Namibie

Bordée par l’océan atlantique, l’Angola, l’Afrique du sud, le Botswana, et la Zambie, ce vaste pays de 824 268 km² est habité par 2 millions d’habitants. La capitale s’appelle Windhoek : le coin du vent ! Ancienne colonie allemande, les villes de Swakoprund et Walvis bay, sur la côte ouest ont conservé une architecture germanique du XIXe siècle qui peut surprendre !

Les ethnies sont plus de onze. Les Ovambo qui vivent dans le nord sont l’ethnie la plus importante. Les Karango sont a peu près 120 000 personnes qui vivent principalement dans le sud de l’Okavango. Les Herero comptent environ 100 000 personnes, ce peuple pasteur serait originaires de la vallée du grand rift. Les Himbas font partie de la communauté herero ; ils sont remarquables par l’enduit orangé dont ils couvrent leur corps et leur chevelure. Il s’agit d’une poudre de terre rouge mélangée a de la graisse de chèvre, de diverses herbes et de cendres.

Les femmes himbas sont habillées d’une jupette en peau de chèvre et portent des colliers en coquillages sur leur poitrine nue. Les San ou Bushmen, environ 20 000 personnes, vivent à l’est et dans le Kalahari. Les Damara sont 100 000, les Nama 60 000 dans le Namaland, les Baster 35 000 vers Rehoboth, les Capriviens 80 000 dans le nord-est et la bande de Caprivi. Nous trouvons encore les 650 000 Owambo au nord et les 9 000 Tswana a l’est. Sans compter des Européens d’origine afrikaans pour environ 65 000 et les 20 000 Allemands, dont la présence remonte a 1884.

Beaucoup de lieux a visiter dans ce vaste pays. Veuillez me suivre.

Le Waterberg plateau au nord de Windhoek : il émerge de la surface plane du bush, une citadelle ceinte de falaises rouges. Le plateau est formé d’une roche rouge et spongieuse, la pierre de sable. Sur les falaises s’étend du plat sur 40 500 hectares, tantôt recouvert d’une végétation aride, tantôt de forêts, tantôt de roches rouges. Décrétée réserve naturelle en 1972, la forêt abrite des espèces rares à protéger comme le rhinocéros blanc ou le vautour, et d’autres plus courantes de prédateurs, ainsi qu’une flore inhabituelle comme nombre de lichens. Une balade a pied permet de voir et d’entendre de nombreux oiseaux, de croiser des dik-dik (une des plus petites antilopes au monde), et d’être observée a l’abri sur un rocher par des damans (petit mammifère de la famille des… éléphants).

Tous les cols des hauts plateaux mènent à Solitaire. Le Bagdad Cafe de la Namibie ! imaginez une ferme isolée de 12 000 hectares en plein désert. La famille gère l’église, l’épicerie, la buvette, la station service…

Le Damaraland est cerné au nord par le Kaokoland, au nord-est par le parc national d’Etosha, et à l’ouest par la côte des Squelettes. Il offre un intérêt géologique exceptionnel. D’impressionnants plateaux granitiques, des lits de rivière sablonneux, des rocs rouges de basalte incrustés d’amphibole. La végétation est étonnante : euphorbe damara, arbres bouteilles (pachypodium lealii), acacia de Brandberg. La faune est riche : girafe, springbok, oryx, zèbre des montagnes, koudou. Les espèces rares y sont représentées par l’ éléphant du désert, le rhinocéros noir et l’outarde de Rüppel.

A quelques encablures de Khorixas s’élèvent encore les restes d’une forêt pétrifiée vieille de 280 millions d’années. 50 troncs de 30 m de long, 5 m de circonférence sont  couchés sur le sol.

Ces troncs ont été soit déposés par une crue millénaire soit venaient d’une forêt éteinte il y a des millions d’années !

Hiata de Tahiti

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Nicolas Sarkozy aux abois

Article repris par Medium4You.

Chronique d’une défaite annoncée ? Depuis quelques semaines, le Président à la cote de popularité la plus basse de la Vème République multiplie les « signes » médiatiques en faveur du peuple. Cette agitation est loin de la force tranquille de qui sait son destin. Il apparaît comme le lapin Duracell qui tressaute, mécanique, alors qu’aucune âme ne l’anime. Croyez-vous que « le peuple » sera dupe ?

Côté extérieur, après avoir raté la Tunisie (il est vrai remplie d’Arabes), le Président enfile ses bottes de militaire gaullien pour forcer la main à l’Union européenne et à l’ONU en Libye. Sauf qu’il s’agit d’éradiquer Kadhafi et que lui interdire le ciel ne saurait suffire. Dans l’univers médiatique, éradiquer sa télé aurait été un premier pas efficace, mais que connaît le « chef des armées » de la chose militaire ? Donc le Kadhafi parade devant les caméras, diffuse ses propos enflammés sur les ondes. Et l’OTAN bombarde vaguement des carcasses en mouvement, alors que les vraies armes sont planquées dans les mosquées, les hôpitaux et les écoles, derrière un paravent de civils pour pousser à la « faute morale ». C’est qu’on ne fait pas la guerre en philosophe, selon le mauvais conseil de ce Bernard-Henry, Monsieur le Président… On fait la guerre pour la gagner, ou alors on ne fait pas la guerre et on palabre, laissant alors les diplomates faire leur boulot sans interférence brouillonne de qui vous savez.

Côté intérieur, le Président a compris qu’il avait besoin de fusibles. Il n’a plus François Fillon, qui joue sa partition en solo et dont il bien envie de se débarrasser, dernière lubie qui ajouterait à son côté agité s’il y cède. Fors le Premier ministre, reste le ministre de l’Intérieur, qui peut dire du Le Pen tout en disant qu’il n’a jamais dit ce qu’il a dit. Comme disait Goebbels, plus c’est gros, plus ça passe. Après tout, ce qui reste dans les esprits est la « posture ». Dans les faits, rien ne se passe, comme cette loi mal ficelée contre la burqa. Elle viole la liberté d’expression et reste inapplicable dans les rues. Encore des velléités, une agitation vaine. C’est ce qui exaspère le plus « le peuple » les demi-mesures : ou bien c’est interdit (comme se promener tout nu) et on arrache le voile inique en public, ou bien la liberté le permet et on n’en fait pas tout un foin, ce qui fait rire à Washington et jusqu’au FMI !

Côté économique, le Président n’ose pas plus assumer ses choix de société. Il aurait dû supprimer l’impôt sur la fortune dès 2007, il l’a laissé en ravalant l’usine à gaz du bouclier (qui ne profite qu’aux très très riches). Il va donc le « réformer », comme d’habitude trop peu trop tard, toujours velléitaire. S’il est si « symbolique » cet impôt, pourquoi en parler ? Laissons les choses en l’état, chacun s’y habitue et acceptons les exils fiscaux. S’il est contreproductif alors que tous les pays de l’euro l’ont supprimé, pourquoi ne pas les imiter ? On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, Monsieur le Prédisent.

Côté social, la dernière lubie est cette fameuse « prime » de 1000 euros par salarié – y compris dans les très petites entreprises – si elles « distribuent un dividende ». Pourquoi tout le monde est-il contre si cette idée est bonne ? Or aussi bien le MEDEF que la CGT trouve la chose stupide. La seconde parce qu’il vaudrait mieux augmenter les salaires ; le premier parce qu’il existe une négociation entre partenaires sociaux et qu’il se demande ce que l’État vient encore faire là-dedans, chien brouillon dans un jeu de quilles fragile. D’autant qu’il existe déjà intéressement, participation, épargne salariale et bonus. Certains sont bloqués cinq ans ? Que le législateur décide qu’il en soit autrement et voilà tout, l’État n’a pas à décider par caprice ce que chaque entreprise peut faire de ses bénéfices entre l’investissement, les salariés et les actionnaires. Autant proposer une distribution annuelle d’actions, inscrite au contrat de travail, ce serait plus juste. Quant aux économistes, ils raillent l’idée simpliste :

  • confondre les entreprises du Cac40 et les PME,
  • confondre les actionnaires avec des spéculateur étrangers alors que 60% des actionnaires des 40 valeurs sont des rentiers français et que 98% des PME TPE le sont aussi,
  • confondre le rendement d’une action qui serait « capitaliste » donc « immoral » et celui d’un emprunt d’État qui – lui – serait de l’endettement public incontrôlé mais « moral »,
  • confondre le rendement moyen annuel du Cac40, de 3,8% selon Patrick Artus (pas vraiment à droite comme économiste…), et le rendement annuel de 3,7% d’un emprunt d’État (beaucoup moins risqué).

En bref, une mesure brouillonne, surgie d’une fantaisie c’est-à-dire de nulle part, ni pensée ni testée – encore une lubie d’histrion, du simple marketing démagogique : « n’importe quoi pourvu que ça mousse ».

Le pire est encore cette révélation d’épreuves « secrètes » pour des étudiants juifs aux concours de grandes écoles. Parce qu’ils sont pratiquants, ils ne « peuvent » concourir à la date de la Pâques juive. Est-ce au Président de donner des ordres pour les accepter quand même ? Évidemment on dément à l’Élysée mais les langues se délient du côté de la « communauté ». La décision paraît si « vraie », si bien adaptée aux lubies du probable candidat pour 2012, qu’on la croit volontiers. La laïcité ? C’est pour les autres, pas pour les « copains » ni pour la « famille ». L’égalité républicaine ? Oui pour les Juifs, non pour les Arabes. La question est moins de savoir si des aménagements sont possibles pour respecter les croyances, comme d’éviter de mettre un concours le jour de Noël, à l’Aïd ou à la Pâques juive, que le secret qui l’entoure. Le « c’est pas moi, c’est personne » des écoles, administrations et services de l’Etat qui ne veulent pas assumer le bon plaisir présidentiel est honteux. Reste l’impression d’un passe-droit réservé à une étroite communauté, comme par hasard chérie du Président condidat.

Cet ensemble de foucades présidentielles depuis quelques semaines non seulement ne constitue pas une politique mais montre que Nicolas Sarkozy est aux abois. Parti comme il est, il va perdre, il le pressent malgré ses tartarinades. Dommage que son camp ne veuille pas le voir et lui choisir un remplaçant dès aujourd’hui. On court mieux la poste quand on change de cheval avant qu’il ne crève sous vous. Il faudrait que Marine et Nicolas arrivent tous deux au second tour pour que l’actuel Président ait une chance de revenir pour cinq ans. Je n’y crois pas.

Une vision plus indulgente de Jean-Louis sur la Sarkopolitik.

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Sociologie polynésienne

Article repris par Medium4You.

Jusqu’en 1964, les 60 000 Polynésiens vivaient en autarcie. Quelques-uns voulaient goûter au « modernisme » et partaient travailler à Makatea dans les phosphates, d’autres émigraient en Nouvelle-Calédonie dans le nickel, au Vanuatu dans les plantations, un petit nombre dans les commerces de Papeete, et d’autres enfin devenaient fonctionnaires.

De 1966 à aujourd’hui, la France a déversé une manne d’argent, a introduit la télévision, a installé un système éducatif, a offert la consommation à une partie de la population. Tout ça anti-écolo, totalement déphasé avec l’environnement des Polynésiens. La manne nucléaire a stoppé l’émigration traditionnelle, stimulé les naissances par les allocations familiales, encouragé l’immigration. Actuellement, la population est de 267 000 habitants dont 180 000 sur l’île de Tahiti.

A Tahiti, les infrastructures inadaptées font que l’on a parfois l’impression de vivre dans un pays sous-développé. Depuis 2004, l’économie s’éteint. En 10 ans, le tourisme a chuté de 50%, le prix de la perle a chuté de 75% en 20 ans et de 90% en 30 ans. Heureusement, les transferts de l’Etat continuent (solidarité, aides, salaires et retraites, salaires des fonctionnaires territoriaux).

La nouvelle génération fait de longues études, des bacs +5 ou 6 à la pelle, mais ces jeunes cadres choisissent le confort douillet du secteur public. Les SEM, EPIC, même OPT ont été pillées par les dirigeants du fenua. La crise n’en finit pas, le coût social est énorme, un vrai coup ! Même le secteur privé est dépendant de la « rente française ». Savez-vous combien vous versez, vous autres les Gaulois ? 150 milliards par an ! Comme cela ne suffit pas, alors on va taparu (quémander) l’Europe. Ceux qui manifestent sont ceux qui reçoivent déjà beaucoup mais qui demandent à garder leurs multiples avantages et à en obtenir d’autres. On utilise les fonds de la DGSE (Dotation globale sociale et économique, ne confondez pas avec la DGSE de métropole !), soit 18 milliards. Cela en abandonnant l’investissement économique au profit du social, le paiement à fonds perdus de salaires et autres avantages. Cela n’a pas suffi, alors « niu niu Paris ! » : on veut encore des sous. Vite un virement de 6 milliards en juillet, puis un autre en décembre 2010. Pudiquement on dit ici que c’étaient des sommes dues ou une avance… Si vous gagniez au loto ou autre jeu, ben pensez à la Polynésie !

Surtout que la gabegie et la corruption existent. Air Tahiti Nui est toujours cher, même si vous avez cherché sur Internet le billet d’avion le moins cher possible pour vous offrir Tahiti… Si vous étiez parent proche ou éloigné d’un employé de la compagnie ATN, vous n’auriez aucun souci pour voyager avec un billet GP (« vieille pie » ou VIP en français continental). La compagnie fait voyager 500 GP par semaine soit l’équivalent de 2 avions pleins sur les 5 possédés par la compagnie ! Rappel : la population de la Polynésie française est de 267 000 personnes, bébés compris !

L’enterrement des affaires judiciaires en Polynésie pourrait être une spécificité tahitienne. Il n’en demeure pas moins que les « vices » de procédure semblent être favorisés par le climat, le soleil et le fenua. Les enquêtes et les plaintes déposées contre certains politiques n’aboutissent pas. Cela traîne en longueur  et si la traîne dépasse trois ans, le Saint Graal de la prescription intervient. Stratégie tenue de mains de maîtres par les experts de cette combine bien réglée. Et c’est merveilleux comme ça ronronne !

Alors chacun se débrouille. Un enseignant-chercheur a mené une enquête pendant 4 ans et vient de publier un livre. Il a suivi une quarantaine de ménages modestes dans le quartier urbain de Pamatai (Faa’a) et le quartier rural de Maatea (Moorea). Il constate qu’il y a des échanges très nombreux entre ces familles modestes et les districts de Tahiti et des îles. Elles reçoivent des produits pêchés, chassés, agricoles, en échange de produits qui ne peuvent être trouvés dans les îles. On constate que le fret entre Tahiti et les îles est plus important que le fret commercial. Actuellement, on a remplacé le taro et l’uru par le riz, présent dans 50% des repas. En Polynésie, bien manger c’est manger beaucoup. Pour honorer ses invités, le Polynésien présente des plats en abondance ; un ventre bien plein indique un repas abondant. Les Tahitiens font un seul gros repas par jour, les deux autres prises seront les restes de la veille et le café-pain-beurre du soir, avec beaucoup de grignotages en cours de journée. Le week-end, on mange énormément.

« Nourritures, abondance et identité : une socio-anthropologie de l’alimentation à Tahiti » est un livre  de Christophe Serra Maillol, 545 pages, éditions Au vent des îles, 2010, €36.01.

Hiata de Tahiti

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Les écologistes contre le néolithique

Comme il parle bien Jean Guilaine, ce professeur au Collège de France spécialiste du néolithique ! Il a l’accent rocailleux du sud-ouest et les mots savoureux pour décrire sa passion : cette époque reculée où la révolution advint. Celle qui a fait passer les sociétés humaines du stade de chasseur-cueilleur au stade d’éleveur-cultivateur. Il a fallu quitter le nomadisme pour se sédentariser. Cesser les comportements simplistes de prédation pour acquérir d’autres comportements d’attention et de soins. C’était déjà le ‘care’, cette couverture thermolactyl chère à Dame Martine. 

Mais à écouter Jean Guilaine, on se demande bien pourquoi la Première secrétaire socialiste s’acoquine avec les zécologistes. En effet, le fondement de l’écologie est que l’homme est un traître qui s’est retourné contre sa terre-mère, au néolithique justement. Auparavant, il vivait comme les bêtes, ni mieux ni pire. La nature était son ventre amical et il prenait ce qu’elle voulait bien lui donner. C’était au temps où les bêtes parlaient et où les chasseurs (qui passaient leur vie à ça) écoutaient les bruits ténus, repéraient les traces infimes et s’orientaient aux odeurs évanescentes pour comprendre le gibier. L’homme était un animal armé et baignait nu dans le naturel.

Las ! Son orgueil (dit la Bible), sa soif de connaître (dit le mythe grec de Prométhée), lui ont fait quitter le vert paradis des amours enfantines et la prédation naturelle qui régulait son espèce en fonction de celle des autres. Il a « joué à Dieu », quelle horreur ! (c’est le titre récent de l’hebdo catho ‘La Vie’ sur Fukushima). Comme lui, il a bâti un monde à sa mesure, fait naître des animaux à sa disposition et des plantes à sa convenance pour son alimentation, a maîtrisé le feu. Il n’était plus seul et nu, mais rassemblé en villages voire en villes bâtis de ses mains, avec enclos à bétail, réserves de foin et de bois pour l’hiver, et des vêtements tissés des tiges des céréales qu’il conservait en jarre pour sa nourriture quotidienne et les semences du printemps suivant.

Là c’en est trop pour les zécologistes. Je parle de la sous-espèce récente qui a sauté sur le prétexte scientifique pour en faire une nouvelle mystique. Pour eux, la civilisation c’est mal, la technique c’est le diable, sortir de la « vie naturelle » nomade et nue c’est la perdition. Il y a de ça chez certaines sectes chrétiennes du retour à la terre, chez les païens ex-hippies qui adorent Gaïa en fumant de l’herbe (bio), et même chez les islamistes qui ne rêvent que de retourner aux lois ancestrales des nomades bédouins, eux qui n’ont jamais pu cultiver la terre dans le désert faute d’eau. Tous ont le rêve d’oasis du Paradis biblique.

A écouter Jean Guilaine, à lire son livre passionnant (et pas uniquement pour les archéologues), je me dis que l’écolo-mystique est un pessimiste ignorant qui a peur de son ombre. Le scientifique – Jean Guilaine en est un – est forcément optimiste, même sur le lointain passé. Le néolithique a été une « révolution » qui a duré jusque dans les années 1950, lorsque la population a basculé de la terre à la ville, grâce aux progrès de la technique. Cette fameuse technique honnie des mystiques qui y voient un crime de lèse-nature, un comportement de jeune mâle de banlieue en rut qui va jusqu’à gifler sa mère (parce qu’elle n’est qu’une femme) avec la volonté maléfique de s’égaler au Créateur. Tout, dans la « religion » écolo venue tout droit de celles du Livre, s’oppose à ce que l’homme est devenu : un fils désobéissant, un ingrat orgueilleux, quelqu’un qui méprise maman et veut supplanter papa.

Mais, si l’on y regarde bien, ce dont rêvent les zécolos sans le savoir est l’anti-civilisation. La guerre de tous contre tous selon les lois naturelles. La grande régulation qui mettrait au rebut la technique (après une catastrophe nucléaire et une gigantesque panne informatique due au climat réchauffé). Ce qui ramènerait l’espèce humaine au Paradis, vous savez, cette époque bénie où l’homme était un loup pour l’homme, ne cultivait rien, n’élevait rien, mais se contentait de prendre ce que « la nature » ou Papa-dieu voulait bien lui laisser…

C’est drôle et inquiétant l’écologie politique, quand on creuse…

Jean Guilaine, Caïn – Abel – Ötzi : l’héritage néolithique, Gallimard février 2011, 284 pages, €24.70 

Émission le Salon noir du mercredi 6 avril 2011, Vincent Charpentier sur France Culture, écoutable ou podcastable

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Jonathan Coe, Bienvenue au club

J’ai beaucoup aimé ce gros roman d’adolescence où un certain nombre de garçons et filles de Birmingham découvrent le sexe, la culture, la politique – en bref la vie – au travers de leurs expériences d’école et de rencontres. Le club des Rotter est en anglais la bande des sales types. Sauf qu’il s’agit d’un nom de famille à peine déformé (Trotter) que portent Lois la fille aînée, Benjamin le second et le diabolique petit Paul, cadet. C’est autour d’eux que tourne l’histoire, leurs amours, leurs mésaventures, leurs copains et copines.

A l’anglaise, bien loin du pesant « de rigueur » chez les branchés bobos français, on rit souvent à la lecture de ces pages. Ce n’est pas parce que les années 1970 étaient des années où dominait la couleur marron, les grèves syndicales à répétition, les voitures anglaises de mauvaise qualité et la montée du mouvement national contre l’immigration qu’on doit faire la gueule. Margaret Thatcher pointait son nez sur les affiches mais la vie était belle parce que les ados s’en foutent, de la politique. Sauf lorsqu’elle les touche directement : attentat irlandais dans un pub, matraquage policier d’une manif, pouvoir de cuissage syndical sur les femmes de l’usine, compte-rendu percutant dans un journal, ce qui permet un voyage à Londres à 16 ans et les 36 positions du kama-soutra avec une journaliste adulte…

Nous étions dans les années culture, où le classique avait encore du prestige, incitant les ouvriers à lire les auteurs pour ne pas se faire piquer leur femme par des profs beaux parleurs (un grand moment du livre). Dans les années musique où des groupes de rock et autres sous-sectes surgissaient de nulle part, qui ne songeaient qu’à tordre les sons en rythme pour insuffler de l’énergie aux adolescents. Dans les années ascenseur social où les notes à l’école permettaient l’accès à l’université, chacun devant exceller dans au moins une matière.

