
L’auteur accentue ses défauts dans ce volume linéaire, divisé arbitrairement en quatre chapitres. On ne se refait pas, surtout passé 60 ans ; les défauts ressortent. L’auteur ne sait pas aller au but, il n’en a pas la volonté, il ne sait que penser autour, laissant l’impensé au cœur. Le lecteur ne peut s’étonner qu’il ait eu besoin de la psychanalyse.
Nous avons donc une suite de phrases, longues, souvent intellos, parfois avivées par l’action, « la formulation écrite de cet immense monologue » dit-il p.591 Pléiade. Quelques anecdotes égayent cette litanie du moi en voyage, « le tout s’accumulant sans grand profit en une profusion baroque » à la manière de cet « esbroufeur professionnel » (p.706) vu à l’Alhambra de Paris à 14 ans.
L’auteur rappelle ses errances accompagnées en Égypte et en Grèce, puis à Kumasi en Afrique et dans la Chine de Mao en 1955, et même son suicide raté volontairement (ce grand voyage), mais avoue qu’il faut toujours lui tenir la main. Il ne sortirait pas tout seul de sa coquille de confort – somme toute bourgeois. Révolutionnaire en idées, oui, en actes, surtout pas ! Cela dérangerait ce perturbé d’origine. Un bel exemple de l’égoïsme bobo parisien des années où les intellos se prenaient encore pour les juges des valeurs sur le monde entier… « Quand j’aimerais être ailleurs j’ai peur de m’en aller d’ici, et ailleurs, quand j’y suis, ne m’apporte guère de repos, soit qu’il continue d’être ailleurs et que je m’y sente désorienté, soit que m’y suive un regret de ce que j’ai quitté, soit que cet ailleurs ne puisse être un ici que de façon trop fugitive pour que je l’estime autre que dérisoire » p.599.
Les fibrilles sont les éléments allongés des fibres musculaires, une chair réactive qui se contracte et se rétracte selon l’environnement. Tout comme l’auteur, dont j’avoue non seulement qu’il m’ennuie, mais qu’il est humainement déplaisant, trop centré sur lui-même, trop velléitaire par la seule pensée sur les autres. Il n’aime que lui, et les images chéries que les souvenirs font ressurgir des autres. Il n’aime pas les autres, sinon de façon abstraite, le peuple « exploité » en général, les masses en mouvement chinoises, les « naturels » africains. Tous ces êtres ne sont que des catégories à classer, qu’il préfère aimer loin de lui, de son appartement au 4ème étage du quai des Grands Augustins, dans le 6ème arrondissement parisien. « Mauvaise conscience mise à part, le rigorisme des faiseurs de plans est cependant pour moi une cause de malaise et m’oblige à me poser personnellement cette question : est-ce agir dans un sens correct (pour soi comme pour ceux qui viendront après) que travailler à quelque chose dont on sait que chacun doit s’y consacrer pleinement (la demi-mesure étant exclue en matière de révolution) mais dont on sait aussi qu’y adhérer sans réserve peut amener à se nier en ce qu’on a de plus intime et tuer ainsi dans l’œuf ce qui serait votre véritable apport à l’œuvre collective ? » p.550.
Ce velléitaire n’est à gauche que par confort intellectuel, tout son milieu parisien des sciences humaines et de la littérature se voulant « révolutionnaire ». Il n’est pas authentique mais apparaît comme « un salaud » au sens de Sartre, un esclave du plus fort. « Me situer politiquement ‘à gauche’ (dernier et pâle avatar de ma croyance en l’impossibilité d’être à la fois poète et respectueux de l’ordre établi) » p.756.
