Voyages

Yukio Mishima, L’école de la chair

yukio mishima l ecole de la chair

Mishima poursuit sa quête des personnages d’énergie, ici une femme mûre et un jeune homme. Tous deux sont des « aristocrates » au sens premier (aristos = le meilleur), des gens hors du commun, dont la vitalité impose la puissance. Taéko est patronne d’un magasin de haute couture à Tokyo ; divorcée, elle est indépendante, comme ses deux amies Nobuko et Suzuko, les « beautés toshima » (toshima veut dire femme mûre en japonais, dit-on p.23). Senkitchi, « le petit Sen », est un étudiant de 20 ans fauché qui a trouvé un petit boulot dans un bar gai et use de sa beauté virile pour se vendre aux riches et aux étrangers. Taéko et Senkitchi sont ces deux silex qui vont se heurter et faire des étincelles.

Ce roman résolument contemporain, citadin moderne (on y rencontre même Yves Saint-Laurent venu présenter sa collection à Tokyo), explore la psychologie d’exception des « vrais » êtres. A l’antique Yukio Mishima mesure la puissance d’une personne à sa force vitale. Pour lui, la tradition du bushido, la voie des guerriers, est la seule qui puisse susciter sans cesse une aristocratie authentique. Les descendants de samouraïs de son temps ne sont le plus souvent que des bourgeois qui ne gardent de la tradition que le vernis éduqué. Mais à l’intérieur d’eux-mêmes, ils sont vains. Alors que dans le peuple, y compris chez les ex-épouses soumises, se révèlent ceux et celles qui sortent du lot et se forgent un destin. Ils sont les Véridiques (grecs), une force qui va (Victor Hugo), créateurs de leurs propres valeurs (Nietzsche). Qu’on ne s’y trompe pas : Mishima n’est pas conservateur mais révolutionnaire ; il n’est pas « réactionnaire » mais élitiste.

Il le montre ici avec brio. « Les jeunes Japonais ont une grâce beaucoup plus sauvage que ce genre d’Occidentaux. Une souplesse animale, une élasticité, une beauté dépouillée de toute expression » dit Taéko p.17. Le lecteur qui n’est jamais allé au Japon pourra utilement comparer la sculpture grecque et la sculpture romaine : il y verra la même différence de grâce et de souplesse, les corps grecs, masculins comme féminins, étant plus « légers », animaux, sauvagement surnaturels – ainsi que sont les dieux – tandis que les Romains ont l’air de paysans ou de matrones exposant leur lourdeur. Autant dire que lorsque Tako rencontre Senkitchi, elle en tombe amoureuse.

Le garçon se livre aux hommes, mais n’est pas attiré par eux ; il jouit de leurs caresses et en donne, mais par pur plaisir animal, sans y mettre rien de son âme. Ce pourquoi il est surpris par l’amour : celui d’une femme qui pourrait être sa mère et qui le « rachète » au double sens du mot : à son patron de bar, puis à ses yeux en lui rendant sa dignité ; celui d’une fille de son âge, de bonne famille, qu’il espère conquérir puisque lui sort de rien. Mais son énergie parle pour lui : il est sincère, il est viril, il attire. Mishima n’est pas misogyne, même s’il préfère les garçons ; il reconnaît en chacun l’énergie qui l’habite, la passion, la volonté, la grâce. « Pour un homme, pour une femme, la virilité, la féminité, expression charnelle des êtres humains, dépendent de la sexualité globale qui rayonne de leur chair et doit naître de l’éclat de la personnalité tout entière. Cela n’a rien à voir avec cette virilité de fanfaron fondée sur un fonctionnalisme étroit. Vivre, exister d’une existence pleine et entière, cela suffit à un homme vraiment homme dans toute sa chair » p.111.

Mishima oppose ce garçon irradiant la force virile aux époux brusques et frustrés, aux noceurs élégants mais vides, aux jeunes gais avides de passes rapides et sans cesse attirés comme des papillons par de nouveaux corps. Son futur beau-père, Monsieur Muromatchi est de sa trempe, comme le travesti Téruko et le politicien Otowa. Ces êtres ont, comme Senkitchi, la philosophie de leur instinct ; ils réussissent parce qu’ils ne superposent pas l’émotion « romantique » à ce qu’ils sont, les guirlandes de l’hypocrisie sociale à leur force qui va.

Taéko est amère quand elle le comprend, mais elle est une femme et ne saurait tromper sa solitude sans mettre de l’émotion. Elle agit cependant avec une grandeur à la Cinna : au lieu de jeter cet amant magnifique, qui l’a comblée physiquement au-delà de tous ses vœux, elle l’adopte. Comme chez les Romains, c’est le nom qui compte et non pas le sang. Senkitchi adopté, paré enfin de ce prestige social exigé de la société japonaise, pourra réussir sa vie, c’est-à-dire épouser la fille Muromatchi. Il n’en est pas vraiment amoureux, mais elle si ; et lui la découvre emplie de volonté.

Nous sommes dans l’universel et en plein Japon. Entre anciennes élites et nouveaux parvenus, les êtres se cherchent et s’imposent. Mishima nous en rend compte avec maestria.

Yukio Mishima, L’école de la chair (Nikutai no gakko), 1963, traduit du japonais par Yves-Marie et Brigitte Allioux, Folio 1995, 289 pages, €7.32

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Menu de Noël à Tahiti

Quelques recettes de Tahiti-iti pour vous permettre de fêter Noël ; recettes prévues pour 8 personnes (sauf le veau).

Saladrus : (« salade russe » en local)

Ingrédients : pommes de terre 1 kg ; carottes 1 botte ou une boite de 1/2 ; 2 betteraves rouges ou une boite de 1/2 ; maïs 1 boite ; ail ; oignon ; mayonnaise ¼ litre ; vinaigre 1 c. à soupe ; sel, poivre.

  • Cuire les pommes de terre avec la peau dans de l’eau salée environ 20 minutes. Pendant ce temps, faire la mayonnaise et la tenir au frais.
  • Égoutter les carottes, les betteraves, le maïs en boite.
  • Quand les pommes de terre sont cuites, les éplucher et les couper en dés.
  • Éplucher et hacher l’ail et oignon.

Mélanger tous les légumes. Assaisonner. Ajouter la cuillère de vinaigre, l’ail et l’oignon ; ajouter la mayonnaise.

Remarque : Le Polynésien sert ce plat tiède ou froid, souvent comme légume accompagnant le poulet rôti ou le veau à la broche – ou en entrée.

veau a la broche

Veau a la broche :

Cette recette évidemment ne sera pas pour 8 personnes. En Polynésie lorsqu’une réunion de famille ou d’amis est organisée, c’est souvent autour d’un veau à la broche et de haricots. Ingrédients pour 20 ou 25 personnes (eh oui, on est nombreux aux fêtes à Tahiti) : veau, un entier de 15 à 20 kg ; charbon de bois 4 sacs ; petit bois sec, 1 fagot pour allumer le feu.

Attacher le veau solidement sur la broche ; préparer le foyer ; mettre à cuire le veau au-dessus d’une braise régulière en arrosant avec la préparation ; saler, poivrer ; cette opération demande 3 heures à 3h30.

Sauce pour arroser le veau : éplucher 300 g d’ail et le hacher finement ; mélanger avec le ½ l de sauce soja, 50 g d’herbes et 2 litres d’huile. Avec un pinceau ou un torchon attaché au bout d’un bâton, arroser régulièrement le veau pendant la cuisson.

Ingrédients : haricots blancs 1 kg ; oignons 2 gros ; ail 1 tête ; 1 couenne de porc de 150 à 200 g ; 1 bouquet garni. Assaisonnement : sel, poivre du moulin, clous de girofle.

Les haricots : la veille, mettre les haricots à tremper ; pendant que le veau cuit, mettre les haricots à cuire avec les oignons piqués de clous de girofle, 1 bouquet garni, 1 couenne de porc ; ne pas saler en début de cuisson ; cuisson environ 2 heures.

Sauce pour accompagner le veau : cuire 2 boîtes 4/4 de tomates concassées, une tête d’ail et un gros oignon émincé ; ajouter 20 cl de sauce soja et 20 cl d’eau ; laisser cuire 10 minutes ; passer au moulin à légumes.

Si vous n’avez pas assez de convives ou de jardin pour la broche… Rien n’est perdu ! Ceux qui font souvent ce plat ont des fumoirs, grande lessiveuse qui permet de griller et fumer en même temps. Bien sûr il faut au moins un jardin, je vois mal une telle installation sur un balcon ou le rebord d’une fenêtre. Mais il existe une autre solution : découper la bête avant de la mettre au four de ville. J’apprends qu’en France, à Paris surtout, il est conseillé, voire imposé de respecter l’environnement, donc pas de barbecue dans les cheminées parisiennes ! [Pire : « A partir du 1er janvier 2015, la combustion du bois sera strictement interdite à Paris (arrêté inter-préfectoral n°2013 084 0002 en date du 25 mars 2013) »]

Alors, découpez le veau, rôtissez le « baron » de veau dans le four de la gazinière, versez régulièrement la sauce sur le veau, retournez à mi-cuisson le baron et enduisez de sauce. Cela devrait être « votre veau à la broche à la tahitienne importé ».

[Ou n’achetez qu’un morceau de veau à rôtir comme la noix, la sous-noix, le quasi (ou cul de veau), le carré de côtes ou l’épaule. Conseils : pas de four trop chaud et arrosez souvent, la viande sèche vite. Le four à 180° maxi – 30 mn par livre ; si vous voulez une cuisson douce, essayez 150° et augmentez le temps de 20% / Argoul]

ASSIETTE DU PETIT DEJEUNER

Coupe de fruits frais au lait de coco :

Ingrédients : ananas 1 pièce ; bananes 6 mûres ; papaye 1 pièce ; oranges 2 pièces ; mangues mûres 2 pièces ; pastèque 1 belle tranche ; caramboles 2 pièces ; melon 1 pièce-portion ; sucre 100 g ; citrons verts 5 pièces pour le jus ; ½ litre de lait de coco.

  • Éplucher l’ananas, enlever les yeux et coupez-les en petits dés. Si c’est la saison des ananas, choisir des petits et coupez-les en deux dans le sens de la longueur en gardant les feuilles. Après les avoir évidés, ils serviront de coupe naturelle pour servir la salade de fruits.
  • Enlever la peau des bananes et coupez-les en rondelles régulières. Arrosez-les d’un jus de citron.
  • Éplucher la papaye, enlever les graines à l’intérieur et coupez-la en petits dés réguliers.
  • Bien éplucher les oranges à vif, puis séparer les quartiers sans laisser de peau blanche.
  • Éplucher les mangues, enlever le noyau central et coupez-les aussi en dés.
  • Enlever les graines noires de la pastèque et couper la tranche en dés.
  • Éplucher le melon, enlever les graines, coupez-le en dés.
  • Après avoir bien lavé les caramboles, les couper en petits dés.

Bien mélanger tous les fruits. Les saupoudrer du sucre semoule. Ajouter le jus des citrons. Laisser la salade de fruits au frais.

On peut ajouter au dernier moment le lait de coco ; mais il ne faudra pas servir glacé  afin d’éviter le givrage du lait de coco.

Pour la fête du nouvel an, d’autres recettes. Bonnes fêtes et bon appétit !

Hiata de Tahiti

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Nouvelles de Paris

L’hiver s’installe et les poubelles changent. Le nouveau style Delanoë tentaculaire laisse passer le vent des bombes sans (trop ?) violenter les passants. Toutes les rues n’en sont pas encore pourvues, mais ici le lycée Fénelon cher aux amours matznéviennes. C’est mieux que le sac plastique vert éventré par les corneilles.

poubelles delanoe paris 2013

Mais le style Delanoë, c’était aussi ce lego en bois établi en face de Notre-Dame pour l’anniversaire des 850 ans. La chose était d’une laideur UIFM, ce genre de constructions bricolées pour instruire le primaire. Le « projet pédagogique » municipal face à la cathédrale était d’avoir une « meilleure vue » sur la façade nettoyée… La structure est en train d’être démontée mais Notre-Dame paraît en cage tant les détritus se sont accumulés. Et, cette année, le sapin de Noël est « minable », mot qu’on affectionne dans les hautes sphères de l’État socialiste, paraît-il.

notre dame en cage

Les Gaulois survivent, mais à l’hôtel de la Monnaie, où Astérix délivre sa potion magique du « tout va bien » en monnaies d’or et d’argent !

asterix sur hotel de la monnaie

C’est sous la préfecture de police que les archéologues de l’INRAP ont découvert des sépultures médiévales sous le cloître Saint-Eloi et des constructions sur poteaux datant de la conquête romaine.

fouilles archeologiques prefecture de police paris

L’Hôtel Dieu est en crève, c’est de saison, les longs séjours étant décentralisés ailleurs. La peur du changement, toujours. Même s’il est dit que Dieu est éternel, son hôtel ne l’est pas, bien vétuste pour l’excellence qu’on réclame à la médecine.

hotel dieu en creve paris

Quant à la Samaritaine, paquebot du luxe au cœur de Paris, sa destruction a enfin commencé.

samaritaine en destruction

En revanche, la passerelle des Arts face au Louvre et le pont de l’Archevêché derrière Notre-Dame se chargent de cadenas tous plus lourds les uns que les autres. La place manque, on surcharge. Tout ce cirque pour « se dire son amour indéfectible » en jetant la clé dans la Seine – sans préjudice de la séparation dans quelques mois ou du divorce dans quelques années. Les modes mondialisées paraissent encore plus bêtes que les modes locales : elles sont plus lentes à monter et plus bébêtes encore car chaque peuple y met ce qu’il croit, dans un grand n’importe quoi naïf et sentimental à pleurer.

cadenas paris passerelle des arts et pont de l archeveche

Les touristes – comme les Français – peuvent voir enfin Voltaire dévoilé depuis quelques mois dans la cour du Louvre ! Il était resté sous filet de camouflage depuis 2006. Curieusement, cela correspondait à la suit des émeutes de banlieue en 2005, où l’islam s’était fait agressif. Comme le bonhomme Voltaire s’était fendu d’un Fanatisme ou Mahomet vengeur pour ridiculiser le cléricalisme (alors catholique et royal), tout bon Parisien ne pouvait que soupçonner la peur panique de l’État et de la Ville à « provoquer » le musulman. Selon les cinq rapports sur l’intégration récemment publiés, ne devrait-on pas mettre à bas Voltaire pour ériger à sa place Tamerlan ou Ahmad ibn Hanbal ?

voltaire enfin devoile au louvre

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Tête de nœud à Tahiti

Voilà qu’une résolution votée en Europe sonne la colère des associations religieuses et culturelles : la circoncision, mutilation génitale ou rite culturel assumé ? Après le mariage pour tous ! En fait la pratique de la circoncision (piritome) n’existait pas dans la tradition polynésienne mais la supercision (tehe) oui. L’église catholique de Polynésie « n’a pas d’avis sur le sujet de la circoncision ». Le président de l’église protestante ma’ohi déclare : « Une interdiction serait une atteinte aux droits des peuples de vivre culturellement selon leur tradition ». Le docteur Gérard Garnier, médecin et thérapeute familial, auteur du livre Te piritome ma’ohi déclare : « Cela touche à l’identité d’un peuple ». Le professeur Patrice Houdelette, chirurgien urologue dit : « C’est une mutilation génitale comme l’excision chez les filles. Ici, c’est fait vers 10-12 ans, chez les Juifs en néonatal et chez les Arabes vers 8 ans ». Encore un sujet de discussion !

Et P’tit Louis : « T’en penses quoi, de la circoncision ? – Ça dépend, si par exemple tu me présentes une tête de nœud, alors là, je suis pour ! »

circoncision

A l’heure où les maires de France marient deux personnes de même sexe, ici on se trouve face au Pacs, quoi faire ? Les têtes bien faites ou responsables se sont penchées sur la question. Une conférence-débat a été tenue dans les murs de l’Assemblée à laquelle ont participé de nombreuses personnalités des mondes politique, social et religieux. Le sujet était « La Polynésie face à la question du Pacte civil de solidarité ». Deux intervenantes : Irène Théry, enseignante, agrégée de lettres, chercheur et Véronique Margron, sœur dominicaine, docteur en théologie, professeur, ont animé cette conférence avant de débattre avec le public et certainement de clarifier ce qu’est le Pacs et de balayer les idées reçues.

Ainsi le Père Christophe, vicaire de la cathédrale de Papeete constate que les résidents polynésiens ne peuvent pas se pacser sur le territoire tandis que pour les personnes pacsées en métropole, leur Pacs est reconnu ici ! John Doom, responsable d’église, membre de l’Académie tahitienne déclare « Un couple est constitué de deux personnes de sexe différents. On ne dit pas un couple de lunettes ou un couple de chaussures. On dit une paire de lunettes ou une paire de chaussures. Il faut expliquer aux Polynésiens que le mariage veut dire procréation et qu’un couple, ce n’est pas deux hommes ou deux femmes. Dans ce cas, c’est une paire d’hommes ou une paire de femmes ». Et le maire de Mahina, Patrice Jamet, « Il est important d’informer les élus sur les réalités du Pacs et ses implications ».

