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Élections : le cave se rebiffe

Ce n’est pas en soi « la gauche » qui a été rejetée par les électeurs ces deux dimanches de municipales, ni vraiment « le président » ou peut-être « sa politique » – c’est bel et bien le socialisme à la française et l’indigence de son parti.

Le socialiste est trop souvent content de soi, sûr de son bon droit « progressiste », animé d’une foi aveugle en sa « mission » d’émancipation des Lumières et d’égalitarisme révolutionnaire féministe. Comme tous les croyants, il n’écoute pas ; comme tous les prêtres d’une quelconque religion, il est sûr de détenir le vrai, donc de savoir mieux que « le peuple » ce qui est bon pour lui. Aujourd’hui comme hier, « le peuple » infantilisé, méprisé, ignoré se venge : il vote avec ses pieds. Hier contre le socialisme de l’Est lorsque le mur de Berlin est tombé, aujourd’hui contre le socialisme municipal, cette exception française qui a façonné le parti.

francois hollande rit

Missionnaire, le socialiste remplace le peuple par l’image idéale qu’il s’en fait : celle du troupeau sous la houlette de son berger, des poules en poulaillers protégées du « renard » par l’État fermier, pater familias macho, autoritaire et propriétaire. Mais l’État ne remplit plus ses promesses, ayant trop promis et trop prélevé, désormais obèse des structures empilées et impuissant de moyens essoufflés. Malgré les impôts en hausse pour tous, y compris pour les plus modestes, y compris sur les mutuelles santé, le déficit (4,3% du PIB) et la dette publique (93,5% du PIB) continuent de croître, dépassant l’objectif que s’était même fixé le gouvernement pour 2013. A quoi bon payer toujours plus, si c’est pour le gouffre de la gabegie administrative et des ayants-droits qui sont toujours les autres ?

Aucun électorat n’est captif, pas plus celui des prolétaires que celui des Français issus d’immigrés, pas même celui des profs… A trop caqueter contre le renard fantasmé de la finance tout en se couchant devant les puissances réelles qui font marcher l’économie et assurent les fins de mois de l’État, on perd son crédit. A trop valoriser les comportements marginaux sans prendre en compte la sensibilité populaire sur le fondement social de la famille et des enfants (plafonnement des allocations, mariage gai et lesbien, théories sur le genre à l’école), les bobos parisiens des ministères ont braqué non seulement la province restée catholique, mais aussi les Français issus de l’immigration sur leurs convictions religieuses, et encore leur volonté d’être conformes et de s’intégrer à une société sûre d’elle-même.

Impuissant à faire encore rêver, le socialisme du terrain croit emporter le peuple dans « le progrès » – sans rien changer dans l’économie. Il est pour ces intellos le nomadisme multiculturel, la redéfinition perpétuelle de soi et le zapping opposé à tout enracinement identitaire au profit d’une valorisation a priori du métissage, d’un antiracisme qui apparaît comme la tare des seuls Blancs, une repentance pathologique. Le Paris d’Hidalgo contre le désert français. Ce que propose le socialisme est, au fond, la haine de soi, l’ouverture aux autres se réduisant à se fondre dans l’ailleurs plutôt que de s’enrichir aux contacts. Le peuple en ses profondeurs refuse cette mentalité d’esclave, unique en Europe.

elections paris hidalgo

Tout se passe comme si le socialisme s’était coulé dans le catholicisme pour reproduire sa religion, son église et son sectarisme moral. Chasser les marchands du temple, encourager à tout quitter pour suivre le maître qui promet le Progrès, déraciner les militants pour leur faire parler toutes les langues et les envoyer partout dans le monde porter les leçons, imposer ce qui doit être pensé, ce qui peut être dit, ce qu’on doit enseigner – certain de sa bonne conscience – il faut écouter ce refrain sans cesse ressassé dans les médias que c’est toujours « de la faute des autres » si la Cité de Dieu n’advient pas. Thierry Pech, directeur de Terra Nova, a le poli sympathique de l’intellectuel modéré mais son discours reste dans la croyance que tout est de la faute à l’euro fort, à la Banque centrale européenne, à Angela Merkel, à « l’austérité » imposée à la dépense publique. Comme s’il suffisait de recommencer comme avant, sous la vieille gauche 1981, à dépenser, augmenter autoritairement les salaires, travailler encore moins que 35 h, réglementer encore plus, donner encore plus de « droits » pour que – miraculeusement – les capitaux affluent, l’investissement reprenne, les entrepreneurs innovent, les emplois fleurissent. Est-ce un hasard si le chômage augmente, si les jeunes bien formés s’expatrient, si le logement s’écroule et que les impôts rentrent moins ? N’est-ce pas plutôt parce que les ministres (depuis 2 ans au pouvoir) ont insulté les entrepreneurs, pigeonné les créateurs, réglementé les bailleurs, taxé la production et un peu plus tout travail ?

Sociologiquement issu des classes populaires en ascension scolaire, fraction de petit-bourgeois ambitionnant d’égaler les grands bourgeois par la méritocratie élective, le parti est devenu de plus en plus hermétique, entre copains intellos qui discutent interminablement et se tirent dans les pattes. L’électeur a du mal à cerner la vision socialiste de la société dans la valse des grandes promesses suivies de petites politiques inverses, dans « les efforts » demandés à tous qu’on ne restitue qu’à quelques-uns : les minorités sexuelles ou ethniques, les grandes entreprises, les syndicats majoritairement composés de fonctionnaires, les mauvais payeurs locatifs et ainsi de suite.

De plus en plus âgés et provenant en large majorité du secteur public, les militants et les élus socialistes ne représentent pas les Français en leur diversité. Non seulement l’électorat socialiste est volatil, mais de larges fraction du peuple ne votent plus ou contre lui, aux extrêmes, surtout à droite. Marine Le Pen a su valoriser l’État-nation autoritaire et protecteur que Sarkozy a incarné un temps mais que le Louis XVI au pouvoir a laissé tomber au prétexte d’être « normal ».

Les exclus des prébendes, les effrayés du monde, les non-intellos se sont vengés dimanche. On peut mépriser le cave, quand on est du Milieu et spécialiste de la fausse monnaie électorale. Mais un jour il se rebiffe…

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La vie d’Odessa

Nous descendons l’escalier Potemkine où nombre de touristes russes ou ukrainiens se font photographier, occasion de faire de même pour nous avec des sujets qui ne bougent pas. Au bas, via un souterrain qui traverse sans danger le flot de voitures du boulevard, s’élève la gare maritime, avancée sur la mer. Un pont de fer traverse les voies de chemin de fer dont les innombrables wagons attendent les produits importés.

odessa sculpture port embarquement

La gare maritime est toute neuve et permet, par de vastes esplanades, d’en faire le tour jusqu’au port de plaisance où les yachts, revenus depuis la fin de l’URSS, se balancent aux pontons. Les grues de décharge surplombent les bateaux comme des têtes d’insectes. Il est d’usage de grimper dans la sculpture de gros bébé nu, éclos d’une coque végétale, monument en bronze d’un artiste contemporain.

odessa statue au revoir

Une autre statue de bronze fait recette, celle d’un couple du temps des tsars disant adieu aux voyageurs. La femme en crinoline et chapeau est tournée vers le large, elle tient debout sur le parapet l’enfant qui tend le bras droit vers la mer et le ciel, tout comme le jeune Tadzio dans la dernière séquence du film de Visconti, Mort à Venise. Adieu au père parti au loin, geste d’orphelin ou d’espoir, c’est selon. Nombre de touristes locaux viennent se faire photographier devant ce symbole mitigé, dont un couple avec un enfant, justement ! Tandis que la femme prend son mari et le petit, je prends la même photo, demandant par gestes au gamin de lever le bras comme la statue. Il s’exécute avec grâce, comprenant vite et heureux de cette suggestion.

odessa pouchkine primorski

Nous remontons les escaliers longs de 142 m pour suivre le boulevard Primorski (qui signifie maritime en russe), arboré de platanes. Et ce jusqu’à la statue de Pouchkine qui élève son esprit poétique, en bronze, au-dessus des manants, bien qu’orné d’une étoile rouge de fâcheux souvenirs. Les Ukrainiens aiment beaucoup cette statue, nous apprend Natacha. De 1823 à 1824, le grand poète russe y fut envoyé en exil. Dans ses lettres, il écrivit qu’Odessa était une ville où « on peut sentir l’Europe. On y parle français et il y a des journaux et des magazines européens à lire ». Dans les années récentes, l’écrivain Isaac Babel et la poétesse Anna Akhmatova ont habité Odessa. Jeans moulants, tops collants, maquillages alambiqués, la mode se porte serrée à Odessa, joliment érotique aux regards mâles.

odessa docteur esperanto

Le fondateur de l’esperanto a son buste en bronze qui trône dans un jardinet d’arrière-cour, à Odessa. Moustachu, barbichu et à lunettes, le Polonais juif Zamenhof (1859-1917) a publié à 28 ans son premier essai, Langue internationale, sous le pseudonyme de « docteur Esperanto », celui qui espère. Sa judéité n’est pas étrangère à son aspiration à sortir de son enfance dans le ghetto où, situé à un carrefour d’ethnies, on parlait plus d’une dizaine de langues sans arriver à comprendre ses copains.

odessa vieilles

Son buste veille sur les vieilles qui commèrent et sur une punk locale, percée de partout, qui fume une clope tout en buvant une bière comme une No future berlinoise.

odessa filles

Un roux matou, perché sur un auvent, somnole au soleil. Un peu plus loin, à un carrefour, un panneau indicateur incongru sollicite le regard. Il rappelle, en cyrillique et en latin, le cosmopolitisme d’Odessa par les distances des principales villes du globe : Saint-Pétersbourg 1493 km, Liverpool 2496 km et Marseille 2014 km.

odessa panneaux indicateurs

Les plages sont accessibles au-delà d’un parc et il est amusant d’emprunter un téléphérique de taille jouet, aux cabines ouvertes en plein air à partir de la taille. Chacune est d’une couleur différente et l’on y tient à deux. Le mien est vert pré, d’autres sont jaune d’œuf, rouge vermillon ou bleu azur. Il est conseillé de ne pas avoir trop le vertige, bien que l’on puisse s’asseoir, ce qui limite la danse de l’horizon. Mais les passages sur les pylônes font balancer quelque peu la cabine, même si elle va lentement. Un arrêt sur les câbles, pour quelque maladroit qui n’a pas su sortir à temps à l’arrivée, fait frémir les estomacs sensibles tandis que les jeunes garçons qui remontent de la plage en slip nous envoient signes et saluts moqueurs, trente mètres plus bas.

odessa telepherique vers la plage

Les plages sont noires de monde juste avant midi mais la mer est bleue comme la Méditerranée. Elle est ici qualifiée de « Noire » en raison des faibles différences de température entre les courants du fond et ceux de surface. Ces brassages ne suffisent pas à alimenter un plancton suffisant pour que les poissons puissent vivre. Des gamins brunis viennent se baigner directement depuis leur appartement du centre ville, empruntant les rues en vélo presque nus. Cafés et bars de la plage sont chers et leur rentabilité est augmentée par la location très « bourgeoise » de transats ou de matelas, ou par les services proposés de massage en plein air. C’est toute une industrie, développée à l’ère soviétique, que nous ne connaissons pas sur nos plages.

odessa plage sur la mer noire

Deux gamins en short de bain de 8 et 10 ans viennent mendier sans vergogne auprès des touristes, entre les tables des bars. Ils sont directs mais pas collants. Certains leur donnent 10 hrv, de quoi s’acheter un beignet chacun et un Coca pour deux ailleurs. On estime à 30% les Ukrainiens vivant sous le niveau de pauvreté. Le PIB par tête est de 7400 $ (estimation 2012), mais la richesse est très mal répartie, les 10% les plus riches comptant pour 22.5% de la consommation du pays en 2011 (un tiers de plus qu’aux États-Unis) alors que les 10% les plus pauvres comptent pour 3.8% seulement. Le taux de chômage officiel est à peine au-dessus de 8% (2013) mais si le travail au noir est très répandu, le comptage des vrais chômeurs est un leurre statistique. Au début des années 2000, des enquêtes estiment à près de la moitié du PIB officiel l’économie « informelle », l’État archaïque et clanique peinant à mesurer par son appareillage statistique le dynamisme réel d’une population qui aspire aux richesses et au bonheur pour ses enfants, et qui se « débrouille ».

odessa gamin mendiant torse nu

Le pays reste agricole, y employant 10% de sa population active pour produire du blé, de la betterave à sucre, de l’huile de tournesol, des légumes, de la viande de bœuf et du lait. L’industrie (29% de la population active) est principalement concentrée sur l’extraction du charbon, la production électrique, les métaux, les machines-outils et les véhicules de gros transport, la chimie et l’agroalimentaire. Il s’agit d’une économie productiviste du style d’après guerre, très marquée par la répartition des tâches entre « pays socialistes », ni autonome, ni moderne. S’il y a 59 millions de téléphones mobiles, c’est surtout en raison de l’état déplorable du réseau fixe, hérité de feue l’URSS. Il n’y a encore que 2.1 millions de postes Internet. La Russie représente 26% des exportations ukrainiennes, la Turquie 5% et l’Égypte 4%. L’Ukraine dépend encore étroitement de son grand voisin russe pour le pétrole et le gaz.

odessa russe blonde

Traditionnel lieu de villégiature de l’élite russe au 19ème siècle, puis de la nomenklatura soviétique (Staline y avait sa datcha), ainsi que des « bons de repos » pour un choix de la masse méritante jusqu’en 1991, les rives de la mer Noire sont aujourd’hui moins prisée par les touristes de la CEI. Après la chute de l’URSS en 1991, les dirigeants russes ont “déménagé” sur les rives du Caucase russe, à Sotchi. Les directions touristiques populaires sont devenues la Turquie et l’Égypte, moins chères et plus exotiques pour des habitants de l’Est, privés depuis des générations de voyages à l’étranger.

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Yalta bord de mer

Le minibus nous reprend pour descendre des hauteurs du palais Livadia et gagner la ville, sise en bord de mer.

yalta gamin debardeur a trous

Le restaurant, à l’écart de la promenade chic, est trop copieux pour un midi chaud, mais l’abondance est la rançon des deux générations de privations socialistes dans l’URSS d’hier. J’en retiens une salade de carottes râpées, marinées à l’ail et aux graines de coriandre pilées, puis du riz pilaf à sa viande de mouton vapeur. Un déjeuner moins russe que tatar.

yalta promenade bord de mer

Nous allons ensuite nous plonger dans la foule qui arpente la promenade du bord de mer. Elle est pleine de monde, de plagistes plastiques et de nanas exagérées. La beauté des corps libres venus du nord russe est renforcée par la nage, teinte par le soleil et revigorée d’air marin. Nous sommes ici en présence d’une belle portion d’humanité, une Californie russe bodybuildée.

La société russe, sur les bords de la mer Noire, apparaît homogène malgré les mélanges culturels entre russes, biélorusses, ukrainiens, cosaques, tatars… Seul l’islam menace l’unité par son intransigeance métaphysique, mais la société, même sans Poutine, ne tolère pas les déviances. L’islam soumet l’État à la religion, tout comme l’URSS soumettait l’appareil administratif à la foi communiste et au clergé du Parti : même si la Russie de Poutine est plus aujourd’hui une oligarchie autoritaire qu’une démocratie libérale, les citoyens ne veulent plus de théocratie. Ils veulent penser librement et vivre selon leurs traditions, pas sous la botte d’une religion.

La loi est la loi, établie par les progressistes, pas question d’y déroger. Contrairement à l’hypocrisie soi-disant « démocratique » en Europe, le communautarisme n’est admis ici que dans le folklore, mais ni dans l’administration, ni dans la vie courante. L’élite ne divorce pas du peuple comme chez nous, sur ces sujets, elle n’impose pas le « laisser-faire » malgré le vote démocratique. D’où son rejet social de l’immigration venue des pays musulmans, malgré la Turquie proche, les liens géopolitiques avec la Syrie et l’Iran, l’implication dans les républiques du Caucase. Sauf en Chine peut-être, à l’écrasante majorité de Han, il est rare de visiter une société aussi homogène que la société russe. C’est assez reposant.

yalta jeunes russes

L’église Alexandre Nevski est miraculeusement ouverte lorsque nous nous y rendons. Elle présente l’aspect extérieur d’une pièce montée en meringue et beurre coloré, surmontée de boules dorées triomphantes. Rien n’est assez brillant (même concept que « beau » en russe) pour rendre gloire à Dieu. Nous avons la chance qu’un mariage s’y termine, ce qui nous permet d’entrer. Toute l’organisation des accessoires rituels est faite par une énorme et laide matrone à fichu.

yalta eglise alexandre nevski

C’est que, pour un mariage orthodoxe, il en faut des foulards, des couronnes de fleurs, puis un tapis qu’on déroule et enroule, et ainsi de suite ! La grosse dame veut mériter de Dieu puisqu’elle ne peut plus mériter des hommes. Je soupçonne qu’elle trouve aussi certains avantages matériels à grenouiller dans le béni, les noceurs étant probablement plus généreux que l’État pour compléter sa pension. Elle sortira un peu plus tard de l’église, par la porte de derrière, avec une grosse miche de pain (béni) et plusieurs fruits d’offrande dans son cabas en plastique.

yalta lenine hier consommation aujourd hui

La promenade du bord de mer mène à l’inévitable statue de Lénine, debout en manteau, le front obtus et la bouche sévère. Il n’a pas été déboulonné ici, mais la foule alentour se moque de ses prétentions politiques en déambulant à ses pieds vêtue à l’opposé ; presque nue et le sourire aux lèvres – libre, hédoniste, insouciante. Bien loin de la morale socialiste qui se croit la mission de sauver le monde par le peuple (en parlant à sa place).

yalta grosse dame reve de chic

Sur les quais, les touristes se font photographier en situation. Ils louent des robes à froufrou et grimpent comme des tsars sur des trônes énormes décorés d’or qu’on croirait sortis des réserves Disney.

Ou bien revêtent leur poitrine nue de lourdes vestes de cuir clouté ornées de chaînes, pour se jucher sur de lourdes motos Harley-Davidson et jouer aux punks du « no future ». Je ne peux qu’être empli d’admiration pour cette jeunesse en short qui enfile un cuir épais trop grand pour elle, par pur plaisir de se sentir autre, de « faire croire » un instant être dans le vent de la modernité (américaine) et d’immortaliser ce rêve en photo. Cette jeunesse là ne vit pas dans l’instant, sans cesse sollicitée par le nouveau et le consommable, fébrile de zapping par peur de manquer quelque chose. Il lui reste encore la capacité de rêve, l’imagination trop longtemps contrainte et brutalement libérée, il y a si peu d’années, quand le mur de la honte est tombé.

yalta plagistes torse nu en ville

Sur le bord de mer, alors que le soleil ne l’éclaire plus, caché par la falaise, il fait moins chaud. Les gens se promènent, déambulent ou s’exhibent après le bain. La foule est disponible ; toute proposition la tente, des stands de nourriture aux déguisements pour quelques hryvnias, des bateleurs aux montreurs d’ours. J’observe un avaleur de sabre, un saltimbanque au singe attaché à une chaîne qui propose la photo avec la bête sur l’épaule, un autre avec un paon qui, sur le banc, fait la roue pour la prise de vue, un écureuil fureteur pour les bras, etc. Les maltchiki du lieu occupent le terrain, tous sens en éveil, lorgnant les filles plus âgées qui acceptent cet hommage pré-viril l’air de rien.

yalta gamins blonds russes

Le patriotisme soviétique, suivi du nationalisme ukrainien, puis de la régression identitaire en cours dans le monde globalisé des dernières années, rendent curieuses à nos yeux les relations des Slaves avec les Noirs. Nous n’avons rencontré jusqu’ici aucun Noir, aucun Arabe et très peu d’Asiatiques en Ukraine. Justement, deux Noirs s’exposent sur le paseo d’Odessa. Ce sont des bateleurs, une marginalité « normale » qui est peut-être la seule façon de se faire à peu près accepter. Ils sont évidemment torse nu, en pagne de feuilles de raphia pour se poser en « sauvages », et proposent des poses photographiques « coloniales ». L’impétrant peut choisir son thème : il y a « le cannibalisme » où les deux Noirs roulent des yeux gourmands et ouvrent large leurs mâchoires aux canines blanches luisantes sur le petit blanc ou la gaminette blonde à croquer qu’ils maîtrisent de leurs poignes en serres ; il y a « le rapt » où ils enlèvent à coups de biceps proéminents la femme blanche qu’ils tiennent ensuite solidement tout contre leurs muscles d’ébène noueux ; ou encore « la savane » où ils mènent en palanquin le ou la bwana alanguie… Le reste de la famille, émoustillé, prend force photos pour une poignée de hrivnias.

yalta noirs et russes

Cela nous semble, très archaïque et très folklorique à la fois, un remugle de préjugés des plus grossiers en même temps qu’une façon de jouer avec les stéréotypes venus d’ailleurs. Car, souvenons-nous en, aucun Ukrainien ni Russe n’est allé coloniser l’Afrique. Il s’agit donc de second degré, d’une caricature de nos propres caricatures. C’est ce décalage en miroir qui rend pour nous cette scène étrange, gênante et bon enfant à la fois. Non sans rire sous cape des « polémiques » et autres « scandales » que susciteraient inévitablement chez nous les profs de vertu autoproclamés des sectes puritaines antiracistes, anti-antisémites, pro-arabes, pro sans-papiers, sans-logis, sans domicile fixe, sans instruction et sans un sou. Les Russes miment notre ridicule en leur miroir…

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Yalta le palais Livadia

La babouchka qui nous héberge chez elle est perdue dans une banlieue « libre » sur les hauteurs des falaises qui dominent Yalta. Ce lotissement « sauvage » a été toléré lorsque les Tatars de Crimée, déportés par Staline après guerre, ont revendiqués de revenir dans la péninsule après la chute de l’URSS. La maison dans laquelle nous gitons est un bricolage de béton aux pièces mal fichues, la cuisine réduite à un couloir entre escalier et palier. Le jardin, en revanche, regorge de plantes. Le légumier ou fruitier utile (une treille, des tomates, des concombres, des figuiers) voisine avec des fleurs plantées pour leur beauté. Les odeurs et le calcaire gris des falaises me rappellent le paysage de Cassis en Provence. La babouchka tatare soigne un gros chat roux qui dort en rond sur son frigo. Comme toutes les grands-mères qui ont connu les restrictions, elle ne pense qu’à nous nourrir de gras et de roboratif. La table est déjà mise, remplie à ras bord de divers mets consistants.

yalta filles russes

Vers 11h, après avoir pris une douche dans les cabanes du jardin, nous allons à Yalta, à quelques 30 km de là.

yalta palais livadia

Nous visitons le palais Livadia qui fut le siège de la Conférence de Yalta, fameuse dans les manuels d’histoire. Le palais, construit en 1914 par le tsar Nicolas II, a servi de résidence de vacances à la famille impériale. L’architecte Krasnov (1834-1939) lui a donné un style Renaissance. Le tsar, passionné de photos, en a laissé bon nombre qui se retrouvent aujourd’hui encadrées dans les pièces de ce qui est devenu un musée. L’on y voit le tsarévitch Alexis, pauvre gamin hémophile fusillé à 13 ans, puis canonisé pour son anniversaire le 14 août 2000. Il est ici exposé à différents âges, en costume marin, au milieu de ses parents, priant à genoux. Des dessins de lui, à la gouache, sont exposés : un soldat de la garde, un autre en uniforme vert chamarré, un blason de ville maritime.

yalta tsarevitch alexis

La foule, disciplinée, fait la queue pour acheter un billet, puis une autre queue pour leur contrôle. Dans la mentalité soviétique, dont l’inertie subsiste avec la génération aujourd’hui adulte, tout fonctionne sur le mode binaire droit/pas droit. Si vous avez droit, vous y allez directement, fort de votre « bon droit » ; sinon, vous resquillez, mais au risque de vous voir opposer l’autorité de n’importe quel citoyen « sûr de son droit », à défaut de cerbère. Nous rentrons, dûment munis de billets. La visite est pour nous libre, mais des groupes à guides se succèdent selon un rythme soutenu.

yalta palais des conferences

Ce qui est pratique est que la foule, disciplinée, suit son conducator comme de petits toutous si bien qu’entre deux groupes, vous avez une salle vide pour quelques minutes. Et pour les photos, rien de tel ! Les gens sont avides de savoir, ils écoutent religieusement les guides, lisent les étiquettes, regardent où on leur dit de regarder. Pas d’initiative, ils sont comme à l’école. Rançon du socialisme…

yalta palais livadia table de la conference

La grande salle de la Conférence montre une table aux trois drapeaux, où fut préparé le texte du 4 au 11 février 1945.  On discuta avant tout des conditions de la campagne militaire contre l’Allemagne, de sa capitulation qui devait être sans condition et qui serait occupée par quatre puissances (dont la France, sur la partie américaine). L’URSS s’engagea à déclarer la guerre au Japon deux ou trois mois après la défaite de l’Allemagne, contre des compensations territoriales (sud de l’île Sakhaline, îles Kouriles).

yalta gamine russe

Staline ne prit que de vagues engagements sur la formation de gouvernements démocratiques en Pologne et en Yougoslavie, alors qu’est proclamé le droit, pour les peuples libérés, d’établir les institutions démocratiques de leur choix. Mais la question du démembrement de l’Allemagne et celle des réparations ont été confiés à des commissions spécialisées. Churchill a insisté pour que la France fût associée à l’occupation militaire de l’Allemagne. Il s’est par ailleurs opposé à la restitution de Hongkong à la Chine. C’est à Yalta que fut décidée la création de l’ONU, et Staline accepta la conception américaine de cette organisation, mais ce fut lui qui imposa la création d’un Conseil de sécurité avec droit de veto, dévolu aux seules puissances victorieuses de la guerre.

yalta churchill roosevelt staline

Rien ne fait mention d’un partage du monde, ni même de la répartition de zones d’influences après guerre. La Déclaration sur l’Europe libérée prévoyait même une représentation tripartie à l’administration de tous les États ennemis, réaffirmant « un des principes de la Charte de l’Atlantique que tous les peuples ont le droit de choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils entendent vivre et que les droits souverains et l’autonomie, dont ils ont été dépossédés de force par les pays agresseurs, doivent leur être restitués. »

yalta palais livadia couloir socialiste

Et pourtant, Yalta est restée, dans la mémoire des Français, synonyme de partage territorial, de découpage douloureux de l’Europe en zone d’influences. C’est dire si la doxa politicarde préfère le mythe au réel. L’histoire sert d’instrument idéologique aux jacobins parisiens, de droite ou de gauche. Les historiens ont pourtant montré depuis longtemps le contraire : le mythe de Yalta vient de l’interprétation tendancieuse du général de Gaulle, dépité que la France n’y ait pas été conviée et inquiet de l’influence future de la France en Europe. Depuis, n’importe quel « héritier » perroquette sans vergogne, comme si cette instrumentation polémique conjoncturelle était vérité d’histoire…

yalta palais livadia salle

Ces accords de Yalta furent signés dans un bureau plus petit, où trône aujourd’hui la photo noir et blanc archi-célèbre de Churchill, Roosevelt et Staline, assis et souriants. De Gaulle et Tchang Kai-chek n’avaient pas été invités. La division en deux blocs de l’Europe ne résulte PAS des accords de Yalta mais de la guerre froide initiée par Staline dans l’est de l’Europe, dès qu’il fit appliquer aux partis à sa botte la bien connue tactique du salami. Elle consistait à grignoter tranche après tranche les libertés, au profit de l’étatisation, de la réglementation et de l’intimidation des autres par le parti le plus puissant : le communiste. Les socialistes français, restés autoritaires, jacobins et se croyant investis d’une Mission de sauver le monde font-ils autrement, en plus hypocrite ?

yalta palais livadia tsar

Dans le jardin à la française autour du palais s’ébattent des vendeurs de souvenirs et de cartes postales, comme des loueurs d’habits de cour.

yalta palais livadia costumes tsaristes

Fille ou gamin, vous pouvez vous revêtir d’un costume de page ou de suivante de la tsarine, puis vous faire prendre en photo, assis devant la fontaine ou dans les bosquets. Les touristes slaves sont très bon public, l’habitude du socialisme rend très scolaire. D’ailleurs, les Russes de Crimée viennent de voter leur rattachement à la metropolia comme un seul homme : Poutine.

yalta fillette russe deguisee temps du tsar

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Chersonèse, la Sébastopol grecque

La place rappelle combien la Russie, via l’Ukraine, se rattache à l’Europe. Comme Marseille, Sébastopol fut grecque, comptoir fondé par les marins commerçants. Le site antique, où se promènent les familles des marins russes, donne l’image de ce que la Russie pourrait choisir : le passé grec plutôt que le passé mongol, la démocratie plutôt que le despotisme asiatique. J’aime la Russie, la culture russe, le peuple russe – je n’aime pas Poutine, trop autoritaire, antilibéral, volontiers mussolinien avec effets de menton et la brutalité qui va avec. Une sorte de mélange entre Mélenchon et Le Pen fille, un monde « d’avant », réactionnaire, fusionnel, collectiviste. Avant tout anti-américain (et anti-juif). Ni juif, ni prosterné devant l’Amérique, je ne cautionne cependant pas les manières de l’Europe d’hier, le fascisme de la pensée et le culte de la force prédatrice.