Benjamin, Doug, Philip, Steve (Noir jamaïcain sportif « aux cuisses musclées et aux pectoraux luisants »), côtoient Claire, Cicely, Jennifer, Emily et autres Miriam. Tout cela se mêle, les écoles étant devenues mixtes. Sauf le sport, qui a lieu entre élèves du même sexe, ce qui rend cocasse le règlement en cas d’oubli de son maillot de bain, autre grand moment du livre. Mais le sport n’est pas désiré par tous, d’où l’idée lumineuse de ces excursions de marcheurs, où les filles sont admises et où régulièrement les élèves se perdent, chaque mercredi dans les bosquets touffus…

C’est drôle, captivant, empli de psychologie. Vous avez une vraie analyse sociologique – une époque et un milieu – sous des dehors légers. L’école, les parents, la famille, font de ces adolescences une suite de lieux fermés où il se passe quelque chose. Non pas contre le monde (ainsi qu’il en est aujourd’hui) mais en rythme avec les grands ébranlements d’époque comme la montée de la droite, le rejet de l’immigration, les attentats de l’IRA, la métamorphose des groupes musicaux. Les habitudes sociales se télescopent, dans un humour parfois ravageur, telle cette fameuse page 73 : « Vous connaissez Morales ? – Je ne crois pas, répondit-elle, décontenancée. – Vous ne connaissez donc pas ‘La Vierge à l’Enfant » ? – Vous savez, on a pas beaucoup l’occasion d’aller au pub, avoua Sheila ». Ce quiproquo bien amené, l’air de ne pas y toucher, est pour moi irrésistible. Les pubs anglais ont toujours de ces noms composés comme ça, ‘L’ancre et la chope’, ‘La cuisse et le cochon’, et ainsi de suite. Il y en a plein, drôles ou graves, de ces chocs là. Comme la découverte de l’existence de Dieu à cause d’un slip.

L’auteur use habilement de plusieurs procédés dont le patchwork ajoute à l’intérêt plutôt que de hacher le texte. Récit personnel, histoire racontée, bulletin du lycée, chronique de journal, lettre, tout participe à rompre la cadence et à faire du style une polyphonie. Jusqu’à ce délire amoureux qui clôt le volume, une performance de 50 pages sans un seul point ! Un tel lyrisme personnel ouvre une époque adulte d’optimisme, malgré le monde ambiant. Benjamin est amoureux de Cicely, qui est le prénom Cécile mais aussi, en anglais, la ‘petite cigüe’. C’est dire combien cette fille trop belle, trop indifférente, est un poison pour tous ceux qu’elle captive et capture. Tous, sauf un… Devinez qui ? Et c’est là où l’on craque.

‘Bienvenu au club’ connaît une suite, ‘Le cercle fermé’, qui sera chroniqué prochainement.

Jonathan Coe, Bienvenue au club (The Rotter’s Club), 2001, Folio 2010, 543 pages, €7.98

Jonathan Coe, coffret deux volumes : Bienvenue au club et Le cercle fermé, Folio, €15.96

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Simone de Beauvoir il y a 25 ans

C’était au temps de l’ordre et des « vraies jeunes filles ». Simone naquit en 1908 et conte à l’âge de 50 ans son histoire. « Je suis née à 4 h du matin » le 9 janvier : début de siècle, début d’année, début de jour. Avec elle commence son existant : elle se crée. « On ne naît pas femme, on le devient », dira-t-elle plus tard en paraphrasant Érasme. L’existentialisme définit l’être humain par l’action. Simone doit s’extirper de son milieu – bourgeois – pour acquérir une liberté d’intellectuelle en pensant par elle-même, en même temps qu’une liberté économique en travaillant – un temps – comme professeur de philosophie.

« Mémoire d’une jeune fille rangée » a fait jaser. En ces années où la femme française dépendait de son mari – Napoléon l’avait voulu ainsi dans le Code Civil 1803, être célibataire, salariée, intellectuelle et amante libre avait tout du sulfureux ! Curieusement, c’est « Le deuxième sexe » qui rendra Simone célèbre, plus que le sillage de Sartre. Et, ruse de l’histoire, ce n’est pas pour ce pamphlet besogneux de féministe qu’on la lit encore. « Le deuxième sexe » est pesant, épais, et déjà furieusement daté. En revanche, tous les livres de mémoires restent de grand intérêt. L’auteur y apparaît vivante, intellectuelle mais plus accessible que Sartre, amoureuse mais ayant beaucoup les pieds sur terre.

Simone passe sa petite enfance entre une mère lointaine et un père souvent absent. Un peu plus grande, « une abondante famille me garantissait mon importance » p.14 A 3 ou 4 ans, elle a des crises de rage, courantes chez les petites filles. Mais, sur le retour, elle les surdétermine pour bâtir son personnage : « en partie par une vitalité fougueuse et par un extrémisme auquel je n’ai jamais tout à fait renoncé » p.18 Elle dit son père déclassé, persuadé d’être aristocrate mais ruiné par les emprunts russes. Simone n’est pas un garçon mais a réagi contre son père comme si elle en était un. Elle en prend systématiquement le contrepied : anti-frivole, vouée aux études, méprisant les « affaires » et le « paraître » social, ignorant la maternité et la famille. Elle méprise un peu sa mère, qu’elle dit être une pieuse bourgeoise élevée aux « Oiseaux » (fameux couvent parisien). Mais sa génitrice a laissé son austérité à sa fille : « Toute mon éducation m’assurait que la vertu et la culture comptent plus que la fortune » p.67 Simone a une sœur cadette, sur laquelle elle est heureuse d’« avoir une prise réelle » p.63 en jouant à la maîtresse. Névrose classique d’époque autoritaire : Simone se fantasme en sainte Blandine, se pâmant la tunique déchirée aux pieds du maître brute qui pardonne…

Heureusement, la lecture était là. « Les livres me rassuraient : ils parlaient et ne me dissimulaient rien ; en mon absence, ils se taisaient ; je les ouvrais, et alors ils disaient exactement ce qu’ils disaient » p.70 Phrase étonnante, phrase d’intellectuelle, phrase d’époque. Qui le comprend aujourd’hui ? Et pourtant… Les livres étaient la Raison, le contrepied de la campagne que Simone adorait avec sensualité : « le réveil des prairies », « les rumeurs de l’été », « le parfum des fleurs », « l’odeur du regain », « de la paille et du foin ». On ne parle pas du corps – pas convenable – mais évoquer les parfums est poétique et permis. Jusqu’à 16 ans, elle reste « une oie blanche » mais tombe amoureuse à 10 ans d’une Zaza de son âge, spontanée, audacieuse et naturelle – tout ce qu’elle voudrait être. Pied de nez à l’histoire, ce coup de foudre l’a révolutionné en octobre 1917 !

Un jour, elle ne croit plus en Dieu et se le dit « sans grand étonnement » p.190. Elle découvre sans angoisse la solitude « au milieu de l’éther aveugle » p.192 La littérature l’attire, afin d’être sa propre cause et sa propre fin, mais surtout la réflexion – donc la philosophie. Elle y rencontre Sartre par la bande en 1929 – année de la Grande Dépression. Herbaud, copain de Sartre lui trouve un surnom : Castor. Beauvoir est en effet ‘beaver’ en anglais, animaux qui « vont en bande et (qui) ont l’esprit constructeur ». Les Normaliens la fascinent : « ils dégonflaient impitoyablement tous les idéalismes, ils tournaient en dérision les belles âmes, les âmes nobles, toutes les âmes et les états d’âme, la vie intérieure, le merveilleux, le mystère, les élites ; en toute occasion » p.470 Avec Sartre, Simone se trouve. « C’était la première fois de ma vie que je me sentais intellectuellement dominée par quelqu’un »p.480 Et elle aime ça, on ne le dit pas assez… Elle en souffrira, ce qu’elle décrira dans « L’invitée » (1943) : jalouse, soucieuse de reconnaissance, souffrant des passions bien humaines.

C’est cette rectitude à se voir telle qu’elle est qui la rend sympathique. Simone n’a pas tout dit, mais assez pour apparaître « authentique ». Bourgeoise déclassée compensant par des études universitaires une fortune qu’elle n’héritait plus ; passionnément intellectuelle jusqu’à cautionner des paranoïas politiques comme le communisme après 1956 (l’écrasement par les chars soviétiques de la révolte de Budapest) ; mais sans cesse entraînée à penser, tirée par Sartre qui s’est beaucoup trompé – avec conviction – mais qui « s’intéressait à tout et ne prenait jamais rien pour accordé ». J’ai lu Simone bien après Sartre, mais la statue du Maître m’a lassé tandis que la vitalité de sa compagne continue d’irriguer mes pensées.

Simone de Beauvoir, née il y a 103 ans, morte il y a exactement 25 ans, mémoires :

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Que vaut le projet socialiste pour 2012 ?

Notons en premier lieu qu’il s’agit de « 30 propositions » et non d’un « projet » de gouvernement. Notons en second lieu que ces propositions sont réunies sous le titre de « Redresser la France et proposer un nouveau modèle de développement ». Rien que ça : il s’agit encore et toujours de changer le monde… Le capitalisme est le diable, la mondialisation l’enfer, et le PS veut créer un bénitier d’eau apaisante pour tous les brûlés de la France. Panser au lieu de penser. Pourquoi vouloir changer le monde alors qu’il faudrait commencer par se changer soi ? Par orgueil, certitude d’avoir raison, d’être investi d’une Mission.

Cela vient de loin, du catholicisme dont le socialisme a repris la cité de Dieu, du marxisme-léninisme dont son créateur Lénine a repris l’idée d’Église hiérarchique, de clergé investi d’une mission et de prêches propagandistes pour sauver les âmes… C’est un peu cela, le catalogue ordonné des propositions du PS : « Refaire de la France une nation qui compte » (comme si elle ne comptait plus, la 5ème puissance économique mondiale, la 2ème puissance démographique européenne), « changer de modèle pour vivre mieux » (pourquoi pas ? mais qu’a donc fait la gauche pour avancer dans cette direction depuis 1981 ? et notamment durant les 5 récentes années Jospin ?) ; « rendre la vie moins chère », priorité aux « services publics », « réformer la fiscalité ». Au fond, ce sont peut-être ces propositions franco-françaises sur l’école, la fiscalité et les priorités de service public (pas tout mais éducation, santé et sécurité) qui sont les plus réalistes. Notons quand même qu’il s’agit de préférence nationale… Tout ce qui sort des frontières est négligé ou vague. Où l’on voit que la mentalité FN irrigue aussi la gauche.

La mondialisation ? Elle n’est évoquée que pour une vague « taxe sur les transactions financières » impossible à mettre en œuvre tout seul sauf à voir fuir la finance partout ailleurs qu’en France. Ou par une taxe aux frontières sur les produits polluants ou immoraux « en matière sociale, sanitaire ou environnementale ». Ou encore par une loi d’orientation tous les trois ans sur l’accueil des migrants. Le monde s’arrête aux frontières de l’Hexagone, c’est bien connu depuis l’imbécile de Tchernobyl. Qui croirait qu’il y a un socialiste français à la tête du FMI et un autre à la tête de l’OMC ? Le parti n’en tient pas compte, ses intellos sont en majorité fonctionnaires hexagonaux.

L’Europe ? Elle n’est évoquée que pour « proposer » une communauté des énergies (qui en veut ?), des droits de douane sur l’immoralité déjà vue (les Allemands sont-ils pour ?), des emprunts Eurobonds pour investissement (les Allemands sont radicalement contre). Rien à dire sur les obligations de l’euro, les écarts de fiscalité, la ponction plus forte qu’ailleurs de l’État français sur la production nationale. Bien que le mot « compétitivité » figure en titre, elle se résume à encore plus d’État avec une « banque d’investissement » – comme si l’État (c’est bien connu) était le meilleur à créer l’innovation ! Se souvient-on à gauche du Plan calcul, du Concorde, des PC Thomson massivement financés pour les écoles et collèges, du succès planétaire du Minitel, de la centrale nucléaire de dernière génération beaucoup trop chère, du Rafale que personne n’achète, du TGV copié par les Chinois et les Coréens ?

Les vrais problèmes des Français ? Ils ne datent pas de 2007… mais des années 1980 : chômage, marge des PME, logement, immigration, insécurité des banlieues, financement des prestations sociales, déclassement, inadaptation persistante de l’école, empilement des lois et règlements, misère de la justice, montée du Front national. Tout cela est né sous Mitterrand et n’a fait que proliférer depuis. Il ne suffit pas de dire « Sarkozy dehors » pour que, par magie, tout devienne rose. Les Français savent bien qu’ils ne vont pas entrer chez Disney s’ils votent rose en 2012. Que « propose » donc le parti pour régler tout ça ? De surveiller et punir : le vieux travers caporaliste de la gauche morale. Les inégalités existent, peut-être moins qu’ailleurs en France, mais pires qu’avant à cause du chômage persistant depuis trente ans. Mais surveiller et punir ne suffit pas à régler les inégalités : les vrais riches iront s’installer ailleurs, les vrais pauvres seront réduits à l’assistanat d’État délivré par des fonctionnaires revêches, mal payés et qui ne feront jamais plus de 35 heures en répétant comme une litanie que c’est pas moi c’est l’autre, qu’il faut le bon papier, que le dossier est en cours, que le service est en sous-effectif, et autres prétextes habituels aux administrations.

  • Il y a un effort de modération pour rassembler les éléphants qui ont une fâcheuse tendance à se tirer dans les pattes.
  • Il y a un maquillage de communication qui vise l’attrape-tout pour les primaires ouvertes à toute la gauche.
  • Il y a un grave déficit d’idées sur l’avenir d’un pays moyen dans un monde désormais global.

Les propositions sont financées… mais en remettant en cause la fiscalité instaurées depuis 2007 par Sarkozy, avec les effets pervers de changer une fois encore les prévisions de risque de ceux qui investissent : les entreprises de la restauration (dont la TVA réduite serait supprimée), les entreprises à transmettre (qui seraient moins exonérées et dont les dirigeants s’exileront aux frontières pour ne payer ni plus-value ni l’ISF), les particuliers qui préparent leur retraite amaigrie par des investissements locatifs (leurs loyers seront bloqués). Certes il faut réformer la fiscalité, devenue complexe et difficilement lisible, mais n’avoir pour projet affiché que taxer encore et encore est d’une indigence rare.

Comment un État qui prélève déjà 43% des salaires et assure par la dépense publique 55% du PIB peut-il dire qu’il manque de moyens ? C’est plus que la plupart des États européens qui nous entourent. La démagogie consiste donc à dire qu’on ne touche surtout pas aux zacquis, malgré des classes de 35 alors que les effectifs de l’Éducation nationale comptent 1 prof pour 16 élèves, malgré le taux de flics par habitant plus élevé qu’ailleurs seraient engagés 10 000 de plus ? Tout comme les emplois-jeunes, ces impasses crées dans le secteur non-marchand qui vont servir à rester sous-payé et sous-formé en associations et collectivités, sans pouvoir valoriser son CV par une quelconque expérience et formation utile à l’économie. Ce genre d’emploi de proximité ou écolo pourrait être assuré aux seniors chômeurs, ils n’ont plus guère d’avenir en entreprise – mais les jeunes ! C’est les parquer dans l’assistanat à vie, avec vote PS obligatoire pour maintenir les zacquis.

La démagogie se poursuit avec les vieilles lunes qui datent du Programme commun : la Banque d’investissement, l’encadrement des loyers, le plafonnement des salaires des PDG d’entreprises publiques, la retraite à 60 ans (mais pas à taux plein, ce n’est pas dit n’est-ce pas ?…). L’idée profonde est que « le capitalisme » est immoral, illégitime, et que le but de la politique française est d’en débarrasser le monde. Ben voyons… Le pays est fatigué, vieillissant, le budget perclus de dettes, le chômage massif, la croissance très molle. Il faudrait réformer l’État-providence, devenu intenable en raison de la concurrence mondiale et de l’endettement accumulé dans un contexte de prélèvements maximum – ce qu’ont fait les pays scandinaves et le Canada. Réformer l’organisation réglementaire et diminuer le coût du travail pour donner de l’air aux emplois (un chômeur ne peut pas donner des cours à l’université par exemple, selon un décret de 1987 signé Chirac) – ce qu’a fait l’Allemagne dont le coût relatif diminue depuis les années 1990. Encourager les entreprises à faire comme les PME allemandes, qui exportent malgré l’euro fort et les délocalisations industrielles et créent -elles – de l’emploi. Et ne surtout pas accentuer le travers français de l’innovation d’État avec ses gros machins invendables, seulement négociables par les politiques (donc transférables et copiables à merci) comme le TGV, Airbus, les centrales nucléaires. La gauche comprend-elle le monde actuel ?

Que peut-on faire quand on ne peut pas changer le monde tout seul ? Faire semblant. Se replier sur le socialisme dans un seul pays (comme Staline). Le PS a accouché d’un pessaire, cet appareil qui maintient un organe en place. Quelle révolution !

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Dalaï-lama, Mon autobiographie spirituelle

Le Dalaï-lama est le chef spirituel du Tibet. Il n’est plus chef politique depuis que les Chinois ont envahi l’état indépendant et l’ont annexé, que Tenzin Gyatso a créé un parlement en exil et qu’il vient de renoncer à sa fonction politique au profit d’un Premier ministre élu. Le XIVème de la lignée des Dalaï-lamas se consacre désormais à sa vocation de bodhisattva : celui de la Compassion.

Sofia Sril-Rever opère un découpage dans les œuvres et discours publiés, qu’elle a soumis à autorisation des services du Dalaï-lama. Cela donne un bon résumé de l’homme-symbole du Tibet.

Ce livre court se lit en trois parties :

  1. l’homme avec notre humanité commune et sa vie,
  2. le moine bouddhiste, se transformer avant de transformer le monde et prendre soin de la terre,
  3. le Dalaï-lama, histoire récente du Tibet et appel à tous les peuples du monde.

Un bodhisattva est plus qu’un saint. Ce n’est pas seulement son exemple qui est proposé à l’édification des foules, mais un Bouddha en marche. Le bouddhisme a ceci de séduisant qu’il n’adore aucune divinité hors du monde mais prêche l’exemple d’un prince réel qui a vécu et qui a trouvé la Voie. Le bodhisattva est non seulement celui qui a atteint l’Éveil, mais aussi celui qui se tient au bord du nirvana afin d’aider les autres hommes, moins avancés que lui dans la spiritualité, à suivre son exemple. Plus qu’un saint qui obéit à une morale venue de l’au-delà, le bouddha vivant est un être en voie de divinité, proche du grand tout qui marque la fin des renaissances par fusion avec les énergies du monde. Il a trouvé l’Illumination et est saisi de compassion pour les êtres. Aidé de la connaissance et de la sagesse, il aide les autres à s’éveiller.

Contrairement à l’Occident depuis la technique, la connaissance ne va pas sans la sagesse dans le bouddhisme tibétain. Ce que Rabelais disait déjà par « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Mais c’était aux temps humanistes, et l’humanisme a fait naufrage avec la transformation du libéralisme en doctrine à faire de l’argent et du marxisme en exploitation forcenée de l’homme et de la nature par une clique restreinte au pouvoir. Jacqueline de Romilly s’élevait contre le matérialisme de l’enseignement au profit de l’éducation à la culture antique et elle avait raison. Le Dalaï-lama ne dit pas autre chose.

Ce pourquoi il est contre la guerre, même au nom des bonnes intentions. Surtout au nom de ces soi-disant « bonnes » intentions, peut-être. La guerre est l’usage de la technique pour contraindre. Mais la force des instruments dispense de penser, on ne réfléchit pas, on y va les ptits gars. Sans songer aux causes ni anticiper les conséquences. Les Américains se sont fourvoyés au Vietnam, en Irak, en Afghanistan. Ils n’ont toujours pas compris pourquoi. C’est parce qu’ils font une confiance aveugle à la technique et croient – naïvement – que la force règle le droit d’un claquement de missile. « Pour commencer, dit le Dalaï-lama, il faut s’efforcer de contrôler ces états d’esprit négatifs en développant la conscience de la nature interdépendante de tous les phénomènes, en cultivant le souhait de ne pas nuire aux autres et en comprenant leur besoin de compassion » p.157.

Pourquoi la violence est le plus souvent contreproductive ? Parce que la loi des causes et des conséquences fait qu’un problème résolu par la violence en crée de nouveaux. « Si un raisonnement solide est mis au service d’une cause, la violence est inutile. Lorsqu’on est motivé seulement par un désir égoïste et qu’on ne peut parvenir à ses fins par la logique, on s’en remet à la violence (…) faute de motifs raisonnables, on sera vite gagné par la colère qui n’est jamais signe de force, mais de faiblesse » p.192.

Ce pourquoi ce qui importe n’est pas de changer le monde mais de se changer soi. Il importe de voir le monde tel qu’il est, sans cesse en mouvement et toujours en interdépendance. Donc ne pas vouloir « conserver » à tout prix ni les mœurs, ni les espèces, ni la nature. L’apparence des phénomènes n’est qu’une vérité relative, la vérité ultime réside dans leur réalité au-delà des seules apparences. Les phénomènes sont vides, seule existe l’interdépendance de tout ce qui est. « L’analyse bouddhiste de la réalité ultime rejoint les conclusions de la physique quantique selon laquelle les particules de la matière sont réelles tout en étant dénuées de solidité ultime », affirme malicieusement le Dalaï-lama p.95.