L’actu vue par P’tit Louis [dans La Dépêche de Tahiti] fait dire au Maigre à chapeau « Au sujet du Pacs Doom a dit « On ne dit pas un couple, mais une paire, » concernant les homosexuels ! Et le Gros de répliquer « Dans ce cas on devrait alors dire deux paires ! »

mosquee de tahiti

Ouverture à Papeete du premier lieu de culte musulman. Le jeune imam du Centre islamique de Tahiti déclarait « Il ne reste plus un seul endroit au monde où l’on ne trouve pas une mosquée. Pourquoi pas ici ? ». Depuis lors le Centre qui se trouvait être dans un immeuble de bureau n’a pu apporter les certificats demandés par la mairie – il est fermé.

footeux de tikitoa

L’Ordre de Tahiti Nui revient au goût du jour. C’est quoi ? « La Légion d’honneur de la Polynésie française ». Le Président Flosse a élevé les Tiki Toa (les membres de l’équipe de Beach Soccer qui avaient terminé quatrièmes du tournoi) au rang de « chevaliers ». La distinction récompense « les mérites distingués acquis soit dans une fonction publique, soit dans l’exercice d’une activité privée ».

Hiata de Tahiti

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Abomey du Dahomey au Bénin

La route est longue vers Abomey, les paysages défilent. Enfin Abomey, capitale historique du Dahomey fondée en 1625 selon la tradition. Un royaume militaire, très organisé, qui grâce au trafic d’armes et d’esclaves s’étendit vers la zone côtière et conquit le royaume d’Allada. Entre 1625 et 1900, douze rois se succédèrent à la tête du puissant royaume. Chacun des palais était construit à l’intérieur d’un enclos fait de murs de pisé et l’ensemble du site couvre une superficie de 47 hectares. Les palais royaux d’Abomey demeurent un haut lieu de l’histoire et de la culture du Bénin. Les collections sont constituées essentiellement par des sièges royaux, des bas-reliefs, des statuettes et des objets cultuels vaudous.

TOGO BENIN GANVIE

Nous sommes en barque, allant à Ganvié. Le village lacustre du sud du Bénin est situé sur le lac Nokoue, au nord de Cotonou. La « Venise de l’Afrique » regroupe plusieurs milliers de cases en bois, construites sur pilotis, abritant environ 30 000 habitants qui vivent essentiellement de la pêche, mais de plus en plus du tourisme. C’est la plus importante cité lacustre d’Afrique de l’Ouest.

TOGO BENIN GANVIE

Au 18e siècle, les populations de la région tentaient d’échapper aux razzias esclavagistes et seraient  venues se réfugier dans les marécages du lac. Les populations ne cessent de croître, les cases sur pilotis s’avancent toujours plus avant dans le lac. Bien sûr les conditions hygiéniques sont déplorables. Bien sûr l’alimentation en eau potable n’existe que sur deux bornes fontaines. Les habitants doivent s’y rendre en pirogue pour remplir leurs bidons. L’eau du lac est saumâtre puisque le lac communique avec la mer. Les eaux usées, les excréments du bétail se retrouvent dans le lac, profond de 2 m environ. Les rayons ultra-violets sont chargés de la désinfection. L’eau du lac n’est pas trop polluée dit-on… ce qui permet la pêche et la pisciculture. Mais pour le moment pas de pollution industrielle.

TOGO BENIN GANVIE

Les tempêtes détruisent parfois quelques centaines de maisons ! Pendant les crues de la saison des pluies, soit environ 4 mois, l’eau arrive au niveau des pilotis. Le bétail doit alors être extrait des îlets semi-lacustres et partager le niveau des habitants. Il n’y a pas ou peu d’alimentation électrique. Certains nantis qui ont fait fortune à l’étranger disposent de groupes électrogènes et d’autres de panneaux photovoltaïques.

TOGO BENIN GANVIE

Durant six mois les pêcheurs entretiennent leur pâturage aquatique ceint de fascines qu’ils possèdent sur le lac, ils peuvent ensuite procéder à la récolte,  qui servira à nourrir la famille et à la vente. Les Tofinu ou hommes de l’eau ont développé cette technique « acadja » de pisciculture dans cette vaste zone lagunaire. Ganvié devient le site touristique le plus visité dans cette sous-région ouest africaine.

C‘est sur cette note colorée que s’est terminé notre voyage Togo-Bénin.

Hiata de Tahiti.

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Les lions de la Pendjari

TOGO BENIN PARC DE LA PENDJARI

Le Parc national de la Pendjari est compris dans une réserve de biosphère au nord-ouest du Bénin, à la frontière du Burkina Faso. L’emblème du Parc de la Pendjari est le guépard. Nous y verrons des lions, des lycaons, des hippopotames, des cobes, des phacochères, des bubales, des buffles, des singes. Les autres animaux du Parc de la Pendjari sont l’hyène, le chacal, le léopard, l’éléphant d’Afrique, le damalisque ou topi, l’hippotragus ou antilope chevaline, le cobe de Buffon, le cobe Défassa ou water Buck ou antilope sing-sing.

Notre arrivée dans « l’hôtel de la Pendjari » était remarquable. Les cases avaient été sommairement rénovées tandis que l’hôtel avait été pillé par « ceux qui faisaient la guerre ». Ils avaient emporté leur butin guerrier : les lavabos, les WC, les placards, les portes, les fenêtres, etc. Le gardien nous a averti que peut-être, demain matin, nous ne pourrions pas sortir de notre case car «  la dernière fois où des touristes étaient venus, ces messieurs lions et dames lionnes s’étaient reposé de leur chasse nocturne devant les portes jusqu’à midi ». Repus, ils avaient eu besoin de digérer ! Bon, nous étions prévenus.

Il faisait 50° dans nos cases et la prudence nous obligeait de garder la porte fermée. Sitôt réveillée, M me demandait si j’avais entendu les lions et si elle pouvait tenter une sortie. A tes risques et périls, M ! La matinée avançait, aucun bruit, enfin le gardien est venu frapper à chaque porte en annonçant « les lions ne sont pas venus », vous pouvez sortir ! Merci Roi des animaux. Le petit déjeuner fut vite expédié, les valises chargées et notre départ organisé rapidement. Nous aperçûmes lions et lionnes à une courte distance de nos cases, repus et vautrés dans l’herbe. Ils n’ont pas même levé la tête pour nous saluer !

TOGO BENIN

Les chutes de Kota et Tanougou, à 15 km de Natitingou, nous offrirent un peu de fraîcheur dans un décor somptueux, après cette nuit d’angoisse… La grande chute de Kota est haute de 20 m avec un débit de 1,5m3/seconde. La chute de Tanougou est située dans le village qui porte son nom, elle se précipite d’une hauteur de 15 m, son débit est de 1,5 m3/seconde. C’est la cascade la plus célèbre de l’Atacora, peut-être même du Bénin. Elle se jette dans une piscine naturelle. Cette cascade demeure l’un des grands lieux du culte rendu aux divinités de cette localité  et demeure une retenue d’eau. Il est permis d’y nager.

TOGO BENIN LAC NOKOUE

Nous allons entreprendre la descente du Bénin vers Abomey et Ganvié. Les paysages sont variés. Les barrages de police toujours aussi nombreux. Nous avons découvert parmi nous un ancien para qui exhibe fièrement son tatouage où figure son numéro matricule de parachutiste et qui permet l’ouverture rapide des barrières, même après les horaires « variables »,  avec les félicitations et le salut des militaires en faction. M : « Au moins cela nous sert car pour le reste, pas terrible le bonhomme ».

Hiata de Tahiti

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Passage au Bénin

Le Bénin, ou République du Bénin, est un pays d’Afrique occidentale, de 112 622 km2 et de près de 10 millions d’habitants. Sa plus grande longueur est de 670 km du fleuve Niger au nord, à la côte atlantique au sud. A l’ouest le Togo, à l’est le Nigéria, au nord le Niger et le Burkina Faso sont ses voisins. Il fut surnommé un temps le « Quartier latin de l’Afrique ». La capitale politique est Porto-Novo, mais Cotonou la capitale économique. Le pays a une forme étirée entre le fleuve Niger au nord et la plaine côtière au Sud, le relief est peu accidenté, le point culminant étant le mont Sagboroa à 658 m.

TOGO BENIN

A partir du 15è siècle, les royaumes apparaissent, trois grandes aires culturelles : Bariba au Nord, Yoruba à l’Est et Aja-Ewe au Sud. Guerre de succession entre les héritiers d’Allada vers 1620, création de deux royaumes, au Sud-est le Hoogbonu dans la future Porto-Novo et le Dahomey avec Abomey. Suivent une série de conquêtes où le roi du Dahomey s’empare des autres royaumes ; le royaume dispose d’une large ouverture sur la mer, échange commercialement avec les Portugais et les Néerlandais. La société est complexe et raffinée, efficace mais sanglante. Le roi Hwegbaja a un contingent de femmes amazones, anciennes chasseresses d’éléphants. Il y a beaucoup de monde le long de la « côte des Esclaves », des Néerlandais, Portugais, Danois, Anglais, Français. Les villes prospèrent grâce au commerce. Suit alors la colonisation. Le roi Béhanzin vous dit-il quelque chose ? Défiant l’armée française, il finit capturé en 1894, déporté en Martinique.  Le pays accède à l’indépendance le 1er août 1960. Ce n’était qu’un court résumé de l’histoire du Bénin. Il existe des sources de renseignements pour tous ceux qui désirent en savoir plus.

TOGO BENIN

De Djougou, troisième centre commercial du pays, ancienne escale de la route du sel et de la noix de cola, nous filerons sur Natitingou avant d’atteindre le Parc national de la Pendjari. Au nord de la ville, dans une végétation luxuriante, les villages Taneka, à flanc de montagne dévoilent une architecture spécifique. Ce sont des cases rondes en banco, serrées les unes contre les autres, avec des toits de chaume surmontés de jarres en terre cuite, les canaris. Taneka signifie fier, valeureux. Ces guerriers ont installé leur village sur les hauteurs afin de se protéger de l’invasion des ennemis à cheval. La tradition est gardée par la famille royale.

En février, les toitures sont réparées, les Taneka retrouvent le chemin de leur village. La circoncision est pratiquée sur les jeunes gens de 18 ans. Une cérémonie de flagellation oppose les jeunes entre eux. Ils se fouettent mutuellement – et attention à ne pas montrer des signes de faiblesse malgré la brutalité des coups !

TOGO BENIN

Natitingou est une commune implantée dans une vallée au pied de la chaîne de l’Atakora qui culmine à 641 m d’altitude. On y cultive sorgho, maïs, igname, coton ; on y fabrique du tchoucoutou (bière de mil). A la vôtre, santé !

Hiata de Tahiti

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Tout Tahiti vient de la mer… même les vahinés

La mer monte, c’est une menace réelle. Les scientifiques ont travaillé sur des hypothèses de hausse de 1 à 3 m du niveau de la mer. Entre 6% et 12%  des îles françaises sont menacées d’être totalement submergées. La Nouvelle-Calédonie abrite 30% des îles menacées, la Polynésie française également 30% et la Méditerranée 10%. Les espèces endémiques déjà répertoriées en danger seraient les plus vulnérables. La biodiversité des îles est de manière générale, particulièrement riche.

Treize ans après avoir capturé, marqué et relâché un thon obèse dans le cadre d’une expérience scientifique, ce thon a été repêché ! Le thon qui pesait 100 kilos a été capturé à 1000 km à l’est de Fidji, la marque envoyée au Secrétariat général de la Communauté du Pacifique (CPS) service de recherche halieutique à Nouméa. Selon les spécialistes, cette période de 13 ans est très proche du record enregistré à ce jour dans le cadre du programme de marquage des thonidés lancé par la CPS dans les années 1970. Les scientifiques précisent que la recapture de ce thon, âgé d’au moins 15 ans, donne de précieuses indications sur la longévité des thons obèses.

vahine 2014

Présents dans les océans depuis environ 420 millions d’années, les requins ont évolué avec le temps et sont encore aujourd’hui en haut de la chaîne alimentaire de leur élément. 465 espèces de requins dans le monde, 35 familles et 8 ordres. De nombreuses espèces sont menacées y compris en Polynésie française. Deux ordres, les squaliformes et les carcharhiniformes. Les œufs de requins sont fécondés à l’intérieur du corps de la femelle. Certains requins sont ovipares (donnant naissance à des œufs), d’autres vivipares (donnant directement naissance à des petits), d’autres encore ovovivipares (donnant naissance à des petits provenant d’œufs éclos dans l’utérus).

Les requins des lagons de Polynésie sont de nature discrète, mais curieuse ; ils semblent moins agressifs que leurs cousins pélagiques. En Polynésie, ce sont des espèces protégées. Le ma’o mauri (requin à pointe noire) est présent dans tous les lagons, il est le plus répandu. C’est le nettoyeur des lagons. La couleur de son dos varie du brun à gris et son ventre est blanc. Il mesure de 1m50 à 1m80. L’extrémité de ses nageoires et de ses ailerons est noire. Il est vivipare et peut vivre en groupe. Il est de nature timide et craintive. Il ne représente pas un danger pour l’homme. On peut le voir évoluer dans très peu d’eau.

Le mamaru (requin à pointe blanche du lagon) est très répandu dans nos archipels. C’est un nocturne, on a donc peu de chance de l’observer, il est peu craintif, moins timide que son cousin ma’o mauri ; il mesure environ de 1m60 à 2m, de couleur grise ponctuée de taches plus sombres, son ventre est blanc et la partie supérieure de sa première nageoire dorsale et de sa caudale est blanche. Il est vivipare.

Le ma’o arava (requin citron) est plus rare dans le lagon. Il est de couleur jaune, mesure plus de 3m50, a une forme massive. Pas timide, il ne recherche pas le contact, mais est craint des pêcheurs pour son mauvais caractère. Et les rencontres avec le requin-tigre se multiplient autour de Tahiti, cela devient un nouvel atout touristique. Il suffit de se balader du côté de la passe d’Arue ou de la vallée blanche de Faa’a. Il parait qu’on peut les observer en pleine journée alors les touristes sont avides de cette nouvelle offre de frissons garantis.

Ouverture de la pêche aux trocas exceptionnelle dans les Iles sous le Vent le 7 octobre. Le quota sera de 280 tonnes pour la campagne 2013. La clôture interviendra le 8 novembre. La pêche aux trocas est communautaire et doit surtout profiter aux personnes sans ressources fixes. Mais attention de ne pas pêcher tout et n’importe quoi comme il y a cinq ans. On doit donc installer des comités de surveillance afin de pallier à ces «incivilités ». Les coquilles doivent être  présentées vides de chair et propre. Le tire-bouchon «  paumotu » pour extraire la chair crue du troca a fortement intéressé les pêcheurs. Il est ainsi possible de nettoyer cinq trocas à la minute avec cet outil. Toutefois, c’est la nacre qui est recherchée dans cette pêche. Il faudra respecter la taille requise des coquilles entre 8 et 11 cm d’un troca âgé de 4 à 7 ans avec une coquille neuve et non piquée. Pour se faire il est question de réaliser des gabarits en bois avec les mesures demandées sinon… Si tout se passe bien, on pourrait envisager de renouveler cette pêche tous les trois ans.

blobfish

Le blobfisch (poisson-tache ou poisson-goutte) a été élu l’animal le plus laid du monde. C’est un poisson du Pacifique avec un visage de vieillard, aux traits déformés, qui vit entre 600 et 1200m de profondeur au large des côtes australiennes et qui menacé risque de disparaître, qui ressemble à une lotte bouffie et affublée d’un gros nez mou. Si cela vous intéresse c’est ici.

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Maisons à tourelle du Togo

On arrive dans la province de Kara dont les habitants les Kabyés sont surtout connus pour leurs cultures en terrasses dans les Monts Kabyés (Chaîne de l’Atacora). Kabyé signifie « paysan de la pierre », allusion au terrain où ils cultivent et d’où ils extraient les pierres qui leur servent à confectionner les murets des terrasses. Ils maîtrisent le feu et sont d’habiles forgerons depuis des siècles. Ils réalisent des objets de la vie quotidienne des villageois et des paysans tels houes et outils en utilisant fers et aciers de récupération comme les suspensions de camions ! Ils sont également connus pour être de valeureux lutteurs.

TOGO BENIN

Toujours plus proche de la frontière béninoise, voici Boufale, une petite ville située à environ 42 km de Kara. Le marché traditionnel se tient le lundi. L’agriculture c’est ici beaucoup de produits vivriers tels le sorgho, maïs, riz, igname, mil, patate douce, haricots ; l’élevage aussi est pratiqué : volaille, porc, caprin, bovin. Le coton est en déclin.