Chersonese ruines grecques

La Chersonèse grecque est sise dans les faubourgs de la ville, le long de la mer. Pour y accéder, nous traversons de grands ensembles de béton lépreux sur les hauteurs du port de Sébastopol, des réalisations « socialistes » où le peuple vit entassé, entouré de pelouses étiques.

Chersonese grecque pres sebastopol

La Chersonèse taurique, ou Tauride, est le nom donné par les Grecs à la presqu’île de Crimée. Elle fut colonisée au 6ème siècle avant J.-C. par des Grecs d’Ionie, lors de la Seconde vague de Colonisation grecque de -675 à -540. L’un de ses principaux comptoirs était Chersonèsos, l’actuelle Sébastopol, fondée vers -550 par Milet. Athènes était trop peuplée pour subvenir elle-même à ses besoins en blé et les riches terres de l’est de la Tauride en produisaient pour y être exporté par voie de mer. Ce blé fut très précieux lors de la famine de -357 à Athènes, lors de la Guerre sociale.

Chersonese plat vernisse

En -67, pendant la grande invasion de Pompée, le fils du roi Mithridate déserta son père pour se ranger du côté romain. Quatre ans plus tard, bien que chassé de tous ses territoires et toutes ses villes prises, Mithridate reconquit le royaume de son fils, qui s’est alors suicidé. A la mort de Mithridate, le royaume revint à Rome, qui mit en place des souverains fantoches. En 335, le royaume fut conquis par une vague d’envahisseurs ostrogoths, et le dernier roi bosporan, Rescupore IV (318-335) fut tué en défendant son royaume.

Chersonese eglise orthodoxe

Le chantier de fouille de Chersonèse conserve des restes grecs, un théâtre fort abîmé et des colonnes remontées. Une église orthodoxe bardée d’interdits de moeurs, a christianisé le coin ; elle a deux étages et paraît toute neuve. Le retour de la Morale vise l’américanisation des moeurs. Elle pointe surtout les Russes, moins les Ukrainiens, peu touchés par le snobisme du maillot de bain.

Chersonese touristes russes

L’attrait du site, pour les touristes en famille, est la plage rocheuse au bout du site. De quoi sacrifier au culte du muscle qui semble le style Poutine – en imitation mimétique des Rambo et autres Schwarzenegger américains – dans les périodes de doute sur l’identité du pays.

Chersonese baigneurs russes

Pas besoin de s’enfermer au petit musée très didactique mais austère, où nous fûmes. Les roches de la plage, où viennent se briser les courtes vagues, attirent les gamins dans des senteurs d’algues. Les baigneurs sont collectifs, ils vont à l’eau à plusieurs, sèchent en rang, saucissonnent de concert. Ils vont ensuite se faire photographier près des colonnes d’un temple, ou sous la cloche plus récente qui sert d’amer aux navires par temps de brume.

Chersonese cloche

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Socialisme ou dynamisme

« Le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gène, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, partie IV chapitre VI, décrit parfaitement les effets du socialisme.

alexis de tocqueville de la democratie en amerique bouquins

Le socialisme jacobin veut enserrer la société tout entière dans les rets du moralisme et du service collectif par une suite de lois, règlements, décrets et directives qui n’ont pour but que d’administrer les choses, sans jamais les créer.

  • Créer, au contraire, est vu avec méfiance, sauf dans la culture si elle célèbre les valeurs de gauche – et dans le sport où la compétition internationale dispense de morale (mais que l’équipe nationale perde et elle est vite traitée de « racaille » – le moralisme renaît aussitôt).
  • Créez une entreprise, vous serez aussitôt taxé, forcé de payer par avance URSSAF, Unedic et charges, obligés à paperasser à l’infini sur les bénéfices, la TVA, les statistiques et ainsi de suite. Créez des emplois, ce sera pire…
  • Créez une association ou un mouvement politique et vous serez approché et subventionné ou rejeté et contrôlé, selon votre seule proximité avec « le socialisme ».

Tout cela est moins vrai à droite, malgré le tropisme autoritaire gaulliste. Les intérêts y sont plus divers, les initiatives plus larges, même en politique. La raison en est probablement que le socialisme, issu comme le communisme du marxisme, est une religion progressiste. Pour Marx, l’histoire des sociétés avance selon des lois « scientifiques » et il faut attendre que les situations mûrissent pour qu’elles adviennent. Les communistes, derrière Lénine, préféraient le coup de force pour chasser le Vieil homme et créer d’un coup la société sans classe peuplée par l’Homme nouveau. Les socialistes, embourgeoisés et plus pusillanimes, ont toujours considéré qu’il valait mieux favoriser le social en attendant l’avenir inéluctable.

Mais l’excès d’égalité étouffe la liberté, « l’égalité hommes-femmes » est une ineptie lorsque la femme veut avorter alors que l’homme veut l’enfant. Le tous semblables exclut l’originalité comme l’initiative (souvenez-vous en classe ou à l’armée !). Le social exaspère – toujours le social – comme si les gens devaient sans cesse être assistés, contrôlés, maternés ! Comme en témoigne Ipsos, les ouvriers en ont plus marre que les bobos, ces fonctionnaires du socialisme, le ventre plein, béats de confort mental devant l’avenir rose.

En économie, concilier socialisme et production pour réduire une dette publique devenue ingérable est difficile ; la tentation est sans cesse de basculer d’un côté ou de l’autre : le dirigisme socialiste ou le libéralisme productiviste. Le grand écart réussi est (pour l’instant) chinois : parti communiste centralisé surpuissant mais initiatives locales et entrepreneuriales larges. François Hollande illustre la difficulté de l’équilibre (qui est pourtant son tempérament) : il a été élu contre son prédécesseur mais applique grosso modo la même politique. Il a été élu à gauche pour faire du socialisme autoritaire jacobin mais s’essaye à une social-démocratie impossible en France du fait de syndicats minuscules parce que trop idéologique. Il effectue enfin son coming out social-libéral après 18 mois d’indécision, de mesures flanquées aussitôt de contre-mesures (la hausse des taxes sur les entreprises mais le CICE), de masques sociétaux pour agiter l’opinion tandis que passent les réformettes économiques (le mariage gay au même moment que le pacte social, la pochade Dieudonné et la réouverture du débat sur l’avortement au moment du tournant annoncé par les vœux).

  • Comment auriez-vous l’envie de créer une entreprise avec les lourdeurs administratives françaises ? Il est tellement plus confortable d’être fonctionnaire.
  • Comment compteriez-vous profiter de votre initiative sous l’œil allumé du fisc qui guette toute « inégalité » de revenus et de patrimoine, l’argent produit étant aussitôt réputé « profit », l’argent sagement accumulé étant réputé « enrichissement en dormant » ? Mieux vaut rester sur le livret A ou l’immobilier (ce pourquoi les prix du logement montent, puisque les actions – placement alternatif – sont découragées par une fiscalité nettement plus forte qu’ailleurs).
  • Mieux vaut aller créer une entreprise, prendre un bon poste ou faire de la recherche à l’étranger, avec de meilleurs moyens, un moindre mépris pour les jeunes et pour ceux qui ne sont pas sortis des Grandes écoles. En étant moins taxé pour des services publics peu différents – mais mieux gérés.

François Hollande a raison de quitter « le socialisme » pour le pragmatisme, comme tous les autres partis de la gauche gouvernementale l’ont fait en Europe. Ce n’est pas l’idéologie qui fait le bonheur des gens – sauf pour les fanatiques. Il est curieux que ces soi-disant « laïcs » soient aussi moralistes du surveiller et punir que les cléricaux catholiques, puritains, juifs ou islamistes. L’humanisme de gauche en Allemagne, Suède, Danemark, Royaume-Uni, Suisse et autres est un guide pour l’action, pas un catalogue de dogmes sur l’étatisme, la morale sociale et la dépense publique. Aucun tabou n’existe, ailleurs qu’en France, lorsqu’il s’agit de produire mieux et de créer des emplois. Comment voudriez-vous que le dynamisme d’un pays renaisse sous cette chape socialiste ?

Mais ne vous en prenez qu’à vous, dit aussitôt Tocqueville, cet analyste incomparable de la mentalité française, qu’il est allé apprécier à l’aune américaine avant de la mesurer à l’Ancien régime. « Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire ; et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de serviteurs ». « Libéral » est pris sous la plume de Tocqueville au sens classique du dictionnaire : « qui aime à donner, favorable à la liberté, les arts libéraux étant enseignés pour libérer de l’ignorance« . Mais le socialisme idéologique s’est efforcé depuis des générations de tordre cette acceptation pour en faire le démon intime à exorciser, « libéral » étant vu comme l’impérialisme capitaliste américain (et juif pour les plus à gauche de la gauche de la gauche – comme les médiatiques aiment à dire pour rester  » de gauche »).

Avouons cependant que Tocqueville avait raison : depuis De Gaulle jusqu’à Hollande, la qualité des présidents de la République en France est allée en se dégradant…

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835, tome 1 et tome 2, Garnier-Flammarion 1999, 569 pages et 414 pages, €8.08 et €6.65

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique – Souvenirs – L’Ancien régime et la Révolution, Bouquins Robert Laffont 2012, 1178 pages, €28.98

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2014 sera-t-elle plus socialiste que libérale ?

Pas facile de trouver le texte écrit des vœux présidentiels. Le site de l’Élysée délivre encore d’office les vœux 2012 après l’agenda (2 janvier : « rien » comme le 14 juillet pour Louis XVI), et il faut chercher. Par contre, les vidéos des médias pullulent, montrant combien ils restent dans l’apparence, le vernis, l’immédiat. Car c’est le texte écrit qui permet le mieux, à froid, hors des expressions du visage, des clignements d’yeux et des gestes de la main, de lire le « projet » présidentiel.

Il a été décrit comme social-libéral par ceux qui préfèrent coller des étiquettes plutôt que de penser aux réalisations concrètes. Or le discours présidentiel n’est qu’en apparence libéral ; les actes (qui seuls comptent) sont depuis 18 mois purement socialistes. C’est la vertu de la politique que de dire à chacun le mensonge qu’il veut entendre ; ce serait la vertu d’un président de prendre de la hauteur pour gouverner le pays tout entier et pas seulement son étroite base électorale – or, au bout de 18 mois, le doute s’installe. Si jamais François Hollande réussissait ne serait-ce que la moitié de ce qu’il promet aujourd’hui, ce serait bien. Mais ne rêvons pas, son tempérament est celui du Bisounours : tout va bien aller, l’ampleur des difficultés fait l’objet d’un déni obstiné (sur les banques, le déficit, la dette, l’Union européenne, l’armée), le volontarisme est de façade, trop lent à venir, trop fatiguant à tenir. Aboulie et procrastination sont les deux mamelles hollandaises.

bisounours hollande voeux 2013 a

Rien n’est simple, or il simplifie. Rien n’est facile, or il se contente de dire « je veux » et surtout pas comment. Un président ne gouverne pas seul comme un monarque, il a une flopée de ministres (bavards), un parlement à deux chambres (qui adore amender et réamender plutôt que de réfléchir au fond), une administration à multiples niveaux (où chacun attend pour décider de voir ce que l’autre service va faire), un parti socialiste d’installés qui préfèrent leur fromage électoral aux initiatives, des alliés politiques (écolos) instables et arrivistes.

« Je propose un pacte de responsabilité aux entreprises. Il est fondé sur un principe simple : moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social. » Après les avoir insultées, taxées, vexé les innovateurs pigeons, dindons, oisillons, bretons et autres « riches » par décret d’en haut, revenir au contrat négocié est un pur blabla qui ne coûte rien. L’ignorance du monde des petites et moyennes entreprises est grande chez le président, parmi les ministres et les parlementaires : ce sont les fonctionnaires qui dominent. L’usine à gaz du CICE (si vous ne savez pas ce que c’est, cherchez, c’est le fonctionnariat qui veut ça) ne crée aucun « choc » de compétitivité, puisque compliqué, soumis au bon vouloir administratif et décalé d’un ou deux ans. Où est l’innovation, citée de façon incantatoire mais dont tous les socialistes ont peur ? Les PME, les créateurs d’entreprises et les autoentrepreneurs, voient ces promesses comme du vent. Où sont les décisions concrètes ? Quand ?

La confiance n’est plus là ; elle est très longue à reconstruire et la fin de cette année verra la mi-mandat – déjà ! L’investissement des entreprises françaises est moribond parce que la consommation est morose et les taxes en relatif aux pays voisins trop lourdes, les bénéfices sont mal vus et au plus bas depuis des décennies. Les consommateurs sont hésitants, ayant peur pour leur emploi, leur santé mal gérée et leur retraite sans cesse rognée. La croissance est attendue comme le Messie, mais non elle ne reviendra que lentement et faiblement.

« Pour les démarches administratives, pour les actes de la vie quotidienne, pour la création d’entreprises, pour le développement de l’investissement. Tout doit être rendu plus facile. » Il y a 18 mois déjà était faite la même promesse. Qu’est-ce qui coince, Président ? Votre inaction ? Votre capacité à décider ?

« Faire des économies d’énergie, rénover nos logements, lutter contre le réchauffement climatique, soutenir l’artisanat » – c’est bien joli, mais un lourd clin d’œil aux écolos, ces « alliés » aux prochaines élections municipales et européennes. Où sont les actes, alors que le logement est en baisse largement cette année grâce à la ministre Duflot ?

« D’abord, je veux réduire la dépense publique. Nous devons dépenser moins pour réduire notre déficit mais aussi pour pouvoir, à terme, baisser les impôts » Or chacun sait que l’État ne paye plus les factures téléphoniques à partir de septembre pour les reporter à l’année suivante ; tout inscrit à Pôle emploi sait que la déclaration d’heures de travail déclenchant le complément ASS est « oubliée » voire « perdue » systématiquement chaque année en novembre, avant régularisation (sur réclamation) fin janvier. Sans parler des paiements de l’administration à 45 jours (si tous les papiers sont dûment reçus et tamponnés), sans évoquer aussi les pratiques de hors bilan systématiques… et l’ignorance même du nombre exact de fonctionnaires : le dernier état fiable date de 2009 !

« Une nouvelle loi de décentralisation accordera plus de responsabilités aux élus, et elle simplifiera l’organisation territoriale de notre pays, qui est devenue illisible et coûteuse. » Après avoir hurlé aux tentatives du Président Sarkozy de « simplifier l’organisation territoriale » et encouragé les zélus (en majorités socialistes) à résister à tout en faisant du lobbying, puis décalé (voire laissé tomber) la promesse de mettre fin au cumul des mandats, les citoyens électeurs rigolent à ce bavardage rituel. La seule réponse, irrésistible, est : alors, ça vient ?

Quant à l’Europe, « je prendrai donc, dès le printemps prochain, des initiatives avec l’Allemagne pour donner plus de force à notre Union ». Le « donc » fait rire : pourquoi avoir attendu 18 mois alors que – durant la campagne – on allait voir ce qu’on allait voir ? Pourquoi avoir laissé sans réponse la proposition allemande d’aller vers plus de fédéralisme ? La naïve croyance (idéologique) qu’une victoire écrasante du SPD socialiste allemand aurait-elle suffit pour que tout devienne rose ? Mais les Allemands (pas fous) n’ont pas élus des idéologues mais réélu des praticiens efficaces.

Donc du discours, rien de plus. Un cap de bon élève de l’Europe, mais des notes déplorables sur les devoirs rendus. Ce n’est pas dénigrer la France que de dire cela : c’est constater qu’à presque la moitié de son mandat, le président n’a encore quasiment rien accompli, que des réformettes pour panser les plaies, rien de cette réorganisation de l’État, de ses missions et de ses moyens pour adapter la France au monde d’aujourd’hui.

Que penser d’un politicien qui :

  1. promet n’importe quoi
  2. ne réalise pas ses promesses
  3. ne dit surtout pas pourquoi (des obstacles peuvent être légitimes, des retards explicables)
  4. et recommence à promettre comme si de rien n’était ?

C’est insupportable. La gauche « morale » qui reprochait à Sarkozy de communiquer plus que de faire, que fait-elle sinon communiquer bien plus que faire ? Comment ne pas rester sceptique face au discours du président ?

2014 ne devrait pas déroger à 2013. Nous avons entendu un président qui se confond de plus en plus avec un Bisounours : du miel plein la bouche, surtout pas de vagues, encore à hiberner jusqu’au printemps des élections, en attendant encore et toujours le bleu horizon 2017. « A long terme, nous serons tous morts », avait coutume d’ironiser Keynes, l’économiste chouchou des dépenseurs publics. En 2017, y aura-t-il encore des électeurs pour François Hollande ?

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Mes 12 notes favorites de la gamme 2013

Ces notes sont parues sur le blog tout au long de l’année qui s’est achevée hier. Il y en a bien d’autres… mais celles-ci forment un panel des différentes facettes d’Argoul.com.

Vous trouverez de la philo, appliquée au bien vivre aujourd’hui, dans la société que nous connaissons ; des critiques économiques et politiques ; quelques thèmes géopolitiques car il faut aller voir ailleurs comment le monde s’agence, en-dehors de notre nombril ; des lectures littéraires marquantes – et des voyages, à chaque fois une aventure, une découverte emplie de curiosité pour l’autre.

Douze notes sur 365, c’est peu, mais vous pourrez piocher ici ou là selon les catégories rappelées dans la colonne de droite du blog. Vous pouvez aussi taper n’importe quel mot-clé dans la case ‘recherche’. Bonne lecture… pour bonne réflexion !

  1. Albert Camus extrémiste de la mesure (L’homme révolté)
  2. Tartuffe ou l’esprit français
  3. Maître et esclave chez Nietzsche
  4. Évasion fiscale et secret bancaire
  5. Pourquoi voter Marine Le Pen serait une aventure ?
  6. Pour l’Europe
  7. Libertés en Chine
  8. La charia a bon dos
  9. Ian McEwan, Expiation
  10. Yasunari Kawabata, Pays de neige
  11. Sein
  12. Ma vie sous les tropiques (par Hiata de Tahiti)
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Pour l’Europe

Je suis profondément POUR l’Europe. Contrairement aux démagogues des extrêmes, réactionnaires xénophobes ou populistes jacobins, je crois que l’union des pays européens est bénéfique pour les peuples et pour leur place dans le monde. Ce n’est pas ce processus d’union qui est en cause, à mon avis, dans les doutes nés depuis quelques années sur l’Europe : c’est son absence de limites, son absence de projet et sa lourdeur bureaucratique.

L’Europe est loin d’être une idée neuve.

Elle a commencé sous l’empire romain qui a unifié le droit, le commerce et une grande part des mœurs dans un creuset de civilisation commun.

Contrairement à l’imagerie des xénophobes du XIXe que les profs perroquettent (qui ont abouti à cette merveilleuse guerre de 14 que nos élites zélotes s’empressent de glorifier faute de savoir enchanter le présent), les « barbares » qui ont fondé le royaume Franc n’étaient pas des incultes, mais des Germains romanisés. La transition s’est faite en douceur, avec les siècles. Et Charlemagne (le premier grand Charles), a créé la seconde Europe de l’histoire, dont le latin était la langue commune et le réseau de juristes la première administration.

Mais l’Église devenait trop puissante, portée au césarisme latin et à la théocratie byzantine. Ce fut le grand schisme de la Réforme qui a coupé l’Europe en deux, un cœur franco-hispano-italien et des marges germaniques et saxonnes. Napoléon a créé la troisième Europe en libérant les peuples des dynasties archaïques avec ses 134 départements français et ses pays satellites dirigés par des rois de sa famille.

union europeenne carte

La quatrième Europe est née des décombres des deux guerres mondiales, de la seconde surtout qui a montré qu’aucun peuple ne pouvait s’imposer aux autres à l’intérieur du continent. Lorsqu’on ne peut pas dominer, et que l’on est menacé par deux blocs, autant négocier. L’alliance atlantique a précédé la Communauté charbon acier puis la Communauté économique européenne, mais cette dernière a accouché d’une Union.

Si elle reste bancale, la faute en est à la France, qui a refusé la CED, Communauté européenne de défense. Ce pourquoi « nos » soldats interviennent seuls en Afrique, les autres pays ne voyant pas leur intérêt à rejouer le colonialisme, même sur demande, même pour la « bonne » cause.

Si l’Union est lourde à bouger, la faute en est à la France, qui a insisté pour intégrer très vite les ex pays de l’est après la chute du mur de Berlin, ne créant la monnaie unique qu’en contrepartie de son feu vert à la réunification allemande. Tout s’est fait dans la précipitation, avec l’idée un peu stupide qu’il suffit d’y aller pour bâtir en marchant. Sauf que l’Union à 28 est trop disparate pour créer quoi que ce soit d’autre qu’un grand marché. Et que la monnaie à 18 est trop écartelée entre économies différentes pour ne pas observer tensions et fissures quand le vélo croissance ne roule plus.

Les reproches que l’on peut faire à l’Europe, ce sont à « nos » politiciens qu’il faut les faire : à Chirac le grand Fout-rien qui n’a jamais cru à l’Union, à Jospin qui ne se préoccupait que de « socialisme » et pas des peuples, à Hollande qui doit se dépêtrer d’une situation fragile où il espère que la baisse de la dette ira plus vite que la révolte des socialistes nationaux et des jacobins socialistes. Il n’y a que Sarkozy, il faut le reconnaître, qui a su galvaniser les autres pays européens par trois fois lors de la crise bancaire de 2008, lors de la quasi-faillite grecque puis durant l’attaque sur l’euro. Le récent accord sur le mécanisme de sauvetage des banques en est la suite. Insuffisant mais important.

zone euro carte 18 pays au 1 janvier 2014

Reste que les peuples ayant vécu une génération entière à crédit comme les Grecs, les Portugais, les Italiens et les Espagnols – et les Français – croient que seul le triptyque dévaluation, protection, inflation les sauvera – alors qu’il leur faudrait productivité, innovation, compétitivité… Ce que proposent les politiciens français n’est pas à la hauteur : ignorance, démagogie, égoïsme sont les beaux sentiments soulevés par les tribuns pour appeler à « sortir de l’Europe ».

Ce ne sont pas que des mots ; remuer la fange finit par sentir mauvais. Les pays en déficit doivent emprunter. Qui voudra leur prêter s’il n’est pas sûr d’être remboursé ? Qui voudra accepter des taux d’intérêt aussi bas que ceux de l’Allemagne s’il craint pour la solvabilité de l’État à qui il prête dans le futur ? Ce pourquoi les agences de notation ont dégradé les notes de certains pays européens et de l’Union elle-même pour ses emprunts en commun. Seuls six États ont encore la meilleure note AAA : Allemagne, Danemark, Finlande, Luxembourg, Royaume-Uni, Suède. Ce sont tous des pays qui ont eu le courage des réformes – et pas seulement d’augmenter les impôts.

Les négociations sur le budget pluriannuel de l’UE ont nécessité deux sommets de chefs d’État, fin 2012 puis début 2013 et des heures de négociations : le soutien à l’Union de la part de certains États membres faiblit. Depuis 2007 et le début de la crise financière, la contribution des États notés AAA au budget de l’UE a été divisée par deux à 31,6%.

