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J’ai visité le site d’où est partie la fin du monde

La « fin du monde » (maya) est une histoire de calendrier et de computation. Un cycle commencé en 3114 avant JC se termine et un autre commence – parce que le calendrier solaire de 365 jours et le calendrier divinatoire de 260 jours ne coïncident que rarement. Il n’existe que 13 chiffres mayas, donc tous les 13ème bak’tun un nouveau cycle commence. Les ignares ont vu sur Internet que « le calendrier » maya situait la fin du monde le 21 décembre 2012 (ou peut-être le 23). Les ignares sont donc « cru » que c’était arrivé, tout comme la finance en 2008, les millénaristes en 2000, les partisans de l’Ancien régime en 1940, les pacifistes en 1914, les anarchistes en 1871, les Lumières en 1789, les moines en l’an mille… Déjà « le monde » était né du chaos en Grèce antique, tout comme le Crépuscule des dieux allait advenir dans le monde nordique. Et alors ? La terre continue de tourner, le soleil de briller, la galaxie d’étaler sa spirale – et l’humanité est toujours vivante.

calendrier maya et bas relief

Mais les ignares ont « la croyance ». Nul ne peut rien dire contre les croyances. Aucune raison ne saurait en venir à bout. C’est au contraire prétexte à délires, comme les lycéennes immatures de Poubelle la vie, le feuilleton phare de la chaîne multiculturelle régionale. Faire « des conneries », voire « baiser pour la première fois » : les ados auraient-il besoin de prétextes ? Redécouvre-t-on l’idéologie ou l’emballage marketing avec la soi-disant « fin du monde » ? L’idéologie, chacun devrait le savoir depuis l’imbibition marxiste des profs du secondaire, est le masque des intérêts. L’emballage marketing, chacun devrait le savoir depuis l’imbibition intello-médiatique des Normaux supérieurs, est la manipulation du désir. Un prétexte pour forcer la main. Rien de tel qu’une bonne peur bleue pour que la ou le chéri(e) vienne se blottir dans vos bras – et plus encore pour oublier. Nous sommes bel et bien dans La société du spectacle.

palenque tête maya en forêt vierge

Mais le calendrier maya est réel, la date d’aujourd’hui n’apparaît qu’une seule fois sur l’ensemble des stèles mayas découvertes. Il s’agit du monument 6 de Tortuguero, lié au site de Palenque au Mexique. Je l’ai visité par une riante matinée, avant les grosses chaleurs du jour et l’afflux des touristes. Voilà un site enchanteur tel que je les rêvais dans mes lectures d’enfants, de vieilles pierres monumentales érodées, une jungle proliférante au-dessus et alentour, les mystères des rites oubliés.

Bob Morane y situait quelques-unes de ses aventures, exaltantes pour les gamins de 12 ans des années 60. Les photos de quelques têtes mayas parues en noir et blanc dans la vieille revue Archaeologia ont entretenu ma flamme d’archéologue en herbe. « Aux confins septentrionaux du pays lacandon, où la montagne couverte de forêts vient s’achever en contreforts et en gradins qui dominent la plaine marécageuse, les monuments gris et dorés de Palenque se détachent sur le moutonnement vert de la jungle », écrit Jacques Soustelle dans son livre Les Quatre Soleils.

bob morane et revue l histoireNous pénétrons dans un bois clairsemé au-delà duquel nous pouvons apercevoir une partie des 15 hectares fouillés sur une superficie évaluée à 16 km². Palenque signifie « maisons de pierres fortifiées », traduction espagnole du mot chaol Otulum. Le site aurait été occupé de -100 à +900 avec son apogée au 7ème siècle sous le roi Pacal pendant 46 ans, auquel a succédé son fils durant 18 ans. Le déclin de la cité commença quand le successeur du fils fut vaincu par le roi de Tonina et décapité selon les rites. Des peuples venus du golfe du Mexique affaibliront progressivement la ville continentale jusqu’à son abandon. Cortès ne l’a pas vue durant son périple. Le père de Solis, venus évangéliser, la découvrira en 1746, le comte aventurier français Jean Frédéric Maximilien de Waldeck y passera un an, en 1832, pour dessiner les ruines.

Palenque expédition Stephens & Catherwood

Mais ce seront Stephens et Catherwood, en 1840, qui révèleront Palenque au public en publiant leur récit de voyage. Il est vivant, sensible et imagé, illustré de gravures réalistes ; il se lit encore agréablement aujourd’hui. « Nos Indiens crièrent « el palacio ! » et nous vîmes, par les éclaircies de la forêt, la façade d’un grand édifice dont les piliers étaient ornés de personnages en stuc, aux formes curieuses et raffinées. Des arbres avaient crû tout près et leurs branches pénétraient dans ses ouvertures. Unique par son style et l’effet qu’elle produisait, cette extraordinaire structure nous frappa par sa beauté funèbre ». Les fouilles scientifiques du site n’ont débuté qu’en 1949 et se poursuivront longtemps.

Palenque temple et plan generalNous commençons par le temple de la Calavera. Ce terme signifie « bambocheur » mais aussi « tête de mort », parce que l’on y a découvert un relief en stuc de crâne modelé sur un pilier de la galerie. Pour les amateurs de chiffres, la tombe contenait 670 pièces de jadéite, aujourd’hui au musée du site, un vrai trésor ! Mais le roi Pacal a sa vraie tombe dans le temple en pyramide d’à côté, dite « des Inscriptions ». Elle fut découverte en 1952 après 1269 ans de secret. Quatre hommes et une femme ont été sacrifiés en même temps que le roi et laissés là, dans le couloir funéraire, pour l’accompagner dans cet au-delà auquel la plupart des humains tentent désespérément de croire. La crypte renfermant le sarcophage de 3 m de long et pesant 20 tonnes a une voûte de 7 m de haut. De somptueux ornements de jade reposaient sur la poitrine, les poignets, les doigts et les oreilles du défunt. Un masque funéraire en mosaïque de jade recouvrait son visage, les yeux en coquille et obsidienne. Les deux têtes en stuc de Pacal à 12 ans (âge où il devint roi) et de Pacal adulte, ont été découvertes sous le sarcophage. La pyramide a, selon les datations au carbone 14, été construite après la tombe, en une vingtaine d’années.

Le fameux « palacio » se visite en groupe. 100 m de long, 80 m de large, 10 m de haut, il comprend deux cours, une tour de 15 m de hauteur et une série d’édifices dont les usages restent obscurs. Des reliefs en stuc montrent le fils de Pacal, Chan-Bahlum, dansant devant sa mère. Dans la cour de la Maison A, ce sont des captifs agenouillés qui se soumettent. Des galeries souterraines, au sud, permettent de ressortir vers le rio Otolum. Une fois passé le pont, fin de la visite commentée, la liberté commence.

Palenque bas reliefUn petit sentier mène au temple XX d’où il est aisé de photographier le temple de la Croix, celui de la Croix Foliée et d’autres temples. Elles s’élèvent à une vingtaine de mètres du sol et permettent d’accéder à une sorte de sanctuaire représentant cet inframonde qui communique avec les défunts. Le fils Pacal, qui devait bien aimer son père, les a fait bâtir pour cela. Depuis les corniches du temple de la Croix qui domine le site, je peux prendre en photo les autres temples découverts, dont le temple du Soleil en face. Le reste du site est dans la forêt, ce qui donne de l’ombre et de jolies vues. Ce qui sert aussi à réfléchir sur l’histoire et sur l’obstination de la nature à tout recycler dans le temps.

PalenqueCes pyramides, durant de longs siècles, avaient disparu du regard des hommes, recouvertes par la jungle. La nature, avec lenteur et patience, avait repris ses droits, ne laissant de traces de l’homme que cet ordre enfoui des pierres. Je pense à ce naturaliste qui déclare qu’il suffirait de « laisser faire », une fois coupée la source, pour que toute pollution se résorbe d’elle-même, tant la nature est luxuriante. Sur le long terme, le plus patient et le plus têtu gagne, comme l’eau des philosophes chinois. Souple, éminemment adaptable, l’eau se coule dans tous les moules qu’on veut lui imposer. Mais elle pèse, elle s’infiltre, elle passe par toutes les failles. Elle ne peut que gagner.

Palenque gaminLa grandeur de l’homme est justement de s’opposer un temps au courant, de bâtir un ordre éphémère au-dessus de la nature (mais pas « contre » elle, il en fait partie !). Existence tragique puisque l’homme n’a que moins d’un siècle de temps à passer alors que la nature a des millénaires devant elle… Il n’empêche que transformer le donné naturel pour l’adapter à l’homme, c’est cela même qui est « la civilisation ». Et tous ceux qui ne veulent rien changer ou, pire, revenir à une neutralité de cueillette, ceux-là sont des « barbares » puisqu’ils veulent abandonner ce qui fait l’homme même pour le ramener à sa pure condition d’animal prédateur.

Peut-être est-ce le retour de cette « barbarie » qui est pour l’homme « la fin du monde » ?

Les Mayas : la fin du monde n’aura pas lieu, dossier de la revue L’Histoire, décembre 2012, €6.20 en kiosque ou sur www.histoire.presse.fr

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Méliandre Stern, Les étoiles de Tareth 1

Méliandre est une fille de l’Essonne qui n’a pas vingt ans et publie déjà son premier roman. Une épopée échevelée d’heroic fantasy un peu bizarre, pleine d’action et d’imagination. D’une famille de « cultureux » comme on dit en province, Méliandre appartient aux grands lecteurs par hérédité. Son prénom, déjà, a l’originalité de ne pas être référencé dans les sites d’orientation des parents. On dit que l’auteur commence des études d’histoire bien qu’elle mêle allègrement prénoms grecs et langue « runique » dans un pays imaginaire aux noms slaves et au paysage mésopotamien. Métissage culturel très tendance, chaos historique dû à la déstructuration de l’Éducation nationale, nous sommes au présent, dans un temps « ancien » avec chevaux, arcs et épées mais nous ne savons rien d’autre.

L’histoire est celle de six adolescents d’un petit village, enfuis pour échapper aux sbires du Gouverneur. Mais ils seront arrêtés, emprisonnés, torturés. Ils s’évaderont, seront rattrapés, passés au fil de l’épée… mais comme ils ont neuf vies, survivront. Les personnages sont très jeunes, 12 à 19 ans semble-t-il, mais ils ne sont jamais décrits, pas même comment ils sont vêtus (sauf une pintade, fille de gouverneur). Ils pourraient être attachants si l’on en savait un peu plus sur eux, ce qu’ils sont, ce qu’ils pensent, qui ils aiment. C’est ainsi qu’un gamin de 13 ans se retrouve « un poignard dans le torse »… Étrange façon de dire : on ne parle de torse que lorsqu’il est nu, serait-ce le cas ? Sinon on dit poitrine ou dos, ce qui est plus précis. Le lecteur adulte a l’impression de suivre par écrit un jeu vidéo où les rôles sont incarnés par des personnages standards : le Voyant, le Guerrier, le Magicien…

Divers tropismes montrent que l’auteur a été très influencée par les séries américaines. Les filles ont naturellement un plus beau rôle que les garçons, féministe militant oblige. Dommage qu’elles ne soient pas plus consistantes. Comment aimer de telles poupées Barbie, même prénommées Électre ou Mira ?

Rêve étasunien de la jeunesse actuelle pour l’au-delà du réel, chacun est doté par hérédité de « pouvoirs » sans qu’il en soit pour rien. Pas d’initiative, pas de courage, la simple mécanique des gènes qui le « font » lire l’avenir ou être habile aux armes. L’imprégnation de la mentalité d’outre Atlantique transpire nettement dans ces déterminations : chacun n’est-il pas « de naissance » ci ou ça, gros ou mince, homo ou hétéro, pervers ou normal…? Toute la recherche psy américaine se focalise sur « le gène » qui va tout expliquer.

Autre fascination d’époque : la torture et la mort. On ne compte plus les pages où les filles ont les extrémités écrasées, les os brisés, les oreilles arrachées, après que « toute la garnison » leur soit passée dessus. Pas les garçons, ce qui est étrange, à moins qu’ils soient épargnés par l’auteur fille parce qu’ils sont trop jeunes ? Les hommes, cependant, sont volontiers dénudés, liés, tailladés, les plaies enduites de vinaigre et enfin brûlés vifs avec le bois du coin…

Défauts de la mode et du premier roman, dira-t-on, ce pourquoi nous sommes indulgents. Il reste une épopée qui se lit avec plaisir si l’on se laisse emporter par le galop de l’action, en « oubliant » l’absence de profondeur et la profusion massive de personnages qui embrouille. Peut-être les tomes suivants seront-ils plus mûrs, moins jetés comme scénarios de série télé et plus écrits, laissant moins place aux rôles standard au profit d’être humains plus véridiques ? Il ne s’agit pas d’écrire aujourd’hui comme Flaubert, mais de donner un peu de consistance aux héros, de façon à ce que le lecteur les aime.

Un bon point : l’absence totale de faute de français et d’orthographe. On ne peut pas en dire autant de tous les livres de l’éditeur et c’est à marquer.

Il demeure que l’on est touché de l’inventivité de cet univers onirique. Pour un premier roman, écrit à moins de vingt ans, c’est une réussite. Peut-être en calmant un peu les chevaux de l’imagination, en lui tenant mieux la bride par des rajouts qui éclairent (ainsi écrivait Balzac), en donnant plus de consistance aux personnages par des descriptions, des états de pensée, des anecdotes édifiantes sur leur caractère, en remplissant un peu plus le canevas de l’aventure – peut-être la suite sera-t-elle mieux réussie ? Relire le Seigneur des anneaux (le livre) serait probablement de bon conseil.

Mais n’hésitez pas à passer une heure dans le livre de Méliandre, elle mérite des encouragements.

Méliandre Stern, Les étoiles de Tareth 1 – Les monts perdus, juin 2012, éditions Baudelaire, 136 pages, €12.83

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Tom Neale, Robinson des mers du sud

Néo-zélandais né en 1903, Tom Neale a été coureur des mers puis chef de comptoir dans les îles polynésiennes avant de finir sa vie, la cinquantaine venue, en robinson volontaire. Il a passé 15 années tout seul sur une île déserte du Pacifique, Souvarov, à 200 milles de la première habitation de Rarotonga dans les îles Cook.

Oh, ce ne fut pas par misanthropie ! Il a été marié et a eu deux enfants avec une îlienne. Il a travaillé et s’est fait des amis. Mais il aspire à vivre seul, loin de la civilisation qui, durant son existence, a déjà donné deux guerres mondiales. Libre et nu, il s’immerge dans la nature pour recréer son monde. Accompagné de deux chats et de quelques poules, plus un canard sauvage qu’il réussit à apprivoiser. Il fera des rencontres, marins passés par là, militaires en opération et même naufragés. Mais il ne sera bien que seul, face à lui-même.

Il s’organise, discipline la nature alentour et aménage son petit univers. « J’avais reconstruit la cuisine et même fabriqué mon fourneau, réparé la cabane et le chemin qui y conduisait, construit un poulailler où je récoltais autant d’œufs que je voulais, j’avais fait naître un jardin de la jungle et les légumes que j’y récoltais complétaient mon alimentation.. » p.192. Il cueille, il pêche, il cultive. Pas de chasse, sauf au début pour éradiquer les cochons sauvages qui détruisent toute pousse nouvelle. Mais il manque de viande, poulet et poisson ne suffisent pas à qui travaille de force. Or, six mois passés à réparer une jetée que la prochaine tempête va définitivement détruire, vont montrer à Tom sa faiblesse.

Écolo de terrain, il prouve combien les écolos de bureau disent n’importe quoi d’un ton docte et raisonnable : sans viande, pas de force. Il va découvrir aussi une autre évidence : sans insecte, pas de pollinisation. Ses plants de tomates et de courges restent stériles. Il lui reste à ensemencer les fleurs femelles avec le pistil des fleurs mâles, une à une, à l’aide d’une plume, pour obtenir enfin des légumes. Heureusement qu’il l’a lu dans un livre qui traînait : rien moins que ‘L’origine des espèces’ du grand Charles Darwin !

A ce propos, il réalise une expérience in situ de la fameuse fable socialiste. Ceux-ci se gaussent des libéraux en affirmant (en chambre) que le libéralisme est un renard libre dans un poulailler libre. Cette métaphore qui frappe les imaginations est un sophisme : un faux raisonnement. Car les bases de l’affirmation ne sont pas exactes, tout simplement. Libres, les poules se gardent bien de s’enfermer en poulailler ! Elles se nichent dans les souches d’arbres, se cachent individuellement au profond des buissons. Bien malin le renard qui parviendra à les attraper d’un coup. La preuve : quand Neale est arrivé sur l’île, les poules apportées par les occupants précédents (des militaires durant la Seconde guerre mondiale), sont retournée à la nature. Elles ont repris leurs habitudes instinctives de bons oiseaux non collectivistes. Tom Neale a réussi, en les nourrissant régulièrement après avoir frappé un gong, à les réhabituer à un endroit clos (le HLM des cités socialistes). Mais quand il a dû partir plusieurs années, pour cause de maladie, les poules ont « naturellement » retrouvé leur instinct naturel (qui est antisocialiste) : elles se sont dispersées. Pas de « poulailler libre », donc !

Un jour, mi-1954, il se trouve paralysé du dos brutalement, loin de chez lui. Comment faire, tout seul, pour s’en sortir ? Les muscles tétanisés, mais surmontant les fulgurances de la douleur à force de volonté, il réussit à rentrer et à se traîner dans sa cabane. Il n’y passe heureusement que quatre jours avant que des visiteurs de hasard le découvrent et l’aident. Il se fait vieux ; la mort dans l’âme, il embarque ses quelques effets et ses deux chats et rentre avec eux à Rarotonga. Il reprend six ans durant sa direction de comptoir, pointant tous les matins, respirant la pollution de la circulation et le bruit des gens entassés dans la ville. Ses douleurs n’étaient que de l’arthrite dans la colonne vertébrale.

Il retourne donc sur son île déserte de mi-1960 à fin 1963, quittant son paradis parce que des plongeurs des îles viennent y passer de bruyantes semaines et envisagent d’y revenir ; ils vont même encourager d’autres à le faire ! C’est à cette époque qu’il écrit ce livre, un beau récit simple et modeste d’une expérience intime qui confine au mythe. Celui du bon sauvage dans le paradis retrouvé des îles des mers du sud. Bernard Moitessier, qui a relâché sur l’île et a rencontré Tom Neale, déclare qu’il participait « à la création du monde ».

Tom Neale ne pourra s’empêcher de revenir sur son « île du désir » de 1969 à 1977, année de sa mort. Mais elle n’aura pas lieu sur l’île Souvarov. Il décèdera à Rarotonga, des suites d’un cancer de l’estomac. Il est dit sur le net qu’à l’année 2001, le fils de Tom, Arthur Frederick Neale, vivait sur l’atoll de Manihiki où il dirigeait une ferme perlière. Divorcé, il a trois enfants, Meleilani 24 ans, Thomas 17 ans, et Joshua 12 ans. Que sa fille Stella Neale-Kenyon vivait à Auckland en Nouvelle-Zélande, avec elle aussi trois enfants, Sarah-Elyss 8 ans, Milton 6 ans, et Marlow 3 ans. L’ex-femme de Tom, Sarah Haua, habitait encore en 2001 sur l’île Palmerston, à 76 ans.

Une bien belle aventure, surtout parce qu’elle est restée à l’écart de toutes les modes, de tous les « extrêmes », de toute cette écologie de salon qui encombre la littérature comme la politique. A lire pour découvrir ce que veut vraiment dire « vivre au rythme de la nature ».

Merci à Jean-Luc Coatalem, écrivain-voyageur, d’avoir convaincu la Table ronde de rééditer ce livre, devenu introuvable en français. Bien que dans la collection ‘Petite Vermillon’, il est blanc comme Folio, illustré comme Folio, imprimé comme Folio – mais n’est pas un Folio. Qu’on ne s’y trompe pas !

Tom Neale, Robinson des mers du sud (An Island to Oneself), 1966, La Table ronde collection Petite vermillon, mars 2012, 349 pages, €8.26

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Claire Arnot, Retour à Piazza Clai

Article repris sur le site PublishRoom.

L’enfance est éternelle en chacun. Ou plutôt les premiers souvenirs restent une source féconde toute la vie durant. Claire Arnot est française, mais elle a choisi de vivre en Ombrie, Italie centrale, depuis les années 1990. Elle fait revivre dans ce bref récit bilingue la vie de Luca Fioravanti, reporter-photographe de petite ville de Terni. Le texte est illustré de photos sépia ou noir et blanc de Luca et d’habitants locaux.

« Luca Fioravanti, vous êtes donc né à Terni ? — Oui, ici Piazza Clai, au numéro 9. La maison d’en face. » Les enfants grouillent dans les rues après guerre, les artisans travaillent directement devant les gens. Ses parents, venus des Abruzzes, habitent un temps chez Gina la gattara, la folle aux chats qui avait perdu ses quatre enfants le pire jour des bombardements le 11 août 43. Terni était l’un des points stratégiques à cause de ses aciéries et industries d’armement. Luca est né en 1950 d’un manœuvre et d’une couturière. Son père mourra à 34 d’une chute d’un toit, le laissant orphelin à dix ans.

