Archives mensuelles : décembre 2013

Blaise Cendrars, L’homme foudroyé

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Blaise Cendrars, pseudonyme plumitif de Freddy Sauser, Suisse devenu français par la Légion étrangère durant la « grande » guerre patriotique imbécile 14-18 où il a perdu le bras droit, enfui de chez lui à 15 ans pour courir le monde, ne pouvait plus écrire depuis 1940. L’effondrement français l’avait déprimé au-delà de toute attente. L’apocalypse était pour demain, entre l’hystérie d’Hitler, la sénilité de Pétain, les bombardements anglo-américains et le nivellement totalitaire soviétique. Réfugié à Aix durant l’Occupation, il s’est aussi réfugié dans l’écriture, contant ses aventures – réelles et embellies – comme il savait le faire depuis tout petit. Cendrars est un conteur d’histoire.

Cendrars n’est pas Drieu : la fin du monde n’est pas la fin du sien. Il jouit des corps, des amitiés, de la bonne chère et du vin ; il jouit du paysage, des senteurs provençales et de la complicité du chien. Il se fait animal pour mieux être humain – puisque les humains sont devenus bêtes sous la Bête immonde. Animal, on est bien, l’inverse de la bluette sentimentale du temps de paix. Ce pourquoi ces « souvenirs » font fi de la chronologie et de l’espace. Ils montent comme des bulles de bonheur enclos dans un monde extérieur volontairement ignoré. La N10 se prolonge jusqu’au Brésil. Rien n’est plus beau que de prendre la route, rouler devant soi, à 160 à l’heure. Pas de limites, ni de vitesse, ni d’imaginaire ; le monde vous appartient.

« D’où me vient ce grand amour des simples, des humbles, des innocents, des fadas et des déclassés ? » Peut-être de la grande guerre patriotique imbécile, célébrée par notre temps ignorant. « Ça oui. La guerre, c’est la misère du peuple. Depuis, j’en suis… » (Pléiade p.464-465). La guerre qui foudroie, la guerre qui fait trouver foudre tout ce qui survient ensuite : l’amour coup de foudre, l’incendie déchaîné, la nuit d’écriture magique à Méréville, la loi gitane du talion… Tout est brutal, immense, immédiat. Le sommet de la guerre est la bombe atomique, foudre sans retour ; alors que la débâcle foudroyante de juin 40 peut entraîner la résilience. Blaise Cendrars doit désormais vivre entre deux coups de foudre.

L’auteur évoque Fernand Léger, Gustave Le Rouge, Édouard Peisson, André Gaillard. Il a connu les surréalistes à Paris, qu’il n’aime pas : « ces jeunes gens que je traitais d’affreux fils de famille à l’esprit bourgeois, donc arrivistes jusque dans leurs plus folles manifestations » p.277. Pas grand-chose n’a changé malgré le siècle qui a passé… Les petits intellos narcissiques continuent de se voir grands.

Cendrars revit dans la maison de l’Escarayol, au-dessus de la calanque de La Redonne près de Marseille. Il ne travaille pas, il assimile ; la nature travaille pour lui à accumuler les sensations avant d’en faire des mots. Et le lecteur d’aujourd’hui lira avec bonheur cette image bien ternie aujourd’hui des calanques désertes, réservées aux pêcheurs et aux rares initiés, ses auberges à poissons et au jeu de boules. Suivent quatre rhapsodies gitanes où l’exotisme aux portes de Paris se double de l’exotisme d’un peuple gitan hors du temps, éternel errant, dominé en tribu par une Mère, où les fils sont rois et où les filles baisent naturellement vers 12 ans. Une sorte de mythe du « bon » sauvage aux mœurs claniques et brutales, mais immuables. L’humain éternel, l’humain réel, l’auteur divague entre les deux, mêlant fortifs et pampa, France et Brésil, gitans de la zone et métis du Sertao.

« Écrire, c’est se consumer », écrit-il au début de l’œuvre (Pléiade p.171). Comme le Phénix : être foudroyé pour renaître neuf, tout entier. Ce « roman » tissé d’aventures personnelles, écrit durant l’occupation nazie d’une France débilitée, est un message de vie. La déprime ne dure jamais si vous laissez l’énergie vitale vous envahir, toute simple ; si vous laisser émerger ces joies sans cesse renouvelées des sensualités, des sentiments et du sublime en chaque jour.

Il est bon de relire Blaise Cendrars en ces temps de gris, parmi ces auteurs qui tournent en boucle dans leur abstraction, trop souvent secs de psychologie mal digérée, d’hégélianisme et autre pose intellectuelle rassise. Blaise Cendrars est vivant.

Blaise Cendrars, L’homme foudroyé, 1945, Folio 1973, 448 pages, €7.79

Blaise Cendrars, Œuvres autobiographiques complètes tome 1, sous la direction de Claude Leroy, Gallimard Pléiade 2013, 974 pages, €57.00 

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Yukio Mishima, Confession d’un masque

yukio mishima confession d un masque

Le masque est Mishima, mais aussi celui d’un fils du Japon dans la société machiste et disciplinée des années 1930 à 50, très conformiste, où se distinguer d’une quelconque façon est être rejeté. La confession est celle de la sexualité déviante de l’auteur, attiré depuis l’âge de 4 ans par ses semblables plutôt que par les modèles féminins que sont ses sœur, mère ou copines. Être élevé en enfant fragile par une grand-mère autoritaire et rigide prédispose-t-il à rejeter les femmes ? La vue du cuissard moulant d’un très jeune vidangeur lui a donné ses premiers émois avant même de savoir lire.

Ce furent ensuite les images, associées sans cesse au tragique et à la mort, qui enfiévrèrent son imagination. Amoureux d’un beau jeune homme en cuirasse, il le délaisse dès qu’on lui apprend qu’il s’agit de Jeanne d’Arc. Sa mauvaise santé d’enfant lui fait désirer vivre par procuration, être le héros qu’il ne pourra jamais devenir, le mâle qu’il aurait voulu être. L’odeur de sueur des soldats et des jeunes porteurs vigoureux à demi nus des fêtes locales lui rappellent la brise marine, tandis que leur déchaînement dionysiaque l’emplit d’admiration.

A 12 ans, il redessine les images des contes pour combler ses fantasmes d’éphèbes dénudés tordus de douleur, une balle dans la poitrine ou le crâne ouvert après une chute ; leur simple évocation le fait bander malgré lui. Le saint Sébastien de Guido Reni le ravit, fouaillé dans son corps par le spectacle des souffrances du supplicié : « Les flèches ont mordu dans la jeune chair ferme et parfumée et vont consumer son corps au plus profond, par les flammes de la souffrance et de l’extase suprême » p.44. Il connaît à cette vue sa première éjaculation irrésistible.

A 14 ans, il tombe amoureux d’un condisciple, Omi, plus mûr et bien plus vigoureux que lui. « Dans ce premier amour que je rencontrais dans la vie, je semblais être un oisillon gardant caché sous son aile des désirs animaux vraiment innocents. J’étais tenté, non par le désir de la possession, mais simplement par la tentation toute pure » p.73. Mais au fond, rien que de très normal : à 14 ans il est encore comme tous les autres, « c’était l’admiration de la jeunesse, de la vie, de la suprématie. (…) C’était avant tout cette extravagante abondance de force vitale qui subjuguait les garçons » p.78.

Cet amour pour le sauvage, pour l’animalité vitale, que l’on retrouve un peu partout dans son œuvre romanesque, se mue avec les années en « amour pour le gracieux et le doux », pour les plus jeunes que lui. La lecture de Magnus Hirschfeld lui démontre qu’il a les sentiments des « éphébophiles, qui aiment les jeunes gens entre quatorze et vingt et un ans » p.121. Il avoue sa prédilection, dans la rue, « pour le corps souple d’un jeune homme tout simple, d’environ vingt ans, un corps pareil à celui d’un lionceau » p.170. Mais il est poussé, comme Gilles de Rais, à le torturer en pensées, le soir dans son lit, « tu te presses contre lui et tu chatouille la peau de sa poitrine tendue avec la pointe du couteau, légèrement, comme pour une caresse ». Le couteau se plante, pénètre le corps, le sang coule sur la peau blanche, la victime arque son corps gracieux, gémit, « la joie profonde d’un sauvage renaît dans ta poitrine », avoue Mishima p.171.

velo ado torse nu

Il ne passera jamais à l’acte, son Surmoi social étant trop puissant, mais ces atrocités donnent une idée de sa sincérité à se mettre à nu, bien plus que Gide, bien plus brutalement que Proust, bien plus directement que son aîné Kawabata. Les sociétés répressives, spartiate, aztèque, catholique, samouraï, victorienne, bismarckienne, favorisent-elles l’inversion ? Faut-il jouer la comédie sociale affublé d’un masque pour survivre « normal » aux yeux du grand nombre prompt à haïr qui n’est pas comme tout le monde ?

Mishima l’a longtemps jouée, cette comédie humaine ; il a sacrifié aux conventions, allant jusqu’à se marier, à avoir deux enfants. Il a cru tomber amoureux de filles, comme Sonoko à ses vingt ans. Il a certainement éprouvé de l’affection, un sentiment de protection, un goût d’être ensemble. Mais sans aucun désir sensuel. Dans ce livre aussi cru que la pudeur autorisée des années 1940 pouvait le permettre, il analyse honnêtement ce qu’il ressent. Il transforme son être en littérature.

Adolescent, il vivait ses désirs sans penser plus loin ; jeune homme, il pensait que la guerre allait lui offrir un « suicide naturel » soit sous les balles au combat, soit dans un bombardement ; homme mûr, il n’a plus supporté ce divorce entre la chair vivante et le masque social. Il a monté son suicide comme un événement médiatique, poussant au réveil nationaliste. Mais c’était le dernier masque de ses pulsions intimes pour l’existence idéalisée du samouraï : enfant admiratif des guerriers, page fidèle faisant l’objet de l’attention passionnée de l’adulte qu’il sert, chevalier prenant sous son aile un éphèbe… Il aurait aimé vivre en ces temps plus crus, où l’inversion était admise et socialement utile.

Un livre étrange, plus autobiographique que romancé, qui éclaire l’œuvre et surtout les étapes progressives d’une existence minoritaire, bien plus efficace pour comprendre l’homosexualité que les revendications militantes et les exigences de « droits ».

Yukio Mishima, Confession d’un masque, 1949, traduit de l’anglais par Renée Villoteau, Folio 1988, 247 pages, €7.32

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Cyclones à Tahiti !

Météo France est optimiste : seulement 18% de chance qu’un cyclone se forme dans les eaux polynésiennes, mais 43% de risque de voir se développer des « dépressions tropicales ». Nous sommes prévenus.

cyclone

Mais c’est quoi un cyclone ? C’est une perturbation atmosphérique occasionnant des vents tourbillonnaires violents et des pluies diluviennes. Il se forme sur les océans tropicaux. Le cyclone est caractérisé par une énorme masse nuageuse d’un diamètre de 500 à 1 000 km, organisé en bandes spiralées convergeant vers un anneau central. Au centre de cet anneau, l’œil. Pour que naisse un cyclone, plusieurs conditions sont nécessaires :

  • existence d’une dépression initiale, tel un amas nuageux ;
  • température de la mer supérieure à 26°C sur une profondeur d’environ 50 m ;
  • des vents homogènes ;
  • un air suffisamment  humide.

cyclone tahiti

Deux pages de La Dépêche, en couleurs, pour ancrer toutes les précautions :

 1 Saison cyclonique de novembre à avril : vérifier les outils, pharmacie, éclairage de secours, matériel, vivres, radio et télévision, élaguer,  et renforcer les habitations.

2 Préalerte orange, menace à moins de 48 h : récupérer les enfants, doubler les amarres, faire des provisions, stocker en lieu sûr essence, pétrole, gasoil ; recouvrer et renforcer, isoler électricité, écouter les informations à la radio et à la télévision, ne pas s’éloigner de la maison, ne pas sortir en mer.

3 Alerte rouge, menace dans 12 à 18 h : protéger les maisons en renforçant les ouvertures, rentrer les objets, avoir sous la main vêtements, nourriture, médicaments. Sauvegarder documents et objets importants, vérifier les amarrages, se mettre à l’abri dans la pièce la plus sûre de la maison ou dans les abris para cycloniques.

4 Pendant le cyclone : ne sortir sous aucun prétexte, couper le courant, couper le gaz et éteindre les flammes nues, écouter les informations sur radio (prévoir des piles si le courant est coupé).

5 Phase de sauvegarde, danger : écouter la radio, alerter les secours si blessé, respecter l’interdiction de circuler si elle est maintenue, rester prudent si la circulation est de nouveau autorisée.

6 Fin d’alerte : signaler à votre mairie victimes, dégâts, besoins, buvez de l’eau potable en bouteilles ; éviter les fils électriques, les rivières.

Ainsi nous serons prêts à toute éventualité, mais on découvrira aussi qu’untel est monté sur son toit, qu’untel est allé voir son bateau, etc. C’est que les gens ne manquent absolument pas d’idées dangereuses !

Hiata de Tahiti

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Anatole France, La vie en fleur

Le titre est bien joli pour les souvenirs d’adolescence de Pierre Nozière, le double romancé d’Anatole France. Le livre commence en classe de cinquième, où le préado laisse place lentement à l’ado. Oh, très lentement ! France reste dans une France qui a peut-être fait trois révolutions (1789, 1830 et 1848) mais élu tout aussitôt un Napoléon bis autoritaire, hiérarchique et paternaliste de droit divin, le Peuple comme abstraction s’étant substitué à Dieu, tout aussi abstrait. C’est dire combien l’adolescence ne saurait exister, ni comme biologie ni comme classe d’âge, dans une société qui impose les pouvoirs d’en haut, infantilise les mineurs et réprime toute velléité de désobéissance avant la majorité (21 ans depuis 1792). La société bourgeoise a repris les mœurs d’Ancien régime, qui ne voulait rien savoir de la liberté personnelle avant 25 ans, un métier, une épouse, etc.

marylyn monroe nue

Autant dire que l’adolescence du petit Pierre s’est développée sous serre chaude, dans un Paris à peine éventré par le baron Haussmann dont on sort très peu, dans un quartier central en face du Louvre, et dans un appartement familial décent et posé. Les hormones poussent les sens, mais ceux-ci ne trouvent d’expressions que dans les passions pour les camarades proches, et d’exutoires que dans l’imagination, volontiers enflammée par les femmes au théâtre. C’était le tropisme bourgeois que d’enfermer les garçons entre eux pour leur faire nouer des relations sociales à vie par les amitiés particulières de collège : une sorte de réseau social sans les photos. De la sexualité, on ne saura rien, l’auteur, à 78 ans, réduisant encore les évocations sensuelles qu’il avait pu lâcher dans Le livre de mon ami, paru quand l’auteur désirait encore, à 41 ans

La biographie révèle cependant l’amour pour Élisa, devenue nonne, déguisée ici en rieuse fille du père Gonse à Granville. Elle révèle aussi combien l’adolescent Anatole a aimé platoniquement la comédienne Élise, à 17 ans, masquée ici en Isabelle, fille de coiffeur. Tout l’intime est exclu au profit de la légèreté du conte. Rien de moins romantique que France. Le connais-toi est source de tourment et, l’exemple de Montaigne est pour lui ambigu : écrivit-il pour se connaître ou pour s’amuser ? Sa propre histoire est matière à fantasme, support pour l’envol de l’imagination, pourquoi ne pas se nourrir de son miel ?