  • Le Royaume-Uni rêve de rester une île, liée aux États-Unis et au grand large, avec pour terrain de jeu l’Europe du seul marché – Turquie incluse.
  • L’Allemagne fait comme la Chine : tache d’huile, sa puissance douce lui suffisant pour imposer ses vues aux pays limitrophes, sans volonté de puissance.
  • La France voudrait une Europe pays, une sorte de France aux 400 départements, centralisée à Strasbourg et codirigée par un aréopage hiérarchique de type impérial.
  • Les « petits » pays rêvent plutôt d’une grande Suisse…

Rien de tout cela ne se fera. Si la conjonction des bêtises populistes xénophobes ne la détruit pas de l’intérieur, appelant d’autres barbaries comme jadis la chute de Rome ou celle de Napoléon, l’Union se poursuivra lentement, pas après pas, n’avançant que par crise ou parce qu’un ennemi extérieur la pousse aux fesses. Les mentalités sont lentes à changer : la glorification du patriotisme de 14-18 et le rappel rituel de la Shoah sont là pour montrer que l’Union est certes un peu dans l’économie, mais vraiment pas encore dans les têtes.

Surtout pas celle de nos dirigeants. Ils ne savent ni définir des frontières de civilisation (oui à l’Ukraine mais non à la Russie et à la Turquie), ni construire un projet fédéral cohérent (les socialistes français n’ont RIEN répondu aux avances allemandes il y a 2 ans), ni compenser la bureaucratie proliférante par des contrepouvoirs politiques (comme les élections d’un Parlement unique le même jour dans tous les pays de l’Union, un sénat des pays et une assemblée des partis, la disparition du Conseil au profit de la Commission).

Mais je crois pourtant à l’Europe, cette belle idée de civilisation commune, cette entité économique et politique à construire dans un monde désormais globalisé.

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Réel déclin économique français

Récemment, j’indiquais combien François Hollande était dans l’impasse :

  • Impasse dans laquelle il s’est mis lui-même, promettant la lune et n’offrant que son pâle reflet, la procrastination en plus. (Je mets le lien avec ce mot compliqué, pour les mal éduqués sortis de l’E.NAtionale).
  • Impasse due au grand écart entre le « socialisme à la française » (resté marxiste en économie, gauchiste dans les mœurs, étatiste en mentalité) – et les réalités du gouvernement d’une France complexe, diverse et ancrée à une Europe bien plus sociale-libérale.

Ce pourquoi Martine Aubry est plus populaire au PS que François Hollande : plus autoritaire, plus à gauche, plus dans la lignée 1981… Mais seuls 46% des Français ont une bonne opinion d’elle.

Ce qu’il faudrait faire – il ne le fait pas :

  • baisser de 15 à 20% les coûts des entreprises (notamment les cotisations sociales obligatoires et le maquis touffu des règlementations et paperasseries),
  • réduire les strates administratives de décision d’État
  • augmenter la productivité des fonctionnaires par une meilleure organisation et des salaires plus incitatifs
  • réformer la fiscalité – comme il l’avait promis.

Ce pourquoi la Commission européenne, après Standard & Poors, dit que la France n’a plus aucune marge de manœuvre. Trop compliqué, trop politiquement sensible, trop près d’une élection. Un peu de socialisme, un peu de réformettes, surtout des promesses de lendemains qui chantent, la ligne bleue 2017 et d’ici là s’efforcer de diviser la droite en attisant l’extrémisme frontiste par des provocations sur les mœurs ou les bananes et l’épouvantail du vote des étrangers, du retour des illégaux expulsés et l’entrée de la Turquie dans l’UE.

pression fiscale france comparee europe

Redisons-le froidement :

  • la croissance ne reviendra ni aussi vite ni aussi fort qu’avant, comme si de rien n’était, les 2% espérés, ce n’est probablement pas avant plusieurs années : la zone euro ne connaît qu’une reprise fragile en raison des difficultés bancaires, des budgets en déséquilibre, du désendettement du secteur privé, de la faiblesse du commerce mondial, de la fragmentation des marchés. Selon l’économiste de Natixis Patrick Artus, avec la tendance des gains de productivité français et les perspectives démographiques, « on parvient à une croissance potentielle comprise entre 0,7 et 1,0% par an selon l’hypothèse prise d’évolution du taux d’emploi. »
  • le déficit public ne sera pas résorbé en quelques années, même avec les deux ans de répit accordés par l’UE : la crise a abaissé le potentiel économique de la France et pour ramener le déficit structurel de 3,3% du PIB en 2013 à 0,5% du PIB en 2017 (pour respecter la Règle d’or), il faudrait le réduire de 0,7 point du PIB par an ; selon Patrick Artus, « si la pression fiscale par rapport au PIB à partir de 2013 reste stable, il faudra alors que les dépenses publiques baissent de 1,2% en valeur et de 5,3% en volume de 2013 à 2017. Un ajustement budgétaire très sévère reste donc à réaliser en France entre 2014 et 2017, bien plus sévère que celui qui a été annoncé. »

pole emploi bureaucratie kafka

  • le chômage ne risque pas de décroître en raison des multiples freins aux embauches et des coûts salariaux élevés : la France a une compétitivité-coût moindre, une profitabilité faible, une rentabilité du capital inférieure à ses voisins ; le défaut des entreprises augmente dans les loisirs, l’automobile, l’immobilier – l’investissement et l’emploi reculent. Quant à la bureaucratie de Pôle emploi, il faut ajouter Courteline à Kafka pour en avoir une faible idée !

salaire horaire industrie france comparee europe

  • les impôts (déjà les plus élevés d’Europe et jamais suffisants pour les besoins publics) tuent toute initiative, annihilent toute volonté, inhibent toute consommation : les entreprises fabriquant des produits peu différenciés souffrent des coûts salariaux plus élevés, les pigeons, les dindons, les Bretons, les poussins et même les cigognes (ces sages-femmes qui manifestent) se révoltent, les retraités dès la classe moyenne commencent à établir leur résidence principale à l’étranger (Maroc et Thaïlande notamment), les étudiants sont de plus en plus nombreux à aller se faire embaucher ailleurs.
  • les investisseurs étrangers l’ont compris, qui diminuent en moyenne leurs investissements en France depuis le début des années 2000 : la situation n’est en apparence pas plus mauvaise que celle de l’Allemagne ou des États-Unis et meilleure que celle de l’Italie – mais hors immobilier et finance, les investissements directs étrangers sont très faibles et en déclin ; ils ne représentent qu’1,1 milliard d’euros en 2013 pour l’industrie manufacturière.

investissements etrangers en france par secteurs

Que fait François Hollande pour corriger tout cela ? Rien, il attend. Il préfère le discours au terrain et se méfie de tous ceux qui créent des richesses (entreprises, professions « libérales » ou finance). D’où sa chute abyssale de popularité, même parmi ses électeurs, jamais vue jusqu’ici.

profits entreprises france comparee europe

Il croit ce qu’il espère – pas ce qu’il voit : « la croissance à 2% » pour bientôt. Il est malheureusement conforté par les œillères des journalistes dont quelques sondages ont révélé le tropisme à 74% « de gauche ». Écouter les seuls « économistes » invités par les journalistes sur les radios nationales, c’est entendre la voix des sirènes : louanges appuyées à la radicalité de gauche, congratulations mutuelles, sophismes et erreurs répétées en boucle (la faute à l’euro trop fort, aux excédents allemands, à la politique du dollar, aux méchants Chinois, aux Irlandais fiscalement habiles – et ainsi de suite).

François Hollande doit tuer le père – ou se suicider politiquement : laisser le socialisme façon Mitterrand ou renoncer à gouverner. Cruel dilemme, dans lequel cet éternel hésitant enclin à la gentille « synthèse » ne peut se résoudre. Il fait donc un peu le socialiste par des « réformes » de mœurs et de gros yeux aux « riches » – mais pas trop, car est « riche » en France qui dépasse la tranche à 14% de l’impôt sur le revenu, soit dans les 3000 € par mois pour une personne seule. Les prélèvements « sociaux » (passés de 13.5% à 15.5%) sont sur TOUS les revenus et touchent d’ailleurs TOUT le monde, même ceux qui ont un revenu annuel sous le seuil de pauvreté : la potion « socialiste » est, dans le réel, pire que celle de droite… Et cela ne se verrait pas dans les urnes ?

Ce pourquoi François Hollande à enfin réagi : ou plutôt son Premier ministre qui annonce que le gouvernement va « remettre à plat » toute la fiscalité française. Ce que je prônais comme seule marge de manœuvre politique possible dans ma dernière note sur l’impasse, citée plus haut. A croire qu’il a des conseillers avisés qui lisent ce blog – ou, plus modestement, que mon intuition politique rencontre l’air du temps. Mais, disons-le, se réjouir qu’un président mette en œuvre ses propres promesses électorales, c’est un comble ! Les paroles sont-elles des actes, comme il le dit si bien à Jérusalem pour l’antisémitisme ?

Hélas, non ! François Hollande vient de « recadrer » Jean-Marc Ayrault : la réforme fiscale se fera à l’horizon du quinquennat, pas tout de suite – autrement dit aux calendes grecques. Peut-on être aussi mauvais en communication ? François Hollande pense-t-il au désastre d’image que cette énième reculade et réticence a dans l’opinion ? Et sur les marchés à qui le gouvernement réclame des prêts chaque mois ? Est-il à la hauteur de sa fonction présidentielle, ou se contente-t-il d’en jouir ?

Autant de douloureuses questions pour la gauche mais surtout pour les Français.

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Edith Wharton, Les chemins parcourus

edith wharton les chemins parcourus

J’ai déjà évoqué cette Américaine amoureuse de la France et qui a vécu l’inter-siècle 1862-1937. Elle a écrit ce précieux manuel sur Les mœurs françaises incisif, bien vu et toujours utile pour comprendre en ses profondeurs le parisianisme. J’y reviens aujourd’hui avec l’histoire de sa vie. Une histoire qu’elle recompose selon l’image qu’elle veut laisser d’elle-même et de ses amis, avec des blancs et des silences, mais l’histoire aussi de l’Amérique avant l’impérialisme et de l’Europe avant 14. La civilisation s’épanouissait des deux côtés de l’Atlantique comme jamais et l’on pouvait croire – ironie de la raison – qu’un siècle de paix et de bien-être allait s’ouvrir… Comme on le croit aujourd’hui.

Il n’en a rien été mais Edith Jones, épouse Wharton, traverse les épreuves le cœur haut. Elle est une « éblouie », ainsi que le lui dit à un dîner Henri Bergson, à propos de son incapacité à mémoriser de la poésie. La mémoire d’Edith Wharton est émotionnelle, comme celle de Marcel Proust dont elle aime beaucoup la Recherche du temps perdu (surtout le premier tome). Elle a besoin de recréer pour raconter, dans le calme d’une campagne où alternent lectures, jardinage et visites d’amis intellectuellement proches. Mais elle a besoin aussi de mouvement, elle adore les voyages comme son mari et ils laboureront la Méditerranée et les îles grecques ou turques, arpenteront la France, l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre et même l’Allemagne, rapportant à chaque fois une moisson d’impressions et quelques écrits. Très émotionnelle, donc sujette aux dépressions, ce qu’elle cache soigneusement en ces pages, écrites d’un ton enjoué et volontaire. Mais l’auteur révèle cette appréhension affective dès ses premières impressions : « le monde objectif ne pouvait jamais perdre son charme tant qu’il contenait des petits chiens et des petits garçons ». Être embrassée à 4 ans par son cousin à peine plus âgé est son premier souvenir.

Il y en aura bien d’autres. Oisive, oie blanche ignorante du sexe dans une famille riche de New York remontant aux origines de la colonie, elle ne fait aucune étude mais lit toute la bibliothèque classique de son père en plusieurs langues. Elle parlera français, italien, allemand depuis l’enfance, regrettant de ne pas avoir été au collège pour apprendre le grec et le latin. Elle fait ses débuts timides en littérature par la poésie, avant de se faire conseiller par des amis lettrés et de publier des romans à succès. Dans son milieu, il est indécent pour une femme d’écrire et l’on n’en parle pas. L’inverse de Londres où elle est l’invitée des salons, et surtout de Paris, où elle vécut treize ans, avant la guerre de 14 rue de Varennes, pendant la guerre en créant des foyers d’accueil et des sanatoriums pour réfugiés et, après la guerre, près d’Ecouen. Elle est d’ailleurs enterrée à Versailles.

Edith Wharton est grande amie de Henry James, Paul Bourget, Vernon Lee, la comtesse de Noailles, Jacques-Émile Blanche, Victor Bérard, Charles Du Bos, et même du président Theodore Roosevelt – sans parler des Anglais, Italiens et Américains dont les noms ne disent plus rien. Elle rencontre Bergson, Gide et Cocteau, dont elle livre un portrait jeune incisif : « j’y ai rencontré un jeune homme de dix-neuf ou vingt ans qui, à cette époque, vibrait de toute la jeunesse du monde. C’était Jean Cocteau, alors plein de passion et d’imagination, pour qui chaque beau vers était une aurore, et chaque crépuscule jetait les fondations de la Cité céleste. (…) Une des tristesses des années qui suivirent furent de voir cette lumière s’estomper. La vie en général, et la vie parisienne en particulier, est la cause de beaucoup d’effacements ou de défigurations de ce genre ; mais dans le cas de Cocteau, c’est d’autant plus dommage que ses dons étaient particulièrement nombreux, et ses ferveurs parfaitement sincères » p.264.

Edith Wharton a vu basculer le monde encore rural du XIXe siècle dans le monde industriel du XXe, avec son cortège de laideurs, de brutalités, de mécanisation des esprits et des bureaucraties. « A Paris et dans ses environs tout semblait pousser le même cri : les riants faubourgs qui n’avaient pas été défigurés par les hideuses réclames, les champs de blé de Millet et de Monet encore intacts, déployant leur opulence dorée autour de la capitale, les Champs-Élysées dans leurs derniers soupirs d’élégance, et les grands édifices, les statues et les fontaines qui, au crépuscule, se retiraient dans le secret et dans le silence, au lieu d’être arrachés à leur mystère par des flots vulgaires de lumière électrique » p.295.

Mais elle a su garder l’âme haute, ce qu’elle déclare en « Premier mot » : « Malgré la maladie, malgré même ce pire ennemi, le chagrin, on peut rester vivant bien après la date usuelle de la décrépitude si on n’a pas peur du changement, si on conserve une curiosité intellectuelle insatiable, si on s’intéresse aux grandes choses, et si on sait tirer du bonheur des petites » p.11. Tout l’inverse de la France d’aujourd’hui – qui vieillit, qui refuse tout changement, qui s’ankylose dans le passé et qui réduit son regard aux petites hantises de détail du présent.

Puisque l’on honore tant, dès cette année, la période 14-18, pourquoi ne pas regarder du côté du vivant optimiste plutôt que de se confire dans la mort et les cadavres ?

Edith Wharton, Les chemins parcourus – autobiographie (A Backward Glance), 1933, édition 10-18 2001, 383 pages, occasion € 16,97  

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Panne politique durable

Le développement durable existe : en politique, c’est la panne. La France s’y vautre avec la soif des nouveaux convertis – pour son plus grand malheur, peut-être. Ni droite, ni gauche ne sont crédibles, la politique française a son moteur grippé. Chacun joue son petit jeu dans son petit coin selon son petit ego : le Valls, la Dufflot, le Copé, le Fillon – et tous dansent allègrement sur le volcan. Car des fractures sous-jacentes sont perceptibles, mais croyez-vous que les petits egos vont changer ? Mélenchon n’a peut-être pas tort d’en appeler aux piques, tant ces marquis et petites dames agacent par leur vertu hypocritement affichée tandis que leurs dents rayent encore le parquet.

Rappelons quelques évidences : ce n’est pas le socialisme qui a gagné les dernières élections présidentielles, c’est la personnalité de Nicolas Sarkozy qui a perdu ; ce n’est pas « le programme » néo-mitterrandien selon Harlem qui est désiré par l’électorat en sa majorité, mais bel et bien les thèmes Buisson d’identité, de protection et de retour de l’État.

Hollande est un président faible : par son tempérament, porté à concilier en synthèses acrobatiques tous les points de vue de son camp ; par son souci antisarkozyste d’apparaître « normal », donc de faire du Chirac – c’est-à-dire le moins possible ; par la situation électorale qui l’empêche d’afficher un projet « de gauche » alors que la France se révèle chaque jour un peu plus clairement à droite : contre marier n’importe qui, pour l’autodéfense en cas de carence flic, contre les impôts et taxes qui ne touchent pas que « les riches », contre l’empilement de règles contradictoires qui empêchent de gagner plus, le dimanche si l’on veut.

Francois New President

Ne restent comme « marqueurs de gauche » que les symboles soixantuitards, déformés et amplifiés par une opinion braquée contre. Je caricature exprès : le mariage homo et l’assistanat à la procréation contre-nature, le vote des étrangers, l’accueil des demandeurs d’asile, les jours fériés bientôt étendus aux musulmans, aux juifs, aux bouddhistes, aux francs-maçons… Or ce sont les excès post-68 qui sont largement refusés par l’opinion. Si le desserrement des mœurs et la sensibilité pour l’environnement sont un acquis pour tout le monde, l’extrémisme écolo et les revendications communautaires catégorielles ne passent pas. Si Hollande persiste dans la surenchère, il va voir se lever en plus fort ce qui se lève déjà de façon plus ou moins spontanée : un radicalisme réactionnaire analogue au Tea parties américains qui font tant de mal à la crédibilité du parti républicain.

Que veulent les gens ? Du pain, de la protection et un sens aux sacrifices.

Moins de chômage et pas de tripatouillage statistique ni d’idéologie anti-entreprises (ce sont elles qui créent les emplois, pas les fonctionnaires montebourgeois), une maîtrise du libre-échange et du dumping chinois (contre le jusqu’auboutisme européen de la liberté absolue et le pillage des données personnelles par les réseaux sociaux – tous américains), un vrai cap sur des points économiques et sociaux essentiels (et pas la minable « boite à outils » hollandaise destinée à poser des rustines sur des problèmes qui pourrissent).

De l’écologie, certes, et une précaution contre le nucléaire, mais pas au prix de voir l’électricité augmenter d’un tiers en un an, ni d’être vertueux à se restreindre tout seul, alors que les pays émergents se lancent plein pot dans la production. Une considération envers les vrais pauvres, qui sont beaucoup moins dans les banlieues d’immigrés aujourd’hui, mais beaucoup plus dans le périurbain pavillonnaire et rural, loin des centres. S’occuper autant des Roms et pas assez des vieux isolés ou des jeunes en déshérence, est une faute citoyenne.

Une image du pays et une image de soi-même qui cessent d’être remises en cause à tous moments par les gauchistes du gouvernement, les langues de bois du parti socialiste, les bobos cultureux et les histrions ignares des médias qui veulent faire branchés : être français est déjà difficile, quand on compare aux autres nos prélèvements obligatoires aux services publics rendus ; mais s’il faut en plus s’entendre dire que n’existent plus ni père ni mère, qu’être citoyen n’est plus utile pour pouvoir voter, et que les logements vont être réservés en priorités aux minorités venues de Roumanie ou d’ailleurs – pour l’électorat, c’est trop.

francois hollande president

La gauche n’a plus rien à dire, qu’à brosser dans le sens du poil les intellos bobos et, pour le reste, jouer le rôle réactionnaire de « conserver les zacquis » en rabotant ici ou là sans surtout rien changer : la piètre influence de Mélenchon, cantonné à un vivier privilégié de petits fonctionnaires revanchards, montre que l’électorat ne veut pas d’internationalisme pro-immigré, ni d’excuses à la délinquance, encore moins de yakas aussi rapides que violents sur la finance, l’Europe ou les entreprises.

La droite n’a rien à répondre, orpheline de chef légitime, étalant des clowns en première ligne, et gênée de n’avoir pas réalisé ce qu’elle critique aujourd’hui. La seule gagnante à droite est Marine Le Pen car elle prend tout : l’anti-68 et la critique de l’Europe, l’anti-laxisme à la Taubira et l’anti-moraline à la Dufflot. L’impuissance des partis de gouvernement, et les attentes par l’opinion de protection et d’un cap, profitent à celle qui a eu plusieurs fois raison contre l’UMPS : sur la laïcité, sur le plan de sauvetage inutile à la Grèce, sur la boite de Pandore de la guerre en Libye, sur l’aide aux rebelles syriens gangrenés par les djihadistes. Sa limite est qu’elle n’a pas de parti crédible pour gouverner et presque aucun relai dans la société ; elle ne monte dans les sondages que comme défouloir mais, dès que les choses sérieuses se profilent, les électeurs la boudent. Car notre système bipartisan exclut les entrismes progressifs comme en Autriche, en Italie ou en Allemagne.

La démission de la gauche et l’état comateux de la droite offrent donc un boulevard aux « petits partis » pour les élections intermédiaires : le centre, la droite dure, la gauche gauchisante, écolos inclus. Juste pour dire la colère et le ressentiment envers les élites défaillantes et inaptes. Mais les vrais combats se livreront en 2017. D’ici là, les clowneries et les couacs vont continuer à alimenter la bêtise médiatique, dans l’ombre du grand méchant lou Pen.

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Risques sur l’avenir

Pour Alain Ternier

Rien n’est solide, même si certains politiciens français se montrent porteurs de vérité révélée, au-dessus de tous et d’une suffisance agaçante. Prévoir l’avenir n’est pas aisé, mais aucune catastrophe annoncée n’est en vue.

En France, la croissance est faible

Il n’y a aucune raison que revienne une croissance forte. Nous avons une machinerie économico-politique trop lourde, des habitudes acquises trop ancrées, une absence quasi complète de flexibilité, des tabous ingérables. Puisque François Hollande et son gouvernement ont insulté stupidement « les riches », les fortunes vont en Suisse, en Belgique et même en Russie, ceux qui sont à l’aise sans être vraiment riches travaillent moins (professions libérales, chômeurs intermittents lassés de devoir payer cotisations sociales et CSG au même taux que s’ils travaillaient à plein temps), les jeunes qui pourraient devenir riches partent créer des entreprises ailleurs dans le monde, même les grandes entreprises commencent à petit bruit à « décentraliser » leur trésorerie, leur trading ou leur gestion.

L’organisation de Bercy fait que les impôts rentrent, illusion que tout va bien ; la perte des forces vives ne se voit qu’avec le temps, surtout lorsque les beaux parleurs se montrent incapables de rationaliser l’administration. Savez-vous qu’il existe encore deux « louvetiers » en Bretagne ? Fonctionnaires dont on se demande ce qu’ils font, vu que le dernier loup a été tué il y a un siècle…

tortue gaston lagaffe

Une implosion générale du système européen ?

Je n’y crois pas, toutes les crises Europe ou euro ont été gérées, avec retard et piaillements, mais cela s’est fait. Rançon de la démocratie, le débat à 27 et plus prend du temps et exige des compromis. Les différences entre pays ne sont pas plus grandes, elles ont toujours été là ; elles étaient seulement masquées par le désir d’entrer dans l’Europe. Malgré les tiraillements démagogiques, nul n’a intérêt à sortir de l’Union dans un monde globalisé ; ce sont des concessions au populisme ambiant de politiciens sans idées, ou une illusion d’ex-grand empire. Le Royaume-Uni par exemple croit pouvoir se sauver tout seul (mais peut-être sans l’Écosse et même le Pays de galles, désormais autonomes) ou avec un « allié privilégié » – les États-Unis – qui s’en moque, plus tourné vers l’Asie immense et émergente que vers une Europe vieillissante et en déclin.

La Grande inflation mondiale ?

Dans le monde, on assiste à une déflation des actifs plus qu’à une hausse générale des prix. Même les dettes d’États ne valent parfois plus leur nominal. Les actifs réels dégonflent quand la demande pour recycler les injections continues de liquidités de la part des banques centrales n’est plus là. D’ailleurs la bourse baisse, comme l’immobilier, depuis que Ben Bernanke a annoncé la fin de la partie. Ces injections ne préparaient pas la Grande inflation, elles permettaient tout juste d’éteindre les « dettes » dues aux spéculations des subprimes et autres constructions toxiques, et au système financier de ne pas s’être grippé dans des faillites en chaîne comme cela a failli être le cas fin 2008.

Mais l’économie réelle ne connait pas de dérapage car existe une « armée de réserve » de travailleurs pauvres dans un monde globalisé en Chine, en Inde, au Brésil, au Nigeria et même chez nous, prêts à s’investir pour améliorer leur condition (ce pourquoi les petits boulots en Allemagne ont eu autant de succès contre le chômage). Il existe une certaine inflation des actifs par des bulles sectorielles dues aux modes ou aux raretés, mais pas d’inflation générale due à une offre de biens inférieure à la demande. Qu’un immeuble au centre de Paris ne vaille plus que 7 millions d’euros plutôt que 10 millions, ce n’est pas cela qui va changer l’économie. Il n’y a pas perte réelle pour celui qui l’habite : il y a une moindre de valorisation de ses actifs (et moins d’ISF qui rentre dans les caisses de l’État), mais l’immeuble comme actif réel subsiste sans changement.

L’inflation se produit fondamentalement lorsque la demande dépasse l’offre possible. Or, de moins en moins de gens se trouvent prêts à augmenter la demande globale dans les pays développés : ils sont coincés par la stagnation des salaires, le chômage, les pensions réduites, les coûts obligatoires qui augmentent (assurances, énergie, impôts), la démagogie gouvernementale et la crainte de l’avenir. Quant aux pays émergents, ils ne font que satisfaire les besoins de consommation de leur propre population, livrant le surplus des biens courants à bas prix aux pays développés. Les bulles artificielles d’aujourd’hui sont transitoires et à mon avis pas inquiétantes.

Sur les matières premières et les denrées alimentaires, il y a sans conteste à long terme des  ajustements à faire, mais ils sont prévisibles et annoncés à grands sons de trompes apocalyptiques par les écologistes. Or une « apocalypse » ne peut survenir si tout le monde s’y prépare… Donc le long terme réglera les questions à mesure qu’elles se posent. Selon le rapport du Club de Rome en 1972, il y a des années que nous devrions être à sec de pétrole et en guerre ouverte pour d’autres matières vitales – et, chacun le constate, il n’en est rien… A court terme existent des tensions dans la répartition, mais elles sont conjoncturelles et se résorbent avec le système d’échanges mondiaux qui fonctionne plutôt bien (on l’a vu avec l’éthanol – invention écolo – qui a fait déraper à la hausse certains produits alimentaires – on est revenu dessus).

