Voyages

Edith Wharton, Les chemins parcourus

edith wharton les chemins parcourus

J’ai déjà évoqué cette Américaine amoureuse de la France et qui a vécu l’inter-siècle 1862-1937. Elle a écrit ce précieux manuel sur Les mœurs françaises incisif, bien vu et toujours utile pour comprendre en ses profondeurs le parisianisme. J’y reviens aujourd’hui avec l’histoire de sa vie. Une histoire qu’elle recompose selon l’image qu’elle veut laisser d’elle-même et de ses amis, avec des blancs et des silences, mais l’histoire aussi de l’Amérique avant l’impérialisme et de l’Europe avant 14. La civilisation s’épanouissait des deux côtés de l’Atlantique comme jamais et l’on pouvait croire – ironie de la raison – qu’un siècle de paix et de bien-être allait s’ouvrir… Comme on le croit aujourd’hui.

Il n’en a rien été mais Edith Jones, épouse Wharton, traverse les épreuves le cœur haut. Elle est une « éblouie », ainsi que le lui dit à un dîner Henri Bergson, à propos de son incapacité à mémoriser de la poésie. La mémoire d’Edith Wharton est émotionnelle, comme celle de Marcel Proust dont elle aime beaucoup la Recherche du temps perdu (surtout le premier tome). Elle a besoin de recréer pour raconter, dans le calme d’une campagne où alternent lectures, jardinage et visites d’amis intellectuellement proches. Mais elle a besoin aussi de mouvement, elle adore les voyages comme son mari et ils laboureront la Méditerranée et les îles grecques ou turques, arpenteront la France, l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre et même l’Allemagne, rapportant à chaque fois une moisson d’impressions et quelques écrits. Très émotionnelle, donc sujette aux dépressions, ce qu’elle cache soigneusement en ces pages, écrites d’un ton enjoué et volontaire. Mais l’auteur révèle cette appréhension affective dès ses premières impressions : « le monde objectif ne pouvait jamais perdre son charme tant qu’il contenait des petits chiens et des petits garçons ». Être embrassée à 4 ans par son cousin à peine plus âgé est son premier souvenir.

Il y en aura bien d’autres. Oisive, oie blanche ignorante du sexe dans une famille riche de New York remontant aux origines de la colonie, elle ne fait aucune étude mais lit toute la bibliothèque classique de son père en plusieurs langues. Elle parlera français, italien, allemand depuis l’enfance, regrettant de ne pas avoir été au collège pour apprendre le grec et le latin. Elle fait ses débuts timides en littérature par la poésie, avant de se faire conseiller par des amis lettrés et de publier des romans à succès. Dans son milieu, il est indécent pour une femme d’écrire et l’on n’en parle pas. L’inverse de Londres où elle est l’invitée des salons, et surtout de Paris, où elle vécut treize ans, avant la guerre de 14 rue de Varennes, pendant la guerre en créant des foyers d’accueil et des sanatoriums pour réfugiés et, après la guerre, près d’Ecouen. Elle est d’ailleurs enterrée à Versailles.

Edith Wharton est grande amie de Henry James, Paul Bourget, Vernon Lee, la comtesse de Noailles, Jacques-Émile Blanche, Victor Bérard, Charles Du Bos, et même du président Theodore Roosevelt – sans parler des Anglais, Italiens et Américains dont les noms ne disent plus rien. Elle rencontre Bergson, Gide et Cocteau, dont elle livre un portrait jeune incisif : « j’y ai rencontré un jeune homme de dix-neuf ou vingt ans qui, à cette époque, vibrait de toute la jeunesse du monde. C’était Jean Cocteau, alors plein de passion et d’imagination, pour qui chaque beau vers était une aurore, et chaque crépuscule jetait les fondations de la Cité céleste. (…) Une des tristesses des années qui suivirent furent de voir cette lumière s’estomper. La vie en général, et la vie parisienne en particulier, est la cause de beaucoup d’effacements ou de défigurations de ce genre ; mais dans le cas de Cocteau, c’est d’autant plus dommage que ses dons étaient particulièrement nombreux, et ses ferveurs parfaitement sincères » p.264.

Edith Wharton a vu basculer le monde encore rural du XIXe siècle dans le monde industriel du XXe, avec son cortège de laideurs, de brutalités, de mécanisation des esprits et des bureaucraties. « A Paris et dans ses environs tout semblait pousser le même cri : les riants faubourgs qui n’avaient pas été défigurés par les hideuses réclames, les champs de blé de Millet et de Monet encore intacts, déployant leur opulence dorée autour de la capitale, les Champs-Élysées dans leurs derniers soupirs d’élégance, et les grands édifices, les statues et les fontaines qui, au crépuscule, se retiraient dans le secret et dans le silence, au lieu d’être arrachés à leur mystère par des flots vulgaires de lumière électrique » p.295.

Mais elle a su garder l’âme haute, ce qu’elle déclare en « Premier mot » : « Malgré la maladie, malgré même ce pire ennemi, le chagrin, on peut rester vivant bien après la date usuelle de la décrépitude si on n’a pas peur du changement, si on conserve une curiosité intellectuelle insatiable, si on s’intéresse aux grandes choses, et si on sait tirer du bonheur des petites » p.11. Tout l’inverse de la France d’aujourd’hui – qui vieillit, qui refuse tout changement, qui s’ankylose dans le passé et qui réduit son regard aux petites hantises de détail du présent.

Puisque l’on honore tant, dès cette année, la période 14-18, pourquoi ne pas regarder du côté du vivant optimiste plutôt que de se confire dans la mort et les cadavres ?

Edith Wharton, Les chemins parcourus – autobiographie (A Backward Glance), 1933, édition 10-18 2001, 383 pages, occasion € 16,97  

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Tifaifai et lavatubes à Tahiti ?

Le tifaifai est conçu sur une surface de 2m40 de large et 2m60 de long, c’est un élément de décoration du fare (maison) tahitien. C’est un dessus de lit (iripiti), décoratif, pratique et confortable pour la saison fraîche. De très grandes pièces peuvent atteindre les 75 000 XPF pour les versions cousues mains. A deux personnes, il faudra plus de trois mois de travail à mi-temps. Au début du 19e siècle, ce sont les missionnaires qui ont apporté des patchworks dans leurs malles et ont transmis aux mamas l’idée de fabriquer  des couvertures avec des motifs polynésiens. C’est souvent un travail familial car il faut couper, épingler, bâtir avant de coudre. Il en existe plusieurs sortes.

tifaifai

Le tifaifai pu, qui vient des Australes, est le résultat de l’assemblage de plusieurs milliers de petits carrés ou rectangles de tissus de la même dimension. C’est un travail d’orfèvre.

Le tifaifai Pa’oti, vient les Iles de la Société et des Tuamotu, est l’assemblage généralement de deux tissus de couleurs différentes, un pour le fond, un autre appliqué dessus pour le motif utilisé, souvent uru, ape, taro, tiare. En général, c’est un motif en quatre parties symétriques d’une ou plusieurs couleurs.

Des concours du plus beau tifaifai sont organisés chaque année à l’occasion des fêtes de juillet et de l’exposition Tifaifai à la mairie de Papeete.

Vous serez à Hitiaa, au PK 40 sur la côte est de Tahiti. Vous aurez pris un guide, c’est plus sûr ! Une demi-heure de 4×4, puis une vingtaine de minutes à pied pour atteindre le début de cette randonnée sportive, vous serez à 600 m d’altitude.

lavatubes

Les lavatubes ? Ce sont des tunnels de lave apparus lors des différentes éruptions volcaniques qui formèrent l’île. Ils sont trois, de tunnels en cascades la randonnée se déroule les pieds dans l’eau et sur un sol glissant le long d’une rivière dont on doit parfois escalader les parois à la force des bras. Certes, des cordes placées le long du parcours et facilitent les montées et descentes. Pour les deux premiers lavatubes pas de problème mais le troisième réserve paraît-il de nombreuses surprises.

Une véritable galerie à plusieurs étages dont les roches et voûtes aux formes bizarres sont recouvertes de mousse, lichen. Les reflets dorés ont contribué au nom Grottes  d’or. Les Tahitiens n’aimaient guère s’y aventurer. Elles étaient souvent peuplées de lézard géant (te moo) qui vivait là se nourrissant d’animaux et d’hommes qui avaient eu l’audace d’y pénétrer. Vous serez prudents, sinon !…

Hiata de Tahiti

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Oiseaux et jardins à Tahiti

Les jeunes noha (pétrels) vont quitter les nids pour suivre leurs parents vers le large, c’est un moment crucial de leur vie qui peut se mal passer dans  les zones urbanisées des îles hautes Les Anciens utilisaient leurs plumes pour fabriquer des leurres pour la pêche. Cet oiseau de mer au plumage brun-noir, au ventre blanc, au bec crochu est méconnu et pourtant chaque année il niche à l’intérieur des terres. Pour les marins, c’est un bon indicateur de la présence de poissons tandis qu’il rase les flots. Il se nourrit de petits poissons, de calamars, de crustacés qu’il capture en plongeant. Il vole majestueusement en une succession de battements d’ailes et de longues phases planées. Ils nichent dans une excavation ou établissent leur nid dans un tunnel qu’ils ont eux-mêmes creusé, toujours en montagne et en altitude car les pétrels ont besoin de hauteur pour prendre leur envol. Un seul œuf couvé par les deux parents. Au moment où il quitte le nid pour la première fois, le jeune pétrel se dirige vers la mer grâce au reflet des lumières célestes sur celle-ci. Dans les zones urbanisées ils sont trompés par les éclairages urbains et s’échouent au sol. L’association Manu a mis en place depuis plusieurs années un programme de récupération des oiseaux signalés par la population ayant atterri dans jardins et sur les routes.

Petrel tahiti

Le martin-chasseur des Gambier (Todiramphus gambieri) a disparu de cet archipel, il y a très longtemps. Aujourd’hui il resterait seulement 140 individus ce qui lui vaut d’être classé comme espèce en danger critique par l’UICN et la Polynésie française l’a classé dans la liste des espèces protégées. Cet oiseau de petite taille, 17 cm, fréquente les cocoteraies. Il délaisse les forêts denses. L’espèce est territoriale et le couple occupe un domaine qui peut atteindre 12 hectares. Il garde son domaine en se perchant très haut sur une palme de cocotier. Sa nourriture ? Les gros insectes et les lézards. Il chasse au sol et pour tuer les gros lézards n’hésite pas à frapper à plusieurs reprises son lézard contre un tronc d’arbre. L’espèce est monogame. Il niche dans un appartement creusé dans un tronc de cocotier mort. Sur l’atoll de Niau la population d’oiseaux se raréfie. Plusieurs raisons d’après les scientifiques, le cyclone de 1983, une régénération de la cocoteraie, et la prolifération des rats. Le rat apprécie aussi les lézards. Une concurrence pour la ressource alimentaire du koteuteu !

martin chasseur des gambier

Au PK 51.2, côté mer, sur le motu Ovini se situe le Jardin botanique de Papeari qui jouxte le Musée Gauguin (fermé). Ce jardin d’acclimatation a été créé par Harrison Smith, un Américain, en 1919, âgé de 46 ans à l’époque de son installation à Tahiti. Il acheta un domaine de 105 hectares à Papeari pour s’adonner à la botanique étant grand amateur de flore tropicale. 450 espèces végétales y sont plantées dont le fameux pamplemoussier sucré du Sarawak d’ Indonésie et le ramboutan, arbre fruitier proche du litchi. Le parc a été récupéré par le territoire, 18 ha en bord de mer. L’entretien laisse à désirer.

chatte grisette

Aujourd’hui 400 espèces d’arbres et de plantes peuvent encore être observées comme le majestueux banian du Bengale dont le diamètre excède 70 mètres, le fara ou pandanus apprécié des artisans locaux, l’arbre du voyageur dont les bases des feuilles servent de réceptacle d’eau aux voyageurs assoiffés, la forêt de mape (châtaignier tahitien). Deux tortues des Galápagos, arrivées en 1928, ainsi qu’un jardin de plantes médicinales complètent la visite. La signalétique ? Ben cela pourrait être mieux ! Les numéros et les indications du descriptif ne correspondent plus ! Préparez la monnaie, 600 XPF pour les adultes, les heures d’ouverture, tous les jours sauf fériés de 9 à 17 heures. Alors, bonne visite.

Inaugurée par le ministre de l’Agriculture, la foire agricole de Papeari vous propose des légumes, des plantes, de la volaille à Tatutu, au pied de la future prison. Bananes, ufi (igname), patates douces, choux, carottes, tomates, pourront réjouir votre palais, c’est beau, c’est frais, et les prix sont des « prix foire ».

Hiata de Tahiti

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David Morrell, Disparition fatale

Amérique, 2002. Nous sommes quelques mois après les attentats du 11-Septembre. Les Citoyens des Etats-Unis sont traumatisés. En témoigne « Disparition fatale », thriller que fait paraître à ce moment-là David Morrell, le père de Rambo. Le personnage du jeune guerrier qui avait appris à survivre dans la jungle, face à un ennemi insaisissable, est désormais un citoyen lambda qui n’a jamais fait de randonnée, ne sait pas comment utiliser une boussole et encore moins tirer au pistolet. Son seul terrain d’aventure est la zone des petites villes de l’intérieur des Etats-Unis. Comme toujours dans les thrillers américains, un individu moyen se retrouve confronté à la barbarie. Mais, cette fois, elle ne vient pas de l’étranger mais réside à l’intérieur même de l’Amérique, au cœur de la famille. Décidément, le 11-Septembre est bien passé par là.

David Morrell Disparition fatale

25 ans auparavant, Brad, tout juste adolescent a vu disparaître son petit frère. Il avait 9 ans et lui 14. Le gamin lui tournait autour pour jouer au base-ball, mais les copains de Brad étaient excédés de ce moustique qui les empêchait de jouer. Brad demanda à Petey de les laisser et rentrer à la maison. Nul ne l’a plus jamais revu. Jusqu’à ce qu’un jour, des années plus tard, un routard aborde Brad marié, père d’un gamin de 9 ans et architecte, pour lui dire qu’il est ce frère qu’il a perdu. Les indices concordent ; le petit Petey est devenu Peter. Il a été enlevé, enfermé jusqu’à 16 ans dans une cave, d’où il s’est enfui en mettant le feu à la maison de ses ravisseurs. Comment recoller la famille, retisser la toile du destin ?