Il préfère donc décrire le rusé Fontanet, copain d’études ; Mouron surnommé « pour les petits oiseaux » qui le touche par sa solitude ; le rustique Chazal dont les muscles tiennent à bras tendus une chaise pendant une minute – et Desrais doté du joli prénom de Tristan et de « cheveux châtains légèrement ondés et dorés par endroit, ses longs cils (…) Sa sveltesse et sa taille déliée dissimulaient des muscles robustes. » Anatole France, plutôt chétif et pas bien beau, ne peut qu’avoir une admiration mimétique allant jusqu’à un vague désir pour de tels êtres qu’il voudrait avoir pour amis proches, à défaut d’être comme eux. Ce qu’il dit de Tristan le montre sans ambigüité : « Tous ses mouvements étaient empreints d’une élégance que ma précoce habitude de la statuaire antique me faisait sentir » p.1077. « Un jour, je lus dans je ne sais quel traité de la poésie grecque l’épigramme funéraire d’Amyntor, fils de Philippe, qui mourut jeune dans un combat, en couvrant un ami de son bouclier. Je tressaillis et me sentis transporté du désir de mourir pour Desrais » p.1080. Vexé de n’être pas choisi en retour par ce camarade trop admiré, il ne se réconcilie avec lui qu’après le bac, à 16 ans, lorsqu’il le voit lutter avec le bon robuste Chazal : « Ils se mirent tous deux nus jusqu’à la ceinture et se prirent à bras le corps. Chazal, osseux et noir, taillé à la serpe, présentait un contraste parfait avec Desrais, fait comme un athlète de Myrrhon, ou comme un fellow de Cambridge ou d’Eton » p.1091. Joli understatement pour dire l’appétit à être comme lui, d’être lui, de fusionner en amitié particulière avec lui.

lutte torse nu ado

Toute son ire va à l’enseignement français. Professeurs médiocres, bâtiments lépreux, mépris de l’institution pour les gamins à dompter et dresser pour l’obéissance bourgeoise – Anatole France n’est pas tendre pour l’éducation nationale et ses profiteurs pontifiants. « L’éducation en commun, telle qu’elle est donnée encore aujourd’hui [1922], non seulement ne prépare pas l’élève à la vie pour laquelle il est fait, mais l’y rend inapte si peu qu’il ait l’esprit obéissant et docile. La même discipline qu’on impose aux petits grimauds d’école devient pénible et humiliante quand des jeunes gens de dix-sept à dix-huit ans y sont soumis. L’uniformité des exercices les rend insipides. L’esprit en est abêti. (…) Aussi, en quittant le collège, éprouve-t-on un embarras d’agir et une peur de la liberté » p.1094. Est-ce croyable de constater que presque rien n’a changé, sinon la démission professorale face à l’orthographe, aux règles de plan et à l’expression orale ?

Pourquoi une telle persistance de la stupidité nationale dans l’éducation ? Est-ce pour abêtir la masse alors que l’élite bourgeoise s’en sortira toujours via ses établissements réservés et ses séjours à l’étranger ? Comment se fait-il que des syndicats (qui se proclament « de gauche ») persistent à tolérer ce mépris de la culture et de la langue au profit d’un spontanéisme dont on voit depuis trente ans les ravages ? L’étranger social-démocrate, dont les élèves ont de meilleurs scores aux tests identiques et une vie scolaire plus apaisée, est-il un exemple à surtout ne pas suivre, tant la profitude syndicale nationale se croit plus belle de toutes en son miroir ? Il y a là pour moi un mystère, que la lecture de tous les grands classiques ne cesse de réitérer : l’enseignement en France a toujours été néfaste aux grands hommes ; les élèves qui ont le mieux réussi dans le système scolaire ont toujours formé ces vaniteux abstraits, forts de leurs certitudes matheuses et débiles en relations humaines qui hantent nos ministère comme nos industries, les précipitant dans le déclin.

Anatole France, La vie en fleur, 1922, dans Œuvres IV, édition Marie-Claire Banquart, Gallimard Pléiade 1994, 1684 pages, €65.08

Anatole France, La vie en fleur, 1922, format Kindle gratuit, broché €21.04

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Pour l’Europe

Je suis profondément POUR l’Europe. Contrairement aux démagogues des extrêmes, réactionnaires xénophobes ou populistes jacobins, je crois que l’union des pays européens est bénéfique pour les peuples et pour leur place dans le monde. Ce n’est pas ce processus d’union qui est en cause, à mon avis, dans les doutes nés depuis quelques années sur l’Europe : c’est son absence de limites, son absence de projet et sa lourdeur bureaucratique.

L’Europe est loin d’être une idée neuve.

Elle a commencé sous l’empire romain qui a unifié le droit, le commerce et une grande part des mœurs dans un creuset de civilisation commun.

Contrairement à l’imagerie des xénophobes du XIXe que les profs perroquettent (qui ont abouti à cette merveilleuse guerre de 14 que nos élites zélotes s’empressent de glorifier faute de savoir enchanter le présent), les « barbares » qui ont fondé le royaume Franc n’étaient pas des incultes, mais des Germains romanisés. La transition s’est faite en douceur, avec les siècles. Et Charlemagne (le premier grand Charles), a créé la seconde Europe de l’histoire, dont le latin était la langue commune et le réseau de juristes la première administration.

Mais l’Église devenait trop puissante, portée au césarisme latin et à la théocratie byzantine. Ce fut le grand schisme de la Réforme qui a coupé l’Europe en deux, un cœur franco-hispano-italien et des marges germaniques et saxonnes. Napoléon a créé la troisième Europe en libérant les peuples des dynasties archaïques avec ses 134 départements français et ses pays satellites dirigés par des rois de sa famille.

union europeenne carte

La quatrième Europe est née des décombres des deux guerres mondiales, de la seconde surtout qui a montré qu’aucun peuple ne pouvait s’imposer aux autres à l’intérieur du continent. Lorsqu’on ne peut pas dominer, et que l’on est menacé par deux blocs, autant négocier. L’alliance atlantique a précédé la Communauté charbon acier puis la Communauté économique européenne, mais cette dernière a accouché d’une Union.

Si elle reste bancale, la faute en est à la France, qui a refusé la CED, Communauté européenne de défense. Ce pourquoi « nos » soldats interviennent seuls en Afrique, les autres pays ne voyant pas leur intérêt à rejouer le colonialisme, même sur demande, même pour la « bonne » cause.

Si l’Union est lourde à bouger, la faute en est à la France, qui a insisté pour intégrer très vite les ex pays de l’est après la chute du mur de Berlin, ne créant la monnaie unique qu’en contrepartie de son feu vert à la réunification allemande. Tout s’est fait dans la précipitation, avec l’idée un peu stupide qu’il suffit d’y aller pour bâtir en marchant. Sauf que l’Union à 28 est trop disparate pour créer quoi que ce soit d’autre qu’un grand marché. Et que la monnaie à 18 est trop écartelée entre économies différentes pour ne pas observer tensions et fissures quand le vélo croissance ne roule plus.

Les reproches que l’on peut faire à l’Europe, ce sont à « nos » politiciens qu’il faut les faire : à Chirac le grand Fout-rien qui n’a jamais cru à l’Union, à Jospin qui ne se préoccupait que de « socialisme » et pas des peuples, à Hollande qui doit se dépêtrer d’une situation fragile où il espère que la baisse de la dette ira plus vite que la révolte des socialistes nationaux et des jacobins socialistes. Il n’y a que Sarkozy, il faut le reconnaître, qui a su galvaniser les autres pays européens par trois fois lors de la crise bancaire de 2008, lors de la quasi-faillite grecque puis durant l’attaque sur l’euro. Le récent accord sur le mécanisme de sauvetage des banques en est la suite. Insuffisant mais important.

zone euro carte 18 pays au 1 janvier 2014

Reste que les peuples ayant vécu une génération entière à crédit comme les Grecs, les Portugais, les Italiens et les Espagnols – et les Français – croient que seul le triptyque dévaluation, protection, inflation les sauvera – alors qu’il leur faudrait productivité, innovation, compétitivité… Ce que proposent les politiciens français n’est pas à la hauteur : ignorance, démagogie, égoïsme sont les beaux sentiments soulevés par les tribuns pour appeler à « sortir de l’Europe ».

Ce ne sont pas que des mots ; remuer la fange finit par sentir mauvais. Les pays en déficit doivent emprunter. Qui voudra leur prêter s’il n’est pas sûr d’être remboursé ? Qui voudra accepter des taux d’intérêt aussi bas que ceux de l’Allemagne s’il craint pour la solvabilité de l’État à qui il prête dans le futur ? Ce pourquoi les agences de notation ont dégradé les notes de certains pays européens et de l’Union elle-même pour ses emprunts en commun. Seuls six États ont encore la meilleure note AAA : Allemagne, Danemark, Finlande, Luxembourg, Royaume-Uni, Suède. Ce sont tous des pays qui ont eu le courage des réformes – et pas seulement d’augmenter les impôts.

Les négociations sur le budget pluriannuel de l’UE ont nécessité deux sommets de chefs d’État, fin 2012 puis début 2013 et des heures de négociations : le soutien à l’Union de la part de certains États membres faiblit. Depuis 2007 et le début de la crise financière, la contribution des États notés AAA au budget de l’UE a été divisée par deux à 31,6%.

  • Le Royaume-Uni rêve de rester une île, liée aux États-Unis et au grand large, avec pour terrain de jeu l’Europe du seul marché – Turquie incluse.
  • L’Allemagne fait comme la Chine : tache d’huile, sa puissance douce lui suffisant pour imposer ses vues aux pays limitrophes, sans volonté de puissance.
  • La France voudrait une Europe pays, une sorte de France aux 400 départements, centralisée à Strasbourg et codirigée par un aréopage hiérarchique de type impérial.
  • Les « petits » pays rêvent plutôt d’une grande Suisse…

Rien de tout cela ne se fera. Si la conjonction des bêtises populistes xénophobes ne la détruit pas de l’intérieur, appelant d’autres barbaries comme jadis la chute de Rome ou celle de Napoléon, l’Union se poursuivra lentement, pas après pas, n’avançant que par crise ou parce qu’un ennemi extérieur la pousse aux fesses. Les mentalités sont lentes à changer : la glorification du patriotisme de 14-18 et le rappel rituel de la Shoah sont là pour montrer que l’Union est certes un peu dans l’économie, mais vraiment pas encore dans les têtes.

Surtout pas celle de nos dirigeants. Ils ne savent ni définir des frontières de civilisation (oui à l’Ukraine mais non à la Russie et à la Turquie), ni construire un projet fédéral cohérent (les socialistes français n’ont RIEN répondu aux avances allemandes il y a 2 ans), ni compenser la bureaucratie proliférante par des contrepouvoirs politiques (comme les élections d’un Parlement unique le même jour dans tous les pays de l’Union, un sénat des pays et une assemblée des partis, la disparition du Conseil au profit de la Commission).

Mais je crois pourtant à l’Europe, cette belle idée de civilisation commune, cette entité économique et politique à construire dans un monde désormais globalisé.

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Yukio Mishima, L’école de la chair

yukio mishima l ecole de la chair

Mishima poursuit sa quête des personnages d’énergie, ici une femme mûre et un jeune homme. Tous deux sont des « aristocrates » au sens premier (aristos = le meilleur), des gens hors du commun, dont la vitalité impose la puissance. Taéko est patronne d’un magasin de haute couture à Tokyo ; divorcée, elle est indépendante, comme ses deux amies Nobuko et Suzuko, les « beautés toshima » (toshima veut dire femme mûre en japonais, dit-on p.23). Senkitchi, « le petit Sen », est un étudiant de 20 ans fauché qui a trouvé un petit boulot dans un bar gai et use de sa beauté virile pour se vendre aux riches et aux étrangers. Taéko et Senkitchi sont ces deux silex qui vont se heurter et faire des étincelles.

Ce roman résolument contemporain, citadin moderne (on y rencontre même Yves Saint-Laurent venu présenter sa collection à Tokyo), explore la psychologie d’exception des « vrais » êtres. A l’antique Yukio Mishima mesure la puissance d’une personne à sa force vitale. Pour lui, la tradition du bushido, la voie des guerriers, est la seule qui puisse susciter sans cesse une aristocratie authentique. Les descendants de samouraïs de son temps ne sont le plus souvent que des bourgeois qui ne gardent de la tradition que le vernis éduqué. Mais à l’intérieur d’eux-mêmes, ils sont vains. Alors que dans le peuple, y compris chez les ex-épouses soumises, se révèlent ceux et celles qui sortent du lot et se forgent un destin. Ils sont les Véridiques (grecs), une force qui va (Victor Hugo), créateurs de leurs propres valeurs (Nietzsche). Qu’on ne s’y trompe pas : Mishima n’est pas conservateur mais révolutionnaire ; il n’est pas « réactionnaire » mais élitiste.

Il le montre ici avec brio. « Les jeunes Japonais ont une grâce beaucoup plus sauvage que ce genre d’Occidentaux. Une souplesse animale, une élasticité, une beauté dépouillée de toute expression » dit Taéko p.17. Le lecteur qui n’est jamais allé au Japon pourra utilement comparer la sculpture grecque et la sculpture romaine : il y verra la même différence de grâce et de souplesse, les corps grecs, masculins comme féminins, étant plus « légers », animaux, sauvagement surnaturels – ainsi que sont les dieux – tandis que les Romains ont l’air de paysans ou de matrones exposant leur lourdeur. Autant dire que lorsque Tako rencontre Senkitchi, elle en tombe amoureuse.

Le garçon se livre aux hommes, mais n’est pas attiré par eux ; il jouit de leurs caresses et en donne, mais par pur plaisir animal, sans y mettre rien de son âme. Ce pourquoi il est surpris par l’amour : celui d’une femme qui pourrait être sa mère et qui le « rachète » au double sens du mot : à son patron de bar, puis à ses yeux en lui rendant sa dignité ; celui d’une fille de son âge, de bonne famille, qu’il espère conquérir puisque lui sort de rien. Mais son énergie parle pour lui : il est sincère, il est viril, il attire. Mishima n’est pas misogyne, même s’il préfère les garçons ; il reconnaît en chacun l’énergie qui l’habite, la passion, la volonté, la grâce. « Pour un homme, pour une femme, la virilité, la féminité, expression charnelle des êtres humains, dépendent de la sexualité globale qui rayonne de leur chair et doit naître de l’éclat de la personnalité tout entière. Cela n’a rien à voir avec cette virilité de fanfaron fondée sur un fonctionnalisme étroit. Vivre, exister d’une existence pleine et entière, cela suffit à un homme vraiment homme dans toute sa chair » p.111.

Mishima oppose ce garçon irradiant la force virile aux époux brusques et frustrés, aux noceurs élégants mais vides, aux jeunes gais avides de passes rapides et sans cesse attirés comme des papillons par de nouveaux corps. Son futur beau-père, Monsieur Muromatchi est de sa trempe, comme le travesti Téruko et le politicien Otowa. Ces êtres ont, comme Senkitchi, la philosophie de leur instinct ; ils réussissent parce qu’ils ne superposent pas l’émotion « romantique » à ce qu’ils sont, les guirlandes de l’hypocrisie sociale à leur force qui va.

Taéko est amère quand elle le comprend, mais elle est une femme et ne saurait tromper sa solitude sans mettre de l’émotion. Elle agit cependant avec une grandeur à la Cinna : au lieu de jeter cet amant magnifique, qui l’a comblée physiquement au-delà de tous ses vœux, elle l’adopte. Comme chez les Romains, c’est le nom qui compte et non pas le sang. Senkitchi adopté, paré enfin de ce prestige social exigé de la société japonaise, pourra réussir sa vie, c’est-à-dire épouser la fille Muromatchi. Il n’en est pas vraiment amoureux, mais elle si ; et lui la découvre emplie de volonté.

Nous sommes dans l’universel et en plein Japon. Entre anciennes élites et nouveaux parvenus, les êtres se cherchent et s’imposent. Mishima nous en rend compte avec maestria.

Yukio Mishima, L’école de la chair (Nikutai no gakko), 1963, traduit du japonais par Yves-Marie et Brigitte Allioux, Folio 1995, 289 pages, €7.32

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Joyeux Noël 2013 !

joyeux noel

… et depuis Tahiti :

PAPEARI NOV 2013

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Menu de Noël à Tahiti

Quelques recettes de Tahiti-iti pour vous permettre de fêter Noël ; recettes prévues pour 8 personnes (sauf le veau).

Saladrus : (« salade russe » en local)

Ingrédients : pommes de terre 1 kg ; carottes 1 botte ou une boite de 1/2 ; 2 betteraves rouges ou une boite de 1/2 ; maïs 1 boite ; ail ; oignon ; mayonnaise ¼ litre ; vinaigre 1 c. à soupe ; sel, poivre.

  • Cuire les pommes de terre avec la peau dans de l’eau salée environ 20 minutes. Pendant ce temps, faire la mayonnaise et la tenir au frais.
  • Égoutter les carottes, les betteraves, le maïs en boite.
  • Quand les pommes de terre sont cuites, les éplucher et les couper en dés.
  • Éplucher et hacher l’ail et oignon.

Mélanger tous les légumes. Assaisonner. Ajouter la cuillère de vinaigre, l’ail et l’oignon ; ajouter la mayonnaise.