Et puis l’on trouve de nouveaux gisements (qui exploitait les gaz de schiste, pourtant connus il y a dix ans ?), on récupère, on adapte son alimentation. Les habitudes des générations changent dans le temps : les pays développés mangent moins de viande, plus de fruits et légumes produits localement, des poissons que l’on en élève en plus grand nombre (que l’on se souvienne du saumon, produit de luxe des années Mitterrand, fort démocratisé depuis). Même si le budget alimentation doit augmenter, il reste faible dans le budget global des ménages. C’est plutôt le budget énergie qui pèse, mais il s’agit d’une politique délibérée de l’État, pour motifs idéologiques : forcer écologiquement à consommer moins. Alors que c’est tout le monopole centralisé d’EDF qu’il faudrait remettre en cause…

Des guerres demeurent possibles

Surtout en Asie, avec la Chine pour protagoniste : moins une agressivité chinoise (qui préfère le développement économique) qu’une réaction nationaliste à des provocations sur des îles de la mer de Chine, dont les zones économiques exclusives sont remplies de matières premières à exploiter. Un dérapage de dirigeant maniaque, comme le « marxiste populaire » de la Corée du nord, reste toujours une possibilité. Il est certain qu’un « hiver nucléaire » en Asie du sud-est serait dommageable aussi bien aux populations qu’aux échanges mondiaux.

Mais on ne voit guère de risque majeur ailleurs. Les pays arabes contiennent leur agressivité en guerres civiles à motifs tribaux et religieux (même si la guerre en Syrie est susceptible de durer des années) car Israël est au cœur du Moyen-Orient et tous savent que les États-Unis interviendraient si les Juifs sont menacés. Et Assad comme l’Iran qui le soutient se sont déconsidérés gravement en usant d’armes chimiques contre des populations civiles.

Soyons donc modestes sur les prévisions

Chacun essaye d’être volontariste, mais il ne s’aperçoit qu’après coup s’il a agi dans le bon ou le mauvais sens (par exemple en Libye, qui a entraîné le Mali, qui a entraîné les enlèvements au Niger). Les tendances longues sont peu visibles mais ce sont elles qui commandent les transformations du siècle : la démographie, le changement climatique, les découvertes scientifiques, les progrès médicaux, la mondialisation des communications…

Reste ce qui ne peut être prévu : c’est là que l’incertitude demeure – mais le fait même de vivre est une aventure de tous les instants.

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Paul Kennedy, Naissance et déclin des grandes puissances

paul kennedy naissance et declin des grandes puissances

Voici en poche une remarquable histoire du temps long de la modernité, qui commence vers la Renaissance pour se terminer avec le XXe siècle. Paul Kennedy offre le meilleur des historiens anglo-saxons : la clarté, la synthèse, les faits. Peu d’analyse de la pensée dans ce livre d’histoire – ce qui vexe les intellos ; peu d’analyse des innovations scientifiques et techniques – ce qui vexe les économistes férus de cycles longs ; peu de portraits de grands hommes et de psychologie des rois et capitaines – ce qui vexe les historiens classiques. Mais justement ! Cet autre regard est d’une fraîcheur qui renouvelle l’histoire. Il s’attache aux mouvements de fond qui emportent les individus comme les volontés.

Les thèses défendues dans ce livre, immédiatement célèbre dès sa parution (sauf en France) sont :

1/ « Il existe une dynamique du changement, alimentée principalement par l’évolution de l’économie et des techniques, qui influe sur les structures sociales, les systèmes politiques, la puissance militaire et la position des États et des empires » p.686.
2/ Les évolutions inégales de la croissance, des innovations et de leur réception font le progrès ou la régression des uns et des autres en termes de « puissance militaire et de position stratégique relative des principaux États » p.687.
3/ « La prospérité économique ne débouche pas toujours ni immédiatement sur l’efficacité militaire, car celle-ci dépend de beaucoup d’autres facteurs, qu’il s’agisse de la géographie, de l’état moral de la nation ou de la qualité des officiers supérieurs et de la compétence tactique » p.687. Pas de causalité mécanique, comme les marxistes croyaient mais l’humain relativement autonomes des grandes forces qui le dépassent. L’auteur montre « trois grandes catégories de causes distinctes mais solidaires : d’abord les transformations de l’infrastructure productive industrielle et militaire (…) ; ensuite les facteurs géopolitiques, stratégiques et socioculturels (…) ; enfin les transformations diplomatiques et politiques » p.326.

C’est ainsi que l’Allemagne n’est pas devenue nazie parce que les gros industriels capitalistes trouvaient en Hitler un moindre mal pour leurs profits égoïstes, mais surtout parce que « pour l’essentiel, le programme de politique étrangère des nazis s’inscrit dans la continuité des ambitions qui habitaient auparavant les nationalistes et l’armée supprimée par le traité de Versailles » p.485. C’est donc tout un pays qui a poussé l’exacerbation nationaliste d’un Hitler au pouvoir, surtout après l’échec de la République de Weimar, démagogique et impuissante. En face, l’abandon français : « Très affectée par les pertes de la Grande guerre ; déprimée par une série d’échecs et de déceptions économiques, divisée par les problèmes de classes et idéologiques qui s’aggravent encore à mesure que les hommes politiques essaient vainement de faire face aux dévaluations, à la déflation, aux quarante heures, à l’augmentation des impôts et du réarmement, la société française souffre d’un fléchissement sévère du tonus et de la cohésion nationale au cours des années 30 » p.498. De bons avions, mais pas assez (et c’est le Front populaire qui augmente la production), de bons chars, mais dispersés, un plan stratégique vieilli, des chefs militaires sans audace ni initiative… c’est tout cela qui fait la différence en mai 1940.

« Une supériorité indiscutable du matériel militaire et, plus généralement, de la productivité économique n’implique pas automatiquement l’efficacité militaire » p.636, les États-Unis le vivront lors de la guerre du Vietnam. Inversement, des capacités de production moindres (comme celles des nazis en 1943 face à l’URSS) n’empêchent pas des prouesses tactiques. Ou un manque de matières premières, sur l’exemple du Japon après 1945.

Le ‘miracle japonais’ est l’occasion pour l’historien de pointer ce qui a marché – une vraie leçon d’histoire économique et stratégique pour l’équipe Hollande ! Volonté, éducation, pilotage colbertiste, encouragement à la technique et à l’entreprise, morale du travailler plus, fiscalité favorable à l’épargne. En gros, tout ce qui manque cruellement sous Chirac et Hollande et qui n’est absolument pas « la faute des autres ».

« Une des raisons majeures en est la volonté farouche d’obtenir une qualité supérieure en empruntant aux Occidentaux et en perfectionnant leurs techniques de gestion et leurs méthodes de production les plus modernes. Le Japon a récolté les fruits d’une politique nationale d’éducation vigoureuse et exigeante, et il a eu la chance de posséder un grand nombre d’ingénieurs, de fanatiques d’électronique et d’automobiles, et de petites entreprises dynamiques qui complètent les zaibatsu géants. La morale collective favorise le travail dur et la loyauté envers l’entreprise, et l’on s’efforce d’atténuer les différences entre cadres et ouvriers par un mélange de compromis et de déférence. (…) Mais c’est sans doute plus encore grâce aux politiques fiscales d’encouragement à l’épargne individuelle qui ont permis d’accumuler des fonds disponibles pour l’investissement. Enfin, le Japon doit beaucoup au MITI (ministère du commerce international et de l’industrie), qui a contribué au développement de nouvelles industries et de nouvelles technologies tout en coordonnant le retrait en bon ordre d’industries vieillissantes en perte de vitesse, et qui a opéré dans un esprit radicalement différent du laisser-faire américain » p.654.

Seule la toute dernière partie, « Vers le XXIe siècle » a vieilli, ce qui est normal pour un chapitre de prospective lu une génération après. Mais l’auteur a bien détecté les principaux problèmes : l’envol de la Chine, le déclin de l’URSS (qui allait s’effondrer en 1991), le maintien de la puissance mondiale américaine mais au risque de la « surexpansion impériale » p.804, l’effritement européen dû aux désunions et aux surcoûts nationaux malgré l’union douanière. Et pourquoi avoir repris en 2012 la préface de Pierre Lellouche de 1989 devenue complètement hors de propos ?

Restent 648 pages sur 991 de synthèse magistrale, une vraie leçon de science politique sur le temps long.

Paul Kennedy, Naissance et déclin des grandes puissances – Transformations économiques et conflits militaires entre 1500 et 2000 (The Rise and Fall of the Great Powers), 1988 revue 2004, Petite bibliothèque Payot 2012, 991 pages, €10.93

Voir aussi sur ce blog Paul Kennedy, Le grand tournant – Pourquoi les Alliés ont gagné la guerre 1943-45

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Le Printemps français dans la constellation politique française

Où se situe le Printemps français dans la nébuleuse politique d’aujourd’hui ? Je me suis amusé à regrouper les trois droites de René Rémond et les quatre gauches de Jacques Julliard. J’ai ensuite comblé les vides en fonction de deux axes :

  • L’axe vertical historique qui va d’avant 1789 à l’après 2000
  • L’axe horizontal classique qui va du plus d’État au moins d’État

L’axe historique permet de replacer les idéologies politiques dans l’âge d’or de chacun des mouvements. L’axe étatiste situe le désir de centralisation ou de décentralisation, de faire nation commune ou de revivifier les régions contrastées (le terroir), de garder des valeurs collectives ou de préférer les valeurs individualistes.

constelletion politique francaise argoul 2013

Les conservateurs les plus extrêmes, intégristes catholiques et monarchistes, voudraient annuler la Révolution et revenir aux institutions et valeurs d’avant 1789. On a appelé ce mouvement la Contre-révolution, représenté par Edmund Burke, Louis de Bonald et Joseph de Maistre. Il est à noter que la Révolution nationale du maréchal Pétain était de ce type : la France parlementaire et radicale avait failli en 1940, donc retour aux traditions prérévolutionnaires. Rien de fasciste en Pétain, pas plus qu’en Franco – aucun des deux n’a été agitateur révolutionnaire comme Mussolini ou Hitler, aucun des deux ne désirait un homme « nouveau » mais simplement revenir à l’homme de toujours, créé par Dieu une fois pour toutes « à son image ». Les écolos ruraux (chasse, nature, pêche et traditions) et les anars de droite (pour qui l’humain est par essence bête et méchant), sont dans cette conception, mais avec le moins d’État possible, le moins d’emmerdeurs fonctionnaires, le moins d’interventionnisme politique.

Les libertariens, à ce titre, poussent encore plus loin, revenant à Hobbes : l’homme est un loup pour l’homme, seul l’État empêche l’épanouissement personnel et l’entreprise prédatrice. Ce courant n’existe pas en tant qu’expression politique organisée en France, mais il existe fortement aux États-Unis. Une variante féodale se constitue dans les pays de clans et de mafias où l’individualisme clanique exacerbé fait allégeance à un individu représentatif d’un clan plus fort que les autres, qui leur offre protection en échange du service (Sicile, Calabre, Russie, certains pays d’Afrique).

Dès que 1789 survient, naissent la gauche jacobine puis la droite bonapartiste en faveur de l’État centralisé et du despotisme éclairé d’une élite technocrate. Les communistes se couleront aisément dans ce moule en 1921, lors de la scission d’avec les socialistes au Congrès de Tour. Une grande part des socialistes et radicaux capituleront devant Pétain en 1940, votant les pleins pouvoirs. Mais 1789 reste une date-mémoire, avec sa variante 1793 de la nation en armes pour certains courants de gauche jacobine (Mélenchon). La droite bonapartiste englobe 1789 et le sacre de Reims dans une vision de la France plus longue, mais les acquis de la Révolution, consolidés par Bonaparte, sont parmi ses ressorts via le culte de la nation et du citoyen – revivifié en 1848 avec le printemps des peuples.

1917 voit l’avènement de la révolution communiste en Russie, donc l’espoir d’un « autre monde » possible. Mais le mouvement est éclaté entre les marxistes révolutionnaires qui veulent jusqu’à l’État sans classe, et les marxistes centralisateurs du coup d’État partisan qui veulent tenir la société par le parti et le parti par la terreur. Les staliniens sont pour l’État jacobin, les trotskistes pour l’anarchie relative. La gauche syndicaliste est oubliée, Proudhon traité de social-traître, et la social-démocratie variante Bismarck ou variante Beveridge ne prend pas en France. Les syndicats sont sommés de choisir sans troisième voie.

1945 est une autre date-clé marquée par le Programme de la Résistance et l’instauration de l’État-providence en France. Le gaullisme apparaît comme un bonapartisme fédérateur de la droite républicaine et de la gauche jusqu’aux communistes (avant que Moscou ne reprenne la main). Les socialistes redeviennent jacobins, soutenant les guerres coloniales et favorisant la bombe atomique. La Deuxième gauche avec Mendès-France perce déjà mais n’a pas d’échos dans la société politique avant 1968.

Mai 1968 est l’autre date-clé de la politique française. Nombre de partis se positionnent pour ou contre les acquis du mouvement. Si le gaullisme bonapartiste fait avec, il rassemble cependant des diversités peu compatibles : les centristes qui suivent le mouvement long de la société, les libéraux qui voient s’ouvrir de nouvelles libertés pour le capitalisme, mais aussi les conservateurs républicains qui gardent des réticences et seront constamment dans les combats d’arrière-garde (sur l’avortement, le PACS, l’euthanasie, la PMA, etc.)

Le socialisme jacobin traditionnel, rassemblé par François Mitterrand, voit naître une aile libérale appelée Deuxième gauche avec Michel Rocard et le syndicalisme CFDT, tandis que le mendésisme est revivifiée par Jacques Delors, et qu’une part de l’aile jacobine se radicalise contre l’Europe avec Jean-Pierre Chevènement et Laurent Fabius. Droite comme gauche, les partis « attrape-tout » se fissurent à la moindre crise et il faut des personnalités fortes pour les faire tenir ensemble. Jacques Chirac n’y a réussi qu’in extremis grâce à la cohabitation (après avoir flingué Giscard, Balladur, Pasqua et Juppé) ; Nicolas Sarkozy a réussi assez bien jusqu’à la campagne présidentielle 2012 où le courant Buisson a éloigné le courant Fillon-Juppé. A gauche, Lionel Jospin a cru un temps prendre la suite de Mitterrand, mais Dominique Strauss-Kahn était plus charismatique avant de s’effondrer pour mœurs ultralibertaires. Ségolène Royal était trop clivante et c’est François Hollande qui a remporté la synthèse (anti-Sarkozy plus que pro-gauche).

2000 est une autre année-clé de la politique où tous les partis se repositionnent à cause de la crise. La dérégulation des années 1980 et les liquidités abondantes des Banques centrales ont amené le krach des technologiques 2000, le krach des normes de régulation 2002, le krach de la finance 2007, le krach des endettements d’État 2010 qui a failli emporter l’euro. Le libéralisme est jeté avec l’eau du bain version texane « ultra », tandis que les jacobins, bonapartistes et autres souverainistes relèvent la tête. « Contre » la finance, contre l’Europe, contre la mondialisation ultralibérale – ils veulent revenir « avant » 2000.

A gauche, comme François Hollande gouverne peu, les dissensions s’affichent au grand jour dans son camp. Sa tactique politique est de frapper un coup libéral et un coup libertaire, faisant passer par exemple la pilule flexisécurité négociée avec le patronat avec le verre d’eau mariage gai. Le courant jacobin a trouvé un tribun qui tente de rassembler les groupuscules de gauche communistes ou dissidents autour d’un Front, mais ses promesses comme ses solutions laissent sceptique le grand nombre. Certains se réfugient dans l’écologie bobo, internationaliste, ouverte à l’immigration et aux technologies d’avenir, très urbaine, bavarde, jouant Marie-Antoinette dans sa bergerie. D’autres se réfugient dans les mœurs de l’ultra-individualisme et réclament toujours plus de « droits ». D’autres encore s’organisent en communautés ou en coopératives, vivant leur petite vie tranquille loin de la capitale, de la nation et des idéologies du monde. Les altermondialistes n’ont plus grand-chose à dire.

Le centre s’est effondré avec la pauvreté stratégique de François Bayrou (qui se croit appelé du Ciel pour régner et n’entreprend aucune alliance politique pour y parvenir). Les autres centristes, plutôt libéraux et européens, ne sont plus en phase avec la période de crise.

A droite Sarkozy n’est plus dans la course et ses successeurs se déchirent pour de sombres magouilles dans le parti. Le courant bonapartiste souverainiste a été capté par Marine Le Pen et recueille les votes protestataires des déclassés et inquiets qui récusent non seulement les années 2000 mais remontent à la pensée-68 et à ses dérives en matière de mœurs comme d’immigration.

Si l’on résume :

  1. Ceux qui récusent 1789 sont les intégristes religieux, les libertariens, les monarchistes et les pétainistes. Ils voient le monde créé en 7 jours et l’homme immuable, sans histoire, figé dans ses déterminations divines. Il faut obéir à la loi de Dieu ou de la Nature sans tenter de la changer.
  2. Ceux qui récusent 1917 poursuivent le courant jacobin ou girondin républicain ; ce sont les socialistes et radicaux, les orléanistes aujourd’hui centristes, auxquels viennent se greffer les pro-européens de la Deuxième gauche.
  3. Les ultralibéraux récusent 1945, tout comme la gauche libertaire. Ceux qui se refondent sur 1945 sont les bonapartistes et les socialistes souverainistes, y compris du Front de gauche, qui y voient un âge d’or national et socialiste.
  4. La droite bleu marine récuse 1968, comme les conservateurs intégristes qui refusent déjà 1789, pour en revenir à un bonapartisme souverainiste. La gauche libertaire, les écolos bobos et les régionalistes voient au contraire en mai-68 leur fondation.
  5. Sauf les libéraux (de droite, du centre et de gauche), tout le monde récuse 2000, ses crises financières et économiques en chaîne et les liens forcés de l’Union européenne et de la mondialisation.

Le Printemps français se situerait donc plutôt dans la mouvance anti-68, voire anti-1789. Il rassemble les exclus des partis de gouvernement, les intégristes religieux comme les anarchistes de droite. L’UMP aurait bien voulu récupérer la dynamique du mouvement, mais a reculé devant les dérives violentes – pourtant inhérentes aux mouvements anarchistes.

On dira que je me répète – mais pas besoin d’être grand clerc pour pronostiquer qu’un refus des partis de gouvernement en échec, plus le refus de la remise en cause des mœurs et traditions, ne vont pas profiter au Front de Mélenchon ni au parti de Coppé – mais bel et bien à la protestation aujourd’hui « attrape-tout » : la droite bleu marine. Encore une fois ce n’est pas un souhait, c’est un constat.

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Pourquoi voter Marine Le Pen serait une aventure ?

Certains lecteurs m’ont reproché d’analyser plus la gauche que la droite. Mais c’est que la gauche est au pouvoir, poussée sans arrêt aux illusions par son extrême trotskiste ; il m’a paru jusqu’ici plus utile d’analyser ce danger immédiat que le danger Le Pen plus lointain. J’ai déjà écrit une note Contre le Front national, en décembre 2010. J’examine aujourd’hui quelles pourraient être les conséquences d’une application du programme Le Pen.

Mais disons-le tout net : la majorité des électeurs qui votent Le Pen s’en moquent comme de leur premier slip. Ce qui leur importe est de marquer leur protestation vigoureuse vis-à-vis de l’UMPS, gens au pouvoir depuis des décennies qui ont préféré leurs petits jeux d’ego plutôt que le bien de la France. Bobos et technos ont délaissé la classe moyenne et populaire, s’appuyant ou sur les très riches ou sur les immigrés. Vieillissement démographique, mondialisation, technocratie de l’Union européenne, crise des finances publiques, induisent une angoisse diffuse et une perte de repères. La protestation pourrait s’afficher au premier tour de présidentielles, et être abandonnée en grande partie au second en raison de l’aventurisme du programme…

scores front national 2002 et 2012

Chacun peut le lire intégralement sur le site du Front national (ce qui est écrit en petit doit se lire avec une particulière attention). Il se résume ainsi :

  • en politique, souverainisme, bonapartisme, populisme ;
  • en économie, dévaluation, protection, inflation ;
  • en social, préférence nationale, politique nataliste, censure pour les enfants.

La volonté est celle d’une contre-révolution comme celle préconisée par Joseph de Maistre après 1789, mais la date ici retenue est 1968, l’année de la chienlit sociale, du départ programmé du général de Gaulle (qui démissionne en 1969) et des négociations sociales qui font déraper le budget. Il s’agit d’établir un État organique par un rassemblement de forces, unies par un parti de la nation en colère. La vie est une lutte, le monde une jungle, et toute liberté doit se construire par une volonté recentrée sur soi et ses proches : famille, patrie, travail. L’individualisme n’est pas toléré, la fraude, l’immigration ou le crime non plus ; la communauté de sang et de sol s’impose comme seul souverain politique – donc économique et social. Ni libéralisme, ni socialisme, la promotion de l’homme intégral communautaire, contraint par l’État, représentant souverain du Peuple comme ethnos. Une forme nationaliste du bonapartisme traditionnel.

1/ Politique :

Pouvoir international fort, souverain et austère qui inspire un idéal de vertu :

  • Sortir des traités européens pour une « association libre » (les autres en voudraient-ils et comment ?)
  • Partenariats industriels volontaires (type Airbus)
  • Maîtrise des frontières (fin de Schengen) et de la monnaie (fin de l’euro), indépendance énergétique (énergies vertes + nucléaire)
  • La Banque de France pourra prêter au Trésor public sans intérêts, ce qui permettrait d’augmenter salaires et pensions, de baisser les prix de l’énergie. C’est l’autre nom de la planche à billets – donc l’inflation – non compensée par des coûts à l’exportation abaissés puisque l’abolition du libre-échange entrainera rétorsions.

En politique intérieure, le Front national reprend le bonapartisme traditionnel :

  • Un mandat présidentiel unique de 7 ans non renouvelable.
  • L’appel au référendum pour toute modification de la Constitution.
  • Scrutin proportionnel à toutes les élections (comme dans toutes les sociétés organiques).
  • Fin de l’obligation bruxelloise de concurrence sur les services publics
  • Effort de défense à 2% du PIB, sortie du commandement intégré OTAN (mais pas de l’alliance). Institution d’une garde nationale de 50 000 réservistes + dissuasion nucléaire.
  • Réduction des subventions aux associations « ne relevant pas de l’intérêt général ». Lutte contre la fraude fiscale et la fraude sociale, contre le « coût de la décentralisation » (autrement dit recentraliser).

Un État fort signifie tolérance zéro pour les crimes, le communautarisme des banlieues et les attaques contre les forces de l’ordre. Leurs effectifs seront augmentés, comme les moyens de la justice ; la peine de mort et les peines incompressibles de perpétuité seront rétablies par référendum et 40 000 places de prison de plus seront ouvertes. Les mineurs seront responsables pénalement dès 13 ans.

  • Ce qui paraît contradictoire avec la volonté affichée de protection des « enfants » (les moins de 13 ans ? avec la majorité sexuelle qui va avec la « responsabilité pénale » à 13 ans ?), en rétablissant la censure sur le net et toute forme de « violence » (y compris « morale », ce qui reste éminemment flou, donc propre à toutes les dérives…)
  • A l’école, retour aux fondamentaux : lire, écrire, compter, méthode syllabique obligatoire en CP, suppression du collège unique, promotion des filières manuelles et surtout discipline. Cela marchera-t-il à l’époque d’Internet et de l’ouverture au monde ?
  • Au total, la contrainte autoritaire remplacera partout le laxisme issu de la pensée-68.

electeurs du front national 2006

2/ Économie :

La souveraineté implique de quitter l’euro, donc de dévaluer drastiquement le néo-Franc (autour de 40% dans les années 1930 et 1982) et de bloquer la liberté des capitaux par nationalisation partielle des banques. Conséquences prévisibles :

  • Notons au préalable que l’ampleur de la crise mondiale des années 30 est due justement au protectionnisme, aux dévaluations compétitives, aux restrictions dans l’accès aux matières premières et aux politiques autarciques d’États. Faut-il replonger tout droit dans les mêmes erreurs ?
  • Ne plus être dans l’euro serait-il un véritable avantage ? L’exemple du Royaume-Uni et du Danemark en fait douter. A l’inverse, la Suède montre un pays prospère, mais qui tourne le dos à un programme type FN : refus de l’autarcie (50% du PIB à l’exportation), inflation domptée (pas de planche à billets), large libéralisation des services publics…
  • La contrainte euro sur l’Allemagne existe via le Mécanisme d’aide européen : 350 milliards € selon Christian Ott (économiste Natixis, juillet 2012) via les prêts accordés à la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, et via ses participations auprès des pare-feu européens. Quitter l’euro = quitter toute aide.
  • L’Allemagne a subi avec l’euro une dévaluation de fait par diminution des salaires, augmentation de la durée du travail, allongement du nombre d’années de cotisation pour accéder à la retraite. Si l’Allemagne redevenait autonome, sa concurrence industrielle – donc à terme politique – redeviendrait redoutable. Il y a donc de multiples avantages pour la France à rester dans l’union.
  • La sortie française marquerait l’écroulement du système euro ; nos créances – importantes – sur les pays du sud (Italie et Espagne) ne seraient pas remboursées et certaines de nos banques feraient faillite, donc seraient nationalisées – et pèseraient sur le Budget.
  • Comme les deux tiers de nos échanges économiques se font avec l’Europe, quelles mesures de rétorsion prendraient les autres pays ?
  • L’abandon de l’union monétaire implique l’autarcie, donc l’appauvrissement : ce qui sera produit en France sera plus cher en raison du niveau de vie relatif du pays, ce qui sera importé sera plus cher en raison de la dévaluation du néo-Franc, des droits de douane ou contraintes phytosanitaires.
  • La fin de la discipline, sur l’exemple allemand, ferait retomber le patronat français dans sa paresse du passé : peu d’investissements, crainte de l’innovation, monopoles protégés par la puissance publique, ballon d’oxygène des dévaluations régulières, paix sociale par l’inflation auto-entretenue.
  • Les talents et les jeunes diplômés choisiront encore plus le large – et la liberté – qu’un pays préoccupé des vieux, du rural et du petit commerce.
  • La priorité nationale pour l’emploi et l’immigration choisie limitée (comment ?) à 10 000 entrées par an, ne permettront pas d’abaisser le chômage, contraint par la baisse programmée du nombre de fonctionnaires, le renchérissement de l’énergie importée et les moindres exportations…

3/ Social :

Le souverainisme se veut un pansement social pour les catégories d’électeurs du FN : ouvriers, employés, retraités, petits-commerçants et artisans, agriculteurs et pêcheurs.