Il ne faut plus alors se contenter de vivre au jour le jour, « en réaction » à tout ce qui survient, car cette ignorance engendre de la peur, donc des rejets violents par remise en cause de ce qu’on croit être son « identité ».  « Le bouddhisme représente un chemin de transformation de l’esprit, visant à se délivrer de la souffrance et de ses causes » p.95. Notamment des trois poisons que sont l’ignorance, le désir et la haine. Ces trois concepts sévissent largement en Occident… Mais pas seulement : la Chine orgueilleuse et arrogante ne vaut pas mieux. Le Dalaï-lama a rencontré Mao plusieurs fois en 1954 et 1955 et voici ce qu’il en dit : « Il n’avait pas l’aura d’un homme particulièrement intelligent. Cependant, en lui serrant la main, j’eus le sentiment d’être en présence d’une grande force magnétique » p.175.

« La révolution spirituelle que je préconise n’est pas une révolution religieuse. Elle correspond à une réorientation éthique de notre attitude, puisqu’il s’agit de tenir compte des aspirations d’autrui autant que des nôtres » p.107. Chacun peut d’ailleurs continuer à pratiquer sa propre religion, ou son humanisme laïc, dit le Dalaï-lama. Ce qui importe est la volonté de se changer soi pour devenir meilleur, ce qui signifie en interdépendance plus grande avec les êtres et avec la nature. Ce pourquoi le Dalaï-lama est démocrate, il considère que chacun a son mot à dire sur la politique de la cité. Ce pourquoi le Dalaï-lama est écologiste, il considère que le milieu environnant l’homme n’est pas séparé de lui mais une extension de lui-même (ou inversement), qu’il s’agit de vivre en harmonie, selon la loi d’impermanence (tout change sans cesse) et d’interdépendance (nous sommes tous liés).

Faut-il pour cela froncer les sourcils et se tourmenter de fouet pour briser le vieil homme hanté de désirs qui est en soi ? Pas du tout, dit le Dalaï-lama. « Je suis un rieur professionnel » p.36. « Certes, les problèmes sont là. Mais considérer seulement les aspects négatifs n’aide pas à trouver les solutions et détruit la paix de l’esprit. Or tout est relatif. Même dans la pire des tragédies, on peut déceler du positif, si l’on adopte une vision globale. En revanche, si l’on prend le négatif pour absolu et définitif, on augmente ses soucis et son angoisse » p.36.

Une leçon à méditer pour le peuple français, le plus pessimiste du monde, et pour ses politiciens, qui font tellement la gueule !

Cet ouvrage vient en complément d’autres qui diffusent la spiritualité bouddhiste tibétaine :

Dalaï-lama, Mon autobiographie spirituelle (recueillie par Sofia Sril-Rever), 2009, Pocket 2010 , 284 pages, €6.65

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Pierre Péju, Le rire de l’ogre

Méfiez-vous des prix littéraires. Ils récompensent moins le talent que le narcissisme d’époque. Les jurés se mirent en leur miroir. Ils adulent ce qui va dans leur sens, l’opinion à la mode. Ce pourquoi la plupart des prix littéraires sont au fond des prix Staline. Il s’agit d’être « dans la ligne », de conforter ce qu’il est bon de penser. Qu’a donc fait Pierre Péju, philosophe et romancier, pour mériter le prix Fnac 2005 ? Il a parlé de Juifs et de Nazis, de la culpabilité des survivants. Et pour cela on le célèbre !

Car ce roman est fort décousu. La psychologie des personnages est sommaire. On dirait plus un scénario de film avec indication des rôles, flashbacks de rigueur et découpage en séquences qu’un « roman » qui déroule une histoire et enrichit le lecteur du contact avec l’humain. Le contraste avec ‘Bienvenue au club’, roman anglais de Jonathan Coe paru en 2001 et sur lequel je reviendrai, est à cet égard éclairant ! Même thème du retour sur son adolescence, même fonds troubles des familles, même découpage en séquences. Mais l’un est réussi, l’anglais, l’autre raté, le français – comme par hasard adulé par les libraires les plus vénaux de France.

Deux parties, deux personnages. Première partie adolescente, en Allemagne, séjour chez un correspondant, découverte d’une fille fantasque mal dans sa peau pour cause de nazisme parental. Seconde partie adulte, en France, d’un garçon qui se cherche, perdu par la mort d’un père résistant et pris d’une vocation artiste confuse pour exsuder sa violence. Le fil conducteur ? Une vieille légende germanique d’ogre qui dévore les enfants et qu’une femme – la Mort – ressuscite après qu’il ait étranglé un couple de petits en dormant. Et l’on passe d’une époque à l’autre dans des chapitres entrecoupés qui rendent l’ensemble ardu.

La fille est allemande mais d’une famille d’origine française. Son père est médecin voué à la vie mais a participé malgré lui au massacre de Juifs en Ukraine, notamment d’enfants qu’il voulait sauver. Sa mère est folle, ne communiquant que par la musique. La fille, Clara (pas vraiment claire), ne vit que par procuration, porteur d’un prénom d’une jeune juive que son père a conduit à la mort, voyeur au féminin des fins de vie où elle accompagne son médecin de campagne de père, jusqu’à à cette caméra qui ne la quitte jamais. Le meilleur ami du docteur, sergent de la Wehrmacht, a fusillé du juif et s’est tué après avoir étranglé ses deux enfants dans la forêt. Nous sommes dans la lourdeur de répétition : l’ogre tapi au fond de tout Allemand, surgi des profondeurs par la littérature romantique et dans les faits par le tout permis nazi.

Le garçon est français, orphelin de père à 12 ans, élevé par une mère qui veut oublier et se choisit un autre mari. Le père a pris le maquis lorsqu’on a voulu l’engager au STO, a été pris, s’est évadé de la prison de la Gestapo à Lyon, puis a été décoré. Pourtant, le frère de sa femme, collabo affairiste, n’y serait pas pour rien… Paul n’a rien d’un pôle, il erre faute de modèle viril. Il aime Clara, ou plutôt la sensualité qu’il a connue à 15 ans. Il se laisse aimer par une infirmière nature mais que lui donne-t-il en échange ? Tout est trouble dans son histoire familiale, tout ressurgit des profondeurs, comme si la boue faisait l’existence. C’est là que nous découvrons une reine Bathilde que nous ne connaissions pas, statufiée devant le Sénat. Elle n’est pas confondue avec Mathilde, duchesse de Normandie, statufiée à côté.

De ces deux déterminismes, l’auteur crée des personnages inconsistants. L’une veut se perdre dans la guerre en photographiant les visages des tireurs au cœur des combats. L’autre veut se perdre dans l’œuvre artiste, la sculpture lourdingue où il s’agit de taper comme un sourd parce que « la pierre parle ». Cette pierre brute et ce métal coulé disent la torture et l’horreur – c’était tellement à la mode dans les années 1995-2005 ! Mais cela ne va pas bien loin, on n’y croit pas. La figure du prof de philo qui séduit (intellectuellement) les élèves mâles et (physiquement) les élèves femelles est plus réussie. Est-ce un autoportrait de l’auteur en satyre ? L’artiste méconnu, paysan écolo du Vercors, est peu convaincant. Pas plus que les caricatures des autres personnages rencontrés ici ou là comme le trop parfait « salaud » portier d’hôtel de l’oncle. Le lecteur n’est pas en face d’êtres humains mais de « rôles » sociaux ou professionnels. Ce sont ces stéréotypes qui ont obtenu le prix Fnac-Staline.

La fin n’arrête pas de finir. Déjà beau que ce roman ait l’ambition de couvrir un siècle, 1937-2037. Encore faut-il que le dernier chapitre, intitulé « la dernière bataille », soit suivi d’un « épilogue » ! On en a marre, le romancier n’a plus rien à dire depuis des pages et il en rajoute.

Deux points positifs quand même. Le premier est le style, fluide, qui se lit facilement. Dommage que la découpe à la hache des chapitres pour faire « construit » gâche l’ouvrage. Le second est le déterminisme. Un moment le garçon, devenu père avec deux enfants comme l’ogre, suit le sentier dans la forêt comme le monstre et comme l’ex-nazi, tenant ses petits à la main. Va-t-il ?… Non ! L’auteur nous épargne le poncif de l’éternel retour du même, c’est déjà ça.

De grâce, fuyez les prix à la mode, vous lirez mieux et plus sain !

Pierre Péju, Le rire de l’ogre, 2005, prix du roman Fnac 2005, Folio 2007, 393 pages, €6.93

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Vie tahitienne à la pointe Vénus

Nous sommes à Tahiti où, pas plus qu’ailleurs, il n’y a de sot métier : il n’y a que de sottes gens. On m’a demandé de tenir compagnie à un monsieur victime d’un A.V.C depuis plusieurs années. Homme fortement handicapé, il faut lui préparer ses repas, lui découper viande et poisson, légumes et fruits en petits morceaux, discuter avec lui. Il est rassuré par une présence car il lui arrive parfois de chuter et il ne peut se relever seul. Madame accompagne un voyage en Nouvelle-Zélande, le fils accompagne sa mère et sert de chauffeur au groupe, la fille et le gendre travaillent.

Je suis à la Pointe Vénus à Mahina, les pieds dans l’eau, au milieu des tupa (crabes de terre) qui dévastent le jardin. Le tupa creuse des trous et s’y engouffre en cas d’alerte. Il ne s’éloigne guère de son abri et observe tout déplacement suspect. Il sort la nuit pour manger, il est végétarien. A une certaine époque de l’année, il mue ce qui le rend très vulnérable.

Une amie me racontait que jeune (elle a maintenant plus de 72 ans), une tante lui avait rapporté un maillot de bain des USA. En Polynésie, très peu de gens avaient un maillot de bain à cette époque. Ils se baignaient tout nu. Elle en était très fière et faisait beaucoup de jaloux. Une nuit, elle laissa son maillot sécher dehors. Le lendemain matin, surprise, le crabe avait sévi : un tupa avait  mangé le tissu du maillot. Il était devenu un maillot à trous ! Cruelle déception pour la mode ! Mais ce devait être néanmoins très sexy.

Le site de la pointe Vénus, pointe Nord de Tahiti, est situé dans la commune de Mahina. Sa baie Mataiva a vu s’amarrer l’Endeavour de James Cook le 13 avril 1769. Captain Cook est resté trois mois à Tahiti. En 1868, Cook part explorer le Pacifique. Il doit mesurer le passage de Vénus sur le disque solaire, calculer la distance terre–soleil. Les résultats scientifiques seront nuls, par contre il donnera au monde d’excellentes descriptions de la culture tahitienne. Les révoltés de la Bounty y firent escale le 26 octobre 1788, un mémorial est érigé. Le 5 mars 1797, les missionnaires de la L.M.S y ancrèrent le Duff, le 7 mars, ils furent reçus par le jeune roi Pomare II. A la pointe se dresse le phare blanc dont la construction commença en 1866. C’est le frère Soulié, constructeur de la cathédrale de Rikitea (Gambier) 1841-1848, de la cathédrale de Papeete 1856 qui, avec l’aide des Mangaréviens (Gambier), construisit cette tour carrée de 25 m de haut et huit étages en pierre de corail. Le phare fut inauguré le 23 avril 1868, il fonctionnait par combustion de gaz sous pression. En 1963, on le rehaussa de 7 m. En 1973 il fut relié à l’électricité.

La pointe Vénus, c’est la pointe du vent. Les vagues sont nombreuses, on y pratique le va’a, le surf, la planche à voile, le kayak et le kite-surf. Pas d’odeur de moisi ici, l’air balaye tous les miasmes.

Les enfants de J. nous apportent les repas. J. est un demi-chinois qui parle quatre langues : le hakka, l’anglais, le tahitien et le français. Les programmes de télévision demeurent ses occupations principales. Il se passionne pour les émissions animales, les concerts de musique classique, les infos en anglais, la politique. Heureusement depuis quelques mois les 7 chaînes de télé gratuites sont captées  en Polynésie. Nanti des chaînes payantes de TNS, il est superbement équipé.

Avant de partir pour la Pointe Vénus, j’ai confié nos poussins à V. En arrivant chez J. il y avait aussi des poules, des coqs, des poussins. Quelques jours après mon arrivée, une poule noire qui couvait dans un creux du aito (arbre de fer) est venue présenter ses quatre nouveau-nés. Tout noirs comme elle. Elle vient réclamer plusieurs fois par jour du ma’a (de la bouffe). Elle me suit avec ses quatre petits dans mes déplacements extérieurs.

Elle a pris l’habitude de venir réclamer dès le matin la pitance. Je m’installe sur la terrasse pour savourer  mon café matinal. Elle arrive et se manifeste avec beaucoup de persuasion. Je cède : riz ou pain. Mais elle fait tant de vacarme que les autres volatiles se précipitent pour picorer. Bagarre, poursuite, c’est le drame journalier. J’ai tenté de lui expliquer qu’elle caquetait  trop fort… elle ne m’a pas compris. Tant pis !

Le mois de mars a été bien rempli. Nous sommes en automne ici. On ramasse des feuilles mortes à la pelle. Portez vous bien.

Iaorana

Hiata de Tahiti

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Les chats dans Alix

Note citée dans le forum Lectraymond.

Dans la bande dessinée du jeune Romain Alix et de son compagnon Enak, crayonnée par Jacques Martin pour les lecteurs du ‘Journal de Tintin’, apparaît tout un bestiaire où les chats sont peu présents.

L’époque étant encore proche de la nature et les bêtes, si elles ne parlaient pas, était cependant familières. Domestiquées, elles servaient de monture comme les chevaux, au trait comme les bœufs ou d’auxiliaires aux chasseurs comme les chiens, y compris pour chasser les hommes. Sauvages, elles étaient parfois les messagers des dieux comme l’aigle de Zeus ou la chouette d’Athéna, ou encore cette louve qu’Alix sauve du trou et qui va mener sa horde pour le protéger.

Les autres animaux, moins marqués, symbolisent les forces obscures, tel le marsupial qui étrangle Enak (sauvé par Alix) dans des ‘Proies du volcan’, puis le serpent qu’un peu plus tard Enak transperce d’une flèche bien ajustée alors qu’il ouvre sa gueule pour avaler un Alix à qui la jeune Malua vient de prendre la main… Enak contre résolument la Tentation d’Eve ; il est en cela exclusif et fidèle – comme un chat.

Nous sommes en 1977 et la censure sur l’élément féminin dans les BD destinées aux jeunes a sauté après mai 68. Jacques Martin introduit donc des filles, puisque près d’un lecteur sur deux des aventures d’Alix est une fille. Malua finit par apparaître seins nus, après plusieurs planches de contorsions où une branche, un bras, un objet cache ses attributs, à moins qu’on ne la voie de dos. Enak, jeune adolescent sensuel, n’est en rien ému de cette nudité mais Alix se laisse allez à quelque poésie, proposant de regarder à deux les étoiles. D’où la jalousie du gamin, doux mais sauvage comme un chat, qui veut son protecteur pour lui tout seul. Il a avec bonheur goûté les habitudes de la vie de Robinson dès les premières pages. Bâtir une cabane, allumer un feu, chasser à l’arc, projeter un radeau, voilà des tâches exaltantes pour l’énergie charnelle qui sommeille en tout jeune garçon de 7 à 17 ans et dont Enak est rempli.

Les chats, animaux mi-domestiques mi-sauvages, sont rares dans Alix, mais ils existent. Dès le ‘Sphinx d’or’, c’est un matou noir du Caire qui vient se frotter à la peau nue d’Enak pour consoler l’orphelin qui pleure, assis sur les marches chaudes d’un palais. Tout un symbole ! Le chat est commun en Égypte et vénéré sous les traits de la déesse Bastet, fille de Râ le soleil. Enak s’identifie au félin totem dans toute son attitude : séducteur, sensuel, il s’étire et ronronne comme un chat, tout en restant secret mais d’une fidélité à toute épreuve à son protecteur choisi. Enak apporte sa profondeur nocturne, son intuition et son adresse à l’arc à un Alix positif et solaire qui lui donne protection, attention et affection.

Dans ‘La griffe noire’, des hommes déguisés en félins griffent leurs ennemis d’un poison. Dans ‘Le prince du Nil’, c’est un guépard apprivoisé (le félin est décidément totem du garçon) qui rattrape Enak paniqué et le fait tomber pour que ses amis le récupèrent. Il faut dire qu’il vient de trahir Alix son bienfaiteur et ami de la plus vilaine façon, en le laissant injustement accuser de meurtre puis torturer sur une croix.

Dans ‘Le fils de Spartacus’, les chats sont des accessoires de luxe de la putain cupide Maia, servie comme une reine dans sa tente. Dans ‘Le dernier Spartiate’, un cauchemar à gueule d’Athéna saisit Alix, qui a pour cause le feulement d’un chat sauvage dans un arbre au-dessus de lui alors qu’il cherche Enak, réduit en esclavage dans les mines spartiates. Athéna la civilisée mandate le totem du petit compagnon pour faire un signe au Romain.

Enfin dans ‘L’enfant grec’, c’est un chat noir venant de la gauche qui avertit le lecteur qu’Enak va chuter comme d’habitude (mais le chat a les pattes blanches, signe discret que tout n’est pas perdu). Et Enak chute, sous le bâton traître d’un bon citoyen qui entend crier « arrêtez-les ». Les chats sont donc divers, amicaux ou menaçants, de toutes façons indépendants. Doux et sauvages, ils personnifient Enak.

A ce titre, Alix ne peut leur être indifférent. Un chat l’aide dans ‘Le tombeau étrusque’, alors que son tempérament positif et ingénieur le pousserait plutôt vers les chiens et les chevaux. On verrait plutôt les chats proches d’Enak, mais le premier album où le gosse apparaît reste le seul de cette catégorie. C’est même avec un chien qu’il joue dans ‘L’île maudite’ lorsqu’une fois de plus orphelin, il est envoyé rejoindre Alix avec pour tout bagage un pagne. Cela parce qu’Enak est chat lui-même et qu’il y aurait redondance symbolique. Ce n’est que lorsque le jeune garçon a disparu et que son aîné le cherche que l’animal fait son apparition pour le guider.

Les Étrusques avaient-ils quelque affinité avec le chat ? Gris-brun rayé, véritable Felis sylvestris catus ou chat européen, l’animal lèche Alix évanoui dans le tombeau où il a chu pour le réveiller, puis le guide vers les profondeurs secrètes du trésor où est détenue Lidia. Plus tard, alors qu’Alix ne sait comment sortir de sous terre, il demande au chat réapparu. Celui-ci se laisse caresser et saisir, il comprend fort bien et mène le garçon vers la lumière. Enak n’est pas avec lui, trop jeune pour cette aventure dangereuse, peut-être est-ce donc le bon génie du gamin qui se manifeste sous la forme du chat ?

Ou le chat symbolise-t-il plus généralement dans les aventures d’Alix les forces obscures, souterraines, non révélées, qui peuvent ou bien entraîner aux enfers s’ils sont du côté du mal, ou bien aider à en sortir lorsqu’ils sont du côté du bien ? ‘Le tombeau étrusque’ met justement en scène un xénophobe qui veut restaurer les valeurs de l’ancienne race et chasser les usurpateurs romains… à son profit exclusif, bien entendu. Le chat animal ou le chaton égyptien Enak sont des passeurs entre l’en-bas et l’ici-bas, entre Égypte mystérieuse millénaire et la Rome civilisatrice tournée vers l’avenir. Génies solitaires, il faut leur être attentif et affectueux pour qu’ils vous guident. Alix l’a bien compris qui adopte le chat de hasard comme il a adopté l’un des petits de Bastet, l’orphelin Enak.

Tous les albums d’Alix sont publiés chez Casterman.

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Réfléchir sur le nucléaire

Les glapissements millénaristes des prêcheurs d’Apocalypse empêchent de penser. Ils incitent à voter contre leur parti au niveau national, tant l’immaturité politique et la naïveté sociale y règnent. Le nucléaire est dangereux ? Certes – mais vivre aussi est dangereux. La cigarette fait plus de morts que les rayonnements chaque année, et bien plus de CO². Mais de cela, les zécolos-politiques ne disent rien.

Reste qu’il faut penser le nucléaire puisque le risque existe et qu’il se multiplie. Three Miles Island était un coup de semonce en 1979. Tchernobyl le désastre de tout un système, socialiste soviétique, comme quoi le « tout État » ne protège en rien des catastrophes industrielles, contrairement à ce qu’on entend ici ou là. Les ingénieurs ne sont pas meilleurs dans la fonction publique, on peut même soupçonner qu’étant moins payés, ne restent que ceux qui ne peuvent être appelés ailleurs pour leurs talents… Fukushima montre que, dans un pays très développé, nanti d’un État puissant, où l’énergie est décentralisée (au fond, tout le rêve des zécolos français), une catastrophe peut se produire et se développer. Ce n’est pas le tremblement de terre mais le tsunami par conséquence qui a submergé les sécurités. Un tel enchaînement de causes est exceptionnel, il n’arrive guère statistiquement qu’une fois par siècle. C’est ainsi que règnent les probabilités, à 99% de chances de ne pas courir le risque. Mais l’année où cela vous arrive, vous êtes à 100% dedans.

Alors faut-il « sortir » du nucléaire ? Bien sûr il le faudra, comme du charbon, du pétrole et des autres énergies fossiles. Pourquoi ? Parce que la planète est limitée et que ses réserves sont pour un siècle en minerai d’uranium, pas plus. La question est de sortir quand et comment.

Les naïfs réclament « tout, tout de suite ». Ils agissent en gamin de deux ans qui trépigne quand son désir n’est pas satisfait sur le champ. Mais est-ce socialement, économiquement, politiquement possible ? C’est là où divergent les  zécolos mystiques des zécolos qui pèsent et qui pensent. Les premiers sont hélas en France bien trop nombreux. Ils recyclent depuis un millénaire les utopies d’un autre monde hors du monde, celui des errants gyrovagues qui prêchent l’Apocalypse pour l’an prochain, les simplets de la croisade « des enfants » qui dit leur immaturité, croyant n’importe quel « berger » à grande gueule et gros bâton, chef de secte qui attire autour de lui les donzelles et les jouvenceaux pour mieux en jouir.