Tel un péché originel, avoir chassé son petit frère pèse sur Brad à jamais. Il se sent coupable, il veut se racheter. Et il ne voit rien de ce qui lui arrive alors, tel un boomerang… Exactement ce qui est arrivé à l’Amérique messianique ce 11-Septembre 2001. Elle qui croit en Dieu avec superstition, qui fait le « Bien » qu’elle décide être tel, qui préjuge de ses succès être le peuple élu – la voilà aveugle et vulnérable – bien attrapée par le mal qu’elle a elle-même créé.

Le gamin Petey a en effet été enlevé par des intégristes religieux vivant la Bible à la lettre, isolés des autres. Le refus des soins médicaux et la consanguinité des liaisons entre eux ont eu raison de leur souche : après tant d’enfants perdus en bas âge, ils ont décidé d’en enlever un tout fait. Ce gamin, ils l’ont tordu de biblisme et d’obéissance, ils l’ont séquestré mentalement jusqu’à ce qu’il explose, marqué à jamais. Lui veut reproduire ce qu’il a subi, se venger œil pour œil comme on lui a appris dans l’Ancien Testament. Il va donc retrouver ce frère qui l’a rejeté, tentera de le tuer, enlèvera sa femme et son fils, les enchaînera dans une cave…

David Morrell a le sens du suspense et ses 318 pages en Poche, assemblées en courts chapitres, se lisent d’une traite. Au-delà de l’intrigue, il illustre tellement l’Amérique moyenne, celle des petites villes de l’intérieur, qu’il vaut tous les traités de sociologie.

Il décrit très bien cette discipline religieuse contente de soi des communautés fermées, ces vertueux qui assistent à la messe autour du pasteur, leur contentement de soi à faire « le Bien ». Et « la honte » qu’ils ressentent et qui les inhibe quand la situation se retourne, leur impuissance née de leur naïveté.

Il montre aussi combien les institutions sont inefficaces : police, justice, FBI, délivrance du permis de conduire. Car elles sont trop bureaucratiques. Elles agissent selon « les règles », sans suivre leurs instincts ni surtout le simple bon sens. On apprend incidemment comment se créer une identité officielle à partir de rien dans l’Amérique d’aujourd’hui. « Avec la copie de son extrait de naissance (celui d’une personne décédée) et son numéro de sécu, on peut se faire délivrer un permis de conduire, un passeport et n’importe quel autre papier d’identité dont on peut avoir besoin » p. 120.

Leçon d’un Américain post-11 Septembre : tout individu plongé dans le drame ne peut recourir qu’à lui-même pour résoudre l’énigme et retrouver les siens. Il doit s’informer, s’entraîner, se mettre à la place de son ennemi. Avec un sentiment nouveau du tragique qui ne résistera peut-être pas longtemps : « Tout peut arriver. Une seconde, j’étais sur une corniche, à admirer le paysage, la seconde d’après, mon frère me poussait dans le vide.  La prudence est une vertu. –  Je l’ai appris à mes dépens » p.318.

Tout messianisme engendre la naïveté, toute naïveté l’illusion, toute illusion la perte de réalité. Les États-Unis vivaient dans une bulle de confort, de puissance et de sécurité. C’en est fini : retour avec David Morrell au pragmatisme de la Frontière, aux mœurs rude des pionniers, y compris dans le luxe moderne et avec toute la technique. Car le monde réel n’est pas celui, tout rose, de Walt Disney : il est rouge sang.

David Morrell, Disparition fatale, 2002, Livre de Poche 2004, 318 pages, occasion €0.89 à €20.42 

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Papeari jardin botanique

Il était une fois un jardin botanique qui avait été nettoyé, haies taillées, clôtures réparées beau et propre. Enfin, pourquoi ?

papeari oeuvre artiste expo jardin botanique

Nous l’apprîmes plus tard, une exposition se tiendrait dans le bois de mape, une exposition d’art contemporain.

IMPROBABLE DESTINEE ERIC FERRET

D’abord qui est ce mape ou inocarpus fagifer, ou châtaignier tahitien ? Un arbre qui existe en Malaisie et en Polynésie, une plante usuelle des anciens Polynésiens. Il est répandu dans les vallées et les collines des îles hautes. Isolé, au milieu des purau (Hibiscus tiliaceus), ou formant de petites forêts, arbres si serrés que les rayons du soleil ont du mal à y pénétrer. Les jeunes arbres ont un tronc droit.

THE ONE NADIA KINCSES-DEAK

Vers 7 ou 8 ans, des bourrelets se développent progressivement depuis les branches jusqu’aux racines et deviennent, chez les arbres âgés des contreforts, des arcs boutants parfois énormes qui se prolongent sur plusieurs mètres. Ils délimitent ainsi des creux, des sillons. Les fruits sont de grosses drupes aplaties à épiderme vert puis jaune ou marron dont le noyau contient une amande charnue longue de 6 cm et large de 5 cm, comestible après cuisson. C’est la châtaigne tahitienne, appréciée des habitants qui la mangent rôtie ou bouillie, au goût légèrement amer et à la chair compacte.

papeari expo jardin botanique

Installées dans les troncs, dans l’eau, entre les racines, voici quelques œuvres que j’ai photographiées pour vous et vous faire vivre, en direct, l’exposition. Avec un peu d’imagination vous aurez les odeurs, le chant des oiseaux pour vous accompagner dans cette petite promenade.

Soyez heureux.

Hiata de Tahiti

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Première exposition La Vie du Rail

Les éditions de La Vie du Rail organisent la première fête du livre et de la photographie ferroviaires

le vendredi 8 novembre de 13h30 à 18h30

au 11 rue de Milan à Paris

vie du rail expo 2013

Elle est destinée aux lecteurs ferroviphiles, à tous les curieux, les amateurs de circuits, les connaisseurs, les amoureux de beaux livres et de photographie. La Vie du Rail est une revue interne de la SNCF, fondée en 1938 et qui a pris le nom de Vie du Rail le 7 janvier 1952. Devenue éditeur spécialisé dans le ferroviaire depuis quarante ans, elle fonctionne avec les capitaux de la SNCF (10% du capital), la société du personnel de La Vie du Rail (5 %), La Vie-Le Monde (5 %), Ouest-France (5 %) et la MAAF (4 %). Vincent Lalu et Associés détiennent 71 %. L’édition magazine vise un public plus large de lecteurs intéressés par le chemin de fer en plus d’éditions régionales qui s’adressent aux salariés de la SNCF.

Comme toute la presse, La Vie du Rail perd des lecteurs à très grande vitesse, passant de 137 506 en 2002 à 59 275 en 2011. D’où peut-être cette idée d’exposition pour faire connaître la vénérable revue et raviver l’émotion du train. Qui n’a jamais pris le train, moyen de transport incomparable lorsque le personnel n’est pas en grève et que le climat se maintient entre -1 et + 30° ? Qui n’a pas, enfant, dessiné des circuits compliqués en rêvant de maquettes entre lesquelles faire circuler le train électrique familial ? Qui n’a pas été impressionné par les grosses machines à vapeur, la Bête humaine de Zola ou par l’élégant et effilé TGV au museau de requin ?

trains france 1944 1974 2004

Les ouvrages présentés dans l’exposition :

Rail Pass est une formule d’abonnement qui permet la consultation illimitée des numéros en cours de publication, et des archives de plus de 2 ans pour 10€ par mois soit 120€ par an pour tous les magazines ou 5€ par mois ou 60€ par an pour un seul.

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Clipperton 2013

Des chercheurs géographes à l’université ont mené une mission sur l’île de Clipperton en février/mars de cette année. Cette île délaissée par l’État, sise à 4 018 km de Nuku Hiva (Marquises) et à 1280 km du Mexique semble jouir d’un regain d’intérêt de Paris. Son sol contiendrait des nodules polymétalliques…

clipperton situation

C’est également un terreau de renseignements dans les domaines de l’environnement, de l’économie, de la géopolitique, du juridique, du scientifique pour les études océan-atmosphère et la tectonique des plaques. On constate que l’atoll a considérablement changé depuis 2001. A l’époque il était quasi désertique, aujourd’hui, l’atoll a verdi sur près d’un tiers de sa superficie. Son profil s’est modifié.

La passe sud-est évolue à l’échelle du mois, voire de la semaine, en cas de tempête. Le cordon littoral est repoussé dans le lagon et les franchissements des vagues sont nombreux. Au nord, le tracé rectiligne montre une forme incurvée de type baie en formation. La couronne a une largeur de 23 m tandis qu’elle était de 100 m il y a moins de 10 ans. Une érosion plus rapide que confirme l’apparition des vestiges de l’armée US jusque-là enfouis sous les sables.

En moyenne, une quinzaine de dépressions tropicales et de cyclones frapperaient l’atoll et, suivant les scientifiques, expliqueraient ces transformations. L’hypothèse probable de la montée du niveau marin avec le réchauffement climatique sont évoqués également.

Inhabité, oublié, l’atoll serait aujourd’hui au cœur d’enjeux multiples. La pêche illégale dans cette zone économique exclusive représenterait un manque à gagner d’au moins 25 millions d’euros pour l’État ! Depuis 2000, il semble que l’État s’y intéresse. Paris envisagerait de s’y installer notamment pour assurer une surveillance plus efficace de la zone. Mais, si le lagon est assez profond pour accueillir de gros navires, aucune passe n’en permet l’accès.

Le projet était d’ouvrir une passe nouvelle, mais l’ancienne passe sud-est, fermée depuis les années 1850 semble en train de se rouvrir !

clipperton ile

La ZEE de Clipperton est un cercle parfait de 435 000 km, elle est réputée pour être l’une des zones les plus riches en thonidés au monde, elle est pillée par des armateurs venus de Corée, du Japon et d’Amérique centrale. En 2005, 10 bâtiments senneurs ont été aperçus dans la zone de Clipperton ; un seul de ces navires peut repartir de campagne les cales pleines de 1 000 voire 2 000 tonnes de poissons ! 100 000 tonnes seraient ainsi pêchées sans payer de redevance à l’État, un manque à gagner estimé au plus bas à 25 millions d’euros. Allo Paris, allo, allo ! Y a quelqu’un ?

Hiata de Tahiti

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Jean-Marie Déguignet, Mémoires d’un paysan bas-breton

jean marie deguignet memoires d un paysan bas breton

Né fils de journalier agricole en 1834, dernier d’une famille nombreuse pauvre, obligé d’allier mendier son pain parce l’école n’était pas obligatoire, ce Quimpérois d’un hameau de l’Odet est l’exemple même de l’arriération bretonne comme de la méritocratie républicaine. Son témoignage est crucial sur le tournant du siècle et les débuts de la IIIe République.

Il a tout vécu, Jean-Marie : les rois, l’empereur, le général tenté par la dictature (Mac Mahon), la république. Il a été mendiant, vacher, domestique, soldat, sous-officier, cultivateur métayer, bistrot, courtier d’assurances, tenancier d’un bureau de tabac. Il a été en Crimée, à Jérusalem, en Italie, en Kabylie et au Mexique. Il ne s’est marié qu’à 34 ans, s’est toujours méfié (avec raison) des bonnes femmes, a eu cinq gosses qu’il a élevé comme il a pu, leur assurant au moins le pain et les hardes. Il est devenu veuf d’une femme abîmée dans la soûlerie, séparé d’une compagne pathologiquement jalouse, exclu de ses enfants devenus adolescents – donc productifs – par sa belle-famille, avant de finir à l’hospice.

Paranoïaque en diable (on le serait à moins), athée républicain bouffeur de curés, il se réfugie dans l’histoire de sa vie parce que son intelligence dépasse de loin le milieu dans lequel il vit, parce que sa curiosité n’est en rien celle des Bretons de son entourage, et qu’il pense par lui-même au lieu de suivre les autorités de naissance ou de religion. Il est petit (moins d’1m54), accroché à la vie, tenace ; il ne tient pas en place tant du corps que d’esprit, usant de toutes les occasions pour apprendre : la terre, la savate, l’italien, la philosophie… Il est sociable, il écoute, il teste – mais reste inébranlable sur ses convictions politiques (les emplumés et ensoutannés exploitent le peuple par leurs belles paroles) et religieuses (le fils de Madame Joseph était un noceur qui a renié ses frères).

Sa faiblesse ? Ne pas savoir refuser un service à qui en a besoin. Ce qui va l’entraîner à quitter l’armée sous-officier avant d’y revenir simple soldat, faute de travail en Bretagne et par jalousie des ‘cousins’, puis à se marier sans l’avoir voulu, puis à soigner ses enfants qui seront bien ingrats (sauf le garçon de 19 ans dont la mort lui arrache un cri de désespoir), enfin à confier ses cahiers à Anatole Le Braz, pape du régionalisme breton d’époque, qui attendra sept ans avant de réaliser sa promesse de l’éditer dans La Revue de Paris.

bretons paysans 19e

Il aura le bonheur de se voir survivre par l’écriture, avant de mourir quelques mois plus tard. Sa vie, en 24 cahiers de 2854 pages, est un roman d’aventure écrit d’une belle langue française, avec des mots bretons, italiens et espagnols glanés dans ses campagnes. Il écrit vrai, Déguignet, et remet à leur place les folkloristes et leur romantisme du ‘c’était mieux avant’. Non ! C’était pire avant : les enfants mouraient en bas âge, l’ignorance était entretenue par les curés et les nobliaux pour exploiter les métayers et les journaliers, la vanité se mesurait aux railleries bretonnantes, chaque canton avait sa langue et comprenait à peine les autres Bretons, encore moins le français, la routine régnait en maître jusque dans les familles, où les femmes étaient les pires conservatrices de ce qui se fait et doit se faire éternellement, où aucune réussite n’était possible sans sacrifier au clientélisme local et faire allégeance…

Sur la fin de sa vie, il tire ce bilan personnel : « Si j’avais été une brute complète, sans pensée et sans réflexion, je serais sans doute la plus heureuse des créatures, puisque j’ai du pain à manger et un trou pour me cacher. Mais je pense, je réfléchis et je raisonne sur les maux et les tourments de mes confrères, et sur les canailleries, les fourberies, les iniquités et les injustices dont ils sont victimes de la part des voleurs et des bandits qui ont l’impudence, le cynisme et l’effronterie de se dire les gouvernants, les représentants et les protecteurs du peuple, lorsqu’ils n’en sont que les seigneurs et les égorgeurs » p.414.