  • Mais le patriotisme économique par le soutien au petit commerce ne sera pas compensé en termes de coûts par la simplification bureaucratique et la baisse d’impôts pour PME et entrepreneurs individuels.
  • La politique agricole française et la protection de la pêche dans la zone économique exclusive coûtera au budget national, même si l’outremer se trouve ainsi valorisé.

Pour compenser la perte économique par la fierté symbolique, promotion de l’ethnos français :

  • Suppression du droit du sol, naturalisation sous conditions strictes,
  • Interdiction de la discrimination positive à l’embauche et renvoi des étrangers chômeurs,
  • Pénalisation du « racisme anti-français », suppression des subventions aux lieux de culte et interdiction des signes religieux ostentatoires.
  • Réduction des budgets sociaux aux immigrés et politique nataliste : revenu de 80% du SMIC aux parents à partir du 2e enfant ; allocations familiales réservées aux familles dont un parent au moins est français
  • Un enfant devient un adolescent pénalement responsable de ses actes dès 13 ans, en apprentissage dès 14 ans (comme au moyen-âge où les rois se mariaient dès la puberté)
  • Refus du mariage gai (mais maintien du PACS), lutte contre l’avortement (mais pas abolition)
  • Solidarité organique entre les générations et régime contre la dépendance.

2012 1974 score-fn

En bref, un programme pour figer une France d’hier, immobile, essentielle : le retour aux années 1960 d’industrie forte, de gaullisme politique, d’autorité sociale et d’immigration marginale. Une sorte de pétainisme, mais revu XXIe siècle, qui irrigue souterrainement la psyché française – y compris à gauche – sous la forme d’un abandon masqué par le volontarisme bonapartiste. Le monde va plus vite et plus fort ? Levons le pont-levis, protégeons notre petite vie tranquille. Ce serait l’idéal suisse, si la Suisse ne montrait justement qu’on peut être sûr de son identité et plus démocratique, toujours ouvert sur le monde… A condition de se prendre en main.

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Régression socialiste

A la question d’un sondage : « croyez vous que le parti aura le courage et la sagesse d’accélérer les réformes ? » 72,1% ont répondu NON. A la question de savoir si un développement « aux caractéristiques nationales » serait conforme aux intérêts de la majorité, 82,1% ont répondu NON. S’ils croyaient que « seul le parti serait capable de guider le peuple sur le chemin du socialisme idéal » 85,3% ont répondu NON. Décidément, le socialisme réel se porte mal… C’était le résultat d’un sondage auprès de 3000 personnes publié le 15 avril par le Quotidien du Peuple. Certes, le Parti communiste chinois n’est pas le Parti socialiste français, mais le premier a l’avantage d’être au pouvoir depuis 65 ans, tandis que le second ne connait pratiquement que l’opposition. Il devrait profiter de cet avantage pour être cru par les citoyens. Or il n’est est rien et ce sondage chinois pourrait s’appliquer tel quel en France…

Car un sondage français, France 2013 : les nouvelles fractures, observe l’opinion pessimiste, inquiète et défiante, qui bascule désormais dans le repli. « La France doit se protéger davantage du monde d’aujourd’hui ».  Si 55% des Français considèrent encore l’Europe comme un atout, ceux à faibles revenus (53%) et les classes moyennes (51%) considèrent que c’est un handicap.

  • On comprend pourquoi le discours de Marine Le Pen accroche : toute défiance publique profite au Front national !
  • On comprend aussi pourquoi le gouvernement socialiste garde un train de retard, la confiance se mérite or il ne fait pas ce qu’il faut : il augmente les impôts alors que les Français sont plutôt prêts dans ce sondage à faire des sacrifices personnels sur l’âge de la retraite et les jours de congé, et qu’ils exigent de plus en plus une réduction des dépenses publiques. Ils considèrent aussi majoritairement que les PME sont les seuls acteurs aptes à proposer aujourd’hui du constructif face à la crise (53% des Français et 51% des actifs). Les Montebourg et autres Moi-Je de gauche tradi ont tout faux : seule une minorité de Français considère désormais que l’État doit contrôler et réglementer plus les entreprises (44%, – 14 points)…

La présidence est devenue socialiste mais, sous les habits trop grands de la Ve République, Hollande apparaît plus comme « Guimauve le conquérant » que comme le président de tous les Français. Il continue à garder deux fers au feu, les « couacs » étant l’organisation de la Synthèse comme méthode de gouvernement. Mais un président n’est pas un chef de parti, au risque de se couper de la majorité des Français. Son programme était déjà flou (réduire le déficit, augmenter les impôts et la moraline ‘Moi président de la République’) – il fait le minimum.

  • Il a bien sûr augmenté impôts et taxes – mais sans rien réformer du millefeuille de l’organisation d’État.
  • Il a juré de « stabiliser » le chômage « à la fin de l’année » – mais après quelle hausse d’ici là ?
  • La taxation des plus-values de cession des entreprises, la taxe à 75%, le vocable de « minable » accolé aux riches qui quittent la France, les insultes aux patrons ou éventuels repreneurs étrangers pour Florange, Goodyear, Pétroplus, Dailymotion et autres, les leçons professorales aux industriels (Peugeot, Renault…), l’amnistie « sociale » pour les casseurs syndiqués – est-ce cela qui va encourager la reprise de sites ou le goût d’entreprendre ?

tomates

Où est l’avenir ? Qu’en est-il de l’Europe ? Quelles sont les vraies missions de l’État ? Où en est la réforme de la fiscalité ? On se demande vraiment ce qu’ont fait les énarques et autres apparatchiks du PS dans l’opposition. A part les querelles d’ego, pas grand-chose. Et il n’y a pas de grand Coordinateur pour faire aller dans une direction tout ce petit monde. La régression de la pensée socialiste se résume à longueur d’antennes à :

  • La crise ? Yaka taxer les riches et tordre le bras aux Allemands.
  • La croissance ? Yaka changer de logiciel et faire cracher les patrons.
  • Le chômage ? Yaka interdire les licenciements et embaucher une vague de fonctionnaires.
  • L’éducation, la formation ? Yaka créer des emplois jeunes et exiger des stages rémunérés (et « toujours plus de moyens… »).

C’est simple, non ? Les chiffres sont lancés dans les médias par les experts autoproclamés qui parlent d’une seule voix – hier de la réduction du temps de travail, aujourd’hui de la « relance » (sans budget). Pour un socialiste français, c’est toujours de la faute des autres, Sarkozy, la finance (à qui l’on fait curieusement risette depuis qu’on est au gouvernement), l’Europe allemande, l’austérité, les « riches »… Les réalités françaises ? européennes ? mondiales ? Cékoiça ? La « vraie réalité », pour un socialiste, c’est ce que la politique veut, non ?

Eh bien non… La réalité est ce qui oblige, et cette insupportable contrainte réfrène les soixantuitards enfants gâtés, aujourd’hui cinquantenaires immatures, d’exiger « tout, tout de suite ». La réalité, ils appellent ça « la pensée unique », quand ils sont intelligents. Mais si la pensée unique avait surtout raison parce que tout le monde avec Internet se parle, s’écoute et tombe d’accord sur l’essentiel ? Et s’il est dommage que la pensée reste trop longtemps unique, qu’elle est donc la nouvelle pensée socialiste ? Dix ans après Jospin, on attend toujours. Le peuple, lui, n’attendra pas pour rejeter aux poubelles de la politique ces incapables majeurs dans toutes les élections qui viennent.

Que veulent les socialistes pour la France ? Un pays de retraités ? Un pays-musée ? Un club Med pour riches Russes et Chinois à tondre ? Une liste de restaurants gastronomiques d’État (à TVA et cholestérol allégés) ? – Ou bien des idées neuves et un projet collectif cohérent et jeune pour adapter le pays au monde ? Mais 50% d’ex-profs au gouvernement, c’est trop : un prof dit ce qu’il faut faire, il ne le fait jamais. Les Français, tancés comme s’ils étaient en classe, osent s’y mettre en slip et tourner les clowns imbus d’eux-mêmes en dérision. Ce qui vient de se produire en Grande-Bretagne, la victoire du nouveau parti UKIP (United-Kingdom Independant Party), après le vote massif en faveur d’un comique en Italie, montre bien ce qui va arriver en France : la montée irrésistible de Marine Le Pen, sorteuse de sortants et recentrée souverainisme jacobin.

slip torse nu en classe

L’âge d’or où l’on restait entre soi à collecter aux frontières des taxes en franc exclusif qu’on pouvait redistribuer aux seuls nationaux et dévaluer quand besoin était fait rêver. Aujourd’hui les pensions se désindexent, les allocations familiales sont sous condition de ressources, la crise réduit le pouvoir d’achat, le chômage et les emplois précaires montent, les prélèvements obligatoires augmentent. Pourquoi les Français ne seraient-ils pas défiants envers les socialistes qui promettaient tout et son contraire sans avoir même pris conscience d’une crise ? Une étude Eurostat prouve que le gouvernement PS français est celui de l’Union européenne qui taxe le plus le capital.

  • Ce qui empêche (plus qu’ailleurs) les entreprises de garder un taux de marge suffisant pour investir, innover, exporter – et embaucher.
  • Ce qui empêche (plus qu’ailleurs) les ménages d’avoir un emploi, les jeunes d’obtenir un contrat à durée indéterminée et les seniors d’épargner pour une retraite qui pourtant s’amenuise.
  • D’autant que, du fait de son système archaïque et complexe, la France a les coûts de gestion retraite les plus élevés d’Europe.

Selon certains, Hollande « n’ose pas » assumer sa position sociale-démocrate. Il est vrai qu’il n’est déjà pas copain avec tous les syndicats, et que ceux-ci représentent très peu les salariés privés mais surtout les fonctionnaires. Même le social-jacobinisme, plus dans ses possibilités, est mal assumé : l’État se désengage, il ne peut pas tout mais l’Élysée laisse affirmer le contraire (Montebourg, Hamon, Duflot, etc.). Hollande fait de l’évitement sur tout. Il devrait être le président de tous les citoyens, il n’ose même pas le dire à la face des socialistes…

  • …Qui régressent intellectuellement en reprenant les vieux doudous du passé (dépense publique, dévaluation, nationalisations, antilibéraisme primaire, antigermanisme primaire, antiaméricanisme primaire, étatisme à tous les étages). Le pire fut quand ce brouillon de parti engueula Merkel. Le PS n’a toujours pas réglé le débat d’il y a 30 ans (que Mitterrand avait tranché en 1983) : le socialisme dans un seul pays ou l’arrimage européen. Les Allemands ont pointé avec raison « le désespoir dans lequel se trouvent les socialistes français du fait que, même un an après leur arrivée au pouvoir, ils ne trouvent aucune réponse convaincante aux problèmes financiers et économiques de leur pays ». Avant de donner des leçons au monde entier, balayer devant sa porte ; avant d’appeler à moins de « rigueur », commencer par réformer ses propres gaspillages d’État. On attend toujours !
  • …Qui régressent politiquement en tentant de revenir à cette bonne vieille « union » de la gauche que le reste de la gauche ne veut pas (ni Mélenchon, ni les communistes, ni une bonne part des Verts), pas plus que la majorité des Français – ce pourquoi ils ont choisi Hollande plutôt qu’Aubry. Qu’attend-t-il donc, le président François, pour gouverner selon les souhaits de cette majorité de Français, européens et centristes, ouverts à l’avenir et à l’international, soucieux de dépenser moins pour produire mieux ?

Un parti régressif, un président engourdi, un monde politique en déroute ? C’est la voie ouverte aux extrémismes.

Mais pas à gauche, les Français n’aiment la gauche que dans l’opposition. Les bobos immatures crieront au « fascisme », comme toujours, mais les nouveaux partis ont changé. La Ligue du nord l’avait osé en Italie, le Front national a suivi et désormais l’UKIP : ils ne se veulent pas extrémistes – seulement nationaux souverainistes.

Que feront les zélés zélus du PS en ce cas ? Comme le 10 juillet 1940, faute d’avoir pensé à temps ? Des 569 votants en faveur des pleins pouvoirs, 286 parlementaires avaient une étiquette de gauche…

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Dangereux vide politique

François Hollande élu depuis un an… un abyssal vide politique ! Après la crise économique de la finance et de l’industrie, la crise sociale du chômage et des impôts, la crise morale DSK et Cahuzac, la crise sociétale de la filiation sans cause, la France va-t-elle vers une crise politique ? La « rue », pour une fois de droite (et bien peu à gauche), voudrait bien cristalliser le mécontentement en mouvement politique sur l’exemple des Tea parties américains. Je l’avais suggéré dans une précédente note, malgré les flèches de ceux restés bloqués sur la petite politique politicienne : « La France pourrait connaître une évolution à l’américaine, avec une droite de plus en plus à droite mais refuge du collectif national, et une gauche de plus en plus anarchiste-bobo, exaspérée de tout est permis. »

La médiocrité du personnel politique et leur panne idéologique font que l’imagination n’est surtout pas au pouvoir et que la refondation des idées est plus que jamais nécessaire.

nouvel-observateur sont ils nuls

Médiocrité des politiciens

Hollande pourrait se contenter de régner, à la Mitterrand, mais le quinquennat (voulu par la gauche) et le Premier ministre (voulu par lui) l’obligent à être dans l’arène. Son tempérament procrastinateur, édredon ni oui ni non, ne convient pas à la fonction. Un président doit se prononcer, il n’est pas dans la synthèse d’un secrétaire général de parti. Il tient bon sur quelques sujets économiques, mais sans aucune pédagogie, laissant les roquets au gouvernement lâcher la soupape du discours de gauche. Est-là une « politique » ? Les citoyens ont l’impression de ne pas être entendus, qu’aucun parti au Parlement ne les représente plus. D’où la rue et les tiraillements au PS.

Dans ce vide politique, la droite pourrait s’engouffrer, mais elle manque de discours cohérent et de chef légitime. Chacun joue sa partie, les « vieux » usés par leurs clowneries de candidats à la présidence de l’UMP, les nouveaux aux dents longues à longueur d’antenne pour la mairie de Paris. Coppé n’est pas crédible, Fillon est dépassé, Juppé reste sur ses terres, NKM se barricade à Paris et Raffarin en Chine… Au total, la droite s’est trop déportée à droite avec Buisson et Coppé. Elle a été battue de peu à cause de cela et du style Sarkozy ; mais les socialistes sont allés trop loin avec la procréation assistée et le laxisme sur les mœurs (cannabis, abolition des peines bloquées etc.), ce qui fait revenir au galop les régions catholiques vers l’anti-Hollande – Hervé Le Bras le dit très bien. 

C’est la chienlit, comme disait de Gaulle, expert ès querelles de bac à sable, fomentées par des « minables » qui ne voient pas plus loin que le bout de leur mufle, « cuisant à petit feu leur petite soupe dans leur petit coin ». Vous avez reconnu les partis : ces « machins » qui devraient sélectionner des candidats valables, comme partout ailleurs dans les démocraties, mais qui ne servent plus en France qu’à se hausser entre soi dans un jeu de l’ego. Coppé n’est pas légitime, Désir est nullissime, les deux jouant leur petit dictateur au mépris des statuts et des règles. Comme si la légitimité résidait dans l’oukase, comme si le charisme se résumait à la grande gueule. Ont-ils compris quelque chose au pouvoir ?

Panne idéologique

La gauche reste empêtrée dans la dépense publique, la redistribution clientéliste, la fiscalité incompréhensible et instable, le gros État à surtout ne jamais réformer, le tabou à accepter mondialisation et rationalisation, le jusqu’auboutisme dans le laxisme des mœurs ultra-individualistes. La droite n’a pas de vision d’avenir, elle en reste au passé, le recours à Sarkozy tenant lieu de projet politique faute de mieux. Comme toute réforme passe par ceux-là mêmes qui profitent du système (élus, technocrates, fonctionnaires, syndicalistes), il y a grande répugnance à ce que cela change. A l’arrogance intello de gauche répond en 2013 l’action directe à droite, qui rassemble bien plus que les groupuscules activistes catholiques ou étudiants. L’aspiration dans les sondages à faire ce que les Italiens font – un gouvernement d’union nationale – dit combien les électeurs ont, dans leur majorité, ras le bol de ces politiciens minables qui se croient légitimes. 2014 ou 2017 verront-elles la réforme forcée du millefeuille étatique dans l’urgence pour incapacité prouvée à résorber le déficit structurel ?

handicap france patrick artus 2013

Aujourd’hui, que reste-t-il ? La peur. Dans le délitement social, les politiciens qui devraient au contraire motiver le pays, montrer la voie de solutions à long terme ont aussi peur que la société – mais pour leurs privilèges.

  • Peur du changement : continuer contre vents et marées faute d’imagination.
  • Peur de la politique : droite ou gauche, surtout ne rien changer au logiciel, on perdrait des électeurs. Dommage que les socialistes ne l’aient pas compris avant le mariage gai.
  • Peur de la rue : accuser la droite de pactiser avec le diable, accuser la gauche d’assassiner des enfants – recours au « fascisme » ou au « couteau entre les dents », vieilles rengaines qui ne disent rien d’autre que l’abyssale stupidité de leurs auteurs.
  • Peur d’expérimenter d’autres canaux de communication entre les citoyens et les décideurs : et pourquoi pas le référendum d’initiative populaire, ou les consultations de citoyens, ou la pédagogie télé, comme Yves Montand l’avait fait sous Mitterrand ?
  • Peur de se remettre en cause : notamment les droits hors du commun des politiciens professionnels, qu’ils soient ministres, députés, sénateurs ou patrons publics (les travaux du siège de la BPI).
  • Peur de l’Europe : qui ose dire à l’Allemagne qu’on ne peut chaque année « attendre les élections » pour décider à 17 ou 27 ? mais qui ose dire aussi qu’il faut réformer chez soi pour converger avec l’Allemagne ?
  • Peur d’approfondir l’Union : à quand une Assemblée européenne élue directement au niveau européen, le même jour, sur des partis européens ? à quand la désignation d’un président élu par le Parlement européen à la tête de la Commission ? à quand le Conseil des chefs de gouvernement remplacée par un Sénat représentant les États-nations et les régions ?

L’imagination n’est surtout pas au pouvoir !

La gauche embourgeoisée depuis Mitterrand s’est installée dans le système, elle ne veut surtout pas le changer ; elle préfère d’ailleurs l’opposition, plus confortable : on peut critiquer sans avoir à choisir, donc promettre n’importe quoi pour se faire mousser. Mélenchon l’a très bien compris, même s’il rassemble peu avec ses rodomontades d’un autre âge. La droite en perte de repères (et surtout de chef qui fasse rentrer dans le rang les ados attardés), rejoue le monôme comme en 1934, encourageant des ligues de factieux malgré la modernisation gaulliste.

Or le monde a changé, les Français ont changé, les petits jeux entre nantis politiques n’amusent plus que les médias parisiens. Si l’opposition descend dans la rue, c’est qu’elle ne paraît pas dans les partis politiques. Le slogan « indignez-vous » n’est pas – ô surprise ! – réservé à la gauche. La droite se radicalise parce que personne n’écoute les classes moyennes qui ont peur du déclassement et se raccrochent aux ‘valeurs’. Circulez, dit Hollande incapable ; on attend 2017, dit Fillon impuissant. Résultat : 30 000 militants devant Mélenchon le 5 mai; 40 000 teufeurs à Cambrai pour une rave. Cherchez où est la politique !

Cette inertie fait surgir Marine Le Pen. La fille de son père a eu l’intelligence tactique de quitter la droite extrême ancrée dans le passé vichyste, OAS ou anti-68. Elle se présente comme la droite qui décide, plus à droite que l’UMP mais dans la tendance sociale-étatiste qui est l’un des aspects du bonapartisme, incarné aussi bien par de Gaulle que par Chevènement, Fabius ou Montebourg. Mélenchon, à côté d’elle, fait pâle figure, populiste racoleur poussant le contentement de soi jusqu’à proposer d’être calife à la place du calife (comme Sarkozy sous Chirac). Hollande, s’il ne réagit pas, la droite, si elle ne trouve pas de nouveaux repères avec un nouveau candidat légitime, laisseront proliférer les extrêmes. Parmi eux, pas difficile de deviner qui va l’emporter !

marine le pen tire ta langue

Quelle refondation des idées ?

L’individu n’est ni entièrement autonome, ni entièrement rationnel comme le croit la droite – mais un peu quand même. Il est mu par des forces invisibles pointées par le marxisme, le freudisme, le structuralisme, le foucaldisme, le bourdieusisme, comme le croit la gauche – mais il n’est pas pour cela une marionnette. Si l’individu est pris dans un champ de forces, il reste relativement autonome. Donc tout pouvoir ne peut décider à sa place ce qui est bon pour lui, ni les technocrates de droite, ni les idéologues de gauche. Pas de volontarisme anti-européen comme le prônent certains irresponsables pour faire la roue ; pas d’inertie suiviste de l’austérité morale allemande, comme d’autres le croient par paresse intellectuelle. Merkel en prétexte à tout balancer ou à ne rien faire ? Quelle blague ! L’économie n’est une science qu’humaine, pas exacte. Elle fonctionne sur la confiance – comme toute société politique. Encore faut-il que cette confiance se mérite et que la subsidiarité empêche l’État parisien ou le Machin bruxellois d’intervenir sur tout, à tous niveaux.

La traduction politique française en est certainement la rationalisation de la dépense publique, excessive et gaspillée (47% de prélèvement obligatoires en 2013 contre 43% en 2011) ; une fiscalité apaisée qui ne change pas tous les deux ans en inhibant l’investissement, l’épargne, la consommation, l’entreprise et l’emploi ; des lois et règlements moins nombreux, mieux rédigés par moins d’élus mais avec plus de moyens ; des lois moins rigides qui ne détaillent pas tout pour laisser une autonomie à la jurisprudence des cas réels ; une éducation moins jargonnante en français, moins nulle en langues et moins axée sur l’élitisme matheux ; une formation adulte ouverte à tous à tout moment ; l’encouragement à entreprendre  et pas le mépris pour « les riches » – cette race mystérieuse surgie des envieux. Le bouc émissaire allemand est bien commode aux pusillanimes de gauche qui attendent la croissance comme d’autres Godot. Bien commode aussi aux extrêmes qui croient que sans l’euro ni Schengen tout irait beaucoup mieux.

Sur ces sujets, il y a une sensibilité de droite et une de gauche – mais abordons enfin ces vraies questions au lieu du mariage gai et autres diversions sur la transparence des élus ou le vote des étrangers ! Depuis un an, combien de chômeurs en plus par laisser-aller de gauche sur la fiscalité aberrante et l’entreprise ignorée ?

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Der Mardirossian, Maudits soient-ils !

der mardirossian maudits soient ils

Article repris par Nouvelles d’Arménie Magazine

« Ils », ce sont les Turcs musulmans ; la malédiction porte sur ce qu’ils ont fait aux Arméniens chrétiens vivant en Turquie de 1915 à 1918 : le premier génocide en Europe, avec la complicité des Allemands du IIe Reich, l’indifférence égoïste des Anglais et la Révolution russe malencontreusement survenue en 1917.

L’auteur est le petit-fils de rescapés du massacre planifié, organisé et mené jusqu’au bout sans faillir par les élites turques. Un temps devenues laïques sous Mustapha Kémal, ces élites ont nié cette tache sur leur réputation. Redevenues musulmanes version rigoriste, ces mêmes élites aujourd’hui continuent de nier pour la galerie, en se félicitant en sous-main d’avoir éliminé les mécréants dans un djihad pour Allah. Non, décidément, la Turquie ne saurait avoir sa place en Europe. Sa civilisation est trop loin de la nôtre.

Bien entendu, ce livre est un roman familial, pas une œuvre d’historien. Il s’appuie sur les souvenirs d’Anna la grand-mère et de sa fille, la mère de l’auteur, immigrées en France en 1936 après avoir survécu aux marches de la mort dans les déserts de Mésopotamie. Mais ce cri plein d’émotion fait revivre une part de l’histoire réelle, largement ignorée ou passée sous silence.

Je suis allé en Arménie contemporaine, lambeau du territoire arménien de jadis ; j’ai vu combien la mémoire pouvait rester forte sur cette tentative d’extermination de tout un peuple. Il n’y a pas que les Juifs à pleurer, bien qu’ils soient mieux introduits auprès des médias et plus actifs dans la recherche universitaire. On dirait les Chrétiens honteux de défendre les leurs, hier en Turquie arménienne comme aujourd’hui en Égypte copte. Pourquoi ?

1915 : « Vivement conseillé par Von Sanders, le chef d’état-major allemand établi à Istanbul, il convient à l’allié turc de proclamer la guerre sainte. Un fait religieux que l’on croit de grande importance, afin de semer la discorde dans les rangs des compagnies combattantes levées dans les colonnes nord-africaines de France, ainsi que dans les peuples musulmans englobés dans l’empire britannique. Profitant de cette audacieuse aubaine, les sommités turques s’empressent de les satisfaire pour leur propre compte. Le 23 novembre, à peine plus de deux semaines après la débâcle [turque] de Sarikamich [1914], le sultan, commandeur des croyants, détenteur de l’autorité, et le grand mufti, tous deux en grand apparat dans la mosquée bleue de Stanboul pleine à craquer, devant une assemblée de mollahs venus de tout l’empire, proclament ensemble la guerre sainte » p.79.

Parmi les causes du génocide, on distingue donc la guerre de 14, l’alliance turco-allemande, le cynisme de la guerre « sainte » pour mobiliser une cinquième colonne contre les Alliés, la peur de la minorité chrétienne dans l’empire, validant l’appel licite au butin et aux viols pour cette sous-humanité dhimmi, la légitimité de Dieu, enfin ce rêve géopolitique de continuité territoriale entre tous les peuples pantouraniens (de langue apparentée turque). L’enclave arménienne en plein milieu fait tache ; autant l’extirper en profitant du désordre.