TOGO BENIN FORGERONS

La chaîne montagneuse de l’Atacora ou Atakora est commune au Togo, au Ghana et au Bénin. Au Togo, la chaîne se nomme les monts Togo, au Ghana les collines d’Akwapim, au Bénin l’Atacora ! Le Togo possède le point culminant au mont Agou à 986 m d’altitude. Le Bénin offre trois sommets principaux : le mont Sokbaro 658 m, le mont Tanéka 654 m et le mont Bimi. L’Atakora est considéré comme une montagne refuge. Les Somba cultivent millet, fonio, bovins, l’arachide, le tabac, le kapok sur un sol pauvre, la latérite. Le pays Somba est à cheval sur la frontière. Les habitations sont des trésors d’architectures.

TOGO BENIN TATA SOMBA

Les Tamberma ou Betamaribes ou Somba au Bénin (ceux qui façonnent la terre) appartiennent à l’aire culturelle Paragourma. Ils auraient une origine divine. Ils sont les enfants de Fawaafa, le serpent souterrain qui couverait dans un lieu secret les œufs d’où sortirent leurs premiers ancêtres. Ils se seraient réfugiés dans la zone actuelle entre le 16e et le 18e siècle pour se protéger de la domination que cherchaient à leur imposer les royaumes Mossi et autres. On raconte que les forgerons Babiatiba les auraient alors accueillis.

TOGO BENIN TATA SOMBA

Les Tamberma construisent de petits fortins à deux étages, à tourelles qui ne comportent qu’une seule ouverture, on les appelle les takienta ou tata somba ou tata temberma. Certaines ont un grenier de forme quasi sphérique qui surmonte une base cylindrique. Ils possèdent des toits plats, d’autres des toits coniques recouverts de chaume. C’est à l’origine un habitat de guerrier. Ils sont regroupés en village et comprennent des espaces cérémoniels, des sources, des rochers et certains sites réservés à l’initiation.

Le diffoni est le rite destiné aux garçons. Il a lieu tous les quatre ans. Ils sont initiés aux traditions de la tribu et font leur éducation sexuelle. Les jeunes doivent faire une retraite dans la forêt sacrée où habite le génie de la terre. Il s’agit pour les jeunes de devenir des adultes. A la fin, ils recevront les insignes de chasseur : chapeau à cornes de buffles, armes et boucles d’oreilles en cuir.

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Le dikuntiri est destiné aux jeunes filles et dure moins longtemps. A leur sortie elles reçoivent un chapeau à cornes d’antilope. Elles sont devenues des femmes et peuvent rejoindre l’habitation de leur mari.

Ces maisons à tourelles sont devenues un symbole au Togo. Les Tata Somba sont séparés d’une distance qui est celle de la portée des flèches tirées depuis leurs toits terrasse. Les tata sont flanqués sur leur seuils de petits autels. Chaque membre de la famille possède le sien et est voué au culte d’une divinité vaudou. On trouve également des crânes, des ossements, des plumes, des épis de maïs séchés accrochés aux constructions et qui reçoivent parfois des liquides sacrificiels. La porte d’entrée ou le trou rond qui en sert est toujours orienté vers l’ouest. Les Tamberma (maçons de la terre) sont environ 80 000 et sont répartis sur environ 500 km2 près des monts Atakora.

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Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer

yukio mishima le marin rejete par la mer

Ryuji est marin, seul au monde depuis que sa famille a péri, dans les bombardements ou par maladie. Il aime la mer, les tropiques, la « Grande cause » de l’aventure au loin, substitut de la voie du guerrier interdite par la défaite. Pourquoi s’entiche-t-il donc d’une veuve commerçante, Fusako, la quarantaine et mère de Noburu (prononcer Noboulu), un collégien de 13 ans ? Nul ne sait par quel caprice du destin cet albatros s’abat sur le quai de Yokohama, ses ailes de géant l’empêchant de marcher.

Car si l’amour est aveugle et si l’abstinence, cinq ans durant, rend la virilité désirable à une veuve japonaise des années 1960, le début de l’adolescence est un bouleversement. Noburu découvre un trou dans le mur de sa chambre, par lequel il épie sa mère nue et ses ébats avec le viril, musclé et velu Ryuji dont le corps semble bosselé comme une armure. Mais ce n’est pas le sexe qui le tourmente : c’est bien pire. Ce qui le hante est le vide de l’existence dans ce Japon vaincu d’après-guerre dans lequel les héros sont honteux, dans lequel les hommes virils sont devenus des « pères » socialement convenables et moralement vils. « Comme vous le savez, le monde est vide » dit p.165 un gamin de 13 ans. Ce pourquoi il espère en Ryuji, héros de la mer, second sur un cargo.

masque no jeune garcon

Noburu fraye avec une bande de son âge, très hiérarchisée, dans lequel tous sont « chefs » mais – ce qui est très japonais – classés par numéro. Noburu est le Numéro 3. Le chef Numéro 1 a les sourcils « en croissant de lune », les « lèvres très rouges » et « un air déluré » comme l’ingénu diabolique des masques nô. Il y a d’ailleurs influence de cette forme classique du théâtre samouraï dans l’œuvre de Mishima ; ce roman peut être classé dans les nôs de démon, l’adolescent se voulant impassible comme un masque et nommé par un numéro. Il est travaillé d’hormones, venin démoniaque, et exalté de happening pour s’affirmer, ce qui est le propre des démons – poussés par leur nature. Pour lui, que sa famille délaisse et ignore, la sauvagerie doit être accomplie : la loi le permet, qui ne rend pas responsable un enfant sous 14 ans dans la société permissive d’après-guerre. Il se veut froid, calculateur, sans aucun sentiment. La seule objectivité compte, bien loin de l’hypocrisie sociale et de l’émotion adulte. Tout est illusoire sauf le fait brut. La vie n’est qu’un état qu’il suffit d’éteindre pour que l’être devienne chose, un cadavre que l’on peut scientifiquement disséquer.

Ainsi fut fait d’un chat, que Numéro 1 oblige Numéro 3 à assassiner puis à ouvrir au couteau. L’objectivisme logique du gamin se heurte à l’idéal de virilité du nouveau père. Noburu est déchiré : poussé à obéir à sa bande, il n’est au fond qu’un gosse apeuré de perdre sa mère, son confort infantile et ses rêves d’héroïsme. Mais Ryuji ne fait rien pour se faire admirer, il n’a rien du héros. Élevé sur la mer, il n’a aucun bon sens sur terre et agit sans savoir, avec cette aménité qui prend le contrepied de la tradition ; il recule devant ses devoirs d’éducation, il aliène sa liberté entre les cuisses d’une femme. De marin il est devenu « père » !

Mishima lance une véritable déclaration de haine à son propre père par la bouche du chef Numéro 1 : « Les pères !… Parlons-en. Des êtres à vomir ! Ils sont le mal en personne. Ils sont chargés de tout ce qu’il y a de laid dans l’humanité. Il n’existe pas de père correct. C’est parce que le rôle de père est mauvais. Les pères stricts, les pères doux, les pères modérés, sont tous aussi mauvais les uns que les autres. Ils nous barrent la route dans l’existence en se déchargeant sur nous de leurs complexes d’infériorité, de leurs aspirations non réalisées, de leurs ressentiments, de leurs idéaux, de leurs faiblesses qu’ils n’ont jamais avouées à personne, de leurs fautes, de leurs rêves suaves et des maximes auxquelles ils n’ont jamais eu le courage de se conformer ; ceux qui sont les plus indifférents, comme mon père, ne font pas exception à la règle. Leur conscience les blesse parce qu’ils ne font jamais attention à leurs enfants et finalement ils voudraient que les enfants les comprennent » p.143.

Ce qui doit arriver arrive – sous le complexe d’Œdipe – comme au chat. L’auteur nous mène au bord, s’arrêtant juste avant l’acte. Mais chacun sait bien ce qui se passe ensuite, procédé littéraire bien plus efficace que la vulgarité d’une description.

Ce livre, qui rencontre la vie de Mishima lui-même, plus proche de sa mère que de son père autoritaire et méprisable, raconte l’ambiguïté de la prime adolescence, la passion amoureuse de la femme et la castration virile de l’aventurier. « On y trouvait rassemblés la lune et un vent fiévreux de la mer, la chair nue excitée d’un homme et d’une femme, de la sueur, du parfum, des cicatrices de la vie en mer, le souvenir confus de ports autour du monde, un petit judas où l’on ne pouvait respirer, le cœur de fer d’un jeune garçon, mais ces cartons éparpillés d’un jeu de cartes ne prophétisaient rien. L’ordre universel, enfin établi grâce au hurlement soudain de la sirène, avait révélé un cercle de vie inéluctable » p.19. Être ou ne pas être ? Vrai mâle ou douceur sociale ? Tradition ou modernité ?

Petit roman, mais gros complexe : pour Mishima, on ne saurait être à demi !

Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer (Gogo no Eiko), 1963, traduit du japonais par G. Renondeau, Folio, 1985, 183 pages, €5.70

Film The Sailor Who Fell from Grace with the Sea, 1976, de Lewis John Carlino avec Kris Kristofferson et Sarah Miles, €21.99

Opéra de Hans Werner Henze, Das verratene Meer (l’océan trahi) présenté à Berlin en 1990. Réintitulé Goko no Eiko et réécrit par Henze, conduit par Gerd Albrecht, la première a eu lieu à Salzbourg en 2005, édité par Orfeo, €45.13

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Atakpamé et Sokodé du Togo

Les veinards, dont nous sommes, prenons le train. Les valises et le chauffeur nous attendrons dans une quarantaine de kilomètres. Le train ? Non, pas un TGV, une rame de micheline, ces wagons jaune et rouge qui ont sillonné la France. Elles ont beaucoup vieillies car pas entretenues, mais elles se dandinent encore sur les rails à petite vitesse. Une micheline est un autorail léger, dont les roues sont  équipées de pneus spéciaux mis au point par la société Michelin dans les années 1930. Par extension, d’autres autorails ont ensuite été familièrement désignés par le mot « micheline ». Des michelines, adaptées pour la voie étroite seront mises en service également dans des réseaux coloniaux en Afrique, en Indochine et à Madagascar.

TOGO BENIN

Les arrêts sont folkloriques. Les vendeuses accourent et proposent de la canne à sucre, des bananes, des beignets et autres victuailles. Notre guide nous prie de nous installer tous ensemble car des voleurs prennent ce train. Effectivement, ils sont présents les larrons. Hum ! Ils nous auraient bien détroussés mais tout se passe bien, le guide dispose d’un assistant bien baraqué et armé et nous sommes ainsi efficacement encadrés. Un homme à casquette et boutons dorés se présente pour tamponner nos billets. Plus de soucis pour le guide car nous descendons, non spoliés, à destination tandis que le convoi poursuit sa lente chevauchée.

TOGO BENIN AGOUTIS

C’est un cimetière ! Les tombes sont originales, curieusement décorées, c’est notre premier contact avec les constructions des différentes ethnies ! Nous reprenons notre minibus en direction d’Atakpamé. C’est la cinquième ville du pays, la capitale de la région des plateaux. Elle est située sur la Nationale 1, l’axe principal du Togo. C’était une ville refuge. Elle est bâtie à 500 m d’altitude et offre de vastes horizons verdoyants. Une région où les forêts sont nombreuses : teks, irokos, cal cédrats, acajous, mais aussi cultures de cacao, café, coton. Ville-carrefour dont le marché se  tient tous les samedis et draine une foule venue de tous les coins de l’Akposso et de la plaine.

TOGO BENIN

Atakpamé est célèbre pour ses danses traditionnelles. La danse tchebé est une danse sur échasses dont la hauteur varie entre deux et quatre mètres ; les figures réalisées lors de cette danse classent ces échassiers parmi les plus remarquables d’Afrique. Dommage, nous aurons regagné la France car c’est fin juillet-début août lors de la fête de l’igname alors qu’ont lieu ces réjouissances. Le reste du groupe nous a rejoint et raconte ses mésaventures avec force détails. La famille est au complet, nous pouvons poursuivre notre voyage.

TOGO BENIN

Direction Sokodé. C’est la deuxième ville du pays, située au centre du Togo, à mi-chemin entre le climat tropical du bord de mer et le Sahel. C’est la ville des Kotokoli, ethnie majoritaire. C’est une ville multi-ethnique, multi-religieuse, dominée par l’Islam. La ville a toujours été un carrefour commercial entre le Ghana et le Bénin, sur la route de la cola, et aujourd’hui encore un passage obligé sur l’axe Lomé-Burkina Faso.

TOGO BENIN FAILLE D ALEDJO

Le réseau hydrographique est très dense dans ce relief de collines. La ville est située à 340 m d’altitude et jouit d’un climat de transition. Les maraîchers sont installés le long des cours d’eau mais ce sont des zones inondables. Ils ne cultiveront qu’après la saison des pluies (avril à octobre) et planteront comme les agriculteurs du maïs, du manioc, du piment et des haricots. Les éleveurs sont des Peuls gardiens des troupeaux de vaches, sédentarisés, tandis que les Peuls nomades passent avec leurs troupeaux de zébus en route vers le Burkina Faso ou le Nigeria. Les Peuls sont identifiables à leur chapeau très particulier pour les hommes  et leurs femmes portent sur elles la fortune en bijoux en or. Au moins pas de coffre-fort dévalisé à la banque !

Avant d’entrer dans la province de Kara puis de rejoindre la frontière avec le Bénin, nous franchissons la  faille d’Aledjo qui semble être le résultat d’un coup de sabre dans la montagne. Difficile la route que les camionneurs burkinabés doivent suivre au volant de leurs énormes camions.

Hiata de Tahiti

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Partance pour le Togo

C’était il y a fort longtemps, du temps où j’aimais l’Afrique…

Le voyage commença sur les chapeaux de roues. M, une amie, se précipita sur moi dès ma descente du taxi à Roissy ! Vite, vite, l’avion va partir ! Quel avion ? Il n’est prévu que dans trois heures ! Mais non, l’horaire a été changé et l’agence de voyages a omis de nous prévenir. Ça commençait vraiment mal. Valises embarquées, nous courons, l’hôtesse de l’air ferme la lourde porte derrière nous. Pour un départ précipité, c’en était un ! M me raconte qu’arrivée très en avance elle s’est renseignée et là, surprise, on lui a dit que le départ pour Lomé avait été avancé de deux heures.

cartes togo benin

Le vol est sans histoires. Notre guide nous attend, il est au courant que d’autres participants au circuit arriveront par un prochain vol via Cotonou et que ces personnes devront subir un voyage de plusieurs centaines de kilomètres en pleine nuit et sur pistes. Quelle entrée en matière pour ce voyage ! Nous apprendrons à l’arrivée des autres que des cris, des injures ont fusé à l’aéroport quand ils ont appris que le vol était parti sans eux. La plupart étaient dans les diverses boutiques de l’aéroport, histoire de passer le temps ! La représentante de l’agence a craqué sous les reproches, pleuré, fait une crise de nerfs. On devait les dédommager, mais ils ne décolèreront pas.

TOGO BENIN HUILERIE

Le Togo, République togolaise, pays de l’Afrique de l’Ouest, est l’un des plus petits pays africains. Environ 6 millions d’habitants vivent sur 56 785 km2. Du Nord au Sud il s’étale sur 700 km, sa largeur ne dépasse pas 100 km. Ses voisins sont le Burkina Faso au Nord, le Bénin à l’Est, le Ghana à l’Ouest, et le Golfe de Guinée au Sud. Le Togo possède une variété de paysages, au sud une côte de sable fin bordée de cocotiers, aussi des collines, des vallées verdoyantes, des petites montagnes au centre du pays, des plaines arides, des savanes au Nord plantées de baobabs. Le Togo tire son nom de Togodo qui signifie « ville au-delà de la falaise » en langue éwé. Togo ville est une cité coloniale germanique, première capitale du pays sise à l’Est de la capitale Lomé.

TOGO BENIN

Les liens commerciaux entre les négriers de l’Occident et les rois tribaux à partir du 16e siècle ont fait souffrir le Togo. La colonisation y a mis fin au 19e siècle. En 1884, le roi Miapa III de Togoville signe un traité de protectorat avec l’Allemagne qui perdure jusqu’en 1918. En 1914, les troupes françaises s’opposent aux Allemands. Une troupe de la force publique du Congo belge vient à la rescousse. Le Togo est perdu par les Allemands qui sera divisé entre le Royaume-Uni et la France. La partie française est placée sous mandat SDN (Société des Nations) et passe sous tutelle de l’ONU en 1946. Le Royaume-Uni rattache la partie ouest de la région ouest à la région qu’il contrôle au Ghana en 1956.