Il se sent écartelé entre « la poésie » africaine (qui est plutôt sensualité pour le nu et la sexualité directe) et « la sagesse » chinoise du Grand bond en avant maoïste (avant la Révolution culturelle qui allait révéler ce que l’instituteur promu avait de dictatorial et de manipulateur, responsable de millions de morts dans son propre peuple, par famine et idéologie). Le passé et l’avenir, le bas-ventre et la raison – le cœur au milieu ? Jamais : Leiris est un « déséquilibré », alternant sans cesse entre le corps et l’esprit, « primitivisme » et rationalisme, sans jamais incarner la plénitude équilibrée des trois étages antiques (sexe, cœur, raison), plénitude revue par Montaigne puis par Pascal avec ses les trois ordres de la chair, du cœur et de l’esprit et par Nietzsche avec les instincts, les passions et l’intelligence. Il se tourmente, un brin sadique, sexuellement tourmenté.
Fibrilles paraît en 1966, au moment même de la Grande révolution culturelle prolétarienne confiée aux cinq Espèces rouges (fils de paysans pauvres, d’ouvriers, de martyrs, de soldats et de cadres révolutionnaires) qui doivent rééduquer ou abattre profs et intellos – en même temps que les cadres du parti adversaires de Mao… L’effondrement socialiste du grand récit progressiste en Chine fait s’effondrer le modèle intime de la Règle du jeu : Leiris voulait progresser dans sa connaissance de lui-même par les règles de la raison, tout comme la masse chinoise progressait par la raison marxiste pour accoucher de l’Histoire. Las ! Il n’y a pas d’Histoire comme dessein intelligent, mais un chaos d’où émergent des forces qui s’imposent un moment. Les paroles dites ne créent pas l’être, elles en sont le masque ; les mots sont des caricatures et des prétextes – une illusion. Se raconter – « ce livre, tissé de ma vie et devenu ma vie même » p.728 – ne fait pas accoucher de soi mais ne fait qu’embrouiller les souvenirs dans l’imaginaire. L’auteur construit son personnage, il ne se révèle pas tout entier – surtout à ses propres yeux.
Ce livre est-il un échec ? Non, une tentative littéraire. Nous ne sommes pas obligés de le lire mais qui aime bien la masturbation intello peut s’y plonger avec délices, il sera bien servi.
Michel Leiris, Fibrilles, 1966, Gallimard L’imaginaire 1992, 308 pages, €9.00
Michel Leiris, La règle du jeu, 1948-1976, Gallimard Pléiade, édition Denis Hollier 2003, 1755 pages, €80.50
Les oeuvres de Michel Leiris chroniquées sur ce blog















































































































Croisière en Floride et fin du périple
En mer, gymnastique, salsa, tennis de table, ventes de sacs à main, bingo, guitare et voix ; au théâtre ce soir Les Pampas Devils qui proposent du tango d’Argentine, un spectacle gaucho, découverte du porto (il doit encore rester des bouteilles !) – et casino. Pour le restaurant, on est prié de se vêtir en tenue de gala ou d’aller finir les restes au buffet !
Aujourd’hui on vend des t-shirts BCRF pour la recherche du cancer du sein, le Norovirus est toujours présent à bord de l’Infinity, casino, préparer vos valises, encore du vin (français cette fois) à tester, encore des émeraudes à vendre… Des achats à faire encore et toujours à partir de 1$ et jusqu’à 75% de rabais sur certaines marchandises. Profitez, profitez, demain débarquement à Fort Lauderdale.
Fort Lauderdale, Floride, arrivée 7h, débarquement régimenté.
La distance totale que nous avons parcourue est de 4 523 milles nautiques (1 mille nautique = 1,85 km)
Pour rejoindre la sortie, il faudra patienter plus de deux heures pour accéder aux guichets de la police américaine, pour se faire prendre les empreintes des deux mains et photographier. Grâce à S. de Monaco nous pourrons prendre un taxi, à nos frais, et rejoindre notre hôtel à Miami. M. et moi ne sommes pas en forme du tout, V. qui était malade durant toute la croisière semble aller un peu mieux mais elle demeure très faible. Nous avions prévu de faire plus ample connaissance avec Miami, nous n’oserons qu’un petit tour le long du port avant de regagner notre chambre. Demain il faudra prendre l’avion pour Los Angeles. Le fenua nous manque.