Remarque : Le Polynésien sert ce plat tiède ou froid, souvent comme légume accompagnant le poulet rôti ou le veau à la broche – ou en entrée.

veau a la broche

Veau a la broche :

Cette recette évidemment ne sera pas pour 8 personnes. En Polynésie lorsqu’une réunion de famille ou d’amis est organisée, c’est souvent autour d’un veau à la broche et de haricots. Ingrédients pour 20 ou 25 personnes (eh oui, on est nombreux aux fêtes à Tahiti) : veau, un entier de 15 à 20 kg ; charbon de bois 4 sacs ; petit bois sec, 1 fagot pour allumer le feu.

Attacher le veau solidement sur la broche ; préparer le foyer ; mettre à cuire le veau au-dessus d’une braise régulière en arrosant avec la préparation ; saler, poivrer ; cette opération demande 3 heures à 3h30.

Sauce pour arroser le veau : éplucher 300 g d’ail et le hacher finement ; mélanger avec le ½ l de sauce soja, 50 g d’herbes et 2 litres d’huile. Avec un pinceau ou un torchon attaché au bout d’un bâton, arroser régulièrement le veau pendant la cuisson.

Ingrédients : haricots blancs 1 kg ; oignons 2 gros ; ail 1 tête ; 1 couenne de porc de 150 à 200 g ; 1 bouquet garni. Assaisonnement : sel, poivre du moulin, clous de girofle.

Les haricots : la veille, mettre les haricots à tremper ; pendant que le veau cuit, mettre les haricots à cuire avec les oignons piqués de clous de girofle, 1 bouquet garni, 1 couenne de porc ; ne pas saler en début de cuisson ; cuisson environ 2 heures.

Sauce pour accompagner le veau : cuire 2 boîtes 4/4 de tomates concassées, une tête d’ail et un gros oignon émincé ; ajouter 20 cl de sauce soja et 20 cl d’eau ; laisser cuire 10 minutes ; passer au moulin à légumes.

Si vous n’avez pas assez de convives ou de jardin pour la broche… Rien n’est perdu ! Ceux qui font souvent ce plat ont des fumoirs, grande lessiveuse qui permet de griller et fumer en même temps. Bien sûr il faut au moins un jardin, je vois mal une telle installation sur un balcon ou le rebord d’une fenêtre. Mais il existe une autre solution : découper la bête avant de la mettre au four de ville. J’apprends qu’en France, à Paris surtout, il est conseillé, voire imposé de respecter l’environnement, donc pas de barbecue dans les cheminées parisiennes ! [Pire : « A partir du 1er janvier 2015, la combustion du bois sera strictement interdite à Paris (arrêté inter-préfectoral n°2013 084 0002 en date du 25 mars 2013) »]

Alors, découpez le veau, rôtissez le « baron » de veau dans le four de la gazinière, versez régulièrement la sauce sur le veau, retournez à mi-cuisson le baron et enduisez de sauce. Cela devrait être « votre veau à la broche à la tahitienne importé ».

[Ou n’achetez qu’un morceau de veau à rôtir comme la noix, la sous-noix, le quasi (ou cul de veau), le carré de côtes ou l’épaule. Conseils : pas de four trop chaud et arrosez souvent, la viande sèche vite. Le four à 180° maxi – 30 mn par livre ; si vous voulez une cuisson douce, essayez 150° et augmentez le temps de 20% / Argoul]

ASSIETTE DU PETIT DEJEUNER

Coupe de fruits frais au lait de coco :

Ingrédients : ananas 1 pièce ; bananes 6 mûres ; papaye 1 pièce ; oranges 2 pièces ; mangues mûres 2 pièces ; pastèque 1 belle tranche ; caramboles 2 pièces ; melon 1 pièce-portion ; sucre 100 g ; citrons verts 5 pièces pour le jus ; ½ litre de lait de coco.

  • Éplucher l’ananas, enlever les yeux et coupez-les en petits dés. Si c’est la saison des ananas, choisir des petits et coupez-les en deux dans le sens de la longueur en gardant les feuilles. Après les avoir évidés, ils serviront de coupe naturelle pour servir la salade de fruits.
  • Enlever la peau des bananes et coupez-les en rondelles régulières. Arrosez-les d’un jus de citron.
  • Éplucher la papaye, enlever les graines à l’intérieur et coupez-la en petits dés réguliers.
  • Bien éplucher les oranges à vif, puis séparer les quartiers sans laisser de peau blanche.
  • Éplucher les mangues, enlever le noyau central et coupez-les aussi en dés.
  • Enlever les graines noires de la pastèque et couper la tranche en dés.
  • Éplucher le melon, enlever les graines, coupez-le en dés.
  • Après avoir bien lavé les caramboles, les couper en petits dés.

Bien mélanger tous les fruits. Les saupoudrer du sucre semoule. Ajouter le jus des citrons. Laisser la salade de fruits au frais.

On peut ajouter au dernier moment le lait de coco ; mais il ne faudra pas servir glacé  afin d’éviter le givrage du lait de coco.

Pour la fête du nouvel an, d’autres recettes. Bonnes fêtes et bon appétit !

Hiata de Tahiti

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Nouvelles de Paris

L’hiver s’installe et les poubelles changent. Le nouveau style Delanoë tentaculaire laisse passer le vent des bombes sans (trop ?) violenter les passants. Toutes les rues n’en sont pas encore pourvues, mais ici le lycée Fénelon cher aux amours matznéviennes. C’est mieux que le sac plastique vert éventré par les corneilles.

poubelles delanoe paris 2013

Mais le style Delanoë, c’était aussi ce lego en bois établi en face de Notre-Dame pour l’anniversaire des 850 ans. La chose était d’une laideur UIFM, ce genre de constructions bricolées pour instruire le primaire. Le « projet pédagogique » municipal face à la cathédrale était d’avoir une « meilleure vue » sur la façade nettoyée… La structure est en train d’être démontée mais Notre-Dame paraît en cage tant les détritus se sont accumulés. Et, cette année, le sapin de Noël est « minable », mot qu’on affectionne dans les hautes sphères de l’État socialiste, paraît-il.

notre dame en cage

Les Gaulois survivent, mais à l’hôtel de la Monnaie, où Astérix délivre sa potion magique du « tout va bien » en monnaies d’or et d’argent !

asterix sur hotel de la monnaie

C’est sous la préfecture de police que les archéologues de l’INRAP ont découvert des sépultures médiévales sous le cloître Saint-Eloi et des constructions sur poteaux datant de la conquête romaine.

fouilles archeologiques prefecture de police paris

L’Hôtel Dieu est en crève, c’est de saison, les longs séjours étant décentralisés ailleurs. La peur du changement, toujours. Même s’il est dit que Dieu est éternel, son hôtel ne l’est pas, bien vétuste pour l’excellence qu’on réclame à la médecine.

hotel dieu en creve paris

Quant à la Samaritaine, paquebot du luxe au cœur de Paris, sa destruction a enfin commencé.

samaritaine en destruction

En revanche, la passerelle des Arts face au Louvre et le pont de l’Archevêché derrière Notre-Dame se chargent de cadenas tous plus lourds les uns que les autres. La place manque, on surcharge. Tout ce cirque pour « se dire son amour indéfectible » en jetant la clé dans la Seine – sans préjudice de la séparation dans quelques mois ou du divorce dans quelques années. Les modes mondialisées paraissent encore plus bêtes que les modes locales : elles sont plus lentes à monter et plus bébêtes encore car chaque peuple y met ce qu’il croit, dans un grand n’importe quoi naïf et sentimental à pleurer.

cadenas paris passerelle des arts et pont de l archeveche

Les touristes – comme les Français – peuvent voir enfin Voltaire dévoilé depuis quelques mois dans la cour du Louvre ! Il était resté sous filet de camouflage depuis 2006. Curieusement, cela correspondait à la suit des émeutes de banlieue en 2005, où l’islam s’était fait agressif. Comme le bonhomme Voltaire s’était fendu d’un Fanatisme ou Mahomet vengeur pour ridiculiser le cléricalisme (alors catholique et royal), tout bon Parisien ne pouvait que soupçonner la peur panique de l’État et de la Ville à « provoquer » le musulman. Selon les cinq rapports sur l’intégration récemment publiés, ne devrait-on pas mettre à bas Voltaire pour ériger à sa place Tamerlan ou Ahmad ibn Hanbal ?

voltaire enfin devoile au louvre

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Tête de nœud à Tahiti

Voilà qu’une résolution votée en Europe sonne la colère des associations religieuses et culturelles : la circoncision, mutilation génitale ou rite culturel assumé ? Après le mariage pour tous ! En fait la pratique de la circoncision (piritome) n’existait pas dans la tradition polynésienne mais la supercision (tehe) oui. L’église catholique de Polynésie « n’a pas d’avis sur le sujet de la circoncision ». Le président de l’église protestante ma’ohi déclare : « Une interdiction serait une atteinte aux droits des peuples de vivre culturellement selon leur tradition ». Le docteur Gérard Garnier, médecin et thérapeute familial, auteur du livre Te piritome ma’ohi déclare : « Cela touche à l’identité d’un peuple ». Le professeur Patrice Houdelette, chirurgien urologue dit : « C’est une mutilation génitale comme l’excision chez les filles. Ici, c’est fait vers 10-12 ans, chez les Juifs en néonatal et chez les Arabes vers 8 ans ». Encore un sujet de discussion !

Et P’tit Louis : « T’en penses quoi, de la circoncision ? – Ça dépend, si par exemple tu me présentes une tête de nœud, alors là, je suis pour ! »

circoncision

A l’heure où les maires de France marient deux personnes de même sexe, ici on se trouve face au Pacs, quoi faire ? Les têtes bien faites ou responsables se sont penchées sur la question. Une conférence-débat a été tenue dans les murs de l’Assemblée à laquelle ont participé de nombreuses personnalités des mondes politique, social et religieux. Le sujet était « La Polynésie face à la question du Pacte civil de solidarité ». Deux intervenantes : Irène Théry, enseignante, agrégée de lettres, chercheur et Véronique Margron, sœur dominicaine, docteur en théologie, professeur, ont animé cette conférence avant de débattre avec le public et certainement de clarifier ce qu’est le Pacs et de balayer les idées reçues.

Ainsi le Père Christophe, vicaire de la cathédrale de Papeete constate que les résidents polynésiens ne peuvent pas se pacser sur le territoire tandis que pour les personnes pacsées en métropole, leur Pacs est reconnu ici ! John Doom, responsable d’église, membre de l’Académie tahitienne déclare « Un couple est constitué de deux personnes de sexe différents. On ne dit pas un couple de lunettes ou un couple de chaussures. On dit une paire de lunettes ou une paire de chaussures. Il faut expliquer aux Polynésiens que le mariage veut dire procréation et qu’un couple, ce n’est pas deux hommes ou deux femmes. Dans ce cas, c’est une paire d’hommes ou une paire de femmes ». Et le maire de Mahina, Patrice Jamet, « Il est important d’informer les élus sur les réalités du Pacs et ses implications ».

L’actu vue par P’tit Louis [dans La Dépêche de Tahiti] fait dire au Maigre à chapeau « Au sujet du Pacs Doom a dit « On ne dit pas un couple, mais une paire, » concernant les homosexuels ! Et le Gros de répliquer « Dans ce cas on devrait alors dire deux paires ! »

mosquee de tahiti

Ouverture à Papeete du premier lieu de culte musulman. Le jeune imam du Centre islamique de Tahiti déclarait « Il ne reste plus un seul endroit au monde où l’on ne trouve pas une mosquée. Pourquoi pas ici ? ». Depuis lors le Centre qui se trouvait être dans un immeuble de bureau n’a pu apporter les certificats demandés par la mairie – il est fermé.

footeux de tikitoa

L’Ordre de Tahiti Nui revient au goût du jour. C’est quoi ? « La Légion d’honneur de la Polynésie française ». Le Président Flosse a élevé les Tiki Toa (les membres de l’équipe de Beach Soccer qui avaient terminé quatrièmes du tournoi) au rang de « chevaliers ». La distinction récompense « les mérites distingués acquis soit dans une fonction publique, soit dans l’exercice d’une activité privée ».

Hiata de Tahiti

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Chroniques urbaines

chroniques urbaines

Quand les éditions numériques mûrissent, elles s’installent dans le papier. C’est le cas de France-Culture, de certains blogueurs qui se voient du talent – mais aussi des éditions Le texte Vivant. Christine Claude, Stéphane Garnier, Jean-Yves Duchemin et Alexandre Feraga ont été publiés en bits ; ils sont désormais en pages, sages comme des images, bientôt primés car imprimés. De ces originalités, vous me direz des nouvelles : il y a des chroniques de tous les styles, des regards issus de toutes les personnalités, de l’observation pour tous les goûts.

Des Facéties d’une vie de gamin de Jean-Yves Duchemin j’ai déjà parlé, lorsqu’il n’était encore que numérique. En tout cas, il aime Marseille et les livres. Ses récits enlevés, véridiques et enflés, sont d’une gaminerie réjouissante.

Stéphane Garnier ne dit pas à sa mère qu’il est chauffeur de bus à Toulouse ; elle le croit chauffeur de locomotive pour avoir écrit Haut le pied ! « La lente monotonie des journées busiennes regorge de mille et une péripéties que petit à petit je me suis amusé à relater, dans ma tête d’abord, puis sur papier. » Contemplatif, haut sur roue, il observe. Ses congénères, le paysage urbain, les mille vies de la ville. « Vous, je vous apprécie, car vous êtes le seul qui ne regarde pas mes nichons quand je monte », lui assène une cliente. Hum ! Il suffisait juste qu’elle attire son attention sur son 95b à ne pas rater.

Les rues atteNantes d’Alexandre Feraga évoquent cette ville de Premier ministre et Notre-Dame des glandes. « J’ai trouvé Nantes tout de suite, en quelques minutes. Une évidence. Je m’y suis senti bien dès les premières respirations entre randonnées en montagne ou escapades à Belle-Isle-en-Mer. » Ce travailleur du social connaît bien l’espèce humaine. Ainsi de la Gêneuse, genre crevarde illettrée qui borborygme trop fort dans son mobile avec le jargon branché fait d’onomatopées, emmerdant tous le wagon. Chacun s’y reconnaîtra.

Les pieds de la femme boutonnière est une histoire qui se passe rue Lepic, vers Montmartre à Paris pour ceux qui ne sont jamais « montés » à la capitale comme on monte en maison. Raconté par un livreur en mobylette curieux de cette femme bariolée qui coud des boutonnières pour costumes de scène, parfois pour de grands couturiers. Pieds nus quelle que soit la saison, Ma est routarde, boutiquière, trahie. Ma est son nom, qui se confie au gamin grandi. Elle évoque ces petits métiers de grand-mère en petites-filles, qui rassurent après avoir routé le monde dans la dèche. C’est doux-amer, nostalgique du « Paris d’avant », humain du Paris d’aujourd’hui où – mais oui – la vie de quartier subsiste. L’auteur, Christine Claude, est d’origine capitale mais navigue entre la Bretagne et le Maroc, cet orient à la porte des années 70.

L’ensemble est réaliste et surréaliste, classique et rock, social et urbain. En tout cas profondément humain – comme on aime. Ces petits bouts de vie, jamais édités en papier encore, font un cadeau original.

Chroniques urbaines – nouvelles, novembre 2013, éditions Le texte vivant, 289 pages, €13.30

Site de l’éditeur : www.letextevivant.fr

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Abomey du Dahomey au Bénin

La route est longue vers Abomey, les paysages défilent. Enfin Abomey, capitale historique du Dahomey fondée en 1625 selon la tradition. Un royaume militaire, très organisé, qui grâce au trafic d’armes et d’esclaves s’étendit vers la zone côtière et conquit le royaume d’Allada. Entre 1625 et 1900, douze rois se succédèrent à la tête du puissant royaume. Chacun des palais était construit à l’intérieur d’un enclos fait de murs de pisé et l’ensemble du site couvre une superficie de 47 hectares. Les palais royaux d’Abomey demeurent un haut lieu de l’histoire et de la culture du Bénin. Les collections sont constituées essentiellement par des sièges royaux, des bas-reliefs, des statuettes et des objets cultuels vaudous.