TOGO BENIN POULAILLER PORTATIF

Le Togo obtient son indépendance le 27 avril 1960. Il est temps de partir en voyage avant que le sommeil ne vous gagne !

Hiata de Tahiti

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Social à Tahiti

Quinze ans de réclusion criminelle pour le père incestueux qui avait fait signer un pacte à sa fille l’autorisant à la violer. La victime a aujourd’hui 14 ans et le père incestueux avait sévi alors que la petite n’avait que cinq ans. Huit ans de réclusion pour le père incestueux qui déclarait à la Cour que violer sa fille est moins grave que d’avoir une maîtresse. Douze ans fermes pour le père incestueux, du sursis simple pour son épouse complice alors que leur fille n’était qu’une enfant. Les faits remontent au milieu des années 1990.

vahine nue etendue

Les pilotes des deux-roues paient un lourd tribut aux routes polynésiennes. Les chirurgiens de l’hôpital et des cliniques ne sont pas au chômage avec ces blessés, souvent jeunes, polytraumatisés. C’est d’abord le non-respect des règles de conduite, le défaut de maîtrise, et enfin l’alcool. On songe même dans les sphères gouvernementales à refondre le code de la route polynésien afin de renforcer l’apprentissage des règles de conduite des futurs conducteurs. Si les accidents des deux-roues s’accompagnent de leur lot de décès, ils traînent dans leur sillage des vivants « abîmés ». Sur leur deux-roues, les cyclomotoristes ne portent que peu de blousons, de gants, de chaussures renforcées. Il fait chaud en Polynésie alors ils sont en short, en tee-shirt, avec des savates (tongs), le plus souvent avec un casque qui n’est pas forcément homologué… alors en cas de chute : bobo ! Des fractures ouvertes, des jambes, des pieds avec des plaies spectaculaires qui faisaient dire à un chirurgien des plaies de guerre. Mais aussi des traumatismes crâniens, thoraciques, des dégâts à la conne vertébrale, des cas classiques certes mais qui aboutissent à l’amputation ou à la paralysie. Mais ici, au fenua, il y a une espèce de fatalisme, une inconscience du danger. L’an dernier 36 personnes ont perdu la vie.

velo gamin torse nu

Ils seraient 6800 ressortissants de Polynésie française en… Nouvelle-Calédonie. Qui sont ceux qui posent le pied sur le tarmac de la Tontouta (aéroport de Nouméa). Ils ont tous l’espoir de trouver un travail, d’être mieux payé, de s’éloigner des conditions de travail déplorables de Tahiti. Ils sautent donc le pas, pressés d’en finir avec le marasme économique qui ronge Tahiti depuis quelques années. Chaque semaine, de nouveaux départs vers l’eldorado néo. Ils partent en famille. Souvent ils ont un parent qui est déjà installé ; ils veulent réussir. Ils changent de travail, peu importe pourvu que le salaire suive. Sur les 67 200 personnes provenant des communautés polynésiennes installées en Nouvelle-Calédonie, les 6 800 Tahitiens présents sur le territoire Néo représentent  près de 10,1% de ces  67 200 personnes en quête d’eldorado.

En Nouvelle-Calédonie, des mauvaises langues parleraient de balances (pour personnes) avertissant : « une personne à la fois ». C’est que 54% des Calédoniens adultes sont en surcharge pondérale et 27% sont obèses. Les enfants calédoniens sont dans une situation préoccupante : 42% d’entre eux sont en surcharge pondérable dès 12 ans. « Mange mieux et bouge »…

Hiata de Tahiti

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Thomas Berger, Mémoires d’un visage pâle (Little Big Man)

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Le film, sorti en 1970 avec un Dustin Hoffman jeune qui joue tous les rôles, du prime adolescent au vieillard, reste dans toutes les mémoires. Le livre de Thomas Berger qui l’a provoqué est beaucoup moins connu et c’est dommage, car c’est un chef d’œuvre d’humour à l’américaine. Tout y est exagéré, sentimental et roublard comme il se doit. Les mythes sont déconstruits, celui de l’Indien bon sauvage en phase avec la nature, celui du pionnier parti ensemencer et évangéliser des terres nouvelles, celui du cow-boy rude et chevaleresque, celui de la cavalerie et du général Custer…

Jack Crabb a plus de 120 ans quand un « journaliste » le trouve dans sa maison de retraite. Il n’a pas la langue dans sa poche et son expression est crue et imagée. Père prédicateur qui ne savait pas lire mais qui offre de l’eau de feu aux Indiens par ignorance des conséquences, frère qui fuit le massacre de la caravane sans jamais signaler la position des siens en danger au fort, emmené par sa sœur Caroline avide de se faire violer dans la tente de Cheyennes qui ne demandaient rien, il est abandonné là à 10 ans avec les petits sauvages par une famille décidément tarée. La première chose qu’il fait en bon gamin de 10 ans, après avoir mangé et dormi, est de se déguiser comme eux, à poil, en seul pagne et mocassins ; il se fait des amis en distribuant ses vêtements. Il y passe son adolescence, ce qui pouvait lui arriver de mieux sous l’égide de l’ancêtre Vieille-Cabane ; il y apprend l’amitié, la guerre, la survie, l’ennemi, l’amour.

Il fait retour aux Blancs lors d’une « grande » bataille indienne, car se retrouver quasi nu montant à cru un poney, armé seulement d’un arc et d’un couteau face aux Winchesters et aux sabres de l’armée chargeant sur ses grands chevaux, il y a de quoi tourner casaque. Adopté par un pasteur et sa jeune femme qu’il ne touche jamais et qui va se faire caresser ailleurs, il s’enfuit. D’ailleurs le pasteur a des conceptions – certes bien convenables – mais hors de la nature : sa liste de péchés « tout bonnement copiée sur Saint Paul », « ça faisait une description parfaite du caractère des Indiens » : « toutes les œuvres de chair, c’est-à-dire la fornication, l’adultère, la malpropreté, la lubricité, l’idolâtrie, la sorcellerie, la haine (…) la colère, la gourmandise, les hérésies, l’avarice, la rébellion, le crime, l’ivrognerie, la bouffonnerie et toutes choses de ce genre ».

Son existence, dès lors, croise tout ce que l’Ouest a à proposer dans ces années 1860-1880 : le commerce de mules vers les villes-champignons de la Frontière, la ruée vers l’or, les escarmouches avec les Indiens, la fanfaronnade avec ses Colts, les virées whisky et putes, la chasse aux millions de bisons (qui vont disparaître en dix ans). Il retrouve son frère Bill imbibé de whisky frelaté, sa sœur Caroline qui se prend pour Calamity Jane, une vague information sur sa seconde sœur tournée mormone. Il se marie avec une Suédoise et a un fils tout blond, Gus ; les deux sont enlevés par les Indiens. Il les retrouvera puis les perdra à nouveau, ensemençant entre temps une Indienne pour avoir un fils – qu’il perdra de vue dans une échauffourée avec l’armée. Il se lie d’amitié avec le bon tireur futur marshall Wild Bill Hickok, rencontre Wyatt Earp et le général Custer. Sauvé de deux grandes batailles dont la déculottée administrée à la cavalerie US par les Sioux à Little Bighorn, son récit s’arrête vers 34 ans. Il a parcouru la presque intégralité de la très courte Histoire du peuple américain à lui tout seul.

indien guerrier adolescent torse nu

Mais ce roman éneaurme (comme aurait dit Flaubert), écrit au galop d’un langage cru et direct, est passionnant. Sauf la préface et l’épilogue, qui font faiseur et ont bien vieilli. Mais le corps du texte est parfois grave, parfois à mourir de rire. Comme cette réflexion de gamin de 14 ans qui a tué son premier ennemi Crow : « Ainsi moi, Jack Crabb, voilà que j’étais un guerrier cheyenne ! Voilà que j’avais abattu mon bonhomme avec un arc et des flèches. J’avais été à moitié scalpé et guéri avec de l’abracadabra. J’avais comme vieux un sauvage qui causait pas un mot de chrétien, et comme maman une grosse bonne femme marron foncé, et comme frère un type dont je ne voyais presque jamais la figure vu qu’elle était tout le temps barbouillée d’argile ou de peinture. J’habitais sous une tente en peaux de bêtes et je mangeais du clébard. Bon Dieu, mais c’était quand même marrant ! »

Le livre est parfaitement complémentaire du film, tant il recèle de détails véridiques sur les coutumes indiennes, l’entraînement au duel de Colts, la destinée des putains et l’ignorance crasse du populo prêt à croire n’importe quel prédicateur, charlatan ou prometteur d’or à la pelle – comme par hasard sous les territoires occupés par les Indiens. Le lecteur français y découvrira l’optimisme américain, le cynisme matérialiste pour faire du dollar par tous les trafics et le messianisme civilisateur, pas toujours très chrétien, sans lequel les Blancs venus du monde entier n’auraient pas conquis le territoire en éradiquant Indiens, bisons et forêts…

Thomas Berger, Mémoires d’un visage pâle (Little Big Man), 1964, traduit de l’américain par Marie France Watkins, Livre de poche 1974, réédition du Rocher 1991, 450 pages, €15.00

Little Big Man, film d’Arthur Penn avec Dustin Hoffman, 1970, DVD CBS 2004, €9.99

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Acidité de Tahiti

Si vous n’avez jamais eu l’opportunité de gouter les petits citrons des Marquises ou ceux de Tahiti, alors ceci ne vous fera pas venir l’eau à la bouche. Ce fruit est important pour les Polynésiens puisqu’il est indispensable à la préparation du poisson cru. Le Citrus aurantifolia est petit, une peau lisse et fine, une chair verdâtre, juteux, acide et très aromatique. L’Aranui 3, le cordon ombilical qui relie les Marquises à Tahiti décharge toutes les trois semaines les sacs de citrons d’Ua Pou. A chaque voyage c’est près de trois tonnes de citrons que les cales de l’Aranui avalent aux Marquises et régurgitent à Papeete. Ils finiront sur les étals du marché.

citrus aurantifolia

C’est reparti, le sucre de coco ! Feront, feront pas ? L’Indonésie en produit et l’exporte, alors pourquoi pas la Polynésie ! Commerce bio, commerce équitable, allez, foncez ! Mais, il y a un mais, il faut grimper deux fois par jour au cocotier, il faut ensuite saigner la spathe (fleur de cocotier à peine ouverte) de manière précise. Les rendements en Indonésie sont de 300 à 600 g de sucre complet par cocotier et par jour. La variété cultivée en Polynésie, Cocos nucifera, est tout indiquée pour ce type de production. Il manque peut-être la volonté gouvernementale ou quelque autre volonté. Le coprah, subventionné à outrance pourrait être remplacé par le sucre, 100% bio dans lequel on glisserait une gousse de vanille de Taha’a, les ventes sur Internet exploseraient… Ce produit a un faible pouvoir glycémique, une teneur élevée en antioxydants, tout pour alimenter les diabétiques et toute personne soucieuse de sa ligne. On attend quoi ?

Papara a de gros problèmes d’eau. Les habitants réclament auprès de la mairie. Le ton monte et l’eau n’est toujours pas présente aux robinets. L’abattoir territorial sera privé d’eau par le maire de Papara. Plus de 70 porcs n’avaient pu être abattus à cause de ce manque d’eau, le maire ayant pris la décision de fermer la conduite d’eau de l’établissement, estimant qu’il ne figure pas dans le registre des abonnés du réseau hydraulique de la commune. On s’était rendu compte que l’abattoir avait une alimentation en eau pirate, qu’il était hors du réseau de la commune puisque connecté bien en amont du bassin de la Papeiti. Ah ! les coquins… Et à Papeari alors ? Nous valons moins que les porcs ?

roi pakumotu

Le roi Pakumotu Athanase Teiri s’était invité à Outumaoro avec ses sujets pour réinvestir le terrain qu’ils occupaient il y a peu encore. Mais, le comité d’accueil n’était pas à la hauteur de ses espérances : police, gendarmerie. N’ayant pu accéder à « ses terres », le vrai-faux roi qui souhaitait lever ses bannières et drapeaux pour célébrer l’anniversaire de son couronnement, a vainement tenté de négocier. Évidemment, bien que la trentaine de gendarmes n’ait aucun pouvoir sur lui (c’est le roi qui l’affirme), le roi a souhaité, avant de se retirer avec sa cour, faire une déclaration à sa nation. La mise en circulation, dès ce moment, sur les marchés financiers, d’un milliard de patu, la monnaie pakumotu (1 patu vaudrait 145 XFP). Il parait qu’à Wall Street on se masse le cervelet ! Autre annonce de taille, sur décision du roi, « toutes les dettes, emprunts bancaires et même condamnation en justice sont désormais effacés ». Heureux anniversaire, Majesté !

Hiata de Tahiti

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Yukio Mishima, Le Japon moderne et l’éthique samouraï

mishima le japon moderne et l ethique samourai

Trois ans avant son suicide, Mishima livre un testament touffu, répétitif, organisé comme une paraphrase de son oeuvre, la volonté de tout dire sur ce qu’il croyait être l’essence du Japon. Il suit surtout le Hagakure, livre d’éthique samouraï écrit au XVIIIe siècle en 11 tomes par l’élève de Jocho Yamamoto, vrai samouraï devenu prêtre sur la fin de sa vie. Il n’en existe que des extraits traduits en français.

Pour Mishima, « le Hagakure s’efforce de soigner le caractère pacifique de la société moderne en lui appliquant ce puissant remède qu’est la mort » p.31. Marguerite Yourcenar aimait ce livre parce qu’il chantait aussi la ‘voie des éphèbes’, l’homosexualité guerrière au Japon. Mais il a, au fond, cette exigence stoïcienne de perfection que l’homme doit approcher sans l’atteindre jamais.

Le Hagakure enseigne la sagesse de l’action, la sagesse de l’amour (qui est action) et la sagesse de la vie (qui est de perpétuer la vie et de la vivre intensément par l’action). Agir est le moyen de plus efficace d’échapper aux limites du moi pour se plonger dans une unité plus vaste. Elle est réalisation de soi, réactualisation naturelle du ‘lion’ qui est la force motrice de chaque être humain. Un tropisme vers lequel l’inquiet Mishima a sans cesse tendu, une réponse à son angoisse métaphysique de n’être pas « normal », comme les autres, fils d’un empire vaincu et d’une modernité en contradiction avec la tradition.

Sur l’amour, le Japon ne distingue pas Éros et Agapè, l’attraction terrestre et l’appel divin, la chair et l’âme. On a la conviction que « ce qui émane de la pure sincérité instinctive mène indirectement à un idéal qui mérite qu’on lutte et, si nécessaire, qu’on meure pour lui » p.45. Être tenté par le corps et par l’esprit des jeunes garçons, plus que par ceux des femmes, se trouve ainsi justifié, ce qui apaise Mishima en ses contradictions sensuelles. Tact, délicatesse, pédagogie, tolérance, sont des rapports qu’un samouraï doit entretenir avec les autres. Il sera bon et ferme avec les enfants, il ne sera lui-même qu’avec ses pairs, il aimera sans le dire. Le véritable amour reste toujours caché, il se dévalue lorsqu’il se révèle. Le samouraï sera modeste et fin, il suivra les remarques des autres et les enseignements des anciens, il dépassera ainsi les limites de son propre discernement.

La vie et la mort sont les deux faces d’une même réalité. Qui a connu la naissance se condamne à mourir. Cette mort inéluctable fait aimer la vie en sa brièveté. Elle lui donne son relief, son intensité, son sens. « La voie des samouraïs, c’est la mort ». C’est l’objet de toute sagesse que de préparer l’être à bien mourir – ou à bien vivre, ce qui est la même chose. Chaque instant peut être le dernier. Il nous faut être prêt donc n’agir jamais à tort, mais sincèrement, tout entier dans son acte, comme s’il devait à chaque fois être le dernier. Dans la succession de ces instants, animés d’une telle philosophie, « quelque chose va s’accumuler d’un jour à l’autre, d’un instant à l’autre, quelque chose grâce à quoi on acquerra finalement la capacité de bien servir son seigneur » p.47. C’est ainsi que l’on sera bon samouraï. Chaque détail du quotidien est préparation au surgissement d’une crise grave. Il faut se tremper chaque jour pour réagir parfaitement le moment venu. Conforter sa résolution, parfaire son entraînement, tout cela permet de ne jamais être pris de court, ni par les événements de la vie, ni par la mort. Cela dès l’enfance.

Un jeune samouraï sera élevé dans « l’idéal de liberté et de naturel préconisé par Rousseau dans l’Émile » : ni punitions indues, ni menaces, mais sincérité et vigilance.

