Voyages

Il était une fois un vieux Lion de Polynésie

Il fut démissionné d’office après que sa demande de relèvement de peine fût rejetée par la Cour d’Appel de Papeete. Gaston Flosse, Président du gouvernement de la Polynésie française a donc été avisé par le Haussaire lui-même que la grâce présidentielle ne lui a pas été accordée et qu’il avait signé l’arrêté de démission d’office de Gaston Flosse dans l’après-midi du 5 septembre 2014. Bruno Sandras, le maire de Papara a « subit » le même sort.

gaston flosse

Les paruru (avocats) des deux élus annoncent leur volonté de former un pourvoi en cassation. Le metua (Père) continue de se déclarer innocent, ira jusqu’au bout, continuera le combat (il a 83 ans). On peut le croire car après 50 ans de politique, il en connait toutes les ficelles. Malgré tous les procès ce sera donc celui des emplois fictifs (affaire débutée en 1995) qui l’aura coulé.

Son ennemi intime, Oscar Temaru applaudit à tout rompre. Enfin une éclaircie au bout du chemin pour apercevoir le trône si convoité. Il remercie saint François de ne pas avoir accordé la grâce présidentielle à son ennemi de toujours ! A voir son sourire et son interview en excellent français (langue qu’il parle très bien) on devine sa jubilation, mais il s’inquiétait quand même « qui va payer les sommes distribuées et quand ? »

Mais qui paye les avocats-vedettes des politiciens ? J’ai trouvé la réponse dans Tahiti-Pacifique Magazine n° 276 d’août 2014. L’ami ADP (Alex Du Prel) est bien renseigné. Vous voulez le savoir aussi ? Loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004, titre IV les Institutions, chapitre VI Dispositions communes au président de la Polynésie française, aux membres du gouvernement de la Polynésie française et aux représentants à l’assemblée de la Polynésie française, article 162 en vigueur depuis le 2 mars 2004 : « La Polynésie française est tenue d’accorder sa protection au président de la Polynésie française, aux ministres et au président de l’assemblée de la Polynésie française, ou à toute personne ayant cessé d’exercer l’une de ces fonctions, lorsqu’ils font l’objet de poursuites pénales à l’occasion de faits qui n’ont pas le caractère de faute détachable de l’exercice de leurs fonctions. » Donc aucun souci de ce côté-là. L’avocat Me François Quinquis défend bec et ongles son client. Le Tahoera’a huiraatira (parti de Gaston) avait fait un amalgame entre décision de justice et décision par les urnes pour défendre Gaston Flosse, il reste uni et solidaire, mais pour combien de temps encore ? Il lui renouvelle sa confiance indéfectible…

requin polynesie

Le Vieux Lion n’est donc plus président de la Polynésie française. Mais il a assuré ses arrières en imposant Marcel Tuihani au perchoir et son ex-gendre à sa place (élection à l’assemblée le 12 septembre, le 11 étant maudit). Il n’exclut pas de se présenter aux élections de 2017 et pourquoi pas de reprendre son fauteuil présidentiel – après 50 ans de politique et 30 ans de règne – même s’il aura alors 86 ans !

Hiata de Tahiti

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Lafcadio Hearn, Le mangeur de rêves

lafcadio hearn le mangeur de reves
Curieux Lafcadio au prénom grec choisi par sa mère, portant le nom de son père Hearn, chirurgien irlandais de la marine anglaise. Né en 1850, il fut très tôt abandonné par son père, puis par sa mère, avant d’être élevé au Pays de Galles par une tante jusqu’à 16 ans. Lâché dans la nature, il connaît la misère, émigre aux États-Unis à 21 ans, puis en Martinique avant sa trentaine. Mais c’est au Japon qu’il trouvera des racines et la paix. Il se convertit au bouddhisme, se marie et a des enfants à demi-japonais. C’est en hommage à son pays d’adoption que ce déraciné recueille les contes populaires, encore très vifs à la fin de l’ère Meiji.

Le lecteur occidental peut prendre conscience de l’envers du Japon, cette vitalité populaire masquée ensuite par le militarisme et la discipline. Cela malgré une traduction ancienne (1980) qui fait précéder tout nom du terme « honorable » et saute pudiquement les phrases trop crues sur la sexualité.

Ces histoires ont été publiées dans diverses revues ou recueils, et Francis Lacassin en a opéré un choix thématique en six parties : songes et mensonges, amours et retours, horreurs et malheurs, vertiges et prodiges, enchantements et désagréments, du fini à l’infini. Le shinto qui révère les sources, les arbres et les montagnes, le bouddhisme qui vante l’impermanence des choses et l’illusion des êtres, tout en enseignant le karma et la réincarnation, ne peuvent que prêter leur doctrine au magique et à l’apparent impossible.

Un aveugle fait pleurer les morts, ils continuent d’errer sur cette terre tant qu’ils ne sont pas apaisés par les cérémonies requises, ils reviennent sous forme de fantômes pour tenter les vivants ou se venger. Car les passions violentes, amour, haine ou fierté, survivent à la disparition des corps. Avant même la réincarnation en nouvel enfant dans une autre famille, ils désirent fermer le cercle de l’inaccompli, éviter le remariage de l’aimé ou consommer sa ruine, remettre les comptes en ordre. C’est ainsi que l’on peut épouser deux fois la même femme, ou naître à nouveau sans avoir rien oublié, ou parler par l’intermédiaire d’un vivant qui ne se souviendra de rien, ou encore être condamné à se repaitre des cadavres pour n’avoir pas officié comme attendu dans son existence précédente. A l’inverse, le samouraï vertueux et courageux se verra accorder le don de la force, le gamin qui dessinait des chats sauvera le village d’un monstre dévorant, l’amoureux d’un portrait fera s’incarner son aimée, la fille sauvée de la peste unira deux familles.

Le temps lui-même est illusion, tout change et tout revient éternellement, jamais le même et pourtant jamais vraiment autre. La leçon philosophique de ces contes populaires est très classique : vivre selon la Loi, se mettre dans le courant, agir avec équité dans sa fonction. Les femmes ont du pouvoir, les enfants sont chéris, les hommes sont courageux, et les éphèbes (chigo) sont très beaux et disciplinés.

Ce remarquable recueil de contes qui se lit avec bonheur vous fera connaître le Japon autrement, découvrir la magie dans un jardin de temple, soupçonner l’âme d’un cerisier au printemps; il vous inspirera la crainte salutaire des étangs dormants et des bois épais la nuit, aux approches des villages. Pour saisir la substance de la culture japonaise, intimement mêlée à la nature, il vous faut sentir comme à « l’époque où l’enfance s’épanouit dans l’adolescence », dit Lafcadio Hearn : ce moment de transition où, tous les sens en éveil et l’émotion affleurante, la raison n’analyse qu’en second, poussée par la vitalité qui monte.

Une grande leçon nietzschéenne, bien plus ample et plus concrète que les pauvres chevrotements écolos des intellos rassis qui cherchent aujourd’hui leur boussole.

Lafcadio Hearn, Le mangeur de rêves, 1904, choix, préface et bibliographie de Francis Lacassin, traduction Marc Logé, 10-18 1993, 411 pages, €10.00 occasion

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William Faulkner, Absalon, Absalon !

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Tout commence par une scène primitive : un « nègre-singe » d’une grande plantation de Virginie renvoie un gamin anglo-écossais de 14 ans, vêtu en tout et pout tout d’une salopette de coton bleu recoupée à sa taille et rapiécée, à la porte de derrière pour qu’il porte sa commission. Le gamin, devenu brusquement homme par cette injustice biblique (un fils de Cham rabrouant un fils de Japhet !), est Thomas Sutpen ; il décide de prendre désormais son destin en main, tout seul, puisque Dieu et son père ont failli.

Il quitte donc la cabane où végète son paternel ivrogne et ses sœurs mères sans mari, pour aller tenter fortune ailleurs. Aux îles occidentales il réussit, jusqu’à épouser la fille d’un planteur après une révolte d’esclaves où il a fait montre de sa bravoure. Mais la fille a une tare dissimulée : elle est un peu nègre. Il négocie alors la séparation et laisse la propriété et le fils issu de cette union pour n’emporter avec lui dans l’état du Mississippi qu’une vingtaine d’esclaves nègres qui travaillent nus. Il fait sensation lorsqu’il débarque dans la petite ville endormie du sud où il va s’établir, négociant cent milles carrés de terre aux Indiens pour y établir une plantation de coton. Il va choisir soigneusement une épouse, fille de pasteur méthodiste, en avoir deux enfants, un garçon Henry et une fille Judith, et engrosser accessoirement une négresse puis la fille de 15 ans d’un pauvre Blanc paludéen. Il a désormais réussi à bâtir sa vie – sa maison, son industrie et sa descendance – de ses propres mains, sans l’aide ni d’un Dieu injuste ni de sa famille incapable.

Cet orgueil, proprement démoniaque, va le perdre. « Il habitait cette solitude de mépris et de méfiance qu’apporte le succès à celui qui l’a conquis parce qu’il était fort au lieu d’être simplement chanceux » chap.4. Sutpen lâche la proie (la vie éternelle) pour l’ombre (le pouvoir ici-bas où prestige et loisir appartiennent à la caste des planteurs). Macho, paternaliste, pater familias tout-puissant, Sutpen supplante Dieu : « l’autre sexe est divisé en trois catégories distinctes séparées (pour deux d’entre elles) par un abîme que l’on ne peut franchir qu’une seule fois et dans une seule direction – les dames, les femmes et les femelles » chap.4. William Faulkner, né en 1897 dans l’État du Mississippi, appartient à ce genre de vieille famille aristocratique qui sera ruinée par la guerre de Sécession. Et c’est en effet la guerre, mais pas seulement, qui va miner le château de sable bâti par Sutpen par sa seule force morale. Car l’homme n’est pas tout seul, Satan le fait croire mais dérange l’ordre divin, ange déchu défiant le Dieu unique. Tout dépend de Jéhovah ou du Destin, selon que l’on croit ou non, en tout cas de forces qui dépassent la maîtrise humaine. L’intelligence est de faire avec et de naviguer par tous les temps, pas de passer en force. En 1910, lorsqu’est raconté l’histoire, les grands-pères sont vaincus et les fils de Cham libérés, les plantations remplacées par l’industrie et l’égalité du nord a submergé l’aristocratie du sud.

torse nu salopette

Pire, le nord et sa mentalité ont gagné : « les principes d’honneur, de bienséance et de savoir-vivre appliqués à l’instinct humain parfaitement normal que vous autres Anglo-Saxons vous obstinez à nommer concupiscence (…) la perte de ce que vous appelez la grâce entourée d’une nuée obscure de paroles blasphématoires d’atténuation et d’explication, le retour à la grâce proclamé par les hurlements expiatoires d’un rassasiement d’humilité et de flagellation, dans ni l’un ni l’autre desquels – le blasphème ou l’expiation – le ciel ne peut trouver d’intérêt ni même, après les deux ou trois premières fois, de divertissement » chap.4. Le puritanisme, voilà l’ennemi ! « Il croyait au malheur à cause de cette éducation rigoriste, ardue et poussiéreuse d’eunuque qui enseignait que l’homme doit abandonner sa chance et ses joies à Dieu » chap.8.

Absalom (dont on ne prononce pas le m, d’où l’écriture en -on), est dans l’Ancien testament le troisième fils de David. Audacieux mais gâté par l’ambition, il tue son demi-frère Amnon, épris de la sœur d’Absalom Tamar qu’il a violée. Entrainé par l’orgueil de ce premier succès, il complote contre le roi son père mais est vaincu. Dans sa fuite, son opulente chevelure dont il est si fier (signe de virilité dans la Bible), se prend aux branches d’un térébinthe sauvage ; il est rattrapé et tué, malgré les ordres de David. Dieu a puni l’orgueil, malgré le père, son héros préféré. Absalom a eu des filles mais pas de fils, au grand dam de sa virilité irrésistible. Faulkner reprend ce schéma implacable du Dieu vengeur, jaloux paranoïaque, pour interpréter la situation faite au sud sécessionniste.

Car il y a pour lui une malédiction du sud, une punition jéhovesque par les élus puritains du nord sortis du Mayflower par la décadence due au péché originel de l’esclavage, importé des mœurs françaises aristocratiques. « Elle avait vu tout presque tout ce qu’elle avait appris à considérer comme stable se disperser comme des brins de paille dans une tempête » chap.6. Sécession ratée, plantations ruinées, nègres émancipés et – le pire – mélange ethnique insupportable du à la concupiscence sexuelle, dégénérescence raciale qui fait régresser auprès de Dieu, lui qui a clairement distingué dans la descendance de Noé ses fils Sem, Cham et Japhet. Le second, s’étant moqué de son père qui montrait à nu son sexe dans son ivresse, s’est vu maudit par lui et rendu esclave de ses frères, Sem le sémite élu du Dieu jaloux et Japhet dont sont issus les autres Blancs, domine Cham, l’ancêtre des Noirs.

Au-delà du suicide de la société sécessionniste, l’un des thèmes du roman est donc le racisme de la société du sud. Sutpen en est exempt, qui travaille nu avec ses nègres et ne les bat jamais, sauf à la loyale, ce qui révulse et fait vomir son fils quand il le voit, à 14 ans. En cause, l’intégrisme mortifère de l’Ancien testament, l’interprétation puritaine de la Bible qui oublie les Évangiles. Mais un autre thème en est l’orgueil comptable, lui aussi ancré dans la mentalité américaine comme en témoigne le récent krach des subprimes.

Sutpen a voulu se faire tout seul, il croit que l’humain se calcule et que cette comptabilité doit livrer son bénéfice si les efforts ont été suffisants, niant la liberté humaine. Il a répudié sa première femme non pour sa part nègre mais parce que le statut social inférieur que lui confère ce mensonge plus ou moins su ne sert pas ses desseins calculateurs d’ambition sociale ; celle-ci s’est vengée en lançant leur fils Charles à l’assaut de sa demi-sœur Judith, pour la séduire et commettre l’inceste ; Charles le nonchalant n’aime pas cette fille et attend surtout que son père biologique Thomas le reconnaisse ; mais il n’en est rien, Sutpen laisse faire, et la séduction que Charles exerce sur son demi-frère Henry signe sa perte car il n’est rien de pire qu’un amour déçu. « Peut-être, dans son fatalisme, était-ce Henry qu’il aimait le plus des deux, ne voyant peut-être dans la sœur que le double, le vase féminin au moyen de quoi consommer l’amour dont le jeune homme était le véritable objet » chap.4. Caïn va se venger d’Abel dans l’absence du Père, vouant Judith à la stérilité et poussant Sutpen à vouloir un autre fils avec la fille de 15 ans de son métayer – qui va le tuer. Ne restera de toute cette descendance stérile qu’un nègre idiot, engendré par Sutpen avec une esclave. Ô dérision… « Alors c’est le mélange de races, ce n’est pas l’inceste que tu ne peux tolérer » dit Charles à Henry chap.8. Métis, quarterons, octavons et même seizièmes sont insupportables à la « pureté » puritaine, à cette croyance d’être « élu » par Dieu après la déchéance des fils de Sem, élus de l’Ancien, qui ont crucifié Dieu en la personne du Christ. Sutpen s’est battu non seulement contre Dieu mais aussi contre la société, faisant des êtres ses pions. C’est de tout cela qu’il pâtit.

Comme trop souvent chez Faulkner, le roman commence trépidant avant de se perdre en marécages, puis de retrouver un rythme sur la fin. Absalon n’y échappe pas, signe d’un processus d’écriture difficile avec narrateurs-relais. Le trop lourd chapitre 5 aligne de façon incantatoire des phrases à la Proust emplies d’incises subordonnées ou entre parenthèses. Page après page – éditées en cet italique très pénible à lire – s’étend le bavardage inconséquent et logomachique de Rosa la vieille fille, logorrhée incontinente comme un radotage d’auteur un peu fêlé – une limite de cette littérature dont la démesure rappelle l’ambition de Sutpen. Mais la construction en suspenses et retours en arrière, ne livrant à chaque fois que des bribes d’informations au lecteur, tient en haleine et donne du souffle à mon avis bien mieux que les maniaqueries de composition, télescopages de mots et absence de ponctuation. Contrairement à ce qu’affirment les progressistes, toujours en mal de « transgression » de tout et de n’importe quoi – comme si seule la transgression faisait « moderne ».

William Faulkner, Absalon, Absalon ! (Absalom, Absalom !), 1936, Gallimard L’Imaginaire 2000, 434 pages, €13.50
William Faulkner, Œuvres romanesques tome 2, Gallimard Pléiade 1995, 1479 pages, €58.90

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Protester et quémander à Tahiti

En ce lendemain de Fête Nat, on a marché dans les rues de Papeete contre l’imam. Ce seraient 1 200 personnes qui auraient défilé entre le stade Bambridge et l’assemblée, ils ont demandé l’expulsion de l’imam à l’aide de pancartes, de chants, de slogans. Une Politique ouvrait la marche !

Pour Tahiti Mahana Beach, trois projets retenus sur 14 présentés, un seul gagnant, voyons voir ! C’était d’abord aux Chinois de présenter leur projet, futuriste, 110 milliards de XPF, 2 102 chambres et 600 à Moorea, une chapelle sous-marine et deux tours de verre de 100 m de haut, le tout entièrement financé par les promoteurs chinois. Le projet français, 65 milliards de XPF, 936 chambres, villas, beaucoup plus modeste que le chinois mais faisant la part belle à la culture locale. Pas assez ambitieux pour Gaston Flosse. Ce projet n’a pas conquis le jury ! Pétons plus haut que notre c.. ! Le projet hawaiien est plus grand, plus haut (106 m la hauteur de la tour), en forme de voile de pirogue double, plus cher. 3 127 chambres, 251 milliards de XPF tout à la démesure, oui, oui, oui – mais ce serait au Pays de trouver des investisseurs ! Aïe…

yuan billet de 20

Et que se passe-t-il à Atimaono (golf). Oscar Temaru après avoir encouragé les Chinois à venir investir en terre ma’ohi s’oppose maintenant au projet chinois. Gaston Flosse et eux devaient venir à Atimaono pour concrétiser des projets de construction d’un hôtel. Oscar est arrivé le premier avec ses militants du Tavini (Parti indépendantiste) et a déployé une grande banderole en compagnie de ses collaborateurs Tony Géros et Vito Maamaatuaiahutapu où on pouvait lire « NO CHINESE HOTEL HERE, MAOHI LAND ». Cela fait déjà un certain temps qu’Oscar Temaru ne s’exprime plus qu’en anglais ! Alors le Maohiland ? pays de langue anglaise ou maorie ? Je ne comprends plus rien !

timbre marianne rouge

Le Haussaire en visite officielle à Teva I Uta : M’Sieur nous on n’a toujours pas d’eau à Papeari, quartier de l’Anse Tiopi ? Z’avez pu vous laver les mains ? Ben, vous zavez d’la chance ! Pour sa première visite dans la commune, c’est le maire de Teva I Uta qui a accueilli le Haussaire. Nous, comme on n’avait pas reçu de bristol, on est resté à la maison ! Il parait qu’ils ont parlé, visité, etc.