TOGO BENIN GANVIE

Nous sommes en barque, allant à Ganvié. Le village lacustre du sud du Bénin est situé sur le lac Nokoue, au nord de Cotonou. La « Venise de l’Afrique » regroupe plusieurs milliers de cases en bois, construites sur pilotis, abritant environ 30 000 habitants qui vivent essentiellement de la pêche, mais de plus en plus du tourisme. C’est la plus importante cité lacustre d’Afrique de l’Ouest.

TOGO BENIN GANVIE

Au 18e siècle, les populations de la région tentaient d’échapper aux razzias esclavagistes et seraient  venues se réfugier dans les marécages du lac. Les populations ne cessent de croître, les cases sur pilotis s’avancent toujours plus avant dans le lac. Bien sûr les conditions hygiéniques sont déplorables. Bien sûr l’alimentation en eau potable n’existe que sur deux bornes fontaines. Les habitants doivent s’y rendre en pirogue pour remplir leurs bidons. L’eau du lac est saumâtre puisque le lac communique avec la mer. Les eaux usées, les excréments du bétail se retrouvent dans le lac, profond de 2 m environ. Les rayons ultra-violets sont chargés de la désinfection. L’eau du lac n’est pas trop polluée dit-on… ce qui permet la pêche et la pisciculture. Mais pour le moment pas de pollution industrielle.

TOGO BENIN GANVIE

Les tempêtes détruisent parfois quelques centaines de maisons ! Pendant les crues de la saison des pluies, soit environ 4 mois, l’eau arrive au niveau des pilotis. Le bétail doit alors être extrait des îlets semi-lacustres et partager le niveau des habitants. Il n’y a pas ou peu d’alimentation électrique. Certains nantis qui ont fait fortune à l’étranger disposent de groupes électrogènes et d’autres de panneaux photovoltaïques.

TOGO BENIN GANVIE

Durant six mois les pêcheurs entretiennent leur pâturage aquatique ceint de fascines qu’ils possèdent sur le lac, ils peuvent ensuite procéder à la récolte,  qui servira à nourrir la famille et à la vente. Les Tofinu ou hommes de l’eau ont développé cette technique « acadja » de pisciculture dans cette vaste zone lagunaire. Ganvié devient le site touristique le plus visité dans cette sous-région ouest africaine.

C‘est sur cette note colorée que s’est terminé notre voyage Togo-Bénin.

Hiata de Tahiti.

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Politique économique zéro

Le président Hollande prend son temps pour tout, pesant et soupesant, n’osant pas avancer, sauf sur les promesses qui ne l’engagent à rien (mariage gai, prostitution). Même pour la mort de Nelson Mandela, il a attendu l’après-midi pour accoucher d’un discours écrit par un autre, au français incertain (Hollande et orthographe sur Google montre combien l’Éducation nationale rend illettré même les énarques : 812 000 résultats !) Le Premier ministre Ayrault a été plus rapide, tout comme le président Obama et le Premier anglais.

Or, en interne, le temps est compté au président. Puisque le socialiste Jospin a forcé le soi-disant « gaulliste » Chirac à transformer le septennat en quinquennat, tout va plus vite : le président n’est plus à l’époque Mitterrand où il pouvait « donner du temps au temps ». Surtout lorsque les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, n’ont réformé qu’à la marge depuis 30 ans. Le processus actuel reste velléitaire, soumis aux lobbies politiciens et syndicaux, cantonné dans les bureaux fermés de l’Élysée ou de Matignon.

  • Nous sommes loin de la démocratie quand le Premier ministre demande avant toute chose leur avis aux syndicats sur la réforme de l’impôt plutôt qu’aux représentants élus de la nation dont la première mission est de voter le budget !
  • Nous sommes loin de la transparence républicaine quand les rumeurs qui « filtrent » dans les médias ou les « sites internet » des ministres sont la seule information aux électeurs.
  • Nous sommes loin de l’efficacité de la dépense publique que les citoyens sont en droit d’exiger vu l’ampleur des impôts plus grande qu’ailleurs en Europe, lorsqu’on se contente d’enterrer rapport après rapport, évaluation PISA après évaluation PISA, sans faire aucun effort pour changer les choses en mieux que le clientélisme du « plus de moyens ».

francois hollande profil

En externe, l’Union européenne mais surtout la monnaie unique obligent. La France ne peut se permettre de laisser grandir l’écart économique entre elle et les autres. Car l’austérité poursuivie depuis 2008, voire depuis la réunification dans le cas allemand, a maintenu le cours de l’euro tout en améliorant la compétitivité à l’exportation de la zone. Les excédents du commerce extérieur sont recherchés pour créer de la demande aux entreprises de la zone euro, donc de l’emploi – et redresser les budgets. Depuis l’an dernier, la balance commerciale de la zone est passée en excédent. Cela augmente la demande d’euros et réduit la demande de dollars : ce pourquoi l’euro est « fort » contre dollar, même s’il est désormais moins demandé en Asie, où le yuan partiellement convertible a pris le relai. Depuis l’été, l’inflation est plus forte aux États-Unis que dans la zone euro – parce que la croissance des pays du sud, France incluse, est quasi nulle – ce qui conforte encore l’attractivité de la monnaie unique par rapport au dollar.

La politique des autres (excédents commerciaux), la répugnance française à baisser la dépense publique au lieu d’augmenter les impôts (entraînant déflation de consommation, d’investissement, d’actifs), font que la France conduit une politique en contradiction avec celle des autres. L’euro est fort et la France s’enfonce ; les pays de la zone sont confortés, la France décline. Des critères du rebond (demande accrue de biens et de services, désendettement des ménages et des investisseurs, croissance technologique, nouvelles sources d’énergie, réformes économiques) – la France ne choisit RIEN. Nous sommes dans la politique-zéro, le pilotage à vue en fonction des braillements dans la rue, des éclats syndicaux ou patronaux et des remontrances des « zélus de terrain » à l’œil fixé sur les municipales.

Comme le résume – avec un brin d’humour – un texte qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux : « Les problèmes des boulangers sont croissants et pain bénit pour les revendications. Alors que les bouchers veulent défendre leur bifteck, les éleveurs de volailles se font plumer, les éleveurs de chiens sont aux abois, les pêcheurs haussent le ton ! Et bien sûr, les éleveurs de porcs sont « dans la merde », tandis que les céréaliers sont sur la paille. Par ailleurs, alors que les brasseurs sont sous pression, les viticulteurs trinquent. Heureusement, les électriciens résistent. Chez EDF, les syndicats sont sous tension, mais la direction ne semble pas au courant. Mais pour les couvreurs, c’est la tuile et certains plombiers prennent carrément la fuite. Dans l’industrie automobile, les salariés débrayent, dans l’espoir que la direction fasse marche arrière. Les cheminots voudraient garder leur train de vie, mais la crise est arrivée sans crier gare. Les veilleurs de nuit, eux, vivent au jour le jour. Pendant que les pédicures travaillent d’arrache-pied, les dessinateurs font grise mine et ne peuvent plus voir le gouvernement en peinture, les militaires partent en retraite, les imprimeurs dépriment et les météorologistes sont en dépression. Les prostituées, elles, se retrouvent à la rue. Ah, j’oubliais : les bonnets rouges sont verts de rage ! »

Un sondage BVA pour iTélé montre que 52% des interrogés voteraient pour un « nouveau parti politique qui viendrait de se créer » aux municipales et européennes de 2014. Même si les sympathisants de gauche ne sont que 39% prêts, 46% le sont à droite (tant l’UMP de Copé apparaît nulle). Mais ce qui fait la différence, comme l’élection, sont les personnes ni de la droite ni de la gauche partisane, ce « marais » – qui sont à 76% prêts à voter pour une nouvelle formation !

Autrement dit : « sortez les sortants ! »

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Les lions de la Pendjari

TOGO BENIN PARC DE LA PENDJARI

Le Parc national de la Pendjari est compris dans une réserve de biosphère au nord-ouest du Bénin, à la frontière du Burkina Faso. L’emblème du Parc de la Pendjari est le guépard. Nous y verrons des lions, des lycaons, des hippopotames, des cobes, des phacochères, des bubales, des buffles, des singes. Les autres animaux du Parc de la Pendjari sont l’hyène, le chacal, le léopard, l’éléphant d’Afrique, le damalisque ou topi, l’hippotragus ou antilope chevaline, le cobe de Buffon, le cobe Défassa ou water Buck ou antilope sing-sing.

Notre arrivée dans « l’hôtel de la Pendjari » était remarquable. Les cases avaient été sommairement rénovées tandis que l’hôtel avait été pillé par « ceux qui faisaient la guerre ». Ils avaient emporté leur butin guerrier : les lavabos, les WC, les placards, les portes, les fenêtres, etc. Le gardien nous a averti que peut-être, demain matin, nous ne pourrions pas sortir de notre case car «  la dernière fois où des touristes étaient venus, ces messieurs lions et dames lionnes s’étaient reposé de leur chasse nocturne devant les portes jusqu’à midi ». Repus, ils avaient eu besoin de digérer ! Bon, nous étions prévenus.

Il faisait 50° dans nos cases et la prudence nous obligeait de garder la porte fermée. Sitôt réveillée, M me demandait si j’avais entendu les lions et si elle pouvait tenter une sortie. A tes risques et périls, M ! La matinée avançait, aucun bruit, enfin le gardien est venu frapper à chaque porte en annonçant « les lions ne sont pas venus », vous pouvez sortir ! Merci Roi des animaux. Le petit déjeuner fut vite expédié, les valises chargées et notre départ organisé rapidement. Nous aperçûmes lions et lionnes à une courte distance de nos cases, repus et vautrés dans l’herbe. Ils n’ont pas même levé la tête pour nous saluer !

TOGO BENIN

Les chutes de Kota et Tanougou, à 15 km de Natitingou, nous offrirent un peu de fraîcheur dans un décor somptueux, après cette nuit d’angoisse… La grande chute de Kota est haute de 20 m avec un débit de 1,5m3/seconde. La chute de Tanougou est située dans le village qui porte son nom, elle se précipite d’une hauteur de 15 m, son débit est de 1,5 m3/seconde. C’est la cascade la plus célèbre de l’Atacora, peut-être même du Bénin. Elle se jette dans une piscine naturelle. Cette cascade demeure l’un des grands lieux du culte rendu aux divinités de cette localité  et demeure une retenue d’eau. Il est permis d’y nager.

TOGO BENIN LAC NOKOUE

Nous allons entreprendre la descente du Bénin vers Abomey et Ganvié. Les paysages sont variés. Les barrages de police toujours aussi nombreux. Nous avons découvert parmi nous un ancien para qui exhibe fièrement son tatouage où figure son numéro matricule de parachutiste et qui permet l’ouverture rapide des barrières, même après les horaires « variables »,  avec les félicitations et le salut des militaires en faction. M : « Au moins cela nous sert car pour le reste, pas terrible le bonhomme ».

Hiata de Tahiti

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Réformer l’État

Les marchés commencent-ils à douter de la France ? Ce que disent depuis un moment certains économistes de marché comme Patrick Artus (Natixis) et Laurence Boone (Bank of America) commence-t-il à se voir ? L’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Irlande, vont mieux, l’Allemagne va toujours bien – seule la France reste à la traîne selon les chiffres novembre de la Commission européenne :

  • 0.9% de croissance en 2014 contre 1.1% pour la zone euro, 1.7% pour l’Allemagne et 2.2% pour le Royaume-Uni ;
  • 0.6% de prévision d’investissement contre 1.9% pour la zone euro, 4.4% pour l’Allemagne et 5% pour le Royaume-Uni ;
  • 11.2% de chômeurs contre 12.2% pour la zone euro mais 5.3% pour l’Allemagne et 7.5% pour le Royaume-Uni ;
  • un déficit commercial de 1.5% contre un excédent de 2.9% pour la zone euro et de 6.6% pour l’Allemagne ;
  • un déficit budgétaire de 3.8% du PIB encore contre 2.5% dans la zone euro et un excédent de 0.1% pour l’Allemagne…

commission europeenne

Croissance plus faible que les autres, déficit public persistant, impôts qui rentrent moins et sont contestés ouvertement jusque dans la rue, déficit commercial faute de compétitivité, investissement en berne, chômage en hausse – malgré la méthode Coué du président Hollande qui affirmait « inverser la courbe d’ici la fin de l’année ». L’absence de visibilité sur l’avenir obère la confiance, donc l’initiative : les consommateurs épargnent pour les impôts de l’an prochain (toujours cette exception de ne pas prélever à la source), les entreprises se gardent d’investir en France (ailleurs, oui) et d’embaucher (si elles ont trop de salariés, elles ne pourront pas débaucher sans délais, paperasserie, procès – ou se mettre en faillite), les créateurs d’entreprise vont créer ailleurs, insultés par les politiciens de gauche, tracassés par une administration courtelinesque, taxés comme des malfrats dès le premier bénéfice, mal vus par les envieux amplifiés par les médias.

Paul Krugman a presque félicité la France de ne pas faire assez d’économies budgétaires. Mais ce prix Nobel n’est pas à la première erreur près : il avait pronostiqué l’explosion de l’euro (elle ne s’est pas produite) et la dévaluation de la monnaie lettone sur le modèle du peso argentin (il ne s’est pas produit). Alors, quand il préconise de faire encore plus de dépense publique pour soutenir la consommation, il se trompe d’époque et de zone. L’Union européenne n’est pas les États-Unis : ses États ne sont pas unis, seule la monnaie l’est pour 18 d’entre eux sur 28. Même si la gauche adore la version superficielle et médiatique de John Maynard Keynes, l’économiste qui a prôné l’intervention de la dépense d’État pour corriger les déséquilibres du marché, John Maynard Keynes n’a JAMAIS prôné la dépense publique à guichets ouverts et trente années de suite !

Corriger un déséquilibre ne signifie en aucun cas en créer un, artificiel et public. La preuve : dans une union économique et monétaire telle que l’Europe de l’euro, les pays vertueux, qui ont en dix ans réduit leur dépense publique, réorganisé leur intervention pour une meilleure efficacité, et laissé au marché le soin d’ajuster offre et demande, ont nettement mieux réussi que les pays immobiles, englués dans le clientélisme de la dépense d’État à vue trop souvent électorale (Grèce, Italie, Portugal, France, voire Espagne). En 5 ans, de 2008 à 2013 – années de crise aiguë – l’Allemagne, l’Estonie, la Finlande, la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne et la Suède, ont réussi à réduire leur déficit public à une moyenne de 1.6% de leur PIB, contre une moyenne de 4.8% des 19 autres pays qui n’ont pas engagé les réformes suffisantes. Ce n’est pas par plaisir masochiste : ces 8 pays vertueux ont eu une croissance économique de 1.4% sur la période, tandis que les 19 pays handicapés ont une croissance négative de 0.8%.

Car ce qui fait la croissance, ce n’est pas l’argent distribué, mais l’équilibre entre offre adaptée et demande solvable. Donner de l’argent public, c’est encourager la dépense immédiate, donc les importations. Ce ne peut être qu’un coup de pouce conjoncturel, en aucun cas une politique permanente. Jamais les entreprises locales ne vont investir dans plus de capacités de production pour de l’argent donné d’en haut, qui peut être repris à tout moment (par l’arrêt des subventions et la hausse des impôts). Les entreprises ont besoin de visibilité sur la demande, elles ont besoin de la croire durable, pour investir et produire. Elles ont besoin aussi de coûts fixes qui puissent supporter la concurrence extérieure.

Or la distribution d’argent public s’appuie toujours sur de gros impôts, sur les ménages et sur les producteurs, coût qui handicape le prix de revient, donc la marge nécessaire pour investir. Les idiots accusent le doigt sans voir la lune, ils pointent « les actionnaires » sans regarder avant tout les bénéfices. On peut discuter de la distribution quand il y a bénéfice – c’est un bavardage stérile quand il n’y en a pas. Si l’entreprise vend à perte, à prix coûtant ou avec un faible profit, comment peut-elle investir pour le futur ? Ou même assurer de l’emploi aujourd’hui à ses salariés ? Car si « les salaires » ne baissent pas, c’est l’emploi qui baisse, donc la masse salariale globale.