Adulte, le samouraï devra se défier du rationalisme. Non pas de l’intelligence, qui est acuité de vision et mobilisation de toutes les facultés intellectuelles, mais de l’excès de logique, de l’esprit qui dérape hors des sens et de la volonté. « Le calculateur est un lâche. Si je dis cela, c’est que le calcul porte toujours sur le profit et la perte et que, par conséquent, le calculateur n’est préoccupé que de profit et de perte. Mourir est perte, vivre un gain, ainsi décide-t-on de ne pas mourir. On est donc un lâche », dit le Hagakure. Le sacrifice de sa vie pour une cause est hors calcul. C’est l’acte ultime, mais beaucoup d’autres actes sont hors calcul : la confiance, le courage, l’amour. Entreprendre aussi, comme une aventure : ainsi est le capitalisme des entrepreneurs, risqué, conquérant, le calcul comptable ne venant qu’en second.

samourai dessin

L’esprit d’efficacité est utile s’il sait servir, non s’il envahit l’homme. La raison n’est qu’un outil, et non la pierre angulaire d’une philosophie. Le samouraï se veut un homme complet, non un simple technicien. Il se veut ouvert, humain, perfectible, attentif aux autres (Montaigne) comme à l’énergie qui l’anime (Nietzsche), et à la dignité qui la manifeste (Dostoïevski). Mishima appelle à lui les meilleurs écrivains occidentaux au secours de la tradition japonaise ; comme pour la situer dans l’universel, voire l’excuser des excès militaristes de la guerre. L’apparence du samouraï, ses paroles, ses actions, se veulent belles parce qu’issues d’une force interne – selon les canons de la vertu grecque antique.

Le samouraï est fier d’être. Il est un homme sincère, un humain authentique. Mishima aurait aimé être samouraï. Mais son époque ne lui fournissait pas la panoplie guerrière qui va avec. Il a envisagé la politique, mais trop de bassesse est nécessaire à cette passion guerrière secondaire. Il n’a pas tâté des affaires, dommage, car l’esprit samouraï du Japon s’est bel et bien réfugié dans la conquête des marchés et dans la féodalité d’entreprise ! C’était encore rare dans les années 1960, mais éclatant dans les années 1980 (voire ci-dessous Pierre Delorme). Mishima a eu le malheur de naître trop tôt ou d’être en avance sur le monde.

Yukio Mishima, Le Japon moderne et l’éthique samouraï, 1967, traduit du japonais par Émile Jean, Gallimard 1985 collection Arcade, 154 pages, €9.64

Jocho Yamamoto, Hagakure, le livre secret des samouraïs, édition partielle – choix de textes, Guy Trédaniel 1999, 110 pages, €13.21

Pierre Delorme, Le management : un art martial, développement personnel et efficacité managériale, Chiron 2002, 155 pages, occasion €26.00

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Khushwant Singh, Delhi

kushwant singh delhi

Né Indien au Pendjab en 1915, devenu province du Pakistan, élevé dans un collège anglais à Delhi, puis à Londres, Khushwant Singh est un journaliste et romancier plein d’humour anglais et de passion indienne du sexe. Il a été aussi parlementaire, mais a démissionné après l’assaut donné contre le temple d’Or. Car il est sikh, cette religion fondée au 15ème siècle par le gourou Nanak qui veut opérer la synthèse entre hindouisme et islam.

Cette position spirituelle particulière fait de l’auteur un centriste politique et un syncrétiste culturel. Delhi est pour lui « la » capitale de l’Inde en son entier, dans sa diversité. Fondée par les Aryens, capitale du royaume Hindoustani, conquise par les Moghols musulmans puis par les Anglais protestants qui fondent la New Delhi, devenue indépendante avec Gandhi, elle reste ce cœur de l’Inde, voire du monde. L’auteur, qui a mis vingt-cinq ans à écrire ce chant d’amour, y revient comme auprès d’une mère ; il y pratique l’union sexuelle avec un hermaphrodite, Bhagmati, un hijda comme il en existe en Inde, ni garçon ni fille – mais en chaleur. C’est toute l’histoire de la ville-capitale que fait ici Singh, le squelette de la chronologie lui permettant d’ajouter de la chair et du sperme selon sa fantaisie. C’est toute son histoire personnelle aussi, une sorte d’autobiographie culturelle, qu’il conte depuis les origines de sa famille et qu’il dédie à son fils Rahul.

Delhi est à double face ; comme tous les Indiens, elle porte un masque. Il y a l’apparence – crasseuse – et la réalité – vivante. « Les citoyens de Delhi font peu d’efforts pour se faire aimer. Ils crachent partout glaviots et jus de bétel rouge sang. Ils urinent et se soulagent à l’endroit et au moment où l’envie les en prend. Ils sont forts en gueule, manifestent leur familiarité à grand renfort d’insultes incestueuses et parlent en se grattant les parties intimes » p.11. Qui est allé en Inde reconnaîtra sans peine le portrait. Mais « pour peu que l’on fasse de Delhi sa ville et que l’on s’attache à quelqu’un comme Bhagmati, elles apparaissent sous un jour différent. (…) La formule est simple : écoutez votre cœur et non votre cerveau, vos émotions et non votre raison » p.12.

Et nous voici partis pour l’histoire. Les chapitres contemporains de l’auteur avec son amante et son gardien d’immeuble alternent avec les chapitres d’histoire longue de la ville. La violence est omniprésente, dans le passé comme dans le présent, puisque le livre s’arrête au moment des émeutes anti-sikh après l’assassinat d’Indira Gandhi par l’un de ses gardes du corps sikh. Mais l’amour aussi : pour les belles paroles de la poésie, pour les discours politiques qui fondent les royaumes, pour les amantes ou les amants qui sont ici, à en croire l’auteur, plus beaux qu’ailleurs. « A Dili, me dirent-ils, tu peux tout trouver : de jeunes putains avec de petites poitrines en forme de mangue, de jeunes garçons au postérieur rond comme une citrouille, et si tu n’as pas d’argent pour te payer une femme ou un garçon, tu peux t’offrir un hijda pour quelques pièces – et lui (ou elle) peut te donner plus de plaisir que l’un ou l’autre. Je priai pour qu’un prétexte me soit fourni de me rendre à Dili » p.428.

Chaque intervenant écrit au présent, en disant « je », ce qui donne un ton familier à la grande histoire et captive le lecteur. Le romancier lie le tout comme un chœur antique, homme de synthèse encore une fois, qui prend de la hauteur. Nadir Shah, Timour, Aurangzeb, Meer Taqi Meer et Bahadur Shah Zafar défilent, comme les femmes au second plan, mais qui sont souvent les éminences grises en attrapant les hommes par le plaisir. La bégum Sahiba et Mrs Alice Aldwell, anglaise convertie à l’islam pour échapper au massacre de la révolte des Cipayes – mais néanmoins violée – sont des putains magnifiques.

Ce gros roman d’amour sur la ville, sur les êtres et sur la création ne vous laissera pas indifférents. Toute la vitalité d’un pays est là, qui émerge.

Khushwant Singh, Delhi, 1990, Picquier poche 2010, 621 pages, €10.17

La wikifiche sur l’auteur (en anglais)

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Tourisme possible à Tahiti

Mahina possède des atouts pour retenir les touristes. En plus de la Pointe Vénus (revoir mes quelques lignes et photos des lieux), du phare, de la baie de Matavai, certaines vallées pourraient devenir des lieux de randonnée comme celle de Tuauru. Jusqu’à ce jour la vallée est restée ignorée des zones industrielles, des entreprises de concassage qui dégradent beaucoup d’autres vallées. Il faut remonter les rives de la rivière Vaipatu et passer de nombreux gués. Mais ouvrir ses beautés à tous en créant des sentiers de randonnées, c’est aussi ouvrir grande la porte aux dégradations. On sait que cette vallée a été habitée malgré les difficultés d’accès jusqu’ au XIXe siècle. Il s’agit également pour les services de la Culture et du Patrimoine de localiser les vestiges de son occupation pré-européenne : marae (lieu de culte), pae pae (plate-forme), terrasses horticoles, habitations.

Cette vallée possède également des orgues basaltiques exceptionnelles sur 80m de long et une quarantaine de mètres de haut. Ces structures minérales étonnantes se sont formées par le refroidissement des laves accumulées dans le couloir qu’offrait le canyon de la rivière Vaipatu, à l’époque des éruptions volcaniques, qui ont donné naissance à l’île de Tahiti.

orgues basaltiques tahiti

Charles Darwin (1809-1882), jeune naturaliste frais émoulu de l’université de Cambridge, avant de devenir le célèbre généticien, était à bord du navire de guerre britannique, le Beagle, qui jeta l’ancre en baie de Matavai le 15 novembre 1835. Accompagné de guides tahitiens, il part à la découverte de l’intérieur de l’île « caractérisé par des montagnes boisées, truffées de précipices, d’impressionnants ravins et d’imposantes cascades. » Il y découvre le kava ou ava, plante enivrante que les missionnaires ont éradiquée des zones habitées. De sa visite dans la vallée de la Tuauru, il indique s’être arrêté « pour dîner à l’ombre d’une saillie de rochers au-dessous d’une muraille de laves disposées en colonnes » avant de diner de petits poissons et de chevrettes, puis de continuer son périple dans la haute vallée où il a passé la nuit.

Dumont d’Urville (1790-1842) dans Voyage pittoresque autour du Monde décrit son excursion de « marcheur ardent et infatigable » jusqu’à la muraille des prismes basaltiques qu’il appelle te piha (la chambre) et que M. de Sainson (1801-1887) dessinateur sur l’Astrolabe a croqué dans ses carnets.

Dans son ouvrage, il écrit page 531 : « Après un déjeuner frugal pris en chemin, nous arrivâmes, vers les dix heures, à un endroit où le torrent, encaissé entre deux rochers, se précipite de 60 à 80 pieds de hauteur verticale. Comme son volume n’était pas alors bien considérable, une partie de l’eau, fouettée par le vent, s’éparpillait en gouttes menues, et retombait en pluie fine ; le reste serpentait en écumant le long des rigoles creusées dans le roc. Plus loin l’aspect du lieu était plus imposant encore. La rive gauche du torrent s’élargissait et offrait du terrain à un vaste bocage, tandis qu’à droite la muraille verticale se dressait à cent pieds de hauteur, en formant des prismes basaltiques comme ceux de la chaussée des Géants. Tous ces prismes, qui ont de quatre à six pouces de diamètre, affectent une direction exactement perpendiculaire, excepté dans leur partie inférieure, à dix ou douze pieds de hauteur, où ils se dévient sous un angle de 45° environ en dehors du plan général. Sur la partie extérieure, une nappe d’eau divisée dès le sommet tombe en rosée dans le torrent. Au-delà, une colonne d’eau volumineuse se précipite avec fracas d’une élévation immense, et le bruit de sa chute est tel, qu’il domine et annule la voix humaine la plus sonore. Les naturels ont donné à cette belle et retentissante cascade le nom de Piha, et une foule de leurs superstitions primitives se rattachent à ce lieu. ».

Hiata de Tahiti

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Yukio Mishima, Les amours interdites

yukio mishima les amours interdites

Kimitake Hiraoka n’est pas Yukio Mishima, ce pourquoi l’écrivain a pris un pseudonyme. Il faut – comme toujours – distinguer l’œuvre de fiction de la vie réelle de qui l’écrit. Il y a bien sûr des passerelles entre les deux, l’imaginaire a pour matériau la réalité. Mais écrire, c’est transposer dans un autre univers ce qu’on a vécu, inventé, fantasmé. Hiraoka est d’origine paysanne et domestique, élevé jusqu’à 12 ans par une grand-mère têtue et violente qui lui interdit de jouer au soleil avec les garçons. Revenu chez ses parents, il navigue entre un père militariste et brutal et une mère cultivée qui l’encourage à lire et écrire. Cette existence fait mieux comprendre Mishima écrivain, être sensible à la psychologie, curieux des autres et admiratif des garçons à l’aise dans leur corps.

Si Kimitake Hiraoka, le nom d’état civil de Mishima, n’était pas homosexuel notoire, s’il s’est marié à 29 ans et a eu deux enfants, il reste cependant fasciné par tout ce qui lui a manqué durant son enfance et sa prime adolescence : le soleil pour s’exposer à demi nu, les autres garçons avec qui se mesurer et se muscler. Il a donc compensé dès son émancipation, se forgeant un corps d’athlète et devenant expert en kendo, avant de se lier d’amitié particulière avec des éphèbes plus jeunes, dont le dernier l’a aidé au suicide comme dans la tradition du bushido.

Ce gros roman dépasse de loin la description du milieu gay du Tokyo d’après-guerre, bien qu’il le détaille. Il établit une sorte de Liaisons dangereuses à la japonaise entre un écrivain âgé et las de la vie, Shunsuké Hinoki, et un jeune homme irradiant la beauté de la jeunesse énergique, Yûichi. La page 30 décrit superbement l’émergence de cette beauté nue de 20 ans qui éblouit. L’écrivain, frappé par la lumière corporelle de ce jeune homme sorti de la vague (comme Aphrodite), décide de l’utiliser pour se venger de la gent féminine qui l’a toujours déçu, après trois divorces et un chantage. L’hypocrisie sociale est un chatoiement d’apparences et de conventions, d’aides et de trahisons, que Mishima expose très bien. Mais l’histoire explore plus loin, c’est dire sa complexité. Nous sommes entre Socrate et Alcibiade, le pur esprit parce trop laid et le corps en fleur dans toute sa séduction. Le premier a au fond peur de la vie, qu’il conceptualise et rend abstraite pour s’en sauver ; le second est tout entier dans la vie immédiate, le désir et l’allure. Par sa manœuvre, « Shunsuké avait alors tenté de créer une œuvre d’art idéale, telle que, de toute sa vie, il n’avait pu en concevoir. Une œuvre d’art suprêmement paradoxale, défiant l’esprit au moyen du corps et défiant l’art au moyen de la vie… » p.477.

Reproduction, © Bloomsbury Auctions

Yûichi, le double physique idéal de Mishima, fait semblant d’aimer une femme, Yasuko, tout comme l’écrivain dans sa vie réelle, mais son corps ne ressent aucun désir ; son amour est tout spirituel, affectif. Il lui donne un enfant, une petite fille, et Shunsuké le pousse à se marier pour donner le change à la société, tout en profitant de sa liberté de mâle. « Soyons sérieux ! Un homme peut épouser une bûche ou un réfrigérateur. Car le mariage, c’est une invention humaine ; et comme c’est un travail qui entre dans les capacités de l’être humain, il peut bien se passer de désir » p.40 La revendication du mariage gay n’était vraiment pas dans les mœurs des vrais homosexuels au temps de Mishima… Yûichi va donc attiser l’amour de Madame Kaburagi sans se donner, se donner à son mari comte Kaburagi sans le désirer, désirer de jeunes partenaires de 17 ans sans les aimer, et ainsi papillonner sans réussir à faire se joindre la sensualité et l’affection comme les « vrais anges dont la chair et l’âme sont indistinctes » p.107. Car Mishima est plus présocratique que socratique, il ne sépare pas les sens de l’esprit : « Aucune pensée, aucune idée, si elle est dépourvue de sensualité, n’est capable d’émouvoir » p.271. Idée très nietzschéenne, d’autant que son héros Yûichi reste foncièrement innocent, se contentant d’être, comme un aimant, sans introspection ni responsabilité. La beauté n’a nul besoin de commentaire, elle règne en silence.

« La morale des Spartiates était esthétique, comme dans toute la Grèce antique. (…) Dans la morale antique, qui était simple et énergique, le sublime se trouvait toujours du côté du subtil, le ridicule toujours du côté du sommaire. Or, de nos jours, la morale est séparée de l’esthétique. Selon un vil principe bourgeois, la morale est alliée à la banalité et au dénominateur commun de l’humanité. La beauté est devenue un mode d’être excessif, vieilli : elle est sublime ou ridicule. De nos jours, ces deux termes signifient la même chose » p.375. C’est dire combien, à 25 ans déjà, Mishima se voulait aristocrate de l’existence, anti-bourgeois et anti-démocratique parce que contre la banalité du correct venu des États-Unis (correctness).

Il retrouve la tradition des pages samouraïs, dévoués à leur maître dès leur plus tendre adolescence. « Il s’agissait moins d’amour que d’une fidélité sensuelle, du plaisir du dévouement et du sacrifice imaginaire de soi » p.390. En bref une sorte de romantisme, auquel Mishima sacrifiera lui-même à 45 ans par son suicide exemplaire. « Tout ce qui est faible en ce monde, tout ce qui est sentimental, tout ce qui est éphémère, la paresse, la débauche, l’idée de l’éternité, la conscience d’un ego immature, la rêverie, le dogmatisme, le mélange d’un orgueil extrême et du dénigrement de soi-même, la prétention au martyre, la plainte, et parfois la ‘vie’ elle-même… dans tous cela, il reconnaissait les ombres du romantisme » p.473. Ce discours du vieil écrivain Shunsuké résonne comme un autoportrait de l’artiste Mishima, le développement lucide de son existence même. C’est dire combien la carapace de muscles et d’œuvres écrites que s’est forgée Mishima n’ont pas su apaiser sa nature inquiète, mal aimée et mal éduquée durant l’enfance. Ce pourquoi son regard est aigu sur ses semblables, son imagination fertile en complexité humaine, et sa conception de la beauté une réconciliation entre l’homme et la nature. « La beauté est la nature chez l’homme, la nature placée dans des conditions humaines » p.490. Le rôle de l’écrivain est de la révéler sans la pervertir par l’abstraction socratique.

