Ce petit livre est la version abrégée d’un cycle de légendes chinoises anciennes, fort à la mode dans la culture, l’équivalent oriental de l’Iliade et l’Odyssée. Il s’agit d’un combat pour l’humanisation, d’une quête de la sagesse par le voyage. Nous faisons connaissance du singe, né de pierre, qui deviendra Bouddha à l’issue de son périple. La pierre n’est-elle pas le symbole de la matière même, les os de la terre, l’inerte en soi ? Quant au singe, il est une humanité en devenir, tout de passion et d’instinct, ne pouvant tenir en place et réfléchir une seconde. Mais c’est en voyageant qu’on devient pèlerin et en pérégrinant qu’on devient sage. L’illumination est au bout du chemin !
Le lecteur ne s’ennuie jamais en compagnie du singe. Celui-ci commence par guerroyer et s’éduquer à la Force pour être le plus malin parmi les démons, ogres, fauves et autres bêtes qui peuplent la terre. Il devient le roi des singes. Mais cela ne lui suffit pas, possédé de cette curiosité et de ce vouloir vivre qui ne quitte jamais les primates. Il se faufile donc au Ciel pour se faire reconnaître et parvient à un titre. Mais sa vanité est blessée de n’être que palefrenier… Il met donc le souk comme un collégien en pension ; on veut l’arrêter, il résiste ; enfin lié, il se tire habilement du mauvais pas. Le voilà désormais gardien-chef du verger de pêches d’immortalité au Ciel. Mais la position l’ennuie, il se gave de fruits sans penser au banquet des autres. Nouveaux désordres, nouveaux combats, nouvelle arrestation. Il est cette fois enfermé pour un demi-millénaire sur une colline terrestre afin de méditer sur son forfait.
Ce long temps lui permet d’évoluer et d’accrocher son destin à celui du moine chinois chargé d’apporter les écrits du bouddhisme en Chine, sur ordre même de l’empereur. Le jeune moine Tripikata (« Les trois corbeilles ») est très lettré mais fluet et couard. Comment pourrait-il affronter la route, ses brigands, dragons, ogres et démons ? Ce sont tous ces humanoïdes que le mauvais karma a déchus en réincarnations. Ils ont fauté et s’enfoncent dans la bestialité. Certains croquent tout cru les étrangers, d’autres réclament un tribut annuel de jeunes garçons et petites filles à « dévorer » sur le champ. Le moine parvient à en convertir quelques-uns à la Voie et s’adjoint, outre le Singe, le Pourceau, Sablon et le Cheval. Chacun possède les vertus qui, conjointes, permettent de progresser dans la Voie : le lettré, le guerrier malin, la force affamée, celui qui sait nager et l’infatigable porteur.
Tout est collectif en Asie et l’individualisme égoïste est réprimé. Le Singe l’apprend à ses dépens. Il découvre qu’on ne peut aller de l’avant qu’en collectivité : « Chacun de nous, dit le Singe, est également redevable envers tous les autres. Si le maître n’avait pas reçus nos vœux et ne nous avait pas acceptés comme disciples, nous n’aurions pas eu l’occasion de faire de bonnes actions et de gagner notre salut. Si nous n’avions pas protégé le maître et monté bonne garde autour de lui, il ne serait jamais parvenu jusqu’ici pour se débarrasser de son enveloppe mortelle » p.388.
Mais les humains ne sont pas des dieux, tout au plus cherchent-ils à y parvenir, via l’Illumination. « Les gens de ce monde, dit Tripitaka, misent toujours sur le profit et la gloire. Mais il ne faut pas oublier que nous aussi, pèlerins, en accomplissant la volonté impériale, nous cherchons quelque gloire, et qu’il ne faut pas que nous nous laissions aller à nous croire trop supérieurs au autres » p.363. Toute la sagesse populaire chinoise est contenue dans ce passage. La mentalité asiatique ne sépare pas l’ici-bas de l’en-haut comme le fait la logique binaire occidentale. Il n’y a pas de Bien absolu révélé par la Beauté en soi, il n’y a que des degrés, des marches sans fin vers le Ciel et la connaissance qui est sagesse. Même les « vertueux » ne sont pas à l’abri des passions terrestres comme celle de la gloire… Nombre d’intellos parisiens devraient lire ce livre.
« Les Anciens disaient avec raison : ‘être vertueux sans avoir été instruit, c’est surhumain ; être vertueux après avoir reçu l’instruction, c’est raisonnable ; mais recevoir l’instruction et demeurer incorrigible, c’est le fait d’un fou’. » p.344 Sagesse chinoise dont nous ferions bien de nous pénétrer : le président du fonds souverain chinois CIC ne vient-il pas de fustiger la conception européenne de l’État-providence qui incite à « la paresse et à l’indolence » ? La gauche radicale ne prône-t-elle pas pourtant ce même modèle actuel de national-capitalisme chinois comme devant être l’objectif de la France de crise ?