Le circuit économique forme un tout et la dépense publique non maîtrisée distord l’équilibre. L’investissement public est utile à l’intérêt général – en ce cas, la dépense publique est bonne. La distribution sociale est utile aux malchanceux, aux peu dotés par l’éducation et à la transition entre deux emplois – mais à condition d’apprendre aux inaptes comment pêcher le poisson, plutôt que de leur donner tout congelé. Regarder ce qui se fait chez les voisins – par qui on est lié par traité – est indispensable pour ne pas diverger des équilibres nécessaires pour maintenir l’euro. En France, on en est encore loin :

  • réformer le Mammouth éducatif, décentraliser, encourager l’initiative pour intéresser enfin les élèves et leur apprendre la base (lire, écrire, compter, s’exprimer en public) ;
  • réformer Pôle emploi, à qui on demande de faire tout et qui ne fait donc rien (rien de suffisant, rien de bien, rien de suivi) ;
  • réformer la manne de la formation permanente, financée par les entreprises et les salariés, et qui reste dans les mains des lobbies syndicaux, sans contrôle ;
  • réformer la vision médiatique et professorale sur les « métiers manuels » ou les formations pratiques ; réformer le millefeuille administratif où tout le monde est compétent sur tout : la commune, la communauté de commune, le département la région, l’État et même l’Europe sur le chômage !
  • réformer la bureaucratie envahissante, qui exige dossiers, lenteur et signatures arbitraires pour n’importe quelle activité
  • réformer la fiscalité, proliférante, illisible, gâchée de niches populistes et de privilèges clientélistes accumulés sans ordre, fiscalité injuste par cette flat tax à la Thatcher qu’est la CSG à 15.5% sur TOUS les revenus sans distinction, alors qu’au moins la TVA est modulée selon les produits, et permet un choix de consommation à ceux qui ont beaucoup comme à ceux qui ont peu.

Voilà ce qui est réformer l’État.

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Passage au Bénin

Le Bénin, ou République du Bénin, est un pays d’Afrique occidentale, de 112 622 km2 et de près de 10 millions d’habitants. Sa plus grande longueur est de 670 km du fleuve Niger au nord, à la côte atlantique au sud. A l’ouest le Togo, à l’est le Nigéria, au nord le Niger et le Burkina Faso sont ses voisins. Il fut surnommé un temps le « Quartier latin de l’Afrique ». La capitale politique est Porto-Novo, mais Cotonou la capitale économique. Le pays a une forme étirée entre le fleuve Niger au nord et la plaine côtière au Sud, le relief est peu accidenté, le point culminant étant le mont Sagboroa à 658 m.

TOGO BENIN

A partir du 15è siècle, les royaumes apparaissent, trois grandes aires culturelles : Bariba au Nord, Yoruba à l’Est et Aja-Ewe au Sud. Guerre de succession entre les héritiers d’Allada vers 1620, création de deux royaumes, au Sud-est le Hoogbonu dans la future Porto-Novo et le Dahomey avec Abomey. Suivent une série de conquêtes où le roi du Dahomey s’empare des autres royaumes ; le royaume dispose d’une large ouverture sur la mer, échange commercialement avec les Portugais et les Néerlandais. La société est complexe et raffinée, efficace mais sanglante. Le roi Hwegbaja a un contingent de femmes amazones, anciennes chasseresses d’éléphants. Il y a beaucoup de monde le long de la « côte des Esclaves », des Néerlandais, Portugais, Danois, Anglais, Français. Les villes prospèrent grâce au commerce. Suit alors la colonisation. Le roi Béhanzin vous dit-il quelque chose ? Défiant l’armée française, il finit capturé en 1894, déporté en Martinique.  Le pays accède à l’indépendance le 1er août 1960. Ce n’était qu’un court résumé de l’histoire du Bénin. Il existe des sources de renseignements pour tous ceux qui désirent en savoir plus.

TOGO BENIN

De Djougou, troisième centre commercial du pays, ancienne escale de la route du sel et de la noix de cola, nous filerons sur Natitingou avant d’atteindre le Parc national de la Pendjari. Au nord de la ville, dans une végétation luxuriante, les villages Taneka, à flanc de montagne dévoilent une architecture spécifique. Ce sont des cases rondes en banco, serrées les unes contre les autres, avec des toits de chaume surmontés de jarres en terre cuite, les canaris. Taneka signifie fier, valeureux. Ces guerriers ont installé leur village sur les hauteurs afin de se protéger de l’invasion des ennemis à cheval. La tradition est gardée par la famille royale.

En février, les toitures sont réparées, les Taneka retrouvent le chemin de leur village. La circoncision est pratiquée sur les jeunes gens de 18 ans. Une cérémonie de flagellation oppose les jeunes entre eux. Ils se fouettent mutuellement – et attention à ne pas montrer des signes de faiblesse malgré la brutalité des coups !

TOGO BENIN

Natitingou est une commune implantée dans une vallée au pied de la chaîne de l’Atakora qui culmine à 641 m d’altitude. On y cultive sorgho, maïs, igname, coton ; on y fabrique du tchoucoutou (bière de mil). A la vôtre, santé !

Hiata de Tahiti

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Tout Tahiti vient de la mer… même les vahinés

La mer monte, c’est une menace réelle. Les scientifiques ont travaillé sur des hypothèses de hausse de 1 à 3 m du niveau de la mer. Entre 6% et 12%  des îles françaises sont menacées d’être totalement submergées. La Nouvelle-Calédonie abrite 30% des îles menacées, la Polynésie française également 30% et la Méditerranée 10%. Les espèces endémiques déjà répertoriées en danger seraient les plus vulnérables. La biodiversité des îles est de manière générale, particulièrement riche.

Treize ans après avoir capturé, marqué et relâché un thon obèse dans le cadre d’une expérience scientifique, ce thon a été repêché ! Le thon qui pesait 100 kilos a été capturé à 1000 km à l’est de Fidji, la marque envoyée au Secrétariat général de la Communauté du Pacifique (CPS) service de recherche halieutique à Nouméa. Selon les spécialistes, cette période de 13 ans est très proche du record enregistré à ce jour dans le cadre du programme de marquage des thonidés lancé par la CPS dans les années 1970. Les scientifiques précisent que la recapture de ce thon, âgé d’au moins 15 ans, donne de précieuses indications sur la longévité des thons obèses.

vahine 2014

Présents dans les océans depuis environ 420 millions d’années, les requins ont évolué avec le temps et sont encore aujourd’hui en haut de la chaîne alimentaire de leur élément. 465 espèces de requins dans le monde, 35 familles et 8 ordres. De nombreuses espèces sont menacées y compris en Polynésie française. Deux ordres, les squaliformes et les carcharhiniformes. Les œufs de requins sont fécondés à l’intérieur du corps de la femelle. Certains requins sont ovipares (donnant naissance à des œufs), d’autres vivipares (donnant directement naissance à des petits), d’autres encore ovovivipares (donnant naissance à des petits provenant d’œufs éclos dans l’utérus).

Les requins des lagons de Polynésie sont de nature discrète, mais curieuse ; ils semblent moins agressifs que leurs cousins pélagiques. En Polynésie, ce sont des espèces protégées. Le ma’o mauri (requin à pointe noire) est présent dans tous les lagons, il est le plus répandu. C’est le nettoyeur des lagons. La couleur de son dos varie du brun à gris et son ventre est blanc. Il mesure de 1m50 à 1m80. L’extrémité de ses nageoires et de ses ailerons est noire. Il est vivipare et peut vivre en groupe. Il est de nature timide et craintive. Il ne représente pas un danger pour l’homme. On peut le voir évoluer dans très peu d’eau.

Le mamaru (requin à pointe blanche du lagon) est très répandu dans nos archipels. C’est un nocturne, on a donc peu de chance de l’observer, il est peu craintif, moins timide que son cousin ma’o mauri ; il mesure environ de 1m60 à 2m, de couleur grise ponctuée de taches plus sombres, son ventre est blanc et la partie supérieure de sa première nageoire dorsale et de sa caudale est blanche. Il est vivipare.

Le ma’o arava (requin citron) est plus rare dans le lagon. Il est de couleur jaune, mesure plus de 3m50, a une forme massive. Pas timide, il ne recherche pas le contact, mais est craint des pêcheurs pour son mauvais caractère. Et les rencontres avec le requin-tigre se multiplient autour de Tahiti, cela devient un nouvel atout touristique. Il suffit de se balader du côté de la passe d’Arue ou de la vallée blanche de Faa’a. Il parait qu’on peut les observer en pleine journée alors les touristes sont avides de cette nouvelle offre de frissons garantis.

Ouverture de la pêche aux trocas exceptionnelle dans les Iles sous le Vent le 7 octobre. Le quota sera de 280 tonnes pour la campagne 2013. La clôture interviendra le 8 novembre. La pêche aux trocas est communautaire et doit surtout profiter aux personnes sans ressources fixes. Mais attention de ne pas pêcher tout et n’importe quoi comme il y a cinq ans. On doit donc installer des comités de surveillance afin de pallier à ces «incivilités ». Les coquilles doivent être  présentées vides de chair et propre. Le tire-bouchon «  paumotu » pour extraire la chair crue du troca a fortement intéressé les pêcheurs. Il est ainsi possible de nettoyer cinq trocas à la minute avec cet outil. Toutefois, c’est la nacre qui est recherchée dans cette pêche. Il faudra respecter la taille requise des coquilles entre 8 et 11 cm d’un troca âgé de 4 à 7 ans avec une coquille neuve et non piquée. Pour se faire il est question de réaliser des gabarits en bois avec les mesures demandées sinon… Si tout se passe bien, on pourrait envisager de renouveler cette pêche tous les trois ans.

blobfish

Le blobfisch (poisson-tache ou poisson-goutte) a été élu l’animal le plus laid du monde. C’est un poisson du Pacifique avec un visage de vieillard, aux traits déformés, qui vit entre 600 et 1200m de profondeur au large des côtes australiennes et qui menacé risque de disparaître, qui ressemble à une lotte bouffie et affublée d’un gros nez mou. Si cela vous intéresse c’est ici.

Hiata de Tahiti

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MonoPole emploi

Le préposé bureaucrate obéit-il aux règles paperassière de sa formaliste et courtelinesque Administration lorsqu’il grafouille sur son clavier une telle « annonce » ?

Bien malin qui saura quel poste est offert : pour faire quoi ? Bac+5 pour 30 euros de l’heure ? En brut ? Négociable à 30 euros ou 30 euros ? Avec expérience d’au moins 3 ans de » professeur de l’enseignement supérieur » ? De qui se moque la vierge folle, Notre-Dame de l’Administration ?

pole emploi annonceSurtout lorsque, par curiosité, vous « cliquez sur le lien suivant« . Il n’y a jamais eu d’offre ! Car sitôt reçu, sitôt cliqué – et l’offre serait déjà retirée ? Dans quel monde saint Pôle emploi vit-il ? Celui des Bisounours ? A-t-il – pôvre bête – à « faire du chiffre » administratif comme dans le vulgaire privé ?

pole emploi reponse

Le pire n’est pas une erreur – ça arrive. Le pire est que cette façon de faire est systématique à Pôle emploi. Les annonces pour « l’enseignement supérieur » vous proposent allègrement 10 à 12 euros de l’heure, parfois 30 – mais avec 3 ou 5 ans « d’expérience » exigée ! Trop souvent, on « recherche professeur de l’enseignement supérieur » mais sans dire de quoi. Un prof – c’est bien connu SAUF évidemment à l’Éducation nationale et dans l’Administration – peut tout enseigner à n’importe qui pour pas un rond !

Ce n’est pas Guimauve le conquérant qui va cravacher sa souffreteuse mule administrative pour « inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année » (quelle blague !). Au vu des chiffres d’octobre (ci-dessous), non seulement la fin de l’année approche, mais le chômage poursuit allègrement (du nom d’un ex-ministre chasseur de mammouth) sa hausse en « exception française ». Seuls les « emplois aidés » (de para-fonctionnaires invendables et non-formés) font semblant de stabiliser le désemploi pour 36 mois. Ces gens-là sortiront juste avant les élections présidentielles… Croyez-vous qu’ils vont voter Gros menteur ?

chomage octobre 2013 france toutes categoriesLa misère est que l’Hadministration (comme Flaubert moquait l’Hâmour) est contente d’elle-même. Elle « fait ce qu’elle peut », elle « manque de moyens », elle a même « des suicides » dans ses rangs (comme s’il n’y en avait pas parmi les chômeurs !), elle est seule au monde et se fout royalement de l’environnement économique et social. Croyez-vous qu’elle  remettrait en cause ses missions, sa paperasserie et son organisation ? Que nenni ! Surtout pas : être fonctionnaire est un acquis.

Il ne faut surtout rien changer au petit travail tranquille où chaque matin après 9 h vous saluez vos collègues qui rentrent d’arrêt maladie sans jour de carence par un « bonjour paresse » avant de brasser du papier inutilement, même si c’est « moderne » de tapoter sur clavier (mais pas plus efficace !), avant d’aller assister à des « réunions » où le sous-chef se fait mousser qui vous fait perdre votre temps. Car ce qu’on vous demande pour être « bon fonctionnaire », ce n’est pas d’être efficace – surtout pas ! – mais d’obéir aux règles formelles et de dire toujours ‘oui’ à votre hiérarchie. Les compétences ne servent à rien, seules comptent les savoirs. Comme dans cette Éducation nationale que personne ne nous envie et qui échoue chaque année un peu plus aux tests « de compétence » PISA comme à former les jeunes à être employables.

Pour rendre l’emploi plus fluide, il faut « casser » l’administration : elle est le Mal français.

Au vu des « performances » indécentes de telles annonces publiées comme plus haut, il faut « supprimer » l’administration de l’emploi. Ne garder que le versant indemnisation, qui est simple calcul de droits (tirage sur cotisations dûment payées durant des années). Ce que Bercy ferait très bien. Et financer la formation des chômeurs, au minimum par apprentissage de la recherche d’emploi et présentation d’un CV efficace. Quelles économies ce seraient ! Quelle efficacité pratique aussi. Tout le je-m’en-foutisme des « minables » (mot favori d’un ministre parmi les premiers), tout l’idéalisme sentimental impuissant de ceux qui se prennent pour des assistantes sociales en publiant de telles petites annonces de poste serait éradiqué.

Pour le plus grand bien des chômeurs, des citoyens qui payent des impôts, et du marché de l’emploi !

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Maisons à tourelle du Togo

On arrive dans la province de Kara dont les habitants les Kabyés sont surtout connus pour leurs cultures en terrasses dans les Monts Kabyés (Chaîne de l’Atacora). Kabyé signifie « paysan de la pierre », allusion au terrain où ils cultivent et d’où ils extraient les pierres qui leur servent à confectionner les murets des terrasses. Ils maîtrisent le feu et sont d’habiles forgerons depuis des siècles. Ils réalisent des objets de la vie quotidienne des villageois et des paysans tels houes et outils en utilisant fers et aciers de récupération comme les suspensions de camions ! Ils sont également connus pour être de valeureux lutteurs.

TOGO BENIN

Toujours plus proche de la frontière béninoise, voici Boufale, une petite ville située à environ 42 km de Kara. Le marché traditionnel se tient le lundi. L’agriculture c’est ici beaucoup de produits vivriers tels le sorgho, maïs, riz, igname, mil, patate douce, haricots ; l’élevage aussi est pratiqué : volaille, porc, caprin, bovin. Le coton est en déclin.

TOGO BENIN FORGERONS

La chaîne montagneuse de l’Atacora ou Atakora est commune au Togo, au Ghana et au Bénin. Au Togo, la chaîne se nomme les monts Togo, au Ghana les collines d’Akwapim, au Bénin l’Atacora ! Le Togo possède le point culminant au mont Agou à 986 m d’altitude. Le Bénin offre trois sommets principaux : le mont Sokbaro 658 m, le mont Tanéka 654 m et le mont Bimi. L’Atakora est considéré comme une montagne refuge. Les Somba cultivent millet, fonio, bovins, l’arachide, le tabac, le kapok sur un sol pauvre, la latérite. Le pays Somba est à cheval sur la frontière. Les habitations sont des trésors d’architectures.

TOGO BENIN TATA SOMBA

Les Tamberma ou Betamaribes ou Somba au Bénin (ceux qui façonnent la terre) appartiennent à l’aire culturelle Paragourma. Ils auraient une origine divine. Ils sont les enfants de Fawaafa, le serpent souterrain qui couverait dans un lieu secret les œufs d’où sortirent leurs premiers ancêtres. Ils se seraient réfugiés dans la zone actuelle entre le 16e et le 18e siècle pour se protéger de la domination que cherchaient à leur imposer les royaumes Mossi et autres. On raconte que les forgerons Babiatiba les auraient alors accueillis.