Pari tenu. Un gros roman touffu et bien mené, qui vous fera découvrir le vrai Japon au-delà des apparences, et une âme universelle dans son humanité.

Yukio Mishima, Les amours interdites (Kinjiki), 1951 revu 1952, traduit du japonais par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Gallimard 1989 et Folio 1994, 591 pages, €8.27

Les numéros de page indiqués dans le billet font référence à l’édition Gallimard 1989 en 498 pages.

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Paradis tahitien…

On guette la pluie, celle d’octobre est venue avec son lot d’inondations, de rochers qui se décrochent et qui roulent sur les maisons, les voitures. Il paraît que le risque cyclonique est faible. Souhaitons que les calculs soient corrects ! Pour le reste, vaccination contre la grippe, rhumes, dengue et moustiques, beach scoocer fini, Hawaiki Nui arrive.

Des nouvelles de l’épidémie de dengue qui continue de prospérer lentement. En date du 8 octobre, il y avait 601 cas de dengue déclarés de sérotypes 1 & 3 depuis le début de l’épidémie en février dernier soit 368 pour Tahiti (Punaauia la plus touchée) et 154 à Moorea (Papetoai la plus touchée). Aux Iles sous le vent, Bora Bora est la plus touchée. 62 personnes ont dû être hospitalisées, et 5 cas de forme sévère répertoriés.

Bon, c’est fait, le Centre hospitalier de Polynésie française a reçu l’autorisation de pratiquer les greffes rénales. Pour le moment, cette activité s’effectue uniquement avec des donneurs vivants. Il faut préparer la population au don d’organes par une campagne d’explications. Les premières greffes ont débuté le mardi 6 octobre. La néphrologue du CH de Polynésie plaidait pour l’ouverture de ce centre de greffe rénale depuis 13 ans. Il vaut mieux tard que jamais. En France, seuls 12% des greffons de reins seraient des dons de vivants, aux USA ce taux grimpe à 50%.

A Toahotu une enfant de 11 ans tuée par un chauffard ivre. A Papara, la fillette a été mortellement fauchée alors qu’elle descendait du bus scolaire par un conducteur qui n’avait jamais passé le permis.  En deux mois, ce sont trois enfants de 11 ans qui ont perdu la vie sur les routes de Tahiti. En août le jeune garçon et sa maman se faisaient renverser à Faaone par un chauffard ivre. Une marche blanche a été organisée par une association de parents d’élèves pour dénoncer la violence routière et rendre hommage aux trois petites victimes.

Horreur et tristesse. Une adolescente de 14 ans est morte dimanche 13 octobre dans le quartier Outumaoro de Punaauia, la gorge tranchée par une arme blanche. Son père, 33 ans,  est l’auteur présumé des faits.

egorger

Pas de prison, pas de poules pondeuses à Papeari. Vous vous souvenez des défilés de la population pour tenter de mettre à mal ces projets ? Pour la prison, c’est bien commencé, on creuse. La grue installée depuis peu travaille. Pour les poules, le promoteur a été prié d’organiser une réunion d’information à la population. Promis, juré, les poules n’empesteront pas le voisinage, dont une école, on a prié les cocotes d’avoir des fientes parfumées ! Parfaitement ! Vlan, les détracteurs n’auront plus rien à dire. On humait déjà le 5 de chez Chanel au dépotoir de Paihoro, là on attend de savoir quelle grande marque de parfum aidera les poules à chier  parfumé ! Boisé, musc, ou autre senteur ? Bien entendu je vous tiendrai au courant.

Chim Soo Kung

En 1869, on a exécuté Chim Soo Kung, ouvrier chinois au moyen d’une guillotine fabriquée sur place. Ce Chinois travaillait dans une plantation de coton sur le domaine Atimaono à Papara (golf actuel). Il fut accusé d’avoir participé à une rixe mortelle entre travailleurs. Pour beaucoup, au sein de la communauté chinoise, il devint alors un martyr. Le mausolée de Chim Soo Kung s’est refait une beauté pour l’ouverture  de Ka-San. Deux plaques api (nouvelles) ont été réalisées en… Chine. Le jour d’ouverture de la traditionnelle fête de Ka-San débute le 13 octobre. Les familles chinoises qui suivent encore cette tradition millénaire apporteront encens, cochon rôti, poulet, poisson grillé, bols de riz blanc, thé, vin rouge, pommes rouges, fruits exotiques ; faux billets de banque et vêtements de papier seront eux brûlés.

Fa’aitoito (bon courage)

Hiata de Tahiti

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Légende de Migo aux Tuamotu

C’est la période de nidification, les cris des oiseaux retentissent, certains nous suivent en paillant voyant en nous des prédateurs, d’autres couvent perchés très haut dans les Pisonia. Le Pisonia grandis est un arbre de grande taille avec un tronc atteignant parfois quatre mètres de diamètre ; les jeunes feuilles sont comestibles ; le feuillage peut servir de nourriture au bétail et aux lapins ; l’écorce sert au traitement des anthrax et panaris. Les branches sont cassantes, le bois est blanc, spongieux, très mou quand il est vert. On l’a souvent confondu par sa légèreté avec le balsa. On croise des arbres abattus par le vent violent de ces derniers mois. La forêt est clairsemée et notre guide nous indique qu’auparavant la forêt était un havre de fraîcheur grâce à la densité des gatae. Ces arbres aux troncs imposants sont souvent creux et la légende de Migo (prononcez Mingo) le confirme. La voici.

TUAMOTU AHE

« Dans la forêt aux oiseaux de l’atoll d’Ahe, vivait Migo, le héros le plus célèbre de l’atoll. Il avait la spécialité de disparaitre et de réapparaitre sur le motu, là où on ne l’attendait jamais, ce qui était fatal pour ses ennemis qui se retrouvaient morts sans savoir d’où il avait surgi. Un jour, le roi de Manihi, le rusé Puhiri qui avait la particularité d’être à moitié homme et à moitié requin, ce qui lui donnait la possibilité de respirer sous l’eau, se cacha sous les flots pour observer Migo. Il pouvait respirer dans l’eau car son père accrocha son placenta avec lui dedans sur un arbre. Un jour une tempête emporta le placenta dans la mer et un requin trouva Puhiri et l’éleva. A force de patience, il découvrit que Migo se glissait dans le tronc d’un arbre creux et qu’il y sautait habilement les pieds en avant, ce qui le soustrayait à la vue de ses poursuivants et lui permettait de les surprendre ensuite. Puhiri profita de l’absence de Migo pour ficher dans le creux de l’arbre une ‘omore (lance).

La suite est facilement devinable, notre héros s’empala sur la lance. Malgré tout, il réussit à sortir de l’arbre pour mourir au grand jour, dans d’atroces souffrances, et pendant un certain temps. Car les héros mettent du temps à mourir, ce qui leur permet de prononcer un discours ponctué de méchancetés vis-à-vis de ceux qui ont réussi à les abattre par des fourberies. En bref, parmi les dernières gentillesses proférées à l’encontre de Puhiri, Migo affirma qu’il regrettait sincèrement de ne pas lui avoir fait subir le même sort et qu’il l’aurait volontiers saigné de la même façon. La légende affirme que le corps de notre héros mourut côté océan, sur le platier récifal qui borde la plage. Son corps fut recouvert par les bernard-l’hermite qui comme chacun le sait sont rouges. Cela fait que depuis Manihi, les habitants purent apercevoir une grande lueur rouge pendant plusieurs nuits ».

TUAMOTU AHE

Si l’on poursuit vers l’océan on arrive sur une vaste esplanade dépourvue de végétation arborescente qui constituait « l’esplanade des guerriers ». Ceux-ci s’affrontaient pour désigner démocratiquement leurs chefs après d’héroïques luttes. Le vainqueur devenait alors le ’aito (guerrier, héros, courageux, noble, champion). En arrivant sur la plage, on découvre la zone où venaient pondre les honu (tortues). Il n’y a plus de tortues car les habitants les ont tué et mangé depuis belle lurette ainsi que les œufs. Elles ne reviendront plus.

Ce motu principal abritait l’ancien village avec des vestiges d’époque, comme la citerne et la vieille salle de la mairie. Les anciens avaient choisi le lieu qui est le mieux protégé de l’atoll contre la houle. Il se trouvait dans un endroit où les courants amènent les matériaux qui le rechargent et il culmine à une hauteur moyenne de 1m50 par rapport au niveau des basses eaux du lagon. On peut affirmer que suivant les courants et les vents, le niveau monte de 0m50 et que la houle cause des dégâts importants. On comprend pourquoi les élus pensaient revenir implanter un nouveau village sur l’emplacement de l’ancien.

Le motu du vieux village comprenait aussi un petit étang sacré où vivaient nymphes et fées, maitresses des lieux. L’étang a disparu, nous l’avons cherché, mais il demeure quand même une légende.

« Ce petit étang était entouré de sables mouvants. Les personnes qui essaient d’obtenir les faveurs des nymphes venaient avec des cadeaux et devaient traverser ces sables mouvants. Si les cadeaux ne plaisaient pas ou si les prétendants étaient trop arrogants, ils périssaient engloutis par les sables mouvants. Un jour, un des prétendants qui avait été séduit par la reine des nymphes eu la bonne idée de lui offrir des coquillages qui se trouvaient sur le bord de l’étang, juste avant la zone fatale des sables mouvants et qui n’étaient pas accessibles aux fées qui vivaient au fond de cet étang sacré. Ce prétendant réussit à traverser sans mal les sables mouvants et obtint les faveurs de la reine des fées. »

TUAMOTU AHE

Une autre légende attachée à l’étang sacré relate « qu’un oiseau multicolore venait  y boire le matin et qu’un arc en ciel venait éclairer ce petit étang. Celui qui parviendrait  à capturer cet oiseau aurait une destinée pleine de bonheur. Certains pensent qu’il s’agirait d’un oiseau appelé tuturu ».

Nous sommes rentrées à Papeari, les yeux pleins des lumières de cet atoll. Vous pourrez y aller vous aussi, mais attention quand même à la «  douloureuse » ! Ouvrez grand les yeux. Bien sûr il y aura les moustiques, les nonos, les mouches, les coups de soleil, les requins, les crabes de cocotier, les poissons-pierre cachés dans les patates, les cocos qui tombent sur la tête, mais essayez quand même.

Soyez heureux.

Hiata de Tahiti

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Gaston Maspero, Ruines et paysages d’Égypte

gaston maspero ruines et paysages d egypte

Gaston Maspero fut un égyptologue français renommé, né en 1846 et mort en 1916. Professeur au Collège de France à 28 ans, il prit la succession d’Auguste Mariette à la direction du Service des antiquités égyptiennes, embauché par le gouvernement du Caire. Il y créa le Musée égyptien, découvrit les momies royales de Deir el-Bahari et déblaya, consolida et restaura nombre de monuments aujourd’hui offerts aux touristes – manne économique pour l’Égypte. Ce nomade professionnel, de l’amont à l’aval du Nil, a écrit nombre d’articles pour égayer les lecteurs du Temps et autres revues du public cultivé. Son éditeur les a recueillis en volume.

Le style est bavard et fleuri comme on l’aimait au XIXe siècle, revenant peu à la ligne, mais Maspero n’est pas un touriste. S’il sacrifie parfois aux sentiments d’atmosphère ou au pittoresque du paysage, c’est pour montrer en historien la continuité millénaire du peuple égyptien, vivant en 1900 presque comme en -3900. « Une bande d’âne qui sort d’un creux derrière la digue, sous un faix de sacs gonflés, pourrait être celle-là même qui servit de modèle aux dessinateurs du tombeau de Ti pour la rentrée des gerbes » 20 janvier 1904, p.62.

Il n’aime rien tant, Monsieur l’archéologue, qu’évoquer les processions conduites par les prêtres d’Isis ou du culte d’Amon, nous montrer leur itinéraire encore visible au sol, remonter les colonnes à terre, ou nous faire sentir les odeurs, entendre les sons et palper l’humanité même d’hier avec les mots d’aujourd’hui. « C’est l’ordinaire paysage d’Égypte (…) deux chaînes de collines menues, déchiquetées, noires et zébrées de jaune où le sable s’écoule, un Nil boueux et presque désert, des lignes d’arbres tourmentés par le vent, des taches de verdure tranchant en vigueur sur le sable de la plaine. (…) Est-ce bien l’Edfou d’aujourd’hui qui va s’endormir sous nos yeux ? » 14 janvier 1906, p.275. Ce délassement de professionnel pour l’édification du grand nombre est un bonheur de lecture.

Temples, monastères, mosquées, usines se succèdent avec les millénaires – mais l’Égypte demeure et ses peuples y vivent aussi sédentaires, conservateurs, fatalistes. Ainsi d’un site guérisseur : « Le charme opérait d’abord par la puissance de Khnoumou, le seigneur de la cataracte, puis Khnoumou le transmit à saint Hédéré, et aujourd’hui un cheikh musulman (…) a recueilli l’héritage de saint Hédéré et de Khnoumou. Il en va ainsi par l’Égypte entière. Le peuple n’a point changé d’âme en changeant de religion » Kom Ombo, 11 janvier 1905, p.289.

1900 philae

Maspero a vu Philae sans les eaux. Les deux barrages de 1903 et 1913 ont submergé une partie des ruines, mais le barrage Nasser en 1971 a plus encore modifié le paysage antique. Avant que la technique n’intervienne, le paysage était ainsi décrit : « Philae, intacte encore, étalait ingénument aux regards les reliques de son passé, parvis obsédés de bâtisses parasites, portiques, chapelles païennes, églises construites avec les débris des temples, maisons grecques, coptes, arabes, entassées le long des ruelles et à l’orée des carrefours » p.303. C’est dire, d’une langue flexible et riche de mots, l’entassement des siècles, l’empilement des époques, le chaos pittoresque qui envahissait de vie les ruines, avant que le Tourisme, au nom de la Science, ne déblaie tout ce fatras pour mettre à nu les Ruines – sur lesquelles viendront rêver les romantiques…

colosses ibsamboul ou abou simbel

Gaston Maspero n’est pas insensible au romantisme, mais il reste scientifique. S’il aime l’humain au présent, ces âniers braillards, ces femmes criardes, ces bandes de gosses dépenaillés et gouailleurs, ces fellahs durs à la peine – il sait aussi observer les mouvements du jour sur la pierre des colosses, comme une caresse des dieux sur la matière. Il faut avoir été en Égypte, à cette heure entre chien et chacal, pour ressentir cette puissante impression d’un souffle venu d’ailleurs passant sur les vieilles pierres. A propos des colosses d’Ibsamboul (nom ancien d’Abou Simbel), Maspero écrit : « L’aube suivante nous les montre encore absorbés dans leurs voiles, le visage dur de pensée concentrée, la prunelle fixe, les lèvres serrées, puis le soleil, montant au-dessus de la chaîne libyque, gagne leur couronne et allume dans leurs yeux une flamme rosée ; à peine a-t-il effleuré leurs lèvres, leur bouche tremble et un sourire léger éclaire leur face. C’est l’illusion d’un moment, et leur impassibilité les reprend » 30 décembre 1904, p.326.

Un bien beau livre, à lire en petites étapes, de retour d’Égypte ou sur le bateau qui remonte le Nil.

Gaston Maspero, Ruines et paysages d’Égypte, édition revue et augmentée 1914, Petite bibliothèque Payot 2003, 362 pages, €8.69

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Pièges à poissons dans la passe de Tiareroa aux Tuamotu

Ce sera l’ava (passe), Tiareroa et les pièges à poissons car nous désirons remplir notre glacière pour notre vol retour sur Papeete. Un Japonais souhaite aller plonger à la passe pour voir les requins et autres poissons. Cet homme a prévu de visiter la plupart des atolls de Polynésie française. Il est là pour trois mois ! L’unique passe est large de 180 m, profonde de 12 m à l’entrée avec un seuil de 5 m à la sortie lagon. Elle est proche de la pointe Nord-ouest. Les eaux sont très claires et nous pouvons apercevoir des poissons variés. Repu, notre Japonais remonte à bord et nous nous dirigeons vers le parc à poissons. On nous y attend. C’est la saison des uhu (poissons perroquets). Nous aurions préféré d’autres types de poissons. Faisons contre mauvaise fortune bon cœur. Des perroquets de toutes les couleurs qui ne semblent pas apprécier leur capture et qui le manifestent par des sauts imposants hors du bac !