Sortir quand ? La société n’est pas révocable par décret. Les gens vivent, travaillent, consomment, élèvent des enfants. Que faire pour assurer la transition la meilleure pour tout le monde entre énergie nucléaire et énergies soutenables ?

1. Déjà, s’assurer que ce qui existe, et qui ne va pas disparaître dans les deux ans qui viennent, est sécurisé autant qu’on peut raisonnablement le prévoir. D’où audits, travaux éventuels, surveillance indépendante des intérêts économiques.

2. Ensuite convaincre les États-nations sourcilleux sur leur souveraineté, qu’une « ingérence » neutre, internationale, transparente, est la meilleure des choses pour le monde entier. Parce qu’une catastrophe dans un pays n’arrête pas ses effets aux frontières (comme un fonctionnaire imbécile l’avait affirmé en France après Tchernobyl).

3. Enfin débattre démocratiquement non pas de l’Apocalypse (personne n’est pour) mais de la gestion de transition.

a. Abandonner le nucléaire veut dire accepter plus de CO² un long moment, le temps que les énergies alternatives soient techniquement au point et industriellement répandues.

b. Abandonner les centrales nucléaires veut dire accepter un prix de l’électricité plus fort et qui grimpera plus vite que le reste des prix pendant des décennies.

c. Abandonner la filière nucléaire veut dire promouvoir les recherches sur les énergies soutenables et réorienter la formation des ingénieurs en forçant la main et en tordant l’esprit des grandes écoles françaises, volontiers formées en castes.

Établir la vigilance interne, activer la diplomatie externe, discuter des changements de comportements sociaux : tout cela est politique.

Où sont donc les réponses politiques des zécolos sur ces sujets ? Que des « grands travaux » à la socialiste sur l’isolement des logements ? Certes il faut le faire, mais avant tout convaincre les gens de les payer. Et pour cela leur assurer un travail… qui dépend de l’énergie disponible à prix raisonnable pour produire. On ne crée pas des emplois par décret, sinon dans les régimes socialistes soviétiques. Tout changement du modèle de prix d’une denrée vitale comme l’énergie a des conséquences sur toute la société, pourquoi les zécolos n’en parlent-ils pas autrement qu’en laissant se profiler un austère retour au moyen-âge avec panier bio, troc et maison en terre battue ?

Cherchez « programme des écologistes » sur Google, vous obtiendrez 843 000 résultats avec en tête une petite avancée Cohn-Bendit sur la pêche au Parlement européen, un forum Yahoo sur « c’est quoi  un programme écologiste » (où les réponses sont édifiantes de néant), et des projets cantonaux pour les élections qui se gardent bien d’évoquer les problèmes généraux de société.

On aimerait les entendre les zécolos, par exemple sur les embouteillages générés périodiquement par les grèves imbéciles des cheminots dont l’emploi est garanti à vie, comme la retraite, et qui débrayent au moindre prétexte contre l’État-patron. Comme si l’État n’était ni vous, ni moi, ni les politiques élus, mais un vaste club d’exploiteurs qu’il s’agit de faire « plier » au mépris de la pollution générée, du CO² et autres désagréments sociaux. La grève est un outil : bien utilisée elle est une arme de combat efficace. Usée n’importe comment par n’importe quel chefaillon de nœud ferroviaire, elle n’est plus que réaction de gamin de deux ans qui veut tout, tout de suite, na ! Le mauvais ouvrier n’a jamais que de mauvais outils. Mais que disent les zécolos sur cette pollution générée par le syndicalisme mal organisé ? – RIEN.

Ce pourquoi, en France, les zécolos sonnent comme les zozos – qu’y puis-je ? Alors que l’écologie canal scientifique est un savoir qui devrait irriguer tous les partis. Il s’agit de vivre ensemble, non pas contre ni au-dessus, mais dans la nature dont nous sommes partie. Vaste programme qui demande d’autres gens que ces immatures qui ne sortent de leurs trous qu’à chaque catastrophe pour prêcher la fin du monde.

Fatih Birol, interview de l’économiste chef de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans Le Monde du 2 avril 2011, p.5

Exemple de « Programme » des écologistes pour les élections cantonales en Savoie 2011

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Le Clézio, Le chercheur d’or

Jean Marie Gustave Le Clézio a écrit ici son ‘Île au Trésor’. Il y reprend ses thèmes de prédilection, l’opposition sensations/raison, mer/terre, nature/civilisation, indigènes/blancs, humbles/bourgeois, comptables/marins… L’enfant a ce sentiment océanique de la mère comme ouvrant les portes, toute liberté, infini marin ; le père est la contrainte, la canne qui s’abat sur les fesses au retour d’une fugue, le devoir, la comptabilité. Et pourtant, c’est le père qui rêve et trébuche, alors que la mère économise et raisonne. Sept parties, comme les sept marches du destin, rythment le roman. Alternent à chaque fois le paradis et la réalité, en chaque fois 4 ans, comme si l’on ne devenait adulte qu’après 30 ans.

1892, le petit Alexis L’Etang, fils de planteur, a 8 ans. « Enfant aux cheveux trop longs, au visage hâlé par le soleil, aux habits déchirés par les courses dans les broussailles et les champs de cannes. » p.62 Il est tout sensations et rêves, un vrai sauvage – nommé Ali par sa sœur – qui a pour ami Denis, un Noir de quelques années plus âgé qui l’initie à l’existence : courir pieds nus dans les champs de cannes, écouter la mer, observer la majesté des oiseaux, traverser les rivières, chercher les plantes qui guérissent, courir en pirogue avec les adultes, se baigner tout nu. La vraie vie est dans les champs, sensuelle, pénétrant par tous les pores : « Les femmes vont avec leurs houes. Elles sont vêtues de ‘gunny’, la tête enveloppée dans de vieux sacs de jute. Les hommes sont torse nu, ils ruissellent de sueur. On entend des cris, des appels, aouha ! la poussière rouge monte des chemins, entre les carrés de cannes. Il y a une odeur âcre dans l’air, l’odeur de la sève des cannes, de la poussière, de la sueur des hommes. Un peu ivres, nous marchons… » p.20 Les rêves naissent des mots, des illustrés lus au grenier, des histoires de la Bible racontées par sa mère. Un ouragan détruit ce paradis, en même temps que les rêves industriels de son père s’écroulent devant les réalités comptables.

A 12 ans, voilà le gamin précipité en civilisation, au collège. A 16 ans, son père mort, il doit travailler aux écritures dans une compagnie.

1910, l’adolescent a rencontré un bateau, la Zeta, et un marin, le capitaine Bradmer. Il doit partir, l’appel du large : « Tu dois aller au bout de ce que tu cherches, au bout du monde », lui dit sa sœur (p.124). Il embarque comme passager payant pour découvrir la mer et chercher un trésor, celui dont son père rêvait, le soir dans son bureau. La mer comme une totalité d’enfance, comme un désir sexuel. « Aussi loin que je puisse voir, il n’y a que cela : la mer, les vallées profondes entre les vagues, l’écume sur les crêtes. J’écoute le bruit de l’eau qui serre la coque du navire, le déchirement d’une lame contre l’étrave. Le vent, surtout, qui gonfle les voiles et fait crier les agrès. Je reconnais bien ce bruit, c’est celui du vent dans les branches des grands arbres, au Boucan, le bruit de la mer qui monte, qui se répand jusque dans les champs de cannes. » p.125 La mer, c’est l’anti-collège, la liberté hors de raison, elle « recouvre toutes les pensées » p.127 « Ici, au centre de la mer, il n’y a pas de limites à la nuit. Il n’y a rien entre moi et le ciel. » p.134 « La nuit est si belle, sur la mer comme au centre du monde, quand le navire glisse presque sans bruit sur le dos des vagues. Cela donne le sentiment de voler… » p.141 « Je crois que je ne me suis jamais senti aussi fort, aussi libre. Debout sur le pont brûlant, les orteils écartés pour mieux tenir, je sens le mouvement puissant de l’eau sur la coque, sur le gouvernail. Je sens les vibrations des vagues qui frappent la proue, les coups du vent dans les voiles. Je n’ai jamais rien connu de tel. Cela efface tout, efface la terre, le temps, je suis dans le pur avenir qui m’entoure. » p.146 Une véritable expérience zen, une traversée hors du temps, encore un paradis. Le timonier comorien devait devenir prêtre ; un jour, il a tout quitté pour devenir marin. Appel de la nature contre contrainte de civilisation, impossible métissage de l’atavisme non-blanc pour le monde des Blancs. Les marins n’ont pas le goût « de l’aventure ». « Ils n’appartiennent à personne, ils ne sont d’aucune terre, voilà tout. » p.160 L’écrivain n’est-il pas ce ‘marin’ de la civilisation ? « Quand je suis parti, c’était pour arrêter le rêve, pour que la vie commence. » p.172

Retour à la civilisation après cette parenthèse : « Le navire s’approche de la côte. Quelque chose s’achève, la liberté, le bonheur de la mer. Maintenant il va falloir chercher asile, parler, interroger, être au contact de la terre. » p.184 La civilisation, ce sont toutes ces contraintes. Alexis débarque à Rodrigues, où il calcule et prospecte, tout au savoir géométrique de la civilisation. L’Anse aux Anglais est une vallée qui se resserre et garde entre ses falaises le secret du Trésor ; on y lit la métaphore d’une femme et de sa vulve. Mais le Blanc raisonne abstraitement, il ne voit de la nature que ce qui se mesure et s’exploite ; pas sa beauté ni son amour. Alexis devient fou, ou presque, d’insolation. Il est sauvé par une jeune fille noire, Ouma, et un enfant simplet d’une beauté époustouflante, Sri. Ouma a été envoyée en France un temps, au couvent, pour y devenir « civilisée ». Mais elle est tombée malade et a voulu revenir sur sa terre. Alexis et elle ont eu une enfance inverse, lui Blanc ensauvagé, elle Noire civilisée – mais tous deux doivent boucler la boucle. Partie pivot, ombre et soleil, ambivalente – l’exact milieu du livre.

Pour Alexis, c’est à nouveau le paradis ; il découvre, comme avec Denis, comment courir pieds nus sur les rochers, pêcher le poisson au harpon, se sécher tout nu avec le sable – mais avec une fille, cette fois. « Maintenant je comprends ce que je suis venu chercher : c’est une force plus grande que la mienne, un souvenir qui a commencé avant ma naissance. » p.209 Le désir le saisit à la vue d’Ouma dans ses habits mouillés. Plus tard, ils nagent nus : « Tout d’un coup, je me souviens de ce que j’ai perdu depuis tant d’années, la mer à Tamarin quand avec Denis nous nagions nus à travers les vagues. C’est une impression de liberté, de bonheur. » p.229 Mais, autre thème favoris de Le Clézio, tout métissage est impossible, l’écart des civilisations est tel que l’existence est une impasse, être civilisé, c’est mentir, au contraire des gens simples pour qui tout est naturel. Chercher l’or – est-ce cela le trésor ? Ouma le pressent et le quitte. C’est un ouragan du cœur qui pousse Alexis à partir.

1914, la civilisation s’appelle la guerre. Ypres, ce sont les gaz, les canons, les mitrailleuses ; les êtres humains en matricules regroupés en divisions et corps numérotés. Toute la nature en est bouleversée et les chevaux morts hantent de leurs carcasses les champs devenus stériles.

1918, Alexis retourne à Rodrigues, apaisé, appréciant la vie naturelle. Ouma a disparu mais Fritz, préadolescent Noir qui l’aidait, est devenu beau jeune homme qui prend les choses comme elles viennent. Une cache, deux caches : le trésor du Corsaire se trouvait bien là, soigneusement balisé selon le plan par des entailles sur les roches. Sauf que les caches sont vides. Y en aurait-il une autre ? Avant de poursuivre cette quête vaine, c’est encore un ouragan qui vient dévaster l’île. Tout est emporté, Alexis n’a plus rien.

Il retourne près de sa mère qui se meurt et de sa sœur qui se fera bonne sœur. Impossibilité du métissage, là encore : être Blanc impose de vivre comme les Blancs parmi les Blancs ; si l’on ne peut pas, il faut partir ou bien se faire passeur, par exemple religieuse quêtant parmi sa caste pour aider les pauvres. Alexis, un temps sirdar (contremaître) de plantation, ne peut supporter de commander comme un Blanc à ces Noirs ou à ces Indiens qui en savent plus que lui sur la nature et sur les mystères de l’univers. Il quitte son poste sur une apparition : Ouma qu’il croit avoir retrouvé. Tel est bien le cas et le couple s’enfonce dans un ravin isolé pour vivre la vie des neg’ marrons, en robinsons sauvages. Jusqu’à ce que… Ouma, plus sage, constate que l’avenir ainsi n’est pas possible. Que deviendraient les enfants s’il y en a ? Une fois encore, le métissage est impossible, Alexis est Blanc et doit vivre sa vie de Blanc. Où aller ? « Je veux fuir les gens du ‘grand monde’, la méchanceté, l’hypocrisie. » p.315 Tout est rêve d’ailleurs. « Comment ai-je osé vivre sans prendre garde à ce qui m’entourait, ne cherchant ici que l’or, pour m’enfuir quand je l’aurais trouvé ? » p.332 Le plan du Corsaire n’est au fond que le plan claque de la voûte céleste ; il n’y a pas d’or matériel, déterré et peut-être dispersé dans les flots, mais l’accord entre l’être et le cosmos. Peut-être est-ce là cette leçon du pirate ? « Ainsi, dans le firmament où nulle erreur n’est possible, est inscrit depuis toujours le secret que je cherchais. » p.335 Retour à l’enfance qui savait déjà, depuis la branche de l’arbre chalta du bien et du mal où le frère et la sœur se juchaient pour contempler le monde – une roue qui roule sur elle-même, tel l’Enfant de Nietzsche dans Zarathoustra. Il s’agit d’une révolution, au sens de Copernic, un retour sur soi-même. L’ailleurs est en soi.

Toujours les femmes l’ont ancré à une réalité qu’il quitte volontiers : sa mère quand il fugue avec Denis ; sa sœur quand il ressent l’appel du large, Ouma quand il cherche le trésor. Le seul trésor qui compte est de se trouver soi, pas de déterrer l’or. « L’or ne vaut rien, il ne faut pas avoir peur de lui, il est comme les scorpions qui ne piquent que celui qui a peur. » p.269 La vraie richesse est intérieure, elle est l’accord de l’être avec la vie qu’il mène, de sa nature avec la nature. Tous les sages d’Occident l’ont dit depuis Aristote, les Indiens aussi, et Confucius, et les anciens Mexicains… Jean Marie Gustave Le Clézio le sait qui résume tous ses livres à cette découverte. ‘Le chercheur d’or’ est l’un d’entre eux, un grand livre.

Le Clézio, Le chercheur d’or, 1985, Folio, 375 pages, €7.41

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France Chine la question du modèle économique

Le monde change et la façon de voir l’économie aussi :

1. Les prix de l’énergie sont en hausse durable car l’énergie bon marché abondante n’existe pas encore et les réserves fossiles s’épuisent alors que de plus en plus de pays émergent à l’industrialisation.

2. Le mouvement social vers le progrès du niveau de vie prend son essor dans les pays émergents mais surtout en Chine, pays essentiel par sa masse de manœuvre salariée.

3. Les pays développés sont en panne de croissance et peinent à financer l’innovation pour cause de système financier qui a failli et d’endettement d’État en excès.

Ces trois éléments font que les « modèles » chinois et français deviennent inadaptés, ils doivent changer sans illusions.

La Chine a tout fondé sur l’investissement et l’exportation, ce n’est plus viable. Le pays doit désormais favoriser sa consommation intérieure pour continuer à croître et apaiser ses tensions sociales. Curieusement, la France aussi. Tous les pays développés doivent retrouver une croissance fondée sur autre chose que sur les exportations de technologie avancée, tant est rapide la copie moins chère de ces mêmes technologies. Il s’agit de relocaliser et de démondialiser pour retrouver une croissance locale durable.

Miser tout sur l’investissement est bel et bon en phase de rattrapage de croissance. Mais n’investir que pour exporter crée en Chine une nette pression inflationniste et détourne les ressources publiques des secteurs sociaux : santé, éducation, recherche, protection sociale. Il force l’épargne à accepter une rémunération négative tout en exerçant une pression fiscale excessive sur la classe moyenne. En Chine comme en France, les entreprises d’État et les grandes fortunes sont moins taxées que les ménages moyens. Ces derniers ont une part de salaire nette insuffisante pour assurer la consommation interne qui permette une croissance « normale » pour le pays. Elle est d’environ 30% du PIB en Chine contre près de 50% dans la plupart des pays émergents.

En France, le prélèvement à la source des cotisations patronales sur les salaires, avant même de taxer le salaire brut du salarié, puis de lui réclamer la CSG une fois l’an, en sus de son impôt sur le revenu, des taxes d’assurance, taxes carburant et TVA, entraîne un pouvoir d’achat faiblard. Plus que dans les pays européens voisins. Dans le même temps, l’énergie plus rare et l’immobilier qui reste la seule épargne attirante après la faillite des produits de placement (subprimes, hedge funds et autres inventions de la finance), génère une inflation qui accentue les inégalités entre ceux qui peuvent quand même se loger, se chauffer et voyager, et tous les autres. Certes, les services publics sont présents, pas comme en Chine. Mais leur incapacité congénitale à se réorganiser pour accepter ne serait-ce que l’informatique, ou un service mieux adaptés aux usagers (SNCF, école, guichets publics), fait que la qualité se dégrade tout en stressant les fonctionnaires sommés de paperasser toujours autant avec moins de monde pour le faire et des horaires réduits à 35 h.

En Chine, la TVA à 17% détourne la richesse de la classe moyenne vers l’État alors que les gros revenus, les spéculateurs et les entreprises publiques sont protégés. En France, n’importe quel petit paye en proportion autant de taxes salariales, TVA, taxe carburant et CSG qu’un gros – alors que 43% d’un salaire élevé (somme des taxes sur le bulletin de paie) n’équivaut pas à 43% d’un petit salaire. Les grandes entreprises privées échappent plus facilement à l’impôt que les petites. Les niches fiscales favorisent les gros revenus pour un bénéfice collectif qui reste à démontrer.

La démagogie gouvernementale, tant en France qu’en Chine, tend à « corriger » ces déséquilibres par du logement social ou une promesse d’encadrer les loyers. Ou par des « emplois jeunes » qui font de cette catégorie d’âge une sous-espèce de salariés, parquée jusqu’à ce qu’ils aient l’âge d’être considérés enfin comme des citoyens adultes. Ce ne sont que des pis-aller provisoires qui ne règlent en rien les causes. La France a une nette « préférence pour le chômage », comme le dit Denis Olivennes, favorisée par la rigidité des réglementations du travail, les taxes élevées sur les salaires et des syndicats peu représentatifs avides de surenchère. Or la classe moyenne en France comme en Chine veut tout simplement être traitée comme les autres : faire des études, obtenir un emploi, acquérir un logement.

A la différence de la France, coincée avec les vertueux dans l’euro, la Chine est maître de sa monnaie. Qu’elle maintient soigneusement hors des échanges, afin de ne pas la réévaluer et de poursuivre un petit peu plus son « modèle » d’exportations à bas prix. Mais ce déséquilibre persistant n’est pas tenable. Soit l’inflation explose en Chine, soit des mesures de rétorsion protectionnistes interviennent aux États-Unis et en Europe à courte échéance. Au G20, Pékin continue à refuser de réajuster sa monnaie et affirme (en termes plus diplomatiques) se moquer des conséquences négatives pour l’équilibre des finances mondiales de ses réserves colossales de change. Elle utilise cette masse pour créer de la monnaie interne pour éviter de l’apprécier. D’où l’opposition des États-Unis à la proposition française d’intégrer le yuan au « panier des monnaies » permettant de calculer les Droits de Tirage Spéciaux du FMI.

Faut-il pour cela, comme le propose le Front national et d’autres souverainistes, que la France sorte de l’euro ? Ce serait avouer crûment notre incapacité à vivre comme les autres, dans un monde interconnecté où tout s’échange, incapables de réorganiser nos façons de faire. Avouer que nous sommes fatigués de créer et d’innover, que nous n’avons plus rien à échanger avec le monde. Avouer donc que nous sommes en réel déclin.

Il est curieux de constater combien un pays totalitaire comme la Chine et un pays dit ouvert comme la France conservent des comportements soviétiques. Le tout État ne génère jamais rien de bon. Il est nécessaire de réguler et de surveiller, mais aussi de laisser agir et créer. Donc de laisser au salarié une part suffisante de ce qu’il gagne. La prédation d’État, fût-elle dégoulinante de bonnes intentions, est toujours soupçonnée de préférences partisanes et de clientélisme politique, sans parler de gabegie pour cet argent trop facilement collecté.

Le monde se réduit parce que la planète ne permet pas que tous les pays vivent sur le gaspillage américain. Chaque pays se replie un peu sur lui-même pour simplement survivre. Il s’agit donc de faire des économies en réorganisant l’économie, pas de « grands travaux » politiques, toujours démagogiques. C’est ainsi que la réforme de la fiscalité proposée par le Parti socialiste est intéressante, de même que l’idée de « démondialisation » d’Arnaud Montebourg. Mais que les « emplois jeunes » sont une vieille pipe dont on sait très bien, par expérience sous Jospin, qu’elle conduit directement au parking après une jouissance éphémère.