L’avion est surbooké, en retard, il n’y a pas même de place pour le bagage à main de 3 kilos… une vraie pétaudière. Heureusement nous retrouvons J. et le chien Freddy. Le beau temps nous a quitté, il fait froid, quoi de mieux pour se réchauffer que d’aller dans un centre commercial ? C’est bientôt Noël, les gens font la queue pour manger, pour se faire prendre en photo, pour acheter. Alors les crèmes glacées, tout en couleurs, sont les bienvenues pour les faire patienter !
Pour terminer le voyage avec Air Tahiti Nui, le repas spécial que j’avais commandé n’était pas dans l’avion ! Pour le prochain voyage sur ATN, je me munirai d’un panier-repas avec poisson cru au lait de coco, riz chaud, quart de vin blanc (les boissons sont-elles à nouveau autorisées à apporter au-dessus de 100 ml ?), au moins je pourrai me restaurer normalement.
Nos commentaires ne seront pas trop élogieux :
L’agence de voyages de Monaco de S. n’est pas absolument pas capable de faire un travail correct, puisqu’elle propose un San Diego-Miami elle est à notre avis indigne de représenter la compagnie de navigation Celebrity.
Le bateau est très confortable mais nous conseillons d’éviter sur le pont 8 les cabines près de la bibliothèque comme les n°8123 et suivants car il y règne un froid sibérien. L’ingénieur requis avoue que cela a toujours été ainsi, que le froid vient du pont 10. OK, mais le pont 9 ne souffre pas de cet air glacial et il est bien entre le 8 et le 10, non ? Nous avions pensé qu’un tupapau avait investi les lieux.
La nourriture est insipide, au restaurant Treillis, on sert un cocktail de crevettes, crevettes dont on a omis d’enlever le filament noir donc retour en cuisine, je commande une salade de roquette on me sert de la salade iceberg, le menu indique un poisson de profondeur, ici en Polynésie on le nomme paru, c’est délicieux, très fin, ce poisson arrivé dans l’assiette de V. est servi sur des pois chiches et ce n’est pas du tout celui annoncé, les noms ronflants du menu en français sont sensés embellir les assiettes mais rien n’a de goût, ni les entrées, ni le plat, ni le dessert – rien n’a de goût. Certes, on peut commander toute la carte mais le premier plat, le troisième ou le dernier ont tous le même goût, plutôt la même absence de goût… Pour un bateau qui se voulait à la pointe de la cuisine…
Mais j’y pense : ne serait-ce pas un problème de carte de paiement ? Au self, un jour lentilles à la nage, le lendemain lentilles essorées, le surlendemain lentilles séchées, il n’y a pas eu de quatrième jour sinon cela aurait été certainement lentilles amidonnées ou tas de lentilles lessivées. J’ai commandé un ceviche, il y avait du poisson… mais pas une goutte de citron ! Pour les desserts, c’était la pavlova… un truc collant loin des entrechats de la danseuse, une autre fois avec toujours un nom pompeux on aurait dit du fromage blanc, non, non, un carré de Kiri, posé dessus du vernis rouge et encore au-dessus une feuille de menthe, de la vraie menthe ! Nos estomacs se sont refermés et plus rien ne passait sinon un thé…
Si V et moi-même additionnions les croisières effectuées sous des cieux différents, jamais au grand jamais nous n’avons aussi mal mangé sur l’une d’elle. Même sur la felouque du Nil où notre accompagnateur nous a servi du kitkat. Quand nous dialoguons avec Tahiti par mail, on nous apprend qu’un grand nombre de personnes ont été malades sur un des Princess, le Crown, je crois. C’est grâce certainement aux prières de mes amies adventistes que nous n’avons pas été malades comme ceux du Princess. Merci Seigneur comme disent les Polynésiens.
Pour celles et ceux qui seraient tentés par une croisière, choisissez bien, ayez aussi beaucoup de chance… ou un compte carte bleue bien approvisionné !
Hiata de Tahiti