Tous les soldats chrétiens mobilisés en Turquie sont désarmés, 375 000 hommes dit l’auteur ; ils sont affectés à des tâches annexes avant d’être, à mesure que progresse la guerre, progressivement éliminés. Intellectuels et artistes de Constantinople sont raflés, déportés en camps, leurs biens confisqués, préfigurant le sort des Juifs une guerre plus tard. Dans les villages agricoles à l’existence traditionnelle règne une fatalité. Les prêtres prêchent la résignation, sur l’exemple du Christ subissant sa Passion. Rares sont les hommes à fuir la mobilisation pour rejoindre l’armée russe. Femmes, vieillards et enfants sont emmenés dans des marches sans fin pour qu’ils meurent en chemin sans que cela ait l’air d’un massacre de masse. La guerre mondiale permet l’impunité du nettoyage ethnique. L’après-guerre, avec le surgissement des Bolcheviks en Russie, va laisser la Turquie entériner ses avancées territoriales : tout plutôt que l’accès soviétique aux mers chaudes !

Le livre commence par la vie traditionnelle en Arménie heureuse, malgré les pogroms turcs sporadiques, l’opulence du village agricole ; il se poursuit par les interrogations sur la guerre et la haine des Turcs ; s’achève par le récit croisé d’une mère déportée avec ses trois enfants qui résiste à la mort (devant même vendre le garçon comme esclave à un Turc pour qu’au moins il vive), et les combats du père, engagé dans l’armée russe. Malgré de nombreuses fautes d’accords et de ponctuation, il se lit bien.

Qui ne connait rien au calvaire arménien et à cette mémoire oubliée d’une importante communauté aujourd’hui intégrée en France lira avec profit ce livre, en complément d’un historien. J’aime bien un peu de passion ; cela met de la chair à l’histoire.

Der Mardirossian, Maudits soient-ils ! 2013, éditions Baudelaire, 182 pages, €16.15

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Casanova, La patrie en danger

roger demosthene casanova la patrie en danger

Roger Démosthène Casanova (RDC) est quelqu’un. Son CV ne fait pas moins d’une quinzaine de pages. Il montre un être double, passion et raison. Docteur ès science et expert international mais Corse bouillant, analyste mais porté à la décision politique, soucieux de la démographie mais père d’un seul enfant. Il édite un essai qu’il vaudrait mieux appeler pamphlet tant le ton est urgent, mais bourré de références pour qui veut vérifier. Ce qu’il dit n’est pas faux, mais mélangé et excessif. C’est dommage car le sujet mérite une analyse à froid. Un récent sondage TNS met en avant en France la perte des repères, la peur du dynamisme religieux musulman et l’accrochage à la laïcité comme bouée. Autant dire que le thème est d’actualité.

En résumé, pour l’auteur l’avenir est aux sociétés durables. Mais ce qui constitue l’environnement ne se limite pas au milieu naturel ; il englobe aussi toutes les relations complexes des hommes avec la nature et entre eux. La menace actuelle n’est pas seulement climatique ou liée à la rareté relative des ressources ; elle porte aussi sur les conditions de vie en société. Or l’islamisme représente un véritable changement de civilisation en France, qui est ignoré ou dénié.

Non, RDC n’est pas au Front national, il est plutôt dans ces micro-partis que sont Riposte laïque et Résistance républicaine. Il cite Jean Jaurès dès la page 12 : « le courage est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe ». RDC poursuit malheureusement par 9 pages de « marre de… » qui font dans la complainte et n’analysent rien, ne faisant pas avancer un débat nécessaire. Certes, « les partis politiques se comportent de plus en plus comme des clans et non comme des porteurs d’idées et d’idéaux » – mais est-ce le rôle des partis politiques d’être des laboratoires d’idées ? La Constitution leur a reconnu une fonction, celle de sélectionner les candidats aux postes électifs. Les partis sont donc des machines électorales, ni des think tank, ni des universités. Les 45 pages de « Prolégomènes » sont donc en grandes parties inutiles.

Suit une première partie dont on ne voit pas bien ce qu’elle vient faire. Intitulée « Comprendre pour agir », elle ne porte que sur la biosphère, l’eau, l’énergie et tout ça. Certes, les interrelations homme/biosphère et politique/développement durable sont évoquées, mais sans lien ni avec l’introduction, ni avec la partie suivante. Sauf à prouver que les politiciens sont bien légers dans l’analyse et la prévision des catastrophes naturelles, et que les organisations internationales sont de lourdes bureaucraties conformistes inaptes à appréhender la complexité.

La partie 2 est consacrée à la France et sa « démocratie malade », où l’on apprend que l’expression du vote a été confisquée en 2005 par le refus de prendre en compte le NON majoritaire des citoyens français au nouveau Traité européen. Qui a refusé ? Cette oligarchie de la politique, de la finance et des médias peu à peu installée et qui s’organise en « nomenklatura à la soviétique ». C’est vite dit, mal analysé et peu documenté, mais pas faux : les affaires Tapie, Bettencourt, DSK et Cahuzac (entre autres) en témoignent.

La partie 3 est vouée aux « agents et concepts destructeurs de la civilisation occidentale » et au « totalitarisme islamiste ». Le lecteur entre (enfin !) dans le vif du sujet ; il a attendu 137 pages, la moitié du livre. Là, le propos est plus cohérent, mieux organisé, étayé de nombreux renvois à des rapports et à des publications comme à des exemples personnels, l’auteur ayant beaucoup travaillé en Afrique et autour de la Méditerranée dans le secteur minier et le développement, puis comme fondateur et directeur du DESS Gestion de la Planète, développement durable et environnement de Sophia-Antipolis.

roger demosthene casanova

Ces « agents destructeurs » pour RDC sont

  1. le mondialisme, idéologie anglo-saxonne ennemie de l’Europe, qui est pour le marché unique (Londres) et la finance libre (New York),
  2. les « ennemis de l’intérieur » (listés p.146 en redondance de la partie 2) que sont une « invasion sournoise », la « méconnaissance de la réalité par les décideurs », la « servitude volontaire du peuple, sa résignation », la « bulle protégée » de l’oligarchie politico-financière et médiatique, la « médiocrité des dirigeants de notre société » en termes de morale civique, de culture, de courage et de hauteur de vue,
  3. La propagande des lieux communs comme « l’avenir est au métissage », « l’islam a tant apporté à l’humanité », la « Turquie a sa place en Europe »,
  4. la « repentance » entretenue par l’oligarchie démago,
  5. le « déni des cultures » et de leur incompatibilité de valeurs parfois,
  6. le déni historique qui fait de « l’islam (une) religion de paix et de tolérance »

En conclusion, dit l’auteur, il est urgent de « résister », en « légitime défense » à la montée des musulmans et de l’intégrisme dans l’islam. Citant sans distance l’assez douteux révérend Peter Hammond (Slavery, Terrorism & Islam, 2005) – à ne pas confondre avec l’économiste de renom du même nom à Stanford – RDC expose (sans convaincre) qu’autour de 10% de musulmans dans la population il y a délinquance admise envers les non-musulmans et pression rigoriste sur le comportement religieux ; qu’au-delà de 20% de musulmans dans la population naissent des émeutes et des milices « djihadistes » (Éthiopie), voire une guerre civile (Liban Bosnie). La France peut-elle être comparée historiquement, sociologiquement et politiquement à ces pays ? L’exemple de la Turquie de 1915-1920 aurait été plus probant : éradication brutale de tous les non-musulmans par génocide (Arméniens chrétiens) ou expulsion (Grecs orthodoxes). Mais là encore, la France 2013 dans l’UE n’est pas la Turquie en guerre alliée au Reich de Guillaume II.

L’ensemble de l’ouvrage n’est pas convainquant parce que nombre d’immigrés d’origine musulmane en France ne sont pas pratiquants, que ceux qui sont pratiquants sont en majorité ouverts, et que seule une infime minorité de jeunes mal intégrés par les cités et par la faillite de l’Éducation nationale sombrent dans la délinquance, voire le terrorisme. Ce qui n’est pas dit mais qui en revanche est vrai, est que ces immigrés intégrés ou voulant l’être se taisent trop souvent – par lâcheté et démagogie – envers leurs « frères » qui fautent. Qu’ils ne montrent pas (ou pas assez) que le Coran n’a pas une lecture unique, qu’elle a varié dans l’histoire, que le salafisme ne reflète qu’un courant bédouin archaïque, même s’il est financé par la trop riche Arabie Saoudite, et qu’il existe d’autres courants compatibles avec la neutralité de l’État et avec la démocratie.

La conclusion de l’opuscule est un amalgame de récriminations sans liens avérés entre elles comme le mariage gay, la dépénalisation du cannabis, le communautarisme, les naturalisations abusives, le vote des étrangers, le contournement de la laïcité, le « racisme anti-blanc » et l’effet cliquet des renoncements. On est presque soulagé de lire enfin une phrase de raison dans ce qu’il faut bien appeler un fatras conclusif : « Qu’on ne se méprenne pas. Ce n’est pas l’islam religion qui est le problème de fond (chacun peut croire à ce qu’il veut) mais l’islam civilisation qui pousse au communautarisme et à l’explosion de la Nation française » p.216. Pas faux – donc comment agir ?

L’auteur retrouve sa maîtrise pour exposer (beaucoup trop succinctement) trois points :

  1. Poser les principes du vivre ensemble
  2. Les mettre en débat national et européen
  3. User des moratoires pour prendre les bonnes décisions (sur la dette, l’immigration, le droit du sol, la tolérance…)

Au total, je juge le livre mal maîtrisé, qui hésite entre le pamphlet politique (mais sans les bons mots et avec trop de références) et l’essai sur l’avenir durable (qui serait bienvenu et avec des références faisant mieux autorité). Il aurait fallu articuler plus clairement environnement et société durable en décrivant comment chaque peuple décide de faire société par des mythes politico-religieux et des valeurs citoyennes (voir Maurice Godelier) ; dire que cela se constitue historiquement par adhésion et qu’au contraire le « métissage » subi conduit à la révolte du peuple contre la caste oligarchique ; enfin montrer combien aujourd’hui les « résistances » existent (même chez les bobos) : notamment la recherche universitaire (Hugues Lagrange, Gilles Kepel) et le féminisme (Dictionnaire des femmes créatrices, 4800 pages, éditions des Femmes 2013). Dire surtout que l’individualisme poussé par les désaffiliations des Lumières exige une éducation solide et un apprentissage de l’outil Internet… Donc pas mal de boulot pour accoucher de quelque chose qui fasse avancer !

Roger Démosthène Casanova, La patrie en danger, éditions Mélibée 2013, 229 pages, €16.15

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Pierre Drieu La Rochelle, La comédie de Charleroi

En six nouvelles, Drieu décrit sa guerre de 14 avec le recul des années. Il avait 21 ans en 1914 et était encore capable d’exaltation guerrière, cette « puberté de la vertu » à la suite des légendes de Napoléon et de Marathon qui avaient enfiévré son enfance. Lorsqu’il publie La comédie, en 1934, il a vingt ans de plus et l’amertume de constater que la guerre n’a décidément rien appris aux démocraties parlementaires, toujours aussi affairistes, démagogues et bureaucrates. C’est cette même année 1934 qu’il publie l’essai Socialisme fasciste, tirant progressivement vers les nazis. Il n’entrera au PPF de Doriot qu’en 1936, mais sur son expérience de guerre, des vrais « chefs » qu’il décrit dans La comédie de Charleroi.

Pierre Drieu La Rochelle La comédie de Charleroi

Ce livre est peut-être son meilleur, mais je n’ai pas encore lu le reste. Il est en tout cas bien composé, style entraînant et réflexions utiles. Drieu parlant de lui est véridique, même si « le narrateur » n’est pas toujours son double, n’ayant pas combattu exactement comme lui. Il s’agit bien d’une expérience romancée, Drieu a passé un peu plus de 5 mois au front, le reste du temps blessé ou malade ou un temps pistonné par une femme. Cela n’enlève rien à la fraîcheur et à la violence de ses expériences vécues : Charleroi, Verdun, les Dardanelles.

« Alors, tout d’un coup, il s’est produit quelque chose d’extraordinaire. Je m’étais levé, levé entre les morts, entre les larves. J’ai su ce que veulent dire grâce et miracle. Il y a quelque chose d’humain dans ces mots. Ils veulent dire exubérance, exultation, épanouissement – avant de dire extravasement, extravagance, ivresse. (…) C’était donc moi ce fort, ce libre, ce héros. (…) Qu’est-ce qui soudain jaillissait ? Un chef. (…) l’homme qui donne et qui prend dans la même éjaculation » (I.IV). Au cri d’exubérance exaltée du jeune homme de 21 ans en 14 – « l’explosion suprême de l’enfance » (IV) – répond le cri de peur sorti des entrailles sous l’obus à Thiaumont en 17. Entre les deux, le passage de la charge à l’attente, du guerrier au bombardement industriel. « La guerre aujourd’hui, c’est d’être couché, vautré, aplati. Autrefois, la guerre c’était des hommes debout » (I.II). De la chevalerie à la masse, du combat d’homme à homme à l’écrasement de fer anonyme. En cause : la démocratie et la technique.

La démocratie, cela fait « ces paysans alcooliques, dégénérés, maladifs », « des ouvriers tous sournoisement embourgeoisés », des officiers « ronds-de-cuir qui attendaient leur retraite », « cette armée si peu militaire, parquée dans les casernes » qui ne connaît « que l’exercice imbécile dans la cour et la théorie ». Sur le terrain, contrairement aux Allemands en feldgrau, « seuls nos pantalons rouges animaient le paysage. Stupide vanité, consternante idiotie de nos généraux et de nos députés ». En bref « l’accablement de toute cette médiocrité qui fut pour moi le plus grand supplice de la guerre, cette médiocrité qui avait trop peur pour fuir et trop peur aussi pour vaincre et qui resta là pendant quatre ans, entre les deux solutions » (I.II). « Depuis que j’étais né dans ce pays (…) on n’entendait parler que de défaites. Enfant, on ne me parlait que de Sedan et de Fachoda quand ce n’était pas de Waterloo et de Rossbach » (I.VII). La guerre va-t-elle retremper les âmes ? « Cet espoir, c’était que l’événement allait faire justice de la vieille hiérarchie imbécile, formée dans la quiétude des jours » (I.IV). Mais nous sommes en 1934 et les parlementaires sont toujours aussi médiocres. Le 6 février n’est pas loin ! « Je suis contre les vieux » (I.VIII). Car la Grande guerre a vaincu les hommes, elle ne les a pas régénérés.

cadavre allemand tranchee 14-18

En cause, la technique. « Cette guerre moderne, cette guerre de fer et non de muscles. Cette guerre de science et non d’art. Cette guerre d’industrie et de commerce. Cette guerre de bureaux. Cette guerre de journaux. Cette guerre de généraux et non de chefs. Cette guerre de ministres, de chefs syndicalistes, d’empereurs, de socialistes et de démocrates, de royalistes, d’industriels et de banquiers, de vieillards et de femmes et de garçonnets. Cette guerre de fer et de gaz. Cette guerre faite par tout le monde, sauf par ceux qui la faisaient. Cette guerre de civilisation avancée » (I.IV). Avancée comme le camembert lorsqu’il est fait… Il n’y a pas que les démocrates français, les impériaux allemands sont pris aussi dans cette absurdité industrielle : « J’ai vu ça en 1918, cette chère vieille infanterie allemande crever décidément sous le flot de l’industrie américaine. Ah ce tonnerre énorme, omnipotent, si bien installé, si sûr de lui. Dieu était avec eux » (I.IV). Quant aux fascistes, nés après guerre, ils seront pris aussi : « La guerre moderne est une révolte maléfique de la matière asservie par l’homme » (I.IV). Heidegger le pense au même moment. « Trop de ferraille (…) un supplice inventé par des ingénieurs sadiques pour des bureaucrates tristes. Mais ça n’est pas une guerre pour guerriers » (IV).

Drieu est contre la démocratie, contre la ville, contre la technique – « Je haïssais le monde moderne » (IV). La modernité, c’est aussi le nationalisme, dévoiement politicien du patriotisme pour les masses. Drieu est pour l’Europe, contre les nations. « Le nationalisme, c’est l’aspect le plus ignoble de l’esprit moderne ». Il est fabriqué par la mémoire reconstruite, « on définit le passé (…) Et ce sont les politiques qui font ces définitions ». Or « une culture aujourd’hui, c’est une nomenclature fixée par les ministères et les agences de tourisme, et interdite par les douanes du pays voisin (…) Je ne veux pas me battre pour une chose frelatée (…) Car plus on défend une culture, plus elle devient sèche, moins elle est digne d’amour » (V). Aujourd’hui lui donne raison, qu’aurait-il dit des lois mémorielles et de l’identité nationale ? Mais sa contradiction est d’avoir rejoint le fascisme qui était plus totalitaire encore dans l’exaltation de l’identité raciale.

Car l’Europe pour Drieu est le berceau d’une race, et il considère le mélange comme une dégénérescence biologique : « C’était plein de nègres, de Chinois, d’Hindous, et d’un tas de gens qui ne savaient pas d’où ils étaient – ils étaient nés dans le grand tunnel où, entre les deux tropiques, la misère et le lucre se battent et copulent » (III.IV). Le problème du Juif est qu’il a délaissé sa race pour les patries : « Ils s’en sont donné du mal pour les Patries dans cette guerre-là, les Juifs », tandis que les chrétiens n’osent pas croire en leurs propres dieux européens mais en cette religion « qui humilie la chair comme le vice » (IV). « Qu’est-ce qu’un chrétien ? Un homme qui croit dans les Juifs. Il avait un dieu qu’il croyait juif et, à cause de cela, il entourait les Juifs d’une haine admirative » (I.IV). Son ami Claude Praguen est juif, qui sera tué en août 14 ; le Jacob qu’il évoque devant son capitaine est aussi juif français. Drieu n’a pas de haine pour « les Juifs » dans ce livre ; il considère que les patries ne sont pas leur place et que l’Europe doit se bâtir sans eux, sans leur mentalité d’affaires « un peu servile », « un peu relâchée » (I.II), selon les stéréotypes d’époque. Il aurait probablement bien accueilli Israël.

jeunesse allemande

Reste qu’au-delà de ces considérations politiques, pas simples en 1934 lorsque l’on n’a le choix qu’entre Staline, Hitler et les ploutocrates de la démocratie parlementaire – Drieu reste Drieu. Il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il parle de lui, lorsque son narrateur coïncide avec sa personne intime. Ni officier, ni homme du rang, Drieu sera caporal, puis sergent, jamais vraiment à sa place, toujours entre deux. « Je ne suis pas un intellectuel parce que je ne reconnais que l’expérience et la pratique. (…) Je ne suis pas un bourgeois, car j’ai toujours mis mes besoins au-dessus de mes intérêts. Je ne suis pas un prolétaire, car je profite d’une éducation. Peut-être suis-je un noble ? Mais non, je ne suis pas assez égoïste et mégalomane. Peut-être suis-je un homme ? Mais vous allez me parler d’humanisme. Je suis moi et qui m’aime me serre la main » (V). Certes, ce n’est pas Drieu directement qui parle, ni son masque le narrateur, mais un déserteur. Mais lorsque tout fout le camp, ne faut-il pas déserter ? Cette grande tentation, Drieu l’a éprouvée tout au long de la guerre et tout au long de sa vie. Son suicide final sera dix ans plus tard une désertion, aussi le déserteur parle en son nom.

Reste une alternance de témoignages et de satires, de récits et de comédie, de personnages positifs et négatifs. Car si la mère Praguen est négative, son fils Claude est positif ; si le lieutenant est couard, le colonel est fier ; si tant de galonnés sont planqués, le général est en première ligne. Il y a donc des capitaines courageux, comme avait dit Kipling – c’est bien la première fois dans un roman de Drieu La Rochelle. Une bonne réflexion sur la guerre industrielle donc toujours d’actualité, malgré quelques mots égarés sur les Juifs.

Pierre Drieu La Rochelle, La comédie de Charleroi, 1934, Gallimard l’Imaginaire 1996, 238 pages, €8.60

Pierre Drieu La Rochelle, Romans-récits-nouvelles, édition sous la direction de Jean-François Louette, Gallimard Pléiade 2012, 1834 pages, €68.87

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Cherche politique économique – urgent !

A écouter la pensée unique des économistes, experts autoproclamés, sur les radios et dans les journaux, tout serait simple : Nicolas Sarkozy a fait une « mauvaise » politique, il suffirait de faire « le contraire » pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il a encouragé une politique de l’offre, favorable à la production et aux entreprises par des baisses ou transferts de taxes, et favorable à l’investissement par des niches fiscales dans l’innovation ? Faisons une politique de la demande, favorable à la consommation et aux ménages par des impôts sur les entreprises et les « riches » (dès 3000 € par mois), et rendons l’investissement aux mains centralisées de l’État qui sait tout, qui peut tout, qui lui seul distingue l’intérêt (électoral national) des intérêts particuliers (mondiaux).

Dans ce scénario rose, manque la réalité. L’intelligentsia socialiste se rend compte, dix mois après avoir conquis le pouvoir, qu’elle avait mal vu la crise, mal anticipé l’ampleur des déficits, et fait des promesses irréalisables. Non, la croissance ne se décrète pas. Non, l’emploi n’est pas assuré en faisant cracher « les patrons » au bassinet. Non, l’État ne peut pas tout, surtout dans le cadre d’une Europe qu’on a voulu, et qui ne se conduit pas comme la machine administrative hiérarchisée française.

Yaka donner du pouvoir d’achat, clament à la fois les syndicats (qui ne représentent qu’à peine 8% des salariés français et aux deux tiers syndicats de fonctionnaires) et les économistes-de-gauche, toujours prêts à la générosité avec l’argent des autres (confortablement installés en chaire). N’y aurait-il donc qu’un chômage keynésien, lié à la faiblesse de la demande et au sous-emploi des capacités de production ? Certes, à cause de la crise, mais très peu : le chômage existait avant, bien plus en France qu’ailleurs. Il s’agit donc d’un chômage structurel, dû au progrès technique insuffisant et mal traduit en entreprise, au capital disponible trop faible, à une fiscalité décourageante, au fonctionnement du marché du travail qui privilégie les inclus et rigidifie toute séparation, donc inhibe toute embauche bien plus qu’ailleurs (ce que la CGT illustre chaque jour).

La crise conduit dès 2008 à une baisse de la demande intérieure à cause de la méfiance envers le système financier et des politiques budgétaires restrictives dues à la dette, dans le même temps que le secteur privé se désendette aussi en raison de la restriction du crédit. La stratégie (Sarkozy comme Hollande) a consisté en France à augmenter les impôts en ne touchant que marginalement à l’organisation d’État, élections obligent. Cela après 30 ans de promesses démagogiques et de non-politique : surtout ne rien faire qui puisse fâcher quiconque ; il n’est pas de problème que l’absence de solution ne finisse par résoudre. Mais comme nous ne sommes pas seuls – ni en Europe, ni dans le monde – nous voici au pied du mur.

productivite par tete france 1996 2013

La concurrence des pays émergents accélère. La théorie abstraite selon laquelle la technologie serait chez nous et les petites mains chez eux est battue en brèche par la réalité qui veut que toute exportation exige des transferts de technologie, vite copiés par une production locale afin de supprimer le besoin d’importer : le TGV chinois, les avions Embraer brésiliens, les avions de chasse indiens, les smartphones coréens… Dans le même temps, avec la même crise financière mondiale et le même niveau relatif de l’euro par rapport aux autres monnaies, l’Allemagne s’en sort bien. N’accusons donc pas les autres de notre incurie : soyons un peu moins perso, un peu moins obstinés à croire que nous disons le Bien, un peu moins aveugles aux réalités du monde. Nous devons encourager plus de collectif en Europe, être moins idéologique, moins jacobin-marxiste, plus conscients des concurrences et des enjeux.

Dans toute l’Europe du sud – et en France un peu – il faut certes réduire la composante keynésienne du chômage en reconnaissant que la réduction simultanée et rapide des déficits publics entraîne en récession. L’idée de « dévaluation interne » ne fonctionne pas : les prix sont trop rigides (à cause de l’emploi non flexible et des taxes contraintes), le freinage des salaires conduit à un recul trop fort des salaires réels (car le poids relatif des taxes patronales et salariales augmente). La demande des ménages faiblit et la compétitivité ne s’améliore pas. Il faut réduire moins vite les déficits publics et conforter les salaires réels pour réduire a petite part (keynésienne) du chômage.

salaire reel par tete france et europe du sud 2002 2013

Mais cela ne saurait suffire. La croissance ne se décrète pas, elle se construit par une politique intelligente et à vue longue. La stimulation de la demande ne peut pas réduire le chômage structurel, dû à la façon dont notre économie est organisée : gains de productivité faibles, pression fiscale élevée, importantes destructions de capacité de production et recul de l’investissement. Il faut donc une politique nette de soutien à la productivité, à l’innovation, à l’éducation supérieure, une réforme fiscale qui baisse les taxes sur le travail (part salarié et part employeur), et une meilleure flexibilité du marché du travail qui permette une embauche plus souple avec des règles de protection générales des salariés.

Le déficit public de la France doit être réduit à 3% du PIB en 2017, mais la croissance restera faible. Il faut donc réduire la dépense publique. Patrick Artus, de Natixis, dans une note de mars 2013, a évalué cette réduction à « 50 Mds € constants de 2013, soit de 4,3% du montant total des dépenses publiques, soit 2,4 points de PIB. » Il lui semble que cette réduction devrait porter sur les aides au logement (élevées et qui font monter les prix de l’immobilier), la défense (dépenses plus fortes que les autres pays de la zone euro), la retraite (presque 3 points de PIB de plus que dans le reste de la zone euro, en augmentation rapide), enfin – sujet plus controversé – les allocations familiales (plus élevées d’un point de PIB en France que dans le reste de la zone euro).

Après les déboires grecs et les élections en Italie, poussés par la base, des gouvernements hostiles à l’austérité surgissent. L’Europe va-t-elle s’adapter et autoriser un délai dans la réduction des déficits publics, accroître les investissements européens, et pousser la demande en Allemagne ? Plutôt que la rigidité (politique et de façade), l’Europe est pragmatique : malgré les médias qui ont du mal à comprendre son fonctionnement et malgré les politiciens nationaux, toujours prêts à accuser « Bruxelles » de toute mesure impopulaire (qu’ils ont approuvée), le système a toujours trouvé les ressources nécessaires pour surmonter les crises. C’est lent, lourd, peu lisible, mais réel.