C’est ainsi que naît un journaliste… « Il a toujours dévoré des yeux. Complexé par sa petite taille, surprotégé par une mère qui n’avait plus que lui au monde, il n’a jamais eu l’âme d’un chef de bande. Il courait peu, jouait mal au ballon, restait prudemment dans la moyenne à l’école et passait plutôt son temps libre à bader Piazza Clai qu’à draguer les filles. » Il a reçu son premier appareil photo a 12 ans, second d’un concours de déguisement où il s’est exhibé en diable. Il le laissera sur l’étagère jusqu’au moment où, mandaté pour effectuer le reportage du char présenté à la fête par son lycée, il mitraille… les jeunes filles qui passent, notamment une brunette qui s’appelait Sara. Coup de foudre ; il lui restera l’art du portrait. Mais pas seulement.

Ces photos prises à la sauvette lui permettent de revoir Sara, d’obtenir un rendez-vous, de se faire apprécier. Ils font l’amour en mai 68 dans les sous-sols de la librairie du père de la jeune fille – il a tout juste 18 ans. « Elle me fit découvrir Marx, Lénine, les poésies révolutionnaires de la Beat génération puis Sartre et Beauvoir. Elle était sensible au mouvement de Potere operaio (pouvoir ouvrier) ». C’est elle qui lui montre l’annonce : le concours de photo amateur du quotidien il Messagero di Roma sur le thème « évoquer l’été ». Et il obtient le premier prix pour une photo d’homme-sandwich se reposant torse nu devant la fontaine alors qu’un agent de police s’approche de lui !

« Le 1er septembre il entre comme stagiaire au Messagero di Roma pour un mois [c’était le prix du concours] : il y restera trente ans ! Et Sara ? — On ne se fréquentait pratiquement plus. Elle avait sa vie, j’avais la mienne. (…) Le travail de photographe était tellement exaltant que je m’y jetai la tête la première ; j’appris sur le tas. » Il reverra Sara épisodiquement, la dernière fois en 1973. Les années de plomb ont suivi en Italie le mouvement de mai 68 sans s’éteindre jusque vers 1977 ; Sara a fait sauter un commissariat, elle qui l’a dépucelé « pour sa douceur » est devenue terroriste… Elle finira d’un cancer en prison.

Mais elle ne laisse pas seulement un photographe… Je ne veux pas déflorer cette belle histoire et je vous laisse sur votre faim. Ce petit opus d’une vie somme toute banale est tout irradiée du final, page 55 du texte en français. Une bien belle réussite à déguster sur tablette.

Claire Arnot, Retour à Piazza Clai, octobre 2012, édition Le texte vivanthttp://www.letextevivant.fr Paris, 114 pages dont 58 pages en français, format Kindle, fichier 1645 KB, €6.99

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Andreas Rosseel, Judith von K.

Tempête et passion (Sturm und Drang), tels sont les ingrédients de ce beau premier roman d’un auteur flamand. Il dit la rencontre d’un garçon blond de 12 ans avec une comtesse allemande, dans les prés de Courtrai, combien il lui rappelle son fils, tué avec son père lors d’un accident d’avion. Alex le beau vivant devient le double d’Axel, celui qui est mort. Elle l’apprivoise, l’encourage et l’élève à la grandeur. Celle de l’amour, la révolte des sentiments sur l’abstraction du devoir, la vérité de l’être contre les principes inadéquats de la morale.

La passion est mal vue en ces années étriquées. Morale rigide, toute contrainte d’église et de surveillance voisinière. Si nos collèges laïcs fabriquent du crétin, les collèges religieux des années 1940 fabriquaient du chrétien ; les nôtres sortent pour une bonne part illettrés, les leurs sortaient pour la plupart névrosés. Comment ne pas l’être lorsqu’on vous terrorise par les flammes de l’enfer vous grillant pour l’éternité… parce qu’on a montré à 5 ans son zizi à un copain ? Comment ne pas l’être lorsqu’à 13 ans, on croit toujours que les bébés naissent dans les choux ? Mais qu’est-ce donc que « le fruit de vos entrailles » qu’on ânonne à la messe dans le ‘Je vous salue Marie’ ? Rien qu’à côtoyer une veuve riche, les mauvaises langues se mettent en branle, alléchées de péché. Un jars blanc de 13 ans ne serait-il pas capable de tous les vices ? Il y a une bêtise crasse dans la bourgeoisie des petites villes ; Simenon ne s’y est pas trompé, qui les croquera férocement juste après la guerre.

Oh, autant vous prévenir : il ne se passe rien d’ouvertement sexuel entre cette femme de 37 ans et ce garçon de 13. Ni pages torrides ni écarts physiques. Les deux ont beau se tenir les épaules et dormir parfois la tête de l’un sur le ventre de l’autre, ou ramer en slip sur une rivière des Ardennes, l’adolescent est trop sensible pour être forcé, trop candide pour agir en adulte. Elle l’aime avec un cœur de mère, il l’aime comme telle, ayant manqué de la sienne en bas âge. Ce Jean-Jacques a trouvé sa maman de Warens. Elle l’écoute, le suit, le guide. Il pédale 14 km en vélo chaque semaine pour apprendre le cheval, le jardin, la musique. Il travaille tel Sébastien parmi les hommes (célèbre feuilleton TV des années 60) comme palefrenier occasionnel dans son domaine. Il devient bon au collège, puis au piano. Tout le roman est sous le signe de Rousseau : la passion, la nature, l’élan de la musique, l’amour d’une mère. L’éducation qui mûrit, grandit, le cœur empli juste comme il faut.

L’éclosion de l’adolescent est décrite de façon réaliste et pudique : « L’âme pure et candide d’Alex, son esprit vif et curieux, cette soif et cette faim jamais assouvie d’apprendre, de connaître toujours davantage, était comme un sol fertile qui attendait qu’elle y sème les semences de sa formation supérieure d’artiste et de psychologue, de mère et de pédagogue… » p.86. Quiconque s’intéresse à ses enfants ou aux proches qui ont cet âge privilégié reconnaîtront sans peine le portrait sensible.

La tempête, c’est le décor de la Seconde guerre mondiale faite par les nazis à l’humanité entière. Des bombes tombent sur la ville et enterrent vifs toute une famille dont les cinq enfants étaient au collège d’Alex. La Gestapo traque tous les Juifs pour les déporter avant que la guerre finisse. Justement, la comtesse est née de grand-mère juive, dont elle a hérité les cheveux noirs et les yeux sombres. Un ami de son mari, colonel versé dans la SS, la prévient de s’enfuir.

Il est dommage que l’auteur soit fâché avec la concordance des temps, et que l’éditeur ait failli à son devoir de correcteur. De telles erreurs mettent mal à l’aise la littérature : « Elle fit pivoter le tabouret. Ses mains restaient… [restèrent serait plus correct] » p.31 ; « les deux semaines qui suivirent étaient [furent] longues et monotones » p.37 ; « de temps en temps, Tristan s’arrêta [s’arrêtait] de manger… » p.38 ; et tant d’autres : « comme il est dommage que tu ne peux [puisses] pas m’écrire » p.141…

Le roman est bon, écrit d’une traite, en quinze jours semble-t-il, dans la fièvre d’une réminiscence autobiographique. Le meilleur s’écrit toujours dans la fièvre – sauf que, comme pour forger une épée, il ne faut pas oublier de plonger l’ouvrage dans le froid de la correction rigoureuse !

Mais que cela ne vous rebute pas : j’ai beaucoup aimé ce roman et je vous en conseille vivement la lecture. Vous comprendrez probablement mieux vos adolescents, et l’être humain tout entier.

Andreas Rosseel, Judith von K., septembre 2012, éditions Baudelaire, 165 pages, €15.20

L’auteur : Andreas Rosseel est né le 26 août 1930 à Courtrai, en Flandre, dans un milieu catholique et bourgeois. Diplômé régent en Langues Germaniques à l’Institut St Thomas de Bruxelles, il a ensuite obtenu sa Licence et son Agrégation en Philologie romane à l’Université Officielle du Congo (où il a également enseigné) et à l’Université Libre de Bruxelles. Il a consacré toute sa vie à l’enseignement, notamment en littérature française.

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Land Rover vers Marrakech

Article repris par le blog Fées follets.

Nous petit-déjeunons de pain marocain et de thé noir. Les sacs prêts, nous retrouvons la Land Rover et son chauffeur Ali, le même qu’à l’aller, un Berbère de Marrakech. En route, nous pouvons observer nos dernières maisons de pisé aux toits plats, nos dernières mules. On aperçoit Mimoun avec un nouveau bonnet, dans son village à quelques kilomètres d’Imelghas. Piste et poussière. Brahim nous accompagne jusqu’à Marrakech.

Sur la piste, nous rencontrons soudain trois grandes tentes marabout comme celles que nous utilisons le soir, mais plus luxueuses, mieux décorées et plus larges. La Land Rover s’arrête et Brahim va aux nouvelles. C’est une réunion avec le cadi de Tabent, le village qui est en face d’Imelghas. Elle a pour but de délimiter les terrains de culture et ceux réservés aux pâturages pour cette année. La négociation dure depuis deux jours et se termine ce matin. Certaines tribus nomades viennent du Sahara en mars, pour y repartir à l’automne. S’il leur faut trois mois pour le voyage, ils sont besoin de pâturer et la tradition est là, confrontée aux exigences des sédentaires. Le cadi nous invite à prendre le thé sous la grande tente où il est installé. L’intérieur est très coloré, de motifs géométriques rouges, verts et jaunes. De nombreux tapis jonchent le sol, signes de richesse et de pouvoir. Tout est fait pour impressionner le visiteur et rendre à la décision qu’il prendra un poids d’autorité suffisant pour la faire accepter. On nous sert du thé vert sucré de qualité, sans menthe, ainsi que des plateaux de pain avec un bol de beurre (de chèvre) et de miel. L’association du beurre et du miel est excellente, bien que curieuse à nos palais et très énergétique. Nous repartons ravis de cet exemple d’hospitalité berbère.

A Azizal, nous nous arrêtons pour visiter les souks. Ceux qui veulent ramener quelque chose en France le trouveront moins cher qu’à Marrakech, déjà perdue par le tourisme de masse. Là est le vrai souk arabe : encombré, puant, empli de vieux et d’enfants qui baguenaudent. Les Européens sont très rares et nous faisons sensation. Une grappe de gamins s’attache à nos pas, nous suit partout, et regardent de tous leurs yeux. Dans le souk des tissus, Robert choisit une djellaba bleue ; au souk des tajines, Pascal marchande un plat. Au souk des viandes, la chair est apportée à dos de garçons et farcie de mouches. Le sang qui goutte encore coule sur les torses nus et macule les ventres. Un marabout africain vend un onguent universel dont il vante les qualités en arabe. Robert, pour rire, se laisse tenter par un petit flacon. Le médicament est enveloppé d’un papier tamponné au nom et adresse du marabout nègre : s’il veut en commander d’autres… Tout se vend, dans les souks : de vieux matelas ayant déjà beaucoup servi, une télé usagée, d’anciennes pièces de monnaie n’ayant plus cours légal, des clés berbères tarabiscotées… Les enfants nous trouvent imposants, ils nous demandent timidement l’heure, plus pour le plaisir de se faire reconnaître, qu’on daigne leur parler, que pour savoir dans quelle partie de la journée ils se trouvent. Je trouve cette attitude touchante et audacieuse.

Nous déjeunons dans le café où nous avions pris le thé de 10 h à l’aller. Les petits vendeurs proposent toujours leurs cigarettes à l’unité, avec une marge sur le paquet. Puis nous reprenons la Land Rover avec Brahim en passager surnuméraire. Deux arrêts de police. Ils discutent pas mal avant de nous dire d’y aller. Le nombre de passagers est réglementé par véhicule, par sécurité, mais en discutant les policiers ferment les yeux lorsqu’on leur fournit une bonne raison. Brahim a dû être convaincant.

Arrive Marrakech. Tout nous paraît différent, les enfants sont plus sales et plus loqueteux, fiers même de se montrer à demi-nus, le monde est plus dense, les klaxons retentissent sans arrêt, vélos et mobylettes se faufilent partout, les ânes se multiplient.

Le soir, nous prenons le bus jusqu’à la place inévitable : Djema el Fnaa. Nous recherchons à partir de ce point reconnaissable, un restaurant repéré sur le guide. Nous optons pour le « Riad », plus chic. Le décor de faïence bleu et blanc et de stuc sculpté est somptueux. Le service est de classe mais on mange avec les mains, à la manière traditionnelle, après que soit passée l’aiguière pour les laver. La musique typique est agréable dans l’ambiance. Les danses qui accompagnent le repas sont inégales, les grosses grognasses qui se trémoussent avec ennui ne valant pas tripette. Un français rigolard et vulgaire, émoustillé par le saindoux, leur glisse des billets dans la ceinture et entre les seins. C’est un échappé d’un soir du Club Méditerranée. Une autre danseuse se présente toute seule. Elle est beaucoup plus jeune et plus nue. Elle mérite bien mieux nos applaudissements ou nos dirhams. Mais elle dépasse tellement les autres qu’elle ne dure pas. Son numéro terminé, les seins gonflés de billets glissés par les riches spectateurs contents, elle s’en va pour ne plus reparaître.

Le menu est copieux : pastilla, tajine, fruits et pâtisseries sucrée. La pastilla est une croustade de pigeon d’œuf, de mouton, parfumée à la cannelle. La pâte est du filo passé au beurre et croustillant, assaisonné de sucre glace. Le contraste entre le sucré extérieur et le salé intérieur, entre le craquant de l’enveloppe et le mou du milieu, est un délice pour le palais. Le tajine est ce plat conique de terre épaisse qui permet de faire mijoter à four brûlant viandes et légumes ; le nôtre est de poulet au citron confit dans le sel, une valeur sûre. Nous buvons un vin d’Oustalet, puis un Clairet de Meknès. Ce dernier est un vin pour anglais, trop léger et décevant. Les fruits sont de saison, pour rafraîchir la langue après les épices : oranges, pêches, prunes. Avec le thé à la menthe nous sont servies des pâtisseries marocaines, souvent étouffe-chrétiens. Elles sont souvent faites de farine et d’huile et n’ont pas grand goût. Seules les cornes de gazelles, ces délicieux croissants de pâte dure qui entoure une pâte d’amande parfumée, auraient pu être à la hauteur, mais ici elles étaient sèches et dures.

Sur la place, nous observons les gens. Je note cette convivialité d’Afrique du nord qui étonne toujours les peuples trop réservés que nous sommes. Ne voit-on pas à chaque coin de rue des gosses du même âge, ou un petit et un grand, se tenir à les épaules, se caresser le dos sous les vêtements, se prendre les mains, se serrer très fort, dans des attitudes qui paraîtraient chez nous équivoques ? Ici, elles semblent être l’expression d’une sensibilité à fleur de peau, tournée vers les autres, un sentiment qui s’exprime brut, spontanément. Pays de familles nombreuses, de vie dans la rue, de bandes, les garçons sont d’une grande violence, tendres entre eux aussi souvent qu’ils se battent.

Ils sont extrêmes, mais directs. C’est pourquoi il semble y avoir peu de bagarres ouvertes en public, l’animosité ne prend pas des proportions importantes parce qu’il y a toujours des témoins, des frères, des amis à proximité. Ce soir, sur la place, nous pourrons assister à la rare bagarre de deux adolescents. Leur premier souci est de ne pas se laisser agripper par l’autre, sans doute parce les vêtements sont précieux et se déchirent facilement. D’où un ballet étrange, analogue à celui de deux boxeurs, où les coups de pieds et de poings partent et sont esquivés souplement. Une fois que l’un est pris par surprise, au cou en général, le but est de le faire tomber. On pourra alors le bourrer de coups de pieds sans qu’il ait le temps de se relever. C’est pourquoi les vêtements souffrent surtout du haut. Les deux gamins ont été promptement séparés par les adultes autour d’eux. Il y a une solidarité là aussi.

Nous reprenons l’avion le lendemain. / FIN

Plusieurs voyagistes proposent des randonnées dans l’Atlas marocain, sportives ou moins, d’une à trois semaines. Notamment :

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John Irving, Dernière nuit à Twisted River

Enfant bâtard, dyslexique et lutteur, John a été élevé par sa mère seule. Il porte en lui trois noms, celui de sa mère Winslow, celui de son père adoptif Irving, et celui de son vrai père dont il a retrouvé la trace plus tard, Blunt. Quoi d’étonnant à ce qu’il soit devenu écrivain ? La littérature sort d’une blessure, l’imagination compense la triste réalité. Quoique : il aurait été « abusé » sexuellement à l’âge de 11 ans par une femme plus âgée. Contre son gré ou pour son plaisir ? La biographie n’en dit rien, le puritanisme quaker des Yankees restant très coincés sur le sexe avant la fin des teens. Pourtant, l’auteur avoue p.174 : « La façon dont il s’endormit n’allait-elle pas contribuer à sa vocation d’écrivain ? La nuit même où il avait tué la plongeuse indienne de cent vingt kilos qui se trouvait être la maîtresse de son père, voilà qu’il couchait dans les bras tièdes de la veuve Del Popolo, voluptueuse créature qui remplacerait bientôt Jane l’Indienne aux côté de celui-ci, histoire triste, mais encore en devenir ». Il, c’est le héros du livre, un double de l’auteur ; il a 12 ans.

Pour John Irving, les putes, les ours et les parents manquants sont les thèmes préférés. On les retrouve dans ce dernier roman, et le psy peut sans aucun doute fantasmer sur les liens entre ces trois « animaux » totems. ‘Dernière nuit à Twisted River’ est le premier roman d’Irving que je lis. Peut-être est-ce pour cela que je n’ai pas connu « l’ennui » manifesté par les lecteurs réguliers qui s’épanchent sur les réseaux sociaux ? Certes, ce gros livre ne doit pas être lu d’une traite, mais à petites doses. Seuls les rustres avalent une bouteille entière de whisky en une seule soirée.

En professionnel de l’écriture, Irving sait l’importance de la première phrase, celle qui accroche le lecteur. Ici, nous sommes servis : « Le jeune Canadien – quinze ans, tout au plus – avait eu un instant d’hésitation fatal ». De fait, il disparaît dans les flots de la rivière Twisted dès la première page. Mais avouons aussitôt qu’il n’est pas Canadien, qu’il n’aurait jamais dû monter sur le bois flotté sans danser, et que les témoins qui l’ont vu mourir sont les protagonistes du livre. Nous avons Danny, 12 ans, fils du Cuisinier qui l’élève seul, Ketchum, vieux coureur des bois et une série de femmes et de filles qui protègent le couple filial.

Dès lors, l’histoire se bâtit comme une légende, la mémoire est livrée par bribes, contredite à mesure que le personnage mûrit. Est-ce vraiment un ours que son père a assommé d’un coup de poêle à frire un soir dans sa cuisine ? Laquelle poêle allait servir au gamin pour « faire partir » la grosse fille qui chevauchait son frêle père dans un tintamarre rythmé de ressorts de lit qui l’a réveillé et précipité en caleçon dans la chambre à côté ? Comme dans la bonne littérature, le vrai se mêle à l’imagination. Proust dans les saloons du New Hampshire, ou la naissance d’un écrivain vue par celui qu’il est devenu. Il trouve en effet la première phrase du livre tout à la fin du livre, boucle littéraire qui part de la légende pour aboutir aux faits recréés, prélude à une méditation sur la mort. Car on meurt beaucoup dans ce livre, et dès la première phrase ; il en est presque policier.

Au long de ces centaines de pages, le lecteur déguste ce mélange américain de pionniers des bois et d’entrepreneurs citadins, de riches déjantés et de pauvre besogneux, de fin lettrés et de rudes illettrés. Le fil de l’histoire est l’existence traquée d’un fils sans mère, d’un meurtrier sans le vouloir, d’un écrivain qui naît. Mort et naissance sont est pimentés par la réflexion – bien américaine – sur l’arriération de la vengeance, le shérif abruti nommé Cowboy qui poursuit le père et l’enfant ne valant guère mieux que le président George W. Bush en Irak. Le roman se déroule de 1954 à 2005, le temps de grandir, le temps aussi de la décadence d’un pays trop optimiste qui s’étiole  dans la bêtise, qui perd peu à peu ses valeurs rudes de pionnier pour l’égoïsme vaniteux et batailleur des fils à papa menacés.

Les personnages sont nombreux à graviter autour du couple originel. Couple qui n’est ni Adam ni Ève, mais deux mâles : père et fils. Histoire de transmission, de survie, de création. Le protecteur Ketchum est flanqué d’une maîtresse femme surnommée Pack-de-six parce qu’elle engloutit la bière comme les Narcisses se font des abdos, plusieurs heures par jour (les abdos se disent six-pack en américain). Les femmes gravitent autour du soleil formé par le couple fusionnel, de vrais ‘stars’ (étoiles lointaines). Il y a Rosie, Jane, Katie, Tombe-du-ciel, Pam, Carmela, Lupita, Infatigable, May, Minnie…

Mais pour John Irving, l’héritage s’effectue de père en fils, pas de mère à enfant. Le seul biologique ne suffit pas à faire un homme, ni une femme. Il faut l’éducation, et seul un père – loin du charnel et du sexuel – peut élever pour faire grandir. C’est ce qui a manqué à Angel, enfant sans père décédé sous le bois flotté de la Twisted River. C’est ce qui a probablement manqué au petit John, lui aussi enfant sans père. Peut-être est-ce même ce qui manque aux États-Unis, pays né du meurtre du père colonial ?

Le féminisme agressif et le politiquement correct ont plus récemment châtré les vrais hommes, ces pionniers qui ont bâti l’union des états. Devenus solitaires et égocentrés, ils jouent désormais à la guerre dans leur pays ou en-dehors, comme de grands gamins jamais grandis. Cowboy comme Bush junior sont aussi bornés, aussi abrutis par l’alcool, aussi brutaux. Angel, au moins, était gentil. Ce pourquoi il n’a pas résisté.