Il aurait été question des possibilités financières d’accompagnement des projets communautaires, la situation du projet d’adduction en eau potable, de l’intercommunalité, des travaux de reconstruction de la mairie, des écoles, de la coopérative agricole, des travaux de la prison tout ce blabla était suivi d’un déjeuner sous le fare pote’e du motu Ovini. Le Haussaire a reçu des cadeaux, comme le veut la coutume mao’hi : une pirogue qui symboliserait l’unité des deux sections de communes de Mataiea et de Papeari (ce qui reste à démontrer !) ainsi qu’un hameçon auquel le Haussaire a immédiatement trouvé une possible utilité : « Il pourra servir à la pêche aux subventions au niveau de l’échelon central ». Bien vu, bien dit !

Hiata de Tahiti

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Brioche vanille coco de Tahiti

La rentrée continentale se profile, préparez les goûters des petits (et des ados) ! Une délicieuse recette de Tahiti revisitant la brioche dorée.

brioche

550 g de farine
10 cl de crème liquide
60 g de beurre
60 g d’huile de coco vierge
90 g de sucre en poudre
10 de sucre vanillé
5 œufs
1 gousse de vanille
1 pincée de sel
1 sachet de levure de boulanger.

Dans le bol de votre robot, mélangez la farine, la levure et la crème. Ajoutez les œufs et pétrir la pâte pendant 5 minutes à vitesse assez lente.

Ajoutez le beurre coupé en dés, l’huile de coco, les sucres, les graines de la gousse de vanille et la pincée de sel. Pétrir à nouveau pendant 10 minutes jusqu’à ce que la pâte forme une boule. Si besoin ajoutez un peu de farine.

Sur un plan de travail fariné, en faire 2 ou 3 boules et les déposer dans 2 ou 3 moules. Si votre moule n’est pas en silicone, le beurrer puis le fariner au préalable.

Laissez à nouveau lever la pâte pendant 40 minutes, puis faire cuire la brioche pendant 40 minutes dans le four à 180°.

Bon appétit !

Hiata de Tahiti

Collégiens entre la plage et la classe…

collegiens vers l ecole

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Géopolitique du thon à Clipperton

Clipperton est un anneau corallien fermé de 1,7 km² de terres émergées. L’île relève du domaine public et est propriété domaniale directe de l’État. L’autorité est déléguée au Haut-commissaire de la République en Polynésie française, représentant de l’État depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 : « La loi détermine le régime législatif et l’organisation particulière des Terres australes et antarctiques françaises et de Clipperton ». Contrairement aux DOM et COM (département et collectivités), les lois et règlements de la République s’y appliquent de plein droit et « les juridictions de l’ordre judiciaire ayant leur siège à Paris » sont « territorialement compétentes ».

Clipperton carte de situation

L’île a été découverte le Vendredi saint 3 avril 1711, d’où son nom initial d’île de la Passion, par Martin Chassiron et Michel du Bocage. Elle est considérée comme possession française depuis le 17 novembre 1858 suite à sa prise de possession par le lieutenant de vaisseau Le Coët de Kerveguen au nom de Napoléon III. La raison de cette exploration de 1858 était surtout le guano (la fiente d’oiseau , phosphate utilisé dans les fertilisants), à plus long terme le percement de l’isthme de Panama envisagé par la France dans la ligne de la politique d’influence « latine » de Napoléon III aux Amériques. Le Coet de Kerveguen n’a pas pu débarquer. Un marin est allé à terre à la nage en dépit des requins et des vagues et a ramené des échantillons de guano. Une carte a été levée depuis le haut du mât et l’annexion de l’île rapportée a Hawaï. La redécouverte, l’occupation et l’exploitation de cette île à guano par les Américains incita le Mexique plus proche à la revendiquer et à l’occuper dès 1898. Une garnison mexicaine s’installe en 1906 et y construit un phare. Mais cette colonie fut abandonnée en 1914 par le Mexique à cause de la révolution, et ses derniers survivants livrés à la famine. Ils ont été découverts par accident et évacués par un navire de la marine américaine en 1917.

En 1909, le Mexique et la France se soumirent à l’arbitrage international du roi Emmanuel III d’Italie qui attribua la possession de l’atoll a la France en 1931. L’île était terra nullius lors de la prise de possession. Mais, au Mexique, on continue de revendiquer aujourd’hui la propriété de l’île dont les richesses sont le thon et les nodules polymétallique qui jonchent ses fonds marins. Selon le site de la Marine nationale, « Le contexte diplomatique et juridique » est clarifié entre la France et le Mexique concernant cette île. En effet, conformément à l’accord franco-mexicain du 29 mars 2007, entré en vigueur le 1er mai 2007, les navires de pêche mexicains peuvent bénéficier de licences de pêche pendant 10 ans dans les 200 milles marins entourant Clipperton. Sans quotas ni contrôle mais avec une obligation de déclarer les quantités pêchées et d’enregistrer les navires auprès du Haut-commissariat de la République à Papeete. La renégociation de cet accord a lieu cette année et les accords expirent en 2017. En échange, certainement un moment historique de notre diplomatie, le Mexique cesse de revendiquer une île que le droit international a pourtant reconnue française depuis 1931 !

Clipperton peche mexicaine dans les eaux territoriales

Or, très rares sont les nombreux navires américains, sud-américains et même asiatiques observés qui ont demandé une quelconque autorisation pour y pêcher, y mener des expéditions scientifiques ou y plonger avec les requins : la France et Papeete sont loin, les énarques parisiens s’en moquent, les responsables le sont à temps partiel et les politiciens n’y ont aucun électeurs. Seule l’économie pourrait faire pression sur ces Messieurs, mais l’économie en France est aux abonnés absents : qui va contrôler les pêches Mexicaines et leur faire payer les permis et une redevance a la tonne ? qui va affréter des bateaux pour le tourisme écologique ou la pêche sportive depuis que le Club Med est en vente aux étrangers ? qui va affréter (comme le Japon ou l’Espagne) des thoniers pour aller pêcher dans le Pacifique ? Les pêcheurs français sont de petits artisans collés aux côtes où ils disputent le rare poisson aux plaisanciers, pas des entrepreneurs hauturiers. Il est loin le temps des Terre-neuvas ! Et le pêcheur Polynésien, pourtant subventionné, n’a pas la volonté de partir loin de son île à la pêche « au long cours ».

De plus, l’État est impuissant à continuer l’empire. Pas de volonté, pas de moyens, à peine un renouveau national de la recherche scientifique 10 ans après l’expédition médiatique de Jean-Louis Étienne avec deux scientifiques en 2014 et une expédition prévue en 2015 (si le budget est maintenu). Eric Chevreuil, ancien officier de l’armée de terre française reconverti dans l’informatique en Californie, est soucieux de Clipperton et est scandalisé par le pillage de ses ressources par les senneurs Mexicain et par « la propagande parisienne ». Il a récemment écrit une lettre ouverte au Président parue dans la version papier de Marine & Océans (Mai 2014), et rédigé un dossier d’enquête révélateur sur les abus des navires Mexicains a Clipperton. Ce dossier est diffusé a l’aube de la renégociation de ces accords de pêche pour informer le Premier ministre, les ministres des Affaires étrangères, de l’Outre Mer, de l’écologie, au le Secrétariat général de la Mer et le Haut-commissariat de la République a Papeete, par courrier digital et normal en avril 2014. Il écrit entre autre : « La frégate de surveillance Prairial et l’Arago, en transit, ont effectué un total de trois visites en 2011. Le Prairial y est aussi allé deux fois en 2012, une fois en 2013 et aucune mission n’est prévue en 2014. Chaque visite totalise trois jours en ZEE dont une journée a Clipperton. Au total, « la Police » française a passé 6 jours à Clipperton en quatre ans ».

clipperton bateau de peche mexicain avec vedettes de rabattage

Photos d’une campagne de pêche du navire Mexicain de Pescas Aztecas 9 à Clipperton : hélicoptère, 8 vedettes de rabattage, 1 barge pour étendre des kilomètres de filets, 1200 tonnes d’emport (source Eric Chevreuil)

Or une île sans administration et où personne n’habite n’aurait, pour le droit international maritime, que 12 milles marins de zone maritime territoriale (et non les 200 milles marins de zone économique exclusive). D’après les réponses du gouvernement à des questions posées à l’Assemblée nationale, le fait de ne pas étendre la ZEE aurait permis de réaffirmer notre souveraineté auprès des instances internationales. Esquive en langue de bois ? Par la faute de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, la France n’a pas fait valoir auprès de l’ONU en 2009 ses droits de possession sur la zone de 40 000 km² de plateau continental à Clipperton, les perdant définitivement. Cela pour ne pas fâcher les autorités mexicaines et ne pas risquer de compromettre la libération de Florence Cassez, dit-on…

Mais si tous ces arguments n’étaient que prétextes ? Le flou artistique entretenu par les diplomates et les technocrates sur le sujet, comme en témoignent les « réponses » ministérielles aux questions posées à l’Assemblée nationale ou au Sénat, montre que le droit de la mer n’est ni clairement établi ni souverainement revendiqué. Les politiciens préfèrent signer des « accords » économiques ou culturels pour les Airbus ou les étudiants avec le riche Mexique que d’exercer ses droits impossibles sur la pêche au thon et la collecte de nodules si loin de la métropole. Faute de volonté, faute de moyens, faute d’électeurs. Quand la force tranquille ne peut affirmer le droit, place à la ruse diplomatique.

2014 05 accords de peche france mexique question au senat

Sous peu à Paris (en août ?), les accords de pêche Franco-Mexicains de 2007 vont être renégociés en catimini et sans débat. La souveraineté de la France sur cet atoll et ses ressources sera probablement de nouveau bradée dans un accord qui ne profite vraiment qu’au Mexique. Ce pays pille allègrement la zone jusque dans les eaux territoriales françaises de Clipperton où les requins, les dauphins et les tortues de mer tombent victimes de leurs kilomètres de filets.

A quoi nous sert donc Clipperton ? Grâce à une ZEE presque aussi grande que la France continentale, l’île de Clipperton permet à la France de disposer du deuxième domaine maritime mondial, derrière les États-Unis. Ce qui les ennuie, semble-t-il… Va-t-on la vendre au Mexique, comme Napoléon 1er fit de la Louisiane aux États-Unis ? Va-t-on la perdre comme l’indigent Louis XVI (dont le sosie règne à l’Élysée) le fit du Canada ?

En savoir plus :

Clipperton vue par le Ministère de l’Outre-mer
Clipperton selon la Marine nationale
Site Tous les territoires français
Forum Mexique sur Clipperton
Jean-Louis Etienne en expédition à Clipperton
Clipperton vue par la world encyclopédie en français pour les paidès
Les intérêts commerciaux de la diplomatie française au Mexique
Le site du Professeur Jost, université de Tahiti
Clipperton sur ce blog
Rapport de M. Chevreuil : copie sur demande à echevreuil@sbcglobal.net

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Xian et Canton

Dans la soirée envol pour Xian. Hôtel minable, sale, que notre guide nous fera quitter dès le lendemain matin, honteux que la Chine puisse recevoir des visiteurs étrangers dans de tels lieux.

xian soldats

L’armée de terre cuite. Il y a plus de 2000 ans l’empereur Shi Huangdi, premier empereur Qin fit sculpter son armée qui fut découverte inopinément par un paysan creusant un puits. Heureux présage pour les archéologues. Quelle réussite artistique que cette armée enterrée ! Une armée de 7000 fantassins et cavaliers répartie dans trois fosses. Les soldats les plus grands dépassent 1m80. Certains portent cuirasse et casque, d’autres des robes courtes avec ceinture à la taille.

xian chevaux

Rangs et fonctions sont identifiables par les détails de leur cuirasse. L’argile était façonnée, cuite puis peinte. Malheureusement, il reste peu de traces de ces couleurs. La vieille ville est ceinte d’un rempart long de 14 km qui est le mieux conservé de Chine. Un dîner spécial de raviolis suivi d’une représentation de chants et danses de la Dynastie des Tang nous sont offertes. Excellente cuisine et magnifique spectacle.

xian tete

La matinée devait être consacrée à la grande mosquée, mais au vu des manifestations de rues, de la « guerre » entre Japon et Chine pour quelques îlots, le gros de la troupe reste dans le quartier de l’hôtel pour, encore du shopping. W. la guide et moi, courons sous la pluie visiter une partie des remparts. Longues d’une vingtaine de kilomètres, hautes de 12 m, et d’une épaisseur à la base de 15 à 18 m, ces murailles forment un quadrilatère impressionnant. Chaque côté est orienté vers un point cardinal, doté d’une porte et de tours de guet. Quelques 6000 créneaux festonnent le tout et des douves profondes et larges ceignent l’ensemble.

Vol pour Canton ou Guangzhou, capitale du Guangdong. La spécialité culinaire est le dîner spécial de fruits de mer. Le restaurant montre au rez-de-chaussée tous les poissons, tous les crustacés que l’on peut déguster sur place ou acheter pour la maison. Le choix est immense, et suivant la rondeur de votre porte-monnaie vous pourrez vous régaler de mets très exotiques. Bon appétit.

huashan

On devait aller à Shaoguan mais… il n’y a plus de route. Nous perdons l’occasion de voir les paysages de Danxia, le rocher du pénis d’homme et le vagin de femme. Dommage ! Nous irons à Huashan voir d’autres montagnes. Le Huashan ou Montagne fleurie est l’une des cinq montagnes sacrées de la Chine ancienne. Nous avons pris un téléphérique au pied du flanc pour gagner le Pic Nord. Il parait qu’un lever de soleil à cet endroit apporte aux amateurs une énorme satisfaction surtout si le visiteur s’est abstenu d’emprunter le téléphérique. Cela n’a pas été le cas de votre obligée ! Désolée (toujours les genoux qui refusent de rendre service et se mettent en grève régulièrement).

CANTON

Canton et le marché Qingping où vous trouverez tout pour la cuisine cantonaise et la pharmacopée traditionnelle : herbes séchées, champignons, ramures de cerf, griffes d’ours, chats, chiens, tortues, hippocampes, lézards, mouches bleues, tendons, organes bizarres… On dit en Chine qu’un Cantonais mange tout ce qui possède quatre pieds, sauf les tables. Encore une fois, régalez-vous. Tout sert aux Chinois pour soigner, manger, et empoisonner peut-être. Dernière nuit en Chine avant de repartir à Tahiti. Le mois a vite passé.

A l’embarcadère pour Hong Kong que nous rejoignons en bateau, nous quittons notre guide et avant notre transfert pour l’aéroport, nous ne serons qu’un petit groupe, après un excellent déjeuner dans ce même resto kitsch de la capitale, à aller sur le mont Lantau (934 m) visiter le vaste ensemble du monastère Po Lin situé sur le plateau de Ngong Ping.

HK

La colossale statue du Bouddha, haute de 34 m, est construite sur la colline dominant le monastère. Tandis que cheminent les pèlerins montant au monastère, nous sommes confortablement installés dans les cabines du téléphérique d’où nous dominons l’aéroport de Chek Lap Kok sis sur un terrain conquis sur la mer, les barques des pêcheurs, les collines. Un adieu à la Chine tout en douceur avant de retrouver Tahiti.

En Chine, gardez toujours votre dignité, ne perdez jamais votre sang-froid, de vous énervez jamais et gardez constamment votre calme et votre sourire.

Hiata de Tahiti

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William Faulkner, Lumière d’août

william faulkner lumiere d aout
Son septième roman, le plus long, est aussi l’un des plus puissants. Le lecteur est pris par cette symphonie aux multiples personnages, envouté par une histoire qui pousse à la manière d’un arbre, allant explorer d’un chapitre à l’autre chacune des branches. Le fil conducteur est la fatalité terrible du péché originel. Qui veut comprendre un peu les États-Unis d’aujourd’hui doit se pencher sur cette histoire faulknérienne du sud, où sexisme et racisme sourdent du puritanisme. Même la musique, « comme toute musique protestante, garde toujours quelque chose de sévère et d’implacable, de prémédité et de froid » p.273. L’Amérique n’a pas fondamentalement changé : égalitaire mais libertaire, elle coagule les communautés en excluant les étrangers au lieu. Putains de puritains.

C’est le cas de deux routards entre Alabama et Tennessee, une femme blanche et un homme au quart noir : étrangers apporteurs d’étrange, ils sont traités comme des parias. La première, Lena Grove, s’est fait engrosser sans être mariée et cherche son homme qui lui a promis de l’installer – mais qui fuit sans cesse les responsabilités. Le second, Joe Christmas, a été abandonné dès sa naissance à l’orphelinat par son grand-père fanatique, parce que sa mère avait fauté avec un « Mexicain » soupçonné d’être à demi-nègre (en fait, nul ne sait) ; il sera adopté par un couple de pasteur tout aussi fanatique, fermier fouettard hanté de chair et obsédé du travail. Autour d’eux, des personnages secondaires étayent l’histoire : Byron Bunch pas encore marié à 35 ans, Joanna Burden en Yankee négrophile, Gail Hightower le pasteur ostracisé, Lucas Burch veule et fuyard, McEachern père fouettard Ancien testament, Doc Hines vieillard paranoïaque.