Surtout lorsque les exportations allemandes hors zone euro fléchissent (24% du PIB de l’Allemagne, en croissance de 7% par an jusqu’en 2012). L’Allemagne ne va pas être plus tirée par le reste du monde que les autres pays européens, la concurrence des émergents est forte. La politique économique européenne, avec l’assentiment allemand, devrait être moins focalisée sur la dette (sans méconnaître sa réduction) et plus sur la compétitivité mondiale (ce qui vient à pas lents).

La politique nationale française, sous François Hollande, devrait revenir à petites touches vers le réalisme d’une politique de l’offre : assurer la production en confortant les entreprises avant de penser à redistribuer, tout en remaniant la fiscalité pour une meilleure justice et affirmant l’investissement dans l’éducation, la recherche et l’innovation.

Il suffirait cependant qu’on le dise, que cela soit clair et pas obscurci par la fumée idéologique, les déclarations intempestives, les couacs ministériels et une agitation syndicale démagogique qui ne sert pas l’image de la France pour les investisseurs étrangers.

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Il y a deux siècles, 1813

Nos grands-parents connaissaient des gens qui avaient vécu la période ; ce n’est donc pas si loin. Ce qui frappe les Français est la Roche tarpéienne de Napoléon, si proche de son Capitole. 1813 voit le recul des armées françaises un peu partout en Europe, chassées par des populations qui en ont assez de l’activisme révolutionnaire et du messianisme botté. Elles se font aider par des coalitions conservatrices.

Frédéric-Guillaume III de Prusse signe à Kalisz le traité d’alliance avec les Russes et organise une levée en masse dans les territoires libérés des troupes françaises avant de déclarer la guerre à la France. Les victoires françaises de Lützen puis de Bautzen sur les troupes russo-prussiennes commandées par le maréchal Wittgenstein entraînent une sixième coalition : Royaume-Uni, Autriche, Prusse, Russie, Suède. A la bataille de Leipzig en octobre, 180 000 hommes de Napoléon sont battus par 320 000 coalisés. Le roi de Saxe a changé de camp, les rois de Bavière et de Wurtemberg quittent l’alliance française. En Westphalie, des soulèvements populaires forcent Jérôme Bonaparte à fuir. L’Allemagne est abandonnée par les Français. Même chose aux Pays-Bas, à Leyde, Amsterdam et La Haye où des émeutes éclatent contre l’occupation française. Le 17 novembre la garnison française quitte les Pays-Bas. Même chose en Espagne où le 2 juillet l’armée française évacue le pays. La défaite des troupes françaises du maréchal Soult le 10 novembre à la bataille de la Nivelle permet aux Hispano-britanniques d’entrer en France et d’assiéger Bayonne. Par le traité de Valençay, Napoléon Bonaparte rend le trône d’Espagne à Ferdinand VII et 12 000 familles espagnoles collaboratrices partent en exil en France. En janvier, les Cortes libérales avaient confirmé l’abolition de l’Inquisition…

Europe francaise 1813

Ailleurs dans le monde, ce qu’on retient est la faiblesse des États-Unis, tout nouvellement créés. Les Américains sont défaits contre les Britanniques le 22 janvier à la bataille de Frenchtown le long de la rivière Raisin. En mai, le chef Shawnee Tecumseh vainc l’armée Américaine à la bataille de la Maumee River. En août, les Creeks Bâtons-Rouges massacrent 250 personnes à Bataille de Fort Mims. En représailles, les troupes d’Andrew Jackson incendient un village creek, tuant hommes, femmes et enfants. Jackson promet alors aux Creeks et aux Cherokee amis les terres et le butin qu’ils pourraient prendre aux Bâtons-Rouges. En octobre, les Britanniques sont vainqueurs à la Bataille de Châteauguay au Québec. En décembre, c’est la déroute de l’armée américaine à Buffalo qui lui ferme la route du Canada alors que 60 % de la population est composée d’immigrants non loyalistes venus des États-Unis.

L’Amérique latine secoue le joug espagnol, très affaibli dès avant Napoléon. Simon Bolivar se rend maître du Venezuela après sa victoire contre les loyalistes à Taguanes et devient Libertador, le 6 août à Caracas, après avoir déclaré la « guerre à mort » au régime colonial espagnol.

Le grand vainqueur de la période est l’Angleterre, qui triomphe peu à peu de l’impérialisme révolutionnaire napoléonien en assurant des libertés et la modernité. Si 14 luddistes briseurs de machines sont pendus à York en janvier, le monopole de la Compagnie anglaise des Indes orientales sur le commerce est aboli. Elle a construit un véritable État, machine fiscale inspirée du système moghol mais qui est devenue bureaucratie composée de hauts fonctionnaires britanniques. Mais la Company respecte une stricte neutralité religieuse, ce qui n’est le cas ni des États indiens, ni du Royaume-Uni, et qui expliquera le loyalisme de certains chefs religieux pendant la révolte des Cipayes.

Bautzen 1813 Bellange

La colonisation continue, pour motifs missionnaires et économiques ; l’exportation des principes des Lumières et la revanche après les défaites en Europe ne viendront qu’en fin de siècle, en France notamment. 25 000 colons Hollandais s’installent dans la région du Cap pour faire de l’élevage et de l’agriculture, en soumettant les 20 000 Hottentots qui y vivent.

La Turquie tente d’émerger en agitant la religion ; elle sera vaincue un siècle plus tard pour les mêmes raisons que la France de Napoléon agitant la révolution : révolte des populations et coalition des grandes puissances. Mais en cette année 1813, les forces armées de Méhémet Ali entreprennent la reconquête des villes saintes de l’Islam, La Mecque et Médine sur les wahhabites au nom du sultan ottoman (1813-1818).

Le monde 1813 aspire à secouer les jougs, sauf l’Afrique, endormie dans ses incessantes guerres tribales. Mais les réactionnaires se réveillent, lassés de la mobilisation permanente du messianisme laïc français : Russes tsaristes archaïques, émigrés près de Louis XVIII bientôt de retour, Anglais victoriens, Turcs islamistes. L’empereur chinois a failli être renversé par une secte secrète, mais triomphe. Tous les acteurs sont là pour le siècle à venir ; ils sont toujours là pour notre XXIème siècle, avec les mêmes idées : impérialisme religieux ou laïc d’un côté, résistance des intérêts de l’autre. Les « interventions » missionnaires ou humanitaires (mais toujours idéologiques) des puissances occidentales, en particulier de la France, sont accueillies avec bienveillance et même joie au début, lorsqu’il s’agit de « libérer », mais deviennent vite un joug culturel et armé insupportable aux populations qui se sentent capables de prendre leur destin en mains toutes seules. Avis au présent : Mali, Côte d’Ivoire, Afghanistan, et ainsi de suite…

Il y a deux siècles naissaient Søren Kierkegaard, philosophe danois auteur du pessimiste Concept d’angoisse, Richard Wagner, musicien allemand chantre du nationalisme des origines allemand et Giuseppe Verdi, compositeur qui dramatise la culture italienne pour préparer son unité, ainsi que Claude Bernard, physiologiste français qui démontrera le rôle du pancréas et du foie. Mais l’année est bien résumée par la romancière britannique Jane Austen, elle publie Orgueil et préjugés… Tout le résumé du siècle : messianisme et réaction.

Merci aux Wikipède qui ont listé les événements de 1813 !

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Mondialisation induit nationalisme

Depuis l’ouverture du communisme chinois au capitalisme (1978) et l’effondrement du Mur de Berlin (1989), le monde est un. Les échanges se développent sans frontières, ils sont économiques, migratoires, culturels – mais aussi transfert des ressources, exportation des pollutions, crises financières systémiques et changement climatique. D’où l’ambigüité de la mondialisation : comme la langue d’Ésope, elle apparaît comme la meilleure ou la pire des choses. Ce pourquoi renaissent les nationalismes et les communautarismes, cet autre nom du nationalisme quand il est sans territoire.

Nous assistons en Europe à une multiplication des revendications nationalistes régionales, dues aux égoïsmes économiques mais aussi à la question de « l’identité ». La Ligue du nord en Italie ne veut pas payer pour le sud, les Flamands pour les Wallons, les Catalans riches pour les autres régions plus pauvres, les Basques pour l’Espagne, l’Écosse pour l’Angleterre depuis la découverte de pétrole en mer du Nord. Jusqu’à la Corse qui ne veut pas payer comme tous les Français des droits de succession sur l’immobilier. Il s’agit parfois d’autonomie qui permettrait une meilleure intégration européenne, préfiguration d’un « empire » aux cents nationalités plutôt qu’un joug des actuels États-nation (Monténégro, Kosovo). Le jeu des Girondins contre des Jacobins une fois de plus rejoué ? L’empire austro-hongrois contre la Prusse nationaliste et l’unité italienne de Garibaldi ?

Plus le global se fait présent, plus le local est revendiqué. Et dans le monde existent deux modèles : le chinois et l’indien. Les deux idéogrammes qui forment le mot Chine veulent dire à la fois le milieu, le pays, la nation et l’État, tout confondu. Nous avons là l’identité faite peuple, l’Un solide comme une famille. Ce n’est qu’aux marges (Tibet, Xinjiang) que l’unité est contestée, surtout parce que l’Un éradique toute particularité locale comme la religion, la langue ou la coutume. L’Inde connaît à l’inverse la culture du multiple, l’État étant une fédération d’États plus petits où les langues sont nombreuses, comme les religions. La structure clanique familiale tient lieu de lien social. En Europe, la France tendrait au modèle chinois et le Royaume-Uni au modèle indien. Quant à l’Allemagne, elle serait tentée par la synthèse japonaise : digérer tous les apports extérieurs – mais ne retenir que ce qui est japonisable.

hip hop colonnes de burenQu’est-ce donc que « l’identité » des peuples ? Une dynamique imaginaire, un mythe créé pour faire société. L’anthropologue Maurice Godelier, dans Au fondement des sociétés humaines, montre l’importance de l’imaginaire pour toute société. La pratique symbolique joue un rôle dans le consentement ou les résistances, l’imaginaire des rapports politiques et religieux fabrique le lien social. Le modèle individualiste issu des Lumières est un leurre pour qui n’est pas déjà inscrit dans une culture. L’homme doué de raison du libéralisme politique n’est pas forcément cet agent rationnel qu’y voit le libéralisme économique. Au contraire, la valeur n’est pas le prix et l’humanité ne se réduit pas au statut de consommateur : l’habit ne fait pas le moine, la Rolex ne fait pas la réussite. Ni le mariage l’amour…

Car se déploie aussi l’identité des êtres. Je suis indifférent au mariage gay, je crois qu’un enfant peut parfaitement s’épanouir s’il est aimé, même par deux femmes ou deux hommes, que l’attention portée à un enfant désiré est meilleure que le délaissement ou le dédain de maints couples hétéros dits « normaux », qu’en termes catholiques chacun a déjà deux papa puisqu’aussi « fils de Dieu » et que l’exemple même de Joseph et Marie, parents d’un enfant dû à la procréation assistée (par Gabriel messager), ne pose aucun problème. Je suis cependant dubitatif sur les « raisons » qui font que les marginaux fiers de l’être en 1968 veuillent aujourd’hui (à 50 ans et plus) se vautrer dans le confort bourgeois qu’ils haïssaient jadis. Il n’y a là aucune « raison ». La société populaire n’aimera pas plus « les pédés » ou « les gouines » parce qu’ils/elles seront passé(e)s devant le maire; et les gosses à deux papas et deux mamans se feront moquer plus qu’avant par leurs copains, toujours plus normalisateurs que la loi. Le mariage gay n’est pour moi que cette autre expression du nationalisme, du communautarisme, du repli sur les origines, le couple, le petit entre-soi. Je ne suis pas « contre », je n’en voit pas l’intérêt. Il y aura autant de divorces, de déchirements et de procès en succession que pour les hétéros : belle avancée ! François Hollande montre qu’il n’est pas indispensable de « se marier » pour avoir des enfants, les aimer et les élever. Bel exemple, au fond.

L’identité se forme à la fois dans le temps et dans l’espace. Elle se déploie verticalement par la filiation et la transmission, et horizontalement par l’appartenance à une famille, un clan, une société, une nation, une culture. L’inquiétude identitaire naît du bouleversement des espaces : le tout horizontal déracine et désoriente ; le tout vertical produit l’intégrisme et le refus du présent au profit d’un âge d’or. Quand les liens familiaux et les liens sociaux se relâchent trop, les individus perdent leur personnalité pour se laisser balloter entre communautarismes ou modes. La violence naît moins du refus d’appartenir que de l’impuissance à y parvenir. On affecte de mépriser ce qu’on ne peut avoir (la fille du voisin) et l’on valorise ce qui est loin et accessible à tous (le gangsta rap, le mode de vie américain). L’identité fait problème chez une partie des jeunes issus de l’immigration, mais plus chez certaines communautés que d’autres. La culture maghrébine ou noire verse trop souvent dans la victimisation d’ancien « esclave » ou « colonisé », encouragée perfidement par les « belles âmes » qui agitent le ressentiment pour motifs politiques. La culture familiale asiatique, restée forte, permet d’intégrer facilement la langue, les mœurs et les pratiques sociales françaises. Ce qui montre que chacun ne peut exprimer son humanité universelle qu’au travers de son humanité particulière – si elle est positive. On ne nait pas homme, on le devient.

Il n’y a pas d’identité figée, par essence. Il n’y a que des identités historiques et pratiques. Si l’on vient bien de quelqu’un, on habite aussi quelque part. La synthèse de ces deux espaces (vertical et horizontal) s’opère par la langue, les mœurs et les modes.

  • La langue est une capacité d’échanges ; bien parler permet de ne pas s’exprimer qu’avec ses poings. Encore faut-il aller régulièrement à l’école et ne pas fréquenter exclusivement sa bande ou son ghetto. La langue fait aussi sens commun, donnant aux mots les mêmes connotations.
  • Les mœurs sont les pratiques culturelles et symboliques de l’espace public. Faire comme tout le monde, même avec ses originalités, c’est avant tout respecter les règles du jeu social. Ce n’est pas être bien conforme, mais rester dans des normes acceptables. Basculer dans la violence, les délits, le terrorisme, c’est se rejeter volontairement de la société. Les bobos toujours prêts à excuser les « victimes » devraient regarder la réalité en face, pour mieux la prendre en compte.
  • La conformité, c’est la mode. L’éphémère marchand comme substitut d’identité. Suivre la mode, c’est remplacer les mots par les choses, les gens par des objets. Le trio Smartphone, Facebook, Twitter remplace les relations humaines par des médiations techniques et virtuelles. Il faut de la culture pour les utiliser et ne pas être utilisé par eux ; il faut une personnalité pour les prendre comme des outils, et pas comme le lien social même. Seule la personnalité empêche le fétichisme. Rappelons que le fétiche est un objet qu’on croit doué de pouvoir, alors que c’est le pouvoir sur l’objet qui fait son bon l’usage.

La mondialisation offre la technique à la mode à tous les êtres humains. Mais la technique ne remplace pas la culture, d’où la désorientation personnelle, le décrochage scolaire, la déprise sociale. Communautarismes et nationalismes naissent de ce manque. Ils ne sont pas à condamner en soi : un peu assure l’identité, trop enferme dans un ghetto.

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Camus, marxisme et socialisme

Après le Congrès d’août 1946, Camus s’interroge sur le parti socialiste. La Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) garde allégeance au marxisme, « les uns parce qu’ils pensent qu’on ne peut être révolutionnaire sans être marxiste ; les autres par une fidélité respectable à l’histoire du parti ». C’est le duel Léon Blum-Guy Mollet, résolu par une « synthèse ».

Or cette synthèse est impossible car il y a contradiction entre l’allégeance et l’action.

« Si le marxisme est vrai, et qu’il y a une logique de l’histoire, le réalisme politique est légitime. » La fin justifie les moyens. La société sans classe de l’utopie future rend « justes » aujourd’hui tous les meurtres nécessaires. Au nom du Bien.

A l’inverse, « si les valeurs morales préconisées par le parti socialiste sont fondées en droit, alors le marxisme est faux absolument puisqu’il prétend être vrai absolument. » On ne dépasse pas le marxisme, on l’accepte ou on le rejette. Il n’y pas de milieu puisque le marxisme se veut une explication totale du monde et de l’histoire – comme la religion. « Marx ne peut être dépassé parce qu’il est allé jusqu’au bout de la conséquence. » Tout est alors bon pour accoucher de l’histoire : le mensonge, la violence, les tortures, les massacres de classe ou de « mécréants » (ceux qui n’y croient pas).

Pourquoi donc, s’interroge Albert Camus, les socialistes veulent-ils conserver la dialectique marxiste (Guy Mollet) s’ils réfutent ces extrémités (Léon Blum) ? « On ne peut concilier ce qui est inconciliable. »

Il se trouve que les socialistes français ne veulent pas choisir – pas plus en 2012 qu’en 1946… Eux seuls, puisque les socialistes allemands ont bel et bien choisi à Bad Godesberg. Les socialistes anglais avaient choisi depuis longtemps, selon leurs traditions, en préférant les syndicats au parti unique. Les socialistes nordiques, en particulier suédois, avaient aussi choisi la voie démocratique – fondée sur le droit librement négocié – pour faire avancer les revendications sociales. Albert Camus est pour un « socialisme libéral » qui est selon lui bien représentatif des mouvements de Résistance. Cette expression, figure dans un article de ‘Combat’ du 23 novembre 1944 ; elle a été reprise par Bertrand Delanoë en 2010 avec les cris d’orfraies « de gauche » qu’on connaît !

Il est étonnant que, plus de 60 ans après, le débat demeure. Camus est indulgent, plus que je ne le suis, parce que son époque était portée vers le marxisme à la suite de la victoire contre le nazisme à laquelle l’URSS avait fortement contribué. Mais l’URSS s’est écroulée, le mur qu’elle avait établi aussi, et les révélations sur les camps de travail, les dénonciations et le flicage serré de toute la population sont venues renverser ce que le socialisme « réel » pouvait avoir de tentant. C’est simple : les gens en socialisme ont voté massivement avec leurs pieds pour émigrer à l’ouest, cet « enfer du capitalisme ». Qu’on disait.

Pour Camus, « cette contradiction est commune à tous les hommes (…) qui désirent une société qui serait en même temps heureuse et digne, qui voudraient que les hommes soient libres dans une condition enfin juste, mais qui hésitent entre une liberté où ils savent bien que la justice est finalement dupée et une justice où ils voient bien que la liberté est au départ supprimée. » C’est probablement la grandeur des socialistes de ne pas être communistes jusqu’au bout, de ne pas être « ceux qui savent ce qu’il faut croire ou ce qu’il faut faire. »

Mais cette contradiction qui (en bonne dialectique marxiste) devrait tendre à être résolue par ceux qui en prennent conscience, subsiste deux générations plus tard ! Le parti socialiste français semble s’être figé à ce qu’il était au milieu du siècle dernier.

Camus reste donc fort actuel lorsqu’il dit (en 1947) : « Ou bien [les socialistes] admettront que la fin couvre les moyens, donc que le meurtre puisse être légitimé, ou bien ils renonceront au marxisme comme philosophie absolue, se bornant à en retenir l’aspect critique, souvent encore valable. »

Il leur « faudra choisir alors une autre utopie, plus modeste et moins ruineuse. » Cette utopie est la démocratie libérale, la seule fondée sur le droit… Elle préserve en effet la liberté sans laquelle, selon Camus dans un autre texte, « la puissance de protection contre l’injustice » ne serait pas. Choix qu’ont fait depuis fort longtemps les autres Européens.

Force est de constater que ce n’est pas vraiment le cas en France où « la droite » reste absolument illégitime au yeux des partisans socialistes, où la gauche radicale pousse à la roue en faisant honte au PS de « composer » avec le capitalisme, où un enseignant à Normale Sup (Alain Badiou) peut sans vergogne afficher sa haine du système démocratique, qu’il trouve illégitime, en étant fort adulé par les gendegôch qui se piquent de penser.

Lorsque les partis politiques ne joueront plus aux guerres de religion, qu’ils ne penseront plus au « Grand soir » comme à la victoire du Bien sur le Mal (ou de l’obscurité à la lumière pour parler comme Jack Lang), qu’ils laisseront s’exprimer leurs adversaires sans brailler d’office pour couvrir leur voix, et qu’ils accepteront de réfléchir à leurs arguments, le socialisme français sera (enfin !) devenu « normal ». Certains socialistes l’ont fait, mais ce n’est pas la majorité. Et ces Attali, Delors, Besson, Bocquel, Charasse, Frèche, Jouyet, Rocard, Valls, Gallois et d’autres – qui servent la République et la France avant tout – le parti les appelle, en bon réflexe stalinien, des « traîtres » ou des renégats !

François Hollande sera-t-il l’homme par qui le socialisme français devient « normal » ? Euro-compatible ? Le Front de gauche (aussi borné que celui du taureau) le craint, puisqu’il prône en bonne logique la sortie des traités européens, de l’euro et des contraintes financières (y compris la solidarité avec les Grecs… qui en découle logiquement). François Hollande choisit les moyens plutôt que la fin, en exigeant que le déficit rentre dans les clous, en s’arrimant à l’Allemagne sans qui l’Europe n’existe pas, en commandant des rapports qui permettent au débat de se tenir et aux réalistes à gauche de prendre enfin conscience que la posture critique (à la Montebourg) n’est qu’une bouffonnerie dès qu’on doit gouverner.

Bilan dans cinq ans, avec du temps au temps. Nous attendons la grande conversion laïque des croyants marxistes à la normalité de l’Europe réelle. Ce qui ouvrira au centre. Et pourrait permettre au PS de gouverner longtemps, en phase avec la majorité des Français.

Albert Camus, Le socialisme mystifié, Actuelles, Œuvres complètes tome 2, Pléiade Gallimard, 2006, p.441-443, €62.70

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Droite ou gauche, le bilan

Article repris par Medium4You.

Droite et gauche de gouvernement sont épuisées, les temps changent mais pas les méthodes archaïques ni les idées anciennes. A droite l’absence de tout scrupule pour devenir « le chef », à gauche les rengaines éculées des « luttes » et du mécanisme historique attribué à Karl Marx. Avec chacun ses démons extrémistes-populistes qui n’ont aucune capacité à gouverner mais le pouvoir médiatique de culpabiliser les tièdes.

Nous assistons depuis plusieurs années dans les pays occidentaux, en Europe et en France, à un glissement général vers la droite à motif identitaire : qui sommes-nous ? jusqu’où accepter la multiculture ? où sont nos frontières en Europe ? ou même dans la nation (Catalogne, pays basque…). Mais ce qu’on a appelé la « droitisation » de Nicolas Sarkozy est un malentendu. La remontée des sondages en sa faveur en fin de campagne était plus un rejet in extremis du projet socialiste poussé par Mélenchon qu’une salve d’applaudissement en faveur d’un Sarkozy renouvelé. Les 75% d’imposition sur les revenus, la hausse de la CSG touchant TOUS les revenus plutôt qu’une hausse de TVA qui représente un CHOIX de consommation, le mépris de l’entreprise et l’embauche réitérée de milliers de fonctionnaires n’ont pas – c’est le moins qu’on puisse dire – déclenché l’enthousiasme. Au contraire… Le tropisme de gauche à vouloir imposer à tous un modèle unique selon sa morale étroitement partisane ne passe pas. Les 2.1 millions de votes blancs ou nuls ont exprimé le rejet des deux candidats restants au second tour. Sarkozy n’a perdu qu’avec 1.1 million de voix : la « politique buissonnière » ne lui a pas réussi. Jean-François Copé serait enclin à reprendre les thèses de Patrick Buisson, susurre-t-on… Bon moyen d’aller dans le mur.

chat a poilL’échec de la droite est bien dû à l’ancien président. Comment faire moins crédible que de changer d’avis une fois de plus quinze jours avant le scrutin final ? Comment laisser croire qu’il serait autre qu’il ne s’est montré cinq ans durant ? Les Français révèrent l’État, ses ors et ses pompes, et la culture de tradition nationale ; ils élisent un monarque républicain, pas un histrion de télé au vocabulaire illitéraire. La communication n’est pas la politique, ni le scoop un projet. Les Français, « peuple de commandement » disent les historiens, aiment l’autorité, mais Sarkozy les a floués : il a exercé dans la forme mais pas dans le fond. L’autorité d’État exige d’être impersonnelle et au-dessus des partis comme des intérêts particuliers. Or la bonne volonté a remplacé la volonté et l’égocentrisme la personnalité.

Le bilan des années Sarkozy n’a pas été négatif : l’ouverture à la diversité au gouvernement, la Commission Attali suivie de quelques réalisations comme l’autonomie des universités, le grand emprunt, les fonds pour la recherche, l’aide à la création d’entreprise, le représentativité des syndicats, le contrôle de l’Exécutif par des pouvoirs renforcés au Parlement et à la Cour des comptes, la tentative de rationaliser les tribunaux, les hôpitaux, l’organisation territoriale, la réforme des retraites et le service minimum dans les transports publics. On a beau reprocher à Nicolas Sarkozy son tropisme en faveur « des riches », les inégalités ont moins progressé en France que dans les pays voisins durant la période et le pays a mieux tenu dans la crise… En revanche, ni le chômage, ni la dette publique, ni le niveau « extra » ordinaire des impôts par rapport aux pays européens, ni la dégradation constante de l’école, ni la crise de l’intégration républicaine (tiens, les deux ne seraient-ils pas liés ?) n’ont été remis sur la bonne voie.