La mort est toujours violente, mais pire est la décadence, qui mine à petit feu. L’écrivain, 67 ans à la parution du roman, voit son pays dans le rétroviseur. D’où le ton doux amer de ses pages, malgré l’amour pour les êtres et pour les recettes de cuisine italienne. Mais le lecteur a dans les mains de la vraie littérature : des personnages, une histoire, une sagesse. Ce n’est pas si courant parmi nos contemporains.

John Irving, Dernière nuit à Twisted River (Last night in Twisted River), 2009, Points mai 2012, 686 pages, €8.26

Existe aussi en livre audio, Thélème édition, 2011, €23.75

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Manger bien ou mal à Tahiti

Vous avez dit bio ? Je lis dans la Dépêche de Tahiti : « Extraits du conseil des ministres ; prise en charge du fret maritime des engrais et pesticides chimiques destinés à l’agriculture. Il s’agit de la prise en charge du fret maritime des produits nécessaires au développement économique et social aux produits suivants nécessaires aux agriculteurs doit permettre le développement des filières agricoles dans les îles autres que Tahiti. Le fret sera pris en charge également pour les amendements (fientes de poules, lisier de porcs, déchets de poissons, tourteaux de coprah …) Ah bon ? je n’y comprends rien ! Et vous ?

Palme d’or de l’obésité : Hip, hip, hip, hourrah ! Qui a reçu cette palme d’or ? Hein ? La Polynésie qui coiffe tous les Ultramarins sur le poteau. Le taux d’obésité infantile est de 34,1% au fenua. La Martinique est seconde avec 25,8%, la Guadeloupe troisième avec 25%, la Guyane affiche 18,3%. Les causes sont connues : sédentarité des populations, abandon de la cuisine traditionnelle au profit d’aliments raffinés, urbanisation, allongement de l’espérance de vie.

Elles sont belles mais dangereuses, plantes souvent toxiques, parfois mortelles. Poinsettia (Euphorbia pulcherrima) ou Etoile de Noël. L’ingestion est dans 90% des cas asymptomatique (diarrhées, vomissements) eczéma et démangeaisons si contact avec la peau. Datura stramonium appelé pomme-épineuse, herbes-aux-taupes, chasse-taupe, herbe du diable, endormeuse, pomme poison, trompette des anges, trompette de la mort. Toutes les parties sont toxiques : vomissements, hallucinations, arrêt cardiaque allant jusqu’au décès. Thevetia peruviana ou bois-lait, son latex est très toxique, ses graines parties sont toxiques, l’ingestion d’une simple feuille peut s’avérer mortelle pour un enfant et un adulte, en raison des troubles provoqués. Jatropha podagrica ou pignon d’Inde ou médicinier, les baies et la sève sont toxiques… Demeurez vigilants !

A Rurutu (îles Australes), le jury du Heiva et la population ont dégusté une préparation d’autrefois. Des racines de ti (cordyline) sont cuites dans un four. Ce four est recouvert de feuilles de purau imbriquées les unes dans les autres pour former un couvercle. Les racines cuites sont découpées en tranches et offertes. Autrefois friandise pour les enfants, sucre pour les aliments, se gardant plusieurs mois, cette racine était bénie des dieux. Dans les temps anciens, la racine de ti était utilisée pour ses apports en sucre. Du temps des goélettes, les voyages duraient plusieurs semaines, voire plus. Il fallait prévoir une nourriture qui puisse se garder. Les protéines étaient fournies par le poisson, les vitamines et la force par le taro, le coco pour les corps gras et le ti pour l’énergie vitale. Si aujourd’hui les besoins ne sont plus les mêmes, le rituel demeure et sort à l’occasion des fêtes de juillet.

Hiata de Tahiti

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Pêcher à Tahiti

Il est des pêcheurs polynésiens passionnés comme I. Certain sont nés pêcheurs déjà dans le ventre de leur mère. I. pêche toutes de sortes de poissons en respectant la nature, pas de surconsommation, il pêche ce dont il a besoin. Il chasse au fusil à harpon sur les patates, à la canne, au filet, au trident, à la traîne, il pêche aussi la langouste dans les périodes autorisées. Il pratique le rama komaga qui consiste à ramener le poisson en eau peu profonde puis à l’assommer avec un bois ou un couteau.

Pour le rama (pêche au flambeau), une pêche de nuit récifale, il utilise aujourd’hui le morigaz (lampe tempête) ou le moripata (lampe torche). Autrefois, on attachait des feuilles de cocotiers séchées (niau) pour servir de torche et éclairer le pêcheur. A chacun sa technique.

S’il veut attraper des rougets ou des carangues, il utilise des mouches ; si ce sont des mérous alors ce sera une queue de bernard-l’ermite ; pareil pour les bonites ou les veve (mérous de récif) ; avec le nylon, il attrapera thons, thasards, ruhi (carangues noires), mahi mahi (dorades coryphènes).

Avec le moulinet, c’est une pêche plus sportive et physique qui permet d’attraper de grosses prises plus au large comme les espadons. Il pêche au paru ce qui lui permet d’atteindre les poissons des profondeurs supérieures à 200 m. Avec son potoru (harpon à 3 dents) ou son pumaha (harpon à 4 dents) il tire sur ce qui se présente depuis le récif à marée basse. Il appâte les balistes avec des bénitiers (coquillages, pas récipients d’église). Avec son bateau, il pratique la pêche rodéo qui consiste à suivre les balistes en zigzaguant entre les patates de corail. Il pourrait parler de ses pêches pendant des jours et des jours. C’est un être passionné, qui respecte les traditions, sa culture tout suivant le mode de vie contemporain.

Le cycle de reproduction de l’anguille est encore mal connu. Les jeunes anguilles vivent dans les rivières des vallées. Au moment de la reproduction, elles commencent une migration qui durera de cinq à dix ans pour les mâles et entre douze et vingt ans pour les femelles. Elles vont rejoindre le site de reproduction dont le lieu reste encore peu précis dans le Pacifique. Après la reproduction, les individus décèdent. Les larves à tête plate qui naissent en mer seront ramenées vers les côtes par les courants marins. Il leur faudra environ 6 mois pour parcourir cette distance, elles se métamorphoseront en civelles près des côtes. Elles colonisent les embouchures des cours d’eau entre octobre et avril, avec un pic à la nouvelle lune de décembre. Une civelle mesure 50 mm de long pour un poids de 100 mg. Dix-neuf espèces d’anguilles connues dans le monde sont menacées d’extinction. Il y a une surpêche en Europe. Un marché économique important 230 000 tonnes de poissons vendues par an dont 70% aux consommateurs japonais. Un kilo de civelles a atteint 2 millions de FCP ! A vos porte-monnaie…

A Fidji, un chef traditionnel affirme que les Chinois vident la côte de ses ressources. Les hommes d’affaires chinois paieraient les villageois pour obtenir le droit de pêcher comme bon leur semble, poissons, crustacés, bêches de mer. Ils pilleraient le thon également, au grand dam des locaux. Ils ont pillé le Pacifique Nord, ils poursuivent dans le Sud. Aux Salomon, au Vanuatu, les gouvernements accordent trop de licences, à Fidji également. Les bateaux chinois sont partout à Fidji, aux Salamon, au Vanuatu, à Kiribati. Et après ?

Les 2600 océanographes réunis en Australie ont prévenu que les récifs coralliens dans le monde étaient en train de décliner rapidement et ont appelé à agir de manière urgente sur le changement climatique pour sauver ce qu’il en reste. La grande barrière de corail en Australie, qui est pourtant un des écosystèmes marins les mieux protégés au monde, a enregistré un déclin de 50% de ses coraux en un demi-siècle. Plus de 85% des récifs dans le triangle asiatique des coraux sont menacés directement par des activités humaines, telles que le développement des régions côtières, la pollution et la surpêche. (Le triangle asiatique = Indonésie, Papouasie-Nouvelle guinée, Philippines, Salomon, Timor oriental. Il couvre près de 30% des récifs coralliens du monde et abrite plus de 3000 espèces de poissons).

Hiata de Tahiti

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Jonathan Coe, La vie très privée de Mr Sim

Il est assez rare qu’un romancier se renouvelle ; eh bien, avec Jonathan Coe, le lecteur n’est jamais déçu ! Cet Anglais de 50 ans a une capacité adolescente d’imaginer des histoires à chaque fois autres. Ancrées dans sa génération, celle qui a vécu sa jeunesse après 1968 et son âge mûr sous Lady Thatcher et Sir Blair. La satire de ses semblables n’est jamais loin, le tempérament porté à l’humour non plus. Mais l’invention est reine.

Imaginez : d’une rencontre improbable (une Chinoise et sa fille complices au jeu de cartes), en un moment unique (un soir en Australie en attendant l’avion de Londres après avoir revu son père pour la première fois depuis 25 ans), le héros défile au gré de ses rencontres son existence de loser né de loser – et se sent renaître par ses propres forces… jusqu’à la boucle finale dont je ne vous dirai rien !

Exister est un éternel recommencement : telle est la tragédie humaine. L’éternel retour du même disait Nietzsche, la personnalité façonné par les complexes familiaux avant 6 ans disait Freud, l’attraction du mimétique disait René Girard – toute tentative d’épuisement d’une explication est bonne – mais il reste le vif du Sujet. Dépressif après que sa femme l’ait quitté en emmenant sa fille, Maxwell (au prénom de marque de café…) va retrouver son père exilé à Sydney après la mort de sa propre femme, 25 ans auparavant. Il porte le nom de Sim, comme le comique mais surtout comme la carte dont la puce permet de communiquer dans notre ère numérique. Rien n’est hasard chez Coe : prénom commercial et nom TIC (technologies de l’information et de la communication) – nous sommes en plein XXIème siècle.

Or la communication de masse et les messages constants du marketing ne servent pas aux meilleures relations. Au contraire ! la massification isole, la technologie dépersonnalise, le rapport humain prend un mode artificiel de marchandise ou d’optimisme industrieux. Les Américains repus et gaspilleurs sont-ils plus heureux que le populo des banlieues de Londres ? Pas vraiment. Ce pourquoi Mister Sim parle à son GPS (eh oui ! Mr signifie Mister et pas Monsieur, qui s’écrit M. en français…). La voix féminine et raisonnable du GPS est bientôt baptisée Emma (comme la Bovary ?) et permet de rêver à une compagne qui ne juge jamais, qui dit toujours comment il faut aller.

Les Anglais savent même inventer des métiers loufoques comme l’étudiante Poppy, chargée d’enregistrer les annonces des aéroports pour les louer comme service aux maris infidèles. Bien plus fort que le marketing de Lindsay sur les brosses à dent qui consiste à faire partir simultanément quatre commerciaux du siège social pour joindre les quatre points cardinaux les plus éloignés du Royaume en Toyota Prius (énergie hybride), afin de proposer des nettoie crocs à manche en bois fabriqué local et tête amovibles (développement durable) ! Toute la misère de celui qui veut bien faire pour les humains et la planète, mais sombre dans la dernière idéologie à la mode (recyclage du gauchisme 68 et de l’adulation de Mao, Castro et autres…).

Mr Sim opère une quête de l’andropause (il a 48 ans – comme l’auteur). Il apprend qu’il est né par hasard, parce que son père a confondu deux pubs (bars) du même nom, rencontrant par là même une fille au lieu d’un garçon… Lui-même s’est marié par hasard avec n’importe qui, parce que sa petite copine a surpris son père à se branler sur une photo pliée en deux sur laquelle est était en maillot de bain… à moins que ce ne soit pour son frère Chris, quasi nu lui aussi, de l’autre côté de la photo. Mr Sim a fait une fille mais ne sait pas l’aimer, il est inattentif à ses métamorphoses et désirs, il ne sait pas répondre aux questions des enfants. Il pousse même dans les orties le gamin de 8 ans torse nu et jambes nues de son meilleur ami – par dépit, par vengeance, par désir ? Il est fasciné par le destin de Donald Crowhurst, navigateur parti faire le tour du monde à la voile en même temps que Moitessier en 1969 – et qui a triché en fabriquant un faux carnet de bord pour rester à croiser dans l’Atlantique sud au lieu de passer les caps. C’était au bon vieux temps d’avant la technique qui voit tout, qui sait tout, qui traque tout…

Il se sent inadapté, Maxwell Sim, mal aimé (mère morte, père absent, meilleur ami fâché, femme partie, fille méprisante). La pression d’époque (marketing et communications) le pousse dans ses retranchements et lui renvoie à tout moment sa faiblesse. Il est un loser de la génération baby-boom, un perdant de la compétition, un raté social. Et pourtant humain.

Jeté dans ce monde sans que personne ne l’ait voulu, traversé de désirs inhibés et de messages mal traduits à cause d’une société déboussolée, lent et timide en relations faute de parents à la hauteur. Il est un peu nous et un peu ceux que nous côtoyons sans toujours les voir, encore moins les comprendre. Il est de notre époque, qui ne favorise pas les contacts humains et préfère la médiation technique ; de notre époque coincée qui croit s’être « libérée » en 68 tout en conservant les préjugés sur le sexe, les relations adulte-enfant, le toucher, la conversation.

Un beau roman doux-amer comme les Anglais savent en faire, grave aussi car il parle de ce que nous sommes devenus.

Jonathan Coe, La vie très privée de Mr Sim (The Terrible Privacy of Maxwell Sim), 2010, traduit de l’anglais par Josée Kamoun, Folio Gallimard février 2012, 467 pages, €7.69 

 Les autres romans de Jonathan Coe chroniqués sur ce blog

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Autres thèmes dansés au Heiva

Le groupe Ahutoru Nui a choisi la légende du cocotier de l’île d’Anaa. « Sur Ganaia, à Tekahora, vivaient deux belles jeunes filles. Elles se prénommaient Tei Po Te Marama et Tei I Po Te Here. Un jour, elles décidèrent d’aller pêcher sur le récif. Elles aperçurent au-delà un grand rocher et s’y installèrent, la face tournée vers l’océan. La pêche était bonne sur ce rocher qui n’était autre qu’une tortue. C’est alors qu’elles dérivèrent, nuit et jour, jusqu’au large de Maupihaa. Par chance, elles croisèrent Mapu qui aida les deux guerrières de l’océan à rejoindre Tahiti avec sa pirogue à voile. Là, elles rencontrèrent Tuna, l’homme anguille et naquit alors un amour sincère. Elles décidèrent de la ramener à Ganaia. Tei Po I Marama alla donc chercher du bambou comme couteau et des feuilles d’ape. Elles coupèrent la tête de Tuna et l’enveloppèrent de feuilles. Elles entendirent alors sa voix : Pour vous montrer la sincérité de mon amour, vous m’embrasserez tous les jours de votre vie et de génération en génération. Dès que les deux jeunes filles arrivèrent sur l’île, toute la population se rassembla autour d’elles pour écouter le récit de leur voyage, leur rencontre avec Tuna et le message que celui-ci leur avait confié. Il fut décidé de planter la tête de Tuna à Akiaki, qui se fait appeler Tekahora. Un jour, un arbre poussa et donna des fruits. Les jeunes filles se rappelèrent du message de Tuna et cassèrent la noix pour goûter le contenu. Elles nommèrent cet arbre Ha’ari « le cocotier » et sa noix Gora. Voilà pourquoi les ancêtres Parata disent toujours « Cette substance est mon dû ». Auteur du thème : Bernard Rauri Teaku Dexter.

Le groupe Manava Tahiti a choisi le royaume d’Atehi. « Aux temps anciens vécut un ancêtre qui s’appelait Atehi, exilé de la tribu de Nuuroa. En désaccord avec les règles de son groupe, il s’enfuit et créa sa propre tribu dans une petite partie de l’ouest de Punaauia. Il prit pour femme Vaiava, tous deux originaires de Punaauia. Ils eurent 6 enfants. Chacun reçut un don particulier à la naissance. Vahuapu, l’ainé de cette union, grand guerrier, fut nommé protecteur de la tribu et reçut le don de force. Ses 4 frères reçurent le don de la nature pour nourrir la communauté. La dernière de la famille, Rohotu, reçut le don de la beauté. La petite communauté Atehi vivait paisiblement lorsqu’un jour le village voisin de Nuuroa, jaloux, élabora un plan d’attaque. Mais les guerriers ennemis furent vaincus par l’armée de Vahuapu, lequel ne put survivre à cette bataille. Dans ses dernières paroles, il demanda que sa dépouille demeure à jamais enterrée au sommet de la montagne Vahuapu. Mais Rohotu, sa sœur, inconsolable, rencontra un bel oiseau à la source de la montagne qui se transforma en un prince guerrier de Bora-Bora, nommé Otaha. La puissance du sentiment amoureux. Auteurs : Amanda Bennett et Valentino Taraihau.

Le groupe Tamariki Oparo a choisi le grand reptile de Maitua appelé Te Moko. « Vers les années 1880, un reptile, géant et monstrueux, a dérivé sur l’océan, sur un tronc d’arbre. Il arrive à Oparo. Il monta sur un plateau appelé Maitua et il y vécut. Un jour, des hommes se rendirent à Maitua où ils furent attaqués et tués. Les habitants s’unirent autour de leur chef Tarakau pour supprimer le monstre. Ils envoyèrent Marongo, l’homme le plus rapide à la course, pour attirer le monstre vers la plage en déposant des morceaux de tapa (fibres d’écorces entrecroisées agglutinées et martelées, donnant une sorte de papier souple et résistant qui sert d’étoffe) sur le chemin. Arrivé à la plage, l’animal fut pris dans un grand filet et les guerriers se précipitèrent pour le tuer à coups de lances. Après la mort de la bête, les habitants se réjouirent. Moralité de cette légende choisie par Tamariki Oparo : « aujourd’hui, peuple maohi, un monstre dangereux venant de l’extérieur est entré chez nous et ce monstre, ce sont les identités des peuples étrangers qui sont en train de tuer notre identité maohi. Si on ne lutte pas contre ce danger, un jour notre identité ma’ohi disparaîtra ». Auteur : Pierrot Faraire, directeur d’école primaire à Rapa et maintenant à Tahiti. (Ai connu ce monsieur à Rapa (Australes) lors de la croisière de l’Aranui aux Iles Australes).

Le groupe Tamarii Manotahi lui a choisi Te vai faaora a Tane i Matatia (l’eau vivifiante de Tane à Matatia). » Toutes les fois que le brouillard recouvre le mont Taura Ma’o, c’est le signe de la présence de Ata Pa’ari, venu pour chérir et oindre son fils bien aimé, Tane, le gardien de l’eau. L’eau glissse pour arriver à la cascade de Here Rau, qui se jette dans la rivière de Matamata et se disperse ensuite dans la vallée de Taura Ma’o, rendant la nature luxuriante et fertile. Il est temps pour les hommes d’organiser la fête du Heiva sur la place Turifenua, lieu de danse de Maire Rauri’i. Tane s’est assis sur Tia Fenua, son trône, et l’on distingue l’ombre du phaéton à brins blancs ou petea ou Phaeton lepturus au-dessus de Taura Ma’o. La lune s’est levée. On peut entendre un poème, le chant doux de la flûte nasale, les sons mélodieux des tambours. Maire Rauri’i se lève pour danser, pour rendre hommage à sa vallée luxuriante. Les dames de compagnie se lèvent aussi, afin de remercier Tane et Ata Pa’ari pour les bienfaits qu’ils leur offrent. Telle est la décision des Dieux, par l’intermédiaire de Tane, le gardien de l’eau, d’avoir donné en don inestimable cette eau de vie. Moralité de cette légende choisie par Tamarii Manotahi : comme Tane, nous devons devenir nous aussi des gardiens, responsables de l’eau, mais également de toutes les choses qui nous donnent la vie ». Notre responsabilité envers ce que nous donnent la vie et la nature. Auteur : Dany Tumahai.

Le groupe O Marama (de Bora-Bora) dansera sur I Te Haamataraa (Le commencement) : « Au temps où le temps l’était point encore, rien n’était invisible, rien que le vide, rien que le silence. C’est alors que commence le grand bouleversement… Grondements, explosions. Une flamme et tout brûle. Jaillit le feu de notre fondation ; s’étend la terre de notre sol, coule l’eau de notre source, croissent les plantes de notre souffle ; éclosent les fleurs de notre pays ; notre terre est née de l’amour du créateur ; du souffle de vie pure et limpide tu es. Quelle splendeur ! Quelle chance ! » Auteur : Moana a Tapea.

Le groupe Fare Tou no Haapu de Huahine danse sur Faretou, haapura’a no te ‘ite e te paari : « Après un long veuvage, la reine Maeva, de Huahine, prit pour second époux Roroiti, originaire de Mataiva, aux Tuamotu de l’Est, appelé autrefois Mihiroa. Ils donnèrent naissance à 4 fils, qui, après la disparition de leur mère, devinrent les chefs incontestés de Huahine Iti. L’un d’eux était Teruanuiitemaitai, troisième enfant et chef suprême de Faretou. Il était craint et respecté de ses frères de par ses nombreuses qualités. C’est l’une des raisons pour laquelle Faretou est aujourd’hui devenue Haapu, appelé aussi Haapura’a no te ‘ite e te paari, autrement dit « le siège de la connaissance et de la sagesse », en référence à Teruanuitemaitai, de par ses facultés intellectuelles et son art de guerre. Aujourd’hui, Haapu est le plus grand district de Huahine. Auteur : Edwin Teheiura.