TUAMOTU AHE PERROQUETS

De retour à la pension, il faudra gratter, vider, couper afin que tout ce petit monde, prêt pour la cuisine, trouve place dans le congélateur puis dans la glacière avant de prendre l’avion de retour. M. effectuera le plus gros du travail et la déception viendra le lendemain quand elle constatera que les tenanciers de la pension, après nous avoir « plumées » pour les sorties, se sont copieusement servis en filets et grosses pièces. C’est cela le tourisme en Polynésie française. Il faut gagner en deux jours ce que l’on devrait gagner en un mois. Surtout le touriste étranger et même le résident du fenua doivent  payer le prix fort pour un service somme toute à peine moyen !

TUAMOTU AHE CITERNE DE L'ANCIEN VILLAGE

La dernière matinée sera consacrée à visiter le motu Tenihinihi. Nous commencerons par voir les citernes, l’ancienne constituée de plusieurs salles en blocs de corail est recouverte de chaux. Lors de l’annonce de cyclones, la population vidait une partie des réserves d’eau et s’abritait des éléments dans ces cases vides. La seconde est plus « moderne »  mais sans la séparation en salles ce qui ne permettait plus de servir d’abri lors des cyclones.

TUAMOTU AHE FORET

Dans le coude de ce motu, nous arrivons, côté lagon, au seuil d’une belle forêt de gatae (Pisonia grandis) ou toatoa ou puetea qui abrite une importante population d’oiseaux nicheurs tels les fous à pieds rouges et les kikiriri (noddis noirs), goélettes blanches et frégates. Le sol est recouvert de déjections, le bon compost est là et Moitessier a pu enrichir le sol de son jardin de Poro-Poro.

Hiata de Tahiti

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Pique-nique sur le motu Haka des Tuamotu

Nous commencerons le lendemain de notre arrivée par un pique-nique sur le motu Haka. Nous embarquons des glacières avec du poisson cru, du ipo ou plus exactement du Faraoa ‘Ipo fabriqué à partir de farine, d’eau, de sucre, de coco râpé, le tout bouilli. C’est qu’il y a peu ou pas de boulangeries sur les atolls alors les Paumotu (habitants des Tuamotu) se débrouillent pour fabriquer » leur pain » ! Comme plat principal du nylon, des hameçons et des appâts de petits poissons qui sont à notre disposition dans le bateau. Notre guide et pilote arrêtera le bateau près des patates de corail où se tapissent les poissons. A nous d’avoir la dextérité et la chance d’attraper notre repas si nous voulons déguster un poisson rôti sur la braise pour le déjeuner. Mon amie ramène une loche marbrée et notre pilote deux loches marbrées et un surmulet à nageoires jaunes. Ouf, nous aurons de quoi déjeuner.

TUAMOTU AHE

Moi, avec mes genoux en panne, je me contente de contempler et de photographier les prises et les pêcheurs en plein travail ! Arrivées à destination, il faut sauter à l’eau, l’eau est peu profonde, chaude à souhait, le sable est doré. Et transporter le matériel, visiter les lieux tandis que notre pilote troque sa casquette de capitaine pour celle de cuistot. Deux loches sont  grillées sur des palmes de cocotier puis mises dans l’eau de mer pour enlever cette peau noircie (tunupa’a). Cocotiers, cocotiers, encore des cocotiers, du pokea (pourpier) aux fleurs jaunes pour la salade, des miki miki (Pemphis acidula, arbuste aux branches argentés endémique aux atolls) des reliefs d’anciens piqueniques, des cocotiers à terre depuis la dernière tempête. Les photos ne seront pas extraordinaires. Alléchées par l’odeur du poisson, les mouches arrivent en escadrilles serrées, les petits poissons eux aussi se présentent et enfin arrivent les vaki (petits requins à pointes noires), les kaveka (sternes) s’assurent de quelques restes. Tout disparait, seuls flottent encore les petits morceaux de tomate du poisson cru, pas de végétariens parmi tout ce monde ?

TUAMOTU AHE

Nous rentrerons  par le chemin des écoliers en visitant le « nouveau » village de Tenukupara, avec son quai, sa rue, sa soixantaine de fare, ses quatre édifices religieux, sa mairie, son bureau de poste, son épicerie, son école primaire, son infirmerie (j’espère ne rien avoir oublié !). Les goélettes accèdent au quai en traversant le lagon balisé sur une dizaine de kilomètres. Un certain nombre d’enfants ne fréquentent pas l’école. Leurs parents doivent les amener tôt en kau (canot à moteur ou speed boat) en traversant le lagon par tous les temps.

TUAMOTU AHE

Le motu Poro Poro où s’était installé Bernard Moitissier en 1975 avec sa compagne Iléana et son fils de 4 ans est situé juste en face du village, séparé seulement par un hoa, que l’on peut franchir à  pied. Le navigateur vivait ici en autarcie totale recyclant tout ce qui lui servait ensuite comme compost. Il avait apporté de la terre de Tahiti sur son bateau et réussit à créer un potager, un verger alors que les habitants lui disaient que rien ne poussait sur ce sol corallien. Il planta une barrière anti-vent avec des aito (arbres de fer), posa des bagues en plastique sur les troncs des cocotiers afin que les rats ne puissent plus y grimper. Il importa des chats pour dévorer les rats mais les matous dévorèrent les oiseaux et les œufs ! Trop de routine, il quitta Poro Poro en 1978 et s’installa à Moorea. Sa maison de style local a été remplacée par une construction en parpaings, le jardin et le verger ont disparu, seuls certains habitants parlent encore des énormes pastèques de Bernard Moitessier.

Sur le chemin du retour à la pension, nous apercevons le Bethel II plutôt ce qu’il en reste sur la plage. Ce beau voilier, un Dynamique 58 baptisé Bethel II, avait fait naufrage à Ahe le 20 juin  2007. Partis du sud de la France, l’ancien pilote d’Air Polynésie et sa femme, après huit mois de navigation arrivent aux Tuamotu. Le voilier est au mouillage près de la passe, l’ancre est prise dans un pu’a (bloc de corail, patate), le vent se lève… les ancres cassent… Le rêve est fini. Le navire sera déclaré « épave » et cédé pour un franc symbolique à un jeune perliculteur qui pendant un mois préparera son opération de renflouage. Il ne disposait que de 60 fûts de 200 litres (drums), 300 m de corde, 200 m de chaîne, un moteur de hors-bord de 250 chevaux et 8 cocotiers. Elvis le Paumotu réussit son pari le 21 septembre 2007. Pendant 8 heures il tracta le voilier jusqu’à la plage devant son fare (maison). Elvis devra abandonner sa ferme perlière suite à la mévente des perles. Depuis lors le Bethel II est planté sur cette plage. Les intempéries l’outragent chaque jour un peu plus. Ce voilier acheté neuf dans les années 80 avait coûté la coquette somme de 300 millions de XPF ! (1 EUR = 119,33 XPF).

TUAMOTU AHE

Au retour de cette journée lagonaire, l’eau coule avec promptitude et abondance dans la salle de bains, rien à voir avec le filet asthmatique et nocturne de Papeari ! Nous profitons de moments libres pour poser des questions, affiner nos connaissances livresques sur Ahe auprès des tenanciers de la pension. Concernant les marae, toujours la même crainte même de prononcer ce nom tapu (tabou). Les vieux déconseillent de s’approcher des lieux. On nous raconte qu’un homme serait revenu fou après s’être trop approché d’un marae alors qu’il nettoyait sa cocoteraie. Nous avions pourtant trouvé une preuve écrite de l’existence de ces trois marae à Ahe. Eh bien, n’en parlons plus. L’épave du Saint-Xavier Maris Stella, première goélette du nom qui assurait la desserte des atolls des Tuamotu s’est échouée au sud de l’atoll d’Ahe lors d’une forte tempête. A ce jour, il ne reste plus que le moteur sur le platier et notre guide a omis de nous le signaler. L’atoll est ravitaillé par le Dory, le Mareva Nui et le St Xavier Maris Stella III. Après le diner, il est temps d’aller rêver à notre pêche et préparer la sortie du lendemain.

Hiata de Tahiti

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Yukio Mishima, Une soif d’amour

mishima une soif d amour

Kimitake Haraoka a 25 ans lorsqu’il publie cette œuvre sous le pseudonyme de Yukio Mishima. L’histoire d’une femme têtue, romantique et violente qui pourrait reprendre certains traits de sa grand-mère. Car Mishima, même s’il n’a jamais officiellement franchi le pas de la transgression, est homosexuel. C’est dire le regard d’entomologiste qu’il pose sur la gent féminine en butte aux désirs sans limites. Tout le contraire des garçons, jeunes animaux pleins de vie, qui vont où leur désir du moment les pousse – sans plus. Etsuko fait tout un plat de l’Hâmour (comme disait Flaubert pour s’en gausser) ; Saburo vit l’accouplement dans l’instant et la sensualité au quotidien, sans voler plus haut que la glèbe.

Etsuko est femme de la ville, mariée à un prétentieux, fils de paysans promu et devenue veuve car elle n’a pas su attiser le désir de son époux. Saburo est un jardinier inculte (avec l’humour Mishima de cet oxymore), aux services de la famille du patriarche à la campagne depuis la fin de son école primaire (vers 14 ans). Yakichi est le modèle autoritaire, égoïste et grondeur du mâle traditionnel japonais, directeur d’une société de transport revenu passer sa retraite dans son domaine des champs où il règne sur la maisonnée de ses fils et belles-filles. Yakichi prend chaque soir la veuve Etsuko, qui se laisse faire mais n’en projette pas moins sur le jeune Saburo, 18 ans musclés et hâlés, ses fantasmes d’amour idéal.

Amour au sens occidental, romantisme impossible dont le Japon d’après-guerre s’entichait volontiers. Le Japonais est resté plus nietzschéen que rousseauiste ; il est pragmatique, proche de la nature, du naturel. Contre ces valeurs nouvelles de la ville, venues de l’étranger par l’occupation américaine et par la mode, qu’Etsuko et le couple de son beau-frère incarnent à leurs manières. « C’est un monde factice », dit Yakichi, « dans ce monde factice, il n’est rien qui vaille de sacrifier sa vie » p.106. « Kensuké et Chieko (…) n’avaient aucun préjugé moral et s’en glorifiaient mais, à cause de cette attitude, ils ne jouaient toujours qu’un rôle de spectateur dénué de tout sentiment d’équité » p.153. Mishima donne ici la parfaite définition de la société du spectacle, que Guy Debord se vantait d’avoir inventée.

nageur japon

A cette affectation des sentiments, Saburo s’en sort par l’ignorance animale et Etsuko par la passion de la jalousie portée au paroxysme. Elle n’aura de cesse de détruire ce bonheur de l’instant du jeune homme ; de le manipuler jusqu’à ce qu’il croie que le mieux serait de baiser, alors qu’elle hurle au viol – puis le tue d’un coup de pioche !

La liberté de l’animal qui se meut naturellement dans le monde, est brimée par les conventions idéalistes de la mode venue de la ville. Etsuko, femme aigrie et rapetissée par son existence, ne peut supporter la grande santé du jeune homme dont elle admire la poitrine par la chemise ouverte, ou le teint doré de la peau lors d’une fête. « Comme si tout son corps était un hymne à la nature et au soleil, chaque pouce de sa personne, lorsqu’il était en train de travailler, semblait déborder de vie exubérante » p.214.

Le tragique naît de ce contraste entre le jeune homme et la femme mûre, entre la campagne et la ville, la nature et la culture, le spontané et le factice, le concret et l’idéalisme.

Mishima a des antennes pour saisir ces passions qui s’entrechoquent, ces caractères qui s’emportent, chacun suivant son chemin – incompatible. L’amour à l’occidentale, à la mode de la ville, conduit à la folie. Celle des grandeurs et celle de l’impossible.

Etsuko est un beau personnage de Phèdre japonaise qui ensorcelle le lecteur.

Yukio Mishima, Une soif d’amour, 1950, traduit de l’anglais par Leo Lack, Folio 1987, 256 pages, €6.27

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Embarquement pour Ahe Tuamotu

Tahiti Faa’a en cette fin de matinée. Il fait beau et chaud. Nous allons embarquer pour l’atoll d’Ahe situé à 470 km au nord-est de Tahiti et à 15 km à l’ouest de Manihi. Il faut un peu plus d’une heure en avion pour rejoindre l’atoll après une escale de 15 minutes pour faire descendre et monter les passagers à Manihi. L’envol est scabreux ! L’avion a des difficultés à décoller, nous sommes très  secouées pendant quelques minutes qui paraissent une éternité et – enfin – on semble partis pour de bon, mais pas encore arrivées ! Iaorana (au revoir) la pointe Vénus, puis le grand bleu. Les nuages nous accompagnent.

TAHITI POINTE VENUS

Kura ura (bonjour en paumotu) ! Les Tuamotu-Gambier sont situés entre les 137e et 151e degrés de longitude Ouest et  les 14e et 23e degrés de latitude Sud. Ces atolls s’étendent donc  sur 14 degrés de longitude soit 1540 km et 10 degrés de latitude soit sur 916 km ; ils sont disséminés sur 1 410 640 km2 soit plus de deux fois la superficie de la France. Ce sont 81 îles dont 43 sont habitées de façon constante par environ 6944 habitants (il serait bon de vérifier le chiffre !)

TUAMOTU AHE

Quiros les aperçut en 1606. Le Hollandais Le Maire pénétra le premier dans ces eaux le 10 avril 1616, toucha quelques îles dont Manihi. Son compatriote Roggeveen découvrit Makatea en 1722, Byron en 1765 décrit Napuka et Tepoto du Nord. En 1768 Bougainville reconnut plusieurs atolls dont Akiaki et Hao, après un voyage mouvementé et donnera pour la première fois aux Tuamotu le nom « d’archipel dangereux ». Wallis, Carteret, Cook croisèrent eux aussi dans les parages, Bellighausen découvrit Fakarava.

La description succincte d’un atoll pourrait se résumer à une pente externe abrupte sur l’océan, une crête algale, un platier, une plage, un motu (île basse, îlot), des hoa (chenaux entre océan et lagon), une ava (une ou des passes) ou pas du tout, et un roto (lagon).

D’après les scientifiques il existe quatre types d’atolls.

  1. L’atoll de type 1 possède une faible superficie totale d’environ 1900 ha, un développement important de la couronne récifale, une absence de passe. Il y aurait 31 atolls de ce type à l’Est (tels Fangatau ? Tekareka ? Puka Puka, Pinaki).
  2. L’atoll de type 2 possède une superficie plus importante environ 13 000 ha, la superficie du lagon est le double de celle de type 1, la couronne récifale est d’environ 1/5e de la superficie totale ; l’orientation dominante est soit Est/Sud-est, Ouest/Nord-Ouest ou Sud-est/Nord-ouest. Vingt atolls de ce type situés dans l’Ouest des Tuamotu (tel Reao).
  3. L’atoll de type 3 est parmi les 13 plus grands atolls comme 36 679 ha à Kauehi, 77 100 ha pour Apataki, les 3 géants Rangiroa 164 000 ha,Fakarava et Makemo. Ils sont situés au Nord-Ouest des Tuamotu.
  4. Les atolls de type 4 tels Makatea, Mataiva, Niau et Anaa sont situés à l’extrémité Nord-Ouest de l’archipel.

ahe carte lagon

Ahe, appelé autrefois Taka-Tua, reçoit le nom de Peacock par Wilkes à sa découverte en septembre 1839 ; il est orienté Nord-est/Sud-ouest et mesure 23 km dans sa plus grande longueur et 8 km dans sa plus grande largeur. Il comprend environ deux cents habitants dispersés. C’est la dernière île des Tuamotu découverte. Elle comprend 83 motus dans le plus grand est long de 10 km. La surface des terres émergées est de 12,2 km2 et la surface du lagon de 138,9 km2.

TUAMOTU AERODROME AHE

L’aérodrome a été construit par la Légion étrangère en 1998, il se situe sur le motu Pirake Keke. Une seule passe : Tiareroa. Le nouveau village se situe de l’autre côté du lagon sur le motu Tenukupara, tandis que l’ancien village, les citernes, la forêt aux oiseaux appartiennent au motu Tenihinihi. Nous avons choisi une pension pour notre séjour en espérant visiter un maximum d’endroits ! On nous a cité la forêt aux oiseaux de Tepuka, le motu Poro Poro où vécut Bernard Moitessier de 1975 à 1978, l’épave du Saint-Xavier Maris Stella, les marae des motu Tatupegiaro, Tamarahi, et Kaminihi, l’épave du Bethel II, l’étang sacré, la plage des tortues, la tombe à l’ancien village, un pique-nique sur un motu, enfin de quoi occuper nos journées !