Tout ne tombe pas tout cuit du Ciel, la Voie est longue et grosse de périls, mais c’est tous ensembles que nous parviendrons à vivre mieux. Telle est la leçon du Singe pèlerin… et des officiels chinois. Une bien belle épopée à déguster avec plaisir pour moins de 10€, sans oublier d’en méditer les enseignements.
Wou Tcheng-en, Le singe pèlerin, 1580, traduit de l’anglais lui-même traduit du chinois, Petite bibliothèque Payot, 2007, 426 pages, €9.97


















































































Argoul.com a un an !
Un an déjà ? Pas la peine d’en faire un plat, cela fait quand même sept ans que je blogue. Donc sept ans déjà ! Sept ans de bonheur. Oui c’est important, sept ans, c’est toujours un cap, pour les couples comme pour les gosses : l’âge de raison. J’ai laissé argoul.blog.lemonde (disparu) pour argoul.com (ce blog-ci). Problèmes techniques à répétition, censure insidieuse, aucune information, un paiement pour avoir le « droit » de contribuer aux bénéfices du journal Le Monde… Curieux que sur la même plateforme libre, WordPress, il n’y ait aucun problème technique, ni censure par mots-clés choisis par une bonne sœur, non ? Je suis très heureux d’avoir changé. Sauf que l’historique manque et c’est dommage, c’est l’historique qui fait la profondeur, la réputation d’un blog. Il en reste des traces sur AgoraVox, Medium4You, Paperblog, Ideoz…
Tant pis, il faut savoir refaire sa vie.
Celle d’Argoul n’est pas si mal réussie au fond (un peu de brosse à reluire, ça fait du bien pour soi-même de temps à autre). Plus de 79500 visites depuis l’origine il y a un an, 371 articles, 625 commentaires (et 1185 spams, ces pourritures du web). Les visiteurs sont en moyenne 495 à venir chaque jour sur le blog en novembre, ils n’étaient que 76 en décembre 2010 mais n’ont pas cessé d’augmenter : 118 en février, 226 en mai, 255 en août – toujours par jour. Le jour record a été le 13 novembre de cette année avec 614 visiteurs !
Que regardent-ils, ces visiteurs ? A plus de mille visites… la crise et le sexe. Y a-t-il un rapport de compensation ? Ou s’agit-il d’un public différent, étudiants pour le premier thème, ados pubertaires pour le second ? Il y a des restes d’enfance et du sérieux ardu, de l’île au trésor et des coûts du travail français. Merci à Alain l’économiste et à Hiata de Tahiti de contribuer à ce blog. Si personne ne connaît Paul-Émile Lafontaine, la photo de vahiné dans le plus simple appareil (fleuri) fait beaucoup pour sa réputation ! Pour le reste, expositions parisiennes, aventure, randonnée, bandes dessinées et ce romancier anglais à découvrir, Jonathan Coe. A noter un retour de Marine Le Pen ces trente derniers jours, du fait de la campagne électorale qui commence, probablement.
Vous savez que sous la fleur et au-dessus du mot « Recherche », dans la colonne de droite du blog, vous pouvez taper un mot-clé à trouver dans tous les articles du blog ? Le cadre n’est pas très visible, entouré en très pâle, mais il existe !
L’ordre des notes les plus lues :
Leurs critères de recherche ? Zone euro, argoul (plus de 2000), Marine Le Pen, tahitienne nue, Alix Enak, torse nu (plus de 200), Jean d’Ormesson, Guilaine Depis – attachée de presse littéraire (plus de 80), érotisme, seins, randonnée… (plus de 50). Argoul, Bisounours, Marine Le Pen et zone euro principaux ce dernier mois.
Les images les plus cliquées : carte zone euro et fille nue Tahiti.
Les principaux référents : Jean-Louis dit jlhuss, Google, Facebook, lemonde.fr, Medium4you, Niduab, OlivierSC.
Merci à mes commentateurs les plus assidus : Judem (qui n’a pas de blog !), Benjamin, Michèle, Martin et Melly. Il y a 12 followers et 28 articles suivis à ce jour.
Ce blog est étrange, il n’est pas spécialisé. Scandale pour le tout venant qui adore classer en étiquettes commodes pour zapper. Mais je ne me refais pas. Il y a et il y aura de l’exotisme par les voyages, des idées, des livres, des réflexions sur la politique ou le monde. Il y aura du classique et des BD, des expos et romans policiers, de l’histoire et de l’actualité. J’aime tout ça, et plus encore.
Qui m’aime me suive !