Le groupe Haere Mai danse sur Te vevo o te mau pehe (L’écho des sons) : « Au tout début, Ukulele, ta caisse n’était qu’une noix de coco, jolie et polie. Plus maintenant, les temps, la technique suit. Pour les autres instruments de percussions, générakement, taillés dans des troncs d’arbres, ils résonnent sous les mains expertes de nos musiciens avec une musique qui plaît à l’oreille. Arbres précieux pour la pharmacopée des anciens et déjà si renommés pour nos instruments. Le ‘amae ou miro (bois de rose) et le ‘atiavaient un rôle culturel assez important : le miro était planté sur le marae de rang secondaire tandis que le ‘ati était planté sur le marae de premier rang. Quant au pua, arbre du dieu Tane, ses fleurs au parfum enivrant, embaument la vallée tandis que son tronc sert à fabriquer des tambours (tari parau ou pahu rima). Et toi, To’ere, qu’en est-il de toi ? Tu es apparu timidement d’abord pour être avec les grands pahu. Mais c’est toi, To’ere, qui guide la musique et soutient ma danse. Sonnez, sonnez, conque marine ! Que la terre en soit avertie ! Résonnez, résonnez, pahu des marae d’antan ! Chantez, chantez ! Rends ta voix mélodieuse comme le son du vivo. » Auteur : Noéline Ihorai.

Hiata de Tahiti

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Venise vue par le commissaire Brunetti

Vous connaissez probablement Venise, ses palais mirant leurs façades dans les eaux du Grand Canal, ses musées emplis d’œuvres d’art, ses restaurants de pâtes et poisson. Vous ignorez sans doute comment vivent les Vénitiens. Je me souviens de mon philosophique « étonnement », à 20 ans, lorsque j’avais vu un employé en costume cravate parcourir les rues animées d’une fin août touristique, le porte-documents à la main. Il y avait donc des « habitants » à Venise ? Des gens qui vaquaient à leurs affaires comme dans toute ville moderne, habillés et non pas en short et polo de touriste ?

J’ai lu avec plaisir, dans les années 1990, la plupart des romans policiers qu’écrivit Donna Leon. Cette américaine vit à Venise depuis la fin des années 80. Elle enseigne la littérature dans une base OTAN de l’armée américaine. Son commissaire de police, Guido Brunetti, est particulièrement réussi. Brunetti sort du petit peuple vénitien, il a suivi des études d’histoire puis de droit grâce à la démocratie d’après-guerre avant d’entrer dans la police. Il a eu la chance d’épouser par amour la fille d’un comte, Paola, professeur de littérature anglaise à l’université, qui lui a donné deux enfants : Raffaele alias Raffi, 15 ans dans le premier volume, et Chiara, 12 ans. Très humainement, ces enfants grandissent de volume en volume, passant par les phases de l’adolescence révoltée, des études prenantes et des ami(e)s pour la vie. Paola l’universitaire, comme les enfants lycéens, sont un pôle de stabilité pour Brunetti : ils assoient concrètement son idée de la vérité, de la justice et du bon vivre social. Car, en bon Italien, Brunetti aime sa famille, les bons repas et la justice ; en bon vénitien, il se méfie des apparences, des produits pollués et de l’incompétence administrative. Donna Leon fait bien ressortir ce qu’il y a d’humaniste dans le métier de policier à Venise.

Chaque volume aborde un thème différent, typiquement vénitien, mais documenté à l’américaine. Mort à la Fenice (1992) se situe dans le monde de l’opéra, Mort en terre étrangère (1993) analyse les échanges mafieux entre industriels peu soucieux d’environnement et militaires américains de la base de Vicence, Un Vénitien anonyme (1994) aborde le milieu des travestis et du porno, Le prix de la chair (1995) s’intéresse à la prostitution venue de l’Est, Entre deux eaux (1996) trempe dans le monde de l’art et des faux, Péchés mortels (1997) parmi les institutions religieuses, Noblesse oblige (1998) dans l’aristocratie vénitienne, L’affaire Paola (1999) autour de la pédophilie, Des amis haut placés (2000) dans le monde des usuriers, Mortes-eaux (2001) chez les pêcheurs de la lagune. Il y aura encore Une question d’honneur (2002) sur le trafic d’œuvres d’art, Le meilleur de nos fils (2003) dans une académie militaire, Dissimulation de preuves (2004) et les filières d’immigration clandestines, De sang et d’ébène (2005) sur les vendeurs de rue africains, Requiem pour une cité de verre (2006) à propos de pollution industrielle, Le cantique des innocents (2007) et le trafic d’enfants, La petite fille de ses rêves (2008) à propos des Roms, La femme au masque de chair (2009) sur les ravages de la chirurgie esthétique, Les joyaux du paradis (2010) sur la corruption. Plus deux autres pas encore traduits en français. Des téléfilms ont été tirés des enquêtes, diffusés en Italie, en Allemagne et en France.

Venise, la ville et l’Etat italien en prennent pour leur grade, surtout vus d’Amérique. Mais l’auteur a un faible pour les Vénitiens particuliers, qui sont loin d’être « tous pourris », même si nombre d’entre eux sont ambitieux, hypocrites et cupides. N’est-ce pas le comte Falier, beau-père de Brunetti, qui déclare : « Nous sommes une nation d’égocentriques. C’est notre gloire mais ce sera aussi notre perte, car pas un seul de nous n’est capable de se vouer corps et âme au bien commun. Les meilleurs d’entre nous parviennent à se sentir responsables de leurs familles mais, en tant que nation, nous sommes incapables d’en faire davantage. » (Mort en terre étrangère, p.255)

Il faut dire que, lorsque l’Etat est faible, prolifère la bureaucratie. La France devrait s’en souvenir, la IVème République n’est pas si loin. Et quand je pense que certains à gauche souhaitent la proportionnelle et le retour au parlementarisme d’hier, devenu « italien » quand Rome l’a imité en 1946, je ne peux que leur conseiller de lire Donna Leon ! Le « pouvoir des bureaux », faute d’Exécutif ferme et durable, fait régresser la politique aux relations claniques et incitent les citoyens à ignorer la loi. La clé de la survie, dans ce genre d’Etat faiblard, est de « faire confiance » à des personnes réelles, pas au droit ni aux fonctionnaires : « telle était la réalité, malléable, docile : il suffisait de s’ouvrir un chemin à la force du poignet, de pousser un peu dans la bonne direction, pour rendre les choses conformes à la vision qu’on en avait. Ou alors, si la réalité se révélait intraitable, on sortait l’artillerie lourde des relations et de l’argent, et on ouvrait le feu. Rien de plus simple, rien de plus facile » (Des amis haut placés, p.185). « Combinazione » et « conoscienze » – les arrangements et le réseau -, ces outils du survivre en anomie, ont été inventés en Italie.

Les idéaux de 1968 qu’avaient Paola et Guido durant leur jeunesse ont fait naufrage sous les vagues des scandales politiques, de la corruption mafieuse et des mainmises d’intérêts économiques. Guido à la questure comme Paola à l’université sont confrontés à la prévarication, au favoritisme, à l’égoïsme de leurs contemporains : « toi, tu as affaire au déclin moral, déclare Paola. Moi, à celui de l’esprit » (Des amis haut placés, p.169). Venise badaude, la crédulité y est reine, tout comme le quant à soi. Un peuple sans esprit critique avale tout ce qu’il lit dans les feuilles à scandales, croit tout ce qu’on lui dit ; l’apparence se doit d’être sauve. Quant à la morale romaine des vieux livres de chevet, elle a sombré avec les siècles. Un dicton vénitien dit cependant : « tout s’écroule mais rien ne s’écroule ». Ce qui signifie : on se débrouille toujours et la vie va.

Car il reste Venise, l’architecture magnifique, son ‘ombra’ bu au comptoir, ses ‘vongole’ délicieux dans les spaghettis – et le printemps, qui est un ravissement. Les gens y sont beaux plus qu’ailleurs. Le sens de la relation humaine est porté à un art inégalé. Donna Leon a capté cette sensibilité quasi religieuse du peuple italien : Luciano, 16 ans, a plongé en simple jean coupé pour reconnaître un bateau coulé ; lorsqu’il ressort de l’eau, secouant la tête d’où des gouttes jaillissent, « le soleil émergeait des eaux de l’Adriatique. Ses premiers rayons, s’élevant au-dessus des digues de protection et de la langue de sable de la petite péninsule, tombèrent sur Luciano lorsqu’il s’immobilisa en haut de l’échelle, métamorphosant le fils du pêcheur en une apparition divine surgie des eaux, ruisselante. Il y eût un grand soupir collectif, comme en présence d’un prodige » (Mortes-eaux, p.20). La beauté de l’adolescent nu fait passer un frisson de sacré sur le peuple, comme il y a deux mille ans. Ou encore : Brunetti « se dit qu’il avait la chance de vivre dans un pays où les jolies filles abondaient et où les très belles femmes n’étaient rien d’exceptionnel » (Des amis haut placés, p.207). Le commissaire est constamment ému de voir ses enfants grandir, il aime le havre de paix du dîner où tout le monde est réuni, il apprécie le stimulant d’une conversation sérieuse avec sa femme. Il aime à lire Gibbons, Sénèque ou Xénophon et à rencontrer ses amis d’hier, Vénitiens comme lui, qui lui apportent des informations sur les rouages sociaux et les tempéraments. Il n’y a pas de secrets dans cette île-ville où tout le monde se connaît.

Brunetti cherche à compenser ce que l’existence peut avoir d’injuste pour les uns ou pour les autres par l’application du droit. Il n’est pas un cow-boy comme certains détectives américains, il n’est pas la Justice en personne malgré les tentations qui lui viennent souvent devant l’impéritie officielle ou la bêtise de son supérieur, le servile et vaniteux Patta. Il veut rester digne du devoir moral qu’il s’est donné jeune et qui prolonge la tradition romaine. Il vise à protéger les faibles et les enfants, à empêcher vautours et prédateurs de nuire en toute impunité. Vaste travail, chaque jour recommencé, mais qui est déjà beaucoup. En lisant ces romans policiers, de psychologie plus que d’action, vous pourrez pénétrer, touristes, dans l’intimité vénitienne, dans l’état d’esprit du peuple vénitien, bien mieux que par les visites guidées de palais morts.

Donna Leon site officiel en français

Les romans de Donna Leon chroniqués sur ce blog

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Tahiti : la faute à la France ?

Des menaces, encore et toujours des menaces sur l’emploi local. Après d’autres hôtels de la place c’est le Sofitel Maeva Beach Resort qui pourrait mettre la clé sous le paillasson. Si les 160 employés risquent de perdre leur emploi, à qui la faute ? A coup sûr à la France ! Les touristes n’emplissent plus les hôtels, la faute à la France. Les taxes d’aviation, les taxes portuaires augmentent, la faute à qui ? Mais à la France !

Il faudrait que les dirigeants du gouvernement de la Polynésie Française, au lieu d’accuser toujours les Autres, se regardent dans la glace et s’abstiennent de déclarations intempestives. Il y a de moins en moins de touristes en Polynésie alors que les autres îles du Pacifique Sud en gagnent. Pourquoi ? Aux toutes dernières nouvelles d’Oscar Tane, ce sont des Russes qui vont racheter cet hôtel SANS casino… Mais, là encore, la faute à la France ne délivre pas de visas facilement. Ritournelle : « Si nous étions indépendants… »

Pourtant, la faute à qui ? Qui rame, qui aurait ramé si… ATN (la compagnie d’aviation territoriale) avait tenu ses engagements et avait transportés les rameurs polynésiens à Calgary (Canada) ? Les pauvres rameurs, après avoir gagné avec le dragon boat, ont été privés de compétition. Ils auraient raflé toutes les médailles, nos Tahitiens. Pis encore, 1000 touristes, ceux qu’on a tant de mal à faire venir, ont été bloqués à Papeete. Pas de quoi se taper sur les cuisses de rire, ceux-là ne reviendront jamais. Comme cette touriste belge qu’on a expédiée en Nouvelle-Zélande pour prendre un vol pour Hong-Kong, puis un autre pour Londres et enfin un autre pour Bruxelles soit 36 heures de vol ! C’est pas de bonnes vacances ça ? Au fait il y a 200 fois plus de touristes chinois aux Maldives qu’à Tahiti…

A défaut de touristes chinois (encore la faute à la France d’après Oscar Temaru), le port de Papeete accueille le Zhen He, bâtiment d’application chinois qui fait son tour du monde, 310 membres d’équipage dont 110 officiers. Dix ans qu’un bateau militaire chinois ne s’était pas arrêté à Papeete. Coïncidence ou pas ? Le ministre chinois des Sciences et de la Technologie était aussi de passage au fenua. Un voyage privé paraît-il avec 12 collaborateurs. Je n’y vois plus que du jaune. L’influence de l’empire du milieu se fait de plus en plus prépondérante, et les missions de « coopération » se multiplient. Est-il vrai que les Mao’ hi seraient venus de Chine ?

Mais qu’est-ce qu’on va faire des Pinus canibaea (pin des Caraïbes) qu’on avait planté, 5900 hectares tout de même, grâce au Fonds européen de développement (Fed) ? Arrivés à maturité depuis plus de 5 ans déjà, ils permettraient de couvrir entre 35 et 40% de la demande actuelle sur le marché local et de réduire autant les importations. Les édiles se sont massés le cervelet… puis ont fait plusieurs fausses couches. [La faute à la France ?]

Là, ça devient sérieux, on prend le problème à bras le corps, à la Polynésienne ! A ce jour, 4 sociétés se sont intéressées à ce marché : abattage, scierie, une seule propose du produit fini sous forme de bardeau. Elle produit également planches de bois, parquets, palettes… La tuile de bois ou bardeau intéresse les projets hôteliers : la couverture dure jusqu’à 30 ans contre 3 à 5 pour le pandanus et 10 ans pour le Palmex (pandanus artificiel en plastique). La tuile a des propriétés para cycloniques et résiste au feu. Un coût moindre d’investissement, 8500 FCP/m2 posé pour le bardeau contre 7000 FCP/m2 pour le pandanus et 8500 FP/m2 pour le Palmex. La tuile s’intègre beaucoup plus au paysage polynésien.

On attend la réflexion des têtes pensantes. Mais la filière « Pandanus rauoro » fait partie intégrante du patrimoine culturel polynésien. Les investisseurs hôteliers l’ont compris et ne souhaitent pas non plus que la tuile de bois remplace le pandanus. Les difficultés actuelles sont principalement liées à la dégénérescence des arbres et leur faible productivité. Alors, bardeaux, Palmex ou rauoro ? Wait and see.

La phrase : « Je vais vivre ailleurs, le jour où il y a un casino dans ce pays ». Elle est d’Oscar Temaru, président du gouvernement de la Polynésie française au sujet d’un éventuel plan de reprise du Sofitel, le transformant en casino. Et les touristes alors, ils n’ont pas le droit de s’amuser un peu en attendant la fin de la grève ? L’actu vue par P’tit Louis [le dessinateur caricaturiste vedette de La Dépêche de Tahiti] : «Le Gros : Mais pourquoi l’Oscar Président ne veut-il pas de casino ?… Le Maigre : Mais non, il aura juste confondu avec une grande surface ! » L’humour de la semaine dans la Dépêche du dimanche peut-être vue, pour ceux que cela intéresse sur http://tahiti.blogspot.com/

Mais il n’y a pas que de mauvaises nouvelles… grâce à la France ?

Le cas des fonctionnaires détachés dans les syndicats (source la Dépêche) : on en compte 12 auprès de la CSTP/FO, 6 chez A ria i mua, 4 au STIP/AEP, 1 au SCFP/UPE et 1 en cours d’insertion chez Otahi. Au Journal officiel de la Polynésie française (JOPF) que tout un chacun peut consulter, on peut y lire que les rémunérations mensuelles brutes allouées aux salariés du privé exerçant des fonctions syndicales s’échelonnent entre 911 420 FCP (7638€) pour le leader de la CSTP/FO à 166 165 FCP (1392 €) pour le président de la confédération A tia i mua, celui-ci étant le moins bien rémunéré. A noter également que le salaire brut versé à ces personnels se monte à 490 913 FCP (4114 €). Les fonctionnaires quant à eux continuent de percevoir leurs revenus à taux pleins payés par l’Administration.

Des problèmes à la Douane au fenua : certains douaniers auraient donc quelque chose à déclarer comme « trafic de drogue, proxénétisme, viol aggravé ?… et maintenant, maintenez-vous que vous n’auriez toujours rien à déclarer ?» Que ce passe-t-il donc dans cette administration ? En tout cas Lolo dans son billet d’humour sur la Dépêche du dimanche y va de ses commentaires !

Une niche a un milliard de FCP : rassurez-vous ce n’est pas pour Grisette la chatte ! Si les hôtels ferment les uns après les autres, que les touristes et les paquebots ne reviennent pas ou peu, le marché des super yachts se porte, lui, à merveille. Une cinquantaine de super yachts croisent dans nos eaux chaque année. D’après les spécialistes, ces bateaux de luxe dépensent un milliard de FCP par an en Polynésie, 250 entreprises travailleraient pour eux lors de leur séjour. Depuis une dizaine d’années, ce sont près de 700 yachts qui ont croisé dans nos lagons. Il y a eu Le Faucon Maltais, le Rising Sun, l’Octopus. Il vaut mieux recevoir les riches, cela rapporte davantage en moins de temps.

Hiata de Tahiti

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Seconds prix des groupes de danse

Le groupe Ori I Tahiti a choisi Te va’a (la pirogue). Le peuple Maohi prenait la mer pour une question de vie et de survie. Le va’a était le symbole du pouvoir, de la patrie. Une seule pirogue, un seul chef, un seul peuple. Et maintenant ? Qu’est devenu le sens de ce mot ? La nouvelle génération utilise le va’a pour prouver et affirmer sa force. « Il faut reconnaître que cette unique et grande pirogue sur laquelle les Maohi naviguent tous… s’unir autour d’un seul chef, d’une seule destination et d’un seul groupe de rameurs. » Auteur : Tane a Raapoto. Une réflexion autour de l’évolution du va’a, ses fondements et son rôle. A reçu le 2ème prix de la catégorie dans Hura Ava Tau.

Le groupe Te Ora Tamariki Poerani dansera sur la vie et les quatre éléments : Au temps des mémoires secrètes vivaient les êtres de lumières. Remplis d’énergie primordiale, ils se mouvaient dans des univers et des rêves qu’ils créaient. Cependant, du fait même de leur nature immuable, ils n’évoluaient plus et tendaient à disparaître. C’est ainsi que Kio, être universel, commença à observer, de manière plus consciente, leurs créations. Il redécouvrit alors la majesté de l’univers. Touché par ce sentiment inconnu, il voulut le partager mais ne trouva pas d’écho autour de lui. Il continua son périple jusqu’au jour où il ne sentit plus rien. Il était arrivé dans l’univers du vide. Kio ouvrit son cœur et regarda, la planète qui était là. « Bleue » fut sa première pensée et les couleurs devinrent plus intenses. Aussitôt, il arrêta le flux de ses pensées et descendit vers la planète. Il comprit que tout était vivant mais sans harmonie, sans musique, d’où le silence, le vide. Pensif, il regarda le sol et toucha la poussière. « Terre ! Chante pour moi ! Dis-moi qui tu es ! » D’un rythme profond et saccadé, la terre s’avança devant Kio et, fière d’avoir été la première nommée, lui raconta ses montagnes, ses vallées et ses arbres. Emerveillé, il se tourna vers le ciel liquide : « viens, danse, remplis mes silences ! ». Levant la tête, il regarda le ciel, des senteurs nouvelles lui chatouillèrent les sens, il ferma les yeux et écouta : »je ris et je chante. Je me glisse dans les vallées, j’effleure les vagues, je danse avec la pluie et je transporte les graines sur la terre. Joie est ma mélodie ». Il poussa les nuages les uns contre les autres, fouilla dans les entrailles de la terre. Le hara (pêché) vint de l’orage, frappa les arbres et prit forme. « Feu est mon nom, je suis puissance et vitalité. Écoute mon âme ». Kio joua avec les éléments pour trouver la note ultime mais elle lui échappait. « Nous avons entendu ton appel. Depuis des millénaires, nous cherchions cette vibration ». Son frère Râ et sa sœur Hina l’avaient rejoint. Permets-nous de fusionner avec toi. Réunis en une étincelle, Kio (souffle créateur), Hina (la lune) et Râ (le soleil) dansèrent et chantèrent. A la fin du chant, tous étaient silencieux. Leurs « Mana » avaient créé un être manifesté. Souple et harmonieuse, cette magnifique créature se leva et parla : « Je suis Rua, le souffle divin. Je possède la force de la terre, l’émotion de l’eau, la joie de l’air, la vitalité du feu, le principe féminin, le principe masculin et le principe divin. Je suis le tout et le vide, je possède le souffle de vie ». Auteur : Makau Foster Delcuvellerie. Prix du meilleur costume traditionnel + 3ème prix du meilleur danseur pour Moana Sandford + 2ème prix de la meilleure danseuse pour Hinano Rocton.