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Les Tamberma construisent de petits fortins à deux étages, à tourelles qui ne comportent qu’une seule ouverture, on les appelle les takienta ou tata somba ou tata temberma. Certaines ont un grenier de forme quasi sphérique qui surmonte une base cylindrique. Ils possèdent des toits plats, d’autres des toits coniques recouverts de chaume. C’est à l’origine un habitat de guerrier. Ils sont regroupés en village et comprennent des espaces cérémoniels, des sources, des rochers et certains sites réservés à l’initiation.

Le diffoni est le rite destiné aux garçons. Il a lieu tous les quatre ans. Ils sont initiés aux traditions de la tribu et font leur éducation sexuelle. Les jeunes doivent faire une retraite dans la forêt sacrée où habite le génie de la terre. Il s’agit pour les jeunes de devenir des adultes. A la fin, ils recevront les insignes de chasseur : chapeau à cornes de buffles, armes et boucles d’oreilles en cuir.

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Le dikuntiri est destiné aux jeunes filles et dure moins longtemps. A leur sortie elles reçoivent un chapeau à cornes d’antilope. Elles sont devenues des femmes et peuvent rejoindre l’habitation de leur mari.

Ces maisons à tourelles sont devenues un symbole au Togo. Les Tata Somba sont séparés d’une distance qui est celle de la portée des flèches tirées depuis leurs toits terrasse. Les tata sont flanqués sur leur seuils de petits autels. Chaque membre de la famille possède le sien et est voué au culte d’une divinité vaudou. On trouve également des crânes, des ossements, des plumes, des épis de maïs séchés accrochés aux constructions et qui reçoivent parfois des liquides sacrificiels. La porte d’entrée ou le trou rond qui en sert est toujours orienté vers l’ouest. Les Tamberma (maçons de la terre) sont environ 80 000 et sont répartis sur environ 500 km2 près des monts Atakora.

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Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer

yukio mishima le marin rejete par la mer

Ryuji est marin, seul au monde depuis que sa famille a péri, dans les bombardements ou par maladie. Il aime la mer, les tropiques, la « Grande cause » de l’aventure au loin, substitut de la voie du guerrier interdite par la défaite. Pourquoi s’entiche-t-il donc d’une veuve commerçante, Fusako, la quarantaine et mère de Noburu (prononcer Noboulu), un collégien de 13 ans ? Nul ne sait par quel caprice du destin cet albatros s’abat sur le quai de Yokohama, ses ailes de géant l’empêchant de marcher.

Car si l’amour est aveugle et si l’abstinence, cinq ans durant, rend la virilité désirable à une veuve japonaise des années 1960, le début de l’adolescence est un bouleversement. Noburu découvre un trou dans le mur de sa chambre, par lequel il épie sa mère nue et ses ébats avec le viril, musclé et velu Ryuji dont le corps semble bosselé comme une armure. Mais ce n’est pas le sexe qui le tourmente : c’est bien pire. Ce qui le hante est le vide de l’existence dans ce Japon vaincu d’après-guerre dans lequel les héros sont honteux, dans lequel les hommes virils sont devenus des « pères » socialement convenables et moralement vils. « Comme vous le savez, le monde est vide » dit p.165 un gamin de 13 ans. Ce pourquoi il espère en Ryuji, héros de la mer, second sur un cargo.

masque no jeune garcon

Noburu fraye avec une bande de son âge, très hiérarchisée, dans lequel tous sont « chefs » mais – ce qui est très japonais – classés par numéro. Noburu est le Numéro 3. Le chef Numéro 1 a les sourcils « en croissant de lune », les « lèvres très rouges » et « un air déluré » comme l’ingénu diabolique des masques nô. Il y a d’ailleurs influence de cette forme classique du théâtre samouraï dans l’œuvre de Mishima ; ce roman peut être classé dans les nôs de démon, l’adolescent se voulant impassible comme un masque et nommé par un numéro. Il est travaillé d’hormones, venin démoniaque, et exalté de happening pour s’affirmer, ce qui est le propre des démons – poussés par leur nature. Pour lui, que sa famille délaisse et ignore, la sauvagerie doit être accomplie : la loi le permet, qui ne rend pas responsable un enfant sous 14 ans dans la société permissive d’après-guerre. Il se veut froid, calculateur, sans aucun sentiment. La seule objectivité compte, bien loin de l’hypocrisie sociale et de l’émotion adulte. Tout est illusoire sauf le fait brut. La vie n’est qu’un état qu’il suffit d’éteindre pour que l’être devienne chose, un cadavre que l’on peut scientifiquement disséquer.

Ainsi fut fait d’un chat, que Numéro 1 oblige Numéro 3 à assassiner puis à ouvrir au couteau. L’objectivisme logique du gamin se heurte à l’idéal de virilité du nouveau père. Noburu est déchiré : poussé à obéir à sa bande, il n’est au fond qu’un gosse apeuré de perdre sa mère, son confort infantile et ses rêves d’héroïsme. Mais Ryuji ne fait rien pour se faire admirer, il n’a rien du héros. Élevé sur la mer, il n’a aucun bon sens sur terre et agit sans savoir, avec cette aménité qui prend le contrepied de la tradition ; il recule devant ses devoirs d’éducation, il aliène sa liberté entre les cuisses d’une femme. De marin il est devenu « père » !

Mishima lance une véritable déclaration de haine à son propre père par la bouche du chef Numéro 1 : « Les pères !… Parlons-en. Des êtres à vomir ! Ils sont le mal en personne. Ils sont chargés de tout ce qu’il y a de laid dans l’humanité. Il n’existe pas de père correct. C’est parce que le rôle de père est mauvais. Les pères stricts, les pères doux, les pères modérés, sont tous aussi mauvais les uns que les autres. Ils nous barrent la route dans l’existence en se déchargeant sur nous de leurs complexes d’infériorité, de leurs aspirations non réalisées, de leurs ressentiments, de leurs idéaux, de leurs faiblesses qu’ils n’ont jamais avouées à personne, de leurs fautes, de leurs rêves suaves et des maximes auxquelles ils n’ont jamais eu le courage de se conformer ; ceux qui sont les plus indifférents, comme mon père, ne font pas exception à la règle. Leur conscience les blesse parce qu’ils ne font jamais attention à leurs enfants et finalement ils voudraient que les enfants les comprennent » p.143.

Ce qui doit arriver arrive – sous le complexe d’Œdipe – comme au chat. L’auteur nous mène au bord, s’arrêtant juste avant l’acte. Mais chacun sait bien ce qui se passe ensuite, procédé littéraire bien plus efficace que la vulgarité d’une description.

Ce livre, qui rencontre la vie de Mishima lui-même, plus proche de sa mère que de son père autoritaire et méprisable, raconte l’ambiguïté de la prime adolescence, la passion amoureuse de la femme et la castration virile de l’aventurier. « On y trouvait rassemblés la lune et un vent fiévreux de la mer, la chair nue excitée d’un homme et d’une femme, de la sueur, du parfum, des cicatrices de la vie en mer, le souvenir confus de ports autour du monde, un petit judas où l’on ne pouvait respirer, le cœur de fer d’un jeune garçon, mais ces cartons éparpillés d’un jeu de cartes ne prophétisaient rien. L’ordre universel, enfin établi grâce au hurlement soudain de la sirène, avait révélé un cercle de vie inéluctable » p.19. Être ou ne pas être ? Vrai mâle ou douceur sociale ? Tradition ou modernité ?

Petit roman, mais gros complexe : pour Mishima, on ne saurait être à demi !

Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer (Gogo no Eiko), 1963, traduit du japonais par G. Renondeau, Folio, 1985, 183 pages, €5.70

Film The Sailor Who Fell from Grace with the Sea, 1976, de Lewis John Carlino avec Kris Kristofferson et Sarah Miles, €21.99

Opéra de Hans Werner Henze, Das verratene Meer (l’océan trahi) présenté à Berlin en 1990. Réintitulé Goko no Eiko et réécrit par Henze, conduit par Gerd Albrecht, la première a eu lieu à Salzbourg en 2005, édité par Orfeo, €45.13

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Atakpamé et Sokodé du Togo

Les veinards, dont nous sommes, prenons le train. Les valises et le chauffeur nous attendrons dans une quarantaine de kilomètres. Le train ? Non, pas un TGV, une rame de micheline, ces wagons jaune et rouge qui ont sillonné la France. Elles ont beaucoup vieillies car pas entretenues, mais elles se dandinent encore sur les rails à petite vitesse. Une micheline est un autorail léger, dont les roues sont  équipées de pneus spéciaux mis au point par la société Michelin dans les années 1930. Par extension, d’autres autorails ont ensuite été familièrement désignés par le mot « micheline ». Des michelines, adaptées pour la voie étroite seront mises en service également dans des réseaux coloniaux en Afrique, en Indochine et à Madagascar.

TOGO BENIN

Les arrêts sont folkloriques. Les vendeuses accourent et proposent de la canne à sucre, des bananes, des beignets et autres victuailles. Notre guide nous prie de nous installer tous ensemble car des voleurs prennent ce train. Effectivement, ils sont présents les larrons. Hum ! Ils nous auraient bien détroussés mais tout se passe bien, le guide dispose d’un assistant bien baraqué et armé et nous sommes ainsi efficacement encadrés. Un homme à casquette et boutons dorés se présente pour tamponner nos billets. Plus de soucis pour le guide car nous descendons, non spoliés, à destination tandis que le convoi poursuit sa lente chevauchée.

TOGO BENIN AGOUTIS

C’est un cimetière ! Les tombes sont originales, curieusement décorées, c’est notre premier contact avec les constructions des différentes ethnies ! Nous reprenons notre minibus en direction d’Atakpamé. C’est la cinquième ville du pays, la capitale de la région des plateaux. Elle est située sur la Nationale 1, l’axe principal du Togo. C’était une ville refuge. Elle est bâtie à 500 m d’altitude et offre de vastes horizons verdoyants. Une région où les forêts sont nombreuses : teks, irokos, cal cédrats, acajous, mais aussi cultures de cacao, café, coton. Ville-carrefour dont le marché se  tient tous les samedis et draine une foule venue de tous les coins de l’Akposso et de la plaine.

TOGO BENIN

Atakpamé est célèbre pour ses danses traditionnelles. La danse tchebé est une danse sur échasses dont la hauteur varie entre deux et quatre mètres ; les figures réalisées lors de cette danse classent ces échassiers parmi les plus remarquables d’Afrique. Dommage, nous aurons regagné la France car c’est fin juillet-début août lors de la fête de l’igname alors qu’ont lieu ces réjouissances. Le reste du groupe nous a rejoint et raconte ses mésaventures avec force détails. La famille est au complet, nous pouvons poursuivre notre voyage.

TOGO BENIN

Direction Sokodé. C’est la deuxième ville du pays, située au centre du Togo, à mi-chemin entre le climat tropical du bord de mer et le Sahel. C’est la ville des Kotokoli, ethnie majoritaire. C’est une ville multi-ethnique, multi-religieuse, dominée par l’Islam. La ville a toujours été un carrefour commercial entre le Ghana et le Bénin, sur la route de la cola, et aujourd’hui encore un passage obligé sur l’axe Lomé-Burkina Faso.

TOGO BENIN FAILLE D ALEDJO

Le réseau hydrographique est très dense dans ce relief de collines. La ville est située à 340 m d’altitude et jouit d’un climat de transition. Les maraîchers sont installés le long des cours d’eau mais ce sont des zones inondables. Ils ne cultiveront qu’après la saison des pluies (avril à octobre) et planteront comme les agriculteurs du maïs, du manioc, du piment et des haricots. Les éleveurs sont des Peuls gardiens des troupeaux de vaches, sédentarisés, tandis que les Peuls nomades passent avec leurs troupeaux de zébus en route vers le Burkina Faso ou le Nigeria. Les Peuls sont identifiables à leur chapeau très particulier pour les hommes  et leurs femmes portent sur elles la fortune en bijoux en or. Au moins pas de coffre-fort dévalisé à la banque !

Avant d’entrer dans la province de Kara puis de rejoindre la frontière avec le Bénin, nous franchissons la  faille d’Aledjo qui semble être le résultat d’un coup de sabre dans la montagne. Difficile la route que les camionneurs burkinabés doivent suivre au volant de leurs énormes camions.

Hiata de Tahiti

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Enfumage ou vapotage

Le tribunal de commerce de Toulouse a ordonné hier lundi 9 décembre 2013 à un vendeur spécialisé de cesser de vendre des cigarettes électroniques en jugeant qu’il faisait une concurrence déloyale à un buraliste de l’agglomération et qu’il « (violait) le monopole d’État sur la vente du tabac ». Il y a des viols plus traumatisants ! Notamment celui de la tabagie passive de mise durant les cours universitaires dans les années 1970 sans que personne ne dise rien.

J’ai rencontré cet été un fumeur repenti qui utilisait ces gadgets et nous en avons parlé.

fumer ado torse nu

Avantages :

  • la e-cigarette n’est pas une cigarette mais un tube à vapeur
  • elle n’émet ni CO2, ni goudrons, ni l’une des quelques 4 000 substances nocives issues de la combustion du tabac
  • après 14 ou 16 bouffées (l’équivalent d’une cigarette), le vapoteur doit patienter au moins 30 minutes avant de pouvoir l’utiliser de nouveau, ce qui l’oblige à réduire sa consommation
  • la vapeur peut ou non contenir de la nicotine, chacun peut la doser selon ses besoins ou l’éliminer complètement
  • d’autant que ce n’est pas « la nicotine » qui rend dépendant, mais les fumées dégagées par l’ensemble de la cigarette, dont le sucre ajouté par les fabricants pour rendre dépendant (Dossier de La Recherche, spécial Addictions, octobre 2013, p.56) – fabricants qui ont donc INTERET à faire interdire ou réglementer le vapotage tout en encourageant le tabac
  • aucune fumée ne s’en dégage, très peu de parfum alentour, et RIEN ne reste sur les vêtements ou les murs (j’ai testé la cohabitation) ; l’argument du « tabagisme passif » dans le cas du vapotage est donc une fumisterie poussé par la mentalité surveiller et punir au cœur de tout Français envieux qui possède une moindre parcelle de pouvoir : personne n’est incommodé par le vapoteur, au contraire de la cigarette !
  • le Parlement européen vient de décider que la cigarette électronique ne devait pas être considérée comme un médicament
  • l’achat de doses est nettement moins cher que l’achat de paquets de cigarettes !
  • le gros fumeur ou l’addict peut se désengager progressivement de son vice sans plus gêner personne

Inconvénients :

  • les substances parfumées vendues en dose n’ont pas d’étiquetage contrôlé et pourraient contenir des éléments nocifs – mais il suffit de les contrôler comme des aliments ou de la parapharmacie
  • on peut s’en prémunir en achetant des doses « bio », fabriquées en France, mais c’est plus cher (moins que la cigarette traditionnelle)
  • aucune étude médicale ne peut exister sur les effets long terme de ces substances aspirées, car le vapotage n’existe que depuis moins de dix ans
  • l’État, qui se fout de notre santé quand cela ne lui coûte qu’au-delà des prochaines élections, perd une manne immédiate de taxes juteuses sur le tabac
  • une étude pipeautée de 60 Millions de consommateurs (au nom de quel intérêt particulier ?) a été démontée  « Ce qui semble étrange, c’est qu’entre chaque bouffée, ils « aspiraient » l’air du laboratoire (au lieu de simplement désactiver le mécanisme d’aspiration). Nous n’avons de plus aucune information sur les modèles testés. »
  • les marchands de tabac voient le monopole de l’addiction nicotinique leur échapper – un petit privilège en moins…
  • au nom du « principe de précaution » cher à l’ex-président Chirac (qui l’a sanctuarisé dans la Constitution !), l’interdiction de les utiliser dans les endroits accessibles aux enfants (comme cela est fait pour le tabac) est légitime au nom de l’exemplarité, estime le rapport des experts réunis par l’Office français de prévention du tabagisme, sur l’exemple de la Belgique, le Luxembourg et Malte. On peut l’accepter, tout comme la ministre de la Santé Marisol Touraine qui souhaite proscrire la cigarette électronique sur les lieux de travail (on proscrit bien de picoler).
  • de mauvaises habitudes « de fumeurs » pourraient être prises par ceux qui n’ont jamais fumé. Mais l’étude américaine 2013 parue dans le bulletin hebdomadaire du Centre de prévention et de contrôle des maladies (CDC) montre que si, entre 2011 et 2012, collégiens et lycéens ont bien vapoté plus en passant de 4.7 à 10%, 76.6% d’entre eux avaient DEJA fumé des cigarettes ! Le vapotage étant moins nocif pour eux que la clope, c’est quand même un progrès sanitaire, non ? Quand aux un sur cinq qui commencent par l’e-cigarette, c’est préférable pour leur santé et ne les rend pas addicts.