A lire pour se réjouir de la vitalité d’un Breton qui refuse la complaisance folklorique, un brin méprisante, des élites qui utilisent le régionalisme comme tremplin personnel. A lire pour ce grand bol d’air de l’aventure dans une société archaïque et coincée, qui paraît si loin alors qu’elle n’a qu’un siècle. Et qu’il en reste de nombreux traits aujourd’hui !

Jean-Marie Déguignet, Mémoires d’un paysan bas-breton, 1905, édition An Here 1998 établie par Bernez Rouz, ou Pocket 2001, 462 pages, €2.62 à 31.55 ou €3.94 en Kindle

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Trouble pêche à Tahiti

Certains pêcheurs ont un équipement pour pêcher dans les profondeurs de l’océan jusqu’à – 1500 m. Il leur arrive d’attraper des bestioles aux mines patibulaires, alors ces mystérieuses trouvailles atterrissent dans le congélateur après avoir posé pour l’objectif photo. Sur une page de La Dépêche de Tahiti on a pu voir l’une des 260 types de rascasses connues, un chaunax, un grenadier, un « barracuda rouget » et enfin un poisson inconnu filmé une seule fois aux Marquises avec des rostres et des ratons sur le devant… un monstre !

poissons des profondeurs tahiti

D’après une étude australienne, les requins fuient la pleine lune et le soleil au zénith et gagnent les profondeurs afin de suivre leurs proies et d’échapper à leurs prédateurs. Ces animaux à sang froid plongent de 35 m en hiver à 60 m au printemps. Cette découverte des chercheurs australiens pourrait ainsi préserver la vie de certains requins car les pêcheurs seraient alors en mesure de minimiser les prises « collatérales » en se calant sur le calendrier lunaire et sur les variations de lumière en journée pour déterminer la profondeur à laquelle laisser traîner leurs filets. Un tiers des requins océaniques (parmi lesquels le grand requin blanc et le requin marteau) sont menacés d’extinction en raison de la surpêche. Pour les requins de haute mer, cette proportion passe à 52%. Les auteurs du rapport dénoncent en particulier la pratique du « finning » qui consiste à couper les nageoires du requin [délice des Chinois] et à rejeter en mer le reste du corps.

Hoa ? Ce sont sur les atolls les chenaux de communications qui séparent les motu. Ce sont des lieux propices à la vie marine, certains sont fermés, d’autres communiquent avec l’océan et permettent l’oxygénation des lagons. A première vue ils paraissent dépourvus de vie. Mais nombres d’espèces y vivent, c’est une écloserie naturelle et protégée. Avec un peu d’attention on y découvre étoiles de mer, oursins, divers mollusques, porcelaines, huîtres, bénitiers, anémones, éponges. Ils sont bordés par le platier corallien qui abrite les loches, les perches, les poissons soldats, les surmulets. Si les conditions climatiques sont dégradées, les pêcheurs des Tuamotu utilisent ces lieux pour remplacer leurs sorties en mer, trop risquées.

Les anémones de mer (actiniaria), cousines de la méduse et proches parentes des coraux sont des polypes dotés d’un pied qui leur permettent de s’ancrer sur un support dur. Leur corps est mou et gélatineux, garni de multiples tentacules qui contiennent un poison urticant d’où leur nom d’« orties de mer ». Très mobiles, elles n’hésitent pas à changer d’habitat si celui-ci ne leur convient pas. A contrario, une fois qu’elles ont trouvé un milieu qui les satisfait, elles se développent et colonisent le milieu. L’anémone peut atteindre la taille de 1 cm à plus de 2 mètres et vivre plus de 90 ans. Mais les anémones ont un impact économique et écologique néfaste sur la production perlière. Elles fatiguent et étouffent les nacres, ce fléau touche l’ensemble des Tuamotu. Cette prolifération serait liée au nettoyage des nacres au « karcher ». A plus ou moins long terme, les nacres vont se développer moins rapidement et produire ainsi des perles de moindre qualité. Les prédateurs naturels des anémones sont les poissons-corail, crevettes et crabes. La nature va ainsi se réguler elle-même – à condition que l’homme n’interfère pas dans ce processus naturel !

Les prédateurs du lagon sont indispensables à son écosystème, à sa bonne santé. Les carangues sont d’une grande efficacité. Elles font partie de la classe des actinoptérygiens. Il en existe une vingtaine d’espèces en Polynésie. Elles nagent rapidement, puissamment, elles chassent en poursuivant leurs proies. Elles possèdent des nageoires fortes, une queue puissante en V très ancré. Elles vivent en solitaire ou en banc. On les rencontre en bord de plage dans très peu d’eau mais elles fréquentent également des baies profondes, le récif interne et externe, autant dire partout. Elles sont très appréciées pour leur chair mais présentent toutefois un risque ciguatérique important surtout pour les espèces les plus grandes. La carangue bleue (pa’aihere) est présente dans tous les archipels. Elle possède un corps bleu aux reflets jaunâtres, peut prendre une teinte très foncée. Sa taille est d’environ 60 cm. La rencontre est rare car très pêchée elle se méfie et son espèce est menacée de surpêche. La carangue à grosse tête (uru’ati) est présente partout, elle est imposante avec une taille pouvant atteindre 1m70 de long. On la rencontre rarement. Sa consommation présente un risque ciguatérique très élevé.

Les murènes de la famille des Muraenidae comptent 200 espèces de 15 genres différents. Les murènes sont des prédateurs de crevettes, crabes, seiches, pieuvres et poissons. Elles chassent plutôt la nuit, parfois avec les mérous et rougets. Une rencontre avec une murène est toujours impressionnante. Les accidents sont toutefois rares et sont dus à la négligence car la murène ne cherche pas le contact. Leur morsure n’est jamais bénigne, et peut engendrer des infections très graves et conduire à l’amputation. Elle est dotée d’un excellent odorat et d’une mâchoire puissante et bien armée. La murène javanaise (puhi ‘iari) est très répandue en Polynésie, massive, mesure de 1m50 à 2m50. La murène ponctuéepuhi) fort élégante avec sa robe tachetée de blanc est moins imposante que sa cousine, n’est pas timide et se laisse observée, mais attention elle demeure une murène.

Hiata de Tahiti

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Jean-Michel Riou, Le secret de Champollion

jean michel riou le secret de champollion f

Un Da Vinci Code français ? Du moins une tentative – fleurie, un rien bavarde, sans trop d’action. Mais les petites cellules grises sont enfiévrées par cette quête de l’écriture « sacrée ». Déchiffrer Pharaon va-t-il donner des pouvoirs d’éternité ? Une civilisation qui a duré plus de 3000 ans ne possédait-elle pas un secret ? Bonaparte le croit lorsqu’il part pour l’Égypte ; les savants des Lumières le croient lorsqu’ils le suivent avec enthousiasme ; le Vatican le craint, ce qui est bon signe. Et les Anglais espionnent, interviennent, confisquent ce qui pourrait bien devenir une arme imparable entre les mains de la France. C’est donc qu’il y a quelque chose plutôt que rien.

Nous sommes après Mozart et son opéra maçonnique de La flûte enchantée ; nous sommes après la Révolution de 1789 qui libère les esprits de tout obscurantisme ; nous sommes avec le Corse qui incarnera pour les siècles l’autoritarisme égalitaire qui plaît tant aux Français, du mythe gaulois au bonapartisme politique. L’époque est à percer les mystères, et le déchiffrement des hiéroglyphes en est un – de taille. L’écriture n’a-t-elle pas été interdite en 391 par un empereur chrétien, le Romain Théodose 1er et sa lecture « perdue » depuis lors ? Pourquoi ce tabou s’il n’y avait quelque redoutable secret de pouvoir à cacher ?

Trois amis d’âge inégal, Morgan, Orphée et Pharos, séduits déjà par l’égyptomanie Directoire, vont être entraînés à la suite de Bonaparte pour percer le secret des sources. La découverte de la pierre de Rosette, qui expose en trois écritures la même proclamation en -196, va permettre de résoudre l’énigme. Mais les Anglais veillent jalousement, les Français se chamaillent comme toujours, chaque détenteur d’un petit pouvoir toujours plus bureaucrate que le voisin même dans la lointaine Égypte sous le feu de l’ennemi. Les Anglais vont s’emparer en 1801 de la pierre de Rosette, du nom de la localité du delta où le creusement de fortifications par l’armée l’a mise au jour.

Dès lors, la course s’engage pour enfin savoir. C’est un gamin de 12 ans, Jean-François Champollion, né à Figeac et élevé jalousement par son grand frère qui va, une fois adulte, avoir la révélation. Il n’a jamais vu l’Égypte et ne connait rien aux intrigues politiques ni aux querelles d’érudits. Volontiers indiscipliné et d’une curiosité sans borne, il apporte un esprit neuf et parvient à lire l’écriture pharaonique qui n’est pas alphabétique mais véhicule « des idées et des sons ». La pierre de Rosette porte en effet trois écritures : égyptien en hiéroglyphes, égyptien en écriture démotique et alphabet grec ; en passant par la langue copte, le jeune homme trouve la clé en 1822, à 32 ans. Napoléon ne l’aura pas connue, mort en 1821.

Les trois amis se transmettent le flambeau de la quête sous forme d’un manuscrit qui doit être conservé en coffre-fort durant 150 ans. Le premier évoque la fièvre de la conquête d’Égypte et la quête du mystère ; le second la découverte et la formation de Séghir, « le petit » en arabe, surnom affectueux du surdoué Champollion ; le troisième aborde enfin « la » question qui taraude toute la quête : y a-t-il une révélation au-delà des mots ? Comprendre Pharaon est-ce accéder à l’au-delà où Dieu parle directement ? Ma foi… François Mitterrand avait lui aussi ce sentiment.

Les trois parties emboitées, le discours indirect, les fréquents retours de paragraphes qui bouclent sur eux-mêmes sont au premier abord un peu longs. Puis le lecteur de trouve comme envoûté par cet espoir mystique au-delà des faits, par ce « peut-être » en filigrane derrière le déchiffrement. Il découvre que les trois amis n’écrivent pas sous leurs vrais noms, que l’amour peut cacher une espionne, que la fièvre peut être due à un empoisonnement. Pourquoi ?

D’une idée originale, traitée à la façon des vieux grimoires, plongée dans l’histoire peu connue de Bonaparte en Égypte, Jean-Michel Riou a fait un roman classique qui tire vers le fantastique avec un zeste de Sherlock Holmes. Un abord neuf de l’égyptomanie, d’un pays très ancien qui ne cesse de fasciner, le pouvoir de l’imagination.

Jean-Michel Riou, Le secret de Champollion, 2005, Flammarion, 433 pages, €19.19

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Michael Connelly, Volte-face

michael connelly volte face

La énième description de la compétition entre avocat et procureur devant un juge américain. C’est intéressant, bien construit, découpé en séquences haletantes comme en film, mais plutôt ressassé. Comment s’intéresser à un crime rejugé il y a 24 ans, même s’il est horrible ?

Ce manque d’action au profit de l’habileté dialectique des parties nuit un peu au livre. Sauf que l’avocat défenseur est passé du côté de l’accusation : Michael Haller est devenu provisoirement procureur spécial. Et c’est bien la défense, sous la caricature du démagogue avocat Clive l’Astucieux, qui est la cible de l’auteur.

Ne sachant plus trop comment inventer de nouvelles intrigues, l’auteur adjoint à son nouveau héros Mickey Haller (dont le bureau est d’ordinaire à l’arrière de sa Lincoln), son ancien héros flic Hiéronymus Bosch, dont il fait un enquêteur au service du procureur spécial. Toute l’histoire va consister à démonter le storytelling de la défense, qui voudrait faire passer Jason Jessup, assassin d’une petite fille de 12 ans, en victime d’une erreur judiciaire par complot de la famille. Car, s’il n’a pas violé la gamine avant de l’étrangler d’une seule main dans son camion, une trace de sperme a cependant été découverte sur la robe…

Vous aurez, distillés d’une main de maître, tous les détails sordides sur ce qui arriva. Malgré une psychologie plutôt sommaire du présumé assassin et de son nouvel avocat, les personnages se tiennent et jouent bien leurs rôles. Le portrait de la sœur de la victime, longtemps traumatisée avant sa résilience, est particulièrement réussi.

La fin de ce nouveau roman policier de Michael Connelly est décevante. Après ses prouesses de prétoire, précises, argumentées et d’un grand talent d’écriture, le lecteur s’attendait à mieux qu’à ce qui arrive. Je vous laisse le suspense entier, mais j’ai été déçu. Au fond, pour les Américains version XXIe siècle, la force prime le droit, l’action prime la réflexion, le Colt l’emporte sur la langue. C’est bien dommage – mais en dit long sur la dérive des États-Unis par rapport à nos mentalités européennes.

Il est vrai que le mensonge, au cœur de tout marketing, storytelling et plaidoirie – est bel et bien en contradiction avec la vertu américaine par excellente : l’exigence de vérité et de transparence. Cet écart est sans doute le vrai sujet du livre et son intérêt le plus fort. Comment croire un Américain lorsqu’il discourt, puisque tout discours est prévu pour vendre, donc masquer la Vérité pourtant requise des Tables de la Loi, données à Moïse par Dieu lui-même ?

Michael Connelly, Volte-face (The Reversal), 2010, Livre de poche policier 2013, 521 pages, €7.70

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Oranges et jus de fruit à Tahiti

Vous connaissez les oranges de la Punaruu, le défilé des porteurs d’oranges et les festivités à Punaauia ? Eh bien, j’ai découvert les oranges de la vallée d’Orofero, une concurrence aux cueilleurs de Paea à ceux de Punaauia.

Pour aller à la rencontre des oranges il faudra crapahuter deux heures durant alors il faut bien se chausser. Baskets ? – refusé ; pataugas ? – refusé ; chaussures de montagne ? – refusé ; Doc Martens ? – refusé. Une paire de nouilles, ces godasses en plastique transparent qu’on enfile pour marcher sur le récif sont préférables à celles citées précédemment. Il faudra traverser plusieurs gués, une dizaine avant le refuge.

orange morceaux

En avant pour deux heures de marche. Partis vers 18 heures, la nuit est tombée d’un coup et les lampes frontales s’allument, les cueilleurs montent en file indienne, en faisant attention où poser les pieds sur les racines, les rochers. Repas et repos, la journée de demain sera longue.