Le groupe Fare Ihi No Huahine danse sur Te Muturaa o Huahine (La scission de Huahine) par le Dieu Oro : « Prenez garde à ceci : lorsque la brume se lèvera, réveillez-moi ou notre pirogue traversera la Terre. Et Hiro alla se reposer à l’arrière du bateau. Seulement, ses frères ne prêtèrent pas attention à ses avertissements, sauf Tapurairai, le dernier ; lui seul obligeait ses frères à mener la pirogue avec beaucoup d’attention. Mais la pirogue traversa l’île et découpa Toe’rau Roa en deux parties : Toerau la grande que l’on appelle aujourd’hui Huahine Rahi, la petite partie étant Huahine Iti. Lorsque Hiro se réveilla, l’île avait été coupée et la pirogue continuait sa traversée. Hiro perdit alors la rame de sa pirogue ». Auteur : Jean Puupuu. 3ème prix catégorie danse Hura Ava Tau + 3ème prix catégorie Tumu-Tarava Raromata’i + 2èm prix du meilleur orchestre création.

Le groupe Tamarii Tipaerui danse sur La légende de Haumanavaitu : »A l’époque où Haumanavaitu bâtit avec son époux Utani le marae de Fare, Patapata, dans le district de Poutoru, ce dernier se nommait encore Niua. Quatre fils naquirent de cette union : Ruahearii, Ruahemahuta, Ruaherarape, et Tuturiteautama. Le district fut appelé Niua a maha. Un jour, Haumanavaitu invita ses fils à la débarrasser de ses poux. Elle leur interdit seulement une chose : de lui retirer le pou rouge qui y était accroché. Le plus jeune des enfants, Tuturiteautama, étourdi, brava pourtant cet interdit et mangea le fameux parasite. Lui parvint alors d’étrange révélation de la vraie nature de sa mère : son geste avait fait émerger le pouvoir et la rage de l’ogresse qu’elle était, sans que lui et ses frères ne l’aient jamais su. Tuturi prévint alors ces derniers. Le jeune tendit un piège à sa mère, lui demandant d’aller puiser de l’eau au puits de Vaipahu, après avoir percé les calebasses. Pendant ce temps, les 4 frères s’enfuirent à Raitea, à l’aide d’un radeau sur lequel ils firent un feu avec du bois sec et des pierres. Haumanavaitu découvrit le subterfuge et jura de les dévorer 1 à 1. Au cap Hariiti, elle attacha 2 noix de cocos en guise de flotteurs et se mit à l’eau. L’écume formée par ses mouvements avertit ses fils qu’elle était à leurs trousses. Alors qu’elle les maudissait, Tuturi lui jeta une première pierre brûlante dans la bouche, puis une deuxième, qu’elle avala promptement. A la troisième pierre avalée, elle coula dans les profondeurs de l’océan y laissant, depuis, une blancheur indélébile. Les 3 frères aînés retournèrent à Taha’a pour partager en 4 les terres qu’ils avaient héritées. Tuturi resta à Raiatea. C’est depuis ce partage que Niua a maha prit le nom de Poutoru, parce que seulement 3 des 4 frères étaient revenus sur leur terre natale. Tuturi eut ensuite des jumeaux, une fille et un garçon, qu’il eut d’une première femme. Elles les avaient placés dans une calebasse qu’elle avait laissée dériver au gré de Taurere jusqu’au cap de Otueheru, entre Houino et Poutoru. Un vieillard, qui pêchait à ce moment-là, les trouva et les adopta. Sur l’îlot de Toahuapuhi, il prit, avec sa femme, du bambou qui leur servit à couper le cordon ombilical des enfants. Ils se rendirent à Te Porio Apu, pour enterrer leur placenta sur le marae Arure. De là, naquit le fameux arbre appelé Tataramoa, visible dans la vallée de Apu. Les 2 enfants sont nommés Taari et Hei’ura-i-te-ra’i. Chacun grandit choyé par l’un des 2 parents et perpétuellement opposé tels deux guerriers rivaux. Un soir, lasse de cette situation conflictuelle, la sœur invoqua son ancêtre Haumanavaitu, qui lui dit de se déshabillé, ce qu’elle fit. Hei’ura-i-te-rai fut transformé en murène rouge et devint une véritable enragée de l’océan et se réfugia dans la baie Apoo Puhi (trou à murèe). Un jour Taari, son frère, se rendit dans la baie de Mao, mini d’un harpon en bambou, où il tua un requin et devint un véritable héros. A la baie d’Apoo Puhi, il vit la murène rouge lovée dans l’océan. Il appela l’animal au combat, sans savoir qu’il s’agissait de sa sœur. Cette dernière, par contre, le reconnait. Elle savait qu’elle n’aurait aucune chance face à Taari, se montra pourtant et fut transpercée, laissant Poutoru mener une vie plus paisible. Les parts de la murène furent distribuées à chacun des districts de Taha’a. Auteur : Vaihere Cadousteau. 2ème prix de la catégorie Tumu Nui-Ruau + 3ème prix du meilleur orchestre création + meilleur orero.

A toutes et tous bonne chance ! Je vous fais grâce des autres prix en concours de chants !

Hiata de Tahiti

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Premiers prix des groupes de danse

Le Heiva est un concours avec des critères de notations bien définies. Le thème est noté sur 15 points : authenticité et originalité du thème, beauté du texte, maîtrise de la langue ; la danse sur 35 points : occupation de l’espace, mouvement d’ensemble, originalité des figures, gestuelle et rythme, concordance entre l’expression et le thème ; la musique sur 20 points : dextérité de l’orchestre, créativité, mélodie, maîtrise rythmique, dynamisme et synchronisation ; la présentation générale sur 30 points pour les costumes, la beauté, la tenue, la recherche, la concordance avec le thème, l’expression artistique.

Le groupe Pupu Tuhaa Pae danse sur le thème Te manatu o te mata’iapo (Le privilège de l’aîné). Il raconte comment l’aîné d’un couple, issu de famille royale est pris en charge par la communauté. Auteur : Voltina Dauphin. 1er prix catégorie danse Hura Ava Tau + 1er prix catégorie Tumu Nui-Tarava Tuhaa Pae + Prix spécial danses Meilleur Raatira ti’atia’a +1er Prix Ute ‘Arerea.

Le groupe Hitireva a choisi la couleur de l’intemporel, Uatau. Auteur : Jacky Bryant (également Ministre de l’environnement du gouvernement Temaru, et « dans le civil » directeur d’école primaire à Papeete). « Comment pourrais-je le dire ? Une couleur, c’est celle d’un ciel clair ou celle de l’océan, ou est-ce le verdoyant d’un bois si divers ? Couleur, tu nous entoures. Le temps ? Une danse du temps passé ou chaque chose en son temps, un temps frais, c’est un temps sec. Je me définis ainsi : couleur je suis, couleur je voyage avec le temps, le temps est mon compagnon de voyage… Je suis Uatau, aux couleurs de l’intemporel. Écoutez donc mon pata’uta’u. Je loge au firmament, caché par les rayons du soleil. Je m’épanouis du souffle de vie, quand la pluie résonne comme le tutu haa. Du temps levant au temps couchant, c’est ainsi depuis la nuit des temps. Uatau. A reçu le 2ème prix catégorie danse Hura Tau + le prix du meilleur costume végétal + 1er prix du meilleur danseur à Tuari Tracqui.

Le groupe Temaeva danse sur le thème Navenave fenua (Terre du jouir) : « Belle et lovée dans sa plénitude, les cinq sens en éveil, la créature jouit, profite, abuse des sensations nées de la féerie du fenua. Elle est éblouie par l’exubérance et la luxuriance de la nature environnante. Et son âme s’élève jusqu’au merveilleux. Mille parfums s’exhalent de cette abondance, submergent ses narines jusqu’au vertige. Ses oreilles se réjouissent des moindres chuchotements et murmures issus de cette profusion, signes de vie, d’harmonie, de sérénité. Son palais est satisfait des délices que lui offrent la terre et la mer et son corps s’épanouit. Et la terre, par une longue et chaude caresse, devient l’amante qui fait vibrer son être, son corps se perle de sueur, ses sens, ainsi comblés, exaltent son âme qui se fend dans la magnificence de la terre ». Auteur Coco Hotahota. 1er prix de la meilleure danseuse pour Patricia Tokoragi.

Le groupe O Tahiti E dansera sur Te Tapuni (l’escalade) : « En pays Mihiroa, aire linguistique des Tuamotu comprenant Rairoa, Arutua, Kaukura, Apataki, Niau, Tikehau, Mataiva et Makatea, c’est essentiellement la langue tahitienne qui est désormais parlée. Tapuni consiste, pour des jeunes gens amoureux que les parents avaient destinés à d’autres conjoints, à fuir ensemble sur un îlot loin du village. Poursuivis par les parents et la famille, ils doivent se cacher pour protéger leur amour. S’ils rentrent au village trois jours plus tard, affamés, ils seront considérés avec mépris et ont intérêt à se faire oublier. En revanche, s’ils rentrent trois mois plus tard, en belle santé et toujours amoureux, ils seront accueillis par tous avec joie et une fête est organisée en leur honneur. O Tahiti présente l’histoire des amoureux Hiro et Ana qui vont faire… tapuni ! » Auteur : Simone Grand. 1er prix de la catégorie danse Hura Tau + 2ème prix du meilleur danseur pour Heinere Terorotua + 3ème prix de la meilleure danseuse pour Tumata Vairaaroa.

Hiata de Tahiti

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Marcher sur le feu et courir en pirogue

Début juillet, a eu lieu le « Haerea Umu Ti » (La marche sur le feu). C’était la 59e édition. Il aura fallu 2 tonnes de pierres pour réaliser une piste d’une dizaine de mètres de long ; 10 m3 de bois de aito (bois de fer) et 24 heures furent nécessaires pour chauffer les pierres, la température oscillant entre 1000 et 3000°C. Cette cérémonie illustre la communion entre l’homme et les dieux.

Les prêtres invoquent les déesses du feu Hina nui te aara ou Te vahine nui tahu rai. Autrefois, la cérémonie de la marche sur le feu, umu ti (le grand four) revêtait un double aspect : obtenir d’une part les faveurs des dieux lors des périodes de disette et de famine, et d’autre part servir à la cuisson du ti (racine du auti) et du ape (Alocasia macrorrhiza, une plante à larges feuilles dont la racine était autrefois utilisée pour l’alimentation).

Les courses de pirogues sont très suivies par les Polynésiens qui sont les champions du monde de la spécialité (en attendant que les Chinois s’en emparent). Les va’a roto (courses de lagon) concernent les va’a V1, V3, V6, V16, les distances à parcourir s’échelonnent de 2600 à 3500 m suivant les catégories de rameurs.

Le va’a tua (courses en haute mer) ne concernent qu’une certaine catégorie de pirogues va’a. Pour vous donner une petite idée, l’une va de Papeete à la Pointe Tahara’a et retour à Papeete, et l’autre part du ponton du jury (Papeete) pour faire le tour de Moorea, To’a Tai et retour au ponton du jury.

Le vocabulaire du va’a est employé par les spécialistes, les rameurs et la population. Quelques précisions :

Tare désigne le rameur qui indique les changements de bordée, souvent le numéro 3 ou 4 dans un va’a à 6 rameurs pour être mieux entendu par tous.

Fa’ahoro (action/cadencer, piloter) place du numéro n°1.

Peperu (barreur) place n°6. Fa’aineine (Tenez-vous prêts).

Le signal du départ : Fa’aineine (atation)… hoe ! (ramez !). Les postes sont numérotés de 1 à 6 en partant de l’avant. Le choix du départ est donné par le numéro 1. En 1 le fa’ahoro (le cadenceur) ; en 3 le moteur suit précisément la cadence de 1, 4 renforce la puissance de 3 et 5 peut être amené à barrer avec 6 dans de grosses conditions de mer. Régulièrement 3 émet un tare (appel) de changement de bordée, et tous les rameurs changent de côté. Cet appel a des retentissements stratégiques et l’ordre transmis indique en même temps si le cadenceur doit alléger le rythme ou l’accentuer, s’il faut ramer plus profond ou pas… Évidemment, chaque équipe dispose de ses propres codes et chaque rameur doit être extrêmement attentif à l’état physique et moral du reste de l’équipe.

Les courses en lagon ou courses de vitesse sont de 3500 m, 2600 m pour les juniors et les femmes ; les courses en haute mer Papeete-Tahara’a et retour 21 km ; Papeete plus tour de Moorea 84 km avec des changements d’équipages autorisés, le Super Tauati fait 5,8 km.

A vos rames et bon vent !

Hiata de Tahiti

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Françoise Chandernagor, L’enfant des Lumières

Françoise Chandernagor, juriste et grand serviteur de l’État, écrit ici son anti-‘Émile’. Rousseau l’abstrait, qui a pontifié un traité d’éducation alors qu’il n’a jamais élevé le moindre enfant (mais a mis tous les siens aux Enfants-trouvés) n’est pas un bon guide. Mais c’est toute une société – la nôtre – qui est passée au crible de la critique. L’auteur nous entraîne en effet dans l’histoire de la Révolution, la philosophie des Lumières, la corruption sociale des élites, l’éducation des enfants. Tout ce qui fait sens à la société française d’aujourd’hui. Écrit en 2006, c’est bien la France de Chirac qui est en ligne de mire.

Deux décennies avant 1789, la France royale se trouve dans les mains d’un roi fainéant et de financiers qui ont l’art de détourner l’argent public dans des poches privées. Le ministère de Monsieur Necker est édifiant : « pas de réformes (…), pas d’impôts, pas d’efforts, pas de vagues, pas de larmes – de l’emprunt ! » p.383. La démagogie bat son plein pour conforter la rente au détriment de l’entreprendre. La fameuse Compagnie des Indes n’égalera jamais son équivalent anglais car la France met à sa tête des politiciens et non des capitaines d’industrie. Tout ce qui compte est de paraître et de renforcer son statut en s’enrichissant sur le dos des actionnaires – de par le bon vouloir du Roi. On croirait lire l’histoire d’EADS sous Chirac et Villepin, avec l’ineffable Monsieur Gergorin.

En cause la philosophie des Lumières qui préfère les grands mots aux vraies actions. Tout n’est que Morale, Vertu, Progrès, tout n’est que majuscules. Dans la réalité, les coiffures d’un mètre de haut avec vase incorporé et les faux-culs de plus en plus amples des robes à la mode, masquent la décadence des mœurs. Tout le monde couche avec tout le monde, au su de tout le monde. Et ça jacasse dans les salons. L’économie va comme elle peut, le paysan n’ayant qu’une idée : frauder le seigneur sur les grains et faire contrebande du sel entre baillages à fiscalité différente. Le chacun pour soi monte, monte… « Où, dans ce siècle, voyez-vous le progrès ? Déclin de l’honneur privé, dédain des vertus publiques, exténuation de la langue, affadissement de la sensibilité… Sans parler du triomphe de l’agiotage ! » p.567.

Ceux qui sont trop naïfs pour croire que l’honneur et la fidélité conduisent les affaires sont ruinés. C’est le cas du mari de la comtesse de Breyves, acculé à la faillite personnelle et qui se pend de désespoir. Ce monde de requins n’est décidément pas fait pour lui. « Étrange société que celle où la censure s’oppose aux pièces de Beaumarchais, mais où la Reine elle-même joue devant la cour l’auteur censuré ! Sous prétexte de grâce, de subtilité, le siècle s’écartèle, se dédouble, s’oublie jusqu’à la folie. Insensée, l’élite (…) prétend être (…) conservatrice avec les conservateurs, et frondeuse avec les frondeurs » p.394. Les aristos d’hier ressemblent tant aux bobos d’aujourd’hui !

La comtesse, née bourgeoise enrichie dans le commerce triangulaire et le sucre des colonies, ne fait ni une ni deux : elle s’exile à la campagne dans le seul bien propre qui lui reste, la Commanderie. Ce vaste manoir est situé aux lisières de l’Auvergne, dans la Marche, et est propice à la culture. Elle s’y établit avec Alexis, son unique fils de sept ans, déjà déluré et habile au commerce. N’a-t-il pas appris le bonneteau auprès des malandrins du Pont-Neuf, y compris l’art de perdre au début pour gagner gros ensuite ?

Mais la Cour et ses médisances, la philosophie qui trotte après Voltaire, l’indigence des élites obsédées de sexe et de fêtes, les Parisiens exacerbés de sensiblerie et capables d’une cruauté sans égale quand elle est collective, ne sont décidément pas un milieu propice à l’éducation d’un enfant. ‘Émile’ est une fumisterie, on n’élève pas les garçons comme Marie-Antoinette ses moutons à rubans roses dans la bergerie de Versailles. La réalité est toute autre : il faut chasser, cultiver, plaider, compter, savoir châtier pour se faire obéir, et établir de saines relations pour se faire aimer. Les parents élèvent toujours leurs enfants pour le monde d’hier, rarement pour celui qui vient…

Madame de Breyves décide de confronter son garçon aux réalités du monde. Il n’est pas chevaleresque comme son père (mais à quoi cela lui a-t-il servi ?), mais plutôt affairiste comme son grand-père. Inutile de tenter de corriger cette tendance, l’éducation n’agit pas contre la nature. Mais il est utile de lui forger un corps robuste, un cœur endurci et un esprit avisé pour qu’il sache s’adapter au nouveau monde qui naît. « Elle lui enseignerait la prudence et l’art des apparences » p.277. Rousseau « le bon apôtre » (p.165) est décidément un mauvais maître – peut-être est-ce pour cela qu’il plaît tant dans les salons ? « Entre Émile et Alexis, il n’y avait d’opposés que le tempérament et le projet… » p.361. Rien de moins. Le garçon est « gai, drôle, gourmand de la vie, gourmand des êtres. Tendre et affectueux par-dessus le marché ! En outre capable de secret, et dépourvu de préjugés… (…) sachez, si vous ne l’avez remarqué, qu’Alexis est insolent, chapardeur, tricheur, cupide et indiscret (…) Alexis est confiant ! Oui, oui, optimiste, indulgent. Deux péchés inexpiables ! » p.332.

Le garçon grandira, excellera, non sans désespérer sa mère parfois lorsqu’elle doit renvoyer Léveillé, valet adolescent qui fait jouir l’enfant à 10 ans en l’embrassant sur le ventre, très bas, ou lorsqu’il se fait renvoyer du collège religieux à 16 ans pour avoir lu Zadig (« de » Voltaire). Mais il l’aime plus que tout et c’est un arrachement de le faire devenir lui-même. Il faut parfois à la comtesse jouer la mère chatte qui crache et griffe ses petits devenus trop grands pour qu’ils se détachent d’elle et s’épanouissent. Pas simple d’élever seule un enfant, surtout un garçon sans modèle paternel.

Ce roman foisonnant est fort réussi, réussissant l’exploit de nous faire aimer l’histoire et la philosophie, la sociologie et l’éducation tout à la fois. Brassant les siècles parce que notre quotidien est né fin XVIIIème – et qu’il est peut-être, comme vers 1780, en train de disparaître dans la futilité, le mépris, le chacun pour soi – et l’agiotage. Un roman philosophe, qui l’eût cru en ce début du deuxième millénaire ?

Françoise Chandernagor, L’enfant des Lumières, 2006, Folio, 691 pages, €8.17

Un autre roman de Françoise Chandernagor chroniqué sur ce blog

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Rentrée à Tahiti

Depuis le 16 août les collégiens et lycéens ont repris le chemin des établissements scolaires. Mais la veille…

Il est 16h38 ce mercredi 15 août, un tremblement de terre durant 4 secondes, les murs et les meubles ont bougé. Magnitude 4 sur l’échelle de Richter, et à 50 km de Tahiti. La peur m’a privé de 5 g de graisse. Une secousse sur le fond océanique dans la région de Teahitia, côte est de Tahiti. Nous avons nettement ressenti la secousse, le sol a bougé, les meubles tremblé, certains ont découvert des fissures dans leur habitation, Moorea a ressenti également la secousse. Les autres archipels n’ont pas été concernés. Séisme isolé, pas de réplique et aucun danger dit le laboratoire géophysique de Pamatai. Le 16 mars 2008, il y avait déjà eu un séisme de magnitude 3 dont l’épicentre se situait à une profondeur de 10 km toujours dans cette même région de Teahitia. Vous avez été sages, vous aurez droit à une petite carte du volcan Mehetia et des volcans sous-marins.

Grande nouveauté pour les collégiens le lendemain : tout le monde en uniforme ! De la 6e à la 3e. Les dents ont grincé, certains ont parlé des droits de l’homme bafoués. Les requêtes de parents d’élèves visant à empêcher l’uniforme à l’école ont été rejetées par le Tribunal administratif. Une tenue 700 FCP (5,87 €), les parents des élèves boursiers recevront 3000 FCP (25,14 €). Je vous rassure tout est fabriqué en Chine. Hein ? La Chine, vous disiez ? « Pour acheter les nouveaux linges (habits), mes filles commandent plutôt sur Internet en surfant sur un site français, dit une mère de famille parlant des dépenses pour la rentrée des classes ».

Que de victoires ! Les rameurs polynésiens gagnent toutes les courses, sur 200 m, sur 500 m, sur…, sur… Sonnez trompettes, résonnez tambours à Nottingham. Grâce au soutien personnel du milliardaire australien Clive Palmer, grand ami du président du gouvernement polynésien soi-même, sous la houlette du ministre de l’Éducation, des Sports, etc., les athlètes du Fenua ont tout raflé. Ce succès sportif anime la compétition entre Tavini (Indépendantiste) et Tahoera’a (autonomiste) qui concourent dans la discipline verbale ! Oscar l’Indépendantiste : «Un pas vers les Jeux Olympiques, grâce à mon ami australien Clive Palmer, une vision de notre futur ». L’autonomiste Tahoera’a lui parle des nombreux déplacements des élus indépendantistes à Paris, sébiles à la main tandis que le prix de l’essence et du gasoil s’envole.