Mais ce dernier argument des « habitudes » est spécieux : les fumeurs ont commencé ado « pour faire comme tout le monde », pas pour se rendre dépendants. Si leurs pairs se mettent au vapoteur, ils feront comme eux ; s’ils gardent le gros tabac puant, ils auront parfois le snobisme de vapoter juste pour se distinguer ; ou de ne rien fumer (comme moi) aussi pour se distinguer des adeptes du biberon infantile.

A noter qu’à 5 et 6 ans, j’ai imité mon grand-père en roulant des « cigarettes » en papier journal que je faisais semblant d’allumer avec un briquet-tempête (sans essence, juste avec la pierre à étincelles) – mais cette habitude née de l’imitation ne m’a JAMAIS incité à fumer. Si j’ai grillé quelques cigarettes vers 14 ans pour faire comme les autres et par curiosité, je n’ai pas continué. Ce n’est donc pas « le geste » mais le mimétisme de bande qui inciterait les non-fumeurs à devenir fumeurs !

Fumer défense de dessin

Il vaudrait mieux interdire aux « zartistes » de faire cloper toutes les trois minutes leurs personnages quand ils ne savent plus quoi dire dans les films. C’est so chic ! n’est-ce pas, de prendre des poses et de grimacer avec application en tirant sur le bout fumeux en attendant la réplique. Beaucoup plus que la pub, ce sont les séries télé et le cinéma qui rendent addictifs. Il faut faire comme les dieux.

Mais quand donc les politiques – surtout de gauche – vont-ils surveiller et punir les zartistes de la Culte-culture ? Tout ce débat apparaît plus comme un enfumage de première que comme un exposé transparent sur ce qui est meilleur pour la santé. Bien sûr qu’il vaudrait mieux NE PAS fumer, mais quitte à être obligé de faire comme tout le monde pour ne pas être exclu, autant que ce soit avec une moindre nocivité. Même si cela remet en cause les zacquis des buralistes et les gros impôts de l’État dépensier !

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Partance pour le Togo

C’était il y a fort longtemps, du temps où j’aimais l’Afrique…

Le voyage commença sur les chapeaux de roues. M, une amie, se précipita sur moi dès ma descente du taxi à Roissy ! Vite, vite, l’avion va partir ! Quel avion ? Il n’est prévu que dans trois heures ! Mais non, l’horaire a été changé et l’agence de voyages a omis de nous prévenir. Ça commençait vraiment mal. Valises embarquées, nous courons, l’hôtesse de l’air ferme la lourde porte derrière nous. Pour un départ précipité, c’en était un ! M me raconte qu’arrivée très en avance elle s’est renseignée et là, surprise, on lui a dit que le départ pour Lomé avait été avancé de deux heures.

cartes togo benin

Le vol est sans histoires. Notre guide nous attend, il est au courant que d’autres participants au circuit arriveront par un prochain vol via Cotonou et que ces personnes devront subir un voyage de plusieurs centaines de kilomètres en pleine nuit et sur pistes. Quelle entrée en matière pour ce voyage ! Nous apprendrons à l’arrivée des autres que des cris, des injures ont fusé à l’aéroport quand ils ont appris que le vol était parti sans eux. La plupart étaient dans les diverses boutiques de l’aéroport, histoire de passer le temps ! La représentante de l’agence a craqué sous les reproches, pleuré, fait une crise de nerfs. On devait les dédommager, mais ils ne décolèreront pas.

TOGO BENIN HUILERIE

Le Togo, République togolaise, pays de l’Afrique de l’Ouest, est l’un des plus petits pays africains. Environ 6 millions d’habitants vivent sur 56 785 km2. Du Nord au Sud il s’étale sur 700 km, sa largeur ne dépasse pas 100 km. Ses voisins sont le Burkina Faso au Nord, le Bénin à l’Est, le Ghana à l’Ouest, et le Golfe de Guinée au Sud. Le Togo possède une variété de paysages, au sud une côte de sable fin bordée de cocotiers, aussi des collines, des vallées verdoyantes, des petites montagnes au centre du pays, des plaines arides, des savanes au Nord plantées de baobabs. Le Togo tire son nom de Togodo qui signifie « ville au-delà de la falaise » en langue éwé. Togo ville est une cité coloniale germanique, première capitale du pays sise à l’Est de la capitale Lomé.

TOGO BENIN

Les liens commerciaux entre les négriers de l’Occident et les rois tribaux à partir du 16e siècle ont fait souffrir le Togo. La colonisation y a mis fin au 19e siècle. En 1884, le roi Miapa III de Togoville signe un traité de protectorat avec l’Allemagne qui perdure jusqu’en 1918. En 1914, les troupes françaises s’opposent aux Allemands. Une troupe de la force publique du Congo belge vient à la rescousse. Le Togo est perdu par les Allemands qui sera divisé entre le Royaume-Uni et la France. La partie française est placée sous mandat SDN (Société des Nations) et passe sous tutelle de l’ONU en 1946. Le Royaume-Uni rattache la partie ouest de la région ouest à la région qu’il contrôle au Ghana en 1956.

TOGO BENIN POULAILLER PORTATIF

Le Togo obtient son indépendance le 27 avril 1960. Il est temps de partir en voyage avant que le sommeil ne vous gagne !

Hiata de Tahiti

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Social à Tahiti

Quinze ans de réclusion criminelle pour le père incestueux qui avait fait signer un pacte à sa fille l’autorisant à la violer. La victime a aujourd’hui 14 ans et le père incestueux avait sévi alors que la petite n’avait que cinq ans. Huit ans de réclusion pour le père incestueux qui déclarait à la Cour que violer sa fille est moins grave que d’avoir une maîtresse. Douze ans fermes pour le père incestueux, du sursis simple pour son épouse complice alors que leur fille n’était qu’une enfant. Les faits remontent au milieu des années 1990.

vahine nue etendue

Les pilotes des deux-roues paient un lourd tribut aux routes polynésiennes. Les chirurgiens de l’hôpital et des cliniques ne sont pas au chômage avec ces blessés, souvent jeunes, polytraumatisés. C’est d’abord le non-respect des règles de conduite, le défaut de maîtrise, et enfin l’alcool. On songe même dans les sphères gouvernementales à refondre le code de la route polynésien afin de renforcer l’apprentissage des règles de conduite des futurs conducteurs. Si les accidents des deux-roues s’accompagnent de leur lot de décès, ils traînent dans leur sillage des vivants « abîmés ». Sur leur deux-roues, les cyclomotoristes ne portent que peu de blousons, de gants, de chaussures renforcées. Il fait chaud en Polynésie alors ils sont en short, en tee-shirt, avec des savates (tongs), le plus souvent avec un casque qui n’est pas forcément homologué… alors en cas de chute : bobo ! Des fractures ouvertes, des jambes, des pieds avec des plaies spectaculaires qui faisaient dire à un chirurgien des plaies de guerre. Mais aussi des traumatismes crâniens, thoraciques, des dégâts à la conne vertébrale, des cas classiques certes mais qui aboutissent à l’amputation ou à la paralysie. Mais ici, au fenua, il y a une espèce de fatalisme, une inconscience du danger. L’an dernier 36 personnes ont perdu la vie.

velo gamin torse nu

Ils seraient 6800 ressortissants de Polynésie française en… Nouvelle-Calédonie. Qui sont ceux qui posent le pied sur le tarmac de la Tontouta (aéroport de Nouméa). Ils ont tous l’espoir de trouver un travail, d’être mieux payé, de s’éloigner des conditions de travail déplorables de Tahiti. Ils sautent donc le pas, pressés d’en finir avec le marasme économique qui ronge Tahiti depuis quelques années. Chaque semaine, de nouveaux départs vers l’eldorado néo. Ils partent en famille. Souvent ils ont un parent qui est déjà installé ; ils veulent réussir. Ils changent de travail, peu importe pourvu que le salaire suive. Sur les 67 200 personnes provenant des communautés polynésiennes installées en Nouvelle-Calédonie, les 6 800 Tahitiens présents sur le territoire Néo représentent  près de 10,1% de ces  67 200 personnes en quête d’eldorado.

En Nouvelle-Calédonie, des mauvaises langues parleraient de balances (pour personnes) avertissant : « une personne à la fois ». C’est que 54% des Calédoniens adultes sont en surcharge pondérale et 27% sont obèses. Les enfants calédoniens sont dans une situation préoccupante : 42% d’entre eux sont en surcharge pondérable dès 12 ans. « Mange mieux et bouge »…

Hiata de Tahiti

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Solotareff et Fromental, Loulou l’incroyable secret

Solotareff et Fromental Loulou l incroyable secret

La BD du film qui sort au cinéma le 18 décembre 2013 – qu’on se le dise !

Loulou est un loup et fait les quatre-cents coups avec Tom son copain, le lapin si malin. Pourquoi Croc et Longues oreilles sont-ils amis, mystère ! Mais c’est dit dans les albums avant.

Les deux ados dorment l’un sur l’autre dans une barque de pêche immobile sur l’étang du pays des lapins quand une vieille corneille croasse mélodieusement. C’est pour mieux attirer Loulou, somnambule ensorcelé, dans les rets d’une bohémienne qui projette ses manipulations derrière la boule de cristal. Lui qui se croyait orphelin, voilà qu’il voit sa mère vivante !

Loulou le croit et les quatre pattes se carapatent au pays des Carpathes. C’est le repaire des loups (garou) où les Sancros sont mal vus. Wolfenberg, le château des loups, est une forteresse prédatrice au-dessus des forêts alentour. La population est un brin xénophobe envers qui ne chasse pas de race et ne va pas chercher la pitance avec les dents. Se tient justement le festival de Carne, et ce n’est pas du cinéma. Il s’agit de chasser la biche changeante, vraie femelle-star qui permet de dominer la forêt (on se croirait au cinéma des adultes où qui tient la femme bien roulée tient les financements).

Il y a de la traîtrise et de la manipulation, de la vantardise et de l’orgueil, de l’ego et de la bande. La violence fait loi mais le croc est bien souvent plus bête que les oreilles (qui contiennent quelque chose entre deux).

Il y a aussi de l’amitié indéfectible et de l’amour inconditionnel, de l’honneur et quelque raison parfois. Loulou bêta, lapin malin, il y aura heureuse fin. Mais pas sans suspense ni rebonds.

Loulou l incroyable secret le film

Un dessin très coloré pour des animaux caricaturés, cela plaît aux gamins jusque vers 8 ou 10 ans ; l’histoire parle du monde de la cour de récré. Mais les adultes, qui lisent parfois avec eux, s’amuseront des jeux de mots et allusions à notre jungle globalisée. De quoi contenter petits et grands !

Grégoire Solotareff (dessin) et Jean-Luc Fromental (scénario), Loulou l’incroyable secret, 2013, la BD du film France3 cinéma, éditions Rue de Sèvres, 62 pages, €11.88

Le film sort le 18 décembre 

le site officiel du film
www.louloulincroyablesecret-lefilm.com
Site officiel qui propose un contenu documentaire sur le film, des mini-jeux, des goodies, des ressources presse et pédagogiques, etc.
Le carrefour pour l’accès à tous les contenus numériques spécialement créés pour la sortie du film, via des espaces dédiés à la presse, aux enseignants, aux parents et aux enfants.

le livre numérique sur le film
www.loulousite.com/descriptions
Loulou l’incroyable secret [A propos du film] Ouvrage numérique enrichi qui propose, pour la première fois en France, une présentation complète et approfondie de toutes les étapes de la fabrication du film au travers de nombreux extraits audiovisuels, dessins de recherches et de production, interviews, musiques… Disponible gratuitement jusqu’à Noël sur l’iBookStore pour iPad et (prochainement) sur Google Play pour tablettes Androïd

l’application-jeux pour tablettes
www.loulousite.com/descriptions
Loulou l’incroyable secret pour apprendre et s’amuser avec les personnages du film; elle contient la bande-annonce, des goodies, des mini-jeux ludo-pédagogiques, les coulisses du film…Disponible gratuitement sur l’App Store pour iPad/iPhone et Google Play pour tablettes Androïd

les dernières nouvelles

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la bande originale
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toutes les musiques composées par Laurent Perez Del Mar pour le film
bientôt disponibles sur les plates-formes numériques (iTunes, Deezer, Spotify…)

la mini-expo
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une mini-exposition éditée en 17 planches disponible à la commande

Une exposition Grégoire Solotareff à Angers dans le cadre du Festival Premiers Plans du 17 au 26 janvier 2014
www.premiersplans.org

Une grande exposition Grégoire Solotareff à l’Abbaye de Fontevraud
du 20 mars 2014 jusqu’à l’été 2014
www.abbayedefontevraud.com/

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The Last Mandela Day

Hommage au Little Big Man africain, ce grand petit homme qui aimait les êtres humains et qui n’a jamais cessé de tenter de s’améliorer par lui-même.

gamin imitant mandela

Leçon 1 : la liberté passe par la connaissance de soi, donc par l’éducation – surtout celle du caractère.

Leçon 2 : pour « changer le monde », il faut d’abord et avant tout se changer soi. C’est par l’exemple que l’on est légitime, pas par les braillements de tribune ou le grégarisme niveau zéro des manifs.

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Thomas Berger, Mémoires d’un visage pâle (Little Big Man)

thomas berger memoires d un visage pale little big man

Le film, sorti en 1970 avec un Dustin Hoffman jeune qui joue tous les rôles, du prime adolescent au vieillard, reste dans toutes les mémoires. Le livre de Thomas Berger qui l’a provoqué est beaucoup moins connu et c’est dommage, car c’est un chef d’œuvre d’humour à l’américaine. Tout y est exagéré, sentimental et roublard comme il se doit. Les mythes sont déconstruits, celui de l’Indien bon sauvage en phase avec la nature, celui du pionnier parti ensemencer et évangéliser des terres nouvelles, celui du cow-boy rude et chevaleresque, celui de la cavalerie et du général Custer…

Jack Crabb a plus de 120 ans quand un « journaliste » le trouve dans sa maison de retraite. Il n’a pas la langue dans sa poche et son expression est crue et imagée. Père prédicateur qui ne savait pas lire mais qui offre de l’eau de feu aux Indiens par ignorance des conséquences, frère qui fuit le massacre de la caravane sans jamais signaler la position des siens en danger au fort, emmené par sa sœur Caroline avide de se faire violer dans la tente de Cheyennes qui ne demandaient rien, il est abandonné là à 10 ans avec les petits sauvages par une famille décidément tarée. La première chose qu’il fait en bon gamin de 10 ans, après avoir mangé et dormi, est de se déguiser comme eux, à poil, en seul pagne et mocassins ; il se fait des amis en distribuant ses vêtements. Il y passe son adolescence, ce qui pouvait lui arriver de mieux sous l’égide de l’ancêtre Vieille-Cabane ; il y apprend l’amitié, la guerre, la survie, l’ennemi, l’amour.

Il fait retour aux Blancs lors d’une « grande » bataille indienne, car se retrouver quasi nu montant à cru un poney, armé seulement d’un arc et d’un couteau face aux Winchesters et aux sabres de l’armée chargeant sur ses grands chevaux, il y a de quoi tourner casaque. Adopté par un pasteur et sa jeune femme qu’il ne touche jamais et qui va se faire caresser ailleurs, il s’enfuit. D’ailleurs le pasteur a des conceptions – certes bien convenables – mais hors de la nature : sa liste de péchés « tout bonnement copiée sur Saint Paul », « ça faisait une description parfaite du caractère des Indiens » : « toutes les œuvres de chair, c’est-à-dire la fornication, l’adultère, la malpropreté, la lubricité, l’idolâtrie, la sorcellerie, la haine (…) la colère, la gourmandise, les hérésies, l’avarice, la rébellion, le crime, l’ivrognerie, la bouffonnerie et toutes choses de ce genre ».