Le café chaud au réveil, la viande de cochon sauvage, des pois cassés, du riz dans une énorme assiette. Après la prière, tout le monde est prêt. Il leur faut encore monter pour aller les chercher ces fruits orangés. Il faut surveiller les pieds de celui qui précède. La pente est de 30%, il y en a qui jouent aux chamois paraît-il. Alors chacun pour soi. La descente est redoutée car beaucoup plus difficile. Les hommes grimpent dans les orangers pour la cueillette. Il faut compter les oranges, ils sauront ainsi s’ils pourront les redescendre ! Aïe les trapèzes quand les deux sacs fixés sur un bambou feront de cet homme un cueilleur d’oranges, un vrai. Il paraît que le goût de cette orange est incomparable. Je ne vous en dirai pas plus sur cette orange d’Orofero, je n’aime pas, donc je ne mange pas d’oranges.

citrons

Rhum ? Jus de fruits frais ? Si vous fréquentez le marché de Papeete en fin de semaine vous avez certainement vu le stand de D.M. Comme tout Chinois de son époque, D.M. a grandi dans le faapu familial. Il cultive 4 hectares de cannes à sucre pour la fabrication de son rhum « Tamure rhum » à Papara et 13 hectares d’arbres fruitiers à Papeari pour la production de jus de fruits frais.

papaye des triples tahiti

Il y produit citron, papaye, gingembre, fruit de la passion et pamplemousse. Il a ouvert un point de vente à Punaauia, à la sortie de Carrefour, pour vendre ses jus frais. Il presse devant vous, il veut être transparent avec sa clientèle, le jus de canne à sucre avec la papaye, le corossol, le gingembre, le fruit de la passion, la goyave ou encore vous sert l’eau de coco. A la vôtre !

Fini, plus d’alcool en vente libre a Teva i uta, ainsi en a décidé la mairesse. Bientôt les élections municipales, il semble que des mères de famille soient aller se plaindre auprès de la mairesse que  leurs époux dépensaient tout l’argent du ménage dans l’achat de boissons alcoolisées et donc qu’elles n’avaient plus de sous pour acheter du ma’a ! Tavana (maire) a ressorti un vieil interdit qui ne permettait nullement aux magasins de Teva I Uta de vendre de l’alcool. Mais qu’est-ce que nous allons boire alors ? Pas de sodas car la populace est obèse, pas d’alcool car les mômes n’ont plus rien à se mettre sous la dent, et pas d’eau puisque l’eau ne circule plus dans les canalisations qu’entre environ 6h30 ou 7 heures jusqu’à 21 ou 22 heures. Mais Madame la Mairesse, on risque de mourir de déshydratation ! Sous peu, mes amis, vous pourriez lire dans la presse internationale que les habitants de Teva I Uta se sont desséchés par manque de liquide. Au moins on parlerait de nous, mais nous ne le saurions pas puisque nous serions morts et bien secs ! Les clients potentiels iront se fournir dans les communes limitrophes, et l’on assistera à une augmentation de détaillants clandestins. Une interdiction ne doit-elle pas être limitée dans le temps et l’espace pour être légale ?

Hiata de Tahiti

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Actualité de septembre en Polynésie

ptit louis la depeche

Venteux, sec tel est ce septembre 2013. Le vent souffle du sud et apporte la chaleur, les nuages sont présents mais ne déversent aucune goutte, les collines brûlent, la végétation est grillée… et toujours pas d’eau au robinet. Voici qu’enfin les nuages percent et la pluie bienfaitrice se met à tomber avec rage et violence  le 19 septembre.

« Atassion » a l’eau : t’as de l’eau, garde-la, fais atassion ! La Dépêche annonce des restrictions d’eau. C’est bien ! Mais pour ceux qui comme nous à Papeari (Commune associée de Teva I Uta) n’en avions déjà qu’un mince filet et encore pas tous les jours, pas toutes les heures ça signifie quoi ? Que l’on va continuer à empester les Autres quand ils s’approchent trop ?

Évitez le gaspillage ? OK. Mais quand durant la journée et une grande partie de la nuit on ne peut pas même se laver les dents. On fait quoi ? Cela n’a pas empêché la mairie d’augmenter les tarifs de la distribution d’eau (« propre » mais non potable). J’applaudis à tout rompre ou je fais quoi car moi et mes amis nous ne savons plus quoi faire pour attirer l’attention des Pouvoirs publics ?

Lundi 23 septembre, un épisode orageux très violent a surpris Rangiroa (Tuamotu). De fortes rafales de vent entre 110 et 120 km/h ont déracinés des arbres et arraché des toitures. On ne déplore aucun blessé. Le maire déplore que onze maisons aient vu leur toit envolé, pour huit autres il ne reste que quelques tôles, une vingtaine de petits bateaux de pêche ont coulé et un voilier s’est échoué à côté de l’hôtel Kia Ora. La pluie elle aussi a causé des dégâts.

Les Chinois ont célébré la lune le 19 septembre. On célèbre la mi-automne, couramment appelée fête de la lune, tradition chinoise qui tombe le 15e jour du neuvième mois lunaire et cette année elle a eu lieu de jeudi 19 septembre. La lune était particulièrement brillante, plus ronde et plus belle que le reste de l’année. Pour les Chinois, la pleine lune est symbole de réunion familiale, et ainsi connue aussi sous le nom de fête de la réunion.

Chaque famille chinoise dresse une table couverte de fruits, avec, au milieu, une pyramide de Yuebing (gâteau de lune) qu’un aîné divise en plusieurs parts, une pour chaque membre de la famille. Puis, chaque membre s’incline face à la lune, afin de rendre hommage à Chang’e (épouse  de Hou Yi qui avait volé l’élixir de longue vie de la Reine-Mère céleste) restée au palais lunaire. Les gâteaux de lune, bien qu’apparus sous la dynastie de Tang, ne devinrent vraiment populaires que sous le règne des Song, grâce à une légende très populaire en Chine.

Cette légende disait que durant la dynastie Yuan, la Chine était gouvernée par le peuple mongol. Les dirigeants de la précédente dynastie Song étaient mécontents de se soumettre aux lois étrangères et essayèrent de coordonner une rébellion. Les chefs des rebelles sachant que la fête de la lune approchait ordonnèrent de fabriquer des gâteaux spéciaux. Dans chacun d’eux était caché un message avec un plan d’attaque. A la nuit de la fête, les rebelles réussirent leur attaque surprise et renversèrent le gouvernement en place. Ainsi naquit la dynastie Ming.

Aujourd’hui on mange des Yuebing lors de la fête de la lune pour commémorer cette légende. De nos jours, les Yuebing varient d’une région à l’autre. Le Yuebing de Xuzhou se caractérise par son enveloppe croustillante à feuilles multiples. Il est fourré en général de cinq pépins, de purée de haricots rouge, de poivre chinois, le tout mélangé avec du sel, du sucre et de la viande de porc. Pour la prochaine fête de la lune, vous serez prêts, j’en suis certaine !

Hiata de Tahiti

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Sakyo Komatsu, La submersion du Japon

sakyo komatsu la submersion du japon

Sakyō Komatsu, mort en 2011, est un écrivain de science-fiction très connu au Japon. Dommage qu’il ne le soit pas plus en Europe car son roman d’anticipation est en pleine actualité. Le Japon, les savants le savent, est situé à l’intersection de trois plaques continentales qui se chevauchent. D’où les séismes, les éruptions, les tsunamis. Ce n’est pas nouveau, mais ce pourrait l’être… il suffit de pousser un peu le scénario.

Ce que fait l’auteur d’un ton détaché, comme historien, décrivant comment des mouvements sous-marins laissent prévoir un vaste remaniement des équilibres de plaques, les énergies accumulées engendrant une brutale rupture en quelques mois. Résultat : l’engloutissement de tout l’archipel japonais sous les flots Pacifique. « Un pays important du point de vue de la population, de l’économie et de l’histoire va être physiquement anéanti. Un homme a-t-il affronté quelque chose d’aussi inouï dans l’histoire ? Y a-t-il un homme d’État capable de faire face à un problème aussi monstrueux ? » p.161.

A partir de cette trame, il tente d’évaluer comment pourraient réagir les scientifiques, les techniciens, les politiques, les citoyens, les pays étrangers, l’ONU. C’est très simple :

  • les scientifiques n’y croient pas et traitent de fou celui qui ose dire que le roi est nu et que le Japon va exploser ;
    les techniciens font leur boulot scrupuleusement, à la japonaise, malgré leurs histoires de cœur, de famille ou d’alcool – ils sont communautaires ;
    les politiques tergiversent, consultent, font tout en équipe, mais finissent par prendre les graves décisions qui s’imposent avec aussi peu de retard que possible ;
    les citoyens sont inquiets mais disciplinés, les deux tiers seront sauvés, d’autres ne veulent pas voir cela et se suicident avec le Japon qui coule ;
    les pays étrangers sont partagés entre effarement et égoïsme du « c’est bien fait »;
  • l’ONU bavasse avec de grands mots, comme d’habitude.

Nous sommes en 1973 et règnent encore sur la planète les deux blocs, le soviétique et le monde libre ; la Chine n’a pas encore émergée, restant maoïste. L’auteur est un peu caricatural sur la presse occidentale, notamment britannique, qui titrerait cyniquement que les Japonais restent des kamikazes qui méritent leur sort ; il est plus réaliste avec l’Australie qui accepte l’immigration, mais pas au point de déstabiliser toute sa population ; il est beaucoup plus prudent avec la Chine, l’URSS et les États-Unis. Il faudrait bien, pourtant, offrir une nouvelle terre à 110 millions de Japonais menacés d’extinction ! Est-ce dû à la date, il me semble que c’est le point où le roman pèche un peu.

tsunami

Pour le reste, il est écrit direct, avec quelques mots-valises dus probablement à la traduction. Nous suivons un pilote de bathyscaphe, Japonais moyen-type, qui accomplit sa tâche en spartiate et laisse son bonheur personnel de côté pour sauver la population.

Avec cette interrogation métaphysique : « En-dehors de cet archipel et de sa nature, de ces montagnes, de ces rivières, de ces forêts, de ces herbes… les Japonais n’existent pas. Ils sont unis à eux. Ils ne font qu’un seul corps avec tout cela. Si cette nature délicate et les îles sont détruites et disparaissent, les Japonais n’existent plus » p.246. C’est traduire combien non seulement le sens de la nature est bien présent dans la mentalité japonaise, mais surtout le sentiment d’être charnellement en accord, fils de la Mère, malade avec elle, détruit avec sa disparition. Cela fait de ce roman de fiction une bonne approche du savoir vivre (et savoir mourir) japonais.

Sakyo Komatsu, La submersion du Japon, 1973, Picquier poche 2000, 254 pages, €7.69

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Contrôle des eaux à Tahiti

Depuis plusieurs mois, le CRIOBE poursuit des études concernant l’évolution des populations d’anguilles dans la vallée Vaihiria concernant l’impact des ouvrages hydro-électriques. Il s’agit d’éviter de refaire les mêmes erreurs que dans les années 1980. Il faut effectuer un inventaire des ressources faunistiques (poissons, chevrettes, …) et des richesses culturelles de l’ensemble des vallées concernées par la présence actuelle ou à venir d’installations hydroélectriques. Les anguilles en Polynésie sont souvent associées à des contes ou légendes traditionnelles, la vallée Vaihiria recèle aussi des vestiges archéologiques, marae notamment qui sont la marque d’une implantation humaine au 16/17ème siècle.

IDEM

Le lac Vaihiria est le seul lac d’altitude de Tahiti. Il s’est formé il y a très longtemps à la suite de l’effondrement d’une masse de terre issue des côtés d’une vallée située au cœur de l’ile. Ce barrage naturel occupe toute la largeur de la vallée sur environ 800 m. Il retient l’eau descendant de la montagne sur une largeur de 400 m pour 25 m de profondeur en son centre. Au début des années 1980, l’homme l’a utilisé comme un barrage hydraulique, la vallée a subi de grandes modifications avec l’installation de turbines, conduites, et autres éléments. Les pluies importantes ont fait monter brutalement le niveau de l’eau qui a failli déborder, mettant en péril la vie des habitants de la vallée. Avis aux thésards, le Criobe recherche un étudiant pour préparer une thèse de doctorat en trois ans financée par l’État et Marama Nui (bourse de thèse) sur la circulation des anguilles et des espèces piscicoles, à l’échelle de Tahiti, sur toutes les rivières aménagées par Marama Nui. Après ces trois années, cet étudiant pourrait être embauché dans une cellule environnementale directement rattachée à Marama nui. On cherche désespérément un candidat local !

La rivière Titaaviri va devenir un observatoire hydrogéologique par la signature d’une convention entre Marama Nui et l’Université de Polynésie française. Il s’agira d’un suivi hydrogéologique dans la vallée de la rivière Titaaviri à Teva I Uta. L’objectif est de relever sur plusieurs années des données sur les précipitations, le débit et la turbidité de la rivière ou encore l’érosion naturelle. Cela permettra à l’industriel de comprendre le phénomène d’érosion qui remplit son barrage et l’oblige –plus qu’ailleurs dans le monde- à de fréquents curages. On saura alors quand Tahiti finira en atoll (dans quelques millions d’années).

EUROPA

Du 27 au 31 mai, une opération commune de contrôle des eaux en bordure de la ZEE Polynésienne (zone économique exclusive) a été menée par les Forces armées françaises et plusieurs états du Pacifique (Australie, Nouvelle-Zélande, Iles Cook). Cette opération baptisée Tautai (pêche, mode de pêche, produit de pêche, instrument de pêche) avait pour finalité de prévenir les activités de pêche illicite. Treize navires (neuf Taïwanais, trois Chinois et un fidjien) ont été contrôlés et sur huit d’entre eux on a relevé des infractions : leurs balises ne fournissaient pas leurs coordonnées, ils ne s’étaient pas signalés dans certaines zones alors qu’ils en avaient obligation. L’équipage de l’un des navires s’est vu reprocher le non-respect des règles de pêche en matière de requins car les navires doivent conserver à bord les carcasses des squales même si la pêche d’une grande partie des espèces de requins est autorisée dans les eaux internationales.

Un groupe de pêcheurs a pu filmer un banc d’une vingtaine d’orques au large de Fare Ute (port de Papeete). Ici il y a plus souvent des cas isolés voire 2 ou 3 au maximum qu’autant d’individus aperçus récemment. A Raroia (Tuamotu) deux baleines ont été aperçues nageant au large de  l’atoll qui vient juste de retrouver sa sérénité après le passage d’une tempête. Coïncidence ?