Le dragon boat vient de la Chine ancestrale. L’engouement pour cette discipline dure depuis une vingtaine d’année en Chine, Allemagne, Grande-Bretagne. Ce sport se pratique à 10 ou 20 rameurs auxquels s’ajoutent un barreur et un batteur, sur une embarcation de 12 m de long sur 1m20 de large, avoisinant les 300 kg. Ses adeptes rêvent d’en faire une discipline olympique. C’est sur la Tamise, my God, en marge des Jeux olympiques de Londres qu’a été organisé ce 10e championnat européen… Et c’étaient des Mao’hi qui ont tout gagné… je n’y comprends plus rien !

Changement à Paris, changement à Papeete. Tandis que Richard Didier, Haussaire, s’apprête à regagner Paris, son remplaçant Jean-Pierre Laflaquière débarque. Arrivé fin janvier 2011 sur le territoire, le Haut-commissaire de la République française était un homme affable et apprécié ici, mais il avait été conseiller pour l’Outre-mer du président Chirac. Il est donc remplacé par le préfet hors-cadre Jean-Pierre Laflaquière. On change tout à Paris, enfin un peu, ce sont donc 13 préfets qui ont été nommés en conseil des ministres, et ce nouveau Haussaire porte le numéro 13… C’est la valse à 13 temps, à 13 temps. Et cela sent comme une odeur d’indépendance…

À vos télés sur France 3 : le magazine Thalassa devrait programmer en décembre 2012 voire janvier 2013 une émission de 110 mn sur la Polynésie française. Le réalisateur Gil Kebaïli a mis en boîte plein d’images et de documents sur les Marquises et l’atoll de Raroia. Il a voyagé pendant 2 mois au fenua. Il a ainsi pu filmer les fêtes du Heiva aux Marquises, une chasse au cochon sauvage, tandis que sur l’atoll il a filmé un mariage, des coprahculteurs, une ferme perlière. Donc des tas d’images à découvrir prochainement sur France 3.

Hiata vous salue, portez-vous bien ; je cours préparer ma valise pour la Chine.

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L’Islam et les garçons

Coïter un garçon n’est pas permis par la charia, bien que Mahomet lui-même semble n’en avoir rien dit explicitement dans le Coran. La seule mention est celle de la mission de Loth (sourates 7 verset 80, 21 verset 74, 27 verset 55, 29 verset 28), qui doit corriger ceux qui s’adonnent à l’homosexualité entre adultes. Mais le péché est de faire de son semblable une ‘femme‘ un objet passif de la relation sexuelle. Pas question de toucher aux enfants (musulmans), mais si la situation n’est pas celle d’égaux, ça se discute : ainsi les esclaves ne sont pas concernés puisqu’objets conquis, les efféminés et travestis non plus car créés ainsi par Dieu, ni les éphèbes qui sont pubères mais pas finis, et tourmentés de désirs quand on ne peut les marier dès 14 ans. Ils sont surtout d’une beauté reconnue au paradis à l’égal des houris (sourate 52 verset 24 et 56 verset 17).

Si la beauté des adolescents vient de Dieu, n’est-il pas licite de les ‘adorer’ ? Mais l’acte d’adoration signifie-t-il baiser ? Grandes discussions dans l’histoire entre les oulémas, juristes et soufis. L’Islam a choisi de faire comme tout le monde méditerranéen après l’empire romain, d’ériger la Morale contre le sexe (moyen de contrôle clérical), les femmes tentatrices en premier et les adolescents en second. La finalité est la procréation, le moindre mal la chasteté (l’inverse des prescriptions chrétiennes). Tout le reste détourne de l’adoration de Dieu seul. Cela dit, la loi est une chose, les mœurs une autre. Le monde musulman est très vaste et les façons de faire diverses.

Fréquenter un éphèbe est un péché véniel qui peut être pardonné – en regard des feux de l’enfer si l’on touche une femme qui n’est pas la sienne ! Les mœurs bédouines et paysannes se conjuguent avec la religion pour interdire absolument la défloration hors mariage. On ne saurait plus de qui sont les enfants ! La femme est un bien, que l’on vendra à une autre famille par mariage pour se l’allier. Ce pourquoi le mariage entre cousins est si courant : la dot ne sort pas de la famille élargie. Comme partout où le sexe opposé est « interdit », sauf à être membre d’une vaste tribu et assez riche pour être marié dès 14 ou 15 ans, les célibataires forcés trouvent d’autres voies pour le désir sexuel irrépressible. Ils se font parfois sodomites.

Selon Auguste Mouliéras à la fin du XIXème siècle au Maroc, « les Arabes et les Berbères du sud et du centre ne connaissent que la femme, tandis que des Djebala, le Sous et le Rif préfèrent les gitons. C’est à ce goût particulier qu’ils reçoivent leur surnom de K’aoum Lout’ (peuple de Loth) » p.15.

Il explique : « Près de la mosquée du village se trouve le beït eç-çoh’fa, arsenal communautaire. Les soldats du corps de garde, illettrés la plupart, n’ayant ni la distraction de la lecture, ni le passe-temps des cartes, eurent l’idée de se divertir en faisant du temple de Mars une maison de prostitution, abominable lieu de débauche, où le giton et la âïla se livrent à la bestialité des brutes, dont ils sont la propriété, la chose, les esclaves. (…) Maintenant, comment concilier deux sentiments, en si apparence contraires le zèle religieux et la lubricité ? Où trouver un homme plus dévot que le Djebalien, et, en même temps, plus impudique ? Si vous avez étudié l’Histoire en philosophe, sans esprit de secte, uniquement préoccupé de chercher la vérité, vous avez pu constater que le fanatisme a été la cause de toutes les horreurs, de tous les fléaux, de toutes les infamies qui ont désolé, pendant tant de siècles et chez toutes les nations, notre malheureux globule. » p.17

Il décrit : « La fête commence. On se donne d’abord le baiser de paix, en embrassant l’épaule de tous ceux que l’on rencontre. La mosquée se remplit de monde et de victuailles. C’est un envahissement de grands plats de bois, débordants de kouskous, des viandes, du miel, des assiettes creuses, pleines de pâtes, potages, beurre, raisins secs, figues. Des groupes se forment dans la salle même de la prière on s’accroupit en rond. Au centre, prennent place les anciens du village avec l’instituteur. Toutes les mains se mettent à pétrir des boulettes de kouskous, très adroitement lancées dans la bouche, à distance, sans jamais manquer le but. Il y a des gloutons qui se mettent à quatre pattes, humant longuement le miel des gaçaâ. Le bruit des mâchoires se ralentissant, les estomacs donnent des signes non équivoques de satiété. Alors un vieillard récite à haute voix la fatih’a, premier chapitre du Coran, répétée à voix basse par toute l’assistance. On laisse dans un coin les reliefs du festin. à la disposition des pauvres et des étrangers. Tout le monde se porte hors du village, dans une sorte de cirque, où, jusqu’à la tombée de la nuit, se livrent les mêmes simulacres de combat.

Après l’énorme repas du soir, fait comme toujours à la mosquée, les célibataires et les jeunes gens, ne pouvant plus souffler, tellement ils sont repus, vont naturellement terminer la soirée au beït eç-çoh’fa. Ce jour-là, le derviche avait rôdé dans tout le bourg d’Eç-Çafiy yin observant avec attention des mœurs si nouvelles pour lui. La nuit, ne sachant que faire, il s’était faufilé dans un coin obscur du maudit immeuble, regardant de tous ses yeux l’incroyable spectacle offert par une population éhontée. Deux filles et deux gitons exécutaient, au milieu de la pièce, les danses les plus lascives aux sons d’un assourdissant orchestre composé de tambourins, flûtes en roseau, guellal et r’aït’a (sorte de hautbois). L’épaisse fumée des pipes de kif et des lampes à huile, les cris, les rires ; les allées et venues des uns et des autres, les coups sourds du guellal, les notes stridentes des r’aït’a, les évolutions des danseurs, l’air abruti et terrible de tous ces hommes ivres, l’atroce puanteur de ce charnier humain très mal aéré, tout ce qu’il voyait, tout ce qu’il entendait ahurissait l’explorateur, le jetait au comble de l’étonnement. Il distinguait confusément, le long des murs, les armes de ces gredins, d’étranges panoplies montrant leurs interminables fusils arabes, des poignards, des poires à poudre, des sabres. Étendus sur le dos, à plat ventre, accroupis sur de mauvaises nattes d’alfa, ceux que la fumée du chanvre n’avait pas encore terrassés, empilaient autour d’eux des monceaux de figues et de raisins secs, conservant à portée de la main d’énormes plats de viande, des poules rôties ou bouillies, du kouskous, des théières, des tasses fumantes de thé, du çamet [gelée de raisin] enivrant. A chaque instant, les prêtresses de Vénus et les éphèbes quittaient la danse, se mêlaient aux groupes, répondant aux obscénités par des attitudes provocantes. Les gitons surtout n’avaient aucune pudeur.

Ainsi, dans cette délicieuse contrée des Djebala, surnommée Ech-Cham Ee-Cer’ir (la petite Syrie), tant la nature l’a gratifiée de ses dons, toutes les nuits, tous les soirs que Dieu fait, depuis Tétouan jusqu’à l’Ouad Çbou, des milliers de satyres ardents souillent, dans leurs priapées nocturnes, des êtres humains des deux sexes, en présence souvent de leurs compagnons de débauche » p.20.

« En parcourant ce pays, si différent de sa patrie, le derviche, qui n’est pas un ange, devait succomber un jour ou l’autre aux tentations de la chair. Jusqu’à présent, il avait constamment refusé toutes les bonnes fortunes qui se présentaient à lui, évitant de se mêler des affaires qui ne le regardaient pas, fuyant les prostitués des deux sexes. Son séjour chez les Beni-Zéroual, où il célébra trois fois la Fête des Moutons, en 1872, 1873 et 1875, lui fut fatal. En 1874, revenu à El-Djaya après de longues courses poussées jusqu’à la Méditerranée, on l’avait vu reparaître dans le hameau des Beni-bou-Zoulaih. Pour son malheur, un jeune écolier, comme il y en a tant dans les abominables universités djebaliennes, s’attacha à l’explorateur, s’instruisant près de lui, prodiguant à son mentor une fidélité de chien couchant. Le vagabond était servi comme un prince. L’éphèbe lui évitait toutes les corvées, faisant chauffer, apportant l’eau de ses ablutions, allant mendier pour lui la nourriture quotidienne, lui procurant toutes les douceurs qu’un instituteur marocain est en droit d’attendre de son élève. Un mercredi matin, le derviche, dans le but de faire une surprise agréable à son page, lui annonça son intention de le mener au Souk’ el-Arbâ, tout près de Zrarda. L’enfant, ravi, s’écria – Partons tout de suite. Ils se mirent en route. Il est de mode, chez les Djebaliens, de ne jamais conduire un giton ou une gitonne au marché sans lui acheter des meh’asin, c’est-à-dire des raisins secs, des noix, des amandes, oranges, sucreries, etc. Aller au souk’ est une fête pour ces misérables créatures. Aussi Moh’ammed gava l’écolier de friandises avec les 2 ou 3 sous qu’il avait gagnés en vendant des talismans. Leurs emplettes faites, les deux amis sortirent du marché.

En gravissant la côte, au-dessous de Zrarda, ils s’aperçurent qu’ils étaient suivis. C’était un groupe d’individus, vêtus de djellabas noires, le fusil sur l’épaule, le sabre au côté. Les malandrins, pressant le pas, eurent bientôt fait de les rejoindre. Halte-là aïl, dirent-ils au giton à moitié mort de peur. Immédiatement, un fort gaillard, saisissant l’enfant par la main, l’entraîna sous bois. Pendant ce temps, deux hommes immobilisaient l’explorateur, lui faisant subir un long interrogatoire. – D’où es-tu ? – De Cenhadja. – Et le giton ? – Des Beni-bou Zoulath. – Comment ! Tu es Cehnadjen et tu te permets d’enlever un aïl de notre tribu ? Mohammed expliqua que c’était son élève ; il faisait son instruction, lui enseignait le Coran (…)

Un peu plus tard, réfugié dans une mosquée, il entend une agitation à l’extérieur : c’est le garçon qui s’est échappé. Mohammed sortit, aperçut l’enfant debout contre le mur de la mosquée, entouré d’une meute de clercs qui lui faisaient des avances. A la vue de son maître, l’aïl se précipita vers lui, le tira à l’écart, lui raconta que ses agresseurs, après lui avoir fait subir dans le bois les derniers outrages, l’avaient entraîné dans ce hameau, au beit eç-çoh’fa, où il avait été obligé de danser avec les autres gitons et gitonnes. Profitant d’un moment d’inattention de ses geôliers, il avait fui, espérant trouver à la mosquée aide et protection auprès de l’instituteur. Et maintenant, ses terreurs redoublaient en présence des étudiants, de cette bande de satyres, dont l’unique désir était de lui faire subir l’horrible supplice de la touiza. Il y a, chez ces brutes humaines, une coutume d’une immoralité, d’une atrocité révoltante. Quand un giton ou une gitonne tombe, à la suite d’un vol ou d’une guerre, entre les mains des clercs de la mosquée ou des célibataires du club de la Gamelle (béït eç-çoh’fa), on le fait danser d’abord. Ensuite, tous les assistants, à tour de rôle, souillent la malheureuse victime. Cette abomination, la plus monstrueuse de toutes celles qui se passent sur notre petit tas de boue, a reçu le nom de touiza, par analogie avec la corvée de labour chez les Arabes. On punit aussi de la touiza tout mignon, toute courtisane, qui tente de s’évader, qui vole ses maîtres, leur désobéit, etc. » p.40.

« Et si quelqu’un s’avise de s’élever contre l’abominable coutume, on lui répond, en haussant les épaules : – C’est écrit sur le soulier : tout sodomisé devient sodomite. Il est impossible d’avouer plus cyniquement la lèpre générale qui ronge la société (…et) a contaminé les femmes messariennes elles-mêmes. Moitié par lubricité, moitié par vengeance, elles se ruent sur les gitons, les entraînent à l’écart, et alors ce sont des scènes que je me refuse à décrire. Dans les petits centres dépourvus de bèït-eç-çoh’fa, les célibataires, les travailleurs des champs, les veufs, n’ont que la ressource du gros bétail » p.472.

« Quelle énumération fastidieuse de villages-lupanars ! C’est d’abord Zahdjouka, avec ses cent joueurs de hautbois et son corps de ballet ; ensuite le hameau de Lekkous ; puis le bourg de Méliana, où les tambourinaires et les violonistes efféminés sont en majorité ensuite encore Ktama, vaste coïtorium, métropole des gitons danseurs et des ballerines demi-nues, bétail humain dont l’économiste est cependant obligé de s’occuper parce qu’il fait l’objet de transactions commerciales incessantes. On le vend, on l’achète ce bétail, on l’expose sur les marchés, en vantant la marchandise, la perversité connue de certains sujets, leurs grâces, l’incomparable maestria de leurs déhanchements. Ceux-ci, aux talents cachés et délirants, valent jusqu’à trois cents francs, et on les conduit à grand orchestre au temple de Vénus, ou à la maison paternelle, au milieu des femmes légitimes et des enfants » p.511.

« On se chuchote à l’oreille, entre initiés, cette incroyable aventure. Un jour, un homme surprend son grand gaillard de fils avec son giton. Il sort, sans rien dire aux coupables, ne desserre plus les dents de la journée, perdu dans une méditation profonde. Le soir, en soupant, s’adressant à sa digne progéniture : – Mon enfant, dit-il, toi qui es t’aleb, ne sais-tu pas que Dieu a dit « Ne coïtez pas ce que vos pères ont coïté ? » – Pardon sidi, répond l’étudiant très ferré sur le Coran. Dieu a dit « – Ne coïtez point les femmes que vos pères ont coïtées ». Mais il n’a jamais dit les hommes [Coran, chapitre 4, verset 26] » p.513.

Eh bien !

Auguste Mouliéras, Le Maroc inconnu tome 2 – exploration des Djelaba, 1899, disponible gratuitement sur Gallica

  • La prostitution des adolescents continue au Maroc…
  • Surtout en période de crise
  • Le Maroc n’est pas le seul pays, loin de là, mais peut-être le nombre de journalistes au mètre carré en raison des people de la gauche caviar a-t-il une influence sur l’information ?
  • Sur ce que le Coran a dit ou pas dit, sur ce qui a été rajouté par les interprétations en fonction des lieux et des époques, voir Dictionnaire du Coran sous la direction de Mohammed Ali Amir-Moezzi, directeur à l’École pratique des hautes études, 2007, Robert Laffont, €28.98, notamment les articles adultère, éphèbes, homosexualité, Lot, sodomie.
  • Lire le Coran en édition universitaire : Le Coran, traduction Jacques Berque, 1967 révisé 1995, Gallimard Pléiade, €43.41
  • En collection de poche : Le Coran, traduction Mohammed Arkoun, 1993, Garnier-Flammarion, €6.65
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Ile de Batz

Article repris par Medium4You.

Enez vaz en breton est à prononcer ‘île de ba’ en français et signifie l’île basse. Elle s’étale sur l’horizon à peu de distance de Roscoff, d’où partent les navettes. Comme 2000 touristes chaque jour de l’été et pour 8€ aller et retour, vous pouvez passer en 15 minutes la journée sur l’île de 3.5 km de long sur 1.5 km de large.

Un sentier côtier en fait le tour complet sur 12 km. Certains chemins sont ouverts aux vélos, d’autres réservés aux pieds.

Nous avons fait tout cela, loué des vélos dès le débarcadère,

visité l’église du bourg, déambulé dans les ruelles,

pique-niqué au calvaire surplombant Pors Leien,

nagé dans une baie ensablée,

arpenté à pied les rochers déchiquetés, grimpé au phare, exploré le jardin colonial Georges Delaselle… C’est qu’il faut les occuper, les petits et les plus grands, sous le soleil.

La partie sud de l’île est la plus intéressante. Outre que la mer y est plus chaude pour les baigneurs (les gamins adorent ça), c’est là que se trouve le débarcadère des navettes, le bourg et son église, puis les différentes cales et pors (petits ports abrités).

A l’ouest la maison du Corsaire, corps de garde construit en 1711 pour surveiller l’abord de Roscoff. Balibar, corsaire révolutionnaire, l’a utilisé pour la défense de l’île. Ce ne sont plus que ruines interdites aujourd’hui pour cause d’écroulements possibles malgré les ronces. Tenez en laisse chiens et enfants ! Surveillez vos ados ! Il n’y a pas de trésor et nous ne sommes pas au Club des Cinq.

Juste au nord, face au large, la mer bouillonne même par beau temps. Des rochers traîtres font de la dentelle des vagues qui viennent. On dit que saint Pol-Aurélien, moine gallois débarqué ici en 553, jeta de son étole le dragon qui hantait les lieux. Le Trou du Serpent est à voir les jours de tempête : le Diable y fait ses griffes, projetant très haut les embruns dans sa rage de ne pouvoir reprendre pied sur l’île protégée du saint…

C’est dans l’église du bourg, dédiée à la Vierge sous le nom de Notre-Dame du Bon Secours, qu’est protégée son étole, monument historique depuis plus d’un siècle. Il s’agit d’une soie orientale du 8ème siècle (deux siècles après l’arrivée du saint, mais nous sommes dans la légende). Un os de saint Pol est aussi conservé en reliquaire. L’église elle-même a été reconstruite en 1874 et ses vitraux datent de 1895.

Seule une statue de Notre-Dame de Penity a quelque ancienneté, en pierre polychrome du 15ème. Lui fait face, de part et d’autre de l’autel, une statue de saint Pol-Aurélien en bois peint du 18ème. La Bretagne est restée pauvre longtemps, vivant de pêche et de céréales ; ce ne sont que dans les villes du commerce que la richesse a pu venir. Les tenants de la « décroissance » devraient y penser au lieu de jouer les Marie-Antoinette mignotant des agneaux ornés de rubans roses.

La côte nord est sauvage, domaine de la lande, des oiseaux de mer qui y nichent et des grèves de sable ; il y a peu de baigneurs et l’eau y est plus froide malgré les 800 m de sable fin de Grève blanche.

Dans les creux du sol sont cultivés les primeurs qui font la réputation aujourd’hui des quelques 507 habitants à demeure – une école, un collège, des commerces. La pomme de terre de l’île de Batz a la chair ferme, les carottes de sable sont de haut goût et les artichauts y poussent dans les embruns. Une quinzaine d’exploitations bios cultivent encore 170 hectares protégés du gel et enrichis d’algues ramassées sur les grèves alentour. Cinq bateaux goémoniers récoltent les laminaires autour de l’île.

Malgré ses 198 marches et sa côte pour y accéder, d’où que vous y veniez, je vous conseille de monter au phare pour 2.20€. Construit en 1836 de granit de l’île, il surplombe Enez vaz de 44 mètres, permettant une vue aérienne unique sur le bourg, le large et les cultures.

Les kids y grimpent comme des chèvres mais se trouvent fort dépourvus, tout en haut, par le vide très aéré qui leur explose le bas-ventre malgré les rambardes de sécurité. Certes, il fait plus frais qu’en bas, mais c’est un vertige salutaire qui les ramène près de vous, passablement frileux.

L’extrémité sud-est de l’île recèle un trésor : le jardin colonial Georges Delaselle. Je vous en parlerai dans une autre note. Même les enfants l’aiment, c’est dire !