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Thorgal papa

Nous avions laissé Thorgal sorti de son errance dépressive après la perte de sa femme enceinte Aaricia. Le sixième album va mettre en œuvre les promesses du cinquième : Thorgal investit le château de Breik Zarith pour aider l’héritier légitime à retrouver son bien mais surtout pour retrouver sa blonde.

Nous avons ici un classique de l’épreuve : des obstacles impressionnants, forteresse « imprenable », soldatesque à tous les créneaux, un seigneur cruel et cynique sans pitié, et même une technique pour faire la guerre imitée de Syracuse !

Bien entendu Thorgal, héros sans peur et sans reproche, va triompher, quoiqu’in extremis. Il va retrouver Aaricia, ce qui n’empêchera pas cette amoureuse fidèle d’assommer son héros parce qu’il veut laisser provisoirement le gamin. Il ne sait pas de qui il s’agit, mais il fait la connaissance du petit dans l’obscurité d’une cellule. Il est séduit, selon des liens mystérieux. Jolan, qui a trois ans, n’a aucune peur de cet adulte menaçant surgi de l’ombre, comme s’il savait. Cet enfant a « des pouvoirs » et le seigneur de Breik Zarith l’a découvert, il l’exploite. Ce pourquoi il a été si clément avec la mère et le fils.

Mais ces pouvoirs sont incontrôlés, l’enfançon n’est que premier mouvement. Après l’épreuve, le couple ne veut que s’isoler du monde pour faire enfin famille. Une île déserte non loin de la côte norvégienne fera l’affaire. Sauf qu’Aaricia, avec cette propension des femmes à nier toute évidence qui ne va pas selon leur cœur, ne veut pas voir que le petit Jolan ne doit pas être laissé à lui-même.

C’est l’objet de l’album huit (il faut en sauter un). Jolan a dans les cinq ans et se sent solitaire ; il désire ardemment un ami, un enfant comme lui avec qui jouer. Puisqu’il en a le pouvoir, il en invente donc un. Mais il est lié par un mystérieux bracelet gravé de signes qu’il a trouvé et déchiffre, sans pourtant savoir lire. Sur le bracelet est écrit Alinoë, le prénom du garçon de six ans aux cheveux verts avec qui il joue sous la cascade. Sa mère ne comprend rien, elle se croit seule sur l’île, elle croit que Jolan lui ment. Par sa violence, son mouvement d’autoritarisme buté de qui ne veut pas savoir (les mères sont redoutables en ces cas là), elle va retourner la situation. D’ami, Alinoë devient ennemi. Violent, il tend des pièges et frappe. Toute l’île est bientôt envahie de haine, autant de clones incarnés de la pulsion du mal. Comme au Tibet, on ne matérialise pas par la pensée des êtres malfaisants sans conséquences.

Papa revient en sauveur et Thorgal a cette parole magnifique à son petit garçon, qui dit les liens profonds de la paternité assumée : « j’ai entendu ta peur m’appeler ».

D’où viennent ces « pouvoirs » ? L’album précédent, le sept, intitulé ‘L’enfant des étoiles’ nous apprend comment Thorgal bébé a été recueilli dans une capsule échouée sur une rive par des Vikings égarés dans le brouillard. Les gros mâles prêts à s’entretuer adoptent le gamin et l’élèvent comme un des leurs. Nous voyons donc Thorgal bébé, tout nu, puis à six ans qui s’isole pour rêver. Un nain lui demande son aide contre le serpent Nidhogg et le petit gars joue les héros, volant pour la première fois sur un chat ailé de Frigg, la déesse ! Au réveil, ses copains apprennent à Thorgal que la femme du chef, Gandalf-le-fou, vient d’avoir une fille née avec deux perles dans ses poings. On la prénomme Aaricia…

Le même album saute les années pour nous montrer Thorgal grandi. A dix ans, vêtu à la diable, gorge largement découverte et jambes nues, il part chasser mais, sous la pluie de Norvège, n’attrape rien. Rosinski dessine admirablement les gamins. Il saisit la souplesse du corps et la grâce des traits. A dix ans, l’adonaissant a la beauté d’un elfe.

Thorgal se réfugie sous un buisson où, comme souvent, il rêve. Il vit alors dans un autre monde, part en quête du dieu de la montagne, au-delà de la forêt brûlée, dont les chamanes ont parlé. Un vieillard apparaît, qui lui dit être son grand-père. Là, sous les étoiles, il répond à ses questions sur son origine. Un mnémodisque, conservé comme talisman de la capsule échouée, apprend à Thorgal ce qui s’est passé. Mais le grand-père solitaire et qui n’en a plus pour longtemps efface dans la mémoire les souvenirs, ne laissant à Thorgal qu’une intuition. L’origine est un handicap, « il est facile de passer pour un dieu lorsqu’on dispose de pouvoirs supérieurs » ou d’une foi révélée. « Et la tentation est grande d’user de cette faculté pour dominer ses semblables », dit au gamin le vieillard venu d’ailleurs. L’identité n’est pas ce qu’on a hérité qu’il suffirait de conserver, mais la personnalité qu’on se façonne durant une vie. Pas des gènes ou des « pouvoirs », mais une histoire vécue, des chemins pas à pas choisis plutôt que d’autres selon ce qu’on veut être.

Lorsqu’il se réveille, le jeune garçon retrouve son père adoptif inquiet, qui le cherche depuis cinq jours. Façon de dire que la paternité volontaire vaut autant que la biologique. L’enfant adopté est son enfant comme peuvent l’être ceux envoyés par la nature.

D’autant que ce papa viking inculque une morale virile au garçon, prolongeant la leçon du grand-père : « Tu apprendras que les vrais talismans d’un homme sont sa tête, son cœur et son bras », lui dit-il. Les trois étages de l’humain que sont la force vitale et la passion, le tout contrôlé par la raison intelligente. C’est très beau.

Rosinski-Van Hamme, Thorgal 6, La chute de Breik Zarith, 1984, éditions du Lombard, 48 pages, €10.40

Rosinski-Van Hamme, Thorgal 7, L’enfant des étoiles, 1984, éditions du Lombard, 48 pages, €10.40

Rosinski-Van Hamme, Thorgal 8, Alinoë, 1985, éditions du Lombard, 48 pages, €10.40

Les albums Thorgal chroniqués sur ce blog

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Voltaire ou la philosophie d’un vrai laïc

François Marie Arouet était quelqu’un de positif. Il croyait au bon sens et raillait la bêtise. La France n’en a jamais manqué et le grand plaisir du maître était de pourfendre les ignares. Il s’agissait pour lui de ne pas être dupe, ni des charlatans, ni des mots, ni de soi-même. Nul, sinon Dieu, ne peut connaître la Loi du monde et bien présomptueux qui croit La détenir révélée à lui seul. L’être humain n’est doté que d’une intelligence toute relative qu’il met en œuvre par hypothèses et tâtonnements pour approcher la vérité. La connaissance de nos limites est la meilleure garantie contre la fatuité d’être « né » et l’orgueil d’être possesseur de la Vérité. « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? », demande-t-il dans un article philosophique ?

Fils de notaire élevé chez les Jésuites, pamphlétaire et embastillé en 1717 pour avoir moqué le Régent, puis une nouvelle fois en 1726 pour avoir moqué Rohan, chevalier, il s’exile en Angleterre de 1726 à 1730. Celui que l’absolutisme vol taire (‘veut faire taire’ en antique françoys), mourra « en détestant la superstition ». Il lui préfère l’utile. Ce qui conforte l’homme, son corps, ses sens et son esprit est meilleur, dans l’histoire, aux querelles des Grands, aux massacres des guerres d’honneur et aux petites phrases de Cour qui tiennent lieu de gouvernement. Les hommes feraient mieux de produire des biens et d’offrir aux autres des services, au lieu de s’exaspérer d’absolus mystiques et d’arbitraires vaniteux. C’est le mérite de l’Angleterre, où la religion est privée, le Roi limité et le commerce encouragé.

Toute la contestation d’Ancien Régime est là, dans cette révolte voltairienne contre les fats, les privilèges et les dévots. L’intérêt général n’est pas dans la querelle hérétique sur le sexe des anges mais dans la physique de Newton, la morale pratique des Quakers et les bienfaits des échanges. S’il parle ainsi de l’Angleterre, ce n’est pas pour que les Français adoptent sans procès la civilisation anglaise mais pour exercer leur jugement. Voyager, c’est se décentrer et voir les choses autrement tout en apprenant des coutumes différentes. Il revient à l’être de raison de faire preuve de discernement, ce que Voltaire appelle « le goût ».

Pour garder les pieds sur terre, rien de tel que les Lettres Anglaises. Elles prirent le nom de « Lettres philosophiques » après qu’une réédition y ait fait ajout « Sur les Pensées de Monsieur Pascal » qui clôt le mince volume (et ne présente guère d’intérêt). Je lui préfère quant à moi le titre initial dont le but était clair. Si clair que le livre fut aussitôt interdit par cette France de caste, congénitalement bornée, qui voit menace dans toute proposition hors du ghetto intellectuel dans lequel elle aime à se mirer toujours. Les interdictions n’ont guère changé de motif ; en 1734, ce fut pour « libertinage », « dangereux pour la religion et pour l’ordre de la société civile ». Nos contemporains n’ont rien inventé.

Voltaire est le héraut de cette éternelle révolte contre la caste, le dogmatisme et la bêtise. Il met en oeuvre l’anticléricalisme pratique. Réaliste, pragmatique et expérimentateur, il voue le clair esprit français à élaborer une pensée équilibrée et nuancée. Il s’agit d’éviter que les opinions dogmatiques et les croyances fanatiques ne dirigent la société civile. Toute idée qui se fige en doctrine, toute organisation qui se coagule en système, tout corps social qui se ferme en caste, introduisent le poison de la guerre civile où la raison se perd, source du malheur des humbles. Les intérêts partisans ne sont que particuliers lorsqu’ils ne parviennent pas à convaincre. Leur tentation est de s’imposer par la force, ce qui est contraire à la liberté. Et il faut voir la France dans le miroir de l’Angleterre lorsque Voltaire écrit dans la 5ème Lettre, avec un certain humour : « Le clergé anglican a retenu beaucoup des cérémonies catholiques, et surtout celle de recevoir les dîmes avec une attention très scrupuleuse. Ils ont aussi la pieuse ambition d’être les maîtres. De plus, ils fomentent autant qu’ils peuvent dans leurs ouailles un saint zèle contre les non-conformistes. »

La 6ème Lettre montre l’indigence française envers ce bien général et pratique que crée le commerce : « Entrez dans la Bourse de Londres, cette place plus respectable que bien des Cours ; vous y voyez rassemblés les députés de toutes les nations pour l’utilité des hommes. Là, le Juif, le Mahométan et le Chrétien traitent l’un avec l’autre comme s’ils étaient de la même religion et ne donnent le nom d’infidèles qu’à ceux qui font banqueroute. » Il ajoute, en 10ème Lettre, « le commerce qui a enrichi les citoyens en Angleterre, a contribué à les rendre libres et cette liberté a étendu le commerce à son tour ; de là s’est formée la grandeur de l’Etat. » Car Voltaire est un Libéral, de ce beau nom donné aux ardents défenseurs de la liberté contre les contraintes de la naissance et des conventions de classe. Il a contesté les dogmes religieux au nom de la libre pensée (bien qu’il crût à un Grand Horloger) ; il a contesté la suffisance des nobles et la sottise des courtisans prosternés devant le monarque absolu au nom de la raison humaine ; il a raillé ceux qui se croient au nom de ceux qui créent pour le bien commun. La France, c’est « la dissipation, le goût des riens, la passion pour l’intrigue » (20ème Lettre). Les Français de cour, c’est « la nécessité de parler, l’embarras de n’avoir rien à dire et l’envie d’avoir de l’esprit, trois choses capables de rendre ridicules même le plus grand homme » (24ème Lettre).

Les choses ont-elles changé, 277 ans plus tard ? « Je ne sais pourtant lequel est le plus utile à l’Etat, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le Roy se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d’esclave dans l’antichambre d’un ministre, ou d’un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue ainsi au bonheur du monde » (10ème Lettre).

Plutôt que de bavasser sans fin sur la religion des autres les petits marquis qui hantent la cour élyséenne pourraient commencer par dévoiler Voltaire, dans la cour du Louvre, ce scandale ! La soi-disant « laïcité » commence par l’exemple républicain. Où est-il donc dans la lâcheté ambiante ?

Quant à la Sainte-Opposition, toute occupée à fiscaliser en chambre pour ponctionner un peu plus les maigres salaires nets, elle ferait probablement mieux de mettre son inventivité à créer de la richesse. Elle profite à tout le monde et pas à quelques-uns.

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Pleine lune et tsunami à Tahiti

Alerte au tsunami vendredi 11 mars 2011 4h30.

La nuit fut courte pour J, moi et les autres, nous avions suivi et regardé avec effroi à la télévision le tsunami au Japon et savions qu’il y aurait une alerte dans la nuit. La sirène m’a fait mettre pied à terre rapidement tandis que J. se saisissait de ses béquilles. La veille, j’avais préparé quelques affaires et mon appareil photo. Un coup de téléphone de T. la belle-fille de J, annonce qu’elle descend nous chercher.

Après la sirène, la gendarmerie est venue dans chaque servitude annoncer qu’il fallait gagner les hauteurs. Ça bouchonne déjà, les accès vers Papeete sont bloqués par un camion de pompiers. Jusqu’à Papenoo la circulation est possible, ensuite un autre blocage. Il s’agit de faire évacuer le plus rapidement possible la population de Mahina qui habite côté mer.

T. nous mène dans son fare à Super Mahina, en hauteur (250 m environ). Nous serons bientôt rejoints par des amis boulangers. Le Chinois a apporté une plaque entière de croissants, pains au chocolat, pains aux raisins. Le couple sino-tahitien débarque avec ses deux enfants, une nièce et la maman chinoise de 82 ans. En  plus des viennoiseries il y a du poulet « de Hong Kong » ramené de Chine par la grand-mère, des gâteaux salés blancs (aux navets) et rouges (aux cacahuètes).

Depuis la terrasse face à l’océan nous surveillons le retrait de l’eau. Les navires ont quitté le port pour aller au large. Nous surplombons la Pointe Vénus. La côte Est n’est pas protégée par une barrière récifale comme la côte Ouest, mais devant le phare il y a une petite barrière. De notre terrasse, nous voyons la mer se retirer, le corail devient nettement visible, puis l’océan reprend sa place  progressivement !

A Mahina, l’océan s’est retiré 7 fois, la première fois à 9h05 sur environ 50 m. L’alerte sur la côte Est a été levée vers midi, celle sur la côte Ouest l’avait été plus tôt. Evidemment, il y a toujours des gens qui critiquent, qui pensent que les autorités ont exagéré, que le tsunami était très faible… Jamais contents les râleurs !

Les mairies devraient mettre une signalisation pour ces évacuations. Chaque mairie doit « imposer des frontières » avec l’autre ville afin que la circulation demeure fluide pour évacuer le maximum de gens en un minimum de temps. Cela a donné quelques frictions avec des automobilistes de la ville voisine. Le Polynésien n’est pas discipliné de nature.

Super pleine lune du 18 mars 2011.

Ce fut hier soir aux alentours de 19 heures. Nous aurions du observer la pleine lune à son périgée, il n’en a rien été hélas. Le ciel était restté plombé toute la journée, il était tombé des hallebardes depuis le matin, l’orage grondait sans cesse, enfin c’était  raté ! La veille, la lune avait inondé de lumière l’océan, cela avait été magnifique !

Je ne suis en rien une scientifique alors je me contente de copier ce qu’écrivait La Dépêche de Tahiti dans son édition de vendredi (j’espère qu’elle n’a pas fait d’erreur). « La « super » pleine lune c’est le phénomène où la lune se trouve à 356 577 kilomètres de la terre, soit la plus courte distance de séparation. Certains ont pronostiqué un très important séisme sur la côte des USA, des catastrophes multiples. Des SMS, des mails  alarmistes circulent. A l’approche de 19 heures, le fenua aurait pu avoir droit à un beau spectacle. Pour la première fois depuis 1993, la Lune se trouvait exactement en son point d’orbite le plus proche de la terre : son périgée. Soit tout juste 24 heures avant que, dans l’hémisphère Nord, notre satellite naturel ne quitte l’hiver pour entrer dans le printemps. La Lune aurait pu nous apparaître 14% plus grande que d’habitude par une illusion d’optique mais aussi 30% plus lumineuse. Le disque lunaire aurait pu être d’une couleur fortement orangée. Mais, nous n’avons rien vu de tout cela ! Ce phénomène survient tous les 18 ou 19 ans environ. Il a un effet dopant sur les marées. Il faut relativiser cet impact. Il augmente la longueur des marées hautes de quelques centimètres seulement. A certains endroits de la Terre, cette différence peut être plus marquée comme ici en Polynésie française. Ce 19 mars 2011, nous n’avons rien vu. Nous attendrons le 14 novembre 2016 date à laquelle la pleine lune ne sera qu’à 356 511 kilomètres. »

Iaorana

Hiata de Tahiti

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Randonner Retrouvance

Les Français aiment la randonnée. Sport pas cher et en plein air, il permet d’exercer une activité physique pas trop stressante, à son rythme, et en groupe. La famille s’y retrouve dans les pas et le gite partagés. Les groupes s’y soudent entre bonne bouffe et amitié. Cela dans des paysages naturel – s’il en reste !

Ce pourquoi l’Office national des forêts a quitté son confort bureaucrate, cette pente naturelle de toute administration, pour se bouger nature. La nouvelle génération tient à valoriser ses compétences pour les offrir autrement que dans la passive « conservation ». Les années 2000 sont écolos, au sens moins politique que natif. Il s’agit d’interaction entre l’humain et le milieu naturel – son milieu. La Bible, accentuée par la mathématisation des Lumières puis par le positivisme scientiste, avait laissé croire que l’Homme (à majuscule et masculin) était d’une autre essence que matérielle. Il devait donc dominer, exploiter, jouir de ce milieu qui lui était extérieur et « donné ». C’est bien fini. L’homme (sans majuscule) retrouve sa place humaine (des deux sexes) sur la planète et dans le naturel. Car l’humain fait partie intégrante de la nature.

Retrouvance (nom déposé) est une façon de marcher qui redonne du naturel à l’humain. Tout est compris dans le prix, tout est organisé par l’ONF : l’accompagnement, le gîte, la restauration, le transport des bagages. Vous allez d’un point à l’autre dans des paysages préservés, et sans souci d’organisation !

L’Office valorise ainsi son savoir-faire tout en présentant son œuvre de conservation et entretien des paysages. Voilà qui est intelligent et je vous recommande chaudement ce « concept ». Les maisons forestières ne servaient plus à rien, elles retrouvent un usage. Les bâtiments désaffectés des villages désertés de la ruralité se délitaient, ils retrouvent vie. Vous pourrez loger dans d’anciennes écoles sans élèves ou des cures séculaires sans curé.

Un autre avantage est que vous quittez les grands flux touristiques, les endroits où tout le monde va et se presse, dans le bruit, la frite et les parkings. Vous allez explorer des territoires méconnus comme le plateau de Millevaches (vous pourrez les compter pour dormir), la vallée de la Roanne en Drôme (vous saviez qu’elle existait ?), le haut Verdon hors des hordes dans les Alpes du sud, escarpé et grandiose, le mont Valier en Ariège, les monts oubliés d’Ardèche…

Beaucoup de forêts avec l’ONF, bien sûr. Il est agréable de marcher sous les arbres ou autour. Ils ne sont jamais loin, protecteurs, verdoyants, frissonnant aux brises. Ils parlent, ils murmurent, ils chantent. De vieilles légendes renaissent, qui vous seront contées à la veillée. Des histoires secrètes de forêt. Lorsque la pente se fait plus forte, comme dans le Valier qui culmine à 2838 m, vous pourrez voir planer les rapaces en silence, l’aigle, le gypaète barbu, et même le vautour ! Lorsque l’altitude est moindre, les rivières et les étangs se peuplent d’un petit monde de loutres et autres bestioles aquatiques. Les fleurs surgissent et les plantes sont bonnes à découvrir ou à manger.

Ces randonnées en général d’une semaine, sont à voir sur le site de Retrouvance. Elles sont accessibles via les agences de trek spécialisées comme Terres d’aventure, Chemins du sud ou La Balaguère, ou encore par les offices de tourisme. Ils vous trouvent un accompagnateur car certaines randonnées ne sont pas réalisables sans, par exemple dans le Limousin de Millevaches. D’autres sont en liberté, la logistique est assurée mais vous marchez seuls avec carte. Dans les randonnées accompagnées, dîners et pique-niques sont composés de produits locaux, le vin à table est compris !

Tous les circuits sont accessibles sans difficulté aux randonneurs moyens, mais un classement en carrés vous permet de voir quels sont les efforts. Deux carrés disent 3 à 5 heures de marche par jour sans dénivelé excessif. Trois carrés 5 à 6 heures de marche avec un dénivelé moyen de 400 à 1000 m en cumulé. Quatre carrés prévoient 5 à 8 heures de marche avec un dénivelé plus important, de l’ordre de 600 à 1200 m dans la journée.

L’ONF labellise les gîtes et ils sont exclusivement réservés à votre groupe. Vous pouvez lire leur description sur le site ONF. Ils ont tout le confort avec chambres à 2 ou 4 lits et sanitaires. Respect de l’environnement et isolement obligent, certains sont équipés en énergie renouvelable tels que panneau solaires ou micro-turbines. De quoi découvrir aussi la façon dont l’ingéniosité humaine permet de s’adapter au milieu sans l’épuiser.