Président Flosse et plusieurs de ses ministres sont allés rendre visite aux différents archipels. La commune de Makemo (Tuamotu) a été retenue par les investisseurs chinois pour y implanter le projet de ferme aquacole. « La société sera de droit polynésien avec un capital garanti déposé en banque. L’investissement global est de 150 milliards XPF sur 15 ans. Les concessions maritimes sont attribuées par le pays à des Polynésiens. La société vous fournira gratuitement les alevins, la nourriture et les matériels, et durant la phase d’élevage, elle vous accorde une avance mensuelle et le solde lors de la vente. Toute la main-d’œuvre sera polynésienne mais les cadres seront Chinois. L’encadrement sera à 50% polynésien au bout de cinq ans et à 90% au bout de dix ans. » Ainsi parla Président Flosse aux habitants de Makemo. P’tit Louis commente ainsi ce voyage « A Makemo, les cadres seront Chinois, les travailleurs Maohi… En Chine on dit coolie ! »

Pour Napuka et Puka Puka (Tuamotu nord) la montée des eaux et la dégénérescence de la cocoteraie sont un problème pour le gouvernement et les habitants. Certes le problème ne serait pas immédiat mais les houles de plus en plus fortes ont endommagé en 2011 la piste d’atterrissage de Puka Puka. Les cocoteraies elles sont la proie d’un insecte nuisible, le Brontispa longissima, considéré comme la peste du cocotier ; cet insecte attaque le cœur du cocotier. On envisage à plus ou moins long terme de déplacer ces populations dans d’autres îles de la Polynésie et notamment aux Marquises avec lesquelles les habitants de Puka Puka ont des liens ancestraux.

Hiata de Tahiti

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Yukio Mishima, Le tumulte des flots

yukio mishima le tumulte des flots

Le premier mot qui me vient aux lèvres à la lecture de Mishima est « sobriété ». Point de lyrisme qui ne soit fermement ancré dans la réalité, usage de la litote pour dépeindre les sentiments humains, transfert sur le paysage des états d’âme des personnages. Ce procédé les rend familiers, puissants, avec cette touche d’infini et d’éternité qui est le propre du génie.

Le récit en lui-même est simple : l’amour de deux jeunes gens sur une île de l’archipel du Japon. Le garçon, Shinji, est pauvre ; la fille, Hatsue, est riche. Tous deux sont purs et se plaisent. Ils sont comme deux mains qui se joignent, aussi clairs et fermes. Ils n’ont pas 18 ans.

Leur pouvoir, c’est leur force en eux. Avec elle, ils triompheront. Les obstacles ne manquent pas : la position sociale, l’argent, la jalousie. Ils souffriront mais, quelque part au fond d’eux, reste un domaine préservé où l’espoir a racine. « Ce qui est juste, un jour, triomphera », dit sereinement le patron pêcheur du garçon. Ce qui est juste est l’énergie qui veut. Elle surmontera tout ce qui se mettra en travers de son chemin. Le père de Hatsue dira à la fin du livre, avant d’accorder sa fille au jeune homme : « ce qui compte dans l’homme, c’est l’énergie ».

Mishima en nietzschéen décèle cette énergie vitale de l’adolescence, que l’on ignore souvent soi mais que l’on découvre sous le regard d’une fille parce qu’on l’aime. Elle est « une sensation puissante d’ivresse » qui donne « le sentiment d’un bonheur pur ». Volonté de puissance, élan vital, chant des hormones, appelons-là comme on veut. Cette énergie donne volonté « avec la simplicité d’un enfant ».

Yukio Mishima, Le tumulte des flots, 1954, Folio 1978, 243 pages, €5.70

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A voile et à vapeur à Tahiti

Engouement pour les croisières sur les cargos mixtes. Pour les Australes, le cargo mixte Tuhaa Pae 4 a obtenu son certificat et démarre ses croisières aux Australes en juillet avec 25 passagers. Pour les Marquises, l’Aranui 5 devrait arriver fin 2014 et permettra d’accroitre l’offre de 180 à 260 passagers.

Aranui 5

Pour les Tuamotu, le groupe Degage (ferries pour Moorea) va lancer la construction du Dory 2 qui proposera des croisières « plongées » pour 70 passagers aux Tuamotu. On attend les touristes de préférence avec une carte de crédit gros débit ou un portefeuille bien rempli. Viendrez-vous ?

Vahine nue touriste

On annonce l’arrivée du Wind Spirit en mai 2014, le voilier pourrait rester trois ans en Polynésie. Ce voilier de quatre-mâts est le sister-ship du Wind Song, paquebot à voile arrivé en Polynésie en 1987. Les croisières seront de sept jours au départ de Papeete avec escales à Moorea, Taha’a, Raiatea, Bora Bora et Huahine.

Le A, super-yacht d’Andreï Melnichenko était dans nos eaux cet été. Il n’avait pas pu venir l’an passé à cause du bichon de Madame qui aurait été mis en quarantaine. Qu’à cela ne tienne, on a changé la législation sur les animaux et Madame a pu venir avec son bichon !

yacht 4 mats papeete

Il y eut aussi en escale le yacht Tango mais d’autres sont déjà venus cette année et d’autres annoncent leur venue tels l’Octopus, l’Artic P, le Nahlin, le Lady Christine, l’Archimède, le Suri, le Dragonfly et les Golden Odyssey et Golden Shadow. Enfin, que du beau monde.

Naufrage tragique dans la zone rapa (Australes). Les six marins pêcheurs, rescapés du navire chinois le Zhong Yang 26, quatre Chinois et deux Indonésiens, ont été rapatriés à Papeete à bord du Tuhaa Pae (la goélette des Australes). Le dimanche 5 aout vers 3 heures du matin, au large de Rapa, leur navire qui avait quatorze marins (neuf Chinois, deux Vietnamiens et trois Indonésiens) chavirait suite à une voie d’eau. Répondant à l’appel de détresse, le MRCC a largué des canots de sauvetage dans une mer démontée, et le lendemain l’hélicoptère a pu intervenir. Les marins rescapés ont été déposés à Rapa, accueillis par le premier magistrat et la population. Ils devraient quitter le sol polynésien par ATN via le Japon pour rejoindre leurs pays. Le consul de Chine à Papeete a géré ce drame du mieux qu’il a pu. Les marins travaillaient pour la Compagnie générale des Iles Fidji qui les avaient embauchés.

Hiata de Tahiti

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Maître Kong dit Confucius

Etiemble Confucius

Il y a un demi-siècle Etiemble, professeur de chinois, écrivain et traducteur, commit un livre sur Confucius, réédité en 1985 en Folio. De l’homme, on sait peu de choses sinon que les Jésuites en Chine latinisèrent son nom de Kong Fuziu en « Confucius ». Il a vraiment existé mais n’est pas l’auteur de toutes les œuvres qu’on lui attribue. Il est né autour de 551 avant notre ère et mort à peu près vers – 479. Moraliste à la manière de Montaigne son successeur de 2000 ans plus tard sans le connaître, il a pensé une période semblable aux guerres de religions françaises. Car de – 591 à la fin officielle des Tcheou au 3ème siècle avant, la Chine n’a connu que des conflits entre chefferies. Sage et non prophète, Confucius est l’auteur d’essais que l’on connaît sous le titre d’Entretiens familiers.

Dans la Chine de cette époque, on ne pouvait être que noble ou esclave. Les nobles sans terres, amenuisées par les partages successifs, ne pouvaient que se faire lettrés et conseiller les princes. Confucius fut l’un des derniers et le plus flamboyant de cette lignée de clercs. De bonne naissance mais pauvre et orphelin, il n’avait que 17 ans lorsqu’un grand officier sur le point de mourir l’institua maître de son fils. « On le chargea de l’intendance, dès lors les comptes furent exacts. On le chargea du bétail, dès lors le cheptel prospéra » p.64. Car l’essentiel, pour Kong, est la vertu.

Certes, les hommes n’en sont pas remplis mais « les oiseaux et les bêtes sauvages, nous ne pouvons nous associer à eux ni vivre en leur compagnie. Si je ne fréquente pas les hommes tels qu’ils sont, avec qui frayer ? » p.65. La base est de bien définir les mots du discours, pour bien comprendre et bien être compris. En effet, « dénominations incorrectes, discours incohérents ; discours incohérents, affaires compromises ; affaires compromises, rites et musique en friche, punitions et châtiments inadéquats (…) le peuple ne sait plus sur quel pied danser, ni que faire de ses dix doigts » p.69. Nos politiciens pourraient utilement s’inspirer de ces conseils de bons sens lorsqu’ils prononcent leurs discours ou qu’ils élaborent la loi. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. De plus, si l’on se dit « souverain », « ministre », « père », ce sont autant de noms qui engagent comme la noblesse oblige. Il n’y a de vertu que dans la droiture de l’intention et la pureté du cœur. Cela se manifeste par la civilité, le premier des rites, qui est respect pour autrui autant que pour soi-même.

L’homme n’est pas un être idéal mais un naturel que l’on éduque par l’exemple plus que par les conseils. Le recours aux anciens permet de tourner les croyances et les manies, mais c’est bien l’homme présent qui doit réfléchir par lui-même et agir. « Parce que je suis maître de moi, je suis maître de l’univers, ou digne de le devenir. Qui veut gouverner doit d’abord se gouverner ». Car tel est la sagesse : on ne change pas le monde par décret, non plus que le peuple, ni les comportements. On ne peut commencer que par ce qui est à notre portée. En premier par soi-même (ce pourquoi François Hollande a entrepris un régime amaigrissant avant les élections). Seul le maintien d’une bonne santé, puis l’exemple de la vertu permettront, de proche en proche, de changer comportements, hommes et monde. Tout le reste n’est qu’utopie dans son sens maléfique d’idéal inaccessible, donc d’alibi pour – surtout – ne rien faire. Si nos « alter » en politique veulent changer quoi que ce soit, ils doivent commencer par comprendre le monde, puis eux-mêmes, enfin donner l’exemple. La première vertu est de donner un modèle. Par sa réussite « exemplaire », les convictions se feront et le monde pourra suivre. Ce n’est pas l’inverse qui est vrai.

Confucius médaille

Ne jamais désespérer de l’homme, dit Confucius, mais aimer comme haïr avec discernement. Point de juste milieu mais le « milieu juste », tel la flèche tirée au centre de la cible et pas à côté. Pour cela respecter, écouter, étudier avant de dire et d’agir. « L’homme de qualité n’est pas un spécialiste » p.107 Mais il est amateur de tout et il s’enquiert. L’homme vulgaire ne pense qu’à son bien-être et à son intérêt, tandis que celui qui aspire à l’équité s’ennoblit. Sa récompense est la paix du cœur et de l’esprit en voyant se diffuser la justice et le bonheur qui va avec autour de lui. Pas besoin de dieux pour injonction ou pour sanction, l’homme suffit qui est semblable à nous, un frère.

« Tout passe comme cette eau ; rien ne s’arrête, ni jour, ni nuit » p.115 – et l’homme de qualité imite ce mouvement, cette fluidité de l’intelligence (qui est faculté d’adaptation) dans le changement incessant des choses (qu’on ne peut immobiliser). L’homme de qualité vit dans le temps, avec son temps, sans regretter un mythique âge d’or ni se consoler dans un quelconque avenir radieux. Ce qu’il faut changer est ici et maintenant, avec les hommes tels qu’ils sont et les rapports de force présents. Pour guide, le sage a la « raison raisonnable et non point rationaliste, et nullement ratiocinante » p.129 : point de technocratie ni de foi aveugle dans le seul « calculable », point de coupage de cheveux en quatre idéologique pour noyer le poisson. La justice exige le bon sens, la voie juste, un regard étendu et l’écoute de tous, même si la décision est une. Dialectiquement, elle se situe « après ».

Confucius entretiens

« Les anciens, qui désiraient que la terre entière resplendit de la resplendissante vertu, commençaient par bien gouverner leur principauté.

« Comme ils désiraient bien gouverner leur principauté, ils commençaient par mettre en ordre leur famille. Comme ils désiraient mettre en ordre leur famille, ils commençaient par se perfectionner eux-mêmes.

« Comme ils désiraient se perfectionner eux-mêmes, ils commençaient par régler leur cœur.

« Comme ils désiraient régler leur cœur, ils commençaient par purifier leurs intentions.

« Comme ils désiraient purifier leurs intentions, ils commençaient par étendre leur savoir » p.137.

Tout maître Kong est là – et tout est dit. Il sert de grand exemple aux Chinois d’aujourd’hui. Et les vaniteux intellos et politiciens français pourraient en tirer des leçons d’humilité au lieu de donner des leçons de socialisme et de démocratie au monde entier.

Etiemble, Confucius, Folio essais, 1986, 320 pages, €3.49

Confucius, Entretiens, Folio2€, 2005, 144 pages, €1.90

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Le monde ne s’est pas arrêté de tourner

Tandis que j’étais moi-même absente du territoire, Tahiti a continué.

Alors que le maire délégué de Makatea attendait un signe fort du gouvernement Temaru, c’est une douche froide qu’il a reçue. L’arrêté portant refus à la demande de permis exclusif de recherche formulée par la SAS Avenir Makatea a été publié au JOF du 2 mai. L’objectif était de savoir s’il reste du phosphate sur l’île et en quelle quantité afin de déterminer si la relance de l’exploitation était faisable ou non et si elle est viable avant toute autre décision. D’importants travaux de réhabilitation de l’île de Makatea auraient pu être entrepris, comme c’est le cas sur l’île de Nauru. Il soumettra cette demande au nouveau président du gouvernement Président Flosse. Wait and see.

chapeau de paille polynesie

Le site Internet de l’Hôtel « The Brando » sur l’atoll Tetiaroa est fixé : http://www.thebrando.com. Le test du fonctionnement de l’hôtel est prévu au premier semestre 2014 avant l’ouverture à la clientèle prévue à la fin du premier semestre 2014. L’hôtel ne sera accessible qu’en empruntant la compagnie privée Air Tetiaroa qui desservira l’atoll avec deux Britten Norman Islander de dernière génération. La maintenance des appareils sera assurée par l’atelier « Polynésie perles ». Hiata vous souhaite un bon séjour in « The Brando » dans un proche avenir.