En savoir plus :

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Herman Melville, Redburn

Poursuivant nos lectures marines, nous tombons sur ce roman assez court et enlevé d’Herman Melville. Quand il est pressé par le temps et qu’il écrit « alimentaire », la verve naturelle de Melville ne se perd point en digressions encyclopédiques. Ces coquetteries d’autodidacte veulent le poser en expert ; elles ralentissent toujours son récit et alourdissent sa prose qui prend un ton de fiches. ‘Moby Dick ‘ en est le meilleur exemple, lesté d’un tiers de trop sur un savoir qui ne peut que vieillir.

‘Redburn’ est nettement plus ramassé. Contant, l’âge mûr venu, sa première expérience de marin à 19 ans, Melville trouve le ton juste, à mi-chemin de l’aisance indulgente que l’on acquiert avec les années pour la jeunesse enthousiaste et pataude, et du regret de n’avoir point été avisé ou conseillé. Le peuple en son inculture n’est en effet pas tendre pour les béjaunes, jaloux de ceux qui savent lire des livres mais non border une écoute. Nous sommes dans l’univers macho des raides burnes.

Loin du romantisme de mode à son époque, et particulièrement naïf dans la France de Victor Hugo, Herman Melville l’Américain décrit en pragmatique ce qui est : « Peu de terriens peuvent imaginer combien il est déprimant et humiliant de se trouver pour la première fois sous la férule de tyrans de mer parfaitement illettrés, sans pouvoir montrer autre chose de soi-même que son ignorance de tout ce qui touche au matelotage et des tâches à accomplir en mer à chaque instant. Dans un tel milieu et dans de telles circonstances, Isaac Newton et Lord Bacon eussent été de vulgaires péquenauds de l’océan ; et c’est sans le moindre remord que l’on eût giflé et frappé Napoléon Bonaparte. J’ai pu vérifier la réalité de la chose en plus d’une occasion. » (p.263 édition Pléiade).

Il faut dire, à la décharge des marins, que la peine, les ordres et l’incapacité à vivre au-delà du présent rendent égoïste. Cela n’empêche nullement les sentiments humains, qui se révèlent à l’occasion envers les petits enfants, ou envers un talent particulier comme savoir faire de la musique ou élever une belle voix pour le chant. Ce n’est point parce que l’on est ignorant que l’on ne ressent point comme les autres hommes.

Voilà donc ce fils à maman parmi les hommes. Élevé parmi ses sœurs dans la religion luthérienne, effrayée d’Ancien Testament plutôt qu’illuminée du Nouveau, sans père et loin de frères trop jeune ou trop âgé pour lui être de grand secours. Notre adolescent (la majorité n’était qu’à 21 ans) ne boit pas, ne fume pas, n’a aucune expérience sexuelle, ni de la vie de travailleur et encore moins de la marine ! Il est tendre, « de belle apparence » selon sa mère, fluet, naïf. Il ne peut qu’admirer ces hommes mûrs et sûrs d’eux-mêmes, larges d’épaules et experts en manœuvres de voiles.

Toutes les différences du jeune Melville en font la cible de moqueries et il est, un temps, le souffre-douleur de l’équipage. Le temps qu’il comprenne et s’adapte, qu’il s’engage en humanité, accepte la condition commune. Ravalant ses grands airs de lettré, il devient modeste et social, assimile la leçon reçue au gaillard d’avant. Délaissant l’absolu et le sublime, l’auteur rencontre la solitude, l’attirance pour le muscle et l’affection. Le bord est l’exemple réduit de la société où le sort de la communauté dépend du travail individuel, où les compétences de chacun s’équilibrent et se complètent.

A Liverpool, durant six semaines d’escale du navire marchand, il parcourt la ville où son père a vécu, vérifiant que les livres sont parfois obsolètes ou partiels, il opère une incursion dans la campagne, pousse même jusqu’à Londres par attachement. Il s’afflige aux misères des pauvres, se lie à un dandy qu’il admire. Les femmes restent pour lui des sujets inaccessibles dont on ne parle qu’avec un lyrisme convenu (comme ces trois belles de la campagne) ou des êtres mystérieux que l’on évite par une pirouette de style : « quand on ne sait en dire du bien, la morale exige de ne rien dire…» Ses désirs, une fois désublimés, le portent vers Harry, gentleman efféminé et mystérieux qui s’engage comme marin pour fuir la faillite, ou vers Carlo, Italien pulpeux de 15 ans sorti d’un tableau « de Murillo » (on aurait plutôt pensé à Caravage), ou encore de ces six cousins par paires de jumeaux, 10 ans, qui s’ébattent tout nu dans la baille du pont au retour.

Ce récit romancé nous en apprend beaucoup sur la marine à voile vers 1850, sur l’émigration des Irlandais vers l’Amérique, sur les relations démocratiques qui ont cours au nouveau monde par contraste avec les mœurs de l’ancien, sur les bontés et les malignités humaines. Un roman d’initiation où l’adolescent devient un homme, où l’enfiévré de livres se confronte à la réalité des corps et des choses, où l’élève de la Bible mesure enfin les êtres.

Herman Melville, Redburn ou Sa première croisière, Folio 1980, 470 pages, €7.69 

Herman Melville, Redburn, Œuvres tome 2 (avec Vareuse Blanche), Gallimard Pléiade, €47.98

Retrouvez tous les romans d’Herman Melville chroniqués sur ce blog

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Carantec

Article repris sur Ideoz-Voyages

Vers le bout de la Bretagne, droit vers l’Angleterre, coulent la rivière de Morlaix et la Penzé. La mer les a aidé à creuser chacune un aber que les géologues appellent ria. Il s’agit de la même chose, d’une vallée envahie par la mer, mais ‘aber’ est un mot celtique tandis que ‘ria’ vient de l’espagnol. Au milieu de ces deux avancées d’eau salée dans les terres est une pointe, prolongée d’une île basse. La pointe renferme Carantec, l’île s’appelle Callot. Il est nécessaire de prononcer Karanteg et Callote, selon le parler breton.

On dit que le site est « la plage » de Morlaix, à une quinzaine de kilomètres, où la jeunesse dorée vient justifier l’éclat de son épiderme dès les premiers beaux jours. On dit que c’est un hôtelier, Edmond Pouthier, qui a lancé la station auprès de la bourgeoisie fortunée dans les premières années du 20ème siècle. On dit, alors que la République Troisième venait à peine de naître, qu’on ne voyait paraît-il que panamas et ombrelles, vestes d’alpaga et robes à volants dans les hôtels chics de l’endroit. On dit que venaient là des peintres de l’école de Pont-Aven, des écrivains à la mode, des généraux célèbres, des théâtreux œuvrant à la Comédie Française. On dit aussi qu’on ne se refusait rien durant la « saison » à l’anglaise. Mais de toutes les constructions d’époque, il ne reste que vestiges. La mode passe, comme la saison, et les grands palaces comme les vastes demeures ne sont plus adaptées à notre temps.

Même l’église a été reconstruite en 1869 car elle menaçait ruine. L’abside a voulu reproduire les fenêtres de la Sainte Chapelle, en réduction bien sûr, avec la modestie qui sied aux Carantécois. Certaines des pierres sont venues de l’île Callot, menées chaque dimanche par les paysans. L’église occupe le sommet de la cité, comme il se doit dans un pays croyant. Il n’y a pas d’autre monument dans la ville sauf un petit musée Maritime et de la Résistance fort bien fait, non loin de l’église.

Autour d’elle virevoltent en S des rues et des ruelles qui descendent vers les grèves et le port. On ne compte pas moins de neuf plages autour de Carantec, orientées de l’ouest à l’est. Vous pouvez choisir chaque jour selon le vent. La Grande Grève est en face du camping et plutôt populaire, d’ailleurs excentrée dans la « banlieue » de la Penzé. La Grève du Port est plein ouest, très envasée, et n’intéresse guère que les gamins du cru. Grève Blanche, à l’extrémité nord, est « la » plage des Carantécois, face à l’île Callot dont la chaussée d’accès prend à une dizaine de mètres. C’était la plage en vogue au début du siècle, à la pointe extrême de la ville, sous les grands hôtels et face au large. La Grève de Pors-Pol la prolonge vers l’est, un peu plus rocheuse, trop près des bouées amarrant les esquifs. Une pointe rocheuse qui s’élève droit sur la mer sépare ces plages intimes des plages publiques. La Chaise du Curé, un gros rocher en forme de fauteuil entouré d’hortensias, permet une vue élevée de l’île Callot et de l’entrée en rade de Morlaix.

Les autres plages, où viennent mourir les maisons de vacances et où s’installent les cafés-restaurants de rigueur (avec parking), s’étalent vers l’est. Respectivement la plage du Kelenn avec ses marchands de glaces et sa base nautique, la plage du Penker près des bateaux privés mouillés, la plage du Cosmeur en bas des pins de la pointe, puis Tahiti. Peut-être l’a-t-on appelé ainsi parce que c’était aux antipodes – ou presque – du centre-ville ? Ou pour sa grève blonde surmontée des pins maritimes sur la falaise ? En tout cas les baigneurs ont du sable et une vue imprenable sur la forteresse Vauban locale, destinée à impressionner les corsaires anglais tentés par les richesses de Morlaix : le château du Taureau, ancré sur l’îlot rocheux juste en face. Des navettes partent du Kelenn à heures marée pour le visiter.

En redescendant vers le sud, passé la pointe de Pen al Lann, il suffit de traverser le jardin exotique Claude-Goude et quelques établissements d’huîtres pour accéder à la longue plage plein est dite du Clouët. A marée basse, il faut aller chercher l’eau loin et un bassin de ciment a été construit pour que s’y ébattent les enfants du centre aéré quelles que soient les marées, juste avant le golf privé, et sous l’œil attentif des moniteurs. Les petits ont leur bac à sable délimité de clôture et même une salle fermée pour les jours de pluie.

C’est qu’on ne bronze pas tous les jours en été, à Carantec ; il peut même y faire froid lorsque le noroît souffle sa bruine sous un ciel bas. Mais lorsque le soleil donne, les torse nus fleurissent, parfois même au cœur de la ville, surtout quand on n’a pas douze ans. Sandales, bob et short composent l’habillement de base des campings et des colos, sur lequel on brode en fonction de la météo : un simple coupe-vent à même la peau quand on ne sait pas trop ; une fourrure polaire quand on devine sans peine ; un tee-shirt pour aller aux boutiques ; une serviette de bain pour aller à la plage. Mais pas trop d’habits, on s’en encombre, on les perd, on se les fait chiper exprès ou par inadvertance, tel ce gamin qui m’a demandé sur une plage quasi déserte où était passé son tee-shirt qu’il avait laissé là bien avant que j’arrive…

Carantec, c’est une lumière : vive avec le vent, éclatante sous le soleil, fluorescente sous la bruine qui allume les hortensias bleu électrique ou rose tutu. C’est le soleil qui se couche sur les clochers de Saint-Pol, sur l’autre rive de la Penzé. C’est le crépuscule qui fait fondre les contours de l’île Callot, comme si elle larguait les amarres dans la nuit, s’effaçant dans l’obscurité avec la marée qui monte…

Carantec, l’été, ce sont les estivants : ils emplissent le marché du jeudi et emplettent poisson, homards, artichauts du pays, fraises parfumées et oignons roses tressés de Roscoff. Les parents expliquent aux enfants la différence entre langouste et homard, crabe et tourteau, coquille Saint-Jacques et pétoncles. Juliettes ou augustes (selon qu’ils viennent en juillet ou en août), ils emplissent les plages en groupes familiaux, se raidissant dans l’eau à 17° ou s’amusent à marée haute sur le plongeoir.

Carantec, c’est aussi, et toute l’année, les habitants : placides quel que soit le temps, heureux de voir du monde, occupés à pêcher, à commercer, à exercer. Ils ont leur quant à soi, leur façon de penser ; ils sont discrets, sauf lorsqu’on vient les régenter. Sous la Révolution, sous l’Occupation, alors ils résistent. Ils ont bien rénové le centre-ville, remplaçant le parking près de l’église par une placette pavée où s’ouvrent deux restaurants.

Je vous conseille l’un d’eux, ‘La Chaise du Curé’, malgré son décor un peu chargé et plutôt « souvenirs ». On y mange bien, avec des inventions coquettes et une addition de raison. Le croustillant de bar à la sauce crémeuse est goûteux à souhait. Le pressé de pomme et andouille, sous le craquant de brick, est fort inventif.

Carantec est un lieu où l’on aime à revenir.

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Jeux d’été à Paris

Article repris par Medium4You.

Que peut-on faire dans la ville lorsque les vacances sont venues, qu’on ne part pas encore et qu’il fait lourd ? Pas grand-chose. Avouons-le, l’hiver est plus propice aux sorties culturelles ou au sport. Car le sport, en ville, se pratique surtout en salles…

Les plus petits peuvent aller jouer au jardin du Luxembourg, mais le Sénat n’autorise que les ballons mousse, pas ceux de cuir.

Les colonnes de Buren, cour du Palais-Royal, disposent de buts d’artiste un peu serrés, mais bon…

Cet art tout utilitaire, en joli damier noir et blanc, inspire les préados qui circulent en patinette.

Ou qui tentent le hip-hop sous les yeux attentifs des plus grands.

Au risque de se trouver fort déshabillé par l’effort, surtout quand le tee-shirt mode est lâche et largement décolleté.

Mais il est une autre façon de montrer son corps à 12 ou 13 ans : s’arroser copieusement aux fontaines, grâce aux pistolets-mitrailleurs d’eau.

Un jouet de transition entre gamin et ado qui permet des transparences sur la poitrine sans oser la montrer nue.

Il suffit d’un an ou deux pour oser. Et l’on enlève haut et très bas pour entrer dans la fontaine comme en piscine, torse nu et vêtu de son seul bermuda.

Les autres, ceux venus en touristes, restent sagement dans les lieux de visite. Ils glandent au Louvre.

Sous voile devant la pyramide.

Ou s’amusent à faire des bulles.

Petits et adultes aussi étonnés.

Ils visitent la passerelle des Arts, qui relie le Louvre à l’Académie française par-dessus la Seine. La mode est, depuis quatre ou cinq ans, aux cadenas que l’on scelle aux grillages afin d’éterniser son amour… Chacun sait qu’il ne durera que le temps d’une saison, au mieux quelques années, mais la mode est irrésistible : il faut faire comme les autres ! On ne se distingue que quand on n’a pas l’âge du sexe. Poser un cadenas à 10 ans, c’est mignon.

Certains sont au point de pisser dessus par provision… Pas en vrai, c’est un effet de la photo, mais avec une forte démangeaison des préados à ce niveau comme en témoignent les mouvements de hanches.

Quand on est fille, l’heure est aux fantasmes sur les bittes de voirie en bord de passerelle.

Plus âgé, on se vautre sur les pelouses autorisées du Sénat. Elles le sont en alternance pour préserver l’herbe, grassement nourrie cette année où il a beaucoup plu.

Le must est d’y aller lire avec son bébé, transition entre âge adolescent et vie adulte. On fait encore comme si.

Une autre transition est de faire l’amour en public. Mais il faut pour cela rester de marbre… et simuler être bien monté. Provocation aux vieilles dames et aux pisse-froid – mais on est à Paname !

Les filles préfèrent prendre un café place de la Contrescarpe, juste avant de plonger dans la rue Mouffetard. On se croirait dans une quelconque province.

A Paris, quand on est gamin, on s’ennuie pendant les vacances. Mieux vaut être touriste ! Ou aller faire le touriste ailleurs.

Mais quand il pleut… pourquoi ne pas découvrir un site d’histoires destinées aux enfants et aux ados ?

Fany vient de créer son univers qui se décline en deux séries d’histoires, les unes pour grandir, les autres pour rêver. La première série, ‘Les péripéties d’Éliot’, aborde les sujets de la vie quotidienne sous forme thématique (école, deuil, tolérance, divorce…). La seconde, ‘Les aventures de Monsieur Kakouk’ (intarissable conteur né dans la tête d’Éliot), emmène le lecteur en voyage. Chaque histoire explore une zone géographique, dans laquelle une petite équipe (la K compagnie) y mène une enquête. On s’évade tout en apprenant. Pour chaque destination visitée, une carte géographique et un album photo remplissent la besace de l’apprenti voyageur. Et accompagnent le récit… Ces histoires peuvent être lues en ligne (livres à feuilleter) ou sur papier (livres téléchargeables pour impression).

Le site ? www.read-and-fly.com

[Les visages des photos sont volontairement floutés pour respecter le « droit à l’image »]

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Fin des classes

Le 5 juillet c’est fini, définitivement, presque la semaine des quatre jeudis. Les écoles ferment et les classes ne vont reprendre que dans deux mois.

Certains poussent un ouf de soulagement ! Et pas seulement les profs en très long congé. Pour les élèves, il fait trop chaud pour travailler, et puis ils en ont marre de l’autoritarisme scolaire.

J’ai vu un ado, la dernière heure du dernier jour, à la sortie d’école, aviser la première poubelle publique de la rue pour y jeter pêle-mêle tous ses cahiers scolaires. Sans en excepter un. Sous l’œil d’une de ses profs dont le sourire, figé, voulait dire qu’elle s’en moquait mais pas tant que ça après tout. J’ai entendu ses copains appeler le garçon Stéphane. Il a 15 ans et ne reviendra jamais à l’école. Il se destine au métier de jardinier et l’abstraction des cours lui sort par la tête.

Passer des examens ça va encore, on participe, mais passer d’une classe à l’autre d’une année sur l’autre, c’est rester passif à écouter la parole autorisée d’enfeignants de moins en moins respectables – quand ils ne sont pas en grève, ou « malades ». Ne voilà-t-il pas qu’une prof de math dans un département du sud que je connais bien, s’est mise en tête de se présenter aux élections législatives ? Pourquoi pas, c’est citoyen… sauf quand on abreuve ses Quatrièmes de propagande pro-Mélenchon en cassant du sucre sur le Président précédent. A 14 ans, on devient vite très critique envers ces faux adultes qui prennent leurs opinions pour la Vérité révélée ; qui prônent « la démocratie » du haut de leur chaire ; qui réclament le débat tout en pratiquant le « taisez-vous » ; qui mélangent Mélenchon au mélange tout « enseigné ». Alors, oui, vivement les vacances !

Un regret quand même, on quitte les copains pour un temps. Peut-être ne sera-t-on pas dans la même classe l’année prochaine ? Ce pourquoi les filles papotent sans fin à la sortie.

Quand on est garçon, autant profiter du soleil sur les pelouses pour jouer une bonne fois encore avec les autres. La ville prend un air d’insouciance et de jeunesse avec ces gamins échappés des geôles de dressage comme des tee-shirts éprouvants par 33°.

Même si la date officielle n’est pas arrivée, il y a les jours fermés pour cause d’examens, les vacances en avance par accord municipal, les sorties scolaires où une part est réservée aux jeux. Et il y a ceux qui « sèchent ». Mais comment distinguer ceux qui font évaporer la sueur torse nu de ceux qui évitent l’école ?

Tandis que les plus grands se reposent, les collégiens se bourrent les muscles à coup de ballon cuir pour réussir mieux que les Bleus – lamentablement pourris de fric et d’égoïsme, comme d’habitude.

On s’arrose copieusement à coup de jets, exercice quasi sexuel, presque nu et la buse en érection, ravi du glapissement de série TV des filles émoustillées. Certaines ne sont pas en reste pour les « trop bogoss » qui ne les regardent pas assez.

D’autres, plus petits, draguent en polo trop grand…

…avant de se ravitailler au stand des friandises, rangées sur la tapis magique au bord de la pelouse et tenues par les parents de garde.

Bonnes vacances, les kids !

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Crise du tourisme polynésien

Les mois, les années se suivent et se ressemblent. Pour l’année 2011, moins de 165 000 visiteurs. La baisse des arrivées de touristes se confirme. L’an 2011 se termine sur le total de 162 776 visiteurs soit le nombre de 1997 très loin du chiffre record du début des années 2000, proche de 260 000 touristes. Au lieu d’accuser bêtement les autres, il faut se regarder dans le miroir et voir ce qui ne va plus en Polynésie… mais il faut en avoir le courage. Non content de prendre le touriste pour un cochon de payant, celui-ci est volé, tabassé, insulté. La diminution de l’activité hôtelière s’expliquerait par le retrait des principaux marchés émetteurs (Europe, États-Unis, Japon) par une baisse de la durée moyenne de séjour.

Et si l’on allait voir chez les voisins ? Ca va plutôt bien ! Voyez vous-mêmes, Fidji a compté 675 000 arrivées ; Palau 100 000, soit 25% de plus que l’an passé ; idem pour les Cook. Tout va bien pour le tourisme sauf en Polynésie française. Pourquoi ? Serait-elle maudite ? Vous pourrez toujours regardez sur un atlas où se trouvent ces micro-états.

Pour faire la promotion de Rangiroa, Fakarava et Nuku Hiva, le GIE Tahiti Tourisme a demandé au photographe anglais Andrew Murch de promouvoir la plongée dans ces îles. Ses clichés sont publiés dans Shark diver aux USA, Diver magazine au Canada et X-Ray magazine en ligne. Si Rangiroa ne l’a pas fasciné, il a beaucoup apprécié Fakarava ainsi que les Marquises. Beaucoup de requins gris de récif à Fakarava ; aux Marquises, quatre espèces de requins, des raies manta, une petite faune intéressante et des péponocéphales (orques pygmées) qu’il ne connaissait pas. De quoi intéresser des plongeurs, mais, le billet d’avion tellement onéreux devrait en décourager plus d’un.