Son existence, dès lors, croise tout ce que l’Ouest a à proposer dans ces années 1860-1880 : le commerce de mules vers les villes-champignons de la Frontière, la ruée vers l’or, les escarmouches avec les Indiens, la fanfaronnade avec ses Colts, les virées whisky et putes, la chasse aux millions de bisons (qui vont disparaître en dix ans). Il retrouve son frère Bill imbibé de whisky frelaté, sa sœur Caroline qui se prend pour Calamity Jane, une vague information sur sa seconde sœur tournée mormone. Il se marie avec une Suédoise et a un fils tout blond, Gus ; les deux sont enlevés par les Indiens. Il les retrouvera puis les perdra à nouveau, ensemençant entre temps une Indienne pour avoir un fils – qu’il perdra de vue dans une échauffourée avec l’armée. Il se lie d’amitié avec le bon tireur futur marshall Wild Bill Hickok, rencontre Wyatt Earp et le général Custer. Sauvé de deux grandes batailles dont la déculottée administrée à la cavalerie US par les Sioux à Little Bighorn, son récit s’arrête vers 34 ans. Il a parcouru la presque intégralité de la très courte Histoire du peuple américain à lui tout seul.

indien guerrier adolescent torse nu

Mais ce roman éneaurme (comme aurait dit Flaubert), écrit au galop d’un langage cru et direct, est passionnant. Sauf la préface et l’épilogue, qui font faiseur et ont bien vieilli. Mais le corps du texte est parfois grave, parfois à mourir de rire. Comme cette réflexion de gamin de 14 ans qui a tué son premier ennemi Crow : « Ainsi moi, Jack Crabb, voilà que j’étais un guerrier cheyenne ! Voilà que j’avais abattu mon bonhomme avec un arc et des flèches. J’avais été à moitié scalpé et guéri avec de l’abracadabra. J’avais comme vieux un sauvage qui causait pas un mot de chrétien, et comme maman une grosse bonne femme marron foncé, et comme frère un type dont je ne voyais presque jamais la figure vu qu’elle était tout le temps barbouillée d’argile ou de peinture. J’habitais sous une tente en peaux de bêtes et je mangeais du clébard. Bon Dieu, mais c’était quand même marrant ! »

Le livre est parfaitement complémentaire du film, tant il recèle de détails véridiques sur les coutumes indiennes, l’entraînement au duel de Colts, la destinée des putains et l’ignorance crasse du populo prêt à croire n’importe quel prédicateur, charlatan ou prometteur d’or à la pelle – comme par hasard sous les territoires occupés par les Indiens. Le lecteur français y découvrira l’optimisme américain, le cynisme matérialiste pour faire du dollar par tous les trafics et le messianisme civilisateur, pas toujours très chrétien, sans lequel les Blancs venus du monde entier n’auraient pas conquis le territoire en éradiquant Indiens, bisons et forêts…

Thomas Berger, Mémoires d’un visage pâle (Little Big Man), 1964, traduit de l’américain par Marie France Watkins, Livre de poche 1974, réédition du Rocher 1991, 450 pages, €15.00

Little Big Man, film d’Arthur Penn avec Dustin Hoffman, 1970, DVD CBS 2004, €9.99

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Acidité de Tahiti

Si vous n’avez jamais eu l’opportunité de gouter les petits citrons des Marquises ou ceux de Tahiti, alors ceci ne vous fera pas venir l’eau à la bouche. Ce fruit est important pour les Polynésiens puisqu’il est indispensable à la préparation du poisson cru. Le Citrus aurantifolia est petit, une peau lisse et fine, une chair verdâtre, juteux, acide et très aromatique. L’Aranui 3, le cordon ombilical qui relie les Marquises à Tahiti décharge toutes les trois semaines les sacs de citrons d’Ua Pou. A chaque voyage c’est près de trois tonnes de citrons que les cales de l’Aranui avalent aux Marquises et régurgitent à Papeete. Ils finiront sur les étals du marché.

citrus aurantifolia

C’est reparti, le sucre de coco ! Feront, feront pas ? L’Indonésie en produit et l’exporte, alors pourquoi pas la Polynésie ! Commerce bio, commerce équitable, allez, foncez ! Mais, il y a un mais, il faut grimper deux fois par jour au cocotier, il faut ensuite saigner la spathe (fleur de cocotier à peine ouverte) de manière précise. Les rendements en Indonésie sont de 300 à 600 g de sucre complet par cocotier et par jour. La variété cultivée en Polynésie, Cocos nucifera, est tout indiquée pour ce type de production. Il manque peut-être la volonté gouvernementale ou quelque autre volonté. Le coprah, subventionné à outrance pourrait être remplacé par le sucre, 100% bio dans lequel on glisserait une gousse de vanille de Taha’a, les ventes sur Internet exploseraient… Ce produit a un faible pouvoir glycémique, une teneur élevée en antioxydants, tout pour alimenter les diabétiques et toute personne soucieuse de sa ligne. On attend quoi ?

Papara a de gros problèmes d’eau. Les habitants réclament auprès de la mairie. Le ton monte et l’eau n’est toujours pas présente aux robinets. L’abattoir territorial sera privé d’eau par le maire de Papara. Plus de 70 porcs n’avaient pu être abattus à cause de ce manque d’eau, le maire ayant pris la décision de fermer la conduite d’eau de l’établissement, estimant qu’il ne figure pas dans le registre des abonnés du réseau hydraulique de la commune. On s’était rendu compte que l’abattoir avait une alimentation en eau pirate, qu’il était hors du réseau de la commune puisque connecté bien en amont du bassin de la Papeiti. Ah ! les coquins… Et à Papeari alors ? Nous valons moins que les porcs ?

roi pakumotu

Le roi Pakumotu Athanase Teiri s’était invité à Outumaoro avec ses sujets pour réinvestir le terrain qu’ils occupaient il y a peu encore. Mais, le comité d’accueil n’était pas à la hauteur de ses espérances : police, gendarmerie. N’ayant pu accéder à « ses terres », le vrai-faux roi qui souhaitait lever ses bannières et drapeaux pour célébrer l’anniversaire de son couronnement, a vainement tenté de négocier. Évidemment, bien que la trentaine de gendarmes n’ait aucun pouvoir sur lui (c’est le roi qui l’affirme), le roi a souhaité, avant de se retirer avec sa cour, faire une déclaration à sa nation. La mise en circulation, dès ce moment, sur les marchés financiers, d’un milliard de patu, la monnaie pakumotu (1 patu vaudrait 145 XFP). Il parait qu’à Wall Street on se masse le cervelet ! Autre annonce de taille, sur décision du roi, « toutes les dettes, emprunts bancaires et même condamnation en justice sont désormais effacés ». Heureux anniversaire, Majesté !

Hiata de Tahiti

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Yukio Mishima, Le Japon moderne et l’éthique samouraï

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Trois ans avant son suicide, Mishima livre un testament touffu, répétitif, organisé comme une paraphrase de son oeuvre, la volonté de tout dire sur ce qu’il croyait être l’essence du Japon. Il suit surtout le Hagakure, livre d’éthique samouraï écrit au XVIIIe siècle en 11 tomes par l’élève de Jocho Yamamoto, vrai samouraï devenu prêtre sur la fin de sa vie. Il n’en existe que des extraits traduits en français.

Pour Mishima, « le Hagakure s’efforce de soigner le caractère pacifique de la société moderne en lui appliquant ce puissant remède qu’est la mort » p.31. Marguerite Yourcenar aimait ce livre parce qu’il chantait aussi la ‘voie des éphèbes’, l’homosexualité guerrière au Japon. Mais il a, au fond, cette exigence stoïcienne de perfection que l’homme doit approcher sans l’atteindre jamais.

Le Hagakure enseigne la sagesse de l’action, la sagesse de l’amour (qui est action) et la sagesse de la vie (qui est de perpétuer la vie et de la vivre intensément par l’action). Agir est le moyen de plus efficace d’échapper aux limites du moi pour se plonger dans une unité plus vaste. Elle est réalisation de soi, réactualisation naturelle du ‘lion’ qui est la force motrice de chaque être humain. Un tropisme vers lequel l’inquiet Mishima a sans cesse tendu, une réponse à son angoisse métaphysique de n’être pas « normal », comme les autres, fils d’un empire vaincu et d’une modernité en contradiction avec la tradition.

Sur l’amour, le Japon ne distingue pas Éros et Agapè, l’attraction terrestre et l’appel divin, la chair et l’âme. On a la conviction que « ce qui émane de la pure sincérité instinctive mène indirectement à un idéal qui mérite qu’on lutte et, si nécessaire, qu’on meure pour lui » p.45. Être tenté par le corps et par l’esprit des jeunes garçons, plus que par ceux des femmes, se trouve ainsi justifié, ce qui apaise Mishima en ses contradictions sensuelles. Tact, délicatesse, pédagogie, tolérance, sont des rapports qu’un samouraï doit entretenir avec les autres. Il sera bon et ferme avec les enfants, il ne sera lui-même qu’avec ses pairs, il aimera sans le dire. Le véritable amour reste toujours caché, il se dévalue lorsqu’il se révèle. Le samouraï sera modeste et fin, il suivra les remarques des autres et les enseignements des anciens, il dépassera ainsi les limites de son propre discernement.

La vie et la mort sont les deux faces d’une même réalité. Qui a connu la naissance se condamne à mourir. Cette mort inéluctable fait aimer la vie en sa brièveté. Elle lui donne son relief, son intensité, son sens. « La voie des samouraïs, c’est la mort ». C’est l’objet de toute sagesse que de préparer l’être à bien mourir – ou à bien vivre, ce qui est la même chose. Chaque instant peut être le dernier. Il nous faut être prêt donc n’agir jamais à tort, mais sincèrement, tout entier dans son acte, comme s’il devait à chaque fois être le dernier. Dans la succession de ces instants, animés d’une telle philosophie, « quelque chose va s’accumuler d’un jour à l’autre, d’un instant à l’autre, quelque chose grâce à quoi on acquerra finalement la capacité de bien servir son seigneur » p.47. C’est ainsi que l’on sera bon samouraï. Chaque détail du quotidien est préparation au surgissement d’une crise grave. Il faut se tremper chaque jour pour réagir parfaitement le moment venu. Conforter sa résolution, parfaire son entraînement, tout cela permet de ne jamais être pris de court, ni par les événements de la vie, ni par la mort. Cela dès l’enfance.

Un jeune samouraï sera élevé dans « l’idéal de liberté et de naturel préconisé par Rousseau dans l’Émile » : ni punitions indues, ni menaces, mais sincérité et vigilance.

Adulte, le samouraï devra se défier du rationalisme. Non pas de l’intelligence, qui est acuité de vision et mobilisation de toutes les facultés intellectuelles, mais de l’excès de logique, de l’esprit qui dérape hors des sens et de la volonté. « Le calculateur est un lâche. Si je dis cela, c’est que le calcul porte toujours sur le profit et la perte et que, par conséquent, le calculateur n’est préoccupé que de profit et de perte. Mourir est perte, vivre un gain, ainsi décide-t-on de ne pas mourir. On est donc un lâche », dit le Hagakure. Le sacrifice de sa vie pour une cause est hors calcul. C’est l’acte ultime, mais beaucoup d’autres actes sont hors calcul : la confiance, le courage, l’amour. Entreprendre aussi, comme une aventure : ainsi est le capitalisme des entrepreneurs, risqué, conquérant, le calcul comptable ne venant qu’en second.

samourai dessin

L’esprit d’efficacité est utile s’il sait servir, non s’il envahit l’homme. La raison n’est qu’un outil, et non la pierre angulaire d’une philosophie. Le samouraï se veut un homme complet, non un simple technicien. Il se veut ouvert, humain, perfectible, attentif aux autres (Montaigne) comme à l’énergie qui l’anime (Nietzsche), et à la dignité qui la manifeste (Dostoïevski). Mishima appelle à lui les meilleurs écrivains occidentaux au secours de la tradition japonaise ; comme pour la situer dans l’universel, voire l’excuser des excès militaristes de la guerre. L’apparence du samouraï, ses paroles, ses actions, se veulent belles parce qu’issues d’une force interne – selon les canons de la vertu grecque antique.

Le samouraï est fier d’être. Il est un homme sincère, un humain authentique. Mishima aurait aimé être samouraï. Mais son époque ne lui fournissait pas la panoplie guerrière qui va avec. Il a envisagé la politique, mais trop de bassesse est nécessaire à cette passion guerrière secondaire. Il n’a pas tâté des affaires, dommage, car l’esprit samouraï du Japon s’est bel et bien réfugié dans la conquête des marchés et dans la féodalité d’entreprise ! C’était encore rare dans les années 1960, mais éclatant dans les années 1980 (voire ci-dessous Pierre Delorme). Mishima a eu le malheur de naître trop tôt ou d’être en avance sur le monde.

Yukio Mishima, Le Japon moderne et l’éthique samouraï, 1967, traduit du japonais par Émile Jean, Gallimard 1985 collection Arcade, 154 pages, €9.64

Jocho Yamamoto, Hagakure, le livre secret des samouraïs, édition partielle – choix de textes, Guy Trédaniel 1999, 110 pages, €13.21

Pierre Delorme, Le management : un art martial, développement personnel et efficacité managériale, Chiron 2002, 155 pages, occasion €26.00

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Martin Amis, L’état de l’Angleterre

martin amis l etat de l angleterre

En deux nouvelles, l’écrivain satiriste Martin Amis nous livre ce qu’est l’Angleterre devenue. Il est célèbre, il vit à Londres, il côtoie toutes les strates de la société – et son regard aigu ne peut s’empêcher de désigner. L’état de l’Angleterre est réduit au pinaillage entre éditeurs pour juger d’une nouvelle de science fiction ou d’un sonnet. L’état de l’Angleterre se résume au face à face entre un père et son fils, dans un environnement populaire multiculturel sans repères.

C’étaient les années 1990 et cela ne s’est pas amélioré depuis : l’ex-empire n’en finit pas de vivre sa « décadence », moins à la romaine (avec orgies et mets délicats) qu’à la barbare (avec invasion et brutalité). Ce pourquoi il est intéressant de lire Martin Amis. La société britannique est plus libre que la nôtre, moins tenue par l’État et toutes ces sortes de choses. La morale s’adapte aux conditions sociales, elles-mêmes tenues par les conditions économiques. La paupérisation anglaise date d’avant l’ère Thatcher, les syndicats omniprésents bloquant toute évolution. La fille d’épicier n’a fait de flanquer un bon coup de pied dans la fourmilière, libérant l’initiative – mais faisant s’écrouler les traditions. Bizarre pour un Conservateur, mais l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions.

Ce pourquoi le talent d’écrire compte moins que l’entourloupe d’un éditeur fauché poursuivi par les huissiers ou le confort d’ego installés. La politesse est moins rémunératrice que le rentre-dedans ; le marketing meilleur que le support. Le sonnet – pensez-vous, un poème ! – est le comble de la dérision quand on songe à en faire un « remake » médiatique d’un film télévisé !

Ce pourquoi la qualité d’Anglais de souche compte moins que l’argent. Mal est un looser, malgré son téléphone portable, son divorce et sa maîtresse asiatique. Videur de boite, il se fait vider quand il ne sélectionne pas les « bonnes » personnes à l’entrée. Au risque de se faire planter par un petit roux – Blanc – empli de ressentiment ; ou de se faire tabasser par les riches en frac, accompagnés de leurs mannequins emperlousées, lorsqu’il place des sabots pour stationnement interdit devant l’opéra. Mal a un fils de 9 ans, Jet (« un nom moderne »), qui est le plus nul en course à pied. « Comme Mal le suivait à l’extérieur, il se rendit compte de quelque chose. Jet sur la ligne de départ avec les autres gosses : il n’était pas comme les autres. Il avait quelque chose d’exceptionnel. Mais quoi ? Il n’était pas le plus grand. Ni le plus mince. Alors quoi ? Il était le plus blanc. Voilà, c’était juste le plus blanc. Maintenant que les préjugés avaient disparus » p.90.

Téléphone portable, chaudes filles d’orient, film Mortal Kombat, Burger King, argot rimé, salon de l’auto et sprinter triste : voilà les chapitres déclinés de cette nouvelle, voilà l’état de l’Angleterre nouvelle – des années 1990. Notre modernité !

Martin Amis, L’état de l’Angleterre (1996) précédé de Nouvelle carrière (1992), Folio 2€ 2003, 111 pages, €1.90

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