Encore et toujours le foncier, difficulté qui a pour nom indivision, mais aussi absence ou imprécision des documents fonciers, cadastre pas encore terminé, difficulté pour établir les généalogies, disparition progressive des tomite (comité, commission d’étude ; titre de propriété), et reliquat des irrégularités commises pendant la période coloniale. Aujourd’hui les transactions foncières sont régulières. On reconnait ici que le foncier est « la tasse de thé »  des Polynésiens car il sert de base aux retrouvailles des généalogies. Le problème foncier a une double origine : l’indivision, réalité culturelle de l’époque pro-européenne, l’État qui à l’époque coloniale n’a jamais mis les moyens pour déterminer avec justesse les terres de chacun. L’indivision a sauvegardé la propriété indigène face aux appétits des prédateurs. L’indivision ne disparaitra pas, elle évoluera. Aujourd’hui, chaque propriétaire estime qu’il possède une fortune foncière et se bat pour en tirer un profit maximum. L’attachement viscéral à la terre est un frein à la réalisation de projets, mais il disparaît en fonction du prix proposé !

Deux fois l’an, un spécialiste des troubles du rythme cardiaque, tachycardie, palpitations, problèmes cardiaques graves,  consacre huit jours à ses patients polynésiens. Un spécialiste de l’hématologie est venu en mission sur le territoire. Il consulte tous les deux ans notamment les patients polynésiens atteints de lymphomes, leucémies ou myélomes. Malgré tout, chaque année, 25 à 30 Polynésiens doivent être « évasanés » (évacuation-sanitairisés). Seules les leucémies aigues et les greffes de moelle contraignent au voyage vers la métropole. Les lymphomes et les myélomes sont traités au centre hospitalier sur place. Des études montrent qu’en Polynésie, le nombre de cas de leucémie aigues myéloblastiques est supérieur à la moyenne internationale. Une incidence plus importante qui s’expliquerait génétiquement. Hawaï est tout autant touché que le fenua.

fleur sabine

Les communes de Teahupoo et de Taiarapu Ouest proposent un projet pilote pour la mise en place d’un rahui. Le rahui de Teahupoo (connu pour les compétitions internationales de surf sur sa vague monstrueuse) couvre une superficie de 700 hectares, liés aux 2000 hectares de Te Pari classée en 1952. Deux communes bénéficient de cette zone protégée : Taiarapu Ouest (Teahupoo) et Taiarapu Est (Tautira). Ne comptant que les habitants de Teahupoo et Tautira, ce sont près de 2000 personnes concernées par le rahui et en totalisant ceux de Taiarapu Est et Taiarapu Ouest, ce sont près de 20 000 personnes ! Les objectifs principaux : préservation à long terme du milieu naturel. De très nombreuses espèces végétales rares ou médicinales sont présentes sur cette zone tout comme les espèces aviaires tel le héron strié, le ptilope de la Société ou encore l’hirondelle de Tahiti ; la gestion des espaces de loisirs qui concerne la vague mythique connue mondialement des surfeurs, que les lieux de promenade pour les invités des pensions de famille ; la mise en place d’un espace éducatif avec l’élaboration de projets scolaires pour les élèves de l’école primaire de Teahupoo, faire connaître le patrimoine culturel et naturel du Fenua aihe aux enfants.

Académicien, écrivain, auteur, interprète, Marc Maamaatuaiahutapu a tiré sa révérence le 21 août. Cette figure de la culture polynésienne a consacré sa vie à défendre et à promouvoir la langue et la culture polynésienne. Il avait fondé l’Académie tahitienne en 1972, était l’auteur de Te huno’a mana’o-ore-hia et de Te pe’ape’ahau’ore o Papa Penu’e’o Mama Roro (1971), d’immenses succès populaires. Il y a deux ans, une nouvelle série de représentations de cette comédie croquant, en tahitien, le quotidien d’un couple polynésien avait drainé une foule de spectateurs au Petit Théâtre et l’on avait pu apprécier  également à la télévision. Des hommages unanimes lui ont été rendus. P’tit louis aussi dans un dessin « en deuil » a fait dire à ses deux acteurs : « Pour sa dernière représentation le Père Maco… aura réussi à faire s’asseoir ensemble tous les crapoliticards, sans qu’ils s’engueulent ! Chapeau l’artisse… »

Hiata de Tahiti

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Ruben Kuevidjen, Odyssée polynésienne d’un infirmier

ruben kuevidjen l odyssee polynesienne d un infirmier

Curieux destin que celui de ce Togolais élevé avec passion par sa mère et arrivé en France en 1993. Pour obtenir une carte de séjour, il multipliera les études techniques, BEP/CAP de chimie, d’électronique, avant de passer le concours d’infirmier et d’être formé à Berck-sur-mer. Il s’y mariera, aura une fille, puis divorcera avant de postuler pour les îles du Pacifique en 2009.

Le voici infirmier à Rapa, l’île la plus au sud des Australes, à 1100 km de Tahiti. L’endroit émerge de 41 km² et héberge 480 habitants. Pas de piste d’atterrissage mais deux navires accostent régulièrement tous les deux mois pour livrer les marchandises indispensables et emmener ou ramener les collégiens et lycéens. Car Rapa est une île où n’existe qu’une école primaire, même si tous les moyens de communication sont établis.

« J’ai décidé d’écrire ce livre pour vous faire découvrir cette île paisible qu’est Rapa, mais aussi pour vous faire connaître la profession d’infirmier sur une île isolée de tout. Un métier si différent de celui d’infirmier en métropole » p.20. Il n’existe ni médecin, ni chirurgien, ni pédiatre sur l’île – l’infirmier fait office de tout, communiquant par téléphone satellite avec un médecin urgentiste à Papeete en cas de problème et demandant une EVASAN (évacuation sanitaire) par hélicoptère Dauphin si c’est indispensable (6h de route avec deux escales depuis Tahiti). L’infirmier est donc un notable sur l’île. Tout le monde le connait et il fait partie du PC de crise en cas de cyclone et tsunami.

« Un infirmier, à Rapa comme dans ‘les îles’, doit savoir tout faire : savoir diagnostiquer, suturer une plaie, savoir agir vite et être efficace à tout moment et surtout en cas d’urgence. Nous sommes condamnés à être compétents, parfois même au-delà de nos connaissances académiques… tout en prenant des précautions » p.63. Mais cette responsabilité valorise, elle attache au travail et à la population, permet de développer son savoir. L’infirmier se sent utile, et non plus ‘bon à tout faire’ sous les ordres d’un autre.

Rapa vit d’agriculture, de pêche et de chasse des animaux domestiques redevenus sauvages. Les habitants savent réguler par un Conseil des anciens les ressources naturelles, les enfants sont rois et les adolescents font assidument du sport. Ce serait un paradis, comme l’affirme l’infirmier, volontiers lyrique, si n’existaient quelques maux naturels et de civilisation : le climat, la ciguatera, l’obésité, l’alcool, l’hygiène, l’inceste…

Chrétien croyant, affectif, Ruben Kuevidjen s’épanouit : il peut monter dans une voiture de police en tant que Noir sans être menotté. « Les Rapa m’ont apporté une autre joie de vivre, une autre façon de voir la vie, un autre regard sur la société : accepter son prochain, le comprendre et l’aider, en restant humble » p.114. Une autre façon d’être missionnaire – pour la santé.

ruben kuevidjen infirmier

C’est un bien beau livre, écrit avec le cœur, même si la raison fait l’inventaire des gens tels qu’ils sont et des bonnes pratiques infirmières. Il se lit avec plaisir, le ton joyeux malgré l’émotion parfois. Qui ne connait pas les îles y découvrira l’existence quotidienne ; qui veut savoir comment la profession d’infirmier doit s’adapter lira cette expérience racontée en détail.

Ruben Kuevidjen, L’odyssée polynésienne d’un infirmier de Berck-sur-mer sur l’île de Rapa, 2012, autoédition, presses de la Scop Imprimerie 34, Toulouse, 128 pages dont 16 pages de photos, 1820 Franc CFP = 15,22 €

On trouve ce livre en Polynésie française, il n’est pas référencé sur Amazon. Peut-être est-il disponible auprès de l’auteur, lui envoyer un message sur Facebook.

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Ma vie sous les tropiques

Les enfants ont repris le chemin de l’école, la vie retrouve son train-train, je vais vous raconter quelques anecdotes de ma vie sous les tropiques.

DEPUIS PUHI

Mes connaissances me proposent d’aller à Puhi, plateau de la presqu’île. Ce ne sera pas de refus. D’après le dictionnaire, Puhi signifie souffler (sauf pour le vent) mais aussi désigne une murène ou une anguille. Il faut d’abord rejoindre Miti Rapa, s’engouffrer dans la montée pour rejoindre le lotissement Noordorf puis continuer par un chemin étroit sur l’arête. Il y a encore quelques cultures, des farfelus qui habitent cet endroit isolé, ouvrir la chaîne qui barre l’accès et indique un terrain privé, être bon conducteur et surtout avoir un 4 x 4. On entend seulement quelques oiseaux et le bruissement d’une cascade, peu chargée en eau en ce moment. Après plusieurs kilomètres de montées, descentes et montées, nous arrivons sur le plateau. Ici, pas de bruit. On domine la côte depuis Papara jusqu’à Taravao et au-delà. C’est juste un peu couvert mais comme vous le constaterez sur la photo, vous pourrez distinguer la pointe du golfe de Papara, les deux motus de Mataeia, Papeari et les anses, Taravao, la baie de Phaeton. Quelle vue ! On aperçoit les champs d’ananas du « vieux Chinois ».

CHEZ VERO

Dans quelques mois on apercevra la prison de Papeari ! Peut-être même pourrons nous échanger quelques signaux avec ses occupants.

DEPUIS PUHI

Ce matin mon amie et moi sommes allées sur ses terres. Non, non, pas Puhi mais à Vevera qui se trouve côté montagne sur la route de Vairao toujours à la presqu’île. Il y a une sacrée montée avec de jolies maisons accrochées au flanc, puis un beau plateau occupé par quelques rares maisons. Il suffit de s’arrêter quelques instants pour jouir d’une vue magnifique vers le large. Aujourd’hui l’océan était doux et calme, peu de bateaux. Il est vrai que la Billabong Pro était terminée, car au bout de cette route Teahupoo, sa vague et son tunnel d’eau monstrueux connus des professionnels du surf mondial.

VEVERA

La douchette du lave-bassin de mon amie a rendu l’âme. Chez Ace, on trouve tout (matériaux bricolage, construction, etc.) ! Le rayon tuyaux de douche est tenu par un homme. Aïe ! Comment lui expliquer qu’elle cherche une douchette, pas l’installation complète. Oui, oui, il en reste  encore une mais c’est complet, avec le tuyau, le robinet, enfin toute l’installation. Mais Madame, si tu veux tu peux aller voir au rayon arrosage, ils ont des pistolets à mettre au bout d’un tuyau, vas voir. Mauruuru (merci). Elle reviendra,  souhaitant la présence d’une femme cette fois-ci ! C’est bon, cette fois-ci c’est une femme. « Je cherche une douchette pour lave-bassin ». Deux trois minutes, la fille a saisi, elle lui montre le sachet vu précédemment… « Non, merci, aurais-tu la douchette seule ? Non, Madame mais vas voir au rayon arrosage jardin. » Ok mauruuru ! Moi : « tu es sûre qu’ils ne vendent pas des lances à incendie ? » La douchette n’est toujours pas remplacée !

Il manquait beaucoup de produits sur tous les rayons de commerces de Tahiti et des îles. Encore une grève ! Le syndicat CSTP-FO a paralysé le port autonome laissant décharger les cargos qui se succédaient mais bloquant la sortie des conteneurs pour la ville. Les denrées périssables itou ! Les fournitures scolaires itou ! Maintenant la grève est terminée et il y a mille et un conteneurs à « dépoter ». Je n’ai pas compris le pourquoi de cette grève et si j’en crois « P’tit Louis », c’est une histoire de sécurisation des toilettes de la zone sous douane. C’est quand  même un sacré farceur « P’tit Louis », mais si les agents du port ne peuvent pas aller pisser sans recevoir un conteneur sur la tête… c’est autre chose. Enfin un syndicat qui joue à Dame Pipi.

Mon jardin suspendu est magnifique. Je suis fort satisfaite de mes plantations à part les petits piments doux qui refusent obstinément de montrer le bout de leur nez, ainsi que la coriandre qui elle aussi refuse de pousser. Dans quelques semaines j’irai, coiffée de mon chapeau,  récolter du Persil géant d’Italie bio, des côtes de bettes bios, des tomates cerise, des gombos, des feuilles de chou frisé vert demi nain, des pastèques miniatures, des laitues, des courgettes, des courges sucrines, des concombres et des aubergines. J’ai, pour cela, prévu un grand  « panier-marché » !

gamin cuir motard

Et ce gamin de 11 ans qui mobilise 10 gendarmes et des pompiers pendant une soirée avec ses fausses allégations. Il a fait croire aux gendarmes qu’il assistait à une exécution ! « Un homme pointe ma tatie avec un pupuhi (fusil à harpon) et menace de la tuer ! » Aux pompiers il avait raconté une histoire toute aussi sordide. Ce gamin se destine peut-être à devenir scénariste dans le futur ? Il a une carrière toute tracée.

C’était donc les nouvelles aoûtiennes du fenua, portez-vous bien.

Hiata de Tahiti

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Hiata en vacances

Abandonnant sa famille, ses fleurs, son jardin suspendu, ses chats, son coq, ses poules, Hiata s’est envolée pour Paris. Partie le jeudi à minuit moins deux, elle arriva après une escale américaine à Los Angeles, le samedi matin à Paris Charles de Gaulle. Partie en tenue printanière avec 34°C, elle trouva des congères (enfin pas tout à fait) de froid, une bise glaciale et un thermomètre affichant 8° tous petits degrés centigrades. Brrh ! Les vacances commençaient bien !

tour eiffel paris

Une bonne âme était venue me chercher avec ma petite valise. Merci à elle. Il faut vite se réhabituer au trafic automobile, aux incivilités, aux jeunes Roms qui se précipitent sur le pare-brise pour tenter de le laver et le coup de pied dans la portière quand leur espoir est déçu ! Ici aussi il y a des incivilités mais les Popa’a auraient tendance à penser, « bah ! ce ne sont que des « Indigènes »…

Les Parisiens semblaient tristes et blasés, les mendiants plus nombreux, les prix au marché et dans les magasins très élevés, les commerçants peu avenants, les cyclistes et certaines motos sur les trottoirs : mais que se passe-t-il dans ce beau pays ? Moroses, privés d’emploi et donc de revenus, n’apercevant plus la ligne d’horizon, les Français verraient-ils tout en noir ?