Le lien commun est la pureté. A divers degrés, en positif ou négatif, mais la hantise de la souillure. Lena veut être légitimée comme mère en recherchant « obstinément » (p.6 édition Pléiade) le père de son enfant ; Christmas se cherche, n’étant ni blanc ni noir, pas même sûr d’être quarteron, ayant la nausée de la baise et finissant par tuer toute ses « mères » nourricières, la sienne l’ayant abandonné ; Doc Hines qui l’a volontairement livré à l’orphelinat est un fou calme (p.95), un paranoïaque focalisé sur la souillure du sang par la faute femelle, l’envie irrépressible de baiser des filles venant pour lui du diable ; McEachern qui élèvera le garçon, est obsédé par la perte, celle de la semence et celle du travail, avare d’accumuler du mérite en obéissant au Seigneur et sublimant les pulsions par le fouet ; tous les personnages ont le dégoût du sexe, du frottement des chairs, des menstrues, des grossesses, de la ménopause. Cette quête éperdue de pureté, analogue à celle du salafisme, incite à la brutalité, à sublimer le sexe par la guerre et les désirs sexuels par les pratiques sadomasochistes. « Plaisir, extase, ils semblent incapables de supporter cela. Pour s’en évader, ils ne connaissent que la violence, l’ivresse, les batailles, la prière. (…) Et, dans ces conditions, pourquoi leur religion ne les pousserait-elle pas à se crucifier eux-mêmes, à se crucifier mutuellement ? » p.273.

La violence éradique, le fouet désinfecte, le meurtre blanchit – la barbarie fait le vide. D’où la guerre des sexes, la guerre des classes, la guerre des races, particulièrement virulentes dans les petites villes du sud des États-Unis : « les gens sont partout pareils, mais il semble que c’est dans les petites villes que le mal est le plus difficile à commettre, où il est plus difficile de s’isoler, que les gens arrivent à inventer le plus d’histoires les uns sur les autres » p.53.

Quoi de plus implacable, comme destin, que de croire en la prédestination ? La folie du Doc Hines, qui livre le bébé à l’abandon après avoir tué le père et laissé mourir la mère – sa propre fille – apparaît comme une « volonté » de Dieu. « Je l’ai marqué déjà », fait-il dire à Dieu (qui n’en peut mais) p.276. D’où cette « passivité tranquille » de Christmas (p.120) et de Lena, la « lente indécision » (p.8) des paysans « pour qui le temps ne compte pas » (et qui rappelle furieusement celle de François Hollande). Si tout est écrit, si tout doit arriver, pourquoi s’en faire ? Le destin s’accomplira comme une volonté de Dieu, il suffit de « laisser du temps au temps » comme l’affectionnait Mitterrand. Quand on a l’identité coupable, la punition vient inéluctablement. Joe Christmas comme Joanna Burden se persécutent comme des frères ennemis, la Femme et le Nègre représentent l’altérité radicale, en ce pays, à cette époque.

negre lynche au texas 1910

L’ordre social exige le dressage de ces enfants du diable et le refoulement des pulsions qu’ils suscitent. Trois femmes et un nègre vont mourir dans le roman, pour assurer cet ordre que le jeune Percy, « fana mili » comme on dit aujourd’hui, parfait fils d’Amérique dans la Garde nationale, accomplira en tuant puis châtrant Christmas pour avoir égorgé la femme blanche. Les sociétés closes sont effrayées du mélange, hantées par l’impur. Nègre blanc est la pire condition, bouc émissaire facile pour les anges exterminateurs, leaders de leur communauté. Il faut écouter Percy dans son idéal : « foi sublime et implicite dans le courage physique et l’obéissance aveugle ; conviction que la race blanche est supérieure à toutes les autres races, et que la race américaine est supérieure à toutes les autres races blanches, et que l’uniforme américain est supérieur à tous les hommes, et que sa propre vie serait le seul paiement qu’on lui demanderait jamais en échange de cette conviction, de ce privilège » p.335.

Écrit en 1932 alors que l’Europe se fascisait à toute allure après la crise de 1929, William Faulkner montre combien ce qu’on reproche aux autres est aussi en soi : le fanatisme, la xénophobie, le racisme. Nazisme, communisme, salafisme, sont quelques-unes de ces convictions dogmatiques éprises de pureté absolue qui considèrent tous les non-membres comme des sous-hommes – et sont hantées par la souillure.

Faulkner montre au contraire que la vraie vie n’est pas puritaine. Obéir à l’Ancien testament n’est pas une œuvre pie mais une névrose collective du surveiller et punir. « Chiennerie et abomination », éructe le vieillard Hines, poussé par une pulsion de mort au point de tout liquider autour de lui, son gendre, sa fille, sa femme, et à tourmenter son petit-fils jusqu’à la fin de ses jours. Est-ce cela, la vie ? L’inverse de la vitalité ancestrale des femmes qui mettent au monde : « Il se rappelle le jeune corps vigoureux qui, même en travail, révélait quelque chose de tranquille et de brave » p.302. L’inverse de la vitalité primitive : « champs fertiles, la vie riche et luxuriante des nègres sur la plantation, les voix chaudes, la présence de femmes fécondes, la prolifique marmaille grouillante, nue, devant les portes, et la grande maison bruyante, retentissante des cris de trois générations » p.302. William Faulkner partage peut-être certains préjugés de son temps, mais pas le racisme sûr de lui-même et dominateur des peuples qui se croient « élus ».

Faulkner se révèle ici nietzschéen dans sa critique impitoyable du fanatisme religieux, du puritanisme de mœurs, du sentiment de se sentir supérieur par obéissance à quelques simagrées prêchées en chaire. Il accuse les poètes à la Tennyson de mensonge en idéalisant la vie hors sol, pour éviter des vapeurs aux bourgeoises. « Bientôt, le joli langage galopant, la langueur anémique pleine d’arbres sans sève et de concupiscences déshydratées, commence à flotter, douce, rapide et paisible. Cela vaut mieux que la prière, et l’on n’a pas à se préoccuper de penser tout haut » p.237.

Un très grand roman des lettres américaines – celui qui vous fait voir l’actualité aux États-Unis telle qu’elle est : Abou Graïb, French bashing, Tea party, amende BNP…

William Faulkner, Lumière d’août (Light in August), 1932, Folio 1974, 640 pages, €8.93
William Faulkner, Œuvres romanesques tome 2, Gallimard Pléiade 1995, 1479 pages, €58.90

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Pékin !

Arrivée à Yichang en traversant le plus grand barrage du monde, visite du barrage. Débarquement puis avion pour Beijing alias Pékin. Sur le chemin de l’aéroport, nous visitons une usine de broderie, travail très délicat entrepris par des doigts féminins et une grande patience. Arrivée à Pékin avec retard. A 1h30, nous sommes enfin au lit !

A nous la Grande Muraille… par télécabine. Mutianyu est un endroit plus calme pour la visite. Pour les empereurs chinois, la Grande Muraille était une défense contre les invasions barbares venues du Nord. Sous sa forme actuelle, cette défense est en grande partie une création des Ming. Chacun de nous a vu tellement de photos de cette muraille que j’avoue n’être que moyennement impressionnée. Cette construction est-elle démesurée ou est-ce un chef d’œuvre ? Elle mesure plus de 7000 km de long, et l’on raconte parfois que c’est la seule construction humaine visible de la lune. C’est en tout cas le symbole de la Chine. La muraille n’est pas l’œuvre d’une seule dynastie. Commencée au 7ème siècle avant JC, elle obtint une dimension grandiose sous le premier empereur des Qin, Shi Huangdi (221-210 av. J-C). Cet empereur relia entre eux les morceaux existants, érigea des tours de guet et installa un système de feux d’alarme. La construction progressa sous les Han mais cessa sous les Tang et les Song. Elle reprit au 15ème siècle sous les Ming. Aujourd’hui c’est devenu un site touristique. L’exploration aérienne permettrait, paraît-il, de découvrir encore quelques kilomètres supplémentaires.

PEKIN

Ne perdons pas de temps, déjeunons sur place. Il faut maintenant passer au lavage des pieds, non, pardon au massage des pieds. Chacun et chacune est installé, les pieds dans un petit baquet de bois garni d’un sac plastique rempli d’eau, un verre de thé à la main. Les élèves masseurs arrivent pour triturer les petons et tentent ensuite de vendre des médicaments chinois faisant des miracles. Je la regarde stupéfaite : le soir, à l’hôtel, TM est hors d’elle. Elle ne décolère pas. Une autre personne aurait osé prendre SA place dans la queue pour changer en « dollars chinois » ses dollars américains. – C’était moi la première ! Je n’en ai cure. Elle me donne des détails tels – son mari est Chinois, un grand. Je la regarde stupéfaite. – Mais TM, sur 32 personnes constituant ce groupe il n’y a que 5 Popa’a, vous êtes tous Chinois ou Demis. Comment pourrais-je reconnaitre ce Chinois avec aussi peu de détails… Le soir, rendez-vous dans un restaurant renommé pour déguster du canard laqué à la Pékinoise. Pour des appétits polynésiens, quelques petites crêpes ne suffiront pas !

PEKIN

Toujours dans la capitale, visite du Temple du Ciel situé dans un parc immense de 270 ha, le Parc Tiantan. Illustration de la cosmologie chinoise, il était destiné à offrir aux Empereurs de Chine, les Fils du Ciel, une passerelle vers le monde céleste. Les divers bâtiments en forme de cercle symbolisent le ciel, les autres carrés représentent la terre. La salle de la Prière pour de bonnes moissons (1420) symbolise la rencontre de la Terre et du Ciel. Les cérémonies orchestrées par l’Empereur avaient lieu à l’occasion des solstices d’hiver et d’été. En 1545 elle fut reconstruite et dotée de trois toits superposés et recouverts de tuiles bleues, jaunes et vertes. Le toit conique symbolise l’étendue du monde céleste. La voûte culmine à 36 m et a été assemblée sans un seul clou. La Cité interdite, résidence des empereurs Ming et Qing qui s’étend sur 72 ha est un lieu imposant et magnifique. Jadis interdit au peuple, ce lieu symbolisait la puissance inaccessible de l’Empereur. Les bâtiments actuels datent du 18ème siècle. Des symboles, le dragon représente l’Empereur, le phénix l’impératrice, le jaune étincelant des toits symbolise l’Empereur.

En pénétrant par la porte du Midi, on arrive dans une cour où cinq petits ponts en marbre franchissent un ruisseau, à nouveau une porte celle de l’Harmonie suprême. Le plus grand bâtiment de la Cité interdite, Le Palais de l’Harmonie suprême, réservé aux évènements marquant tels l’intronisation d’un nouvel Empereur, la proclamation des noms des candidats reçus aux examens impériaux, le mariage, l’anniversaire de l’Empereur. Le palais de l’Harmonie suprême fut pendant longtemps l’édifice le plus élevé de Pékin. Un plus petit Palais, celui de l’Harmonie du Milieu où l’Empereur recevait ses ministres. Le Palais de l’Harmonie préservée juste avant la Porte de la Pureté céleste on y supervisait les épreuves des examens que devaient passer les serviteurs de l’État. La place Tian An Men, immense, est une création de Mao Zedong. Le palais de Heshen date de la dynastie Qing.

PEKIN

Déjeuner et dîner en ville. Soirée, merveilleux concert, au théâtre national. Là où certains ont ronflé, d’autres soupiré, d’autres pesté en l’absence de shopping, nous étions quelques-uns à apprécier ce cadeau. Mêlant les instruments typiquement chinois tels le luth pipa, la flûte dizi, le violon à 2 cordes erhu et la cithare à 7 cordes gukin, les orgues à bouche, aux instruments occidentaux violons, violoncelles, contrebasses, trombones, clarinettes, et autres, le concert était captivant, fort réussi, mené par un chef d’orchestre très connu. Une remarquable soirée.

Toujours pékinoise le lendemain, ce sera le Palais d’été ou Jardin pour cultiver l’harmonie. Le plus grand jardin impérial du monde comprenant le Palais de la Bienveillance et de la Longévité, le Jardin de l’Harmonie vertueuse, le Palais de la Joie et (toujours) de la Longévité, le Palais des Vagues de jade, le Gracieux pont aux 17 arches, le Bateau de marbre où l’impératrice donnait des festins, le Pavillon pour écouter le chant du rossignol, le Temple de l’océan de sagesse… Encore une après-midi consacrée au shopping.

Hiata de Tahiti

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Manioc et cocotier

Originaire de l’Amérique du Sud, le manioc a été introduit en Afrique centrale par les Portugais au début du 17e siècle. Il est actuellement la base de l’alimentation de nombreux pays africains. 200 millions de tonnes produites par an, le manioc occupe le 5e rang mondial parmi les plantes alimentaires mondiales après le maïs, le riz, le blé et la pomme de terre. Tubercule d’un arbrisseau aux grandes feuilles palmées de 2 à 3 m de haut, le manioc pousse dans les régions tropicales et subtropicales. Les tubercules, de forme conique ou cylindrique, possèdent une chair blanchâtre, jaunâtre ou rougeâtre sous une écorce brune ; ils peuvent mesurer 1m de long, peser 25 kg, toutefois ils deviennent alors plus durs et plus fibreux, ils sont très périssables et voyagent mal.

manioc

Plusieurs variétés de manioc qui toutes contiennent de l’acide cyanhydrique, substance toxique disparaissant à la cuisson ou à la déshydratation. L’intérêt diététique de manioc réside en sa richesse en fécule (75% d’amidon et de sucres) mais pauvre en protéine (2%), et il est sans gluten. Avant l’arrivée des Européens, les Tahitiens n’employaient qu’une fécule, celle de pia, plante poussant spontanément sur les sables coralliens dans toutes les îles. Point de manioc en Polynésie. En 1850, l’amiral Bonnard importa d’Amérique du Sud les premiers plants. Les indigènes alors s’aperçurent que les racines de cette plante fournissaient une fécule pouvant remplacer celle du pia dans tous usages et que de plus la racine du manioc était comestible contrairement à celle du pia. Le manioc fut appelé manioka aux Marquises et maniota dans les autres archipels. Les indigènes ont réservé le pia pour préparer leurs poe (dessert traditionnel) et empeser leur linge. Deux variétés principales : le manioc amer, impropre à la consommation s’il n’est pas au préalable détoxifié et dont les racines séchées sont transformées en tapioca, en cassave ou en farine et le manioc doux dont on peut consommer les racines, attention à bien cuire celles-ci ainsi que les feuilles consommables car la toxicité est due à la présence d’acide cyanhydrique (HCN).

grimper au cocotier

Omniprésent en Polynésie française, le cocotier est considéré comme indigène ici bien qu’il ait pu avoir été introduit lors des migrations polynésiennes. Il est présent partout, même sur les atolls des Tuamotu de l’Est et à Rapa (Australes), l’île extra tropicale au climat trop frais pour lui permettre de développer des fruits, et pousse même jusqu’à plus de 300 m d’altitude. C’est un monocotylédone de la famille des palmiers à port droit ou courbe pouvant atteindre plus de 30 m de hauteur pour un diamètre d’environ 30 cm. Il est en fleurs et en fruits toute l’année, c’est l’arbre le plus précieux du Pacifique, constatez vous-même. Sa noix est recherchée pour son liquide opalescent et sucré ou « eau de coco », pour l’amande à tous les stades de maturité. L’amande mature râpée et pressée permet d’obtenir le lait de coco, base de la cuisine polynésienne. On s’en sert tel quel, avec du citron, avec de l’eau de mer, fermenté, cela donne taioro et miti hue. La sève recueillie après incision de l’inflorescence permet de produire du vin de palme, et de l’eau-de-vie après distillation.

Les utilisations non alimentaires sont les suivantes. Avec te râ’au (le bois de cocotier), on fabrique des piliers, soubassements et cloisons des habitations, des meubles, des objets sculptés ; avec te ni’au rara’a (palmes) tressés des toitures, des nattes, des paniers, des filets de pêche, des nasses, des éventails, des chapeaux ; avec te tie o te ni’au ( les nervures secondaires des palmes) des balais, des tiges pour enfiler les noix du bancoulier destinées à l’éclairage, des fleurs pour confectionner des couronnes, des colliers des guirlandes ; avec te a’a i ni’a i te ‘ama’a ni’au ( tissu fibreux formé à la base de chaque palme), un filtre pour les liquides, une ceinture ou une enveloppe pour divers objets ; avec te puru (la bourre), filtre pour les liquides, calfatage des pirogues, allumage du feu, des nape (cordes) pour les habitations et les pirogues ; avec te ha’ari (les noix), des récipients divers tels gourdes et inhalateurs, du charbon par carbonisation, des prothèses crâniennes après fracture. Les applications médicales emploient l’eau, l’huile, la bourre de coco et les racines de cocotier pour traiter les empoisonnements par les poissons, les hémorragies, les contusions, entorses, luxations et fracture, les ulcères cutanés, la dysenterie.

huile vierge de coco

L’huile de coco est utilisée comme purgatif. L’eau de coco, stérile, est antidiabétique et est recommandée en boisson journalière pour les maladies des reins et de la vessie. Les huiles de noix de coco : l’huile de coprah RBD (raffinée, blanchie, désodorisée) obtenue à partir de la chair de coco séchée, raffinée à l’aide de solvants et pressée à très haute température ; l’huile vierge de noix de coco, obtenue à partir de chair de coco fraîche pressée à froid. Un conseil, ayez toujours un cocotier dans votre jardin, votre serre, sur votre balcon.

Hiata de Tahiti

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Dan Brown, Deception Point

Dan Brown Deception Point

Entre Anges et Démons sur la papauté et le Da Vinci Code sur le Christianisme ésotérique, Dan Brown a un instant délaissé le médiéval pour se vouer à l’entière modernité. Il met en scène un autre monstre sacré, purement américain : la NASA. Ce mammouth scientifique, perpétuellement en pertes et trop souvent en échec, est ce qui reste de sacré pour le public positiviste des États-Unis où ce qui fait rêver reste l’espace. Il est aussi une formidable machine à faire travailler des spécialistes disparates et un gisement de découvertes sans nombre, à usage militaire aussi bien que civil.

La NASA est donc l’objet d’enjeux politiques, de préoccupations de sécurité nationale et de problèmes récurrents de financement. C’est dans ce labyrinthe d’intérêts et de rêves que se déploie le talent de Dan Brown. Il invente un Complot, fort intelligent ; il le démonte en un temps très court avec des gens motivés qui combattent le Pouvoir et l’Argent par la générosité et la démocratie.