La nouvelle lubie du président du pei ? La création d’un marathon à Tahiti à la place de celui de Moorea. Il vise à attirer des étrangers, et aurait lieu en même temps que celui de New York. Eh oui, rien que cela ! Rêve, doux rêve, le budget serait le double, les prix 3 à 4 fois supérieurs à celui de Moorea… Est-ce que les coureurs de celui de New York vont opter pour celui de Papeete ? En tout cas Oscar Tane veut rivaliser avec New York.

Nous avons reçu à domicile les comprimés de Notézine 100mg à prendre avec un peu d’eau devant les représentantes de la mairie. C’est le traitement le plus efficace contre la filariose et le ministère de la Santé avait enfin compris que les gens ne prenaient pas ce médicament, l’oubliaient dans une poche ou le jetaient.

Oscar dérape, pourtant nous ne connaissons pas le verglas à Tahiti. Lors d’un journal télévisé sur TNTV : « J’espère que François Hollande sera élu président de la République car nous, en tant que chrétiens, ce n’est pas possible que nous, on puisse voter pour Nicolas Sarkozy qui a les mains pleines de sang. Rappelons-nous de ce qui vient de se passer en Libye. Les enfants ont été tués, les mères de famille, les personnes âgées, tout ça pour tuer une personne (Kadhafi) qui est recherchée parce que cette personne a fait savoir qu’en 2007, c’est M. Kadhafi qui a financé sa campagne, n’est-ce pas ? Voilà la réalité des faits et j’espère que la Cour internationale de justice, on ne peut pas soutenir un président comme ça, qui aura à juger le fils de Kadhafi, fera une enquête également et j’espère que l’on entende comment cela s’est passé. Comment il a financé la campagne de M. Sarkozy. » Oscar Temaru est pour les formules chocs ! Rappel de quelques-uns de ses autres dérapages verbaux : « L’Éducation nationale fabrique des crétins » ; Alain Juppé, est étranger. Le vote des « étrangers » est le vote des « colons » ».

Décidément, tout est fait pour attirer les Français de métropole dans nos îles…

Hiata de Tahiti

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Alex Scarrow, La théorie des dominos

Avis aux âmes faibles et aux béquillards psychologiques ! Si vous entamez ce livre, vous ne pourrez plus le quitter et vous ferez des cauchemars la nuit. Construit comme un jeu vidéo, découpé comme une série TV, passionnant comme un thriller… ce livre parle d’un futur possible. Proche, très proche.

Imaginez, comme l’éditeur vous convie à le faire en quatrième de couverture :

  1. Lundi : série d’attentats sur les réserves pétrolières.
  2. Mardi : effondrement des marchés. Mise en quarantaine des transports.
  3. Mercredi : restriction de l’approvisionnement en vivres et en énergie.
  4. Jeudi : coupure de l’électricité, magasins pris d’assaut.
  5. Vendredi : La panique et le chaos s’emparent de la rue.
  6. Samedi… just imagine.

En une semaine, tout notre monde s’est écroulé, notre civilisation effondrée, notre culture a régressé aux âges farouches. Le chacun pour soi gagne, la débrouille supplante les diplômes et la capacité à cultiver des patates vaut mieux que l’étude approfondie du marketing. Nous sommes dans l’apocalypse, le complot, le chaos. Est-ce invraisemblable ?

Notre dépendance au pétrole est évidente. Notre civilisation le sait et gère la transition du pic pétrolier avec le temps : mais si le temps nous est compté ? Plus de transports, plus d’importations, plus d’alimentation, plus d’électricité ni d’eau potable dans les foyers. Police impossible, armée débordée, gouvernements impuissants. Il faut choisir qui préserver, instaurer la dictature, protéger des zones restreintes. Pour le reste, c’est la loi de la jungle, les bandes de jeunes qui bastonnent et violent, les racailles qui pillent, se saoulent et tuent. Avec ce plaisir primaire de l’espèce, ce fond de sado-masochisme à jouir de souffrir et faire souffrir.

Andy est un spécialiste de géostratégie. Juste avant la fin du siècle dernier, en 1999, un groupe mystérieux lui a commandé un rapport unique et confidentiel : que faudrait-il pour que la route du pétrole stoppe ? De fait, pas grand-chose : quelques nœuds de production et de transport immobilisés par explosions. La suite s’engendre d’elle-même, l’arrêt progressif de toutes les activités industrielles et technologiques, l’abandon social, la lutte pour la vie. De quoi imposer un régime fort rêvé par certains pour dominer à nouveau une planète régénérée…

Le scénario se déroule comme prévu : bombes à la Mecque, la Kaaba saute en tuant des centaines de pèlerins. Explosion des musulmans fanatiques partout dans le monde – voilà le principal. Faire sauter un tanker dans le golfe persique immobilise tous les pétroliers en attente. Faire sauter une raffinerie dans le Caucase, une au Nigeria et une au Venezuela empêche toute alternative au pétrole arabe. Et c’est plié : toute la société occidentale, très dépendante de l’énergie et de la chimie du pétrole, s’effondre. Scénario peu vraisemblable dans son enchaînement, mais puissant.

Andy est en mission d’études en Irak lorsque tout arrive. Mais il n’est pas seul. Sa femme veut divorcer et fait juste au mauvais moment un petit voyage en train à l’autre bout de l’Angleterre pour son entretien d’embauche. Lorsqu’elle veut repartir, plus de trains ni de bus, les autoroutes fermées ! Sa fille étudie dans une université près de Londres, les téléphones mobiles fonctionnent encore, à elle d’aller chercher le petit frère Jacob, 8 ans, dans son école privée pas trop loin de la maison. Mais un homme la traque : elle a vu il y a huit ans ce qu’elle n’aurait pas dû voir, le visage de trois des commanditaires mystérieux du rapport de son père. Elle ne doit ni passer dans sa chambre universitaire, ni rentrer à la maison, mais entraîner son petit copain parce qu’il a un véhicule…

Cet aspect familial très concret ajoute du piquant humain à ce scénario technique. Andy va-t-il rentrer auprès de sa famille ? La mère réussira-t-elle à rejoindre Londres ? La fille parviendra-t-elle à chercher son petit frère et à échapper au tueur ? Qu’arrivera-t-il ensuite ? Car le chaos ne s’arrête jamais du jour au lendemain.

L’auteur, né au Nigeria, vit au Royaume-Uni et écrit des livres de fiction et des scénarios de jeux informatiques. Son second roman, publié ici « à l’ancienne » est un livre (cékoi pianotent déjà les 15 ans sur leur fesses-book ?). Mais c’est aussi un bon support de jeu de stratégie. Après le film, voici que le monde du jeu s’introduit dans la littérature, que les frontières des genres s’effacent. Si vous êtes comme moi, préférez lire le livre, votre imagination travaillera bien plus que si l’écran vous livre ses images de synthèse ou que si vos doigts sont occupés aux manettes.

L’écologie, la vraie, loin des luttes technocratiques d’appareil, devrait vous inciter à réfléchir sur votre existence, sur vos savoirs utiles. Faire du vélo, savoir se défendre, cultiver son jardin… Bien loin des Duflot et autres histrions de l’apocalypse bobo.

Alex Scarrow, La théorie des dominos (Last Light), 2007, Livre de poche 2011, 572 pages, €7.22

DVD La théorie des dominos de Stanley Kramer avec Gene Hackman et Candice Bergen, Elephan films 2015, €17.59

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Vote présidentiel aux Îles du vent

Comme pour le premier tour des élections présidentielles, nous avons dû voter en Polynésie avant vous, soit samedi soir, jour de sabbat pour les Adventistes. Les mesquineries avaient été rôdées !

Vous savez que Papeari et Mataiea sont les communes associées de Teva I Uta : le coucher du soleil se situant vers 17h38, il fallait aux électeurs de confession adventiste un turboréacteur pour arriver à temps à la mairie faire son devoir de citoyen, encore français. Certains ont renoncé car dépourvus de moyens de transport pour arriver dans les délais.

D’ordinaire la mairie demande une prolongation d’ouverture du bureau de vote afin de permettre à tous ses résidents de voter. Là, il paraît qu’ils avaient oublié de demander cette dérogation au Haussariat (Haut-commissariat). Mais, pour le second tour, ils ont encore oublié. Il faudra prendre du Tanakan. Même ‘la Dépêche de Tahiti’ s’est trompée pour indiquer l’heure de coucher du soleil ce samedi du second tour.

Alors qu’au premier tour la majorité des votants avaient pu s’exprimer sans présenter le moindre papier d’identité – ici tout le monde se connaît – pour le second tour il fallait montrer patte blanche. Sans papier d’identité, retour à la case départ pour les gens de Papeari. Ceux de Mataiea, village de la mairesse de Teva I Uta, pouvaient eux continuer à voter sans montrer la républicaine pièce d’identité. Vous comprendrez mieux quand vous lirez les résultats que voici :

  • Papeari : 3079 inscrits ; 1729 votants ; 1669 exprimés ; 659 pour Hollande ; 1010 pour Sarkozy.
  • Mataiea : 3290 inscrits ; 1783 votants ; 1739 exprimés ; 893 pour Hollande ; 846 pour Sarkozy.

Le président du Pays est ravi de l’élection de M. Hollande ; lui et son gouvernement ont déjà réservé des passages pour Paris, ils emporteraient de grosses valises pour ramener beaucoup de moni (sous)… C’est leur souhait le plus ardent car ici les caisses sont (comme toujours) vides.

Portez-vous bien. Fa’aitoito (courage) !

Hiata de Tahiti

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Camus et les êtres

Nul être humain n’est seul dans le monde. Même si le monde est absurde, sans fins dernières ni raison, la vie mérite d’être vécue. Pourquoi cela ? – Par les êtres, répond Camus.

« Ce qui éclaire le monde et le rend supportable, c’est le sentiment habituel que nous avons de nos liens avec lui – et plus particulièrement ce qui nous unit aux êtres. Les relations avec les êtres nous aident toujours à continuer parce qu’elles supposent toujours des développements, un avenir – et qu’aussi nous vivons comme si notre seule tâche était précisément d’avoir des relations avec les êtres. »

L’existence humaine ne subsiste pas si elle reste végétative, fixée par ses « racines » dans un sol immuable, avec pour toujours un même horizon. L’existence humaine exige un avenir. L’homme est fait d’imagination plus que de présent, au contraire des bêtes. Ce qui le soutien, c’est le futur possible. L’interaction avec les choses offre peu de support à l’imagination, l’interaction avec les plantes un peu plus, avec certains animaux plus encore. Mais le summum de l’imagination tient aux autres hommes, femmes et enfants. Voir demain ce que devient un petit qu’on a élevé, participer aux développements de l’amour ou de l’amitié, suivre une relation, élaborer un projet ensemble – tout cela excite l’imaginaire et fait tenir le présent.

« Mais les jours où l’on devient conscient que ce n’est pas notre seule tâche, ou surtout l’on comprend que c’est notre seule volonté qui tient ces êtres attachés à nous – cessez d’écrire et de parler, isolez-vous et vous les verrez fondre autour de vous – que la plupart ont en réalité le dos tourné (non par malice, mais par indifférence) et que le reste garde toujours la possibilité de s’intéresser à autre chose, lorsqu’on imagine ainsi tout ce qui entre de contingent, de jeu des circonstances dans ce qu’on appelle un amour ou une amitié, alors le monde retourne à sa nuit et nous à ce grand froid d’où la tendresse humaine un moment nous avait retirés. »

La vie ne tient pas si l’on ne tient pas à la vie. Or la vie humaine est tissée de relations humaines. Dès lors qu’on s’isole, on mesure combien les autres tiennent à nous (parfois très peu…) – donc surtout combien l’on tient à eux. Il suffit de faire l’expérience du chômage (assez courante, passé 45 ans). Dès lors, ceux que vous pensiez être vos « amis » se réduisent. Ils prennent le sens Facebook, de vagues liens qui ne tiennent que par un divertissement partagé. Dès que vous ennuyez, zap ! vous êtes éliminé. Les « chers collègues » font payer durement leur précieux temps. Les autres ont tendance à vous traiter en semi-pestiféré, soit qu’ils vous reprochent de ne pas faire assez d’effort pour trouver ce qui paraît évident (un travail), soit qu’ils aient honte que vous ne soyez plus sur un pied d’égalité avec eux (au restaurant, vis-à-vis des anciens collègues, quand vous êtes reçu…). Étrangement, passés quelques années sans signes de vie, ils vous recontactent aussitôt… qu’ils se retrouvent dans la même situation : au chômage !

Au fond, dit Albert Camus, l’amour et l’amitié ne sont pas dus, ils se méritent et s’entretiennent. Ils ne sont pas absolus, comme le dualisme chrétien repris par l’illusion romantique tendraient à le laisser croire, mais historiques, tissés de circonstances et de construction volontaire. A chacun d’entretenir l’amitié. Les êtres tiennent à vous si vous tenez à eux. Et il n’y a pas que les chats ou les enfants pour lequel c’est vrai.

Albert Camus, Carnets 1935-48, Carnet IV, Gallimard Pléiade tome 2, 2006, p.982, €61.75

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Nick Wilgus, Meurtre et méditation

Thaïlande, de nos jours : la ville trépidante est polluée de touktouks et autres véhicules à deux, trois ou quatre roues. La foule se presse, commerçants, affairistes, fonctionnaires royaux. Des adolescents virevoltent en mobylettes ou motos ; ils ont trouvé le filon pour s’acheter fringues, chaînes d’or et téléphones mobiles : soit vendre leur corps dans les parcs ou les boites, soit vendre leur agilité pour livrer de la drogue. C’est Bangkok. Mais il reste des oasis de calme et de méditation : les temples bouddhistes. Des adultes s’y retirent du monde pour se faire moine. Soit pour quelques années, soit pour leur reste de vie.

Tel est le cas de frère Ananda, la cinquantaine, ancien policier entré en religion parce que sa femme et son fils de 13 ans ont été tués par balles après une grosse saisie de drogue. Vengeance, faut-il se venger à son tour ? La voie bouddhiste n’est pas pour répéter à l’infini le cercle de la souffrance. Il faut au contraire le rompre en le transcendant, par la bienveillance. Le lecteur apprendra la différence entre amour et compassion, combien le premier est vague et souvent égoïste, tandis que la seconde souffre avec tous les êtres et s’efforce de les aider à se libérer. Ananda a aimé très fort son fils ; lui mort, il ne peut plus aimer, mais seulement aider. A moins que…

C’est le mérite de cet étrange roman de nous dépayser, de nous faire passer de nos coutumes catholiques aux coutumes bouddhiques, bien différentes, bien mieux intégrées dans la société même des hommes. En bouddhisme, il n’y a pas de dieu, seulement Bouddha, humain exemplaire qui aide chacun à trouver la voie pour se libérer du cycle des souffrances. Les moines ne répètent pas à l’infini un Vrai révélé, mais se mettent en sympathie avec les êtres souffrants pour les aider de leur sagesse acquise. Ils n’aiment pas leur prochain sur injonction mais compatissent aux erreurs et aux désirs. Car la souffrance d’être vient des désirs non maîtrisés et des erreurs de l’enfance. En Thaïlande, beaucoup d’enfants sont mal aimés, rejetés, battus et exploités. Beaucoup de parents avides les délaissent s’ils sont trop nombreux, ou les rendent orphelins en mourant du sida. Certains les vendent s’ils sont accros à la drogue. D’où ces enfants des rues, vivant de petits trafics et de prostitution.

Frère Ananda, moine bouddhiste parmi les anciens du temple Mahanat, participe à la vie de la communauté en aidant les adolescents à méditer. De longues minutes à faire le silence en eux, à isoler leur ‘besoin’ de drogue ou de sexe, à contenir leur agitation, leur colère ou leur angoisse. Ils sont seuls comme dans la vie réelle, mais doivent apprendre à devenir adulte, sortis des pulsions infantiles, maîtres de leur conscience et de leur corps,. C’est ainsi qu’un maître bouddhiste guide sans contraindre, qu’il tente de redonner à ces ados déboussolés la maîtrise sur eux-mêmes. Il veut leur faire prendre conscience de leurs désirs, des causes de leurs souffrances, et leur offrir le choix de la volonté. Il faut pour cela des années d’entraînement, et être référent comme un père. Mais lui refuse d’oublier son vrai fils…

Un matin, le Supérieur effaré lui demande de venir voir la salle d’eau éloignée, peu utilisée par les moines. Un cadavre d’adolescent nu est à demi plongé dans la jarre aux ablutions, des brûlures de cigarette sur le torse, une grosse bougie enfoncée dans la gorge et les yeux arrachés. C’est Noï, l’un des jeunes recueillis par le temple. Orphelin, drogué, prostitué, il n’a jamais été aimé et cherche à oublier dans les fumées artificielles ou en offrant son corps à qui le veut du moment qu’on le prend dans ses bras. Qui a fait le coup ?

Aidé de Jak son garçon de chambre de 12 ans, frère Ananda (improprement appelé « père » par l’éditeur sur le modèle catholique), va s’efforcer de débrouiller les pistes ; il mettra au jour les relations incestueuses du monastère et du siècle. La corruption, très présente en Thaïlande, prend ici des tours inattendus. L’auteur, américain et ancien moine franciscain devenu journaliste au Bangkok Post depuis les années 1990, connaît bien le terrain. Il parsème ses têtes de chapitre de citations du Dhammapada, recueil des paroles du Bouddha. Nous sommes dans une autre société, un autre monde, une autre spiritualité. Wilgus est un bon passeur de culture, antichoc des civilisations. Le lecteur ne pourra qu’aimer frère Ananda, son humanité toute simple et son obstination au mépris du danger ; aimer Jak, l’éclopé orphelin plein de bonne volonté et éperdu d’amour ; aimer le monastère, ce fragment d’éternité et cette porte pour la libération en plein cœur d’une métropole engoncée dans la modernité.

Nick Wilgus, Meurtre et méditation (Mindfulness and Murder) – une enquête du père Ananda, 2003, Picquier poche 2007, 342 pages, €8.17

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Maladies et maux sociaux à Tahiti

Atation ! (attention en prononciation locale), la leptospirose guette en ce début d’année très pluvieuse. Chaque année, cette maladie fait entre 2 et 5 morts en Polynésie. Transmise par l’urine animale, cette bactérie vit dans l’eau stagnante et la boue. La maladie débute comme une grippe avec une forte fièvre, mal à la tête et douleurs musculaires font penser à la dengue. Pas soigné, le microbe peut s’attaquer au foie, aux reins, d’autres complications apparaissent (jaunisse, insuffisance rénale, signes oculaires, cardiaques ou pulmonaires, hémorragies). Alors attention, sinon… « Aiiia Madame, moi sais pas marcher avec sossures… »

En 1914, on a ouvert une léproserie dans la vallée d’Orofara, sur la côte Est de Tahiti, commune de Mahina. Les malades étaient soignés par des diaconesses protestantes. Le village comprenait une église, un temple, un magasin, deux réfectoires, une cuisine commune, un lavoir-séchoir, une infirmerie, une école et son institutrice. Tous les services étaient tenus par les lépreux. La salle de soins était tenue par du personnel métropolitain venu en mission. Les logements de 7 m sur 3 comportaient 2 chambres et un WC. Ils étaient désinfectés régulièrement. Au fond de la vallée, le cimetière des lépreux, aujourd’hui abandonné. Dame Nature offrait mangues, uru, bananiers, tubercules. En 1920, Orofara comptait 83 pensionnaires, en 1933, 133, en 1939, 90. Au milieu des années 1950, la maladie était en voie de régression, voire de disparition. La lèpre, une maladie infectieuse peu contagieuse, mais très mutilante.

Hausse modérée de la délinquance 2011 : +1,3%. A la hausse : les escroqueries, infractions économiques et financières (+40%), les vols à l’étalage (+40%), les coups et blessures volontaires (+10%), les violences sexuelles (+4,6%) les infractions à la législation sur les stups (+20,3%). Mais le pakalolo (lait de cannabis) reste au cœur des crimes malgré la destruction de 63 642 pieds de paka. On cambriole un fare, on s’empare d’un ordinateur et on l’échange contre une boîte de quelques grammes de paka ! Inquiétante tendance, le nombre de mineurs interpellés pour usage de stupéfiants en 2011 est en hausse de 66%. L’an passé, un enfant d’une dizaine d’années avait été trouvé porteur de pakalolo qu’il revendait pour le compte de ses parents.

Toujours plus d’habitants dans le bassin de Taravao. Au moins un quart, voire plus, de la population de Tahiti habite ici mais l’offre de santé de suit pas. Le gros problème c’est l’hôpital. Il est vétuste, manque de personnel. Pas de maternité. Il est courant que les sages-femmes assurent seules des accouchements « bord de route ». L’hôpital ne serait pas vraiment un hôpital, il aurait un statut bâtard et doté de moyens insuffisants.

Une page de la nuit se tourne à Papeete. Le Piano bar de la rue des Écoles, ouvert dans les années 60 par des légionnaires, avait gagné ses lettres de noblesse nocturnes à l’heure du CEP. Il change de concept. Indiqué dans tous les guides de voyage il tenait surtout au fait que le lieu de plaisir fut rapidement investi par les travestis, puis les raerae plus tard. Les militaires étaient là, l’argent aussi, les contrôles routiers absents, la fête battait son plein jusqu’au milieu des années 2000. Les travestis devenus pour la plupart transsexuels ont participé à la notoriété de l’établissement. Chaque année avait lieu l’élection de Miss Piano bar. Les shows des raerae sont finis, place aux sons de DJs.

Hiata de Tahiti

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