Quelques conseils pour randonner à l’aise :

  1. Achetez de bonnes chaussures, plutôt légères mais hautes, qui tiennent bien le coup de pied.
  2. Prenez un sac à dos léger, sans armatures inutiles, vous ne serez pas dans l’Himalaya !
  3. Ne portez pas plus que nécessaire :
  • la gourde (1 litre au moins, donc 1 kilo),
  • lunettes et crème solaire
  • un pull polaire et un coupe-vent, une couverture de survie et un couteau,
  • une trousse de premier secours qui doit comprendre un désinfectant, des pansements, un bandage et de la ‘seconde peau’ contre les ampoules, pas plus pour la journée
  • votre appareil photo et carnet de notes
  • un téléphone mobile bien chargé au cas où.

Tout le reste est à mesurer avec votre capacité à porter sans effort (jumelles, compléments alimentaires, etc.), votre sac ne doit guère dépasser 3 ou 4 kg par adulte.

N’oubliez pas que vous devrez porter le matin votre pique-nique du jour !

L’UNESCO a décrété 2011 « Année internationale de la forêt », autant la découvrir avec des spécialistes !

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Antoine Piazza, Les ronces

D’origine italienne, instituteur, Antoine Piazza travaille désormais à Sète. Lorsqu’il a débuté, il rêvait du village, de la fonction hussard noir IIIème République où l’instituteur était un notable de campagne. Non pour entrer dans la hiérarchie sociale mais pour dégrossir les sauvageons des ruisseaux et des pacages, jouer le rôle de transmetteur du savoir moderne. Il est allé ainsi se terrer dans un village du sud-ouest dans les années 1980, où il a contribué à maintenir une école durant sept ans.

Malgré l’intitulé « roman », ce livre est une suite de portraits liés par son histoire personnelle. Il n’a pas d’intrigue, ni le fil même d’une existence. Il ressemble plutôt à une juxtaposition de « rédactions » où les portraits des hommes comptent pour beaucoup. C’est dire son style décalé, ce pourquoi l’auteur n’a pu se faire publier par les éditeurs nationaux. Il noircit des cahiers d’écoliers, comme il le raconte, mais ne sait pas captiver par une histoire. Il a peine à inventer. En revanche, il excelle dans la description des gens qui l’entourent.

Il y a le maire, fils et petit-fils de paysans du coin, qui veut garder jalousement sa fonction pour exister. Il y a le couple méritant qui a eu peine à bâtir sa maison et, croulant sous les remboursements de crédit, sombre dans la dépendance à la famille. Il y a ce vieux qui s’isole, cultivant des terres sans maîtres haut dans la montagne, vivant seul dans une cabane de rondins, le fusil à portée de la main contre tous les emmerdeurs, y compris le garde forestier. Il y a les hippies qui vivent de l’air du temps en se laissant manipuler par le plus retors d’entre eux et surtout leurs enfants « débraillés et superbes ». Ces gamins permettent à l’école de survivre et le maire comme l’académie ferment les yeux. Histoires de terre, de chasse, de chiens, de cerises. Histoires de sexe, de mariage, d’études, de retour au pays.

Il est étonnant de constater combien une certaine France des campagnes pouvait rester archaïque encore sous Mitterrand. Ce sud-ouest de hameaux d’altitude vivait comme avant 1914. Le plus haut niveau intellectuel était de réussir le certificat d’études. Drame lorsqu’il a été supprimé par les technocrates de Paris ! La réussite sociale se mesurait aux hectares de terre. Le seul emploi non paysan était de servir la commune comme sapeur pompier ou dans les services techniques à la merci du clientélisme du maire. Le seul loisir était de lire le journal régional – et la presse a perdu de nombreux lecteurs par une grève imbécile qui a fait s’éteindre l’habitude même de lire dans la campagne. La télé abrutissait, trop intello ou trop paillettes. Le curé était inexistant en ces terres païennes. L’instituteur était vu comme l’œil de l’État, dont on se méfiait un peu, qui ne serait jamais du village même si l’on avait vu naître et grandir sa mignonne petite fille.

Les ronces du titre sont celles de l’ignorance, des instincts et des superstitions, qui engluent les mentalités dans la tradition. D’où l’émergence politique de ce courant conservateur de ‘Chasse, pêche, nature et traditions’, né sous Mitterrand en même temps qu’a ressurgi le Front national. C’est toute une France rurale qui « résiste » à la modernité, au progrès, au monde. Il y a une certaine nostalgie de gauche chez l’auteur pour ce petit peuple paysan. Une certaine idée de sa mission laïque et républicaine aussi, dans la meilleure tradition des Lumières. C’était tout un univers, il y a trente ans seulement. Il a aujourd’hui disparu avec ses cultivateurs, ses hippies et ses instituteurs. On « n’institue » plus aucun savoir aujourd’hui : on « professe » la bonne parole dans les écoles.

Antoine Piazza, Les ronces, 2006, éditions du Rouergue repris en poche Babel en 2008, 213 pages, €7.12

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Coût du travail français comparé aux coûts européens

Article repris par Medium4You.

Le baratin politique noie souvent le poisson en prenant des références qui arrange ses arguments de combat. Ainsi, le coût du travail français serait-il équivalent au coût du travail allemand sur 20 ans, mais pas sur 10 ans. Encore faut-il savoir ce qu’on entend par « coût du travail ».

L’organisme officiel Eurostat a le mérite d’être au-dessus des politiciens nationaux et d’élaborer des statistiques identiques pour tous les pays européens. Le dernier EuroIndicator n°42/2011 du 16 mars 2011 (référence au bas de la note) montre que le coût du salaire horaire a monté de 1,6% dans la zone euro sur un an, de trimestre à trimestre, et de 2,0% dans l’Europe des 27. Hélas ! L’augmentation du coût du travail en France rejoint celle des pays ex-soviétiques !

Ce coût est décomposé entre coût salarial et coût patronal.

  • Le coût salarial est composé des rémunérations directes et indirectes telles que bonus, participation, paiement des jours fériés ou congés payés et avantages en nature.
  • Le coût patronal comprend les contributions sociales et les taxes patronales, subventions salariales déduites.

J’ai regroupé dans le tableau ci-dessous les colonnes du dernier trimestre 2010 par pays et par branche pour les 27. En France dans l’industrie, les salaires sur 1 an au Q4 (de trimestre à trimestre), les salaires ont augmenté de 3,7%, soit plus qu’en Allemagne (DE = 1 ,4%), au Royaume-Uni (UK = 2,7%), en Espagne (ES = 1,1%) ou même au Danemark (DK = 2,4%) dont les prestations sociales font rêver la gauche sociale-démocrate. L’augmentation des salaires français est moindre dans les services, sinistrés par la crise financière mais, avec 2,8%, proche du Danemark (3,1) et nettement supérieur à l’Allemagne (1,6) et à l’Espagne (0,8). Seul le Royaume-Uni a des coûts qui montent plus (4,2), mais ce sont les salaires versés aux salariés qui expliquent cette hausse (4,5% vs 2,4% pour les français).

On ne pourrait que se féliciter de voir le coût salarial français être dans la moyenne haute de l’Europe, si ce coût concernait les salaires dans la poche des salariés. Il n’en est rien… C’est bel et bien le coût hors salaires distribués qui augmente le plus ! Plus 4 ,4% de coût entreprise pour l’industrie contre SEULEMENT 3,4% pour les salaires, plus 4% pour la construction contre 2,6%, plus 3,5% pour les services contre 3,5%.

Cet état statistique ne montre que les évolutions, pas la base. Mais chacun sait depuis longtemps ce qu’il en est en France. Une infographie du Monde ou le dernier rapport de la Commission de la Sécurité sociale française le montrent : la France est l’un des pays européens qui charge le plus les salaires en cotisations sociales. Un salarié français touche environ 57% de ce qu’il coûte au total à l’entreprise (et sans la CSG qui est considéré comme un impôt et pas une cotisation sociale !) – contre 88% au Danemark, 77% au Royaume-Uni et 70% en Allemagne. Bien sûr, certaines assurances santé ou chômage ne sont pas comprises dans ces pays. Chacun cotise à l’organisme qu’il veut. Mais avec la moitié de son salaire versé en plus, où est le handicap ? Au contraire, la concurrence des assureurs existe, donc le choix de ce qui convient le mieux à votre situation. Alors que dans la France caporaliste du « tous pareils », est-on VRAIMENT sûr que cette ponction, engouffrée dans le tonneau sans fond des « contributions publiques » soit bien employée ? La comparaison France-Allemagne du tableau ci-dessous est édifiante.

Cela représente tout le poids d’un État gourmand incapable de se régenter et des organismes sociaux gérés suivant des habitudes antédiluviennes. Le salarié paye, sur son salaire brut ou sur son salaire caché via les cotisations patronales, mais il ne sait pas où va cet argent facile. Mal vérifié, réparti de façon opaque, il n’a ni la traçabilité, ni la surveillance, ni le contrôle. Pendant ce temps là, la consommation et l’épargne sont en berne. Les gens se débrouillent comme ils peuvent avec ce qui leur reste. Ils ne peuvent que sortir les sortants si le climat se dégrade. Et cela à chaque élection alors que, s’ils choisissaient eux-mêmes les assurances à prendre, ils décideraient à chaque fois.

Le tableau régulier de comparaison que publie Eurostat devrait éclairer le citoyen et l’inciter à interpeller toute la chaîne de gestion de cette dîme de ponctionnaires qui prélèvent au passage ses droits comme hier le clergé, pour justifier sa fonction. N’y aurait-il pas une ferme rationalisation à effectuer avant de demander aux salariés toujours plus de taxes sociales, contributions et autres jours de cotisation retraite ?

La France semble être gérée à la soviétique puisqu’elle n’est dépassée dans le tableau statistiques que par les ex-pays de l’est dans l’Europe à 27 (et le Portugal, depuis des décennies socialiste). Les économistes, souvent de gauche, qui déplorent que « les salaires » soient si mal lotis dans la répartition de la valeur ajoutée en France, qu’ont-ils à dire sur la répartition des coûts salariaux entre ce que paye l’entreprise pour son salarié et ce que touche effectivement celui-ci ?

Un gros État n’est-il pas un frein à la croissance lorsqu’il rend visqueux une part des salaires plus importante que d’autres États pour frais d’une administration au final très moyenne ? Ni la justice, ni l’école, ni l’armée, ni le Pole emploi ne justifient de si gros prélèvements sur les salaires et cotisations patronales au vu de leur efficacité comparée aux autres services publics européens. Et qu’on ne me dise pas qu’on « manque de moyens » ! Le poids des prélèvements sur les salaires rend cette assertion ridicule.

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Alexander Kent, Ennemi en vue

Les Anglais n’ont pas honte du roman d’aventure. Pas comme nos intellos qui préfèrent les affres de petite-bourgeoises des banlieues, la nostalgie Marie des brebis, voire les monologues du vagin. Alexander Kent a pris le nom d’un camarade d’enfance mort à la guerre contre Hitler pour écrire une série de 22 romans sur le destin d’un capitaine, de 1773 à 1813. Captain Bolitho est aussi célèbre outre-Manche que Monte-Cristo en France. C’est un bonheur de lire ses livres, bien qu’ils ne semblent guère avoir de succès chez nous…

Certes, ils décrivent des batailles entre navires de la Reine et ceux de la Révolution et de l’Empire – et ce sont le plus souvent des défaites pour les Français. Mais l’auteur reconnaît la suprématie technique des navires fabriqués en France sur ceux des Anglais. Certes, le bonapartisme et la nouvelle religion missionnaire de la Révolution hérissent tout Britannique, ce que nous faisons mine de ne pas comprendre. Mais il y a la mer, les hommes, l’exotisme.

Capitaine à 26 ans après s’être engagé comme mousse à 12 (comme l’auteur à 16 ans en 1940), Richard Bolitho en a désormais 38. Nous sommes en 1794 et l’amiral français Lequiller tient à conserver la route des Amériques ouverte pour forcer le blocus de la Navy au large des côtes de Gascogne. En ce dixième tome d’aventures maritimes, Bolitho va découvrir ce qu’est le commandement et ce qu’est devenir père.

Il est capitaine de navire depuis douze années déjà, mais c’est le commandement d’un deux-ponts de 74 canons qu’il assure désormais ; plusieurs centaines d’hommes ne se gèrent pas comme l’équipage d’une frégate qui n’en comprend que quelques dizaines. Pour les hommes, il est dieu ; pour lui-même, il est seul. Il doit décider souverainement de la conduite à tenir, de la stratégie à suivre, de la tactique de combat. Ses décisions mettront en jeu la vie de milliers de marins, ceux de son navire comme ceux de l’escadre qu’il finit par commander. Son Commodore est en effet un velléitaire incapable, poussé jusqu’à ce poste par le piston de la naissance. Bolitho peut prendre conseil, mais il reste le plus expérimenté et l’action n’attend pas. Pour le meilleur ou pour le pire, au risque de se tromper, il faut décider.

Mais comme il est humain et juste, qu’il se préoccupe des autres avant lui-même, il est adoré des hommes. Il suffit d’avoir fait son service militaire comme aspirant pour comprendre de l’intérieur toute l’angoisse de l’exemple à donner et ces petits détails insignifiants qui font tout pour votre réputation : aider un gars dans un passage difficile, avoir un mot de fierté pour une action devant les autres, soigner sa tenue après une marche harassante… Quand un « dieu » regarde les hommes, ceux-ci n’en peuvent plus de fierté : ils se sentent « élevés ». Ils feront tout pour mériter cette dignité à eux conférée.

A une escale, un jeune homme est livré avec les provisions : c’est un aspirant de renfort. Il a quatorze ans. « Il était grand pour son âge, svelte, les yeux noirs, des cheveux couleur d’ébène comme ceux de Bolitho, il avait l’air farouche et nerveux. Bolitho ne put s’empêcher de le comparer à un poulain sauvage » (p.104). Cet adolescent défiant et anxieux est son neveu, comme lui apprend une lettre qu’il remet en mains propres. Il ne savait pas que son frère, qui s’est fait oublier aux Amériques après une trahison, avait engrossé une Miss Pascoe sans jamais se marier ni reconnaître ce gamin qu’il n’a jamais vu. Père absent, mère morte, renvoyé de chez sa tante vers la marine, aux bons soins du capitaine Richard Bolitho, l’adolescent Adam n’est rien, n’a rien et reste seul dans la vie. D’où l’importance pour lui, du premier mot du capitaine à un subordonné : « c’est, heu… mon neveu ». Il est enfin quelqu’un dans l’œil d’un adulte, reconnu socialement, avec un poste à assumer.

38 ans est l’âge mûr ; on se préoccupe plus de ceux qui vous entourent que de soi, n’ayant plus rien à prouver. La paternité travaille par besoin de transmettre, de se revivre dans la jeunesse, de se survivre dans la descendance. Le jeune aspirant Pascoe est touchant et acharné : il veut racheter son père qui a trahi, il veut se faire reconnaître, sinon aimer, par cet oncle capitaine d’un deux-ponts que ses hommes admirent. Il fera son devoir, malgré les coups de mer et les coups de canon, les coups de canne et les coups de soleil. Voire les coups de théâtre. Bolitho ne pratique aucun favoritisme et, durant les mois sur le navire, ne traite jamais l’adolescent autrement que les autres. Il l’appelle « monsieur Pascoe » mais le surveille du coin de l’œil, particulièrement. Il apprécie ses progrès dans l’étude et son épanouissement physique, sa conduite au feu et sa trempe d’homme en herbe. Les paragraphes en passant sont touchants de brièveté : « Il aperçut Pascoe qui faisait une pause sur le grand hunier, son corps se balançant au rythme du roulis, sa tête tournée en arrière pour observer les marins s’activant, tandis que, le long des vergues, de nouvelles voiles se gonflaient et se tendaient. Sa chemise était ouverte sur sa poitrine, et Bolitho constata que sa peau était bien bronzée et que ses côtes étaient déjà moins saillantes qu’à son arrivée à bord » (p.166). Un vrai regard de père.

« Ce garçon a traversé bien des épreuves. Son père l’a déshonoré, et c’et auprès de moi qu’il cherche confiance et conseil, ce dont je suis très fier », dira-t-il à un maître d’équipage qui n’est autre que le vrai père du gamin, caché sous le nom de Selby. Richard Bolitho en devient presque jaloux de son frère Hugh, compensant la mort de sa femme et de son bébé par cet adolescent arrivé par la marée. Mais, lorsque le drame arrivera, c’est à lui qu’il reviendra le soin de le protéger et de l’aimer. Pour la première fois, au désarmement à terre, il l’appellera par son prénom, Adam, et l’emmènera vivre avec lui.

Cet opus 10 de la série n’est qu’une étape, mais digne et cruciale. Elle nous fait aimer le héros non plus pour ses seules actions décidées, mais pour son sens de l’humain.

Alexander Kent, Ennemi en vue (Enemy in sight !), 1970, Phébus Libretto 2004, 383 pages, €9.97

Biographie de Richard Bolitho sur le site de l’auteur.

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Esprit public 666

Dimanche dernier avait lieu la 666ème émission sur France Culture de l’Esprit public, produite par Philippe Meyer depuis 1997. C’était une fête parce que 666 est réputé être le chiffre du Diable et que celui-ci réside, comme chacun sait, dans les détails. L’Esprit public fait justement dans les détails, il fait le Malin dans un monde travaillé par l’unanimisme suspect de toutes les religions. Y compris les laïques, si à la mode dans cette gauche française formatée par le stalinisme. Nombre d’auditeurs, connus ou moins connus, ont noté combien l’Esprit public avait ce ton de la conversation « libérale » des salons du XVIIIème siècle. Bien loin des invectives, coupures de paroles et autres noms d’oiseaux de presque toutes les émissions « politiques » de nos jours, où il s’agit d’avoir la plus grosse et d’écraser sous son mépris historique l’interlocuteur.

Ce ton de la conversation, cette diversité de points de vue, ces analyses qui ont le temps de s’exposer, est tout ce que j’aime dans l’Esprit public. Ce pourquoi je l’écoute chaque dimanche depuis une dizaine d’années, en téléchargement différé lorsque je suis ailleurs, belle invention technique de liberté.

Je ne suis pas toujours d’accord avec les invités. Quelle plaie d’être « d’accord » sur tout, comme le voulait la vulgate stalinienne pour qui l’Histoire n’avait qu’un sens ! Il est resté, dans le débat politique français cette détestable habitude « d’être d’accord », comme si l’on ne pouvait échanger des idées divergentes sans être aussitôt sorti par l’interlocuteur de l’espèce humaine ! Cette capacité des politiciens à toujours éviter de parler des faits pour bien distinguer amis et ennemis, situer QUI parle et AU NOM de quelle race, classe ou caste, est l’une des plus arrogantes « bêtises » françaises, au sens de Flaubert, de notre époque. Ce pourquoi le populaire n’écoute plus ceux qui ne l’écoutent jamais et votent exprès pour l’extrême droite afin de sortir les sortants.

L’Esprit public est l’un des rares lieux où l’on discute encore plutôt que juxtaposer son monologue à celui des autres, constamment interrompu par un « journaliste » qui veut exister (cette plaie bafouillante des Matins de France Culture, par exemple). Pas de speed de qui a fumé on ne sait quoi avant l’émission, pas de réponses brèves exigées par des questions interminables, pas de provocation politique envers qui n’a pas envie d’entrer sur ce terrain là. J’écoute les Matins et j’écoute l’Esprit public et il n’y a pas photo. Je regrette fort le temps de Demorand et celui d’Ali Baddou aux Matins. L’Esprit public s’égare parfois, appelant Angela Merkel Michaela Wiegel, affirmant « je termine » par une série de douze points en rajoutant un dernier au dernier, mais c’est dit avec clarté, articulation et souci d’expliquer. Les étudiants interrogés y voient une forme de cours de culture générale et c’est bien.

Il y a les absents, Denis Olivennes, parti diriger une autre presse, Yves Michaud, évincé après sa sortir contre Roman Polanski en 2009. Ce que je regrette. Ce dernier incident, sans explication satisfaisante ni à l’intéressé ni aux auditeurs, montre les limites de l’humanisme affiché de Philippe Meyer. Mais nul n’est parfait.

Il y a de bien plus mauvais coucheurs : les féministes qui revendiquent la parité partout, sans pour autant proposer des talents au niveau, l’ineffable Péchardon qui accuse son obsession anarcho-gauchiste en traitant tous les intervenants de collabos, pétainistes et autres vendus de la CIA (?), les ignares qui ne retrouvent pas leurs slogans syndicaux sur les retraites ou les délocalisations et se demandent qui parle et pour qui. Mais pourquoi ces auditeurs reviennent-ils si souvent pour envoyer des courriels venimeux à intervalles réguliers ? N’est-ce pas parce que l’émission fait penser, au contraire de beaucoup d’autres ?

Penser exige un effort personnel, à une époque où il est de bon ton de revendiquer sa flemme. Nécessite de réfléchir en un temps qui se contente de réagir, la dernière mode de « l’indignation » étant ce confort moral de la bonne conscience qui ne veut surtout pas agir. Demande d’être citoyen adulte et responsable dans une société infantile où chacun attend de l’État-papa, de l’École gaveuse d’oie ou des « spécialistes » d’édicter comment vivre, quoi apprendre et avec quoi « être d’accord ».

J’aime l’Esprit public, l’une des excellentes émissions de France culture avec quelques autres. Vous êtes invités à aller l’entendre, chaque dimanche de 11h à midi, et à écouter en différé la 666ème, qui dure une demi-heure de plus avec pas mal d’humour.

L’Esprit public, de Philippe Meyer, Michaela Wiegel, correspondante à Paris de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Jean-Louis Bourlanges, professeur à l’Institut d’Études Politiques de Paris, Max Gallo, romancier et historien et Thierry Pech, directeur de la rédaction d’Alternatives Économiques (entre autres).