Le bien, le mal, les valeurs, « US first », vous avez là un thriller tout à fait classique, parfaitement découpé et haletant, sans un temps mort. La psychologie des personnages est nette, l’histoire plausible, les détails vérifiés. C’est un excellent exercice de spécialiste et vous aurez grand plaisir à le lire. Il y a des sentiments et des moments d’humour, distillés avec une parfaite maîtrise. Le savoir compliqué est traduit en mots simples, à petite dose à la fois. Tous les acteurs sont d’ailleurs de vrais professionnels, du Président à ses conseillers, des savants aux journalistes, des commandos Delta aux secours en mer. C’est un bonheur de lire une histoire qui se passe entre gens parfaitement intelligents et si professionnels. De quoi vous donner envie de travailler comme eux.

Vous découvrirez même pourquoi l’Amérique reste l’Amérique : capable de mobiliser des milliards de dollars pour expérimenter, tester, aller toujours plus loin. Pourquoi l’Américain est fier de son pays neuf : capable de susciter les initiatives, de les fédérer et d’aboutir à conserver une large avance technologique. Un moustique robot existe, qui prend des photos compromettantes où il veut, ou peut injecter une dose mortelle d’un poison invisible quand il veut à qui il veut. Un avion militaire existe qui vole à mach 6, six fois la vitesse du son. Une arme automatique existe qui utilise comme munitions ce que son servant trouve alentour, neige ou sable. Un réseau d’écoutes existe qui permet de localiser tout téléphone portable allumé dans un rayon de 3 m. Tout lecteur de Dan Brown ne peut qu’être impressionné.

A se demander pourquoi le FBI a délivré un visa de séjour à l’un des terroristes du 11-Septembre trois mois après la chute des tours ; pourquoi Zarkaoui n’a été éliminé que par un bombardement du type de la Deuxième Guerre mondiale ; pourquoi la CIA a été incapable de savoir si oui ou non l’Irak possédait des armes de destruction massive ; pourquoi le renseignement militaire ignore si la Corée du Nord en a qui sont opérationnelles ; pourquoi le Département d’État ne sait dire si l’Iran est prêt ou non à en produire… Mais ce sont des questions trop réelles qui n’ont pas lieu d’être dans la magie fictionnelle.

Le thriller est ce conte de fées contemporain pour citoyens à qui il est nécessaire de raviver le patriotisme. Il est aussi l’analyse sociologique de base qui montre que l’intelligence et le savoir ne suffisent pas s’ils ne sont pas coiffés par une culture, donc par un sens moral. Pour comprendre la psychologie américaine, plus subtile que la caricature que les Français en ont, il est éminemment utile de lire ce genre de livre. D’ailleurs, il n’existe pas de thriller français où l’on puisse être aussi fier de son pays depuis les récits de la Résistance. Peut-être est-ce pour cela que la société française se délite en égoïsmes ?

Chapeau, l’Américain ! Un bon livre de train, d’escale d’aéroport ou de plage. Un livre découpé comme un film. On ne s’y ennuie jamais.

Dan Brown, Deception Point, 2001, Livre de poche 2008, 704 pages, €8.17

CD audio (en anglais – pour apprendre la langue), Simon & Schuster 2010, €21.23

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Croisière sur le Yangzi

Embarquement sur le bateau de croisière. Instructions sur le pont avec le gilet de sauvetage. Visite-découverte du bateau. La cabine est spacieuse et dispose d’un balcon. Nuit à bord. Le plus long fleuve du pays avec 5980 km, le Yangzi (Yang Tsé-kiang) offre un cadre propice aux croisières spectaculaires. Le fleuve est navigable de Chongqing à Shanghai, la plupart des circuits ne couvrent que la portion comprise entre Chongqing et Yichang. Le Yangzi nait sur les cimes du Tanggula shan dans le Qinghai, grossit en traversant les terres tibétaines, plonge vers le Yunnan, achève sa descente tumultueuse dans le bassin du Sichuan. Il traverse ensuite trois provinces (Hubei, Anhui et Jiangsu) avant de se jeter dans la mer de Chine orientale au nord de Shanghai. Notre croisière fluviale débutera à Chongqing et se terminera à Yichang. A hauteur de la cité industrielle de Chongqing, le Jianling vient grossir celles du Yangzi. Arrêt à Fengdu, la « ville des morts » sise près du Mingshan, avec ses pentes hérissées de temples où trônent les statues de Yinwang, le dieu de l’au-delà. Jadis, les bateaux jetaient l’ancre au milieu du fleuve par peur des revenants.

itineraire en bateau

Avant 6h30, un café ou un thé est disponible dans la salle de spectacle mais… il n’y a que 2 cuillers pour « touiller » les breuvages pour tout le bateau. Notre embarcation est très confortable. Je teste mes genoux en en faisant plusieurs fois le tour. Le Yangzi, devant, derrière, à gauche, à droite, est très large, jaune mais pourquoi devrait-il avoir une couleur autre dans un environnement de Jaunes ! Pollution au rendez-vous comme prévu. Promenade-découverte du bateau jusqu’à midi. Repos puis déjeuner. Sieste puis conférences sur les Trois-gorges et l’acupuncture. En fin de soirée, apéritif offert par le Commandant Li. Dîner et spectacle offert par le personnel du bord. Quelle polyvalence, il a du talent, tout ce peuple du bateau qui troque son costume de femme de ménage, serveur, cuisinier et autre pour celui de musicien, danseur, amuseur public.

YANGTSE

Au réveil, la première gorge apparait dans la brume. Un petit café pour démarrer la journée tandis que le docteur chinois du bord donne une leçon de Tai Chi ; ils ne sont pas nombreux les adeptes, pourtant ceux de mon groupe pratiqueraient le Tai Chi à Papeete. Alors, fatigue, grasse matinée ? Petit déjeuner généreux. La première gorge, celle de Qutang, la plus courte (8 km) mais aussi la plus spectaculaire, est là devant nous. Le cours du fleuve se rétrécit, les falaises des rives se font face à moins de 100 m. Cette gorge était connue des étrangers au siècle dernier sous le nom de « Boîte à vents ». Les plus hautes falaises s’élèvent à plus de 1200 m.

La deuxième gorge, Wu xia (la Sorcière) traverse un paysage de forêts sur une cinquantaine de km s’élevant jusqu’à des cimes aux formes étranges. Les douze sommets de cette gorge ont tous des noms poétiques comme Pics de la fée, de l’Assemblée des Immortels, de l’Autel propre, du Dragon grimpant, de la Source sainte, du Paravent vert émeraude et du Phénix volant, surplombent le fleuve.

La troisième et dernière gorge, Xiling, est la plus longue avec des rapides qui recouvrent la rivière boueuse, couleur café. Elle s’étend sur 75 km entre des pentes plantées d’orangers. Elle se divise en sept gorges plus petites dont les plus connues se nomment l’Épée et le livre sur l’art de la guerre associée à Zhuge Liang, le Foie de bœuf, le Poumon de cheval, le Bœuf jaune pour les plus connues, le top du top étant la gorge des Jeux d’ombres ! Les hauts-fonds de Kongling, surnommés les portes de l’enfer se composaient de 24 écueils entourés de dangereux remous. Quantités de bateaux s’étaient fracassés sur le rocher surnommé «Le voilà », c’est l’Armée de Libération populaire qui l’a dynamité et curé le lit du fleuve. Gloire à eux !

YANGTSE

Shennong Stream, un autre affluent du Yangzi que nous rejoindrons grâce à une barque manœuvrée à la main par 4 rameurs et un barreur. Spectaculaire. Le lancement de la barque se fait par halage comme aux temps anciens… ou alors pour la photo à prendre par les touristes. Peu importe, ces hommes encouragés par nos vivats doublent à la force des bras plusieurs barques parties avant la nôtre.

Retour au bateau pour dîner et fêter l’anniversaire de TM. Elle paraît émue mais prend soin de vérifier que tout le monde la voit avec le collier rapporté du Tibet par nos amis. Après le dîner, Cabaret Victoria Jeuna toujours par le personnel du bord. J’ai « catched a cold » sur le petit bateau alors vite L52, j’ai assez de la dysenterie qui me malmène maintenant depuis plus de quinze jours, j’ai assez de la soupe de riz, j’ai assez du riz blanc. Il est très difficile de tenter d’apprendre à TM que le fait d’avoir payé le prix d’un voyage ne donne pas TOUS les droits, ne permet pas de TOUT réclamer, n’autorise pas TOUT.

Nuit à bord avec comme point fort le passage des écluses du barrage de Gezhou durant la nuit. Immenses, profondes et encombrées de bateaux comme le nôtre. Il est encore trop tôt pour mesurer les effets néfastes de la construction de ce barrage sur la végétation, la flore, la faune. On constate que le débit du fleuve a baissé de 7 m en suivant les traces laissées sur les falaises des gorges.

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Chongking et Dazu

Avion pour Chongqing, ville la plus peuplée de Chine 30 millions d’habitants, capitale provinciale du Sichuan devenue en mars 1997 une municipalité indépendante au même titre que Pékin et Shanghai. La guide n’est pas à la hauteur même si c’est une grande et belle jeune Chinoise. S’en suit une cabale contre cette guide dépêchée par l’agence locale ; elle est étudiante, donne des cours à l’Université et a déjà fait un voyage en Europe. Elle n’avait jamais conduit un groupe de touristes, francophones de surcroît ! Afin de nous occuper, elle nous demande l’autorisation de nous faire le même cours d’économie qu’à ses étudiants ! Un problème de porteurs à l’hôtel qui réclament un pourboire alors que celui-ci leur est donné par l’agence locale en absence du guide national. Fâché par notre refus, ils iront cacher nos valises au milieu des pots de fleurs. Un excellent dîner à 12 nous réconforte. Depuis le 9ème étage, nous jouissons d’une belle vue sur une partie de la ville et la rivière Jianling.

CHONGQING

A quatre heures du matin, je suis réveillée par le téléphone. TM, coq dans l’horoscope chinois est déjà partie dans la salle de bains. – Qui appelait ? – Je n’en sais rien ça parlait chinois. – Mais tu es Chinoise, non ? Cinq minutes après, on frappe à notre porte. C’est un individu de sexe masculin qui s’engouffre dans la salle de bains et ressort rapidement. – Que voulait cette personne ? – Je n’en sais rien ! Je me lève et me rends dans la salle de bains, pas de fuite, pas de lampe grillée. Bizarre. – N’aurais-tu pas touché à quelque chose ? – Non. Soudain, après une minutieuse inspection, je découvre le bouton rouge SOS proche de la chasse d’eau. TM avait appuyé sur le bouton SOS au lieu de tirer la chasse d’eau… et refusé de le reconnaître.

Nous sommes dans la province du Sichuan, une cuvette profonde coincée au cœur des hautes montagnes, à l’ouest des contreforts de la chaîne enneigée de l’Himalaya. Le nom Sichuan signifie « quatre rivières », les quatre affluents du Yangzi : le Jialing, le Minjiang, le Tugiang et le Wujiang. Le barrage des Trois gorges achevé, Chongqing s’étendra sur les rives du plus grand lac artificiel du monde. Cette ville est le point de départ ou d’arrivée des croisières sur le Yangzi et le berceau de la cuisine épicée du Sichuan. Le poivre du Sichuan, vous connaissez ?

DAZU BAODING LA ROUE DE LA LOI

Petit déjeuner correct sans plus. Le brouillard recouvre la ville. Il faut 5 h de bus pour aller admirer les sculptures de Dazu. Les grottes bouddhiques de Dazu à elles seules sont une raison suffisante pour visiter le Sichuan. Ce n’est que vers la fin de la dynastie Tang (618-907) que les travaux de ces grottes ont débuté. La plupart datent des dynasties Song (960-1127). Donc, pas d’influence étrangère mais un style très chinois. Ces sculptures illustrent les écritures bouddhiques. Le Besishan ou « colline du Nord » comporte 290 grottes, 262 renferment des sculptures réparties sur 300 m de long et 7 m de haut. 4300 statues au total ! Le Baoding Shan ou « sommet précieux », fondé par un moine qui avait l’ambition de créer un lieu où toutes les traditions bouddhiques du Sichuan de son époque seraient représentées. Sur ce site on trouve des scènes de la vie quotidienne. Des images confucéennes ou taoïstes apparaissent au milieu des images bouddhiques.

DAZU BAODING SHAN bOUDDHA COUCHE

Un gigantesque Bouddha couché, 32 m de long, et 5,50 m de haut, représente l’entrée dans le nirvana de Sakyamuni (le moment où il quitte le monde). Son visage est empreint d’une sérénité majestueuse. La visite est très agréable et instructive principalement sur ce site. Le second est, à mon avis, moins intéressant mais nettement plus fourni en marches, mon genou en a compté 180. Dîner en ville, pas de dessert, pas d’eau, les responsables du restaurant ne veulent pas échanger 2 bières contre 1 coca ou une limonade. Toujours le même problème avec le papier toilette dans la chambre d’hôtel. Ils ont dû précompter 4 feuilles par jour et par personne. Attention au dépassement qui pourrait être facturé !

DAZU

Petit déjeuner dans une salle décorée pour un mariage. Direction le zoo où les pandas géants viennent de recevoir leur déjeuner et se régalent. Tour dans le zoo. Repas agréable dans un resto mais la bouffe est toujours trop grasse. Visite du quartier Ciqikou intéressant. Dîner excellent, fondue chinoise en attendant les « Tibétains » qui rentrent de leur périple.

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William Faulkner, Sanctuaire

william faulkner sanctuaire
Encensé par Malraux, récupéré par Sartre, pour Camus un chef d’œuvre, ce livre est un roman policier noir qui se passe dans le sud, ce Mississippi cher à l’auteur. L’intrigue est simple : une étudiante se fait violer par un pervers de la pègre ; un avocat humaniste tente de sauver celui qui est accusé à tort mais rien ne fonctionne. La vie est une fatalité et chacun doit aller au bout de son destin.

Écrit sans les tentatives expérimentales du Bruit et de la fureur, Sanctuaire est l’application au XXe siècle des rigueurs de l’Ancien testament : Popeye le caïd est le serpent du mal pur, Temple l’étudiante de 17 ans est une oie blanche aussi niaise que travaillée de la vulve. Quand les deux se rencontrent, ça fait boum, le sanctuaire est violé et le paradis perdu ; tous les lecteurs de la Bible connaissent la suite…

Mais le viol est à plusieurs étages, ce qui complique l’affaire : Popeye est impuissant depuis l’enfance et c’est un épi de maïs qui fait office avant qu’un homme (un vrai), au nom de Red, soit choisi pour officier devant lui en servant d’étalon. « Tiens, t’as un nom de garçon ? » s’étonne devant Temple la tenancière d’un bordel dans lequel Popeye a mené sa conquête. Il est vrai que l’auteur adore donner des noms de garçon aux filles (ainsi Quentin dans Le bruit et la fureur) : pour mieux les traiter de garces ?

Car toute femelle ne pense qu’à « ça », même les oies blanches couvées en pensionnats séparés. « Dans leurs yeux à toutes, cette expression de froideur innocente et effrontée » (chapitre 19) ; elles aiment la bite, dira-t-on dans les années 1980 (Les Bronzés), mais il s’agit bien des mêmes. « Cette curieuse petite chair (…) en qui semblait fermenter peu à peu quelque chose de ce bouillonnement qui l’identifiait à la vigne en fleur » ch.19. Le lieu du mal est la chair, le temps du mal est le printemps, le prétexte du mal est l’alcool. L’oie blanche, malgré trois frères, ne connait rien à la vie, enfant trop gâtée, trop égoïste et hédoniste, déjà prototype de « conne américaine » que la littérature plus récente a consacrée : « Elle n’avait qu’à s’habiller et, quelques instants après, quelqu’un venait la chercher » ch.18.

Tout commence en avril, dans ce sud des États-Unis où le printemps explose en luxuriance, pour se terminer en automne dans le gris uniforme du Paris bourgeois. Entre temps, la nature aura fusé, la soupape aura été refermée, et la « bonne » société retrouvé sa morale, cette discipline étouffante qui est sa seule culture. Tout commence à la source, qui jaillit naturelle, et se termine au Luxembourg, devant un bassin maîtrisé.

Le roman ne cesse d’alterner exprès la fausse innocence féminine et la pseudo virilité, le hors la loi et l’homme de loi, la maison coloniale isolée et la maison de famille urbaine, le libertarisme campagnard détournant la Prohibition et la morale étriquée des « paroissiennes » en ville et de ceux qui ne veulent jamais d’ennuis – « tous d’excellents chrétiens » ch.20, le citoyen normal, professionnel et égalitaire, et celui qui veut péter plus haut que son cul. « Parce qu’ils ont un veston cintré et qu’ils ont accompli le merveilleux exploit de fréquenter l’Université de Virginie, ces gens-là parcourent la terre impunément… » ch.19. Le contraste de l’avocat humaniste et de l’avocat « juif » montre l’antisémitisme latent d’époque dans les romans de Faulkner, même s’il prête les propos à des personnages peu recommandables. Peut-être est-ce moins contre la « race » que contre la soi-disant « élite », le peuple travailleur contre les financiers enrichis, le Mississippi contre New York, les états du sud contre ceux du nord ?

Roman grinçant, pessimiste sur la nature humaine, imbibé de bible et d’horreur de la chair – une sorte d’envers de l’Amérique optimiste, braillarde et superficielle dont on garde l’image. Faulkner avoue, dans son introduction à l’édition de 1932 : « Je (…) spéculai sur ce que pourraient êtres les problèmes actuels pour un habitant du Mississippi. Je m’arrêtai à ce que j’estimai être la réponse correcte, et inventai l’histoire la plus effroyable qu’on puisse imaginer ». Temple sera violée, son violeur est impuissant et un autre est accusé à tort, qu’il laissera lyncher, avant que le destin du malfrat soit scellé par une condamnation à mort pour un crime qu’il n’avait pas commis… Vous avez là toute l’Amérique, balancée d’un coup, d’une plume de maître.