Loin des bleus du lagon, la morosité me gagne, froid et pluie aggravent cette situation. Que suis-je venue faire dans cette galère ? J’avais rêvé de cerises gourmandes et juteuses, il y en a peu ; les fraises espagnoles vantent les pesticides ; les maatjes (petits harengs crus) ont fait leur apparition sur le marché, et cela me renvoie aux Pays-Bas plusieurs années en arrière… Je retrouve mes amis de toujours, les Thaïlandais qui eux aussi ont atteint l’âge de la retraite et qui vont retrouver leur Bangkok natal après plus de trente années passées sous le ciel de Paris. La SNCF me piège évidemment avec une grève inopinée.

Retourne au fenua, Hiata, tu y seras mieux et certainement moins râleuse qu’ici !

torse nu ado

Ce qui fut dit fut fait. J’ai retrouvé ma basse-cour, les bleus du lagon, mes amis et mes habitudes. J’ai beaucoup de faits à raconter car durant mon absence, même si celle-ci fut courte, il s’est passé pas mal d’évènements. A bientôt donc.

Hiata de Tahiti

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Château du Taureau aménagé par Vauban

Morlaix a été pillé par les Anglais, ce pourquoi les habitants ont décidé en 1522 de faire bâtir un fort sur l’îlot rocheux commandant la baie. Dès 1689, en raison des menaces de la ligue d’Augsbourg contre la France, Louis XIV commande à Vauban, commissaire général des fortifications, la mise en état défensif de la Bretagne.

chateau du taureau 0 carantec ile louet et chateau du taureau

Outre l’arsenal de Brest, Vauban reconnaît l’importance du commerce et s’intéresse tant à Saint-Malo qu’à Morlaix. Il restaure et surélève le fort du Taureau en granit gris et rose et en schiste qui protège la baie des navires ennemis, surtout anglais et hollandais.

chateau du taureau 1 entree

Les travaux vont durer 56 ans, aménageant 11 casemates dans la batterie basse pour tirs rasants visant à briser les coques des navires, et une batterie haute pour tirs à longue distance visant à démâter.

chateau du taureau 2 casemate

Les canons de 24 livres étaient peu efficaces au travers des meurtrières, les casemates peu ventilées et l’humidité saline rouillaient tout, mais la massivité du fort, sa position idéale au centre de la baie, ont eu un rôle dissuasif : Morlaix n’a plus jamais été attaquée.

chateau du taureau 3 cour interieure

Dans les temps de paix, une compagnie de soldats invalides occupe le fort, gardant les quelques prisonniers sous lettre de cachet, enfermés sans jugement par bon vouloir du roi. Mais les familles devaient payer la pension du prisonnier sous peine de les voir libérer. Même après la chute de l’Ancien régime, le fort resta prison : Auguste Blanqui, révolutionnaire socialiste et insurgé permanent non marxiste, y fut écroué en 1871.

chateau du taureau 4 remparts

Le ravitaillement du fort était assuré par 5 matelots sur deux chaloupes, apportant vivres, bois et chandelles depuis Morlaix pour des semaines. L’eau était recueillie en citernes de pluie.

chateau du taureau 6 escalier

Désarmé en 1889, le château du Taureau est devenu Monument historique en 1914. Il fut loué en 1930 par la grainetière Mélanie de Vilmorin qui en fit sa résidence d’été, invitant quelques amis parisiens du monde des arts. Mais le gite était peu confortable bien que chaque cellule fut repeinte en rose ou jaune…

chateau du taureau 7 chambre du gouverneur

Récemment affecté au local d’une école de voile, le lieu est ouvert au public durant la saison d’été. On le visite en une heure sous plusieurs formes : historique, à thème, en pique-nique, pour la découverte des oiseaux de mer, animation théâtrale, conte nocturne. On embarque à Carantec ou à Plougasnou selon les horaires de marée.

chateau du taureau 5 vue sur l ile noire

Les enfants adorent, ils peuvent courir partout et on ne risque pas de les perdre une fois passée la poterne massive. Les plus grands reconnaîtront depuis la terrasse l’île Noire de Tintin, à quelques encablures du fort, dans la baie. Hergé s’est visiblement inspiré de cette véritable Île Noire bretonne pour dessiner la sienne, qu’il situe en Écosse. Une boutique est ouverte, proposant documentation, vêtements et jouets. Je connais un petit garçon qui s’est enthousiasmé pour un tricorne de corsaire, dont il avait déjà le pistolet à pierre.

chateau du taureau 8 gamin inquiet sur le bateau

A cause des films sur le Titanic et autres catastrophes complaisamment diffusées par la télé, certains très jeunes ont cependant une peur bleue de couler lors du transport sur la grosse vedette (50 passagers) ; ils s’accrochent à la bouée de sauvetage ! Les parents avisés sauront expliquer la stupidité du « vu à la télé » et apaiser les craintes irrationnelles. Mais il semble que de trop nombreux parents laissent aller…

Site officiel Château du Taureau

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Pointe de Saint-Mathieu

Gardant la rade de Brest au nord, la pointe de Saint-Mathieu s’avance comme un cap, un pic, que dis-je, une péninsule ! C’est un haut lieu (30 m) vénéré depuis les temps anciens car face au grand large, offrant une vue imprenable sur le soleil sombrant directement chaque soir dans la mer. Deux menhirs (évidemment dénoncés, déformés et christianisés) se dressent près de l’émetteur de Radio-Conquet (fermé en 2000), bâtiment dévolu depuis au Parc naturel marin d’Iroise.

pointe st mathieu

Le phare de Saint-Mathieu est célèbre parmi les marins quittant Brest ou remontant le couloir dangereux entre Sein, Ouessant et la côte pour rallier l’Angleterre. Son éclat blanc chaque 15 secondes porte à 29 milles. Bâti en 1835, devenu Monument historique, il est électrifié en 1937, automatisé en 1996 et sans gardien depuis 2006.

pointe st mathieu phare

Saint Tanguy, frère abusif qui décapité sa sœur (et pour cela sanctifié) fonda un monastère sur cette pointe en son siècle, le VIe. Ladite sœur Aude fut accusée par sa marâtre d’avoir fauté. Tanguy, apprenant la vérité, fit pénitence de son aveuglement face au large semé de Pierres noires, avant-goût des écueils pour atteindre l’infini dans l’au-delà. Le chœur de l’église en ruines ne date que du XIIIe.

pointe st mathieu abbaye

Mais le nom de la pointe fait référence à Maze, Mathieu en breton. La légende veut que des marins locaux aient rapporté par commerce le corps de saint Mathieu depuis l’Égypte ou l’Éthiopie (la géographie n’est guère fixée dans la légende). Une tempête, fréquente en ces lieux, les firent invoquer l’intercession du premier Évangéliste… et voici que le roc se fendit, protégeant les vaisseaux. Ils inhumèrent leur sauveur dans l’abbaye bâtie au-dessus. Des pirates sont venus plus tard l’enlever pour l’emporter jusqu’en Italie C’est lors des croisades que le vicomte Henri 1er de Léon aurait rapporté la seule tête du saint évangéliste retrouvé, pour la confier aux environs de 1206 aux moines. Quand on sait les cimetières entiers de « crânes de saint » et les forêts de « bois de la vraie Croix », on ne peut qu’être sceptique et se dire que c’est la foi qui sauve.

pointe st mathieu canons

Même la République laïque et anticléricale respecte ce lieu d’élévation où l’air vous saisit autant que la lumière. Un monument aux marins morts durant la Première guerre mondiale a été élevé par Quillivic, sexe massif érigé vers le ciel et qui répond aux sexes d’acier des canons rouillés que les jeunes garçons adorent tripoter ou monter pour jouer aux mâles. Trois gamins métis de 8 à 11 ans s’y livraient avec délices quand nous passâmes, en une bacchanale que leur mère impuissante s’efforçait de calmer on ne sait pourquoi. N’est-ce pas le temps des vacances ?

pointe st mathieu large

Mais la patronne de la chapelle (restaurée en 1861) reste Notre-Dame de Grâce, puissance supérieure au saint apôtre en tant que Mère de Dieu. Son pardon (en procession) a lieu le premier dimanche de septembre, jour dit-on où la Vierge naquit.

pointe st mathieu sud

Les biens du clergé deviennent biens nationaux à la Révolution et, en 1796, les bâtiments du monastère sont vendus pour servir de carrière. Un mur du dortoir subsiste, donnant la mesure de la quiétude des Bénédictins en ce lieu : face au couchant, une banquette de pierre sous chaque fenêtre permettait de méditer sur l’infini marin, analogie terrestre de l’infini divin.

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Sam Millar, Poussière tu seras

sam millar poussiere tu seras

Nous sommes plongés au cœur de l’hiver, dans la noirceur de l’Irlande. L’auteur n’a jamais pardonné à la société de l’avoir emprisonné 20 ans pour braquage, commis au nom de l’IRA. C’est dire s’il en a vu, de vraies horreurs, et qu’il ne peut avoir qu’une piètre opinion de l’humanité. Ses personnages sont glauques, lâches, menés par leurs appétits. Mais c’est qu’ils ont été battus, enrégimentés, livrés corps et âme à l’Autorité durant l’enfance, cet âge vulnérable.

Sam en veut à l’Irlande de son catholicisme hiérarchique, où toute soutane peut faire ce qu’elle veut, tout directeur d’internat violer à tout va et la « bonne » société payer pour le spectacle. C’est dire aussi que Jack, son héros détective, ex-flic « le plus décoré du pays », viré pour avoir descendu un dealer de drogue à la jeunesse, ne croit pas en Dieu. L’auteur non plus sans doute, ce qui lui donne le regard aigu des non-conventionnels sur les agissements des bien-pensants.

Adrian, 14 ans, guidé par un corbeau, découvre un os qui dépasse de la neige. Ainsi qu’il l’apprend dans les atlas de la bibliothèque, c’est un os humain. Mais parce qu’il rôde autour de l’endroit de sa découverte, il ne tarde pas à se faire kidnapper. Il vient de se disputer avec son ex-flic de père, qu’il a trouvé chez lui baisant une fille qui n’est pas sa mère, morte dans un accident de voiture dû à un chauffard alcoolisé. D’autant que le chauffard ivre en question est son père, qui vient de lui avouer, empli de confusion.

De quoi fuguer loin et longtemps, jusqu’à ce que le destin s’empare de lui… Il se retrouvera tout nu sous une vieille couverture, dans un appentis sordide où une plantureuse femme s’occupe de lui avec un certain sadisme et non sans sexe. La cruauté, la sauvagerie, la brutalité – la perversion même – sont la rançon d’une éducation rigide, du colonialisme anglais peut-être, de la révérence à l’obéissance papale sans doute. La société se moque des petits, des enfants, des faibles. Le lecteur découvrira les frasques d’internat et les silences coupables d’une petite ville banale de province.

Chapitres courts, écrits secs, portraits à la serpe, Sam Millar fait fort. Il a été sélectionné par les lecteurs du Point pour le prix du meilleur polar 2013. A vous de juger.

Sam Millar, Poussière tu seras (The Darkness of the Bone), 2006, Points policier mars 2013, 250 pages, €6.27

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Son et lumière à Kergroadez

A 15 km au nord de Brest, sur ses terres du bas-Léon, François 1er marquis de Kergroadès décida en 1598 de faire bâtir un château. La demeure, de style « Renaissance bretonne » fur achevée en 1613. 2013 fête les quatre siècles des vieilles pierres, devenues Monument historique.

Kergroadez carte

Delphine et Franck Jaclin, propriétaires ayant fait fortune dans la communication, ont restauré l’ensemble depuis une douzaine d’années, faisant feu de tout bois : visites guidées, arboretum, animations toute l’année, concerts, ateliers enfants, hébergement en gîte et pour mariages, forfaits touristiques, vente de bois de chauffe, culture de légumes, salon de thé… Telle est la rançon de la démocratie pour se faire pardonner d’être propriétaire. En 1684, les commissaires de la réformation du domaine ont refusé le titre de château à la demeure et la Révolution l’a pillée avant de la transformer en hôpital militaire.

kergroadez 2 chateau

L’été 2013 voit le Tantad de Granite, association de bénévoles, organiser un son et lumière autour du château sur le thème de l’expédition Lapérouse, partie en 1785 et qui n’est jamais revenue, naufragée en 1788 à Vanikoro dans les îles Salomon.

kergroadez 1 costumes 18eme

Le rendez-vous permet d’organiser les centaines de visiteurs en attendant la nuit tombée (plus de 300 le soir où nous y fûmes). Six groupes sont plus maniables qu’une foule compacte entre les animations.

kergroadez 3 caleche devant chateau

Nous avons commencé par voir l’enrôlement d’un équipage pour les navires du Roy, allant du paysan mal dégrossi qui signe avec une croix au mousse d’à peine dix ans pris parmi les spectateurs, non sans une certaine appréhension du gamin ainsi désigné à la vue de tous.

kergroadez 4 embauche de matelot

Le théâtre d’ombre est une projection vidéo dans la nuit noire comme dans un four entre les arbres denses du parc, sur laquelle des acteurs miment l’embarquement des marchandises, des bêtes et des hommes.

kergroadez 5 herboriste

Le jardin de l’apothicaire met en scène les herboristes du bord, chargés de remplir leurs coffres de médecines et d’herbes. Les acteurs en costume, dont un jeune page noir facétieux, met de la gaieté dans la pose docte de Messieurs les médicastres.

kergroadez 6 page 12 ans

La cour intérieure du château réunit les officiers autour d’un grand banquet de départ. La poularde énorme, apportée par le maître queux plus apte à goûter le cidre qu’à diriger son équipe de mitronnes piaillardes, devra contenter une douzaine de personnes, dont le mathématicien Louis Monge.

kergroadez 8 marmitonnes

Engagé comme astronome, efféminé porté sur les étoiles et qui craint déjà le mal de mer, il sera débarqué pour cette raison à Ténériffe – et sera le seul survivant de l’expédition…

kergroadez 7 banquet la perouse

Un passage au lavoir pour écouter cancaner les lavandières en français et en breton, celles du village et celles du château, toutes la langue fort bien pendue. Le lieu se révèle une sorte de Facebook avant la lettre, où chacun se déballe, tout en observant sa voisine. Les « amis » se cliquent l’une l’autre en « publiant » à haute voix leurs nouvelles.

kergroadez 9 cancaner au lavoir

La façade sud du château donne le départ pour l’embarquement avec le défilé des calèches et des chevaux, ainsi que l’adieu final au public, passé minuit. La brume venue de la mer, qui tombe depuis une couple d’heures, ajoute à la magie de l’histoire.

