont fait un tabac, entre 250 et 650 lecteurs. Mon ancien blog ‘Fugues & fougue’ garde encore dans les 700 visiteurs par jour malgré son arrêt, mais il a 6 ans de présence sur la toile et 1500 notes ! C’est à la mi-novembre que j’ai décidé de quitter le monde.fr et ses éternels déboires techniques (la perte brutale des photos de tous les blogs…), sa communication indigente (surtout ne rien dire et ne faire de plates excuses que des jours après) et sa censure automatique des commentaires (sur mots-clés décidés souverainement et sans question préalable).

Les critères de recherche depuis l’origine sur le nouveau blog pointent le nom ‘Argoul’, ‘Paris neige’, ‘bonne année’ (je me demande pourquoi) et ‘Marine Le Pen’. Les principaux blogs générateurs de visite sont mon ex ‘Fugues & fougue’ (238), Jean-Louis Actu (173), Facebook (155), Daniel Niduab (116), Blogger (84), OlivierSC (71), Quotiriens (34), Paperblog (21) et twitter… seulement 9. En retour, les sites les plus consultés depuis Argoul sont Daniel Niduab, Jean-Louis Actu, Martin découverte-USA, Benjamin, Terdav et Michel Santo.

M’ont référencé 5 sites et 4 visiteurs se sont abonnés. La page ‘A propos’ a été vue 69 fois, signe de curiosité pour l’auteur, qui ne dit volontairement pas grand-chose de lui-même : pourquoi afficher une étiquette ? Le débat démocratique exige qu’on considère les idées et le tempérament, pas le statut social ni l’autorité d’où l’on parle (vieux travers stalinien que de cataloguer selon qu’on est koulak ou prolo). 122 commentaires ont été publiés. Ce site n’invite pas particulièrement aux commentaires, les notes étant « fermées » plutôt qu’ouvertes et les thèmes trop variés pour qu’une communauté quelconque y trouve chaque jour un emplacement pour ses choses à dire. A ce titre, je suis l’inverse de Jean-Louis et de Martin qui sollicitent l’interaction. Mais la variété est ce qui compte à mon avis, dans les blogs comme dans la société.

Les notes les plus appréciées durant ces trois mois sont ‘Alix orphelin’ avec le record de 182 visites le 21 janvier, suivi de ‘Grosse neige à Paris’ (117), ‘La société multiculturelle est une utopie’ (116), ‘Stevenson, L’île au trésor’ (108) et ‘Islam et démocratie’ (102). Les quatre notes sur le Front national, Marine Le Pen et Céline antisémite totalisent 193 lectures (511 avec le multiculturel et l’islam), montrant bien où se situent les interrogations aujourd’hui ! Il s’agit du grand retour du refoulé, sur lequel la gôch à la mode avait cru poser un couvercle inamovible, fait de bienséance bourgeoise, de connivence médiatique et de terrorisme intellectuel. Malheureusement, ce n’est pas en cachant la poussière sous le tapis que la propreté règne. Au contraire, ça moisit.

Ce blog est en faveur du lumineux, vous l’aurez compris, démocratie étant égale à éclairage, voire transparence. Dans la pudeur, certes, pas de déballage pipole ni d’accusations personnelles, mais je parle de tout et sans tabou (ou alors dites-le moi, qu’on en discute). Alix symbolise cette liberté fondée sur les valeurs : l’image qui le présente dans sa nudité démocratique et olympique face aux soldats cuirassés et corsetés du pouvoir est exemplaire. Ce pourquoi, peut-être, cette note a tant plu. Sur un forum, un commentateur a qualifié mon style de « Renaissance et Lumières », c’est exactement l’image que je veux donner : priorité à la maîtrise par la raison, canalisation de la volonté et sublimation des instincts. Platon, dans ‘Le Banquet’, a dit le meilleur sur le sujet.

Merci à tous ceux qui me lisent et me citent dans leurs blogs. Bienvenue à ceux qui me découvrent, souvent en passant, par les images.

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