William Faulkner, Sanctuaire (Sanctuary), 1931, Folio 1972, 384 pages, €7.51
Faulkner, Œuvres romanesques tome 1, Gallimard Pléiade, édition Michel Gresset 1977, 1619 pages, €57.00

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Rohinton Mistry, L équilibre du monde

rohinton mistry l equilibre du monde

Le voyageur qui en revient ne se déprend pas facilement des Indes. Le moyen de prolonger le voyage et de l’approfondir passe par la littérature. Fort intéressante, parce que plus universelle sans doute, est celle produite par les Indiens émigrés dans le reste du monde. Rohinton Mistry est de ceux-là. Né en 1952 à Bombay dans une famille parsie (de religion Zoroastrienne), il émigre au Canada en 1975, année de l’instauration en Inde l’état d’urgence destiné à « nettoyer » le pays par la destruction de bidonvilles et les campagnes de stérilisation tournées vers les pauvres.

Mistry travaille dans une banque à Toronto ; il est au cœur des flux, aussi bien financiers que commerciaux qui sont, in fine, humains. Ses romans reflètent cette condition, attentifs aux débits et aux crédits des personnages tout comme au grand mouvement de l’histoire. Cette « mondialisation » littéraire d’un Indien écrivant en anglais depuis les Amériques ne répond pas (comme souvent) aux fantasmes réactionnaires et naïfs des antimondialisation : loin d’uniformiser le style ou l’histoire, la distance de l’exil accentue au contraire les particularismes. Mais elle les met en perspective dans l’universel.

L’Équilibre du monde est un roman de 686 pages qui se déroule de 1975 à 1984 dans l’Inde des villages, mais surtout à Bombay. La narration est très enracinée dans le local, mais son écriture est fluide et directe, à l’anglaise, récompensée dans les milieux littéraires canadiens par de nombreux prix. Mondialisation n’est pas uniformisation et Rohinton Mistry le prouve. Elle réalise plutôt l’idéal humaniste des Lumières : rendre l’individuel, le local ou l’enraciné aussi « global » que possible, en montrant toute l’humanité qui est au cœur de sa moindre composante.

L’Équilibre du monde (A Fine Balance est le titre anglais) vise à saisir la complexité de l’Inde au travers de destins individuels confrontés aux moments de crise. Comment être jeune femme, veuve, et néanmoins indépendante dans une Inde régie par la famille, commandée par le père ou le frère aîné, les communautés de caste et de religion, et le volontarisme moderniste des partis politiques ? Dina embauche deux tailleurs pour coudre des robes de mode qu’elle sous-traite à un grossiste qui les livrera à une boutique new-yorkaise. Dina prend un étudiant en pension. Avec ces deux revenus, elle peut demeurer dans son appartement d’un quartier secondaire de Bombay. Mais des liens se tissent entre les trois hommes et avec elle, des liens qui mettent en cause toute l’épopée de l’Inde indépendante dont le modernisme s’arrache avec peine au passé.

Le poids des traditions pèse sur les femmes, surtout veuves, le poids des castes pèse sur les métiers dans les villages, le poids de la corruption pèse sur la ville où mendiants et habitants sans logis sont exploités pire qu’à l’usine. La modernité fait qu’à l’inverse d’autrefois, les destins se croisent : les trains permettent la liaison géographique, la participation politique permet d’éprouver les valeurs universelles, l’exportation permet la liaison économique, fournissant en travail toute une population flottante en rupture de banc du réseau d’échanges traditionnels. Tout cela libère du passé, mais enchaîne à nouveau par ignorance des nouvelles règles… Il s’agit ici de l’éternelle adaptation des mentalités aux changements, le jamais atteint et toujours en gestation « équilibre du monde ».

1975 : Maneck, 17 ans, rencontre dans le train deux tailleurs de basse caste qui sont embauchés chez sa logeuse. 1984 : Maneck, 26 ans, revient du Golfe persique où il est allé « faire fortune ». Chacun est montré in situ, piégé par ses origines, enchanté par l’enfance puis englué par l’histoire. Chaque devoir social est une épreuve, de tout bien sort inévitablement un mal, nul ne fait jamais revivre les jours heureux, telle est la sagesse populaire. Chacun doit à l’inverse se reconstruire chaque jour, « le temps engloutit les efforts et la joie des humains » (p. 657). L’existence est un patchwork, comme celui que compose Dina avec des chutes de tissu. Chaque fragment lui rappelle un moment, un jour heureux ou malheureux évanoui, qui ne reviendra pas. Car « la perte est essentielle. La perte est une partie et une parcelle de cette calamité appelée la vie » (p.632). L’existence est une bigarrure, jusqu’à être broyée par l’histoire, parfois. La violence ambiante d’un pays qui se désenglue des lourdes traditions conduit à l’impuissance et incite au repli sur son petit quotidien. Ne dirait-on pas la France d’aujourd’hui ?

Le roman se lit bien, moins naïvement lyrique que le style Victor Hugo, moins fasciné par l’ordure que le style Émile Zola, moins lyriquement progressiste que le style Jean Jaurès. Nous ne sommes pas en France, le style Rohinton Mistry est celui d’un Indien, pétri d’humanité malgré le destin implacable, mais pas naïf au point de croire – comme nos bobos littéraires – changer le monde. L’écriture, très réaliste, le souci minutieux du détail, marquent la façon qu’ont les gens de se reprendre face à l’adversité. La tradition immobile comme la politique en marche sont des engrenages qui broient quand on n’est pas servi.

Le style de l’auteur est ici au service de son message, son réalisme n’est pas « contre » l’idéalisme d’avant, mais « pour » montrer la vie au ras des existences. Pas de misérabilisme « à la française » mais un optimisme obstiné envers l’homme qui se relève toujours tant qu’il est vivant. Cette attention à l’étincelle d’humanité en chacun, telle l’étincelle divine de Zoroastre, cette attention aux marges de l’histoire qui, parfois, la font dévier – disent que nul destin ne se maîtrise, mais que nulle vie n’est insignifiante.

La fin n’est pas hollywoodienne, l’auteur en prend le contre-pied même (volontairement ?). Les protagonistes ne vécurent pas heureux et n’eurent pas beaucoup d’enfants – l’Inde, c’est aussi cela. Mais « laissez-moi vous dire un secret : une vie inintéressante, ça n’existe pas » (p.675).

Rohinton Mistry, L’Équilibre du monde (A Fine Balance), 1995, Livre de poche 2003, 896 pages, €8.17

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Lijiang et Dali

Lijiang est le chef-lieu du District autonome Naxi. Le peuple Naxi, soit environ 300 000 personnes parlent le tibéto-birman ; la ville est classée au Patrimoine mondial de l’Unesco. Détruite par un tremblement de terre en 1996 (7 sur l’échelle de Richter) mais reconstruite à l’identique. Un labyrinthe de ruelles, pavées, bordées de canaux : jolies maisons de bois et de terre battue, les avant-toits sont incrustés de poissons et de symbole de chance, les ruelles pavées de grosses pierres, 300 ponts enjambent les canaux, pas de voitures, les plantes des montagnes ornent les maisons, les commerces. A la nuit tombée, les toits s’illuminent. Les femmes Naxi sont habillées de bleu, une couleur qui évoque le ciel ou de noir.

Les Naxi étaient une tribu matrilinéaire, les biens étaient transmis au plus jeune enfant de sexe féminin. On est là sur les contreforts de l’Himalaya, au nord-ouest de la province du Yunnan à 2415 m d’altitude. Visites du Temple lamaïste Yufengsi ; le village Baisha, ancienne capitale du clan Mu, seigneurs des Naxi est devenu un petit village tranquille. Certaines constructions remontent au 15ème siècle, dynastie des Ming, et renferment des peintures murales de l’époque. Un reflet du caractère pragmatique des Naxi, leur grande tolérance religieuse : dieux tantriques, bouddhistes, bodhisattva mahayana, immortels daoïstes, chamanes naxi s’y côtoient en toute harmonie. Il semble que la Révolution culturelle ait endommagé les fresques murales datant des dynasties Ming (1368-1644) et Quing (1644-1911).

LE MARBRE DE DALI

Proche de Lijiang, Dali est à la fois le nom de la région et celui de la capitale de la préfecture autonome bai. Région prospère grâce à ses terres fertiles, des dépôts de marbre, le lac Erhai très poissonneux, des petits cours d’eau pour irriguer les champs. Le groupe dominant sont les Bai (blancs). Les femmes bai portent des tuniques rouges, des tabliers multicolores et des chapeaux aux formes complexes avec des pompons et rubans tressés. La ville est jolie avec ses bâtiments en pierre, ses murs blanchis, ses toits d’ardoise.

LES TROIS PAGODES DALI

Au nord de la ville on aperçoit trois pagodes dont le plus haute (72m) de forme carrée date du 9ème siècle, de style Tang. Les deux autres (42m) datent du 13ème siècle et sont octogonales. On trouve une marbrerie où la pierre de la région, taillée, est polie de manière à faire ressortir les motifs naturels qui ressemblent à des nuages ou à des montagnes. Depuis plus de 1200 ans, ce marbre est extrait des montagnes d’Azur.

Nous nous rendons dans le village Xizhou de l’ethnie Bai. Durant le spectacle donné par les jeunes de cette ethnie dans une ancienne maison de commerçant, on nous offre trois thés. Les dances : Straw hat dance, Music wire played at your door, Craftmen of Bai Etnic minority, Wedding ceremony of Bai people, Nipping the bride. Suivra une visite dans un atelier de batik.

LIJIANG NOTRE HÔTEL

Retour à Dali, tandis que d’autres fouillent les boutiques à la recherche d’un trésor, nous partons à trois accompagnés de Yan visiter une église catholique construite en forme de temple chinois, la vieille ville, la Porte de l’Ouest, le musée de Dali, dont certaines pièces intéressantes ne sont, hélas pas mises en valeur. Toujours sous la pluie, nous regagnons le Landscape Hotel.

Hiata de Tahiti

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Mosquée, alcool et chienne à Tahiti

Mosquée, pas mosquée ? Le jeune imam serait-il au chômage ? Le micro-trottoir dernier laisse incertain le projet de construction d’un tel édifice, les confessions religieuses restent vigilantes mais ne seraient pas défavorables à l’installation d’une mosquée. Alors peut-être ben qu’oui, peut-être ben qu’ non ? Arriverait-il le temps des Tahitiennes voilées de noir, couvertes des pieds à la tête ? En attendant, le Centre islamique de Tahiti (CIT) sis au 11 rue Gauguin à Papeete, récolte des fonds en métropole pour la construction de la « grande mosquée de Tahiti ». Le jeune imam parti en France depuis 6 mois voulait prendre l’avion de retour à Roissy, peut-être pour démarrer le ramadan à Papeete, les USA lui ont refusé le transit à Los Angeles. Qu’à cela ne tienne, il est quand même arrivé à destination en transitant par la Nouvelle-Zélande ! Quelques jours auparavant, deux individus (non identifiés) avaient déposé une tête de cochon devant le CIT.

burqa

On va enfin pouvoir picoler sans faire des kilomètres pour acheter la gnôle et le uaina (picrate) ! Le tribunal administratif a annulé l’arrêté interdisant la vente d’alcool. Ouf ! L’arrêté pris le 5 août dernier par l’ancienne mairesse est caduque. Deux sociétés avaient contesté le texte devant la juridiction, la brasserie de Tahiti et le supermarché de Papeari. N’oubliez pas que nous n’avons toujours pas d’eau au robinet… alors, Manuia (A la vôtre) ! En fait, je suis une mauvaise langue, nous n’avons de l’eau que pendant les semaines précédant les élections ! Cette année, nous avons été très gâtés avec toutes ces élections, mais depuis, la source a tari !

vahine seins nus offerte

Une chienne était retrouvée sous une voiture la gorge tranchée. Une riveraine l’a conduite chez la vétérinaire de garde. La chienne surnommée Blanc-Blanc avait été opérée durant deux heures et sauvée in extremis. Elle n’aura survécu que trois jours. Plainte ayant été déposée par la sauveteuse et la vétérinaire, la Police après enquête a retrouvé l’égorgeur. Cet individu serait un chômeur de 47 ans, originaire du Vanuatu qui aurait expliqué que sa bête lui causait des problèmes, aboyait et courait après les jeunes du quartier. Il se serait mis en tête de l’abattre et de la manger. Après quelques bières, muni d’une lame bien aiguisée, il s’est rendu près de sa chienne lui a tranché la gorge. Il l’aurait relâché en attendant qu’elle meure. Mais la chienne s’est sauvée et a pu être secourue. L’article 521-1 réprime ces faits : deux ans d’emprisonnement et 3,68 millions de XPF d’amende.

L’ouverture de l’hôtel « The Brando » fait craindre aux prestataires de services qui proposent des excursions en voilier à Tetiaroa, de ne plus y avoir accès. « Aujourd’hui nous sommes surveillés. Quand nous arrivons, ils nous demandent le nom des bateaux, le nombre de passagers » indique P. Gasparini, gérant de l’Escapade Charter Tahiti.

Le dessinateur de « l’Actu vue par P’tit louis » dans la Dépêche a été « remercié ». Le groupe Auroy (Dominique Auroy) c’est : l’Eau Royale, les vins de Rangiroa, les barrages, la Maroto, les éoliennes, Hachette Pacifique, le Royal Tahitien, etc, excusez-moi si j’en oublie, qui a acquis 66% des parts du quotidien polynésien. La Dépêche du dimanche est « en deuil », surement plus de moni (fric) pour les encres de couleur, si mince qu’elle pourrait passer entre un mur et son affiche sans la décoller avec un tout petit peu de remplissage insipide.

Hiata de Tahiti

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Longsheng et Kunming

Yangshuo est une ville légendaire de Chine, agréable, dans un cadre enchanteur et spectaculaire. Deux artères principales commerciales et, dans les autres rues, une myriade de cafés sympathiques. Le touriste (femme) est comblé par des échoppes qui vendent de la soie, des souvenirs, des calligraphies, des fruits. Certains pêcheurs proposent de prendre la pose avec leurs cormorans moyennant finances. Les cormorans demeurent les employés des pêcheurs, indispensables pour attraper les poissons attirés par la lumière à la surface de l’eau.

Départ en bus pour Longsheng que l’on atteindra après 4 heures de route, au nord-ouest de Guilin, afin de visiter les rizières en terrasses. Les ethnies Zhuang, Dong, Yao et Miao habitent ces lieux. Il faudra troquer le grand bus confortable pour un plus petit car la route devient escarpée, étroite et la conduite de ces petits bus revient de droit aux ethnies des villages que nous allons visiter.

Arrivés à l’entrée des rizières en terrasses, il faut mettre de l’huile dans les articulations des genoux car la montée est longue et rude et il faut mériter le spectacle des rizières en terrasses. La possibilité de louer les services de porteurs est offerte moyennant le tarif syndical. C’est tentant et cela contribue à faire vivre les villageois. Les escaliers succèdent aux escaliers, étroits et encombrés. Les porteurs s’annoncent et les excursionnistes se collent à la paroi afin de laisser l’espace aux chaises à porteurs en bambou et à leurs occupants. Le spectacle offert est magnifique et nous ne sommes qu’à un quart du trajet. Les maisons en bois sont pimpantes, les paysannes en costume de leur ethnie, les objets à vendre étalés devant les portes tout comme le maïs ou les piments qui sèchent au soleil sont « mis en boîte ».

miao

C’est enfin l’arrivée au point culminant du village. Sur 360° des rizières en terrasses, le vert tendre, le ciel bleu, les montagnes nimbées de brume – tout confère à donner une note irréaliste à ce paysage. Le déjeuner local est délicieux. La descente est plus rapide et permet de fouiner sur les étals. Le petit bus nous ramène sains et saufs à notre grand bus. Retour à Guilin. La rivière Li traverse la ville. Les arbres osmanthus aux fleurs rouges, blanches, jaunes, illuminent la ville à la floraison. Nous n’aurons pas la chance de les admirer. Les avenues sont bordées de fucus ou banians, à petites ou grandes fleurs. Les Chinois aiment ces arbres car ils sont symbole de longue vie. Une journée bien remplie !

Les « pro-Tibet » nous ont quitté tôt ce matin, nous restons 12, confiés aux mains des guides locaux, le guide national ayant choisi d’accompagner les « Tibétains ». Toujours à Guilin, nous escaladons le Mont Yaoshan (par télésiège) afin d’embrasser la vue des collines de Guilin. Ensuite, nous visiterons une plantation de thé, nous dégusterons les différents crus. Les conseils nous rendent très savants et allègent notre porte-monnaie.

Un p’tit tour en avion et nous débarquons à Kunming, capitale de la province du Yunnan (le pays au sud des nuages), située à 1900 m d’altitude. Notre guide locale s’appelle Yan. Autant Yvonne, notre guide de Guilin était mince, élégante, autant Yan est petite, boulotte, mais s’exprime aussi bien en français. Le Yunnan a pour capitale Kunming, surnommée la « cité de l’éternel printemps ». La province touche le Tibet au nord avec ses hauts plateaux enneigés, le Myanmar à l’ouest avec ses forêts tropicales, le Laos et le Vietnam au sud. Le Yunnan est situé à un carrefour d’influences entre les bouddhismes chinois, tibétain et d’Asie du sud-est. Les Han sont majoritaires, une vingtaine d’ethnies vivent dans le Yunnan, dont les Naxi de Lijiang, les Dai, les Yi, les Bai, les Hani et les Yao. Les infrastructures touristiques sont bien développées, dans les « villages ethniques » également mais si elles donnent des minorités une image folklorique, cela me paraît toutefois peu authentique.

KUNMING VIEILLE VILLE

Kunming connaît un développement économique intense. Pour faire place à des immeubles modernes on détruit un grand nombre de sites historiques, quitte à le regretter plus tard, mais c’est fait ! La présence occidentale s’était faite par le biais de la Birmanie, colonisée par les Britanniques et de l’Indochine colonisée par les Français. Pendant la seconde guerre mondiale, la « route de la Birmanie » permit aux Anglo-américains de ravitailler la résistance antijaponaise de Tchang Kaï-chek, replié au Sichuan. Petite surprise, c’est ici que nous avons goûté le fromage de chèvre chinois qu’ils mangent avec herbes et épices. C’est du vrai fromage (nailiao) fort apprécié dans cette région.

L’obsession de TM, la Chinoise avec laquelle je partage la chambre, demeure la forêt de pierres de Shilin, distante de 80 km de Kunming. Un lieu de pierres karstiques aux formes bizarres qui évoquent pour les Chinois des animaux fantastiques, des personnages de légendes, etc. Les sentiers tracés dans cette « forêt » font pénétrer dans l’univers des chinoiseries. Les Chinois aiment se faire photographier, ils endossent des vêtements des ethnies de la région (Sani) pour se faire tirer le portait (payant, il va de soi !). L’imagination chinoise n’a pas de bornes : essayons de retrouver le rhinocéros contemplant la lune, l’aile du phénix, l’hirondelle qui danse. Pour le moment ce sont des groupes de danses qui occupent la scène. Musique et costumes garantis.