C’était une belle soirée famille, les enfants ravis, les adultes éblouis. Il y avait même des bancs pour s’asseoir devant chaque animation. « Pour les seniors » ont dit les organisateurs – pour « les adultes », m’ont traduit les ados formatés au jargon éducation nationale. Un grand parking dans un champ, à l’extrémité de l’allée d’arbres centenaires conduisant au domaine, permettait à chacun de ne pas se sentir à l’étroit.

Château de Kergroadez

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Plage familles

Les familles à la plage transportent la maison sur la grève.

gamine creuse le sable

Parasol, matelas, tente coupe-vent, matériel à fouir le sable ou à pêcher la crevette, glacière parfois, tout rappelle le home. Avec le sable en guise de pelouse.

enfants plage

Il s’agit d’occuper un territoire, ni trop proche des autres, ni trop loin, afin de pouvoir socialiser.

gamin en slip cherche coquillages

Ce sont souvent les enfants sortis des vagissements qui engagent la conversation.

eternuer torse nu

Un ballon tombé trop près d’un dormeur encrémé, des excuses pour le sable qu’on déplace et qu’un vent vicieux envoie sur l’allongée aux lunettes noires, et voilà le voisinage conquis. Papotages et ragotages sont un plaisir partagé.

imiter son copain torse nu

Sauf à être snob et à se juger meilleur. Auquel cas la famille est comme un château fort. Aucun regard sur les voisins, ils sont priés d’admirer. L’organisation de la mère de famille envers les petits, l’autorité du père de famille sur les moyens, la prestance des filles et les muscles des ados, l’engouement de tous pour aller dans l’eau, nager en virtuose, s’ébrouer d’un coup, puis se ranger sur les nattes, toute peau dehors pour bronzer.

tahiti en bretagne

Certaines plages sont faites pour se montrer, d’autres pour s’isoler. Certaines pour jouer, d’autres pour pêcher. Tout l’art est de s’organiser et de le montrer. Le déshabillage sur la plage est tout un style qui révèle son statut.

fille se deshabille plage

Pâleur gamine et gros seins maternels dénoncent la mère poule.

seins de plage

Surf ou bateau prouvent que, même dans le farniente d’été, être actif est un art de vivre.

gamin surf

bateau plage

Se mouiller les pieds ou les fesses ne dit pas la même chose des gamins observés.

gamin en slip dans un trou d eau

Certains font le mort presque nus, d’autres jouent presque tout habillés.

gamin mort jeu de plage

Question de style…

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Marcel Proust à Illiers-Combray

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proust-du-cote-de-chez-swannLes grands-parents paternels du célèbre écrivain français étaient épiciers, provinciaux et catholiques. Ses grands-parents maternels étaient agent de change, parisiens et juifs. Dans ses œuvres, Marcel en a fait les Guermantes et les Swann. Les premiers, respectables et établis, entraient par la grande porte de la rue d’Illiers, village à 25 km au sud-est de Chartres ; les seconds, riches et fantasques, entraient côté jardin. Telles étaient les relations sociales rigides de la France au milieu du siècle bourgeois.

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Les Proust d’Illiers ont eu deux enfants, Françoise et Adrien. Le second, éduqué pour devenir prêtre, opta pour la médecine, où il se fit un nom en soignant le choléra et en instaurant les cordons sanitaires. Célèbre, bientôt Directeur de la Santé en France, il put épouser au-dessus de sa condition Jeanne Weil, fille parisienne de la haute bourgeoisie d’argent et mère poule pour son fils aîné Marcel. De tante Françoise, l’enfant fit tante Léonie.

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C’est là que la famille allait passer ses vacances, à Pâques et durant l’été. Train de Paris à Chartres, changement pour le tortillard qui menait à la gare d’Illiers, fiacre pour joindre le bourg et sa rue principale, près de laquelle habitait la grand-mère, veuve et peu fortunée, mais surtout Françoise-Léonie, épouse du riche Amyot, qui possédait la maison que l’on peut encore voir.

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Elle se visite, propriété de la Société des Amis de Marcel Proust présidée par un académicien, aujourd’hui Jean-Pierre Angrémy, plus connu sous son nom de plume de Pierre-Jean Rémy.

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« Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. » (Du côté de chez Swann, I1)

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Longtemps, j’ai habité de tels villages. Perdus dans la Beauce immense et plate ou dans une vallée étroite creusée sur ses bords. Longtemps, j’ai goûté à la vie provinciale, à ras de terre, immobile comme si le temps n’y avait point de prise. Et pas seulement durant les vacances.

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proust-illiers-fenetre-a-ragots-chambre-de-tante-leonieJe retrouve ainsi à Illiers, devenu Illiers-Combray en 1971 en hommage à l’écrivain, cette atmosphère assoupie, enfermée, macérant, des bourgs provinciaux de la France profonde. Où, hors culture des champs alentours et exercice des professions bourgeoises, les gens se guettent, s’évaluent et ragotent à la sortie de la messe ou chez les commerçants de ce qu’ils ont vu de leur fenêtre.

Il faut être un enfant pour trouver à cette existence plate un quelconque attrait.

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Pour Marcel, la mémoire enjolivant, ce furent ses relations avec sa mère. Son frère cadet Robert n’est jamais évoqué par l’écrivain, jaloux d’exclusivité fusionnelle avec sa génitrice. Tout tourne autour de la figure maternelle, maternante, matricielle : la cuisine où officie « Françoise » (de son vrai nom Ernestine) ; la salle à manger où le petit Marcel aimait à lire au calme le matin, sous la suspension de cuivre, protégé par les boiseries, entre cheminée et assiettes au mur ; sa chambre au premier, au bout du couloir qui n’est interminable que dans le désir de l’enfant pour sa mère ; la chambre de sa tante en face, où elle aimait broder en prenant son thé (et sa « madeleine »), en regardant par la fenêtre passer les voisins sur lesquels elle ferait des ragots.

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Plus viril, le salon à vitrail de l’oncle Jules recelait des poteries mauresques et un chevalier en bronze, seigneur d’Illiers, dont l’armure et le port altier effrayaient l’asthmatique, perpétuellement angoissé, marmot Marcel.

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Maison étroite, engoncée entre le mur arrière d’une épicerie et la maison voisine, mal isolée et inchauffable l’hiver, donnant sur une rue bornée par la maison d’en face et, de l’autre côté, sur un jardinet étique, il fallait toute l’imagination de l’enfant pour en faire un palais de la mémoire.

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Mais Proust enjolive, il tresse de respectabilité tout l’humble du quotidien. Certes, on fabriquait des madeleines à Illiers, première étape du chemin de saint Jacques partant de Chartres ; mais les premières versions des œuvres font état de « pain grillé » ou de « biscottes », moins chics mais plus en rapport avec les vertus d’économie bourgeoise de la province d’alors. Et la Petite Madeleine n’a-t-elle pas les initiales mêmes de Proust Marcel (ainsi qu’on faisait l’appel à cette époque dans les écoles) ? N’est-elle pas le symbole voulu de sa personne même, “petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot” comme il dit, toute ronde et dorée, féminine, « à croquer » ?

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Il suffisait à l’enfant des images colorées de la Légendaire Princesse de Brabant pour s’évader en imagination ; du portrait du Christ « véritable, tel qu’il fut envoyé au Sénat romain » pour tomber amoureux ; du livre de chevet écrit par George Sand (les ‘Amis’ ont choisi « François le Champi » parmi d’autres) pour être ailleurs, surtout quand maman le lisait. En revanche, la gravure des gamins des rues, ce n’était pas vraiment Marcel – sauf dans ses fantasmes, peut-être ?

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Mais qu’importe qu’Albertine s’appelât dans la réalité Alfredo ou que la bourgeoise madeleine fut le simple et populaire pain grillé – n’est-ce pas la vertu du romancier que de créer un monde à soi ?

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Par grand soleil ou temps pluvieux, la visite de cette « Maison de tante Léonie », à 2 heures au sud-ouest de Paris, mérite qu’on s’y arrête. Les guides de l’été sont des filles érudites qui n’ennuient jamais et font revivre les fantômes, animant les objets.

Mais, par dessus tout, on pénètre cette atmosphère réelle, concrète, physique, de laquelle est parti l’écrivain pour composer la meilleure part de son œuvre.

Maison de Marcel Proust à Illiers-Combray (28), 4 rue du Docteur Proust.

  • Se visite tous les jours sauf le lundi, fermé du 15 décembre au 15 janvier, les 1er mai, 1er et 11 novembre.5€ pour les adultes, gratuit sous 12 ans. Tél. 02 37 24 30 97.
  • Site internet Illiers-Combray  
  • Visite maison tante Léonie en MP3 
  • Cartes postales et liens 

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Folio, 708 pages, €6.84

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Ironies de plage

Exprès !

couple seins nus plage

Pas exprès…

acte 1

ado en emoi plage 1 torse nu

acte 2

ado en emoi plage 2 copains hilares

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Sein

L’île de Sein n’est pas l’île aux seins, à chercher plutôt du côté de Tahiti. Pas un sein nu sur l’île de Sein, religion et climat obligent.

ile de Sein carte

L’endroit est battu par les vents, envahi par la mer et giflé d’embruns. Inlassablement, l’eau creuse le roc émergé, découpant cet arpent de terre de 56 hectares en forme de dragon chinois. Nous sommes aux confins du monde connu, à l’ouest breton de l’Europe, devant l’immensité liquide sans rien avant l’Amérique.

sein bourg

Les druidesses vierges étaient neuf et rendaient des oracles au 1er siècle en ce lieu violent où les dieux se battaient en tempêtes. Des mégalithes témoignent encore, malgré l’église, de ces âges farouches.

sein digue ouest

Le touriste aujourd’hui se sent de trop ; il a une vie bien facile face aux âpretés vécues chaque jour par les Sénans. Dépendant des éléments pour tout, la pêche, le jardin, le ravitaillement, la plage, ils voient dans la même journée un vent de force 6 faire moutonner la mer et cingler la pluie et le grand soleil brûler la peau et assécher le sol.

sein moutons

Peu d’eau, difficile énergie, évacuation précaire, il y a trop peu de terre arable pour subsister sans le continent. Si les habitants étaient 1328 en 1936 avant les cong’payes, ils ne sont plus que 205 en 2013, dont à peine la moitié habite à l’année.

sein gamins

Sur la décennie 2000-2010, il y eut 44 décès pour 5 naissances sur l’île… En 2011, seuls 6 enfants fréquentaient le primaire et 5 collégiens étudiaient à distance à l’aide de profs volants multimatières…

sein gamin torse nu

L’île de Sein est-elle condamnée à disparaître ? Ni boulot, hors le tourisme d’été et quelques huîtres, ni accès aux réseaux branchés de la culture et de la com, une vie loin de tout à la merci de l’océan rageur, l’île risque plus que tout d’être submergée. Déjà en 1638, 1865, 1922, 1940, 2008, la conjonction de grandes marées d’équinoxe et de forts vents faisant lever la houle, ont inondé les maisons et les champs. S’y rajoute l’élévation du niveau des eaux avec le réchauffement du climat.

sein rue borgne

L’île n’est qu’à 1 m 50 au-dessus du niveau moyen de la mer et son point culminant ne s’élève guère qu’à 9 m, occupé par l’église. Un jour viendra bientôt où l’Administration décidera, en fonction du principe de précaution inoculé par Chirac dans la Constitution, d’interdire toute résidence permanente sur l’île. Les jours de tempête, ni ravitaillement, ni évacuation par vedette ou hélicoptère ne sont en effet possibles.

sein phare ar men

La France reste reconnaissante aux îliens d’avoir rallié Londres et De Gaulle massivement en juin 1940 : 127 Sénans soit « le quart de la France » à cette date autour du général. Le plus jeune, Louis Fouquet, avait 13 ans, venu avec son père, pilote de la vedette Velleda des Ponts & Chaussées et 50 autres marins.

sein monument des senans libres

Sa carrure lui donnant 17 ans, le gamin sera formé comme canonnier et officiera deux ans dans la marine anglaise, probablement l’enfant soldat le plus célèbre de France ! Il n’aura jamais aucune décoration, même si ce n’était pas pour cela qu’il était parti… Mieux vaut être histrion de télé ou rond de cuir dans l’Administration que patriote pour devenir légionnaire d’honneur.

sein abri du marin musee

Le petit musée dans l’Abri du marin donne de belles informations sur cette épopée de la France libre à Sein, île occupée par quelques 150 Allemands.

sein eglise st gwenole 1898

Le bourg se presse autour de l’église Saint-Gwénolé, bâtie par la foi récente des convertis, fin XIXe. Cet extrême bout de la Bretagne est resté en effet réfractaire au catholicisme officiel jusque fort tard après la Révolution, ne jurant que par les saints et les superstitions païennes.

sein venelle large d un tonneau

Les venelles sont étroites, de la largeur d’un tonneau qu’on roule, dit-on ici. Les tonneaux étaient en effet les contenants les plus pratiques pour transporter vin, farine, huile et denrées sans que l’eau les pénètre – une sorte de conteneur pour barques à rames. Mais qui a vécu le vent sifflant à ras de terre durant des heures, comprend vite pourquoi fermer les rues donne aux maisons cette quiétude du roc, cette solidité rassurante contre les éléments, le granit épais des murs assourdissant les bruits et conservant la maigre chaleur du feu de varech.

sein maison

Les jardinets bordés de murets de pierres sèches contre le vent permettent, l’été venu, de belles floraisons et des rations de légumes forts bienvenus.

sein jardin protege

Le nord-ouest de l’île est sauvage, la lande rase laissant se détacher la chapelle Saint-Corentin et le phare de Goulenez, parmi les bruyères et les rocs austères.

sein chapelle st corentin

La faune et la flore sont protégées depuis 1986 par les règles du Parc régional d’Armorique. Vous serez saoulés de lumière et d’air, le grand large pour vous tout seul.

sein phare goumenez et gamins nus

L’île se visite depuis Audierne ou Brest pour 33€ (28€ le dimanche) par les vedettes de la Penn Ar Bed. Il suffit d’une journée pour en faire le tour. Mais qui voudra pénétrer le climat îlien restera un jour ou deux dans les gîtes ou les pensions. Dépaysement garanti !

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