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Alix, Le démon du Pharos

Une bande dessinée pour adolescents se doit d’écrire une histoire, d’offrir des héros auxquels s’identifier, de dessiner précis et fluide et de découper les séquences pour maintenir le suspense. Ce 27ème album d’Alix est en ce sens très réussi.

Nous sommes en Égypte, à Alexandrie, sous le règne de Cléopâtre et de son frère adolescent Ptolémée. Ce ne sont qu’intrigues de palais, passions et pouvoir. Alix et son compagnon Enak, à peu près 19 et 15 ans, sont chargés par César de ramener un papyrus secret qui aidera Rome à préserver Cléopâtre sur son trône. Le capricieux et débauché Ptolémée la trouve trop autoritaire et veut en effet la remplacer par sa jeune sœur Arsinoé. On apprend à l’école que les souverains égyptiens se mariaient entre frère et sœur pour préserver la race et l’on découvre que ce n’est pas bon.

Voici donc Alix et Enak confinés dans la célèbre Très Grande Bibliothèque d’Alexandrie où un maître leur fait étudier la géométrie et la philosophie pour donner le change. Comme tous les ados, les garçons ont de la curiosité pour l’enseignement, mais pas trop. Ils sont plus attirés par l’aventure et l’exercice physique. Or voici tout soudain qu’une nuit le phare s’éteint. Cette réalisation technique qui éclaire la mer et guide les marins vers le port créé par les Grecs est le symbole de la civilisation. Celle-ci serait-elle menacée ?

Ptolémée n’en a cure, tout entier pris par sa passion de vivre ‘l’Etat c’est moi’. Par bon plaisir et contre espèces qui lui permettent de comploter, il a confié la gestion du phare à un étranger. Qui s’empresse de se rembourser en naufrageant les navires !

Les deux compagnons vont se mettre en danger pour résoudre le mystère. Ils compromettent leur mission mais leur liberté est de ne pas s’attacher à la politique, ce qui est bien ado. Cœurs purs, ils seront épiés par Philippos, jeune Grec séduisant, élève préféré du maître mais jaloux de son attention pour les deux Romains pas très doués pour les études. Le ressort est bien la passion mais, cette fois, elle se transcende. Les grands de ce monde ne sont pas fiables mais les valeurs élevées permettent toujours de s’en sortir. Parmi elles, l’amitié, la fidélité, le courage. Ptolémée et Cléopâtre sont les anti-Alix et Enak, Démosthène l’anti-Philippos ; ils se jalousent et se détestent alors que les seconds s’aiment comme des frères. Leçon de fratrie aux ados sous couvert de suspense. Nul corps torturé cette fois, mais faire le mur, de bonnes bagarres et une fuite par une conduite d’eau ! Le scénario de Patrick Weber est très réussi.

Le dessin de Christophe Simon a bien le dynamisme de Jacques Martin. Il met en valeur les corps, la souplesse musclée de l’adolescence aventureuse ou la grâce diaphane de la jeunesse intellectuelle. Enak, toujours torse nu, est râblé pour ses 15 ans, Alix ne déparerait pas le surf californien, Philippos est plus fin. Clin d’œil à l’époque : pour se dissimuler, Alix et Enak portent à même la peau de courtes capes à capuches pareilles à celles de nos banlieues. Demosthène le méchant a le visage d’un faune, ridé par les intrigues ; Cristène le bibliothécaire celui d’un vieux sage barbu. Cléopâtre est aussi belle que sa légende, son frère et sa sœur aussi, par hérédité. Mais la gamine a le museau froncé de la puberté irritée tandis que Ptolémée a le visage souvent irascible et le torse fluet des habitués de stupéfiants et d’orgies. La cité, grecque organisée, le phare, qui éclaire la civilisation, sont rigoureux et léchés. Le dessin fait, de lui-même, passer un message.

La ville est somptueuse, le phare reconstitué grandiose et la bibliothèque agréable à vivre. Aux navires, il ne manque pas une rame. Mais les astuces techniques du phare peuvent être dévoyées par un usage immoral. La civilisation ne va pas sans le savoir, ni sans dirigeants dignes de l’honorer. Qu’on se le dise chez les gamins !

Jacques Martin, Christophe Simon & Patrick Weber, Le démon du Pharos, 27ème aventure d’Alix, 2008, Casterman, 48 pages, 9.51€.

Interview vidéo du dessinateur Christophe Simon, du scénariste Patrick Weber et de l’historien René Ponthus

L’avis de Manuel Picaud sur Paperblog

The Adventures of Alix sur Wikipedia international
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Pas disciplinés, les Français ?

Les choses ont bien changé depuis la génération 68 où il était interdit d’interdire. Nous sommes le mercredi 23 mars 2011, le « nuage » radioactif provenant du Japon plane dans la haute atmosphère.

Dans les jardins du Luxembourg, qui appartiennent au Sénat, les pelouses « interdites » sont respectées !

Mais – souplesse neuve de l’Hâdministrâtion – ces Messieurs du règlement-règlement laissent la place au désir : la pelouse jumelle est autorisée ce même jour. En alternance. N’est-ce pas plus intelligent que le caporalisme traditionnel si français ?

Quant aux kids, ils ne sont pas rembarrés de jouer au foot, mais sur le parvis pavé.

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Salon Destinations nature aujourd’hui et demain

A la Porte de Versailles à Paris, hall 4, se tient vendredi 25, samedi 26 et dimanche 27 mars le 27ème salon destinations nature. Il y en a pour tous ! Du senior avancé au gamin, du solitaire au groupe, en passant par les couples, les amis ou la famille entière. Du raid et du bien être, de l’aventure hard et du spa cool, de la montagne et de la gourmandise, de la chaussure ou du vélo. Et même de l’escalade et du kayak. On trouve tout au printemps du voyage.

Cette année est celle de la forêt. ONF et IGN sont en première ligne, suivis des agences de circuits découvertes et pédestres. Les Pyrénées sont à l’honneur avec l’agence La Balaguère.

Le salon est sympa, vous pourrez avoir des informations, suivre des films et conférences, prendre un air de vacances, choisir votre destination et goûter les produits du terroir même les plus exotiques. Il y a divers ateliers pour petits et grands tels que la mécanique du VTT, la marche nordique, la découverte de l’huile d’olive, lire les cartes avec l’IGN, les chauve-souris avec l’ONF…

Intellos, vous connaissiez les ‘Cahiers de l’Herne’ ? Voici les ‘Cahiers de l’âne’ qui vous fera découvrir les vertus d’Aliboron. Quelques spécimens broutent leur foin dans un enclos odorant du salon et viennent faire caresser leur fourrure rêche entre les deux oreilles.

Avec le Japon, son nuage et son chauffage-centrale usagé, le bio est à l’honneur.

Les paysans aussi.

Le cochon catalan n’est pas atteint et fort savoureux.

Les punchs créoles sont appétissants, comme les jeunes dames qui les servent bien frappés !

Les gamins amenés ici par le système scolaire s’intéressent à tout ce qui est sport. Notamment fabriquer un cerf-volant.Evidemment le mur d’escalade où ils admirent les grands.

Ou l’élan bien chaussé du Vieux campeur. 

Mais il s’agit de tout recycler, hein !

Avec Chemins du sud vous irez à pied en France, au soleil, ou dans les pays méditerranéens. Deux Français sur trois randonnent en France « pour se maintenir en forme » et « passer un moment avec ses proches », disent-ils. L’ONF a inventé une formule de rando tout compris qui valorise son savoir-faire dans les paysages méconnus et préservés, dans le respect de l’environnement avec ses randonnées Retrouvance.

Avec Terre d’aventures, vous irez partout. En France, en Europe et ailleurs. Avec 10% de réduction salon sur l’Islande, le Maroc et le Népal. Faites vite pour vous préinscrire !

De nombreux catalogues et documents vous diront tout sur tout.

Et pour les casaniers, ou ceux qui veulent en rêver avant et après, outre les guides Lonely Planet ou Petit Futé, vous avez aussi pléthore de romans de voyages !

Salon Destinations Nature, métro porte de Versailles, hall 4

Tarif normal 8€, 5€ pour les moins de 18 ans et les étudiants. 5€ aussi pour ceux qui prennent leur billet par internet. Gratuit jusqu’à 12 ans.

Le dimanche 27 :

  • rando dans Paris (entrée libre) par les randonneurs de la Sarthe, départ 10h15 porte de Pantin
  • randos diverses dans Paris pour tous les tempéraments, par la Fédération française de randonnée (FFR) Île-de-France site internet ou 01 48 01 81 51
  • rando rollers et coquillages (mineurs accompagnés et adultes), départ 14h30 place de la Bastille. 
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Paul Doherty, Le porteur de mort

Nous sommes en 1304 dans l’Essex. Saint-Jean d’Acre – dernier bastion chrétien en Terre sainte – est tombée aux mains des musulmans quelques années plus tôt. Le donjon des Templiers a résisté le dernier avant que les survivants soient tous massacrés, sauf les jeunes filles et les garçons de moins de 15 ans, voués aux plaisirs et lucratifs sur le marché aux esclaves. A Mistelham dans l’Essex, en ce mois de janvier glacial, le seigneur du lieu s’appelle Scrope ; il est l’un des rares à avoir échappé à la prise d’Acre. Il s’est servi dans le trésor templier avant de s’évader en barque avec ses compagnons anglais dont Claypole, son fils bâtard et un novice du Temple.

Mais justement, il a volé le Sanguinis Christi, une croix en or massif ornée de rubis enfermant le sang de la Passion et enchâssés dans du bois de la vraie Croix, dit-on. Les Templiers veulent récupérer ce bien tandis que Scrope l’a promis au roi Édouard 1er d’Angleterre qui l’a fait baron et l’a bien marié. Voici que des menaces voilées sont proférées par rollet contre Scrope tandis qu’une bande d’errants messianiques établis sur ses terres pratiquent l’hérésie et la luxure. Le roi, dont le trésor de Westminster a été pillé par une bande de malfrats particulièrement habiles (fait historique !), ne veut pas que le Sanguinis Christi lui échappe.

Il mande donc sir Hugh Corbett, chancelier à la cour, pour enquêter et juger sur place au nom du roi. Il sera accompagné de Chanson, palefrenier, et de Ranulf, formé au combat des rues par sa jeunesse en guenilles et que Corbett a sauvé jadis de la potence. Le trio débarque donc au manoir de Scrope, muni des pleins pouvoirs de la justice royale. Lord Scrope est sans pitié, il aime le sang ; sa femme Lady Hawisa est frustrée, il la méprise ; sa sœur Marguerite est faite abbesse du couvent voisin ; lui est adjointe un chapelain, maître Benedict ; Henry Claypole, orfèvre et bailli de la ville, est le bâtard dévoué de Scrope ; le père Thomas, curé de la paroisse, est un ancien guerrier ; frère Gratian, dominicain, est attaché au manoir.

Qui sont ces Frères du Libre Esprit, que Scrope a fait passer par les armes un matin, pour complot et hérésie, dans les bois de son domaine ? Une bande d’errants hippies rêvant de religion libérée de toute structure et hiérarchie, adeptes de l’amour libre et de la propriété communiste ? Trop jolis blonds à la peau lisse venus de France ? Artistes habiles à la fresque et à chanter ? Pourquoi donc aiguisaient-ils des armes sur la pierre tombale d’un cimetière abandonné ? Pourquoi s’entraînaient-ils au long arc gallois dont les flèches sont mortelles à plus de 200 m ? Depuis quelques mois, un mystérieux Sagittaire tue par flèche un peu au hasard dans le pays, après avoir sonné trois fois la trompe. Qui donc est-il ? De quelle vilenie veut-il se venger ?

Ce seizième opus de la série Corbett est très achevé. L’intrigue est complexe à souhait, comprenant comme il se doit un meurtre opéré dans une pièce entièrement close sur une île entourée d’un lac profond sans autre accès que par une barque bien gardée. Il y a du sang, beaucoup de sang ; un passé qui ne passe pas, des péchés commis qui poursuivent les vivants ; des instincts qui commandent aux âmes, aiguillonnés par Satan. Nous sommes dans le froid britannique entre James Bond et Hercule Poirot, entre l’action et l’intrigue, la dague et le poison. Nightshade (le titre du livre en anglais), c’est l’ombre de la nuit, la noirceur des âmes mais aussi le petit nom de la belladone, cette plante mortelle ingérée à bonne dose. Whodunit ? Qui l’a fait ? C’est à cette éternelle question des romans policiers que Corbett doit répondre, aussi habile à démêler les passions humaines qu’à agiter ses petites cellules grises.

Paul Doherty, Le porteur de mort (Nightshade), 2008, poche 10/18 janvier 2011, 345 pages, €8.17

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Mario Vargas Llosa, Éloge de la marâtre

Article repris par Medium4You.

Le prix Nobel 2010 nous livre un bien étrange roman. Décalé en notre époque. Publié en 1988, vingt ans après 1968, il reste la traduction classique des aspirations libertaires, la reconnaissance du désir, l’importance du corps, l’attrait des nourritures terrestres. La langue française est bien pauvre et bien abstraite, elle qui n’a qu’un mot valise pour désigner ces choses : l’amour.

C’est confondre allègrement ces trois manifestations que les Grecs désignaient sous les noms d’éros, philia et agapé. L’innocence du désir vient du corps, des sens ; il s’exalte de la vue d’un torse gracieux, de l’écoute d’une voix mélodieuse, du toucher d’une peau satinée, du baiser brûlant de lèvres entrouvertes. L’attrait affectif n’a pas besoin du sexe pour aspirer à être aux côtés d’une personne chère. La générosité vague déborde de la force d’un corps comblé, d’un cœur entouré et d’un esprit ouvert. Mais discourir sur l’amour de l’humanité au sortir du lit de sa maîtresse, voilà qui est du dernier culcul. L’Hâmour, traduisait Flaubert pour dire cet enfumage de l’esprit des bourgeois cuistres de son temps.

Vargas Llosa ne va pas si loin. Dans la société catholique, bien-pensante et militaire du Pérou des années 1980, sa subversion est de mettre en contradiction la mythologie, y compris religieuse, avec sa traduction moraliste bien-pensante. Il compose un vaudeville avec le mari, la femme, l’amant. Sauf que la femme est d’un second mariage, donc la marâtre du fils. Ce qui permet une combinaison érotique nouvelle. Sauf que le fils vient de faire sa communion et s’éveille à peine à la puberté des sens : il n’a qu’un peu plus de douze ans.

Mais que peuvent les interdits contre la force aveugle du désir ? N’est-il pas légitime de désirer aussi, à 12 ans ? Est-on interdit de sens jusqu’à ce que la bienséance le décide ? Surtout lorsque son père apprécie l’érotisme au point de garder dans sa bibliothèque (sous clé) une collection complète de gravures sensuelles et des livres de nus. Alfonso est un ange d’Annonciation avec ses boucles blondes, ses yeux bleu clair et son air innocent. Il est Éros, l’enfant grec tout de désir et sans conséquence. Il est beau, sensuel, amoral. Il séduit par sa fragilité, sa fougue rieuse et son membre après tout bien monté. « C’était un petit bonhomme libre de préjugés, à l’instinct assuré, qui la chevauchait comme un habile cavalier » p.151.

Comme Éros, il darde sa flèche sur qui lui plaît et dit toujours la vérité. D’où ce désir qui monte, l’acmé de l’amour pour les trois protagonistes, puis la chute dans la décence bourgeoise. Car la femme adulte résiste, au nom de la morale. Puis se laisse attendrir, puisque ces jeux sont innocents. Après tout, elle n’est pas sa mère mais une étrangère. Il n’est pas question de sentiments ou d’impudeur mais de sensualité.

Vargas Losa en fait un conte pour notre temps. Il convoque la mythologie grecque pour dire la puissance du regard qui engendre le désir. Il intercale ainsi des chapitres d’histoire symbolique entre les chapitres réalistes. Candaule, roi de Lydie, montre le cul de sa femme (qui l’a fort gros) à son ministre Gygès – mais pas touche ! Quel hypocrite… Diane au bain avec sa servante est observé tout dard dressé par un petit berger – mais on ne saurait se mêler aux dieux sans être consumé. Tout reste platonique… Une dame écoute la musique d’un jeune homme empli de désir – mais attention dit le mari, si je n’entends plus la musique, je viendrai vous surprendre. La musique sert de messager… Fra Angelico peint une Annonciation où l’ange rose et blond fait craquer toutes les filles. Pourquoi Marie ? Mystère insondable de l’innocence : elle portera un enfant dieu. Mais elle a bien été « remuée »…

Partout est le désir, comme premier à la vie. Même (et surtout ?) dans la religion, qu’elle soit antique ou chrétienne. La vie a besoin d’un corps pour se perpétuer, si l’on aime la vie et la glorifie, dès lors pourquoi ne pas glorifier le corps ? C’est le sens que donne l’espiègle gamin au tableau de Szyszlo, accroché sur le mur du salon par son père. «  – Eh bien ! ce tableau c’est toi, affirma-t-il » dans un éclat de rire. La reproduction en est donnée par l’auteur dans un cahier central en couleur : il s’agit d’un torse abstrait, du col au pubis, où tous les organes sont mécaniquement agencés, posé sur un autel de sacrifice. Un corps en éruption qui vient de jouir.

« Sommes-nous impudiques ? Nous sommes entiers et libres, plutôt, et terrestres à n’en plus pouvoir » p.169. Car tel est l’amour, une fente palpitante qui aspire au jaillissement du membre frotté, une carapace retirée, des décors et habits jusqu’à la peau. « Abolis ont été aussi les sentiments altruistes, la métaphysique et l’histoire, le raisonnement neutre, les impulsions et œuvres de bien… », précise encore l’auteur (p.170). Il s’agit de fusion charnelle : « je te me donne, tu me te masturbes ».

Éros au XXe siècle est aussi incongru que l’ange annonciateur de la foi : qu’avons-nous fait de la vie, interroge ce conte ? Dans l’époque de repli frileux que nous connaissons, où toutes les religions (même la laïque) se réduisent aux principes d’un code desséché, ce genre de livre est blasphématoire. Lisez-le vite avant qu’il soit interdit !

Mario Vargas Llosa, Éloge de la marâtre, 1988, Folio 2008, 213 pages, €6.93

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Le scandale du Médiateur

Il y a trois jours, le Front national balayait dans les médias, sinon dans les urnes, la vieille oligarchie UMPS qui n’écoute plus depuis longtemps les citoyens. Avant-hier, l’Élysée a brûlé (à Montmartre), symbole s’il en est : le théâtre de la Goulue vaut bien celui du Président avale-baraque. Hier, le « nuage » de Fukushima a surplombé la France, sans élever la radioactivité de façon tangible. De toute façon, de l’activité, il y en a de moins en moins en France. Près de 40% des emplois industriels ont disparu en vingt ans. Les Français ont le blues, comme d’habitude, et voilà que le Médiateur, dénoncé par l’Agence française de la rationalisation publique, ne va plus être remboursé.

Il a livré lundi son dernier rapport d’honneur, un baroud. Pour lui, c’est la Bérézina. Napoléon le petit a échoué à réformer le « modèle » qui fuit et à entraîner les Français dans la modernité. Le peuple en a marre de cette modernité qu’il chantait pourtant hier avec Jules Verne. Elle lui échappe, il y en a trop, ça va trop vite. Les Français sont largués par le petit qui, à 5 ans, sait faire marcher mieux qu’eux le lecteur de DVD sans avoir lu la notice écrite en jargon traduit de l’anglais lui-même retranscrit du coréen par ordinateur. Largués par le préado qui a déjà vu des films pornos et a embrassé ses premières filles sans que papa ait vu comment. Largués par l’ado qui « poursuit » le bac sans en vouloir vraiment, pas motivé par les quelques sept à neuf années de boulots précaires qui l’attendent avant d’en décrocher un stable…

Sarkozy a beau cocoricoter sur la Libye, c’est un poste de commandement américain en Allemagne qui gère l’opération coordonnée. Et il a fallu des jours avant de rameuter les avions du Charles-de-Gaulle dispersés on ne sait où. Le modèle « universel » français fait bien rigoler en Chine, en Inde, au Brésil, en Russie, au Mexique… Nous montons trop sur nos ergots alors que nous ne sommes plus qu’une nation moyenne qui voit, chaque année, reculer son rang. Nos vanités, l’étatisme, le caporalisme, la morale au monde entier ne prennent plus. Ce pourquoi Chirac reste aimé, bien qu’il ait été copain comme cochon avec Saddam Hussein et ait empêché les avions de Reagan de survoler la France pour bombarder Kadhafi le terroriste à Tripoli, en 1986. Il a été l’inspirateur du dernier discours mondialiste de la France à l’ONU, contre l’invasion de l’Irak. Mais notre littérature se vend mal, et pas seulement parce qu’elle n’est pas écrite en anglais : les Islandais, les Norvégiens sont plus traduits que nous !

Nous vivons dans l’illusion, entretenue sous de Gaulle mais avec des moyens, reprise par la gauche dans la gabegie des dépenses à tout va de 1981 et de la facilité des dévaluations (trois en 18 mois !). Depuis, nous sommes arrimés à l’euro, qui est tenu par la rigueur monétaire des Allemands. Eux savent se discipliner, faire des sacrifices, assurer un bon service après vente. Nous pas. Chaque élection est le grand théâtre du toujours plus où chacun est victimisé pour qu’il vote « bien ».