FORÊT DE PIERRE

Ce soir nous prendrons le train en couchettes molles ! Quel périple ! Bondé malgré les places retenues, les 12 n’auront pas tous leur couchette, toute la nuit à être balancés, stoppés, on ne voit pas les précipices tant mieux et enfin à 6h30 nous débarquons à Lijiang, vannés, rompus, mais heureux. Malgré l’heure matinale, nos chambres sont prêtes à l’hôtel, et nous attendent. Merci Seigneur.

Hiata de Tahiti

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William Faulkner, Tandis que j’agonise

william faulkner tandis que j agonise

Cette farce tragique campagnarde aurait été écrite en six semaines (en réalité 47 jours) « entre minuit et quatre heures » dans une soute à charbon, dit l’auteur dans sa préface 1932 de Sanctuaire. Toute un nid de pécores ignares et superstitieux menés par une matrone – jusqu’après sa mort. Défense de rire, c’est le père qui le dit, elle n’aurait pas apprécié et le Seigneur jugera. La matriarche voulait être enterrée à Jefferson, une ville à 40 miles de leur campagne, avec ses parents à elle. Le père, humble et niais, presse tous les fils et la seule fille de s’entasser dans la charrette avec le cercueil pour aller à Jefferson. « C’est ben d’lui ça, un homme qui, toute sa vie, a laissé aller les choses sans s’occuper de rien, d’aller juste se mettre en tête de faire ce qui pourra causer le plus de tourment à tous ceux de sa connaissance ».

Le devoir, obstiné comme on travaille la terre, pas comme ces boutiquiers des villes qui s’enrichissent par leur industrie – le Seigneur jugera : faut-il vivre horizontalement dans l’immobilisme paysan ou verticalement dans la construction ? Ce sont les autres, hors de la famille, qui ont le plus de bon sens : « C’est un fait à remarquer qu’un homme paresseux, un homme qui n’aime pas le mouvement, s’entête toujours à aller de l’avant une fois qu’il est parti. C’est exactement comme quand il refusait de bouger. Comme si ça ne serait pas tant le mouvement qu’il déteste que le fait de partir ou de s’arrêter ». Les lamentables ont peu de convictions, ce pourquoi ils s’accrochent aux rares qu’ils ont, répétant et ressassant sans cesse ce qu’ils ont réussi pour une fois à décider.

Le fils aîné Cash, est menuisier appliqué et besogneux, tenant à ses outils comme s’ils étaient ses enfants ; le fils second, Darl, est voyeur et voyant « avec ses yeux étranges qui font jaser les gens », demi-fou, « la campagne coule des yeux de Darl » dit sa sœur. Dix ans séparent les deux aînés des trois autres. Le fils troisième Jewel, le préféré de sa mère, mince et dégingandé, est amoureux d’un cheval rétif – le seul vrai mâle de la famille peut-être « J’m’en fous pourvu qu’on fasse quelque chose. Rester là, plantés, sans grouiller une main… » – il est celui qui, dans la première scène du livre, trace son chemin droit sans faire de détour ; il est d’ailleurs le fils du pasteur, le vrai fils de l’amour, la mère ayant fauté… La fille Dewey Dell reste toujours nue sous sa robe mince pour se laisser caresser (entre autres) par le vent ; enfin le dernier au prénom de sénateur petit-blanc raciste Vardamon, prend sa mère pour le poisson qu’il vient de pêcher et qu’il éventrait au moment de sa mort, accusant dans sa folle tête le docteur de l’avoir achevée. Voilà du beau monde en cocon familial, les pauvres blancs du Mississippi que Faulkner a expulsés de son imagination.

Elijah Wood dans Huckleberry Finn

La mère totémique règne, même décédée. En 59 monologues, les différents personnages racontent la mort et la pérégrination pour obéir aux volontés de la défunte, véritable mante religieuse pour son mari pitoyable et ses quatre fils demeurés. Seule la fille rêve de Lafe, son amant qui l’a cloquée. Toute la nichée va subir les épreuves de l’eau et du feu, la crue du fleuve et l’incendie de la grange – sans parler de l’odeur. C’est qu’on n’atteint pas Jefferson aisément, au trot des mules et chargé du cercueil, neuf jours durant. La charrette verse parce que les bouseux ont voulu passer à gué, seule la corde avec le cheval de Jewel s’est tendue comme un sexe viril, empêchant l’eau de tout emmêler. Les mâles doivent traverser le chaos matriciel d’eau et de boue, immobile et mortifère, avant d’enterrer et de vivre enfin leurs rêves.

Faulkner peint la violence du Sud américain, le devoir exigé par la Mère, par la terre, par la nature qui donne la vie. Elle les aura fait chier, père, fils et fille, Addie Bundren après sa mort : deux mules noyées, l’épargne du père pour son dentier envolée et le cheval de Jewel vendu, les dix dollars de Dewey Dell pour se faire avorter confisqués, une partie des outils de Cash perdus et sa jambe cassée, la grange de l’hôte sur la route brûlée, Darl emprisonné… Elle les hait de leur indifférence ; elle leur a donné l’amour et la vie et ils ne la regardent pas, vaquant chacun à leurs affaires. Elle préfère Jewel qui s’en fout, tandis que Darl l’aime, mais c’est elle qui s’en fout car il est fou. Les paysages, les phénomènes, la nature, la femme, s’apparentent à une marâtre que l’illettrisme et la bigoterie empêchent de maîtriser. « La robe mouillée de Dewey Dell dessine (…) ces comiques rotondités mammaires qui sont les horizons et les vallées de la terre ».

L’être demeure seul face à sa propre existence. Jefferson est pour eux comme la Terre promise, celle qui va les libérer du joug maternel et de la norme ; la corde est comme un membre viril tendu au-dessus des eaux qui coulent comme le temps, elle permet d’avancer au lieu de se noyer. Le combat de Jewel dans le fleuve en crue pour récupérer le cercueil tombé à l’eau va-t-il contre la volonté de Dieu ? La lutte de Jewel en chemise contre Gillespie tout nu, devant la grange en feu où le cercueil menace de brûler, est-elle la lutte de Jacob avec l’ange – mais inversée ? Le diable a failli gagner, le Seigneur les a testés puis il les a libérés de la malédiction de la Femme. Enfin !

Sauf que le père, ce sempiternel minable qui retombe chaque fois dans ses ornières, a racolé une nouvelle femme à Jefferson, une moins bien…

William Faulkner, Tandis que j’agonise (As I Lay Dying), 1930, Folio 1973, 254 pages, €6.46
Faulkner, Œuvres romanesques tome 1, Gallimard Pléiade, édition Michel Gresset 1977, 1619 pages, €57.00

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Guilin

En fin d’après-midi, l’avion nous transporte à Guilin. Edmond, guide national, nous attend avec un bus et un camion pour les valises… tahitiennes. Le restaurant est immense, plein à craquer, super bruyant. Des Chinois éméchés hurlent, trinquent, portent des toasts. On dit qu’il y aurait 1,5 milliard de Chinois. Quand même pas autant dans ce restaurant, mais cela nous donne immédiatement l’idée que la Chine est effectivement très peuplée. Retour à l’hôtel pour un repos bien gagné où nous découvrons une assiette remplie de raisins, bananes et mangoustans, délicate attention en signe de bienvenue de la part de notre guide.

chine itineraire

Passionnante, la Chine du Sud-Ouest. La cinquième province par la taille, est caractérisée par une grande diversité géographique et humaine. Autrefois capitale de la province du Guangxi, Guilin demeure une des villes les plus célèbres de Chine grâce à ses magnifiques paysages de montagnes calcaires, sa rivière Lijiang ou Li, chantés par les poètes et les peintres depuis plus de 1000 ans. La ville est entourée de collines aux grottes creusées dans les parois qui abritent des statues bouddhiques de la dynastie Tang (618-917). Les pics et les grottes ont reçu des noms poétiques tels Le Pic de la beauté solitaire, la Colline des Couleurs accumulées, la Colline des quatre vues, la Colline du chameau, la Colline en trompe d’éléphant, la Grotte des flûtes de roseau.

ID

La croisière en bateau sur la rivière Li est considérée comme l’une des plus belles que l’on puisse faire en Chine. Ce sera le programme de cette journée. Nous embarquerons, avec des Chinois et d’autres touristes, pour une croisière de 83 km sur le Lijiang. On passe ainsi devant des formations rocheuses aux noms évocateurs. On navigue au milieu de forêts de bambous, de villages calmes, de pics karstiques, de champs bien entretenus. On croise des barques de pêcheurs, des bateaux de croisière fluviale, tout un petit monde de buffles, de canards. Là aussi les falaises ont reçu des noms poétiques comme la Colline du Stupa, la Colline des Coqs combattants, la Colline percée. Après la ville de Daxu, la Colline de la Chauve-souris (symbole de bonne fortune en Chine ; les mots chauve-souris et prospérité sont homonymes en chinois), les Dragons jouant dans l’eau, le Rocher de l’Attente du mari. Le bateau longe alors le village de Caoping et le gouffre noir de la grotte de la Couronne. Au niveau du village de Yangdi, des frondaisons épaisses de bambous bordent le fleuve et les collines semblent se fondent dans les eaux fluviales. Avant d’atteindre Xingping, la Montagne des neuf chevaux.

ID

Les Chinois nous accompagnant avouaient qu’ils n’en avaient découvert que trois sur neuf. Las, nous n’avons pas battu leur record. Le bateau termine son périple à Yangshuo où nous passerons la nuit. Après un spectacle son-et-lumières en soirée où les Chinois parlent durant le spectacle, se lèvent, sortent, rentrent, s’interpellent, nous irons rêver aux paysages enchanteurs du Lijiang. Le lendemain matin, nous troquerons notre bus contre de petites voiturettes, sur une route défoncée, au milieu de constructions inachevées, de champs de riz récoltés, de nouvelles plantations, de vergers, nous admirerons la campagne. Les plantations d’arbres fruitiers remplacent de plus en plus les rizières. Cela contrarie les vieilles personnes qui craignent la pénurie de riz, eux qui ont connu les disettes ne peuvent comprendre ce changement. Si, dans cette région, les Han sont majoritaires, une vingtaine d’ethnies dont les Naxi, les Dai, les Yi, les Bai, les Hani et les Yao peuplent cette province.

Hiata de Tahiti

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Nourritures tahitiennes

Un élu de l’Assemblée de Polynésie française propose de les élever pour les consommer localement. Quoi ? Les tortues. L’élu dont il est question, Antonio Perez d’A Tia Porinetia n’oublie qu’une toute petite chose, la tortue verte, de l’espèce Chelonia midias, braconnée dans nos îles, est protégée non seulement par la convention de Washington mais aussi par une délibération de l’Assemblée territoriale en date du 13 juillet 1990. Et quand quelques hurluberlus clament d’une forte voix que le peuple ma’ohi a toujours consommé de la viande de tortue, c’est FAUX ! La viande de tortue n’était consommée que dans les circonstances exceptionnelles par les hautes castes de la société ma’ohi. L’animal était considéré par les anciens comme un symbole protecteur et sacré. Alors un « coup » politique, une provocation gratuite ?

RAMBOUTANS

Les ventes ont commencé à Huahine, Raiatea, Taha’a. La récolte est moindre que l’année passée. Conséquence ? Le prix de la vanille mûre est en hausse et ne devrait pas cesser de monter. Le prix offert ces dernières semaines ? 5 000 XPF/kg (41,90€), il n’était que de 3 000 XPF/kg l’an passé. Les pesées de juin et juillet seront les plus productives. Les préparateurs essaient de refaire leur stock.

Réception des marchandises sur le quai des goélettes à Avera, la fourgonnette de la supérette, chargée des denrées reçues, a été poussée accidentellement dans le lagon. Elle sera remontée à la surface après une nuit passée dans l’eau. Surprise ! Le véhicule a été pillé. Les pêcheurs nocturnes ont ramené des cartons de nourriture et autres chez eux ! Seules encore à bord, des boîtes de conserves pour chien. Merci Seigneur ont dû dire les pêcheurs !

RESTES DE VÏ TAHITI APRES LE PASSAGE DES POULES

Il y a maintenant quelques années mon amie B. est venue passer quelques semaines au fenua, après un périple en Australie. Je lui ai fait découvrir Tahiti. Lors d’une visite au marché de Papeete, B. s’était attardée devant les étals de fruits et légumes. De retour chez moi, elle me confia avoir trouvé et acheté des mangues. « Des mangues, mais ce n’est pas la saison lui dis-je ». Qu’à cela ne tienne elle persistait « elles ne sont pas tout à fait mûres, nous attendrons un peu avant de les déguster ». D’accord ! Vint le soir, où installées sur le balcon, l’heure de savourer les mangues arriva. La Spondias dulcis avait fière allure, jaune et B. la découpa religieusement. B. la goûta, me regarda effarée : » mais ce n’est pas une mangue ! ». Ce n’était qu’une pomme-Cythère ou vï Tahiti ! (vï = mangue pourtant !).

VÏ TAHITI

Le pommier-Cythère est originaire de l’Asie du Sud-Est. Son fruit, le vï Tahiti passe du vert au jaune lorsqu’il est mûr, la partie charnue est acidulée et comestible, qualifiée de délicieuse par les amateurs, mais la chair est pleine de filaments rattachés au noyau et qui rendent la dégustation assez déplaisante ! Grosse déception pour B.

Au sabbat, nous étions invités chez des amis adventistes où un buffet regorgeait de tout. Pour dessert, B. choisit une brochette de fruits locaux et arriva la seconde collision avec la « mangue de Tahiti ». Ce fut la dernière rencontre de B. avec la vï Tahiti. B. est retournée en France amèrement déçue par cette « mangue ». Mai est le mois des vï Tahiti, et il ne se passe pas une fois où mes amis polynésiens me taquinent : » Voici des mangues de B. pour le petit déjeuner l’arbre est couvert de mangues de B. les poules se régalent des mangues de B. » Même avec la distance, B. doit entendre ses oreilles siffler !

Hiata de Tahiti

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Hong Kong

Quand Hiata voyage… Une « mini-découverte » de la Chine à partir de Hong Kong va nous mener dans les provinces du Guangxi (Guilin), Yunnan (Kunming, Dali, Lijiang), Chongqing (Chongqing, Yichang), une croisière sur le Yangzi, Hebei (Pékin ou Beijing), Shaanxi (Xi’an), Guangdong (Guangzhou ou Canton) durant un mois, nous transportant en avion, train, car, bateaux divers, chaise à porteurs et à pieds.

H K

L’entrée en Chine se fera par Hong Kong en arrivant de Nouvelle-Zélande. Hong Kong est une région administrative spéciale qui ne reviendra définitivement dans le giron de la Chine qu’en 2049. On peut y reconnaître l’autoritarisme de Madame Thatcher, la dame au sac à mains redoutable et redouté, ne pliant jamais, et dont le « No » et le « Give my money back » a retenti dans le monde entier !

PREPARATRICES D ORDONNANCES

Gratte-ciel, autoroutes, magasins ultra chics, tout est démesuré sur ce « petit » territoire. On dit que les Chinois de Hong Kong sont les plus superstitieux des Chinois. Les diverses pratiques de divination sont omniprésentes et l’édification des immeubles actuels ne sauraient offenser les esprits en les posant au mauvais endroit. Géomancie, Feng shui, sur lesquels sont venus se greffer les notions de yin, et de yang, les cinq éléments, les cinq points cardinaux, les cinq couleurs. Peut-être faut-il s’imprégner de la grandeur de la Chine avec les références occidentales de Hong Kong. Le guide, l’autocar et le chauffeur sont à l’image de cette Chine, jeune, moderne, dynamique, des iPads dans les bras quand ce n’est pas plusieurs. Histoire de demeurer british, on roule à gauche ici.

PHARMACOPEE

Visite succincte de Hong Kong. Le quartier de Mongkok où se situe notre hôtel, le marché aux oiseaux et aux fleurs. L’occasion aussi de goûter aux dim-sum cantonais (raviolis et petits pâtés) qui sont la spécialité de ce restaurant kitsch. Very british, on s’attend à y croiser Mrs Thatcher… Le musée de Madame Tussaud sera remplacé par Ocean Park. Cet espace de loisirs convient parfaitement aux Chinois, grands enfants, et même aux Tahitiens. Pas de tradition vestimentaire, des minijupes, des robes, des shorts, des pantalons, des bottes, des nu-pieds, des chaussures fermées, des hauts-talons… Chacune et chacun de s’abriter sous une ombrelle ou un parapluie, chaque œil bridé de photographier, de se faire photographier, on visite en famille, en groupes… tee-shirts oranges pour se repérer ou être repérés dans la foule quand on appartient à un groupe.

H K

Je me suis assise pour écrire, une jeune fille tente de lire par-dessus-mon épaule, une autre demande à me tirer le portrait avec son amie. Me voilà devenue une vedette en Chine ? Pour s’y rendre nous empruntons l’un des trois grands tunnels, celui-ci était long de 2 km, je vous rappelle que le tunnel de Tahiti sur la côte Est mesure… voyons un peu mes notes : 200 m. Après deux jours passés dans le monde sino-occidental nous partirons en avion pour Guilin dans la Chine du Sud-Ouest. Le lendemain est consacré à la visite d’un temple bouddhique en plein centre-ville. Chut, le silence est réconfortant. Le lieu est ceint par des immeubles gigantesques mais on est dans un monde à part, au milieu de bâtiments, de ponts, de mares, de jardins. Un havre de paix pour une méditation.

Hiata de Tahiti

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Rohinton Mistry, Les beaux jours de Firozsha Baag

rohinton mistry les beaux jours de firozsha baag
Firozsha Baag est une cité de Bombay dans laquelle l’auteur, émigré au Canada après ses études supérieures, a passé son enfance après sa naissance en 1952. Il raconte les petits faits vrais des Parsi, groupe religieux adorateur de Zoroastre, le dieu du feu, auquel il appartient. Il conte aussi des histoires brodées ou inventées qui font plus vraies que nature. Car telle est la littérature : partir de l’expérience humaine particulière pour créer de la vie.