Pire : la faiblesse idéologique de cette mosaïque qu’on appelle « l’UMP » est telle qu’elle a laissé croître et embellir une forme extrême aux idées plus structurées. Quoique l’on pense du fond, Marine Le Pen a un corpus idéologique plus clair que les bafouillis cacophoniques des divers caciques de l’UMP. Juppé pense-t-il comme Raffarin qui pense comme Copé, en ligne avec Fillon et Méhaignerie ? Seul « le chef » est sensé remplacer les idées, dans ce parti fourre-tout. Si le chef disparaît, pour cause d’assez vu, ne restent que les seconds couteaux, avides d’emporter le pouvoir dans le parti, sans aucun projet pour la France. Eux qui se disent « gaullistes », se souviennent-ils que de Gaulle fustigeait « ces petits partis qui cuisent leur petite soupe à petit feu, dans leurs petits coins » ? Copain comme Copé ou filer comme Fillon n’a rien de séduisant pour le citoyen au vu des dernières semaines. Le sentiment d’abandon des populaires, notamment des ruraux et des périurbains, dessine une fracture entre majorité de Français pas très douée ni très riche, et une minorité qui copine entre soi, se marie entre soi et fait entre soi des affaires et des conquêtes de pouvoir… au lieu d’élever l’électeur au monde qui nous attend.

Les mots remplacent les choses, la communication remplace l’action. Cela a été inventé sous John F. Kennedy dès 1960, mis en place par Giscard dans les années 70, mais perfectionné sous Sarkozy à cause de l’Internet. François Hollande n’en est pas exempt, jouant « épouse et concubine » dès ses premiers jours de mandat, après avoir habilement surfé sur des slogans populistes (les 75%, le « moi président de la République… »). Il a su s’entourer de couples ministériels qui rejouent flic méchant/ flic sympa comme dans les séries B, pour le plus grand plaisir du médiatique : Montebourg/ Moscovici, Valls/Taubira, Fabius/Cazeneuve, Duflot/Batho. Les fameuses « reculades » que le « peuple de gauche » reproche à son président est imitation Mitterrand (mettre deux fers au feu et voir ce qui sort) – mais revue Sarkozy (faire fuiter une position extrême puis trancher en « raisonnable » après la mousse médiatique). Ainsi de l’imposition des entrepreneurs « pigeons », de la nationalisation de Florange, de l’aéroport de Nantes… Telle était la méthode Sarko, a-t-on reproché ! On le constate, c’est surtout la méthode médiatique – fondée sur les techniques de vente les plus éculées. Le « coup de pied dans la porte » est le b-a ba du commerce : pour vous faire entendre, rien de plus sûr que de frapper un grand coup… puis de présenter ensuite votre offre raisonnable devant une assistance médusée, mais devenue silencieuse et suspendue à vos lèvres. Ce qui encourage la décision politiquement correcte, l’eau tiède multiculturelle du refus des questions qui fâchent, ne jamais appeler un chat un chat pour ne pas « stigmatiser » (même le pire délinquant). Tout doit être « normal » ! Big Brother is watching you…

chatteLes intellos-politiques ont-ils vraiment compris que le quinquennat et les nouvelles TIC (techniques de l’information et de la communication) allaient gratter bien plus vite et bien plus fort qu’avant ? Pourquoi reprocher aux politiciens leur com’ puisque c’est le système qui exige d’eux qu’ils deviennent histrions ? Mais est-ce cela qui va faire tenir les Français ensemble ? La verticalité du projet approuvé par la « volonté générale » s’oppose à l’horizontalité de la communication sur tout et rien, sans cohérence, dans le va-vite des événements qui se succèdent. François Hollande a pris ses distances, mais au point d’être apparu de longs mois comme successeur de Chirac en « roi fainéant ». Laisser du temps au débat est louable ; encore faut-il faire servir le débat à un projet global. Qui reste bien flou (quelle social-démocratie ?) diront les gentils, bien hypocrite (suivre le capitalisme anglo-saxon) diront les méchants…

La gauche de la gauche exige des mesures « révolutionnaires » et le « respect » des « valeurs », le Président, son Premier ministre et une bonne partie de ses ministres sont plutôt pères tranquilles, formés à la négociation locale au cas par cas. Avec le risque de complaisance envers les lobbies et les communautarismes ; avec le risque de contradiction permanente avec les « copains » qui rappellent en incantation 1793, 1871 et 1981. Si le désendettement d’État est privilégié, c’est encore et toujours par les impôts, pas par une réforme du Mammouth public au millefeuille ingérable. Il faut dire que le gouvernement Ayrault est aux deux tiers composé de fonctionnaires, dont la moitié de profs…

Le problème principal de la France – en a-t-on VRAIMENT conscience à droite comme à gauche ? – est la dégradation continuelle de son économie. Elle n’arrive pas par hasard. L’inadaptation à la mondialisation est avant tout culturelle : la France se voit toujours comme le phare du monde, Hugo tonnant du haut de son exil, missionnaire de vertu. Mais à gauche l’inadaptation est idéologique : la concurrence heurte notre vanité, préférons le protectionnisme, avec méfiance congénitale pour toute initiative hors de l’État qui sait tout, qui peut tout, qui contrôle tout. Énarques de gauche comme énarques de droite restent énarques. On voit tristement ce qu’ils donnent lorsqu’ils sont propulsés par copinage à la tête des entreprises : Haberer, Messier, Tarallo, Gergorin, Bouton… La France, hors le luxe, produit du milieu de gamme industriel plus cher qu’ailleurs (les voitures, le vin et même la viande ou le lait). Les parts de marchés de la France dans le monde se dégradent. En cause les coûts salariaux (dus aux taxes empilées sans réflexion) et un système juridique, fiscal et syndical qui pénalise l’emploi. Mais aussi un effort d’innovation insuffisant (faute d’encouragement à transformer une idée en entreprise), méprisé par un système d’éducation trop théorique qui sélectionne sur les maths et pas sur les capacités à travailler en équipe…

La droite est-elle apte mieux que la gauche de gouvernement à prendre ces problèmes à bras le corps ? J’en doute. Et même si 5 ans est une longue période en politique, je me hasarde à pronostiquer que le prochain président de la République s’appellera… François Hollande. La France aime le centre, même si les questions d’identité et de sécurité (sociale, économique, culturelle) inquiètent. Fillon apparaît trop velléitaire et Copé trop myope pour proposer un vrai projet. Et Sarkozy ne reviendra pas, les Français ont tourné la page.

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Le con promis

Le socialiste militant, croyant indéfectible, ravi de fusionner avec les camarades dans l’enthousiasme des luttes électorales du printemps apparaît lorsque la bise fut venue… comme un con. Le con « promis » par son dirigeant. François Hollande est un bon politicien, donc machiavélien : il promet en gros caractères de répondre aux fantasmes de sa base partisane ; il ajoute en petits caractères ce qu’il va vraiment faire. Tous les politiciens font ça, Chirac ayant théorisé la formule selon son vocabulaire de salle de garde : « les promesses n’engagent que ceux qui les croient ». François Mitterrand laissait dire, François Hollande est plus honnête puisqu’il l’a écrit – mais en petit. L’archaïsme de la culture socialiste française exige de ménager l’idéologie, faute de quoi on n’est pas élu. Quitte à faire l’inverse par la suite, donc « trahir » selon la mentalité stalinienne encore en vogue chez les vieux soixantuitards réfugiés en fonction publique, qui forment le gros des militants.

  • Promesse la « non-signature » du traité européen corrigé ; la réalité est qu’on l’a signé en l’état, on l’a simplement justifié en disant qu’on avait ajouté la croissance… qui existait déjà dans les textes.
  • Promesse le « faire payer les riches » ; la réalité est que toute la classe moyenne et populaire paye avec la CSG et la TVA (même les chômeurs !) parce que les riches ne sont jamais assez nombreux pour le tonneau des Danaïdes de la dépense publique, et que les « 75% » ne touchent que quelques centaines de personnes… qui vont sans doute adapter leur rémunération.
  • Promesse le « dialogue social » ; la réalité est qu’il est contraint par la loi en cas d’échec, et que les syndicats sont très peu représentatifs : voir les médecins, voir le temps de travail.
  • Promesse l’écologie ; la réalité est que la France n’a pas les moyens de se priver du nucléaire tout de suite, ni les moyens de subventionner l’éolien et le solaire à guichet ouvert, ni même les entreprises pour produire à coûts assez bas pour qu’on ne doive pas importer tout le matériel. Reste l’isolation des logements, probablement le principal gisement d’économies d’énergie : mais a-t-on les moyens pour l’instant de créer une nouvelle niche fiscale ou de subventionner les logements modestes ?

Eh oui, gouverner est bien autre chose que promettre. Le socialiste de base apparaît donc comme un con, promis au désenchantement comme d’habitude. Cela parce que le parti n’a jamais su s’adapter.

  • Il reste nostalgique des révolutions du XIXème, sans voir qu’on est passé au XXIème.
  • Il ne veut pas se couper du mythe marxiste selon laquelle l’Histoire a une loi qui s’accomplit quoiqu’on fasse, donc que « le capitalisme » est condamné.
  • Il ne voit pas que son concept de « capitalisme » est bien flou, en gros tout ce qui ne va pas dans le monde : l’argent, l’effort, la compétition, la domination, la marchandisation, la mondialisation, la dictature (ouverte ou des lobbies), la guerre. Alors que « le capitalisme » est une technique, pas une idéologie (l’idéologie est l’ultralibéralisme uniquement financier). Le capitalisme est une technique d’efficacité économique pour produire le plus et le mieux avec le moins de capital, de matières et d’hommes. Le capitalisme est donc « écologique » : il économise au maximum la planète et le travail pour la meilleure productivité des facteurs…

Le socialiste ne voit rien de tout ça, il reste dans sa bulle imaginaire où, comme chez Disney, les petits cochons roses danseront dans le soleil dès que le Grand Méchant loup aura disparu. Les militants « espèrent toujours, de manière floue et non argumentée, qu’un jour,  le capitalisme sera remplacé par autre chose. En attendant, l’économie française perd des parts de marché et notre commerce extérieur est de plus en plus gravement déficitaire », dit très justement Gérard Grumberg, observateur CNRS de la gauche politique, dans un article de Telos du 6 novembre.

La hantise socialiste est de se couper de l’extrême-gauche, sorte de Surmoi vigilant du dogme marxiste. Mais on ne peut gouverner en disant je quitte l’Europe, je quitte l’euro, je taxe à 100% tout ce qui est au-dessus du SMIC, je fonctionnarise les dirigeants des entreprises et je nationalise tous les moyens de production, je change les institutions au profit d’une Assemblée élue et surveillée par les citoyens en armes, et ainsi de suite. La France n’est pas toute seule, ni phare des nations. Elle a décidé depuis les années 1950 de bâtir une Europe unie, ce qui ne se fait pas sans compromis ni convergences. Gouverner, c’est accepter cet état de fait dû à l’histoire et à la volonté générale qui s’est à maintes reprise exprimée.

François Hollande se met donc à gouverner. Il choisit – enfin ! – la politique de l’offre, comme toute la gauche de gouvernement partout dans le reste de l’Europe. Finie l’incantation au « keynésianisme » (caricaturé d’ailleurs uniquement en dépense publique permanente, ce que Keynes n’a JAMAIS dit). Place à la politique favorable aux entreprises : moins de charges, plus de souplesse, un meilleur financement. Pourquoi les entreprises ? Parce que seules elles créent des emplois. Et que, insérées dans un système surtout européen (leur principal bassin d’exportation), elles doivent se mesurer aux autres. Eh oui, il faut produire avant de redistribuer : grave question qui n’est jamais débattue dans les instances du PS. Le sera-t-elle à l’avenir ? On n’ose le croire… Surtout que 59% des Français se reconnaissent nuls en économie et considèrent l’information économique à 60% comme incompréhensible (sondage TNS octobre 2012). Merci les fonctionnaires (majoritairement socialistes) de l’Éducation nationale !

Mais non, il ne s’agit pas d’un virage social-démocrate ou social-libéral.

  • La gauche française ne peut être sociale-démocrate puisque ce type de régime exige des syndicats puissants et représentatifs – ce qui est bien loin d’être le cas chez nous !
  • La gauche française ne peut pas être sociale-libérale, puisque ce serait « accepter » le capitalisme et faire avec la mondialisation – ce que refuse bec et ongle la base militante PS principalement de fonctionnaires assurés de leur emploi, couverts pour leur santé et sans problème de retraite.

Alors, qu’est-il donc, le parti socialiste français ? La énième version du jacobinisme, oscillant entre Robespierre et Danton, révérant l’État centralisé qui sait mieux que tout le monde ce qui est bon pour chacun. Où tout se décide entre soi, énarques sortis des mêmes écoles, loin des cons de base à qui l’on chante l’air qu’ils veulent entendre.

Il faudrait au PS un vrai débat sur la réalité des choses. L’observateur s’amuse (et s’attriste) de voir qu’il est bien loin.

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Conséquences géopolitiques de la crise que nous vivons

L’explosion du trend de la finance américaine à l’été 2007, avec ses conséquences en cascade sur l’économie, l’endettement des États et l’emploi, remet tout simplement en cause la domination américaine sur le monde. Les États-Unis ne le savent pas, mais leur puissance est en net déclin – et la nôtre avec.

Fallait-il libéraliser la finance à la fin des années 1970 ? Oui, sans aucun doute, car le monde s’était ouvert avec l’effondrement de l’URSS en 1991 et l’ouverture à l’entreprise du PC chinois dès 1978. La dérégulation a facilité le crédit aux pays en développement et a permis dans les pays développés l’essor des start-up d’innovation telles qu’Apple, Google, Amazon. Un crédit trop contrôlé est un crédit rare – donc cher et frileux. Les États-qui-pouvaient-tout (ainsi pensait-on depuis Roosevelt), se sont trouvés fort dépourvus quand la crise fut venue… d’Iran déjà. L’ayatollah Khomeiny a fait tripler les prix du pétrole d’un claquement de sandales en 1979 et toute l’industrie des pays développés s’est quasi effondrée. Ce furent la sidérurgie, Renault aux voitures-tanks qui rouillaient, la bureaucratie IBM ou celle des compagnies aériennes américaines qui ne pouvaient suivre.

Fallait-il libéraliser sans plus rien contrôler ? Non, sans aucun doute, mais le balancier était allé trop loin dans l’étatisme, le vent de liberté a grisé les acteurs et a permis – ne l’oublions pas, les années 1990 « rugissantes » (titre américain d’un ouvrage de Stiglitz, traduit démagogiquement en français sous le titre ‘Le capitalisme perd la tête’). Les transactions financières représentent aujourd’hui quelques 70 fois la production mondiale (contre 25 fois en 1995), les opérations de change sont 50 fois les échanges réels de biens. Tout va très vite, se complexifie, se multiplie – et personne ne comprend plus grand-chose (même les créateurs de subprimes).

Réguler s’avère donc nécessaire car les risques sont majeurs :

  • La rentabilité financière fonctionne hors sol, de plus en plus déconnectée des résultats de l’économie réelle.
  • Les États sont plus vulnérables qu’avant au risque de crise globale du système financier, toutes les banques sont atteintes par les flux qui circulent à la vitesse de la lumière dans le monde entier.
  • Les paradis fiscaux, entretenus par les gros États pour leurs propres intérêts politiques et géostratégiques, engloutissent des capitaux flottants – légaux ou illégaux – dans un trou noir sans aucune transparence, qui menace tout le système financier mondial.
  • Les banques centrales n’ont plus guère de moyens, sinon de racheter à guichet ouvert les emprunts créés par les États pour soutenir leurs banques et financer leur fonctionnement. L’accélération des pratiques due aux perfectionnements techniques des communications rend toute « politique » hasardeuse. Le marché global fonctionne dans l’extrême immédiat (25 000 opérations par seconde), avec pour objectif un gain à très court terme fondé sur de faibles écarts, sans plus de référence à une quelconque tendance.
  • La multiplication des emprunts d’État et autres Bons du Trésor rend dépendants les pays qui les émettent envers ceux qui les rachètent (la Grèce de la BCE, les États-Unis du gouvernement chinois…)

L’année 2007 a donc été une vraie rupture, tout comme 1929 puis 1945 et 1991. Les pays occidentaux sont entrés en déclin accéléré, les pays émergents en essor accéléré. Tout va plus vite – mais pas dans le même sens, à l’inverse d’auparavant. Les courbes devraient se croiser avant 20 ans…

Les États-Unis ne sont plus les maîtres du monde car l’économie stagne ; ils entraînent l’Europe à leur suite, en récession pour des années ; seul le Japon surnage, notamment parce qu’il commerce de plus en plus avec la Chine. Car, même si la croissance des émergents a ralenti en raison des moindres importations occidentales, le rythme de croissance se maintient bien au-dessus de celle des pays développés.

Le modèle économique néolibéral anglo-saxon a montré ses limites, le consensus de Washington est bien terminé. La régulation par le seul jeu du marché ne suffit pas et la politique reprend ses droits. Les États interviennent, certes, mais surtout les organismes supranationaux, et plus qu’avant. Car – François Hollande vient de s’en apercevoir – l’État national ne peut pas tout ! Sauf à fermer les frontières et à entrer en régression économique et sociale style Corée du nord. Le modèle économique du capitalisme d’État chinois ou coréen du sud (ou même japonais), semble avoir le vent en poupe, tant les « idées » s’affirment lorsque la puissance matérielle croit (Marx l’avait dit…).

Mais le risque systémique est mondial, tout comme la limitation des ressources et les dangers de la pollution. Les grands déséquilibres d’excédents massifs (Chine, Allemagne) et de déficits massifs (États-Unis, sud de l’Europe), ne peuvent se régler que par des négociations multilatérales sous une égide globale : le FMI et la Banque mondiale s’imposent plus que les États-nation, car nous avons changé de monde. Le système monétaire mondial passera par le yuan et le dollar, puisque l’euro n’est pas soutenu par une entité politique. Le dollar pourrait perdre son statut de monnaie de règlement international. Ce qui aurait pour conséquence une dégradation de la note de crédit du pays, donc le renchérissement des emprunts et une diminution de leur potentiel de croissance…

Faute d’État fédéral européen, ou même de consensus économique, social et fiscal, nous restons liés aux États-Unis pour toute régulation mondiale. Ce qu’ils font, nous le suivons ; ce qu’ils retardent, nous retardons. Nous, Européens, ne sommes pas indépendants faute de nous entendre. Les Mélenchon-Le Pen surgissent un peu partout dans les élections nationales des États de l’UE. Ils croient qu’à jouer leurs petits intérêts démagogique ou xénophobes, ils vont sauver leur peuple. Mais non : pour exister, il faut faire bloc pour jouer de notre puissance à l’égal des États-Unis et de la Chine. Faute de quoi, nous ne saurions être à l’abri des remous qui surgiront inévitablement du déclin américain et des problèmes intérieurs chinois.

L’auteur de cette analyse ci-dessus a écrit ‘Les outils de la stratégie boursière‘ (2007) et ‘Gestion de fortune’ (2009).

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Budget bancal en France

Article repris par Medium4You.

Une étude de la recherche économique de Natixis du 24 août 2012 sous la direction de Patrick Artus, intitulée ‘L’anomalie française’ (n°552), compare la France aux principaux pays de l’OCDE en ce qui concerne le poids des dépenses publiques et de la fiscalité.

Par rapport aux autres pays de l’OCDE, la France se caractérise par des dépenses publiques plus élevées : transferts sociaux et salaires des administrations publiques – et par un poids très élevé des charges sociales et des impôts indirects (TVA).

Les dépenses publiques où la France se distingue particulièrement des autres pays sont les prestations sociales (comme l’Italie), et la masse salariale des administrations publiques (après la Suède). Pour les autres dépenses publiques et notamment l’investissement public, la France est dans une position moyenne.

La pression fiscale est très élevée en France et en Suède. En France, ce sont les cotisations sociales des employeurs et les impôts indirects qui pèsent le plus.

Le salaire hors charges sociales est le même qu’en Allemagne mais le salaire y compris charges sociales est plus élevé qu’en Allemagne, et de 64% plus élevé qu’en Espagne. Ce sont les cotisations sociales employeurs qui font la différence. Et la situation est loin de s’être améliorée sous Nicolas Sarkozy.


Les impôts directs sur les ménages et sur les entreprises, sont à l’inverse extrêmement bas, comparés aux autres pays de l’OCDE.

Quels sont les effets à attendre de cette « anomalie française » ? Si les salaires ne baissent pas ou peu, il y a pénalisation de l’offre (le coût total du travail est accru) et soutien de la demande (les ménages reçoivent les mêmes salaires et des transferts sociaux plus élevés). Il y a donc apparition d’un excès de demande de biens et services par rapport à la capacité de production et à la productivité des Français. C’est bien le handicap du déficit français.

Le freinage des salaires en France a été insuffisant pour empêcher la hausse du coût du travail total, due aux cotisations sociales employeur. On a alors freinage de l’offre et soutien de la demande de biens et services. La demande intérieure a crû plus vite que le PIB ou que le PIB potentiel (calculé comme le produit de la productivité par tête et de la population en âge de travailler). La demande intérieure pour les produits industriels a crû considérablement plus vite que la production manufacturière ou que la capacité de production manufacturière.

A noter que ni la gauche, dépensière par idéologie, ni la droite, dépensière par électoralisme, n’ont remis en cause ce « modèle » – bien qu’ayant souscrit toutes deux une union monétaire avec d’autres pays d’Europe. La convergence des économies, pourtant nécessaire à l’équilibre du système, a été ignorée au profit de la revendication « politique » de faire souverainement ce qu’on veut du budget national.

Tout va bien si l’on est vertueux et qu’on dégage un excédent de commerce extérieur ; rien ne va plus lorsqu’on accentue le déficit chronique au risque de tendre la sébile à des pays qui n’ont nulle envie de conforter nos excès.

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Patricia MacDonald, Le poids des mensonges

Un bon roman policier… pour l’été.

Patricia Bourgeau écrit MacDo comme d’autre font des sandwiches : elle a le savoir-faire poli par toute une liste de polars écrits depuis 25 ans, une palette d’émotions toutes faites à sa disposition, une propension à saisir ses lectrices par le côté banal de ses personnages parlant à la première personne. Ici, une femme très moyenne (la trentaine, premier mariage, cadre moyen dans une profession de services, habitat de banlieue un peu chic, un enfant de six ans qui n’est pas le sien) se voit confrontée à une suite de catastrophes : frère meurtrier, mari trompé, enfant enlevé, pédophilie… La totale !

Le « je » de rigueur pour attraper le lecteur par les sentiments, le choix délibéré de cibler les lectrices classe moyenne, celles qui lisent encore aux États-Unis, le suspense savamment découpé en chapitres qui se terminent par une interrogation, description clinique des émotions qui montent et s’épanouissent, toujours extrêmes, toujours côté féminin, dialogues enlevés avec un style qui s’efforce de coller aux personnages – il n’y a pas à dire, c’est bien ficelé !

Sauf que cela fait fabriqué, surtout lu par un homme et non-Américain.

Qu’est-ce que c’est que cette hystérie à propos de l’Enfant ? Perle la plus précieuse, surtout ne pas le traumatiser, lui passer toutes ses fantaisies, l’aimer malgré tout même s’il n’est pas à nous… L’Enfant idéalisé serait un Christ à révérer et non un être humain à éduquer ? La pédophilie, autre hystérie américaine contemporaine, est évidemment à l’honneur dans ce pot-pourri de bonnes intentions qui font vendre. Comme si violer les enfants était la Tentation de tout le monde ! Ou du moins de ces sales machos de mâles dominants, puisque seuls les petits garçons se font toucher et pénétrer dans l’univers MacDo…

Qu’est-ce que cette hystérie à propos du Mariage ? La seule vie bonne ne se ferait qu’en couple passé devant le pasteur ? La vraie « famille modèle » standard US ? Même les homos obligés du livre (exigence d’époque) sentent le faux. Ils n’existent qu’en creux du politiquement correct, par « respect » obligé des nouvelles conventions sur « le droit » des minorités, malgré les « préjugés » (qui reviennent aussitôt à cause de l’hystérie de l’Enfant). Les couples recomposés (cas de l’héroïne Caitlin et de son Noah de mari) devraient « refaire le monde » comme aux temps des pionniers ou aux origines chassés du Paradis ?

Qu’est-ce que cette hystérie féministe ? Seules les femmes en ce roman ont quelque consistance psychologique. Les hommes sont réduits aux rôles convenus : mari, père, avocat, policier, pompier, chef scout (!), playboy… Les femmes vues par MacDo : peu douées, un peu lâches, mais tenaces, hantées de faire couple, obsédées de l’Enfant, percluse d’émotions toujours à la limite de l’extrême.

Qu’est-ce que cette hystérie biblique ? La petite copine du frère ado mort d’overdose est born again, elle a trouvé en Dieu la Révélation et ne veut reprendre ses études que dans « une faculté chrétienne »… La science est-elle fausse si elle n’est pas délivrée par les curés autorisés ? Travis et Geordie, les deux mômes cousins, sont présentés comme Caïn et Abel. Le prénom du mari, Noah (Noé) est lui-même représentatif de l’arche que se veut le Couple, cette autre hystérie des bonnes femmes à la MacDo.

Qu’est-ce que cette hystérie de la Transparence ? Outre la démocratie, où tout doit être dévoilé (voyez WikiLeaks), le couple doit être totalement transparent, tout mensonge banni. Même par omission, « c’est pas bien ». Pas bien de ne pas dire ce qui s’est passé quand on a 16 ans et qu’on a utilisé une voiture alors qu’on n’avait pas le droit, pas bien de ne pas se dénoncer à la police, pas bien de ne pas dire à la famille qui a tué, pas bien de garder un secret honteux, pas bien de faire semblant d’aimer les gosses alors qu’on s’en fout, pas bien de les violer et de faire comme si de rien n’était, pas bien de les enlever pour les sauver mais sans l’avouer, pas bien… (etc.)

On le voit, je n’ai guère aimé ce bouquin. Les femmes le liront sans arrière pensée, mais avec légèreté en été. C’est du prêt à consommer aussitôt bon à jeter. Les hommes s’abstiendront, tant les personnages masculins sont inconsistants dès qu’ils ont 12 ans.

Quant à ceux qui aiment à observer l’écart croissant entre la paranoïa des États-Unis avec l’Europe, ils y trouveront la matière ! Comment peut-on être Américain ? Vivre avec toutes ces hystéries ? Se croire missionnés par Dieu et les plus avancés du monde ? Tout en vendant du vendable vulgaire, de la soupe de poids à la recette thriller ?

De MacDonald au MacDo, il n’y a qu’un pas : il est désormais franchi.

Patricia MacDonald, Le poids des mensonges (Missing Child), 2011, Albin Michel, mars 2012, 323 pages, €19.19 

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