La population vieillit, chôme, se déclasse, n’offre plus d’avenir à ses jeunes, consomme à tout va de la « sécurité » (sociale tant qu’elle est remboursée et policière tant qu’on en veut). Le Médiateur ne mâche pas ses mots, il n’a plus rien à perdre puisque son poste est supprimé. Enfin quelqu’un qui dit la vérité ! « Notre contrat social n’est pas un contrat de services mais d’engagement. Or, aujourd’hui la citoyenneté décline des deux côtés : celui qui paie l’impôt a perdu la dimension citoyenne de l’impôt et, s’il y consent encore, s’estime néanmoins lésé. De même, celui qui bénéficie de la solidarité publique a perdu le sens de cette solidarité et, ne recevant pas assez, se sent humilié. L’éducation, en échec aujourd’hui sur l’acquisition des savoirs, l’aptitude au travail et l’éveil à la citoyenneté, interroge notre système administratif global qui échoue sur sa capacité d’inclusion et devient une machine à exclure. » Jean-Paul Delevoye ajoute : « Le service public ne porte plus son nom. »

La faute à qui ? « Les débats sont minés par les discours de posture et les causes à défendre noyées parmi les calculs électoraux ». A droite comme à gauche ! Et de lister dans son dernier rapport : l’empilement législatif, les réformes précipitées, les moyens limités, les lois pas toujours applicables, leur manque d’explication, leur application mécanique par l’Administration, les décisions de bureau au mépris des textes, l’excès de précipitation parfois et l’excès de lenteur, les procédures déshumanisées (vous n’êtes qu’un numéro ou un dossier), l’absence complète d’empathie et de communication entre ceux qui détiennent un petit pouvoir et les citoyens…

Le  collectivisme jacobin français, fondé sur de gros impôts et leur redistribution électoraliste, n’est plus un modèle de vivre ensemble. La classe moyenne se sent lâchée. Les petits, les sans-grades, ne sont ni écoutés ni compris. Mieux vaut être immigré, sans-papiers ou mal logé pour qu’on s’occupe de vous, à grands coups de projecteurs médiatiques. La posture, toujours. D’où le ras-le-bol des citadins qui retournent à la campagne, des diplômés qui vont chercher aux États-Unis ou en Suisse, voire en Chine, de ceux qui pourraient créer une entreprise mais qui préfèrent vivre de peu mais sans le regard de jalousie des autres ni d’inquisition de l’Administration. Chacun se rencogne sur ses petits zacquis, l’école décline, corporatiste, prônant l’élitisme par les seuls maths au détriment des qualités humaines propres à vivre ensemble.

Pourtant la France a de beaux restes. Les Français font des enfants, ce qui peut s’interpréter comme signe d’optimisme (c’est la tarte à la crème des débats dans les médias !), mais que je vois plutôt comme un repli sur la famille. Avec l’égoïsme d’enfant gâté de la génération née après 1968 : nous on jouit d’eux, après ils n’ont qu’à faire leur vie. Il n’empêche, des enfants, c’est du dynamisme, dommage qu’ils ne rêvent que d’Amérique ou d’Asie… Les Français ont de grands projets d’État, financés sans chercher de profits. Bravo pour la recherche fondamentale en avionique, médecine, trains, dommage que la sécurité industrielle soit si mal assurée (voir Renault) et que la naïveté des commerciaux laisse piquer les fleurons sans réciprocité (voir Alstom et son TGV, Dassault et son Rafale, Areva et son EPR)…

En fait, manque à la France un personnel politique à la hauteur. Ce n’est pas grand-chose mais aucune école ne forme à cela. On appelle le charisme, cette faculté de présenter un avenir et d’entraîner les gens derrière vous. Encore faut-il former des têtes bien faites et pas des têtes bien pleines. Nicolas Sarkozy l’a incarné un temps en 2007, ce pourquoi il a été largement élu face aux zénarques qui récitaient leurs leçons mal apprises en face de lui. Mais il a failli. Les sondages et le vote de dimanche montrent l’ampleur de la déception. Il sera probablement battu en 2012 et entraînera la droite dans sa chute. Tant pis pour les perdants puisqu’ils ne veulent rien voir. Sauf qu’on ne perçoit guère la gauche en profiter, tant le charisme manque à ses chefs. Ce sera au profit de l’extrémisme peut-être : avec une présidence de gauche que dirait-on de législatives où le Front national aurait le quart des députés ?

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Fin du pétrole mais transition nucléaire

Si le nucléaire diffuse au Japon, le pétrole est en feu dans la plupart des pays arabes et le gaz est la cassette des pays dictateurs (Russie, Iran, Algérie). Les producteurs principaux font de la répression, de l’Arabie Saoudite à Bahreïn, à la Libye de Kadhafi et jusqu’à l’Algérie, tenue d’une main de fer par l’armée. Pas question de laisser une bande de révolutionnaires s’emparer du pouvoir ! La rente est trop confortable. Les pays occidentaux avancent à grands pas (en paroles) pour défendre la démocratie, tandis qu’ils piétinent martialement pour mettre en œuvre – depuis vendredi – une initiative armée pourtant demandée par les victimes. Au nom de l’anticolonialisme ou de l’anti-islam (arroseur arrosé, nous sommes toujours accusés ? Eh bien débrouillez-vous). Au nom aussi de la transition énergétique, qui mettra bien deux générations à s’effectuer (donc pas question de laisser le pétrole et le gaz au nom des grands principes). C’est particulièrement vrai des Etats-Unis, englués en Afghanistan et en Irak déjà.

C’est que le pétrolier industriel ne vire pas comme le vélo écolo. Les politiciens verts ont beau jeu de « dénoncer » la pollution et d’annoncer l’Apocalypse imminente, la seule chose de sensée qu’ils proposent est de revenir au moyen-âge : panier bio, maison en terre, chauffage au bois, marcher à pied, à la rigueur en vélo… La majeure partie de l’énergie consommée aujourd’hui dans le monde est fossile : pétrole, gaz, charbon, bois. La seule alternative crédible industriellement aujourd’hui pour remplacer l’énergie fossile est le nucléaire. Tout le reste est bel et bon, et à développer bien sûr, mais ne remplacera pas pour notre génération l’énergie abondante et bon marché du pétrole et du gaz. Dans 30 ans oui, mais ici et maintenant ?

Alors que faire ? Consommer moins ? C’est sûr ! Mais encore ? On ne fait pas rouler les trains au solaire, ni à l’éolien ou à la géothermie. Pour ces gros machins, il faut des centrales – donc de la centralisation. Or l’intérêt des énergies renouvelables réside justement dans la décentralisation, l’utilisation juste à temps de chacun pour ses propres besoins…

Il y a donc claire incompatibilité entre l’anarchisme vaguement hippie des zécolos et le technocratisme positivistes des ingénieurs EDF et du lobby nucléaire. L’énergie propre réclame moins d’État et de l’initiative à la base ; l’énergie industrielle pour faire tourner usines et TGV réclame au contraire du pouvoir central et une technocratie d’ingénieurs. Politiquement, c’est incompatible. Faire sauter le monopole EDF, c’est faire « reculer l’État », et déjà le Parti socialiste est contre, tout comme le grand méjean-luc et l’UMP comme Le Pen. Si l’on arrête le nucléaire, il faut le remplacer.

Par du gaz venu de pays non-démocratiques au détriment des « principes » ? Par du pétrole très cher, très taxé, donc réservé aux riches ? Qui parle de ces contradictions chez les zentils zécolos ? On ne peut que prendre le virage de civilisation que lentement, comme le font les pays voisins : Autriche, Danemark, Lettonie – tous pays qui n’ont pas d’électricité d’origine nucléaire et qui vivotent. Arrêter tout, tout de suite, est infantile. Et vouloir l’imposer comme une nouvelle religion est anti-démocratique. Débat oui, anathèmes, non.

Depuis toujours, les hommes savaient que le pétrole, comme toute matière présente sur la terre, aurait une fin. Ce qui vient de bouleverser les prévisions sont les essors de pays aussi gros que la Chine et l’Inde, un tiers de la population mondiale à eux deux. L’Asie sera à l’origine de la moitié de l’accroissement de la demande d’énergie mondiale d’ici 2020, pour monter à cette date à trois fois celle de l’Europe. Il y a donc compétition pour l’énergie et la meilleure façon de ne pas faire la guerre est de diversifier ses sources. Le nucléaire en fait partie.

Le pétrole n’est pas la seule forme d’énergie mais il concentre en lui tout le 20ème siècle dans ses modalités économiques, technologiques, géopolitiques et financières. « L’or noir » a établi la puissance américaine comme au siècle précédent le charbon en Angleterre et dans la Ruhr, étant présent en abondance sur son sol. Sa particularité géologique a fait se développer la prospection, l’extraction, le transport, la transformation, le stockage et la distribution de cette matière qui n’est pas uniforme et qui se décline en multiples produits, du bitume aux carburants jusqu’aux matières plastiques. Sa concentration dans certaines zones de la planète, notamment au Moyen-Orient, a engendré sa propre politique mondiale de présence, de ménagement et de puissance, probablement à l’origine de nombre de maux d’aujourd’hui (terrorisme, problème palestinien, guerre en Irak, capitalisme de prédation, néocolonialisme chinois en Afrique, révoltes arabes…). Le pétrole produit et brasse beaucoup d’argent, ce qui attire les innovateurs comme les escrocs, les entrepreneurs comme les partis politiques. L’American way of life passe aujourd’hui par la défense de la sécurité d’approvisionnement énergétique, allant jusqu’à la guerre si nécessaire. Les importations de pétrole et de gaz sont pour les États-Unis une faiblesse qui les oblige à une plus grande interdépendance alors que toute économie d’énergie reste comme « incompréhensible » à un peuple qui a pour culture celle du « toujours plus ». La situation change, « grâce » à la crise financière puis économique, mais lentement. Les gros pick-up General Motors laissent place à des cylindrées moins gourmandes et le fameux Hummer dévoreur de carburant est vendu… aux Chinois.

L’offre est limitée car la planète elle-même est limitée. Nous ne voyons pas encore venir des énergies de substitution aussi souples que celle du pétrole. Les énergies alternatives sont aujourd’hui à développer mais seul le nucléaire est au point. Il ne produit que de l’électricité et de l’eau chaude avec lesquelles il est difficile de faire rouler des autos sauf à revenir à la « Bête humaine » du vieux Zola. Et se pose toujours la question du retraitement ou de l’enfouissement des déchets, dangereux et à durée de vie très longue. Il est probable que le 21ème siècle économique se focalisera sur le trio énergie-environnement-développement. Conserver un bouquet d’énergies le plus diversifié possible et varier ses sources d’approvisionnement seront les stratégies économiques intelligentes à mettre en œuvre. Mais « diversifié » veut dire aucun oukase !

Le « pic » du pétrole, ce moment où l’augmentation des réserves ne permettra plus de compenser l’augmentation de la consommation, est prévu pour notre génération, soit entre 2007 et 2034. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura plus de pétrole à ces dates mais que nous puiserons désormais dans un stock qui ira en s’amenuisant. Notre génération ne verra pas la fin du pétrole, seulement son épuisement. Mais déterminer quelles sont les réserves de la planète n’est pas un exercice facile. Il faut distinguer entre les réserves prouvées, les probables et les possibles. Or ces chiffres sont à la fois géologiques, technologiques et politiques !

  • La prospection se poursuit et l’offshore profond offre encore des perspectives, tout comme la Sibérie des grands froids, pour découvrir de nouvelles poches d’hydrocarbures.
  • Sur les gisements connus, l’exploitation des schistes bitumineux devient possible et l’injection d’eau ou de gaz dans les poches géologiques permet une récupération plus importante du pétrole présent. C’est ainsi que le gisement texan de Means Fields n’avait pour réserves probables que 180 millions de barils en 1982 ; par injection de gaz, il en projette aujourd’hui près de 260 millions. La technologie permet d’augmenter la récupération.
  • Hors des États-Unis, et singulièrement dans les États arabes les mieux dotés, la politique de déclaration des réserves permet d’obtenir de l’OPEP des quotes-parts d’exportation. La sous-estimation à visée interne (Arabie Saoudite) ou la surestimation à visée externe (Algérie, Venezuela), deviennent donc des instruments de manipulation de la vérité.

La situation actuelle est donc la suivante : la production hors OPEP plafonne, la plupart des champs OPEP exploités sont déjà à maturité et peu de capacités moyen-orientales supplémentaires n’apparaissent possibles avant que l’Arabie Saoudite investisse et que l’Irak sorte de la guerre. Les réserves offshore du Brésil sont prometteuses mais loin des côtes et à grande profondeur, exigeant des investissements élevés, des mesures de sécurité lourdes pour les plateformes et bien des années avant de produire. Les capacités d’aujourd’hui tournent à plein et il suffit de quelques impondérables (l’arrêt de production de plateformes dans le golfe du Mexique pour cause d’ouragan ou d’accident, la guerre civile libyenne, l’arrêt de réacteurs nucléaires au Japon) pour déséquilibrer immédiatement offre et demande et pousser brutalement les prix vers le haut. Le seul moyen pour rendre plus stable cette variation de coûts est de disposer d’électricité hors pétrole : hydroélectrique, géothermique, éolienne, solaire – mais aussi nucléaire.

Le premier utilisateur de pétrole est aujourd’hui le transport (50% des usages), dont le transport routier compte pour 80%. Une écologie intelligente devrait se focaliser sur ce dernier sujet, crucial pour la planète comme sur notre mode de vie. Donc résoudre avant tout la contradiction de son discours axé sur le « ni CO², ni nucléaire ». Et ne pas laisser planer un silence assourdissant lors des grèves sporadiques des cheminots, dockers et autres « services publics » qui obligent les travailleurs à prendre leur bagnole !

Sur une génération, nous aurons ou le CO², ou le nucléaire, et probablement un mélange des deux. Amorcer un changement de conditions de vie, c’est privilégier les transports en commun, le chauffage collectif, l’énergie peu génératrice de CO². Sans faire l’apologie du seul nucléaire, considérée comme une énergie de transition avant que la technologie ne permette de s’en affranchir, je ne vois pas comment nous pourrons nous en passer. Cela ne signifie pas qu’il ne faut rien mettre en œuvre dans la construction, l’isolation, la moindre consommation et la réglementation. Mais, à dire « non » à tout, on se décrédibilise toujours.

Ce pourquoi les zécolos sont des zozos qui croient faire de la « politique » en agitant les peurs millénaristes. La politique, c’est tenir compte des réalités et du temps long. Tenir compte aussi des mouvements sociaux et de ce qu’ils peuvent avoir d’égoïstes pour la planète. Le dire, mettre à plat, négocier. Une social-écologie qui tienne la dialectique de la technique, des risques et de la démocratie, comme le dit le livre prometteur d’Eloi Laurent, à paraître bientôt sur le sujet. C’est bien plus intelligent que les discours de la Dufflot.   Vouloir tout, tout de suite est infantile et faire peur est fascisant (« sadique-anal » disait Freud de cet état autour de l’âge de deux ans). L’écologie politique aujourd’hui en France n’a rien à voir avec l’écologie scientifique : c’est une croyance, une nouvelle religion avec ses frères prêcheurs et ses prédicateurs de catastrophe, ses curés en mission et son inquisition. Écrasez l’infâme !

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Le Clézio, Printemps et autres saisons

Note citée par Wikipedia en anglais

Ces cinq nouvelles sont dédiées aux filles ; ‘Mondo’, autre recueil de nouvelles, sera dédié aux garçons. Là encore, tous les thèmes chers à Le Clézio se retrouvent. Avec pour privilège ce moment intense de l’existence qu’est la puberté. A cet âge, variable selon les tempéraments les lieux et les époques, tout est sensations, passion et vérité. Les êtres y sont (pour Le Clézio) « vrais ». Ce serait la civilisation, la modernité technique, bourgeoise et affairiste, qui détruirait cette lumière (Le Clézio suit Rousseau). Elle contraint les sens à s’affadir par convenances, elle manipule les passions au service des intérêts, elle rend impossible la vérité entre les êtres. Ce n’est pas faux, mais la civilisation « élève » ; Le Clézio préfère les êtres en leur sauvagerie native – question de goût.

Toutes les filles de Le Clézio viennent d’ailleurs, sans doute parce que « l’ailleurs » lui apparaît plus « vrai » que l’ici français. Saba est marocaine, une autre est bohémienne, Zoubida arabe, Zinna juive d’Afrique du Nord et Gaby est créole. La venue en France, portée par le rêve ou forcée par le destin, est définitivement un exil ; l’oiseau se voit couper les ailes. Ce qui lui reste de liberté et de lumière attire les autres, comme la lampe le phalène, ce pourquoi aucune de ces filles ne manquent d’amoureux. Mais ce sont des amours impossibles, comme tout métissage l’est, chez Le Clézio. L’oiseau n’a plus le goût de chanter, la fleur s’étiole, la bête sauvage se prostitue lorsqu’elle est mise en cage.

‘Printemps’ évoque Saba et son adolescence de fille nulle part chez elle, née Berbère au Maroc, de père parti et de mère trop jeune qui l’a « vendue » à un couple de Blancs qui s’exilent à Marseille au moment des indépendances. Plus de racines, pas d’avenir, personne ne l’aime – c’est la solitude absolue, typique de l’adolescence, que Le Clézio pousse à son paroxysme. Restent les hasards de rencontres, comme dans ce livre qu’elle préfère, ‘Sans Famille’ d’Hector Malot – encore une référence leclézienne à l’évasion enfant par la littérature. Saba essaye, pourtant, de « connaître » les autres (bibliquement, dirions-nous). Lucien, très jeune boulanger de son âge lui prête sa mobylette mais se révèle impuissant ; Green, journaliste free-lance mais marié et papa d’un petit garçon ; Morgane, femme mûre et solitaire en couple, s’intéresse à elle mais par sensualité. Les autres prennent, ils ne donnent pas à Saba ce qu’elle attend – tout comme son père qui prit sa mère et s’en fut. « Tout est possible. C’est ce que je voulais, je crois, faire tout ce qui est possible. En même temps, j’avais peur, j’étais au bord du vide, comme dans un rêve. Il y a l’étendue d’ombre, on peut tomber. On peut se perdre. » p.56 Émotions brutes et langage bâclé des 15 ans.

Les trois nouvelles qui suivent la principale sont vouées à un élément du désir : le regard pour ‘Fascination’, la peau pour ‘Le temps ne passe pas’, la voix pour ‘Zinna’.

‘Fascination’ rappelle brusquement à l’adulte le garçon de 13 ans qu’il était lorsqu’il a vu, devant un soupirail de cave au pied d’un grand immeuble bientôt démoli, une petite bohémienne et sa grand-mère. La fillette avait ce regard « brûlant, fiévreux dans son visage pâle, ce regard de détresse, d’interrogation aussi, cet appel, cette annonciation » p.137 Elle était passion et vérité, sa demande au garçon restait impossible par crainte « d’être dérobé, de devenir un autre, de changer mon destin » p.141 La appelle « joie sauvage »« le pur regard, un désir » ; mais la raison l’empêche – nous sommes en civilisation…

‘Le temps ne passe pas’ porte sur l’urgence du temps qui passe. Mais on ne le voit pas lorsqu’on a la vie devant soi. Les expériences adolescentes sont éternelles, gravées pour toujours dans la mémoire, sources de souvenirs doux-amers durant le reste de son existence. C’est ce qui arrive à David devant Zoubida, enivré de sa peau : « jamais je n’avais senti une telle odeur, piquante, violente, qui me gênait au début, puis que j’aimais, que je ne pouvais plus oublier. Une odeur qui voulait dire quelque chose de sauvage, un désir, et ça faisait battre mon cœur plus fort. J’avais 16 ans ce mois-là…» p.154 Zoubida disparaît sans qu’il s’en aperçoive, « Je n’ai pas su la retenir (…) J’avais le temps, rien n’était important. » p.161 Or il l’est, ce temps d’adolescence « où chaque jour était la même journée ».

‘Zinna’, juive maigre en manteau râpé, séduit par sa voix d’opéra. Tomi, jeune voleur orphelin de 14 ans, ne la quitte plus ; son professeur de chant, bien que marié, tombe sous le charme ; Maître Orsoni, margoulin affairiste, en fait sa maîtresse pour 5 ans. Il détruit en elle son talent en la poussant vers la drogue et la futilité. Seul Tomi, grandi, lui restera fidèle. Le Clézio met toute sa puissance de haine et de mépris dans ce rôle d’Orsoni : « son visage jaune, ses cheveux coupés en brosse, cet air de bonté apaisée que montrent parfois les fripouilles et les politiciens parvenus au sommet de leur carrière, et qui n’ont plus rien à désirer que le reflet d’honorabilité que leur font miroiter les journalistes. » p.187

‘La saison des pluies’ est une autre histoire d’exil, de liberté détruite par le monde civilisé. Gaby la créole est toute lumière et jeunesse, « pour elle la vie était une fête, une promesse » p.210. Elle quitte son île exotique où un Cafre, Ti Coco, est amoureux d’elle depuis l’âge de 12 ans, pour aller en France y séduire un fils d’industriel. Il lui fait un bébé mais disparaît dans la débâcle de 1940, la laissant seule, exilée de tout. Combien sont démunis ceux qui, comme Gaby « jugent de tout avec [leur] cœur » p.220. D’où sa perpétuelle « ivresse du mouvement », d’où « cette cruauté inconsciente des filles trop belles » qui suscite de la jalousie. La vérité fait toujours mal et la civilisation bourgeoise a horreur de la vérité, préférant l’artifice, le faux-semblant. Gaby est un exemple de plus de cette définitive incompatibilité des héros lecléziens avec cette civilisation là.

Le Clézio, un écrivain pour émois de Seconde ?

Jean Marie Gustave Le Clézio, Printemps et autres saisons , 1989, Folio, 249 pages

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