Le lecteur, en onze nouvelles chronologiques, découvrira l’existence des Indiens après l’Indépendance, dans ces années 1950 et 1960 où pauvreté, maniaquerie administrative, ignorance et corruption façonnent les bidonvilles et les drames de santé. Un fantôme ne manque pas d’apparaître aux illettrés, dont tout le monde se moque, jusqu’à ce que la servante qui y croyait se montre un soir au balcon avec un drap sur la tête. Un bon docteur au fils insupportable s’intéresse à un petit voisin, mais son épouse est si jalouse qu’elle lui détruit le joyau de sa collection de timbres. Ce collégien, joli comme une fille à la puberté, est entrepris par un condisciple un peu plus âgé qui lui promet des timbres s’il le caresse et se laisse tripoter. En collège de garçons, la sexualité ne peut se manifester qu’entre soi et les fantasmes de petites culottes des filles entrevues dans les escaliers, à l’université, fait attraper un torticolis. Une folle, sous-locataire d’un voisin, répand de l’ordure sur sa véranda chaque matin parce que le voisin propriétaire veut récupérer son bout d’appartement pour élever son second bébé. Un autre voisin fier de sa « Mercédès modèle 1932 » aime à conter des histoires qu’il sait rendre palpitantes aux gamins de la cité assemblés dans la cour.

Mais il n’y a pas que les voisins. Sa propre famille est un gisement pour un auteur. Il se souvient, jeune adolescent prié d’éradiquer impitoyablement tous les cheveux blancs de son père le dimanche, s’être pris de pitié pour la dureté de la vie qui fait devenir vieux. Il s’en est voulu de n’avoir pas su extérioriser ce sentiment d’amour filial. Si sa mère lui a été bonne durant l’enfance mais n’a pas voulu le lâcher une fois ses 19 ans atteints, critiquant impitoyablement son premier flirt, soupçonnant le pire du sexe et du détournement de carrière.

Émigré hors de cette Inde trop maternelle et maternante, le jeune homme parvient à faire son trou, donc à émerger à la littérature. Il ne cessera de conter les Indes et sa diversité, ses misères et ses bonheurs, ses enfants nus espiègles et ses mendiants rusés et repoussants. Il décrit l’humanité, s’inclut dans les faiblesses et les petits héroïsmes, livrant un regard sensible et détaillé sur tout un monde peu connu en Occident. Un livre à lire.

Son livre paru en 1995, l’Équilibre du monde, le consacre comme l’un des grands romanciers indiens contemporains.

Rohinton Mistry, Les beaux jours de Firozsha Baag, 1989, 10-18 1994, 369 pages, occasion

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William Faulkner, Le bruit et la fureur

william faulkner le bruit et la fureur
Voici « le chef-d’œuvre » du maître américain selon les spécialistes, le livre préféré de son auteur ainsi qu’il le dit. Il l’a écrit avec aisance, comme en croissance organique proliférant à partir d’une scène initiale, très chargée érotiquement. La curiosité des narrateurs est née lorsqu’ils étaient enfants au vu de la culotte salie de boue de leur sœur en train de grimper à l’arbre pour observer la chambre où leur grand-mère vient de décéder.

Pas de composition rationnelle pour cette histoire contée par les quatre personnages, chacun donnant un point de vue différent sur le même sujet, à une journée près. Quatre narrateurs, Benjy l’idiot né en 1897 (dont le nom de baptême est Maury), Quentin le frère né en 1890, Jason l’autre frère né en 1894, et Disley la vieille négresse qui règne sur la cuisine de la maisonnée. Quatre parties, chacune englobant et retissant la précédente, commençant le 7 avril 1928 avant un retour au 2 juin 1910, puis revenant aux 6 et 8 avril 1928, journées où tout va se dénouer.

Ce qui se dénoue est une tragédie grecque dans le sud vaincu des États-Unis, une histoire de famille maudite. Un père alcoolique, une mère aboulique, un fils idiot, un autre incestueux, une fille perdue – seul le dernier semble avoir la tête sur les épaules et les pieds sur terre (avec le sens des affaires). Mais tout le reste de sa famille va le perdre, la fille issue de l’inceste devenant pute et larguant les amarres à 17 ans avec le magot amassé de l’oncle. Pas simple au lecteur de s’y retrouver, les personnages ayant pris le nom de leur grand-père ou oncle, ce pourquoi Quentin est à la fois un mâle (en tant que frère incestueux de Caddy née en 1892) et une femelle en tant que fille née de ces amours réprouvés (en 1911) ; on a donc parfois sur la même page le Quentin « il » et le Quentin « elle » (qui se prononce en anglais cantine, ce qui n’est pas très heureux en français).

Mais si l’histoire est complexe, hantée par la famille de l’auteur autant que par la luxuriance érotique de la végétation du Mississippi, le style fait l’écrivain. Il tente une expérimentation littéraire en faisant narrer par un idiot une histoire shakespearienne pleine de bruit et de fureur, incluant des incidentes en plein monologue sous forme d’images subjectives en italiques, donnant des pages entières sans aucune ponctuation, usant de l’ellipse et de l’allusion. « Puissance de l’inexprimé », dit le préfacier traducteur Maurice-Edgar Coindreau. Pour Benjy, tout détail, à chaque instant, lui remet en mémoire le passé. Ainsi du « caddie ! » crié par les joueurs de golf près de la propriété qui lui rappelle Caddy, sa sœur adorée désormais mariée et loin de la maison. Le second narrateur, Quentin, est plus rationnel, étudiant à Harvard mais suicidaire parce que son seul amour est pour sa sœur Caddy et qu’il ne supporte pas la suffisance mâle des camarades qui l’entourent. Il est plus clair mais plus caché, empli de réticences à avouer le fond de son âme, n’en ayant pas pleinement conscience peut-être. Le troisième narrateur, l’autre frère Jason, est aigri de n’avoir pas pu réaliser ses ambitions sociales en raison du poids familial à assumer. Il voit son esprit rétréci à l’immédiat, à l’argent, à l’utilitaire ; il voit la morale de la ville le juger, il soupçonne le complot des boursiers juifs de New York pour le gruger. Ce n’est pas de sa faute mais la fatalité d’une maison en chute : il amasse par économie et détourne les chèques envoyés par Caddy, la mère de Quentin qu’il élève – mais Quentin n’a qu’une aspiration : s’évader de l’étouffement domestique, vivre ses hormones avec le premier forain qui passe. Seuls les Noirs sont sereins, habitués à vivre dans la fatalité depuis longtemps. Chaque narrateur a son style et de ce contraste naît le charme. Point de logique mais le chaos, point de cohérence mais le trouble, point de sécheresse lumineuse mais la touffeur tropicale. C’est ce qui fait que ce roman fascine, que l’on a peine à oublier après l’avoir lu.

C’est moins la chute de cette maison du sud qui a fait le succès du roman en France que son adoption par Sartre, qui s’est empressé de tirer l’auteur vers son idéologie. L’expérimentation textuelle a titillé aussi les auteurs rebelles du « nouveau » roman des années 1950. Ce nouveau roman n’a plus rien de nouveau et apparaît bien ringard, comme une impasse, tandis que Faulkner continue de briller au firmament des lettres américaines. Car la littérature est moins un procédé qu’un art qui vient de l’intérieur. On n’écrit pas avec sa tête mais avec ses tripes, ce qu’aucun Sartre ne pourra jamais comprendre, trop intello et trop enfermé dans son système.

Un livre difficile à aborder mais il faut s’accrocher. La première partie n’est pas fluide et demande attention ; la suite est plus abordable et d’une grande richesse. La scène où Quentin offre à la boulangerie un pain à une petite fille puis manque de se faire lyncher pour pédophilie parce qu’elle le suit partout et ne parle pas anglais, est un moment d’anthologie. Toute l’hypocrisie puritaine et la bêtise humaine, en particulier celle des petit-bourgeois, éclate d’un coup au grand jour.

Voilà un roman que j’ai lu vers 18 ans et que je n’ai jamais oublié ; le relire à l’âge mûr est un enrichissement.

William Faulkner, Le bruit et la fureur (The Sound and The Fury), 1929, Folio 1972, 384 pages, €7.98
Faulkner, Œuvres romanesques tome 1, Gallimard Pléiade, édition Michel Gresset 1977, 1619 pages, €57.00

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Claude Delay, Marilyn Monroe – la cicatrice

claude delay marilyn monroe la cicatrice
La blonde Marilyn Monroe n’était pas blonde mais brune et ne s’appelait ni Marilyn ni Monroe mais Norma Jeane Baker ; elle n’adoptera son nom de scène qu’à 30 ans. Son existence tout entière était fabriquée – par elle-même pour compenser son rejet par son père dès avant sa naissance et la folie de sa mère, puis les faillites successives de ses nourrices jusqu’à se retrouver abandonnée à l’orphelinat.

Le sex-symbol de l’Amérique, la pin-up nue des calendriers 1952 (ce qui lui a rapporté 50$), est pathétique et agaçante, emplie de chaos et pétrie de contradictions. C’est le mérite de Claude Delay de mettre en littérature cet éclatement, en 58 chapitres allant d’une demi-page à plusieurs, chacun centré sur un événement-clé de cette existence évanouie à 36 ans. Juste avant de se flétrir, comme si le destin avait réservé à Marilyn en fille celui d’Achille garçon : une vie brève mais glorieuse plutôt qu’une vie longue et terne.

Elle aurait 88 ans aujourd’hui si elle ne s’était pas bourrée de pilules (demerol, phénorbital, amytal, pentothal, nous dit-on p.247) et de champagne, si elle n’avait pas avalé des milliers de bites par la bouche et le vagin, si elle n’avait pas avorté au moins 13 fois ni fait quatre ou cinq fausses couches. Elle, l’orpheline, rêvait d’une vie popote, dans une maison à elle et entourée d’enfants, à cuisiner des spaghettis ou des carpes à la juive. Car elle était pleine de bonne volonté, l’orpheline délaissée : elle voulait qu’on l’aime. Elle lisait donc des livres pour s’instruire et plaire aux écrivains du cinéma, elle apprenait la cuisine de ses multiples maris, l’irlandais Jim Dougherty, le sicilien Joe DiMaggio ou le juif Arthur Miller. Sans parler de ses nombreuses liaisons avec quiconque se montrait viril et protecteur – idéal de ce père qui lui a manqué : Yves Montand, John et Robert Kennedy… Elle aurait bien aimé Clark Gable mais celui-ci l’a ignorée courtoisement. Deux pages, Jimmy et Colin, l’un américain et l’autre anglais, tous deux à peine 18 ans, l’auraient bien aimée, mais elle préférait les brutes viriles.

marilyn monroe ventilee

La bombe platine qui reçoit sans dessus ni dessous, vit nue chez elle dans un désordre dantesque, ne porte jamais de sous-vêtements et montre son sexe (teint en blond et brossé) au-dessus de la grille d’un métro où est installé (pour la photo) un gros ventilateur. Elle est pute pour séduire, pour qu’on l’aime, elle a faim de reconnaissance, de caresses, d’amour. John Huston : « Comme les vraies putes, les bonnes, tu ne fais pas semblant. Tu paies de ta personne, de ton corps, de ton âme » p.254. Elle joua dans quelques 33 films et enregistra quelques 33 chansons ; d’innombrables photos furent faites d’elle, plus ou moins déshabillée, elle barrait de feutre rouge indélébile les négatifs qui ne lui plaisaient pas.

« En vérité, le manque d’équilibre intérieur est ce qui interroge le plus dans l’alchimie si particulière de Marilyn : une sexualité dans laquelle elle se complaît, ruse et s’épanouit et l’attendrissement qu’elle provoque. Une sorte de candeur baigne la jeune femme de nostalgie. Comme si le nid, le nostos, faisait toujours défaut » p.230. Elle est toujours en retard, non pour se faire désirer mais pour muter de Norma en Marilyn : « La fabrication est longue et dure de cinq à neuf heures » p.270. Elle ne peut être elle-même puisqu’elle n’existe pas, n’ayant jamais été désirée ni aimée enfant. Ses mensurations, « 94-53-89 » (p.297) ont été un cadeau de la nature qui l’ont transformée dès l’âge de 13 ans ; les garçons de son âge sifflaient déjà lorsqu’elle passait en pull moulant, les seins hauts, et déjà sans aucun dessous. A l’américaine, elle est devenue quelqu’un à la force des poignets, self-made woman qui ondule de la croupe, provoque des seins et invite de la bouche.

marilyn monroe bouche

L’auteur choisit la fin qui lui convient, sans livrer les doutes et les hypothèses. Pour elle, c’est son dernier psychiatre Greenson qui est responsable des « valises » de pilules qu’elle avalait ; pour elle, c’est le clan Kennedy qui est responsable de sa mort par surdose (ou par produits incompatibles), alors qu’elle notait tout dans un petit carnet pour éviter le reproche de ne jamais rien retenir de ce qu’on lui disait. Trop de secrets d’État ? Une vengeance de la Mafia ? Et la fin n’arrête pas de finir : plusieurs chapitres encore après la mort de Marilyn.

Mais ces petites imperfections n’enlèvent pas la vision d’écrivain, ni l’empathie de Claude Delay pour son personnage. Elle tire le fil de son histoire via la double cicatrice de son abandon parental initial et de son opération vaginale à la fin de sa brève existence. 52 ans après avoir disparue corps et biens, Marilyn résiste – idole, symbole, people.

Claude Delay, Marilyn Monroe – la cicatrice, 2013, Fayard, 335 pages, €20.90
Marilyn Monroe vue par les wikipedes
Le dossier officiel du FBI

Attachée de presse Guilaine Depis

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L’État territorial à Tahiti

Le gouvernement « abroge l’autorisation d’occupation temporaire de l’emplacement du domaine maritime » remblayé dans la commune de Papeete et veut déplacer le marae à la mémoire des victimes du nucléaire de la place du 2 juillet (ex. place Jacques Chirac) vers un lieu moins fréquenté par les touristes. Lever de boucliers sur Facebook par un jeune inconnu. On parle d’acharnement à Moruroa et Tatou, sit-in, propos incendiaires d’Oscar Temaru… C’est curieux quand les sous arrivaient de France par « Tonton Chirac » il n’y avait pas de manifestations – ou alors j’ai raté un acte ou deux ?

papeete place du 2 juillet ou jacques chirac

Le Peï réclame « ses » aéroports à l’État au plus tôt, à savoir Tahiti-Faa’a unique aéroport international, Bora Bora, l’île phare de l’industrie touristique, Rangiroa (on vient juste de supprimer les contrôleurs aériens, ce sont les pompiers qui officient en envoyant les indications météo), et Raiatea dont la commune est la capitale administrative des îles sous le vent et aussi le point d’entrée des charters nautiques.

Certes il ne ferait plus rêver le bon vieux certif’, mais on le passe encore ici. A la presqu’île, ce sont 271 jeunes inscrits aux épreuves, des jeunes des collèges de Taravao et du Sacré-Cœur ainsi que des deux centres de jeunes adolescents (CJA) de Tautira et de Vairao. Pourquoi pas également un bon entraînement avant le DNB (Diplôme national du brevet) et le baccalauréat ?

certificat d etudes primaires

Arafenua, le bateau de la douane ne répond plus : et pour cause, il s’est planté sur le récif de Tikei aux Tuamotu. Perdue, foutue, irrécupérable ! Elle était belle la vedette de 28 m de long, qui naviguait 200 jours par an dans les eaux du fenua. Elle devait encore « durer » 5 ans étant arrivée il y a 20 ans en Polynésie. P’tit louis y était allé de son coup de crayon : « L’Arafenua est définitivement perdue, sur le récif de Tikei disait le maigre et le gros de répondre, c’était avant ou après avoir trouvé le paka ? ». Je ne connais pas la réponse. C’est que les gabelous avaient eu vent de présence de pakalolo (cannabis) sur cet atoll inhabité ! Juste pour votre gouverne, Tikei, 3,5 km² de terres émergées, avec une surface du lagon de 0 (zéro) km². C’est un atoll comblé ! L’atoll n’est pas habité en permanence, une superbe tranquillité. Pour les navigateurs 14°57 sud et 144°35 ouest, à 70 km au sud de Takapoto. Bon vent !

Le rapport de la Cour des Comptes n’est pas très élogieux… et le rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) est attendu comme le Messie ! Ici tout le monde attend le retour du financement par l’État du système de protection sociale généralisée de Polynésie, en fait aux frais des contribuables métropolitains. Mais quelle seront les contreparties à cette aide de l’État ? En raison de son autonomie, la Polynésie devrait financer elle-même son système de santé, même si l’État fournit « un accompagnement financier ponctuel, principalement pour des constructions ou des urgences en cas d’épidémie, de catastrophe. L’État a apporté 37,5 milliards de XPF à la construction du Centre hospitalier du Taone. Mais la Cour des Comptes indique « l’État a une urgente obligation : apporter une aide méthodique au pilotage du système de santé, seul moyen d’éviter les gaspillages et les erreurs. Il faut surtout bien cibler ce qui relève de la solidarité nationale et faire en sorte que cela soit pris en charge au niveau national ». Gaston Flosse n’en démord pas « obligation de continuité territoriale… » Il aura fallu 10 ans pour construire l’hôpital du Taone. Les études du coût de fonctionnement, demandées par l’État pourtant, n’ont jamais été effectuées. C’est toujours, envoyez le MONI (le fric), rien d’autre, solidarité. On sait que depuis 2 ans, le CHPF vit à crédit… pour combien de temps encore. Envoyez le moni, envoyez le moni !

Hiata de Tahiti

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Tourisme tahitien

Une excellente nouvelle pour les touristes qui viendront en Polynésie française. Air Tahiti Nui réduit ses tarifs de 24 000 XPF (201 €) sur un billet Paris/Papeete/Paris pour les métropolitains qui séjourneront en pension de famille au moins dix jours. Qu’on se le dise ! L’actu vue par P’tit louis : « Patron d’ATN (Air Tahiti Nui) nous promet 200 000 touristes en 2016. Et l’autre de répondre : et dire qu’il y a 15 ans ils nous en annonçaient 300 000 ! »

TAHITI

Une autre bonne nouvelle, le Wind Spirit de la compagnie Windstar Cruises est arrivé le 1er mai pour six mois de croisières en Polynésie. C’est un voilier quatre-mâts qui est le sister-ship du Wind-Song, paquebot à voiles arrivé lui en 1987. On attend plein de touristes car le monde de la croisière se porte bien !