Hiata de Tahiti

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Productions agricoles de Tahiti

Accusés par les consommateurs d’utiliser trop de pesticides et d’insecticides, interdits depuis des années en Europe, mais encore utilisés en Polynésie, les agriculteurs jurent qu’ils sont « propres » mais qu’il demeure malgré tout parmi eux des brebis galeuses. Ils ont obtenu du gouvernement que certains légumes dont les salades ne soient plus importés. « Nous savons doser les produits et nous connaissons les durées de rémanence ». Nous, consommateurs voulons bien les croire mais il faudra nous apporter des preuves… et pas de chalala. Microguêpes et coccinelles pourraient être à même de lutter contre les nuisibles, en plus c’est joli une coccinelle, non ?

On peut transformer l’uru (ou fruit de l’arbre à pain) en frites, farine, purée, c’est dans les cartons depuis plusieurs années (1994). On ressort le projet. On le ressort pour l’aérer ou plus ? L’uru, un fruit ou un légume, que l’on peut cuire et le congeler pendant six mois. On peut ensuite le transformer, en faire des frites, des gratins, des ragouts. On pourrait également produire de la farine, faire alors des pains d’uru, des tartes, des pai, etc. Pas de gros producteurs pour le moment mais chaque famille ayant un lopin de terre a un ou deux arbres dans son jardin. Un projet qui devrait intéresser de nombreuses familles qui profiteraient de cette surproduction pour la transformer, valoriser sa consommation à la place des produits importés, dans des petites unités de transformation. Un pied d’uru produit entre 400 et 500 kg de fruits. Le ministre de l’Agriculture voit d’autres transformations à opérer avec les rebuts des carottes des Australes. Souhaitons que le rêve devienne réalité et que cela dure ! Les enfants des cantines scolaires se régaleront.

L’huile de tamanu est obtenue à partir des amandes du fruit de Calophyllum inophyllum appelé couramment tamanu ou ati dans les îles de la Société. Cette huile est utilisée depuis des siècles dans la médecine traditionnelle des îles du Pacifique. Ses propriétés sont anti-inflammatoires, cicatrisantes et antimicrobiennes. Les usages traditionnels sont tous externes : écorchures, brulures, piqures d’insectes, coups de soleil, rhumatismes, hémorroïdes entre autres. En Polynésie elle est aussi utilisée pour faciliter la guérison après les tatouages. L’huile doit être préparée à partir de graines d’excellente qualité afin de prévenir la présence d’aflatoxines lié à la moisissure des graines. C’est vers 1950 que des études sur la résine, l’huile ou la graine de tamanu ont commencé. Une centaines d’articles ont été publiés dans les revues scientifiques internationales.

vanille

Vanilla tahitensis est une orchidée qui produit la vanille de Tahiti. Cette espèce locale, contrairement aux autres types de vanille, ne s’ouvre pas et reste charnue tandis que les gousses explosent à maturité sur  d’autres types de vanille. Elles poussent sur des lianes cultivées avec soin, et arrivent à maturité au bout de 9 à 10 mois. Elles seront cueillies et subiront un traitement spécifique avant de rejoindre vos cuisines. En voici les étapes :

–          Nettoyage des gousses

–          Noircissement : durant deux à trois jours, les gousses vertes sont mises en chambre noire pour aider à leur brunissement.

–        Séchage : durant trois semaines à un mois, les gousses sont exposées au soleil le plus chaud pendant deux à trois heures par jour. Puis on les place toutes chaudes dans un linge ou une caisse ; là elles « transpirent ». L’évacuation de l’eau doit se faire lentement, d’où le temps d’exposition limité au soleil afin de développer l’arôme de façon optimale. Après cela, pendant une à deux semaines, lorsque  les gousses commencent à se rider, le temps d’exposition passe à 1h30. Une fois refroidies, elles sont massées, le séchage alors est uniforme.

–       Aération : On installe les gousses sur des claies pour terminer leur séchage à l’ombre. Pendant un mois, la vanille se bonifie, tel le bon vin, et son taux d’humidité descend alors à 40%.

Conservation : Afin de garder longtemps leur arôme, les gousses seront conservées dans un emballage hermétique à l’abri de la lumière.

Hiata de Tahiti

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Yukio Mishima, Le Pavillon d’or

mishima le pavillon d or

Construit en 1397, brûlé en 1950, refait entièrement en 1955 et rénové en 1987, le Kinkaku ji – temple d’or – est inscrit depuis 1974 au Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Il est prétexte au roman de Mishima, publié en 1956. C’est l’œuvre la plus célèbre de l’écrivain, parce que culturelle, parce que mettant en scène Kyoto, l’ancienne capitale jumelée avec Paris, épargnée par les bombardements américains sur l’ordre exprès de Mac Arthur durant la Seconde guerre mondiale.

Ce n’est pourtant pas l’œuvre que je préfère, trop bavarde, un rien datée, parfois à la limite de la vraisemblance. A qui n’a jamais lu Mishima et voudrait aborder son œuvre, je conseille plutôt de commencer par Le tumulte des flots, bien plus sec, tragique et vraisemblable, d’une pureté très japonaise, le meilleur de Mishima.

Le Pavillon d’or est cependant un symbole : celui du Japon traditionnel, confronté à l’occupation yankee après la défaite des militaristes. Donc celui de Mishima, écrivain très japonais mais aussi largement influencé par les œuvres occidentales. N’écrit-il pas ici son Crime et châtiment sur le modèle de Dostoïevski ? Détruire le Pavillon d’or, n’est-ce pas, pour Mishima, tenter d’exister par lui-même comme on « tue » le père ? Il fait du Pavillon d’or et de son reflet dans l’étang une vision philosophique à la Platon, auteur du mythe de la caverne. La beauté « idéale » écrase ; elle empêche de vivre. Seule la sensualité, dans le présent, permet d’exister. Détruire la Beauté-en-soi, symbolisée par le Pavillon d’or, c’est enfin être individu, ici et maintenant, sans référence métaphysique. Ce pourquoi le personnage principal fume à la dernière page une cigarette, tandis que fume le Pavillon d’or qu’il vient d’incendier.

L’écrivain se met dans la peau du bègue, laid, pauvre et orphelin Mizoguchi, empli de solitude et de ressentiment (l’accumulation des tares, n’est-ce pas un peu trop ?). L’adolescent de 17 ans qui entre au temple fait une fixation obsessionnelle sur ce que révérait son père, le Pavillon d’or comme essence du religieux au Japon. Mishima lui-même, à 45 ans, détruira son propre temple, le corps siège de son âme, par suicide traditionnel seppuku. Pris sous l’aile du prieur du temple d’or, le jeune homme se lie d’amitié avec deux personnages contrastés – ses extrêmes possibles. Tsurukawa est empli de lumière, mais noire, parce que son optimisme apparent dissimule une sensibilité aux autres qui va le pousser au suicide. Kashiwagi, à l’inverse, est un cynique fini, qui exploite les sentiments des autres pour se pousser dans la société, par ressentiment contre son pied bot. Mishima, dans sa vie personnelle, est tiraillé entre les deux : sensible mais fluet, attiré par le cynisme mais incapable de l’accomplir, il devient écrivain pour évacuer ces contradictions. Il fait donc du novice incendiaire – qui a réellement existé – une sorte de double personnel, adolescent attardé qui se cherche, désirant exister sans trouver en lui-même les forces nécessaires. Si le Beau lui est barré, explorer le Mal serait-il la solution ?

Kyoto pavillon d or photo argoul

Photo Argoul 2004

Le Pavillon d’or, avec son triple style de l’art japonais, est l’essence même de la japonité. Une tradition qui s’impose, dont on doit se rendre digne, malgré la cuisante défaite de la guerre. Comment réinventer le Japon sans que le passé pèse ? Le novice incendiaire a 21 ans lorsqu’il commet son forfait ; Mishima en a 25 la même année. De style Heian au rez-de-chaussée, samouraï au premier étage, temple zen au second, c’est tout le Japon d’un coup qui se dresse, face à l’étang qui le renvoie en miroir – le Miroir d’eau. Il resplendit, tout d’or vêtu, il élève l’âme et la contraint par ses formes. Mais, tel est le message de Mishima : la libération réside au Japon même, dans l’application de la doctrine bouddhiste. « Oui, c’était la première ligne du passage fameux du chapitre de l’Éclairement populaire, dans le Rinzairoku (…) : ‘Si tu croise le Bouddha, tue le Bouddha ! Si tu croises ton ancêtre, tue ton ancêtre ! (…) Alors seulement tu trouveras la Délivrance. Alors seulement tu esquiveras l’entrave des choses, et tu seras libre’… » p.371.

A lire de retour de Kyoto, ou après avoir déjà abordé Mishima. Tout premier lecteur sans préparation risque d’être déçu car il faut connaître la tradition japonaise et la vie de Yukio Mishima avant de bien saisir ce qui fait le sel de ce roman, au fond moins japonais qu’occidental.

Yukio Mishima, Le Pavillon d’or (Kinkakuji), 1956, traduit du japonais par Marc Mécréant, Folio 1975, 375 pages, €7.32

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Protestations à Tahiti

En Mai, les Protestants de la côte Est de Tahiti ont célébré le Me (les offrandes). On collecte des fonds pour l’église protestante ma’ohi, les fonds sont reversés au siège de l’église protestante. Il s’agit d’une fête annuelle où tous les protestants se réunissent pour donner de l’argent et aider leur Église. L’objectif est double : l’aspect financier mais aussi l’occasion pour les jeunes de l’école du dimanche de présenter à l’ensemble des paroissiens ce qu’ils ont appris durant cette année. Les catholiques appellent cela « catéchisme ». Les cultes lors du Me sont suivis de ma’a tahiti ! Ta ma’a maita’i (bon appétit).

fruit trahiti

Tout ce monde se bouscule pour fêter un évènement à l’église adventiste. C’est que… l’église prend en charge les repas des mariés et de leurs invités, plus de cent personnes ! L’église prend en charge le ma ’a (la bouffe) des baptisés et de leurs invités. Même procédé quand on enterre : rien à payer, on se goinfre sans bourse délier. Cela veut donc dire que pour toutes les cérémonies, quelles qu’elles  soient, on annonce son nombre d’invités – et basta. La décoration florale, les repas, tout est gratuit. Une curieuse manière de pratiquer le prosélytisme au bénéfice (?) de l’église adventiste.

En juillet, c’était le 129ème synode de l’Église protestante ma’ohi. Au cœur des débats la « réinscription » de Maohi Nui (Polynésie française indépendante). Tous les ans se tient, à Tahiti, depuis 1887, un synode qui regroupe les responsables des arrondissements de l’Église protestante ma’ohi, appelée avant 2004, Église évangélique de Polynésie française. Cette église réformée de culte protestant, autonome depuis 1963, accueille pendant une semaine les membres de son conseil supérieur, les principaux responsables de ses huit arrondissements, auxquels se sont joints ceux de l’arrondissement de Nouméa (Nouvelle-Calédonie).

Le conseil supérieur de l’Église a affirmé son opposition à la prison de Papeari, à l’ouverture de casinos, à l’extraction de phosphate à Makatea (Tuamotu), au mariage de deux personnes de même sexe. Il exhorte le Pays à abandonner les projets cités ci-dessus, considérant qu’ils ne participeront pas à l’épanouissement de la population polynésienne. Il réaffirme toutefois son soutien au dispositif de la réinscription de Maohi Nui à l’ONU. Amen.

fleur rouge tahiti

En juillet, une centaine de personnes a marché pour dire non à la prison de Papeari et non aux poulets. Attention, là je parle des volatiles ! Le ciel était gris mais n’a pas découragé les marcheurs dont beaucoup d’enfants, vacances scolaires obligent. Les voisins du futur poulailler s’inquiètent des nuisances olfactives que cette installation pourrait provoquer. Il y a quelques 200 logements à proximité. Certains dénoncent que Papeari  soit systématiquement choisi pour des projets polluants (moto-cross, enfouissement des poubelles de tout Tahiti, porcherie, maintenant poulailler). Je ne sais pas s’ils comptent la prison comme polluant.

Le collectif a voulu empêcher l’accès aux travaux du Centre de détention par le chemin du cimetière. Les membres étaient peu nombreux, le capitaine de la gendarmerie nationale n’a pu leur faire entendre raison. Ils voulaient parler aux Autorités à savoir le Haussaire (Haut commissaire) en déplacement aux Tuamotu, ensuite au colonel de la gendarmerie. Ce dernier est venu, a donné 5 minutes de réflexion aux membres du comité avant de… A 10h35 les engins de chantier empruntaient le chemin – et depuis lors nous avons poussière et bruits toute la semaine.

Au fait, le Haussaire quitte ses fonctions dans quelques jours « appelé à faire valoir ses droits à la retraite ». Paris a trop de préfets ? Ou ici on en use trop ? Jean-Pierre Laflaquière n’a pas fait un an. Comme son prédécesseur, on l’a prié de faire ses valises et pourtant il était ravi d’être en Polynésie, a fait du bon travail et était fort apprécié des Polynésiens. Celui qui arrive sous peu s’appelle Lionel Beffre et était préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Hiata de Tahiti

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Fanny Kelly, Ma captivité chez les Sioux

fanny kelly ma captivite chez les sioux

Aucun « romantisme » dans la description que Fanny fait des Sioux. Durant son périple pionnier, elle a été enlevée par eux avec sa fille adoptive, sa nièce Mary, le 12 juillet 1864 dans le Wyoming. Cette dernière, qui a réussi à fuir, a été retrouvée, massacrée et scalpée par des Indiens qui sont bien loin du rousseauisme de ceux qui ne les ont jamais côtoyés.

Certes, les Indiens se défendent devant les envahisseurs blancs ; certes, ils ont au cœur le ressentiment d’être toujours repoussés par les langues fourchues, de perdre leurs terres et de voir leurs troupeaux de prédation diminuer. Mais, nous apprend Fanny Kelly, les Sioux ne sont pas comptables de la nature. Ils chassent surtout pour le sport, ne mangeant par exemple qu’une cuisse d’un bison entier qu’ils ont tué. Crue. Les mâles sont valorisés, guerriers depuis la plus tendre enfance, vivant tout nu jusque vers 7 ans, en seul pagne ensuite, habitués à ne jamais se plaindre des souffrances, donc prêts à en infliger d’horribles. Non seulement ils tuent les Blancs, mais ils les torturent, particulièrement les adolescents, avant de leur prendre le scalp. C’est un fait, pas un fantasme.

Au demeurant dotés d’une certaine culture, adorant le Grand Esprit et aimant la nature, fabriquant leurs arcs et visant juste. Les femmes entre elles sont jalouses et hiérarchiques, la première épouse d’un chef régentant les autres ; mais elles peuvent être aussi solidaires et Fanny en donne maints exemples. Nous sommes donc loin du mépris colonial pour les « sauvages » ; loin aussi de l’idéalisme rousseauiste pour les « bons » sauvages. Fanny Kelly, devenue esclave par rapt guerrier, n’a de cesse de retrouver sa liberté. Malgré les chefs qui veulent la vendre à d’autres.

Elle dit qu’elle n’a jamais été « touchée ». Peut-être – mais ce ne fut pas le cas de toutes les captives qu’elle a rencontrée. Certaines ont été violées ou soumises au guerrier qui les avait « conquises » par la flèche et le tomawak. Soif, épuisement, coups n’ont pas été épargnés à Fanny Kelly. Ni les menaces de mort, le bûcher préparé pour elle. Ni les traitrises de ceux qui l’ont abordée pour la faire évader, l’abandonnant à son sort une fois les présents remis.

Aucune acrimonie contre les Indiens, mais la constatation de leurs mœurs, vraiment très différentes. Le machisme, la ruse, la traitrise, l’égoïsme, ne sont pas des qualités humaines remarquables. Beaucoup plus de vantardises que d’héroïsme parmi les jeunes guerriers. De la xénophobie aussi, envers les autres Indiens et envers les enfants blancs élevés avec les autres.

Fanny Kelly sera « vendue » par un groupe de guerriers à un fort de l’armée ; les guerriers Sioux avaient envisagé de l’utiliser comme appât pour pénétrer dans la place et piller tout, mais Fanny a su mettre dans sa lettre assez de mots pour contenter le chef suspicieux qui la contrôlait (mais ne savait pas lire) et mettre en garde ses compatriotes contre la traîtrise projetée (en accolant des mots pour n’en faire qu’un). Elle est donc revenue à la civilisation de l’Ouest, mais n’en a pas fini avec les épreuves. L’après captivité est une autre histoire.

Intéressant témoignage d’un vécu ; intéressant écrit d’une femme ; intéressant récit d’aventures. Pour remettre sur terre les idées fausses sur les Indiens pré-écolos et naturellement « bons ». Ils étaient humains – comme les autres. Ni pire, ni certainement meilleurs.

Fanny Kelly, Ma captivité chez les Sioux, 1871, Petite bibliothèque Payot 2012, 266 pages, €8.22

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