Le championnat de Tahiti 2014 des Tu’aro ma’ohi s’est déroulé sur le terrain de Vaiparoa près du Musée des Iles. Le lancer du javelot est une discipline qui demande force et précision. Les gagnants sont toujours des habitants des Tuamotu. Il s’agit d’envoyer des javelots sur un coco perché sur un mat. Le grimper au cocotier est une discipline impressionnante. Le gagnant a parcouru la distance en 4,48 secondes. Les grimpeurs portent aux pieds une lanière tressée. Ensuite le lever des pierres est une spécialité des Australes. Le poids des pierres varie de 60 kg à 140 kg. La gagnante (vahine) a soulevé une pierre de 60 kg en 1,50 seconde. Puis vint le tour des vainqueurs hommes ; pour la catégorie « léger » une pierre de 80 kg en 1,88 seconde ; pour la catégorie « moyen » une pierre de 100 kg en 1,88 seconde, à noter que les catégories « léger et moyen » ont été gagnées par le même individu ; pour la catégorie « lourd », le vainqueur a porté une pierre de 120 kg en 10,42 secondes ; la catégorie « super lourd » a vu le vainqueur soulever une pierre de 140 kg en 2,80 secondes. Il a ensuite battu le record de l’épreuve avec une pierre de 150 kg en 4,04 secondes. Qui fait mieux ?

Deux accidents dramatiques aux pirogues de Taapuna. Ces grandes pirogues de loisirs sont louées à la journée pour y faire la fête plutôt en fin de semaine. Elles sont ancrées à Taapuna dans très peu d’eau. Le même samedi un adolescent de 16 ans et un adulte de 60 ans ont été paralysés après avoir plongé dans trop peu d’eau depuis les pirogues. Les dégâts sont hélas irréversibles : tétraplégie et paraplégie. Les services de santé s’inquiètent car depuis deux ans il y aurait eu six accidents de ce type.

A BORD DE L ARANUI

Après avoir ouï les pleurs des guides de randonnées patentés, le Pei presse le pas. La concurrence est rude, grâce ou à cause d’Internet et des faux guides, alors le Pei va mettre la main au portefeuille pour réhabiliter, sécuriser et baliser NEUF sentiers de Tahiti dont Te Pari à la Presqu’île. Il y a deux ans, deux morts étaient à déplorer sur ce sentier difficile. Il paraît que pour la seule année 2014, 50 millions de XPF ont été budgétisés. On connaît 80 parcours de randonnées sur Tahiti, les 9 faisant partie du plan de réaménagement seront : l’Aorai (Pirae), la Fautaua (Papeete), Te Pari (Fenua Aihere), Vaipahi (Mataiea), Te Faaiti (Papenoo), Cité Jay (Arue), les 1 000 sources (Mahina), la vallée de Tipaerui, et la Grande randonnée de Tahiti qui pourrait mener de Mahina jusqu’à la Punaruu. Grandioses tous ces projets. On découvre, enfin, que le tourisme nature pourrait amener quelques francs supplémentaires, mais il faudra prendre conscience que la sécurité des touristes est primordiale si l’on veut les voir revenir, mais pas quitter le pei entre quatre planches.

Air Tetiaroa a réceptionné son premier avion pour transporter ses clients de Tahiti à l’hôtel The Brando. Conçu en Grande-Bretagne, le premier Britten-Norman 2T d’Air Tetiaroa est arrivé sur le territoire et avait mis plus de deux semaines pour arriver au fenua. Il a fait quelques sauts de puce en passant, non, non, pas par la Lorraine, mais par la Sardaigne, l’Arabie Saoudite, l’Inde, le Sri Lanka, l’Indonésie, Bali, l’Australie, la Nouvelle-Calédonie, Tonga, et j’en passe.

Un peu de tahitien : maita’i = bon, bien ; ve’ave’a = chaud ; ‘oa’oa = content, joyeux, gai ; hupehupe= fainéant, paresseux ; to’eto’e = froid ; poria = gros, gras ; ‘api = jeune, nouveau, neuf ; paruparu = mou ; veve = pauvre ; ‘ona = riche.
Et toujours : U prononcer ou ; E prononcer é.

Hiata de Tahiti

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Dan Brown, Forteresse digitale

dan brown forteresse digitale livre de poche

Voici le premier thriller publié de Dan Brown, l’archi-célèbre auteur du Da Vinci code. Il s’agit pour la première fois de codes, ou plutôt de décodage, la cryptographie semblant fasciner l’auteur. La National Security Agency, la fameuse NSA américaine, ultrasecrète, plus puissante de la CIA, est chargée depuis 1952 – le 4 novembre à 0h01, selon Dan Brown – d’écouter, de rassembler et de décrypter tous les messages utiles de la planète. Elle fut créée sur ordre du président Truman en pleine guerre froide. Pour ce faire, tous les moyens financiers sont acquis, les meilleurs mathématiciens, informaticiens et linguistes embauchés, les ordinateurs les plus sophistiqués construits. Nous sommes au cœur de la puissance américaine, cet optimisme missionnaire à protéger le pays et la planète, alliée aux moyens les plus colossaux et aux spécialistes les plus pointus – telle est la Forteresse digitale dont Edward Snowden a livré quelques-uns des secrets réels.

Voilà un beau sujet – actuel, trépidant, enthousiaste. Conçu durant l’essor d’Internet, durant ces années de cavalcade technologique des années 1990, il répond au début de paranoïa des Freemen américains concernant les libertés publiques. Où la Défense se heurte au libre-arbitre. Où la puissance se mesure aux astuces des hackers de génie dispersés. Où le patriotisme d’un seul mène le pays tout entier au bord du gouffre. Cryptage nouveau ou génial faux-semblant ? Voici que le nec plus ultra des ordinateurs casseur de codes de la NSA est défié par un Japonais handicapé et ingénieux, viré pour insubordination. Un Japonais rescapé des suites de l’irradiation d’Hiroshima et qui est animé, secrètement, d’une méfiance profonde vis-à-vis de cette Amérique qui a lancé ses bombes. Un Japonais à trois doigts, devenu bouddhiste et expert en informatique, l’un aidant l’autre, peut-être, comme dans divers essais et romans américains parus auparavant.

Si les Italiens ont fait fleurir la comédie, les Grecs la tragédie, les Espagnols la mystique, les Allemands la philosophie, les Français le roman, les Anglais l’énigme – les Américains ont inventé le thriller. Cette forme littéraire, issue du film et de ses plans directs, coupés en courtes scènes d’action, défilant en courant une histoire qui se tient, a été poussée à son meilleur aux États-Unis. C’est un genre écrit qui convient à des individualistes pressés dont le concret est l’essentiel de la pensée. Dan Brown en est le digne relais.

Sa première tentative publiée, Forteresse digitale, recèle quand même pas mal de maladresses. Un début qui patine – mais une fin haletante. Un coupable que l’on devine dès le milieu du livre – mais des rebondissements inattendus jusqu’aux dernières pages. Des invraisemblances énormes – mais un agencement d’ensemble qui tient la route. Ce thriller, encore malhabile, mal maîtrisé, aborde un sujet en or malgré des personnages trop caricaturaux et un hymne patriotique un peu agaçant pour tout non-Américain. L’héroïne est belle à vous couper le souffle, son boy-friend passionné, scrupuleux et modeste, tous deux sont deux fois plus intelligents que la moyenne… N’en jetez plus ! Et pourtant, il y a aussi l’éventail des minorités obligatoires : le handicapé naïf et méritant, le Noir si professionnel qu’il dirige le service, la secrétaire qui pousse son intuition à braver tous les interdits, l’ancien Marine vulgaire et m’as-tu-vu qui n’est peut-être pas ce qu’il paraît, le tueur excellent comme jamais, l’obèse technicien qui sait tout et bosse jour et nuit et le week-end…

Tout est exagéré dans ce livre : l’histoire, les acteurs, les rebonds miracles, le final. Du grand écran. Et c’est pourquoi l’on marche, au fond. Même si ce n’est pas le meilleur Dan Brown, ce thriller est quand même nettement supérieur à nombre de productions américaines traduites un peu vite (dont cet inepte billion pour milliard !). Pourquoi donc les Français ont-ils attendus qu’un flot de touristes se mette en prières devant le ” tombeau de Marie-Madeleine ” (la moderne pyramide inversée du Louvre…) pour traduire – à l’envers ! – l’œuvre de Dan Brown plutôt que les œuvrettes de tant d’autres ? Avons-nous encore de ‘vrais’ éditeurs ?

Dan Brown, Forteresse digitale, 1998, traduction française 2007, Livre de poche 2009, 512 pages, €7.22

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Culture polynésienne

15ème édition du salon des tifaifai a lieu à la Mairie de Papeete. Le tifaifai est un élément de la tradition polynésienne. Les anciens tifaifai avaient des couleurs très vives, souvent sur fond blanc. Aujourd’hui les couleurs pastel sont plus à la mode. Il faut compter entre 15 et 80 000 XPF pour une pièce en fonction des dimensions, qualité, finition, cousu main ou machine. Cette année des motifs originaux : l’arobase, les 4 éléments, le cerisier japonais, la bringue. On sait déjà que le thème de l’an prochain sera la reproduction des anciens modèles alors que celui de cette année était la création libre.

GRISETTE AU BAR A EAU

Le kumu hei, c’est quoi ? C’est un bouquet odorant et sensuel, une composition florale marquisienne. Sans fleurs, les Marquisiennes composent ce bouquet avec des plantes aromatiques : feuilles de menthe, feuilles et branches de miri (basilic), aneth, fleurs d’ylang ylang, tiare, pitate, feuilles de hinano (pas la bière !), racines de vetiver parfois colorées au moyen du Rea tahiti (curcuma local), bois de santal râpé, quartiers d’ananas. L’assemblage des différentes plantes suit un ordre précis sur une feuille d’auti. Le kumu hei est fixé ensuite sur une queue de cheval, sur un chignon, sur une couronne de tête. Le kumu hei n’est pas éphémère, il diffuse une bonne odeur durant une bonne semaine ; séché il continuera d’embaumer les intérieurs marquisiens et l’habitacle des voitures.

« Un grand militant de la culture ma’ohi s’en est allé, décès subit de Turo ou Duro Raapoto. Linguiste et grand défenseur de reo ma’ohi et de la culture polynésienne, protestant, il avait d’après Bruno Saura « une œuvre complètement philosophique ». Un écrivain fécond, théologien, de langue ma’ohi, mais pas un élu politique, un seul texte de lui en français…

Un festival international de graffiti place To’ata, récemment relookée, un jury présidé par Christophe Lambert. Les artistes de différentes nations se sont « affrontés » sur une muraille de conteneurs empilés sur 5 m de haut et 40 m de long. A la fin de la première journée, ne restaient que dix graffeurs sélectionnés pour la finale dont deux locaux Abuz et Jops. C’est un graffeur américain qui a remporté le premier prix du concours Ono’u 2014, devant le Néo-zélandais Berst et le Français Kalouf.

Coucou, je reviens, signe El Niño. La nouvelle de la probable venue de « L’enfant Jésus » climatique s’intensifie et la probabilité du phénomène oscille entre 65% et 75%. Fin juin nous saurons si nous aurons la visite d’El Niño, sa puissance sera connue en juillet, en octobre sa maturité. Il pourrait débuter en octobre, pourrait être mature en décembre, janvier ou mars. Tels sont les pronostics de la division climatique et bureau d’étude de Météo France en Polynésie française. A suivre donc.

PAS SIMPLE GRISETTE

Notre Grisette va bien, vous constaterez qu’elle utilise la salle de bain et particulièrement le WC comme abreuvoir, et qu’elle est une véritable acrobate malgré ses ans. Cela a fait poser des questions au prof d’anglais des élèves du collège de Taravao qui avaient entrevus ces photos : c’est à qui Ma Dame, le chat ? Pourquoi elle va dans la toilette Ma Dame? etc, etc. Ma Dame a répondu que c’était une chatte spéciale qui utilise également les toilettes pour faire ses besoins et qu’automatiquement la crotte tombée, le système d’évacuation fonctionne, lave la cuvette et qu’ensuite l’eau propre peut ainsi être utilisée par la chatte comme abreuvoir… Oh ! Ma Dame t’as vraiment une chatte spéciale…

Hiata de Tahiti

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William Faulkner, Les invaincus

william faulkner l invaincu
Roman d’apprentissage en sept nouvelles raboutées dont la dernière, inédite lors de la première édition, donne tout son sens au récit, il est traduit L’invaincu en Folio, mais Les invaincus en Pléiade – meilleure traduction plus proche de l’original..

Tout commence par deux enfants de 12 ans qui jouent à la guerre dans la poussière. Bayard Sartoris est le fils du colonel autoproclamé, à la tête de sa levée sécessionniste pour combattre les Yankees ; Marengo, dit Ringo, est un Noir de la plantation né le même jour et qui accompagne jour et nuit son frère de lait. Nous sommes durant la guerre du nord contre le sud pour abolir l’esclavage et Bayard raconte.

« Ringo et moi nous étions nés le même mois, nous avions été nourris tous deux au même sein et nous avions couché et mangé ensemble si longtemps que Ringo appelait grand-mère ‘Granny’ exactement comme moi, au point que peut-être il n’était plus un nègre, que peut-être je n’étais plus un enfant blanc, que nous deux nous n’étions même plus des êtres humains : tous deux au-dessus de la mêlée, invaincus telles deux phalènes, deux plumes chevauchant plus haut que l’ouragan » p.946 Pléiade. Tout est dit, les deux enfants font tout ensemble, mieux que des jumeaux parce qu’ils ne sont pas frères, pas rivaux mais complémentaires. Le père de Bayard est au loin, sa mère morte, ne reste plus que la grand-mère Rosa, une forte faible femme qui ment avec aplomb mais se repend toujours, surtout quand c’est pour la bonne cause.

gamins torse nu noir et blanc

Lorsque les Yankees arrivent à la plantation, les deux gamins tirent sur le premier au fusil ; heureusement, ils ne tuent que le cheval, ce qui leur vaut de n’être pas cloués à la porte de la grange grâce au plus gros mensonge de Granny qui les cache sous ses jupes et nie avoir vu des enfants dans cette maison. Par la suite, l’argenterie sera pillée à cause de la trahison d’un nègre, la maison incendiée et Granny, flanquée des deux compères qui ont désormais 14 ans, va atteler sa charrette à deux mulets pour aller revendiquer auprès du colonel Yankee. Celui-ci va lui signer un bon de dédommagement en malles, nègres et mulets, qui va permettre un fructueux trafic pour se refaire des prédations nordistes. Autres mensonges qui devront être expiés, mais dont Granny revendique toute la responsabilité face à Dieu : « Mais je n’ai péché ni pour le gain ni par avarice (…) je n’ai pas péché par vengeance. Je Vous défie et je défie quiconque de dire le contraire. J’ai péché d’abord pour la justice. Et, après cette première fois, j’ai péché pour plus que la justice. J’ai péché pour procurer de quoi manger et se vêtir à Vos propres créatures qui ne pouvaient s’aider elles-mêmes ; pour des enfants qui avaient donnés leurs pères, pour des femmes qui avaient donné leurs maris, pour des vieux qui avaient donné leurs fils à une cause sacrée, bien qu’il Vous ait plu d’en faire une cause perdue. Ce que je gagnais, je le partageais avec eux » p.1050.

Sacrée grand-mère ! Elle sera tuée dans une dernière transaction, trahie une fois de plus par l’un des siens, un petit Blanc minable du nom de Snopes. Bayard, qui va sur ses 16 ans, va la venger, poussé par Drusilla, sa cousine qui s’habille en homme et a rejoint les corps francs. Ce sont ces femmes, en l’absence d’hommes, et contre la bienséance sociale du temps ; ce sont ces gamins, laissés en friches et élevés dans la violence de la guerre et de l’injustice, qui sont les Invaincus.

Mais il faut qu’un jour l’engrenage des violences s’arrête et que la guerre civile finisse. C’est l’objet de la dernière nouvelle, rajoutée en inédit, qui montre un Bayard de 24 ans terminant ses études de droit, aller se présenter sans arme devant le tueur de son père l’ex-colonel John Sartoris. Ce dernier a tant excédé son ancien associé Redmond, poussé comme un ivrogne qui ne peut plus s’arrêter à le rabaisser, que celui-ci a fini par le tuer. Drusilla, entre temps mariée à l’ex-colonel Sartoris, pousse son cousin à se venger, mais Bayard est plus sage. Face à Redmond, il lui signifie qu’il doit l’affronter mais qu’il ne lui en veut pas. Redmond tire, le rate par deux fois – probablement exprès – puis quitte la ville ; Bayard, sans arme, ne tire pas. Fin de la violence, une autre vie peut commencer.

Rester invaincus, oui ; continuer la guerre par tous moyens, non. Il faut savoir s’arrêter. Pour devenir un homme, Bayard doit se rebeller ; mais ce n’est pas contre son père, reconverti de la guerre dans les affaires, avec autant de violence au point de se faire tuer : c’est contre sa cousine et belle-mère – une femme – qui ne connait rien aux lois de la violence. La tentation du diable, « éternel Serpent » p.1403 qui – de plus – s’offre au jeune homme en inceste comme prix sexuel de sa bravoure !

Ce roman se lit agréablement, tout empli de senteurs et d’évocations du sud. Certes, l’esclavage est minimisé, les relations entre les deux garçons idéalisées, mais les conséquences de l’émancipation brutale par les Yankee sont bien montrées : les nègres en foule marchent vers « le Jourdain » avant de se faire refouler par la cavalerie qui réserve les ponts à ses soldats, la plupart reviennent dans les plantations où ils avaient leurs habitudes et leur confort sans responsabilité ; on ne sait pas ce que devient Ringo, toujours fidèle à Bayard mais qui ne fait pas d’études.

A qui veut aborder Faulkner, qu’il commence par Les invaincus.

William Faulkner, L’invaincu (The Unvanquished), 1934, Folio 1990, 281 pages, €7.90
William Faulkner, Œuvres romanesques tome 2, Gallimard Pléiade 1995, 1479 pages, €58.90

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